<?xml version="1.0" encoding="utf-8"?><FictionBook xmlns="http://www.gribuser.ru/xml/fictionbook/2.0" xmlns:l="http://www.w3.org/1999/xlink"><description><title-info><genre>antique</genre><author><first-name/><last-name>Larousse</last-name></author><book-title>GE 18-Science-fiction-Syndicat</book-title><coverpage><image l:href="#cover"/></coverpage><lang>ru</lang><keywords>antique</keywords></title-info><document-info><author><first-name/><last-name>Larousse</last-name></author><program-used>calibre 3.44.0, fb2cut 2.5.4, fb2cut 2.6.2</program-used><date>16.8.2020</date><id>b5f225d5-5497-4e6f-a598-be5588eb7de7</id><version>1.0</version></document-info><publish-info><year>0101</year></publish-info></description><body><section><empty-line/><empty-line/><p>*Titre : *La Grande encyclop�die. 18, Science-fiction-syndicat / Larousse</p><p>*Auteur : *Larousse</p><p>*�diteur : *Larousse (Paris)</p><p>*Date d'�dition : *1976</p><p>*Type : *monographie imprim�e</p><p>*Langue : * Fran�ais</p><p>*Format : *P. 10913-11580 : ill. en noir et en coul. ; 30 cm</p><p>*Format : *application/pdf</p><p>*Droits : *domaine public</p><p>*Identifiant : * ark:/12148/bpt6k1200529v</p><p>*Identifiant : *ISBN 2030009180</p><p>*Source : *Larousse, 2012-129454</p><p>*Relation : *Notice d'ensemble : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb342941967</p><p>*Relation : * http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb34698108s</p><p>*Provenance : *bnf.fr</p><p>Le texte affich� comporte un certain nombre d'erreurs.</p><p>En effet, le mode texte de ce document a �t� g�n�r� de fa�on automatique par un programme de reconnaissance optique de caract�res (OCR). Le taux de reconnaissance obtenu pour ce document est de 100 %.</p><p>downloadModeText.vue.download 1 sur 627</p><p><strong>Volume 18</strong></p><p>Cet ouvrage est paru � l�origine aux �ditions Larousse en 1976 ; sa num�risation a �t� r�alis�e avec le soutien du CNL. Cette �dition num�rique a �t� sp�cialement recompos�e par les �ditions Larousse dans le cadre d�une collaboration avec la BnF</p><p>pour la biblioth�que num�rique Gallica.</p><p>downloadModeText.vue.download 2 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>9957</p><p>science-fiction</p><p>Le terme de science-fiction a �t� adopt� dans l�usage courant d�un grand nombre de langues. Il est cependant inexact. Les divers r�cits, films ou</p><p>sc�narios de t�l�vision � qui l�on a pu mettre cette �tiquette ne se fondent en effet jamais sur la science. Ce sont bien des oeuvres de fiction, mais des fictions �tablies sur la technique.</p><p>Histoire de</p><p>la science-fiction</p><p>Il existe quelques oeuvres litt�raires qui plongent r�ellement leurs racines dans la science, comme Arrowsmith (Sinclair Lewis, 1925), voire le Destin de Marin Lafaille (J.-H. Rosny jeune, 1946), mais on ne consid�re g�n�ralement pas qu�il s�agit l� de science-fiction. Une autre difficult� de la d�finition r�side dans la distinction entre la science-fiction et le fantastique*. On admet commun�ment qu�une oeuvre de science-fiction se fonde sur ce qui est possible et qu�une oeuvre fantastique se fonde sur l�impossible. Cette distinction n�est gu�re pertinente, car elle suppose que l�on sait ce qui est possible et ce qui ne l�est pas, ce qui est moins �vident qu�on le croit.</p><p>On attribue souvent � la science-fiction des origines historiques remontant tr�s loin dans le pass�, ne serait-ce qu�� l�Histoire comique des �tats et Empires de la Lune et aux �tats et Empires du Soleil de Cyrano de Bergerac (1619-1655). Cette id�e n�est pas soutenable, car la science-fiction a accompagn� la r�volution industrielle et constitue un ph�nom�ne essentiellement moderne.</p><p>On a pu dire que 90 p. 100 des grands savants de l�histoire humaine sont vivants parmi nous. On peut dire avec encore plus de raisons que 99 p. 100</p><p>des grands auteurs de science-fiction de toute l�histoire litt�raire sont encore vivants aujourd�hui.</p><p>Au XIXe s. et au d�but du XXe, Jules Verne* et H. G. Wells* faisaient de la science-fiction sans le savoir. La premi�re revue o� parurent des r�cits de science-fiction fut russe. Elle s�appelait Mir priklioutcheni (le Monde des aventures) : elle d�buta en 1910 sous la forme d�un mensuel illustr� et s�est perp�tu�e jusqu�� nos jours, o�, sous l�aspect d�un gros volume annuel, elle publie des romans et des nouvelles, des essais, des bibliographies.</p><p>La premi�re revue qui pr�tendit se</p><p>consacrer � la science-fiction fut la revue am�ricaine Amazing Stories, fond�e en 1926 par le Luxembourgeois Hugo Gernsback. Il n�y a jamais vraiment eu de revues fran�aises de science-fiction, mais seulement des �ditions de revues �trang�res. Des ouvrages de science-fiction consid�r�s comme appartenant � la litt�rature g�n�rale ont paru en assez grande abondance dans le monde entier jusqu�en 1945. D�s la fin de la Seconde Guerre mondiale, les collections sp�cialis�es ont inond� le march�. Il faut appliquer � cette production la remarque de l��crivain am�-</p><p>ricain Theodore Sturgeon : � 90 p. 100</p><p>de n�importe quoi ne vaut rien. � Mais le d�chet en science-fiction est sup�-</p><p>rieur � celui du roman policier. On ne trouve pas en science-fiction l��quivalent de Crime et Ch�timent de Dosto�evski. On n�y trouve pas, dans son expression filmique, l��quivalent des quelques grands westerns. Aussi dit-on souvent que la science-fiction n�est pas de la litt�rature. Certes, mais l�on peut ajouter : � La musique non plus. � La science-fiction est une forme d�art tout � fait sp�ciale, qui se manifeste � travers la litt�rature, le cin�ma et la t�l�-</p><p>vision, et qui a son originalit� propre.</p><p>Cette originalit� consiste � admettre que le monde peut changer : au lieu de rechercher les valeurs �ternelles, de parler ind�finiment de l�amour et de la mort, la science-fiction d�crit des changements. Et il n�y a gu�re de changements que la science-fiction n�aient envisag�s. C�est ainsi que la contre-culture est d�crite dans Breakdown (Jack Williamson, 1942) et dans The Cosmic Geoids (Eric Temple Bell, 1949) : aucun sociologue de l��poque ne pr�voyait le retour � l�astrologie et la r�volte g�n�rale contre la science.</p><p>Prenons un autre exemple en astronomie : la collision de deux galaxies produisant une radiosource a �t� imagin�e par Edward Elmer Smith dans Gray Lensman en 1940 ; l�effet lui-m�me ne fut scientifiquement d�couvert qu�une quinzaine d�ann�es plus tard.</p><p>Au moment o� Gray Lensman fut �crit, la radioastronomie n��tait pas encore invent�e.</p><p>On a pu dire souvent, devant des co�ncidences de ce genre, que la science-fiction est une mani�re de</p><p>pr�dire l�avenir. Cela est faux dans la mesure o�, pour une pr�diction de la science-fiction qui se r�alise, on peut en citer mille qui n�aboutissent pas. Mais la science-fiction d�crit des mondes possibles, et elle en d�crit une tr�s grande quantit�. Elle ne se borne pas actuellement aux gadgets ni m�me aux grandes techniques mat�rielles ou �nerg�tiques. Elle d�crit �galement des changements produits par des inventions psychologiques, politiques ou sociales.</p><p>Elle n�est ni optimiste ni pessimiste ; sa caract�ristique n�est pas de construire des utopies ou des anti-utopies, mais de � distraire �. Aussi le sens de l�humour en est-il rarement absent, comme dans cet exemple significatif que donne la nouvelle de Robert Shec-kley Un billet pour Trana� (1956). Sur la plan�te Trana�, le pr�sident a un pouvoir dictatorial absolu, mais il porte autour du cou un m�daillon contenant de l�explosif et un r�cepteur de radio : quand un nombre suffisant de citoyens ont �mis un signal de radio manifestant leur m�contentement, le pr�sident explose. Sur Trana�, les percepteurs se prom�nent la nuit, portant un masque noir et arm�s d�un revolver : ils s�emparent, sous la menace de leurs armes, du portefeuille des promeneurs, qui ont ainsi deux portefeuilles, l�un pour leurs activit�s normales, l�autre pour le percepteur. Sur Trana�, on conserve les femmes dans un champ de forces o� le temps ne s��coule pas : on les en retire quand on en a besoin, ce qui fait qu�elles sont toujours jeunes et de bonne humeur. Sur Trana�, on peut gagner sa vie comme anti-inventeur ; ce m�tier consiste � d�traquer au maximum les machines, et en particulier les robots � forme humaine pour que les humains n�aient pas de complexe d�inf�riorit� : le robot qui sert � table se renverse de temps en temps la soupe sur le corps ; ainsi, les humains peuvent rire et se sentir sup�rieurs.</p><p>Il est peu probable que Robert Shec-kley consid�re Trana� comme l�avenir de l�humanit� ou qu�il se propose d�organiser la r�volution pour �tablir Trana� sur Terre : il a cherch� son divertissement et celui du lecteur en sugg�rant simplement que le monde pourrait �tre</p><p>diff�rent. C�est par dizaine de milliers que la science-fiction nous pr�sente des mondes qui ont chang�. Mais ces mondes ne sont pas totalement d�ta-ch�s du r�el. Ce qui s�y passe peut nous fournir des avertissements et m�me des raisons d�agir dans notre monde � nous. Ainsi, le film r�alis� pour la t�l�vision anglaise par Patrick McGoo-han, le Prisonnier, pr�sente un homme d�tenu dans une prison sans barreaux qui ressemble � un village de vacances, gard�e par les � R�deurs �, cr�atures ou machines non humaines qui emp�chent toute �vasion. Les ma�tres inconnus de cette prison passent leur temps � interroger le d�tenu en lui posant des questions dont il ne poss�de pas la r�ponse, ni consciemment, ni inconsciemment. Le prisonnier se rend compte que ces interrogatoires tendent � le d�personnaliser, � en faire non plus un homme, mais un num�ro : il finit par d�truire l�univers concentrationnaire o� il est enferm� et se retrouve dans notre monde, o� il poursuivra la lutte pour que les �tres humains ne soient nulle part des num�ros, mais des noms.</p><p>L�auteur pr�tend se fonder sur les travaux de Marshall McLuhan, sur la transformation du globe terrestre, par l��lectronique, en un village inqui�-</p><p>tant. Mais le Prisonnier n�est en aucune fa�on une s�rie de conf�rences : c�est un drame dont l�int�r�t s�accro�t � chaque �pisode et qui t�moigne du pouvoir � la fois de la t�l�vision et de la science-fiction.</p><p>Les trois pays o� l�on vend le plus de livres de science-fiction sont, dans l�ordre, l�Union sovi�tique, les �tats-Unis et le Japon. Les autres pays se disposent dans un ordre correspondant exactement � leur d�veloppement technologique, ce qui veut dire que la France est encore assez loin. Mais, la revue la plus �labor�e est espagnole, et la science-fiction la plus audacieuse et la plus riche dans la recherche de ses th�mes est roumaine. Quant au domaine anglais, il se signale par son souci de qualit� litt�raire.</p><p>On peut estimer � 100 millions le nombre de volumes de science-fiction vendus chaque ann�e dans le monde entier. Il s�agit surtout d�ouvrages de poche, bien qu�on trouve �galement</p><p>des �ditions courantes et de beaux livres reli�s diffus�s par des clubs dans le monde occidental et par abonnements souscrits au bureau de poste dans les pays socialistes. Cela repr�-</p><p>sente � peu pr�s 500 millions de lecteurs, car ces livres circulent beaucoup.</p><p>C�est un chiffre consid�rable et qui ne tient pas compte du public de la bande dessin�e de science-fiction.</p><p>Les auteurs de science-fiction sont d�origine et de nature diverses. On trouve parmi eux, dans les plus anciennes g�n�rations, des savants �minents comme Eric Temple Bell ou Fred Hoyle. Mais il y a des �quipes d�auteurs professionnels, qui composent des s�ries populaires : tel est le cas de la s�rie allemande Perry Rhodan, qui comprend plus de 400 fascicules hebdomadaires et qui compte pr�s de 50 millions de lecteurs dans le monde entier. On trouve aussi, plus r�cemment, des auteurs venus de la litt�rature ou de la pratique d�autres arts. Cette nouvelle g�n�ration a donn� naissance � la � nouvelle vague de science-downloadModeText.vue.download 3 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>9958</p><p>fiction �. Ce ph�nom�ne nouveau se signale par deux traits remarquables : ces nouveaux venus �tant souvent incapables de reconna�tre un �lectron d�une locomotive, la base technique de leurs r�cits est, la plupart du temps, assez faible ; en revanche, ils ont lu autre chose que de la science-fiction, ils connaissent Jarry, Freud et les surr�alistes, ils �largissent le domaine de la science-fiction jusqu�au point o� il commence � empi�ter sur d�autres r�gions de l�art. Le plus int�ressant d�entre eux est l�Anglais Jim G. Bal-lard, qui pense que notre monde est insupportable dans sa d�mence, mais que, en le brisant en tous petits morceaux � dont la description tient dans une demi-page dactylographi�e � et en rassemblant ces fragments, on peut en avoir une image plus satisfaisante pour l�esprit et qui, en outre, procure plus de d�paysement que la science-fiction la plus exotique. Ce d�passement de la science-fiction, ce double</p><p>mouvement d�atomisation et de grossissement peuvent aboutir � une forme d�expression dans laquelle la th�orie de l�information jouera certainement un r�le.</p><p>Les attaques dirig�es contre la</p><p>science-fiction � ses d�buts (Branly interdisait � ses enfants de lire Jules Verne) se sont att�nu�es, cependant, selon la c�l�bre formule de Max</p><p>Planck : � La v�rit� ne triomphe jamais, mais ses adversaires finissent par mourir. � D�autre part, la bombe atomique, le d�barquement sur la Lune, l�atterris-sage en douceur d�un robot sur Mars ont montr� que la technique change le monde. Ce qu�on reproche encore � la science-fiction, c�est, au fond, que les univers qu�elle imagine sont trop pr�s du monde r�el, qu�ils nous rappellent trop nos soucis et nos angoisses. Aussi le besoin de s��vader totalement a-t-il conduit � la cr�ation d�un genre nouveau, la � fantaisie h�ro�que � (heroic fantasy), qui n�a, � vrai dire, plus rien � voir avec la science-fiction. Cette curieuse r�surrection du roman de la chevalerie est un signe int�ressant des temps.</p><p>L�avenir de la science-fiction</p><p>semble double, li� d�une part au livre de poche, d�autre part aux arts cin�-</p><p>tiques comme le cin�ma et la t�l�vision. Les plus r�cents chefs-d�oeuvre de la science-fiction appartiennent � la t�l�vision (comme le Prisonnier d�j� cit� et la s�rie am�ricaine Star Trek) ou au cin�ma (comme 2001 d�Arthur C. Clarke et Stanley Kubrick). Les revues connaissent une baisse sensible, mais les ventes de livres de poche ne font que cro�tre. Les livres de poche sovi�tiques � grand tirage comportent des anthologies traduites aussi bien du japonais que du su�dois, du roumain que du polonais. La science-fiction touche d�j� des dizaines de millions de lecteurs, de t�l�spectateurs et de spectateurs de cin�ma. Elle en touchera encore plus. Mais elle ne remplacera pas la litt�rature et les arts, et ne pourra gu�re d�velopper cette fonction secondaire qui consiste � fournir parfois des id�es aux techniciens, voire aux savants.</p><p>Mais, plus que les longs r�cits r�a-</p><p>listes, la science-fiction, dans sa fantaisie angoissante et son d�lire minutieux, peut jeter une lumi�re plus vive sur le monde, sur nous-m�mes, sur notre r�alit�.</p><p>J. B.</p><p>La science-fiction</p><p>au cin�ma</p><p>La science-fiction cin�matographique a relativement peu inspir� de grands r�alisateurs. Infiniment moins riche et diversifi�e qu�elle ne l�est en litt�-</p><p>rature, elle ne laisse appara�tre qu�un tr�s petit nombre d�oeuvres marquantes malgr� une production qui, du moins aux �tats-Unis dans les ann�es 50, est presque aussi importante que n�importe quel autre genre cin�matographique.</p><p>On rel�ve certes les noms de Georges M�li�s (le Voyage dans la Lune, 1902), de Fritz Lang (la Femme sur la Lune, 1928), de Howard Hawks (la Chose venue d�un autre monde, 1951, en collaboration avec Christian Nyby) au g�n�rique d�oeuvres de science-fiction, mais celles-ci n�apparaissent pas � le cas de M�li�s except� � comme capitales dans leur carri�re.</p><p>La science-fiction ne se d�veloppe que par �-coups, suivant les modes de l��poque et la demande du public, voire en fonction du climat politique.</p><p>Il serait vain de recenser par exemple, au moment de la guerre froide, toutes les formes emprunt�es par les envahisseurs extraterrestres qui, mena�ant la paix du monde, ont d�ferl�, maladroits et peu cr�dibles, sur les �crans de notre bonne vieille plan�te ou qui ont resurgi, venus de l�ab�me du temps, � sa surface. On ne compte plus les fourmis g�antes, les sauterelles monstrueuses, les poissons et les reptiles humano�des, ni les avatars de King Kong et autres cr�atures g�n�ratrices d��pouvant�s un peu pu�riles.</p><p>La science-fiction, qui s�est toujours situ�e parall�lement au fantastique*, dont elle est la transposition moderne ou technologique, n�a jamais renonc� � la terreur comme ressort dramatique.</p><p>D�o� la difficult� � d�terminer ce qu�elle a de sp�cifique. Frankenstein (James Whale, 1931) souligne cette</p><p>ambigu�t�. La cr�ature de chair morte � laquelle l��lectricit� donne vie n�est qu�une version scientifique de l�homme d�argile, le Golem, qu�animait la magie dans l�obscurit� du ghetto de Prague. Il est vrai que la science, en introduisant dans la foul�e du Dr. Frankenstein le th�me du savant fou, qui se perp�tue jusqu�au Docteur Folamour (Stanley Kubrick, 1964), et celui de la cr�ature se r�voltant contre son propre cr�ateur, comme les robots de Mondwest (Michael Crichton, 1973), est elle-m�me source d��pouvant�, au m�me titre, sinon davantage, que les loups-garous, les vampires et tous les lycanthropes du cin�ma fantastique. Plan�te interdite (Fred McLeod Wilcox, 1956), film consid�r� en son temps comme l�un des meilleurs films de science-fiction, n��chappe pas, dans le cadre d�un authentique space-opera, � un tel propos.</p><p>Ce mythe essentiel, lorsqu�il d�borde downloadModeText.vue.download 4 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>9959</p><p>les laboratoires de l��le du docteur Moreau, redevient r�alit� (possible) quand il s�agit de la terreur atomique (la Bombe [Peter Watkins, 1966]).</p><p>2001, l�Odyss�e de l�espace (Stanley Kubrick, 1968), qui domine, � ce jour, tous les films de science-fiction, reprend � son tour le th�me de la cr�ature qui se r�volte contre son ma�tre : l�ordinateur de 2001 est, au bout du compte, une version tr�s sophistiqu�e de tous les monstres qui, pr�c�demment, ont affirm� leur autonomie face � une technologie encore balbutiante.</p><p>Trop proche du fantastique et soumise, comme lui, aux paniques de l�inconscient collectif, la science-fiction n�est gu�re messag�re d�optimisme.</p><p>Les civilisations futures qu�elle d�crit sont celles de l�oppression et de la crainte : Metropolis (Fritz Lang, 1925) en est l�exemple le plus �clatant. 1984</p><p>(Michael Anderson, 1956) n�est gu�re plus r�jouissant. Orange m�canique (Stanley Kubrick, 1971) d�crit, avec inspiration, toutes les violences contenues dans notre �poque, explosant dans un avenir proche. Fran�ois Truffaut, avec Fahrenheit 451 (1966), adapt� de</p><p>Ray Bradbury, montre une civilisation r�duite au silence intellectuel par la destruction des livres, tandis que Chris Marker, dans la Jet�e (1962), soul�ve le voile d�angoisse qui p�se sur notre futur. Si le courant pessimiste de la science-fiction reste pr�dominant, il n�est pas unique. La tradition h�rit�e de H. G. Wells et de Jules Verne y a la part fort belle : l�aventure utopique, la lutte pour la survie de notre plan�te, l�exploration d�autres mondes se retrouvent dans de nombreux films. Citons, entre autres, la Guerre des mondes (Byron Haskin, 1953), la Conqu�te de l�espace (Id. 1955), la Machine � explorer le temps (George Pal, 1960), Voyage au centre de la terre (H. Levin, 1959), la Plan�te des singes (Franklin J. Schaffner, 1967), les Monstres de l�espace (Roy Ward Baker, 1967), l�Homme</p><p>tatou� (Jack Smight, 1969), le Myst�re Androm�de (Robert Wise, 1971), le tr�s ambitieux Solaris (Andre� A. Tar-kovski, 1971) et la grande r�ussite plastique des d�cors du Voyage fantastique (Richard Fleischer, 1966). Sur le th�me des envahisseurs, quelques films se d�tachent du lot commun : le Jour o� la terre s�arr�ta (Robert Wise, 1951) � o� les extraterrestres viennent donner une le�on de morale aux humains �, le superbe et cruel Invasion des profanateurs de s�pulture (Don Siegel, 1956), le Village des damn�s (Wolf Rilla, 1960) et la terreur sourde qu�inspiraient des enfants trop blonds, trop semblables pour �tre n�s naturellement.</p><p>Le d�paysement temporel, le voyage dans les univers parall�les ont donn� quelques r�ussites convaincantes : Je t�aime, je t�aime (Alain Resnais, 1968) en est la preuve indiscutable, tout comme Zardoz (John Boorman, 1973).</p><p>L�animation* pourrait �tre le domaine privil�gi� de la science-fiction : le Sous-marin jaune (Georges Dunning, 1968), la Br�lure de mille soleils (Pierre Kast, 1964), la Plan�te sauvage (Laloux et Topor, 1973) ; toutes les voies restent ouvertes � ce genre cin�matographique, encore mal d�frich� et incertain. Si la science-fiction au cin�ma reste, dans son ensemble, peu convaincante, c�est que les vrais talents ont paru s�en d�sint�resser. La</p><p>porte ouverte avec puissance par Stanley Kubrick peut d�boucher, du moins esp�rons-le, sur des horizons neufs et de v�ritables styles.</p><p>T. R. et J.-L. P.</p><p>F Fantastique (le) / Roman / Utopie.</p><p>J. O. Bailey, Pilgrims through Space and Time (New York, 1947). / L. A. Eshbach (sous la dir. de), Of Worlds Beyond (Reading, Pa., 1947 ; 2e �d., Chicago, 1964). / J.-J. Bridenne, la Litt�rature fran�aise d�imagination scientifique (Dassonville, 1951). / B. Davenport, Inquiry into Science Fiction (New York, 1955) ; The Science Fiction Novel (Chicago, 1959 ; 2e �d., 1964). /</p><p>J. Sternberg, Une succursale du fantastique nomm�e science-fiction (le Terrain vague, 1958). / K. Amis, New Maps of Hell, a Survey of Science Fiction (New York, 1960 ; trad. fr.</p><p>l�Univers de la science-fiction, Payot, 1962).</p><p>/ S. Moskowitz, Explorers of the Infinite (Cleveland, 1963 ; nouv. �d., Los Angeles, 1971) ; Seekers of Tomorrow (Cleveland, 1966 ; nouv.</p><p>�d., Los Angeles, 1971) ; Science Fiction by Gaslight (Cleveland, 1968) ; Under the Moons of Mars (New York, 1970). / M. Butor, Essai sur les modernes (Gallimard, 1964). / G. Diffloth, la Science-fiction (Gamma-presse, 1964). /</p><p>W. H. G. Armytage, Yesterday�s Tomorrow, a Historical Study of Future Societies (Toronto, 1968). / H. Baudin, la Science-fiction (Bordas, 1971 ; nouv. �d., 1974). / J. Gattegno, la Science-fiction (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1971 ; 2e �d., 1973). / S. J. Lundwall, Science Fiction : What it�s all about (New York, 1971).</p><p>/ D. A. Wollheim, The Universe Makers, Science Fiction today (New York, 1971 ; trad. fr. les Faiseurs d�univers, la Science-fiction aujourd�hui, Laffont, 1974). / L. E. Stover, la Science-fiction am�ricaine. Essai d�anthropologie culturelle downloadModeText.vue.download 5 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>9960</p><p>(trad. de l�am�r., Aubier, 1972). / P. Versins, Encyclop�die de l�Utopie, des voyages extraordinaires et de la science-fiction (l��ge d�homme, Lausanne, 1972). / J. Sadoul, Hier, l�an 2000</p><p>(Deno�l, 1973) ; Histoire de la science-fiction moderne, 1911-1971 (A. Michel, 1973). / B. Ei-zykman, Science-fiction et capitalisme (Mame, 1974). / H. Gougaud, D�mons et merveilles de la science-fiction (Julliard, 1974). / M. Rochette, la Science-fiction (Larousse, 1975).</p><p>scintigraphie</p><p>M�thode de visualisation des formes et des structures des organes utilisant des indicateurs radioactifs.</p><p>La technique</p><p>Une mol�cule est marqu�e par l�introduction d�un atome radioactif : inject�e dans un organisme vivant, elle peut �tre suivie � la trace et plus particuli�rement au niveau de l�organe o� elle se fixe ; d�o� l�expression de traceur radioactif. Cette m�thode d�coule de l�utilisation des isotopes*. C�est ainsi que l�iode, dont le poids atomique est de 126,92, poss�de un isotope, l�iode 131, dont le noyau, form� de 53 protons et de 78 neutrons, est instable et �met un rayonnement b�ta ainsi qu�un rayonnement gamma : c�est ce dernier qu�on utilise en diagnostic, car, du fait de sa forte p�n�tration, cette �mission peut �tre d�tect�e � l�ext�rieur de l�organisme explor� (d�o� le nom de gamma-graphie donn� aussi � la scintigraphie).</p><p>Les corps radioactifs employ�s doivent satisfaire � certaines conditions ; ils doivent poss�der une affinit� chimique pour l�organe � explorer, et leur �limination doit �tre suffisamment rapide pour �viter une irradiation excessive.</p><p>Il importe, en somme, que la p�riode biologique (p�riode de demi-d�sint�-</p><p>gration) ne soit pas trop courte, comme celle de l�oxyg�ne radioactif, qui est de deux minutes, donc inutilisable. Elle ne doit pas non plus �tre trop longue, car, dans ce cas, les isotopes radioactifs, en se fixant dans l�organisme, pourraient y provoquer des l�sions. Le fluide (liquide ou gaz) contenant la dose traceuse, inject� dans l�organisme par voie parent�rale ou inhal�, ou encore ing�r�, est d�tect� par divers proc�d�s.</p><p>Le compteur de Geiger-M�ller est fond� sur la possibilit� d�obtenir une d�charge dans un gaz soumis � une haute tension, de l�ordre de 1 500 volts, lors du passage d�un rayonnement ionisant. Les �lectrons �mis par la source radioactive ionisent le m�lange gazeux, et le courant ainsi produit est enregistr� soit sur bande magn�tique, soit sous forme de trac�.</p><p>Le compteur � scintillations est un appareil plus complexe, fond� sur l�existence d�un ph�nom�ne lumineux provoqu� par le passage d�une radiation ionisante dans un cristal d�iodure de sodium activ� au thallium. Le compteur, bien prot�g�, re�oit les rayons gamma par une fente servant de collimateur ou, de pr�f�rence, par un syst�me de plusieurs canaux focalis�s � partir du point examin�. La fluorescence provoqu�e par la radiation permet, gr�ce � un photomultiplicateur, d�appr�cier l�intensit� de la source radioactive. Un syst�me m�canique enregistre sur une feuille de papier des traits d�autant plus serr�s que la radiation du point vis� est plus intense, la fr�quence des frappes �tant proportionnelle aux impulsions radioactives. Il va de soi que ce scintiscanner doit balayer l�organe explor�, puisque le champ r�duit du collimateur n��tudie qu�un point � la fois. De ce fait, les explorations risqueraient d��tre longues et immobiliseraient pendant un temps trop consid�rable le patient et le mat�riel scintigraphique.</p><p>Des scanners de balayage � sondes multiples �vitent ces inconv�nients en permettant des examens beaucoup plus rapides et moins fatigants pour le sujet.</p><p>Les cartographies ainsi obtenues fournissent ainsi une image particuli�re de l�organe explor�. Cette image peut �tre am�lior�e et pr�cis�e par le codage en couleur, chaque couleur correspondant � un pourcentage d�termin� de radioactivit�.</p><p>La gamma cam�ra n�utilise pas la technique du balayage, mais prend plusieurs clich�s par seconde de l�organe rendu radioactif. La plage enti�re est vue � chaque instant, ce qui permet d�obtenir un document rapide et facilite les �tudes dynamiques. L�appareil est constitu� par la juxtaposition de plusieurs photomultiplicateurs group�s au-dessus d�un large cristal scintillant.</p><p>En un temps tr�s court, les �clairs de scintillation sont rep�r�s par un dispositif �lectronique, et l�on obtient � chaque instant par cette cam�ra sp�-</p><p>ciale des images de la totalit� d�un organe.</p><p>La dose traceuse � administrer doit �tre attentivement consid�r�e. Pour un test de fixation thyro�dienne �tudi� par scintiscanner � multisondes ou gamma</p><p>cam�ra, quelques microcuries suffisent. Pour les explorations hum�rales ou celles du syst�me osseux (recherche de m�tastases), une dose d�une centaine de microcuries peut �tre consid�r�e comme un minimum. Au-del�</p><p>du millicurie, les effets biologiques ne sont plus n�gligeables. Compte tenu des doses de radiotraceurs qu�il importe de ne pas d�passer, les explorations isotopiques faites chez le vivant pr�sentent un int�r�t consid�rable.</p><p>Nous ne ferons que rappeler l��tude du corps thyro�de par l�iode 131, qui est la plus connue. Cet isotope est obtenu par irradiation de tellure stable dans le flux de neutrons d�une pile atomique.</p><p>Sa p�riode de demi-d�sint�gration, qui est de huit jours, convient parfaitement aux explorations physiopathologiques.</p><p>C�est ainsi que les grandes indications de ce test de fixation sont les dysthy-ro�dies (maladie de Basedow ou, � l�inverse, myxoed�me), les hypertrophies sans troubles endocriniens (goitres et nodules), le diagnostic des tumeurs et des cancers thyro�diens aberrants.</p><p>Rappelons les explorations du foie par l�or collo�dal, l�albumine iod�e, le rose bengale 131 ; comme pour la thyro�de, les zones muettes ou froides sur les cartographies, c�est-�-dire d�pourvues de � frappes �, correspondent � des masses n�o-form�es, qui peuvent traduire l�existence d�un abc�s, d�un kyste hydatique, d�une tumeur b�nigne ou maligne, primitive ou secondaire.</p><p>L�exploration isotopique des poumons se fait par macro-agr�gats d�albumine marqu�e, qui, se bloquant dans les capillaires, mettent en �vidence la circulation pulmonaire. Il est possible de combiner l�exploration anatomique aux �tudes fonctionnelles : un solut� de x�non 133 inject� par voie veineuse permet d�obtenir une scintigraphie du tissu pulmonaire par les vaisseaux. On fait ensuite inhaler au patient de l�air charg� du m�me x�non 133 et l�on pratique une nouvelle scintigraphie, qui donne une image des espaces a�riens et qui, compar�e � la pr�c�dente, donne des indications sur la physiologie pulmonaire. Dans le cancer bronchique, la scintigraphie pulmonaire r�v�le une zone muette. Une scintigraphie tumorale s�lective peut donner des r�sultats remarquables avec le gallium (67 Ga).</p><p>Il est possible, enfin, d�appr�cier l�en-</p><p>vahissement du m�diastin. Au niveau des hiles pulmonaires, alors que toutes les explorations semblent donner des r�sultats n�gatifs (tomographies et an-giographies), l�exploration isotopique par la bl�omycine marqu�e permet de mettre en �vidence des ad�nopathies n�oplasiques. La lymphographie isotopique d�couvre des envahissements ganglionnaires n�oplasiques jusqu�au niveau de l��tage respiratoire. La scintigraphie de la moelle �pini�re par s�rum-albumine marqu�e � l�iode 131</p><p>contribue � la mise en �vidence de tumeurs m�dullaires et � l��tude dynamique du liquide c�phalo-rachidien.</p><p>La scintigraphie cardiaque est obtenue dans un premier temps au cours d�une scintigraphie pulmonaire qui d�limite la loge cardiaque. En ce qui concerne les cavit�s cardiaques, on peut obtenir une image scintigraphique par injection intraveineuse d�un indicateur radioactif et comparer cette image � celle de la loge cardiaque (mise en �vidence d�un �panchement p�ricardique). Par la gamma cam�ra, on peut suivre le passage d�un indicateur radioactif inject� par voie veineuse, d�abord dans les cavit�s droites, puis dans les cavit�s gauches du coeur.</p><p>On visualise ainsi les aspects pathologiques et les augmentations de volume des cavit�s cardiaques. Pour la scintigraphie myocardique, on utilise le c�sium 131. Les infarctus se traduisent par une image d�amputation qui contraste avec la radioactivit� normale du muscle cardiaque voisin. Il est int�ressant de coupler cette scintigraphie avec la mesure du d�bit coronaire, ce qui donne des indications diagnostiques et pronostiques importantes. Rappelons l��tude du squelette, des m�tastases osseuses et de la maladie de Paget par le radiogallium, qui se fixe �lectivement sur le tissu osseux.</p><p>La physiologie et le renouvellement de ce dernier ont pu �tre mis en �vidence par le radiocalcium 45 et le radio-phosphore 32. La scintigraphie r�nale permet des explorations inoffensives lorsque l�urographie et, plus encore, la py�lographie r�trograde sont contre-indiqu�es. Elle peut donner des �l�-</p><p>ments d�terminants sur l�appr�ciation des fonctions r�nales. Le techn�tium 99 m permet de faire des scintigraphies</p><p>des vaisseaux c�r�braux (angioscinti-graphies) et tend � remplacer les autres isotopes dans les scintigraphies thyro�-</p><p>diennes, osseuses, etc.</p><p>Mesures � in vitro �</p><p>Des pr�l�vements de sang �tudi�s en scintigraphie permettent d�appr�cier la physiologie des globules rouges, leur dur�e de vie, d��tudier le cycle de la vitamine B12, de d�celer les an�mies h�molytiques, de faire des dosages hormonaux. Ces test in vitro sont appel�s � un consid�rable d�veloppement, l�interpr�tation des r�sultats mettant � profit des programmateurs et des calculateurs �lectroniques.</p><p>Disons, en conclusion, que,</p><p>lorsqu�on utilise un �l�ment chimique downloadModeText.vue.download 6 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>9961</p><p>pr�sentant une affinit� s�lective pour l�organe ou le tissu pathologique � explorer et que le radio-isotope employ� s��limine d�une fa�on satisfaisante, cette m�thode est inoffensive et permet d�obtenir des informations quantitatives et morphologiques de la plupart des tissus de l�organisme.</p><p>Compl�tant les m�thodes radio-</p><p>logiques, les d�passant dans des cas d�termin�s, la scintigraphie permet d�appr�cier la dynamique cardiaque, les fonctions r�nales, la pathologie pulmonaire et h�patique, les m�tabolismes endocriniens, et notamment celui du corps thyro�de, qui fut le premier � �tre explor�.</p><p>E. W.</p><p>F Isotopes / Radioactivit� / Radio�l�ments /</p><p>Radiologie.</p><p>B. Delaloye, P. Magnenat, B. Scazziga et G. Gautier, Introduction � la scintigraphie clinique. Atlas (Masson, 1966). / U. Feine et coll., Nuklear Medizin. Szintigraphische Diagnostik (Stuttgart, 1969). / D. Baillet et F. C. Hugues, Atlas de scintigraphie pulmonaire (�d. scientif.</p><p>internat., 1972).</p><p>Scipions (les)</p><p>C�l�bre famille romaine, rameau de la gens Cornelia.</p><p>Les Scipions</p><p>dans l�histoire</p><p>On voit ses membres appara�tre au IVe s.</p><p>av. J.-C. Le mot latin de scipio signifie</p><p>� b�ton � : le chef de la famille aurait, dit-on, servi de b�ton de vieillesse � son p�re aveugle, selon la l�gende.</p><p>Les Scipions ont �t� omnipr�sents dans les grandes guerres de conqu�te de leur temps (IIIe-IIe s. av. J.-C.). Les deux plus grands d�entre eux ont �t� � la fois les triomphateurs de Carthage et les propagandistes d�une id�ologie novatrice, d�inspiration hell�nistique, d�une ouverture culturelle vers la Gr�ce, toute oppos�e au conservatisme romain, repr�sent� notamment par Caton* l�Ancien. Leur attitude �tait symptomatique de l��volution de la Rome r�publicaine : la mutation � laquelle ils pr�sid�rent a fait donner par Pierre Grimal, � ce temps le nom de � si�cle des Scipions �. Ce � si�cle �</p><p>correspond � la p�riode de 250 � 130</p><p>av. J.-C. ou, si l�on veut, au temps limit� par les deuxi�me et troisi�me guerres puniques*. Il a �t� caract�ris� par l�expansion de l��tat romain hors d�Italie, avec, pour cons�quence, la p�-</p><p>n�tration des �tats grecs dans l�orbite de Rome. Parall�lement, toute l�exp�-</p><p>rience culturelle grecque a p�n�tr�, et Rome l�a plus ou moins assimil�e, sans rien perdre de son g�nie propre : � La Gr�ce vaincue a conquis son farouche vainqueur. �</p><p>Scipion l�Africain</p><p>En lat. PUBLIUS CORNELIUS SCIPIO AFRI-CANUS, g�n�ral romain (235 - Liternum 183 av. J.-C.).</p><p>D�s son jeune �ge, sa pi�t� et son autorit� pr�coce frappent l�opinion. Tribun militaire, il montre une courageuse r�solution apr�s la d�faite de Cannes (216). En 212, il est �lu �dile avant l��ge l�gal et � l�unanimit�. Proconsul en Espagne, d�sign� en 211 dans les m�mes conditions, il bat s�par�ment les g�n�raux carthaginois et s�empare</p><p>de la place importante de Carthag�ne (209). Il rallie � lui des chefs indig�nes.</p><p>Mais il ne parvient pas � retenir en Espagne Hasdrubal, qui va rejoindre Hannibal* en Italie. En B�tique, il gagne, en 206, la bataille d�Ilipa (ou Silpia), et, en 207, prend d�assaut Gad�s (Cadix), o� se trouvent ses principaux adversaires ; il se trouve d�s lors ma�tre de la P�ninsule.</p><p>Rentr� � Rome, il est �lu consul pour 205, toujours avant l��ge requis. Il souhaite porter la guerre contre Carthage en Afrique m�me au lieu de poursuivre continuellement Hannibal � travers l�Italie. Les s�nateurs, effray�s de son audace, mais troubl�s par le soutien de la pl�be � Scipion, se contentent de tol�rer une exp�dition en Afrique, sans l�appuyer financi�rement. Scipion trouve alors l�aide z�l�e des cit�s d��trurie et d�Ombrie, et peut ainsi �quiper une flotte. Il s�journe en Sicile, o� il poursuit ses pr�paratifs, et tente de restaurer un peu d�ordre dans l��le, �puis�e et en proie aux aventuriers. Il saisit une occasion de prendre Locres aux gens d�Hannibal : les Romains y commettent exactions et s�vices, et le s�nat en rend Scipion responsable, d�autant plus que celui-ci a outrepass� ses droits en op�rant dans une ville situ�e dans la province attribu�e � son coll�gue Quintus Caecilius Metellus au consulat. La commission d�enqu�te s�natoriale est frapp�e d�admiration par les pr�paratifs de Scipion, mais l�incident n�en entretient pas moins la jalousie d�un clan de s�nateurs, qui se groupe autour de Caton l�Ancien et se scandalise de la trop brillante carri�re de Scipion.</p><p>La campagne d�Afrique accro�t</p><p>encore l��clat de sa renomm�e. Alli� au Numide Masinissa (ou Massinissa), Scipion capture Syphax pr�s d�Utique (204) et bat les arm�es carthaginoises, contraignant Carthage � rappeler Hannibal. Celui-ci essaye de traiter et, apr�s l��chec des n�gociations, est d�finitivement vaincu par Scipion � Zama, pr�s de la Medjerda (202). La deuxi�me guerre punique est termin�e.</p><p>downloadModeText.vue.download 7 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>9962</p><p>Scipion triomphe en 201, se voit d�cerner son surnom d�Africain, mais refuse les honneurs exceptionnels qu�on lui propose.</p><p>Bien que censeur et de nouveau</p><p>consul (194), il n�intervient plus beaucoup dans les affaires publiques. Il participe � diverses n�gociations. En 190, son fr�re Lucius, consul, est charg� de la guerre contre Antiochos III de Syrie : l�Africain l�accompagne � titre de l�gat, et c�est sans aucun doute lui l�artisan de la victoire. � Rome, on reproche aux deux fr�res les conditions de paix trop favorables qu�ils ont propos�es � Antiochos. On leur demande des comptes : Lucius est condamn� � une forte amende. L�Africain, accus� lui aussi, ne daigne pas se justifier.</p><p>Il se retire dans son domaine de Liternum (auj. Patria, en Campanie) et demande � dit-on � qu�il y soit enterr� � pour que son ingrate patrie n�ait pas ses os �.</p><p>Scipion �milien</p><p>En lat. PUBLIUS CORNELIUS SCIPIO AEMI-LIANUS, surnomm� le Second Africain (185/184-129 av. J.-C.).</p><p>Fils de Paul �mile, il entre par adoption dans la gens Cornelia. Lettr�, tr�s f�ru de culture grecque, il accueille chez lui Polybe, alors exil�, le philosophe Panetius (Panaitios), les po�tes Lucilius et T�rence. Soldat, il combat � Pydna en 168, est tribun militaire en 151 et participe au si�ge de Carthage en 149. Consul pour 147, Scipion termine victorieusement la troisi�me guerre punique par la prise de Carthage (146).</p><p>De nouveau consul en 134, il met fin � la r�volte espagnole par la prise de Numance (133) apr�s un si�ge difficile.</p><p>� Rome, il se rend impopulaire par sa mani�re hautaine de consid�rer la pl�be et son hostilit� aux Gracques*.</p><p>Le Second Africain meurt, probablement d�une crise cardiaque, alors que Rome conna�t des jours difficiles.</p><p>R. H.</p><p>F Carthage / Caton / Espagne / Gracques (les) /</p><p>Hannibal / Puniques (guerres).</p><p>F. Valori, Scipione l�Africano (Turin, 1941). /</p><p>P. Grimal, le Si�cle des Scipions (Aubier, 1953). /</p><p>F. Cassola, I Gruppi politici romani nel III secolo a.C. (Trieste, 1962).</p><p>Scitaminales</p><p>ou Zingib�rales</p><p>Ordre de plantes monocotyl�dones qui comprend les familles des Musac�es, des Zingib�rac�es, des Cannac�es et des Marantac�es, la premi�re �tant parfois subdivis�e en trois : les Musac�es sensu stricto, les Strelitziac�es et les Lowiac�es.</p><p>Les plantes de cet ordre, toutes exotiques, ont de nombreuses caract�ristiques communes : elles sont herbac�es, parfois tr�s grandes (Bananier), � feuilles alternes, enti�res, leurs p�tioles �tant plus ou moins embo�t�s les uns dans les autres, formant ainsi un tube d�o� sort l�axe de l�inflorescence. Leurs fleurs, construites sur le type trois, sont le plus souvent incompl�tes et donc dissym�triques ; l�ovaire est toujours en position inf�re. Certains auteurs pensent que cet ordre d�rive-rait d�un ensemble primitif (voisin des Liliales) ; d�autres envisagent une �volution � partir des Alismatales � travers les Comm�linales et les Brom�liales.</p><p>Musac�es</p><p>Consid�r�e dans son sens large, la famille des Musac�es comprend cinq genres et pr�s de cent cinquante es-p�ces. Le genre Musa (Bananier) est de beaucoup le plus important par le nombre de ses esp�ces et son incidence �conomique. Ces esp�ces sont de grandes plantes herbac�es � longues feuilles, dont les gaines forment un tube d�o� sort l�inflorescence, un �pi, qui s�infl�chit vers le bas ; cet �pi peut avoir jusqu�� vingt mille fleurs, group�es � l�aisselle de bract�es dispos�es en spirale. � la base de l�inflorescence se localisent les fleurs femelles, puis au-dessus les hermaphrodites et au sommet les m�les ; ces fleurs sont bilabi�es, � cinq pi�ces plus ou moins soud�es, o� l�on ne distingue pas les trois s�pales des deux p�tales ; les �tamines sont au nombre de deux, et</p><p>l�ovaire est � trois loges ; le fruit est une grande baie allong�e de section triangulaire, remplie d�une pulpe charnue, � l�int�rieur de laquelle se trouvent les graines dans les esp�ces sauvages. Dans ce genre, on distingue quatre sections, dont deux sont importantes. L�une, Eu-musa, � onze chromosomes, rassemble les esp�ces � fruits comestibles. L�autre, Calli-musa, � dix chromosomes, est surtout connue par deux esp�ces : Musa textilis, des Philippines, qui produit le � Chanvre de Manille �, et M. ensete, esp�ce ornementale, qui peut �tre cultiv�e en pleine terre dans les r�gions de l�ouest et du midi de la France ; les p�tioles et les nervures de cette esp�ce sont rouge sang et lui donnent un aspect curieux.</p><p>Les Bananiers cultiv�s d�riveraient de trois esp�ces : M. acuminata, d�Indo-Malaisie, qui produit les bananes l�-</p><p>gumes ; M. sapientum, probablement d�origine hybride entre la pr�c�dente et la suivante, dont une vari�t� donne les bananes de C�te-d�Ivoire, petites et de couleur jaune vif ; enfin M. balbisiana, �galement d�Indo-Malaisie.</p><p>� c�t� du genre Musa, il faut citer les genres Strelitzia et Ravenala, r�unis parfois dans la famille des Strelitziac�es ; ces plantes ont leurs feuilles dis-tiques (oppos�es sur deux rangs, dans un m�me plan). Les Strelitzia (Oiseaux de paradis) [4 esp�ces en Afrique du Sud] sont des plantes tr�s ornementales gr�ce � leurs fleurs irr�guli�res tr�s curieuses, en forme d�Oiseau. L�esp�ce la plus connue, S. reginae, poss�de des fleurs, group�es par huit � dix dans une grande spathe aigu�, qui ont des s�-</p><p>pales jaunes-orang� et des p�tales d�un bleu outremer. Les Ravenala (Arbres des voyageurs) [2 esp�ces] se trouvent � Madagascar-R�union pour une es-p�ce et Amazonie pour l�autre ; leur nom vulgaire d�Arbre des voyageurs est d� � la pr�sence d�importantes r�-</p><p>serves d�eau dans les gaines de leurs feuilles ; leur port en �ventail est tout � fait remarquable. Un dernier genre, Heliconia, poss�de soixante esp�ces dans les r�gions de l�Am�rique tropicale ; les feuilles, � tr�s longs p�tioles engainants, sont amples ; les fleurs sont brillamment color�es et r�unies en grappes unilat�rales ; quelques-unes de ces esp�ces sont ornementales et culti-</p><p>v�es surtout en serres chaudes.</p><p>Zingib�rac�es</p><p>La famille des Zingib�rac�es (50 genres et 1 500 esp�ces) se distingue de la pr�c�dente surtout par la pr�sence d�une seule �tamine dans les fleurs.</p><p>Ces plantes herbac�es � rhizomes et � tubercules sont riches en amidon, en particulier certains Curcuma d�Indochine, qui donnent des f�cules (arrow-root) ; les rhizomes de C. longa poss�dent en outre une mati�re colorante jaune qui sert pour la teinture des laines, des soies, du papier, du bois, du cuir... Parmi les Zingiber (100 es-p�ces en Asie tropicale), Z. officinale, ou Gingembre, est une grande herbe vivace employ�e d�j� comme �pice par les Grecs et les Romains ; il sert � parfumer les boissons, en particulier la bi�re (Grande-Bretagne, �tats-Unis).</p><p>Le genre Eletteria et en particulier E. cardamomum fournit des graines aromatiques � saveur piquante (Cardamome de Malabar en particulier, mais aussi de Ceylan, du Japon et du Siam).</p><p>Utilis�es autrefois en pharmacop�e, ces graines ne servent plus gu�re que comme condiment : pour la fabrication de liqueur (bitter) et pour la confection de g�teaux en Angleterre, en Allemagne, mais surtout en Chine. Certains genres enfin sont employ�s en horticulture, surtout en serre chaude ou temp�r�e : les Hedyclinum (150 esp�ces), les Globa (100 esp�ces en Am�rique tropicale), les Costus (150 esp�ces en Am�rique et en Afrique).</p><p>Cannac�es</p><p>C�est une famille monog�n�rique</p><p>(Canna ou Balisier � 50 esp�ces originaires de l�Am�rique tropicale). Les Canna sont de belles plantes horticoles de 1,5 m environ, introduites en Europe depuis le XVIe s. Les fleurs, en grappes terminales, sont compos�es de deux verticilles de trois pi�ces soud�es en un tube � la base, de trois �tamines enti�-</p><p>rement p�talo�des, d�un seul style et de trois carpelles donnant � maturit�, apr�s f�condation, une capsule loculicide.</p><p>Les cultivars actuels proviendraient d�un hydride obtenu au � fleuriste de la Ville de Paris � en 1863 (C. iridi-flora) et qui aurait servi de souche �</p><p>de tr�s nombreux autres croisements.</p><p>Les tubercules pourpres de C. edulis fournissent une f�cule (arrow-root de Canna ou du Queensland, ou encore toulema) ; les jeunes rhizomes, les plus tendres, sont consomm�s au Br�sil et aux Antilles ; les graines de C. orientalis, de C. coccinea, tr�s dures, sont parfois employ�es dans la fabrication de colliers. Enfin, les graines de C. Bit-tonii auraient servi autrefois comme poids dans le commerce de l�or.</p><p>Marantac�es</p><p>Cette famille d�une vingtaine de genres et pr�s de quatre cents esp�ces, en majorit� des for�ts tropicales humides am�ricaines, comprend uniquement des plantes herbac�es � rhizomes ou � tubercules. Les fleurs, tr�s irr�gu-li�res, du type trois, ont des s�pales ainsi que des p�tales plus ou moins soud�s ; l�androc�e (deux cycles de trois pi�ces) est r�duit � une seule �tamine fertile, les autres pi�ces �tant des pi�ces st�riles, des staminodes ou compl�tement absentes. L�ovaire est � trois carpelles tri- ou uniloculaires.</p><p>Comme genres, on peut citer le genre Calathaea (150 esp�ces am�ricaines ou africaines), � racines comestibles et aux feuilles curieusement color�es, et le genre Maranta (30 esp�ces en Am�rique tropicale). Les rhizomes de M. arundinacea (Antilles) fournissent une f�cule blanche tr�s appr�ci�e ; downloadModeText.vue.download 8 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>9963</p><p>M. bicolor et M. leuconeura servent � la d�coration des serres ; cette derni�re esp�ce, plus rustique, se trouve parfois dans les appartements.</p><p>J.-M. T. et F. T.</p><p>N. W. Simmonds, Bananas (Londres, 1959 ; 2e �d., 1966). / J. Champion, le Bananier (Maisonneuve et Larose, 1963).</p><p>scl�rose</p><p>Durcissement des tissus vivants cons�-</p><p>cutif � une formation excessive de collag�ne, prot�ine entrant dans la consti-</p><p>tution de la substance intercellulaire du tissu conjonctif.</p><p>La scl�rose se manifeste comme une induration pathologique de l�organe ou du tissu affect�s par l�hypertrophie des �l�ments conjonctifs qui entrent dans leur structure.</p><p>Histologie</p><p>L�intervention du collag�ne est un des ph�nom�nes les plus fr�quents et les plus banals en pathologie. Elle est tr�s utile � l�organisme lorsqu�il s�agit de la formation de cicatrices ayant des propri�t�s de r�sistance suffisantes ; dans d�autres cas, la synth�se excessive de collag�ne, qui caract�rise la scl�rose, est la cons�quence d�une destruction tissulaire d�origine variable ; elle peut se rencontrer apr�s tout infarctus (destruction cellulaire secondaire � une oblit�ration vasculaire) gu�ri ou � la fin de ph�nom�nes inflammatoires de causes diverses.</p><p>La scl�rose de constitution r�cente (scl�rose jeune), caract�ris�e par un tissu conjonctif riche en fibroblastes (cellules conjonctives allong�es) et en vaisseaux, pauvre en fibres conjonctives, s�oppose � la scl�rose adulte, o� le tissu conjonctif est riche en collag�ne, pauvre en cellules et en vaisseaux.</p><p>La scl�rose peut atteindre de nombreuses formations : le myocarde (apr�s un infarctus par exemple), les art�res (art�rioscl�rose), le foie (scl�-</p><p>rose h�patique), le derme et les visc�res (scl�rodermie), le poumon (scl�-</p><p>rose pulmonaire au cours ou au d�cours de la tuberculose, des bronchopneumo-nies, des inflammations de la pl�vre), le syst�me nerveux (cerveau, moelle).</p><p>Neurologie</p><p>Le terme de scl�rose entre dans la d�-</p><p>nomination de diverses affections du syst�me nerveux de nature inflammatoire ou d�g�n�rative qui peuvent comporter, � leur stade ultime, la formation de scl�rose.</p><p>La scl�rose en plaques</p><p>Appel�e �galement scl�rose multiple ou scl�rose multiloculaire, la scl�rose en plaques est une des maladies du tissu nerveux les plus r�pandues. Sa cause est inconnue.</p><p>Sa d�finition est anatomique : si le terme de scl�rose ne t�moigne que du stade terminal des l�sions, celui de en plaques d�crit parfaitement l�aspect des l�sions. On observe sur les coupes histologiques des zones anormales, limit�es, � en plaques �, multiples et diss�min�es dans la substance blanche des h�misph�res c�r�braux, du cervelet, du tronc c�r�bral, de la moelle �pini�re.</p><p>Les plaques, d��ge diff�rent, correspondent � des foyers de d�sint�gration des gaines de my�line qui entourent les fibres nerveuses (axones). Ces l�-</p><p>sions localis�es multiples expliquent la symptomatologie qui peut en r�sulter � n�importe quel niveau du syst�me nerveux central.</p><p>La maladie frappe plus souvent</p><p>la femme que l�homme et d�bute t�t (chez l�adulte jeune, entre vingt et quarante ans), de fa�on brutale ou discr�te, par des troubles de la marche, une paralysie d�un membre, une n�vrite optique (baisse de la vue), une diplo-pie (vision double) ou un acc�s vertigineux isol�. Les d�buts sensitifs sont fr�quents : paresth�sies des membres � type de fourmillements, d�impression de ruissellement d�eau ou de courant �lectrique ; anesth�sie cutan�e formant une plaque � morte � ou � cartonn�e �.</p><p>Les troubles psychiques sont rares.</p><p>La maladie install�e peut r�aliser des tableaux constitu�s o� se trouvent r�unis, avec une particuli�re fr�quence, une s�rie de syndromes. La parapl�gie (paralysie des deux membres inf�-</p><p>rieurs) se traduit surtout par l�hyper-tonie des muscles (augmentation du tonus), rendant finalement la marche impossible (paralysie spasmodique, ou spastique) ; le d�ficit musculaire est, en effet, souvent mod�r� ; il s�y associe un signe de Babinski et une exag�ration des r�flexes ost�otendineux.</p><p>Le syndrome c�r�belleux (cervelet) aggrave les troubles de la marche ; il est responsable de l�incoordination, rendant l��criture impossible et les gestes hasardeux. Le syndrome cordonal post�rieur (cordons de la moelle) se</p><p>traduit par un d�ficit de la sensibilit� profonde pouvant n�cessiter le contr�le visuel permanent des membres lors de la marche. Le nystagmus (mouvements oscillatoires du globe oculaire) est fr�quent. La dysarthrie (articulation anormale des mots) se manifeste par un parler variable dans son amplitude et peu diff�renci�.</p><p>L�examen du fond d�oeil peut montrer une p�leur de la papille, qui t�-</p><p>moigne d�une n�vrite optique.</p><p>L��tude du liquide c�phalo-rachidien (ponction lombaire) contribue au diagnostic : il existe souvent une hypercytose (augmentation du nombre des cellules), une hyperprot�inorachie (augmentation de la quantit� des prot�ines) et surtout un taux �lev� de gamma-globulines.</p><p>La progression de la maladie ne</p><p>r�pond � aucune r�gle : elle est faite, le plus souvent, d�aggravations et de r�missions parcellaires ou m�me totales, les sympt�mes pouvant dispara�tre compl�tement ; l��volution est de dur�e impr�visible ; elle s��tend souvent sur une vingtaine d�ann�es ; son point d�aboutissement est un tableau neurologique o� la parapl�gie conditionne l��tat grabataire et les complications de d�cubitus (escharres, infection urinaire), souvent responsables de la mort.</p><p>Le diagnostic de la scl�rose en</p><p>plaques repose donc sur la r�union de syndromes neurologiques correspondant aux territoires �lectifs des plaques et sur la notion de pouss�es r�gressives chez l�adulte jeune.</p><p>La scl�rose lat�rale</p><p>amyotrophique</p><p>Appel�e �galement maladie de Charcot, cette affection est une maladie d�g�n�rative du syst�me nerveux, d��volution progressive in�luctable et de cause inconnue.</p><p>Elle est caract�ris�e anatomiquement par l�atteinte �lective des cellules motrices de la moelle �pini�re, du tronc c�r�bral et des fibres des voies cortico-spinales (fibres pyramidales allant du</p><p>cortex c�r�bral � la moelle).</p><p>Plus fr�quente chez l�homme que</p><p>chez la femme, elle d�bute souvent entre quarante et soixante ans de fa�on insidieuse. Elle se traduit par un d�ficit moteur avec fatigabilit�, maladresse des mains et fonte musculaire (amyotrophie). L�amyotrophie bilat�rale frappe d�abord l��minence th�nar (muscles de pouce), r�alisant la � main de singe �, puis l��minence hypoth�nar (muscles de l�auriculaire), aboutissant � la main plate ; elle atteint ensuite les muscles interosseux et lom-bricaux (main en griffe : les premi�res phalanges en extension, alors que les deux derni�res sont en flexion) ; elle gagne enfin l�avant-bras (main de pr�-</p><p>dicateur), puis le bras (bras ballant). Le d�ficit moteur progresse aussi vers le bas, gagnant les muscles abdominaux et ceux des membres inf�rieurs. Les r�flexes tendineux sont exag�r�s ; il existe un signe de Babinski. Des fasciculations musculaires (contractions anarchiques des fibres) s�y associent ; des crampes peuvent exister, mais l�examen de la sensibilit� ne montre aucun d�ficit objectif de celle-ci. Les fonctions psychiques sont normales ainsi que les examens de laboratoire usuels. L�examen �lectrique des muscles (�lectromyogramme) confirme l�origine nerveuse de l�amyotrophie.</p><p>L��volution se fait sans r�mission vers l�extension et l�aggravation progressive des paralysies et des atrophies musculaires.</p><p>L�extension au tronc c�r�bral est habituelle sous forme de paralysies bul-baires qui r�v�lent souvent la maladie ; l�atteinte de la langue se traduit par une fatigabilit� � la parole et par une atrophie avec fasciculations ; l�atteinte du pharynx, du voile du palais, du larynx est responsable de fausses routes alimentaires, d�accidents de suffocation parfois mortels. Les nerfs moteurs de l�oeil et les nerfs sensoriels ne sont pas touch�s.</p><p>Scl�rose combin�e de la moelle</p><p>Le syndrome de scl�rose combin�e de la moelle associe des signes d�atteinte pyramidale discr�te (Babinski bilat�-</p><p>ral) et d�atteinte des cordons post�-</p><p>rieurs de la moelle (troubles de la sensibilit� profonde, paresth�sies). Un tel tableau peut �tre r�alis� par certaines compressions de la moelle, mais il est �galement caract�ristique des complications neurologiques de l�an�mie de Biermer (carence en vitamine B12).</p><p>Scl�rose diffuse des h�misph�res Appel�e �galement maladie de Schilder, cette affection de causes diverses frappe surtout l�enfant ; elle se traduit par des troubles du comportement, une d�t�rioration progressive de l�intelligence, des troubles visuels et souvent des crises d��pilepsie. L��volution est fatale en deux ou trois ans.</p><p>Scl�rose tub�reuse de Bourneville Cette affection est due � un trouble cong�nital du d�veloppement de nombreux tissus (dysplasies) : elle associe des signes neurologiques (�pilepsie, downloadModeText.vue.download 9 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>9964</p><p>retard intellectuel, troubles de la vue) � des l�sions cutan�es, visc�rales et tissulaires diverses.</p><p>Scl�rose corticale laminaire</p><p>Affection propre � l�alcoolisme chronique, elle se traduit par une d�t�rioration mentale progressive, associ�e � un tremblement et � une dysarthrie.</p><p>C. V.</p><p>M. Laignel-Lavastine et N. T. Korresios, Recherches s�m�iologiques, s�rologiques, cliniques et th�rapeutiques sur la scl�rose en plaques (Maloine, 1947).</p><p>scolastique</p><p>F MOYEN �GE (philosophie du).</p><p>Scopas</p><p>En gr. SKOPAS, sculpteur et architecte grec (P�ros IVe s. av. J.-C.).</p><p>Les Anciens voyaient en ce ma�tre parien le rival de l�Ath�nien Praxit�le*, et Pline l�Ancien lui attribue une Aphrodite nue � sup�rieure m�me � celle de Praxit�le �. Mais l�oeuvre de Scopas, tr�s mutil�e, se laisse malais�-</p><p>ment reconna�tre.</p><p>Scopas eut la charge de reconstruire le temple d�Alea Ath�na � T�g�e.</p><p>L��tude du sanctuaire permet d�ap-pr�cier comment le sculpteur mit en valeur la statue de culte en �largissant la cella : les colonnes int�rieures sont trait�es en appliques ; un �tage ionique se superpose � un �tage corinthien dont le chapiteau, au d�cor v�g�tal tout fr�missant de vie, anime la paroi.</p><p>Les frontons, tr�s ruin�s, racontent les l�gendes locales : � l�est, la Chasse du sanglier de Calydon (la hure du sanglier est conserv�e) et, � l�ouest, le Combat entre Achille et T�l�phe (T�l�phe �tant le fils de la nymphe t�g�enne Aug�). De ce dernier fronton, nous avons quelques t�tes admirables ; l�une d�elles, coiff�e d�une peau de lion, repr�sente peut-�tre T�l�phe (mus�e de T�g�e).</p><p>Scopas travailla avec trois autres ma�tres � Timotheos, Bryaxis et L�o-char�s � au tombeau de Mausole, le fameux mausol�e d�Halicarnasse, autour des ann�es 350. On s�accorde � lui attribuer quelques plaques de l�Amazo-nomachie, o� sont aux prises Grecs et Amazones (British Museum, Londres).</p><p>Le dessin d�ensemble, dans un jeu d�obliques et de courbes, �voque plus un ballet, a-t-on not�, qu�un combat ; il fait remarquablement ressortir les attitudes individuelles : ainsi cette Amazone qui tire � l�arc, chevauchant sa monture � rebours, ou celle-ci qui vient de se retourner et va assener un coup de hache � son adversaire ; le sculpteur a fix� le moment o� le corps vrille ; la tunique amplifie le mouvement et, tournoyant, d�couvre magnifiquement les chairs.</p><p>Ce sont les seules pi�ces sorties du ciseau du ma�tre, ou au moins de son atelier, que nous connaissions. Les Anciens ont surtout d�crit des oeuvres isol�es, dont il ne subsiste plus que des copies, souvent difficiles � identifier.</p><p>En dehors du groupe des Niobides,</p><p>pour lequel les auteurs antiques h�sitaient entre Scopas et Praxit�le, mais que la critique moderne place un peu plus tard, Scopas r�alisa : le Cort�ge de N�r�ides et de Tritons (derri�re Pos�idon) ; Pothos, une all�gorie du d�sir amoureux ; Ar�s assis, dont l�Ar�s Ludovisi (mus�e des Thermes, Rome) garde le souvenir : de mani�re significative, le dieu de la Guerre exprime surtout la lassitude des combats. Un jeune M�l�agre montre une inqui�-</p><p>tude m�lancolique devant la mort qui l�attend.</p><p>Mais l�oeuvre qui laisse sans doute le mieux reconna�tre le g�nie scopasique est la M�nade. C�l�br�e dans la litt�-</p><p>rature antique, cette danseuse diony-siaque nous est conserv�e � Dresde par une copie tardive, de taille r�duite, mais qui a gard� de la vie du mod�le. Fortement cambr�e, la poitrine saillante, la t�te rejet�e en arri�re, la danseuse tournoie. La chevelure, r�pandue sur l��paule droite, et la tunique, d�nu-dant quasiment tout le flanc gauche, soulignent le mouvement, comme au mausol�e. Le visage, quoique mutil�, rappelle les t�tes de T�g�e.</p><p>C�est ici que se mesure le mieux l�apport de Scopas. Le visage, au lieu d�exprimer une s�r�nit� toute classique, s�efforce de traduire le path�-</p><p>tique du personnage, en usant notamment d�un proc�d� typique : l�oeil, profond�ment enfonc� dans l�orbite, � moiti� cach� par un lourd repli de la paupi�re, regarde vers le haut. Le corps perd sa pose intemporelle pour se mouvoir dans l�espace et incarner, dans sa vitalit�, toute la signification du sujet. Ces recherches, qui apportent un souffle nouveau � l�art classique (v. Gr�ce), expliquent l�influence de Scopas sur la plastique hell�nistique*.</p><p>O. P.</p><p>C. Picard, Manuel d�arch�ologie grecque.</p><p>La sculpture, IVe si�cle, t. III et IV (Picard, 1948</p><p>et 1954).</p><p>scorbut</p><p>Maladie qui est due � la carence en vitamine C, ou acide ascorbique.</p><p>Introduction</p><p>Le scorbut est bien connu depuis le XIIIe s. pour les ravages qu�il provoqua parmi les arm�es des exp�ditions lointaines et parmi les navigateurs. Charles Patin, dit aussi Nicolas Venette, en 1671, et James Lind, au milieu du XVIIIe s., montr�rent les vertus curatives et pr�ventives des fruits frais. La nature carentielle de la maladie ne fut �tablie qu�en 1928 par Albert Szent-Gy�rgyi, qui isola des oranges et du citron un principe antiscorbutique, l�acide ascorbique, dont la synth�se fut r�alis�e en 1933 par Tadeus Reichstein.</p><p>L�acide ascorbique est un puissant r�ducteur. Apparent� aux hexoses, il joue dans l�organisme le r�le de transporteur d�hydrog�ne et intervient dans les processus d�oxydor�duction. Sa mol�cule et, par suite, ses propri�t�s sont d�truites par la chaleur. L�acide ascorbique est indispensable � la croissance harmonieuse. Il a un r�le primordial, mais encore mal connu, dans le m�tabolisme et le fonctionnement des glandes endocrines. La corticosurr�-</p><p>nale est particuli�rement riche en acide ascorbique, et celui-ci semble intervenir, tout comme la glande, dans la lutte contre les ph�nom�nes d�agressions, de stress, de traumatisme. La vitamine C intervient �galement dans la formation du collag�ne (substance fondamentale du tissu conjonctif), et sa carence d�termine des modifications de tous les tissus conjonctifs.</p><p>Les Invert�br�s et la plupart des Vert�br�s sont capables de faire la synth�se de l�acide ascorbique. L�Homme ne peut la r�aliser et doit trouver dans son alimentation les 75 mg quotidiens, indispensables, de vitamine C. Les v�-</p><p>g�taux chlorophylliens en renferment des quantit�s tr�s importantes : chou (90 mg pour 100 g), �pinards (130 mg), cresson (141 mg). De m�me certains fruits (oranges, groseille, piment). Il en existe tr�s peu dans les prunes et les pommes. Le lait ainsi que tous les aliments d�origine animale en contiennent tr�s peu.</p><p>Signes cliniques</p><p>du scorbut</p><p>L�avitaminose C se pr�sente sous deux aspects tr�s diff�rents, selon qu�elle survient chez les adultes ou chez les nourrissons.</p><p>Scorbut de l�adulte</p><p>Il survient chez des individus soumis � une alimentation constitu�e de produits de conserve et d�pourvue de fruits et de l�gumes frais.</p><p>Le d�but de la maladie est marqu� par une fatigue, des douleurs lombaires et quelques saignements des gencives.</p><p>Puis rapidement surviennent une gingivite (gencives rouges, oed�matis�es, saignantes, douloureuses, plus ou moins ulc�r�es), une haleine f�tide, des h�morragies (gencives, os, muscles, peau), une an�mie en g�n�ral mod�-</p><p>r�e et des troubles de l��tat g�n�ral (amaigrissement, torpeur, temp�rature entre 38 et 35 �C). Sans traitement, le malade d�c�de par infection surajout�e ou h�morragie. Actuellement, dans les pays d�velopp�s, l�avitaminose C est fruste dans sa symptomatologie (asth�-</p><p>nie, gingivite mineure, purpura des membres inf�rieurs).</p><p>Scorbut du nourrisson</p><p>C�est sir Thomas Barlow qui distingua d�finitivement cette maladie du rachitisme en 1889 et lui donna son nom.</p><p>Celle-ci s�observe chez des nourrissons soumis � des r�gimes artificiels (lait pasteuris�, conserves, farines). Elle n�atteint jamais les enfants nourris au sein. Elle survient entre six et dix-huit mois.</p><p>Dans sa forme typique, elle est rare dans nos pays. Le nourrisson malade pr�sente une gingivite h�morragique, des saignements, une an�mie, une alt�ration de l��tat g�n�ral, avec arr�t de la courbe pond�rale et surtout des douleurs osseuses intenses en rapport avec des h�matomes sous-p�riost�s, traduits par des tum�factions osseuses palpables (f�mur, vo�te cr�nienne, c�tes, avec formation du � chapelet scorbutique �). L�os sous-jacent est ost�oporotique (d�calcifi�) et voit sa croissance diminu�e. Non trait�e, la maladie �volue vers la mort dans un tableau h�morragique ou infectieux.</p><p>Trait� par la vitamine C, tous les</p><p>troubles s�amendent rapidement.</p><p>downloadModeText.vue.download 10 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>9965</p><p>Traitement du scorbut</p><p>Il doit �tre pr�ventif. Chez l�adulte, un r�gime vari� et �quilibr� pr�vient toute avitaminose. La quantit� d�acide ascorbique n�cessaire s��l�ve au cours des infections, des interventions chirurgicales. Il est bon d�administrer la vitamine C chez les dyspeptiques pr�sentant des troubles d�absorption intestinale avec alcalinit� du contenu gastrique, qui d�truit cette vitamine.</p><p>Devant un scorbut d�clar�, on administre de 300 � 500 mg de vitamine C</p><p>(voies orale ou intraveineuse, ou intramusculaire). On associe d�autres vitamines (B1, PP, D), car la carence vita-minique est souvent multiple.</p><p>Chez le nourrisson soumis � un r�-</p><p>gime de lait conserv�, il suffit d�ajouter � l�alimentation de 2 � 4 cuiller�es � caf� par jour de jus de citron ou d�orange pour pr�venir l�avitaminose.</p><p>J.-C. D.</p><p>F Vitamine.</p><p>H. L. Vis, Aspects et m�canismes des hype-raminoaciduries de l�enfance. Recherches sur le kwashiorkor, le rachitisme commun et le scorbut (Maloine, 1964).</p><p>Scorpion</p><p>Arachnide terrestre des r�gions</p><p>chaudes, caract�ris� par ses deux pinces ant�rieures (form�es par les p�dipalpes) et par son long abdomen annel�, termin� par un aiguillon venimeux.</p><p>�cologie et r�partition</p><p>Les sept cents esp�ces que r�unit l�ordre tr�s homog�ne des Scorpionid�s vivent surtout dans les zones tropicales et subtropicales du monde ; les esp�ces plus nombreuses se rencontrent dans les d�serts (Sahara, Arabie, Mexique), tandis que d�autres se plaisent dans</p><p>des pays humides : le g�ant du groupe, Pandinus imperator (jusqu�� 18 cm de long), vit en Afrique tropicale, o� les pr�cipitations d�passent 2 m par an.</p><p>Essentiellement nocturnes, les Scorpions restent sous les pierres pendant la journ�e et am�nagent parfois une petite excavation dans le sol ; certains creusent m�me un terrier en forme de couloir de plusieurs d�cim�tres de long. Quelques esp�ces p�n�trent dans les habitations humaines, comme le Scorpion noir � queue jaune d�Europe, et parfois trouvent refuge dans les v�tements laiss�s par les dormeurs.</p><p>Cinq esp�ces ont �t� reconnues</p><p>dans le midi de la France. Parmi elles citons : le Scorpion jaune, ou Scorpion languedocien (Buthus occitanus), qui peut atteindre 7 cm de long ; le Scorpion noir (Euscorpius flavicaudis), d�au plus 3 cm, qui, apr�s un transport accidentel, a pu s�implanter �� et l� dans le Centre (Nevers, Lyon) ; Belisa-rius xambeui, aveugle, qui vit dans des grottes des Pyr�n�es-Orientales.</p><p>Nutrition et action</p><p>du venin</p><p>Exclusivement carnivores, les Scorpions chassent surtout des Insectes et des Araign�es ; ils ne s�attaquent qu�exceptionnellement entre eux. Quittant leur retraite diurne, ils marchent, pinces ouvertes et abdomen relev� au-dessus de la t�te, ou bien se tiennent � l�aff�t dans la m�me pose. Les deux paires d�yeux dorsaux, peu d�velopp�s, ne jouent pas de r�le dans la d�tection des proies, et l�on ignore encore le r�le exact des deux longs peignes ven-traux, pourtant riches en terminaisons sensorielles ; les soies sensibles (tri-chobothries) r�pandues sur le t�gument rep�rent les d�placements d�air.</p><p>Saisie par les grandes pinces, immobilis�e par l�inoculation d�un venin si elle s�agite trop, dilac�r�e par les ch�-</p><p>lic�res (petites pinces), la victime est ensuite impr�gn�e par des sucs digestifs r�gurgit�s ; la bouillie obtenue est aspir�e par le pharynx.</p><p>L�action du venin sur l�Homme</p><p>varie beaucoup d�une esp�ce � l�autre : elle n�a pas de rapport avec la taille,</p><p>puisque les grands Pandinus, comme les petits Euscorpius, peuvent �tre consid�r�s comme inoffensifs. La pi-q�re d�un grand nombre de Scorpions provoque une vive douleur et un engourdissement du membre atteint, puis une pouss�e de fi�vre et divers autres sympt�mes qui peuvent se prolonger plusieurs jours avant la gu�rison.</p><p>Seules quelques esp�ces (Androctonus australis d�Afrique du Nord, Centrur-cides noxius du Mexique) provoquent la mort, qui survient quelques heures apr�s la piq�re ; un s�rum efficace, injectable par voie sous-cutan�e, fait d�autant mieux r�gresser les troubles qu�il est administr� rapidement.</p><p>L�extraordinaire</p><p>r�sistance des Scorpions</p><p>Capables de survivre de longs mois � l�absence de nourriture, comme on le constate souvent en �levage (certains ont m�me support� plusieurs ann�es de je�ne), les Scorpions r�sistent �galement jusqu�� deux jours � une immersion ; ils ne paraissent pas affect�s par l�obstruction de sept de leurs huit stigmates respiratoires. Des recherches r�centes ont r�v�l� une capacit� exceptionnelle de r�sistance aux radiations ionisantes, comme celles qui sont �mises par les substances radioactives ; alors que des expositions � des doses de 1 000 r�ntgens sont mortelles pour l�Homme et les Mammif�res, des Scorpions sahariens ne sont pas tu�s par des doses de 100 000 r�ntgens ! On �tudie les m�canismes de cette radior�-</p><p>sistance dans l�espoir d�aider des organismes plus sensibles � surmonter les d�sordres cons�cutifs aux irradiations.</p><p>Fait curieux pour des animaux adapt�s � la s�cheresse, c�est � la d�shydratation que les Scorpions paraissent �tre le plus sensibles ; le cas se produit quand on place un Scorpion dans un cercle de feu : c�est autant la rapide perte d�eau que la temp�rature �lev�e qui entra�ne sa mort, et ce apr�s divers mouvements d�fensifs qui ont longtemps fait croire � un suicide.</p><p>Reproduction</p><p>et d�veloppement</p><p>Les pr�liminaires � l�accouplement</p><p>consistent en curieuses parades des deux partenaires, qui ex�cutent diverses figures sp�cifiques en se tenant par les pinces pendant de longues heures. La f�condation proprement dite n�a �t� que r�cemment observ�e ; elle se r�alise par l�interm�diaire d�un spermatophore que le m�le d�pose sur le sol ; entra�n�e par son compagnon, la femelle se place au-dessus de l�ampoule, dont le contenu se vide dans ses voies g�nitales ; le couple se s�pare alors, et il ne semble pas que la femelle cherche, ordinairement, � saisir le m�le et � le d�vorer ; par contre, elle peut manger le spermatophore vide.</p><p>Selon les esp�ces, le d�veloppement des oeufs dure de trois mois � un an et, � la ponte, ce sont des larves bien form�es qui �closent ; il y a donc viviparit�. Chez les nombreuses formes dont les oeufs sont pauvres en vitellus, la larve, log�e dans un diverticule de l�ovaire, se nourrit de liquides produits par la m�re et contenus dans une sorte de � biberon � muni d�une � t�tine �.</p><p>� la naissance, les larves, qui</p><p>peuvent �tre au nombre d�une centaine, s�installent sur le dos de la m�re et y restent quelques jours, sans manger ; apr�s avoir mu�, elles se s�parent et m�nent une vie active et ind�pendante. Avant de devenir adultes, elles subissent environ six mues, ce qui demande plusieurs mois. La long�vit� atteint plusieurs ann�es (une dizaine chez Pandinus).</p><p>Anciennet�</p><p>Connus depuis le Silurien, les Scorpions ont travers� les temps g�ologiques sans subir de modifications importantes ; on peut les consid�rer comme des � fossiles vivants �. Les Palaeophenus siluriens avaient des tarses sans griffes ; trouv�s dans des s�diments marins, ils vivaient, pense-t-on, pr�s du littoral, par cons�quent dans des conditions fort diff�rentes de leurs descendants actuels. D�s le Carbonif�re apparaissent des Scorpions � griffes, tr�s comparables � ceux d�aujourd�hui.</p><p>M. D.</p><p>F Arachnides.</p><p>L. Berland, les Scorpions (Stock, 1945).</p><p>Scot �rig�ne</p><p>(Jean)</p><p>Th�ologien scolastique (en Irlande v. 810 - v. 877).</p><p>L�oeuvre de Jean Scot, dit l��ri-g�ne, a exerc� une influence profonde sur la pens�e latine � partir du XIIe s.</p><p>environ. Son trait le plus remarquable est d�avoir fait conna�tre en Occident l�oeuvre spirituelle du pseudo-Denys l�Ar�opagite, tenu alors pour le disciple de saint Paul, et celle de Maxime le Confesseur. Avec Jean Scot �rig�ne est apparu dans le monde latin ce qu�on appelle la th�ologie n�gative. Mais, en bon n�o-platonicien, le th�ologien a accord� aussi une place importante � la raison. Il a suscit� enfin une r�flexion sur la nature qui a eu des r�percussions lointaines en philosophie et en th�ologie.</p><p>N� en Irlande (appel�e autrefois Erin ou Scotia ; d�o� le pl�onasme Scot �ri-g�ne), Jean Scot est vers 846 � la t�te de l��cole du palais de Charles II le Chauve. Il prend parti � cette �poque contre la th�orie de la double pr�destination (au bien et au mal) de Gottschalk d�Orbais, en affirmant que le mal n�a pas de r�alit� et qu�il porte en soi son propre ch�timent du fait qu�il ne conduit � aucun bien. Pour d�montrer la pr�destination au bien, il invoque la divinisation de l�homme, cons�cutive � la manifestation de Dieu (th�ophanie). Cette notion va �tre d�sormais au centre de sa pens�e.</p><p>Pour cela, Jean Scot a recours aux P�res de l��glise grecque. Vers 860, downloadModeText.vue.download 11 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>9966</p><p>il traduit les oeuvres du pseudo-Denys, puis les Ambigua de Maxime le Confesseur, le De opificio hominis de Gr�goire* de Nysse et les Quaestiones ad Thalassium de Maxime. Le choix de ces oeuvres, encore peu connues �</p><p>l��poque, r�v�le un ma�tre �minent.</p><p>Scot commente ensuite lui-m�me le pseudo-Denys et r�dige son ouvrage capital sur la nature, De divisione naturae (De la division de la nature, 865).</p><p>Parmi ses derniers �crits, il faut citer encore une Hom�lie sur le Prologue de saint Jean (Homilia in prologum sancti Evangelii secundum Ioannem) et un Commentaire sur l��vangile de saint Jean (Commentarius in sanctum Evan-gelium secundum Ioannem). On a de lui aussi des po�sies diverses.</p><p>Grec et n�o-platonicien par la</p><p>pens�e, �rig�ne est augustinien par la formation et la culture. Pour lui, l�histoire du monde est fond�e sur les th�ophanies, mais celles-ci sont, � ses yeux, la cons�quence de la chute de l�homme. L�esprit (mens, animus, intellectus), d�chu de sa condition primordiale, s�est obscurci � la suite de la faute d�Adam. L�unit� premi�re des causes est perdue, le p�ch� originel ayant provoqu� la procession (proo-dos, exitus, exil) des causes au sein de la multiplicit� spatio-temporelle, d�o� est sorti l�univers cr��. Mais cette situation d�� irruption � et d�� inondation � des causes est provisoire, car les causes sont entr�es dans un processus de conversion (epistroph�) et de retour (reditus) � l�unit�. Dans la condition pr�sente, ce retour est aid� par la nature elle-m�me, qui demeure image de Dieu, et par la r�v�lation. Cependant, l�intelligence d�chue ne consent, en d�finitive, � la conversion � laquelle elle est appel�e que par une motion de la gr�ce et par la divinisation. Celle-ci est possible non seulement parce que l��me demeure l�image de Dieu, mais parce que le Christ agit � l�intime de l�intelligence pour la conformer au Verbe. La divinisation est ainsi le terme qui, chez Scot �rig�ne, englobe tout le processus de salut des natures cr��es, au terme duquel celles-ci ne se d�finiront plus comme cr�atures individuelles et autonomes, car � Dieu seul appara�tra en elles �.</p><p>Ce cycle de cr�ation et de salut, h�ritage du n�o-platonisme, �voque certaines sp�culations gnostiques, voire panth�istes. Il n�en est rien cependant, car l�inspiration de Scot �rig�ne, plus encore que celle du pseudo-Denys, est celle de la voie dite � n�gative �. Scot</p><p>�rig�ne va m�me jusqu�� rejeter tous les noms de Dieu et � �carter tout usage de la notion de relation pour l�appliquer � Dieu. Les grands scolastiques du XIIIe s., saint Thomas* d�Aquin en particulier, devront s�appliquer � r�futer cette position. Dans son commentaire du pseudo-Denys, Scot �rig�ne affirme que les superlatifs dont use ce dernier pour parler de Dieu ne posent, en d�finitive, aucune affirmation au-del� de la n�gation ; ils ne font qu�accentuer l�obligation spirituelle de n�gation, si bien que les images t�ratologiques de Dieu sont d�un meilleur usage que les attributs positifs, puisqu�elles ne peuvent induire l�esprit en erreur. Leur r�le est purement anagogique. La dissemblance fournit une meilleure m�taphore que la ressemblance.</p><p>Par un singulier renversement, Scot d�clare que, une fois affranchie des passions et des erreurs auxquelles elle est soumise du fait du p�ch�, la raison retrouve sa judicature au coeur de la divinisation. Elle juge de toute autorit� et m�me de l��criture. De m�me, la nature, lorsqu�elle est comprise par-del� sa division en objets, devient le lieu d�une contemplation unifiante pour l�esprit. La raison est ainsi consid�r�e � la lumi�re m�me du Verbe, et elle participe � sa pr�existence, alors que la parole de l��criture demeure partielle, provisoire et p�dagogique, puisqu�elle s�adresse � un homme encore sous l�empire du p�ch�.</p><p>Dans le De divisione naturae, Scot �rig�ne r�partit la nature en quatre cat�gories ou fonctions : la � nature qui cr�e et n�est pas cr��e �, qui s�identifie � la divinit� elle-m�me ; la � nature qui est cr��e et qui cr�e �, c�est-�-dire le monde des causes ou des arch�types, co�ternels � Dieu, mais non coes-sentiels, puisque �manant de lui ; la</p><p>� nature qui est cr��e et ne cr�e pas �, c�est-�-dire les �tres cr��s, sensibles ou intelligibles, qui sont autant de manifestations de Dieu, de th�ophanies ; la</p><p>� nature qui ne cr�e pas et n�est pas cr��e �, qui est Dieu, en tant que tout retourne � lui et devient pleinement manifeste en lui. Ce trait�, aux accents panth�istes, fut censur� � Paris en 1210</p><p>et par Honorius III au concile de Sens (1225), mais ces condamnations ne</p><p>l�emp�ch�rent pas d�avoir un grand rayonnement au cours des �ges.</p><p>B. D. D.</p><p>F Moyen �ge (philosophie du) / Patrologie.</p><p>G. Th�ry, Scot �rig�ne, traducteur de Denys (Champion, 1931). / M. Cappuyns, Jean Scot �rig�ne, sa vie, son oeuvre, sa pens�e (Descl�e De Brouwer, 1933 ; nouv. �d., Culture et Civilisation, Bruxelles, 1965). / J. Trouillard,</p><p>� L�unit� humaine selon Jean Scot �rig�ne �, dans l�Homme et son prochain (P. U. F., 1956).</p><p>/ R. Roques, � Remarques sur la signification de Jean Scot �rig�ne �, dans Miscellanea A. Combes (Rome, 1967) ; � Valde artificialiter : le sens d�un contresens, � propos de Scot �ri-g�ne, traducteur de Denys �, dans Annuaire de l��cole pratique des hautes �tudes, t. XXII (1970).</p><p>Scott (sir Walter)</p><p>�crivain �cossais (�dimbourg 1771 -</p><p>ch�teau d�Abbotsford 1832).</p><p>Pour le meilleur et pour le pire, combien de livres d�une esp�ce sp�ciale, toute tourn�e vers le pass�, n�auraient pas vu le jour si un certain gentleman �cossais � l�esprit fr�missant du choc des noms et des armes de temps r�volus n�avait donn� le signal de d�part d�un genre litt�raire qui allait faire fortune : le roman historique, plus florissant que jamais aujourd�hui ! Rien ne semble, a priori, destiner le jeune Walter Scott, promis bourgeoisement aux lois par son p�re, notaire � �dimbourg, � cette paternit� romanesque. Pourtant, quand il acc�de au barreau �cossais en 1792, il porte d�j� en lui un monde de l�gende. Une enfance d�licate, frapp�e au tout d�but par une poliomy�lite, vaincue � force de volont�, l�incline t�t � la consommation effr�n�e de livres.</p><p>Devenue l�habitude de toute une vie dans le d�cor romantique des � Borders � �cossais, au prestigieux pass� et aux paysages exaltants, cette lecture nourrit son imagination et berce son adolescence de r�cits merveilleux, et l�entra�ne naturellement vers les lettres et le pass�.</p><p>Aux premiers essais du jeune �crivain, ballades et romances m�di�vales, participent aussi bien le fantastique</p><p>allemand que le fantastique anglais.</p><p>Walter Scott adapte � Lenore � et</p><p>� Der wilde J�ger � dans The Chase, and William and Helen : Two Ballads from the German of Gottfried Augustus B�rger (1796). Il apporte quelques pi�ces aux Tales of Wonder (Contes de terreur, 1801) de � Monk � Lewis (1775-1818). D�ailleurs, il �crira, lui aussi, des romans � gothisants �</p><p>comme Black Dwarf (1816) et surtout The Bride of Lammermoor (la Fianc�e de Lammermoor, 1819). Il retouche et �dite Minstrelsy of the Scottish Border (Chants de la fronti�re �cossaise), trois volumes de ballades (1802-03) et la � romance � de Sir Tristrem (1804) avant de se lancer dans la po�sie. De The Lay of the Last Minstrel (le Chant du dernier m�nestrel), qui le rend c�-</p><p>l�bre en 1805, � Harold the Dauntless (Harold l�Indomptable, 1817), il donne Ballads and Lyrical Pieces (1806), Marmion (1808), The Lady of the Lake (la Dame du lac, 1810), The Vision of Don Roderick (1811), Rokeby (1813), The Bridal of Triermain (la Fianc�e du Triermain, 1813). Ses activit�s se multiplient. Finan�ant d�s 1805 l�imprimeur James Ballantyne, auquel se joint en 1813 l��diteur Archibald Constable, Scott publie l�oeuvre de Dryden* en 1808 et celle de Swift* en 1814, collabore � l�Edinburgh Review, � la Quarterly Review et r�dige pour l�En-cyclopaedia Britannica des articles aussi caract�ristiques que � Chiva-lry � (1818), � The Drama � (1819),</p><p>� Romance � (1824). En fait, on ne voit gu�re de domaine litt�raire qu�il n�exploite : histoire (The Border Antiquities of England and Scotland, 1814-1817 ; Life of Napoleon, 1827), biographies litt�raires (Lives of the Novelists, 1821-1824) et jusqu�� des Letters upon Demonology and Witchcraft (Lettres sur la d�monologie et la sorcellerie, 1830).</p><p>Walter Scott touche m�me au th��tre</p><p>� sans grand succ�s � avec, apr�s la traduction de la trag�die de Goethe*</p><p>en 1799, G�tz von Berlichingen, Ha-lidon Hill (1822), Macduff�s Cross (1822), The Doom of Devergal (1830) et Auchidrane, or the Ayshire Tragedy (1830). De plus, il tient un int�ressant et �mouvant Journal � partir de 1825, d�but d�une tragique p�riode. Devant la faillite, en 1826, de l�association Ballantyne-Constable, d�j� en mau-</p><p>vaise posture depuis longtemps, et malgr� ses �normes besoins personnels, il d�cide de rembourser une dette qui atteint 117 000 �. Cette noble entreprise, en le contraignant � accentuer encore sa prodigieuse activit�, le fera litt�ralement mourir d��puisement apr�s un vain voyage en Italie et en Allemagne � la fin de 1831 pour recouvrer la sant�.</p><p>� De telles l�gendes notre h�ros s��loigna insensiblement pour s�adonner aux images qu�elles suscitaient</p><p>[...]. Il pratiquait des heures durant cette sorcellerie interne par laquelle les �v�nements pass�s ou imaginaires sont pr�sent�s en action, pour ainsi dire, aux yeux du r�veur. � (Waverley, chap. IV.) De tant d��crits et d�efforts, il resterait sans doute bien peu aujourd�hui. Mais</p><p>� heureusement pourrait-on dire �</p><p>son d�clin dans le domaine po�tique vers 1811, correspondant � la mont�e de Byron* au firmament des po�tes, conduit Walter Scott, devenu sh�rif du Selkirkshire en 1799, � rechercher une voie nouvelle. L��crivain r�ve d�une action semblable � celle de Maria Edgeworth (1767-1849) pour l�Irlande, et d�j� men�e � bien en po�sie au si�cle pr�c�dent par Robert downloadModeText.vue.download 12 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>9967</p><p>Burns (1759-1796), � le laboureur inspir� des dieux � de l�Ayrshire : faire surgir, vivante de l�histoire, sa patrie aux yeux des �cossais. Ainsi naissent les trente-deux � Waverley novels �, du Waverley de 1814 � Count Robert of Paris (le Comte Robert de Paris) et Castle Dangerous (le Ch�teau p�rilleux) de 1832, pratiquement � la veille de sa mort. Et ainsi commence aussi le succ�s du roman historique, auquel, mis � part quelques exceptions c�l�bres (Ivanhoe, 1820 ; Kenilworth, 1821 ; Quentin Durward, 1823), l��cosse �</p><p>en partie ou en totalit� � sert toujours de cadre (Guy Mannering, 1815 ; Rob Roy, 1818 ; The Fair Maid of Perth [la Jolie Fille de Perth], 1828). Baronet depuis 1820 et suivant l�exemple de Horace Walpole (1717-1797) � p�re du c�l�bre Castle of Otranto (1764), premi�re �bauche du roman histo-</p><p>rique, mais surtout introducteur � la campagne de la mode du style gothique vers 1750 avec sa propri�t� de</p><p>� Strawberry Hill � �, Walter Scott vit dans une ancienne ferme achet�e en 1811 sur la Tweed et transform�e en ch�teau gothique.</p><p>D�sormais, seigneur de � Ab-</p><p>botsford �, il sort de la nuit des temps grands seigneurs, nobles dames et petites gens du pass�, et, malgr� souvent ses n�gligences de composition, il les ressuscite pour les yeux �merveill�s du public. Au plan national, le lecteur d�couvre costumes, traditions, moeurs, vie locale, esprit de clan et ces paysages, ces lieux dont Walter Scott poss�de l�intime connaissance. La langue s��panouit � travers des oeuvres parmi lesquelles � Wandering Willie�s Tale �, conte inclus dans le cours de Redgauntlet (1824), constitue sans doute � cet �gard l�exemple le plus r�ussi. L��pop�e souvent tragique de l��cosse se d�voile au fil des romans, du conflit entre royalistes et covenan-ters, au XVIIe s. (Old Mortality [les Puritains d��cosse], 1816), aux �meutes essentiellement anti-Union, les � Porteous Riots � du XVIIIe s. (The Heart of Midlothian [la Prison d��dimbourg], 1818). Walter Scott ne saurait oublier, bien s�r, cette cause perdue, mais souvenir exaltant aux yeux des �cossais : la lutte jacobite pour restaurer les Stuarts. Celle-ci se cristallise autour du prince Charles �douard (Waverley), petit-fils de l�exil� Jacques II, et jette ses derniers feux avec Redgauntlet.</p><p>Enfin s�imposent des personnages, tels Flora Mac Ivor, passionn�e pour la cause des Stuarts (Waverley), la jeune fille du peuple Jeanie Deans (The Heart of Midlothian), le fameux h�ros populaire Rob Roy, le marchand de Glasgow Bailie Nicol Jarvie (Rob Roy) et toute l��cosse anonyme, pittoresque et pleine de ce sens de l�humour que Walter Scott exprime si bien. Au plan des �v�nements historiques, le roman de Walter Scott apporte un v�ritable renouveau, en ne se cantonnant plus dans l�exposition de faits s�chement pr�sent�s et doctement expliqu�s. L�histoire elle-m�me ne se sent pas contrainte � une constante rigueur. La cr�ation d�un certain contexte historique se substitue</p><p>� la stricte r�alit�. Ainsi, Ivanho� restitue le Moyen �ge anglais, Quentin Durward le Moyen �ge fran�ais, Tales of the Crusaders (1825) celui des crois�s, Anne of Geierstein (1829) la Suisse du XVIIe s. Kenilworth plonge dans le XVIe s., Old Mortality et Waverley dans le XVIIe s., tandis que St. Ronan�s Well (le Puits de Saint-Ronan, 1824) s�attache � l��poque contemporaine.</p><p>De la m�me mani�re, si le personnage historique authentique n�occupe pas la premi�re place, on trouve un certain nombre d�excellents portraits : Louis XI (Quentin Durward), �lisabeth (Kenilworth), Jacques Ier (The Fortunes of Nigel [la Fortune de Nigel], 1822) ou Cromwell (Woodstock, 1826).</p><p>Enfin, impartial dans les conflits de l�histoire, le romancier n�en n�glige pour autant aucune des r�alit�s, comme le prouve, par exemple, l��volution du probl�me juif au Moyen �ge � travers les personnages de R�becca et de son p�re dans Ivanho�. Jusqu�en 1827, il garde l�anonymat de ses romans. Mais l�opinion publique, depuis longtemps, admire le p�re du romantisme des</p><p>� Borders �, compl�tant le romantisme po�tique des � Highlands � d�Ossian.</p><p>Bien plus, � partir des ann�es 20, une bonne partie de l�Europe vit � l�heure �cossaise. En France, l�exemple de Walter Scott bouscule la tradition du solennel roman historique � la Cha-teaubriand, et l�in�puisable floraison nouvelle ne cesse d�attester l�influence de celui dont Augustin Thierry procla-mait la � prodigieuse intelligence du pass� �.</p><p>D. S.-F.</p><p>L. Maigron, le Roman historique � l��poque romantique. Essai sur l�influence de W. Scott (Hachette, 1898). / G. Luk�cs, Der historische Roman (Berlin, 1955, nouv. �d., Neuwied, 1965 ; trad. fr. le Roman historique, Payot, 1965). / I. R. J. Jack, Sir Walter Scott (Londres, 1958). / A. O. J. Cockshut, The Achievement of W. Scott (Londres, 1969). / M. McLaren, Sir Walter Scott, the Man and Patriot (Londres, 1970).</p><p>Scott</p><p>(Robert Falcon)</p><p>Explorateur britannique d�origine �cossaise (Devonport 1868 - dans</p><p>l�Antarctique 1912).</p><p>H�ros malheureux de la d�couverte du p�le Sud, Scott tient une grande place dans l�histoire contemporaine de la Grande-Bretagne, et sa fin tragique reste un symbole de la volont� et du courage du peuple britannique.</p><p>Lorsque tout espoir de revenir vivant lui est �t�, il laisse un message � un ami : � Nous sommes en train de montrer que les Anglais savent encore mourir en braves � ; et � un autre : � Nous avons atteint le p�le et nous mourrons en gentlemen. �</p><p>Pourtant, l�Amiraut� britan-</p><p>nique semblait avoir choisi le succ�s lorsqu�elle avait d�sign� Scott pour la derni�re grande d�couverte g�ographique : d�une noble famille, apparent�e � sir Walter, Scott s�engage dans la marine � treize ans. Il s�y distingue, franchit vite les �chelons de la hi�-</p><p>rarchie et, gr�ce au soutien du pr�sident de la Soci�t� de g�ographie de Londres, Clements Robert Markham, obtient la direction d�une exp�dition de d�couverte dans l�Antarctique*. Parti avec le Discovery en 1901, il explore la barri�re de Ross et, apr�s l�hiver-nage de 1902, lance un raid vers le sud, accompagn� de Ernest Henry Shackleton, avec peut-�tre l�ambition cach�e d�atteindre le p�le lui-m�me : ils d�-</p><p>passent 82� de latitude. Mais, plus tard, c�est son compagnon, devenu son rival, qui se verra confier la t�che de parvenir jusqu�� 90� de latitude : le 6 janvier 1909, Shackleton est � 150 km du p�le.</p><p>Il lui faut pourtant faire demi-tour, ses provisions �tant � peine suffisantes pour assurer sa survie et celle de ses compagnons. Cet �chec permet � Scott de se voir confier l�ultime �tape, qui appara�t vraiment � la port�e imm�-</p><p>diate des Anglais.</p><p>Scott �tablit sa base de d�part au cap Evans, au pied du volcan Erebus, le 4 janvier 1911. Peu apr�s, les Anglais ont la d�sagr�able surprise, au cours d�une reconnaissance, de d�couvrir des concurrents, les Norv�giens de Roald Amundsen*. � Le voyage vers le p�le n�est pas une course au clocher �, �crira Scott � un ami. Pourtant, c�est bien une course qui est entam�e, et le temps presse. Mais l�Anglais ne peut</p><p>se mettre en route que le 1er novembre 1911, avec douze jours de retard sur Amundsen. Il est tout de suite handicap� par le mauvais �tat physique de ses poneys et par d�affreuses temp�tes de neige : il lui faudra plus de six semaines d�une marche tr�s p�nible pour atteindre le plateau antarctique. Les derni�res �tapes se font, tr�s durement, avec quatre compagnons. Le 16 janvier 1912, c�est l�atroce d�ception qui accompagne la d�couverte des traces d�un campement d�Amundsen. Le sur-lendemain, le p�le est enfin atteint, et les Anglais y trouvent une tente dress�e par Amundsen, avec un amical message de ce dernier. Il y a 1 280 km � franchir pour retrouver la base c�ti�re : tous les Anglais p�riront d��puisement dans le calvaire du retour, et Scott, dont le corps et les messages seront retrouv�s la m�me ann�e, survivra sans doute le plus longtemps, quelques heures apr�s avoir �crit les derni�res phrases de son journal, le 29 mars : � Nous ne cessons de nous affaiblir, comme de juste, et la fin ne saurait plus tarder.</p><p>C�est d�solant, mais je ne me sens pas capable d�en �crire davantage. �</p><p>S. L.</p><p>S. Gwynn, Captain Scott (Londres, 1929 ; trad. fr. Scott et la conqu�te du p�le Sud, Payot, 1932). / R. F. Scott, Scott�s Last Expedition (Londres, 1913, 2 vol. ; trad. fr. partielle le P�le meurtrier. Journal de route du capitaine Scott au p�le Sud, Hachette, 1936). / E. Peisson, la Route du p�le Sud (Grasset, 1957).</p><p>sculpture</p><p>Art de sculpter ; ouvrage r�sultant de la pratique de cet art.</p><p><strong>Introduction</strong></p><p>� la sculpture</p><p>La sculpture est l�art qui consiste � d�gager d�une mati�re solide ou soli-difiable une forme en relief, un volume dans l�espace. Elle se distingue de la peinture et du dessin par la recherche de la troisi�me dimension, ce qui fait d�elle, selon l��tymologie, un mode d�expression plastique par excellence ; elle se distingue de l�architecture en ce qu�elle est un �l�ment contenu et non contenant, qu�elle est d�cor et non pas structure. Il est vrai qu�� l��poque</p><p>contemporaine ces distinctions, ces ca-t�gories semblent remises en question, sinon reni�es.</p><p>Elle appara�t � l�aube de la civilisation : l�homme s�efforcant de tailler un os ou un morceau de bois avec downloadModeText.vue.download 13 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>9968</p><p>une pierre � l�ar�te coupante fait de la sculpture (comme aussi l�enfant qui fait un bonhomme de neige), et ce d�sir de cr�er un volume s�accompagne d�une signification. Cette sculpture rudimentaire prend valeur de symbole et caract�re d�objet sacr�. Il est ind�niable que, dans les civilisations primitives, la figure en relief, qu�elle soit vaguement humaine ou animale, occupe une place privil�gi�e dans la d�finition des cultes et des croyances, comme si dans cette image �taient projet�s une force occulte et un pouvoir surnaturel. Les origines de la sculpture se confondent avec l�apparition du sens du sacr�, et tr�s longtemps la sculpture gardera cette sorte de sceau de myst�re transcendant : jusqu�� l��poque moderne, elle est essentiellement religieuse et elle garde de ses origines une puissance de fascination particuli�re, d�autant plus qu�elle exige de ceux qui s�y adonnent un long apprentissage ayant toutes les apparences de l�initiation, une grande pers�v�rance, une force physique, des qualit�s visuelles, � tactiles �, qui font du sculpteur une sorte de d�miurge aux yeux des simples mortels. Plus que le peintre, qui fait illusion avec ses couleurs et ses lignes, il cr�e une oeuvre qui approche de la vie : il se mesure donc avec Dieu. Qu�on se souvienne de la fable de Pygmalion. La Bible d�ailleurs lui apporte sa caution, puisque Dieu lui-m�me, formant l�homme en modelant du limon, accomplit le geste premier du sculpteur. La sculpture devient un lien entre la cr�ature et le cr�ateur, si bien que, dans de nombreuses civilisations, c�est devant une image sculpt�e et m�me � l�adresse de celle-ci que se d�roule le culte, puisque l�objet, devenu symbole, est assimil� � l�id�e, � la puissance transcendante.</p><p>Cependant, la sculpture, sacr�e dans son origine, est multiple par ses finalit�s. Il n�y a pas de commune mesure entre le rinceau qui apporte au mur un d�cor et la statue colossale qui se dresse au fond du sanctuaire, bien que l�un et l�autre appartiennent � la m�me op�ration qui consiste � tirer de la mati�re une forme voulue. Force est de distinguer d�embl�e des cat�gories.</p><p>On ne s�attardera pas � la sculpture d�corative ou ornementale, destin�e � fournir une parure � l�architecture. L� encore intervient le facteur religieux, car c�est la demeure de la divinit� qui re�oit le traitement le plus riche, donc la sculpture la plus raffin�e. Puis vient le tour du palais du monarque, qui d�ailleurs se r�clame d�un droit divin pour asseoir son prestige et se r�server la faveur des artistes. La fronti�re entre cette sculpture d�ornement et la sculpture figurative et significative est parfois difficile � tracer. L�ornement sculpt� se pr�sente la plupart du temps sous la forme de relief en m�diocre saillie. Quoi qu�il en soit, il serait injuste de d�daigner cette expression artistique. L��tude de son �volution est souvent fort r�v�latrice du jeu des tendances, et certains grands artistes n�ont pas d�daign� de s�y mesurer.</p><p>Les motifs sont volontiers emprunt�s au r�gne v�g�tal, avec des formes plus ou moins stylis�es ; ils peuvent aussi �tre des combinaisons g�om�triques o� l�imagination d�un cr�ateur se donne libre cours. On a justement fait valoir l��trange fascination des reliefs barbares, de leur d�routante abstraction.</p><p>Le r�gne animal et la figure humaine sont �galement utilis�s, d�form�s ou sch�matis�s pour les besoins de l�ornement. En fait, toutes les formes ont une histoire, tr�s souvent obscure dans ses commencements. L�esprit de l�homme a tendance � �tablir des r�pertoires et des codes et c�est pourquoi on institua pour l�ornement lui-m�me des r�gles,</p><p>� classiques � forc�ment, qui revinrent en force apr�s des p�riodes d�oubli, de lib�ration ou de fantaisie. Mais comme l�architecture, dans ses trait�s, en revendique la ma�trise, nous n�en parle-rons pas davantage.</p><p>Mat�riaux et techniques</p><p>de la sculpture</p><p>Mat�riaux</p><p>Il faut distinguer entre les mat�riaux n�cessaires � une phase pr�liminaire de l�ex�cution et ceux qui constituent l�oeuvre d�finitive.</p><p>Pour l�ex�cution d�un mod�le pr�paratoire, c�est la terre glaise qui est employ�e le plus couramment. Les anciens utilisaient volontiers la cire, qui pr�sente les m�mes qualit�s de plasticit�, mais c�est un produit plus rare et donc plus cher. De nos jours, on a mis au point une mati�re artificielle, nomm�e plastiline, qui ne s�che pas.</p><p>De tout temps, les deux mat�riaux les plus employ�s pour la sculpture ont �t� la pierre et le bois. Une mati�re organique comme l�os appara�t aussi d�s la plus haute antiquit� ; elle gardera une certaine pr�sence sous la forme de sculpture en ivoire*, mais la raret� de cette mati�re limite son emploi � des objets � la fois relativement pr�cieux et forc�ment de petite taille.</p><p>Les min�raux sont tr�s vari�s et tous ne se pr�tent pas aussi bien � la sculpture.</p><p>Ils sont plus ou moins durs, donc plus ou moins r�sistants et plus ou moins difficiles � travailler ; ils pr�sentent aussi des teintes vari�es, et, � certaines �poques, les artistes ont utilis� les ressources de la polychromie (par exemple aux XVIe et XVIIe s. en Italie).</p><p>Certaines pierres, dites � fines �, ont une duret� et un �clat qui les fait rechercher pour la glyptique*.</p><p>Pierres fines et pierres pr�cieuses peuvent �tre utilis�es en sculpture sous forme d��l�ments sertis, pour augmenter la richesse d�une oeuvre ou souligner certains �l�ments (par exemple les yeux).</p><p>L�alb�tre donne une sculpture d�un jaune brillant qui a �t� fort appr�ci� � certains moments (alb�tres anglais du XIVe s.). Les artistes ont d�abord utilis� la pierre qu�ils avaient � leur disposition chez eux. La rudesse du mat�riau trouv� sur place peut interdire le raffinement (la sculpture bretonne en granit). Assez vite, on a cherch� plus loin et l�on a fait venir, parfois � grands frais, une pierre plus apte � la sculpture. Il s�est ainsi instaur� un march� international qui explique que l�on trouve parfois fort loin des carri�res d�origine des oeuvres en</p><p>pierre bleue de Tournai ou en marbre de Carrare.</p><p>Le trafic du marbre et ses al�as ont eu des retentissements ind�niables sur la vie des chantiers, l�activit� des sculpteurs et finalement sur l��volution m�me de la sculpture. Le marbre est fort anciennement apparu, dans le monde m�diterran�en, comme un mat�riau privil�gi�. Ce calcaire dur pr�sente l�avantage de se tailler relativement bien, de r�sister aux agents de corrosion, de se pr�ter � un polissage et � une patine brillante d�un effet tr�s s�duisant.</p><p>On sait la r�putation des marbres grecs de P�ros ou du Pent�lique, des marbres italiens de Carrare ; certains marbres blancs, d�un grain particuli�rement fin, sont r�serv�s aux travaux les plus d�licats. Le co�t du marbre, mat�riau souvent import�, fait qu�on a essay� de trouver des produits de remplacement. Le pl�tre est facile � obtenir et � travailler, mais, malgr� tous les ap-pr�ts, sa surface reste peu plaisante et il est fragile. Son emploi est fr�quent, mais dans les op�rations interm�diaires, par exemple pour les mod�les obtenus par moulage. Le stuc, utilis� tr�s anciennement, est un m�-</p><p>lange de pl�tre et de poussi�re de marbre, bien li�s par une substance coagulante.</p><p>On obtient une mati�re tr�s r�sistante et qui se pr�te ais�ment � des traitements de surface lui donnant l�apparence presque parfaite du marbre, et notamment son poli. Son usage a �t� fort r�pandu aussi bien � l��poque carolingienne que dans l�art baroque, surtout dans les pays qui, comme l�Europe centrale, �taient d�pourvus de carri�res de marbre. Enfin, la terre glaise peut �tre pass�e au four et cette cuisson lui assure, en m�me temps qu�une certaine r�duction de volume, une solidit� qui, sans valoir celle de la pierre, lui permet de devenir oeuvre d�art d�finitive. La terre cuite sera m�me sp�cialement appr�ci�e � certaines �poques, par exemple au XVIIIe s.</p><p>pour les portraits, car on consid�re que, oeuvre vraiment originale, elle garde le feu m�me de l�artiste cr�ateur. Pour lui donner un aspect plus seyant, on la m�lange avec de la brique pil�e ou encore on applique au pinceau un enduit. Pour sculpter les �l�ments d�architecture, on a mis au point vers le milieu du XIXe s. un proc�d� commode et bon march�, le staff, qui associe des b�tis de bois l�ger et des linges coll�s que l�on recouvre de pl�tre fin.</p><p>Le bois a depuis toujours �t� employ�</p><p>pour la sculpture, en particulier dans les pays pauvres en pierres aptes � la sculpture. Il se taille facilement, � part quelques esp�ces, et on peut assembler par un syst�me de tenons et de mortaises plusieurs morceaux pour les besoins d�un sujet ; il est plus l�ger que la pierre ou le m�tal, mais ses inconv�nients ne manquent pas : il br�le, il se d�forme en vieillissant, il est attaqu� par des parasites. Chaque esp�ce a ses m�rites propres, sans oublier les bois exotiques, dont la mode s�empare parfois (vogue du bois d��b�ne, noir, que l�on imite en teintant d�autres bois).</p><p>Il ne faut jamais perdre de vue, tant en ce qui concerne le bois que la terre cuite, que ces mat�riaux ont longtemps pass� pour moins � nobles � que le marbre et le bronze et qu�il �tait d�usage de les rev�tir d�une couche color�e, peinture, laque, �mail, de fa�on � obtenir des effets de polychromie, g�n�ralement, mais pas forc�ment, dans un souci de naturalisme : citons l�exemple spectaculaire des pasos des processions espagnoles. D�autres fois, il y a tentative d�imiter une mati�re plus noble. Les terres cuites �maill�es des Della Robbia*, par leur brillant, veulent prendre l�aspect du marbre. La dorure tr�s fr�quente des sculptures en bois r�pond au m�me go�t du pr�cieux. Ce traitement polychrome n�est pas r�serv� au bois ou � la terre cuite. La pierre, le marbre ont souvent �t� colori�s et cela est vrai de la plupart des sculptures antiques et m�di�vales ; on r�clamait � l�art du relief cette illusion suppl�mentaire.</p><p>Ces oeuvres nous sont presque toujours parvenues sans leur peinture originelle. �</p><p>la Renaissance, le go�t a chang�, ax� sur cette sculpture antique dont on ignorait la polychromie. Derechef, les n�o-classiques ont jet� l�anath�me sur les baroques qui avaient commis le sacril�ge de juxtaposer les mati�res dans la m�me oeuvre et de jouer avec la couleur.</p><p>Avec le marbre, le bronze est la mati�re aristocratique par excellence pour la sculpture. Cet alliage de cuivre et d��tain a des lettres de noblesse tr�s anciennes. Il a pour m�rite pr�cis�ment de d�fier les si�cles, de rester longtemps inalt�rable, de prendre m�me avec l��ge une patine qui ajoute � sa s�duction. La fonte et son compl�ment le r�parage (�barbage, retouche au ciseau...) permettent d�obtenir des effets de model� et de surface tr�s d�licats. Mais le bronze ne se pr�te pas moins bien � l�art monumental. Il est le mat�riau par excellence</p><p>de l�ouvrage comm�moratif, de la statue �questre. Il a contre lui d��tre lourd et d��tre tributaire d�un atelier de fondeur.</p><p>L�habilet� des fr�res Keller, sous le r�gne de Louis XIV, fut indispensable pour transposer dans le m�tal la beaut� des oeuvres de Fran�ois Girardon et de son �quipe. Le prix de revient �lev� du bronze explique qu�on ait song� � d�autres m�taux. Une partie importante de la sculpture du parc de Versailles est en plomb, m�tal plus mall�able que le bronze, mais que l�on dorait, car l�aspect de sa surface est peu plaisant.</p><p>Il s�affaisse assez facilement. Quant au fer, downloadModeText.vue.download 14 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>9969</p><p>sa sculpture ne s�est pratiqu�e qu�� partir du XIXe s.</p><p>Techniques et proc�d�s</p><p>Le proc�d� primitif et le plus simple pour obtenir une sculpture est de tailler directement dans le mat�riau choisi. Cette technique, qui est plut�t une absence de m�thode, pr�sente des inconv�nients �vidents : ce qui a �t� enlev� l�est de fa�on d�finitive, sauf s�il s�agit d�une mati�re mall�able comme la terre glaise. Cette impossibilit� de repentir explique en partie les tourments d�un Michel-Ange* pratiquant la taille directe, c�est-�-dire une lutte implacable contre la mati�re, laquelle se venge trop souvent des impatiences du cr�ateur. De nos jours, la taille directe, qui avait pratiquement disparu au XIXe s., retrouve un regain de faveur dans la mesure o� certains artistes sont enclins � renier les perfectionnements de la technique.</p><p>En fait, la sculpture se plie g�n�ralement � un certain nombre de phases pr�-</p><p>paratoires, assez semblables quelle que soit la mati�re employ�e et qui n�ont que peu vari� au cours des si�cles.</p><p>L�artiste peut d�abord dessiner des esquisses pour pr�ciser sa pens�e. Certains sculpteurs ont laiss� d�importantes collections de dessins plus ou moins �labor�s.</p><p>D�autres sont sollicit�s de mettre en oeuvre les id�es d�un autre, peintre ou architecte : ainsi Girardon a-t-il suivi assez fid�lement les dessins de Le Brun* dans la mise en oeuvre du programme de Versailles*. Puis</p><p>le sculpteur peut se livrer � quelques exercices � tr�s petite �chelle, avec de la p�te � modeler ou de la terre. D�s ce moment-l�, la troisi�me dimension est en oeuvre.</p><p>Ces bozzetti, comme disent les Italiens, peuvent �tre tr�s sommaires, n�indiquant que quelques plans et une �bauche de volume, ou d�j� plus �labor�s, avec la mise en place de d�tails. Le petit mod�le est confectionn� avec certaines pr�cautions, notamment une armature m�tallique (ou de bois) autour de laquelle s�agglom�rent les blocs de terre glaise dans leurs principales articulations. Travaillant cette mati�re ductile avec des instruments sp�-</p><p>cialis�s, spatules, �bauchoirs, mirettes, usant souvent de son pouce, de ses mains, retranchant, ajoutant, l�artiste �labore son oeuvre, la recouvrant dans les intervalles avec des chiffons mouill�s afin de pouvoir reprendre le travail dans une mati�re encore mall�able. Ce petit mod�le, s�il est pass� au four, devient l�original conservable. On peut aussi en tirer par moulage une �preuve dite originale.</p><p>La technique du moulage, on le voit, est essentielle � la sculpture. On distingue grosso modo deux fa�ons de proc�der selon que le moule sera conserv� pour d�autres �preuves (bon creux) ou cass� (creux perdu) pour d�couvrir l�oeuvre moul�e, laquelle sera alors l�unique, l�original.</p><p>Dans ce dernier cas, le moule est g�n�ralement une gangue en deux morceaux. Dans le premier cas, le moule est fractionn� selon la complexit� du mod�le en plusieurs morceaux qui s�assemblent entre eux et qu�on r�utilise apr�s un maniement prudent. Le moulage (g�n�ralement en pl�tre) garde trace des coutures correspondant � la jonction des �l�ments du moule ; on le � r�pare � en effa�ant ces traces. Il est normal que les premi�res �preuves tir�es soient meilleures, plus conformes � l�original que lorsque le moule donne des signes de fatigue.</p><p>Pour la taille de la pierre, on dispose donc ainsi d�un mod�le � grandeur qui servira de r�f�rence constante au praticien (qui n�est g�n�ralement pas l�artiste cr�ateur, mais un homme d�atelier, ou un disciple) ; � c�t�, un bloc du mat�riau choisi.</p><p>Une premi�re op�ration, souvent faite sur les lieux m�mes de la carri�re, consiste, avec des instruments �l�mentaires comme le pic et la pioche, � faire sauter les grandes masses inutiles pour faciliter le transport</p><p>du bloc. Le d�grossissage constitue une �tape un peu plus avanc�e, conduisant � l��bauche de la forme voulue. Le praticien proc�de ensuite � la taille des plans principaux, puis, avec prudence, affine son travail en s�aidant de la mise au point : il se sert pour cela d�une sorte de compas � trois pointes dont les bras s�articulent. Il trace des points de rep�re sur le mod�le et les reporte gr�ce � son instrument sur le bloc d�grossi. La densit� de points augmente au fur et � mesure, pour parvenir � une �quivalence avec le mod�le. Le ma�tre peut intervenir pour des modifications ou pour la finition. Cette technique semble remonter au moins au Moyen �ge et elle permet � un atelier disposant d�habiles praticiens une production abondante. Au XIXe s., on inventa un appareil plus perfectionn�, le pantographe, qui sert � obtenir des r�ductions et des agrandissements par rapport � un mod�le donn�. Pour travailler la pierre, le praticien utilise plusieurs instruments : la pointe pour la faire �clater, le tr�pan pour creuser un trou, la laie pour �laborer des surfaces planes, la boucharde pour �craser les saillies ; il frappe avec un maillet et dispose de ciseaux vari�s, pieds-de-biche, rondelles ; les gradines donnent des stries r�guli�res bien reconnaissables.</p><p>Avec des ripes, des r�pes et des abrasifs, il proc�de � la finition, c�est-�-dire obtient des surfaces lisses susceptibles d��tre polies pour ajouter un �clat brillant.</p><p>La taille du bois suit les m�mes �tapes que celle de la pierre, mais doit tenir compte des contingences inh�rentes au mat�riau, il faut op�rer dans le sens du fil du bois, faire attention aux nodosit�s, dont on peut tirer, parti dans le model�. Les outils sont diff�rents : gouges, rabots, burins, rifloirs, herminettes, r�pes, instruments dont beaucoup sont ceux du menuisier et de l��b�niste. L�oeuvre termin�e peut �tre trait�e avec des teintures et des vernis, ou rev�tue d�un enduit et peinte ou dor�e.</p><p>Pour le m�tal, on obtient l�oeuvre d�finitive en proc�dant � la fonte � partir d�un moule qui constitue (comme dans le cas d�un mod�le en pl�tre � grandeur) le n�gatif de la sculpture. Des trous appel�s �vents et jets sont m�nag�s dans ce moule. Son int�rieur est enduit d�une couche de cire, d�une �paisseur �gale � celle que l�on souhaite pour le bronze ; le reste est rempli d�un noyau de terre r�fractaire. Une cuisson fait fondre la cire �vacu�e par les �vents �</p><p>d�o� la d�nomination � cire perdue pour ce</p><p>proc�d� � tandis que l�alliage en fusion est vers� par les jets (un autre proc�d�, le moulage au sable, qui n�utilise pas la cire, est employ� notamment pour des pi�ces de forme peu complexe). Quand le m�tal a refroidi, la statue est d�gag�e du moule.</p><p>Sur sa surface rugueuse et mate, le r�parage � ex�cut� avec des outils comme la lime, le racloir, le ciseau, le burin, la pierre tendre � permet d�enlever les irr�gularit�s, les traces d�assemblage du moule, de boucher les trous, de nuancer les effets de surface (plus ou moins brillante), de ciseler les d�tails. Pour emp�cher l�oxydation, on enduit l�oeuvre termin�e de bitume ou de r�sine, � moins qu�on ne pr�f�re la patine naturelle ou une patine artificielle. Pour les grandes pi�ces, on peut proc�der � plusieurs fontes et assembler ensuite les parties par soudure. L�oeuvre en bronze peut �tre dor�e soit sur toute sa surface, soit pour souligner des d�tails.</p><p>D�autres techniques sont � envisager pour le m�tal : martelage, repouss�, assemblages divers ; elles sont exceptionnelles dans le domaine de la sculpture, sauf de nos jours.</p><p>F. S.</p><p>Place du sculpteur</p><p>La notion de sculpture d�corative peut correspondre � une hi�rarchie parmi les sculpteurs, les � ornemanistes � �tant au bas de l��chelle, cependant qu�une dignit� particuli�re s�attache � ceux qui sont aptes � faire la � figure � ; mais les fronti�res restent parfois floues. Des distinctions apparaissent aussi selon que l�artiste s�adonne � la sculpture sur bois, en marbre, en bronze, et l�on constate que certains n�ont pratiqu� que telle mati�re, ou ne se sont essay�s qu�exceptionnellement sur d�autres.</p><p>La situation est loin d��tre �quivalente � toutes les �poques et il faut tenir compte des modes, qui s�imposent aux sculpteurs comme � leurs contemporains qui commandent ou qui jugent.</p><p>La position sociale de l�artiste est aussi fort variable. Il semble bien que, dans la Gr�ce classique, les grands ma�tres, comme Phidias*, aient joui d�une situation privil�gi�e au niveau de l��lite intellectuelle de l��poque, et il en fut de m�me � la p�riode hell�nistique. Il n�est pas s�r que le tailleur d�images</p><p>du Moyen �ge ait �t� cantonn� dans un r�le obscur et anonyme d�artisan et d�ex�cutant ; signant parfois ses oeuvres, il est assur�ment plus en vue que le fresquiste.</p><p>La question de la pr�s�ance entre sculpteur et peintre est encore du domaine de la controverse, et la r�ponse a vari� selon les �poques. Plus pr�s de la mati�re, astreint � un effort physique consid�rable, le sculpteur aurait tendance � appara�tre comme tr�s proche du travailleur manuel. Et pourtant, � la Renaissance, un Ghiberti* prend une haute conscience de son talent et de son importance dans la civilisation de son temps et n�h�site pas � se faire son propre historiographe. Un Michel-Ange*, polyvalent comme beaucoup d�artistes de son temps, a proclam� hautement la primaut� de l�art du relief.</p><p>Plus tard, l�aspect artisanal du sculpteur reprend le dessus, alors que le peintre (qui est surtout d�sormais un peintre de chevalet) passe pour �tre d�une essence sup�rieure, montre g�n�ralement plus de culture et s��l�ve dans l��chelle sociale. � l��poque moderne, du XVIIe au XIXe s., le sculpteur, dans sa rude tenue de travail, le maillet et le ciseau � la main, laisse volontiers l�image d�un homme fruste. Il y a des exceptions : des artistes comme Edme Bouchardon*</p><p>�taient cultiv�s et menaient une vie de grands bourgeois. Et Falconet*, s�il fut un autodidacte, se piquait de lire le latin et �crivait d�abondance sur son art. Comme Pigalle*, il fr�quentait les milieux brillants des encyclop�distes.</p><p>Grandes �poques</p><p>On peut dire que dans toutes les �poques de grande civilisation la sculpture a �t� repr�sent�e avec honneur. Mais y a-t-il eu de grandes �poques de la sculpture ? La r�ponse, pour l�Antiquit�, est fauss�e parce que la sculpture a mieux r�sist� que d�autres t�moignages : c�est le cas par exemple pour les royaumes de la M�sopotamie*, Sumer, Mari, Ninive, qui ont �t� le lieu des premi�res manifestations plastiques concernant la figure humaine, jusqu�au niveau tr�s �labor� des effigies du prince Goud�a.</p><p>Cette figure est r pr�pond�rante dans les empires d��gypte*, hi�ratique, fascinante tant dans sa beaut� formelle</p><p>que dans sa densit� humaine. On sait les conventions observ�es par les artistes des bas-reliefs pour repr�senter la figure humaine : la sculpture �gyptienne refuse le naturalisme. Autre grande �poque, celle de Babylone et de l�empire d�Iran*. Dans d�autres parties du monde existe un art du relief de haute antiquit�, en Chine* et au Mexique par exemple (v. Am�rique pr�colombienne). Cependant, c�est bien dans le monde m�diterran�en que se d�veloppe une civilisation qui va produire les ouvrages de sculpture les plus prestigieux, ceux qui pendant des si�cles serviront de r�f�rences et de mod�les. La Gr�ce* produit des chefs-d�oeuvre tant dans la statuaire monumentale en ronde bosse que dans le bas-relief et l�objet de petite taille. Les plus grands artistes de l��ge classique sont des sculpteurs : Phidias, Myron*, downloadModeText.vue.download 15 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>9970</p><p>Polycl�te* et ceux qui suivent : Scopas*, Praxit�le*, Lysippe*. M�me si leurs oeuvres authentiques sont rares, ils restent pr�sents dans les multiples copies propag�es � travers le monde gr�co-romain. Le chant du cygne, c�est l�art hell�nistique*, incomparable de gr�ce et de naturalisme. La sculpture appara�t relativement assez tard dans l�Inde*, mais elle conna�t un essor extraordinaire, tout en n��chappant pas � la r�p�tition ni au st�r�otype, alors que la Chine sait mieux se renouveler.</p><p>Rome* peut �tre rang�e aussi dans les grands moments de la sculpture, surtout gr�ce � la v�rit� de ses portraits.</p><p>Lorsque Rome vacille sous les coups des Barbares, on pourrait croire que l�art du relief va dispara�tre. Cependant, des centres demeurent et d�abord Byzance, qui pendant des si�cles maintiendra un certain h�ritage en lui imprimant sa marque propre. D�autre part, les Barbares connaissent bien un art du relief, mais le monumental, la figure humaine disparaissent au profit d�un dessin et d�un travail rudimentaires.</p><p>� cette �poque subsiste en Extr�me-Orient une civilisation brillante : on citera l�art khmer, au Cambodge*, qui</p><p>produit alors une multitude de figures sculpt�es d�une haute qualit�.</p><p>L�Occident, devenu chr�tien, sort difficilement de sa l�thargie artistique.</p><p>M�me si l�on continue � tailler la pierre ou le marbre, les lois du dessin, de la composition, de la perspective sont ignor�es. Les sculpteurs romans*</p><p>auront le m�rite insigne de r�inventer une pratique en se servant de tout ce qu�ils trouvent sur leur route, ce qui explique l��tranget� h�t�roclite de cet art, qui finit par se forger une puissante originalit�. Il fut donn� aux gothiques* d�affiner le relief, de remettre en honneur la statue et d�ajouter une dimension humaine � cet art m�di�val.</p><p>La p�ninsule italienne, et plus exactement la Toscane, est le berceau d�un �clatant renouveau de l�art du relief d�s le XIIIe s., gr�ce � l��tude attentive des antiques retrouv�s, gr�ce aussi au g�nie des artistes qui s�y succ�dent : Nicola* et Giovanni Pisano, Ghiberti, Donatello*, Michel-Ange. Du XIVe au XVIIe s., l�Italie garde son h�g�monie, puisque aux grands ma�tres de la Renaissance* succ�dent ceux du mani�-</p><p>risme*, puis du baroque*. Le grand g�nie du XVIIe s., celui qui insufflera � ses statues la vie m�me dans son fr�-</p><p>missement et son path�tique, le Bernin*, est lui-m�me d�une famille d�origine toscane. Il serait injuste d�oublier les sculpteurs flamboyants, si pleins de verve, du monde germanique, non plus que les artistes fran�ais travaillant pour les derniers Valois. La France, dans la seconde moiti� du XVIIe s., gr�ce au m�c�nat �clair� de Louis XIV, tend � se tailler une place de premier rang et c�est chose faite au XVIIIe s., o� l��cole fran�aise de sculpture �clipse tout le reste du monde occidental par son raffinement et par sa virtuosit�. L�Europe germanique conserve cependant son autonomie dans l�approfondissement du baroque. Canova* redonne pour peu de temps le flambeau � l�Italie, berceau du n�o-classicisme. Le XIXe s.</p><p>voit le d�clin de la sculpture au profit de la peinture, pris�e davantage du public, des amateurs et de la critique.</p><p>Le dernier grand sculpteur, Rodin*, ne parvient pas � r�tablir l��quilibre, et la remise en question de toutes les valeurs au XXe s. permet de se demander si l�on</p><p>peut encore parler de sculpture.</p><p>Les types</p><p>Il faut consid�rer d�abord si la sculpture est d�pendante de l�architecture.</p><p>Elle peut alors �tre immeuble par destination, ainsi d�un bas-relief de tympan ou d�un chapiteau. Une statue plac�e dans une niche trouve sa pleine justification dans son contexte, mais peut garder une valeur en soi, d�tach�e de cet environnement. De toute fa�on, il s�agit l� de sculpture monumentale, qu�elle soit figurative ou non. La sculpture de plus petite dimension perd cette qualit�, encore que la fronti�re soit ind�cise. Un haut-relief appartenant � un retable sera-t-il consid�r� comme mobilier ou monumental encore ? La distinction para�t quelque peu illusoire.</p><p>Plus concret et plus essentiel � la fois est le partage en deux cat�gories : la ronde-bosse et le bas-relief. La premi�re correspond au sens plein de la sculpture, c�est-�-dire � la traduction de l�espace � trois dimensions ; on peut en faire le tour. Cela ne veut pas forc�ment dire qu�elle soit con�ue pour �tre vue de tous les c�t�s. Au contraire, l�artiste privil�gie g�n�ralement un point de vue, ce qui va de soi quand la statue est destin�e � �tre plac�e dans une niche ou devant une paroi. On peut avoir un point de vue principal et des points de vue secondaires. Un des soucis des mani�ristes, adeptes de la figura serpentina, fut de solliciter l�attention du spectateur sans discontinuer et sous tous les angles.</p><p>On distingue, dans la ronde-bosse, la statue, con�ue comme une unit�, et downloadModeText.vue.download 16 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>9971</p><p>le groupe, qui comprend deux ou plusieurs figures ayant une base commune, une coh�rence dans leur composition.</p><p>Une statue priv�e de ses deux tiers inf�rieurs au moins est appel�e buste, m�me quand il s�agit de la t�te seule.</p><p>En g�n�ral, � la t�te s�ajoutent le cou, une partie des �paules et de la poitrine.</p><p>Certains bustes avec des bras sont dits � mi-corps. Quand le bas du corps est remplac� par un bloc g�om�trique d�o� semble surgir le buste, on se trouve devant un terme ou encore devant un buste en herm�s.</p><p>Les dimensions permettent de nouvelles distinctions entre colossal (nettement plus grand que nature), nature, demi-nature, la petite nature �tant interm�diaire entre la nature et la demi-nature.</p><p>Quand une sculpture reste tributaire d�un fond d�o� se d�tache un certain nombre de saillies plus ou moins prononc�es, on a affaire � un relief. Il peut arriver que le fond soit trou�, �limin� par endroit : c�est le cas du � transparent � de la cath�drale de Tol�de, mais aussi, dans la petite sculpture, de beaucoup de plaques d�ivoire.</p><p>L�importance de la saillie par rapport au fond (le cas du simple dessin grav� �tant mis � part) permet de distinguer plusieurs sortes de reliefs. Quand les deux plans, celui du fond et celui de la surface, sont parall�les, on a un relief m�plat. Les sculpteurs du quattrocento ont mis au point un relief aplati, o� les saillies sont souvent r�duites � de simples griffures du fond, tout en donnant de surprenants effets de profondeur : c�est le schiacciato. D�une fa�on g�n�rale, on consid�re que le terme g�n�rique de bas-relief correspond � une saillie ne repr�sentant proportionnellement que le quart du volume de l�objet ou de la figure reproduite. Le demi-relief correspond � un rapport de moiti�. Le haut-relief est presque de la ronde-bosse, les objets ou personnages �tant en forte saillie et presque ind�-</p><p>pendants du fond. La fronti�re avec la ronde-bosse est ici t�nue, et ce genre de sculpture lui est parent par sa nature et sa recherche d�effets.</p><p>La nature propre et profonde, l�originalit� du bas-relief sont au contraire de donner l�illusion de la profondeur, et sa r�ussite supr�me est de d�gager l�impression de plusieurs plans, c�est-</p><p>�-dire de cr�er vraiment une notion d�espace diversifi�. L� encore, les grands ma�tres du quattrocento, en r�inventant les lois de la perspective lin�aire, ont permis au bas-relief des</p><p>conqu�tes d�cisives.</p><p>Les sculpteurs peuvent jouer avec les diff�rents modes de relief, les utiliser tous � la fois dans la m�me oeuvre pour atteindre plus s�rement � l�illusion d�un espace � plusieurs plans. Les personnages et objets de premier plan seront alors trait�s en haut relief, les paysages � l�horizon ou au lointain simplement grav�s sur le fond, avec pour le reste de la composition toutes les gradations interm�diaires. Dans le cas de certains retables flamands (ou encore dans les cr�ches napolitaines), on peut y voir ajout�es de petites statues en premier plan. La couleur, ici, joue aussi un r�le important, m�me quand il y a simplement dorure, comme c�est le cas pour les portes de Ghiberti au baptist�re de Florence. On a pu parler de � reliefs picturaux � et reprocher � ces oeuvres de m�langer deux formes d�expression artistique au m�pris de leur essence propre et au d�triment de la qualit� artistique : grief parfois excessif.</p><p>Il serait injuste de passer enti�rement sous silence une sorte de sculpture qui pr�sente l�inconv�nient de ne pas durer : nous voulons parler des �l�ments sculpt�s en mati�res l�g�res</p><p>� tissu, carton, papier � qui sont employ�s dans les d�cors (f�tes, pompes fun�bres, th��tre). L�importance tant quantitative que qualitative de cette sculpture �ph�m�re �tait certes plus grande autrefois, dans les civilisations monarchiques. Une telle production, confi�e parfois � de vrais sculpteurs et souvent fort �labor�e, n�a pas manqu� d�influencer l��volution de l�art du relief et du d�cor.</p><p>Les genres</p><p>Il para�t assez artificiel de pr�tendre distinguer des genres, tout au moins jusqu�aux temps modernes. Les deux grandes divisions : art sacr�, art profane, ne s�appliquent gu�re au d�but, puisque tout est religieux, toute sculpture pr�sente une image de la divinit� ou joue un r�le magique. Il en est ainsi bien �videmment des sphinx de l�ancienne �gypte, mais aussi des kouroi de la Gr�ce archa�que, et l�on sait que</p><p>les statues de la Gr�ce classique sont presque toujours religieuses par nature ou par destination. On parviendrait aux m�mes conclusions dans les autres civilisations, chinoise, japonaise, indienne ou am�ricaine. Les �tonnants bas-reliefs �rotiques des temples de l�Inde sont encore d�essence sacr�e.</p><p>Le Moyen �ge occidental est tout aussi vou� � la sculpture religieuse : tympans et chapiteaux histori�s des �glises romanes, statues-colonnes, puis statues des porches gothiques, bas-reliefs des retables, tout ou presque est acte d�adoration ou sermon en image ; les sujets appartiennent � la Bible ou � la L�gende dor�e.</p><p>On peut m�me se demander si la</p><p>sculpture qui semble �chapper � cette emprise du religieux, dans l�Antiquit�, c�est-�-dire le d�cor du palais, ne s�y rattache pas tout de m�me, tant il est vrai que la souverainet� porte le sceau du divin. Les lions, les dragons, les archers qui prot�gent la demeure du monarque assyrien sont autant d�exorcismes.</p><p>downloadModeText.vue.download 17 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>9972</p><p>Une grande partie de la sculpture qui nous est parvenue est aussi de nature fun�raire, car le myst�re de la mort a toujours constitu� pour l�homme un th�me de fascination ; et cette sculpture fun�raire est encore essentiellement de nature religieuse. La majeure part de l�apport �gyptien et m�sopotamien provient des tombeaux, quand ce n�est pas des temples. Or, la sculpture intervient de fa�on privil�gi�e dans l�art fun�raire pour des raisons �videntes : qu�il s�agisse d�une effigie id�ale ou de l�image du bienheureux ayant atteint les rives de l��ternit�, ou encore du portrait comm�moratif du d�funt, cet art, se r�f�rant souvent � la notion d��ternit�, fait appel � la troisi�me dimension afin de d�fier lui-m�me le temps en des oeuvres aussi imp�rissables que possible. La religion �gyptienne entoure le mort d�un luxe de pr�venances, sur des bas-reliefs �voquant une vie bienheureuse, des</p><p>festins, des libations. L�art fun�raire est aussi � l�origine de la petite statuaire. On enfermait en effet dans les s�pultures des figurines-amulettes, de vertu protectrice et magique. Sculpture monumentale et m�me colossale, statuaire et reliefs de toutes sortes, art du portrait : on voit l�importance primordiale de l�art fun�raire pour la sculpture et l�histoire de son d�veloppement, sa diversit� aussi puisqu�il s�agit de s�adapter aux croyances vari�es.</p><p>L��gypte l�gue le type du sarcophage, dont la forme changera dans la civilisation gr�co-romaine pour devenir un des supports principaux de l�art du bas-relief. La Gr�ce et Rome utilisent la st�le, et, dans l�Empire romain, un art du portrait plein de v�rit� y trouve son champ d�application. Le Moyen �ge re�oit l�h�ritage de ces diverses formes et types, y ajoute la tombe, sous forme de dalle grav�e, puis sculpt�e, ensuite support du gisant, qui deviendra un v�ritable portrait en haut relief.</p><p>Le gisant peut �tre doubl� ou remplac� par la figure de l�orant ; plus pr�s de nous, il se soul�ve et devient le type du</p><p>� d�funt accoud� �, tr�s en vogue au XVIIe s. Jusqu�� nos jours, l�hommage rendu au mort, proche du culte, le besoin si humain du souvenir ont donc �t� les justifications de monuments parfois spectaculaires et complexes (en fonction de la hi�rarchie sociale), o� toujours la sculpture, aussi bien en ronde bosse qu�en bas relief, intervient de fa�on essentielle pour ne pas dire unique.</p><p>� la Renaissance, la civilisation et donc l�art se d�sacralisent dans une certaine mesure. Appara�t alors une sculpture vraiment profane, con�ue pour le seul plaisir des yeux, pour la d�lectation des amateurs, pour le d�cor des demeures princi�res ou seigneuriales. Sculpture des fontaines, des jardins, des places publiques, des fa�ades de palais, petite statuaire des collectionneurs, un art profane prend son essor qui conna�tra son plein �panouissement dans l�Europe monarchique, dans les grands parcs de Versailles*</p><p>ou de la Granja. Art qui, pour fixer son r�pertoire, fait appel � l�Antiquit� en effa�ant la signification religieuse.</p><p>Le Parnasse, la mythologie gr�co-romaine fournissent leurs innombrables</p><p>personnages et leurs fables merveilleuses. Au demeurant, n�y a-t-il pas l� l�organisation d�un nouveau culte, le culte monarchique ? Plus pr�s de nous, cette sculpture, au XVIIIe s., a tendance � s�amenuiser � l��chelle des demeures qu�elle agr�mente. Le bas-relief devient gracieux pour rivaliser avec les f�tes galantes peintes. La petite statue, le petit groupe en biscuit r�pondent au go�t pour les bibelots de collection.</p><p>Parall�lement se d�veloppe un art du portrait qui n�est plus li� � l�art fun�-</p><p>raire, mais correspond � une soci�t� plus individualis�e. C�est l�orgueil qui conduit les grands de ce monde et m�me les moins grands � commander aux artistes leur effigie peinte ou sculpt�e et ils ne craignent pas de s�afficher dans leur propre salon. Les bustes donc se multiplient, en marbre, en bronze, en terre cuite. La recherche de la ressemblance conduit � travailler d�apr�s des moulages du masque humain, proc�d� d�j� employ� avec les masques fun�raires. La sculpture rivalise donc avec la vie, car l�artiste anime le portrait d�un sourire, fait p�tiller le regard au point que le mod�le semble surpris dans un instantan� ; et il s�y ajoute d�aventure un v�ritable approfondissement psychologique.</p><p>Certains vont plus loin et songent � faire bouger la sculpture pour compl�-</p><p>ter l�illusion. Le XVIIIe s. se compla�t dans ces figures anim�es, ces automates, ces reliefs mis en mouvement par des syst�mes hydrauliques. L�art n�y a pas gagn� et d�ailleurs ne compte que pour une faible part dans ces jeux d�une soci�t� si pleine de vivacit�.</p><p>Le portrait sous forme de statue, beaucoup plus rare, est r�serv� en g�n�ral au souverain ou � un personnage important et public, que ce soit dans l�ancienne �gypte ou dans l�Europe moderne. C�est seulement � la fin du XVIIIe s. qu�avec la s�rie des</p><p>� grands hommes � le surintendant Charles Claude d�Angiviller donne la caution officielle au genre de la statue comm�morative, genre diff�rent de la statuaire fun�raire, puisque seul le concept de gloire humaine, de services rendus � la communaut� est en cause.</p><p>On sait le succ�s de ce genre tout au</p><p>long du XIXe s. ; il assure alors vraiment � la sculpture sa raison d��tre et aux sculpteurs leurs moyens d�existence ; il n�assure pas malheureusement la qualit� de l�oeuvre. Le monument aux morts, o� l�individu dispara�t au profit de l�anonymat de ceux qui � pieusement sont morts pour la patrie �, est la derni�re mutation de ce genre somme toute p�rilleux, surtout quand il sert de manifeste politique.</p><p>C��tait d�j� le cas pour le monument �questre, comm�moratif lui aussi, porteur de la gloire d�un grand homme de guerre ou d�un monarque, et aussi de l�id�e monarchique. Si les condottieri de la Renaissance italienne ont �t� l�occasion, en partant de l�exemple du Marc Aur�le retrouv� (Rome, place du Capitole), de renouveler ces grandioses entreprises de fonte du bronze, s�ils ont en g�n�ral bien r�sist�, il n�en est pas de m�me des statues �questres des derniers rois de France, qui furent parmi les cibles privil�gi�es de la fureur r�volutionnaire. Et le Pierre le Grand de Falconet ne doit son salut qu�au fait qu�il incarne le nationalisme russe, non reni� par les Soviets.</p><p>Le portrait en bas relief, g�n�ralement encadr� dans un m�daillon, pour fr�quent qu�il soit, fait partie du r�pertoire d�accessoires r�serv� � la sculpture fun�raire. La m�daille*, avec effigie souvent de profil, est bien une autre forme de portrait sculpt� en bas relief, mais de tr�s petite taille et ressortissant � un domaine sp�cifique qui a ses lois propres. Dans une certaine mesure, m�me sous forme de monnaie, il s�agit l� encore de sculpture comm�morative.</p><p>F. S.</p><p>F Outre les noms des sculpteurs c�l�bres, voir ceux des divers civilisations et pays et des grandes p�riodes de l�histoire de l�art.</p><p>M. Hoffman, Sculpture inside and out (New York, 1939). / F. Goupil, Manuel g�n�ral du modelage en bas relief et ronde bosse, du moulage et de la sculpture (Bornemann, 1949).</p><p>/ P. Francastel (sous la dir. de), les Sculpteurs c�l�bres (Mazenod, 1955). / H. E. Read, The Art of Sculpture (Londres, 1956 ; 2e �d., New York, 1961). / E. Panofsky. Tomb Sculpture (Londres, 1964). / L. Benoist, Histoire de la sculpture (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1965 ; 2e �d.,</p><p>1973). / J. W. Mills, The Technique of Sculpture (New York, 1965). / H. D. Molesworth et P. Can-non Brookes, European Sculpture from Romanesque to Neoclassic (Londres, 1965 ; trad. fr.</p><p>Histoire de la sculpture europ�enne de l��poque romane � Rodin, Somogy, 1969). / G. Bazin, le Monde de la sculpture, des origines � nos jours (Taillandier, 1972). / M. Rheims, la Sculpture au XIXe si�cle (A. M. G., 1972).</p><p>LA SCULPTURE</p><p>DU XXE SI�CLE</p><p>Avant 1914 :</p><p>Paris, les pionniers</p><p>Au d�but du si�cle, l�exemple de Rodin* sert de fer de lance contre les acad�mismes r�gnants. L�attraction qu�exerce son art, doubl�e par celle de Paris, qui fait alors figure de capitale mondiale des arts, multiplie ses disciples dans de nombreux pays. Bour-delle*, qui fut depuis 1893 l�un de ses plus proches collaborateurs, affirme � partir de 1910 sa propre personnalit� en opposant � la � fluidit� � du ma�tre une force lyrique solidement construite, qui fait r�f�rence � l�art grec archa�que et � l�art roman. La puissance du Croate Ivan Me�trovi&#x107; (1883-1962) est d�une s�ve plus naturaliste. Quant � Maillol*, en reprenant sans cesse le m�me th�me, il impose un type de beaut� � m�diterran�enne � qui permet la survivance d�un certain classicisme.</p><p>Paris est aussi le lieu des pre-</p><p>mi�res � r�volutions � artistiques qui vont secouer le si�cle. Celles-ci sont foment�es, hors de tout acad�misme, par des peintres. Nombreux sont ceux d�entre eux qui, suivant l�exemple des Daumier*, des Degas*, des Gauguin*, des Renoir*, s�essayeront � la sculpture, tels Picasso*, Braque*, Matisse*, Derain* ou L�ger*. Une oeuvre est � cet �gard particuli�rement importante : la T�te de femme sculpt�e en 1909</p><p>par Picasso, qui r�sume l�essentiel du cubisme* sculptural et de ses paradoxes. Il s�agit, en reprenant les le�ons de la peinture, de signifier le volume par l��clatement en facettes du plan : h�riss�e de surfaces ac�r�es, cette T�te s�cr�te des ombres profondes ind�pendantes des fluctuations de la lumi�re.</p><p>OEuvre manifeste, elle rompt d�lib�r�-</p><p>ment avec la le�on de Rodin ; � l�hyper-</p><p>sensibilit� �pidermique du mat�riau est oppos�e la violence � constructive �</p><p>d�une vision structurale de l�espace.</p><p>Cette cr�ation de Picasso surgit au moment o� Paris appara�t plus que jamais comme le lieu de rassemblement de jeunes artistes venus des quatre coins de l�Europe, parmi lesquels les sculpteurs Joseph Cs�ky (Hongrie), Alexander Archipenko et Ossip Zadkine (Russie), Jacques Lipchitz (Pologne).</p><p>Il faut aussi noter l�arriv�e du Roumain Br�ncu�i* en 1904. Attir� par la renomm�e de Rodin, il va pourtant se downloadModeText.vue.download 18 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>9973</p><p>consacrer � retrouver l�essence de l�art populaire de son pays. Il m�ne son travail vers de puissantes simplifications dont le couronnement sera, d�s 1908, le Baiser, qui r�unit les masses de deux parall�l�pip�des. Cette oeuvre sera pour lui l�objet de multiples variations, comme le sera l�� oeuf � dans lequel s�inscrit le visage aux traits � peine esquiss�s de la Muse endormie, dont on retrouve l��cho dans l�oeuvre sculpt� de Modigliani*, son fid�le compagnon.</p><p>Avec Br�ncu�i, la rigueur g�om�trique du cubisme rencontre les qualit�s les plus traditionnelles de masse et d�autorit� spatiale de la sculpture, et cela par un retour au go�t du mat�riau pur et m�me brut.</p><p>� la veille de la guerre, Joseph Cs�ky (1888-1971) propose une T�te d�une rare autorit� formelle, o� les d�formations cubistes sont r�duites � l�essentiel d�une g�om�trie expressive, d�un sch�ma. Mais, pour l�essentiel, la sculpture cubiste est conduite � une impasse non seulement par l�abandon du volume au profit de la surface, mais aussi par ce mim�tisme qui conduit les sculpteurs � colorier de plus en plus leurs oeuvres pour les placer � l�abri des fluctuations de la lumi�re. D�s 1914, c�est encore une oeuvre de Picasso qui, par son absurdit� apparente, annonce les forces de renouveau qui se mani-festeront entre les deux guerres mondiales. En effet, le Verre d�absinthe,</p><p>bronze peint, par les forces de l�imaginaire qu�il charrie, ouvre la voie aux plus d�cisives inventions : cette railleuse d�rision est jet�e � la face d�une tradition sculpturale s�culaire pour ouvrir toutes grandes les portes de l�imagination. D�s 1913, de son c�t�, Umberto Boccioni (v. futurisme), avec le bronze Formes uniques de la continuit� dans l�espace, met en application les �l�ments contenus dans son Manifeste technique de la sculpture futuriste (11 avr. 1912). C�est une oeuvre d�un rare dynamisme, qui semble</p><p>avoir �t� profil�e, avant la lettre, dans quelque laboratoire d�a�rodynamique.</p><p>Le manifeste de Boccioni annonce non seulement le Cheval (1914) de Raymond Duchamp*-Villon, en affirmant qu�� une soupape qui s�ouvre et se referme cr�e un rythme aussi beau mais infiniment plus nouveau que celui d�une paupi�re animale �, mais encore le constructivisme russe, en lan�ant l�id�e d�adjoindre � la sculpture un moteur �lectrique.</p><p>L�entre-deux-guerres :</p><p>Europe et �tats-Unis</p><p>Boccioni, Duchamp-Villon et Henri Gaudier-Brzeska (v. vorticisme)</p><p>meurent � la guerre. D�s la fin des hostilit�s, la sculpture d�� avant-garde �</p><p>repart sur de nouvelles bases : l�abstraction* trouvera en sculpture des applications originales, le cubisme se perp�tuera � travers l�oeuvre de plusieurs fortes personnalit�s, enfin l�imagination la plus d�brid�e s�exprimera avec dada* et le surr�alisme*.</p><p>Henri Laurens* est celui qui poursuivit le plus radicalement la voie trac�e par la peinture cubiste, allant jusqu�� composer le Fumeur (1919) dans un relief polychrome si aplati qu�il ne se d�marque qu�� peine des toiles contemporaines de Juan Gris. D�s les ann�es 1920, il abandonne le cubisme pour revenir � la ronde-bosse, au model�, � la courbe, � travers des formes f�minines qui deviendront de plus en plus amples, voire monumentales.</p><p>D�s l�apr�s-guerre, Ossip Zadkine (1890-1967), dans des figures aux th�mes divers, par exemple musicaux, applique les le�ons du cubisme avec</p><p>une rare science, mais aussi avec une constante volont� spatiale, le volume �tant trait� en larges plans puissamment organis�s (Joueur d�accord�on, 1918 ; Femme � l��ventail, 1920, mus�e national d�Art moderne, Paris) ; dans la sculpture � manifeste � intitul�e justement le Sculpteur (1922, ibid.), il montre son ouverture aux mat�riaux nouveaux, tels le verre ou le plomb, qu�il m�le aux traditionnels marbres et granits, ainsi que sa volont� de ne pas se laisser enfermer dans le plan. Puis, de plus en plus syst�matiquement, Zadkine ouvre la mati�re � l�espace, au vide, qui devient un �l�ment constituant du volume spatial, dont la sculpture doit s�emparer. Parall�lement, cette mati�re (qui est souvent le bois) porte t�moignage tant du travail de l�artiste attaquant et modulant les surfaces que de sa v�rit� naturelle d�arbre ou de roche. L�oeuvre r�pond � une rythmique parfois sophistiqu�e, parfois, au contraire, ample et pure. Ainsi, le Christ monolithe de 1939 (ibid.) succ�de au groupe anim� d�une agitation baroque du Retour du fils prodigue, de 1937.</p><p>Jacques Lipchitz*, qui �tait arriv� � Paris en 1909 comme Zadkine, passe d�une facture traditionnelle au plan et � l�ar�te. Son oeuvre, d�abord marqu�e par une volont� statique s�exprimant en particulier dans des bas-reliefs tr�s</p><p>� cubistes �, subit dans les ann�es 1920</p><p>une profonde mutation vers des formes baroques o� l�arabesque devient primordiale, de m�me que les � vides �, qui correspondent � une v�ritable th�orie de la sculpture � transparente � : sculpture essentiellement figurative, d�une stylisation cependant plus � abstraite � dans certaines oeuvres � volont� symbolique.</p><p>Si l�imm�diat apr�s-guerre est</p><p>profond�ment marqu� par ces trois personnalit�s, auxquelles s�ajoutera, longtemps m�connu, le pionnier de la sculpture de fer, Julio Gonz�lez*, un autre mouvement se dessine, loin de Paris, dans la Russie r�volutionnaire.</p><p>Bien qu��ph�m�re, il laissera une empreinte profonde sur les d�cennies suivantes. Le Manifeste r�aliste sign� par A. Pevsner* et Naoum Gabo en downloadModeText.vue.download 19 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>9974</p><p>1920 reprend et codifie puissamment des id�es �mises d�s avant la guerre non seulement par le futurisme italien, mais aussi par quelques fortes individualit�s telles qu�Archipenko*, qui institue d�s 1912 le � contre-volume �</p><p>et joint en 1913 la polychromie ch�re aux cubistes au dynamisme futuriste, et Tatline*, qui s�engage dans la voie du</p><p>� contre-relief � d�s 1915. Le constructivisme fut l�un des rares mouvements artistiques qui appartint d�abord en propre aux sculpteurs. Cette fantastique r�conciliation de l�espace et du temps trouve ses premi�res concr�tisations dans le Monument � la IIIe Internationale, dont Tatline �labore la maquette en 1919, et dans cette �trange lame d�acier � laquelle un moteur �lectrique fait d�crire un volume, que r�alise Gabo en 1920. D�s 1922, le Hongrois L�szl� Moholy-Nagy* compl�te ces premi�res recherches de cin�tisme en y adjoignant des effets lumineux dans son Modulateur lumi�re-espace (Lichtrequisit). Ainsi se trouvent fortement �branl�es les conceptions traditionnelles de la sculpture, auxquelles d�autres assauts ont d�j� �t� administr�s par Marcel Duchamp*, avec ses ready-mades, l�urinoir ou le s�che-bouteilles de 1915, ou par un pionnier de l�abstraction g�om�trique comme le Belge Georges Vantongerloo (1886-1965).</p><p>Mais ces � r�volutions � ne doivent pas masquer la large survie d�une sculpture beaucoup plus traditionnelle, qui n�est qu�un temps �branl�e par le cubisme et qui trouve dans l�imperturbable exemple de Maillol la justification de son acad�misme. Ainsi en France les nombreux bustes de Charles Despiau* connaissent un succ�s certain. Cet ancien collaborateur de Rodin gardera, contre vents et mar�es, le go�t des formes pleines, souples ; seule une touche de naturalisme moderniste vient affecter cette harmonie toute classique. Les m�mes caract�ristiques se retrouvent chez Marcel Gimond (1894-1961) et chez toute une pl�iade de sculpteurs contemporains dont le benjamin est Antoniucci Volti (n� en</p><p>1915). Acad�misme aussi du c�t� des grands sculpteurs officiels, tel Paul Landowski (1875-1961), qui re�oivent une foule de commandes pour des monuments aux morts, ou pour �gayer de quelque nudit� les fontaines publiques.</p><p>Particuli�rement r�v�latrice est la sculpture allemande de l�entre-deux-guerres. Apr�s avoir �t� domin�e, au d�but du si�cle, par les th�ories fortement conservatrices d�Adolf von Hildebrand (1847-1921), puis par un expressionnisme* � tendances symboliques, elle aurait pu profiter de l�essor du Bauhaus*. Mais celui-ci se tourne d�lib�r�ment vers l�architecture ou le</p><p>� design �, la peinture servant de banc d�essai th�orique. Cette attitude est significative de la non-adaptation de la sculpture � vivre l��pop�e moderniste.</p><p>Ses pesanteurs, son ancrage dans les traditions pass�istes la rendent � la fois �tonnamment r�sistante et vuln�rable.</p><p>Elle se situe soit � contre-courant, tentant de perp�tuer une imagerie tout � fait r�volue, soit en avant, en d�truisant ses composantes essentielles, en acceptant une rupture qui fait figure d�effondrement : ainsi en est-il pour le constructivisme russe et pour le travail mobilier des architectes du Bauhaus.</p><p>Apr�s la prise de pouvoir d�Adolf Hitler en 1933, le � Kampfbund f�r deutsche Kultur � (Union de combat pour la culture allemande), dirig� par Alfred Rosenberg, n�admet qu�un art clairement laudatif � l��gard du r�-</p><p>gime, r�pondant aux crit�res raciaux en vigueur et glorifiant le F�hrer. C�est � Arno Breker (n� en 1900) que revient la lourde t�che d��tre le sculpteur officiel du r�gime : il multipliera les statues o� l�on retrouve des accents de la frise de Pergame nouvellement install�e � Berlin, mais caricatur�s par une volont� de duret� dans la stylisation.</p><p>Pour une bonne part, cette �volution de la sculpture allemande, tributaire d�un r�gime politique totalitaire, se retrouve en U. R. S. S., en Italie (en d�pit de l�originalit� d�un Arturo Martini*) et, finalement, dans l�ensemble de l�Europe. La sculpture, qui, par nature, est conduite au monumental, est la premi�re victime des � durcissements � politiques. Sa dimension sociale et les investissements qu�elle</p><p>n�cessite la d�signent comme premi�re victime de l�autoritarisme culturel. Cette chape de plomb qui s�abat sur l�Europe � la veille de la Seconde Guerre mondiale �touffe les courants novateurs qui s�y dessinaient. Seule l�Angleterre sera quelque peu �pargn�e, permettant � Henry Moore* (et, � c�t� de lui, � Barbara Hepworth*) de s�imposer. D�s 1924, Moore s�empare du th�me qui lui sera le plus cher :</p><p>� la m�re et l�enfant �. Si l�on peut songer alors � la statuaire mexicaine pour le sens de la masse, le hi�ratisme de l�attitude, la solidit� et l�ampleur des rythmes, la sculpture de Moore se laisse petit � petit investir par le vide.</p><p>Le bloc s�entrouvre, l�atmosph�re peut d�s lors y circuler, allant jusqu�� polir les formes qu�elle effleure. Et pourtant ces formes n��chappent pas � un certain acad�misme, qui m�le aux r�miniscences pr�colombiennes et cycla-diques celle d�un Arp*. Chez Moore, plus l�invention se tarit, plus la gloire devient consid�rable. Les commandes et les honneurs s�abattent sur lui avec une rare profusion, ses oeuvres monumentales enorgueillissent la plupart des grandes villes du monde. L� encore se retrouvent des caract�res propres � la sculpture : Moore, sacr� sculpteur par excellence du XXe s., non seulement b�n�ficie du soutien actif de toute une nation et, au moins, de ses institutions les plus efficaces, mais encore, par le conformisme de ses th�mes et une facture aux r�f�rences claires, sait � merveille allier le modernisme � un art officiel que les autorit�s municipales ou nationales ne peuvent soup�onner de subversion.</p><p>Ce sont les �tats-Unis qui seront les b�n�ficiaires de cet �touffement de la vie culturelle europ�enne. Au d�but du si�cle, le cubisme ou l�abstrait ne sont repr�sent�s que par des cas isol�s. Ainsi Max Weber (1881-1961), avec Rythme en spirale, ex�cute d�s 1915 l�une des premi�res sculptures cubistes. Vers 1917, Robert Laurent (1890-1970) propose la forme pseudo-abstraite de sa Flamme, puis poursuit une oeuvre qui semble bien �tre le seul �cho am�ricain � l�art de Br�ncu�i.</p><p>De m�me restent m�connues, dans</p><p>les ann�es 1915-1920, les exp�riences cubistes de John Storrs (1885-1956),</p><p>alors que la taille directe de William Zorach (n� en Lituanie, 1887-1966), qui va jusqu�� travailler le porphyre, s�duit un plus large public. Mais la premi�re grande personnalit� de la sculpture am�ricaine est Gaston Lachaise (n� en France, 1882-1935), parti pour l�Am�rique en 1906. Ses premiers succ�s sont ses sculptures animali�res et ce n�est que longtemps apr�s sa mort que l�on appr�ciera l��rotisme qui sous-tend son type f�minin, � l�anatomie de plus en plus irr�aliste : �paules larges, poitrine opulente, taille fine, hanches tr�s �vas�es. Reprenant de Rodin le motif de l�enlacement amoureux, il le figure avec une violence qui paraissait alors d�routante. Si en 1923</p><p>Archipenko gagne les �tats-Unis, o� son r�le de p�dagogue sera important, c�est en Europe, � partir de 1926, qu�Alexander Calder* �labore un art abstrait original, qui semble joindre l�ironie po�tique de Mir� et un cin�-</p><p>tisme h�ritier du constructivisme. Les</p><p>� stabiles � ne prendront leur essor qu�au cours des ann�es 1940, pour atteindre le monumental au cours des ann�es 1950 et 1960. Mais l�oeuvre de Calder, majeure, est � jamais en marge.</p><p>David Smith* est certainement la figure la plus importante du renouveau de la sculpture am�ricaine. L�exemple de Gonz�lez et de Picasso r�v�le � ce fils de forgeron les possibilit�s artistiques du fer. De 1937 � 1940, il produit une s�rie de � m�dailles du d�shonneur �, dont les reliefs en bronze accumulent leur force expressionniste contre les injustices de la soci�t� am�-</p><p>ricaine. Dans les ann�es 1940, il utilise de plus en plus syst�matiquement les techniques de l�acier soud�, qu�il vient de mettre en pratique au service de la d�fense nationale (qui l�employait dans une usine d�armement).</p><p>En 1950, Blackburn, chant d�un forgeron irlandais m�le des formes quasi v�g�tales � des sch�mas g�om�triques en une esp�ce de po�me spatial, � la fois diaphane et d�une �trange force onirique. Cet assemblage, qui n�est pas sans �voquer les machineries dada d�velopp�es par Marcel Duchamp sur son � grand verre �, va �tre suivi de constructions plus syst�matiquement g�om�triques pour donner naissance, dans les ann�es 1960, � une signal�-</p><p>tique monumentale aux volumes strictement parall�l�pip�diques.</p><p>� c�t� de ces artistes majeurs,</p><p>la sculpture am�ricaine conna�t un fort courant de r�alisme quasi photographique, encourag� d�abord par la constitution de nombreux mus�es d�histoire naturelle qui multiplient les commandes de figures ethnologiques d�Indiens � pris sur le vif �. Apr�s la grande crise, cette sculpture rena�t dans des oeuvres dont l�expressionnisme a pour objet de d�noncer clairement l�in�galit� des classes sociales. Ce renouveau est encourag� par le � Federal Art Project � et ses commandes pour les �difices publics. Puis ce mouvement r�aliste dispara�t peu � peu au profit d�un art abstrait dans lequel se reconvertissent certains de ses protagonistes, tel un Seymour Lipton (n� en 1903). Le courant abstrait, longtemps souterrain, trouve de nouveaux renforts lors de l��migration europ�enne cons�cutive � la mont�e des fascismes.</p><p>C�est ainsi que, quatre ans apr�s la fermeture du Bauhaus, Moholy-Nagy ouvre le New Bauhaus � Chicago en 1937 ; le cin�tisme, les mat�riaux nouveaux, l�utilisation des transparences sont ainsi introduits en force aux �tats-Unis. L�arriv�e de Gabo, en 1946, ren-forcera la tendance.</p><p>downloadModeText.vue.download 20 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>9975</p><p>Depuis 1945 :</p><p>diffusion et transgression</p><p>C�est apr�s la Seconde Guerre mondiale que sont vraiment popularis�s les courants les plus novateurs de la sculpture contemporaine. Les succ�s enfin acquis par les prestigieux initiateurs n�s � la fin du XIXe s. entra�nent une r�novation radicale. D�s lors, la sculpture est ouverte au plus large �clectisme. En France, d�s la Lib�ration, Henri Georges Adam* impose le puissant rythme de ses compositions, qui n�empruntent au cubisme qu�un vocabulaire �l�mentaire de formes g�om�-</p><p>tris�es pour exprimer d�autant mieux les forces de la mati�re. Zadkine suscite une telle admiration que son atelier</p><p>devient l�un des plus vivants foyers de la sculpture internationale. Une oeuvre toutefois semble dominer toute la production de l�imm�diat apr�s-guerre, c�est celle d�Alberto Giacometti*. Ses figures, d�une douloureuse fragilit�, �cho de celles, horrifiantes, que l�on vient de d�couvrir dans les camps de concentration, sont aussi celles de cette vie pr�caire de la mati�re au moment de sa dissolution dans l�espace. Path�-</p><p>tiques images de l�individu broy�, vivant l�ali�nation de son existence, elles semblent l�ultime forme �maci�e que puisse prendre la ronde-bosse avant sa disparition totale, son �vaporation dans l�espace. On retrouve ce m�me go�t pour les surfaces ravin�es, les volumes accident�s dans les oeuvres, tout aussi tragiques, de Germaine Richier*, mais cette fois avec une volont� expansive.</p><p>Tragiques encore les assemblages de pauvres mat�riaux de Louis Chavi-gnier (1922-1972), que ce soit ces d�risoires � man�ges � de loques p�trifi�es ou l�exc�s m�me de ces projets monumentaux qui voulaient offrir des portes au soleil ; et ces marbres polis, soigneusement descriptifs d�anatomies contraintes, de J. R. Ipousteguy*, qui s�explique ainsi � propos de ce mat�-</p><p>riau : � Ce qu�il y a d�anachronique dans le marbre, c�est qu�il est naturel. �</p><p>Tragiques toujours, aux �tats-Unis, ces environnements* d�Edward Kienholz (v. funk art) ou ces personnages de pl�tre de George Segal (n� en 1924), � jamais arr�t�s dans leurs gestes les plus ordinaires.</p><p>La sculpture contemporaine, cependant, h�rite de Hans Arp le go�t des mati�res nobles soigneusement polies, pour �voquer des formes douces, mi-v�g�tales, mi-humaines ; ou bien, dans le cas d��mile Gilioli (n� en 1911), elle pr�f�re une abstraction aux sources symboliques. � l��l�gance des formes d�un �tienne Hajdu (n� en 1907), � la puissance du mat�riau chez un Fran-</p><p>�ois Stahly (n� en 1911) s�oppose le surr�alisme teint� d��rotisme de Philippe Hiquily (n� en 1925). Aux actes d�appropriation du prot�iforme C�sar*, � la d�rision machiniste de Tinguely*, les tentatives d�un art fond� sur la technologie*. Et, concurremment, aux rythmes magiques d�Agust�n C�rdenas (n� en 1927) r�pondent les inventions</p><p>pseudo-arch�ologiques d��tienne-Martin*, aujourd�hui le p�re spirituel de toute une g�n�ration qui se tourne vers les rites de la m�moire.</p><p>S�oppose encore, au parfait mutisme de Max Bill (n� en 1908), ce Suisse du Bauhaus, et au minimal* art des Am�-</p><p>ricains Donald Judd ou Tony Smith, l�hyperr�alisme (v. r�alisme) d�autres Am�ricains, John De Andrea ou Duane Hanson. Mais peut-�tre la plus grande</p><p>� sculpture � de notre temps n�a-t-elle dur� que ces quelques heures pendant lesquelles Christo (v. r�alisme [nouveau]) barra d�un immense rideau la vall�e du Colorado.</p><p>La sculpture, en effet, semble vivre l�heure de sa transgression, annonc�e par les exp�riences cin�tiques, par l�art minimal, par les environnements, par le land art ou par l�art pauvre (v. conceptuel [art]), par les moulages, de Klein* � Segal et aux hyperr�alistes, et enfin par cette � sculpture vivante � que mat�-</p><p>rialise la seule pr�sence de messieurs Gilbert and George.</p><p>J.-L. P.</p><p>F Assemblage / Cin�tisme / Conceptuel (art) / Environnement / Funk art</p><p>/ Minimal art / R�alisme (nouveau).</p><p>On se reportera en outre aux noms des principaux pays.</p><p>M. Seuphor, la Sculpture de ce si�cle ; dictionnaire de la sculpture moderne (�d. du Griffon, Neuch�tel, 1959). / J. Selz, D�couverte de la sculpture moderne (�d. Les Fauconni�res, 1963). / H. E. Read, A Concise History of Modern Sculpture (Londres, 1964). / A. M. Hammacher, The Evolution of Modern Sculpture : Tradition and Innovation (Londres, 1969 ; trad. fr. l��volution de la sculpture moderne, Cercle d�art, 1971). / H. R. Fuchs, Plastik der Gegenwart (Baden-Baden, 1970 ; trad. fr. Sculpture contemporaine, A. Michel, 1972). / Nouveau Dictionnaire de la sculpture moderne (Hazan, 1970). / Le Plastique dans l�art (Sauret, 1973).</p><p>Scythes</p><p>Peuple du continent eurasiatique, indo-europ�en, d�origine iranienne.</p><p>Leurs principaux �l�ments �taient, � l��poque classique de l�antiquit� grecque, �tablis dans la Russie du Sud.</p><p>Mais les Grecs anciens ont appliqu� volontiers � tous les peuples nomades des steppes continentales le nom propre � leurs proches voisins, et la confusion s�est poursuivie dans l�historiographie moderne, d�autant mieux que tous ces peuples �taient tr�s apparent�s par leur genre de vie et leur d�cor familier. Aujourd�hui encore, on se limite prudemment � une distinction entre les Scythes proprement dits, �tablis aux confins septentrionaux de la mer Noire et proches des colonies grecques, et les tribus apparent�es aux Scythes, dispers�es et dont on ignore les noms. Parmi ces derni�res tribus, il faut citer les nomades de l�Alta�, qui sont connus par les tombes (ou kourganes) retrouv�es dans la vall�e de Pazyryk.</p><p>On conna�t fort sommairement</p><p>l�histoire scythe. Les Scythes dits</p><p>� royaux �, l�un des principaux groupes avec les Scythes agriculteurs, ont p�n�-</p><p>tr� en Europe vers 700-600 av. J.-C., � la suite d�une bousculade ethnique partie de la Chine. Ils devaient aller jusqu�en Allemagne orientale. Mais la l�gende grecque conna�t les Scythes bien plus t�t : la Scythie est mentionn�e dans l�Odyss�e. C�est le pays o� s��garent les Argonautes. Au VIe s., les Scythes pouss�rent une offensive qui les amena � se heurter aux �gyptiens.</p><p>En Ourarthou (Arm�nie), ils prirent et saccag�rent Te�chebani (auj. Karmir Blour, Arm�nie sovi�tique). Puis ils s��tablirent durablement en Crim�e et dans les r�gions du Don et du Dniestr, o� ils succ�d�rent aux Cimm�riens et se juxtapos�rent aux Grecs qui venaient de coloniser les rives de la mer Noire.</p><p>Les rapports entre les deux peuples se d�velopp�rent, les Grecs �tant avides de bl�, les Scythes bons acheteurs d�objets d�art. Darios Ier* tenta de les battre, pour priver les Grecs de leurs fournitures (512). Il n�aboutit qu�au resserre-ment de leurs liens. Paysannerie scythe et Grecs raffin�s s�interp�n�tr�rent. �</p><p>dater de l��poque hell�nistique, l��l�-</p><p>ment grec devait reculer et les Scythes devaient s�organiser en un �tat (IIIe s.).</p><p>Ils avaient continu� � se r�pandre vers l�Occident. Dans les Balkans, ils furent arr�t�s par les vertus guerri�res de Philippe II* de Mac�doine.</p><p>H�rodote* a parl� des Scythes, de</p><p>leurs coutumes �minemment barbares : on n�a pas toujours os� le croire. Il a fallu attendre les fouilles � pr�c�d�es par des pillages � de tombes de chefs, riches en orf�vrerie, pour que soit attir�e, � partir du XVIIe s., l�attention sur cette civilisation. H�rodote distinguait d�j� des tribus d�agriculteurs, qui �taient s�dentaires, des nomades d�pendant des Scythes royaux des rives du Don. Les Scythes agriculteurs contribuaient au ravitaillement d�Ath�nes en bl� et, en �change, achetaient du vin et divers produits fabriqu�s o� l�on reconna�t la main de l�artiste grec. La civilisation scythe garda le plus souvent ses traits originaux, marqu�s par le genre de vie, mais sur lesquels se plaqu�rent les t�moignages de l�art grec, vases et bijoux. La limite entre le travail scythe et l�oeuvre grecque n�est pas toujours �vidente, car les Scythes �taient bons m�tallurgistes, capables d�un fin travail, et les Grecs savaient faire sur commande des oeuvres adapt�es au go�t scythe, c�est-�-dire un art d�coratif animalier qui s�ins�re dans le cadre plus g�n�ral de l�art des steppes*. Ces oeuvres ont �t� retrouv�es dans les tombeaux. Le peuple scythe �tait riche en or, ses chefs accumulaient les objets pr�cieux et se faisaient enterrer avec leurs richesses.</p><p>Les conditions de conservation ont �t� favorables : un tombeau souterrain pr�serve assez bien son contenu. Mais dans l�Alta�, c�est mieux encore : le sol, gel� en hiver, le demeure en �t�, en raison de la protection thermique qu�assure le recouvrement de pierre du tumulus. C�est ce qui fait l�int�r�t des trouvailles de Katanda, o�, d�j�, au si�cle dernier, on avait retrouv� des v�tements intacts. Plus r�cemment, les fouilles de Pazyryk, pratiqu�es avec des m�thodes modernes, nous ont</p><p>fait conna�tre le d�tail de la vie des nomades. Moins riches que celles de Russie m�ridionale, dont l�orf�vrerie fait la fiert� des mus�es sovi�tiques, ces tombes ont conserv� le mobilier, le mat�riel et le cheptel du d�funt et nous r�v�lent une civilisation presque exactement semblable � celle des Scythes de Russie m�ridionale telle qu�on la conna�t par l�arch�ologie et par H�rodote, une civilisation de tribus apparent�es, mais o� l�influence grecque ne parvient gu�re, mais c�de ici la place �</p><p>des objets d�origine iranienne et m�me chinoise (Ve - IIIe s. av. J.-C.). On trouve les restes du char de bois, demeure itin�rante utilis�e seule ou conjointement avec une tente de feutre, les tapis de laine, ou d�un feutre incrust� de motifs d�coratifs aux couleurs vives, qui �gayaient ces int�rieurs, les ustensiles domestiques (poterie, petits meubles de bois, mat�riel de cuisine), les bijoux et les harnachements d�cor�s, les chevaux du mort, dont les cadavres �taient soigneusement rang�s, les armes, qui sont celles des cavaliers : bouclier, lance, arc et fl�ches, goryte (carquois typique). Ath�nes recrutait des archers scythes au VIe s. � Pazyryk, des corps embaum�s, tr�s peu v�tus d�ailleurs, downloadModeText.vue.download 21 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>9976</p><p>�taient couverts de tatouages tr�s d�coratifs, et tr�s compliqu�s, repr�sentant des animaux stylis�s. Ces tatouages, qui n��taient pas de r�gle chez les Scythes, pourraient avoir eu une signification hi�rarchique. Les corps �taient de grande stature. Ceux des chevaux sacrifi�s t�moignaient d�une excellente condition physique. Les harnachements �taient l�objet de vraies folies : des plaques d�or les enjolivaient, concurremment avec le bronze, le feutre brod�, la fourrure. Les Scythes, sans �tre les premiers cavaliers de l�histoire, apprirent aux peuples de l�Orient l�utilisation guerri�re de la cavalerie et firent du cheval le compagnon permanent du nomade. Ils �taient experts dans l�art du lasso.</p><p>En Russie du Sud, les Scythes s�-</p><p>dentaires habitaient des villages ou des villes. Les vestiges de diverses vastes agglom�rations ont �t� explor�s. Le village de Kamensko�e (auj.</p><p>Dnieprodzerjinsk), pr�s de Nikopol, sur le Dniepr, comportait surtout, derri�re un rempart de terre, des maisons ovales de bois et d�argile. Neapolis (pr�s de Simferopol, Crim�e), capitale des Scythes royaux (IIIe s.), comportait des �difices publics de pierre, et on y pratiquait l�artisanat : les t�moignages de l�adoption d�une partie de la civilisation grecque coexistent avec l�atta-</p><p>chement traditionnel � la chasse et � la nourriture carn�e. Les viandes �taient cuites en rago�t dans des chaudrons.</p><p>Le koumiss �tait d�j� tr�s appr�ci�.</p><p>� Pazyryk, le costume �tait com-</p><p>pos� de pantalons et de tuniques de cuir, dont la coupe pratique supportait de somptueuses broderies. Les bottes �taient de rigueur. Ainsi, ces peuples, que leur nomadisme ou leurs traditions nomades incitaient � s�encombrer le moins possible, pla�aient leur richesse dans leurs atours et leurs �quipements.</p><p>Primitifs, ils �taient tr�s superstitieux. Leurs sorciers pratiquaient la magie, leurs devins, probablement eunuques, pr�disaient l�avenir. La principale divinit� figur�e sur les objets d�art</p><p>� Tabiti, d�esse du feu et peut-�tre des animaux � �tait d�j� honor�e en Russie du Sud avant leur venue. La Grande D�esse �tait �galement ador�e. Il n�y avait ni autels, ni temples, ni lieux de culte consacr�s, mais les sacrifices humains n��taient pas rares. Les manifestations religieuses proprement dites semblent �clips�es par les honneurs rendus aux morts : les enterrements de chefs, d�crits par H�rodote, �taient des c�r�monies impressionnantes et sanglantes. � la fin de la c�r�monie, les participants se droguaient au chanvre indien.</p><p>Les Scythes disparurent brutale-</p><p>ment de l�histoire ; ils furent remplac�s principalement par les Sarmates (IIIe - IIe s.), qui, meilleurs cavaliers (utilisant l��trier), menac�rent souvent les fronti�res romaines. Leur art, tr�s voisin de celui des Scythes, s�est attach� � la technique plus clinquante des �maux champlev�s. Plus tard encore (Xe s.), l�av�nement du christianisme en Russie ne r�ussit pas � d�raciner les traditions pa�ennes qui remontaient � l��poque scythe et qui, comme le style animalier, se sont conserv�es longtemps chez les paysans russes.</p><p>R. H.</p><p>A. L. Mongait, l�Arch�ologie en U. R. S. S. (en russe, Moscou, 1955 ; trad. fr., Moscou, 1959). /</p><p>T. T. Rice, The Scythians (Londres, 1957 ; trad.</p><p>fr. les Scythes, Arrhaud, 1958). / S. I. Rudenko,</p><p>la Culture des agglom�rations de l�Alta� central (en russe, Leningrad, 1960). / E. D. Phillips, The Royal Hordes, Nomad Peoples of the Steppes (Londres, 1965 ; trad. fr. les Nomades de la steppe, Sequoia, 1966). / M. I. Artamonov, les Tr�sors d�art des Scythes (Gr�nd, 1968). /</p><p>G. Charri�re, l�Art barbare scythe (Cercle d�art, 1971). / L�Or des Scythes (Mus�es nationaux, 1975).</p><p>s�borrh�e</p><p>Exsudation excessive du s�bum par hyperactivit� des glandes s�bac�es.</p><p>Par extension ce terme est attribu� � divers types morbides dont cette s�cr�-</p><p>tion s�accompagne.</p><p>Les glandes s�bac�es sont r�parties sur toute la surface du corps, sauf aux plantes, aux paumes et aux espaces interdigitaux. Elles sont surtout nombreuses sur les zones dites � s�borrh�iques � : front, ailes du nez, menton, r�gions pr�sternales et inter-scapulaires. Les glandes s�bac�es sont des glandes en grappe ; elles s�ouvrent soit dans les follicules des poils, soit directement � la peau. Le s�bum contient 35 p. 100 d�eau et 65 p. 100 de corps gras. Encore d�nomm� � couche lipidique � ou enduit � lipo-acide �, il prot�ge la peau contre la dessiccation et la mac�ration humide ainsi que contre les infections microbiennes ou parasitaires. Le flux s�borrh�ique varie en importance avec le sexe, l��ge, la saison, le climat, l�alimentation, l�insolation, les �motions. La s�cr�tion s�bac�e est li�e au fonctionnement des glandes g�nitales (pouss�e de la pubert�, d�croissance postm�nopausique, action stimulante de la testost�rone et fr�natrice des oestrog�nes).</p><p>D�autres facteurs endocriniens sont susceptibles d�intervenir : s�borrh�e des hyperthyro�diens (v. thyro�de) et des acrom�galiques (ant�hypophyse), teint huileux des parkinsoniens (r�le du dienc�phale).</p><p>Les premi�res manifestations de la s�borrh�e s�observent chez l�enfant de 9 � 10 ans, aux plis nasog�niens, couvrant peu � peu les ailes du nez. Avec les ann�es, la s�borrh�e atteint le menton, d�borde sur les joues en � vesper-tilio �, gagne le front, la conque des</p><p>oreilles et le cuir chevelu. Ce dernier se recouvre de petites pellicules grises, s�ches, caduques (pityriasis sec), auxquelles feront suite vers 17 � 20 ans des pellicules grasses adh�rentes (pityriasis st�ato�de).</p><p>L�atteinte faciale est plus ou moins profuse. Les pores largement dilat�s laissent �chapper le s�bum, qui, ruisselant sur la peau, la rend grasse et luisante. La s�borrh�e, qui est plus un �tat qu�une maladie, fait le lit de l�acn�*</p><p>et des s�borrh�ides. Ces derni�res d�-</p><p>butent par des taches punctiformes, ro-s�es, recouvertes d�une squame qui en grandissant deviennent nummulaires (en pi�ces de monnaie) et p�talo�des (en p�tales). Variables en nombre suivant chaque cas, elles sont peu ou pas prurigineuses. De dur�e ind�finie, elles s�effacent rapidement avec l�application de r�ducteurs, mais r�cidivent facilement. Sur les r�gions pr�sternales et interscapulaires, elles r�alisent la dermite m�dio-thoracique de Brocq. �</p><p>la lisi�re du cuir chevelu, elles d�terminent la � corona seborrheica �. Elles sont � diff�rencier du psoriasis et des syphilides s�borrh�iques.</p><p>Au cuir chevelu, la s�borrh�e est la cause principale de l�alop�cie idio-pathique, d�nomm�e encore alop�-</p><p>cie hypocratique, alop�cie vulgaire (v. alop�cie).</p><p>Chez les vieillards, la s�borrh�e suit son cours et fait le lit de la couperose, de petits ad�nomes, des verrues s�borrh�iques (verrues s�niles), des taches de k�ratose s�nile.</p><p>A. C.</p><p>S�cession</p><p>(guerre de)</p><p>Conflit int�rieur (Civil War) des �tats-Unis d�Am�rique qui, de 1861 � 1865, opposa � propos de la question noire une conf�d�ration des �tats du Sud � la f�d�ration des �tats du Nord. La victoire de ces derniers assurera d�sormais leur pr�pond�rance dans la direction du pays.</p><p>Le contexte</p><p>Depuis le d�but du si�cle, une rivalit� tr�s nette avait oppos� les �tats du Nord-Est, en voie d�industrialisation et protectionnistes, aux �tats du Sud, esclavagistes et libre-�chan-gistes. Apr�s des �pisodes divers marqu�s par des raidissements et par des compromis qui sauv�rent l�unit� des �tats-Unis, le conflit d�g�n�ra en une v�ritable guerre civile qui se d�veloppa durant deux ans dans l��tat du Kansas (1854-1856). Son r�sultat le plus net fut la cr�ation, face aux d�mocrates, particuli�rement influents dans le Sud, d�un parti r�publicain r�solument antiesclavagiste. Son chef, Abraham Lincoln*, est un avocat obscur, mais ayant la parole facile et des id�es tr�s nettes. Comme une crise financi�re assez grave vient en plus jeter le d�saccord parmi les d�mocrates, l��lection du pr�sident en 1860 am�ne au pouvoir le chef des r�publicains, mais avec seulement 38 p. 100 des voix.</p><p>Aussit�t (20 d�c. 1860), la Caroline du Sud fait � s�cession �, bient�t suivie par le Mississippi, la Floride, l�Alabama, la G�orgie, la Louisiane et le Texas. S�organisant en �tats conf�d�r�s d�Am�rique (Confederate States of America ou Confederacy), ces sept �tats sudistes � que rejoin-dront la Virginie, l�Arkansas, la Caroline du Nord et le Tennessee � �lisent Jefferson Davis (1808-1899) comme pr�sident (9 f�vr. 1861) et installent leur capitale � Richmond en Virginie, � 160 km au sud de Washington. Les �tats conf�d�r�s (au nombre de 11 sur les 34 que comptent les �tats-Unis) n�ont que 9 millions d�habitants, dont 4 millions de Noirs, contre les 23 millions d�Am�ricains des �tats du Nord, mais ils paraissent s�rs de la victoire.</p><p>La situation militaire des �tats-Unis est alors tr�s diff�rente de celle des pays europ�ens ; leur arm�e � qui, � part l�exp�dition du Mexique (1846-47), n�a eu affaire qu�aux Indiens � ne comprend que 18 000 hommes, dont 1 100 officiers. Le recrutement par �tat ne favorise gu�re son unit�, et son r�le de pionnier ne la pr�dispose pas � des op�rations d�envergure. Form�s � West Point, ses g�n�raux (Lee, Grant, Jackson, Sherman...) se montreront � la hauteur des circonstances. Apr�s un essai malheureux de convocation de milice,</p><p>une partie importante des effectifs sera fournie par des volontaires venus de downloadModeText.vue.download 22 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>9977</p><p>tous les pays du monde. Il y en aura surtout d�Europe, mais aussi d�Afrique et m�me de Chine. C�est ainsi que sera introduit en Am�rique l�uniforme des zouaves, dont le prestige est tr�s grand � cette �poque. Mais dans le Sud, d�s avril 1862, comme dans le Nord, � partir de mars 1863, on est oblig� de recourir � la conscription. Au total, en 1865, les effectifs des sudistes s��l�vent � pr�s de 900 000 hommes, ceux des f�d�raux � 2 500 000. Quant � l�armement, il est, au d�but et dans les deux camps, presque enti�rement d�suet ; fusils comme canons se chargent par la bouche, et la tactique est encore napol�onienne : apr�s des d�-</p><p>charges peu meurtri�res, les rencontres se terminent par des assauts � la ba�onnette. Au cours du printemps de 1861, les sudistes se croient assez forts pour emporter rapidement la d�cision. Malgr� la pr�sence de 4 millions de Noirs, les Blancs font bloc. Propri�taires, grands et petits, ont int�r�t � conserver l�esclavage, et il en est de m�me des</p><p>� pauvres Blancs �, qui seraient bient�t concurrenc�s par les Noirs. Dans le Nord, au contraire, les avis sont tr�s partag�s, mais la population est deux fois plus nombreuse, et l�industrie dix fois plus puissante.</p><p>Les op�rations</p><p>Les hostilit�s commencent le 12 avril 1861, jour o� les sudistes bombardent le fort Sumter, � propri�t� f�d�rale �</p><p>tenue par les nordistes, � l�entr�e du port de Charleston (Caroline du Sud).</p><p>Puis les forces du Sud, aux ordres des g�n�raux P. G. Beauregard (1818-1893) et J. E. Johnston (1807-1891), empruntant les voies ferr�es assez nombreuses entre le Mississippi et la c�te est (55 000 km), se portent en direction de Washington. Le 21 juillet, � Bull Run, elles infligent une d�faite aux f�d�raux command�s par le g�n�-</p><p>ral Irvin McDowell (1818-1885), qui</p><p>est r�voqu�. Washington, menac�, est mis aussit�t en �tat de d�fense ; les sudistes ne peuvent en approcher, mais leur situation appara�trait pourtant assez favorable si le manque de marine ne constituait pour eux un grave handicap. La flotte nordiste, en effet, beaucoup plus puissante que celle du Sud, commence d�s l��t� 1861 un blocus des c�tes sudistes dont l�effet s�ac-centuera d�ann�e en ann�e. Il interdira notamment tout approvisionnement en mat�riel de guerre � partir de pays �trangers, alors que les �tats du Nord peuvent acheter ce qu�ils veulent o� ils veulent. En outre, il leur sera possible de d�barquer o� bon leur semblera, et cette possibilit� de manoeuvre aura une influence d�terminante sur la suite des op�rations : ainsi, le d�barquement effectu� le 17 ao�t 1861 pr�s de La Nouvelle-Orl�ans constitue-t-il l�amorce de l�encerclement ult�rieur des forces sudistes.</p><p>L�ann�e 1862</p><p>Les op�rations les plus importantes se d�roulent encore autour des deux capitales, Washington et Richmond.</p><p>Cette fois, ce sont les nordistes qui les d�clenchent : G. B. McClellan (1826-1885), commandant l�arm�e</p><p>du Potomac, s�avance sur Richmond en traversant la baie de Chesapeake avec 80 000 hommes port�s par des centaines de b�timents qui les d�-</p><p>barquent � Yorktown. Tandis que</p><p>� Stonewall � Jackson (1824-1863), avec 15 000 conf�d�r�s, pousse sur Washington pour faire diversion, le g�n�ral Robert E. Lee (1807-1870), au cours d�une bataille dite � des Sept Jours � (Seven Days Battles) livr�e aux environs de Richmond (25 juin -</p><p>1er juill.), contraint les forces de McClellan � se replier vers le nord. Avec 40 000 hommes, Lee p�n�tre ensuite dans le Maryland, mais est battu le 17 septembre � Antietam, � 70 km au nord de Washington, par les nordistes.</p><p>Lee doit alors repasser le Potomac, mais d�fait � son tour les nordistes � Fredericksburg le 13 d�cembre.</p><p>Tandis que ces combats de fixation se livrent pr�s des capitales d�bute dans l�Ouest une manoeuvre de beaucoup plus grande envergure. Elle</p><p>vise le Mississippi et ses affluents, qui �taient encore les grandes voies de p�n�tration vers l�ouest et o� de nombreux bateaux entretenaient une intense activit� �conomique. Aussi, le 1er mai 1862, la prise de La Nouvelle-Orl�ans, verrou du fleuve vers la mer, par la flotte f�d�rale de l�amiral David G. Farragut (1801-1870), suivie le 5 ao�t par celle de B�ton Rouge � 100 km au nord-ouest, amorce-t-elle l�encerclement des conf�d�r�s puisque, en m�me temps, plus au nord dans le Tennessee, le g�n�ral nordiste Ulysses S. Grant (1822-1885) bat leurs troupes pr�s de Corinth le 29 mai. Le 6 juin, il s�empare de Memphis sur le Mississippi et avant la fin de l�ann�e descend le fleuve jusqu�aux environs de Vicksburg, tandis que plusieurs d�barque-ments nordistes sont effectu�s sur les c�tes de Floride et de G�orgie.</p><p>� la fin de 1862, les progr�s r�alis�s aussi bien dans l�armement que dans la tactique changent le visage de ce conflit. Le t�l�graphe comme les chemins de fer y sont pour la premi�re fois largement employ�s. La troupe commence � �tre dot�e de la carabine ray�e (�quip�e d�un chargeur de 7 cartouches log�es dans la crosse) et de la mitrailleuse*, invent�e par R. J. Gat-ling � Chicago. C�est cependant dans la marine que sont r�alis�s les progr�s les plus spectaculaires : les bateaux, surtout ceux du Mississippi, sont bard�s de plaques de fer. Cette guerre voit le premier combat singulier, qui oppose le 9 mars 1862 le cuirass� sudiste Merrimack � son homologue nordiste Monitor, exploit renouvel� deux ans plus tard par le supermonitor Manhattan, qui coulera le supermerrimack Tennessee le 5 ao�t 1864.</p><p>En 1863</p><p>Pendant cette ann�e, la guerre se d�rou-lera encore sur deux fronts. Au nord-est, le g�n�ral Lee, apr�s sa victoire sur les nordistes � Chancellorsville le 4 mai, est battu par eux les 1er et 3 juillet � la tr�s dure bataille de Gettysburg, � 100 km au nord de Washington. C�est toutefois � l�ouest que se dessine la d�cision, sur les rives du Mississippi : apr�s la chute de Vicksburg (4 juill.), les nordistes de Grant et ceux de l�amiral Farragut op�rent leur jonction � Port</p><p>Hudson. Le contr�le du fleuve permet alors � Grant de revenir dans le Tennessee et de remporter le 25 novembre � Chattanooga une importante victoire sur les conf�d�r�s. C�est � ce moment que les �tats h�sitants de l�Ouest, le Texas et la Louisiane, abandonnent la conf�d�ration.</p><p>1864-65 :</p><p>la d�cision</p><p>� partir de 1864, la sup�riorit� des forces f�d�rales, dont le g�n�ral Grant est nomm� commandant en chef, devient incontestable. Si les combats continuent dans les environs des deux capitales, c�est � l�ouest que la d�cision se pr�cise. Elle est marqu�e d�abord par la capture de la flotte sudiste � Mobile le 5 ao�t 1864 et surtout par le fameux raid qu�effectue le g�n�ral William T. Sherman (1820-1891), charg� par Grant de la conduite des op�rations � l�ouest. Parti de Chattanooga au d�but de mai 1864, il arrive apr�s quatre mois de marche et de combats � Atlanta, capitale de la G�orgie, o� il livre le 2 septembre une tr�s dure bataille aux sudistes. Vainqueur, il br�le la ville, puis, par une marche devenue c�l�bre, downloadModeText.vue.download 23 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>9978</p><p>atteint l�Atlantique � 500 km de l�, pr�s de Savannah, le 22 d�cembre. D�sormais, les �tats du Sud sont coup�s en deux, et les possibilit�s de r�sistance diminuent de jour en jour. Les g�n�-</p><p>raux sudistes conservent toutefois un moral � toute �preuve, et Sherman est oblig� de continuer la lutte. Il repart en janvier 1865 pour donner la main au g�n�ral Grant, qui continue d�exercer une forte pression sur Lee dans le nord de la Virginie. Apr�s s��tre empar� de Columbia le 17 f�vrier et profitant de la chute de Charleston le 18, Sherman est vainqueur du g�n�ral sudiste Johnston � Bentonville le 25 mars. Peu apr�s, le g�n�ral Grant battait Lee � Petersburg, pr�s de Richmond, le 2 avril. �puis�s, encercl�s, n�ayant plus aucun espoir d�un quelconque secours, les deux g�n�raux sudistes sont contraints de</p><p>capituler : Lee se rend � Appomattox Court House le 9 avril, Johnston le 26</p><p>� Durham.</p><p>La guerre, qui avait dur� quatre ans, avait co�t� 617 000 morts aux �tats-Unis, soit nettement plus que les deux guerres mondiales r�unies. Elle avait en outre caus� des d�g�ts consid�rables qui n�cessit�rent une � reconstruction � longue et on�reuse. D�s 1865, toutefois, l�esclavage est officiellement aboli dans les �tats du Sud par un simple amendement de la Constitution... qui ne supprimera pas pour autant les probl�mes pos�s aux �tats-Unis par la population de race noire.</p><p>Du point de vue militaire, cette guerre avait marqu� un tournant important. Elle fut en effet men�e par des masses d�hommes qui firent leur instruction sur le terrain et non dans des casernes, ce qui les affranchira d�id�es pr�con�ues. Par contre, la volont� de vaincre porta le commandement � profiter tr�s pragmatiquement de l�essor industriel et scientifique de cette �poque. Aussi ce conflit, qui avait commenc� avec un armement et des principes de combat p�rim�s, fera-t-il bient�t figure de campagne moderne.</p><p>Conduite sur des th��tres d�op�rations aux dimensions continentales, la guerre de S�cession sera consid�r�e comme le premier conflit de l��re industrielle.</p><p>H. de N.</p><p>F �tats-Unis.</p><p>P. Belperron, la Guerre de S�cession (1861-1865), ses causes et ses suites (Plon, 1947).</p><p>/ V. Austin, la Guerre de S�cession (Julliard, 1961). / J. N�r�, la Guerre de S�cession (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1961 ; 2e �d., 1965). /</p><p>R. P. Warren, The Legacy of the Civil War (New York, 1961 ; trad. fr. l�H�ritage de la guerre civile, Stock, 1962). / J. Heffer, les Origines de la guerre de S�cession (P. U. F., 1971). / J. Rou-berol et J. Chardonnet (sous la dir. de), les Sudistes (A. Colin, coll. � U 2 �, 1971). / H. Bernard, la Guerre de S�cession des �tats-Unis (De Meyere, Bruxelles, 1974). / R. et P. Lema�tre, la Guerre de S�cession en photos (Elsevier, 1975).</p><p>s�chage</p><p>des bois massifs</p><p>Op�ration qui consiste � enlever l�eau contenue dans le bois aussit�t apr�s sciage (sous forme de planches, de ma-driers, etc.), afin de l�amener � un taux d�humidit� variable suivant l�emploi auquel il est destin�.</p><p>Bois et humidit�</p><p>Comme tout corps hygroscopique, le bois est susceptible de perdre ou de reprendre de l�humidit� suivant les variations de la temp�rature et de l�humidit� relative de l�air ambiant et en cons�-</p><p>quence de voir ses dimensions modifi�es : le bois joue ou travaille, c�est-</p><p>�-dire que, lorsqu�il est mis en oeuvre � un degr� d�humidit� d�termin�, il gonfle s�il reprend de l�humidit�, il se r�tracte s�il en perd. C�est un ph�no-m�ne nuisible pour son emploi et on cherche � limiter cet inconv�nient en s�chant le bois � un degr� d�humidit� bien d�termin� suivant les cas. Pour chaque valeur de la temp�rature et de l��tat hygrom�trique de l�air, le bois se stabilise � une certaine humidit�. C�est ainsi qu�un bois humide, plac� dans une atmosph�re de 25 �C et 65 p. 100</p><p>d�humidit�, s�chera et se stabilisera � 12 p. 100. Ces valeurs ne sont valables que dans le cas o� le bois s�che. Si un bois plus sec (8 p. 100 par exemple) est mis en contact avec un air ayant les m�mes caract�ristiques que ci-dessus, il reprendra de l�humidit� et se stabilisera � un degr� d�humidit� l�g�rement inf�rieur : de 10 � 11 p. 100 (de 1 � 2 p. 100 de moins en valeur absolue) ; c�est ce qu�on appelle le ph�nom�ne d�hyst�r�sis du bois. Comme le bois change de dimensions quand il perd ou reprend de l�humidit� et comme les conditions atmosph�riques ne sont jamais fixes, il joue d�une mani�re plus ou moins continue, quel que soit son �ge (cas des meubles anciens).</p><p>y Bois dits � secs � l�air �. L�Association fran�aise de normalisation a d�fini entre 13 et 17 p. 100 en moyenne la fourchette d�humidit� des bois � secs � l�air �. Ces humidit�s correspondent respectivement aux conditions climatiques moyennes : p�riodes estivale (25 �C ; 60 p. 100) et hivernale (0 �C ; 85 p. 100). Il ne s�agit que de moyennes variables suivant les r�gions. Mais un bois stabi-</p><p>lis� � 12-13 p. 100 en fin d��t� reprendra une humidit� sup�rieure l�hiver suivant, pour reperdre de l�humidit� l��t� de l�ann�e suivante et cela ind�-</p><p>finiment. Un bois ne se stabilise donc jamais dans le temps, comme bien souvent encore on le croit.</p><p>y Humidit� des bois destin�s �</p><p>s�journer � l�int�rieur des appartements modernes. Les conditions climatiques actuelles des appartements durant l�hiver o� le chauffage central fonctionne (en moyenne 22 �C ; de 30</p><p>� 40 p. 100) sont telles que les bois (parquets, meubles, etc.) atteignent des degr�s d�humidit� de l�ordre de 7 � 8 p. 100. En revanche, durant l��t�, ces bois sont soumis aux conditions climatiques ext�rieures (25 �C ; 65 p. 100 en moyenne) ; ils reprennent de l�humidit�, mais, en raison du ph�-</p><p>nom�ne d�hyst�r�sis, ils atteignent des humidit�s de 11 � 12 p. 100. Les bois jouent entre ces humidit�s tous les ans, de sorte que, pour limiter le jeu, on s�che les bois, pour ces emplois, � une humidit� moyenne de 10 p. 100. D�autre part, un tel taux d�humidit� ne peut �tre atteint par un s�chage � l�air, qui ne peut d�passer le taux de 13 et 17 p. 100 suivant les saisons. On doit donc avoir recours au s�chage artificiel pour s�cher les bois destin�s � l�int�rieur des habitations.</p><p>Proc�d�s de s�chage</p><p>Les caract�ristiques de l�air intervenant dans le s�chage sont :</p><p>� la temp�rature (plus l�air est chaud, plus le s�chage est rapide) ;</p><p>� l��tat hygrom�trique (plus il est faible, plus courte est la dur�e du s�chage) ;</p><p>� le d�bit de l�air (vitesse de l�air entre les planches) [plus la vitesse est �lev�e, plus le s�chage est acc�l�r�].</p><p>Dans certains cas, les bois subissent avant s�chage des traitements divers, entre autres le � dessevage � sur le Ch�ne et le H�tre, qui consiste � exposer les planches sortant de scie � un �tuvage � la vapeur � 60-70 �C durant plusieurs heures ; cette op�ration permet d�am�liorer, sous certains aspects, la qualit� des bois s�ch�s ult�rieure-</p><p>ment � l�air ou en s�choir.</p><p>S�chage � l�air</p><p>Ce proc�d�, utilis� depuis des centaines d�ann�es, consiste � exposer les bois � l�action de l�air en pla�ant les planches parall�lement au sol et en les s�parant par des pi�ces de bois appel�es baguettes, �pingles ou cales afin de faciliter la circulation de l�air entre elles. C�est un proc�d� encore largement employ� et qui pr�sente d�ailleurs downloadModeText.vue.download 24 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>9979</p><p>des avantages : aucune construction permanente n�est n�cessaire, aucune consommation de chaleur ni d��lectricit� sur le plan technique n�est � envisager.</p><p>Ce s�chage permet d�obtenir des bois sans tension interne dont l�humidit� est r�guli�rement r�partie dans l��paisseur, ce qui permet de pratiquer aussit�t, sans inconv�nient, tous les proc�d�s d�usinage (d�gauchissage, rabotage, refente, etc.) et d�utiliser correctement les appareils �lectriques de mesure d�humidit�. Ces avantages ne se pr�sentent pas pour les bois sortant d�un s�choir.</p><p>Mais le s�chage � l�air pr�sente aussi des inconv�nients : la dur�e du s�-</p><p>chage, variable suivant les r�gions et les saisons de l�ann�e, est relativement �lev�e. Pour amener au taux dit sec � l�air des planches de 30 mm, il faut compter en moyenne une dur�e de l�ordre de 5 � 6 mois pour les bois durs (Ch�ne, H�tre, etc.) et de 2 � 3 mois pour les bois tendres (Peuplier, r�sineux, etc.), � condition qu�une technique sp�ciale d�empilage soit convenablement appliqu�e. D�autre part, au cours du s�chage � l�air, les bois peuvent �tre soumis � des attaques biologiques (Champignons, Insectes).</p><p>Enfin, sur le plan technique, on ne peut obtenir des bois dont l�humidit� soit inf�rieure � 13-17 p. 100 suivant les saisons de l�ann�e.</p><p>Pour obtenir les meilleurs r�sultats pos-</p><p>sibles, une technique d�empilage est n�cessaire. En effet, dans l�air ambiant, la temp�rature et l��tat hygrom�trique doivent �tre accept�s tels qu�ils sont, et le seul facteur sur lequel on puisse agir pour am�liorer la dur�e du s�chage est la vitesse de l�air. Tout doit donc �tre mis en oeuvre, au cours de l�empilage, pour l�acc�l�rer (sans oublier certaines pr�cautions � prendre � l�encontre de diverses essences durant la p�riode estivale), en sur�levant les piles de 0,40 m � 0,50 m au-dessus du sol, en agissant sur l��paisseur des baguettes et, dans certains cas, en constituant des chemin�es � l�int�rieur des piles.</p><p>Enfin, les piles doivent �tre prot�g�es efficacement du soleil et des intemp�ries (pluie, neige). Une fois secs � l�air en ao�t ou septembre, les bois ne doivent pas rester sur chantiers, mais �tre rentr�s dans une pi�ce ferm�e et mis bois sur bois pour �viter toute reprise d�humidit� au cours du stockage.</p><p>S�chage artificiel</p><p>Divers proc�d�s peuvent �tre</p><p>envisag�s.</p><p>S�CHAGE � AIR CHAUD ET HUMIDE</p><p>Cette technique, actuellement la plus utilis�e, a �t� mise au point aux �tats-Unis durant la Premi�re Guerre mondiale et est encore employ�e dans la presque totalit� des industries du bois.</p><p>On peut agir sur trois caract�ristiques de l�air : sa temp�rature, son �tat hygrom�trique et sa vitesse. Le s�chage artificiel classique s�effectue � des temp�ratures de 40 � 80 �C suivant les essences. Toutefois, d�autres proc�d�s fonctionnent � plus basse temp�rature (de 25 � 40 �C).</p><p>y S�chage artificiel classique (de 40 � 80 �C). Il se r�alise dans des s�choirs de divers types, mais qui comportent toujours trois parties. Dans une chambre, ou case, tr�s �tanche et bien calorifug�e, les bois sont correctement empil�s. La longueur des piles est variable, et leur largeur relativement peu �lev�e pour limiter le parcours de l�air, qui se r�alise le plus souvent dans ce sens (pile de 1,50 � 1,60 m de large) ; leur hauteur est de l�ordre de 2 � 2,50 m. La case peut</p><p>contenir un cube de bois r�el correspondant � environ 35 � 40 p. 100 de son volume int�rieur. Cette chambre est �quip�e d�un syst�me de conditionnement d�air qui comporte : une batterie de chauffe, aliment�e par de la vapeur, de l�eau chaude ou par l��lectricit� ; un syst�me d�humidification, r�alis� par des tubes perfor�s aliment�s en g�n�ral par de la vapeur � basse pression ; des chemin�es d�entr�e d�air frais et de sortie d�air humide ; un syst�me de ventilation, soit sans ventilateur (ventilation dite</p><p>� naturelle �), soit avec des ventilateurs (centrifuges ou h�lico�daux).</p><p>Enfin, la chambre est munie de dispositifs de contr�le de la temp�rature et de l��tat hygrom�trique de l�air (psy-chrom�tres) ; la vitesse de l�air est g�-</p><p>n�ralement constante entre planches pour un type de s�choir d�termin�.</p><p>Tous les s�choirs sont identiques dans leur principe et ne diff�rent que par des points de d�tail, la seule caract�ristique variable �tant la vitesse de l�air. Dans tous les s�choirs de type classique, la temp�rature est limit�e (de 40 � 80 �C, variable suivant les essences) ainsi que l��tat hygrom�trique pour �viter les fentes. Enfin, la vitesse est �galement limit�e, non pas pour des raisons techniques, mais pour des consid�rations d�ordre �conomique.</p><p>Un bois s�ch� artificiellement � une humidit� moyenne quelconque ne</p><p>peut �tre utilis� sans inconv�nient d�s la fin m�me de l�op�ration ; il est n�cessaire de pratiquer apr�s l�obtention de l�humidit� finale d�sir�e une op�ration suppl�mentaire appel�e p�riode d��quilibrage, destin�e � �galiser l�humidit� dans toute l��paisseur du bois. C�est seulement apr�s cette op�ration que le bois peut �tre correctement usin�.</p><p>Dans de nombreux cas (bois feuillus et bois tropicaux entre autres), on commence � s�cher les bois sortant de scie, soit � l�air, soit � basse temp�rature, jusqu�� une humidit� de 25 � 30 p. 100 et on termine le s�chage dans un s�choir afin d�obtenir des humidit�s finales peu �lev�es (de 8 � 10 p. 100).</p><p>Diff�rents types de s�choirs. Il en existe deux grands types. Dans les s�choirs � cases, le bois empil� reste</p><p>immobile durant toute l�op�ration. La temp�rature et l��tat hygrom�trique de l�air sont variables dans le temps ; en pratique, ces caract�ristiques sont modifi�es tous les jours. Ces s�choirs sont les plus r�pandus ; ils sont capables de s�cher toutes les essences, mais on ne peut traiter � la fois qu�une seule essence de m�me �paisseur. Variable suivant l�essence et l��paisseur des bois � s�cher, la dur�e de l�op�ration peut aller de deux ou trois jours � plusieurs semaines. Dans les s�choirs tunnels, les bois circulent d�une extr�mit� � l�autre, entrant humides d�un c�t� pour sortir secs de l�autre ; la circulation de l�air se fait toujours en sens inverse de la circulation des bois. La temp�rature et l��tat hygrom�trique sont variables dans la longueur du s�choir et sont fixes � chaque endroit, dans le temps.</p><p>Ces installations ne sont rentables que si elles sont aliment�es d�une fa�on continue en bois de m�me essence et de m�me �paisseur : leur emploi est de ce fait limit� (s�chage des frises � parquets par exemple).</p><p>Conduite et contr�le de l�op�ration.</p><p>Dans le cas des s�choirs � cases, des tables de s�chage mises au point ex-p�rimentalement suivant les essences donnent les caract�ristiques de l�air (temp�rature et �tat hygrom�trique) � l�entr�e dans la pile de bois, et ce en fonction de l�humidit� moyenne des bois, qui diminue progressivement. Les caract�ristiques de l�air sont modifi�es journellement, et l�humidit� des bois doit donc �tre mesur�e correctement dans le temps. Le r�glage des s�choirs tunnels est plus simplifi� ; en g�n�ral, les conditions de l�air, fix�es � l�entr�e de l�air dans le tunnel, sont celles qui correspondent � la fin de s�chage.</p><p>R�gulation des s�choirs. Pour faciliter la conduite et le contr�le de l�op�-</p><p>ration, on peut utiliser des syst�mes de r�gulation. Dans les syst�mes semi-automatiques, des appareils de climatisa-tion permettent de maintenir constants downloadModeText.vue.download 25 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>9980</p><p>la temp�rature et l��tat hygrom�trique fix�s par la table de s�chage ; seule l�humidit� du bois est � contr�ler journellement. Tous les s�choirs devraient poss�der une telle r�gulation, qui facilite grandement la conduite du s�chage.</p><p>Dans les syst�mes automatiques, le r�glage complet de l�op�ration s�effectue sans aucune intervention, soit en obligeant le bois � s�cher suivant une courbe de s�chage d�termin�e, soit que les conditions de l�air soient fix�es par l�interm�diaire de broches m�talliques qui, plac�es dans des planches, donnent, par mesure �lectrique, l�humidit� du bois.</p><p>y S�chage � � basse temp�rature � (de 25 � 40 �C). Divers proc�d�s suppl�ent en particulier au s�chage � l�air en utilisant soit des s�choirs sommaires de type classique, soit des chambres chaudes, dites � hollandaises �.</p><p>Ils permettent de s�cher les bois � n�importe quel taux d�humidit� ; toutefois, le premier type est surtout int�ressant sur le plan �conomique, pour ne s�cher les bois qu�� une humidit� finale de 15-16 p. 100. La dur�e du s�chage � basse temp�rature est plus �lev�e que celle qui est obtenue dans les s�choirs classiques, mais le s�chage s�effectue avec le minimum d�incidents. Actuellement, il existe deux types g�n�raux d�appareillages, avec cases ou chambres �tanches et bien calorifug�es. Les uns comportent une source de chaleur obtenue par des batteries d�eau chaude (de 70 � 90 �C), une seule ouverture dispos�e � la partie inf�rieure de la chambre permettant l�entr�e d�air sec et la sortie d�air humide. La ventilation se fait dans ces chambres, o� les bois sont empil�s, d�une mani�re naturelle du fait de la variation de densit� de l�air humide avec la temp�rature. Dans les autres mod�les, le seul volume d�air contenu dans une chambre (ou dans un s�choir) permet le s�chage complet ; on r�alise la d�shumidification de l�air par son passage sur l��vaporateur d�un appareil frigorifique et son r�chauffage par son passage sur le condenseur du m�me appareil (de 25 � 35 �C). Un ventilateur assure une circulation d�air relativement peu importante. Dans ces derniers proc�d�s, le prix de revient est � �tudier pour</p><p>chaque cas, du fait que l�appareil ne consomme que du courant �lectrique.</p><p>PROC�D�S DE S�CHAGE SP�CIAUX</p><p>Ils sont utilis�s pour diminuer la dur�e de s�chage du bois.</p><p>y Proc�d�s d�rivant du s�chage classique. Dans certains types de s�choirs, on peut utiliser des temp�ratures su-p�rieures � 100 �C (s�chage � � haute temp�rature �). La dur�e est alors fortement diminu�e, mais ce proc�d� ne convient que pour certaines essences et pr�sente des inconv�nients : coloration des bois, difficult� d�obtenir une bonne homog�n�it� de s�chage, etc. Dans d�autres types de s�choirs, utilisant des temp�ratures de 40 � 80 �C, on peut accro�tre la vitesse de l�air non pas en augmentant la vitesse des ventilateurs, mais en soumettant le bois � une rotation rapide (s�choir � centrifugation).</p><p>y S�chage par le vide. Le vide peut �tre utilis�, mais la difficult� consiste � fournir de la chaleur au bois : on le soumet � des cycles successifs de r�chauffage et de vide, ou bien on lui transmet de la chaleur par l�interpo-sition de plaques chauffantes entre les planches. Le r�sultat est int�ressant pour certaines essences, mais, en g�n�ral, le manque d�homog�n�it� de s�chage ne permet l�emploi de ce proc�d� que pour de faibles quantit�s de bois.</p><p>y S�chage par haute fr�quence. En pla�ant le bois entre les plaques d�un condensateur dans un circuit haute fr�quence, on peut le r�chauffer tr�s rapidement � 100 �C. Ce proc�d� se r�alise dans un tunnel � l�int�rieur duquel circule un tapis m�tallique sur lequel sont plac�s les bois et qui forme l�une des plaques du condensateur. Des plaques m�talliques fix�es � des distances variables au-dessus des bois constituent la seconde plaque du condensateur. Co�teux, ce proc�d�, qui s�che rapidement certaines essences seulement, est actuellement utilis� pour les bois �pais d�une assez grande valeur (cas de formes de</p><p>chaussures).</p><p>y S�chages divers. Des proc�d�s r�a-</p><p>lis�s dans des autoclaves utilisent des liquides ou des vapeurs organiques dont le point d��bullition est sup�rieur � 100 �C. Ils sont particuli�rement in-t�ressants pour le s�chage de bois qui doivent �tre impr�gn�s de produits divers dans un autoclave ; les deux op�rations sont faites ainsi successivement dans le m�me appareillage, comme c�est le cas du proc�d� Boulton, utilis� pour le s�chage et le cr�o-sotage des traverses de chemin de fer.</p><p>A. V.</p><p>F Am�lioration des bois / Bois / Contre-plaqu�</p><p>/ �tuvage.</p><p>F. Kollmann, Technologie des Holzes und der Holzwerkstoffe (Munich, 1951-1955 ; 2 vol.). / W. C. Stevens et G. H. Pratt, Kiln Opera-tor�s Handbook (Londres, 1952). / A. Villi�re, le S�chage des bois (Dunod, 1966).</p><p>Secondaire</p><p>Division des temps g�ologiques.</p><p>G�n�ralit�s</p><p>L��re secondaire se situe, comme son nom l�indique, entre le Primaire et le Tertiaire. Elle repr�sente une dur�e d�environ 160 MA (MA = millions d�ann�es), soit de � 225 MA �</p><p>� 65 MA. Cette dur�e n��quivaut m�me pas � la moiti� de celle de l��re primaire, et ne correspond qu�� une faible partie des temps fossilif�res ; elle n�est cependant pas n�gligeable par rapport au Tertiaire ou au Quaternaire, beaucoup plus courts.</p><p>Le Secondaire se subdivise en trois grands syst�mes g�ologiques :</p><p>� Trias, de � 225 MA � � 190 MA</p><p>(dur�e, 35 MA) ;</p><p>� Jurassique, de � 190 MA � 135 MA (dur�e, 55 MA) ;</p><p>� Cr�tac�, de � 135 MA � � 65 MA (dur�e, 70 MA).</p><p>Cette �re a longtemps �t� consid�-</p><p>r�e comme une p�riode de calme tectonique, un temps de r�mission dans l�histoire du globe entre l�orogen�se hercynienne, dont l�ach�vement co�n-</p><p>cide avec la fin du Primaire, et l�orogen�se alpine, dont le paroxysme est classiquement dat� du Tertiaire. � cette id�e, actuellement remise en cause, se superpose la notion d�une �re facile � individualiser pal�ontologiquement : on �voque imm�diatement � son propos l��re des Reptiles* g�ants et des Ammonites*.</p><p>C�est � juste titre que ce type d�individualisation pal�ontologique doit �tre mis en avant pour d�finir le Secondaire, et c�est ce qui explique son emploi indiscut� depuis pr�s de deux si�cles. En effet, les subdivisions des temps g�ologiques ne peuvent pas �tre fond�es sur des manifestations tectoniques, qui ne sont pas n�cessairement synchrones. �</p><p>d�faut des datations dites � absolues �</p><p>(mesures radiochronologiques), les arguments pal�ontologiques fournis par les fossiles sont les meilleurs. On comprendra alors l�utilisation fr�quemment concurrentielle et parfois pr�dominante (dans les pays non francophones) du terme synonyme m�sozo�que, qui a l�int�r�t de montrer la position des temps secondaires par rapport � l�histoire de la vie sur la Terre (du grec mesos, moyen, et z�on, �tre vivant). Ce terme ne signifie pas que l�on soit alors au � milieu � de cette histoire des �tres vivants, puisqu�il y a au d�but du Secondaire 600 MA que des groupes d�organismes importants sont d�velopp�s, et qu�� la fin de l��re il n�y a plus que 60 MA pour qu�apparaisse l�Homme.</p><p>Le terme m�sozo�que indique bien que le Secondaire repr�sente une esp�ce de downloadModeText.vue.download 26 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>9981</p><p>� Moyen �ge � dans l�histoire de la vie, histoire dont le Pal�ozo�que (Primaire) serait l�� Antiquit� � et dont le C�nozo�que (Tertiaire et Quaternaire) recouvrirait les � Temps modernes et l��poque contemporaine �.</p><p>Les terrains secondaires ont �t� depuis longtemps scrut�s par les pal�on-tologistes, les stratigraphes. Les coupures d�j� anciennes, Trias, Jurassique, Cr�tac�, refl�tent des travaux effectu�s en Europe (Jura, formation de la craie).</p><p>Il en va de m�me des subdivisions encore plus fines : la notion d��tage g�ologique a acquis ses lettres de noblesse � partir de terrains du Jurassique ou du Cr�tac� pris comme stratotypes (Sin�murien de Semur, Bajocien de Bayeux, Albien de l�Aube, C�noma-nien du Maine, Turonien de Tours sont quelques exemples).</p><p>Cela repose en grande partie sur la valeur stratigraphique des Ammonites, organismes sans la connaissance desquels il n�est pas possible d��tudier correctement et de dater les terrains secondaires. Ces C�phalopodes sont des esp�ces p�lagiques dont les coquilles sont facilement transportables par flottaison et peuvent �tre r�pandues dans une large aire, et qui sont donc ind�pendantes du faci�s des d�p�ts o� on les recueille ; par ailleurs, elles pr�sentent des mutations successives assez nettes. Cela a permis de d�finir une s�rie de biozones, bases de toute subdivision biostratigraphique, en consid�rant l�extension dans le temps d�une esp�ce ou d�un genre donn�, ou, pour une meilleure pr�cision, d�une association caract�ristique de genres ou d�esp�ces.</p><p>Le Secondaire n�est cependant pas � examiner et � d�finir du seul point de vue pal�ontologique.</p><p>Les recherches contemporaines ont montr� que les �v�nements g�ologiques qui se sont d�roul�s pendant cette p�riode �taient aussi passion-nants que les �tapes de l��volution du monde vivant. Cette grande p�riode correspond en effet � la dislocation des �difices pr�c�demment construits, les continents et les cha�nes primaires ; il s�y pr�pare le b�ti de ce qui deviendra les cha�nes alpines et p�ripacifiques, cela pouvant s�expliquer par un ph�no-m�ne � l��chelle du globe ; le Secondaire est la p�riode de la naissance, de l�� ouverture � des Oc�ans actuels. Sa connaissance est donc indispensable � la compr�hension des structures modernes de la Terre.</p><p>Ces faits se sont d�roul�s sous des climats diff�rents de ceux d�aujourd�hui, ou bien r�partis diff�remment : les changements possibles de latitude sont</p><p>explicables par les mouvements relatifs des p�les et des continents. Les climats ont �t� dans l�h�misph�re Nord assez chauds (de 5 � 10 �C en moyenne de plus que de nos jours, ce qui explique l�importance des formations calcaires au cours du Jurassique et du Cr�tac� et plus particuli�rement des �difices coralliens). Ils se sont refroidis lentement au Cr�tac� sup�rieur. Les territoires de l�h�misph�re austral soumis aux glaciations � la fin du Primaire ont connu par contre un lent r�chauffement.</p><p>La vie aux temps</p><p>secondaires</p><p>L��re secondaire est marqu�e par :</p><p>� l�absence de certains groupes</p><p>connus au Primaire qui ont disparu au cours ou � la fin de cette �re, par exemple les Graptolites, les Trilobites, les Fusulines ;</p><p>� la diminution progressive et la disparition de certains autres au cours du Trias, du Jurassique ou du Cr�tac� (par exemple parmi les Brachiopodes, l�important groupe des Spirifers ; chez les v�g�taux, les Pt�ridosperm�es [Foug�res � graine], les Corda�tes ; chez les Vert�br�s, les Batraciens g�ants) ;</p><p>� le remarquable d�veloppement,</p><p>suivi de la spectaculaire apog�e, puis de la disparition � la fin de l��re de groupes comme les Ammonites ou les Reptiles g�ants ;</p><p>� l�apparition de formes qui ont actuellement une importance consid�-</p><p>rable, les Oiseaux, les Mammif�res et les v�g�taux angiospermes.</p><p>Dans les mers secondaires, nom-</p><p>breux sont les genres et esp�ces re-pr�sent�s. On constate un d�veloppement des �chinodermes* (Oursins et Encrines, dont les d�bris forment les calcaires � entroques), et on assiste avec les N�rin�es (Gastropodes), les Polypiers (Madr�poraires) ou les Algues M�lob�si�es � la formation de nombreux calcaires � construits �. Les C�phalopodes* pullulent, non seulement les Ammonites, mais aussi les B�lemnites* et les Nautiles. Les Foraminif�res* sont nombreux et jouent un r�le de constructeurs de roches (Orbi-</p><p>tolines) ou de marqueurs stratigraphiques (Globotruncanid�s).</p><p>Le monde continental est colonis� depuis le Primaire. Mais il ne reste que pour peu de temps encore des Batraciens (Amphibiens) g�ants, vestiges de cette �re. Les Reptiles primitifs ont d�j�, � l�aube du Secondaire, subi une diversification : ils ont �t� s�par�s en une lign�e reptilienne et une lign�e mammalienne, par un ph�nom�ne de divergence tr�s pr�coce.</p><p>Les Reptiles* sont donc un groupe tr�s h�t�rog�ne ; c�est une juxtaposition de formes tr�s sp�cialis�es et de formes tr�s discr�tes repr�sentant des groupes souches. Apr�s la souche des Mammif�res, ils comporteront la souche des Oiseaux, la souche aussi des Reptiles actuels ; les Crocodiles apparaissent au Jurassique, les Ophidiens (Serpents) au Cr�tac�. Les formes sp�cialis�es sont �videmment plus connues : c�est le d�veloppement, puis la disparition (apr�s d�g�n�rescence ?) de ces Reptiles g�ants dont les reconstitutions abondent. Ils ont en effet peupl� tous les milieux terrestres, marins, a�riens, illustrant quelques-unes des meilleures possibilit�s d�adaptation.</p><p>y Milieu terrestre. Les plus connus sont les Dinosaures*, dont l��ge d�or se situe au Jurassique et au Cr�tac� inf�rieur ; la diversification a abouti � d��normes et paisibles herbivores (30 m de long, 50 t) ou � de f�roces carnassiers (Tyrannosaures).</p><p>y Milieu marin. Les Ichtyosaures t�-</p><p>moignent d�une parfaite adaptation au mode de vie aquatique (forme, appareil natatoire, y compris viviparit�).</p><p>y Milieu a�rien. Les Reptiles volants (Pt�rosaures) conqui�rent le monde a�rien d�s � 180 MA.</p><p>� c�t� de ces formes adapt�es se d�-</p><p>veloppent les petits Mammif�res primitifs (fin du Trias, d�but du Jurassique), auxquels succ�dent des Multitubercu-l�s, des Marsupiaux, qui seront nombreux au Cr�tac�. Une �volution parall�le existe dans les formes aviennes.</p><p>L�Archaeopteryx* (� caract�res interm�diaires entre Oiseaux et Reptiles) vit</p><p>au Jurassique (� 140 MA). Le milieu a�rien verra ensuite le d�veloppement des Oiseaux � dents (� 80 MA).</p><p>Chez les v�g�taux, o� c�est l�apo-g�e des Gymnospermes*, il existe des formes � vieillissantes � (Cycas, Ginkgo) ; mais les Conif�res ont une place importante. Il y a surtout au Cr�tac� moyen le d�veloppement des Angiospermes* (Dicotyl�dones). En m�me temps que les plantes � fleurs apparaissent les Insectes butineurs (Papillons, Abeilles, Fourmis) : tous les grands ordres d�Insectes sont alors repr�sent�s.</p><p>La fin du Secondaire (c�est-�-dire la fin du Cr�tac�) est la p�riode posant le probl�me pal�obiologique le plus difficile. Beaucoup de groupes actuels existent au Cr�tac�, beaucoup de groupes survivent au Tertiaire sans �tre affect�s : les Nautiles, les Insectes, les Poissons, les Crocodiles, les Tortues, etc., comme autant de formes � conservatrices �. Par contre, beaucoup de formes (celles qui �taient tr�s � �vo-lu�es �) disparaissent (Reptiles g�ants, Ammonites, beaucoup de Foraminif�res, un quart des familles animales au total) sans que l�on puisse donner d�explication convaincante (modifications climatiques, pal�og�ographiques, cosmiques ?).</p><p>La Terre au Secondaire</p><p>Au d�but du Secondaire, la surface du globe peut �tre d�crite comme un assemblage de deux supercontinents :</p><p>� le bloc laurasien (Am�rique du Nord, Groenland, Europe, Asie du Nord) ;</p><p>� le bloc gondwanien (Am�rique</p><p>du Sud, Afrique, Inde, Australie, Antarctique).</p><p>Les �v�nements essentiels du Se-</p><p>condaire, capitaux pour comprendre la g�ographie actuelle du globe, sont, d�une part, les mouvements de s�paration et de jeu relatif des deux blocs dans la zone instable dite � de la T�thys � et, d�autre part, l�� �clatement � de chacun des blocs par le m�canisme dit � d�ouverture oc�anique �. Ce m�canisme, continu et qui dure encore actuelle-</p><p>ment, consiste en la fracturation des blocs continentaux, en leur s�paration donnant naissance � un oc�an. Par suite de l�expansion des fonds oc�aniques (sea-floor spreading), l�ouverture progressive des oc�ans entra�ne l��cartement, puis la d�rive des blocs continentaux. Ce m�canisme, qui a donn� naissance aux oc�ans comme l�Atlantique ou l�Indien, est de plus responsable de la formation des importantes cordill�res p�rioc�aniques. La th�orie moderne de la tectonique des plaques a bien montr� que l�antagonisme entre blocs mobiles (surtout entre domaine oc�anique et masses continentales) entra�nait la naissance de cha�nes bordi�res du type de la bordure pacifique (cha�nes bordi�res de type andin).</p><p>Les premi�res �tapes, les plus d�terminantes, de ce m�canisme ont eu lieu au cours du Secondaire.</p><p>De � 180 MA � � 135 MA, c�est</p><p>l�ouverture de l�oc�an Atlantique et de l�oc�an Indien. Ces oc�ans, d�abord �troits, re�oivent peu � peu des d�p�ts.</p><p>Ils ne contiennent gu�re de s�diments plus vieux que � 150 MA. La fin du Jurassique (� 135 MA) marque le d�but de la s�paration Am�rique du Sud-Afrique et Afrique-Inde.</p><p>downloadModeText.vue.download 27 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>9982</p><p>Au d�but du Cr�tac�, c�est le pivotage de l�Am�rique du Sud, qui s��carte de l�Afrique, et le pivotage de l�Inde, qui s��loigne �galement de l�Afrique.</p><p>Au Cr�tac� moyen, puis au Cr�tac� sup�rieur (environ de � 100 MA �</p><p>� 70 MA), il y a rupture compl�te entre l�Australie et l�Antarctique et fissuration du bloc Europe (ouverture du golfe de Gascogne).</p><p>Pendant ce temps, des mouvements semblant antagonistes se d�veloppent dans la zone de la T�thys, o� l�instabilit� est fr�quente : en particulier, une interaction constante entre blocs africain et eurasien domine l�histoire complexe des g�osynclinaux m�so-g�ens (de Gibraltar � la Birmanie ?).</p><p>Des dislocations au Trias, au Jurassique sup�rieur et surtout au Cr�tac� moyen (� 100 MA) aboutissent au b�ti de ce qui deviendra le syst�me alpin, dispos� perpendiculairement � l�axe de la grande disjonction atlantique.</p><p>Les �v�nements</p><p>g�ologiques � l��chelle</p><p>des continents</p><p>Les cons�quences g�ologiques de ces mouvements, qui affectent une bonne partie du globe, sont tr�s grandes.</p><p>Elles se traduisent tant au point de vue s�dimentaire que tectonique (types de d�p�ts, agencement de ceux-ci).</p><p>Au Trias, les profondes dislocations ayant fractur� et fait jouer les blocs continentaux sont aussi � l�origine d�importantes coul�es basaltiques.</p><p>C�est le d�but d�une grande p�riode d�immersion des continents par les mers au Jurassique. Si les oc�ans ne sont qu��bauch�s, les surfaces marines n�en sont pas restreintes pour autant : en effet, des vastes mers peu profondes recouvrent une large surface des aires continentales, par exemple toute l�Europe occidentale, o� les invasions marines ont atteint la France, l�Angleterre, l�Allemagne, l�Espagne et l�Afrique du Nord. Au Jurassique sup�rieur, la phase orog�nique andine ou n�vadienne marque une �tape importante dans la construction des cordill�res ouest-am�ricaines. Pendant le Cr�tac�, p�riode relativement longue (70 MA), l��bauche d�un nouveau</p><p>monde se poursuit. Il existe encore des zones d�importants d�p�ts marins ; le Cr�tac� moyen (� 100 MA) marque</p><p>l�extension maximale de la transgression marine. Ensuite, le trait dominant de la g�ologie du Secondaire va s�effacer ; les vastes mers �picontinentales vont se r�duire et dispara�tre pour la plupart. Les phases orog�niques se succ�dent : au Cr�tac� inf�rieur, au Cr�-</p><p>tac� moyen (phase autrichienne), au Cr�tac� terminal (phase laramienne).</p><p>Ces phases aboutissent � la construction des cha�nes pacifiques, asiatiques, � l��bauche des Pyr�n�es (� la suite de l�ouverture du golfe de Gascogne) et d�veloppent une � embryogen�se � de toutes les cha�nes du syst�me alpin.</p><p>Ainsi, les �v�nements g�ologiques</p><p>du Secondaire sont-ils particuli�rement importants en France puisqu�ils expliquent la formation ult�rieure des Pyr�n�es et des Alpes ; mais les d�p�ts secondaires occupent par ailleurs dans le pays une tr�s large place bien visible sur une carte g�ologique : en effet, les transgressions marines, venant d�abord du domaine m�sog�en, puis, d�s le Cr�-</p><p>tac�, partant du jeune Atlantique, ont envahi presque tout le territoire : elles ont donc recouvert le soubassement primaire, � l�exception de quelques zones �merg�es (Massif central, Massif armoricain). Peu profondes, mais tr�s �tendues, ces mers ont form� de vastes platiers r�cifaux o� se sont form�s les calcaires � entroques, � oolites et polypiers (Jurassique de Bourgogne, Lorraine, Poitou, Causses...), les calcaires � polypiers du Cr�tac� proven-</p><p>�al, ou bien aussi les vasi�res fines qui ont donn� naissance � la craie de Normandie, de Picardie ou de Champagne.</p><p>P. F.</p><p>F Ammonites / B�lemnites / Dinosaures / Fossiles / G�ologie / Gymnospermes / Oc�an / Pa-l�ontologie / Primaire / Tertiaire.</p><p>seconde</p><p>Unit� de temps du syst�me international d�unit�s (symb. : s) �quivalant � la dur�e de 9 192 631 770 p�riodes de la radiation correspondant � la transition entre les deux niveaux hyperfins de l��tat fondamental de l�atome de c�sium 133.</p><p>Cette d�finition, qui a �t� adopt�e en 1967 par la XIIIe Conf�rence g�n�-</p><p>rale des poids et mesures, remplace la d�finition ant�rieure appliqu�e � la seconde des �ph�m�rides et aux termes de laquelle � la seconde est la fraction 1/31 556 925, 974 7</p><p>de l�ann�e tropique pour 1900 janvier z�ro, � 12 heures de temps des �ph�-</p><p>m�rides � (d�cret no 61-501 du 3 mai 1961, Comit� international des poids et mesures 1956, Conf�rence g�n�rale des poids et mesures, 1960). Auparavant, la seconde �tait la fraction 1/86 400 de la dur�e du jour solaire moyen, comme l�avaient l�galis�e en France la loi du</p><p>2 avril et le d�cret du 26 juillet 1919.</p><p>La seconde telle qu�elle est d�finie actuellement est aussi appel�e seconde atomique afin d��viter la confusion avec la seconde des �ph�m�rides et la seconde solaire, qui �taient l�une et l�autre des secondes astronomiques.</p><p>La seconde solaire</p><p>La rotation apparente journali�re du Soleil fut de tout temps le rep�re temporel de la vie humaine ; les calendriers sont des conventions de num�rotation des jours successifs et ils constituent une �chelle de temps sur laquelle on situe la date des �v�nements. Au moyen d�horloges, on subdivise la dur�e d�un jour en 24 h de 60 mn, et les minutes en 60 s, soit 86 400 s par jour. Les astronomes se chargent de maintenir leurs horloges en accord avec la rotation apparente du Soleil et des astres ; eux seuls peuvent fournir la seconde solaire exacte, qui r�sulte donc de la subdivision de l��chelle de temps naturelle d�duite d�observations astronomiques.</p><p>La dur�e qui s�pare deux passages successifs du Soleil au m�ridien est le jour solaire ; cette dur�e n�est pas constante pour plusieurs raisons, la principale �tant qu�elle r�sulte non seulement de la rotation diurne de la Terre autour de son axe, mais encore de la r�volution annuelle de la Terre autour du Soleil sur une orbite elliptique, donc avec une vitesse qui n�est pas uniforme. Aussi les astronomes observent-ils non pas le Soleil, mais des �toiles, ce qui leur donne le temps sid�ral, d�o� l�on d�-</p><p>duit le temps solaire moyen. Le jour si-d�ral est plus court que le jour solaire, d�une petite quantit� qui fait un jour de plus par an. L��chelle de temps ainsi obtenue est le temps universel TU ; une petite correction de d�placement du p�le terrestre donne un temps corrig� TU1, une autre correction saisonni�re de la rotation terrestre fournit le temps TU2 ; la subdivision de ce temps TU2</p><p>donne la seconde solaire.</p><p>La seconde</p><p>des �ph�m�rides</p><p>La dur�e de la seconde solaire, qui r�sulte de la rotation de la Terre autour de son axe, souffre des irr�gularit�s de cette rotation, d�couvertes en 1870 par</p><p>Simon Newcomb (1835-1909). Celui-ci avait remarqu� que la position de la Lune et des plan�tes s��cartait de plus en plus des positions calcul�es d�apr�s la th�orie de la gravitation universelle, et que ces �carts pouvaient s�expliquer par un ralentissement des horloges r�-</p><p>gl�es sur la rotation de la Terre. Or, une partie de l��nergie cin�tique de rotation de la Terre se transforme en chaleur par frottement des mar�es oc�aniques.</p><p>La dur�e du jour cro�t de 0,001 64 s par si�cle ; par l�accumulation de ces retards, le temps universel TU a pris 3 h de retard depuis le d�but de l��re chr�tienne, par rapport � une �chelle de temps qui e�t �t� uniforme. � ce lent ralentissement se superposent d�autres irr�gularit�s inexpliqu�es, donc impr�-</p><p>visibles. Abandonnant le rep�re de temps naturel de la rotation de la Terre, les astronomes (Union astronomique internationale, 1952) ont choisi la r�-</p><p>volution annuelle de la Terre autour du Soleil, plus pr�cis�ment l�ann�e tropique, qui est la dur�e s�parant deux passages successifs du Soleil dans la direction du point vernal (intersection de l��cliptique et de l��quateur c�leste dans la direction du Soleil � l��quinoxe de printemps). La dur�e de l�ann�e tropique varie l�g�rement suivant une loi connue ; c�est pourquoi la d�finition de la seconde des �ph�m�rides sp�cifie � quelle date on consid�re cette dur�e.</p><p>La th�orie d�ensemble qui pr�voit la position des astres du syst�me solaire permet de d�terminer une �chelle de temps naturelle, dite temps des �ph�-</p><p>m�rides TE, par l�observation de ces astres, en particulier de la Lune, et la seconde des �ph�m�rides s�obtient par subdivision des ann�es de cette �chelle TE. On pense que cette �chelle est uniforme, avec une approximation d�environ 10� 9, limit�e par la pr�cision des observations et les approximations des th�ories. Le progr�s par rapport au temps de la rotation diurne de la Terre est d�un facteur 100 environ. Le temps des �ph�m�rides et la seconde des �ph�m�rides ont perdu de leur int�r�t (sauf en astronomie) lorsque les �talons atomiques de fr�quence et les horloges atomiques, invent�s par les physiciens, ont autoris� la d�finition actuelle de la seconde, qui sert � �tablir maintenant l��chelle de temps atomique international TAI.</p><p>La seconde atomique L�av�nement de la seconde atomique a mis fin � la pr�dominance imm�moriale du temps astronomique, remplac� par le temps des ph�nom�nes quantiques r�gis par la loi de Planck. Les �tats d��nergie d�un atome ou d�une mol�cule forment une suite discontinue de niveaux, avec des intervalles &#x394;E ? ; � la transition entre deux niveaux, l��nergie &#x394;E se manifeste sous forme downloadModeText.vue.download 28 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>9983</p><p>d�une radiation �lectromagn�tique de fr�quence &#x3BD; telle que</p><p>&#x394;E = h&#x3BD;</p><p>(loi de Planck ;</p><p>h = 6,626 2 � 10� 34 J.s).</p><p>Les premiers �talons atomiques de fr�quence utilisaient deux �tats de vibration de la mol�cule d�ammoniac NH3 ; puis on a utilis� une transition hyperfine des atomes d�hydrog�ne H, de c�sium Cs, de thallium T1 ou de ru-bidium Rb. En spectroscopie, une transition est dite � hyperfine � lorsqu�elle r�sulte d�un changement du couplage magn�tique entre le cort�ge �lectronique et le noyau d�un atome ; une telle transition ne peut exister que si le noyau poss�de un moment magn�-</p><p>tique non nul. D�j�, en 1964, des �talons atomiques de fr�quence � c�sium �taient en usage depuis plusieurs an-n�es ; par comparaison � la seconde des �ph�m�rides, la fr�quence de la transition de cet �l�ment avait �t� �valu�e � 9 192 631 770 � 20 hertz en 1958, et le Comit� international des poids et mesures, habilit� par la Conf�rence g�n�rale, avait sanctionn� cette valeur afin d�assurer la coh�rence des mesures physiques de temps ; la d�finition atomique de la seconde ne fut adopt�e formellement qu�en 1967, lorsque l��talon de fr�quence � c�sium eut prouv� sa sup�riorit� sur tous les autres pour servir � la d�finition de l�unit� de temps.</p><p>L��talon atomique</p><p>de fr�quence � c�sium Il existe quelques �talons de laboratoire sans cesse am�lior�s, et des centaines d��talons commerciaux presque aussi exacts, fonctionnant sur le principe suivant. Des atomes de c�sium sont projet�s en jet dans le vide sur une trajectoire qui serait rectiligne s�ils n��taient d�vi�s � deux reprises par des champs magn�tiques ; chacune de ces d�viations magn�tiques s�pare les atomes qui sont dans un des deux �tats diff�rents de la transition hyperfine de l��tat fondamental (ou �tat normal, celui de plus basse �nergie, le plus stable, des �tats du cort�ge �lectronique). D�autre part, au moyen d�un oscillateur � quartz et d�un synth�tiseur de fr�quence, on produit une radiation �lectromagn�tique dont la fr�quence est celle de la transition du c�sium, et l�on fait agir cette radiation sur les atomes du jet, entre les deux d�viateurs magn�tiques. Si la fr�quence de la radiation co�ncide exactement avec celle de la transition, cette transition se produit par r�sonance, avec un effet d�tectable apr�s la seconde d�viation magn�tique. On r�gle la fr�quence de l�oscillateur � quartz de fa�on � rendre maximal cet effet de r�sonance, l�atome de c�sium servant, en quelque sorte, de contr�leur de l�accord entre la fr�quence de l�oscillateur � quartz et la fr�quence de d�finition. Dans les appareils commerciaux, cet accord se fait automatiquement : l�oscillateur � quartz est alors maintenu en permanence sur une marche exacte et constitue une horloge quasiment parfaite.</p><p>Le gain de pr�cision par rapport � la seconde des �ph�m�rides est un facteur 100, soit un facteur 10 000 par rapport � la seconde solaire. De plus, la seconde exacte est disponible imm�-</p><p>diatement, et non plus apr�s des mois ou des ann�es d�observations astronomiques et de calculs.</p><p>Le temps atomique</p><p>international et</p><p>le temps universel</p><p>coordonn�</p><p>En accumulant une succession ininterrompue de secondes atomiques, on b�tit une �chelle atomique de temps.</p><p>On a commenc� � le faire d�s 1955. La</p><p>Conf�rence g�n�rale des poids et mesures a demand� en 1971 que soit �tablie une �chelle de temps atomique international TAI ; ce temps TAI est r�alis� par le Bureau international de l�heure (situ� � l�Observatoire de Paris) sur la base des indications d�horloges atomiques fonctionnant dans divers �tablissements du monde ; les transmissions s�op�rent par voie hertzienne ou par transport d�horloges. Le temps atomique international est le temps de la science, mais il ne convient pas tout � fait pour les usages de la vie courante, qui doit continuer � se r�gler sur le Soleil et les astres, en particulier pour les navigateurs, qui font le point � l�aide de vis�es sur les astres et d�un chronom�tre capable de leur donner la position angulaire de la vo�te c�leste en rotation apparente par suite de la rotation de la Terre : les navigateurs voudraient conserver la seconde solaire et le temps universel TU qui lui correspond, car le temps universel TU est r�gl� par la rotation de la Terre. Or, le temps atomique international TAI s��carte progressivement du temps universel TU par suite du ralentissement de la rotation terrestre. On a donc convenu de r�gler les signaux horaires qui donnent le temps et l�heure pour tous les usages de la vie courante sur une �chelle appel�e temps universel coordonn� TUC : ce temps est obtenu en ajoutant au temps atomique international TAI une seconde intercalaire � la derni�re minute d�un mois de fa�on � maintenir une co�ncidence approch�e � 0,95 s pr�s. Le temps de nos horloges courantes est donc le temps universel coordonn� TUC, modifi� �ventuellement selon le fuseau horaire, c�est-�-</p><p>dire que la seconde a bien la dur�e de la seconde atomique, et les tops des secondes de temps universel coordonn� TUC et de temps atomique international TAI co�ncident ; seul le num�rotage des secondes diff�re : ainsi, � l�instant 1er janvier 1973, 0 h 0 mn 12 s du temps atomique international TAI, le temps universel coordonn� TUC �tait de 0 h 0 mn 0 s ; dans les six mois pr�c�dents, la diff�rence �tait 11 s au lieu de 12, et la derni�re minute de d�cembre 1972 a comport� 61 s dans le temps universel coordonn� TUC.</p><p>Le Bureau international de l�heure</p><p>centralise les observations astronomiques, �tablit le temps universel TU</p><p>d�finitif par des moyennes, d�cide et annonce � l�avance les secondes intercalaires, centralise les indications des horloges atomiques et �tablit le temps atomique international TAI, donc aussi le temps universel coordonn� TUC.</p><p>J. T.</p><p>F Poids et mesures (Bureau international des) /</p><p>Unit�s (syst�me international d�).</p><p>s�cr�tions</p><p>v�g�tales</p><p>Alors que dans le r�gne animal on donne le nom de s�cr�tions � des substances �labor�es par le cytoplasme vivant, � partir de mat�riaux apport�s de l�ext�rieur, et destin�es � �tre finalement rejet�es hors de la cellule qui les a form�es, en biologie v�g�tale cette derni�re partie de la d�finition ne s�applique pas toujours ; certaines cellules, ou les organes qu�elles constituent, retiennent les s�cr�tions, qui persistent ainsi jusqu�� la mort de la plante ; d�autres substances sont �limin�es � l�ext�rieur de l�individu, soit par �coulement, soit par volatilisation.</p><p>Quelques auteurs emploient le terme de s�cr�tion pour des substances manifestement utiles � la plante (auxines par exemple), et celui d�excr�tion pour des substances qui seraient plus des d�chets que des r�serves (r�sines ou latex), m�me si ces corps ne sont pas rejet�s hors du v�g�tal.</p><p>Les s�cr�tions sont tr�s vari�es dans leur nature chimique ; les organes qui les produisent et les accumulent sont aussi tr�s diff�rents les uns des autres.</p><p>Nature chimique</p><p>des s�cr�tions</p><p>On peut citer tout d�abord les sucres, parfois consid�r�s comme des s�cr�-</p><p>tions, au niveau des nectaires ; le sucre �labor� au niveau des feuilles, �ventuellement mis en r�serve dans les racines ou les tiges, est apport� au nectaire (organe d�excr�tion) par la s�ve brute (Fritillaire, 8 p. 100 de sucre dans le nectar), ou en plus grande quan-</p><p>tit� par la s�ve �labor�e (Euphorbe, 55 p. 100), ou par les deux (Renoncule, 25 p. 100). On en trouve �galement dans les mannes qui suintent de divers v�g�taux (Trehala) et aussi dans les gommes, qui apparaissent surtout au niveau des blessures, o� elles semblent jouer le r�le de cicatrisant (Cerisier, Prunier).</p><p>Par ailleurs, quelques racines rejettent des sucres lorsque la plante en est surcharg�e. Cette exsudation aurait un r�le r�gulateur permettant de ramener l��quilibre protides/glucides � une valeur normale, et d�autre part cela favoriserait les prolif�rations microbiennes de la rhizosph�re.</p><p>Au niveau des racines, on observe �galement des s�cr�tions acides capables d�attaquer les roches et de les solubiliser.</p><p>Certains v�g�taux �laborent des</p><p>terp�nes, carbures d�hydrog�ne non satur�s apparent�s aux polym�res de l�isopr�ne et solubles dans la plupart des solvants organiques. On les trouve dans les inclusions huileuses des canaux s�cr�teurs de nombreuses esp�ces. Souvent, ils sont volatils et responsables des parfums : Menthe, Thym, Serpolet, Houblon, Chanvre, oranges, citrons, pamplemousses, Myr-tac�es, Ombellif�res... Le terme de terp�nes, primitivement r�serv� aux seuls carbures d�hydrog�ne, a �t� �tendu �galement � des compos�s contenant de l�oxyg�ne et pr�sents aussi dans les huiles essentielles fortement volatiles.</p><p>On en retrouve de nombreuses vari�t�s dans les condiments : Safran, C�leri, Laurier, Romarin, noix de muscade, Fenouil, Geni�vre, Absinthe, poivre, clou de girofle... On en extrait par l�eau bouillante (infusions) : th�, Menthe, Camomille... D�autres, ou les m�mes � des doses diff�rentes, sont utilis�s � des fins m�dicinales, tels ceux que l�on peut tirer de l�Eucalyptus, du Pin, de l�Armoise, de la Camomille, du clou de girofle, du Camphrier...</p><p>downloadModeText.vue.download 29 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>9984</p><p>Les essences, particuli�rement volatiles, sont constitu�es d�un nombre relativement faible de mol�cules d�isopr�ne (en C5). Les monoterp�nes (C10) et leurs d�riv�s sont extr�mement vari�s (une centaine actuellement extraits) : on peut citer entre autres le g�raniol, le limon�ne et les pin�nes, qui entrent dans la composition de diverses essences, latex et r�sines ; dans ces derni�res, on trouve des produits d�oxydation des terp�nes. Certains, de masse molaire plus �lev�e, figurent dans la composition des hormones v�g�tales : gibb�rellines, abscissine, dormine. Enfin, d�autres, form�s de plusieurs centaines de milliers de mo-l�cules d�isopr�ne, constituent la substance principale des latex d�Euphorbe ou d�H�v�a et donnent le caoutchouc et la gutta-percha.</p><p>On consid�re �galement parfois</p><p>comme s�cr�tions les alcalo�des, substances de d�chet du m�tabolisme proti-dique v�g�tal. Ces substances amin�es plus ou moins basiques ont des propri�t�s pharmacodynamiques importantes et sont souvent, � forte dose, des toxiques violents pour l�Homme. On peut citer parmi les compos�s issus de la ph�nylalanine : l��ph�drine, sympa-thicomim�tique (comme l�adr�naline) et produite par l��ph�dra, l�hord�ine, qui provoque une l�g�re hypertension... La colchicine, qui a un noyau benz�nique, est un anti-inflammatoire et bloque les divisions cellulaires � l��tat de m�taphase.</p><p>Contenant des noyaux pyrolidi-</p><p>niques, ou pip�ridiniques, on conna�t notamment l�hygrine des feuilles de Coca, la coniidine, toxique actif de la Cigu�, la ricinine du Ricin, la pip�rine, qui donne son go�t au poivre, la nicotine du Tabac. La strychnine et la bru-cine (noix vomique), l�ergotamine (un toxique de l�ergot du Seigle) poss�dent un noyau indol. On trouve un noyau quinol�ique dans la quinine (Quin-quina), la narcotine (Pavot), principe actif de l�opium avec la papav�rine, l��m�tine (ip�ca) et les constituants du curare extraits de divers arbustes. Sont construits autour d�un noyau tropane : l�atropine de la Belladone et d�autres Solan�es, la coca�ne �galement, trouv�e dans le Coca (hypnotique). On peut aussi citer la morphine et la cod�ine</p><p>(autres constituants de l�opium), contenant un noyau ph�nanthr�ne. Enfin la caf�ine, la th�ophylline, la th�obro-mine dans le caf�, le th�, le cacao, le kola sont excitantes et diur�tiques.</p><p>Les tanins, souvent accumul�s dans les cellules sp�cialis�es, peuvent aussi �tre consid�r�s comme des s�cr�tions.</p><p>Ce sont des substances ph�noliques r�ductrices capables de former avec les protides des complexes imputrescibles qui expliquent leur utilisation dans le tannage des cuirs. On en trouve 20 p. 100 du poids sec dans le bois de quebracho (Am�rique du Sud), utilis� industriellement ; 10 p. 100 chez Quer-cus montana ; de plus fortes proportions chez le Pal�tuvier, l�Acacia, le Ch�taignier, les feuilles de th�, de sumac ; jusqu�� 70 p. 100 dans les galles du Ch�ne. Ils sont en solution collo�dale dans la vacuole de nombreuses cellules et le plus souvent rendus inoffensifs pour la plante du fait de leur liaison avec un glucide (h�t�roside). On h�site � leur attribuer un r�le de d�chet ou de r�serve dans la plante, certains pouvant �tre lib�r�s de leur union avec les glucides et d�autres semblant bloqu�s dans des organes en voie de s�nescence. Les latex se d�finissent par leurs propri�t�s physiques : m�lange de substances collo�dales en �mulsion ou en suspension accumul�es dans un tissu sp�cial. Les latex contiennent, � des doses variables suivant les esp�ces, des sels min�raux, des sucres, des acides gras, des h�t�-</p><p>rosides, des alcalo�des, des prot�ines collo�dales (enzymes entre autres), des lipides et ol�or�sines en �mulsion et des gouttelettes de caoutchouc et de gutta, des grains d�amidon... L�Hevea brasiliensis est le principal producteur de caoutchouc mondial ; mais un grand nombre d�autres plantes en �laborent. Quelques constituants des latex peuvent �tre consid�r�s comme des r�serves, alors que d�autres rentrent plut�t dans la cat�gorie des d�chets ; le caoutchouc en particulier ne semble �tre d�aucune utilit� pour la plante.</p><p>Les organes s�cr�teurs</p><p>Ces diverses substances sont �labor�es et accumul�es en des points vari�s des organismes. On conna�t des cellules s�cr�trices isol�es, des �pidermes, des</p><p>poches et des canaux, enfin des laticif�res de forme allong�e.</p><p>On trouve les cellules � tanin surtout dans les parenchymes corticaux ou m�-</p><p>dullaires (Rosiers) ou dans des feuilles (Camphrier). Certains �pidermes</p><p>poss�dent en quantit� plus ou moins grande des cellules s�cr�trices qui �laborent surtout des essences volatiles, capables de se d�gager � travers la cuticule en exhalant divers parfums. On en trouve sur les p�tales de nombreuses fleurs (violette, rose...). Parfois, c�est au niveau des poils port�s, par les �pidermes (poils glanduleux) que se localise la fonction de s�cr�tion (poils courts et pluricellulaires de la Lavande, poils souvent p�doncules de la Balotte, poils urticants de l�Ortie contenant une substance irritante).</p><p>Chez les citrons, les mandarines, les oranges..., les produits s�cr�t�s s�accumulent dans des poches excr�trices sous-�pidermiques bord�es de cellules s�cr�trices. La cavit� est remplie des essences caract�ristiques de l�esp�ce.</p><p>Les canaux excr�teurs sont de m�me nature, mais montrent une forme allong�e suivant le grand axe de l�organe ; la cavit� centrale est bord�e de cellules s�cr�trices soutenues fr�quemment par des cellules protectrices plus r�sistantes... On en observe chez les Ombellif�res (Carotte, Persil, Cerfeuil...), o� ils contiennent les substances responsables de la saveur du v�g�tal, et �galement chez le Pin et d�autres Conif�res, o� ils se chargent de r�sine.</p><p>Les laticif�res pr�sents chez les Euphorbes, Laitues, Pissenlits, Cannabis... laissent s��couler lorsqu�ils sont sectionn�s un liquide blanch�tre ou color� dans quelques esp�ces : jaune chez la Ch�lidoine, rouge-orang� chez les Sanguinaires (Papav�rac�es), bleu chez Euphorbia sylvatica. Ce sont des �l�ments allong�s, plus ou moins ramifi�s. Certains, provenant d�une seule cellule qui s�est �norm�ment allong�e, sont � non articul�s � ; leur taille peut atteindre plusieurs m�tres, parfois plusieurs dizaines de m�tres. L�extraction du latex peut alors se faire par saign�es, le liquide s��coule de la blessure assez facilement jusqu�� cicatrisation.</p><p>Il n�y a pas de jonction entre les diff�rents laticif�res, qui restent ind�-</p><p>pendants et en nombre d�termin� d�s la phase embryonnaire, ramifi�s chez les Euphorbes. Chez Cannabis, ils sont non ramifi�s et apparaissent tout au long du d�veloppement. D�autres, par contre, �tant form�s de plusieurs cellules, sont dits � articul�s � ; si les cloisons entre les cellules ne se rompent pas, l�extraction du latex n�cessite d�autres proc�d�s (m�caniques ou par solvants). Chez la Ch�lidoine, on observe de nombreuses perforations dans les membranes transversales ; celles-ci sont r�sorb�es chez les Compo-s�es. Les laticif�res articul�s peuvent �tre ind�pendants (Convolvulac�es, Ch�lidoine) ou se relier les uns aux autres (Papaver, Taraxacum, Laitue, Hevea...).</p><p>J.-M. T. et F. T.</p><p>secte</p><p>Le mot vient du latin secta, qui peut d�river soit de secare (� couper �), soit de sequi (� suivre �). La premi�re de ces deux �tymologies insiste sur le caract�re de s�cession d�un petit groupe par rapport � une grande institution religieuse : non diff�renci� � l�origine, l�emploi du mot a pris de plus en plus une coloration sp�cifique ; d�sormais, c�est par analogie avec l�histoire des religions que l�on parle de � secte �</p><p>en politique ou en philosophie, par exemple, ou d�� esprit sectaire � d�une �cole p�dagogique ou d�une tendance artistique. La seconde �tymologie souligne la volont� unitaire et le caract�re uniforme de la doctrine et du comportement du groupe de fid�les suivant le ma�tre, le proph�te, l�inspir�, le th�ologien, cause ou pr�texte de la rupture.</p><p>Il est important de noter que le mot et ses emplois sont charg�s de caract�res fortement affectifs, voire passionnels : en g�n�ral, c�est la communaut� dont s�est s�par� le petit groupe qui, se consid�rant comme authentique et offrant seule la pl�nitude de la doctrine et des moyens de gr�ce, parle avec une certaine piti� m�prisante des sectaires.</p><p>� cette condescendance s�ajoute parfois une bonne dose de hargne, tant il est vrai que, souvent, la secte pr�sente impitoyablement � la religion install�e</p><p>le miroir de ce qu�elle n�est plus : une fraternit� vivante et chaleureuse, dynamique et conqu�rante.</p><p>Et du coup, les positions et pr�tentions se renversent. La secte donne une valeur absolue aux �l�ments de la doctrine et de la vie qu�elle a remis en honneur face aux d�formations ou scl�roses de l�institution. Elle a de plus en plus tendance � se consid�rer, elle, comme � la v�ritable �glise � et � pr�senter comme secte l�institution par rapport � laquelle s�est effectu�e la rupture : se contentant encore, � la fin du XVIe s., de pr�tendre que leur th�ologie et leur eccl�siologie pratique sont dans le droit fil de la tradition catholique, les protestants, au cours des pol�miques des XVIIe et XVIIIe s., se durcissent sous les condamnations et les pers�cutions et finissent par identifier le pape � l�Ant�christ et l��glise romaine � la � synagogue de Satan �. Le livre de l�Apocalypse offre un arsenal in�puisable d�arguments et de qualificatifs aux sectaires chr�tiens et � leurs adversaires.</p><p>Le mot grec n�o-testamentaire correspondant au latin est hairesis, qui �</p><p>apr�s avoir signifi�, de fa�on purement downloadModeText.vue.download 30 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>9985</p><p>neutre et descriptive, � le parti � (par exemple, dans les Actes des Ap�tres, V, 17 ; XV, 5 ; XXVI, 5 : les partis politico-religieux des pharisiens et des sad-duc�ens, deux des grands courants � l�int�rieur du juda�sme contemporain de J�sus) � prend progressivement une nuance p�jorative ; par rapport � ce m�me juda�sme, le groupe des premiers chr�tiens se fait d�signer comme la � secte des nazar�ens � (Actes, XXIV, 5) ou m�me de fa�on absolue (� la mesure des inqui�tudes suscit�es par leur existence et des menaces objectives qu�ils vont engendrer) : � la secte �</p><p>(Actes, XXIV, 14 ; XXVIII, 22).</p><p>Insensiblement, l�adh�sion au</p><p>� parti � devient synonyme de � d�viationnisme doctrinal � : ainsi na�t la notion d�� h�r�sie �, qui jouera un r�le</p><p>tellement d�cisif dans l�histoire religieuse, le groupe majoritaire consid�-</p><p>rant comme son droit, et m�me de son devoir, de faire rentrer dans l�ordre �</p><p>ou, � d�faut, de faire dispara�tre � les dissidents, en employant les moyens de la contrainte et de la violence.</p><p>D�s lors, on ne peut esquiver la question d�cisive : secte, h�r�sie, par rapport � quoi ? Ou, si c�est l�in�vitable et vertigineux concept de � v�rit� � qui est au coeur de l�affirmation spirituelle et de l�institution religieuse : qu�est-ce que la v�rit� ? D�s l�origine de tout mouvement de recherche communautaire d�un sens donn� par r�f�rence � un sujet divin et dans l�aventure d�une foi ou d�une mystique, il y aura deux r�ponses radicalement contradictoires : l�une pour qui la v�rit� ne saurait �tre saisie en dehors de la soumission � l�autorit� institutionnelle, l�autre pour qui l�institution et son autorit� se d�finissent par rapport � la v�rit� telle que l�attestent les textes ou t�moignages originels du mouvement.</p><p>Pour la premi�re, c�est l�unit� sous le gouvernement de l�autorit� institutionnelle qui est primordiale ; pour l�autre, la fid�lit� inconditionnelle � un message primitif et actuel remet en question incessamment les traditions et organismes les plus v�n�rables. On d�finit ainsi deux types de th�ologie et de pi�t�, aux caract�res � catholiques �</p><p>et � protestants �, et l�on voit, dans chacune des deux hypoth�ses, o� se situe la communaut� authentique et o� est la secte.</p><p>Les inconv�nients des deux posi-</p><p>tions apparaissent imm�diatement.</p><p>D�un c�t�, c�est le raidissement institutionnel, l�autoritarisme dogmatique, les excommunications et les proc�s d�h�r�sie, la question et les b�chers, � la limite : l�infaillibilit� d�un pontife supr�me, personnification de la tradition vivante et seule mesure de l�unit�, bref, une fa�ade majestueuse et s�culaire derri�re laquelle des courants contraires et des tendances oppos�es s�affrontent : �glises � pr�tention d�unicit� universelle, dont les centres peuvent �tre Rome, Constantinople ou Addis-Abeba... De l�autre c�t�, c�est le morcellement � l�infini des diff�rentes</p><p>branches de la famille � protestante �, l�institution paraissant n�gligeable, voire m�prisable, au regard de ce que l�on d�finit comme �tant la v�rit� ; d�o� une propension au � congr�gationa-lismc �, c�est-�-dire � l�individualisme de chaque cellule eccl�siale, avec, � l�int�rieur, un fr�quent rigorisme doctrinal et moral ; le sens de l�universel et de la continuit� historique semble parfois se perdre au b�n�fice de l�instantan� et de l��v�nementiel et, � la limite, on rencontre une autre forme d�infaillibilit�, l�autorit� souveraine de l�� homme de Dieu �, ex�g�te indiscut� ou pasteur patriarcal ; dans les communaut�s enthousiastes d�Am�rique latine, cette forme de regroupement autour de v�ritables chefs inspir�s prend le nom significatif de caudillismo et il na�t, par fractionnement des groupes existants ou par �vang�lisation, autant d�� �glises � qu�il se l�ve de nouveaux</p><p>� proph�tes �, � ap�tres � ou pr�dicateurs � charismatiques �.</p><p>On le voit, dans un cas comme dans l�autre, ce qui caract�rise la grande institution de type � catholique � et les d�-</p><p>nominations � protestantes �, c�est une m�me relation � la � v�rit� � � corps de doctrines constitu� par un entassement de strates s�culaires ou affirmation centralement hypertrophi�e �, d�un c�t� comme de l�autre poss�d�e avec une sorte de monopole exclusif et une conscience assur�e, permettant sinon de se suffire de soi, du moins de prendre son parti de la s�paration d�avec les autres membres de la famille chr�tienne.</p><p>Que la r�alisation historique de ces deux types ne soit jamais � pure �, qu�il y ait de nombreuses variantes et exceptions n�emp�che pas de d�finir la secte, quelle que soit son importance dans le temps et l�espace, comme une communaut� ayant cette conscience suffisante d��tre la seule � poss�der la</p><p>� v�rit� �... et � pouvoir, � l�occasion, la brandir comme une arme contre les</p><p>� autres �, les � imparfaits �, les � non-convertis �, les � schismatiques � ; en un mot : les � h�r�tiques �.</p><p>Dans la famille jud�o-chr�tienne, nul ne saurait valablement se targuer de � poss�der la v�rit� � : la foi authentique consiste beaucoup plus � esp�rer</p><p>�tre poss�d� par elle, la v�rit� n��tant pas un corps de doctrines � quoi donner une adh�sion intellectuelle, ni une exp�rience religieuse sp�cifique, ni un comportement moral une fois pour toutes codifi�, mais bien une personne vivante, celle du Christ vivant, invitant aujourd�hui comme hier tout homme � le suivre, ce qui est ins�parable d�un discernement de sa pr�sence et de l��coute de son message pr�cis�ment dans l�existence des � autres �, en particulier des petits, des pauvres et des opprim�s, de toutes races, langues et religions... Dans l��p�tre aux �ph�-</p><p>siens (IV, 15), un disciple de l�ap�tre Paul d�finit ainsi la dynamique de vie spirituelle : � Grandir � tous �gards vers celui qui est la t�te, Christ � et pour cela : suivre une seule voie qui est de � confesser la v�rit� dans l�amour �.</p><p>Il est clair que cela n�implique aucun syncr�tisme ou flou doctrinal, mais le refus que la v�rit� puisse �tre utilis�e � des fins d�asservissement physique ou moral : il n�est de v�ritable communaut� chr�tienne que l� o� la communication de l��vangile s�enracine dans une � orthopraxie � de solidarit� au service de l�amour et de son extension sociale ; la justice. En dehors de cette perspective, il n�y a que secte et h�r�sie, c�est-�-dire : s�paration arbitraire de celui qui est devenu la t�te de l��glise, en rassemblant autour de soi, par son service et son sacrifice, l�ensemble de l�humanit� d�j� r�concili�e avec Dieu.</p><p>Indications typologiques</p><p>Il reste � donner quelques indications typologiques sur les � sectes �, telles qu�une s�culaire exp�rience permet de les r�pertorier.</p><p>Au cours des premiers si�cles de l��glise, on voit appara�tre, par rapport � � la grande �glise �, des sectes dont les caract�res principaux se retrouveront � toutes les �poques : gnostiques*, manich�ens (v. manich�isme), mon-tanistes (enthousiastes se r�clamant d�une inspiration directe de l�Esprit et attendant le retour imminent du Christ), mill�naristes (v. mill�narisme).</p><p>Actuellement, et compte tenu du</p><p>fait que toute classification reste arbi-</p><p>traire, on peut distinguer des groupes mill�naristes (adventistes du septi�me jour, T�moins de J�hovah, Amis de l�homme...), baptistes* (anabaptistes*, mennonites...), des mouvements de R�veil* (darbystes, �glise apostolique, �glise n�o-apostolique, quakers*, Arm�e du Salut, pentec�tistes...), des communaut�s � gu�risseuses � (antoi-nistes, Science chr�tienne [Christian Science], disciples de � Georges Christ �...), de � petites �glises catholiques � (� la petite �glise �, l��glise catholique fran�aise, l��glise catholique apostolique de France, l��glise catholique lib�rale...).</p><p>Les � groupes informels �, inorganis�s entre eux, sont plus des cellules de contestation � l�int�rieur des �glises ou entre elles qu�� proprement parler des sectes...</p><p>Quelques remarques</p><p>conclusives</p><p>Il y a une vari�t� infinie de mouvements, nuances et comportements : ainsi la plupart des � sectes � sont-elles violemment antioecum�niques et, cependant, il existe au sein du Conseil oecum�nique des �glises de grandes �glises baptistes et pentec�tistes.</p><p>L�histoire de chaque � secte �</p><p>montre une �volution et des changements parfois rapides entre la premi�re g�n�ration des fondateurs et celles des successeurs, parfois artisans de compromis et de retomb�es, de rebondissements et de ruptures plus ou moins douloureux et spectaculaires. Ainsi, bien des � sectes � sont-elles, � la longue, devenues � �glises �, cependant que bien des � �glises � semblent particuli�rement aptes � engendrer des</p><p>� sectes �.</p><p>L�historiographie des sectes a �t� longtemps difficile, en raison m�me de l�autoritarisme des � grandes �glises �</p><p>et du discr�dit syst�matique qu�elles jetaient sur les sectes. Ainsi, le visage r�el du gnosticisme est-il largement ind�chiffrable, tant il a �t� caricatur�, tant ont �t� d�truits les documents permettant de le conna�tre. C�est le m�rite de la science profane et, notamment, des premiers marxistes que de s��tre</p><p>attach�s � le restituer.</p><p>La v�ritable ligne de d�marcation entre � sectes � et � �glises � passe sans doute entre ce que Engels appelle les formes � constantiniennes � et</p><p>� apocalyptiques � du christianisme (ou de toute autre famille spirituelle).</p><p>Tout en reconnaissant qu�il s�agit moins de formes fixes et plus d��l�-</p><p>ments souvent m�l�s, on peut soutenir que ce qui provoque la naissance de la secte, c�est, la plupart du temps, l�uni-formisation de l��glise par la r�alit� downloadModeText.vue.download 31 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>9986</p><p>sociale ambiante, son id�ologie et ses formes de pouvoirs.</p><p>Ainsi, la secte repr�senterait-elle un moment d�cisif de l�affirmation spirituelle : la contestation proph�tique de l�ordre et de ses valeurs, l�annonce que la communaut� chr�tienne n�est pas l� pour sacraliser ce qui est et permettre � l�homme de s�adapter � tous les r�-</p><p>gimes, mais bien pour dire que sa vie ne peut s�accomplir que dans un monde transform� par la puissance r�volutionnaire de la r�surrection.</p><p>G. C.</p><p>E. von Hoff, l��glise et les sectes. Quelques dissidences religieuses de notre temps (Comptoir de libr. protestante, La Chaux-de-Fonds, 1941 ; nouv. �d., Soc. centrale d��vang�lisation, 1951). / G. Welter, Histoire des sectes chr�tiennes (Payot, 1950). / M. Colinon, Faux proph�tes et sectes d�aujourd�hui (Plon, 1953).</p><p>/ H. C. Ch�ry, l�Offensive des sectes (�d. du Cerf, 1954). / Les Groupes informels dans l��glise (Cerdic-publications, Strasbourg, 1971).</p><p>s�curit� en</p><p>automobile</p><p>Ensemble des dispositifs r�unis sur une automobile pour assurer la sauvegarde de ses occupants et pour �viter qu�elle ne constitue un danger, en puissance, pour les autres usagers de la route.</p><p>La pollution de</p><p>l�environnement</p><p>La s�curit� en automobile n�est g�n�-</p><p>ralement envisag�e que sous l�angle personnel de la sauvegarde des occupants du v�hicule. Le probl�me est en r�alit� plus complexe, car intervient la notion essentielle de la voiture qui ne serait ni une cause de g�ne ni un danger pour les autres. Dans ce contexte, on y rattache la question de la pollution* de l�environnement* par les gaz d��chappement, d�autant plus actuelle que les pouvoirs publics s�efforcent de combattre celle-ci dans le monde entier et que les conditions de la circulation tant urbaine que suburbaine tendent � augmenter la nocivit� de ces gaz. Contenant des hydrocarbures, des oxydes d�azote et de carbone ainsi que des a�rosols de plomb, ces gaz sont polluants.</p><p>Pour les purifier, on peut agir soit avant la combustion des gaz carbures compress�s (pr�combustion), soit apr�s, au moment de l��chappement (postcombustion). En pr�combustion, on cherche � obtenir une combustion aussi compl�te que possible. Outre certains r�glages sp�ciaux du carburateur ou l�adoption de l�injection � r�gulation �lectronique, on �tudie la tubulure d�admission, dont on calcule la longueur de telle mani�re qu�� la lev�e de la soupape d�admission la colonne gazeuse oscillante qu�elle renferme se trouve, au droit de l�ouverture, en zone de surpression pour autoriser un surremplissage de la cylindr�e dans les hauts r�gimes. On �vite ainsi d�enrichir exag�r�ment le m�lange en bas et en moyen r�gime, proc�d� n�cessaire, normalement, pour compenser le remplissage insuffisant de la cylindr�e dans les r�gimes extr�mes, mais qui pr�sente l�inconv�nient majeur de produire des hydrocarbures imbr�l�s pour des vitesses de rotation du moteur utilis�es en circulation urbaine et suburbaine.</p><p>On fait �galement appel aux gaz</p><p>d��chappement, que l�on recycle, c�est-�-dire que l�on capte � la sortie du moteur pour les envoyer dans la tubulure d�admission apr�s passage dans le filtre � air. Le m�lange des gaz inertes aux gaz carbures a pour effet de</p><p>prolonger la combustion, donc de diminuer la production d�hydrocarbures imbr�l�s et de r�duire la temp�rature de la d�tente, ce qui amoindrit la teneur de l��chappement en oxyde d�azote.</p><p>Enfin, on peut ajouter au carburant un produit dont les qualit�s soient suffisantes pour d�truire, en partie, les d�p�ts que la marche au ralenti, impos�e dans les villes, accumule dans le circuit d�admission en provoquant un accroissement sensible de l�oxyde de carbone recueilli � la sortie des gaz.</p><p>La postcombustion permet d�obtenir des r�sultats int�ressants en apportant aux gaz d��chappement une certaine quantit� d�air frais qui br�le les hydrocarbures restants et transforme l�oxyde de carbone en anhydride carbonique, mais le meilleur rem�de est d�utiliser un r�acteur catalytique. Cet appareil, que l�on place imm�diatement derri�re la tubulure d��chappement, permet d�op�rer une r�action chimique au cours de laquelle les oxydes d�azote et de carbone ainsi que les hydrocarbures sont transform�s en eau, en gaz carbonique et en azote, uniquement en prenant � l�air, insuffl� par une pompe m�canique, les atomes d�oxyg�ne et d�hydrog�ne n�cessaires.</p><p>Pour �tre efficace, cet appareil doit rapidement atteindre sa temp�rature de fonctionnement et la maintenir constante quelles que soient les circonstances conditionnant le roulement, ce qui suppose un isolement thermique de base tr�s pouss� et la possibilit� de le r�chauffer en r�duisant automatiquement l�avance � l�allumage chaque fois que le moteur tend � se refroidir.</p><p>Toutefois, le r�acteur est tr�s sensible � la pr�sence de plomb dans son circuit. Non seulement sa r�sistance en est amoindrie, m�me si on le constitue de m�taux nobles tr�s on�reux, mais encore son fonctionnement en est perturb�. D�autre part, la pr�sence de plomb, sous forme d�a�rosols, recueilli dans l�atmosph�re �tant particuli�rement nocive, il y a lieu de prohiber l�emploi des antid�tonants, qui sont tous � base de compos�s de plomb et que l�on m�lange � l�essence pour augmenter son indice d�octane. Pratiquement, on devrait r�duire la valeur du rapport volum�trique de compression</p><p>et compenser la perte de puissance sp�-</p><p>cifique qui en r�sulterait par une augmentation de la cylindr�e jusqu�� ce que l�on puisse produire des essences sans plomb dont l�indice d�octane ne serait pas alt�r�.</p><p>La s�curit� passive</p><p>Le second aspect de la s�curit� en automobile concerne la facult� que conf�re un �quipement propre � sauvegarder la survie des occupants de l�habitacle en cas d�accident par collision. Il ne faut pas confondre cette s�curit� passive avec ce que l�on appelle, parfois, la s�curit� active. Celle-ci ne concerne que le comportement du v�hicule sur sa trajectoire en pr�sence des circonstances essentiellement variables et des ph�nom�nes perturbateurs engendr�s par le freinage. Il ne s�agit, en l�occurrence, que de stabilit�.</p><p>Si des progr�s importants semblent difficiles � accomplir d�sormais dans ce domaine, il n�en va pas de m�me pour la s�curit� passive. L�essentiel de la discussion porte sur l�estimation des cons�quences d�une collision pour les occupants du v�hicule, car les id�es divergent d�s qu�on aborde la mani�re dont il convient de cerner la question.</p><p>Les Am�ricains ne veulent consid�-</p><p>rer que les r�sultats d�un choc contre downloadModeText.vue.download 32 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>9987</p><p>un obstacle solide et ils imposent qu�� 80 km/h la d�c�l�ration demeure constante et �gale ou inf�rieure � 40 g (g �tant l�acc�l�ration de la pesanteur, soit 9,81 m/s/s), refusant d�admettre que cette r�glementation n�est valable que si les voitures en circulation sont sensiblement de m�mes dimensions et capables de performances � peu pr�s semblables.</p><p>Or, le march� europ�en est caract�ris� par un parc compos� de voitures de volumes, de masses et de performances disparates. D�autre part, l�examen des statistiques fran�aises en mati�re d�accidents de la route fait ressortir une proportion de 60 p. 100 de collisions</p><p>r�sultant du heurt de deux v�hicules entre eux. La th�se am�ricaine, qui ne conduit qu�� l�augmentation de la rigidit� proportionnellement � la masse, est donc tr�s �loign�e de la v�rit�.</p><p>Les Europ�ens s�attachent � �tudier les cons�quences d�un impact de deux voitures se heurtant de plein fouet, ce qui les am�ne � d�finir une notion nouvelle : celle d�agressivit�, qui fut d�fendue par les experts de la Direction des recherches et d�veloppements de la R�gie Renault devant la troisi�me conf�rence internationale, tenue en 1972 � Washington.</p><p>Agressivit� de rigidit�</p><p>On compare les d�formations subies par deux voitures de m�me masse</p><p>(850 kg), mais de rigidit� diff�rente, lors de la rencontre avec un obstacle fixe et lors d�un choc frontal entre ces deux v�hicules.</p><p>Le mod�le no 1, qui s�est enfonc� de 64 cm contre la barri�re fixe, se d�-</p><p>forme de 50 cm en cas de choc frontal avec la voiture no 2, dont les d�formations sont respectivement de 64 cm et de 85 cm. Le premier v�hicule est agressif vis-�-vis du second, qui, de rigidit� moindre, n�offre que peu de chances de maintenir l�espace de survie des occupants. Au cas o� ce volume serait conserv�, on ne constate aucune diff�rence au niveau des acc�l�rations des deux habitacles.</p><p>Agressivit� de masse</p><p>Avec un rapport de poids de 2 � 1</p><p>(1 950 kg et 975 kg), le v�hicule le plus lourd se d�forme de 45 cm contre la barri�re fixe, alors que le plus l�ger ne s�enfonce que de 32 cm, et de 24 cm seulement en cas de collision frontale avec le v�hicule pesant deux fois moins lourd et qui, lui, s�enfonce de 67 cm.</p><p>Celui-ci est au maximum de la d�c�l�-</p><p>ration qu�il peut fournir contre l�obstacle fixe. Il y a donc lieu de consid�rer deux cas :</p><p>y Les efforts d��crasement sont identiques. Le v�hicule l�ger accuse un</p><p>enfoncement de 34 cm contre la barri�re et de 42 cm en impact contre le v�hicule le plus lourd, qui, pourtant, se d�formera de la m�me quantit� et de 58 cm sur la barri�re. Les deux v�-</p><p>hicules sont compatibles l�un l�autre.</p><p>y Les efforts d��crasement sont diff�-</p><p>rents. L�avantage conf�r� � la voiture la plus l�g�re est d�truit si, au mo-downloadModeText.vue.download 33 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>9988</p><p>ment de la collision de front, la force d��crasement la plus forte est affect�e au v�hicule le plus lourd. L�examen des courbes de d�c�l�ration prouve que le plus l�ger sera d�truit sous l�action d�une agression combin�e de masse et de rigidit�.</p><p>Agressivit� d�architecture</p><p>S�ils sont de poids diff�rents, les deux v�hicules manifestent leur agressivit� au niveau des structures, et il sera n�cessaire d�ajuster les efforts d��crasement maximaux en fonction de la masse � arr�ter et au niveau des occupants o� les d�c�l�rations sont dans le rapport inverse des masses.</p><p>� �galit� de masses et de forces d��crasement maximales, la position de la pointe d�effort maximal varie en fonction de la r�partition int�rieure des diff�rents organes massifs composant le v�hicule, avec avantage � celui dont cette pointe est situ�e le plus en avant.</p><p>Ainsi, la traction avant, qui pr�sente une masse importante � l�avant, sera favoris�e en cas de choc frontal avec une � tout arri�re �, o� la masse est concentr�e � l�arri�re.</p><p>La transmission classique conduit � un v�hicule ind�formable � l�avant qui se montre agressif en cas de collision frontale, mais qui est d�savantag� en impact contre un obstacle fixe. On �tablit alors la coque en trois compartiments dont les deux extr�mes sont r�alis�s en structure d�formable pour</p><p>prot�ger l�habitacle plac� au centre du dispositif.</p><p>Actuellement, des exp�riences se poursuivent dans le dessein de substituer � l�amortissement brutal du pare-chocs ancr� solidement sur le ch�ssis une action progressive due � une liaison hydraulique. Un tel montage r�duirait de moiti� l�importance d�un choc enregistr� par collision contre un obstacle fixe.</p><p>J. B.</p><p>F Automobile / Carrosserie / Ch�ssis / Coque /</p><p>Tenue de route.</p><p>s�curit� sociale</p><p>Syst�me de protection des individus et de leur famille contre un certain nombre d��ventualit�s susceptibles soit de r�duire ou de supprimer leurs ressources, soit de leur imposer des charges suppl�mentaires.</p><p>L�originalit� de la notion</p><p>de s�curit� sociale</p><p>Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, les �tats industrialis�s et la plupart des principaux �tats en voie d�industrialisation ont institu�, ou tent� de mettre sur pied, de tels syst�mes de protection au b�n�fice de tout ou partie de leur population. Bien qu�on puisse trouver les origines des divers syst�mes modernes de s�curit� sociale dans les efforts ant�rieurs de la bienfaisance priv�e et de l�assistance publique, d�une part, de la mutualit� et des assurances sociales d�autre part, il importe de souligner l�originalit� des principes sur lesquels repose la s�curit� sociale. D�sormais, il s�agit, tout ensemble, de prot�ger les familles contre les principaux risques sociaux et de tenter de pr�venir les cons�quences des crises* �conomiques qui � tout au downloadModeText.vue.download 34 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>9989</p><p>long de l�histoire et notamment depuis la formation du r�gime capitaliste �</p><p>ont boulevers� le d�veloppement des soci�t�s humaines.</p><p>C�est dans les pays anglo-saxons que se sont �labor�es � au cours de la crise �conomique mondiale de 1929</p><p>� les doctrines modernes du plein-emploi, dont les premi�res applications pratiques apparaissent dans la politique interventionniste, dite � du New Deal �, du pr�sident F. D. Roosevelt.</p><p>Mais la notion de plein-emploi rev�t un caract�re abstrait alors que l�expression de � s�curit� sociale � frappe plus concr�tement les esprits. Elle appara�t, pour la premi�re fois semble-t-il, dans le titre d�une loi propos�e au congr�s en 1935 par un message o� le pr�sident s�engageait � � promouvoir les moyens ad�quats pour lutter contre le ch�mage et la vieillesse, afin d�assurer la s�curit� � : c�est le � Social Security Act �. Un peu plus tard, en 1941, Roosevelt et Churchill se rencontrent en plein Atlantique pour �noncer les buts de guerre des Alli�s, parmi lesquels l��tablissement d�une � collaboration compl�te entre toutes les nations dans le domaine �conomique afin d�assurer � toutes de meilleures conditions de travail, une situation �conomique plus favorable et la s�curit� sociale �, car la paix doit fournir � � toutes les nations les moyens de vivre en s�curit� � l�int�rieur de leurs fronti�res � et apporter � aux habitants de tous les pays l�assurance de pouvoir finir leurs jours � l�abri de la crainte et du besoin �.</p><p>Quelques mois plus tard, la Conf�-</p><p>rence internationale du travail, si�geant � New York, donne son appui � la charte de l�Atlantique et pr�voit la reconstruction d�apr�s guerre � sur la base d�une am�lioration des conditions de travail, du progr�s �conomique et de la s�curit� sociale �. Il s�agit l�, �videmment, de promesses des dirigeants politiques de la coalition antihitl�rienne pour obtenir des peuples qu�ils acceptent le dur effort de guerre qui leur est impos�.</p><p>Mais l�id�e m�me d�une r�forme compl�te des l�gislations d�assistance et d�assurances sociales para�t bien avoir �t� commun�ment admise dans les</p><p>pays anglo-saxons ; c�est ainsi que, d�s 1938, la Nouvelle-Z�lande avait d�j� mis sur pied un v�ritable syst�me de s�curit� sociale bien qu�il n�en port�t</p><p>pas le nom.</p><p>La doctrine de la s�curit� sociale a �t� exprim�e dans le rapport d�un comit� interminist�riel constitu� en Grande-Bretagne en 1941 ; ce rapport, publi� en 1942 sous le titre Social Insurance and Allied Services (Assurances sociales et services annexes), est universellement connu sous l�appellation de plan Beveridge, du nom de son pr�-</p><p>sident, lord William Henry Beveridge (Rangpur, Bengale, 1879 - Oxford 1963). Ce dernier avait jou� un r�le important dans l�administration � chef du Service du ch�mage et du placement, il avait mis sur pied l�assurance ch�mage en 1911 � et dans l�universit� (il avait dirig�, de 1917 � 1937, la London School of Economics). Lord Beveridge distingue deux acceptions de l�expression s�curit� sociale. Dans son acception �troite, elle signifie</p><p>� l�abolition de l��tat de besoin par la garantie � tout citoyen, pr�t � servir selon ses moyens, d�un revenu* suffisant pour satisfaire, � tout moment, � ses charges � : Beveridge pr�conise dans ce cadre une redistribution des revenus en vue de garantir, contre un maximum de risques sociaux, la totalit� de la population � l�int�rieur d�un syst�me unifi� de prestations parmi lesquelles, notamment, des prestations familiales ; mais ce syst�me doit toutefois �tre con�u de mani�re � stimuler chez tout individu la volont� de s�assurer par son travail et sa pr�voyance un niveau de vie plus �lev� que celui qui lui est garanti par la soci�t�. Dans son acception large, la s�curit� sociale devrait comporter la protection contre la maladie, par l�organisation d�un service national de sant�, contre l�ignorance, par une r�forme de l�enseignement, contre l�inconfort, par une politique du logement*, et contre l�oisivet�, par la r�alisation du plein-emploi.</p><p>Ainsi comprise, la s�curit� sociale s�identifie � toute politique constructive, coh�rente et compl�te de progr�s social. Bien que l�article 22 de la D�claration universelle des droits de l�homme proclame que � toute personne a droit � la s�curit� sociale �, il est bien �vident qu�aucune norme internationale de politique sociale ne peut �tre valablement d�finie : en effet,</p><p>les diverses communaut�s nationales connaissent des degr�s divers de d�veloppement, poss�dent une histoire et des traditions particuli�res.</p><p>La grande diversit� des syst�mes de s�curit� sociale existant dans le monde ont rendu n�cessaire la conclusion de conventions internationales multila-t�rales et bilat�rales afin de r�gler les probl�mes pos�s par les personnes ayant exerc� leur activit� professionnelle dans plusieurs pays ; en outre, le libre droit d��tablissement des nationaux des neuf pays de la communaut� europ�enne dans l�un ou l�autre de ces pays a conduit � �laborer de projets de coordination et m�me d�unification des diverses l�gislations.</p><p>L��tendue des</p><p>risques couverts</p><p>D�une mani�re g�n�rale, les diverses l�gislations nationales couvrent les risques suivants : accidents du travail, maladie, maternit�, invalidit�, vieillesse, d�c�s et ch�mage. Certaines d�entre elles (France et Belgique surtout) comportent �galement des avantages substantiels pour les familles.</p><p>Le co�t des � prestations en nature �</p><p>(remboursement des frais m�dicaux) maladie et maternit�, en augmentation r�elle constante, varie proportionnellement assez peu d�un pays � l�autre ; mais certains pays ont cr�� un Service national de sant� (Grande-Bretagne et Union sovi�tique), d�autres connaissent la m�decine de caisse (Allemagne f�d�rale ou Pays-Bas), d�autres encore font une part tr�s large � la m�decine lib�rale (France, Belgique et, dans une mesure moindre, Italie). Bien que les �tats-Unis aient les premiers adopt� une l�gislation comportant l�expression de s�curit� sociale, ils ne disposent encore d�aucun syst�me f�d�ral d�assurance maladie obligatoire (sauf depuis 1965 en ce qui concerne les frais hospitaliers des personnes �g�es) ; deux grandes f�d�-</p><p>rations de mutuelles (la Croix bleue</p><p>[Blue Cross] et le Bouclier bleu [Blue Shield]) couvrent, concurremment avec les compagnies d�assurance* priv�es, les risques d�hospitalisation et de soins m�dicaux dans le cadre de l�assu-</p><p>rance facultative.</p><p>En Allemagne f�d�rale (o� les prestations familiales sont peu nombreuses et d�un faible montant), aux Pays-Bas et en Italie, l�assurance invalidit� et vieillesse repr�sente la moiti� au moins des d�penses de s�curit� sociale ; il est vrai qu�en France plusieurs r�gimes sp�ciaux font une part importante � cette assurance, que de nombreux accords professionnels ont institu� des r�gimes compl�mentaires vieillesse et que compagnies d�assurance et mutuelles peuvent �galement intervenir.</p><p>downloadModeText.vue.download 35 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>9990</p><p>G�n�ralisation</p><p>et unification</p><p>La tendance g�n�rale est actuellement d��largir le b�n�fice de la s�curit� sociale � l�ensemble de la population alors que, � l�origine des assurances sociales, n��taient couverts que les plus d�favoris�s des salari�s. Dans certains pays (notamment en Grande-Bretagne), la g�n�ralisation s�est faite imm�diatement apr�s la Seconde</p><p>Guerre mondiale ; dans d�autres pays (en France par exemple, o� 98 p. 100</p><p>de la population sont garantis au d�but des ann�es 1970), elle se r�alise lentement et par �tapes successives.</p><p>La l�gislation fran�aise est caract�ris�e par la coexistence de nombreux r�gimes de s�curit� sociale dont les prestations � � l�exception des assurances maladie et maternit�, qui tendent vers une certaine parit� �</p><p>sont tr�s variables : un r�gime g�n�ral pour les salari�s des professions non agricoles (assurance contre les accidents du travail, assurances sociales et prestations familiales) ; un r�gime agricole, dont la gestion est confi�e � la mutualit� sociale agricole (prestations familiales des salari�s et des exploitants, accidents du travail des salari�s, assurances sociales des salari�s, assurance vieillesse des salari�s ; la mutualit� sociale agricole participe � la</p><p>gestion des assurances maladie, maternit�, d�c�s et invalidit� ainsi qu�� celle de l�assurance accidents du travail des exploitants) ; un r�gime des mines ; un r�gime des fonctionnaires ; un r�gime des marins ; un r�gime des clercs de notaires ; un r�gime des industries �lectriques et gazi�res (les affili�s sont parfois couverts par le r�gime g�n�ral en ce qui concerne les prestations en nature maladie et maternit�), etc. ; des r�gimes vieillesse autonomes pour les non-salari�s des professions artisanales, industrielles ou commerciales et des professions lib�rales ; un r�gime d�assurance maladie et maternit� des non-salari�s des professions non agricoles ; un r�gime d�assurance maladie, maternit�, d�c�s et invalidit� ainsi qu�un r�gime d�assurance contre les accidents du travail pour les exploitants agricoles.</p><p>Il existe �galement, au sein du</p><p>r�gime g�n�ral, des r�gimes particuliers d�assurance maladie et maternit� pour les �tudiants ainsi que pour les m�decins, chirurgiens-dentistes et auxiliaires m�dicaux conventionn�s.</p><p>Coexistent avec ces divers r�gimes de base des r�gimes compl�mentaires, dont les uns sont obligatoires (dans certaines professions) et les autres facultatifs. Les personnes non couvertes par l�un ou l�autre de ces r�gimes peuvent contracter une assurance volontaire aupr�s de certains d�entre eux ou d�un organisme priv� (compagnie d�assurance ou mutuelle). Il est pr�vu que les r�gimes seront progressivement harmonis�s afin d�assurer une protection de base commune � tous les Fran�ais au 1er janvier 1978 au plus tard.</p><p>Le risque de ch�mage n�est pas en France � contrairement � ce qui est pr�vu dans certains pays � couvert par la s�curit� sociale. Alors que les services de l�aide* sociale versent des secours aux ch�meurs les plus d�favoris�s, des organisme priv�s (les A. S. S. E. D. I. C., coiff�es par l�U. N. E. D. I. C.) versent aux ch�-</p><p>meurs de la plupart des professions des allocations sans qu�il soit tenu compte de leurs ressources, allocations compl�t�es aujourd�hui, dans certains cas, par une garantie de salaire per�u pendant un an.</p><p>Le financement</p><p>On peut �valuer � 278 milliards l�ensemble des d�penses des Fran�ais affect�es � leur protection sociale � travers la s�curit� sociale en 1976. Les l�gislateurs disposent de trois modes de financement possibles : 1o les cotisations personnelles des assur�s (for-faitaires en Grande-Bretagne, proportionnelles � tout ou partie des salaires ou des revenus en France) ; 2o les cotisations des employeurs ; 3o l�imp�t (en Nouvelle-Z�lande, d�s 1938, l�imp�t sur le revenu des personnes et des so-ci�t�s �tait seul retenu ; dans la plupart des autres pays, l��tat subventionne les r�gimes de s�curit� sociale ou certains d�entre eux en leur affectant soit une fraction des recettes budg�taires, soit tout ou partie de certaines recettes, dites � affect�es �).</p><p>Un grave probl�me de financement s�impose � la s�curit� sociale fran�aise, face � l�accroissement massif et rapide de ses charges, le d�ficit devant d�passer 13 milliards de francs en 1977.</p><p>Suivant le mode de financement</p><p>adopt�, la s�curit� sociale peut ou non r�aliser le transfert souhait� par lord Beveridge (v. transferts sociaux). Elle est alors mise au service de la justice sociale, si elle s�assortit, dans des</p><p>limites raisonnables, d�une certaine redistribution des revenus.</p><p>R. M.</p><p>F Accidents du travail / Assurances sociales /</p><p>D�c�s (assurance) / Familiale (politique) / Invalidit� (assurance) / Maladie (assurance) / Maternit� (assurance) / Sant� / Transferts sociaux / Travail (droit du) / Vieillesse (assurance).</p><p>W. H. Beveridge, Full Employment in a Free Society (Londres, 1944). / A. Getting, la S�curit� sociale (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1948 ; 9e �d., 1973). / P. Durand, la Politique contemporaine de s�curit� sociale (Dalloz, 1953). / A. Venturi, I fondamenti scientifici della sicurezza sociale (Milan, 1954). / E. M. Burns, Social Security and Public Policy (New York, 1956). / J. Doublet et G. Lavau, S�curit� sociale (P. U. F., 1957 ; 5e �d., 1972). / F. Netter, la S�curit� sociale et ses principes (Sirey, 1960). / S�curit� sociale et conflits de classe (�d. ouvri�res, 1962). / J. J. Dupeyroux, S�curit� sociale (Dalloz, 1965 ; 5e �d., 1973) ; Droit de la S�curit� sociale (Dalloz, 1975). / J. R. Debray (sous la dir.</p><p>de), S�curit� sociale, �volution ou r�volution ?</p><p>(P. U. F., 1968). / J. Ghestin, S�curit� sociale (Dalloz, 1969). / R. Jambu-Merlin, la S�curit� sociale (A. Colin, coll. � U �, 1970). / H. Hatzfeld, Du paup�risme � la s�curit� sociale, 1850-1940</p><p>(A. Colin, 1971). / R. Bonnet, les R�glements de s�curit� sociale de l�Europe des Neuf (la Documentation fran�aise, 1974).</p><p>downloadModeText.vue.download 36 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>9991</p><p>Bref historique de la S�curit� sociale</p><p>en France</p><p>AVANT LA LOI DE 1898 SUR LES</p><p>ACCIDENTS DU TRAVAIL</p><p>L�histoire des � r�gimes sociaux � regroup�s aujourd�hui dans la S�curit� sociale s�amorce en France au XIXe s. lors de la premi�re r�volution* industrielle.</p><p>Deux groupes de risques (l�accident du travail et la maladie professionnelle, d�une part ; l�invalidit�, la maladie, la vieillesse, le d�c�s, non li�s directement � l�activit� professionnelle, par ailleurs) et une situation familiale sp�ciale (la survenance d�enfants) sont, d�s cette �poque, pris en consid�ration dans certains cas. Mais l�histoire de ces</p><p>� r�gimes � au XIXe s. se caract�rise par deux traits : un droit tr�s elliptique, jalonn� par quelques rares textes, d�abord ; le r�le de l�initiative priv�e, d�autre part, nettement pr�dominant.</p><p>y La garantie du travailleur contre l�accident retient pr�cocement l�attention.</p><p>L�horreur de l�accident dans la mine frappe les esprits : un d�cret de 1813 fait obligation sp�ciale aux patrons des houill�res de fournir � leurs ouvriers bless�s des secours m�dicaux et des m�dicaments.</p><p>L�article 1382 du Code civil est le seul � permettre, � cette �poque, l�action en dommages et int�r�ts.</p><p>C�est dans un souci patronal d��chapper aux recours et actions en justice qu�il faut voir la naissance des premi�res caisses de secours, qui sont plut�t des organismes d�assurances � cet �gard. Aux mines de Bess�ges, une caisse, dont la cr�ation remonte � 1843, a d�abord fonctionn� gr�ce aux cotisations ouvri�res, aux amendes disciplinaires et � quelques dons ou subventions de la compagnie elle-m�me. En 1869, la compagnie s�engage � l�alimenter en m�me proportion que les ouvriers, soit 3 p. 100 des salaires, et les prestations assur�es par la caisse sont �largies. En 1882, pour 111 317 individus employ�s par les mines, les caisses �tablies par le patronat profitent � 98 p. 100 d�entre eux.</p><p>y Le travailleur �g� retient �galement l�attention des milieux industriels. On peut d�celer dans les rangs du patronat, d�s le milieu du XIXe s., l�id�e selon laquelle le</p><p>salaire proprement dit, r�sultant des lois de la concurrence*, ne suffit pas � garantir totalement l�existence du travailleur, notamment pendant les p�riodes d�inactivit� dues � la maladie ou � l��ge : il convient d�y pourvoir par d�autres � circuits � que celui du salaire.</p><p>Une loi du 18 juin 1850 cr�e la Caisse nationale de retraites pour la vieillesse, g�r�e par la Caisse des d�p�ts et consignations et subventionn�e par l��tat : elle est cr��e pour recevoir des �pargnes volontaires de particuliers d�sireux de b�n�ficier d�une rente viag�re. Le second Empire conna�t un grand d�veloppement des mutuelles, mais ce syst�me demeure facultatif, c�est le r�gime de la � libert� subsidi�e �.</p><p>y Une allocation journali�re de 0,10 F par enfant est accord�e, en 1862, aux inscrits maritimes ayant plus de cinq ans de service. L�entreprise Klein � Vizille cr�e des allocations en 1884. Ces efforts contribuent certainement � la naissance de la l�gislation de l�entre-deux-guerres g�n�ralisant les allocations familiales.</p><p>DE 1898 � NOS JOURS</p><p>Cette seconde p�riode se caract�rise par une floraison de textes, les pouvoirs publics prenant la rel�ve des initiatives priv�es. Trois syst�mes doivent �tre soigneusement distingu�s.</p><p>y Les accidents du travail et</p><p>les maladies professionnelles</p><p>y L�accident du travail. Le Code civil (art. 1382 et suivants), si l�on excepte la l�gislation mini�re, est le seul texte, avant 1898, � s�appliquer aux accidents du travail. Mais le principe selon lequel � tout fait quelconque de l�homme qui cause � autrui un dommage oblige celui par la faute duquel il est arriv� � le r�parer � est litt�-</p><p>ralement insuffisant � prot�ger concr�tement l�ouvrier accident� : la responsabilit� de l�employeur reposant sur la notion de � faute � (toujours difficile � prouver), et l�absence de faute (le � cas fortuit �, la</p><p>� force majeure �) l�en exemptant, le dommage ne peut pratiquement �tre r�par� dans un grand nombre de cas ; aussi le l�gislateur de 1898 fonde-t-il la responsabilit� sur la notion de � risque professionnel �, mais plafonne cependant la r�para-</p><p>tion � hauteur d�un forfait.</p><p>La loi de 1898 n�applique la r�paration des dommages caus�s aux travailleurs que dans l�industrie du b�timent, les mines, les manufactures, les chantiers, les entreprises de transports, les magasins publics, les carri�res. Le 30 juin 1899 et le 15 juillet 1914, des lois �tendent ce domaine aux exploitations agricoles et foresti�res, les exploitations commerciales �tant inclues le 12 avril 1906, une loi du 2 ao�t 1923 �tendant la l�gislation de 1898 � de nouvelles cat�gories de travailleurs.</p><p>La loi du 1er juillet 1938 s�pare la question de la r�paration de l�accident de celle de la nature de l�activit� professionnelle, d�cidant que la l�gislation des accidents du travail s�appliquerait � � quiconque aura prouv� par tous moyens qu�il ex�cu-tait � un titre quelconque, m�me d�essai ou d�apprentissage, un contrat, valable ou non, de louage de services �.</p><p>y La maladie professionnelle. Une loi du 25 octobre 1919 �tend le domaine de la loi de 1898 aux maladies professionnelles, sous r�serve d�une �num�ration limitative : ainsi, non seulement l�� accident �</p><p>proprement dit, mais encore le trouble physiologique trouvant sa source dans l�activit� du travailleur sont couverts.</p><p>y L�int�gration des accidents du travail et des maladies professionnelles dans le cadre d�un plan de S�curit� sociale. La loi du 30 octobre 1946 int�gre les maladies professionnelles et les accidents du travail dans un plan g�n�ral de S�curit� sociale adopt�, apr�s la Lib�ration, par l�ordonnance du 4 octobre 1945. La r�paration n�est plus due par un employeur, individuellement responsable (et facultative-ment assur�), mais dans le cadre d�un plan global ; par ailleurs, on d�passe la seule r�paration pour r�aliser la r�adaptation et d�velopper la pr�vention.</p><p>y Les risques � non</p><p>professionnels �</p><p>Ce r�gime veut pr�venir les assur�s contre les risques (dont est tributaire tout �tre humain sans exception) constitu�s par la maladie et l�invalidit�, la maternit�, la vieillesse et le d�c�s, �v�nements non li�s en eux-m�mes � l�exercice d�une profession.</p><p>y La vieillesse semble l�un des premiers</p><p>� risques � couverts : une loi du 25 f�vrier 1914 institue une Caisse autonome des retraites. Les retraites des personnels de transports ferroviaires sont organis�es par des lois du 21 juillet 1909 et du 22 juillet 1922.</p><p>Le premier essai de g�n�ralisation de l�assurance vieillesse obligatoire pour tous les salari�s est tent� par la loi du 5 avril 1910 sur les retraites ouvri�res et paysannes, qui fait un pas vers le caract�re obligatoire de l�affiliation � des r�gimes de pr�voyance, l�assur�, l�employeur et l��tat contribuant aux versements. Le syst�me cependant est mal tol�r� par les partenaires sociaux.</p><p>y La loi du 5 avril 1928, modifi�e par la loi du 30 avril 1930, et deux d�crets-lois des 28 et 30 octobre 1935 r�alisent enfin, durant l�entre-deux-guerres, les r�formes n�-</p><p>cessaires. Les risques maladie, maternit�, invalidit�, vieillesse et d�c�s sont couverts par une cotisation unique. Les caisses demeurent des organismes de cr�ation libre.</p><p>y L�ordonnance du 19 octobre 1945 et le d�cret du 29 d�cembre portant r�glement d�administration publique refondent les risques non professionnels, les int�grant dans le plan global de S�curit� sociale ; mais celui-ci s�applique � des � salari�s �, et c�est seulement la loi du 22 mai 1946</p><p>qui d�cide l�application � l�ensemble de la population, m�me non salari�e, de toute la S�curit� sociale.</p><p>y La l�gislation relative</p><p>aux allocations familiales</p><p>C�est la Premi�re Guerre mondiale qui suscite un effort r�el de coordination dans ce domaine, cependant que des dirigeants d�entreprise (Romanet � Grenoble, le patronat textile dans le Nord) montrent le chemin. L�intervention l�gislative se manifeste avec la loi du 11 mars 1932, qui rend l�institution d�allocations familiales obligatoire en faveur des salari�s ayant un ou plusieurs enfants � charge, les allocations �tant vers�es jusqu�� l��ge de seize ans si l�enfant poursuit ses �tudes ou est mis en apprentissage. Le Code de la famille du 29 juillet 1939 r�forme la loi de 1932.</p><p>La loi du 22 ao�t 1946 op�re une refonte compl�te des allocations familiales en int�grant celles-ci dans le cadre g�n�ral</p><p>du plan de S�curit� sociale, adoptant le principe, cependant, de l�autonomie des caisses d�allocations familiales.</p><p>J. L.</p><p>O� en est la mutualit�</p><p>en France ?</p><p>Il semble bien qu�en tout lieu et en tout temps les travailleurs d�une m�me profession � et, mais plus rarement cependant, les habitants d�une m�me localit� � aient constitu� des associations* pratiquant une v�ritable assistance entre leurs membres.</p><p>Sans vouloir remonter aux constructeurs du temple de Salomon, aux �ranos grecs ou aux coll�ges romains, on peut �voquer ici les compagnonnages de l�Europe corporative et les soci�t�s de secours mutuels des d�buts du capitalisme moderne.</p><p>Mais ces groupements n�ayant pas toujours su ou voulu �viter les tentations de l�activit� politique, leur d�veloppement a souvent �t� ralenti, sinon entrav�, par les gouvernants.</p><p>Quoi qu�il en soit, de tels groupements ont permis de roder la notion de mutualit�, qui repose sur la constitution d�une �pargne collective aliment�e par des cotisations r�guli�res des adh�rents, les sommes ainsi mises de c�t� �tant ensuite r�parties entre les seuls adh�rents atteints par la survenance de certains risques.</p><p>Deux institutions sont issues de ces exp�-</p><p>riences : l�assurance d�abord, la s�curit� sociale ensuite. Il n�est toutefois pas possible d�opposer d�une mani�re absolue ces deux institutions sous pr�texte que l�une serait facultative et l�autre obligatoire (l�assurance automobile � risques aux tiers � est obligatoire, mais continue d��tre g�r�e par l�ensemble des compagnies d�assurances) ou que l�une viserait � r�aliser des profits alors que l�autre n�a pas de but lucratif (diverses soci�t�s d�assurance du droit commun ont conserv� une d�nomination mutualiste et s�affirment sans objet lucratif ; certains r�gimes de s�curit� sociale ont admis dans un pass� r�cent ou admettent m�me encore que leurs assujettis choisissent librement leur organisme assureur, plusieurs compagnies de statut capitaliste ayant � cet effet cr�� en leur sein des sections sp�cialis�es et sans but lucratif). Il convient �galement de rappeler qu�a �t� constitu�e en 1945 une Union des caisses centrales de mutualit� agri-</p><p>cole (U. C. C. M. A.), qui coiffe, en quelque sorte, l�ensemble des organismes de mutualit� agricole (compagnies d�assurance mutuelle privil�gi�es par la loi en 1900) et les organismes de mutualit� sociale agricole charg�s de g�rer la S�curit� sociale des professions agricoles (� l�exception de l�assurance contre les accidents du travail des exploitants).</p><p>Au cours du XIXe s., le d�veloppement du capitalisme s�est accompagn� d�une prolif�ration de soci�t�s de secours mutuels particuli�rement en Grande-Bretagne �</p><p>puis dans les autres pays anglo-saxons �, en Allemagne et en Belgique. En France, le mouvement mutualiste ne s�est vraiment d�velopp� (en dehors d�une courte p�riode apr�s 1848) qu�� partir de la loi de 1898, mais les mutualistes fran�ais sont rest�s r�ticents en ce qui concerne le montant de leurs cotisations ; c�est ainsi qu�en 1909 Charles Gide pouvait �crire de la solidarit� mutualiste qu�elle constituait surtout un pr�texte pour les mutualistes downloadModeText.vue.download 37 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>9992</p><p>� de demander � l��tat, aux communes et aux membres honoraires de compl�ter ce qu�ils ne font pas eux-m�mes �.</p><p>Les premi�res l�gislations d�assurance maladie avaient fait une part assez large aux mutuelles, mais l�effort d�unification r�alis� � apr�s la Seconde Guerre mondiale � lors du passage de la notion d�assurances sociales � celle de s�curit� sociale a conduit la plupart des pays � supprimer ou � r�duire le r�le de ces mutuelles ; en effet, si � la formule mutualiste est vivante lorsque la mutualit� est spontan�e, elle tend � perdre ce caract�re dans un r�gime d�assurances obligatoires � (Paul Durand).</p><p>En France, depuis 1945, la mutualit� en tant que telle joue un r�le relativement secondaire dans la gestion de la s�curit� sociale non agricole (il est vrai qu�� la veille de la r�forme de 1945, alors que les assur�s pouvaient librement choisir leur caisse d�affiliation, les 176 caisses mutualistes d�assurances sociales groupaient 1 615 000 assur�s seulement sur un total de presque 7 millions et demi, alors que les 86 caisses d�partementales comptaient</p><p>pr�s de 4 millions d�adh�rents). N�anmoins, le nouveau statut donn� en 1945 � la mutualit� fran�aise a rendu � celle-ci une nouvelle jeunesse.</p><p>� Les soci�t�s mutualistes sont des groupements qui, au moyen de cotisations de leurs membres, se proposent de mener dans l�int�r�t de ceux-ci et de leurs familles une action de pr�voyance, de solidarit�, d�entraide visant notamment : 1o la pr�-</p><p>vention des risques sociaux et la r�paration de leurs cons�quences ; 2o l�encouragement de la maternit� et la protection de l�enfance et de la famille ; 3o le d�veloppement moral, intellectuel et physique de leurs membres. � L�objet premier de ces mutuelles est constitu� par le versement de prestations en cas de maladie et de maternit�, dont elles fixent librement le montant ; pour ceux de leurs adh�rents qui b�n�ficient d�un r�gime obligatoire de s�curit� sociale, le montant total des prestations en nature per�ues au titre de la s�-</p><p>curit� sociale et de la mutualit� ne peut, en principe, jamais �tre sup�rieur au co�t des soins dispens�s. Sauf � se contenter du versement d�allocations assez faibles, les mutuelles qui d�sirent couvrir les risques de vieillesse, d�invalidit� ou d�accidents sont tenues soit de s�assurer aupr�s de la Caisse nationale de pr�voyance, soit de constituer des caisses autonomes soumises � une r�glementation et � un contr�le tr�s stricts.</p><p>De nombreuses mutuelles ont cr�� des oeuvres sociales : dispensaires, maternit�s, consultations de nourrissons, maisons de cure, de repos ou de retraite, cliniques chirurgicales, cabinets dentaires, services d�aide familiale, services �ducatifs, de tourisme, de jardins ouvriers ou d�obs�ques, etc. ; des accords ont souvent �t� conclus avec des cliniques priv�es ; des efforts ont �t� accomplis en mati�re de construction ou d�am�lioration de l�habitat.</p><p>� l�exception de l�ouverture de nouvelles pharmacies mutualistes, frein�e sinon entrav�e du fait de l�opposition des pharmaciens d�officine, les diverses activit�s de la mutualit� moderne ont �t� encourag�es par les pouvoirs publics sous des formes diverses : subventions, pr�ts, exon�rations fiscales, taux d�int�r�t privil�gi� pour les fonds d�pos�s � la Caisse des d�p�ts et consignations, possibilit� de recevoir des cotisations de membres hono-</p><p>raires ainsi que des dons, etc. Par ailleurs, les mutuelles peuvent, surtout depuis 1947, �tre utilis�es par les caisses primaires d�assurance maladie en qualit� de sections locales, de correspondants locaux ou d�entreprises ; leur intervention en qualit� de section locale est m�me obligatoire en ce qui concerne les fonctionnaires.</p><p>Les mutuelles peuvent constituer entre elles des unions d�affinit� ainsi que des unions d�partementales ou nationales. Sur le plan national, la F�d�ration nationale des organismes mutualistes, par l�interm�diaire des unions d�partementales ou nationales, joue un r�le de documentation, de coordination, de propagande et de d�fense des int�r�ts mutualistes et g�re des services � caract�re national (vieillesse, invalidit� et d�c�s). Enfin, un Conseil sup�rieur de la mutualit� si�ge aupr�s du ministre de tutelle de la S�curit� sociale ; compos� d�administrateurs des organismes mutualistes, de parlementaires, de repr�sentants des administrations, des syndicats ouvriers et des syndicats m�dicaux, il g�re le Fonds national de solidarit� et d�action mutualiste.</p><p>Si le nombre des mutuelles s�est r�duit de pr�s de 23 000 en 1930 � lors de la cr�ation des assurances sociales � � environ 11 000, le nombre des mutualistes atteint pr�s de 40 millions contre un peu plus de 7 millions en 1930 (plus de 80 p. 100 des mutualistes sont des salari�s, pourcentage �clairant la finalit� de la mutualit�).</p><p>L�importance de ces diverses soci�t�s est tr�s variable, puisque moins de 300 d�entre elles ont vers� 80 p. 100 des prestations mutualistes (les prestations maladie repr�-</p><p>sentent � elles seules environ 90 p. 100 de l�ensemble).</p><p>R. M.</p><p>Sedan</p><p>Ch.-l. d�arrond. des Ardennes, sur la Meuse ; 25 430 hab. (Sedanais). Centre textile et m�tallurgique.</p><p>C�est seulement � partir du XIIIe s.</p><p>que la ville de Sedan appara�t dans l�histoire, en tant qu�avouerie des abb�s de Mouzon. Cette abbaye fut �prement disput�e par les puissants f�odaux qu��taient alors les �v�ques de Reims et les �v�ques de Li�ge.</p><p>Le roi Charles V, en 1379, r�unit � la couronne de France Sedan et l�abbaye de Mouzon, � la suite d�un �change, mais son successeur, Charles VI, les c�dait quelques ann�es plus tard � Guillaume de Braquemont, et le fils de ce dernier s�en dessaisit en 1424 au profit d�Evrard III de La Marck.</p><p>Les La Marck �rig�rent Sedan</p><p>en principaut� ; �galement ducs de Bouillon, ils particip�rent activement aux guerres de Religion lorsque Henri Robert de La Mark se fut converti au protestantisme. Sedan devint alors un foyer du calvinisme dans l�est de la France, et au XVIIe s. son acad�mie protestante s�illustrera de noms c�l�bres tels que ceux de Pierre Bayle (1647-1706) et de Pierre Jurieu (1637-1713).</p><p>Sous Henri IV, la principaut�, par le mariage en 1591 de Charlotte de La Marck, derni�re du nom, passa � Henri de La Tour d�Auvergne, vicomte de Turenne et duc de Bouillon (1555-1623). En 1642, son fils, le prince Fr�-</p><p>d�ric Maurice (1605-1652), fr�re du grand Turenne, qui avait �t� compromis dans le complot de Cinq-Mars, se vit confisquer sa principaut� par Richelieu. Le mar�chal Abraham de Fabert (1599-1662) en prit possession au nom de Louis XIII et devint le premier gouverneur de la ville, dont il s�effor�a de restaurer l�industrie drapi�re.</p><p>Sedan conserva cependant un gou-</p><p>vernement particulier ind�pendant de celui de Champagne. La ville �tait le si�ge d�un bailliage, d�une ma�trise des Eaux et For�ts, d�une �lection relevant de l�intendance des Trois-�v�ch�s, tandis que son tribunal pr�sidial relevait de celui de Metz.</p><p>Au cours de la guerre de 1870,</p><p>Sedan vit la reddition de Napol�on III au roi de Prusse, le 2 septembre. L�empereur se trouvait en effet � l�arm�e de Ch�lons, command�e par Mac-Mahon, qui voulut se porter au secours de Bazaine enferm� dans Metz. Mais il ne put y parvenir, malgr� de terribles batailles et des actions h�ro�ques (combat de Bazeilles, charge des chasseurs d�Afrique), ses troupes ayant �t� �cras�es par la puissante artillerie allemande. La nouvelle de la capitulation</p><p>de l�arm�e de Sedan provoqua la chute du r�gime imp�rial et la proclamation, � Paris, de la IIIe R�publique, le 4 septembre 1870.</p><p>Pendant la Premi�re Guerre mon-</p><p>diale, Sedan fut occup� par les troupes allemandes. La France subit une nouvelle d�faite dans la r�gion de Sedan, en mai 1940, lorsque les blind�s allemands (Panzerdivisionen) op�r�rent une perc�e dans une r�gion que l�on croyait inaccessible aux troupes moto-ris�es. Du 13 au 15 mai, le corps de Guderian parvenait � s�parer les IXe (Corap) et IIe (Huntziger) arm�es fran-</p><p>�aises, ce qui permit aux Allemands d�envahir tout l�est, puis le nord de la France.</p><p>P. P. et P. R.</p><p>F Ardennes / Champagne-Ardenne / Franco-allemande (guerre).</p><p>Sef�ris</p><p>(Ghe�rghios)</p><p>Po�te grec (Smyrne [auj. Izmir] 1900 -</p><p>Ath�nes 1971).</p><p>N� d�un p�re juriste, Ghe�rghios Seferi�dis, qui �crira sous le nom de Sef�ris, passe son enfance dans sa ville natale. En 1914, sa famille s�installe � Ath�nes. De 1918 � 1924, le jeune Sef�ris vit � Paris, o� il fait des �tudes de droit. En 1926, il entre comme attach� au minist�re grec des Affaires �trang�res. C�est le d�but d�une longue carri�re diplomatique qui le m�nera dans plusieurs pays et qui s�ach�vera � Londres, o� le po�te sera ambassadeur de Gr�ce de 1957 � 1962.</p><p>Pendant ses ann�es de jeunesse,</p><p>Sef�ris sera particuli�rement int�ress� par la lecture des po�tes fran�ais (Laforgue, Val�ry), de E. Pound*, puis par celle, d�une importance d�cisive, de T. S. Eliot*. En 1928, il traduit la Soir�e avec Monsieur Edmond Teste, en 1936 la Terre vaine. Il publiera par la suite, parall�lement � sa propre po�sie, plusieurs traductions qui sont de v�ritables recr�ations, ainsi qu�un certain nombre de remarquables essais critiques. Il re�ut le prix Nobel de litt�-</p><p>rature en 1963.</p><p>Son premier recueil para�t en 1931, le dernier en 1966. En 1970, il publie un nouveau po�me, tr�s amer, une parabole qui illustre la situation de la Gr�ce, les Chats de saint Nicolas. Peu auparavant, en mars 1969, cet homme r�serv�, voire conservateur, avait par une d�claration publique fustig� le r�gime militaire impos� alors � son pays. Sur les � aspalathes �, �crit peu avant sa mort, est un tr�s court po�me qui �voque, par le d�tour antique, un tyrannicide.</p><p>D�j� avec Strophe (1931), Sef�ris appara�t comme un cr�ateur original ; il est l�a�n� d�une pl�iade de jeunes po�tes qui ont renouvel� � et repens�</p><p>� l�expression po�tique pendant les ann�es 30. Dans ce livre, le besoin d�une vie authentique, la nostalgie d�un</p><p>� paradis vert � se cristallisent autour du th�me de l�amour : � O� est l�amour qui coupe le temps en deux d�un seul coup et le p�trifie ? � L��blouissement downloadModeText.vue.download 38 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>9993</p><p>et le d�sespoir dans l�amour, le sentiment d�une usure inexorable se retrouvent dans le po�me le plus brillant du recueil, Eroticos Logos (� Discours d�amour �). Ce pessimisme devient m�ditation sur la vanit� des choses et impasse existentielle dans la Citerne (1932) : � Nous mourons, et meurent aussi nos dieux. �</p><p>� partir de Mythistoire (1935), sa po�sie est plus synth�tique, les r�f�-</p><p>rences gagnent en ampleur, les symboles s�approfondissent. Une jonction de la destin�e du po�te et de celle de son pays et du monde s�effectue, ce qui donnera la dimension historique et sociale de son oeuvre. Ainsi, l�angoisse diffuse des premiers textes se concr�-</p><p>tise-t-elle. D�autre part, le po�te adopte le vers libre, et son langage atteint la rigueur et la puret� qui caract�riseront tous les recueils suivants : Cahier d��tudes (1940), qui regroupe des textes �crits entre 1928 et 1937 ; Journal de bord - I (1940), o� l�on peut lire, entre autres, l�admirable Roi d�Asin�,</p><p>ainsi que des vers proph�tiques quant aux horreurs � venir ; Journal de bord -</p><p>II (publi� en 1944 � Alexandrie, o� Sef�ris avait suivi le gouvernement grec en exil), po�mes poignants et souvent ironiques, dans lesquels on trouve l��cho de la guerre, les souffrances �</p><p>et d�j� ceux qui cherchent � � tirer profit du sang des autres �.</p><p>Tous ces livres sont comme des articulations d�un m�me po�me, domin� par certaines constantes comme le destin tragique de l�hell�nisme, le paysage grec, la pr�sence des compagnons perdus, l�angoisse devant l�usure, la qu�te de la lumi�re.</p><p>Le d�racinement des communaut�s</p><p>hell�niques des c�tes orientales de la mer �g�e, apr�s la d�faite grecque en Asie Mineure (1922), marque le po�te, mais ce n�est l�, pr�cise-t-il, qu�un des �pisodes d�une longue odyss�e. L�exil est l�un des p�les de sa th�matique : exil par rapport � la terre natale, exil par rapport � la Gr�ce (il passera la plus grande partie de sa vie d�adulte � l��tranger), enfin exil dans son propre pays, ce pays � qui n�est plus le n�tre, ni le v�tre non plus �.</p><p>Th�me de l�exil, du voyage interminable, th�me de l��ternel retour dans un pays qui � est reclos � et que � les deux noires Sympl�gades enferment �. La s�cheresse du paysage renvoie au dess�chement de la vie, � ces corps � qui ne savent plus comment aimer �. On voit d�j� les statues, corps p�trifi�s, on retrouve les pierres bris�es, les ruines antiques ; ce monde est un h�ritage qui p�se lourdement sur le po�te, qui le hante, mais qui le rassure en m�me temps : remonter dans l�histoire, c�est chercher une r�f�rence, un mythe commun, les racines arrach�es, une identit� : � Cette t�che est ardue, les vivants ne me suffisent pas [...] / j�ai besoin de questionner les morts / pour pouvoir avancer plus loin. �</p><p>La conscience du drame de son</p><p>pays et l�interrogation existentielle se rejoignent dans la Grive, po�me �crit entre deux guerres civiles, en 1946. Le titre vient du nom d�un bateau coul� pendant la guerre ; le navire naufrag�, un univers de mort et de transparence,</p><p>inspire au po�te une synth�se qui englobe tous ses phantasmes et traduit de la fa�on la plus compl�te sa vision du monde. Et c�est en �voquant la mort qu�il reparle, � la fin du livre, de l�amour qui �merge, telle une synth�se des contraires, dans la � lumi�re ang�lique et noire � : � Chante, petite Antigone, chante... / Je ne parle pas du pass�, je parle de l�amour. Orne tes cheveux avec les ronces du soleil,</p><p>/ fille obscure. / Le coeur du Scorpion s�est couch�, / le tyran a quitt� le sein de l�homme. � Pour un court moment,</p><p>� celui qui n�a jamais aim�, aimera /</p><p>dans la lumi�re �. Apr�s, c�est de nouveau la vision de la fin in�luctable :</p><p>� Tes yeux vont se vider de la lumi�re du jour, / ainsi que se taisent, tout d�un coup, ensemble les cigales. �</p><p>En 1955 para�t Chypre o� l�oracle..., devenu ensuite Journal de bord - III, �crit � Chypre, o�, comme dit le po�te,</p><p>� le miracle fonctionne encore �. Se-f�ris rend hommage aux hommes de cette �le, � ses l�gendes, � sa riche histoire, depuis l�Antiquit� et le Moyen �ge jusqu�aux combats r�cents contre les Anglais. Il trouve ici des tons plus vibrants, dans des po�mes impr�gn�s de sensualit�, pour faire parler les sites et les vieilles chroniques, pour �voquer des combats justes et meurtriers, des d�sillusions, et aussi, encore une fois, le combat �ternel et vain de l�homme qui � dilapide tant d�ann�es en vue de mourir �. Tout cela compens� par cette voix lumineuse qui �merge du fond de l�histoire humaine, telle une Anadyo-m�ne : � La r�surrection viendra ; / la ros�e de ce matin scintillera, comme les arbres brillent le printemps. / Et de nouveau la mer... Aphrodite une nouvelle fois jaillira de la vague ; / nous sommes cette graine qui p�rit. �</p><p>Trois Po�mes secrets (1966) est son dernier livre. Ici sont refondus tous les �l�ments de sa po�sie, la lumi�re avant tout, mais avec une dimension mystique. C�est le dialogue du po�te avec la mort. � pr�sent, � les �mes se h�tent � se s�parer du corps / elles ont soif et ne trouvent de l�eau nulle part ;</p><p>/ elles se collent ici et l� au hasard /</p><p>des oiseaux pris au gluau �. Il s�agit d�un livre d�adieu o� Sef�ris fait aussi son testament sur la vie et sur la po�sie,</p><p>car � ta vie est ce que tu as donn�, / ce vide est ce que tu as donn� / le papier blanc �.</p><p>Pour terminer, il faut souligner l�importance de la langue dans l�oeuvre de Sef�ris, le grec moderne populaire (dit � d�motique �), qu�il travaillera inlassablement dans sa po�sie comme dans sa prose. Sa langue est d�une simplicit�, d�une sobri�t�, d�une puret� remarquables. Amour du concret, m�-</p><p>fiance devant ce qui est � po�tique �, rapport sensuel avec les mots. Pour le po�te, l�exercice de la langue est une �thique, une responsabilit� nationale, et la langue grecque se confond avec la m�moire historique, car � la nature de la langue est la nature d�une mentalit� collective de morts et de vivants qui nous contient �. Aucun enjolivement, aucune parure : � Je ne demande rien d�autre que de parler simplement, que cette gr�ce me soit accord�e. / Notre chant, nous l�avons surcharg� de tant de musiques / qu�il s�est englouti peu � peu / et nous avons tellement enjoliv� notre art / que son visage s�est noy� dans les dorures. / Et il est temps de dire les quelques paroles / que nous avons � dire : demain notre �me hisse la voile. �</p><p>C. P.</p><p>A. Mirambel, Georges Sef�ris (Les Belles Lettres, 1965).</p><p>S�f�vides</p><p>Dynastie qui a r�gn� sur l�Iran* de 1502 � 1736.</p><p>Les origines</p><p>Les origines v�ritables de cette dynastie ne sont pas bien connues. Cependant, il est maintenant admis que les S�f�vides sont de souche iranienne, kurde peut-</p><p>�tre. Les rois de cette lign�e, gr�ce � une efficace propagande, r�pandirent la conviction, encore vivace jusqu�� une date r�cente, qu�ils �taient seyyed-e ho-seyni, c�est-�-dire descendants du c�t� paternel de �Al&#x12B; ibn Ab&#x12B; &#x1E6C;&#x101;lib, cousin et gendre du proph�te de l�isl&#x101;m, et du c�t� maternel de Chahr b&#x101;nu, fille de Yazdgard III (632-651), le dernier empereur sassanide (le mariage de</p><p>l�im&#x101;m &#x1E24;usayn avec Chahr b&#x101;nu, bien qu�admis par tous les ch&#x12B;�ites, n�est pas historiquement confirm� de fa�on certaine). L�int�r�t d�une telle g�n�alogie, forg�e par les rois s�f�vides, �tait manifeste : elle leur permettait de se proclamer les seuls et uniques h�ritiers l�gitimes de l�empire des Sassanides*</p><p>et des musulmans. Cette l�gitimit� constituait un argument de tr�s grand poids face non seulement aux sultans ottomans, qui se voulaient d�fenseurs de la loi orthodoxe (sunna), mais aussi aux kh&#x101;ns des Ouzbeks, qui, en tant que descendants de Gengis kh&#x101;n, consid�raient une grande partie de l�Orient comme leur fief h�r�ditaire.</p><p>Dans le m�me dessein, � savoir le renforcement de leur position face aux Ottomans* et aux Ouzbeks sunnites, les rois s�f�vides reni�rent la foi sunnite et d�truisirent ou falsifi�rent les documents relatant que leurs anc�tres, et en particulier Cheikh &#x1E62;af&#x12B; al-D&#x12B;n Ardab&#x12B;li, �taient sunnites ch&#x101;fi�ites.</p><p>Ce revirement �tait, dans leur optique, parfaitement logique : comment, en effet, auraient-ils pu concilier le fait d��tre sunnites avec leur volont� de se faire passer pour de dignes h�ritiers des im&#x101;ms d�pouill�s et martyri-s�s par les califes sunnites ? Qui plus est, le ch&#x12B;�isme* gagnait de plus en plus d�adeptes en Iran, et les sunnites persans, encore en majorit� au d�but du XVIe s., �taient fort peu z�l�s. La preuve en est dans leur conversion h�-</p><p>tive, presque instantan�e, au ch&#x12B;�isme.</p><p>Certes, ils firent l�objet de pressions dans ce sens ; il n�en reste cependant pas moins qu�ils accept�rent si profond�ment d�adh�rer au ch&#x12B;�isme qu�ils ne le reni�rent pas lorsque, par trois fois, sous Ism&#x101;�&#x12B;l II, sous les Afghans et sous N&#x101;dir Ch&#x101;h, ils en eurent la possibilit�.</p><p>Les d�buts de la dynastie</p><p>La v�ritable histoire des S�f�vides commen�a avec Cheikh &#x1E62;af&#x12B; al-D&#x12B;n Ardab&#x12B;li (1252 ou 1253-1334), qui fut un chef spirituel extr�mement v�-</p><p>n�r�. Il habitait la ville d�Ardabil dans l�Azerba�djan, mais sa renomm�e d�-</p><p>passa largement le cadre local puisqu�il fit des adeptes jusqu�en Anatolie et en Syrie. Parmi eux figuraient les tribus turcomanes, qui, par la suite, consti-</p><p>tu�rent la base de l�arm�e s�f�vide sous le nom de K�z�l Bach ou � T�tes rouges �. Les descendants de Cheikh &#x1E62;af&#x12B; non seulement travers�rent victorieusement l��poque des invasions de T&#x12B;m&#x16B;r Lang* (Tamerlan), mais ils r�ussirent encore � fortifier leur situa-downloadModeText.vue.download 39 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>9994</p><p>tion pendant la p�riode de d�clin des T&#x12B;m&#x16B;rides, suivie par leur chute et l�av�nement de leurs successeurs, les Karakoyunlu et les Akkoyunlu, qui mirent sous leur joug l�Iran occidental.</p><p>Pendant le r�gne des seconds, le chef s�f�vide &#x1E24;aydar �pousa la fille du roi Uzun Hasan (roi de 1441-1478) ; de cette union naquit (1487) Ism&#x101;�&#x12B;l, qui devint par la suite le premier roi s�f�-</p><p>vide Ch&#x101;h Ism&#x101;�&#x12B;l Ier (1502-1524). Les Akkoyunlu, inquiets de la puissance croissante des S�f�vides, cherch�rent � y mettre un terme en 1488 : le p�re de Ch&#x101;h Ism&#x101;�&#x12B;l, Cheikh &#x1E24;aydar, fut tu� et ses fils furent exil�s. Ce revers de fortune, qui aurait pu �tre fatal, ne freina que momentan�ment l�ascension des S�f�vides, gr�ce au soutien des adeptes que leur longue et minutieuse propagande avait form�s. Aid� de ses partisans K�z�l Bach, Ism&#x101;�&#x12B;l se lib�ra, et, au printemps 1501, infligea une grave d�faite aux forces akkoyunlu. Cette victoire lui valut de faire son entr�e dans la ville de Tabriz et de s�y proclamer roi sous le nom de Ch&#x101;h Ism&#x101;�&#x12B;l.</p><p>Son premier acte royal fut de d�clarer le ch&#x12B;�isme religion d��tat. Cette d�cision, qu�il s�effor�a par tous les moyens de rendre effective, fut l��v�-</p><p>nement le plus important de son r�gne : d�s lors, la Perse s��loigna davantage encore et de fa�on d�cisive du monde islamique.</p><p>Il est tr�s difficile de savoir si le bilan de cette rupture fut n�gatif ou positif pour l�Iran. Sans doute peut-on y trouver autant d�aspects b�n�fiques que n�fastes. Certains sont m�me totalement ambivalents ; par exemple, il est �vident que le ch&#x12B;�isme, par le nationalisme exacerb� qu�il engendra, entrava de fa�on d�finitive l�annexion</p><p>du pays par l�Empire ottoman, qui aurait favoris� son extension et celle de la culture iranienne dans cet empire. Il est tout aussi possible de consid�rer que les S�f�vides, en se dressant contre les Ottomans, sauv�rent l�Iran en l�emp�-</p><p>chant de se fondre graduellement dans cet empire. Le ch&#x12B;�isme de l��tat fut aussi l�une des causes d�terminantes de l�exode des intellectuels sunnites, lequel engendra en Perse une grave crise litt�raire, et, en privant le pays d�une partie de son � intelligentsia �, un appauvrissement de son rayonnement intellectuel. Pourtant, cette �migration fut � l�origine de la fantastique expansion de la langue persane en Inde.</p><p>Quelle que f�t la r�alit�, il est clair que l�Iran d�aujourd�hui est l�aboutissement de la politique religieuse des S�f�vides inaugur�e par Ch&#x101;h Ism&#x101;�&#x12B;l.</p><p>Pendant les dix premi�res ann�es de son r�gne, Ch&#x101;h Ism&#x101;�&#x12B;l conquit le reste de la Perse : en 1503, il annexa la presque totalit� de l�Iran central et m�ridional que contr�laient encore les derniers Akkoyunlu ; en 1504, il r�in-t�gra dans son royaume les provinces sud-caspiennes qui, depuis la conqu�te arabe, �voluaient quelque peu en marge de l�Iran du plateau ; entre 1505 et 1508, il prit Diyarbakir, puis Bagdad ; enfin, en 1510, il r�alisa la conqu�te du Khor&#x101;s&#x101;n, qui venait d��tre arrach� aux derniers T&#x12B;mur&#x12B;des par le prince ouzbek Mu&#x1E25;ammad Chayb&#x101;n&#x12B;, qui</p><p>perdit la vie au cours de la bataille qui l�opposa � Ch&#x101;h Ism&#x101;�&#x12B;l.</p><p>L�Empire ottoman, de plus en</p><p>plus puissant, ne pouvait pas tol�rer l�existence d�un �tat hostile, parce que ch&#x12B;�ite, sur son flanc oriental. En effet, il se trouvait alors menac� sur deux fronts : � l�est par les S�f�vides et � l�ouest par les chr�tiens. C�est pourquoi le sultan Selim Ier marcha sur l�Iran et parvint, dans la fameuse bataille de Tchaldiran (23 ao�t 1514), � �craser l�arm�e s�f�vide. Celle-ci, malgr� la bravoure de Ch&#x101;h Ism&#x101;�&#x12B;l et de ses K�z�l Bach, fut totalement an�antie par l�artillerie et l�infanterie ottomanes. Leur feu nourri neutralisa les charges successives des guerriers s�f�vides, presque enti�rement compos�es de cavaliers. La raison essentielle de cette d�faite fut la r�pugnance des</p><p>K�z�l Bach � employer l�arme � feu, qu�ils jugeaient d�loyale, inhumaine et l�che. Malgr� cette victoire, les Ottomans ne r�ussirent pas � assujettir leurs antagonistes ; le froid de l�Azerba�djan les obligea � s�en retourner et � abandonner � Tabriz leur artillerie, qui, pour les raisons susmentionn�es, ne fut pas r�utilis�e par leurs adversaires.</p><p>Quand les Ottomans se retir�rent, Ch&#x101;h Ism&#x101;�&#x12B;l r�tablit son autorit�. Il mourut, plusieurs ann�es apr�s, en 1524 exactement. Son fils &#x1E6C;ahm&#x101;sp, �g� de dix ans, lui succ�da.</p><p>Ch&#x101;h Tahm&#x101;sp</p><p>(1524-1576)</p><p>Ce roi �tait un enfant, et les affaires de l��tat tomb�rent entre les mains des chefs K�z�l Bach qui contr�laient l�arm�e. Cette � p�riode K�z�l Bach �</p><p>a dur� une d�cennie (1524-1533), jusqu�� ce que le souverain f�t capable de gouverner l�Empire lui-m�me. De ce souverain pieux et ch&#x12B;�ite z�l�, le long r�gne laisse deux marques ind�l�biles de la plus haute importance : sur le plan int�rieur, Ch&#x101;h &#x1E6C;ahm&#x101;sp consolida si bien la puissance de la religion d��tat qu�elle domina � jamais, insensible aux coups qu�essay�rent de lui porter le successeur imm�diat de &#x1E6C;ahm&#x101;sp, Ism&#x101;�&#x12B;l II, puis plus tard les Afghans et N&#x101;dir Ch&#x101;h ; sur le plan ext�rieur, sa petite arm�e, qui le v�n�rait, r�ussit � contenir � la fois la pouss�e ottomane � l�ouest et celle des Ouzbeks � l�est.</p><p>Nombre d�historiens ont injustement m�connu l�importance de ce grand succ�s, ne tenant pas compte de la personnalit� de ses adversaires : le sultan Soliman II*, le plus grand conqu�rant ottoman, et Ubeydullah, l�un des deux plus �nergiques chefs des Ouzbeks.</p><p>Ism&#x101;�&#x12B;l II (1576-1578)</p><p>et Ch&#x101;h Mu&#x1E25;ammad</p><p>Khud&#x101;banda (1578-1587)</p><p>La mort de Ch&#x101;h &#x1E6C;ahm&#x101;sp inaugura une p�riode d�instabilit� qui dura plus de dix ans pour ne s�achever peu � peu qu�apr�s l�av�nement effectif de Ch&#x101;h �Abb&#x101;s Ier en 1587. Les raisons en �taient profondes et multiples : l�inaptitude de Mu&#x1E25;ammad Khud&#x101;banda �</p><p>s�imposer parce qu�il �tait presque aveugle et d�pourvu d�autorit� ; l�existence de querelles de rivalit� entre les chefs K�z�l Bach d�une part et d�autre part entre ceux-ci et les g�n�raux d�origine non turcomane. Ce concours de circonstances permit � Ism&#x101;�&#x12B;l de s��vader, apr�s vingt ann�es de captivit�, de la prison o� l�avait enferm� son p�re et de prendre le pouvoir. Mais les chefs K�z�l Bach qui l�avaient aid�, ainsi que tous les autres �mirs et la population, r�alis�rent bien vite la faute commise, car vingt ann�es de r�clusion avaient d�rang� l�esprit du Ch&#x101;h, qui �tait devenu impitoyable et sanguinaire.</p><p>Constamment tourment� par la crainte d�une r�volte ou d�une destitution, celui-ci se mit � faire ex�cuter ou aveugler tous les princes susceptibles d�ac-c�der au tr�ne ainsi que tous les �mirs importants accus�s d�avoir apport� leur soutien � l�un de ses rivaux ou m�me � son p�re. Il commit en outre la faute de manifester des tendances favorables au sunnisme, ce qui l�isola davantage. Son comportement lui co�ta la vie, car il mourut, probablement empoisonn�, au bout d�un an de r�gne (1578). Son fr�re a�n� Mu&#x1E25;ammad Khud&#x101;banda, qu�il</p><p>avait �pargn� parce qu�il le jugeait downloadModeText.vue.download 40 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>9995</p><p>inoffensif, devint roi de par la volont� des chefs K�z�l Bach (1578).</p><p>Mais les intrigues et les rivalit�s affaiblissant de plus en plus l�empire, � partir de 1578 une grande partie des territoires du Nord-Ouest iranien, y compris Tabriz, tomb�rent sous l�autorit� des Ottomans du sultan Murad III.</p><p>La r�sistance h�ro�que du prince h�ritier &#x1E24;amza M&#x12B;rz&#x101; retarda l�avance ennemie, mais ce dernier fut assassin� dans des conditions myst�rieuses en 1586, et les Ottomans purent se reposer sur leurs lauriers pendant pr�s de vingt ans</p><p>. Les �mirs K�z�l Bach du Khor&#x101;s&#x101;n profit�rent plus tard de la mort du prince h�ritier pour marcher sur Qazvin, amenant avec eux le prince �Abb&#x101;s M&#x12B;rz&#x101;, afin de l�opposer � son autre fr�re,</p><p>Ab&#x16B; &#x1E6C;&#x101;lib M&#x12B;rz&#x101; (les trois fils du Ch&#x101;h avaient miraculeusement �chapp� aux bourreaux de leur oncle). Mu&#x1E25;ammad, qui ne s��tait jamais montr� avide ni de pouvoir ni de titre royal, les transmit lui-m�me, le 1er octobre 1587, � �Abb&#x101;s M&#x12B;rz&#x101;, alors �g� de seize ans.</p><p>Ch&#x101;h �Abb&#x101;s Ier* le Grand</p><p>(1587-1629)</p><p>Quand Ch&#x101;h �Abb&#x101;s devint roi, sa faible autorit� �tait menac�e par les deux ennemis h�r�ditaires des S�f�-</p><p>vides, � savoir les Ottomans et les Ouzbeks. Il r�alisa qu�il ne pouvait pas combattre tous ses adversaires, ceux de l�ext�rieur et ceux de l�int�rieur, en m�me temps. Il se r�solut donc, tout en �liminant � tour de r�le ceux qui s�opposaient � son autorit�, � signer une paix humiliante avec les Ottomans et � leur c�der nombre de grands territoires en Azerba�djan, en Arm�nie, en G�orgie et au Kurdist&#x101;n (trait� de Constantinople, 1590). Puis, s�inspirant de l�exemple ottoman, il entreprit la constitution d�une arm�e compos�e principalement d��l�ments g�orgiens, arm�niens et circassiens convertis au ch&#x12B;�isme et directement attach�s � sa personne. Cette d�pendance directe distinguait ces guerriers des K�z�l Bach, qui, appartenant � des cadres tribaux, relevaient en v�rit� au premier degr� de l�autorit� de leurs chefs et au deuxi�me degr�, � travers ceux-ci, de celle du roi.</p><p>Dans ces conditions, le premier</p><p>r�sultat de cette entreprise fut naturellement l�affaiblissement consid�rable des �mirs K�z�l Bach. Ainsi, Ch&#x101;h</p><p>�Abb&#x101;s r�ussit peu � peu � les soumettre. Ils furent remplac�s aux postes cl�s par des hommes sortis des rangs de ce nouveau corps d��lite qu�on nomma les rhol&#x101;ms. Le plus connu d�entre eux fut sans doute le puissant All&#x101;hverdi Kh&#x101;n (All&#x101;hward&#x12B; Kh&#x101;n), gouverneur g�n�ral du F&#x101;rs.</p><p>En 1598, la mort d�Abdullah bin Is-kender et l�assassinat de son fils et successeur Ubeydullah facilit�rent du c�t� oriental la reconqu�te du Khor&#x101;s&#x101;n, � peine commenc�e. Le nouveau kh&#x101;n ouzbek essaya de s�opposer � Ch&#x101;h</p><p>�Abb&#x101;s, mais son arm�e fut an�antie</p><p>pr�s de Har&#x101;t (1599). Cette importante victoire permit au souverain de concentrer son attention sur les Ottomans. Il renfor�a ses troupes et parvint, gr�ce � l�emploi d�armes � feu et en d�-</p><p>ployant tous ses moyens, � leur infliger d�faite sur d�faite, les obligeant � quitter, en 1606, jusqu�� la derni�re parcelle des territoires qu�ils occupaient en Iran depuis l��poque de Mu&#x1E25;ammad Khud&#x101;banda.</p><p>Le r�gne de Ch&#x101;h �Abb&#x101;s vit �ga-</p><p>lement la fin de la premi�re tentative coloniale d�une puissance occidentale en terre iranienne. Jouant les �tats occidentaux les uns contre les autres, le souverain obtint l�aide de quelques b�timents de la marine britannique, et son g�n�ral favori, All&#x101;hverdi Kh&#x101;n, an�antit les forces portugaises qui, depuis le d�but du XVIe s., occupaient les points strat�giques commandant l�entr�e du golfe Persique : l��le et la forteresse de Ormuz. Les autres puissances occidentales, quant � elles, recherchaient constamment l�alliance de Ch&#x101;h �Abb&#x101;s contre le Turc. La grande distance s�parant la Perse de l�Europe et les difficult�s de communication furent un obstacle � la concr�-</p><p>tisation, sur le plan militaire, de telles alliances. Il reste cependant que celles-ci contribu�rent � encourager les relations d�ordre commercial entre les pays europ�ens et la Perse.</p><p>Le r�gne de Ch&#x101;h �Abb&#x101;s se carac-t�risa par de grandes entreprises dans tous les domaines. Avant tout, ce prince sauva la dynastie s�f�vide en la r�tablissant si fermement que, malgr� la m�diocrit� de bon nombre de ses rois, elle put se maintenir au pouvoir encore un si�cle. Cette stabilit� dynastique permit � l�Iran d�acqu�rir et de garder de nombreux traits de sa personnalit�, encore vivace actuellement, et de fixer en partie les limites g�ographiques de l�entit� politique qu�il repr�sente.</p><p>Ch&#x101;h �Abb&#x101;s, d�s le d�but de son r�gne, choisit pour capitale, au lieu de Qazvin, Ispahan*, dont il fit l�une des plus belles villes du monde d�alors.</p><p>Son effort se porta essentiellement sur l�ensemble architectural du Meyd&#x101;n-e Ch&#x101;h, con�u autour d�une grande</p><p>place : celle-ci fut flanqu�e d�une part de deux belles mosqu�es (M&#x101;sdjid-e Ch&#x101;h, commenc�e en 1612, et la mosqu�e du Cheykh Lotfoll&#x101;h, commenc�e en 1602-03) et d�autre part du palais royal (�Al&#x12B; Q&#x101;pu) et du portail du bazar (Qeysariy�).</p><p>Le souverain accorda une attention particuli�re � la grande avenue-jardin de Tchah&#x101;r B&#x101;rh et aux ponts d�Ispahan (Khadju et Sih o se pol). Ailleurs en Iran, il �rigea d�innombrables constructions de caract�re public telles que des mosqu�es, des caravans�rails, des ponts, des routes, etc. Les arts dits</p><p>� mineurs � b�n�fici�rent aussi de ses faveurs : les miniatures, les mosa�ques, les tapis et les textiles de cette �poque jouirent d�s lors d�une r�putation de qualit� et de beaut� mondialement reconnue.</p><p>downloadModeText.vue.download 41 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>9996</p><p>Les successeurs de</p><p>Ch&#x101;h �Abb&#x101;s et la</p><p>chute de la dynastie</p><p>Ch&#x101;h �Abb&#x101;s mourut en 1629. Durant sa vie, il avait, parfois injustement, �prouv� quelque m�fiance envers ses fils et les avait fait soit assassiner soit aveugler. Ce fut donc son petit-fils S&#x101;m M&#x12B;rz&#x101; qui lui succ�da sous le nom de Ch&#x101;h &#x1E62;af&#x12B; (1629-1642). Avec son av�-</p><p>nement d�buta la d�cadence s�f�vide, momentan�ment frein�e sous le r�gne d��Abb&#x101;s II (1642-1667). Celui-ci entreprit m�me des conqu�tes territoriales et reconquit Kandahar (ou Qandah&#x101;r)</p><p>[1648], tomb� dix ans auparavant sous l�autorit� des Moghols* de l�Inde. Sous son successeur, Ch&#x101;h Sulaym&#x101;n (1667-1694), le processus de d�sint�gration du pouvoir royal s�acc�l�ra � cause de l�affaiblissement croissant des combattants et des �mirs K�z�l Bach, qui ne venait pas compenser un affermissement du pouvoir des rhol&#x101;ms.</p><p>� cela venait s�ajouter l�incapacit� de gouverner du roi lui-m�me, qui laissait le champ libre aux eunuques du harem. Le fils et successeur de Ch&#x101;h Sulaym&#x101;n, Ch&#x101;h &#x1E24;usayn (1694-</p><p>1722), fut l�un des plus m�diocres rois de l�Iran. Sous son r�gne �clata une guerre civile cons�cutive � la r�volte de certains de ses sujets afghans opprim�s (v. Afgh&#x101;nist&#x101;n). La situation se d�t�riora lors de la prise de Kandahar (1709) par Mir Veys (M&#x12B;r Ways).</p><p>L�inexistence d�autorit� et d�organisation dans l�empire avait permis � Mir Veys de n��tre jamais s�rieusement inqui�t�. � sa mort (1715), son fils Ma&#x1E25;m&#x16B;d prit la t�te de l�insurrection et r�ussit sans grand effort � encercler Ispahan apr�s avoir �cras� les mis�-</p><p>rables troupes royales (8 mars 1722).</p><p>La famine s�installa dans la ville, et le roi abdiqua en faveur de Ma&#x1E25;m&#x16B;d le 12 octobre 1722. Cette date peut �tre consid�r�e comme marquant la fin r�elle de la dynastie s�f�vide et l�av�-</p><p>nement des chefs iraniens d�origine afghane. Cependant, ces nouveaux ch&#x101;hs ne contr�l�rent jamais enti�rement le pays, ce qui permit � l�un des fils de l�ex-ch&#x101;h de se proclamer roi, le 10 novembre 1722 � Qazvin, sous le nom de &#x1E6C;ahm&#x101;sp II.</p><p>Toutefois, lui aussi se r�v�la incapable de bien gouverner et, si ses arm�es remport�rent des succ�s, par la suite, cela fut le fait du g�nie militaire d�un aventurier qui devint bient�t son g�n�ralissime, puis, plus tard roi sous le nom de N&#x101;dir Ch&#x101;h : � le dernier grand conqu�rant asiatique �.</p><p>N&#x101;dir (1688-1747), qu�� cette �poque on appelait &#x1E6C;ahm&#x101;sp Qul&#x12B;, r�organisa l�arm�e et �limina en 1729 Achraf, le successeur de Ma&#x1E25;m&#x16B;d. Plus tard, en 1732, pr�textant avec raison les faiblesses que l�arm�e du roi avait montr�es face aux arm�es ottomanes qui occupaient l�ouest de l�Iran depuis 1726-27, il le rempla�a par son fils</p><p>�Abb&#x101;s III. Quatre ans plus tard, il fit aussi d�poser ce dernier, alors tr�s jeune enfant, et devint roi le 8 mars 1736. Ainsi prit fin, apr�s plus de deux si�cles de r�gne, l�histoire d�une des plus importantes dynasties de l�Iran.</p><p>C. A.</p><p>F �Abb&#x101;s Ier le Grand / Iran / Ispahan.</p><p>L. L. Bellan, Ch&#x101;h �Abb&#x101;s I, sa vie, son histoire (Geuthner, 1933). / L. Lockhart, The Fall of the Safav&#x12B; Dynasty and the Afghan Occupation</p><p>of Persia (Cambridge, 1958). / M. M. Mazzaoui, The Origins of the Safawids (Wiesbaden, 1972).</p><p>Seghers</p><p>(Hercules)</p><p>Peintre et graveur n�erlandais (Haarlem ? v. 1590 - La Haye v. 1638).</p><p>La vie d�Hercules Pietersz. Seghers est mal connue. On le trouve �l�ve du paysagiste flamand Gillis Van Conin-xloo � Amsterdam. En 1612, il est inscrit � la guilde de Saint-Luc � Haarlem*. On note des s�jours � Utrecht et � La Haye, mais rien ne prouve qu�il fit le voyage d�Italie, comme on l�a parfois suppos� en tablant sur certains sites �voqu�s dans son oeuvre. Tout comme Frans Hals*, il a men� une vie de boh�me marqu�e par une mis�re constante.</p><p>Au d�but du XVIIe s., les peintres hollandais, sous l�influence de deux �migr�s, l�Anversois Gillis Van Conin-xloo (1544-1607) et le Malinois David Vinckboons (1576-1629), se sont mis � pratiquer le paysage avec ardeur. Tr�s t�t, ils r�ussirent � conf�rer au genre un caract�re sp�cifiquement national, fond� sur une observation directe et minutieuse. Hercules Seghers, quoique l�un des pionniers du genre, �chappe pourtant � cette conception nourrie par des soucis artisanaux. Il est avant tout un visionnaire. Baign�s dans une sorte de d�solation grandiose, ses paysages repr�sentent des sites meubl�s de rochers abrupts et d�arbres tordus qui se profilent sur des horizons lointains.</p><p>Dans ces pages dramatiques, il n�y a gu�re de place pour l�homme. Seghers, faute de moyens, peignait parfois sur des toiles grossi�res, et cette rudesse apparente, jointe au caract�re insolite de sa vision, n�avait rien pour plaire aux amateurs habitu�s � la mani�re lisse de ses confr�res. Aussi ses tableaux ne trouvaient-ils acqu�reurs qu�� des prix d�risoires. Peu de ses oeuvres ont �t� conserv�es (mus�es d�Amsterdam, de Berlin, de Vienne).</p><p>La post�rit� a �t� plus cl�mente pour le graveur. Aquafortiste quasi g�nial, il a �largi les possibilit�s d�un moyen graphique r�duit jusqu�alors � une traduction lin�aire du sujet, en l�orien-</p><p>tant dans un sens pictural. Il inaugure les fonds teint�s et donne aux tailles une force d�expression nouvelle par le jeu des volumes et des ombres. Rembrandt* le suivra dans cette voie. En outre, certaines de ses planches sont imprim�es en brun, en jaune, en bleu ou en vert, et parfois il y ajoute m�me de la couleur au pinceau. Certains de ses proc�d�s n�ont pas �t� d�cel�s jusqu�� ce jour.</p><p>Gravures et tableaux accusent une parfaite identit� d�esprit. Ces visions de r�ve, sombres et farouches, n�ont aucun trait commun avec les aimables images qui sont le propre des paysagistes hollandais. Seul, un Rembrandt</p><p>� qui poss�dait six de ses toiles �</p><p>pouvait en son temps appr�cier ce g�nie solitaire.</p><p>R. A.</p><p>L. C. Collins, Hercules Seghers (Cambridge, 1954). / E. Haverkamp-Begemann, Hercules Seghers (Amsterdam, 1968).</p><p>S�govie</p><p>En esp. SEGOVIA, v. d�Espagne, en Vieille-Castille, au nord-ouest de Madrid ; 42 000 hab.</p><p>De son pass� romain, la ville</p><p>conserve un aqueduc, l�un des plus beaux de l�Empire. Lors du repeuplement chr�tien du XIe s., S�govie devient une cit� de la laine. D�anciens noyaux de peuplement industriel sont encore marqu�s, dans la banlieue, par de belles �glises romanes comme San Mill�n et San Lorenzo.</p><p>L�art roman de S�govie se recom-</p><p>mande par la beaut� de ses clochers et l�importance des galeries � portiques.</p><p>Dans le cas le plus simple, celles-ci ne bordent que le c�t� sud de l��glise : la Trinidad. Ailleurs, elles se prolongent le long de la fa�ade occidentale, comme � San Esteban, � San Lorenzo et � San Juan de los Caballeros. Parfois, les galeries r�gnent en bordure des deux grandes faces : San Mill�n.</p><p>Enfin, au terme de leur �volution, elles s��tendent sur trois c�t�s : San Mart�n.</p><p>Une �glise romane du d�but du XIIIe s., la Vera Cruz, pr�sente une disposition</p><p>rare, au sujet de laquelle on a propos� diverses explications. De plan polygonal, elle enserre un corps central � deux �tages, crypte et chapelle.</p><p>Les b�n�fices procur�s par le commerce de la laine expliquent le nombre et la beaut� des maisons anciennes, qui s��chelonnent du XIIe au XVIe s. d�une mani�re continue. Celles de l��poque romane appartenaient aux chanoines et se situent pr�s de l�emplacement de l�ancienne cath�drale. L��poque gothique se signale par des tours puissantes � celles des palais d�H�rcules (XIIIe s.), des Lozoya (d�but du XIVe s.), des Arias D�vila (XVe s.) � qui illustrent les luttes des factions. La Casa de los Picos, dont la fa�ade est h�riss�e de pointes de diamant, date des environs de 1500.</p><p>Mais S�govie fut aussi r�sidence royale. Jean II (1406-1454), qui en appr�ciait le s�jour, agrandit l�Alc�-</p><p>zar, dress� au-dessus du confluent de l�Eresma et du Clamores. Son fils Henri IV (1454-1474) acheva d�en faire, avec la tour de l�Hommage et des d�cors mozarabes, une r�sidence aussi forte qu�agr�able. Malheureusement, ce t�moin de la vie dramatique des derniers Trastamare, ayant souffert d�un grave incendie en 1862, a �t� trop radicalement restaur� par la suite.</p><p>On assiste � S�govie aux pr�mices du � style Isabelle �, la forme espagnole du gothique tardif. La raison en est dans la pr�sence du c�l�bre architecte Juan Guas (� 1496), son meilleur repr�sentant : il participe notamment � la construction de l��glise de l�imposant monast�re hi�ronymite du Parral dans la vall�e de l�Eresma. La famille Pacheco, qui le fonda, a ses tombeaux dans le choeur de la chapelle. Ceux-ci constituent avec le retable du ma�tre-autel un fastueux ensemble plateresque. Juan Guas appara�t encore sur le chantier du couvent dominicain de Santa Cruz, reconstruit alors que Tor-quemada en �tait le prieur. Il r�alisa �galement, de 1472 � 1485, le d�cor du beau clo�tre de la cath�drale.</p><p>Cette derni�re devait �tre victime en 1522 de la guerre des Comuneros, la r�volte des villes do Castille contre Charles Quint. Elle fut en effet br�l�e</p><p>pendant le si�ge de la cit� et reconstruite � un autre emplacement. Les plans fournis en 1525 par Juan Gil de Honta��n (v. 1480-1526) �taient encore tout gothiques, leur auteur se rattachant � l��cole germanique des Colonia de Burgos ; mais ses successeurs, downloadModeText.vue.download 42 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>9997</p><p>dont son fils Rodrigo Gil de Honta��n (1500-1577), se born�rent � r�aliser son projet. Une des chapelles de l��difice conserve deux importantes oeuvres d�art : un retable du peintre flamand d�origine lombarde Ambrosius Benson (� 1550) et une dramatique Mise au tombeau (1571) du sculpteur Juan de Jun� (v. 1507-1577).</p><p>M. D.</p><p>J. de Lozoya, Segovia (Barcelone, 1960 ; trad. fr. S�govie, Barcelone, 1962).</p><p>Seigle</p><p>F C�R�ALES.</p><p>sein</p><p>R�gion anatomique qui contient la glande mammaire et, par extension, cette glande elle-m�me.</p><p>Les deux glandes mammaires, appe-l�es seins chez la le m me et mamelles chez les animaux, sont destin�es � s�cr�ter le lait*, avec lequel est normalement assur�e l�alimentation des nouveau-n�s* chez l�Homme comme</p><p>chez tous les Mammif�res*.</p><p>Anatomie</p><p>Les seins sont situ�s sym�triquement sur la partie ant�rosup�rieure du thorax, en avant des muscles pectoraux.</p><p>Chez la femme, leur relief a approximativement la forme d�une demi-</p><p>sph�re de 10 cm de diam�tre. En fait, la plus grande vari�t� de volume et de forme s�observe : seins coniques, piri-formes, p�dicules, renfl�s en massue ou au contraire aplatis. Ces variations sont d�termin�es par le d�veloppement</p><p>glandulaire et celui de l�enveloppe graisseuse ainsi que par l��tat des attaches fibro-conjonctives. Au sommet des seins est la saillie cylindrique du mamelon, cercl�e de l�ar�ole (tache pigmentaire arrondie). Le relief des seins se poursuit insensiblement avec celui des r�gions voisines, sauf au niveau de la demi-circonf�rence inf�-</p><p>rieure, o� existe un sillon sous-mammaire d�termin� par la position debout.</p><p>L�implantation du sein se projette sur l�are ant�rieur des 4e, 5e et 6e c�tes, mais elle en est s�par�e par le muscle grand pectoral et son apon�vrose de recouvrement, le fascia superficialis.</p><p>Les seins sont des annexes de la peau, dont ils d�rivent embryologiquement.</p><p>Les glandes mammaires sont noy�es dans le pannicule adipeux sous-cutan� ou hypoderme. Elles ne sont fix�es directement au derme qu�au niveau de l�ar�ole et du mamelon. � la p�ri-ph�rie du sein, le pannicule adipeux sous-cutan� se divise en une couche superficielle �paisse qui s�arr�te sur le pourtour de l�ar�ole et en une couche profonde situ�e en arri�re de la glande.</p><p>Ce pannicule est travers� de nombreuses cloisons conjonctives qui rattachent la glande au fascia superficialis en arri�re, et au derme en avant. Il est �galement parcouru par des �l�ments vasculo-nerveux qui irriguent et innervent la glande. Les principaux sont les vaisseaux mammaires externes.</p><p>Orientes selon une direction sup�roex-terne, ils contournent le bord inf�rieur du muscle grand pectoral pour se rattacher aux vaisseaux axillaires (aisselle).</p><p>La glande mammaire, r�duite chez l�homme � un petit disque fibreux, comprend chez la femme une douzaine de lobes juxtapos�s, chacun tributaire d�un des canaux galactophores qui s�ouvrent au sommet du mamelon. Les lobes les plus d�velopp�s sont ceux qui constituent le prolongement sup�roex-terne de la glande. Dans chaque lobe, le canal galactophore draine plusieurs lobules plus ou moins ramifi�s qui se terminent dans des acini. Canaux et acini sont constitu�s d�un �pith�lium form� d�une couche de cellules glandulaires entour�es de quelques cellules musculaires lisses. Une armature conjonctive entoure ces �l�ments. Chez l�homme,</p><p>les canaux galactophores sont petits et ne d�bouchent dans aucun acinus.</p><p>Le derme et l��piderme qui recouvrent le sein n�ont de caract�re particulier qu�au niveau de l�ar�ole et du mamelon. � ce niveau, ils sont minces et pigment�s et ne reposent pas sur l�hypoderme, mais sur la glande mammaire. L�ar�ole a environ 25 mm de diam�tre, et sa surface est parsem�e d�une quinzaine de tubercules qui sont les orifices de volumineuses glandes s�bac�es. Sa face profonde est parcourue de fibres musculaires lisses qui constituent le muscle mamillaire. Ce muscle peaucier est responsable de la mise en saillie du mamelon, ou th�-</p><p>lotisme, et il pourrait jouer un r�le de sphincter autour de la sortie des canaux galactophores.</p><p>Le mamelon se dresse comme un</p><p>petit cylindre plus ou moins saillant au centre de l�ar�ole. Il contient la terminaison des canaux galactophores, entour�e des fibres du muscle mamillaire.</p><p>Embryologie</p><p>Les glandes mammaires apparaissent d�s le premier mois de la vie intra-ut�rine sous forme d��paississements cutan�s. Chez tous les embryons de Mammif�res, ces bourgeons mammaires se situent le long des cr�tes mammaires, �tendues des aisselles aux aines. Chez les Primates, seule normalement la quatri�me paire se d�veloppe. Mais il arrive que le long de ces cr�tes un autre bourgeon se d�veloppe, donnant naissance � un mamelon, voire � une mamelle surnum�raire.</p><p>Physiologie</p><p>Chez l��tre humain comme chez tous les Mammif�res, les seins sont des r�-</p><p>cepteurs tr�s sensibles aux hormones*</p><p>sexuelles, notamment aux oestrog�nes et � la prolactine s�cr�t�e par le lobe ant�rieur de l�hypophyse. Il semble que les oestrog�nes agissent directement sur l��pith�lium glandulaire pour en promouvoir le d�veloppement. � ce niveau, la progest�rone renforce l�action eutrophique des oestrog�nes et surtout elle inhibe l�action de la prolactine hypophysaire qui commande la s�cr�tion des acini. La physiologie mammaire</p><p>peut s�expliquer par les modifications de l��quilibre de ces trois hormones.</p><p>La congestion mammaire n�o-natale que l�on observe dans les deux sexes et qui peut m�me aller jusqu�� la s�cr�-</p><p>tion (� lait de sorci�re �) serait due au brusque sevrage en oestrog�nes et en progest�rone que subit le nouveau-n� quand on le s�pare de la circulation maternelle.</p><p>Le d�veloppement pubertaire chez la fille est li� � l�apparition de la fonction ovarienne avec s�cr�tion d�oestrog�nes, puis, quand apparaissent les premi�res r�gles, de progest�rone.</p><p>Le d�veloppement consid�rable de la glande pendant la grossesse para�t li� � l�importance des taux d�oestrog�nes et de progest�rone. � l�accouchement, au contraire, il y a chute brutale de ces deux hormones, qui �taient s�cr�t�es par le placenta, et il n�y a plus d�inhibition de l�action de la prolactine : d�o� la mont�e de lait. Le maintien de la lactation est soumis � d�autres influences.</p><p>Il est surtout entretenu par la succion du mamelon. Celle-ci d�termine, par un r�flexe neuro-hormonal, la s�cr�-</p><p>tion du lobe post�rieur de l�hypophyse, qui commande la contraction des cellules myo�pith�liales. Ces cellules expriment le lait hors des seins, et cette vidange, par la simple diminution de la pression intra-acineuse, exciterait la s�cr�tion. Le psychisme influence ce r�flexe au niveau de l�hypothalamus : chez les femmes qui ne d�sirent pas allaiter, la lactation se tarit rapidement.</p><p>L�interruption rapide de la lactation peut �tre obtenue par la conjonction d�une augmentation de la pression intra-acineuse (bandage serr� de la poitrine), d�une d�shydratation (traitements diur�tiques) et d�une inhibition de la prolactine (administration d�oestrog�nes ou de progest�rone ou encore d�hormone m�le).</p><p>La m�nopause*, avec sa chute des s�cr�tions ovariennes, entra�ne l�atrophie de la glande mammaire.</p><p>Chez l�homme, le d�veloppement</p><p>anormal des glandes mammaires, ou gyn�comastie, est habituellement t�-</p><p>moin d�une s�cr�tion endocrinienne inappropri�e telle qu�en provoquent certaines tumeurs testiculaires ou surr�nales. Il peut aussi �tre li� � la prise d�oestrog�nes dans un but th�rapeutique ou de perversion.</p><p>Le lait de femme est de composition l�g�rement variable d�un individu � l�autre, mais surtout au cours de la lactation. Ainsi, la s�cr�tion des premiers jours, ou colostrum, est tr�s riche en prot�ines et pauvre en lipides et glucides si on la compare au � lait parfait �, qui s�installe apr�s la troisi�me semaine d�allaitement.</p><p>Examen clinique</p><p>des seins</p><p>Des m�thodes dont disposent les m�decins pour examiner les seins, la plus importante est l�examen clinique : interrogatoire, inspection, palpation des deux seins et des aires ganglionnaires satellites. Il permet souvent un diagnostic et, de toute fa�on, il est n�cessaire pour orienter les examens compl�mentaires.</p><p>Examen radiologique</p><p>La mammographie, ou radiographie du sein, est r�alis�e sous incidence tangentielle avec des rayons X mous. Elle permet l��tude de la glande au milieu de sa loge graisseuse, qui n�arr�te pas les rayons. Le diagnostic de b�nignit� ou de malignit� d�une tumeur est en g�n�ral ais� sur les clich�s. Quand on d�couvre un kyste, image arrondie, opaque, r�guli�re, refoulant le tissu glandulaire voisin, on peut, apr�s ponction du liquide et injection d�air, r�aliser de nouvelles radiographies qui permettront l��tude des parois du kyste.</p><p>La galactographie est une mammo-</p><p>graphie effectu�e apr�s injection r�tro-downloadModeText.vue.download 43 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>9998</p><p>grade de produit opaque dans un canal galactophore. Elle est tr�s utile pour rechercher la cause d�un �coulement s�ro-sanglant du mamelon.</p><p>Thermographie</p><p>La thermographie, enregistrement graphique des temp�ratures des diff�rents points de la peau, peut se faire avec un appareillage complexe d�analyse de l��mission de rayonnement infrarouge, ou plus simplement par la m�thode des cristaux liquides qui changent de couleur suivant les temp�ratures. La thermographie est un bon examen de d�pistage d�une l�sion (zone plus chaude) et de surveillance d�une anomalie constat�e, mais elle ne permet pas � elle seule un diagnostic de certitude.</p><p>Examens au microscope</p><p>L��tude cytologique d�un �coulement mammaire ou du produit de la ponction d�un kyste ou d�une tumeur pleine peut apporter des renseignements int�ressants. Elle repose sur l��tude de la morphologie des cellules prises isol�ment (m�thode de Papanicolaou). Toute</p><p>� monstruosit� � cellulaire est signe de cancer. Il s�agit cependant d�un examen d�interpr�tation difficile o� seuls les r�sultats positifs ont de la valeur.</p><p>L��tude histologique se fait sur un fragment de tumeur ou de toute la tumeur (biopsie*). C�est l�examen le plus fid�le, c�est celui qui juge en dernier recours. Ce fragment tissulaire peut �tre pr�lev� au trocart � travers la peau, mais on pr�f�re habituellement pr�lever toute la tumeur par une incision chirurgicale. L�examen id�al est celui qui comporte une lecture imm�diate perop�ratoire (examen histologique extemporan�) et qui permet de prendre sans perdre de temps les d�cisions th�rapeutiques.</p><p>Pathologie</p><p>Malformations</p><p>Les mamelles surnum�raires, plus ou moins d�velopp�es, peuvent constituer une deuxi�me paire de seins (elles sont le plus souvent r�duites � un petit mamelon). L�aplasie mammaire, ou amastie, est l�absence de d�veloppement du sein. Les hyperplasies (exc�s de d�veloppement) et les hypoplasies (insuffisances de d�veloppement), sy-m�triques ou asym�triques, sont fr�-</p><p>quentes ; si elles sont importantes, elles peuvent �tre corrig�es par la chirurgie esth�tique. L�ombilication du mamelon (le retournement de celui-ci � l�int�-</p><p>rieur, comme un doigt de gant qu�on vient de quitter) constitue un obstacle � l�allaitement direct, mais le lait peut �tre tir� par tireuse �lectrique si l��tat de l�enfant n�cessite du lait humain.</p><p>Infections ou mastites</p><p>L�infection aigu� du sein commence par une atteinte des canaux galactophores (galactophorite), due � des germes banals (staphylocoque surtout) ; contemporaine de la lactation, elle oblige � interrompre celle-ci et peut aboutir � la collection purulente, l�abc�s du sein. L�infection chronique du sein est plus rare ; la tuberculose est le plus souvent en cause.</p><p>Dystrophies et l�sions en rapport avec des troubles fonctionnels,</p><p>ou mastoses</p><p>On peut observer des dilatations (ec-tasies) des canaux galactophores, qui contiennent alors une p�te visqueuse, sans cellules. Dans d�autres cas, il se forme une hyperplasie localis�e du tissu glandulaire (ad�nome) avec prolif�ration des galactophores et �dification de tissu fibreux enveloppant la zone hypertrophi�e.</p><p>La dysplasie scl�ro-kystique, ou maladie de Reclus, est une affection mammaire tr�s fr�quente avant la m�nopause. Elle est caract�ris�e par la coexistence de nombreux petits kystes, li�s � une prolif�ration �pith�liale � l�int�rieur des galactophores, et de la formation d�un tissu fibreux tr�s dur (fibrose). � la palpation, l�impression est celle de seins granuleux, nodulaires, irr�guliers, plus ou moins sensibles.</p><p>Une surveillance m�dicale est toujours n�cessaire, car l�hyperplasie �pith�-</p><p>liale peut pr�c�der dans certains cas un �tat canc�reux. Les kystes solitaires du sein peuvent �galement �tre le point de d�part d�un processus canc�reux.</p><p>Tumeurs b�nignes</p><p>Le tissu glandulaire peut former des ad�nomes, des ad�nofibromes et des</p><p>fibromes selon la part respective des prolif�rations �pith�liales et conjonctives. Ce sont le plus souvent des l�-</p><p>sions arrondies, dures, bien limit�es dans un sein par ailleurs normal.</p><p>y Les tumeurs phyllodes, ainsi qualifi�es du fait de l�aspect sophistiqu� des volumineuses v�g�tations qui distendent les galactophores, atteignent souvent un volume consid�rable, mais ne sont qu�une forme particuli�re de fibroad�nome caract�ris�e par la rapidit� de son d�veloppement et le risque de r�cidive en cas d�ex�r�se incompl�te.</p><p>y Le papillome dendritique intraca-naliculaire est d� � la prolif�ration �pith�liale dans un galactophore avec �coulement s�reux ou sanglant.</p><p>y L�ad�nomatose �rosive du mame-</p><p>lon r�alise une ulc�ration suintante de l��piderme du mamelon.</p><p>Tumeurs malignes</p><p>y Le cancer du sein, ou cancer mammaire, est un des cancers les plus fr�-</p><p>quents. Il tue 5 000 femmes par an en France. Il s�observe surtout apr�s quarante ans. Son polymorphisme</p><p>clinique est tel que toute � boule �</p><p>palp�e dans un sein, surtout si elle est isol�e, indolore, dure, irr�guli�re, doit a priori �tre suspecte jusqu�� ce qu�une �tude histologique ait �t� pratiqu�e. En d�pit d�un nombre impressionnant de travaux, on conna�t encore tr�s mal les causes de ce cancer.</p><p>Parmi les facteurs les mieux �tudi�s, on peut retenir :</p><p>� la pr�disposition h�r�ditaire, non d�montr�e dans l�esp�ce humaine, mais �vidente dans les lign�es de Souris de laboratoire, o� il semble d�ailleurs s�agir moins d�une h�r�dit� g�n�tique que de la transmission d�un facteur (virus ?) dans le lait maternel ;</p><p>� l�hyperoestrog�nie, ou augmentation du taux des oestrog�nes (folliculine et d�riv�s) [v. ovaire]. L�aptitude h�r�ditaire au cancer du sein pourrait n��tre qu�une hypers�cr�tion hormonale g�-</p><p>n�tiquement conditionn�e.</p><p>Il y a une grande vari�t� anatomique</p><p>de cancers du sein. Comme la plupart des cancers, le cancer du sein est form� d�une prolif�ration de cellules �pith�-</p><p>liales malignes et d�un stroma, ou tissu nourricier et de soutien, qui n�est que du tissu conjonctif et vasculaire banal.</p><p>Selon l�importance relative de ces deux �l�ments, on oppose les squirres (ou squirrhes) [trois quarts des cancers du sein], o� le stroma est abondant et fibreux, voire r�tractile, et les cancers enc�phalo�des, o� le stroma est rare et pauvre en conjonctif. Les premiers sont des tumeurs dures, les seconds donnent des tumeurs molles et volumineuses. Selon l�aspect de la prolif�-</p><p>ration �pith�liomateuse, on distingue les tumeurs diff�renci�es, c�est-�-dire reproduisant une structure glandulaire avec parfois s�cr�tion muco�de, et les tumeurs indiff�renci�es ou atypiques, c�est-�-dire sans architecture glandulaire, voire sans architecture du tout.</p><p>Parmi les nombreuses formes ana-</p><p>tomo-cliniques particuli�res, citons :</p><p>� les mastites aigu�s carcinoma-</p><p>teuses, o� l�importance de l�oed�me inflammatoire du stroma fait croire � un processus infectieux ;</p><p>� la maladie de Paget du sein, qui simule un banal ecz�ma du mamelon, mais qui est en fait un cancer de la partie terminale des galactophores �tendue en surface � l��piderme du mamelon.</p><p>L�extension du cancer du sein se fait :</p><p>� localement, de proche en proche, mais aussi par progression le long des galactophores et des lymphatiques ;</p><p>� r�gionalement, vers les ganglions lymphatiques, surtout axillaires (aisselle), par migration de cellules dans les vaisseaux lymphatiques ;</p><p>� � distance, par voie sanguine directement ou � partir des lymphatiques.</p><p>Les organes o� l�on observe le plus souvent les m�tastases sont les poumons, les os, le foie et le cerveau.</p><p>y Les sarcomes mammaires sont tr�s rares (5 sarcomes pour 1 000 �pith�-</p><p>liomas) et se forment aux d�pens des �l�ments d�origine m�senchymateuse</p><p>du sein : fibres musculaires, conjonctives, cellules histiocytaires, endoth�-</p><p>liums vasculaires, etc.</p><p>L�sions diverses r�alisant de</p><p>fausses tumeurs mammaires</p><p>Toutes les affections dermatologiques peuvent s�observer sur la peau des seins : il peut s�ensuivre diverses difficult�s de diagnostic.</p><p>La cytost�aton�crose est le r�sultat de la mortification de la graisse sous-cutan�e � l�occasion d�un traumatisme.</p><p>Elle a la particularit� de ressembler cliniquement au cancer. La radiographie permet de l�en diff�rencier.</p><p>La chirurgie des seins</p><p>Les actes chirurgicaux que l�on est amen� � pratiquer sur les seins peuvent �tre class�s en trois groupes.</p><p>y Incision avec ou sans ex�r�se partielle.</p><p>Cette incision peut �tre pratiqu�e � l�occasion d�un abc�s � drainer ou d�une tumeur que l�on d�sire pr�lever. Elle peut �tre directe, en regard de la l�sion, ou situ�e de fa�on que la cicatrice respecte l�esth�tique.</p><p>Deux si�ges sont pour cela possibles : p�-</p><p>riar�olaire (� la limite de l�ar�ole) en demi-circonf�rence, ou dans le sillon sous-mammaire menant � la face post�rieure de la glande, que l�on d�colle du muscle grand pectoral.</p><p>y Ex�r�se mammaire totale. Elle n�est gu�re pratiqu�e que pour des tumeurs. Il peut s�agir d�une mammectomie ou mas-tectomie simple ou d�une mammectomie �largie, c�est-�-dire emportant aussi des �l�ments voisins. La plus r�pandue de ces op�rations �largies porte le nom downloadModeText.vue.download 44 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>9999</p><p>de Halsted, du nom de William Stewart Halsted, chirurgien de Baltimore (1852-1922) qui le premier pr�na cette op�ration pour les cancers du sein. Elle enl�ve, avec la glande mammaire, la peau et le tissu celluleux voisin, les ganglions axillaires et les muscles pectoraux.</p><p>y Op�rations plastiques. Ce sont des op�rations de modelage esth�tique des seins. Indiqu�es en cas d�hypertrophie ou de pt�se, elles comportent la r�section de la glande ou de la peau exc�dentaire et la transposition du mamelon � un niveau sup�rieur. La r�section glandulaire s�accompagne d�un modelage destin� � cr�er sym�triquement la pro�minence souhait�e. La r�section cutan�e se fait aux d�pens de la partie in-f�rieure de fa�on � localiser au maximum les cicatrices dans le sillon sous-mammaire.</p><p>En cas d�hypotrophie mammaire, on utilise surtout les implants r�tro-mammaires de mat�riel proth�tique. Les plus couramment utilis�s sont en silicone.</p><p>Autres th�rapeutiques</p><p>Le traitement des affections mammaires, surtout des cancers, peut b�n�ficier d�autres moyens th�rapeutiques : radioth�rapie, chimioth�rapie, immunoth�rapie et hormonoth�rapie destin�e � freiner les s�cr�tions d�hormones sexuelles, celle-ci pouvant, � la limite, �tre obtenue par la destruction du lobe ant�rieur de l�hypophyse.</p><p>J. T.</p><p>F Allaitement / Cancer / Lait.</p><p>C. Gros, les Maladies du sein (Masson, 1963). / J. Hayward, Hormones and Human Breast Cancer. An Account of 15 Years Study (Berlin, 1970). / Le Sein (�d. de l�Homme, Montr�al, 1970).</p><p>Seine (la)</p><p>Fleuve de France ; 776 km.</p><p>Le fleuve</p><p>La Seine est un fleuve aux dimensions relativement modestes. Elle prend sa source sur des hauts plateaux bourguignons, dits plateau de Langres (471 m d�altitude). Pendant une vingtaine de kilom�tres, elle se r�duit � un simple ruisseau. Puis, suivant une direction S.-E. - N.-O., parall�le � celles de l�Yonne, de l�Aube et de la Marne, la vall�e s�encaisse assez profond�ment dans les plateaux calcaires et traverse les campagnes humides du Ch�tillon-nais. La vall�e s�infl�chit vers le S.-</p><p>O., apr�s le confluent avec l�Aube,</p><p>puis la Seine p�n�tre dans les terrains tertiaires du centre du Bassin parisien apr�s avoir re�u l�Yonne. La rivi�re a pris alors quelque ampleur, d�bitant 75 m3/s avant le confluent de l�Yonne, qui apporte 100 m3/s. Mais la pente devient de plus en plus faible, l�altitude du fond de vall�e passant, de 100 m � Troyes, � 50 m � Montereau et � 20 m aux Mureaux. Le centre de la cuvette parisienne est un lieu de convergence hydrographique ; de part et d�autre de Paris, la Seine re�oit ses plus grands affluents, la Marne et l�Oise. En Normandie, la pente devient presque nulle, l�altitude �tant inf�rieure � 10 m apr�s Gaillon. Le fleuve, �panoui, d�bite en moyenne 500 m3/s � son embouchure, alors qu�il ne re�oit plus que l�Eure comme affluent important. Une large vall�e qui dessine d�amples m�andres s�encaisse d�une centaine de m�tres dans les plateaux crayeux de Haute-Normandie. Dans l�estuaire se m�lent les eaux du fleuve et de la Manche. La mar�e se fait nettement sentir jusqu�� Rouen, provoquant aux �quinoxes le ph�nom�ne du mascaret, maintenant tr�s att�nu�.</p><p>Le r�gime b�n�ficie d�une r�putation de grande r�gularit�. � l�exception de l�Yonne, qui appartient au domaine montagnard (prenant sa source � plus de 700 m dans le Morvan), tous les affluents et la Seine elle-m�me participent du r�gime pluvial oc�anique, caract�ris� par des hautes eaux de saison froide, particuli�rement en janvier-f�vrier, et un �tiage d��t� (juillet-ao�t-septembre). Mais les �carts restent faibles entre les extr�mes, sauf apr�s le confluent de l�Yonne, au r�gime plus contrast�. Cependant, la Seine ne se trouve pas � l�abri, deux ou trois fois par si�cle, de grandes inondations catastrophiques o� les d�bits s�enflent brusquement � plus de 2 000 m3/s avec la conjonction, apr�s de longues pluies, des crues de l�Yonne, de la Seine et de la Marne grossie par les Morins.</p><p>Paris, lieu de convergence, se trouve alors particuli�rement menac�. Toutefois, la ma�trise de la pr�vision et les travaux de r�gularisation (r�servoirs Seine et Marne) tendent � att�nuer ces inconv�nients.</p><p>La voie d�eau</p><p>Des quatre grands fleuves fran�ais, la Seine est le moins puissant ; sa longueur et la surface de son bassin (78 650 km 2) sont nettement inf�-</p><p>rieures � celles de la Loire et du Rh�ne, d�passant cependant celles de la Garonne. La Seine n�en reste pas moins l�art�re fluviale la plus active. Son r�seau offre 541 km de voie navigable sur le fleuve et 128 km sur les canaux annexes, auxquels s�ajoutent 415 km d�art�re fluviale et 750 km de canaux de liaison avec le r�seau navigable du Nord et de l�Est.</p><p>Jusqu�� Montereau, l�activit� de la navigation fluviale reste tr�s r�duite, les travaux d�am�nagement �tant tr�s insuffisants. Vers l�est, le r�seau de la Seine est certes reli� � ceux de l�Est par le canal de Bourgogne, � la Loire par le canal de Briare. Mais tous ces ouvrages, coup�s par de nombreuses �cluses et limit�s par des gabarits inf�rieurs � 350 t, sont inadapt�s � la navigation de type europ�en. Ainsi, le r�seau amont de la Seine constitue-t-il une sorte de cul-de-sac qui handicape tr�s lourdement l�ensemble du dispositif r�gional.</p><p>De Montereau � Rouen, la Seine</p><p>forme une belle art�re fluviale, r�gularis�e par des �cluses, bien �quip�e, profonde de 2,4 � 3,2 m, accessible � des convois de plus de 1 300 t et bient�t de 3 000 t. L�Oise assure une liaison convenable avec le r�seau du Nord.</p><p>Une Bourse d�affr�tement � Conflans-Sainte-Honorine atteste l�importance du confluent de l�Oise et de la Seine.</p><p>Mais c�est naturellement Paris* qui se trouve au centre du trafic. B�n�ficiant du statut de port autonome, le port de Paris est le premier port fluvial fran-</p><p>�ais. Il a r�alis� un trafic de 43 Mt (en 1970), qui s�op�re dans les installations de Paris, Gennevilliers, Nanterre, Vitry-sur-Seine, Saint-Denis et Aubervilliers, dans l�agglom�ration m�me et, entre Paris et la Normandie, � Cor-meilles, Guernes et Moisson.</p><p>� partir de Rouen, la navigation fluviale et la navigation maritime se combinent autour des deux grands ports de Rouen* et du Havre*, respectivement au cinqui�me et au deuxi�me rang des</p><p>ports maritimes et aux troisi�me et si-xi�me rangs des ports fluviaux.</p><p>L�axe �conomique</p><p>Centr�e sur Paris, d�bouchant sur la Manche � la mer la plus fr�quent�e du globe �, la vall�e de la Seine est devenue un axe majeur, sans doute le plus important, dans l�organisation r�gionale de la France. Son plus lourd handicap est d��tre mal reli�e (et pas seulement par voie d�eau) avec le grand axe europ�en de la Rh�nanie.</p><p>Ses points forts se trouvent autour de Paris et de la Basse Seine, de la capitale et de l�ouverture maritime.</p><p>Entour�e de riches campagnes c�-</p><p>r�ali�res, la Seine et ses affluents ont fix� depuis longtemps des sites de petites villes ou de villes moyennes qui ont combin� le commerce des grains et l�administration locale : Melun, Corbeil, Meaux, Mantes, Pontoise...</p><p>Mais ce sont surtout les impulsions de l��conomie contemporaine qui</p><p>conf�rent � la vall�e ses v�ritables dimensions. La voie ferr�e et l�autoroute (depuis Corbeil jusqu�� Tancarville) doublent la voie d�eau pour faire de la vall�e de la Seine, depuis l�agglom�ration parisienne jusqu�au Havre, le plus actif des axes de communication de l�hexagone.</p><p>L�industrie tire parti de ces relations privil�gi�es, qu�elle tend encore � valoriser. La vall�e de la Seine et ses annexes peuvent �tre consid�r�es comme une vaste r�gion industrielle multipolaire. En amont de Paris, aucune continuit�, physique aussi bien que fonctionnelle, ne permet de relier vraiment des p�les comme Troyes � l�ensemble principal. Mais la r�gion parisienne et la Basse Seine, sur le m�me axe, ont de multiples liens d�interd�pendance.</p><p>Deux exemples montrent bien ces relations privil�gi�es : les industries de l�automobile et du p�trole. La R�gie Renault a ax� son expansion sur la vall�e de la Seine, de la banlieue parisienne � l�estuaire, avec ses usines de Billancourt, de Flins, de Cl�on et de Sandouville. Les raffineries de p�trole et les usines p�trochimiques de Gonfreville-l�Orcher, de Notre-Dame-</p><p>de-Gravenchon, de Port-J�r�me, de Petit-Couronne et de Vernon traitent le p�trole import� par Le Havre pour un march� dont le sommet se situe � Paris. Les ol�oducs s�ajoutent dans la vall�e au r�seau des autres voies de communication.</p><p>Le lieu de civilisation</p><p>Plus profond�ment encore, la richesse des t�moignages historiques, la beaut� des paysages, la permanence des cr�ations artistiques font de la vall�e de la Seine un lieu privil�gi� de civilisation.</p><p>Les paysages naturels juxtaposent, sous un climat sans rigueur et aux lu-mi�res changeantes, les eaux calmes du fleuve, des versants orn�s de for�ts, de falaises blanches de craie ou de calcaire. Les civilisations rurales ont � peine alt�r� ce cadre, substituant les herbages ou le mara�chage aux marais, parant les coteaux d�arbres fruitiers et autrefois de vignobles, jalonnant les plus beaux sites de villages de paysans, de p�cheurs et de bateliers.</p><p>La Seine aussi a fix� les villes, les petites villes d��le-de-France et de Haute-Normandie : Rouen, la capitale normande, et surtout Paris. La Seine fait intimement partie du paysage pari-downloadModeText.vue.download 45 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10000</p><p>sien, celui des quais, des ponts, de l��le de la Cit�, berceau de la capitale, du grand vaisseau de Notre-Dame. Sur ses rives, les deux grandes provinces m�di�vales d��le-de-France et de Normandie ont construit leur histoire. Et Nogent-sur-Seine, Paris, Argenteuil, Rolleboise, Giverny, Canteleu, Ju-mi�ges, Villequier, Honfleur ont s�-</p><p>duit, jusqu�� nos jours, les romanciers, les po�tes et les peintres autant que les capitaines d�industrie.</p><p>Maintenant, autour de Paris comme dans la Basse Seine, l�urbanisation, l�industrialisation et les pollutions qu�elles engendrent menacent l�harmonie du cadre de vie. Les deux sch�mas d�am�nagement de la R�gion parisienne et de la Basse Seine pr�voient</p><p>la protection des plus beaux sites, la r�servation de grandes coupures vertes, l�am�nagement de bases de loisirs.</p><p>A. F.</p><p>F Paris / Seine-Maritime.</p><p>Seine-et-</p><p>Marne. 77</p><p>D�part. de la R�gion �le-de-France ; 5 917 km 2 ; 755 762 hab. Ch.-l. Melun.</p><p>S.-pr�f. Meaux et Provins.</p><p>C�est le d�partement le plus �tendu et le moins peupl� de la R�gion parisienne. Sa croissance d�mographique a �t� n�anmoins de 25 p. 100 par an entre les deux derniers recensements (1968 et 1975), car il est atteint sur sa marge occidentale par l�extension de la banlieue parisienne. Il n�a pas �t� affect� par le red�coupage d�cid� par la loi du 10 juillet 1964 et le d�cret du 25 f�vrier 1965. Ses limites datent donc de la R�volution fran�aise. Son territoire a �t� constitu� par une partie de l��le-de-France et une partie de la Champagne.</p><p>Large d�environ 80 km d�est en</p><p>ouest et �tir� sur 100 km du nord au sud, il est travers� d�est en ouest par la Seine et la Marne, d�o� son nom.</p><p>Celles-ci sont rejointes, sur son territoire, la Marne par l�Ourcq, le Grand et le Petit Morin, la Seine par l�Yonne et le Loing. La Seine-et-Marne est constitu�e pour l�essentiel par le plateau de Brie, l�g�rement ondul�, qui va de la Marne � la Seine et s�incline d�est en ouest d�environ 200 m � environ 100 m.</p><p>Au nord de la Marne, dans le Mul-tien et la Go�le, domine la tr�s grande exploitation ; la rotation des cultures assure la premi�re place � la betterave industrielle, et les hautes chemin�es des sucreries et des distilleries pars�-</p><p>ment le paysage.</p><p>Au sud de la Marne, on distingue : � l�extr�mit� est, la Brie champenoise, o� la pr�dominance des calcaires favorise l��levage du mouton et la culture des c�r�ales ; la Brie laiti�re entre les vall�es des Morins et la Marne ainsi</p><p>que l�Orxois au nord de la rivi�re, o� les prairies se multiplient et o� l��levage des bovins est tr�s important et orient� vers la production de lait n�-</p><p>cessaire aux fromageries r�put�es ; la Brie centrale, o� s�associent et s��panouissent le plus largement les cultures les plus riches.</p><p>Au sud du plateau de Brie, les paysages sont beaucoup plus verdoyants : c�est la vall�e de la Seine, ou Bass�e, o� l��levage ovin et bovin est abondant, o� les pr�s sont plus nombreux, o� les cultures accompagnent la plaine alluviale ; c�est le pays de Bi�re et de la for�t de Fontainebleau, o� s��tend, sur les magnifiques sables fins purs et blancs qui portent le m�me nom, une des plus belles for�ts de la r�gion parisienne, qui attire les Parisiens aussi bien pour y trouver tout autour des r�-</p><p>sidences secondaires que pour y passer les week-ends ; la vall�e de la Seine avec ses plaisirs nautiques accro�t encore l�attrait de tout ce secteur.</p><p>� l�extr�me sud-est, le Bocage</p><p>g�tinais m�lange cultures et prairies, champs ouverts et pi�ces de terre bord�es de haies, �levage bovin et ovin, aviculture.</p><p>La Seine-et-Marne a un taux de boisement de 20,1 p. 100, �lev� pour un d�partement non montagnard. Mais c�est surtout le premier d�partement de France par la valeur de sa production agricole : c�r�ales, betteraves � sucre, plantes fourrag�res, �levage. Les rendements y sont aussi parmi les plus �lev�s de France.</p><p>Les r�sidences secondaires se multiplient, surtout dans les vall�es de la Seine, de la Marne et de leurs affluents, ainsi qu�en bordure des for�ts et des bois et le long des coteaux.</p><p>La Seine-et-Marne a enfin des activit�s industrielles non n�gligeables : industries alimentaires de la Brie, verreries du Loing, papeteries du Grand Morin, vieilles industries des agglom�-</p><p>rations de Melun, de Montereau-faut-Yonne, de Nemours, de Provins, de Meaux, plus celles de la banlieue parisienne � Chelles, � Vaires-sur-Marne et � Lagny. S�y ajoutent les perspectives</p><p>ouvertes par la raffinerie de p�trole de Grandpuits, pr�s de Nangis.</p><p>C�est un d�partement dont l��conomie est particuli�rement �quilibr�e, mais sur lequel s�exerce de plus en plus l�influence de Paris, au moins sur toute sa moiti� occidentale, o� se d�veloppe la grande banlieue, tandis que la moiti� orientale continue � se d�peupler en raison de la concentration et de l�industrialisation de la production agricole.</p><p>J. B.</p><p>F Fontainebleau / Meaux / Melun.</p><p>Seine-</p><p>Maritime. 76</p><p>D�part. de la R�gion Haute-Normandie* ; 6 254 km 2 ; 1 172 743 hab.</p><p>Ch.-l. Rouen*. S.-pr�f. Le Havre* et Dieppe.</p><p>Les paysages</p><p>Le d�partement occupe la partie septentrionale de la Normandie, au nord de la vall�e de la Seine. On peut y distinguer quatre types de paysages.</p><p>Le littoral du pays de Caux s�allonge depuis le cap de la H�ve, au Havre, jusqu�� l�embouchure de la Bresle, aux limites de la Somme et de la Picardie.</p><p>La c�te est rectiligne ; des falaises de craie blanche, lard�es de silex et hautes d�une centaine de m�tres, forment une nette limite entre l�estran et le plateau de Caux. Seules les � valleuses �</p><p>�chancrent cette muraille verticale qu�interrompent en quelques endroits les estuaires de petites rivi�res abritant des ports : Le Tr�port sur la Bresle, Dieppe sur l�Arques, F�camp sur la rivi�re du m�me nom.</p><p>Le pays de Caux occupe la plus</p><p>grande partie du d�partement. Sur une table de craie cr�tac�e qui s��l�ve lentement d�une centaine de m�tres pr�s du Havre � 247 m � l�est du pays de Bray, le pays occupe un vaste plateau recouvert d�argile � silex et de limon.</p><p>La pr�sence de nombreuses vall�es s�ches anime la topographie. Le pays de Caux forme une riche campagne agricole qui se consacre aussi bien aux cultures de bl�, d�orge, de lin, de bet-</p><p>teraves sucri�res qu�aux �levages de bovins et de porcs. Sur un horizon de champs ouverts ou d�herbages clos de fils barbel�s se dressent les fi�res silhouettes des fermes, qui abritent leurs cours derri�re des talus surmont�s de h�tres. La fr�quence des vents d�ouest et de sud-ouest, l�abondance des pr�-</p><p>cipitations (plus de 800 mm par an et parfois plus d�un m�tre) caract�risent un climat maritime assez rude. Vers l�est, les principaux traits du paysage cauchois s�alt�rent autour du Bray.</p><p>Profond�ment rural, le pays de Caux ne poss�de pas de ville, mais un r�seau dense de bourgs, tels Goderville, Cany-Barville, T�tes. Yvetot (10 708 hab.) fait seul figure de centre important.</p><p>Le pays de Bray occupe une bouton-ni�re �chancr�e par l��rosion dans une ondulation des couches s�dimentaires qui s�allonge du N.-O. au S.-E. � l�est du d�partement. Sur des terrains lourds � dominance argileuse s�est d�velopp�e une �conomie d��levage pour le lait et pour la viande dans un r�seau de fermes isol�es ou de hameaux entour�s d�herbages et de haies. Gournay-en-Bray, Forges-les-Eaux et Neufch�-</p><p>tel-en-Bray abritent des foires et des industries laiti�res. Autour du Bray s��tendent de vastes massifs forestiers, surtout compos�s de h�tres, l�arbre par excellence de la Haute-Normandie : for�ts de Lyons, d�Eawy, d�Arques, d�Eu, etc.</p><p>La basse vall�e de la Seine forme la partie m�ridionale du d�partement et concentre la masse principale de la population autour des deux grandes agglom�rations du Havre et de Rouen. Le fleuve dessine de vastes m�andres dont les lobes convexes sont g�n�ralement couverts par des for�ts (Rouvray, Rou-mare, Brotonne). Des villages de petits agriculteurs occupent les coteaux ensoleill�s au milieu de vergers de pommiers et de cerisiers, particuli�rement autour de Sahurs, Duclair, Caudebec-en-Caux, Villequier. La Seine se jette dans la Manche par un vaste estuaire entre Le Havre et Honfleur.</p><p>L��conomie</p><p>L�agriculture tr�s intensive du pays de Caux et � un moindre degr� l��le-</p><p>vage du pays de Bray placent la Seine-Maritime aux premiers rangs des</p><p>d�partements agricoles fran�ais pour la production de lin (premier d�partement fran�ais, un tiers de la production nationale), de betterave sucri�re (6,3 Mq), de viande bovine (42 000 t, premier rang), de lait (7,5 Mhl, quatri�me rang). Le fermage domine parmi les exploitations agricoles. Une lente concentration s�op�re au profit des exploitations moyennes (de 25 � 50 ha) et d�un fort noyau de grandes exploitations (de 50 � 150 ha).</p><p>L�activit� maritime donne � l��conomie du d�partement ses impulsions d�cisives.</p><p>downloadModeText.vue.download 46 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10001</p><p>La p�che, particuli�rement la p�che de la morue, fait toute l�animation du petit port de F�camp (10 000 t de prises) et contribue aussi beaucoup � l�activit� de Dieppe (8 000 t).</p><p>Le trafic maritime des passagers transatlantiques a fait jadis la fortune du Havre. Concurrenc� par l�avion, il est remplac� par le passage en nombre croissant de voyageurs en provenance de Grande-Bretagne ou y allant. Le Havre, en relation avec Southampton, et Dieppe, en rapport avec Newhaven, se classent ainsi au quatri�me et au cinqui�me rang des ports fran�ais de passagers (respectivement 785 000 et 605 000 passagers en 1975).</p><p>L�importation du p�trole est devenue au cours des vingt derni�res ann�es la grande affaire du Havre, dont le trafic en ce domaine ne cesse de cro�tre.</p><p>Le Havre est le deuxi�me port p�trolier fran�ais apr�s Marseille (61 Mt en 1975). � la t�te du puissant complexe p�trolier de la Basse Seine, Le Havre am�liore ses �quipements par la construction du terminal p�trolier d�Antifer, qui accueillera prochaine-ment des p�troliers g�ants de plus de 500 000 t.</p><p>L�importation de minerais, de ma-ti�res premi�res, de fruits, l�exportation</p><p>de c�r�ales, de voitures, de produits manufactur�s, le trafic par conteneurs donnent aux activit�s des ports du Havre, de Rouen, et, � un moindre degr�, de Dieppe une tr�s grande diversit� et animation. Pour les marchandises diverses, Le Havre et Rouen se classent respectivement au deuxi�me et au quatri�me rang des ports fran�ais.</p><p>Leur trafic total (y compris le p�trole et les minerais) a �t� respectivement de 72,1 et 12,8 Mt en 1975.</p><p>L�industrie se concentre principalement dans la basse vall�e de la Seine.</p><p>L�industrie textile, la plus ancienne, est en d�clin. Les filatures et les tissages de cotonnades de Rouen, d�Oissel, de Darn�tal, de Malaunay, de Barentin, de Bolbec, d�Elbeuf traitent un peu plus de 10 p. 100 du coton travaill� en France.</p><p>Le raffinage du p�trole et la p�trochimie tiennent la premi�re place en France (le tiers du raffinage). Les usines p�trochimiques se trouvent � proximit� des grandes raffineries de Gonfreville-l�Orcher (Compagnie fran�aise de raffinage), pr�s du Havre, de Notre-Dame-de-Gravenchon et de Port-J�r�me (Mobil Oil et Esso Standard), entre Le Havre et Rouen, et de Petit-Couronne (Shell), pr�s de Rouen.</p><p>Cette activit�, d�une tr�s grande importance �conomique, emploie relativement peu de main-d�oeuvre.</p><p>La m�tallurgie, plus dispers�e et plus diversifi�e, constitue la premi�re branche industrielle pour le nombre des emplois. Les constructions navales (Le Havre, Le Trait) ont une activit� r�duite. Mais, apr�s une p�riode difficile, la relance est assur�e par les constructions automobiles de la R�gie Renault (Cl�on, pr�s d�Elbeuf, Sandouville, pr�s du Havre), par l�entretien des navires et la construction de plates-formes de forage (Le Havre), par des industries m�tallurgiques diverses et des constructions de mat�riel �lectrique et �lectronique (Rouen, Le Havre, Barentin).</p><p>� ces trois branches principales s�ajoutent des activit�s diverses, parmi lesquelles notamment des industries alimentaires, le travail du bois au</p><p>Havre, les papeteries de Rouen et, hors de la Basse Seine, l�horlogerie de l�Aliermont et la verrerie de la vall�e de la Bresle.</p><p>L�am�nagement r�gional</p><p>La population n�a pratiquement pas cess� d�augmenter depuis le d�but du XIXe s., s��levant de 610 000 personnes en 1801, � 850 000 en 1901, 941 000</p><p>en 1954, 1172 743 en 1975. Une</p><p>forte f�condit�, tradition des campagnes cauchoises, a toujours soutenu cette croissance. Aujourd�hui encore, la Seine-Maritime se distingue par le taux �lev� de la natalit� (19 p. 1 000 en 1969 ; moyenne nationale : 16,7 p. 1 000) et la vigueur de l�accroissement naturel (9 p. 1 000 ; moyenne nationale : 5,4 p. 1 000). Mais ce sont surtout les grandes agglom�-</p><p>rations de Rouen et du Havre qui ont fix� la population gr�ce au dynamisme de leurs activit�s : actuellement, elles rassemblent environ 55 p. 100 de la population du d�partement. Les agglom�-</p><p>rations de Lillebonne - Notre - Dame -</p><p>de - Gravenchon, du Trait, d�Elbeuf (19 506 hab.) font �galement partie de la Basse Seine, alors qu�en dehors de cette r�gion vitale les bourgs du pays de Caux stagnent, que Le Tr�port (6 850 hab.), F�camp (22 228 hab.) se d�veloppent mal et que Dieppe (26 111 hab.) ne joue pas encore vraiment le r�le de p�le d�entra�nement qui pourrait �tre le sien en contrepoint de la vall�e de la Seine.</p><p>Ainsi, alors que les perspectives offertes aux campagnes et au littoral restent incertaines, Le Havre et Rouen attendent en l�an 2000 entre 900 000 et 1 200 000 habitants. O� les accueillir sans rompre l�harmonie du cadre de vie ? Les sch�mas d�am�nagement pr�-</p><p>voient des dessertes autorouti�res sur les plateaux, de grandes coupures vertes pour bien isoler les agglom�rations, la promotion (d�j� tr�s avanc�e) d�une vaste zone industrielle dans l�estuaire entre Harfleur et Tancarville et, pour les zones r�sidentielles, une structuration sur des points d�appui secondaires autour de l�agglom�ration principale : Barentin, Bourg-Achard, Elbeuf et la ville nouvelle du Vaudreuil, autour de Rouen ; Harfleur-Gonfreville-l�Or-</p><p>cher, Montivilliers, Saint-Romain-de-Colbosc et Honfleur, autour du Havre.</p><p>La Basse Seine industrielle, jusqu�� maintenant confin�e sur la rive droite du fleuve, franchirait r�solument celui-ci, les deux agglom�rations principales s��tendant vers les d�partements de l�Eure (Bourg-Achard, Le Vaudreuil) et du Calvados (Honfleur). Le franchissement de l�estuaire par un ou deux nouveaux ponts consacrerait cette nouvelle tendance r�gionale situant les expansions majeures de la fin du si�cle dans un triangle Rouen - Caen - Le Havre.</p><p>A. F.</p><p>F Havre (Le) / Normandie / Rouen / Seine.</p><p>Seine-</p><p>Saint-Denis. 93</p><p>D�part. de la R�gion �le-de-France ; 236 km 2 ; 1 322 127 hab. Ch.-l. Bobi-gny. S.-pr�f. Le Raincy.</p><p>Le d�partement de la Seine-Saint-Denis a �t� cr�� dans le cadre du nouveau d�coupage administratif de la R�gion parisienne d�cid� par la loi du 10 juillet 1964 et le d�cret du 25 f�vrier 1965. Il est l�un des trois d�partements qui jouxtent Paris, appel�s parfois pour cela � de la premi�re couronne �. Il va, � l�ouest, de la rive droite de la Seine, � la hauteur de Saint-Denis, aux anciennes limites inchang�es de la Seine-et-Marne � l�est. Au nord, il pousse une pointe dans la plaine de France (vers Roissy-en-France) et au sud une autre au-del� de la Marne sur le plateau de Brie (Noisy-le-Grand). Il fait � peu pr�s un quart de la circonf�rence parisienne avec des distances extr�mes de 20 � 28 km.</p><p>Ses 1 322 127 habitants sont r�partis entre 40 communes avec une densit� moyenne de 5 600 habitants au kilom�tre carr�. La Seine-Saint-Denis est plus �tendue et moins peupl�e que les Hauts-de-Seine, mais moins �tendue et plus peupl�e que le Val-de-Marne.</p><p>Entre les deux derniers recensements, sa population a augment� de plus de 2 p. 100 par an, � moins que celle du Val-de-Marne �, alors que celle des Hauts-de-Seine a diminu�.</p><p>Tandis que la moiti� nord du d�partement est pratiquement d�pourvue de relief avec une altitude qui s�abaisse r�-</p><p>guli�rement, en 18 km, de 70 m � l�est � 30 m � l�ouest, le sud est accident� avec les trois plateaux de meuli�re de Brie : celui de Romainville-Montreuil, celui d�Avron et celui de Montfermeil, dont le point culminant est � 130 m, au fort de Romainville, et qui sont s�pa-r�s par les deux petites d�pressions de Rosny-sous-Bois et de Gagny.</p><p>Ce d�partement est particuli�rement pauvre en espaces verts, dont beaucoup ont disparu, mais riche en industries et en �quipements de transport : installations ferroviaires et gares de triage, a�roports du Bourget et de Roissy-enFrance (Charles-de-Gaulle) [celui-ci en partie seulement sur le d�partement], autoroute du Nord, antenne de Bagnolet. Sur son territoire, par la grande ceinture de Noisy-le-Sec au Bourget, passe le plus important trafic ferroviaire de France. C�est le d�partement de la R�gion parisienne qui a le plus fort pourcentage de population ouvri�re et le seul dont le conseil g�n�-</p><p>ral ait une majorit� communiste.</p><p>Le canal de l�Ourcq, doubl� par la voie ferr�e de Strasbourg et ses installations annexes, cr�e une nette coupure entre la banlieue nord et la banlieue est.</p><p>La plus proche banlieue nord constitue l�ensemble le plus puissamment industriel de toute la banlieue parisienne, surtout � Saint-Ouen, Saint-Denis, La Courneuve et Aubervilliers. L� domine la m�tallurgie, et le centre d�attraction en est incontestablement Saint-Denis. Cette zone se prolonge par deux antennes le long de la voie ferr�e de Soissons et du canal de l�Ourcq.</p><p>Au-del�, c�est la seconde couronne de banlieue, surtout pavillonnaire d��pinay-sur-Seine aux Pavillons-sous-Bois, mais truff�e et bord�e de grands ensembles comme � Aulnay-sous-Bois et � Clichy-sous-Bois.</p><p>Au-del� encore subiste au sud de la plaine de France une banlieue rurale � Tremblay-l�s-Gonesse, mais tr�s r�duite depuis l�implantation de l�a�roport Charles-de-Gaulle.</p><p>L�industrie est moins dominante, plus dispers�e, les emplois moins nombreux, en banlieue est. Le relief est pour beaucoup dans l�inorganisation de cette banlieue, pauvre en axes radiaux downloadModeText.vue.download 47 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10002</p><p>importants tant que ne fut pas r�alis�e l�antenne de Bagnolet (A 3). La proche banlieue industrielle atteinte par des terminus du m�tro parisien � Pantin, aux Lilas, � Bagnolet et � Montreuil est r�duite � une bande �troite, sauf � Montreuil. Au-del� commence vite la banlieue-dortoir, m�lange de zones pavillonnaires anciennes et de grands ensembles plus r�cents.</p><p>En dehors de Montreuil, dont le</p><p>pouvoir d�attraction est d� � son importance (pr�s de 100 000 hab.), le principal p�le tend � devenir Rosny-sous-Bois, o� s�est implant� un puissant centre commercial (Rosny II).</p><p>L�a�roport de Roissy en France-</p><p>Charles de Gaulle pourrait, par les emplois cr��s, exercer une influence pr�pond�rante sur tout le d�partement, tandis qu�au sud, la ville nouvelle de Marne-la-Vall�e se situe aussi en partie sur le territoire de Noisy-le-Grand, donc de la Seine-Saint-Denis.</p><p>J. B.</p><p>F Saint-Denis.</p><p>Sei Sh&#x14D;nagon</p><p>Dame de la Cour imp�riale du Japon, auteur du Makura no z&#x14D;shi (d�but du XIe s.).</p><p>De la vie de Sei Sh&#x14D;nagon, nous ne savons que peu de chose : quelques indications qu�elle donne elle-m�me dans son oeuvre, une note peu am�ne du Journal de Murasaki* Shikibu, des anecdotes, pour la plupart malveillantes et probablement apocryphes, rapport�es par des auteurs post�rieurs.</p><p>Seules certitudes : sa g�n�alogie et ses �tats de service au palais. Appartenant au clan Kiyohara, issu de l�empereur</p><p>Temmu (fin du VIIe s.), son arri�re-grand-p�re Fukayabu et son p�re Mo-tosuke sont des po�tes r�put�s. N�e, vraisemblablement en 966, dans une famille de hauts fonctionnaires lettr�s, elle �tudie d�s l�enfance la po�sie japonaise (waka) et, chose plus rare pour une femme, les classiques chinois (Murasaki la d�crit comme une sorte de bas-bleu pr�tentieux et insupportable).</p><p>En 993, elle entre au service de l�im-p�ratrice Sadako, premi�re �pouse de l�empereur Ichij&#x14D;. Au palais, elle fr�-</p><p>quente les beaux esprits et les meilleurs po�tes du temps. � la mort de Sadako, en l�an 1000, elle quitte la Cour ; sur sa vie apr�s cette date, nous n�avons que des l�gendes contradictoires : on rapporte qu�elle mourut vieille, pauvre et abandonn�e, inventions sans doute de quelqu�un de ceux qu�elle avait �gratign�s dans ses �crits, comme para�t invent�e sa r�putation de l�g�ret�.</p><p>Po�te, elle le fut comme toutes les personnes de qualit� de l��poque, mais une cinquantaine seulement de ses waka ont �t� conserv�s, dont 14 dans des anthologies officielles. Sa renomm�e litt�raire est fond�e tout enti�re sur un ouvrage en prose, d�un genre qu�elle est la premi�re � illustrer, auquel on donnera plus tard le nom de zuihitsu, � �crits au fil du pinceau �.</p><p>C�est le Makura no z&#x14D;shi (Notes de l�appuie-t�te ou Notes de chevet), fait d�une suite d�environ 300 notes sans lien entre elles, jet�es sur le papier au hasard des �v�nements ou des</p><p>r�flexions.</p><p>Ce sont des sortes de po�mes en</p><p>prose, incisifs, amusants, f�roces parfois, spirituels toujours, qui r�v�lent une personne active et sociable, un esprit vif et p�n�trant, un caract�re positif et d�cid�, toutes qualit�s qui r�pondent � ce que l�on appelle alors miyabi, � urbanit� �, ou mieux, � courtoisie �.</p><p>Certaines de ces notations ne sont que des �num�rations ; les unes, suites de noms de montagnes, de mers, de rivi�res, de palais, etc., pourraient �tre des aide-m�moire pour l�improvisation po�tique ; les autres, intitul�es : choses agr�ables, d�sagr�ables, ridicules, irritantes, odieuses, etc., contiennent des observations psychologiques d�une</p><p>race finesse.</p><p>Le reste est fait de r�cits de choses vues, de courtes sc�nes prises sur le vif, au jour le jour, de descriptions impressionnistes des gens et des choses ; petites com�dies dont les personnages sont l�empereur, l�imp�ratrice, les ministres, les courtisans et les dames.</p><p>Bien peu pouvaient se flatter de trouver gr�ce devant cette impitoyable portraitiste qui ne renonce � la caricature que lorsqu�elle parle des souverains ou d�elle-m�me. Car, et c�est l� sa seule faiblesse, elle ne peut se d�fendre d�une certaine complaisance envers son propre personnage : vers�e dans les lettres chinoises et japonaises, dou�e � l�en croire d�un redoutable esprit d��-</p><p>propos, elle pr�tend ne jamais rester en retard d�une �pigramme, ripostant avec la m�me facilit� � une pointe de l�empereur ou au madrigal d�un fat.</p><p>D�un caract�re dominateur et impulsif, elle fait volontiers �talage d��rudition, tout en manifestant une certaine condescendance pour les femmes qui se piquent d��crire ; peu �motive, il lui arrive cependant de s�attendrir � la vue d�un enfant ou sur le sort d�un chien ; toute sa sympathie va � l�imp�ratrice, qu�elle admire et dont elle respecte les vertus et les malheurs. Elle est moins sentimentale que Murasaki ; un sens tr�s aigu du ridicule l��loign� de toute pr�ciosit� de pens�e ou d�expression.</p><p>Les imitateurs du Makura no z&#x14D;shi seront aussi nombreux que ceux du Genji-monogatari, et le zuihitsu deviendra bient�t, et restera jusqu�� nos jours, l�un des genres les plus pris�s de la litt�rature japonaise. Le moine Kenk&#x14D; (Yoshida Kaneyoshi, 1283-1350) s�en inspire, et le dit explicitement, dans son Tsurezure-gusa (Notes au fil du d�soeuvrement).</p><p>R. S.</p><p>s�isme</p><p>F SISMOLOGIE.</p><p>sel</p><p>Corps pur de structure ionique, produit de l�action d�un acide ou d�un oxyde acide sur une base ou un oxyde ba-</p><p>sique, ou encore de l�action d�un acide ou d�une base sur un m�tal.</p><p>Ce sont l� les deux modes principaux d�obtention d�un sel, le premier �tant une r�action acide-base (v. acide), le second une oxydor�duction*. En r�gle assez g�n�rale, ces proc�d�s fournissent le sel � l��tat de solution, d�o� on l�extrait par �vaporation.</p><p>Le sel est form� d�ions de signes oppos�s : l�anion provient de l�acide, c�est sa base conjugu�e ; le cation provient de la base, c�est son acide conjugu�.</p><p>Par suite, la neutralisation d�un monoacide par une monobase ne peut fournir qu�un sel, par exemple Na+Cl�, produit de l�action de HCl sur NaOH. En revanche, � un polyacide correspondent plusieurs bases conjugu�es, d�o� la possibilit� de plusieurs sels avec une monobase : � H2SO4 correspondent les bases conjugu�es et</p><p>d�o�, avec NaOH, les sels</p><p>dit hydrog�nosulfate de sodium, et dit sulfate disodique. Il correspond de m�me � l�acide orthophosphorique H3PO4 trois sels de sodium : dihydrog�nophosphate monosodique NaH2PO4, monohydro-g�nophosphate disodique Na2HPO4, phosphate trisodique Na3PO4. On</p><p>emploie quelquefois encore les termes de sel acide pour d�signer les hydrog�nosels et de sel neutre pour d�signer ceux qui ne contiennent pas d�� hydrog�ne acide � ; cette d�signation pr�te � confusion, en particulier parce que, par suite de l�hydrolyse*, la solution aqueuse d�un sel � acide � peut �tre neutre, ou m�me basique (Na2HPO4), alors que la solution d�un sel � neutre �</p><p>peut �tre : acide (NH4Cl), neutre (NaCl), basique (NaCH3COO). Une</p><p>polybase peut de m�me donner plusieurs sels avec un monoacide.</p><p>La solubilit� d�un sel dans un solvant d�pend de nombreux facteurs, d�une fa�on difficilement pr�visible : charge et dimension des ions, constante di�lectrique du solvant, polarisation des ions du sel et des mol�cules du solvant, etc. � c�t� de sels tr�s solubles dans l�eau, exemple NH4NO3, il en est</p><p>de tr�s peu solubles (BaSO4, 2,3 mg/l).</p><p>Pour ces derniers, on d�finit dans un solvant un produit de solubilit� r�sultant de l�application de la loi d�action de masse � l��quilibre diphas� : exc�s de sel solide-solution satur�e du sel.</p><p>Pour BaSO4 par exemple :</p><p>d�o� Ps, fonction</p><p>de la temp�rature, est le produit de solubilit� du sel dans l�eau ; pour BaSO4</p><p>� 20 �C, Ps = 10� 10 mole2.]� 2.</p><p>Les sels sont des �lectrolytes forts.</p><p>Leurs ions constitutifs sont, suivant les cas, simples (Na+, Cl�), polyatomiques ou complexes*, alors form�s d�un atome central associ� par des liaisons de coordination � des ligands, mol�cules ou ions, qui dissimulent de fa�on plus ou moins parfaite l�ion central � ses r�actifs habituels.</p><p>R. D.</p><p>sel</p><p>Substance cristallis�e, friable, soluble dans l�eau, d�un go�t piquant, d�un emploi universel pour l�assaisonnement.</p><p>Constitu� de chlorure de sodium</p><p>plus ou moins pur, le sel commun, ou marin, est tr�s abondant dans la nature.</p><p>L�eau de mer en contient 32 g/l. Celle-ci, au cours des temps g�ologiques, en a d�pos� d��normes masses intercal�es entre des couches imperm�ables, les prot�geant de la dissolution.</p><p>Le sel de marais salants est obtenu par �vaporation naturelle. L�eau sal�e est concentr�e jusqu�� saturation et d�pose une grande partie des impuret�s. La saumure est alors envoy�e sur des � tables � o� a lieu la pr�cipitation.</p><p>Dans le Midi, le sel accumul� l��t� est downloadModeText.vue.download 48 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10003</p><p>enlev� m�caniquement en septembre : le grain du sel produit est gros et r�sistant. Dans l�Ouest, le sel est recueilli chaque jour, par le paludier. Les cristaux forment des pyramides ren-</p><p>vers�es : � tr�mies �, fragiles et tr�s solubles. En partant de saumure satur�e naturelle ou de dissolution, apr�s �puration �ventuelle par la chaux et le carbonate de soude, l��vaporation par chauffage laisse d�poser le sel. Le gros sel raffin� se forme en tr�mies par �vaporation lente dans des � po�les � � une temp�rature de 80-90 �C. La production est faible, la vapeur ne peut �tre r�cup�r�e, d�o� une grande consommation d��nergie. Les tr�mies ne prennent pas en masse et restent friables, ce qui convient � certains usages (cuisine, salage des peaux, d�neigement). Le sel fin est constitu� de petits cristaux cubiques qui se forment par �bullition tumultueuse dans un �vaporateur clos, la vapeur produite �tant r�cup�r�e pour �tre utilis�e de nouveau, soit par recompression m�canique, soit dans un autre appareil � temp�rature plus basse.</p><p>Il peut donc �tre produit en quantit�s industrielles. Il se dissout difficilement dans l�eau, aussi l�agglom�re-t-on par compression en pastilles et granul�s utilis�s � la r�g�n�ration des adoucisseurs d�eau.</p><p>Le sel est une mati�re premi�re de base de la grande industrie chimique (sulfate, carbonate) et �lectrochimique (chlorate, soude, chlore), qui peut utiliser directement les saumures.</p><p>La production fran�aise �tait en 1972 : pour les marais salants, de 1 006 000 t ; pour le sel raffin�, de 1 291 000 t ; pour le sel en saumure, de 3 107 000 t.</p><p>J. G.</p><p>J. Stocker, le Sel (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1949). / M. Schmid, Technologie der Stein-salzaufbereitung (Halle, 1951). / D. W. Kaufmann, Sodium Chloride (New York, 1960).</p><p>S�laciens</p><p>Sous-classe de Poissons* cartilagineux, ou Chondrichthyens, qui, � l�inverse des Holoc�phales, ou Chim�res*, ont les fentes branchiales ais�ment visibles dans la r�gion post�rieure de la t�te. D�apr�s remplacement de ces fentes branchiales, on subdivise les S�-</p><p>laciens en Pleurotr�mes, ou Requins*, � fentes branchiales lat�rales, et en</p><p>Hypotr�mes, ou Raies*, � fentes branchiales ventrales.</p><p>Le squelette des S�laciens reste cartilagineux � l��tat adulte, ce qu�on peut interpr�ter comme le r�sultat d�une �volution n�ot�nique, puisque les anc�tres fossiles de l��re primaire, Protos�laciens ou Placodermes, poss�-</p><p>daient un squelette ossifi�. Toutefois, ce cartilage est souvent renforc� par un processus de calcification, qui est notamment bien d�velopp� au niveau vert�bral. Dans la suspension de la m�choire inf�rieure intervient toujours l�hyomandibulaire (suspension hyosty-lique ou amphistylique). Les vert�bres sont le plus souvent amphicoeliques (en sablier), et la notocorde est pinc�e ou interrompue au niveau de chaque vert�bre. Les c�tes sont rudimentaires.</p><p>La nageoire caudale est dissym�trique (h�t�rocerque) ou absente. Le squelette externe est constitu� par des denticules cutan�s, ou �cailles placo�des, d�origine � la fois dermique (ivoire) et �pidermique (�mail), homologues des dents des autres Vert�br�s. Ces denticules peuvent se modifier en �cussons, ou boucles, ou en aiguillons li�s � des glandes venimeuses. Les dents, triangulaires et tranchantes ou en pav� et broyeuses, ne se soudent jamais ; elles se renouvellent p�riodiquement au cours de la vie du Poisson (on compte jusqu�� 100 g�n�rations dentaires).</p><p>Il existe de cinq � sept paires de fentes branchiales, verticales ou obliques, en arri�re d�un orifice ant�rieur dorsal, le spiracle, ou �vent, reste de l�oblit�ration de la fente hyo�dienne par le mode de suspension de la m�choire. Le long de ces lentes, les branchies sont dispos�es en lames ; d�o� le nom fr�quent d��lasmobranches qu�on donne aux S�laciens. La cloison interbranchiale se poursuit ext�rieurement par un clapet qui permet � l�animal d�obturer la fente branchiale post�rieure et d�inspirer ainsi l�eau par la bouche, en augmentant le volume buccal. La partie ant�rieure de la t�te est prolong�e par un rostre � squelette cartilagineux qui reporte la bouche ventralement ; d�o� le nom de Plagiostomes qu�on donne aussi aux S�laciens. La ceinture pelvienne, form�e de deux moiti�s sou-</p><p>d�es dans le plan de sym�trie, porte des nageoires pelviennes dont la partie ant�rieure se transforme chez les m�les en organe copulateur (pt�rygopodes).</p><p>Le tube digestif comporte un estomac bien d�velopp� et un intestin court, dans lequel un repli de la muqueuse, auquel participe la musculeuse, forme la valvule spirale, qui ralentit la progression des aliments ; un cloaque re-</p><p>�oit les d�chets digestifs et r�naux ainsi que les produits g�nitaux, et il s�ouvre � l�ext�rieur par un orifice unique. Il n�existe jamais ni poumon, ni vessie natatoire. L�appareil circulatoire comporte cinq paires d�arcs aortiques, dont les racines dorsales forment l�aorte. Le syst�me veineux pr�sente deux syst�mes portes : h�patique sur le trajet de la veine intestinale et r�nal sur celui des veines cardinales post�rieures. Les reins sont des � opisthon�phros � ; les canaux de Wolff en conduisent les produits jusqu�au cloaque. Le milieu int�rieur des S�laciens renferme une quantit� de sels dissous voisine de celle qu�on trouve chez les autres Poissons, mais il s�y ajoute des quantit�s importantes d�ur�e, qui font que le sang de ces Poissons devient isotonique � l�eau de mer, si bien que les m�canismes osmotiques complexes, n�cessaires chez les autres Poissons, n�existent pas ici.</p><p>Les organes des sens comprennent des formations int�ressantes : les ampoules de Lorenzini et les v�sicules de Savi, qui sont des �lectror�cepteurs sensibles � la composante �lectrique des mouvements musculaires des animaux voisins. Ils peuvent exister en l�absence m�me d�organes �lectriques (pr�sents chez les Raies du genre Raja et chez les Torpilles).</p><p>La reproduction des S�laciens comporte toujours une f�condation interne, que le m�le r�alise gr�ce � des pt�-</p><p>rygopodes. Certaines esp�ces sont ovipares et pondent un petit nombre de gros oeufs, que prot�ge une enveloppe corn�e ; les autres sont vivipares incubantes ou gestantes : on trouve des S�laciens placentaires aussi bien parmi les Requins que parmi les Raies. Les downloadModeText.vue.download 49 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10004</p><p>oeufs sont riches en vitellus, et la segmentation est de type m�roblastique, comme pour les oeufs des Reptiles et des Oiseaux.</p><p>R. B.</p><p>C. Arambourg et L. Bertin, � Sous-classe des S�laciens �, dans Trait� de zoologie, sous la dir.</p><p>de P.-P. Grass�, t. XIII, fasc. 3 (Masson, 1958).</p><p>Seldjoukides</p><p>En turc SEL�UKLULAR, famille turque qui, du XIe au XIIIe s., a r�gn� sur divers vastes domaines de l�Asie centrale et ant�rieure.</p><p>� c�t� des Grands Seldjoukides, dits encore Seldjoukides d�Iran, on distingue habituellement quatre groupes principaux : les Seldjoukides d�Iraq, de Kerm&#x101;n, de Syrie, de R&#x16B;m ou d�Anatolie (connus aussi comme Seldjoukides de Konya [d�Iconium] ou d�Asie Mineure). Le r�le de cette famille a �t� si consid�rable que son nom est souvent employ� par extension pour d�signer tous les Turcs occidentaux du Moyen �ge, y compris ceux qu�elle n�avait pas vassalis�s ou qui �taient ses comp�titeurs.</p><p>Les origines</p><p>Sel�uk (ou Saldj&#x16B;q), fils de Dokak, �tait membre de la tribu des Qiniq (K�n�k), l�une des vingt-quatre tribus de la conf�d�ration des Oghouz. Les Qiniq avaient pour ongun (� totem �) le tiercelet d�autour m�le et, comme em-bl�me et marque de propri�t�, un signe abstrait (tamga). On sait peu de choses de Sel�uk, dont la l�gende s�est empar�e, lui attribuant une long�vit� de cent sept ann�es. Il est douteux qu�il ait �t� musulman, et les noms de ses fils Arslan Isr&#x101;�&#x12B;l, M&#x12B;kh&#x101;�&#x12B;l, M&#x16B;s&#x101;, ont incit� certains chercheurs � faire de lui un Juif. L�hypoth�se est hasardeuse, bien que des Turcs aient �t� juda�s�s, car ces noms sont aussi musulmans et sont accol�s � des noms turcs traditionnels, qui demeureront d�un emploi courant plus tard (Arslan : � lion � ; Tu�rul ou Toghrul : � faucon � ; �a�r� [Tchagri] :</p><p>� �pervier � ; K�l�� [Kilidj] : � sabre � ; etc.) : ils d�vouent sans doute la fid�-</p><p>lit� des Seldjoukides aux mythes turcs d�origine et aux repr�sentations attach�es aux rapaces. Il est remarquable que, malgr� l�islamisme adopt� au moins par les descendants de Sel�uk, les Turcs m�di�vaux aient conserv� aux XIe et XIIe s. et aient remis en vigueur dans la seconde moiti� du XIIIe s.</p><p>de nombreux faits de leurs antiques croyances.</p><p>Fix�s � Djand (ou Djend), Sel�uk et ses trois fils tirent habilement parti des querelles continuelles qui mettent aux prises les S&#x101;m&#x101;nides d�Iran et les Karakh&#x101;nides (ou Qarakh&#x101;nides) de l�Asie centrale. Ils penchent sans doute pour les premiers, mais ne manquent pas de rallier les seconds quand ils peuvent en b�n�ficier. Ainsi parviennent-ils � s�installer fermement en Transoxiane, puis dans la r�gion de Boukhara. L�, ils entrent en conflit avec les Rhazn�vides* (ou Ghazn�vides) et, � la suite d�une s�rie de victoires, les chassent du Khor&#x101;s&#x101;n (1035-1040) : Tchagri Beg (�agr� Bey) s�installe � leur place. Son fr�re Toghrul Beg (Tu�rul Bey, 1038-1063) peut alors s�emparer de Nich&#x101;pur (1038), du Kh&#x101;rezm (1042), de Hamadh&#x101;n, puis d�Ispahan (1051), dont il fait sa capitale. Dans un monde en plein d�sordre, o�, quand il ne domine pas, le ch&#x12B;�isme le plus extr�miste agite et soul�ve les masses, Toghrul opte pour l�orthodoxie et s�affirme le loyal sujet du calife</p><p>�abb&#x101;sside. Aussi est-ce � lui que celui-ci s�adresse en 1055 quand il se trouve expos� � des p�rils pressants. Toghrul entre � Bagdad, devient le protecteur officiel du supr�me souverain, re�oit de lui sa fille et le titre de sultan. Son pouvoir se trouve ainsi l�gitim�.</p><p>Les Grands Seldjoukides</p><p>(1038-1157)</p><p>C�est sans difficult� majeure qu�� la mort de Toghrul Beg, son neveu Alp Arslan (1063-1073) acc�de au tr�ne.</p><p>Musulman de stricte ob�dience, il se doit de faire la guerre sainte aux Byzantins, et sa guerre ne sera pas une campagne de rapines, mais une conqu�te suivie d�une occupation du sol. En 1064, le sultan envahit l�Arm�-</p><p>nie, prend Ani et Kars, s�avance en</p><p>Syrie et en Anatolie. En 1070, il s�empare d�Alep. Le basileus Romain IV</p><p>Diog�ne, conscient du p�ril, l�ve une arm�e de 200 000 hommes en 1071, mais se fait �craser et capturer, pr�s du lac de Van, � la bataille de Mantzikert (auj. Malazgirt). Il ne faut pas deux ans � Malik Ch&#x101;h (1073-1092), fils et successeur d�Alp Arslan, pour se rendre ma�tre de toute l�Asie Mineure. En 1078, il est � Nic�e, � quelques kilom�tres du Bosphore, de Constantinople, de l�Europe. Sans un secours de l�Occident, c�en est fait de l�Empire byzantin. Et ce n�est pas le probl�me que pose l�organisation d�un �tat trop vaste (il s��tend du Turkestan � l��g�e), d�un �tat trop rapidement constitu�, ce ne sont pas les querelles dynastiques entre fr�res, neveux, cousins qui suivent la mort de Malik Ch&#x101;h (1092) qui peuvent le sauver. La croisade, seule, le fera, non pour Byzance, mais pour l�Europe. Ce ne seront pourtant pas les Grands Seldjoukides qui recevront les crois�s, mais leurs successeurs en Anatolie, les Seldjoukides de R&#x16B;m.</p><p>Les quatre fils de Malik Ch&#x101;h,</p><p>Ma&#x1E25;m&#x16B;d, Barky&#x101;r&#x16B;q (Berkyaruk),</p><p>Mu&#x1E25;ammad Ier et Sandjar (Sencer), se succ�dent sur le tr�ne, mais l�Empire est d�j� disloqu�. En 1118, sa division deviendra officielle. Sandjar r�gnera sur le Khor&#x101;ss&#x101;n et l�Iran oriental de 1118 � 1157 ; Ma&#x1E25;m&#x16B;d (1118-1131), fils de Mu&#x1E25;ammad Ier, aura pour sa part l�Iraq et l�Iran occidental. Les Seldjoukides d�Iraq survivront un peu, et les Grands Seldjoukides dispara�tront � la mort de Sandjar (1157).</p><p>Si bref e�t �t� l�empire des Grands Seldjoukides, il eut une importance singuli�re, parce qu�il apporta un sang nouveau � l�isl&#x101;m, unifia pour un temps nombre de ses terres et lui fit retrouver le chemin oubli� des conqu�tes. Son succ�s fut d�, avant tout, � la sup�riorit� incontestable des arm�es turques, mais aussi aux m�thodes de gouvernement qui furent employ�es. Celles-ci furent en partie expos�es par le Livre de politique (Siy&#x101;set n&#x101;me) du grand vizir Ni&#x1E93;&#x101;m al-Mulk (1018-1092), bras droit de Malik Ch&#x101;h. Un r�le de choix fut laiss� aux indig�nes, parfaitement civilis�s, mieux aptes que les</p><p>guerriers turcs � g�rer les affaires et dont l�impuissance pass�e ne provenait que du d�sordre. On ne fit nul effort pour d�nationaliser l�Iran ; il se produisit au contraire une iranisation de l��lite turque (la langue officielle fut le persan) et une mobilisation des talents au service de l�iranisme. Un immense effort culturel fut provoqu� par Ni&#x1E93;&#x101;m al-Mulk, fondateur des universit�s portant son nom (madrasa Ni&#x1E93;&#x101;miyya) de Bagdad, de Nich&#x101;pur, d�Ispahan, de Balkh, de Har&#x101;t, de Merv. Le grand penseur al-Rhaz&#x101;l&#x12B; fut un des premiers � y enseigner. Une floraison de chefs-d�oeuvre s�ensuivit dans toutes les branches de la science et de l�art : en downloadModeText.vue.download 50 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10005</p><p>architecture, la Grande Mosqu�e d�Ispahan ; en c�ramique, la fabrication de milliers d�objets admirables ; en mystique, B&#x101;b&#x101; &#x1E6C;&#x101;hir et Ab&#x16B; Sa�&#x12B;d ; en lettres : le po�te-philosophe N&#x101;sser-e Khosrow (N&#x101;&#x1E63;ir-i Khasraw), le po�te-astronome Omar ou �Umar Khayy&#x101;m*, le po�te-romancier Nez&#x101;mi (Ni&#x1E93;&#x101;m&#x12B;*), les pan�gyristes Anvari, Kh&#x101;q&#x101;ni.</p><p>Quelques-uns des plus grands noms de l�Iran rel�vent de ce si�cle.</p><p>Cependant, tout ne fut pas positif.</p><p>Les Seldjoukides avaient fait du sunnisme la religion d��tat, mais l�opposition ch&#x12B;�ite ne d�sarma jamais. Les princes ne purent venir � bout des isma�liens d�Alamut, amateurs de hachisch qui employ�rent le meurtre comme moyen politique (et dont nous avons fait les Assassins) et qui constitu�rent un v�ritable �tat dans l��tat.</p><p>L��migration massive d�Oghouz, soumis ou rebelles, modifia profond�ment la composition ethnique et linguistique ainsi que la vie des populations d�Iran.</p><p>Le nomadisme reconquit des terres sur l�agriculture et fit r�gresser le niveau de vie rural.</p><p>Les Seldjoukides de R&#x16B;m</p><p>(1077-1308)</p><p>Dans la br�che ouverte par les Seldjoukides, une masse de peuples turcs, en majorit� oghouz, se rue sur les ter-</p><p>ritoires de l�isl&#x101;m. Les sultans d�Ispahan, peu soucieux de voir ces nomades, remuants et indisciplin�s, s�installer sur leurs terres, les dirigent vers l�Asie Mineure. Ceux-ci s�y entassent dans la sorte de cul-de-sac verrouill� par Byzance. Ainsi, � c�t� des Seldjoukides, s�installent des chefs de guerre qui se taillent des principaut�s qu�ils essaient de garder ind�pendantes : Saltuqides (Saltuklular), d�Erzurum, Meng�djekides (Meng�c�kler) du</p><p>haut Euphrate, Artuqides ou Orto-kides (en turc Artuko�ullar�) de Mardin, de Diyarbak�r, de &#x1E24;is&#x1E47;-Kayf&#x101;</p><p>(auj. Hasankeyf). L�une d�elles, celle des D&#x101;nichmendites (Dani�mentliler) occupe S�vas : elle se montrera pendant cent ans le plus redoutable adversaire des Seldjoukides d�Anatolie (ou de R&#x16B;m). Ceux-ci ont le prestige d��tre app&#x1EA1;rent�s � la famille imp�riale d�Iran et de descendre en droite ligne de Sel�uk. Leur chef, Sulaym&#x101;n ibn Kutulmich (S�leyman, 1077-1086), ar-ri�re-petit-fils du fondateur, m�ne une politique de bascule entre les diff�rents partis byzantins. Il vend ses services aux uns et aux autres contre villes et territoires. Quand, en 1081, Alexis Ier Comn�ne monte sur le tr�ne, il signe avec lui un accord qui lui permet de faire de Nic�e sa capitale. Dans le d�-</p><p>sarroi qui a suivi la bataille de Mantzikert, une fraction des Arm�niens a fui en direction du Taurus et de la Cilicie.</p><p>Un aventurier du nom de Philar�te Va-hram (en grec Brachamios) est parvenu � instaurer un �tat entre Urfa, Mara�</p><p>et Malatya. Sulaym&#x101;n ibn Kutulmich l�attaque, le vainc, s�empare d�Antioche, marche � deux reprises contre Alep, devant laquelle il trouve d�ailleurs la mort (1086). Toute la politique byzantine jusqu�en 1159 aura pour objet la reconqu�te de la grande m�tropole chr�tienne d�Antioche. De 1086</p><p>� 1092, le fils mineur de Sulaym&#x101;n, Kilidj Arslan (K�l�� Arslan) est captif en Iraq, et l��difice des Seldjoukides en Anatolie semble s��branler. Les D&#x101;nichmendites, plus puissants que ces derniers, veulent recueillir l�h�ritage : une rivalit� entre les deux maisons commence, qui ne cessera que devant les crois�s.</p><p>Les croisades*, les grandes guerres ext�rieures de la chr�tient�, pr�ch�es</p><p>pour la d�livrance de la Terre sainte, sont en fait la contre-attaque europ�enne contre la pouss�e asiatique.</p><p>Elles b�n�ficient de circonstances heureuses : l�Empire seldjoukide n�est plus monolithique, et seuls les Anatoliens semblent capables de lui r�sister. Kilidj Arslan Ier (1092-1107), enfin libre et entr� en possession de son royaume, accourt � leur rencontre. Avant m�me que d��tre vaincu � Doryl�e (Sarh�y�k, pr�s d�Esk�ehir) en l��t� 1097, il doit abandonner Nic�e. La bataille de Mantzikert est, en quelque sorte, annul�e. Pour deux si�cles, l�avance turque est stopp�e. Quand elle reprendra, avec les Ottomans*, il sera trop tard, mais de peu : l�Europe sera d�j� � la veille d�entrer dans l��re de sa supr�-</p><p>matie �conomique et technique. Les Francs traversent l�Asie Mineure ; ils s�installent en Syrie. Les Byzantins reprennent une partie de leur ancien empire. Les Turcs ont conscience que la route de l�Ouest leur est ferm�e. Ils vont chercher � s�ouvrir celle de l�Est. Justement, la population de Mossoul les appelle. Kilidj Arslan Ier lui r�pond, entre dans la ville et ose se faire proclamer sultan (1107). Peu apr�s, sa d�faite et sa mort marquent la fin du r�ve oriental des Sel��k. Ceux-ci se r�signent donc � rester enferm�s sur le plateau anatolien, gagnant en coh�sion ce qu�ils perdent en extension, instituant un sultanat centralis� autour de leur nouvelle capitale, Konya (Iconium).</p><p>Mas�&#x16B;d Ier (Mesud Ier, 1116-1155) chasse du tr�ne son p�re, qui s��pui-sait dans de vaines attaques contre Byzance. Lors de la deuxi�me croisade, il bat les troupes de Conrad III (oct.</p><p>1147), et oblige celles de Louis VII � gagner par la mer la Terre sainte.</p><p>Cependant, la situation reste plus que pr�caire pour les Seldjoukides. Kilidj Arslan II (K�l�� Arslan II, 1155-1192), nouvellement intronis�, comprend qu�il ne peut subsister qu�en faisant l�unit� de l�Anatolie musulmane. Il se rend � Constantinople, o� il se d�clare le vassal du basileus (1162). Tranquille sur ses arri�res, il se tourne contre les D&#x101;nichmendites, les d�truit et occupe toutes leurs cit�s (1172-1178). Puis il an�antit l�arm�e de Manuel Comn�ne � Myriok�phalon (1176). Il est alors</p><p>vraiment le sultan de la Turquie.</p><p>La fin de son r�gne est moins heureuse. La troisi�me croisade fait p�n�-</p><p>trer ses forces jusque dans sa capitale (1190) ; ses douze fils se querellent.</p><p>Si Fr�d�ric Ier Barberousse va se noyer dans les eaux du G�ksu, la mort du souverain turc transforme les disputes fraternelles en guerre civile. Il faut douze ans de luttes pour refaire l�unit� (1204). Le fils du vainqueur, �g� de trois ans, est proclam� roi, mais c�est Kay Khusraw Ier (Keyh�srev Ier, 1192-1196 et 1204-1210) qui monte presque aussit�t sur le tr�ne. Il n�a plus devant lui Byzance, mais, � c�t� de l�Empire latin, les royaumes de Nic�e et de Tr�bizonde. Il en profite pour trouver un d�bouch� sur la M�diterran�e en prenant Antalya. Kay K&#x101;�&#x16B;s Ier (Keyk�vus Ier, 1210-1219), quand vient son r�gne, atteint la mer Noire en enlevant Sinope (1214). En outre, il s�assure, aux d�pens des Arm�niens, des forteresses qui commandent les plaines de Cilicie (1216). �&#x100;l&#x101; al-D&#x12B;n Kay Qub&#x101;d Ier (Al�eddin Keykubad Ier, 1219-1237), par une s�rie d�alliances, de tractations, de mariages, se fait livrer la place forte maritime de Kalono-ros (Alanya, 1220), Erzincjan (1228), Erzurum (1230). L�Empire est � son apog�e.</p><p>Pour peu de temps. En 1241-42, les Mongols* Gengiskh&#x101;nides font leur apparition sur ses confins. Kay Khusraw II (Keyh�srev II, 1237-1246) l�ve contre eux une arm�e o� se c�toient Turcs et mercenaires arm�niens,</p><p>byzantins et francs ; il est vaincu � K�se da�� (26 juin 1243) ; le Mongol Baydju occupe S�vas et Kayseri. D�s lors, les Seldjoukides ne sont plus que les ombres d�eux-m�mes. Le Sultan, au prix d�un lourd tribut, conserve une certaine ind�pendance, mais les Mongols multiplient les raids, et les Turcs ne s�entendent plus entre eux. Pendant un temps, trois souverains se partagent le pouvoir : Kay K&#x101;�&#x16B;s II (Keyk�vus II) � Konya, Kilidj Arslan IV</p><p>(K�l�� Arslan IV) � S�vas, �&#x100;l&#x101; al-D&#x12B;n Kay Qub&#x101;d II (Al�eddin Keykubad II) � Malatya. Apr�s avoir �limin� ses rivaux, Kilidj Arslan IV confie l�autorit� � Sulaym&#x101;n Mu�&#x12B;n al-D&#x12B;n (S�leyman Muin�ddin), qui gouverne sagement</p><p>plusieurs ann�es de suite. En 1277, cependant, les princes seldjoukides font appel au Mamelouk Baybars Ier, le seul des princes orientaux � avoir r�sist� aux fantastiques envahisseurs. Baybars entre en Anatolie, bat les Mongols � Elbistan, s�avance jusqu�� Kayseri (1277). Mais, d��u par la passivit� des Anatoliens, il se retire. Les Mongols reviennent en force et punissent s�v�rement l�infid�lit� des princes. Mu�&#x12B;n al-D&#x12B;n est mis � mort ; le r�gime devient plus dur ; les sultans qui se succ�dent perdent ce qui leur restait d�autorit� : vizirs et �mirs d�tiennent la r�alit� du pouvoir. Le dernier repr�sentant de la dynastie seldjoukide meurt en 1308.</p><p>L�Asie Mineure</p><p>au XIIIe si�cle</p><p>Quand, apr�s la prise d�Antalya, les Seldjoukides de R&#x16B;m ont acc�s � la mer et entrent dans le commerce maritime mondial, leur �tat est consid�r� comme le plus riche de la Terre. Ses voisins (Ayy&#x16B;bides, Artuqides) reconnaissent sa supr�matie. Le Sultan, � qui downloadModeText.vue.download 51 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10006</p><p>l��tat appartient en toute propri�t�, est assist� par un bureau (divan), dont le chef est le Premier ministre, le vizir (vezir), charg� de faire appliquer les lois. Les provinces sont dirig�es par les parents du prince, aid�s de gouverneurs (vali), ou, quand elles viennent d��tre conquises, par celui qui s�en est rendu ma�tre, le bey. Celui-ci est tenu d�entretenir une arm�e et, pour ce faire, l�ve des imp�ts. La monnaie universelle est frapp�e au nom du souverain. La population est tr�s m�lang�e, car, s�il y a eu fuite de nombreux indig�nes (Grecs, Arm�niens), il reste de tr�s importantes communaut�s chr�tiennes. Les Turcs eux-m�mes rel�vent de plusieurs tribus, voire de plusieurs groupes ethniques.</p><p>Beaucoup sont de purs nomades que le gouvernement cherche d�j�, sans grand succ�s, � s�dentariser. Musulmans de nom, ces nomades demeurent fid�les en pratique aux vieilles prescriptions ancestrales, � la foi sous-jacente au syst�me du chamanisme. Ils sont sous</p><p>l�influence des baba, g�n�ralement ch&#x12B;�ites, en fait h�ritiers des anciens chamans. Des doctrines tr�s avanc�es courent les campagnes. Sous le r�gne de Kay Khusraw II (Keyh�srev II), une violente insurrection conduite par B&#x101;b&#x101;</p><p>Is&#x1E25;&#x101;q (Baba Ishak), au reste durement r�prim�e, se montre nettement influenc�e par des doctrines socio-�conomiques r�volutionnaires.</p><p>La civilisation est plus urbaine que villageoise, ce qui ne veut pas dire que l�agriculture, m�me turque, est inconnue. Les villes sont des places fortes, entour�es d�enceintes au d�but du XIIIe s., des centres religieux, commerciaux et culturels. L�industrie y est florissante (tapis, c�ramiques, m�taux). Les artisans sont group�s en corporations puissantes d�inspiration religieuse (ah�). Des marquisats (uc) sont install�s sur les fronti�res. La vie religieuse est assez paradoxale. L��tat est sunnite, mais le ch&#x12B;�isme domine.</p><p>Il sert � abriter tout ce qui est h�t�ro-doxe et �tranger � l�isl&#x101;m. En guerre, on ne parle que de pourfendre l�infid�le, qu�on maudit. En paix, on s�allie avec lui, on le fr�quente et l�on oublie tout fanatisme. Les ordres religieux, militaires ou paramilitaires, sont influents. Le mysticisme est � l�honneur.</p><p>Il s�exprime de plusieurs fa�ons et par l�interm�diaire de divers ma�tres, mais surtout par celui de Mevl&#x101;n&#x101; Djal&#x101;l al-D&#x12B;n R&#x16B;m&#x12B; (Mevl&#x101;n&#x101; Cel�leddin R�m�, 1207-1273), le fondateur de l�ordre des Derviches Tourneurs (Mevlev�) et l�un des plus grands po�tes de langue iranienne. � lui, et � tout ce qu�il repr�-</p><p>sente, s�oppose le personnage na�f et roublard, l�humoriste volontiers sceptique qu�est Nasreddin hoca (1208-1284) d�Ak�ehir. La gloire de celui-ci (et le souvenir de ses plaisanteries) sera si durable qu�il incarne aujourd�hui encore un des aspects du g�nie turc.</p><p>Le grand essor commercial est d� partiellement � la position privil�gi�e de l�Empire, mais il l�est aussi � l�excellente organisation commerciale, fond�e sur les caravanes, les march�s, les caravans�rails. Des Italiens ont install� des comptoirs. Les Turcs importent peu, se contentent de leurs produits, mais ils exportent beaucoup : bois, r�-</p><p>sines, m�taux pr�cieux et cuivre, coton,</p><p>s�same, miel, olives et produits fabriqu�s (tapis, nattes, cuivres). Le persan est la langue officielle et la langue de culture ; l�arabe, langue religieuse, est peu connu. Le turc demeure parl� par les masses et produit une litt�rature po�tique ou �pique de qualit� in�-</p><p>gale, mais parfois remarquable. De nos jours, Yunus Emre (v. 1238 - v.&#x101;1320) est consid�r� � juste titre comme un tr�s grand po�te. L�activit� artistique est intense : l�isl&#x101;m a tout � faire dans une Anatolie qu�il n�a pas encore touch�e. Il a ses imp�ratifs, mais ceux-ci n�emp�chent pas la formation d�un style original r�alis� par synth�se des apports byzantins, anatoliens, iraniens, arabes et turcs. En architecture, la primaut� semble donn�e aux caravans�-</p><p>rails (han), v�ritables basiliques du commerce, puis aux �tablissements d�enseignement et de science (madrasa</p><p>[en turc medrese] : h�pitaux et observatoires). Des centaines de mausol�es, sous toit conique, couvrent le pays.</p><p>Des palais, somptueusement d�cor�s de c�ramiques et de sculptures, souvent figuratives, il ne reste que des ruines.</p><p>Les �mirats</p><p>D�s la fin du XIIIe s., les �mirats (beylik) sont ind�pendants du gouvernement de Konya et principalement les marquisats (uc). Les Mongols ne s�int�ressent gu�re qu�aux r�gions orientales de l�Anatolie et ils laissent ces �mirats se d�velopper � peu pr�s librement au nord, au sud et surtout � l�ouest, puisque ceux-ci, bien qu�hostiles � leur pouvoir, se gardent de prendre ouvertement parti contre eux. Souvent en guerre contre Byzance, les �mirats se surveillent avec jalousie et s��puisent en luttes intestines. Les �tats de Saru-han et d�Ayd�n, ma�tres d�une flotte qui peut menacer Constantinople, pa-downloadModeText.vue.download 52 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10007</p><p>raissent plus redoutables que les autres aux Byzantins, qui portent contre eux leurs efforts, laissant le champ libre � celui de Germiyan et encore plus aux Ottomans. La maison d�Osman, parti-</p><p>culi�rement bien dirig�e et en position g�ographique privil�gi�e, ne tarde pas � supprimer ses rivaux, d�abord dans les r�gions occidentales, puis progressivement, ailleurs. Au sud, les princes de Karaman occupent l�ancienne capitale seldjoukide, Konya, et reprennent pour eux le titre de sultan. Lib�r�s des Mongols, ils seront parmi les derniers � se laisser englober dans l�immense Empire turc en voie de formation.</p><p>Les principaut�s ont jou� un r�le assez �minent dans la formation de la Turquie classique, et il n�est que juste de leur rendre une partie de la gloire qu�elle lui doit et qu�on accorde, en g�-</p><p>n�ral, trop uniquement aux Ottomans.</p><p>Les Seldjoukides de</p><p>Kerm&#x101;n (1041-1186)</p><p>Les Seldjoukides de Kerm&#x101;n for-</p><p>ment le rameau le moins brillant de la famille. Ils descendent d�un fils de Tchagri Beg (�agr� Bey), donc d�un cousin de Toghrul Beg (Tu�rul Bey), Qara Arslan Q&#x101;wurd (Kara Arslan Ka-vurd, 1041-1073), parti avec un groupe d�Oghouz pour le sud de l�Iran et que l�esprit aventureux am�nera � franchir le golfe d�Oman et � intervenir en Arabie. Devenus ind�pendants d�s l�accession au pouvoir de Toghrul Beg, ils constituent un �tat sans grand renom, qui peut se maintenir jusqu�� la fin du XIIe s., �poque o� il fut d�truit par une incursion de nomades oghouz.</p><p>Les Seldjoukides d�Iraq</p><p>(1118-1194)</p><p>� la mort de Mu&#x1E25;ammad Ier (1118), son fils Ma&#x1E25;m&#x16B;d (1118-1131) fut proclam� souverain de tout l�Empire, � l�exception du Khor&#x101;s&#x101;n et des r�gions avoisinantes o� r�gnait Sandjar. En fait, son royaume se limita � l�Iran occidental et � l�Iraq, ce pourquoi on pr�f�re consid�rer que les Grands Seldjoukides s�arr�tent avec Sandjar et que les descendants de Mu&#x1E25;ammad Ier constituent la branche des Seldjoukides d�Iraq.</p><p>Dans cette famille, la coutume s��tablit de confier l��ducation des enfants � des gouverneurs, consid�r�s comme des seconds p�res et nomm�s atabeks.</p><p>D�s le r�gne de D&#x101;w&#x16B;d (Davud, 1131-32), ces atabeks acqui�rent la r�alit� du pouvoir, et les l�gitimes souverains</p><p>ne sont plus que des instruments dans leurs mains. Presque tous, d�ailleurs, montent sur le tr�ne encore mineurs et trouvent une mort pr�coce. Le calife A&#x1E25;mad al-N&#x101;&#x1E63;ir (1180-1225) profite de cette d�g�n�rescence pour devenir le v�ritable souverain ind�pendant de Bagdad, qu�il entreprend alors de reconstruire. Certains atabeks inter-viendront dans les affaires de Syrie, o� ils seront appel�s � jouer un r�le pr�pond�rant.</p><p>Les Seldjoukides de Syrie</p><p>(1078-1117)</p><p>En 1070-71, quand le Mird&#x101;side d�Alep se fut soumis � Alp Arslan, une fraction d�Oghouz partit pour la Palestine sous la direction d�Atsiz ibn Uvak (Ats�z), s�empara de Ramla, de J�rusalem et finalement de Damas (1076), mais fut mis en �chec par les forces f&#x101;&#x1E6D;imides d��gypte. Ats�z fut en si grandes difficult�s qu�il dut faire appel � ses ma�tres, qui lui d�p�ch�rent Tutuch (Tutu�, 1078-1095), fils d�Alp Arslan, un cousin de Malik Ch&#x101;h. Tutuch re-dressa la situation, entra dans Damas (1078), o� il se d�barrassa d�Ats�z en le faisant p�rir l�ann�e suivante. Il �choua � son tour devant Alep, et c�est Malik Ch&#x101;h qui vint en personne devant la ville, la prit et nomma comme gouverneur &#x100;q Sunqur (Aksungur).</p><p>Zang&#x12B;, le fils de ce dernier, fondera la dynastie des Zang&#x12B;des, � laquelle Alep doit tant, en particulier dans le domaine architectural.</p><p>Quand Barkiy&#x101;r&#x16B;q succ�de � Malik Ch&#x101;h, Tutuch, qui n�a pas pardonn� qu�on ne lui ait pas remis Alep, se pose en rival de son neveu, mais il est vaincu et tu� sur le champ de bataille.</p><p>Ses deux fils, Ri&#x1E0D;w&#x101;n (R�dvan, 1095-1113) et Duq&#x101;q (Dokak, 1095-1104), n�en obtiennent pas moins la souverainet� le premier d�Alep, le second de Damas. Ces deux villes sont alors florissantes, mais sans r�elle puissance, aux prises avec les crois�s et avec toutes les principaut�s musulmanes qui les entourent : la Syrie est redevenue aussi morcel�e qu�elle l��tait avant l�invasion seldjoukide.</p><p>Comme les Seldjoukides d�Iraq, ceux de Syrie laissent la r�alit� du pouvoir aux atabeks. Celui de Duq&#x101;q, le Turc</p><p>Tugh-Teg&#x12B;n (Tu� Tekin, � 1128), finit par fonder sa propre dynastie, celle des B&#x16B;rides. D�s 1128, la petite principaut� d�Alep est conquise par l�atabek Zang&#x12B;</p><p>de Mossoul. Zang&#x12B; (1127-1146) se rendra assez rapidement ma�tre de tout le pays, � l�exception de Damas. Il se tournera alors contre les crois�s, et ses successeurs, N&#x16B;r al-D&#x12B;n et &#x1E62;al&#x101;&#x1E25; al-D&#x12B;n (Saladin*), s�empareront de Damas et de l��gypte : mais, cons�quences des invasions des Seldjoukides, ces faits ne rel�vent plus de leur histoire.</p><p>J.-P. R.</p><p>F Arm�nie / Byzantin (Empire) / Croisades / Iran</p><p>/ Iraq / Latins du Levant (�tats) / Ottomans / Syrie</p><p>/ Turcs / Turquie.</p><p>F. Sarre, Reise in Kleinasien, Sommer 1895. Forschungen zur Seldjukischen Kunst und Geographie des Landes (Berlin, 1896). / J. Laurent, Byzance et les Turcs seldjoukides (Berger-Levrault, Nancy, 1913). / P. Wittek, The Rise of the Ottoman Empire (Londres, 1938). / F. Isil-tan, Die Seltschuken-Geschichte des Akser&#x101;y&#x12B;</p><p>(Leipzig, 1943). / T. T. Rice, The Seljuks in Asia Minor (Londres, 1961). / C. Cahen, Pre-Ottoman Turkey (Londres, 1968). / O. Aslanapa, Turkish Art and Architecture (Londres, 1971).</p><p>s�lection animale</p><p>Ensemble des op�rations qui</p><p>concourent � la production d�animaux am�lior�s, capables de r�pondre aux exigences de la production (conditions de milieu, structures des �levages...) et � la demande du march� (lait, viande, laine...).</p><p><strong>Introduction</strong></p><p>De tout temps, les �leveurs ont ainsi s�-</p><p>lectionn� leur cheptel, selon des proc�-</p><p>d�s plus ou moins efficaces. Toutefois, le d�veloppement des connaissances dans le domaine de la g�n�tique*, ainsi que, plus r�cemment, le prodigieux essor des techniques de calcul automatique ont permis, dans un premier temps, de comprendre les m�canismes entrant en jeu dans les op�rations de s�lection et ainsi d�expliquer ce qui, jusque-l�, n��tait qu�empirique, puis de proposer des m�thodes et des mod�les de s�lection beaucoup plus efficaces en m�me temps que de les appliquer</p><p>� des populations animales de grande taille, ce qui a permis une am�lioration g�n�tique rapide du cheptel de tout un pays. Ainsi, dans l�esp�ce bovine, il a �t� possible d�augmenter de mani�re tr�s importante le niveau de production laiti�re de chaque vache : en France, ce niveau est pass�, dans les quinze derni�res ann�es, de 2 500 � 3 500 kg par lactation (chaque lactation durant environ dix mois) ; les meilleurs troupeaux atteignent d�j� des productions moyennes de 6 000 kg, ce qui n�est encore qu�� peine sup�rieur au niveau moyen des troupeaux am�ricains</p><p>soumis au contr�le laitier, les meilleurs troupeaux de ce pays ayant des moyennes de production de 9 000 kg (soit 30 kg de lait en moyenne par vache et par jour !).</p><p>De m�me, chez la volaille, la s�lection a permis, au moment o� l�on cherchait � am�liorer la croissance du poulet de chair, de gagner chaque ann�e de 30 � 40 g sur le poids du poulet � huit semaines (lequel p�se environ 1 700 g).</p><p>Bases de l�am�lioration</p><p>g�n�tique</p><p>Bien que le m�canisme g�n�ral de l�h�-</p><p>r�dit� corresponde aux m�mes r�gles que chez les autres �tres vivants, ses manifestations chez les animaux domestiques peuvent se rattacher � deux grands types.</p><p>Il peut s�agir tout d�abord de caract�res d�termin�s par un ou quelques g�nes, chaque g�ne ayant une action importante et donc visible. Ces caract�res sont en g�n�ral discontinus, c�est-�-dire que les variations observ�es peuvent se ranger en un certain nombre de cat�gories bien d�finies : on peut dire qu�un animal a le caract�re ou ne l�a pas, et que tous les animaux qui l�ont ont le m�me ou � peu pr�s.</p><p>Ces caract�res, de plus, ne sont, en g�n�ral, pas influenc�s par le milieu.</p><p>Exemple : pr�sence de cornes chez les Bovins, forme de la cr�te chez la poule...</p><p>Le second type int�resse des caract�res d�termin�s par un grand nombre</p><p>de g�nes, chacun d�entre eux ayant une action minime et n��tant donc pas d�celable en tant que tel. De plus, l�expression finale de ces caract�res est soumise � l�influence du milieu (alimentation, hygi�ne, habitat...), si bien que l�on observe une variation continue du caract�re en passant progressivement d�un extr�me � l�autre.</p><p>Ces caract�res ont une importance �conomique consid�rable, car ce sont en g�n�ral tous les caract�res de production. Exemples : production laiti�re, vitesse de croissance, nombre de petits par port�e...</p><p>L�influence du milieu sur ce second groupe de caract�res est primordiale : des animaux ayant un bon potentiel g�n�tique (g�notype) mais �lev�s dans un mauvais milieu donneront de faibles productions (ph�notypes) tout en restant parfaitement capables d�engendrer des descendants de valeur : � Si les jambes de bois ne s�h�ritent pas, les t�tes de bois, elles, s�h�ritent. �</p><p>Le milieu joue ainsi un r�le important dans la d�tection des meilleurs reproducteurs.</p><p>downloadModeText.vue.download 53 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10008</p><p>Tout le succ�s auquel peut parvenir le s�lectionneur d�pend donc de son habilet� � d�tecter et � faire reproduire les animaux de son troupeau qui se montrent sup�rieurs � la moyenne, cette sup�riorit� �tant due � un m�canisme g�n�tique qui puisse �tre transmissible.</p><p>Caract�res � am�liorer</p><p>Les diff�rents caract�res � am�liorer peuvent �tre class�s de la fa�on suivante :</p><p>1o caract�res de race (couleur de la robe, du plumage, forme de la t�te, pr�-</p><p>sence de cornes...) ;</p><p>2o caract�res d��levage (caract�res de reproduction [pr�cocit� sexuelle, fertilit�, prolificit�, long�vit�...] ; caract�res d�adaptation [rusticit�, r�sistance aux maladies...]) ;</p><p>3o caract�res de production (lait</p><p>[quantit� de lait, composition... ; aptitude � la traite] ; viande [vitesse de croissance, indice de consommation ; conformation, r�partition des masses musculaires ; qualit� de la viande] ; laine [poids de la toison, finesse du brin de laine] ; oeufs [�ge au premier oeuf, intensit� de ponte, persistance de la ponte...]).</p><p>Ces caract�res, pour pouvoir �tre am�lior�s, exigent d��tre appr�ci�s soit de fa�on subjective (appr�ciation, par des experts, des caract�res de race ou de la conformation par exemple), soit de fa�on objective, par l�interm�diaire des contr�les de performances. Dans ce dernier cas, le caract�re en question fait l�objet d�une mesure directe (pes�e du lait, pes�e de l�animal...) soit par l��leveur, soit par un technicien sp�cialis�. Ces contr�les de performances sont, d�ailleurs, r�alis�s en g�n�ral � l��chelle d�partementale par des organisations professionnelles sp�-</p><p>cialis�es : syndicat de contr�le laitier, syndicat de contr�le de croissance...</p><p>Le contr�le des caract�res peut se r�aliser soit sur des animaux pr�sents dans les fermes, soit sur des animaux rassembl�s en station. Lorsque les animaux sont �lev�s dans les exploitations, les facteurs de variation influen-</p><p>�ant leurs performances sont �videmment plus nombreux, et l�interpr�tation des r�sultats de contr�le est souvent difficile. On utilise alors des facteurs de correction permettant de r�duire l�influence du milieu et de rendre plus comparables les r�sultats enregistr�s pour des animaux ayant produit dans des conditions diff�rentes. Par contre, dans les stations, les animaux sont soumis � des conditions d��levage normalis�es et contr�l�es, si bien qu�il est plus facile de comparer les r�sultats obtenus.</p><p>Choix des reproducteurs</p><p>Le choix des reproducteurs est effectu� en fonction des objectifs � atteindre.</p><p>Ceux-ci doivent donc �tre d�abord bien d�finis. Toutefois, plus le nombre de caract�res retenus est grand et moins la s�lection est s�v�re pour chacun</p><p>d�entre eux. Ainsi, si 10 p. 100 des animaux doivent �tre conserv�s pour la reproduction, une s�lection poursuivie sur un caract�re conduit � �liminer 90 p. 100 des sujets, alors que la prise en consid�ration simultan�e de deux ou trois caract�res d��gale importance abaisse respectivement l��limination � 68 p. 100 et � 53 p. 100 pour chacun de ces caract�res. La priorit� sera donc donn�e aux caract�res d�int�r�t �conomique, en tenant compte des exigences impos�es par les conditions dans lesquelles seront exploit�s les descendants des reproducteurs s�lectionn�s.</p><p>Le choix des reproducteurs a pour objet d��liminer de la reproduction les sujets susceptibles d�engendrer une descendance dont les caract�res et les performances ne seraient pas conformes aux objectifs recherch�s. Il repose sur l�appr�ciation de la valeur h�r�ditaire des candidats � la reproduction. Cette appr�ciation peut �tre faite de diverses mani�res.</p><p>y Choix sur l�individu ou s�lection massale (performance-test). La s�lection massale ou individuelle consiste � choisir les reproducteurs en fonction de leurs propres caract�res et performances. Les sujets pr�sentant des tares ou des caract�ristiques jug�es non conformes au but recherch� sont �limin�s. Cette m�thode de s�lection est d�autant plus efficace que les caract�res � am�liorer sont h�ritables.</p><p>y Choix sur ascendance (pedigree).</p><p>La s�lection g�n�alogique fond�e sur l��tude du pedigree consiste � choisir les reproducteurs en fonction des caract�res et des performances de leurs ascendants ; il est, en outre, tenu compte des caract�ristiques pr�sent�es par les reproducteurs eux-m�mes, dans la mesure o� ils r�alisent les performances prises en consid�ration.</p><p>Ce mode de s�lection a �t� largement utilis� pour la cr�ation et l�am�-</p><p>lioration des grandes races actuelles de Mammif�res domestiques. Il reste toutefois peu pr�cis.</p><p>y Choix sur descendance (progeny-test ou testage). Le choix des reproducteurs est ici effectu� au vu des caract�res et des performances de</p><p>lots de leurs descendants choisis au hasard. Cette m�thode de s�lection, dont l�avantage essentiel est la pr�cision, a pour inconv�nient de ne fournir qu�une appr�ciation tardive de la valeur h�r�ditaire des reproducteurs et d�allonger, de ce fait, l�intervalle entre g�n�rations ainsi que de n�cessiter l�entretien de reproducteurs qui seront susceptibles d��tre �limin�s en fonction des r�sultats du test. Toutefois, sa pr�cision la rend int�ressante pour le choix de tous les reproducteurs m�les destin�s � �tre utilis�s � une grande �chelle, notamment par ins�mination artificielle.</p><p>y Choix sur collat�raux. Dans cette m�thode de choix, la valeur du candidat � la s�lection est estim�e en fonction des performances de ses fr�res et soeurs, de ses demi-fr�res ou demi-soeurs. Cette m�thode de s�lection est surtout utilis�e en aviculture.</p><p>Les diverses m�thodes de choix</p><p>peuvent, bien s�r, �tre avantageusement combin�es, et un reproducteur peut faire l�objet de choix successifs, en fonction d�abord des r�sultats de ses parents, puis des siens propres et enfin de ceux de ses descendants.</p><p>M�thodes de</p><p>reproduction</p><p>L�utilisation des reproducteurs ainsi s�lectionn�s peut s�effectuer :</p><p>� en race pure (accouplement entre reproducteurs appartenant � une m�me race), avec ou sans consanguinit� ;</p><p>� en croisement (accouplement entre reproducteurs appartenant � deux races diff�rentes) ;</p><p>� en hybridation (accouplement entre reproducteurs appartenant � deux es-p�ces diff�rentes).</p><p>�levage en race pure</p><p>Une race est une collection d�animaux appartenant � une m�me esp�ce, qui poss�dent un certain nombre de caract�res communs et qui jouissent de la facult� de transmettre ces caract�res en bloc � leurs descendants lorsqu�on les accouple entre eux.</p><p>La notion de race pure pr�sente</p><p>toutefois un certain caract�re empirique. Les caract�res communs dont il est question peuvent concerner des caract�res :</p><p>� morphologiques ou ext�rieurs (format de l�animal, forme de la t�te, couleur de la robe...) ;</p><p>� physiologiques, qui sont ceux</p><p>qui ont la plus grande importance, puisqu�ils commandent les productions (intensit� de la s�cr�tion lact�e, vitesse de croissance...) ;</p><p>downloadModeText.vue.download 54 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10009</p><p>� biologiques (groupes sanguins) ;</p><p>� pathologiques (r�sistance plus ou moins grande � une maladie).</p><p>Cependant, ces caract�res ne sont pas, � l��vidence, constants � l�int�-</p><p>rieur d�une m�me race. On n�a, en g�n�ral, retenu que les caract�res ext�-</p><p>rieurs, les plus faciles � appr�cier, mais il est certain que l�on sera de plus en plus amen� � les compl�ter par ceux qui sont en liaison directe avec la production.</p><p>Ces caract�res communs aux ani-</p><p>maux d�une m�me race ont, depuis longtemps, �t� codifi�s dans des standards, listes des caract�res � rechercher ou � �liminer. L��tablissement du standard est une op�ration tr�s importante, puisque c�est lui qui d�finit le type � rechercher dans l�ensemble de la race.</p><p>Il doit donc �tre pr�cis et �tablir une hi�rarchie entre les divers caract�res.</p><p>Il doit aussi �tre r�vis� p�riodiquement pour tenir compte des changements qui se produisent tant dans les conditions de milieu o� vit la race que dans les conditions �conomiques g�n�rales.</p><p>Il n�est � peu pr�s pas de races dites</p><p>� pures � qui n�aient re�u, au cours de leur histoire, d�infusions plus ou moins fortes de sang d�animaux appartenant � d�autres races. Cette m�thode permet d�introduire dans une race donn�e des g�nes de populations voisines ; toutefois, on r�cup�re ainsi tant les</p><p>�l�ments favorables que les �l�ments d�favorables, qu�il est indispensable d��liminer par s�lection. Quoi qu�il en soit, les g�n�rations qui suivent ces croisements d�infusion ne peuvent plus, alors, �tre consid�r�es comme</p><p>� pures �, et d�aucuns estiment qu�il faut de trois � cinq g�n�rations pour que la race m�rite d��tre appel�e de nouveau � race pure �.</p><p>Si l��levage en race pure conduit � la production d�animaux homog�nes, il ne permet, par contre, aucune cr�ation g�notypique nouvelle : la s�lection impos�e par l�Homme cherche � augmenter la fr�quence des g�nes favorables, sans �tre, cependant, capable d�introduire dans la population d�origine des g�nes qui n�y existaient pas. Ce point est particuli�rement important dans les p�riodes de bouleversement �conomique, car il peut se faire alors qu�une race se trouve subitement inadapt�e aux exigences du march�.</p><p>L��levage en race pure permet</p><p>d�autre part une organisation plus facile de la s�lection. Il doit, cependant, porter sur des populations suffisamment nombreuses pour qu�il soit possible d�y d�tecter des reproducteurs de classe issus d��levages diff�rents, afin de se pr�server des diff�rents risques de la consanguinit�.</p><p>�levage en consanguinit�</p><p>L��levage en consanguinit� n�est qu�un cas particulier de l��levage en race pure, puisqu�il consiste en l�accouplement de sujets qui sont au moins apparent�s comme des cousins germains.</p><p>La consanguinit� conduit � la production d�animaux plus uniformes dans leur ph�notype. Toutefois, ce type d��levage, lorsque les croisements se font au hasard, n�est pas sans risque, et l�on a souvent rapport� ses multiples inconv�nients : accroissement de la fr�quence d�apparition des anomalies h�r�ditaires, diminution de la fertilit� et de la viabilit�... L�explication de ces ph�nom�nes est toujours � rechercher au niveau de l�augmentation de l�homozygotie cons�cutive � la consanguinit� ; celle-ci permet l�expression de g�nes d�favorables ou de g�nes l�taux � l�int�rieur de certaines lign�es ou</p><p>chez certains individus ; d�o� apparition des inconv�nients pr�c�demment signal�s.</p><p>Toutefois, la consanguinit� peut donner aussi d�excellents r�sultats lorsqu�elle est utilis�e par des �leveurs avertis sur un cheptel de qualit� et qu�elle s�accompagne d�une forte intensit� de s�lection. Elle a, d�ailleurs, �t� pratiqu�e � grande �chelle dans les si�cles pass�s lors de la fixation de nos races domestiques.</p><p>�levage en croisement</p><p>Le croisement, outre qu�il permet d�introduire dans une race des caract�res qui n�y existent pas, pr�sente deux avantages : il permet, en effet, de b�n�-</p><p>ficier de l�effet d�h�t�rosis (il y a h�t�-</p><p>rosis lorsque la valeur moyenne des descendants est sup�rieure � la valeur moyenne des races que l�on croise) et de l�effet de compl�mentarit�. En effet, l�am�lioration recherch�e concerne souvent un ensemble de caract�res dont certains sont en opposition. Dans ces conditions, le croisement peut s�av�rer un moyen efficace d�am�lioration en permettant de ne s�lectionner chacune des lign�es parentales que sur quelques caract�res �l�mentaires, choisis de fa�on compl�mentaire. Cette solution, outre qu�elle permet un progr�s g�n�tique plus rapide dans chacune des deux lign�es du fait du petit nombre d�objectifs fix�s � chacune d�elles, est particuli�rement int�ressante dans le cas des caract�res reli�s par des corr�lations g�n�tiques n�gatives, puisqu�elle permet de s�en affranchir (en s�lection-nant chaque caract�re dans une lign�e diff�rente). Par ailleurs, elle pr�sente aussi un int�r�t du strict point de vue �conomique, du fait qu�elle permet de s�lectionner les caract�res d��levage dans les lign�es femelles, assurant ainsi une bonne efficacit� reproductive de ces cheptels, les caract�res d�en-graissement et de carcasse �tant apport�s par les lign�es m�les, dont on n�a besoin que d�effectifs beaucoup plus limit�s (en particulier dans le cas, en voie de g�n�ralisation, o� l�on utilise l�ins�mination artificielle).</p><p>Les croisements sont de diff�rents types.</p><p>y Le croisement de m�tissage. Son objet est la cr�ation, � partir de plusieurs races, d�une nouvelle race, dite � race synth�tique �, au niveau de laquelle on cherche � rassembler les qualit�s pr�sentes chez les diverses races parentales. En pratique, on effectue les croisements entre les diverses races parentales et l�on accouple ensuite entre eux, � chaque g�n�ration, les produits issus du croisement en �liminant tous les animaux non conformes � l�objectif poursuivi.</p><p>Exemple : cr�ation de la race ovine �le-de-France, au XIXe s., � partir du mouton � viande Dishley anglais et du mouton � laine m�rinos espagnol.</p><p>y Le croisement d�am�lioration. Il consiste � effectuer un apport passager de sang am�liorateur d�une race donn�e dans une autre population sans parent� avec elle. On cherche donc, dans ce type de croisement, � introduire des g�nes am�liorateurs d�une race donn�e dans une autre, sans modifier trop profond�ment la constitution g�n�tique de cette derni�re.</p><p>Exemple : introduction de g�nes de la race bovine laiti�re Holstein-Friesian de l�Am�rique du Nord dans les races laiti�res pie noires europ�ennes.</p><p>y Le croisement continu. On uti-</p><p>lise, g�n�ration apr�s g�n�ration, des reproducteurs m�les d�une race sur une autre race, qui se trouve donc progressivement remplac�e par la premi�re. On op�re ainsi pour substituer progressivement � une population locale dont les aptitudes �conomiques downloadModeText.vue.download 55 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10010</p><p>sont m�diocres une race � meilleure productivit�.</p><p>y Le croisement industriel. Son objectif est l�exploitation commerciale des animaux de la premi�re g�n�ration qui ne sont pas livr�s � la reproduction. On peut, par exemple, croiser un b�lier de race sp�cialis�e pour la production de viande avec des brebis de races locales, rustiques, f�condes</p><p>et bonnes laiti�res en vue de la production d�agneaux de boucherie ou encore un taureau de race � viande avec des vaches laiti�res pour associer les productions de viande et de lait dans un m�me troupeau. Toutefois, le croisement industriel n�cessite un r�approvisionnement continu en femelles de race pure, soit par l�achat de sujets � l�ext�rieur, soit par l�entretien d�un troupeau sp�cial pour assurer le renouvellement. Il peut donc constituer un danger pour la race des m�res lorsqu�il est pratiqu� � une �chelle trop importante pour permettre le renouvellement ou la s�lection de cette race.</p><p>y Le croisement � double �tage. Il utilise des femelles crois�es que l�on fait reproduire avec des m�les d�une troisi�me race. Il pose, lui aussi, le probl�me de l�approvisionnement en femelles crois�es, mais a l�avantage de permettre de b�n�ficier de l�effet d�h�t�rosis sur les caract�res de reproduction de ces femelles ainsi que de l�effet de compl�mentarit� entre la femelle crois�e et le m�le. Toutefois, une difficult� inh�rente � ce croisement est le report d�une grande partie du b�n�fice commercial en deuxi�me g�n�ration seulement ; ce type de croisement ne peut donc se d�velopper qu�au sein d�une organisation qui permette une juste r�partition des revenus entre les deux �tages de croisement.</p><p>Les deux m�thodes d�utilisation des reproducteurs, race pure et croisement, ne sont, en aucune mani�re, exclusives l�une de l�autre, le produit crois� �tant, en d�finitive, d�autant meilleur que l�on part de races parentales de qualit�.</p><p>�levage en hybridation</p><p>Les produits de l�hybridation, accouplement de reproducteurs appartenant � des esp�ces diff�rentes, sont g�n�-</p><p>ralement inf�conds ou de f�condit� r�duite. Les exemples les plus connus se rapportent aux �quid�s : le mulet r�sulte de l�accouplement du baudet et de la jument, alors que le bardot r�sulte de l�accouplement inverse (�talon � �nesse). De m�me utilise-t-on, dans les zones chaudes, les hybrides</p><p>entre les Bovins et les Z�bus, qui eux, sont f�conds.</p><p>Diffusion du</p><p>progr�s g�n�tique</p><p>et organisation de</p><p>la s�lection</p><p>La s�lection est une action collective qui met en jeu, outre les animaux qui en constituent l�objet :</p><p>� des �leveurs, parmi lesquels on peut g�n�ralement distinguer des s�lectionneurs, des multiplicateurs et des utilisateurs ;</p><p>� des organismes, dont la nature et l�objet sont variables (contr�le des performances, ins�mination artificielle, s�lection et promotion de race) ;</p><p>� des infrastructures (stations de s�lection).</p><p>L�action de ces personnes ou de ces associations demande � s�int�grer dans un plan d�ensemble, garantie de l�efficacit� du sch�ma global. C�est d�ailleurs l� un des r�les de l��tat, en liaison �troite avec les organismes professionnels int�ress�s, de mettre au point une r�glementation et de l�adapter en permanence � l��volution des connaissances et des techniques, hormis dans les domaines o� la concertation est suffisante pour rendre cette r�glementation sans objet (cas de l�aviculture).</p><p>Il faut, en particulier, veiller � ce que :</p><p>� gr�ce au choix des reproducteurs, on utilise harmonieusement les diff�-</p><p>rentes m�thodes de s�lection possibles en vue de cr�er un progr�s g�n�tique annuel maximum ;</p><p>� ce progr�s g�n�tique puisse �tre cumul� � chaque g�n�ration, ce qui suppose que les reproducteurs candidats � la s�lection � une g�n�ration donn�e soient issus des meilleurs reproducteurs de la g�n�ration pr�c�dente ;</p><p>� ce progr�s g�n�tique diffuse rapidement au niveau des producteurs commerciaux, ce qui est li� notamment � l�expansion de l�ins�mination artifi-</p><p>cielle et, plus g�n�ralement, au contr�le du commerce des reproducteurs.</p><p>Il est �vident qu�un tel programme requiert une structure : la structure g�-</p><p>n�tique peut ainsi modeler la structure de production lorsque celle-ci n�existe pas ou se met en place, tout comme elle peut s�adapter � des structures de production d�j� existantes. Ainsi, l�am�-</p><p>lioration g�n�tique fait et fera de plus en plus partie int�grante de l�organisation de l��levage.</p><p>J. B.</p><p>V. A. Rice et coll., Breeding and Improvment of Farm Animals (New York, 1926 ; 6e �d., 1967).</p><p>/ J. L. Lush, Animal Breeding Plans (Ames, Iowa, 1937 ; 3e �d., 1960). / L. Gallien, la S�lection animale (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1949 ; 3e �d., 1967).</p><p>Hybridation des</p><p>races animales</p><p>Croisement de deux esp�ces ou m�me deux genres diff�rents.</p><p>Le terme d�hybridation s�applique �galement au croisement de deux races, de deux vari�t�s ou m�me de deux individus diff�rents ; ces derniers croisements s�effectuent en g�n�ral afin d�obtenir un caract�re ou une qualit� que l�on recherche sp�cialement.</p><p>LES LOIS DE MENDEL</p><p>L�exp�rience fondamentale a �t� r�alis�e par Mendel sur des Pois. Les lois de l�hybridation (ou de l�hybridisme, ou de l�h�r�-</p><p>dit�, ou de Mendel) seront expos�es en choisissant des croisements animaux, qui sont plus ais�s � interpr�ter que les croisements v�g�taux.</p><p>y Premi�re exp�rience. Les deux</p><p>prog�niteurs, ou parents, diff�rent par un seul caract�re (exp�rience de monohybridisme)</p><p>Croisement d�une Souris grise sauvage GG</p><p>de race pure avec une Souris albinos aa.</p><p>La Souris grise a un oeil color� noir ; la Souris albinos, d�pourvue de pigments, est blanche avec un oeil rose (couleur du sang des vaisseaux du fond de l�oeil, qui appara�t</p><p>par transparence). Le croisement donne � la premi�re g�n�ration filiale (F1) des Souris grises identiques � l�un des parents. Le gris qui se manifeste est dominant ; l�albinos qui est cach� est r�cessif ou domin� ; c�est la loi de dominance (premi�re loi de l�h�r�dit�).</p><p>Deux individus de la F1 crois�s entre eux produisent une deuxi�me g�n�ration filiale (F2) non uniforme, compos�e de Souris grises et de Souris albinos ; si les croisements int�ressent un grand nombre d�individus, une relation num�rique se manifeste dans la F2, qui comprend trois individus gris pour un albinos. �tudions le comportement des Souris de la F2 ; les Souris albinos crois�es entre elles redonnent toujours des albinos ; la race est pure et reproduit l�un des grands-parents. Parmi les Souris grises de la F2, le tiers d�entre elles (le quart de la totalit� de la F2) appartient � une race pure, grise, identique � l�autre grand-parent ; en effet, crois�es entre elles, elles produisent uniquement des Souris grises. Les deux tiers restants de Souris grises de la F2 (la moiti� des individus de la F2) crois�es entre elles se comportent comme les hybrides de la F1. Les deux caract�res (ou les all�les) oppositifs G et a se s�parent l�un de l�autre ; la moiti� des gam�tes recevra le caract�re gris (all�le G), et l�autre moiti� le caract�re albinos (all�le a) ; il y a disjonction, s�gr�gation ou divorce des caract�res ; c�est la loi de la disjonction des caract�res (deuxi�me loi de l�h�r�dit�).</p><p>Le croisement des hybrides entre eux engendre quatre combinaisons possibles : downloadModeText.vue.download 56 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10011</p><p>gam�te porteur de G � gam�te porteur de G = GG ;</p><p>gam�te porteur de G � gam�te porteur de a = Ga ;</p><p>gam�te porteur de a � gam�te porteur de G = aG ;</p><p>gam�te porteur de a � gam�te porteur de a = aa.</p><p>L�hybride de GG correspondra � une</p><p>Souris grise homozygote, car les deux all�les sont semblables (race pure). L�hybride Ga (ou aG) est une Souris grise h�t�-</p><p>rozygote, les deux all�les sont diff�rents (race impure), semblable aux hybrides de la F1. L�hybride aa donne une Souris albinos homozygote (race pure).</p><p>Un homozygote poss�de en double</p><p>dose le g�ne d�un caract�re donn� ; il produit des gam�tes tous identiques, porteurs de ce g�ne. Un h�t�rozygote poss�de en dose simple les g�nes de deux caract�res oppositifs ; il donne deux cat�gories de gam�tes, les uns porteurs du g�ne d�un caract�re, les autres porteurs du g�ne du caract�re oppos�.</p><p>En r�sum�, lors d�un croisement entre deux individus diff�rant par un seul caract�re (monohybridisme), les hybrides de la F1 sont tous semblables entre eux en raison de la dominance de l�un des g�nes par rapport � l�autre g�ne. � la F2, les caract�res parentaux se disjoignent, et la descendance h�t�rog�ne comprend :</p><p>� un quart d�individus identiques � l�un des grands-parents ;</p><p>� un quart d�individus identiques � l�autre grand-parent ;</p><p>� la moiti� d�individus identiques aux hybrides de la F1.</p><p>Ces r�sultats, d�une port�e g�n�rale, s�appliquent � de nombreux caract�res.</p><p>Une petite diff�rence se manifeste dans certains croisements, o� l�un des caract�res n�est pas nettement dominant. Par exemple, un Muflier (Antirrhinum majus) � fleurs rouges crois� avec un Muflier � fleurs blanches donne une F1 compos�e d�hybrides � fleurs roses (et non rouges).</p><p>La F2 comprendra un quart de Muflier � fleurs rouges, un quart de Muflier � fleurs blanches et une moiti� de Muflier � fleurs roses. La dominance interm�diaire permet de distinguer imm�diatement les hybrides h�t�rozygotes roses des hybrides homozygotes rouges ou blancs.</p><p>y Deuxi�me exp�rience. Les deux</p><p>prog�niteurs, ou parents, diff�rent par deux caract�res (exp�rience de dihybridisme)</p><p>Croisement d�une Souris grise � marche</p><p>rectiligne GGRR avec une Souris albinos valseuse aavv qui se d�place en tournant sur elle-m�me.</p><p>La F1 se compose de Souris grises � marche rectiligne GaRv ; le gris et la marche rectiligne sont donc deux caract�res dominants. Les dihybrides de la F1</p><p>recrois�s entre eux donnent une descendance vari�e comprenant des Souris grises � marche rectiligne, des Souris grises valseuses, des Souris albinos � marche rectiligne, des Souris albinos valseuses ; deux ph�notypes reproduisent ceux des grands-parents, et deux combinaisons sont nouvelles. Si la F2 est suffisamment nombreuse, une constante num�rique appara�t : 9 Souris grises � marche rectiligne, 3 Souris grises valseuses, 3 Souris albinos � marche rectiligne, 1 Souris albinos valseuse.</p><p>Ces r�sultats s�expliquent gr�ce � la s�gr�gation ind�pendante des caract�res ; l�hybride GaRv de la F1 forme quatre sortes de gam�tes : GR, Gv, aR, av. Lors de l�accouplement, quatre types de spermatozo�des peuvent f�conder quatre types d�ovules ; d�o� seize combinaisons possibles, ainsi que le montre le tableau.</p><p>La premi�re et la derni�re combinaison correspondent aux g�notypes des grands-parents ; ce sont des Souris de race pure. Les quatorze autres g�notypes comprennent deux homozygotes GGvv et aaRR de race pure ; la Souris grise valseuse GGvv, ph�notype cr��, se maintiendra par croisement entre GGvv ; la Souris albinos � marche rectiligne aaRR correspond �galement � un ph�notype cr�� qui se maintiendra par des croisements entre aaRR. Les douze autres g�notypes sont homozygotes pour un caract�re et h�t�-</p><p>downloadModeText.vue.download 57 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10012</p><p>rozygotes pour l�autre caract�re (GGRv, GaRR, aaRv, Gavv) ou h�t�rozygotes pour les deux caract�res (GaRv). Un m�me ph�-</p><p>notype correspond donc � des g�notypes diff�rents, qui ne sont d�celables que par l�observation de la descendance.</p><p>y Troisi�me exp�rience. Les deux prog�niteurs, ou parents, diff�rent</p><p>par trois caract�res (exp�rience de trihybridisme)</p><p>Croisement d�un Cobaye � poils color�s, courts et dispos�s en rosette CCLLRR avec un Cobaye � poils blancs, longs et non dispos�s en rosette.</p><p>La F1 se compose d�hybrides � poils color�s, courts et dispos�s en rosette ; les trois caract�res sont donc dominants.</p><p>Ces hybrides CcLlRr formeront, d�apr�s la loi d�ind�pendance et de disjonction des caract�res ou des g�nes, huit types de gam�tes : CLR, CLr, ClR, Clr, cLR, cLr, clR, clr.</p><p>Lors de la f�condation, les huit types de spermatozo�des s�uniront aux huit types d�ovules pour produire soixante-quatre combinaisons, comprenant : 27 tridominants, � poils color�s, courts, en rosette ; 27 bidominants (9 � poils color�s, courts, non en rosette ; 9 � poils color�s, longs, en rosette ; 9 � poils blancs, courts, en rosette) ; 9 monodominants (3 � poils color�s, longs, non en rosette ; 3 � poils blancs, courts, non en rosette ; 3 � poils blancs, longs, en rosette) ; 1 trir�cessif, � poils blancs, longs, non en rosette.</p><p>Cette descendance ne compte qu�un seul Cobaye tridominant homozygote identique � un des grands-parents et un seul trir�cessif identique � l�autre grand-parent (premier et dernier du tableau).</p><p>Si l�on r�alise des exp�riences de t�tra-hybridisme (parents diff�rant par quatre caract�res) ou de polyhybridisme (parents diff�rant par n caract�res), on observe qu�avec l�augmentation du nombre de caract�res s�accro�t �galement le nombre de cat�gories possibles de gam�tes � et, par suite, le nombre des combinaisons r�alis�es par la f�condation ; le nombre des ph�notypes augmente en progression arithm�tique, alors que celui des g�notypes cro�t en progression g�om�-</p><p>trique. � la F2, les types grands-parentaux deviennent proportionnellement de plus en plus rares. Si le nombre des caract�res oppositifs �gale n, le nombre de types de gam�tes � la F1 est �gal � 2n et le nombre de combinaisons � la F2 sera de (2n) 2.</p><p>La seconde loi de l�h�r�dit�, ou loi de disjonction des caract�res, requiert une mati�re h�r�ditaire � structure discontinue, form�e d�unit�s h�r�ditaires, les g�nes. On sait, actuellement, que le g�ne correspond � une portion d�acide d�soxy-</p><p>ribonucl�ique (A. D. N.) caract�ris�e par la s�quence de ses nucl�otides et renfermant l�information g�n�tique conditionnant la synth�se d�une prot�ine sp�cifique.</p><p>EXCEPTIONS APPARENTES</p><p>Les deux lois fondamentales de l�h�r�dit�, solidement �tablies, semblent parfois �tre en d�faut par suite de complications qui ont �t� �lucid�es ; ces exceptions constituent des cas particuliers parfaitement interpr�t�s : par exemple les cas d�h�r�-</p><p>dit� o� les g�nes sont encha�n�s ou li�s entre eux (ph�nom�ne de � linkage �, dans lequel certains couples de g�nes ne se disjoignent pas et se transmettent solidairement � la descendance), ceux o� les g�nes sont li�s au chromosome sexuel (h�r�dit�</p><p>� sexlinked � : les Chats � pelage tricolore sont tous femelles, mais les femelles ne sont pas toutes tricolores ; ce n�est donc pas un caract�re sexuel secondaire), celui des g�nes l�taux (le g�ne l�tal entra�ne la mort, � moins que son action ne soit compens�e par son all�le normal).</p><p>Les exemples cit�s ant�rieurement int�ressent des cas simples, o� un g�ne d�termine un caract�re ; mais plusieurs g�nes conditionnent parfois un caract�re : (dim�rie, trim�rie, polym�rie, selon que deux, trois ou n g�nes interviennent dans la r�alisation du caract�re). Un autre cas fr�quent est celui o� un g�ne pr�side � la r�alisation de plusieurs caract�res ; il s�agit alors de pl�iotropie.</p><p>A. T.</p><p>F G�n�tique.</p><p>s�lection v�g�tale</p><p>Ensemble de m�thodes fond�es sur les manipulations g�n�tiques des plantes cultiv�es et tendant � cr�er, puis � reproduire des vari�t�s toujours mieux adapt�es aux exigences quantitatives et qualitatives de la production agricole.</p><p>La s�lection v�g�tale com-</p><p>porte ainsi deux types d�activit�s compl�mentaires :</p><p>� la s�lection am�liorante qui permet la cr�ation de nouveaux cultivars (c�est-�-dire des nouvelles vari�t�s cultiv�es) ;</p><p>� la s�lection conservatrice, consacr�e � la production continue de semences et de plantes de qualit� g�n�-</p><p>tique certifi�e.</p><p>La s�lection am�liorante</p><p>Une science synth�tique r�cente</p><p>Activit� aussi ancienne que l�agriculture, la s�lection par l�Homme, compl�tant la s�lection naturelle, est rest�e empirique durant longtemps. Analys�e par Darwin* (1868) en tant que facteur d��volution des esp�ces, l�am�lioration des plantes ne s�est �tablie comme une science qu�au d�but de ce si�cle, avec l�application des lois fondamentales de la g�n�tique*. Les progr�s de ces derni�res d�cennies sont dus � la collaboration de l�ensemble des disciplines scientifiques concourant � une meilleure connaissance de l�organisation et du fonctionnement des �tres vivants.</p><p>y G�n�tique et cytologie. Ces</p><p>sciences permettent la connaissance du mode de transmission et du d�terminisme des caract�res h�r�ditaires au plan des individus et des populations. Elles ont vu l�apparition de techniques de modification du mat�-</p><p>riel h�r�ditaire (mutagen�se...).</p><p>y Physiologie v�g�tale. Elle s�attache � la compr�hension des fonctions biologiques et de leur r�gulation.</p><p>y Biologie v�g�tale. Au-del� de la connaissance approfondie de la biologie normale des esp�ces, la s�lection conduit �galement � la recherche de syst�mes biologiques anormaux, notamment au niveau des syst�mes de reproduction :</p><p>� st�rilit� m�le d�esp�ces nor-</p><p>malement bisexu�es, favorisant</p><p>l�hybridation ;</p><p>� reproduction sexu�e d�esp�ces � multiplication v�g�tative normale, permettant l�utilisation de leur variabilit� g�n�tique potentielle ;</p><p>� reproduction consanguine momentan�e d�esp�ces � hybridation habituelle, pour homog�n�isation du contenu g�-</p><p>n�tique de leurs descendants...</p><p>y Biochimie et biophysique. Des investigations quantitatives et qualitatives plus rapides et plus fines aident puissamment au choix des individus reproducteurs.</p><p>y Pathologie v�g�tale. La connaissance de la biologie des parasites, de la relation de ceux-ci avec les plantes (modalit�s de r�sistance, de tol�rance) permet la lutte biologique par l�am�-</p><p>lioration des capacit�s de r�sistance des v�g�taux.</p><p>y Statistique et informatique. Ces techniques permettent l�analyse biom�trique des variations entre les individus et l�exploitation rapide des masses de donn�es.</p><p>Une oeuvre continue aux</p><p>objectifs multiples et �volutifs Proc�dant par les �tapes que constitue la cr�ation de chaque nouvelle vari�t�, la s�lection am�liorante est une entreprise sans cesse renouvel�e en raison de :</p><p>� la recherche constante de nouveaux facteurs de productivit� ;</p><p>� la modification incessante des objectifs d�am�lioration due � l��volution des exigences des transformateurs et des consommateurs de la production agricole ;</p><p>� la d�gradation biologique possible du mat�riel g�n�tique pr�existant (apparition de nouvelles races de parasites, variations g�n�tiques) ;</p><p>� l�obsolescence rapide des vari�t�s due � la comp�tition et � l��mulation entre les s�lectionneurs dans des cadres g�ographiques de plus en plus vastes.</p><p>Dans ce contexte, les objectifs de la s�lection demeurent divers dans la recherche d�une meilleure adaptation :</p><p>� au milieu physique, les m�thodes actuelles de travail du sol, les techniques modernes de culture et de r�-</p><p>colte �tant domin�es par la recherche de la m�canisation du maximum d�op�-</p><p>rations et requ�rant l�am�lioration de la r�sistance des plantes aux adversit�s</p><p>naturelles (froid, chaleur, vent) ; downloadModeText.vue.download 58 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10013</p><p>� au milieu biologique, la multiplication et l�agressivit� des parasites pouvant �tre favoris�es par la concentration des cultures, la modification du faci�s rural et les transformations des m�thodes culturales ;</p><p>� au milieu �conomique, � la suite de l��volution des besoins, des go�ts ou des habitudes des consommateurs.</p><p>Les principes de</p><p>la s�lection am�liorante</p><p>L�am�lioration g�n�tique n�est possible que si l�esp�ce pr�sente une variabilit� potentielle qui pourra �tre utilis�e par la s�lection. Ainsi, le potentiel d�am�-</p><p>lioration et, par cons�quent, les progr�s possibles par s�lection d�pendent de :</p><p>� la variation g�n�tique de l�es-p�ce pour les caract�res d�int�r�t agronomique ;</p><p>� sa r�ceptivit� g�n�tique � la s�lection naturelle ou artificielle.</p><p>y La variabilit� g�n�tique doit �tre pr�serv�e. La s�lection implique un choix de reproducteurs et entra�ne g�n�ralement une perte de g�nes. Cet appauvrissement du stock g�n�tique de l�esp�ce peut devenir inqui�tant.</p><p>La pr�servation n�cessaire de la variabilit� g�n�tique des grandes esp�ces cultiv�es est entreprise par l�entretien de grandes collections mondiales, r�alis�es par les s�lectionneurs ou g�r�es par des organismes internationaux (F. A. O., O. C. D. E., Eucarpia [Association europ�enne pour l�am�lioration des plantes]...).</p><p>Ce mat�riel en r�serve constitue de v�ritables � banques de g�nes �, dont d�pendent les progr�s futurs.</p><p>y La variabilit� g�n�tique est utilis�e. L�exploitation de la variation exprim�e s�op�re par s�lection d�individus particuliers dans des populations</p><p>h�t�rog�nes. Mais les diff�rences pr�sentes peuvent �tre des apparences dues � l�effet du milieu.</p><p>La recherche des variations h�r�-</p><p>ditaires, seules utiles, est r�alis�e par l��tude des descendances des individus s�lectionn�s (s�lection g�n�alogique).</p><p>La r�v�lation de la variabilit� potentielle des esp�ces est obtenue par les hybridations entre individus ou groupes d�individus choisis pour la compl�mentarit� de leurs caract�res.</p><p>La fixation de cette variation introduite et le choix des nouvelles associations g�n�tiques favorables sont gouvern�s par le mode de reproduction naturel ou impos� � l�esp�ce et recherch�s par la s�lection sur le comportement des descendances (s�lection g�n�alogique apr�s hybridation).</p><p>y Une variabilit� nouvelle peut �tre cr��e. Lorsque le potentiel de variation d�une esp�ce se montre insuffisant pour un objectif d�am�lioration particulier, la modification g�n�tique peut �tre recherch�e par les croisements intersp�cifiques et par les mutations.</p><p>LES CROISEMENTS INTERSP�CIFIQUES</p><p>Les esp�ces sauvages ou les esp�ces cultiv�es g�n�tiquement voisines peuvent parfois contenir les g�nes qui font d�faut � la plante � am�liorer.</p><p>Mais les recombinaisons g�n�tiques entre esp�ces diff�rentes pr�sentent certaines difficult�s.</p><p>Il est tr�s fr�quent que la disharmonie entre les stocks chromosomiques des esp�ces soit telle que l�hybride, s�il peut �tre r�alis� et est viable, est st�rile.</p><p>Lorsque l�hybride intersp�cifique est ou a �t� rendu fertile, il importe de le d�barrasser des g�nes gouvernant les caract�res ind�sirables de l�esp�ce sauvage.</p><p>Les progr�s de la cytog�n�tique ont rendu possible l�introduction �lective, dans le g�notype de l�esp�ce cultiv�e, de chromosomes isol�s, voire de courts fragments de chromosomes portant les</p><p>g�nes dont la capture est souhait�e.</p><p>Cette introgression g�n�tique peut se faire par addition ou par substitution � une partie �quivalente du g�notype de la plante h�te.</p><p>L�hybridation intersp�cifique peut �galement conduire � la cr�ation de nouvelles esp�ces. En effet, l��volution naturelle a souvent utilis� cette voie de diversification, coupl�e � la polyplo�disation spontan�e, qui rend les hybrides fertiles. Ainsi, de nombreuses esp�ces actuelles ont une origine composite allopolyplo�de (Bl�, Colza...). Cette synth�se d�hybrides intersp�cifiques a permis jusqu�� pr�sent la cr�ation de quelques nouvelles esp�ces, telles que les Triticale : Bl�-Seigle provenant de l�hybridation entre Triticum (Bl�) et Secale (Seigle). Elle a �t� utilis�e �galement pour la reconstruction d�esp�ces qui s��taient spontan�ment form�es de cette mani�re : synth�se du Colza pour l�am�lioration de la r�sistance au froid (Su�de) et pour l�abaissement de la teneur en acide linol�nique (France).</p><p>LES MUTATIONS</p><p>La domestication des esp�ces v�g�-</p><p>tales et leur am�lioration ult�rieure se fondent essentiellement sur l�exploitation par l�Homme des mutations g�n�tiques naturelles ou provoqu�es.</p><p>Celles-ci demeurent le moyen ultime pour cr�er une variabilit� qui se r�v�-</p><p>lerait insuffisante dans l�esp�ce telle qu�elle nous est parvenue.</p><p>La mutation peut �tre une variation au niveau des g�nes (mutation ponctuelle), � celui de fragments de chromosomes (mutation segmentaire) ou � celui du g�nome (plo�die).</p><p>� Les mutations ponctuelles peuvent �tre provoqu�es par diff�rents agents physiques (rayonnements U. V., X, Y, neutrons et protons...) ou chimiques (radio-isotopes, alcalo�des, peroxydes et surtout m�thane sulfonate d��thyle).</p><p>Toutefois, les agents mutag�nes n�ont pas d�action sp�cifique, et les r�sultats obtenus sont fr�quemment d�l�t�res.</p><p>Bien que modestes au regard des</p><p>efforts engag�s, de nombreux succ�s</p><p>ont �t� obtenus pour l�am�lioration de caract�ristiques particuli�res et g�n�-</p><p>ralement � d�terminisme g�n�tique simple : vari�t�s de Riz � paille plus courte, � grains plus longs ; transformation de la coloration de fruits et de fleurs...</p><p>� Les mutations de g�nomes sont tr�s fr�quentes dans la nature, et de tr�s nombreuses esp�ces cultiv�es sont des polyplo�des (Pomme de terre, esp�ces prairiales...).</p><p>En changeant les dosages all�liques (ou dosages g�n�tiques), la polyplo�die modifie les fonctions g�n�tiques. Il en r�sulte fr�quemment une augmentation de la taille des cellules (cr�ant un certain gigantisme), un ralentissement du d�veloppement g�n�ral, mais aussi parfois un abaissement de la pression asmotique, qui entra�ne une diminution downloadModeText.vue.download 59 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10014</p><p>de la teneur en mati�re riche et une plus grande sensibilit� au froid.</p><p>La fertilit� est g�n�ralement diminu�e, et, pour cette raison, la polyplo�-</p><p>disation artificielle est essentiellement utilis�e chez les esp�ces principalement cultiv�es pour leurs organes v�g�tatifs (Betteraves, plantes fourrag�res) ou celles qui peuvent �tre reproduites par multiplication v�g�tative (esp�ces fruiti�res et ornementales...).</p><p>� l�inverse, la voie de l�haplo�-</p><p>die, qui consiste � diviser par deux le nombre des chromosomes, en ne conservant, par exemple, qu�un seul chromosome de chaque paire pr�-</p><p>sente dans l�individu diplo�de normal, conna�t actuellement un vif int�r�t.</p><p>L�haplo�die peut �tre recherch�e par diff�rentes techniques portant sur le d�veloppement sans f�condation de ga-m�tophytes femelles (ovules ou noyaux du sac embryonnaire, pollinisation par pollen inactiv� par N2O-rayon X..., recherche d�embryons jumeaux dont l�un peut �tre parth�no-g�n�tique).</p><p>Mais des r�sultats encourageants ont �galement �t� obtenus chez certaines esp�ces (Pomme de terre, Tabac, Tomate, Piment...) par d�veloppement et culture du gam�tophyte m�le (pollen) in vitro.</p><p>L�haplo�die pourrait devenir une voie importante de l�am�lioration des plantes, car elle repr�sente un puissant moyen d�analyse g�n�tique et une m�-</p><p>thode tr�s rapide d�obtention de l�homozygotie par r�tablissement de l��tat de plo�die naturel.</p><p>Les m�thodes de la s�lection</p><p>am�liorante</p><p>Les m�thodes de s�lection applicables � une esp�ce d�pendent de divers facteurs.</p><p>y Le mode de reproduction (biologie florale). Les plantes peuvent se reproduire :</p><p>� par autof�condation (esp�ces autogames : Bl�, Orge, Avoine, Lin, Pois, Haricot...) ;</p><p>� par f�condation crois�e (hybridation) [esp�ces allogames : Betterave, Ma�s, Seigle, Luzerne, Choux...] ;</p><p>� par un syst�me mixte d�allogamie et d�autogamie ;</p><p>� par reproduction v�g�tative (tubercules, greffes... : Pomme de terre, Vigne, arbres fruitiers...).</p><p>y L�existence d�un effet de vigueur li�e � l�hybridation. Chez la plupart des esp�ces allogames, mais aussi chez de tr�s nombreuses plantes partiellement ou essentiellement autogames (Sorgho, F�verole), l�hybridation dirig�e entra�ne l�h�t�rozygotie g�n�tique, et provoque une augmentation g�n�rale de vigueur et un ensemble de caract�res favorables.</p><p>Ce ph�nom�ne, appel� h�t�rosis, est d�une importance essentielle en am�-</p><p>lioration des plantes.</p><p>Dans leurs applications pratiques, les techniques de s�lection seront aussi influenc�es par la dur�e du cycle de reproduction de l�esp�ce et par le potentiel de multiplication de celle-ci.</p><p>LA S�LECTION DES PLANTES</p><p>AUTOGAMES</p><p>L�objectif habituel d�am�lioration est la cr�ation de vari�t�s lign�es pures. La puret� g�n�tique est due ici � l�homozygotie obtenue par l�autof�condation.</p><p>Elle s�accompagne de propri�t�s d�homog�n�it� et de stabilit� qui rendent ces cultivars particuli�rement adapt�s aux exigences de standardisation et de m�canisation de l�agriculture moderne.</p><p>La s�lection proc�de en deux phases.</p><p>1. Cr�ation de la variation g�n�-</p><p>tique par l�hybridation intervari�tale.</p><p>Disposant de lign�es pures pr�existantes, sans variation g�n�tique, mais diff�rentes les unes des autres, le s�-</p><p>lectionneur va s�efforcer de cumuler les caract�res int�ressants de vari�t�s compl�mentaires en les rassemblant dans un g�notype hybride.</p><p>Le choix des g�niteurs est</p><p>fondamental.</p><p>L�hybride de premi�re g�n�ration (F1) est homog�ne, mais renferme la variation � l��tat potentiel par sa structure essentiellement h�t�rozygote.</p><p>Cette variabilit� va � �clater � dans les g�n�rations suivantes (F2, F3...), qui donneront alors prise � la s�lection.</p><p>2. Utilisation, puis �limination de la variation. L�exploitation de la diversit� apparue en F2 et l�isolement progressif des types transgressifs sont r�alis�s par la s�lection g�n�alogique, c�est-�-dire par le choix de plantes, puis de descendances maintenues s�par�es.</p><p>Ce choix �chelonn� est accompagn� d�une �limination progressive et automatique de la variation par le jeu du syst�me normal de reproduction par autof�condation de l�esp�ce. En effet, � chaque g�n�ration, la proportion des g�nes � l��tat h�t�rozygote est r�duite � 50 p. 100, et l�homozygotie est ainsi pratiquement retrouv�e apr�s neuf ou dix g�n�rations.</p><p>� partir de la sixi�me g�n�ration environ, le rep�rage des familles en cours de s�lection s�appuie principalement</p><p>sur des essais comparatifs tendant � d�gager les meilleures lign�es par leur comparaison entre elles et � des vari�-</p><p>t�s t�moins.</p><p>LA S�LECTION DES PLANTES</p><p>ALLOGAMES</p><p>Avant intervention de la s�lection dirig�e, les vari�t�s d�esp�ces allogames sont constitu�es d�hybrides de hasard, r�sultant de croisements multiples et al�atoires entre g�niteurs soumis � la s�lection naturelle.</p><p>Ces populations sont h�t�rog�nes, instables et essentiellement adapt�es au seul milieu o� s�applique cette s�-</p><p>lection naturelle (�cotypes).</p><p>Les objectifs de l�am�lioration</p><p>seront :</p><p>� de cr�er � partir de ces populations des vari�t�s homog�nes et pouvant �tre reproduites, identiques ;</p><p>� d�utiliser la variabilit� g�n�tique des populations pour isoler les meilleures combinaisons g�n�tiques.</p><p>Le premier objectif est obtenu en soumettant les populations (ou des vari�t�s hybrides pr�existantes) � un syst�me de consanguinit� (autof�condation, croisement fr�re � soeur) artificiellement impos�. Mais la d�pression de vigueur consanguine accompagnant cette reproduction contre-nature pour des plantes allogames rend les vari�t�s lign�es pures ainsi obtenues inaptes � la culture.</p><p>Cet inconv�nient est surmont� par la r�alisation de croisements entre lign�es. Cette hybridation finale permet de parvenir aux trois objectifs poursuivis.</p><p>1. L�homog�n�it�. Les hybrides de la premi�re g�n�ration sont, en effet, aussi homog�nes que leurs lign�es parentales.</p><p>2. La vigueur. Due � l�effet d�h�t�rosis, elle est maximis�e par la recherche des combinaisons les plus ad�quates entre les lign�es.</p><p>3. La cr�ation de g�notypes adapt�s �</p><p>de nouveaux milieux ou � de nouvelles conditions de culture. Elle s�obtient par le choix possible dans la gamme des combinaisons r�alisables entre lign�es d�origines g�n�tiques diff�rentes.</p><p>Ce sch�ma d�am�lioration, qui bouleverse le mode de reproduction habituel de ces esp�ces, doit surmonter certaines difficult�s pratiques.</p><p>� Il est n�cessaire d�imposer un syst�me consanguin dans la premi�re phase de cr�ation des lign�es ; le contr�le ou la r�alisation de ce mode de reproduction doivent �tre fr�quemment effectu�s manuellement.</p><p>� Il faut assurer l�interf�condation absolue entre les lign�es au stade final de r�alisation des hybrides. Cette hybridation dirig�e est rendue possible par la castration de l�un des parents, par l�utilisation de syst�mes d�auto-incompatibilit� chez certaines esp�ces ou encore par l�introduction d�une st�rilit� m�le � contr�le g�n�tique chez l�un des g�niteurs (cependant, si l�hybride est utilis� pour ses semences, sa fertilit� doit �tre assur�e).</p><p>� Il convient de produire une semence hybride, au meilleur co�t, bien que la lign�e femelle parentale portant les graines hybrides soit peu fertile en raison de la d�pression de vigueur qui l�affecte. C�est ainsi qu�il est parfois pr�f�-</p><p>rable de cr�er des hybrides doubles par croisement de deux hybrides simples ou des hybrides � trois voies par croisement d�un hybride simple (femelle) par une lign�e : la semence commerciale est ainsi r�colt�e sur un parent hybride simple, productif.</p><p>� Enfin, chez certaines esp�ces (Graminac�es et L�gumineuses fourrag�res notamment), le sch�ma complet est difficilement applicable en raison de la difficult� d�obtenir l�homozygotie des lign�es (polyplo�die, d�pression de vigueur tr�s forte...), des difficult�s de castration pour le contr�le de l�hybridation et du faible co�t n�cessaire de la semence.</p><p>Les cultivars seront alors des vari�-</p><p>t�s synth�tiques cr��es par la multiplication, en quelques g�n�rations, d�un nombre limit� de lign�es (de 4 � 8)</p><p>incompl�tement homozygotes.</p><p>LA S�LECTION DES PLANTES �</p><p>REPRODUCTION V�G�TATIVE</p><p>La multiplication v�g�tative est un syst�me de reproduction essentiellement conservatif, et les vari�t�s cultiv�es sont des clones, ensemble d�individus g�n�tiquement identiques, car provenant d�un m�me individu initial sans reproduction sexu�e.</p><p>Cependant, ces vari�t�s, parfois cultiv�es durant de nombreuses d�cennies, peuvent accumuler des mutations et devenir des populations de clones.</p><p>Une s�lection g�n�alogique permet le rep�rage et l�isolement des meilleurs variants.</p><p>Mais la variabilit� g�n�tique est plus g�n�ralement provoqu�e chez les clones par le passage � la reproduction sexu�e. Les croisements entre vari�t�s, la mutagen�se ou encore l�exploitation de leur �tat h�t�rozygote par l�autof�-</p><p>condation cr�ent des structures g�n�-</p><p>tiques nouvelles qui sont imm�diate-downloadModeText.vue.download 60 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10015</p><p>ment stabilisables par le retour � la reproduction asexu�e normale.</p><p>La s�lection des meilleures descendances issues de semis, requ�rant un nombre important d�individus, est, toutefois, fr�quemment longue, en raison du taux de multiplication faible de nombreuses esp�ces (Pomme de terre, plantes florales, etc.) ou de la dur�e de chaque g�n�ration de multiplication (arbres fruitiers).</p><p>L�aboutissement de la s�lection.</p><p>L�inscription des nouvelles</p><p>vari�t�s au Catalogue officiel</p><p>Une vari�t� nouvelle ne peut acc�der d�embl�e � la commercialisation. Elle doit, au pr�alable, avoir m�rit� son inscription au Catalogue officiel des esp�ces et vari�t�s cultiv�es.</p><p>Les �preuves impos�es, qui sont codifi�es en France par le Comit� technique permanent de la s�lection (C. T. P. S.), tendent � appr�cier :</p><p>� l�int�r�t g�n�tique de la nouvelle vari�t� (stabilit� des lign�es pures, nouveaut�, identit� permettant de la reconna�tre, homog�n�it�) ;</p><p>� la valeur culturale et d�utilisation (rendement, r�gularit� du rendement</p><p>[r�sistances aux adversit�s climatiques et pathologiques], qualit� du produit).</p><p>Depuis le 1er janvier 1972, un catalogue communautaire (C. E. E.) se superpose aux catalogues nationaux et assure la libre circulation en Europe des vari�t�s qui y sont inscrites.</p><p>Enfin, toute vari�t� v�g�tale est, en France, prot�g�e par la loi sur la protection des obtentions v�g�tales, r�sultant d�une convention internationale, dite � Convention de Paris � (1961).</p><p>La s�lection</p><p>conservatrice :</p><p>la production de</p><p>semences et de plants</p><p>Les vari�t�s admises � la commercialisation par leur inscription au Catalogue officiel doivent pouvoir �tre mises continuellement � la disposition des producteurs.</p><p>La production des semences ou des plants n�cessaires chaque ann�e est r�alis�e � l�aide d�un syst�me conservatif qui pr�sente un double objectif :</p><p>� entretenir l�identit� g�n�tique des vari�t�s en �vitant les risques de variation d�ordre g�n�tique pour les plantes � reproduction sexu�e ou de d�g�n�rescence sanitaire pour les plantes � reproduction v�g�tative ;</p><p>� produire � partir des constituants g�n�tiques de base, soigneusement entretenus et contr�l�s, les tonnages de semences ou de plants requis.</p><p>Les m�thodes de s�lection et de production de reproducteurs, fond�es sur la filiation g�n�tique, sont r�gies par des r�glements techniques.</p><p>�labor�s par des instances � caract�re l�gislatif, les Commissions officielles de contr�le (C. O. C.), ces r�glements sont mis en oeuvre par le Service officiel de contr�le et de certification (S. O. C.).</p><p>Par un ensemble de contr�les r�alis�s tant en cours des g�n�rations de multiplication que sur les semences r�sultantes, la qualit� des produits ainsi s�lectionn�s peut �tre, en d�finitive, certifi�e.</p><p>Conclusion</p><p>L�agriculture moderne se caract�rise par la recherche d�une am�lioration continue de la productivit�, facteur d�-</p><p>terminant de l�augmentation des disponibilit�s alimentaires de l�humanit� et de la diminution du co�t de production des produits agricoles.</p><p>L�am�lioration du potentiel g�n�-</p><p>tique des esp�ces cultiv�es par la s�lection v�g�tale est un �l�ment de progr�s � la fois tr�s puissant et �conomique.</p><p>En effet, elle modifie essentiellement les caract�ristiques internes des plantes, en les rendant mieux aptes � r�pondre aux autres facteurs d�intensification (m�canisation, fertilisation, technologie de la transformation, etc.).</p><p>Il est, de ce fait, difficile de distinguer la part de progr�s due � la s�lection dans l�ensemble des am�liorations phytotechniques. On peut, toutefois, estimer que l�am�lioration de l�efficacit� g�n�tique des esp�ces cultiv�es est responsable de plus de la moiti� des gains de productivit�, qui, depuis 1945, ont �t� de l�ordre de 50 p. 100 pour le Bl� et de 100 p. 100 pour le Ma�s en France.</p><p>Sur le plan du d�veloppement mondial, des r�sultats particuli�rement spectaculaires ont d�j� �t� obtenus et d�autres se pr�parent chaque jour.</p><p>Par exemple, les travaux du Centre international du bl� et du ma�s (Centro Internacional de Mejoramiento de Ma�z y Trigo) de Mexico, dirig� par le docteur Norman Ernest Borlaug (n� en 1914), ont permis de faire progresser les rendements du Bl� au Mexique de 7</p><p>� 25 quintaux � l�hectare entre 1945 et</p><p>1964. L�extension de ces vari�t�s productives � d�autres pays (P&#x101;kist&#x101;n et Inde) a fait na�tre une v�ritable � r�volution verte � et valu en 1970 au professeur Borlaug le prix Nobel de la paix.</p><p>Y. H.</p><p>H. K. Hayes et F. R. Immer, Methods of Plant Breeding (New York, 1942 ; 2e �d. avec la coll. de D. C. Smith, 1955). / T. Roemer et W. Rudorf (sous la dir. de), Handbuch der Pflan-zenz�chtung (Berlin, 1949-50, 5 vol. ; 2e �d., 1958-1960, 6 vol.). / J. M. Poehlman, Breeding Field Crops (New York, 1959). / R. W. Allard, Principles of Plant Breeding (New York, 1960).</p><p>/ G. Valdeyron, G�n�tique et am�lioration des plantes (Bailli�re, 1961). / W. Williams, Genetical Principles and Plant Breeding (Philadelphie, 1964). / R. Diehl, la S�lection v�g�tale (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1965). / K. J. Frey (sous la dir. de), Plant Breeding Symposium (Ames, Iowa, 1966). / F. N. Briggs et P. F. Knowles, Introduction to Plant Breeding (New York, 1967).</p><p>s�l�nium</p><p>Corps simple solide non m�tallique.</p><p>C�est en 1817 que Berzelius* d�-</p><p>couvrit dans les boues des chambres de plomb un �l�ment nouveau, qu�il appela s�l�nium, du mot grec d�signant la Lune. L�origine de cette d�signation vient de l�analogie de cet �l�ment avec le tellure d�couvert une vingtaine d�an-n�es auparavant et dont le nom avait pour origine l�appellation latine de la Terre.</p><p>�tat naturel</p><p>Le s�l�nium se trouve � l��tat libre dans divers sites et aussi dans le soufre libre. Il figure �galement dans certains s�l�niures naturels, tels PbSe, Cu2Se, Ag2Se, HgSe, (Cu, Tl, Ag)2Se, et surtout dans un s�l�niure double de cuivre et de plomb. On le rencontre dans diverses pyrites, et sa pr�sence dans les sols de diverses contr�es arides des �tats-Unis a rendu les herbes poussant sur ces sols toxiques pour le b�tail. Le s�l�nium peut �tre extrait de boues des chambres de plomb utilis�es dans la fabrication de l�acide sulfurique ou de boues d��lectrolyse du cuivre. Il ne constitue que 9 . 10� 6 p. 100 de la lithosph�re.</p><p>Atome</p><p>Le s�l�nium appartient � la colonne VI B de la classification de Men-deleiev. Son num�ro atomique est 34. L��tat fondamental de l�atome a la structure �lectronique suivante : 1s 2, 2s 2, 2p 6, 3s 2, 3p 6, 3d 10, 4s 2, 4p 4. D�o� le rayon atomique de 1,17 A et un rayon de 1,98 � pour l�ion Se2�.</p><p>Les �nergies successives d�ionisation prennent les valeurs respectives suivantes en �lectrons-volts : 9,78 ; 21,7 ; 34,2 ; 43,0 ; 68,0 ; 81,6 ; 166,0.</p><p>Corps simple</p><p>Le s�l�nium fond � 217,4 �C et a pour temp�rature normale d��bullition 648,8 �C. Il pr�sente une allotropie cristalline � l��tat solide. Par �vaporation d�une solution de s�l�nium dans le sulfure de carbone, on obtient deux vari�t�s de cristaux rouges et monocliniques (forme &#x3B1;, forme &#x3B2;), qui sont constitu�s de cycles gauches de huit atomes de s�l�nium r�guli�rement dispos�s les uns par rapport aux autres.</p><p>Par chauffage un peu au-dessous de la temp�rature de fusion, ces vari�t�s rouges se transforment en une vari�t� dite � m�tallique � grise et semi-conductrice, qui est form�e d�h�lices d�atomes de s�l�nium r�guli�rement dispos�es dans le cristal avec une direction commune d�axe. On peut pr�-</p><p>parer aussi des solides ayant un aspect amorphe (vitreux noir et poudre rouge).</p><p>On consid�re que, lors de la fusion, les cycles octogonaux se brisent et que des mol�cules en cha�ne se forment.</p><p>Dans la vapeur, on observe une d�-</p><p>polym�risation des mol�cules Se8 en diverses mol�cules plus simples, aboutissant vers 1 700 �C � Se2, puis � des atomes libres � plus haute temp�rature.</p><p>Le s�l�nium m�tallique est utilis� pour ses propri�t�s photo�lectriques.</p><p>Ses propri�t�s chimiques sont analogues � celles du soufre. Le s�l�nium donne des s�l�niures avec divers m�-</p><p>taux. Il br�le difficilement dans l�air en donnant le dioxyde SeO2 et n�est qu�un</p><p>faible r�ducteur. Toutefois, il r�duit l�acide sulfurique concentr�.</p><p>Principaux compos�s</p><p>L�hydrog�ne s�l�ni� H2Se est un diacide faible, mais un peu moins que H2S. Un certain nombre de s�l�niures m�talliques sont semi-conducteurs.</p><p>L�anhydride SeO2 donne avec l�eau une solution d�un acide plus fort que l�acide sulfureux. Cet acide H2SeO3 est converti en acide s�l�nique H2SeO4 par l�eau oxyg�n�e ou l�acide chlorique.</p><p>Cet acide s�l�nique ressemble � l�acide sulfurique, mais il est moins stable et perd de l�oxyg�ne lorsqu�il est chauff� � 200 �C ; il oxyde les chlorures avec d�gagement de chlore.</p><p>H. B.</p><p>downloadModeText.vue.download 61 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10016</p><p>S�leucides</p><p>Souverains hell�nistiques (312-64</p><p>av. J.-C.) qui ont exerc� leur pouvoir sur toute la partie orientale et extr�me-orientale de l�empire b�ti par Alexandre III* le Grand.</p><p>Petit noble de l�entourage</p><p>d�Alexandre, S�leucos Ier (v. 355-280</p><p>av. J.-C.) ne se fit gu�re remarquer durant l�exp�dition asiatique ; il fut pourtant le fondateur d�une puissante dynastie. Lorsqu�il l�gua � son fils un royaume qui s��tendait de l�Inde � la M�diterran�e, de la mer Noire au golfe Persique, il y avait beau temps qu�il passait pour le fils d�Apollon, que ses victoires sans nombre lui avaient valu le surnom de Nikat�r (� le Vainqueur �).</p><p>Histoire du</p><p>royaume s�leucide</p><p>Lors du premier partage de l�empire d�Alexandre (323 av. J.-C.), S�leucos est laiss� � l��cart. Ce n�est qu�en 321, � Triparadisos, que, pour avoir d�barrass� Ptol�m�e Ier de Perdiccas, en l�assassinant, il re�oit le gouvernement de la Babylonie. Un conflit</p><p>avec Antigonos Ier Monophtalmos, alors le plus puissant des diadoques (c�est ainsi que l�on appelle les b�tisseurs du monde hell�nistique, successeurs d�Alexandre), l�oblige � quitter sa capitale pour l��gypte, mais, d�s 312, S�leucos peut revenir � Babylone et �tablir son autorit� sur l�ensemble des territoires orientaux conquis par Alexandre. Au contraire de ses compagnons, il n�a pas abandonn� l��pouse d�origine bactrienne, Apam�e, qu�il a prise aux f�tes de Suse : aussi est-il � m�me, apparemment, de cr�er et d�animer un �tat gr�co-iranien, o�, comme l�avait souhait� Alexandre, Hell�nes et indig�nes m�leraient leur vie, leurs traditions et leurs pr�occupations et qui serait capable de tenir t�te � l�expansion indienne et aux Barbares de l�Asie centrale.</p><p>Pourtant, au pouvoir assur� sur</p><p>l�Orient iranien, il pr�f�re la comp�-</p><p>tition avec ses pairs : vers 305, il se proclame roi (basileus), revendiquant ainsi l��galit� avec les autres diadoques et manifestant son d�sir d�intervenir, lui aussi, dans leurs conflits pour la pr��minence. D�s 303, pour avoir les mains libres, il abandonne au roi mau-rya Candragupta (ou Chandragupta, en gr. Sandracottos) les marches orientales du royaume (G&#x101;ndh&#x101;ra, Aracho-sie, G�drosie). En 301, il participe � la bataille d�Ipsos, o� meurt Antigonos Ier Monophtalmos, et y gagne la Syrie.</p><p>C�est l� qu�en 300 il installe sa capitale, dans la ville d�Antioche*, qu�il cr�e, sur l�Oronte : site excentrique pour un royaume encore essentiellement continental, mais qui convient bien � qui veut entrer dans le concert des puissances m�diterran�ennes.</p><p>L�Orient, d�ailleurs, va �tre confi� � l�administration de son fils Antiochos, qui doit s�installer � S�leucie du Tigre, mais que les circonstances forceront � s�journer plus � l�est, � Bactres sans doute, d�o� il m�nera plusieurs campagnes pour assurer la s�curit� des communications entre l�occident et l�orient du royaume. En 281, S�leucos Ier, par la victoire du Couroup�-</p><p>dion, conquiert l�Asie Mineure et veut alors passer en Mac�doine pour reconstituer � son profit l�ancien royaume d�Alexandre, mais Ptol�m�e K�raunos, son prot�g�, fils de Ptol�-</p><p>m�e Ier, l�assassine et se fait lui-m�me proclamer roi de Mac�doine. Antiochos Ier (325-261 ; roi de 280 � 261) est assez fort pour pouvoir succ�der � son p�re malgr� une r�volte en Syrie, mais le royaume qu�il re�oit para�t d�j� trop vaste et trop divers pour que son histoire ne soit plus, d�sormais, que celle de sa d�sagr�gation progressive.</p><p>Tr�s vite, la Bithynie, le Pont, la Cappadoce vont devenir des royaumes compl�tement ind�pendants ; les Galates, dont les invasions ont ravag� l�Asie Mineure, vont s�installer sur les hauts plateaux de Phrygie. Plus � l�est, l�Arm�nie, la M�die Atropat�ne affirment leur autonomie, ainsi que la Bactriane, qui prend en main sa d�fense, n�glig�e par un souverain trop lointain.</p><p>Les Romains, � la suite de l�intervention malheureuse d�Antiochos III M�gas (roi de 233 � 187) en Gr�ce, chassent d�finitivement en 188 (paix d�Apam�e) les rois s�leucides de l�Asie Mineure, en les repoussant � l�est du Taurus, au profit surtout de la dynastie des Attalides, qui tenait le royaume, jadis vassal, de Pergame*. Les Parthes*, � la fin du IIe s., ont conquis, sous la conduite de la dynastie arsacide, l�essentiel de l�Iran*, la Babylonie et la Perside. Il ne reste gu�re alors aux rois d�Antioche que la possession de la Syrie ; encore ont-ils perdu tout pouvoir sur le peuple juif. Leur puissance s�effondre en 83, quand le roi d�Arm�nie* Tigrane le Grand, appel� par les Antioch�niens eux-m�mes, las de l�anarchie dont semblait se satisfaire leur souverain, fait annexer la r�gion. Si le jeune Antiochos XIII Asiatikos (� l�Asiatique �, roi de 69 � 64), fils de Cl�op�tre S�-</p><p>l�n�, est remis en selle par la guerre de Lucullus en 69, son r�gne n�est pas de tout repos ; il doit lutter contre son cousin Philippe II, est captur� par Samp-sik�ramos, un dynaste arabe d��m�se, puis est remis � Pomp�e* � son arriv�e en Syrie. C�est la fin : en 64 la Syrie devient province romaine.</p><p>Les difficult�s de la dynastie proviennent sans aucun doute de la politique m�me de son fondateur, qui a pr�f�r� entrer dans la complication de la politique m�diterran�enne, dans le cycle des guerres, dont le monde hell�nistique semble friand, mais qui</p><p>l��puisent (tr�s dures ainsi furent les guerres de Syrie qui oppos�rent durant plus d�un si�cle les Lagides* aux S�-</p><p>leucides pour la possession de la Syrie du Sud, la Syrie Creuse, ou Coel�syrie).</p><p>Mais elles tiennent aussi � la m�diocrit� des rois, qui ne surent, le plus souvent, �tre � la hauteur de leur t�che.</p><p>Pour un Antiochos III, qui m�rite son surnom de M�gas (� le Grand �) par les victoires de sa magnifique � ana-base � (dans une exp�dition de sept ans [212-205], il r�ussit � imposer de nouveau tribut � l�Arm�nie, � garantir par ses victoires sur les Parthes la libre circulation entre l�Orient et l�Occident, � s�entendre avec Euthyd�me, qui tenait la Bactriane, � toucher l�Inde, o� le roi Sophagas�nos le reconna�t pour suzerain), combien de souverains ou de pr�tendants au tr�ne ont subordonn� toute leur action � leur seul int�r�t personnel ! Les conflits dynastiques ont �t� la plaie de la dynastie. Le r�gne de S�leucos II Kallinikos (246-226) en est un exemple net : d�s la mort d�Antiochos II en 246, aux deux enfants n�s d�un premier mariage du roi avec Lao-dice, S�leucos et Antiochos (dit Hierax, � l��pervier �), qui vivaient avec leur m�re en Asie Mineure, s�opposait le fils d�une princesse lagide, B�r�-</p><p>nice, qui re�ut � Antioche l�appui de son fr�re Ptol�m�e III �verg�te. Il fallut � S�leucos II cinq ans de guerre pour chasser de Syrie les Lagides, qui, jusqu�� l�av�nement d�Antiochos III, conserveront la possession du propre port d�Antioche, S�leucie.</p><p>Mais, pour vaincre, S�leucos II avait d� s�appuyer sur la bonne volont� de son fr�re Antiochos Hierax, qu�il avait laiss� administrer l�Asie Mineure, et ce dernier entendait bien tirer b�n�fice de son attitude, soutenu d�ailleurs par sa m�re. Aussi, en 241, S�leucos II se trouva-t-il dans l�obligation, malgr� la menace que repr�sentaient les Parthes qui s�introduisaient en Iran, de r�tablir son autorit� sur l�Anatolie : la guerre fratricide se termina � Ancyre par la d�faite de S�leucos II, qui dut reconna�tre le partage du royaume.</p><p>Pourtant, les forces d�Antiochos Hierax avaient �t� us�es par la guerre, et ses mercenaires galates, notamment, ne le suivaient plus ; c�est le moment que choisit Attalos Ier de Pergame pour l�attaquer ; bient�t, Antiochos ne fut</p><p>plus qu�un proscrit, et, vers 227-226, il fut assassin�.</p><p>Son fr�re S�leucos II, qui ne lui surv�cut gu�re, fut, bien s�r, d�barrass� de sa pr�sence, mais les S�leucides avaient pour longtemps perdu l�Asie Mineure, comme ils �taient en train de c�der en Iran du terrain devant les Parthes. L�entr�e des Romains dans la vie politique hell�nistique favorisa cette tendance aux luttes entre candidats pour un tr�ne pourtant bien affaibli. La mort de S�leucos IV Philopat�r en 175 marqua � cet �gard le d�but d�une p�riode de troubles permanents ; � la nouvelle de son assassinat, Antiochos, son cadet, vivant � Ath�nes, se pr�cipita pour lui succ�der : aid� par le roi de Pergame, il fut aussit�t reconnu par Rome. Ce fut le grand Antiochos IV �piphane (roi de 175 � 164) qui r�ussit � vaincre l��gypte. N�anmoins vivait toujours � Rome son a�n�, D�m�trios (futur D�m�trios Ier S�ter), nagu�re otage ; celui-ci garantissait au s�nat la fid�lit� de son p�re, d�sormais pr�tendant, qu�il pouvait �tre utile de garder en r�serve pour l�opposer �ventuellement au souverain r�gnant. Antiochos IV voulut laisser son tr�ne � son fils (Antiochos V Eupator) ; c�est alors que D�m�trios put s��vader de Rome (� l�aide de quelles complicit�s ?) et entrer en Syrie. En 162, il faisait assassiner son neveu Antiochos V, mais le s�nat, sans doute g�n� de ce que ses droits � r�gner fussent � un tel point l�gitimes, lui fit attendre jusqu�en 160 sa reconnaissance. L�habitude, n�anmoins, des luttes dynastiques �tait prise ; on suscita contre D�m�trios Ier S�ter (roi de 162 � 150) Alexandre Balas, dont le fils luttait encore contre D�m�trios II Nikat�r (roi de 143 � 138 et de 129 � 125) ; on vit appara�tre alors Alexandre II Zabinas (dont le surnom � l�Achet� � souligne l�infamie) ; un officier commandant la garnison d�Apam�e, Diodote, se glissa dans la lutte et r�gna sous le nom de Tryphon le Magnifique. En 123, Antiochos VIII Gryphos (� l�homme au nez recourb� �) [roi de 125 � 96], fils de D�m�trios II, r�ussit � r�tablir l�ordre en tenant Antioche, o� il s�empressa de faire assassiner sa m�re ; son demi-fr�re Antiochos IX Kyzik�nos (il avait �t� �lev� � � Cyzique �) [roi de 135 � downloadModeText.vue.download 62 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10017</p><p>95] se dressa contre lui. Comme Gryphos laissait cinq fils, il y eut pendant un temps quatre S�leucides � r�gner simultan�ment.</p><p>On comprend ainsi qu�en 83 les habitants d�Antioche aient pu choisir la s�curit� en faisant appel � Tigrane, que Pomp�e n�ait eu ensuite aucun mal � se saisir d�un royaume compl�tement d�compos�.</p><p>L�organisation</p><p>du royaume</p><p>L��tat s�leucide, comme tous les �tats du monde hell�nistique, est l�union de populations diverses rassembl�es par le g�nie d�un roi capable de faire respecter son autorit�. Ainsi, d�une certaine fa�on, il n�y a pas de royaume, mais un empire dont le seul �l�ment d�unit� est la personne m�me du roi, chaque territoire recevant un traitement particulier. Sur le plan juridique, un terroir avec ses habitants peuvent appartenir � la kh�ra (le territoire royal) ou � la symmachie (l�alliance du roi). Font partie de la kh�ra toutes les r�gions que le roi gouverne par l�interm�diaire de fonctionnaires ; font partie de la symmachie les communaut�s administr�es directement par le roi, qui poss�dent, dans le respect des droits du souverain, une large autonomie d�administration interne.</p><p>La kh�ra est, comme sous les Ach�-</p><p>m�nides et Alexandre, divis�e en satrapies ; ce sont des strat�ges, dot�s de tous les pouvoirs civils et militaires, qui administrent ces subdivisions ; ils sont aid�s par un bureau de fonctionnaires et plac�s sous l�autorit� directe du roi, qui leur transmet ses instructions par lettre. On a voulu r�duire la taille des satrapies pour que la puissance des strat�ges ne soit pas trop dangereuse pour le pouvoir royal ; n�anmoins, pour que l�administration ait une certaine coh�rence, il fallut organiser de grands commandements ; ainsi on conna�t un gouverneur des � hautes satrapies � charg� de r�gir l�Orient,</p><p>un strat�ge de l�Asie Mineure qui, de Sardes, coordonne l�ensemble de l�activit� administrative, tient le tr�sor royal et les archives, et un responsable de la Syrie � l�ouest des fleuves d�sign� pour suppl�er le roi lorsqu�il doit quitter sa capitale. La carte administrative reconna�t donc l�incapacit� du roi � garantir seul l�unit� du royaume : chacune des grandes r�gions g�ographiques du royaume est confi�e � un homme si puissant qu�il peut y passer pour un vice-roi menant sa politique personnelle (comme Achaios, sous le r�gne de son neveu Antiochos III, qui porta le titre royal). La satrapie se divise en circonscriptions plus petites, que nos sources d�signent sous des noms tr�s vari�s (hyparchies, toparchies, m�ri-darchies, phylak�, �parchies...) sans que l�on sache si cette multiplicit� de d�signations correspond seulement � des diff�rences r�gionales : il est vain, pourtant, d�imaginer que, comme nos d�partements divis�s en cantons et en communes, la satrapie est maill�e d�un r�seau de circonscriptions plus petites selon un sch�ma coh�rent ; les circonscriptions autres que la satrapie, dont les sources citent le nom, doivent �tre des zones d�administration diff�renci�e, particuli�rement favoris�es ou surveill�es, sans que nous puissions encore d�couvrir de quelle fa�on.</p><p>Tout le sol de la kh�ra appartient en propre au roi, mais celui-ci n�exerce tout son droit de propri�t� que dans la seule kh�ra basilik� (domaine royal), dont les basilikoi laoi (serfs royaux) fournissent une grande partie de ses revenus. En dehors du domaine royal, il n�existe pas de vraie propri�t� priv�e. Le roi conc�de � ses sujets un droit d�usage sur le sol, mais lui-m�me conserve la propri�t� �minente sur tout le terroir, ce qui oblige un homme qui ali�ne une terre � pr�voir les droits du roi sur le sol (ainsi Mn�simachos, qui donne au temple d�Art�mis un domaine, pr�voit que, si le roi exer-</p><p>�ait son droit de reprise du sol, lui et ses descendants indemniseraient le sanctuaire).</p><p>La population se groupe en communaut�s de type et de statuts divers : villages dont les habitants (laoi) peuvent se fixer au loin, mais qui restent atta-</p><p>ch�s juridiquement au terroir d�origine (c�est le principe de l�idia) ; colonies peupl�es de soldats mac�doniens, parmi lesquels se recrutent les unit�s traditionnelles de l�arm�e, ou de guerriers d�autre nationalit�, que l�on charge de pacifier le territoire sur lequel on les installe (ainsi les deux mille familles juives que l�on fait venir en Lydie pour que, vivant dans leurs villages fortifi�s, ils puissent calmer une r�bellion) ; temples, qui peuvent �tre en Asie d�immenses centres de peuplement et de production agricole ou artisanale ; cit�s de type grec aussi, qui ob�issent aux ordres des officiers royaux et essayent de leur arracher tel ou tel privil�ge honorifique ou politique.</p><p>Quant � la symmachie, c�est un</p><p>agr�gat d��tats soumis � l�autorit� du roi, selon des modalit�s qu�il appr�cie seul (sans �tre d�ailleurs li� en cela par les d�cisions de ses pr�d�cesseurs), et dont il � garantit la libert� � tout en leur accordant l�autonomie d�administration interne et, selon la formule officielle, la possibilit� de jouir � de leurs droits propres et de leur gouvernement traditionnel �. On y trouve des dynastes, souverains en miniature qui tiennent du souverain s�leucide autorit� sur des districts d�administration difficile : la Phrygie (avec Lysias), Cybira (avec Moag�t�s), la Carie. Peu � peu, la d�composition de la puissance royale permet � des officiers de plus en plus nombreux de se faire une place en Syrie m�me : D�m�trios � Gamala, Strabon � Beroia (Alep).</p><p>L�alliance comprend aussi des ethn� (� peuples �), qui peuvent �tre des organisations tribales de type traditionnel (en Syrie arabe ou dans l�Idum�e) ou des �tats puissants, comme l�ethnos juif confi� � l�administration de son ethnarque. Ce qui caract�rise vraiment l�alliance, ce sont les cit�s de type grec (on a pu croire m�me qu�aucune cit� n�appartenait � la kh�ra) ; souvent, les rois en ont fond� (S�leucos Ier en a cr�� soixante), les ont favoris�es et ont encourag� leur autonomie pour d�velopper l�hell�nisme dans leur royaume.</p><p>Tous les territoires appartenant � l�alliance ont en commun un privil�ge : ils communiquent avec le roi comme</p><p>des �tats ind�pendants, par l�interm�-</p><p>diaire d�ambassades, mais, comme ils ne peuvent entrer en rapports officiels avec les �tats �trangers, leur libert� est une r�alit� de droit administratif et non un droit de type international.</p><p>(Il peut �tre int�ressant pourtant pour une puissance comme Rome, qui veut se m�nager la possibilit� d�intervenir contre Antiochos III, de reconna�tre sur le plan international la libert� de telle ou telle cit�.) Cette libert� conc�-</p><p>d�e doit, en principe, porter � la reconnaissance envers le roi les cit�s qui en profitent ; n�anmoins, l�hell�nisme n�est pas exorcis� de ses d�mons ; la cit� grecque voudra bien vite une vraie libert� au lieu de cette autonomie prot�g�e ; son d�sir de s�opposer � son protecteur, de dresser l�un contre l�autre deux ou plusieurs protecteurs �ventuels finira, bien s�r, par rompre l�unit� m�me du royaume.</p><p>Le gouvernement</p><p>Le roi est l�unique responsable, l�unique ma�tre de son royaume ; il doit, avant tout, garantir � ses sujets la paix et la prosp�rit�, prot�ger leur libert�. Il est ainsi le � conservateur �</p><p>de son royaume (s�ter). Il en est m�me d�ailleurs le cr�ateur (ktist�s) : non seulement parce qu�il en a rassembl� les �l�ments, mais parce que toute loi �mane de lui (on va m�me jusqu�� dire qu�il est la � loi anim�e �, nomos empsukhos) et que, la vie ne pouvant s�entendre sans r�gle sociale, il est le fondateur m�me de la vie. Les cultes que l�on rend au souverain, que ce soit dans l�ensemble du royaume � compter d�Antiochos III ou dans les cit�s grecques qui en prennent l�initiative, font une grande place � cet aspect cosmique de sa divinit�, qui sait rassembler et organiser la n�buleuse sociale.</p><p>C�est par la force que le souve-</p><p>rain impose son pouvoir et qu�il le conserve, son arm�e lui permettant de tenir ses engagements dans un monde o� la guerre est permanente. Le roi est avant tout un chef de guerre qui paie de sa personne (dix rois sur les quatorze qui se sont succ�d� jusqu�� la mort d�Antiochos III sont morts en campagne), mais qui laisse � ses compagnons d�armes une grande place dans</p><p>l��tat. Cela ne veut pas dire, comme on l�a parfois �crit, que l�arm�e joue un r�le institutionnel en donnant au roi l�investiture, car celui-ci tient son pouvoir de sa naissance d�abord (m�me si, dans les jours sombres de la dynastie, on a vu des pr�tendants s�appuyer sur une arm�e pour soutenir des pr�tentions infond�es, ce ne sont pas leurs troupes qui justifiaient leur espoir de l�gitimit� ; les soldats �taient libres d�ob�ir � tel qui se disait roi, mais ils ne l��lisaient pas). Cela signifie que c�est au combat qu�il faut se distinguer si l�on veut jouer les premiers r�les ; les � ministres civils � (comme Hermias sous Antiochos III) ne sont gu�re aim�s, ce qui explique que les strat�ges, dont les fonctions �taient � l�origine purement militaires, aient pu supplanter les satrapes dans le gouvernement des provinces. L�inconv�nient majeur de cette situation est que les troupes qui comptent sont de recrutement essentiellement mac�donien, que le pouvoir des S�leucides prend de ce fait un aspect colonial et que les Orientaux, qui constituent la quasi-totalit� des habitants du royaume, consid�rent ce pouvoir comme un pouvoir �tranger. L�histoire de la d�composition du royaume s�leucide doit faire une large place � ce genre de sentiments des autochtones, car, dans les provinces de l�Asie Mineure ou d�Iran, bien des habitants ont pu souhaiter la venue d�un nouveau ma�tre qui ne f�t pas occidental. D�autant que les S�leucides, depuis la mort d�Antiochos Ier, downloadModeText.vue.download 63 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10018</p><p>ne semblent pas faire grand-chose pour s�duire l�Orient : l��tiquette stricte de la cour (aul�) les fait vivre � la mac�-</p><p>donienne ; le costume qu�ils portent �</p><p>bottes, manteau de soldat mac�donien, chapeau de feutre � larges bords orn� du diad�me (qu�ils peuvent porter aussi � m�me leur chevelure) � les singu-larise ; quant � leur langue (celle de l�administration), c�est bien s�r le grec.</p><p>Le roi gouverne seul : il doit pr�sider lui-m�me une foule d�audiences donn�es aux ambassadeurs �trangers, aux</p><p>repr�sentants des �tats de l�alliance, � ses sujets m�me. Les rapports politiques dans le monde hell�nique sont en effet des rapports directs, et il ne faut pas qu�un souverain cherche � se d�rober au juste d�sir de ses sujets � le rencontrer : D�m�trios Ier, qui voudra s�isoler, paiera de son tr�ne ce d�sir, que l�on prendra pour du m�pris. Le royaume vit au rythme des innombrables lettres qui portent des ordres aux satrapes, aux cit�s, aux dynastes ; rien ne peut se faire sans que le roi l�ait ordonn�, car tout se fait dans le royaume au nom et par d�l�gation du souverain (de qui une cit� autonome qui donne l�impression de se gouverner seule tire-t-elle son existence, sinon de lui ?). La t�che du roi est lourde, et S�leucos Ier s�en plaignait d�j�.</p><p>Au plan de l�administration centrale du royaume, il existe un bureau des finances � Antioche, dont les agents se r�partissent dans les satrapies et qui g�re les tr�sors royaux conserv�s dans les grandes capitales provinciales : ce bureau se constitue dans le cours du r�gne d�Antiochos Ier, qui, lorsqu�il arrive au pouvoir, ne conna�t m�me pas l��tendue et les fronti�res de son propre domaine. Pour l�ensemble des affaires civiles, les t�ches se r�partissent d�une fa�on apparemment tr�s souple. En permanence aux c�t�s du roi (on voit m�me Hermias venir au petit malin r�veiller Antiochos) est le � charg� d�affaires � (epi t�n pragmat�n), sorte de vizir qui a l�oeil � tout et conseille sur tout ; sa puissance peut �tre tr�s grande, mais tient � la seule amiti� et au bon plaisir du roi, � sa capacit� � se faire respecter aussi (ainsi doit-on assassiner Hermias, qu�Antiochos III n�est pas assez fort pour �carter). Les d�cisions importantes se prennent en g�n�ral apr�s consultation du conseil des � amis du roi � (philoi), un groupe de familiers de la Cour qui a fini par constituer un groupe hi�rarchis� (on conna�t les � amis � et les � premiers amis �), dans lequel le souverain choisit des hommes de confiance (ce groupe n�a n�anmoins aucune permanence, le souverain d�signant ou excluant du groupe qui il veut, ne se tenant pas li� par les choix de son pr�d�cesseur). Les amis suivent le roi dans son destin, partageant ses p�rils (en principe) et sa</p><p>mauvaise fortune (ainsi Hermias donne � son roi de quoi payer ses troupes ; ainsi, en 166, pour organiser la grande f�te de Daphn�, Antiochos IV d�pense le butin qu�il a rapport� d��gypte, mais aussi les contributions de ses amis) ; ils profitent aussi de sa puissance, avec d�autant plus d�avidit� qu�ils savent leur faveur peu durable, qu�ils ne sont pas comptables de leurs actes devant le pays et que leur int�r�t ne se confond pas n�cessairement avec celui de la dynastie. C�est � leur profit que se d�membrera le domaine royal ; ce sont eux qui feront souvent du roi un monarque lointain, en interposant entre lui et ses sujets la barri�re de la corruption ; ce sont eux qui feront appara�tre souvent, et surtout quand la dynastie sera en d�clin, le roi comme le chef d�une bande d�associ�s avides de s�enrichir.</p><p>Le royaume s�leucide, donc, quelles qu�aient �t� sa puissance et sa richesse, n��tait, en fait, qu�un fragile �difice, que Rome abattit sans grand-peine.</p><p>Son extension lui imposait trop d�in-t�r�ts divergents, et la m�diocrit� de son appareil administratif l�emp�chait de r�soudre tous ses probl�mes. Tout reposait sur les �paules de rois dont on ne pouvait raisonnablement attendre qu�ils eussent tous du g�nie. N� du r�ve d�Alexandre, l�Empire s�leucide, au contraire de l��gypte lagide, �tait vraiment � la mesure du monde et aurait pu cr�er une civilisation nouvelle, mais il ne sut pas trouver un ma�tre � vivre en ceux qui s�acharn�rent � l�exploiter. Son r�le fut grand n�anmoins ; ce n�est pas qu�il ait laiss� une marque toujours imp�rissable (ainsi Berytos est devenue Beyrouth* et a oubli� qu�elle fut un temps Laodic�e de Ph�nicie), mais, par sa seule existence, il a permis le maintien de l�hell�nisme en Orient et cr�� une tradition d��change entre les civilisations de l�Inde et de la M�diterran�e, qui ne fut pas rompue quand son pouvoir s�effondra.</p><p>J.-M. B.</p><p>F Afgh&#x101;nist&#x101;n / Antioche / Hell�nistique (monde) / Iran / Pergame / Pont / Syrie.</p><p>E. R. Bevan, The House of Seleucus (Londres, 1902 ; 2 vol.). / A. Bouch�-Leclercq, Histoire des S�leucides (Leroux, 1913 ; r��d. Culture et</p><p>Civilisation, Bruxelles, 1963, 2 vol.). / E. Biker-man, Institutions des S�leucides (Geuthner, 1938). / W. W. Tarn, The Greeks in Bactria and India (Cambridge, 1938 ; 2e �d., 1951 ; 2 vol.). /</p><p>E. V. Hansen, The Attalids of Pergamon (Ithaca, N. Y., 1947 ; 2e �d., 1971). / D. Magie, Roman Rule in Asia Minor to the End of the Third Century after Christ (Princeton, 1950 ; 2 vol.). / G.</p><p>Le Rider, Suse sous les S�leucides et les Parthes.</p><p>Les trouvailles mon�taires et l�histoire de la ville (Geuthner, 1965). / D. Schlumberger, l�Orient hell�nis�, l�Art grec et ses h�ritiers dans l�Asie non m�diterran�enne (A. Michel, 1970).</p><p>s�mantique</p><p>Branche de la linguistique qui �tudie la langue du point de vue du sens.</p><p>Le terme de s�mantique est invent� par Michel Br�al (1832-1915) en 1897</p><p>(Essai de s�mantique) : la s�mantique de Br�al �tudie le sens des mots. Ce projet scientifique est fond� sur l�histoire et la psychologie, en opposition avec les visions organicistes de la � vie � des mots qui pr�valent � l��poque. Br�al ne consid�rait pas la langue comme un syst�me (particuli�rement au niveau du mot, o� il se place uniquement), et la s�mantique ne pouvait �tre que l��tude d�un � vaste catalogue �.</p><p>La s�mantique</p><p>structurale</p><p>L�enseignement de F. de Saussure*</p><p>aura pour cons�quence � long terme de bouleverser la conception de la s�mantique issue de la th�se de Br�al.</p><p>D�une part, la langue �tant d�sormais d�finie comme un syst�me, il s�agira de d�crire ou de postuler des syst�mes s�-</p><p>mantiques ; d�autre part, la linguistique devant s��tablir exclusivement sur le terrain de la langue (par opposition � la parole), la prise en compte du contexte extralinguistique, pr�n�e et pratiqu�e par Br�al, sera exclue de la recherche s�mantique.</p><p>� c�t� de cette premi�re r�duc-</p><p>tion, qui laisse cependant place � une s�mantique structurale, une deuxi�me attitude a consist� � nier toute possibilit� de construire une s�mantique linguistique. Pour l��cole am�ricaine de L. Bloomfield*, la linguistique, science descriptive, doit s�interdire toute incur-</p><p>sion dans le domaine du sens. Une s�-</p><p>mantique scientifique, c�est-�-dire une science des significations, ne saurait se fonder hors d�une psychologie scientifique (ni ant�rieurement � elle). � ce titre, Bloomfield renvoie l��tude de la signification :</p><p>1o � la neuropsychologie, c�est-�-dire, � son �poque, au b�haviorisme am�-</p><p>ricain (le sens d�un �nonc�, c�est � la situation dans laquelle le locuteur �met cet �nonc� ainsi que le comportement-r�ponse que cet �nonc� provoque chez l�auditeur �) ;</p><p>2o aux sciences et aux techniques (la signification de pomme peut �tre donn�e par la formule � un fruit qui... � pour le botaniste et non pour le linguiste).</p><p>Cette exclusion du sens hors du</p><p>domaine de la linguistique explique le caract�re tardif d�une s�mantique linguistique am�ricaine. En Europe, au contraire, l�enseignement de Saussure peut engager � la naissance d�une s�mantique structurale. La lexicologie structurale, �tudiant le mot en tant que signe, aura beaucoup plus d�aisance � se couler dans le mod�le de Saussure.</p><p>Cependant, travaillant sur les signifi�s et eux seuls (c�est-�-dire sur une seule des composantes du signe de Saussure), la s�mantique structurale ne peut exploiter la th�orie saussurienne de la valeur comme �manant de l�� union d�un signifi� et d�un signifiant �. Cela explique sans doute que la linguistique structurale europ�enne ait moins d�velopp� les recherches s�mantiques que les recherches lexicologiques.</p><p>La notion de champ s�mantique,</p><p>par exemple, est mise avant tout au service de la lexicologie. D�terminer un champ s�mantique, c�est chercher � d�gager la structure d�un domaine donn� de significations. En g�n�ral, les champs s�mantiques partent d�un domaine conceptuel (l�habitation, les relations de parent�, la vie politique, etc.), et le lexicologue cherche � �laborer les proc�dures proprement linguistiques permettant la mise en �vidence des relations entre les termes retenus comme relevant du domaine conceptuel consid�r�.</p><p>La r�serve essentielle qu�on puisse</p><p>faire � ce type d��tude est son caract�re appauvrissant � l��gard de la s�mantique : les proc�dures de la lexicologie appliqu�es au champ s�mantique ne permettent d��tudier que la d�signation d�une unit� dans un certain syst�me (c�est-�-dire la relation entre le signe et une r�alit� extralinguistique donn�e) ; elles imposent qu�on n�glige la polys�-</p><p>mie, essentielle au lexique (c�est-�-dire la propri�t�, partag�e par une grande partie des mots, d�avoir plusieurs sens).</p><p>L�analyse s�mique de Bernard</p><p>Pottier se voudrait fondatrice d�une s�mantique structurale. � cet effet, Pottier calque les unit�s de l�analyse s�mique sur celles de l�analyse phonologique*. Le s�me sera le trait minimal de signification, non susceptible d�une r�alisation autonome et manifest� uniquement en combinaison avec d�autres s�mes (c�est donc l��quivalent s�mantique du trait pertinent en phonologie). Le s�m�me sera l�ensemble downloadModeText.vue.download 64 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10019</p><p>de s�mes, le faisceau s�mique r�sultant d�une combinaison de s�mes (c�est donc l��quivalent s�mantique du phon�me en phonologie). Enfin, l�archis�-</p><p>m�me sera l�ensemble des traits pertinents communs � deux ou � plusieurs s�m�mes en cas de neutralisation des s�mes en opposition. Par ailleurs, le lex�me est le correspondant formel du s�m�me.</p><p>On peut donner, pour illustrer cette terminologie, l�exemple des si�ges.</p><p>Les s�m�mes de chaise et de fauteuil poss�dent en commun les s�mes (not�s ici S1, S2... Sn) :</p><p>S1</p><p>(avec dossier)</p><p>S2</p><p>(sur pieds)</p><p>S3</p><p>(pour une seule personne) S4</p><p>(pour s�asseoir)</p><p>� le s�m�me de chaise</p><p>sera : (S1 + S2 + S3 + S4) ;</p><p>� le s�m�me de fauteuil sera :</p><p>(S1 + S2 + S3 + S4 + S5) (o� S5 = avec bras).</p><p>La s�mantique structurale d�Algirdas J. Greimas emprunte en bonne partie sa terminologie � cette th�orie.</p><p>Le syst�me de Greimas est toutefois moins m�caniste et postule que la signification pr�suppose l�existence de la relation ; c�est l�apparition de la relation entre les termes qui est la condition n�cessaire de la signification.</p><p>Par ailleurs, la s�mantique structurale de Greimas joue un r�le important dans la s�miotique litt�raire en voie de constitution.</p><p>S�mantique et</p><p>grammaire g�n�rative</p><p>Les recherches pr�c�demment �vo-</p><p>qu�es se r�clamaient du structuralisme linguistique. Elles travaillent sur les unit�s imm�diatement observables, telles que le mot ou l�unit� de signification (mot, mot compos�, groupe de mots � valeur s�mantique globale).</p><p>En revanche, la s�mantique contemporaine doit tenir compte de l�horizon conceptuel de la grammaire g�n�rative*. Dans ce domaine, l�apport essentiel de N. Chomsky* est la distinction qu�il �tablit entre structure de surface et structure profonde. Le postulat est que toute phrase r�alis�e comporte au moins deux structures : la structure de surface, organisation syntaxique de la phrase telle qu�elle se pr�sente, et la structure profonde, organisation (souvent tr�s diff�rente) de cette phrase � un niveau plus abstrait, avant que soient appliqu�es certaines op�rations qui font passer � la structure de surface.</p><p>Si l�on tient compte de cet apport conceptuel qu�est l�opposition entre niveau superficiel et niveau profond, toutes les s�mantiques que nous allons</p><p>d�sormais envisager sont redevables au chomskysme.</p><p>La s�mantique</p><p>interpr�tative</p><p>Toutefois, une seule tentative s�mantique s�inscrit directement dans le cadre du mod�le g�n�ratif transformationnel tel que le propose Chomsky : la s�mantique interpr�tative, dont les auteurs principaux sont Jerrold J. Katz, Jerry A. Fodor et Paul M. Postal.</p><p>Cette s�mantique constitue un com-pl�ment inattendu � la grammaire de Chomsky, dont l�objectif initial �tait la mise au point d�une � th�orie compl�tement non s�mantique de la structure grammaticale �. La pression de la critique a toutefois amen� Chomsky � modifier partiellement ce point de vue d�origine, assez proche des postulats de Bloomfield cit�s plus haut.</p><p>En fait, Chomsky d�couvre vite que, pour caract�riser toute la comp�tence linguistique du locuteur-auditeur, une grammaire doit comprendre des r�gles s�mantiques.</p><p>Cependant, le chomskysme n�aban-</p><p>donne pas le postulat du caract�re central de la syntaxe : la composante s�mantique (c�est-�-dire le m�canisme grammatical qui sera charg� d�assigner un ou plusieurs sens aux �nonc�s) sera une composante interpr�tative, c�est-�-dire qu�elle n�engendrera pas de structure, mais ne fera qu�assigner des traits (s�mantiques) � une structure qui lui sera fournie. La figure 1 ci-dessous situe la composante s�mantique, en indiquant le trajet menant du symbole &#x3A3; (symbole abstrait d�signant tous les actes de langage susceptibles d��tre engendr�s par le m�canisme grammatical) � toutes les phrases grammaticales de la langue consid�r�e.</p><p>La figure 1 indique au centre les deux sous-composantes constituant la syntaxe. Les deux composantes lat�rales sont interpr�tatives : la composante s�-</p><p>mantique interpr�te les donn�es qui lui sont fournies par la sous-composante de base, tandis que la composante phonologique interpr�te les donn�es qui lui sont fournies par la sous-composante</p><p>transformationnelle.</p><p>La composante s�mantique op�re</p><p>sur des cha�nes de formants pourvues de leur structure : les formants sont les unit�s (abstraites) susceptibles de figurer dans les suites terminales g�n�r�es par la composante de base ; la structure, c�est l�indicateur syntagmatique, ou � arbre � obtenu � partir du symbole abstrait &#x3A3; (ou, par commodit�, P) par application des r�gles de r��criture.</p><p>L�exemple de la fig. 2 fera mieux comprendre ce que sont ces donn�es.</p><p>La composante s�mantique com-</p><p>porte deux types d�outils : un dictionnaire et des r�gles de projection.</p><p>Le dictionnaire pr�sente les uni-t�s lexicales sous la forme donn�e en fig. 3. Ce sch�ma pr�sente, sous l�en-tr�e lexicale (ici le mot canard) :</p><p>� sans parenth�ses : les cat�gories grammaticales (par exemple N pour nom, Adj pour adjectif, M pour masculin, etc.) ;</p><p>� entre parenth�ses : les cat�gories ou traits s�mantiques (� peu pr�s �quivalant aux s�mes de B. Pottier) ;</p><p>� entre crochets : les diff�renciateurs s�mantiques (c�est-�-dire tout ce que la signification a d�idiosyncrasique, de non r�ductible � des cat�gories descriptives suffisamment r�currentes dans les unit�s lexicales de la langue analys�e).</p><p>Toutefois ce premier sch�ma traiterait comme lexicalement ambigu�s ou anormales certaines phrases dans les-downloadModeText.vue.download 65 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10020</p><p>quelles aucune ambigu�t� ou anomalie n�est normalement per�ue et interdirait, en revanche, de rendre compte de certaines parent�s dans l�ambigu�t�.</p><p>Par exemple, il faudra rendre compte de la possibilit� d�interpr�ter s�mantiquement � l�aile du canard � selon les sens 3 et 5 exclusivement, et de la possibilit� d�interpr�ter � il mange un canard � selon les sens 5 et 6</p><p>exclusivement.</p><p>Pour ce faire, il faut r��crire l�article en faisant passer plusieurs informations, pr�c�demment affect�es aux diff�renciateurs, dans les cat�gories s�mantiques (fig. 4).</p><p>Aux �tiquettes des cat�gories et des diff�renciateurs s�ajoutent des restrictions s�lectives, proc�d� permettant de pr�ciser les conditions n�cessaires et suffisantes d�une combinaison s�mantique acceptable entre unit�s lexicales.</p><p>Cette information consiste � indiquer une ou plusieurs cat�gories s�mantiques dont la pr�sence est n�cessaire pour qu�il puisse y avoir amalgame s�mantique.</p><p>Par exemple, honn�te aura une</p><p>branche :</p><p>HONN�TE 7 Adj 7 (�valuatif) 7</p><p>(moral) 7 [innocent de relations sexuelles illicites] 7 &lt; (humain) et (femelle) &gt;</p><p>Ce qui se lira : une occurrence d�honn�te peut recevoir cette interpr�tation s�mantique quand le substantif modifi� a une branche contenant les cat�gories s�mantiques (humain) et (femelle).</p><p>Les r�gles de projection sont les r�gles permettant la concordance entre les donn�es de la sous-composante de base (cha�ne de formants pourvue de sa structure) et le dictionnaire s�mantique.</p><p>Ces r�gles assurent l�amalgame</p><p>s�mantique en remontant vers le haut de l�indicateur syntagmatique, c�est-</p><p>�-dire en �tudiant les combinaisons s�mantiques possibles entre les constituants des niveaux les plus bas et en s��levant de niveau en niveau jusqu�au dernier amalgame, celui de SN et SV.</p><p>Ainsi, dans le gar�on frappe le ballon, dont la structure est donn�e plus haut, les r�gles de projection �tudie-ront d�abord la compatibilit� entre le formant [Prst] et le formant [frapp-], puis entre le formant [le] et le formant [ballon], car les �tiquettes de ces deux groupes de formants sont situ�es au niveau le plus bas. Ensuite seront</p><p>�tudi�es les possibilit�s d�amalgame du niveau imm�diatement sup�rieur : entre [le] et [gar�on], entre ([Prst] +</p><p>[frapp-]) et ([le] + [ballon]), etc.</p><p>Le groupe le ballon sera interpr�t� s�mantiquement, le groupe frappe le ballon �galement, mais non pas gar�on frappe ni frappe-le, qui ne sont pas des constituants.</p><p>Les r�gles d�inclusion de cat�gorie compl�tent l�appareil des r�gles d�interpr�tation s�mantique. Le dictionnaire s�mantique devra recevoir une forme �conomique et ne pourra donc indiquer de fa�on exhaustive toutes les cat�gories s�mantiques d�une unit� lexicale. Ainsi, ayant � d�finir carpe, tout dictionnaire commencera la d�finition par poisson (qui...), renvoyant � la cat�gorie poisson, plus englobante, �conomisant des renseignements du type � la carpe est un vert�br� �. Il serait fastidieux de trouver toute la d�finition des animaux, suivie de toute la d�finition des poissons, lorsqu�il s�agit de d�finir carpe, brochet, gardon, etc. Il en ira de m�me du dictionnaire s�mantique.</p><p>La s�mantique</p><p>g�n�rative</p><p>La grammaire de Chomsky a �t� �galement l�occasion d�une th�orie s�mantique qui la conteste et va, dans ses derniers d�veloppements, jusqu�� la nier : la s�mantique g�n�rative, dont les principaux auteurs sont George Lakoff et James D. McCawley.</p><p>Cette th�orie part de la constatation des limites descriptives de la s�mantique interpr�tative. De nombreux faits empiriques ne peuvent trouver place dans le mod�le de Katz, de Fodor et de Postal. Aussi les s�manticiens g�n�ratifs proposent-ils successivement diverses corrections. Le niveau syntaxique profond est supprim� : la sous-composante de base dispara�t.</p><p>D�autre part, le caract�re interpr�tatif de la s�mantique est refus� : la structure profonde est s�mantique ; la composante s�mantique dispara�t ainsi � son tour. Enfin, le seul type de r�gles conserv� �tant les r�gles transformationnelles, c�est la sous-composante</p><p>transformationnelle en tant qu�entit� ind�pendante qui dispara�t. La s�mantique g�n�rative, de critique en critique, d�molit ainsi tout l��difice de la grammaire de Chomsky, en commen-</p><p>�ant par contester le postulat de la cen-tralit� de la syntaxe et en finissant par refuser toute distinction entre r�gles de r��criture, r�gles transformationnelles et r�gles d�interpr�tation.</p><p>L�apport positif de la s�mantique g�n�rative est double.</p><p>1. Elle d�finit les r�gles de la grammaire comme des contraintes de d�rivation sur les indicateurs syntagmatiques successifs. Ces contraintes de d�rivation indiquent, pour toute �tape de la g�n�ration d�une phrase, les conditions de bonne formation. Les d�-</p><p>rivations (c�est-�-dire le passage d�une structure � plus profonde � � une structure � plus superficielle �) sont r�gies par des contraintes d�rivationnelles locales, concernant la relation entre deux indicateurs syntagmatiques successifs, et par des contraintes d�rivationnelles globales, telles que, par exemple, l�ordre d�application des r�gles.</p><p>2. Elle est soucieuse de relier forme grammaticale et forme logique des phrases. Pour G. Lakoff, � les r�gles de grammaire qui g�n�rent les phrases grammaticales de l�anglais, �liminant les phrases agrammaticales, ne sont pas distinctes des r�gles qui relient les formes de surface des phrases anglaises � leurs formes logiques correspondantes �. La logique naturelle sur laquelle veut s�appuyer la s�mantique g�n�rative devra donc exprimer sans ambigu�t� tous les concepts expri-mables dans le langage naturel.</p><p>La s�mantique g�n�rative est ainsi amen�e � rechercher des postulats de sens ant�rieurs � l�apparition des unit�s lexicales. Par exemple, persuader (de) sera trait� en s�mantique g�n�rative comme une unit� complexe comportant au moins les pr�dicats faire (=</p><p>causer), arriver (= se produire), avoir l�intention (de), pr�dicats ayant pour arguments, �ventuellement, un actant (dans la figure 5, x, y, z) et toujours un &#x3A3; repr�sentant la partie droite de la d�composition logique. Ainsi, x a</p><p>persuad� y de frapper z sera repr�sent� par le sch�ma donn� en fig. 5.</p><p>On pourrait lire comme suit la</p><p>figure 5 :</p><p>&#x3A3;1 = x fait &#x3A3;2</p><p>&#x3A3;2 = il arrive &#x3A3;3</p><p>&#x3A3;3 = y a l�intention de &#x3A3;4</p><p>&#x3A3;4 = y frappe z</p><p>et donc : x fait qu�il arrive que y a l�intention que y frappe z.</p><p>La s�mantique</p><p>sovi�tique</p><p>Bien qu�ils travaillent � partir de bases th�oriques diff�rentes, les s�manticiens sovi�tiques arrivent � des projets assez downloadModeText.vue.download 66 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10021</p><p>proches de ceux de la s�mantique g�n�-</p><p>rative. Leur objectif est de d�composer la relation entre expression et contenu en relations partielles relativement simples, la langue �tant consid�r�e comme une s�rie de codes superpos�s.</p><p>� partir du distributionnalisme, Iouri D. Apresjan d�veloppe une th�orie des fonctions lexicales : une fonction lexicale est la relation de sens entre un mot cl� Co et d�autres mots Ci. Pour qu�il y ait fonction lexicale, il faut que cette relation s�mantique intervienne entre de nombreux mots cl�s et de nombreux mots Ci de la langue consid�r�e. Par exemple, il y aura fonction lexicale Centr. (relation marquant le point culminant) entre gloire et comble, entre crise et noeud, entre ville et centre, etc.</p><p>La consid�ration de ces fonctions lexicales est essentielle au compte rendu de la g�n�ration des phrases comme succession int�grale de degr�s.</p><p>I. Meltchouk et A. Jolkovski �laborent un mod�le sens 7 texte int�-</p><p>grant la probl�matique des fonctions lexicales. Ils d�finissent la langue comme � un m�canisme traduisant le</p><p>sens en texte �. La question fondamentale n�est plus celle de la grammati-calit� d�un �nonc� (� est-ce que cela se dit ? �), mais celle de l�expression d�un sens. Le niveau de repr�sentation initial est dit � inscription de sens � : c�est la repr�sentation en pens�e d�une situation extralinguistique. L�objectif de la s�mantique sovi�tique est de faire correspondre � une inscription de sens donn�e tous les �nonc�s qui peuvent la r�aliser en texte. Le m�canisme g�n�-</p><p>rateur est appel� synth�se s�mantique.</p><p>L. G.</p><p>F G�n�rative (grammaire) / Langue / Lexique /</p><p>Linguistique / Phonologie / S�miotique / Structuralisme / Traduction.</p><p>M. Br�al, Essai de s�mantique (Hachette, 1897 ; 4e �d., 1908). / F. de Saussure, Cours de linguistique g�n�rale (Payot, Lausanne, 1916 ; nouv. �d., 1970). / I. I. Revzin, les Mod�les linguistiques (en russe, Moscou, 1962 ; trad. fr., Dunod, 1968). / J. H. Greenberg (sous la dir.</p><p>de), Universals of Language (Cambridge, Mass., 1963). / B. Pottier, Recherches sur l�analyse s�mantique en linguistique et en traduction m�canique (Fac. des Lettres, Nancy, 1963) ; la Linguistique g�n�rale, th�orie et description (Klincksieck, 1974). / J. A. Fodor et J. J. Katz (sous la dir. de), The Structure of Language.</p><p>Readings in the Philosophy of Language (Englewood Cliffs, N. J., 1964). / J. J. Katz et P. M. Postal, An Integrated Theory of Linguistic Description (Cambridge, Mass., 1964). /</p><p>I. A. Meltchouk, Analyse syntaxique automatique (en russe, Novossibirsk, 1964). / A. J. Greimas, S�mantique structurale (Larousse, 1966) ; Du sens (�d. du Seuil, 1970). / J. J. Katz, The Philosophy of Language (New York, 1966 ; trad.</p><p>fr. la Philosophie du langage, Payot, 1971) ; Semantic Theory (New York, 1972). / T. Todo-rov (sous la dir. de), Recherches s�mantiques, num�ro sp�cial de Langages (Larousse, 1966).</p><p>/ J. D. Apresjan, Recherche exp�rimentale sur la s�mantique du verbe russe (en russe, Moscou, 1967). / G. Lakoff, Irregularity in Syntax (New York, 1970). / D. D. Steinberg et L. A. Jakobovits (sous la dir. de), Semantics. An Interdisciplinary Reader in Philosophy, Linguistics and Psycho-logy (Cambridge, 1971). / F. Dubois-Charlier et M. Galmiche (sous la dir. de), la S�mantique g�n�rative, num�ro sp�cial de Langages (Larousse, 1972). / M. Galmiche, la S�mantique g�n�rative (Larousse, 1975).</p><p>semence</p><p>Graine, fruit ou toute partie de plante qui, s�par�e du pied qui l�a engendr�e, renferme des graines, permettant d�obtenir une nouvelle g�n�ration. Par extension, tout autre fragment v�g�tal capable de reproduire l�esp�ce.</p><p>Nature des semences</p><p>Le plus souvent, ce sont des graines qui sont ainsi dispers�es par la nature ou l�Homme : le Pois, le Haricot, la Moutarde, les Lentilles... Elles sont pourvues d�un t�gument imperm�able, de r�serves et d�un embryon � l��tat de vie ralentie et permettent au v�g�tal de se reproduire en germant lorsque les conditions lui sont devenues favorables.</p><p>Parfois, cette fonction est assur�e par un fruit sec monosperme dont la graine est adh�rente au fruit (caryo-pose des Graminac�es) : c�est le p�ri-carpe jaune qui donne son aspect dor� au grain de Bl� m�r. Ailleurs, c�est � la fois plusieurs graines ou fruits qui sont s�par�s de la plante. Chez la Betterave, par exemple, on trouve des groupes d�ak�nes envelopp�s de pi�ces p�rian-thaires dess�ch�es.</p><p>Souvent, la diss�mination naturelle peut se faire � partir de portions d�organes ou d�organes entiers, voire de plantes qui sont capables de propager le v�g�tal ; on parlera alors de diaspores ; chez certaines Crucif�res (le Radis par exemple), le fruit se casse en articles contenant une graine entour�e d�une partie de la silique. La Luzerne (L�gumineuses) poss�de des gousses spiral�es qui se d�tachent � maturit� ; les graines contenues � l�int�rieur germent sans que le fruit se soit pr�alablement ouvert, et plusieurs embryons peuvent s�y d�velopper en m�me temps. Chez le Tilleul, c�est une inflorescence pau-ciflore qui est dispers�e avec un petit rameau muni d�une aile qui ralentit sa chute. On observe chez la Bardane la s�paration d�inflorescences denses pourvues de bract�es crochues ; ces derni�res s�agrippent aux animaux, qui assurent ainsi leur transport assez loin de la plante m�re. Enfin, la Rose de J�richo est arrach�e enti�re par le vent sec du d�sert et se resserre sur elle-</p><p>m�me ; lorsque le degr� hygrom�trique de l�air est �lev�, elle s�ouvre, lib�rant les graines qui y sont enferm�es.</p><p>Commun�ment, on �tend m�me le</p><p>terme de semence � des organes v�g�-</p><p>tatifs, tels les tubercules de Pomme de terre, qui sont plant�s pour redonner de nouveaux pieds : on parle alors, pour d�signer ces tubercules, de � semences de Pomme de terre �.</p><p>Proc�d�s de</p><p>diss�mination</p><p>Les graines, les fruits et les diaspores sont dispers�s � partir de la plante m�re par diff�rents proc�d�s, qui sont tr�s proches de ceux que l�on observe lors de la pollinisation ; outre la gravitation, qui fait tomber les graines lourdes au pied du v�g�tal qui les a produites (glands du Ch�ne, faines du H�tre...), on peut citer le vent, l�eau, les animaux et l�Homme comme agents de</p><p>dispersion.</p><p>De nombreux v�g�taux poss�dent</p><p>des m�canismes autonomes de dis-</p><p>s�mination. Plusieurs Papilionac�es (Gen�t par exemple) ont des gousses qui s�ouvrent et se tordent en lib�rant les graines (suivant l��tat hygrom�-</p><p>trique de l�air). La capsule de la Balsa-mine, gonfl�e par la turgescence, �clate en projetant les graines au moindre choc. Chez Ecballium, c�est le fruit qui se d�tache brusquement, m� par r�action gr�ce au jet des graines qui sont lanc�es � plusieurs m�tres. Hura cre-pitans (Euphorbiac�es) porte un fruit explosif de m�me type, capable, dit-on, de briser une vitre.</p><p>Le vent</p><p>Le vent a d�autant plus d�efficacit� dans la dispersion que les semences et diaspores sont munies d�un dispositif augmentant leur surface : appendices ail�s ou plumeux. C�est une aile pour la graine de Paulownia et celle de Pin ; chez l�Orme, c�est le fruit qui est ail� (samare), et, chez l��rable, on remarque des disamares l� o� les fruits sont group�s par deux. L�aile de la diaspore du Tilleul offre une prise au vent suffisante pour �carter les semences du pied de l�arbre.</p><p>De nombreux v�g�taux produisent des graines plumeuses enti�rement recouvertes de poils : Laurier rose (Apocynac�es), Vincetoxicum (Ascl�-</p><p>piadac�es), �pilobes, Saules, Peupliers, Tamaris... Certains de ces poils sont de deux � trois fois plus longs que la graine ; ceux du Coton (Malva-c�es) constituent une part importante de la mati�re premi�re des industries textiles. Parfois, les fruits ne portent qu�une aigrette : Bleuet, Chardons (Carduus, dont les poils sont simples ; Cirsium, dont les poils sont plumeux), Pissenlit, o� l�aigrette est port�e par un p�doncule, Beno�tes, Cl�matites, o� l�aigrette est remplac�e par un long fouet plumeux ; celui-ci atteint plus de 20 cm de long chez Stipa pennata (Graminac�es).</p><p>Enfin, des esp�ces d�Orchid�es, par exemple, poss�dent des graines nombreuses d�pourvues de r�serves et r�duites � un embryon tr�s peu d�velopp� ; cette structure rend ces graines tr�s l�g�res, tr�s t�nues, et, telles de fines poussi�res, elles restent longtemps en suspension dans l�atmosph�re avant de retomber au sol, favorisant ainsi leur diss�mination a�rienne.</p><p>Le vent joue donc un r�le important dans la dispersion de toutes les semences en les poussant loin de leur lieu d�origine. Il semble que certaines �les aient �t� peupl�es en partie par le vent ; sur 439 esp�ces recens�es aux A�ores et communes avec le continent, 45</p><p>poss�dent des semences pourvues de dispositifs permettant le vol, 84 portent des glumes qui offrent �galement une prise importante au vent, enfin 64 ont des graines tr�s t�nues.</p><p>L�eau</p><p>L�eau est le moyen naturel de dispersion chez les v�g�taux aquatiques : les capsules de Nymph�ac�es flottent longtemps gr�ce � leurs lacunes a�ri-f�res. Mais des v�g�taux terrestres peuvent aussi b�n�ficier de ce mode de dispersion. Des �les du Pacifique ont d� recevoir ainsi des fruits de Palmier ; le peuplement se fait alors � partir de la c�te.</p><p>Les animaux</p><p>Les animaux sont, pour certaines esp�ces v�g�tales (zoochores), des agents de transport tr�s efficaces. Ce sont surtout les Mammif�res et les Oiseaux qui retiennent les fruits ou les graines munis de crochets (Compos�es, Ombellif�res). C�est parfois tout un capitule qui est fix� par ses bract�es crochues : Harpagophyton (Scrofulariac�es). Des fruits charnus, baies de Gen�vrier ou de Gui par exemple, sont consomm�s par des Oiseaux, et les graines sont rejet�es apr�s transit intestinal. Si l�animal est un bon voilier, le transport peut �tre de plusieurs downloadModeText.vue.download 67 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10022</p><p>centaines de kilom�tres. Les Oiseaux de mer sont ainsi rendus responsables d�une partie du peuplement v�g�tal des �les Juan Fern�ndez. Les pattes des Oiseaux qui ont pi�tin� dans la terre et la boue peuvent aussi emporter de nombreuses semences, de plantes aquatiques en particulier.</p><p>Enfin, m�me les Insectes peuvent effectuer des diss�minations : les Fourmis, par exemple, sont attir�es par les graines huileuses de Violette ou de Muscari, qu�elles amassent comme r�serves alimentaires.</p><p>L�Homme</p><p>D�s le d�but de la r�volution agricole au N�olithique, l�Homme a entrepris de choisir certaines plantes, de favoriser leur reproduction aux d�pens des autres et les a cultiv�es en diff�rentes parties du monde, modifiant ainsi leur r�partition naturelle. En Europe, maintes esp�ces sont d�origine asiatique (Inde, Moyen-Orient, pied de l�Him&#x101;laya, Chine...) ou am�ricaine (Andes, Mexique...).</p><p>Des v�g�taux ornementaux ont �t�, de la m�me fa�on, acclimat�s en divers lieux, et, accidentellement, des esp�ces sauvages ont �t� import�es dans les bagages de l�Homme : �lod�e du Canada... Certaines esp�ces �chapp�es des cultures ou introduites fortuitement</p><p>se sont si bien fix�es qu�elles modifient compl�tement le paysage : Opuntia, Agaves des c�tes m�diterran�ennes.</p><p>J.-M. T. et F. T.</p><p>S�lection des semences</p><p>L�utilisation de semences de qualit� connue et clairement d�finie est devenue un facteur important de la productivit� agricole. Pendant tr�s longtemps, l�agriculteur a �t� producteur de ses semences. La sp�cialisation de cette production a �t� pr�coce pour des cultures de qualit�, � reproduction surtout v�g�tative (fleurs � bulbes, ou ca�eux, plants d�arbres ou de Vigne), mais r�cente pour les graines. La capacit� de production d�une semence est li�e � la fois � son patrimoine g�n�-</p><p>tique et � sa valeur d�utilisation : aussi le progr�s en semences est-il corr�latif d�un progr�s technique � la fois cause et cons�quence de l�existence de nouvelles semences ainsi que d�une organisation commerciale et d�un contr�le administratif permettant la distribution de semences garanties.</p><p>Que sont les semences ?</p><p>On distingue deux grands types de semences selon leur nature g�n�tique et leur teneur en eau (plus cette teneur est forte, plus faible est l�aptitude � la conservation).</p><p>Les semences � s�ches �, d�une</p><p>teneur en eau de l�ordre de 10 p. 100, sont issues d�une reproduction sexu�e ; ce sont des graines (ovules) ou des fruits (ovaires). Les fruits sont simples (C�r�ales) ou compos�s (Betterave) ; les graines sont v�tues (Orge, Sain-foin) ou nues (Pois, Haricot). Les enveloppes d�une semence s�che sont importantes par leurs r�les dans la protection m�canique contre des chocs et dans la germination (�changes gazeux, absorption d�eau) ; elles contiennent l�embryon et des substances de r�serve.</p><p>Ces derni�res sont surtout des glucides chez les Graminac�es (les deux tiers de la mati�re s�che), des associations protides-lipides chez de nombreuses dicotyl�dones (notamment L�gumineuses et Ol�agineux).</p><p>Les semences � aqueuses � sont des fragments de plantes comprenant un bourgeon (c�est-�-dire un m�rist�me, entour� d��bauches foliaires) et des tissus caulinaires ou racinaires (assises g�n�ratrices qui permettront la formation de racines). Elles sont r�colt�es dans une p�riode de repos v�g�tatif de la plante m�re. Les noeuds sont pr�lev�s soit sur la plante (greffon d�arbres fruitiers, bouturage de Cannes � sucre...), soit sur des organes tub�ris�s (bulbe d�Oignon ou de Tulipe, tubercule de Pomme de terre).</p><p>Ce qu�attend</p><p>l�utilisateur</p><p>L�utilisateur attend des semences qu�il se procure un certain nombre de caract�ristiques. En effet, pour obtenir le meilleur rendement, il faut une certaine quantit� de plantes � l�unit� de surface (de 100 � 400 au m�tre carr� pour le Bl�, de 6 � 12 pour la Betterave ou le Ma�s,...) et une disposition aussi r�guli�re que le permettent les mat�-</p><p>riels de semis ou de plantation et les imp�ratifs d�entretien et de r�colte de la culture. On peut distinguer les caract�res suivants.</p><p>y Un semis commode. Cela concerne surtout les plantes de grande culture, surtout celles qui ont une densit� optimale de peuplement faible (de 3 � 12 plantes au m�tre carr� : Betterave, Chou, Pomme de terre...).</p><p>Pour avoir un bon semis, il faut des graines sans asp�rit�s (n�cessit� d�un polissage), de dimension r�guli�re (n�cessit� d�un calibrage) et de forme r�guli�re, plut�t sph�rique (utilit� de l�enrobage).</p><p>y Une bonne germination. L�agri-</p><p>culteur choisit une densit� de semis ; c�est le pourcentage de lev�e qui donnera le peuplement final. Aussi faut-il que le taux de germination soit �lev� ou, au moins, qu�il soit connu � l�avance. De toute mani�re, � une lev�e inf�rieure � 100 p. 100 correspond un peuplement irr�gulier.</p><p>y Un peuplement homog�ne. Ind�-</p><p>pendamment de l�homog�n�it� du</p><p>lot de semences, il r�sulte � la fois de</p><p>l�unit� des g�notypes et de la dimension des graines.</p><p>y Un bon �tat sanitaire. Les lots de semences ne doivent pas contribuer � transmettre des maladies ni comporter une fraction de semences d�autres esp�ces ou vari�t�s (en particulier de mauvaises herbes).</p><p>R�alisation de</p><p>ces exigences</p><p>La commodit� des semis</p><p>Pour un nombre croissant de semences s�est d�velopp�e toute une technologie de traitement. C�est surtout pour la Betterave* et des cultures mara�ch�res que des progr�s ont �t� r�alis�s. Les principaux types de traitements doivent permettre :</p><p>� l�acquisition, s�il y a lieu, de la monogermie (pour la Betterave, cela a commenc� par �tre r�alis� m�caniquement, avant d��tre obtenu par s�lection de vari�t�s monogermes) ;</p><p>� l�uniformit� de la forme et de la taille ainsi qu�une surface lisse.</p><p>L�enrobage des graines est une technique datant des ann�es 50 ; il r�pond � toutes ces exigences et, de plus, permet d�augmenter la taille de tr�s petites graines (Carotte), rendant possible un semis pr�cis avec des semoirs robustes.</p><p>Les substances enrobantes doivent r�pondre � de nombreuses conditions pour ne pas g�ner la germination de l�embryon : laisser circuler l�air et l�eau ; laisser passer les gemmules et les radicules. On tend, actuellement, � s�en servir comme support pour des oligo-�l�ments, des produits antipara-sitaires ou des substances inactivant des toxiques v�g�taux (d�sherbants par exemple). Plus r�cemment, on a fabriqu� des � films � contenant des capsules biod�gradables o� se trouvent la graine et ces divers adjuvants, y compris des activateurs de germination.</p><p>La bonne germination</p><p>Elle d�pend de nombreux facteurs. La long�vit� est faible pour les semences</p><p>aqueuses (quelques mois), plus grande pour les semences s�ches (en g�n�-</p><p>ral plus d�un an). Ces derni�res sont en effet � l��tat de diapause � pas d��volution morphologique, �changes respiratoires faibles �, tandis que les semences aqueuses continuent leur �volution (le tubercule de Pomme de terre � incube � pendant sa conservation). Cette long�vit� d�pend aussi des conditions de conservation : les meilleures sont une temp�rature basse (inf�rieure � 20 �C) et une humidit� faible (humidit� relative inf�rieure � 80 p. 100). La dormance des semences est �galement un obstacle � la germination, bien qu�elle soit initialement utile pour emp�cher le d�part de v�g�tation avant r�colte. Elle peut �tre d�origine t�gumentaire (imperm�abilit� des enveloppes ou pr�sence de substances inhibitrices) ou embryonnaire ; il existe de multiples techniques pour la lever.</p><p>Actuellement, on exige que le vendeur publie la � facult� germinative �</p><p>d�un lot de semences. C�est le pourcentage de graines germ�es au bout d�un temps donn�. Mais, en fait, elle est difficile � conna�tre ; les tests de laboratoire ont des r�sultats variables selon les m�thodes (solutions utilis�es, �clairement, temp�rature) et ne peuvent pr�tendre reproduire la variabilit� des conditions au champ. Cette valeur fournit cependant une certaine indication � l�utilisateur.</p><p>L�homog�n�it� du peuplement</p><p>C�est l�aspect le plus complexe, � cause des diff�rentes acceptions de l�expression.</p><p>Il s�agit tout d�abord de l�homog�-</p><p>n�it� des g�notypes. Elle est li�e � la nature de la vari�t� utilis�e. L�unit� est quasi totale si l�on a un � clone �</p><p>(semences issues d�un m�me individu par multiplication v�g�tative : arbres fruitiers en g�n�ral, Pomme de terre, Fraisier...), une � lign�e pure �, obtenue par autof�condation : c�est la r�gle pour les plantes autogames (Bl�) ou des hybrides simples de lign�es pures (hybrides simples de Ma�s). Par contre, tous les individus issus des semences ne sont pas semblables si l�on a des plantes � reproduction sexu�e allogame (Betterave, nombreuses Graminac�es</p><p>fourrag�res). L�identification d�un lot de semences est facile au niveau de downloadModeText.vue.download 68 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10023</p><p>l�esp�ce, souvent difficile pour des vari�t�s : une observation en culture est alors n�cessaire.</p><p>La pr�sence d�autres semences que celles de la vari�t� concern�e caract�-</p><p>rise la � puret� vari�tale � ; pour les semences �trang�res � l�esp�ce, on parle de la � puret� sp�cifique �. Ces exigences d�pendent des propri�t�s biologiques de la plante et des conditions de production de la semence. Le produit arithm�tique (puret� � facult� germinative) d�finit la valeur culturale du lot de semences.</p><p>L�homog�n�it� du peuplement d�-</p><p>pend �galement de l��nergie germinative, c�est-�-dire de la vitesse de lev�e.</p><p>Cette �nergie est tr�s variable, jusqu�� pouvoir poser des probl�mes de succession de culture � cause de lev�es tardives (Colza).</p><p>Enfin, il peut y avoir des diff�rences de vigueur entre plantes. Ce peut �tre une question d�h�t�rog�n�it� g�n�-</p><p>tique, mais la taille des graines peut �tre �galement en cause : les grosses graines ont davantage de r�serves, et les cotyl�dons, qui sont alors plus grands, sont souvent la premi�re surface photo-assimilatrice.</p><p>�tat sanitaire</p><p>Les diverses affections peuvent se transmettre de la plante m�re aux semences. C�est surtout pour les semences aqueuses que le risque existe, en particulier pour la transmission de viroses : il faut alors un contr�le de la production des semences, car la lutte curative est exclue.</p><p>Mais les enveloppes des semences s�ches peuvent �galement �tre atteintes par des maladies myc�liennes : Champignons (caries et charbon des c�-</p><p>r�ales). Les traitements des semences sont efficaces dans ce dernier cas ainsi</p><p>que pour lutter contre les nombreux ennemis des semis ; ils sont r�alis�s par poudrage � la ferme, mais souvent, �galement, lors de la constitution d�un lot de semences.</p><p>Organisation et contr�le</p><p>de la production</p><p>Pour qu�un lot constitue une vari�t�, il doit r�pondre � des crit�res :</p><p>� d�identit�, qui permet de distinguer cette vari�t� ;</p><p>� d�homog�n�it�, qui d�finit la ressemblance entre les individus ;</p><p>� de stabilit�, qui caract�rise le maintien des caract�res � travers les g�n�rations de multiplication.</p><p>Depuis 1932, un Catalogue officiel des esp�ces et vari�t�s cultiv�es en France fixe la liste des vari�t�s dont les semences peuvent �tre commercialis�es (s�y ajoute, depuis 1972, un catalogue europ�en). Pour faire inscrire une vari�t�, l�obtenteur introduit une demande aupr�s du Comit� technique permanent de la s�lection ; l�Institut national de la recherche agronomique effectue alors des exp�rimentations pour �tudier la vari�t� propos�e. En fonction des r�sultats, le ministre de l�Agriculture donne ou non l�homologation. Par ailleurs, chaque ann�e, des vari�t�s sont retir�es de la vente.</p><p>L�obtenteur est responsable du</p><p>maintien de sa vari�t�, qui doit rester conforme � la description donn�e lors de l�inscription. Il peut produire lui-m�me ou faire produire les � semences de base �, qui servent � produire les</p><p>� semences certifi�es � chez des multiplicateurs. Ces derni�res sont utilis�es pour la production v�g�tale. Lorsque la multiplication implique des travaux de laboratoire (lutte contre les viroses par exemple), une organisation plus rigoureuse est n�cessaire (mise en place de centre technique interprofessionnel).</p><p>� cause des risques de croisements, lorsqu�il y a multiplications sexu�es, il peut �tre �tabli r�glementairement une zone de production, entour�e d�une zone franche, o� les cultures pouvant polliniser sont interdites. De m�me, une zone de protection peut �tre instaur�e pour pr�venir l�introduction de parasites.</p><p>Il existe deux conceptions du contr�le. L�une est surtout orient�e sur le contr�le a posteriori, sur la multiplication et r�alis�e par des contr�leurs tr�s nombreux ; l�autre pr�voit un � r�-</p><p>glement de production � qui d�finit les techniques et le nombre de g�n�rations.</p><p>C�est cette derni�re conception qui est adopt�e en France. Le Service officiel de contr�le et de certification, cr�� en 1962, d�livre un certificat ; selon les cas, la vente de semences certifi�es par ce Service est l�gale ou non. Celui-ci a pour mission d��laborer les r�glements techniques, d�organiser l�information des contr�leurs et des techniciens, de contr�ler la production et la commercialisation, de proc�der aux op�rations mat�rielles de la certification. Il est en relation avec divers organismes publics et professionnels charg�s de tester les semences.</p><p>J.-M. T., F. T. et A. F.</p><p>semi-conducteur</p><p>Corps dont le comportement �lectrique, compris entre celui des conducteurs et celui des isolants, est modifi� par les rayonnements tels que la chaleur, la lumi�re, par des champs �lectriques et magn�tiques ainsi que par la nature et la quantit� de certaines impuret�s dispers�es dans ce corps.</p><p>La conduction �lectrique d�un corps est son aptitude � favoriser la circulation des �lectrons. En l�absence de conduction �lectrique et de tout �tat d�excitation les �lectrons ne sont soumis qu�� un mouvement plan�taire autour des noyaux des atomes qui r�unissent les protons.</p><p>Conduction �lectrique et</p><p>structure de la mati�re</p><p>La structure de l�atome* qui d�finit chaque corps simple, c�est-�-dire, d�une mani�re g�n�rale, la mati�re, est d�finie par le nombre Z d��lectrons enveloppant un m�me nombre Z de</p><p>protons nucl�aires. L�atome complet, non excit�, de num�ro ou de nombre atomique Z, est donc �lectriquement neutre. Les orbites �lectroniques sont r�parties en n couches, en 0 � n � 1</p><p>ou l sous-couches et en � 1 � + 1 ou</p><p>m trajectoires individuelles, selon le niveau de l��nergie dont sont dot�s les �lectrons qui gravitent par paire, avec des rotations propres (spin*) oppos�es, sur chacune de ces trajectoires. Les orbites les plus grandes correspondent aux plus hauts niveaux d��nergie.</p><p>Dans la succession des corps simples class�s par ordre croissant de num�ro atomique, les couches se remplissent progressivement � partir des plus bas niveaux ; une couche ne peut commencer � se remplir que lorsque (sauf exception) les couches pr�c�dentes sont compl�tes. Dans l�atome non excit�, tous les �lectrons occupent la trajectoire qu�on appelle leur niveau normal d��nergie. Si un �lectron change de niveau, on dit que l�atome qui le porte est excit�, mais celui-ci reste �lectriquement neutre, car il ne perd pas pour cela la charge n�gative que porte cet �lectron. En revanche, si l��lectron quitte l�atome, ce dernier prend aussit�t la charge positive d�un proton d�-</p><p>sormais en surnombre. Le changement de niveau, qui ne pourrait �tre d� qu�� une action ext�rieure (chaleur, lumi�re, champ magn�tique ou �lectrique, etc.), est n�cessaire � l��lectron qui participe � la conduction �lectrique. D�un niveau au suivant, cet �lectron traverse un espace interm�diaire qui peut �tre franchi mais non occup�. On dit que ce niveau interm�diaire instable est interdit. D�autre part, les �lectrons p�riph�-</p><p>riques d�un atome peuvent entrer en combinaison en couplant leurs trajectoires avec celles d��lectrons p�riph�-</p><p>riques appartenant � des atomes voisins. Sous l�influence de ce couplage, les niveaux d��nergie se d�doublent et se multiplient en formant des bandes d��nergie. Ainsi occup�es par les �lectrons qui assurent la structure cristalline de certains corps, ces bandes d��nergie sont appel�es bandes de valence. Au-del� de la bande de valence de chaque atome existe enfin, potentiellement d�abord, une bande dite de conduction, que doivent occuper, apr�s avoir franchi une derni�re bande interdite, les �lectrons qui vont circuler en formant le courant �lectrique.</p><p>Trois sp�cialistes</p><p>des semi-conducteurs</p><p>John Bardeen (Madison, Wisconsin, 1908), Walter Houser Brattain (Xiamen</p><p>[Amoy], Chine, 1902) et William Bradford Shockley (Londres 1910), ing�nieurs et physiciens am�ricains. Ils ont partag� le prix Nobel de physique en 1956 pour leurs �tudes des semi-conducteurs et la mise au point, en 1948, du transistor � germanium dans les laboratoires de la Compagnie t�l�-</p><p>phonique Bell.</p><p>Semi-conducteur</p><p>intrins�que</p><p>Les corps dont la structure atomique est telle que la bande de conduction est �loign�e de la bande de valence sont des isolants* �lectriques (r�sistivit� sup�rieure � 105 &#x3A9;m par exemple). Les corps dans lesquels la bande de valence recouvre, partiellement au moins, la bande de conduction sont des conducteurs (r�sistivit� inf�rieure � 10� 6 &#x3A9;m par exemple). Entre les conducteurs et les isolants, quelques corps pr�sentent une structure atomique telle que les bandes de valence et de conduction soient tout � la fois assez �loign�es pour qu�au repos les �lectrons p�riph�riques servent � la seule �dification d�une structure cristalline (�lectriquement isolante) et assez proche pour que, sous l�effet d�une excitation (chaleur, lumi�re, champ �lectrique ou magn�tique...), certains �lectrons de valence puissent s��chapper. La mobilit� de ces �lectrons se traduit par un abaissement de la r�sistivit� du cristal (de 1 � 1 000 &#x3A9;m). On appelle conductivit� intrins�que cette propri�t�, que pr�sentent certains corps purs tels que downloadModeText.vue.download 69 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10024</p><p>le germanium et le silicium, tous deux quadrivalents (4 �lectrons de valence).</p><p>On appelle aussi semi-conducteur intrins�que un tel cristal, puisqu�il tire sa semi-conductivit� de sa seule structure interne, homog�ne et r�guli�re.</p><p>Semi-conducteur</p><p>extrins�que</p><p>La plus int�ressante propri�t� d�un semi-conducteur r�side dans le fait que</p><p>sa conductivit� peut �tre suscit�e, en l�absence d�excitation, par injection d�impuret�s (dopage) au sein m�me du cristal. Cette conductivit� extrins�que peut alors se pr�senter sous deux formes.</p><p>y Conductivit� du type N. Si, dans la structure cristalline cubique que peuvent former des atomes situ�s aux sommets de t�tra�dres r�guliers, l�un de ces atomes est quintivalent, quatre des cinq �lectrons de valence de ce dernier sont coupl�s aux atomes quadrivalents voisins � la mani�re m�me dont ceux-ci sont coupl�s entre eux.</p><p>Le cinqui�me �lectron p�riph�rique est donc libre de tout couplage de valence, et son acc�s � la bande de conduction en est facilit�. Pour un dopage suffisant (plus de 1013 atomes/</p><p>cm 3 et jusqu�� 1015 atomes/cm 3</p><p>dans un cristal contenant environ 5 . 1022 atomes/cm3), la conductivit� appara�t � la temp�rature ambiante.</p><p>Sous un champ �lectrique conve-</p><p>nable, les �lectrons en exc�s, que l�on appelle porteurs de charge (n�gatifs), circulent en direction de l��lectrode positive. On appelle donneur le semi-conducteur ainsi form�. On dit aussi qu�il est du type N, car les porteurs de charge, ainsi rendus disponibles, sont n�gatifs. Un cristal de germanium (quadrivalent) ou de silicium (�galement quadrivalent), dop� au phosphore, � l�arsenic ou � l�antimoine (quintivalents), est un semi-conducteur extrins�que du type N.</p><p>y Conductivit� du type P. Si, dans la m�me structure cristalline, un atome d�impuret� est trivalent, l�un des couplages d��lectrons p�riph�riques manque aux liaisons de valence. Or, cette lacune peut �tre combl�e par un �lectron �chapp� d�un atome voisin. Mais cet �lectron manquera � cet atome, et l�on peut dire que tout se passe comme si la lacune s��tait, ellem�me, d�plac�e. On peut aussi consid�rer cette lacune (on dit �galement le trou) comme une charge positive apte � absorber un �lectron. Pour une quantit� suffisante d�impuret�s de ce type, la conductivit� appara�t �galement � la temp�rature ambiante. Sous un champ convenable, les trous, appel�s porteurs de charge (positifs), cir-</p><p>culent, en quelque sorte, en direction de l��lectrode n�gative. On appelle accepteur le semi-conducteur ainsi form�. On dit aussi qu�il est du type P, car les porteurs de charge, rendus disponibles, sont positifs. Un cristal de germanium (quadrivalent) ou de silicium (�galement quadrivalent), dop� � l�aluminium, au gallium ou � l�in-dium (trivalents), est un semi-conducteur extrins�que du type P.</p><p>Dans un semi-conducteur du type N, l�atome d�impuret� qui lib�re son �lectron p�riph�rique en surnombre devient un centre positif fixe, car il est immobilis� par ses liaisons de valence et parce que son noyau contient d�sormais un proton en exc�s. On l�appelle atome donneur. Dans un semi-conducteur du type P, l�atome d�impuret� qui absorbe un �lectron (on dit qu�il lib�re un trou) devient un centre n�gatif fixe, car il est immobilis� par ses liaisons de valence et parce qu�il manque d�sormais un proton � son noyau. On l�appelle atome accepteur.</p><p>Jonction P-N</p><p>On appelle jonction P-N une r�gion de faible �paisseur o�, dans un m�me cristal, une semi-conductivit� du type P</p><p>c�de plus ou moins graduellement la place � une semi-conductivit� du type N. Dans chacune des deux parties, quelques porteurs de charge sont des �lectrons arrach�s, par excitation thermique, aux bandes de valence. D�autres porteurs (positifs) sont les trous laiss�s par les �lectrons qui se sont �chapp�s.</p><p>Ces porteurs, peu nombreux, sont dits minoritaires. Les trous et les �lectrons dus aux atomes d�impuret�, en beaucoup plus grand nombre, sont appel�s majoritaires. La jonction P-N doit ses propri�t�s au comportement simultan� des porteurs majoritaires (mobiles), des porteurs minoritaires (mobiles) et des centres donneurs et accepteurs (fixes).</p><p>Le premier effet d�une telle jonction est une diffusion des �lectrons (porteurs n�gatifs) de la r�gion N vers les trous de la r�gion P et une diffusion des trous (porteurs positifs) de la r�gion P</p><p>vers les �lectrons de la r�gion N. Cette migration, r�ciproque et sym�trique, donne d�abord naissance � un courant dit de diffusion ; mais ce courant ne</p><p>peut subsister, car le signe de la charge des centres fixes form�s d�s le d�part des porteurs s�y oppose. N�gatifs du c�t� P, ces centres fixes repoussent les �lectrons venant de N ; positifs du c�t� N, ils tiennent � distance les �lectrons venant de P. La zone ainsi peupl�e de centres fixes, de polarit�s oppos�es, face � face, est alors vide de porteurs mobiles ; ceux-ci, �lectrons du c�t� N, trous du c�t� P, s�accumulent de part et d�autre de la jonction. On dit que la jonction a form� sa barri�re de potentiel et que cette derni�re est �quilibr�e.</p><p>Polarisation ext�rieure</p><p>d�une jonction P-N</p><p>Un champ �lectrique appliqu� � une jonction P-N rompt l��quilibre de celle-ci, d�abord en modifiant le comportement des porteurs de charge majoritaires, puis en favorisant ou en d�-</p><p>favorisant la conductibilit� �lectrique de l�ensemble.</p><p>y Polarisation inverse. Une �lectrode n�gative appliqu�e � l�extr�mit� de la partie P tend � nourrir cette partie d��lectrons, qui viennent combler des trous en grand nombre et renforcer l�effet de barri�re que les centres fixes, n�gatifs du c�t� P, opposent � la diffusion des �lectrons, porteurs majoritaires de la partie N. D�autre part, l��lectrode positive appliqu�e � l�extr�mit� de la partie N vient absorber des �lectrons en grand nombre et renforcer l�effet de barri�re que les centres fixes, positifs du c�t� N, opposent � la diffusion des trous, porteurs majoritaires de la partie P. Cette double absorption et ce double renforcement de la barri�re de potentiel rendent finalement impossible toute downloadModeText.vue.download 70 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10025</p><p>circulation des porteurs majoritaires des deux signes. Aucun courant d� � ces porteurs ne peut circuler. On dit que la jonction, polaris�e en sens inverse, est bloqu�e. Toutefois, les porteurs minoritaires (trous dans la partie N, �lectrons dans la partie P) sont</p><p>attir�s respectivement et sans obstacle par chacune des deux �lectrodes, et un faible courant appara�t. On l�appelle courant inverse de la jonction.</p><p>Si la diff�rence de potentiel qui cr�e le champ �lectrique vient � cro�tre, le courant inverse augmente, les collisions affectant la structure atomique du r�seau cristallin se font plus fr�-</p><p>quentes, des �lectrons sont arrach�s � la mani�re d�une excitation thermique et des paires �lectron-trou sont cr��es ; or, dans une paire �lectron-trou, l�un des deux est n�cessairement un porteur majoritaire et l�autre un porteur minoritaire (effet Zener), leur nature (signe) d�pendant du type (P ou N) de semi-conducteur. Si le porteur majoritaire est repouss� par la barri�re de potentiel, le porteur minoritaire, de signe n�cessairement oppos�, traverse la jonction. Le courant inverse augmente tr�s rapidement avec la diff�-</p><p>rence de potentiel appliqu�e entre les �lectrodes. Le ph�nom�ne peut devenir cumulatif � la mani�re de l�ionisation d�un gaz (effet d�avalanche).</p><p>Les augmentations rapides de courant ne sont pas destructives si elles n�entra�nent pas d��chauffement exag�r� de la jonction.</p><p>y Polarisation directe. Une �lectrode positive appliqu�e � l�extr�mit� P du cristal att�nue l�effet des centres fixes n�gatifs qui repoussaient les �lectrons porteurs en grand nombre dans la partie N. Si le potentiel positif de cette �lectrode augmente, l�effet de barri�re est annul�, et un flot d��lectrons traverse la jonction. Une �lectrode n�gative appliqu�e � l�extr�mit� N</p><p>att�nue de m�me, puis annule l�effet des centres fixes positifs qui retenaient les trous en grand nombre dans la partie P, et un flot de ces porteurs positifs traverse aussi la jonction.</p><p>Un courant intense, d� � ces porteurs majoritaires des deux signes, circule d�une �lectrode � l�autre. On dit que la jonction, polaris�e dans le sens direct, est passante.</p><p>Conductibilit� unidirectionnelle et applications de la jonction P-N</p><p>La dissym�trie de conductivit� de la jonction P-N fait de cette association de semi-conducteurs le principe de</p><p>base des diodes (dont les redresseurs) et des transistors. Dans le redresseur, c�est la conductibilit� unidirectionnelle de la jonction qui est utilis�e ; dans le transistor, qui comprend deux jonctions successives P-N et N-P ou N-P et P-N sous la forme d�un � sandwich �</p><p>N-P-N ou P-N-P, la polarisation dans le sens direct de l�une des deux jonctions parvient, sous une intensit� de courant relativement faible, � provoquer l�annulation des deux barri�res de potentiel et, par l�, � donner une forte conductivit� aux deux jonctions. Le courant intense qui peut en r�sulter traduit la propri�t� amplificatrice du transistor. D�autres dispositions, telle celle du transistor MOS (M�tal-Oxyde-Silicium), permettent d�agir sur l�intensit� du courant passant entre deux cristaux semi-conducteurs de m�me type au moyen d�une �lectrode m�tallique isol�e par une mince couche d�oxyde.</p><p>D�autres encore, comme celle du transistor unijonction, pr�sentent entre deux �lectrodes une conductance n�gative. Un champ magn�tique, qui mobilise �galement les porteurs de charge, permet aussi de faire varier le courant �lectrique dans un semi-conducteur (effet Hall). Enfin, les caract�ristiques de certains semi-conducteurs extrins�ques peuvent �tre affect�es par la lumi�re ; on r�alise ainsi des photocon-ductances et, avec certaines jonctions, des photodiodes.</p><p>Technologie du</p><p>semi-conducteur</p><p>Le germanium et le silicium industriels sont inutilisables en raison de leur puret� insuffisante (de 10� 3 � 10� 4) et parce que leur structure cristalline est irr�guli�re. Une puret� convenable pour un semi-conducteur intrins�que peut �tre obtenue par le proc�d� dit de fusion de zone, o� le semi-conducteur est liqu�fi� dans un long creuset sous atmosph�re r�ductrice (940 �C pour le germanium, 1 420 �C pour le silicium).</p><p>La zone de fusion est lentement d�plac�e et entra�ne avec elle les impuret�s, qui se concentrent finalement � l�ex-tr�mit� du barreau solidifi�, que l�on coupe. Une cristallisation r�guli�re est obtenue par tirage d�un monocristal appel� germe, qui tourne sur son axe et monte lentement apr�s avoir �t� plong� dans le semi-conducteur purifi� en fu-</p><p>sion. Les jonctions sont obtenues : soit au cours du tirage, par dopage altern� de la masse en fusion, en impuret�s du type P et du type N ; soit par alliage, c�est-�-dire par soudure des �lectrodes avec, par exemple, un apport de m�tal du type P sur un bloc de cristal du type N ou par fusion d�une bille d�in-dium sur une plaquette de germanium ; soit par attaque �lectrolytique et d�p�t des �lectrodes (surface barrier) ; soit par diffusion sous vide (diodes mesa ou planar) ; soit par d�p�t en surface (�pi-taxie), sur un semi-conducteur appel� substrat, d�une couche monocristal-line due au passage d�un flux gazeux contenant un compos� de l�autre type de semi-conducteur.</p><p>J.-C. S.</p><p>F Amplificateur �lectronique / Conducteur /</p><p>Redresseur.</p><p>W. Shockley, Electrons and Holes in Semiconductors (New York, 1950). / G. Goudet et C. Meuleau, les Semi-Conducteurs (Eyrolles, 1957). / P. Aigrain et F. Englert, les Semi-Conducteurs (Dunod, 1958). / R. Guillien, les Semiconducteurs et leurs applications (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1963 ; 3e �d., 1972).</p><p>/ E. J. Cassignol, Physique et �lectronique des semi-conducteurs (Dunod, 1965). / Physique des semi-conducteurs (Dunod, 1965). /</p><p>S. M. Sze, Physics of Semiconductor Devices (New York, 1969). / R. Legros, les Semiconducteurs, t. I (Eyrolles, 1974).</p><p>s�miotique</p><p>Science g�n�rale des signes.</p><p><strong>Introduction</strong></p><p>Ind�pendamment de ses anc�tres</p><p>sto�ciens ou m�di�vaux (th�oriciens des modi significandi), mais avec des r�f�rences plus pr�cises aux pr�curseurs plus proches (F. de Saussure*</p><p>en Europe, Ch. S. Peirce aux �tats-Unis), la s�miotique (ou s�miologie) s�est constitu�e en approche scientifique novatrice dans les ann�es 1960, d�abord en France (sous l�influence de R. Jakobson* et celle, d�cisive, de L. Hjelmslev*), puis, quelques ann�es plus tard, en Union sovi�tique (en contact �galement avec Jakobson et gr�ce aux r�surgences de l��cole</p><p>de Moscou), pour devenir en peu de temps, presque partout dans le monde, une discipline et une m�thodologie rarement int�gr�es, plut�t tol�r�es et le plus souvent exclues de l�enseignement universitaire des sciences humaines, mais donnant lieu � un nombre impressionnant de travaux et de recherches.</p><p>Le structuralisme* fran�ais, qui peut �tre consid�r� comme le d�veloppement, dans un certain sens, de l�acquis des �coles linguistiques de Prague et downloadModeText.vue.download 71 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10026</p><p>de Copenhague (v. linguistique) de l�entre-deux-guerres et comme son extension dans les domaines de la mythologie compar�e (G. Dum�zil), de l�anthropologie (C. L�vi-Strauss*), de la psychanalyse (J. Lacan*), de la litt�rature (R. Barthes), etc., a permis � la s�miotique de s��riger, � partir d�un ensemble de postulats linguistiques, en un lieu de convergences et d�interpr�tations d�un nouveau savoir-faire scientifique jusque-l� dispers�.</p><p>Le terme de s�miologie, propos�</p><p>par Saussure pour d�signer la future</p><p>� science g�n�rale des signes �, est vite entr� en conflit avec celui de s�miotique, dont les partisans mettaient en doute la pertinence au niveau d�analyse des signes et esquissaient un rapprochement avec la conception de la s�miotique en logique, o�, en tant que langage, elle se d�compose en une syntaxe et en une s�mantique (R. Car-nap). La d�finition de Hjelmslev � le premier � avoir formul� une th�orie s�miotique compl�te et efficace �, selon lequel la s�miologie serait la m�-</p><p>tath�orie des s�miotiques particuli�res, satisferait probablement tout le monde si l�usage international n�imposait progressivement l�emploi exclusif du seul terme de s�miotique.</p><p>S�miotique et</p><p>linguistique</p><p>� premi�re vue, les rapports entre la s�miotique et la linguistique paraissent simples, cette derni�re n��tant qu�un syst�me s�miotique parmi d�autres.</p><p>Cependant, les langues naturelles, objet de la linguistique, occupent une place privil�gi�e du fait que les autres syst�mes signifiants sont traduisibles en elles et non inversement. Leur caract�re pr��minent se manifeste aussi par leur capacit� de d�velopper dans leur sein des syst�mes de signification autonomes, soit en organisant des univers s�miotiques � naturels �, tels le droit, la morale, la religion, etc., soit en servant de support et d�instrument � la construction des langages � artificiels �</p><p>que sont, d�une part, les sciences dans leur ensemble et, d�autre part, des langages se proposant de rendre compte (= des grammaires) ou de valider (= des logiques) les autres langages. La s�miotique linguistique d�passe ainsi largement les pr�occupations de la linguistique au sens �troit.</p><p>S�miotiques non</p><p>linguistiques</p><p>La difficult� de situer le projet s�miotique par rapport � la linguistique r�appara�t du fait des pr�suppos�s philosophiques concernant les relations entre le langage et la pens�e que Saussure a voulu exorciser en introduisant la dichotomie du signifiant et du signifi�.</p><p>Le postulat du psychisme indissolublement li� aux articulations des langues naturelles exigeait ainsi pour les syst�mes signifiants non linguistiques la m�diation d�un signifi� articul� linguistiquement et leur conf�rait le statut de s�miotiques secondaires et d�riv�es.</p><p>Si la valeur des mod�les �labor�s par la linguistique, seule science humaine ayant un si�cle et demi d�activit�s continues et non contradictoires, est indiscutable, son imp�rialisme devait �tre r�cus� : il �tait dangereux de r�duire, par exemple, la s�miotique picturale � la seule analyse des discours sur la peinture. La t�che de la s�miotique est de rendre compte non seulement des s�mantismes articul�s linguistiquement, mais aussi des significations non m�diatis�es telles qu�elles paraissent recouvertes par les expressions comme � le v�cu �, � le senti �, � l�affect� �. Les s�miotiques non linguistiques se constituent donc, non sans peine, en se gardant � la fois de l�emprise linguistique et du formalisme qui transformerait, par exemple,</p><p>la s�miotique de l�espace ou la s�miotique musicale en pures descriptions du seul signifiant.</p><p>C�est dans ces domaines qu�appa-</p><p>raissent les insuffisances des mod�les de la th�orie de la communication*, qui se trouvent compl�t�s progressivement par ceux de la signification.</p><p>C�est ici, �galement, que s�est pr�cis�e une nouvelle dimension des recherches adjoignant aux �tudes des syst�mes s�-</p><p>miotiques celles des pratiques s�miotiques, c�est-�-dire des comportements somatiques ou gestuels organis�s en encha�nements syntagmatiques de type algorithmique, dont le sens orient� appara�t comme une finalit� globale, lisible apr�s coup et dont l�analyse sugg�re une homologation possible avec les structures narratives.</p><p>Le champ s�miotique</p><p>La diversit� des domaines d�intervention de la s�miotique et l�ampleur de ses ambitions rendent difficiles l��valuation de ses acquis et m�me la pr�sentation de ses principales articulations.</p><p>La s�miotique se d�signe d�abord comme une approche m�thodologique offrant ses proc�dures et ses mod�les aux autres sciences humaines ; elle intervient parfois plus directement dans certains domaines et cherche � r�articuler les disciplines en qu�te de nouvelles m�thodes (litt�rature orale et �crite par exemple) ; elle se fait fort, dans d�autres cas, de constituer de nouveaux champs de savoir (dans des domaines aussi frivoles que les jeux, les bandes dessin�es, la publicit� par exemple). Il n�est pas �tonnant qu�elle provoque, dans ses confrontations avec des m�thodes et des th�ories constitu�es, des conflits �pist�mologiques, qu�elle subisse elle-m�me des distor-sions id�ologiques et qu�elle donne parfois l�impression d�une dispersion excessive et d�in�galit�s frappantes de degr� de son d�veloppement. Aussi convient-il mieux de parler, � ce stade de croissance et d�expansion, d�un projet s�miotique plut�t que d�une s�miotique �tablie.</p><p>Une classification satisfaisante des syst�mes s�miotiques est impossible</p><p>� proposer. Les champs du savoir se constituant en fonction des m�thodologies en voie d��laboration et non d�objets vis�s, seuls les crit�res internes, structurels, pourraient rendre compte de l��conomie globale d�une science.</p><p>� l�heure actuelle, seuls certains domaines s�miotiques pr�sentent des contours d�limit�s : les langages artificiels, du fait de leur caract�re construit et axiomatique ; la s�miotique po�-</p><p>tique, qui reconna�t l�articulation parall�le du signifiant et du signifi� ; etc.</p><p>Seule la s�miotique discursive semble disposer d�une configuration conceptuelle vaste et relativement pr�cise.</p><p>La classification la plus courante groupe les s�miotiques d�apr�s les canaux de communication ou, ce qui revient au m�me, d�apr�s les ordres sensoriels servant � la constitution du signifiant. Elle est loin d��tre satisfaisante : des ensembles signifiants aussi vastes que le cin�ma, le th��tre, l�espace urbain apparaissent comme des lieux d�imbrication de plusieurs langages de manifestation, �troitement m�l�s en vue de la production des significations globales. C�est pourquoi la pratique courante, pour regrettable qu�elle soit, se contente de la d�signation des domaines d�exploration : s�-</p><p>miotique biblique, s�miotique de l�espace, s�miotique de la publicit�, etc.</p><p>S�miotique discursive</p><p>Un champ du savoir qui doit son</p><p>existence � la coh�rence m�thodologique surmontant la diversit� d�objets examin�s s�est constitu� pourtant en manifestant ainsi l�efficacit� du faire s�miotique. Il s�agit du domaine de l�organisation et de la typologie des discours, laiss� en friche du fait des pr�occupations des linguistes limit�es � la syntaxe de la phrase et disponible par l�abandon des m�thodes, consid�-</p><p>r�es comme d�su�tes, de la rh�torique et de la po�tique classiques au profit d�une stylistique impressionniste sans envergure.</p><p>C�est � partir des textes de caract�res � la fois narratif et figuratif (mythologiques avec Dum�zil et L�vi-Strauss, et folkloriques avec V. J. Propp, connu en France quelques ann�es plus tard) que la s�miotique discursive a pu se</p><p>d�velopper, en rapprochant des faits paradigmatiques et comparatifs, d�une part, et les d�marches syntagmatiques, d�autre part, en faisant appara�tre les discours comme des lieux de deux sortes de transformations, les textes, juxtapos�s, entretenant des relations de transformation les uns avec les autres, mais comportant en m�me temps des transformations de contenus inscrits dans leur trame. Des recherches nombreuses et denses, � la fois analytiques et th�oriques, en ont r�sult�. Le choix strat�gique des textes figuratifs de litt�rature orale s�est r�v�l� heureux, car il a permis d�asseoir les recherches s�miotiques sur des bases solides que sont des r�cits relativement simples, caract�ris�s par des formes narratives d�une universalit� reconnue. L�application de ces premi�res formulations aux textes de la litt�rature �crite n�a pas manqu� d�enrichir et de rendre plus complexe la probl�matique de la s�miotique litt�raire, provoquant toutefois, en contrepartie, dans ce champ culturel traditionnellement privil�-</p><p>gi�, des controverses id�ologiques et allant jusqu�� instituer la s�miotique comme le lieu du d�bat sur la modernit�. L�acquis est pourtant positif : les deux principaux domaines de l�activit� culturelle et, souvent, humaniste � le discours litt�raire et le discours historique � sont devenus l�objet d�une investigation syst�matique.</p><p>La reconnaissance d�une extr�me</p><p>complexit� d�objets s�miotiques que sont les discours a amen� � distinguer diff�rents niveaux d�analyse n�cessaires pour les aborder. Ainsi, le niveau profond, caract�ris� par des structures abstraites susceptibles de downloadModeText.vue.download 72 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10027</p><p>rendre compte d�un texte et par des op�rations logico-s�mantiques qui subsument des transformations qui s�y produisent, se distingue du niveau morpho-syntaxique, qui fait appara�tre une organisation syntaxique des textes ; le niveau figuratif, o� la syntaxe se trouve en quelque sorte incarn�e dans les figures du monde � personnages avec</p><p>leurs gesticulations et choses dot�es de propri�t�s sensibles �, doit, de son c�t�, �tre distingu� du niveau textuel, gr�ce auquel diff�rentes configurations structurales se manifestent dans telle ou telle langue naturelle.</p><p>La distinction de niveaux d�analyse quasi autonomes n�est pas uniquement op�ratoire. Ainsi, la s�paration des niveaux textuel et figuratif conduit � distinguer ce qui rel�ve du caract�re idiomatique des langues naturelles et ce qui appartient en propre � la s�miotique qui les transcende. De m�me, la reconnaissance des niveaux distincts mais �quivalents rend comparables les discours figuratifs (r�cits et histoires) et les discours non figuratifs (philosophiques, didactiques, etc.), et permet d�utiliser le m�me appareil formel pour l�analyse des discours non litt�raires (juridiques, sociaux, �conomiques, etc.), en autorisant la s�miotique � prendre la rel�ve des tentatives peu convaincantes d�analyse du contenu entreprises en sociologie. Finalement, une extrapolation prudente permet de consid�rer comme textes des encha�-</p><p>nements syntagmatiques non lin-</p><p>guistiques � rituels, programmes du cirque, espaces habit�s � et de les soumettre aux m�mes proc�dures d�analyse tout en exploitant le catalogue des mod�les d�j� �prouv�s. Ainsi, les distinctions structurales op�r�es dans un domaine de recherches privil�gi� pourraient servir de base � des articulations internes d�une s�miotique unitaire malgr� la multiplicit� de ses champs d�application.</p><p>A. J. G.</p><p>F Hjelmslev (L.) / Jakobson (R.) / Langue / Linguistique / Litt�rature / Saussure (F. de) / Structuralisme.</p><p>F. de Saussure, Cours de linguistique g�n�-</p><p>rale (Payot, Lausanne, 1916 ; nouv. �d., 1970).</p><p>/ L. Hjelmslev, Prol�gom�nes � une th�orie du langage (en danois, Copenhague, 1943 ; trad.</p><p>fr., �d. de Minuit, 1968) ; le Langage. Une introduction (en danois, Copenhague, 1963 ; trad.</p><p>fr., �d. de Minuit, 1966). / R. Barthes, le Degr� z�ro de l��criture (�d. du Seuil, 1953 ; nouv. �d., Gonthier, 1965) ; Mythologies (�d. du Seuil, 1957). / C. S. Peirce, Selected Writings (New York, 1958). / R. Jakobson, Essais de linguistique g�n�rale (trad. de l�angl., �d. de Minuit,</p><p>1963) ; Selected Writings, t. III : The Poetry of Grammar and the Grammar of Poetry (La Haye, 1967). / A. J. Greimas, S�mantique structurale (Larousse, 1966) ; Du sens (�d. du Seuil, 1970).</p><p>/ J. Kristeva, Recherches pour une s�manalyse.</p><p>S�mei�tik� (�d. du Seuil, 1969). / J. Kristeva, J. Rey-Debove et D. J. Umiker (sous la dir. de), Essays in Semiotics. Essais de s�miotique (Mouton, La Haye, 1971). / A. J. Greimas (sous la dir.</p><p>de), Essais de s�miotique po�tique (Larousse, 1972).</p><p>La s�miologie picturale</p><p>PROBL�MES S�MIOLOGIQUES</p><p>La s�miologie picturale s�est constitu�e r�cemment, � la suite du d�bordement du domaine d�analyse proprement linguistique. Elle doit sans doute son impulsion d�cisive aux tentatives d�applications (constitu�es ult�rieurement en disciplines autonomes : les s�miotiques) d�une m�-</p><p>thodologie linguistique (structurale) � des objets � sociaux �, � culturels � non linguistiques. La question qui s�est tr�s vite pos�e � cette discipline a �t� de r�gulariser l�importation m�thodologique et de r�ajuster le probl�me de la description d�un objet plastique (tableau) envisag�, quant � sa structure, par rapport � ce que l�on pourrait nommer une probl�matique de la description du sens.</p><p>Dans cette mesure, l�op�ration s�miologique est d�abord une t�che de caract�risation des structures et de d�nomination des objets structuraux. C�est � ce point que la base m�thodologique structurale est importante, puisque, contrairement � la danse ou � l�architecture, il n�y a pas de vocabulaire technique (descriptif) de la peinture : il y a eu des vocabulaires d�acad�mie, normatifs, mais n�amor�ant pas de caract�ristique des objets picturaux. Et ici repose d�j� le probl�me majeur de la s�-</p><p>miologie picturale : aborder des ensembles signifiants qui n�ont pas de langue et qui ne poss�dent pas non plus, au simple niveau de la caract�risation, leur m�talan-gage technicien.</p><p>C�est donc de la r�solution progressive de ces questions, depuis la caract�risation des structures formelles jusqu�au probl�me de la signification, que proc�dent d�j� une s�rie d��tapes dans la s�miologie picturale. Ces diff�rentes �tapes constituent encore des points de vue dans la</p><p>question du traitement des �conomies signifiantes non linguistiques : 1o �tude des structures formelles, dont les diff�rentes r�gles qui furent attach�es � la perspective ; 2o th�orie des structures s�mantiques de l�objet ainsi caract�ris� ; 3o th�orie des structures s�miotiques g�n�rales, dont le tableau peut �tre consid�r� comme la r�sultante, d�un point de vue �pist�mologique ; 4o �tude et th�orie des variations s�mantiques dans l�analyse, caract�risant diff�rents niveaux de sens dans l�objet plastique �tudi� comme structure signifiante.</p><p>Chacun de ces niveaux marque une �tape th�orique (et non le r�sultat d�une recherche m�thodologique) dans le d�-</p><p>veloppement de la s�miologie picturale.</p><p>Chaque �tape constitue un �tat syst�matiquement sup�rieur ou compr�hensif des moments pr�c�dents ; la perspective d�une recherche est, � ce point, d�ductible : elle se centre sur un affinement de la notion de texte ou de syst�me signifiant complexe, en tenant compte des perturbations th�oriques probables r�sultant de la connaissance d�un syst�me signifiant non linguistique complexe, et aussi sur les possibilit�s d�une descriptibilit� relative de ce syst�me par une axiomatique ; par cons�-</p><p>quent, l�incidence d�une sorte de d�prise du mod�le m�thodologique quant au r�le de fondement �pist�mologique g�n�ral de la linguistique et, par-del�, de la langue.</p><p>L�int�r�t secondaire d�une tentative de constitution d�une discipline nouvelle est aussi de voir s�op�rer un divorce th�orique entre les cat�gories de la langue et celles du langage : de saisir qu�un langage n�est pas la m�taphore d�expressivit� rapport�e � la langue, mais l�infracat�goriel de la langue. Ou, plut�t, qu�un syst�me d�expression qui n�est pas � quoi qu�on puisse y mettre � un syst�me de connexions logiques joue ou a jou� historiquement et id�ologiquement comme le non-cat�-</p><p>goriel sp�cifique de la langue. Et que c�est peut-�tre de ce rapport qu�il tient d�avoir pu �tre consid�r�, dans l�induction d�une structure s�mantique, comme un langage.</p><p>Il s�agit de voir � s�il en est parl� � ce titre dans la s�miologie picturale � que, dans l�induction probable d�une s�miotique depuis le s�mantique, il ne s�agit ni de m�taphore d�expressivit�, ni de la mise � jour de structures pertinentes ou sp�cifiques intralinguistiques. Il s�agit peut-�tre, en derni�re analyse, d�une possibilit� de</p><p>diff�renciation dans le linguistique m�me portant sur le primat signifiant, c�est-�-dire ici sur la pertinence topique de la notion de code.</p><p>LES ARTICULATIONS SIGNIFIANTES</p><p>La tentative d�� acclimatation � d�un syst�me non linguistique consiste toujours � le rapprocher autant qu�il se peut des r�gles les plus simplement organisatrices du discours ou du texte, c�est-�-dire, pour une description initiale d�j� signifiante, � y mettre � jour des articulations syntagmatiques. Ce sont �videmment les figures qui se pr�tent le mieux � ce type d�articulation.</p><p>Cependant, les unit�s syntagmatiques et les figures ne sont pas tout � fait �quivalentes. Si l�ordre de composition et l�agencement narratif peuvent offrir des niveaux de contrainte partiellement contradictoires, c�est � la fois qu�il en existe d�autres dans une syst�matique g�n�rale et que les figures ne sauraient se r�duire � des per-sonae, des figures de la narration, sauf � retenir que les figures articul�es dans un r�cit peuvent constituer les signifiants du tableau ; surtout � retenir ce qu�emporte cette conviction : il est clair qu�un niveau signifiant partiel se d�note par les signifi�s du r�cit, qui prennent toujours dans ce cas la figure de ses actants et qui les met en sc�ne ; le signifiant (les � unit�s de sens �) tient, � ce seul niveau, � la transformation de la s�quence (de type narratif) en sc�ne (picturale), c�est-�-dire � l�� irrep�rable � du narratif.</p><p>Cette transformation, o� l�on peut noter le lieu de naissance �lid� d�un signifiant sp�cifique (et non un � avatar � du signifi� narratif) dans la saisie sur cet effet d�un irrep�rable des niveaux de contrainte narratif (= de la syntagmatique), tient au jeu multipli� des dites unit�s de sens � plusieurs niveaux simultan�s. Il faut, notamment, compter que le syntagme narratif agit comme � pr�texte � du tableau sans �tre une partie d�terminante de l��conomie repr�sentative, c�est-�-dire sans permettre d�en pr�voir ou d�en d�terminer le syst�me ; ni les rapports perspectifs ; ni les rapports proportionnels, partiellement convertibles en tropes ; ni la d�termination des �l�ments, groupes et ensembles, selon ces niveaux de contrainte, � quoi il faut ajouter tous les codes probables � dont une place particuli�rement notable est � laisser � la couleur � ainsi que toutes les</p><p>� entr�es � de lecture qui comptent dans la d�termination s�mique du syst�me. Il faut, � cet �gard, noter que la perte de narrativit�, qui n�est autre que la relativisation du pr�-texte (syntagmatique) dans le tableau, n�est pas un fait de parole : c�est profond�ment un �l�ment constitutif du syst�me pictural ; � cet �gard, et dans ce seul sens, il est possible de caract�riser le tableau comme un texte : dans la mesure o� il n�est pas, en tout cas, organis� par un r�cit (qui y occupe une place tr�s subordonn�e), mais constitue pr�cis�ment un syst�me � entr�es multiples complexes (dont l�� indice � est qu�il joue sur des structures signifiantes ind�termin�es) ; c�est sur ce fond, � partir d�une base de d�termination large, que peuvent �tre �tudi�s les syst�mes de repr�sentation : comme des ensembles qui ne sont pas th�oriquement r�ductibles � une commutation ou dont l�interpr�tation serait soumise � des alternatives. C�est � partir de ces deux r�gles minimales (ce sont des r�gles d�ouverture) que peut s�amorcer une investigation sur l��conomie signifiante de tel ou tel de ces syst�mes. D�autre part, de m�me que la structure du tableau est donn�e dans l�espace de sa d�termination maximale, de m�me une �conomie signifiante peu diff�renci�e pr�c�de la possibilit� d�une caract�risation topique dans un syst�me � �conomie ouverte.</p><p>� s�arr�ter sur ces seuls exemples, on peut voir, en effet, que Poussin* peut caract�riser ce fait d�irrep�rabilit� narrative, et que, dans la pr�delle d�Uccello*, la Profanation de l�hostie, le signifiant/la couleur est � peu pr�s occult� par la tradition d�une lecture narrative qui, loin d�offrir une structure, est une des virtualit�s non enti�rement r�alis�es de l�ensemble des six panneaux.</p><p>Le d�chiffrement des � textes picturaux � a ceci de particulier que, dans un premier temps, ils n�ont �t� articul�s pour leur d�cision que sur des textes �trangers, sans que leurs �conomies signifiantes en fussent mises en �vidence, que leurs structures s�mantiques ont toujours �t� import�es de fa�on non syst�matique (soit pour la lecture iconologique, soit pour l�interpr�tation) et que les caract�ristiques s�miotiques (les signes plastiques, le signifiant pictural) se sont articul�s dans un mouvement de substitution subreptice, sur le fond le plus explicite (la langue) de ce qu�ils ne sont pas dans leur structure ni</p><p>dans leur �conomie.</p><p>Que cette �conomie soit �minemment substitutive, qu�elle oblige donc � des downloadModeText.vue.download 73 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10028</p><p>circuits de lecture � s�mantiquement ou lexicalement � difficilement pr�visibles, c�est parce que ces syst�mes jouent leur �conomie sur une diff�renciation du r�f�rent. C�est � partir de cela que s�encha�nent les probl�mes de lecture, les irrep�rables lexicologiques, syntagmatiques, etc., parce que ces syst�mes se constituent int�gralement comme diff�rence de l�objet d�termin� d�une repr�sentation. Le fait m�me que le r�f�rent ait un statut pour le syst�me, celui de son �lision, n�implique pas, comme on l�a cru, que la peinture figure toujours, � quelque degr� ; cela implique que, dans l��lision �conomique du seul terme certifi� du syst�me (le r�f�rent), le signifiant et le signifi� ne d�notent pas, en fonction du r�investissement constant dont ils font l�objet et qui les rend irrep�-</p><p>rables, une opposition pertinente simple.</p><p>Il ne s�agit donc pas de savoir selon quels �l�ments ou unit�s s�effectue la lecture, ni de d�placer la question insoluble des unit�s en celle des ensembles syntagmatiques, mais de saisir que la lecture n�est pas l�action d��peler les figures comme des lettres, de parcourir une page et de la construire dans ce parcours pour le discours que cette lecture pourra dire ; cette op�ration est analytique, elle se produit dans l�espace d�un syst�me de d�termination, comme un moment de la repr�sentation ; et par rapport � laquelle le statut de la figuration ne saurait �tre engag� que comme statut s�miotique, qui doit �tre pr�alable � toute � description scientifique �, qui n�est justement pas susceptible de reprendre le signifiant comme substance picturale. Le signifiant n�est pas la repr�sentation mat�rielle du sens ni l�induction du signifi� dans une mati�re : il n�est formulable et rep�rable que dans une �conomie dont les termes ne sont pas des unit�s qu�il s�agit d��changer pour assurer leur valeur, mais des relations, des rapports d�implication, d�exclusion, de non-contradiction, des substitutions,</p><p>etc., donc un v�ritable corps de rapports logiques qui ne peuvent �tre d�duits m�thodologiquement des types de r�sistance oppos�e par une mati�re quant � ce qu�elle voudrait dire ; mais, au contraire, en tant que cette � �conomie � se sp�cifie toujours dans l�espace de d�termination du syst�me, c�est-�-dire comme probabilisation du signifiant � partir de signifi�s implicites d�autres syst�mes (ce qui s�appelle une �conomie de repr�sentation), la structure en est donc inductrice ; sa fonction n�est pas d�engendrer du visible, mais de le situer d�un point de vue particulier comme objet de connaissance.</p><p>L�OBJET S�MIOTIQUE</p><p>Le propre de la recherche s�miologique est la d�termination d�un objet. L�objet pictural, dans une d�marche d�j� sous-entendue dans l�iconologie et la sociologie picturale, n�est trait� pour sa connaissance que dans le cadre d�un syst�me : donc pour autant qu�il peut �tre caract�ris� par son appartenance � un cadre probl�-</p><p>matique o� il s�informerait. Cela implique une double d�termination : 1o une �tude des structures propres de caract�risation ; 2o une �tude (et une application) des structures informantes (de d�cision). Cette distinction s�offre � une seconde subdivision : cette �tude est men�e, a) d�un point de vue paradigmatique (it�ration, r�currence ou particularit� d�un mod�le d�organisation) ; b) d�un point de vue g�n�tique, envisageant la d�termination d�une structure sp�cifique dans le s�miotique selon un proc�s de diff�renciation entre les syst�mes signifiants.</p><p>En aucun cas, un geste purement taxinomique (la classification ou l�enregistrement d�un donn�) ne suffit � la constitution d�un objet s�miotique ; la d�termination d�un objet s�miotique suppose la mise en corr�lation (au niveau d�une g�n�tique structurale comme au niveau s�mantique) de plusieurs syst�mes signifiants ou de plusieurs � langages �.</p><p>L�induction d�une structure sp�cifique ne concerne pas des objets (tableaux, etc.), mais des proc�s de signification, m�me si un recouvrement peut s�en effectuer (il s�agit toujours, en fait, d�une transformation d�objet), dont la caract�risation produit un objet second, l�objet s�miotique,</p><p>duquel on peut soutenir qu�il consiste en l�enregistrement du proc�s qui transforme un objet donn�. Il est constitu� de struc-downloadModeText.vue.download 74 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10029</p><p>tures inters�miotiques qui d�livrent les caract�ristiques d�un type signifiant.</p><p>PROBL�MES DE M�THODOLOGIE</p><p>Dans ce cadre, la m�thodologie est pr�-</p><p>probl�matique : elle s�organise (sous le mod�le de la linguistique, qui ne conna�t pas � ce point le probl�me de l�engendrement et de la d�termination de ses objets) en une tactique de la description � partir des �l�ments codiques pouvant lui servir d�articulation (perspective, figures, codes chromatiques, conventions, etc.). Elle ne peut donc suffire � d�terminer la sp�cificit� des structures qu�elle tente de d�crire, ni surtout aborder le probl�me de la signification, dont on sait qu�il appartient � l�engendrement m�me des syst�mes s�miotiques non linguistiques. Le probl�me qui se joue ici est moins celui d�une description (qui a �t� l�int�r�t constant de toutes les litt�ratures d�art) que celui d�un engendrement d�une structure sp�-</p><p>cifique (l�objet donn� est con�u comme objet th�oriquement sp�cifiable) � partir de la base s�mantique la plus large, non pas comme structure caract�ristique, mais comme structure de signification, appartenant � un syst�me � �conomie ouverte (un syst�me qui ne comporte que des tax�mes index�s sur d�autres modes signifiants) ; l�objet engendr� l�est donc dans deux sens concurrents : comme objet historique, pris dans un proc�s de d�rivation de structures symboliques, et comme objet inters�miotique. �tant donn� que ses tax�mes sont transs�miotiques, il ouvre, plus fortement qu�aucun objet culturel, comme premier effet, � une relativisation des proc�s de caract�risation, � une �valuation des syst�mes symboliques majeurs (des zones d�influence s�miotiques), c�est-�-dire aussi � une �tude diff�renci�e des structures d�influence historiques.</p><p>Telle est l�ouverture probl�matique qui fait suite � la question de savoir comment engendrer th�oriquement des proc�s de significations, par ailleurs patents, sur des</p><p>structures formellement inconnues ou n�offrant pas pour elles-m�mes de bases de caract�risation autres que typologiques (genres, styles), c�est-�-dire ne pouvant, � tout autre �gard, engager la question d�une liaison s�mantique ou d�une articulation syntaxique. Le paradoxe initial s�est pr�sent� comme la condition d��tude de</p><p>� faits de paroles � historiquement constituables en syst�mes (faits de r�it�ration ou de variation stylistique, etc.), mais ne comportant pas de niveau perceptible de langue.</p><p>Le travail s�miologique est donc � la fois travail de caract�risation pertinente (structure manifeste) et de d�termination d�une structure dominante (induite) compr�-</p><p>hensive. La position de l�objet s�miotique pictural est donc celle d�un objet structurellement diff�rentiel entre ses marques sp�cifiques et son ouverture s�mantique.</p><p>Son originalit� tient au fait que le structural n�op�re sur l�objet donn� qu�en premi�re occurrence.</p><p>J. L. S.</p><p>F Espace plastique.</p><p>E. Panofsky, Meaning in the Visual Arts (New York, 1955 ; trad. fr. l�OEuvre d�art et ses significations, Gallimard, 1969). / R. Passeron, l�OEuvre picturale et les fonctions de l�apparence (Vrin, 1962). / P. Francastel, la Figure et le lieu. L�ordre visuel du quattrocento (Gallimard, 1967). / J. L. Schefer, Sc�nographie d�un tableau (�d. du Seuil, 1969). / R. Klein, la Forme et l�intelligible. �crits sur la Renaissance et l�art moderne (Gallimard, 1970).</p><p>Semper</p><p>(Gottfried)</p><p>Architecte et th�oricien allemand (Hambourg 1803 - Rome 1879).</p><p>La recherche d�une architecture</p><p>propre � exprimer une soci�t� en pleine �volution industrielle ne pouvait se contenter, en Europe centrale comme ailleurs, des symboles romains ou grecs de l�acad�misme. Schinkel*, d�j�, avait �volu� vers un certain �clectisme* ; Semper devait �tre le plus illustre repr�sentant d�une p�-</p><p>riode f�conde en exp�riences, encore incapable de trouver sa raison d��tre en elle-m�me.</p><p>Apr�s avoir �tudi� le droit � l�universit� de G�ttingen, Semper se consacre � l�architecture. On le trouve � Munich chez Friedrich G�rtner (1792-1847), puis � Paris chez Fran�ois Gau (1790-1854). Aupr�s du futur architecte de Sainte-Clotilde (�lev�e dans le style de la cath�drale de Cologne), auteur des Antiquit�s de la Nubie, Semper retrouve deux autres compatriotes, Jacques Ignace Hittorff (1792-1867) et Charles Zanth (1796-1857), acad�-</p><p>mistes eux aussi et pr�parant en commun une Architecture moderne de la Sicile. D�un voyage d��tude en Italie et en Gr�ce, o� il a v�rifi� les remarques d�Hittorff sur la polychromie, il rapporte � Hambourg de quoi publier en 1834 des Observations sur l�architecture et la sculpture peintes des Anciens.</p><p>Nomm� professeur � Dresde, il d�-</p><p>nonce avec vigueur dans ses cours la servile imitation acad�mique comme l�utilisation inconsid�r�e des mod�les de tous �ges et de tous pays. Il �l�ve dans cette ville une synagogue avec son mobilier, un h�pital, etc., et montre sa pr�f�rence pour le quattrocento florentin � l�Op�ra (1838-1841, d�truit en 1869, mais sur l�emplacement duquel un second Op�ra sera �difi� de 1871</p><p>� 1878 d�apr�s de nouveaux plans de Semper) et � la Pinacoth�que (1847-1854), selon l�exemple donn� par G�rtner six ans plus t�t � la Biblioth�que de Munich.</p><p>Compromis en mai 1849 dans le</p><p>mouvement r�volutionnaire, il doit s�exiler. On le retrouve � Paris � il publie alors la Polychromie et ses sources �, puis � Londres, o� il sera charg� d�am�nager South Kensington.</p><p>Fix� ensuite � Zurich, o� il obtient une chaire � l�universit�, il �dite en 1860</p><p>le Style, son ouvrage principal, et b�tit l�Observatoire, l��cole polytechnique, etc. Lorsque Louis II de Bavi�re donne � Richard Wagner*, autre proscrit de 1849, les moyens d��lever un th��tre lyrique � Munich, c�est Semper qui en donne les plans (1866). Jamais r�alis�s, ceux-ci influenceront cependant Wagner dans la construction du th��tre de Bayreuth.</p><p>L�am�nagement, d�cid� en 1859,</p><p>des fortifications de Vienne, le Ring, va permettre aux Autrichiens d�appliquer l�enseignement de Semper. Lui-m�me, appel� en arbitre, propose ses plans et choisit le plus jeune des concurrents, Karl von Hasenauer (1833-1894), pour le seconder dans la r�alisation des mus�es (1871-1882) du Burgtheater (1873-1888) et de la nouvelle Hofburg (1871-1914). Il y introduit une certaine souplesse et une nouvelle �chelle, avec une faveur marqu�e pour l�ordre colossal sur un haut soubassement.</p><p>Semper a pr�f�r� � la rigueur acad�-</p><p>mique un art plus contrast� ; en wagn�-</p><p>rien, il recherchait le Gesamtkunstwerk, l�oeuvre d�art compl�te. Il entendait, sans exclure aucun style, n�en retenir que la p�riode de perfection � classique �, tel le XIIIe s. pour le gothique ; mais montrait un go�t marqu� pour la Renaissance italienne, au m�pris des tendances nationalistes, qui lui oppo-seront jusqu�� l�exc�s le retour au pass� germanique. C�est surtout dans le domaine th��tral qu�il s�est montr� pr�curseur. En rempla�ant le plan traditionnel par une salle en segment de cercle avec cavea, courbe imit�e de l�antique, il �tablit de nouveaux rapports entre acteurs et spectateurs, et amor�a les r�alisations du XXe s.</p><p>H. P.</p><p>C. Zoege von Manteuffel, Die Baukunst Gottfried Sempers (Fribourg, 1952). /</p><p>M. Fr�hlich, Gottfried Semper, Zeichnerischer Nachlass an der E. T. H. Z�rich (B�le et Stuttgart, 1974).</p><p>S�nat</p><p>F PARLEMENT.</p><p>S�n�gal</p><p>�tat de l�Afrique occidentale.</p><p>�tat de dimensions moyennes (un</p><p>peu plus du tiers de la superficie de la France), le S�n�gal est limit� � l�ouest par l�Atlantique, au nord par le fleuve S�n�gal � qui le s�pare de la Mauritanie et qui a donn� son nom au pays �, � l�est par le Mali, au sud par la Guin�e-Bissau et par la r�publique de Guin�e. La r�publique de Gambie est en-ti�rement enclav�e dans son territoire.</p><p>Le milieu physique Le territoire s�n�galais s��tend presque enti�rement dans une cuvette s�dimentaire, la cuvette s�n�galo-maurita-nienne, ancien golfe marin occup� par la mer, du Jurassique au milieu du Tertiaire. Cette cuvette est garnie de s�diments tertiaires (marnes et calcaires �oc�nes qui affleurent au nord-ouest entre l�embouchure du S�n�gal et la Petite C�te), largement recouverts de d�p�ts d�tritiques continentaux (gr�s argileux du � continental terminal �) et de sables continentaux (dunes quaternaires). Les vall�es du S�n�gal, du Saloum, de la Gambie et de la Casamance sont garnies de d�p�ts alluviaux r�cents. Des �panchements volcaniques constituent les pointements de la presqu��le du Cap-Vert et de l��lot de Gor�e. Les reliefs sont faibles et ne d�passent 100 m qu�� l�est et au sud-est, o� appara�t le socle pr�cambrien (granites et roches m�tamorphiques), bord� pr�s de la fronti�re de la Guin�e et du Mali de fragments de plateaux (gr�s pal�ozo�ques inject�s de dol�-</p><p>rites), o� se trouve le point culminant du S�n�gal (581 m). Avanc�es et reculs du d�sert sont attest�s par les t�moins de p�riodes plus s�ches (dunes fix�es) ou plus humides (anciennes vall�es du Ferlo et du Saloum). Sables et cui-downloadModeText.vue.download 75 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10030</p><p>rasses ferrugineuses, largement r�pandus, donnent des sols m�diocres.</p><p>Le littoral est plat et r�gularis� de l�embouchure du S�n�gal (delta fossile oblit�r� par un cordon littoral) jusqu�� l�estuaire du Saloum. L�ancienne �le du Cap-Vert a �t� r�unie au continent par deux cordons littoraux. Derri�re le cordon sableux littoral s��tend une zone d�prim�e plus humide, o� la nappe d�eau affleure (les niayes).</p><p>Plus au sud s��chelonnent de vastes estuaires, rias envahies par la mer (estuaires du Saloum, de la Gambie et de la Casamance) et ourl�es de plaines mar�cageuses.</p><p>Le climat et les types de v�g�tation qui y sont associ�s d�pendent, en premier lieu, de la position en latitude, la proximit� de la mer y ajoutant des variantes. Sauf � l�extr�me sud-ouest (basse Casamance), il s�agit d�un climat tropical de nuance aride.</p><p>Imm�diatement au sud du fleuve</p><p>S�n�gal s��tend une zone de climat sah�lien caract�ris� par une saison s�che prolong�e, de novembre � mai, relativement temp�r�e de d�cembre � f�vrier (avec des �carts de temp�rature diurnes pouvant d�passer 15 �C), torride, avec le souffle de l�harmattan venu de l�est, en avril-mai (maximums d�passant 40 �C). La saison des pluies (juill.-oct.) est caract�ris�e par des temp�ratures �lev�es, mais moindres qu�en fin de saison s�che (maximums 34 �C). Les pr�cipitations annuelles varient entre 300 et 650 mm. La v�-</p><p>g�tation est constitu�e par une steppe arbor�e : herbes dures et �pineux forment � la saison des pluies un tapis discontinu, parsem� d�arbres adapt�s � la s�cheresse (divers types d�acacias, dont l�acacia gommier). La culture n�est possible qu�en bordure du fleuve et sur le plateau proche de la mer.</p><p>Sur une �troite frange c�ti�re, de Saint-Louis � Rufisque, englobant les niayes et la presqu��le du Cap-Vert, le souffle de l�aliz� marin du nord-ouest, pr�pond�rant pendant la saison s�che, apporte au climat sah�lien une nuance maritime (climat c�tier s�n�galo-mau-ritanien ou subcanarien) : la saison s�che demeure relativement fra�che, et le degr� d�humidit� de l�atmosph�re assez �lev� (ros�es ou � pr�cipitations occultes � dont b�n�ficie la v�g�tation</p><p>[palmiers � huile, r�niers, etc.]).</p><p>Plus au sud, couvrant la plus grande partie du S�n�gal � utile �, s��tend la zone du climat soudanien, dont l�aridit� s�att�nue du nord au sud. La saison s�che, centr�e sur l�hiver et marqu�e par le souffle de l�harmattan sec et br�-</p><p>lant, et la saison des pluies (plus longue � mesure qu�on va vers le sud), centr�e sur l��t�, partagent l�ann�e. Les pr�cipitations annuelles varient entre 650 et 1 300 mm. La savane arbor�e (acacias, baobabs) passe au sud � la for�t-parc avec galeries foresti�res le long des</p><p>cours d�eau. C�est la zone arachidi�re par excellence.</p><p>� l�extr�me sud-ouest, le climat casaman�ais est un prolongement du climat subguin�en ; les pr�cipitations annuelles, sup�rieures � 1 300 mm, et l�humidit� atmosph�rique permanente ont permis le d�veloppement de la for�t semi-hygrophile et de la mangrove en bordure des estuaires. C�est le pays du palmier � huile et des rizi�res.</p><p>Les divisions r�gionales</p><p>Le � Fleuve � est la vall�e du S�n�-</p><p>gal, plus pr�cis�ment sa rive gauche (l�autre rive appartenant � la Mauritanie) et son delta. Comme le Nil en �gypte, le S�n�gal apporte ici la vie dans une r�gion qui, sans lui, serait � demi d�sertique. Sur les terres du lit majeur, submerg�es chaque ann�e par la crue (terres de � oualo �), on cultive apr�s le retrait des eaux sorgho et petit mil ; au-del�, sur les terres plus s�ches, qui ne sont submerg�es qu�occasionnellement (terres de � dieri �), on pratique des cultures pluviales, al�atoires. Des am�nagements, dont le plus important est le � casier � de Richard-Toll (consacr� nagu�re au riz, et depuis 1972 � la canne � sucre), permettent des cultures irrigu�es. Jadis voie de p�n�-</p><p>tration vers le Soudan, le S�n�gal, qui n�est navigable que trois mois par an, n�est plus utilis� que pour le trafic local depuis la construction du chemin de fer Dakar-Niger. M�diocrit� des voies de communication et surpeuplement relatif ont condamn� le � Fleuve � � la torpeur �conomique (agriculture d�auto-subsistance, �migration).</p><p>Le Ferlo, priv� d�eau potable pendant la saison s�che, est un d�sert humain utilis� comme p�turage pendant la saison des pluies par les bergers peuls, mordu sur ses limites par les progr�s de la colonisation agricole. Le Nord-Ouest arachidier (Cayor, Baol) est une r�gion sableuse, aux sols m�-</p><p>diocres (sauf les niayes humides, aptes aux cultures mara�ch�res). La premi�re gagn�e � la culture arachidi�re, cette r�gion ne joue plus aujourd�hui qu�un r�le secondaire en raison de la pr�carit� des rendements. Le Sine-Saloum est devenu la terre classique de l�arachide (il fournit la moiti� de la r�colte</p><p>s�n�galaise). Les S�r�res y ont associ� agriculture et �levage. Le Cap-Vert se confond aujourd�hui, administrativement et �conomiquement, avec l�agglom�ration dakaroise, cultures mara�ch�res et p�che y maintenant des activit�s � primaires � non n�gligeables. Le S�n�gal oriental (zone soudanienne de l�est et haute Gambie), malgr� la pr�sence de carapaces lat�ritiques, est une terre de colonisation, o� les surfaces cultiv�es s��tendent rapidement (arachide et, depuis quelques ann�es, coton). La Casamance, isol�e du reste du pays par l�enclave gam-bienne, plus humide, est le pays du palmier � huile et du riz. Mais l�arachide y gagne rapidement sur la riziculture vivri�re traditionnelle.</p><p>J. S. -C.</p><p>L�histoire</p><p>Le S�n�gal, dans ses fronti�res actuelles, est une cr�ation de la seconde moiti� du XIXe s., c�est-�-dire, en fait, de la p�riode coloniale. Alors furent r�unis, sous un m�me gouvernement si�geant � Saint-Louis, les Ouolofs*</p><p>et les S�r�res* de la fa�ade c�ti�re, les Toucouleurs* de la rive gauche du fleuve S�n�gal, les Diolas et les Ba-lantes du Casamance, les Mandingues (ou Malink�s*), les Bassaris et les Sarakoll�s du S�n�gal oriental. Tous ces peuples, dispos�s autour du d�sert central du Ferlo, parcouru par des Peuls*, �taient parvenus � des degr�s divers d�organisation politique.</p><p>L�occupation humaine est ancienne, comme en t�moignent d�abondants gisements pal�olithiques et n�olithiques, les myst�rieux m�galithes du Saloum et des tumuli ayant fourni du tr�s beau mat�riel.</p><p>Les royaumes s�n�galais</p><p>Au XIVe s. apr. J.-C., le pays �tait englob� dans l�empire du Mali*. Il existait d�j� des �tats, dont les traditions orales ont conserv� le souvenir.</p><p>L�isl&#x101;m aurait touch� les Toucouleurs du royaume de Tekrour d�s l��poque des Almoravides (XIe s.), mais, en 1776, ce fut au nom du Proph�te</p><p>qu�Abdul-Kader renversa la dynastie</p><p>des Deniank�s, fond�e au XVIe s. par Koli Tengu�la, et devint almamy, chef religieux et politique, des Toucouleurs.</p><p>Le pays ouolof, un moment unifi�, se disloqua au XVIe s. en quatre royaumes, tardivement et peu islamis�s : Dyolof, Oualo, Cayor et Baol. Vers la fin du XVe s. apparurent les royaumes s�r�res de Sine et de Saloum, tandis que les Diolas et leurs voisins ainsi que les Bassaris ne conna�tront pas avant la fin du XIXe s. d�unit� politique d�passant le cadre du village et demeureront purement animistes.</p><p>Au temps des comptoirs</p><p>En 1444, les Portugais apparurent sur la c�te, o� ils fond�rent des comptoirs (Rufisque, Portudal, Joal). Puis arriv�rent les Hollandais, qui s�empar�rent de Gor�e au d�but du XVIe s., les Anglais, qui s�install�rent sur la Gambie, et les Fran�ais, qui fond�rent Saint-Louis, dans une �le du S�n�gal, en 1659. Jusqu�� la fin du XVIIIe s., les gouvernements europ�ens abandonn�rent l�initiative � des compagnies commerciales, auxquelles ils conf�-</p><p>raient un privil�ge. Des comptoirs fortifi�s servaient de points d�appui � la traite, c�est-�-dire au commerce d�exportation, qui portait principalement sur l�ivoire, sur la gomme (la gomme arabique, longtemps indispensable � l�appr�t des �toffes), sur les esclaves et, secondairement, sur l�or et sur les peaux. Les compagnies �taient entra�-</p><p>n�es dans les guerres que se livraient leurs �tats respectifs. Saint-Louis fut anglais de 1693 � 1697, de 1758 � 1778</p><p>et de 1809 � 1817. Gor�e, acquise par la France en 1677-78, subit le m�me sort.</p><p>Alors que les marchands europ�ens, enferm�s dans les forts c�tiers, s�en remettaient habituellement � l�interm�diaire des tribus courti�res, les Fran�ais, au temps d�Andr� Br�e (directeur du S�n�gal de 1697 � 1720), remont�rent le fleuve jusqu�au pays de Galam (r�gion de Bakel). Ils fond�rent � proximit� des placers de la Fal�m� les forts Saint-Joseph et Saint-Pierre, qui furent fr�quent�s jusqu�� la fin du si�cle.</p><p>Au trait� de Paris (1814), les Anglais</p><p>restitu�rent � la France, qui n�en reprit effectivement possession qu�en 1817, les �tablissements qu�elle poss�dait sur la c�te occidentale d�Afrique en 1783. C��taient essentiellement Saint-Louis et Gor�e, qui comptaient alors ensemble une dizaine de milliers d�habitants : quelques Europ�ens, fonctionnaires, militaires et n�gociants ; une bourgeoisie locale de m�tis, les</p><p>� habitants �, traitants et propri�taires fonciers, catholiques de religion ; des Noirs libres ; enfin des captifs, artisans et serviteurs (dont le sort sera peu chang� par l�abolition de l�esclavage en 1848). Les vastes plans de colonisation, con�us par le gouvernement de la Restauration pour faire pousser le coton, la canne et l�indigo sur le continent africain ayant �chou�, l��conomie downloadModeText.vue.download 76 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10031</p><p>du S�n�gal reposa jusqu�au milieu du si�cle sur la traite de la gomme, achet�e par les traitants saint-louisiens aux conditions impos�es par le vendeur maure. Gor�e d�clinait, son commerce, tourn� vers la Petite C�te (au sud du cap Vert) et les rivi�res du Sud, n�ayant pas trouv� de substitut � la traite des esclaves.</p><p>La formation territoriale</p><p>du S�n�gal</p><p>Pr�conis�e par L. E. Bouet-Willau-mez (gouverneur de 1842 � 1844), l�expansion territoriale fut l�oeuvre de Faidherbe* (1854-1865). Il d�gagea le Bas-S�n�gal de la pression maure, bloqua sur le haut fleuve l�avance vers l�ouest du chef musulman El-Hadj Omar (1857, d�fense du poste de M�dine par le Saint-Louisien Paul Holle), assura par le Cayor la liaison de Saint-Louis avec l��tablissement de Dakar fond� par l�amiral Protet en 1857, �tablit, gr�ce au poste de Kaolack, l�influence fran�aise sur le Sine et le Saloum, et la consolida sur les rives de la Casamance. Le S�n�gal avait cess� d��tre un comptoir pour devenir une colonie. Il fut divis� en circonscriptions confi�es � des commandants de cercle aux comp�tences</p><p>quasi illimit�es.</p><p>L�expansion territoriale reprit en 1879. Elle devait aboutir � la constitution du vaste ensemble de l�Afrique-Occidentale fran�aise. La conqu�te du S�n�gal fut achev�e. Les souverains qui n�acceptaient pas de bon gr� de se soumettre � une protection de plus en plus lourde furent vaincus (Lat-Dior, damel du Cayor, fut tu� au combat en 1866 ; Ali Boury N�Diaye, bourba dyolof, s�enfuit au Soudan pour continuer la lutte en 1890 ; etc.).</p><p>L�abandon par la France, en 1857, du vieux comptoir d�Albreda, sur la Gambie, fut le pr�lude de la constitution de la colonie britannique, qui fut d�limit�e par des accords de 1889. Par contre, les Portugais, en c�dant Ziguinchor en 1886, abandonnaient la Casamance � la seule influence fran�aise.</p><p>Les Rivi�res du Sud (Guin�e) et le Soudan ayant cess� de d�pendre de Saint-Louis pour �tre �rig�s en colonies, le S�n�gal, peu apr�s 1890, �tait constitu� dans ses fronti�res actuelles (196 722 km2).</p><p>Le S�n�gal de l�arachide</p><p>On avait trouv� dans l�arachide un produit d�exportation bien adapt� au sol, au climat et aux habitudes africaines de culture et de commercialisation, en m�me temps qu�il �tait assur� d�un d�bouch� croissant sur le march� fran-</p><p>�ais. De 850 t en 1842, les exportations pass�rent � 20 000 t en 1870, � 60 000 t vers 1890 et � 280 000 t en 1914. La culture se d�veloppait au Cayor, alimentant le trafic du � chemin de fer de l�arachide �, le Dakar-Saint-Louis, construit de 1881 � 1885. Elle gagna le Baol, le Sine et le Saloum. Un v�ritable front pionnier avan�a vers l�est, � la rencontre du Ferlo. Les Libano-Syriens, dont les premiers d�barqu�rent dans les ann�es 90, jou�rent bient�t un r�le pr�pond�rant dans la traite (commercialisation) de l�arachide. Tr�s vite apparurent les inconv�nients d�une monoculture d�velopp�e au d�triment des plantes vivri�res : �puisement des sols utilis�s sans m�nagement, instabilit� des cours command�s par la conjoncture mondiale ; mais toutes les tentatives pour diversifier l��conomie</p><p>du S�n�gal �chou�rent.</p><p>Les Saint-Louisiens ne devaient jamais retrouver la prosp�rit� des beaux temps de la gomme. Le commerce</p><p>d�exportation, exigeant des capitaux de plus en plus importants, fut monopolis� par les grandes maisons bordelaises.</p><p>L�arachide �tait export�e par Rufisque et Kaolack, tandis que le port de Saint-Louis, d�acc�s difficile, �tait progressivement abandonn�, surtout apr�s que le fleuve eut cess� d��tre la voie d�acc�s vers le Soudan, le chemin de fer Thi�s-Kayes assurant d�s 1923 la liaison Dakar-Niger.</p><p>Citoyens et sujets</p><p>Toutefois, les Saint-Louisiens conservaient leur avance culturelle et leurs privil�ges politiques. Ils obtinrent un enseignement primaire de type m�tropolitain et l�octroi de bourses pour permettre � leurs enfants d�aller poursuivre leurs �tudes en France. La R�publique de 1848 leur avait reconnu, ainsi qu�aux Gor�ens, la pl�nitude des droits civils et politiques. Ils furent, ainsi que les habitants de Rufisque et de Dakar, dot�s par la IIIe R�publique d�institutions repr�sentatives. Les originaires des quatre communes �lisaient les conseils municipaux de leur commune, le Conseil g�n�ral du S�n�gal et un d�put� � la Chambre fran�aise. Pour la premi�re fois, en 1914, un Noir, Blaise Diagne (1872-1934), fut �lu. Il se fit � Paris le d�fenseur efficace des droits des citoyens des quatre communes et pr�sida en Afrique au recrutement des troupes noires.</p><p>Les habitants de la brousse, sujets fran�ais, �taient soumis � l�imp�t de capitation, aux r�quisitions pour les travaux et pour l�arm�e, aux peines arbitraires de l�indig�nat. Leurs so-ci�t�s subissaient une mutation lente, mais profonde par l�introduction de l��conomie mon�taire. Les Ouolofs se ralliaient totalement et massivement � l�isl&#x101;m, sous la forme de l�adh�sion � une confr�rie : tidjanisme, introduit par El Hadj Malik Sy, ou mouridisme, cr�� par Amadou Bamba. De petites chr�-</p><p>tient�s naissaient chez les S�r�res et en Casamance.</p><p>Le S�n�gal dans l�A.-O. F</p><p>De 1902 � 1904, l�Afrique-Occidentale fran�aise re�ut son organisation. Le si�ge du gouvernement g�n�ral fut fix� � Dakar. Le S�n�gal n��tait plus qu�une des colonies du groupe, administr�e par un lieutenant-gouverneur r�sidant � Saint-Louis. Le Conseil g�n�ral, qui, en 1894, avait perdu comp�tence sur les pays dits � de protectorat �, fut remplac� en 1920 par un Conseil colonial, dans lequel si�g�rent, � c�t� des conseillers �lus par les citoyens des quatre communes, des repr�sentants des chefs de province et de canton nomm�s par l�Administration. Pour les Saint-Louisiens, le d�clin politique suivait le d�clin �conomique.</p><p>� partir du d�but du XXe s., les Europ�ens arriv�rent plus nombreux. Les progr�s de l�hygi�ne et de la m�decine, dus en grande partie aux recherches scientifiques effectu�es � l�Institut Pasteur de Dakar, avaient permis de juguler les �pid�mies de fi�vre jaune et de chol�ra, qui avaient �t� si meurtri�res au XIXe s.</p><p>Achet�e sur le march� fran�ais au-dessus du cours mondial, l�arachide continua de se d�velopper malgr� la crise. L�Administration avait impos� aux paysans d�adh�rer � des soci�t�s de pr�voyance, qui distribuaient des semences s�lectionn�es et constituaient des greniers de r�serve.</p><p>En 1940, le gouverneur g�n�ral</p><p>Pierre Boisson (1894-1948) maintint l�A.-O. F. hors de toute occupation et fit repousser une tentative de d�barquement anglo-gaulliste sur Dakar. Il rallia l�A.-O. F. au gouvernement d�Alger en novembre 1942.</p><p>Le S�n�gal ind�pendant</p><p>Apr�s la Seconde Guerre mondiale, le S�n�gal fut entra�n� dans le mouvement qui fit des anciennes colonies des territoires de l�Union fran�aise et bient�t des �tats ind�pendants. La vie politique, ancienne dans les quatre communes, gagna la brousse, apr�s que le d�put� s�n�galais Amadou Lamine-Gueye (1891-1968) eut fait accorder la citoyennet� � tous les habitants des</p><p>colonies. Apr�s l��chec de la f�d�ration du Mali, le S�n�gal devint en ao�t 1960 un �tat ind�pendant et souverain.</p><p>L�opold S�dar Senghor* fut �lu</p><p>pr�sident de la R�publique et a �t� constamment r��lu depuis. En mars 1976, le gouvernement fixe � trois le nombre des partis politiques dans le pays, ceux-ci devant appartenir � des courants id�ologiques diff�-</p><p>rents. Aussi, � l�Union progressiste s�n�galaise (U. P. S.), parti unique jusqu�en 1974, et au parti d�mocratique s�n�galais, autoris� depuis 1974, s�ajoute le Rassemblement national d�mocratique (R. N. D.), d�inspiration marxiste-l�niniste.</p><p>La population est pass�e de</p><p>1 700 000 habitants en 1938 � plus de 4,2 millions en 1976. Elle continue de s�accro�tre de 2,3 p. 100 par an.</p><p>L�exode rural gonfle les villes, et particuli�rement Dakar ; la capitale ne peut fournir emploi et logement � tous, ce qui cr�e une tension sociale. Les �tudiants de l�universit� constituent aussi un p�le de contestation.</p><p>Le S�n�gal, o� plus de la moiti� des enfants est scolaris�e, a donn� de bons auteurs � la litt�rature francophone*, au premier rang desquels le pr�sident Senghor. Il a conserv� le fran�ais comme seule langue officielle, mais la scolarisation des d�butants dans leur langue maternelle est � l�ordre du jour.</p><p>D. B.</p><p>Le peuplement</p><p>Les Ouolofs* (32 p. 100 de la population) occupent la zone qui va du delta du S�n�gal au cap Vert, o� se situent les deux capitales : l�ancienne (Saint-Louis, qui a perdu en 1957-1959 sa fonction administrative, apr�s avoir perdu son r�le �conomique) et la nouvelle (Dakar*, qui fut la capitale de la</p><p>� f�d�ration � d�Afrique-Occidentale fran�aise). C�est ce qui explique que le ouolof, parl� ou compris par pr�s de 70 p. 100 de la population, tende � jouer le r�le de langue nationale. Les S�r�res* (16 p. 100) sont concentr�s dans le Sine-Saloum. Les Toucouleurs*</p><p>(7 p. 100), de langue peule, mais cultivateurs, occupent la vall�e moyenne</p><p>du S�n�gal (Fouta-Toro). Les Peuls*</p><p>(11 p. 100), sp�cialis�s dans l��levage bovin, sont dispers�s un peu partout ; seuls � nomadiser dans le Ferlo, ils en sont progressivement chass�s sur les marges par les progr�s de la colonisation agricole. On trouve encore des downloadModeText.vue.download 77 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10032</p><p>Mandingues (ou Malink�s*) [4 p. 100]</p><p>dans la haute Gambie et la moyenne Casamance, des Sarakoll�s (1 p. 100) sur le S�n�gal (� la fronti�re du Mali).</p><p>Les Diolas, riziculteurs (5 p. 100), et d�autres ethnies occupent la basse Casamance. L�isl&#x101;m, religion dominante, tend � faire dispara�tre l�animisme traditionnel en basse Casamance, et les catholiques n�existent que comme minorit� (Petite C�te, Casamance).</p><p>La population urbaine repr�sente le tiers de la population totale, proportion exceptionnelle en Afrique tropicale. Il faut y voir l�effet de la pr�sence de l��norme agglom�ration dakaroise</p><p>� capitale de l�Afrique-Occidentale fran�aise � l��poque coloniale, qui concentre � elle seule la moiti� de cette population urbaine �, du d�veloppement ancien de l��conomie de march� et d�un essor pr�coce, bien que limit�, des activit�s industrielles.</p><p>Mais le gonflement urbain est aussi le reflet de la paup�risation rurale. On ne compte que 100 000 salari�s environ (en majorit� urbains, mais pas exclusivement), avec un taux de ch�mage qui oscille entre 10 et 40 p. 100. Depuis une dizaine d�ann�es, l��migration vers la France s�est surajout�e � l�afflux vers les villes, touchant surtout les r�gions d�sh�rit�es du Nord, principalement la r�gion du � Fleuve �</p><p>(environ 100 000 immigr�s en France).</p><p>En dehors de Dakar, les principales villes sont Thi�s (69 000 hab.), annexe industrielle du Cap-Vert, Kaolack (70 000 hab.), centre du bassin arachidier, Saint-Louis (49 000 hab.) et Ziguinchor (30 000 hab.), capitales r�gionales. Le taux de scolarisation primaire est pass� de 6 p. 100 en 1950</p><p>� 24 p. 100 en 1965 et � 32 p. 100 en</p><p>1969. L�universit� de Dakar, cr��e en 1957, est la plus ancienne et la principale universit� de l�Afrique tropicale francophone, mais tend � devenir plus s�n�galaise qu�ouest-africaine.</p><p>L��conomie</p><p>Peu dou� par la nature, le S�n�gal a �t� pr�cocement p�n�tr� par l��conomie marchande de type colonial : le premier atteint par les navigateurs venant d�Europe, il fut le point de d�part de la colonisation fran�aise en Afrique de l�Ouest.</p><p>Il reste le mieux pourvu en moyens de communication, avec l�excellent port de Dakar et avec 1 186 km de voies ferr�es (Dakar-Niger, en direction du Mali ; Dakar-Saint-Louis, se greffant � Thi�s sur le Dakar-Niger ; plusieurs embranchements secondaires : Louga-Lingu�re, Tivaouane-Ta�ba, Guin-</p><p>guin�o-Kaolack-Lyndiane, Diourbel-Touba). Il dispose d�un r�seau routier relativement d�velopp� (4 000 km de routes bitum�es).</p><p>L�agriculture</p><p>Les sols sableux du S�n�gal convenaient � la culture de l�arachide, dont la proximit� du littoral facilitait l�exportation. Le S�n�gal est ainsi devenu la terre de l�arachide, qui repr�sentait encore en 1962 plus de 80 p. 100 en valeur des exportations. La culture de l�arachide n�est pas une monoculture : l�arachide est cultiv�e en association ou en assolement avec des plantes vivri�res (mil, ni�b�s [sorte de haricots]).</p><p>Mais ce fut longtemps la seule production exportable, drain�e par les factoreries des grandes soci�t�s de commerce ou leurs interm�diaires (� traitants � libanais ou africains) et �chang�e contre des produits manufactur�s import�s (tissus, quincaillerie), mais aussi alimentaires (sucre, riz [plus de 100 000 t import�es par an]).</p><p>Le revenu paysan reste tr�s bas</p><p>(revenu mon�taire du producteur</p><p>d�arachide en 1969-70, par famille, tous frais d�exploitation d�duits : 13 000 francs C. F. A.). C�est ce qui explique l�absence d�une agriculture capitaliste et la longue persistance de</p><p>m�thodes culturales archa�ques : l�emploi de main-d�oeuvre salari�e ne peut �tre rentable, et les tentatives de culture m�canis�e ont �chou� pour des raisons financi�res plus que techniques. Tout au plus peut-on noter une tendance � la concentration : les exploitations de plus de 15 ha (la moyenne est de 1 ha) occupent 14 p. 100 du sol cultiv� et 25 p. 100 de la main-d�oeuvre. Les gros exploitants sont g�n�ralement en m�me temps commer�ants ou appartiennent � la f�odalit� religieuse, qui s�est substitu�e � la f�odalit� militaire, d�chue par la colonisation. Les sectes musulmanes (notamment celle des</p><p>mourides) ont jou� un grand r�le dans l�expansion de l�arachide ; les chefs religieux (marabouts) b�n�ficient des redevances ou de la main-d�oeuvre gratuite de leurs fid�les. La main-d�oeuvre saisonni�re (nav�tanes venus du Mali ou de Guin�e) est r�tribu�e en nature (parcelle individuelle et pourcentage de la r�colte).</p><p>Depuis l�ind�pendance, un effort a �t� fait pour accro�tre cette source majeure de revenus pour le pays. La production commercialis�e est pass�e de 500 000 t par an (1930-1939) � 800 000 t (1960-1967), avec un record de 1 200 000 t en 1965-66. Mais ce progr�s a �t� obtenu plus par extension des surfaces cultiv�es (40 p. 100 de 1960</p><p>� 1967) que par intensification de la production. L�effort de modernisation (diffusion de la culture attel�e, des semences s�lectionn�es, des engrais) n�a touch�, en gros, que du tiers � la moiti� downloadModeText.vue.download 78 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10033</p><p>des surfaces cultiv�es et ne s�est pas traduit par une augmentation du revenu paysan, l�accroissement des charges annulant les effets de l�accroissement de la production.</p><p>L�effet conjugu�, � partir de 1968, de l�alignement des prix sur les cours mondiaux, impos� par l�association � la Communaut� �conomique europ�enne (ant�rieurement l�arachide s�n�galaise b�n�ficiait de prix privil�-</p><p>gi�s sur le march� fran�ais), et d�une s�rie d�ann�es de s�cheresse a abouti � la chute de la production (408 000 t en 1972-73) et des revenus (12,5 milliards de francs C. F. A. en 1969-70 contre 20,5 milliards en 1961-62).</p><p>Les efforts de diversification de la production agricole n�ont eu jusqu�ici qu�une port�e limit�e et ont �t� contrari�s par la pluviom�trie d�ficiente de 1968 � 1973 : introduction du coton (33 000 t en 1974) ; d�veloppement des cultures mara�ch�res (70 p. 100 dans la r�gion du Cap-Vert) pour la consommation urbaine et l�exportation ; mise en valeur des ressources de l��levage (cr�ation, pr�s de Dakar, de deux fermes d�embouche) ; essor de la riziculture pour limiter les importations, surtout en Casamance (mais la production stagne aux environs de 140 000 t, partiellement en raison de la conversion � la canne � sucre de l�ancien casier rizicole de Richard-Toll en 1972).</p><p>Mais la p�che, de son c�t�, conna�t une expansion rapide (357 000 t en 1974) : elle est devenue la premi�re ressource de l��conomie, apr�s l�arachide.</p><p>L�industrie</p><p>D�s l��poque coloniale, la pr�sence de la capitale � f�d�rale �, Dakar, avait valu au S�n�gal une industrialisation pr�coce, bien que limit�e : industries de � substitution � aux importations (brasserie, tabac et allumettes, textile, chaussures, cimenterie) ; industries de transformation des produits exportables (huileries d�arachide, conserveries de poisson), presque toutes concentr�es dans l�agglom�ration du Cap-Vert et � Thi�s. Il s�y ajoute depuis l�ind�pendance, outre de nouvelles unit�s (textiles notamment), une raffinerie de p�-</p><p>trole, une usine d�engrais, une fabrique de mat�riel agricole.</p><p>L�expansion industrielle est incontestable : son chiffre d�affaires est pass� de 44 milliards de francs C. F. A.</p><p>en 1964 � 80 milliards en 1970. Mais le S�n�gal est d�sormais surclass� par la C�te-d�Ivoire (100 milliards en 1970).</p><p>En d�pit du soutien de l��tat, l�industrie s�n�galaise, con�ue pour le march� ouest-africain francophone, a souffert, dans les ann�es qui ont suivi l�ind�pen-</p><p>dance, de la perte d�une grande partie de ses march�s ext�rieurs ouest-africains, o� se sont �difi�es des industries concurrentes. Elle est �galement affect�e par les fluctuations du march� agricole int�rieur et des revenus paysans. L�expansion a surtout marqu� les industries exportatrices hors du march� africain.</p><p>L�huilerie, dont la concentration s�est accentu�e, traite depuis 1971 la totalit� de la production arachidi�re s�-</p><p>n�galaise, qui n�est plus export�e que sous forme d�huile (huile brute surtout, raffin�e � Casablanca ou en France) et de tourteaux. Mais la chute de la production ne lui permet pas de travailler � pleine capacit�.</p><p>Dans le domaine minier, l�exploitation des sables titanif�res (ilm�nite) de la Petite C�te a �t� abandonn�e peu apr�s l�ind�pendance en raison de la faiblesse des cours mondiaux ; l�exploitation de phosphates d�alumine � Pallo, pr�s de Thi�s, par Pechiney est en recul (1969 : 250 000 t ; 1972 : 165 000 t). En revanche, la Compagnie s�n�galaise des phosphates de Ta�ba (consortium franco-am�ricain avec participation de l��tat s�n�galais) a d�velopp� sa production de phosphates de chaux (600 000 t en 1960, premi�re ann�e d�exploitation ; 1,5 million de tonnes en 1974), qui fournit en valeur l�essentiel des exportations s�n�galaises de produits min�raux. La production des marais salants du Sine-Saloum, en partie export�e, a doubl� depuis 1960 (150 000 t de sel en 1974).</p><p>L��volution des</p><p>structures commerciales</p><p>Dans l��conomie de � traite � traditionnelle, le commerce, contr�l� par quelques grandes soci�t�s, dominait toute la vie �conomique. Ces grandes soci�t�s continuent de contr�ler l�essentiel du commerce ext�rieur.</p><p>Mais les structures traditionnelles de la traite ont �volu�. La nationalisation, depuis 1960, de la commercialisation de l�arachide au b�n�fice d�un Office d��tat (� participation priv�e) avait pour objectif de donner � l��tat le contr�le de la traite. Elle a abouti � la fermeture d�un grand nombre de facto-</p><p>reries de brousse, priv�es d�une bonne moiti� de leur chiffre d�affaires ; les grandes soci�t�s se sont repli�es sur le commerce de gros et les grands magasins urbains ; nombre de succursales de ces soci�t�s et de d�taillants libanais ont �t� remplac�s par des commer-</p><p>�ants s�n�galais. Favoris�s par l��tat, les hommes d�affaires s�n�galais ne jouent, cependant, encore qu�un r�le �conomique limit�.</p><p>Dans le commerce ext�rieur, les</p><p>produits de l�arachide ne repr�sentent plus en 1971 que 35,7 p. 100 en valeur des exportations, plus du fait de la chute de la production de l�arachide que des progr�s de la diversification.</p><p>La part de la France dans le commerce ext�rieur reste pr�pond�rante, mais a fl�chi (50 p. 100 environ des exportations et des importations en 1970-71, contre 85 p. 100 des exportations et les deux tiers des importations dans les ann�es 1960-1962). Ce commerce ext�rieur reste largement d�ficitaire (importations couvertes aux deux tiers par les exportations en 1960, d�ficit n�gligeable en 1966 [ann�e record de l�arachide], importations couvertes � 80 p. 100 en 1975).</p><p>Le tourisme (plages de sable du littoral, parc national de Niokolo-Koba � la fronti�re guin�enne), malgr� un gros</p><p>effort d��quipement, n�apporte que des ressources suppl�mentaires limit�es.</p><p>J. S.-C.</p><p>F Afrique noire / Dakar / Empire colonial fran-</p><p>�ais / Faidherbe (L.) / Francophones (litt�ratures)</p><p>/ Ouolofs / Senghor (L. S.) / S�r�res.</p><p>G. Hardy, la Mise en valeur du S�n�gal de 1817 � 1854 (Larose, 1921). / J. Trochain, Contribution � l��tude de la v�g�tation du S�n�gal (Larose, 1942). / A. Villard, Histoire du S�n�gal (Ars Africae, Dakar, 1943). / A. Del-court, la France et les �tablissements fran�ais au S�n�gal entre 1713 et 1763 (Institut fr., Dakar, 1952). / J. Charpy, la Fondation de Dakar (Larose, 1958). / L. S. Senghor, Nation et voie africaine du socialisme (Pr�sence africaine, 1962). / H. Deschamps, le S�n�gal et la Gambie (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1964 ; 2e �d., 1968). / P. P�lissier, les Paysans du S�n�gal. Les civilisations agraires du Cayor � la Casamance (Impr. Fabr�gne, Saint-Yrieix, 1967). / V. Dia-rassouba, l��volution des structures agricoles du S�n�gal (Cujas, 1968). / M. A. Klein, Islam and Imperialism in Senegal. Sine-Saloum, 1847-1914 (Stanford, 1968). / S. Amin, le Monde des affaires s�n�galais (�d. de Minuit, 1969). / P. Fougeyrollas, O� va le S�n�gal ? Analyse spectrale d�une nation africaine (I. F. A. N., Dakar, et Anthropos, 1970). / J.-C. Gautron, l�Administration s�n�galaise (Berger-Levrault, 1970). / G. W. Johnson, The Emergence of Black Politics in Senegal. The Struggle for Power in the Four Communes, 1900-1920 (Stanford, 1971). / B. Barry, le Royaume de Waalo-Le S�n�-</p><p>gal avant la conqu�te (Maspero, 1972). / J. Co-</p><p>pans, P. Conty, J. Roch et G. Rocheteau, Maintenance sociale et changement �conomique au S�n�gal, t. I : Doctrine �conomique et pratique du travail chez les Mourides (O. R. S. T. O. M., 1972). / M. Diarra, Justice et d�veloppement au S�n�gal (Nouv. �d. africaines, 1973).</p><p>S�n�que</p><p>En lat. LUCIUS ANNAEUS SENECA, philosophe latin (Cordoue v. 4 av. J.-C. -</p><p>Rome 65 apr. J.-C.).</p><p>Sa vie</p><p>Second des trois fils de S�n�que le Rh�teur (v. 55 av. J.-C. - v. 39 apr.</p><p>J.-C.), Lucius Annaeus Seneca, apr�s avoir �tudi� la rh�torique, se tourna vers la philosophie et suivit avec passion les le�ons de ses ma�tres, l�orateur Fabianus, le sto�cien Attalus et le pythagoricien Sotion le Jeune, qui le pouss�rent vers l�asc�tisme. Les exhortations de son p�re et sa sant� fragile le contraignirent � renoncer � ce s�v�re mode de vie, et S�n�que devint un avocat brillant. Questeur en 33, orateur mondain bien vu de la soci�t� imp�-</p><p>riale, il s�attira l�inimiti� de la femme de Claude*, Messaline, qui le fit rel�-</p><p>guer en Corse (41). Au bout de huit ans d�exil, il fut rappel� par Agrippine, la nouvelle imp�ratrice, qui lui avait toujours �t� favorable et qui l�adjoignit � Burrus pour �tre le pr�cepteur de son fils N�ron (49). D�abord �minence grise du r�gime, S�n�que, au d�but du r�gne de N�ron*, eut beau s�attacher le jeune prince et rendre ses le�ons attrayantes, il vit tr�s vite l�adolescent lui �chapper. Du moins pendant treize ans mena-t-il une vie fastueuse, peu en rapport avec la rigueur de sa morale (il accrut une fortune d�j� consid�rable dans de douteuses sp�culations) et dont on peut juger s�v�rement les complaisances (encouragement aux d�bauches de N�ron, satire de Claude, apologie du meurtre d�Agrippine), jusqu�au jour o�, las de cette existence, impuissant devant les exc�s de la Cour et en butte aux attaques de ses ennemis, jaloux de ses richesses et de son influence, il demanda � se retirer (62). L�empereur refusa, mais, d�s lors, le philosophe s��carta peu � peu des affaires, vivant dans une demi-retraite et se vouant � ses travaux et � la m�ditation. Com-</p><p>promis en 65 dans la conspiration de Pison, il re�ut l�ordre de mourir et se fit ouvrir les veines.</p><p>Un double visage</p><p>On s�est longtemps indign�, et l�on s�indigne encore, du d�saccord entre la vie de S�n�que et les principes de haute morale que celui-ci pr�ne. L�ensemble downloadModeText.vue.download 79 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10034</p><p>de son oeuvre, en effet, est, jusque dans certains vers de ses neuf trag�dies, une invitation constante � la vertu, un appel � la pauvret�, � la sagesse, au m�pris des biens de ce monde.</p><p>Les titres m�mes de ses �crits, �chelonn�s sur toute son existence, mais dont la chronologie n�est pas toujours assur�e, indiquent ses pr�occupations spirituelles �lev�es : ce sont ses trois Consolations (� Marcia, � sa m�re Hel-via, � l�affranchi Polybe, compos�es avant et pendant son exil), ses trait�s (De la cl�mence, Des bienfaits, entre 54 et 64), ses dialogues (Sur la col�re, 41 ? ; Sur la bri�vet� de la vie, d�but 49 ; Sur la tranquillit� de l��me, Sur la constance du sage, ant�rieurs � 59 ; Sur le bonheur de la vie, printemps 59 ? ; Sur la retraite, fin 62 ; Sur la providence, 63). Ajoutons la morale en action des admirables Lettres � Lucilius (63-64), les r�flexions sur la providence et la volont� d�instruction des Questions naturelles (v. 63-64). Seule fait exception � cette fin apolog�tique l�Apocolocynthosis (M�tamorphose en citrouille), satire bouffonne de l�empereur Claude. Et sans doute le contraste est-il grand entre les le�ons du philosophe et l�image qu�il a laiss�e de lui, m�me si ses derni�res ann�es compensent par leur dignit� les faiblesses et les complaisances de l��ge m�r.</p><p>Cette �nigmatique dualit�, cette contradiction g�nante impliquent chez S�n�que la coexistence d�une nature inqui�te toute tendue vers un id�al et d�un caract�re avide d�honneurs et d�influence. Mais s�il c�da trop souvent aux s�ductions mondaines, comment ne pas �tre sensible au fait que, dans la</p><p>soci�t� corrompue qu�il c�toyait et qui avait pour mod�le le prince qui le gou-vernait, S�n�que sut �lever la voix et finalement appara�tre en cette �poque troubl�e comme la conscience inqui�te, le guide qui mit ses dons exceptionnels au service de l��lan passionn� et g�n�-</p><p>reux de ses convictions ?</p><p>S�n�que et la trag�die</p><p>On attribue � S�n�que neuf trag�dies : Hercule furieux, les Troyennes, les Ph�niciennes, M�d�e, Ph�dre, OEdipe, Agamemnon, Thyeste, Hercule sur l�OEta, en rejetant comme apocryphe une dixi�me pi�ce, Oc-tavie. Leur classement chronologique est impossible ; peut-�tre ont-elles �t� �crites entre 49 et 62. Par ailleurs, on ignore si elles ont �t� repr�sent�es ou non : bien qu�elles soient parfaitement jouables, on pense g�n�ralement qu�elles �taient destin�es aux lectures publiques.</p><p>S�il imite les po�tes tragiques grecs, S�-</p><p>n�que s�affranchit de ses mod�les, tout en �tant loin d�atteindre leur perfection. L�action progressive de la trag�die grecque est remplac�e par une suite de tableaux, dont les morceaux de bravoure, les longues tirades d�clamatoires, les dissertations morales ou philosophiques d�inspiration sto�cienne, les descriptions interminables se substituent au mouvement dramatique.</p><p>L�outrance des proc�d�s, l�enflure du style sont compens�es par une certaine force dans l�analyse psychologique, le sens du path�tique et du pittoresque ainsi que par l��l�gance de la langue. Il reste que ce th��tre influencera la trag�die des XVIe et XVIIe s. fran�ais.</p><p>Une le�on de sto�cisme</p><p>Si S�n�que s�impose � nous, c�est par son oeuvre de philosophe, dont l�objet est, depuis vingt si�cles, toujours moderne. � vrai dire, il est plus moraliste que philosophe. On a relev� chez lui les contradictions d�une m�taphysique flottante (il oscille entre la conception d�un Dieu unique et le panth�isme, croit tant�t � la providence, tant�t � la fatalit�, consid�re l��me comme mat�rielle et p�rissable ou comme une �manation de Dieu, vers qui elle retournera, ou encore comme un principe individuel et immortel). Cette incertitude � l��gard des syst�mes qu�il adopte tour � tour,</p><p>ce manque de s�ret� qui l�emp�che de d�boucher sur une intuition unique et essentielle de la transcendance et de s�y tenir r�v�lent finalement peut-�tre une esp�ce d�indiff�rence pour tout ce qui ne concerne pas des questions directes, concr�tes, voire quotidiennes.</p><p>Son m�pris de la dialectique (� la philosophie n�est pas la philologie �), son ind�pendance d�esprit devant les �coles (� nous pouvons discuter avec Socrate, douter avec Carn�ade, nous reposer avec �picure, vaincre la nature humaine avec les sto�ciens, la d�passer avec les cyniques �) traduisent avant tout le d�sir d�empoigner l�homme engag� dans l�existence pour l�amener � devenir meilleur (ses expressions sont significatives : melior fieri, meliorem facere, emendatio, proficere, remedio intentus).</p><p>Rajeunissant les lieux communs</p><p>du sto�cisme, S�n�que applique tous ses efforts � faire tendre la volont� individuelle vers la voie du d�passement, c�est-�-dire le d�dain des biens sensibles et l�indiff�rence devant les traverses de l�existence. La mati�re n�est pas nouvelle, mais l�originalit� de S�n�que est dans l�approfondissement de ces th�mes depuis longtemps conventionnels. La p�n�tration de ses variations (sur la mort, la douleur, la pauvret�, la fortune, l�exil), son sens des nuances, sa subtile d�licatesse dans l�analyse indiquent une acuit� psychologique d�instinct. � l�appui de cette profondeur, un don rare de l�improvisation, un style qui sait �tre �pre et v�h�ment, toujours vari� par sa vivacit�, ses rebondissements, l�abondance des images, mais qui n�exclut pas des fautes de go�t, par exc�s m�me de richesse, et une composition parfois d�concertante (� c�est du sable sans chaux �, disait Caligula). Cette intime fusion d�une noble pens�e et d�une expression en rupture avec l�esth�tique traditionnelle situe S�n�que parmi les plus grands.</p><p>A. M.-B.</p><p>F Antiquit� classique (les grands courants litt�-</p><p>raires de l�) / Latine (litt�rature).</p><p>R. Waltz, la Vie politique de S�n�que (Perrin, 1909). / A. Bourgery, S�n�que prosateur</p><p>(Les Belles Lettres, 1922). / E. Albertini, la Composition dans les ouvrages philosophiques de S�n�que (De Boccard, 1923). / L. Herrmann, le Th��tre de S�n�que (Les Belles Lettres, 1924).</p><p>/ A. Pittet, le Vocabulaire philosophique de S�n�que (Les Belles Lettres, 1937). / F. Mar-tinazzoli, Seneca (Florence, 1945). / A. de Bovis, la Sagesse de S�n�que (Aubier, 1948). /</p><p>P. Grimal, S�n�que, sa vie, son oeuvre (P. U. F., 1948 ; nouv. �d., 1967). / F. Giancotti, Saggio sulle tragedie di Seneca (Rome, 1953). /</p><p>I. Lana, L. A. Seneca (Turin, 1955). / A. Cattin, les Th�mes lyriques dans les trag�dies de S�n�que (Fribourg, 1963). / J. M. Andr� et P. Aubenque, S�n�que (Seghers, 1964). / C. Wanke, Seneca, Lucan, Corneille (Heidelberg, 1964). / Les Trag�dies de S�n�que et le th��tre de la Renaissance (C. N. R. S., 1964). / K. Abel, Bauformen in Senecas Dialogen (Heidelberg, 1967).</p><p>s�nescence</p><p>Processus d�involution de l�organisme en fonction de son �ge avanc�.</p><p>Il s�agit d�un mot plus pr�cis que vieillissement, qui inclut souvent l�id�e d�augmentation en �ge de l�individu, avanc�e en �ge et s�nescence n�allant pas toujours de pair.</p><p>L��tat s�nile</p><p>Il est bien connu chez l�Homme par ses manifestations externes : rides de la peau, tassement de la colonne vert�brale (diminution de la taille), voire courbure de cette derni�re, perte des cheveux (beaucoup plus chez l�homme que chez la femme) et d�coloration des poils, diminution de l�acuit� des appareils sensoriels, affaiblissement musculaire d� � une d�g�n�rescence des fibrilles musculaires, tremblement, r�gulation thermique difficile, etc.</p><p>Mais la principale caract�ristique de la s�nescence est peut-�tre l�arr�t des fonctions de reproduction. Chez la femme, c�est la m�nopause*, marqu�e par l�arr�t des cycles oestraux ; chez l�homme, c�est le fl�chissement plus lent et plus tardif des activit�s sexuelles. Tout cela correspond � une baisse de l�activit� endocrinienne, qui s��tend (on le sait maintenant) � bien d�autres hormones qu�aux hormones sexuelles. L�involution sexuelle est donc bien l�effet, non la cause, de la</p><p>s�nescence. Notons, cependant, que certaines hormones, comme l�insuline (hormone hypoglyc�miante du pancr�as) et les corticost�ro�des (hormones des corticosurr�nales), ne semblent pas s�cr�t�es en quantit� moindre avec l��ge.</p><p>Le d�bit cardiaque diminue progressivement, ce qui est � mettre en rapport avec les augmentations de la pression art�rielle et de la r�sistance p�riph�-</p><p>rique, elles-m�mes dues � un durcissement des vaisseaux.</p><p>La fonction digestive s�effectue plus difficilement (baisse des s�cr�tions enzymatiques). Les fonctions d�excr�-</p><p>tion, tant pulmonaire que r�nale, vont aussi en diminuant, de m�me que les fonctions psychiques. Tous ces faits sont la cons�quence de la baisse des m�tabolismes cellulaires et des capacit�s d�adaptation de l�organisme (maintien de la constance du milieu int�-</p><p>rieur, ou hom�ostasie, et lutte contre les agressions externes : variations de temp�rature, effort, etc.).</p><p>Chaque cellule semble touch�e par le processus de s�nescence, puisque le renouvellement du protoplasme s�effectue beaucoup plus lentement et qu�on assiste � une perte d�eau qui modifie le rapport eau intracellulaire</p><p>/ eau extracellulaire. Faut-il, d�s lors, rechercher l�origine de la s�nescence au niveau de la biochimie cellulaire ?</p><p>Notons d�abord que la s�nescence s��tend � de nombreuses esp�ces de Mammif�res (Singes, Rats...) et m�me aux Oiseaux, incluant ainsi dans un m�me groupe tous les animaux � temp�rature constante (hom�othermes) et � croissance limit�e.</p><p>Dans le cas des Vert�br�s � temp�rature variable, l�involution des organes est en g�n�ral beaucoup plus tardive.</p><p>La fonction de reproduction, en particulier, ne diminue g�n�ralement pas avec l��ge. Parfois la croissance se poursuit toute la vie. Est-ce, pour autant, dire qu�il n�y a pas s�nescence et que la mort est toujours accidentelle ?</p><p>Il ne semble pas, car des �tudes statistiques sur des Poissons ont montr� que le taux de mortalit� s�accro�t avec l��ge.</p><p>downloadModeText.vue.download 80 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10035</p><p>La s�nescence, avec des formes</p><p>diverses, para�t toucher aussi le plus grand nombre des M�tazoaires invert�br�s. Il en est, en tout cas, ainsi pour les Insectes, les Rotif�res, certains Vers et Crustac�s inf�rieurs (Daphnies, Cyclops).</p><p>Parmi les v�g�taux, chez certains Champignons, comme Podospora an-serina (Ascomyc�tes), on a mis en �vidence l�existence d�un � d�terminant de la s�nescence �, sans pour autant pouvoir le caract�riser.</p><p>S�nescence et</p><p>immortalit� cellulaire :</p><p>les facteurs internes</p><p>de la s�nescence</p><p>La mort* existe-t-elle n�cessairement chez tous les �tres vivants en tant que cons�quence in�luctable de la s�nescence ?</p><p>Chez les Bact�ries, les Protozoaires, les Champignons unicellulaires,</p><p>comme les Levures, l�existence individuelle ne cesse pas par destruction de la mati�re vivante, mais par coupure en deux cellules filles de la cellule m�re.</p><p>Est-ce dire qu�il n�y a jamais s�nescence ? On a pu montrer chez certains Protozoaires (M. A. Rudzinska sur Tokophrya infusionum) un �tat s�nile, caract�ris� par la d�g�n�rescence du macronucleus, qui peut devenir inapte � se reproduire, par l�apparition de petites particules et de lipides dans les vacuoles, et enfin par la r�sorption des mitochondries et du reticulum endoplasmique.</p><p>Cependant, la s�nescence d�une cellule menant une vie individuelle libre et celle d�une cellule incluse dans un organisme ne sont pas dues aux m�mes facteurs.</p><p>Alexis Carrel (1873-1944) a d�mon-tr�, d�s 1911, que des tissus d�embryon de poulet peuvent vivre in vitro bien plus longtemps que la long�vit� maxi-</p><p>male de l�animal lui-m�me ne leur aurait permis, � condition de renouveler r�guli�rement le milieu nutritif.</p><p>Cette remarque a conduit � v�rifier que les cellules et les milieux extracellulaires des individus �g�s accumulent des substances nocives (calcium, pigments, prot�ines inactives, lipides).</p><p>Inversement, il y a diminution de certaines enzymes (aldolase, lactico-d�shydrog�nase, b�ta-glycuronidase, h�xokinase) ou de corps riches en �nergie (A. T. P. [acide ad�nosine-triphosphorique]) ; enfin, appareil de Golgi et mitochondries subissent une fragmentation. Les cellules des divers tissus d�un organisme ont, de surcro�t, un comportement tr�s variable face au vieillissement. Le plus dramatique pour l��tre humain est celui des cellules nerveuses.</p><p>Bien que le comportement de</p><p>l�A. D. N. nucl�aire, ou ribosomial (acide d�soxyribonucl�ique), ne soit pas �tranger � bon nombre des processus que nous venons de signaler, l�organisme lui-m�me et le poids qu�il fait peser sur l�ensemble des cellules qui le constituent sont, en grande partie, responsables de l��tat s�nile (r�les des tissus nerveux et hormonaux), comme le montre A. Carrel.</p><p>Les facteurs externes</p><p>de la s�nescence</p><p>De m�me que la long�vit�, la s�nescence tient incontestablement compte de l�h�r�dit� de l�individu. Mais on voit reculer la s�nescence, donc la mort</p><p>� naturelle � d�un individu, � la suite de tout processus capable de r�duire le m�tabolisme.</p><p>Un r�gime alimentaire qualitativement �quilibr�, mais pauvre quantitativement, prolonge la vie de l�organisme (exp�riences sur la Drosophile, le Rat, etc.). L�Homme ne semble pas �chapper � cette r�gle, puisque la mortalit� est de 20 p. 100 sup�rieure au risque de l�ensemble de la population chez les individus pesant 10 p. 100 de plus que le poids id�al. L�influence de la temp�rature a fait l�objet de nombreuses recherches. Sur la Daphnie (Daphnia magna), il a �t� d�montr� que l�action de la temp�rature sur le vieillissement</p><p>est du m�me ordre que celle qu�elle a sur la cin�tique des r�actions bio-chimiques. Le Rat congel� � � 3 �C voit sa s�nescence pratiquement bloqu�e, mais sa � vie � aussi. Or, l�int�r�t de telles recherches peut �tre double : ralentir la s�nescence dans des cas o� la � vie � serait inutile (par exemple : voyage dans l�espace) ; provoquer un v�ritable rajeunissement de l�organisme � mais, dans ce dernier cas, rien n�est encore certain.</p><p>La g�rontologie*</p><p>Cette science r�cente a �clat� en deux branches : l�une m�dicale, la g�riatrie ; l�autre biologique et sociologique, la g�rontologie au sens strict.</p><p>J. P.</p><p>F. Bourli�re, S�nescence et s�nilit� (Doin, 1958). / H. Destrem, � la conqu�te du troisi�me �ge ou les Secrets de la long�vit� (Gallimard, 1958). / L. Rey, Conservation de la vie par le froid (Hermann, 1960). / L. Biner, G�rontologie et g�riatrie (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1961 ; 3e �d., 1969). / M. D. Grmek, � le Vieillissement et la mort �, dans Biologie sous la dir. de J. Rostand et A. T�try (Gallimard, � Encyclop�die de la Pl�iade �, 1965). / H. Bour et M. Aumont, le Troisi�me �ge, prospective de la vie (P. U. F., 1969). / J. Paillat et autres, Conditions de vie et besoins des personnes �g�es (P. U. F., 1969-1973 ; 3 vol.). / E. Weiser, la Lutte contre le vieillissement (�d. du Seuil, 1971). / P. G. Duha-mel, Cette vieillesse qui nous attend (Hachette, 1972). / M. H. Adler, Passeport pour le troisi�me �ge (Calmann-L�vy, 1974). / P. Vellas, les Chances du troisi�me �ge (Stock, 1974).</p><p>Aspects psychologiques</p><p>et psychiatriques</p><p>de la s�nescence</p><p>et de la s�nilit�</p><p>L�esprit ne se trouve pas �pargn� par la loi biologique g�n�rale de la s�nescence, �troitement subordonn� qu�il est � des fonctions nerveuses hautement sensibles au processus de vieillissement. Il faut cependant, du point de vue neuropsychique, distinguer deux aspects diff�rents du vieillissement.</p><p>Le premier, la s�nescence, est un processus normal li� � la vie, absolument in�vitable, mais �minemment variable dans le moment de son apparition d�une personne � l�autre.</p><p>Le second, la s�nilit�, com-</p><p>porte des troubles neurologiques et psychopathologiques.</p><p>Dans certaines conditions pathologiques, la s�nescence cesse de constituer un �tat normal pour aboutir � une s�nilit� plus ou moins pr�coce. Cependant, il est quelquefois bien difficile de d�terminer les fronti�res de ces deux �tats.</p><p>S�NESCENCE NEUROPSYCHIQUE</p><p>Quoi qu�il en soit, le vieillissement imprime � l�intelligence et � l�affectivit� un cachet sp�cial : le vieillard voit souvent sa m�-</p><p>moire, ses capacit�s d�attention et d�effort intellectuel, son imagination, son dynamisme s�affaiblir progressivement. L�initiative et la curiosit� d�esprit s��moussent. Les sens (vue et ou�e) perdent leur finesse, et les r�actions r�flexes psychomotrices se font plus lentes. Le d�sir et la puissance sexuels r�gressent, puis disparaissent � un �ge tr�s variable. Les traits les plus caract�ristiques de la mentalit� du vieillard r�sident dans la perte de la souplesse psychique, la difficult� de r�aliser des acquisitions intellectuelles nouvelles et de faire face aux situations impr�vues. Accabl� par la limitation croissante du champ des possibilit�s physiques et mentales, l��tre humain vieillissant s�adapte parfois difficilement � son �tat.</p><p>Cette adaptation d�pend beaucoup de la personnalit� ant�rieure, de son �panouissement social, des richesses naturelles ou acquises du psychisme. � On vieillit comme on a v�cu �, et le � bien-vieillir � n�cessite des r�ajustements importants dans l�organisation de l�existence et dans les int�r�ts affectifs. Il faut que l�Homme accepte son troisi�me �ge, regroupe ses forces et ses activit�s dispers�es pour une nouvelle t�che proportionn�e � ses moyens. L�inactivit� compl�te n�est jamais souhaitable. De plus, malgr� l�affaiblissement des performances, tout n�est pas n�gatif dans cet �ge avanc� : le jugement peut �tre tr�s longtemps tr�s bien conserv� et m�me s�affirmer gr�ce � l�exp�rience pass�e et � la r�flexion que</p><p>permet le retrait des batailles existentielles de la vie sociale. La sagesse et la lucidit� de certains vieillards ne sont pas un mythe.</p><p>Quoi qu�il en soit pour le � bien-vieillir �, le r�le de l�entourage est capital.</p><p>On rencontre fr�quemment, surtout au d�but de la s�nescence, des r�actions de</p><p>� non-occupation � : d�pression, angoisse, sentiments d��chec et d�insatisfaction avec repli sur soi. Parfois certains sujets veulent m�conna�tre syst�matiquement tout vieillissement, refusent d�abdiquer et se surm�nent. D�autres se r�voltent et deviennent agressifs � l��gard de la jeunesse.</p><p>Ces r�actions appartiennent � des individus dont la personnalit� �tait d�j� morbide, rigide et enlis�e dans un �gocentrisme n�vrotique ou dans une m�fiance �triqu�e. Ces vieillards inadapt�s et malheureux ont g�n�ralement accumul� durant leur vie d�adulte des erreurs et fait une sorte de vide affectif autour d�eux. Un comportement possessif et tyrannique, le refus d�ouverture au monde et, pour certains, la fuite devant l�effort ou les responsabilit�s de l��ge productif sont autant de conditions d�favorables qui p�sent lourdement dans le d�s�quilibre et le malaise d�une existence finissante.</p><p>TROUBLES NEUROPSYCHIATRIQUES</p><p>DE LA S�NILIT�</p><p>Les troubles mentaux dominent largement l��tat s�nile par leur importance et leur retentissement sur le comportement social.</p><p>Ils s�expliquent par une d�ch�ance progressive des cellules c�r�brales avec atrophie du cortex et de la substance blanche, et consistent dans la plupart des cas en un affaiblissement d�mentiel progressif de la personnalit�, surtout des fonctions intellectuelles. Il s�agit de la d�mence s�-</p><p>nile, trouble grave d��volution inexorable, beaucoup plus profond que le simple affaiblissement banal des facult�s que l�on note chez nombre de vieillards. Les l�sions c�r�-</p><p>brales responsables de la d�mence s�nile peuvent �tre soit pures, � type de d�g�-</p><p>n�rescence cellulaire, soit vasculaires, par art�rioscl�rose des vaisseaux c�r�braux avec de multiples foyers de ramollissement dans le syst�me nerveux, ou encore mixtes, � la fois par d�g�n�rescence primitive des cellules et par art�rioscl�rose.</p><p>Il n�existe aucun traitement connu capable d�emp�cher le d�roulement implacable de ces l�sions. Cette d�mence appara�t g�n�-</p><p>ralement � partir de soixante-cinq ou de soixante-dix ans. Sa fr�quence augmente actuellement � la mesure de la plus grande long�vit� de la population. Elle pose un probl�me socio-�conomique pr�occupant, car les conditions de la vie moderne dans les villes rendent les familles de moins en moins capables de tol�rer leurs vieillards d�ments ou d�t�rior�s, souvent agit�s, turbulents ; d�o� les internements de plus en plus nombreux pour d�mence s�nile.</p><p>downloadModeText.vue.download 81 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10036</p><p>Parmi les psychoses de la s�nilit�, signalons l�existence d��tats d�pressifs m�lancoliques (dits � d�involution �), maniaques, de d�lires chroniques � th�me de pers�cution ou de pr�judice (parano�a d�involution).</p><p>Ces psychoses peuvent survenir sur un fond intellectuel plus ou moins d�t�rior�, parfois apparemment intact, mais pr�c�-</p><p>dant habituellement l�installation de la d�mence proprement dite.</p><p>Il faut souligner que les troubles mentaux graves de la s�nilit� semblent aggrav�s par la mis�re, le surmenage, l�alcoolisme, les d�ficiences et carences nutritionnelles, l�isolement affectif, des traumatismes physiques (accidents, interventions chirurgicales, maladies infectieuses), des chocs affectifs, des situations d�abandon, des d�ceptions, etc.</p><p>Il faut que les vieillards aient des conditions d�centes d�existence mat�rielle (retraite, pension), qu�ils soient soutenus par leur entourage et qu�ils ne sombrent pas dans l�inactivit� totale, qui est aussi perni-cieuse qu�un travail trop prolong� et trop p�nible.</p><p>Le maintien en collectivit� est n�cessaire, mais avec des conditions de logement acceptables.</p><p>Les complications psychiatriques de la s�nilit� (psychoses s�niles, troubles caract�riels graves, �tats d�pressifs et d�mences) n�cessitent souvent une hospitalisation visant, d�une part, � faire un bilan psychique et, d�autre part, � �tablir un traitement, en sachant que ce dernier n�emp�chera gu�re l�affaiblissement intellectuel de progresser plus ou moins vite</p><p>vers la d�mence terminale. On peut utiliser, en cas d�agitation, les m�dicaments neuroleptiques � petites doses (car les sujets s�niles se montrent fragiles et tr�s sensibles � ces drogues), les tranquillisants pour lutter contre l�anxi�t�, les antid�presseurs, de mani�re prudente et mod�r�e, pour corriger les �l�ments d�pressifs.</p><p>Parfois, les �lectrochocs sont n�cessaires.</p><p>Tous ces traitements agissent bien sur l�humeur, l��motivit�, l�anxi�t�, l�agressivit� et l�agitation, mais ils se montrent peu efficaces pour lutter contre les troubles de la m�moire, de l�attention et contre le ralentissement psychique. En revanche, les vitamines, les vaso-dilatateurs, les hormones peuvent am�liorer le rendement de l�intelligence, la concentration mentale, l��veil ou la lucidit�, mais certains de ces m�dicaments peuvent donner des �tats d�agitation, et on n�obtient qu�une am�lioration d�un processus morbide irr�versible par ailleurs.</p><p>G. R.</p><p>Senghor</p><p>(L�opold S�dar)</p><p>Homme d��tat et �crivain africain (Joal, pr�s de Dakar, 1906).</p><p>L�opold S�dar Senghor est �l�ve</p><p>d�abord des P�res du Saint-Esprit, puis du lyc�e de Dakar. Il fr�quente la kh�gne de Louis-le-Grand et pr�pare en Sorbonne l�agr�gation de grammaire, � laquelle il est re�u en 1935. Tr�s t�t, il devient, par son oeuvre de po�te (Chants d�ombre, 1945 ; Hosties</p><p>noires, 1948 ; �thiopiques, 1956 ; Nocturnes, 1961) et d�essayiste (Libert� I.</p><p>N�gritude et humanisme, 1964), l�un des principaux d�fenseurs et illustrateurs de la n�gritude*.</p><p>Professeur au lyc�e de Tours et, � Paris, au lyc�e Marcellin-Berthelot (1935-1948), ce S�n�galais, citoyen fran�ais de culture latine et chr�tienne, ne peut pas rester insensible au mouvement lib�ral qui remet en cause les relations de la France avec ses colonies. Au lendemain de la conf�rence de Brazzaville (janv. 1944), il publie dans la revue Renaissance un article essentiel : � Vues sur l�Afrique noire ou assimiler, non �tre assimil� �, qui exprime l�id�al politique auquel il est</p><p>toujours rest� fid�le.</p><p>Il est d�put� aux deux Constituantes (1945-46), puis � l�Assembl�e nationale (1946-1958), secr�taire d��tat � la pr�sidence du Conseil dans le cabinet Edgar Faure (1955-56), ministre-conseiller du gouvernement de la R�publique fran�aise pour les affaires int�ressant la Communaut� en juillet 1959, mais aussi maire de Thi�s (1956) et leader du Bloc d�mocratique s�n�galais (1948) ; ce mouvement s�oppose tant � l�intime collaboration des d�put�s d�outre-mer avec les partis m�tropolitains (S. F. I. O.) qu�� la tendance centrifuge du Rassemblement d�mocratique africain, fond� par F�lix Houphou�t-Boigny*, d�put� de la</p><p>C�te-d�Ivoire, en 1946 et apparent� au parti communiste jusqu�en 1950.</p><p>Peu enthousiasm� par la loi-cadre de 1956, qui, en dotant chaque colonie d�une Assembl�e territoriale et d�un Conseil ex�cutif, encourage la tendance � la � balkanisation �, Senghor se prononce cependant au r�f�rendum de 1958 pour la Communaut� fran-</p><p>�aise et devient pr�sident de la R�publique du S�n�gal en septembre 1960, apr�s l��chec de la F�d�ration du Mali (20 ao�t 1960).</p><p>Son autorit�, menac�e par le complot du pr�sident du Conseil Mamadou Dia (1962), reste grande. Elle est fond�e d�une part sur une volont� de lib�ralisme qui, si elle n��vite pas le parti unique, recherche le dialogue avec l�opposition et refuse les r�pressions sanglantes, et d�autre part sur le prestige intellectuel du pr�sident.</p><p>Grand Prix international de po�sie (1963), membre associ� �tranger de l�Institut de France (1969), docteur honoris causa de nombreuses universit�s fran�aises et �trang�res, Senghor est toujours et partout homme de m�-</p><p>diation et de synth�se. Aux carrefours du christianisme, de l�animisme et de l�isl&#x101;m, des cultures noires (n�gritude) et occidentales (toutes les grandes civilisations m�diterran�ennes ont �t� des civilisations de m�tissage), des conflits sociaux (le socialisme africain) et �conomiques (la d�gradation des termes de l��change), il incarne un humanisme universel et optimiste, qui l�apparente</p><p>aux grands lib�raux du XIXe s. plut�t qu�aux dictateurs contemporains.</p><p>H. B.</p><p>F Afrique noire / N�gritude / S�n�gal.</p><p>R. Segal, African Profiles (Londres, 1962).</p><p>/ A. Guibert, L�opold S�dar Senghor (Pr�sence africaine, 1963). / J. Rous, L�opold S�dar Senghor, un pr�sident de l�Afrique nouvelle (Didier, 1967). / S. O. Mezu, L�opold S�dar Senghor et la d�fense et l�illustration de la civilisation noire (Didier, 1968). / E. Milcent et M. Sordet, L�opold S�dar Senghor et la naissance de l�Afrique moderne (Seghers, 1969).</p><p>Sennett (Michael</p><p>Sinnott, dit Mack)</p><p>Producteur, metteur en sc�ne et acteur de cin�ma am�ricain (Danville, Canada, 1884 - Hollywood 1960).</p><p>Sur les conseils de David Belasco, Mack Sennett tente tout d�abord sa chance dans la com�die musicale, es-p�rant faire une carri�re de chanteur.</p><p>Mais, de 1900 � 1907, il ne parvient � d�crocher que de petits r�les dans quelques op�rettes et appara�t parfois comme chorus-boy dans plusieurs revues. Sa v�ritable vocation, il la doit tr�s vraisemblablement � sa rencontre avec David W. Griffith*, avec qui il se lie d�amiti�. Engag� par la Biograph en 1908, il joue dans certains films de Griffith et collabore m�me � l��laboration de leur sc�nario.</p><p>Il saisit la chance qu�on lui offre en 1911 quand il se voit appel� � remplacer un metteur en sc�ne souffrant (Frank Powell). Apr�s avoir tourn� ses premi�res bandes, O�Brien l�invincible (One Round O�Brien) et Deux Bons Copains (Comrades), il se lance d�finitivement dans la grande aventure du ci-n�ma en fondant � avec Charles Bau-man et Adam Kessel � la Keystone Company (1912) et en quittant New York pour rallier Los Angeles, o�, � raison de deux petits films par semaine, il va bient�t donner ses lettres de noblesse � un genre jusqu�alors peu explor� (en Am�rique du moins) : le burlesque. Il s�entoure d�une troupe d�acteurs fid�les, dont les premi�res vedettes sont Mabel Normand, Ford</p><p>Sterling et Fred Mace, mais qui s�en-richira au fil des ans des plus grands temp�raments comiques de l��poque (� de rares exceptions pr�s) : � Fatty �</p><p>Arbuckle, Charlie Chase, Chester Conklin, Ben Turpin, Mack Swain, Polly Moran, Al Saint John, Harold Lloyd, Harry Langdon, Andy Clyde, sans oublier le plus c�l�bre, Charles Chaplin (qui quittera la Keystone pour la Essanay d�s 1914).</p><p>Grand d�couvreur de talents, producteur avis�, r�alisateur plein de verve, superviseur attentif (de nombreux metteurs en sc�ne travaillaient sous son contr�le, ainsi qu�une multitude de � gagmen �), Sennett insuffle petit � petit au film comique le sens du rythme et l�indispensable concision qui manquaient parfois aux petites bandes fran�aises ou italiennes de la m�me �poque. Second� par un monteur (Al Mac Neil) form� � l��cole de Griffith, il va tr�s rapidement rendre c�l�bres dans l�univers entier ses escouades de policiers (les � Keystone cops �) et ses baigneuses fac�tieuses (les � bathing beauties �, parmi lesquelles Gloria Swanson, Bebe Daniels et Marie Pr�-</p><p>vost), qui �voluent dans un monde � la fois f�erique et r�aliste, ponctu� de courses-poursuites, de culbutes loufoques et de cascades fr�n�tiques.</p><p>Cet � �ge d�or de la tarte � la cr�me �, comme l�ont surnomm� certains historiens du cin�ma, se prolongera jusqu�� l�av�nement du cin�ma parlant, qui mettra un terme � la vogue des acteurs comiques muets et bien souvent, �galement, � la carri�re de leur metteur en sc�ne. Mack Sennett n��chappera pas � la r�gle. Mais, lorsqu�en 1935 il cessera ses activit�s, il aura derri�re lui une carri�re bien remplie de pionnier, d�organisateur et de � coordinateur �. En 1915, en effet, il avait fond� la Triangle avec Thomas H. Ince et David W. Griffith, �tait pass� en 1917</p><p>� la Paramount, puis avait fait partie en 1921 des Associated Producers (dont la distribution �tait assur�e par la First National), avant de travailler � partir de 1923 pour Path�.</p><p>J. L.-P.</p><p>M. Sennett et C. Shipp, King of Comedy (New York, 1954). / D. Turconi, Mack Sennett,</p><p>downloadModeText.vue.download 82 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10037</p><p>il re delle comiche (Rome, 1961 ; trad. fr. Mack Sennett, Seghers, 1966).</p><p>S�noufos</p><p>Groupe ethnique r�parti en C�te-</p><p>d�Ivoire, au Mali et en Haute-Volta, et s��tendant depuis le sud de S�gou, au Mali, jusqu�au nord de Bouak�, en C�te-d�Ivoire.</p><p>Les S�noufos sont des agriculteurs s�dentaires. Le village, parfois entour� d�un mur d�enceinte (contre les invasions des Mand�s), rassemble des maisons cylindriques ou rectangulaires, faites de terre battue ou d�argile s�ch�e, et serr�es les unes pr�s des autres.</p><p>Le sol est partout exploit�, et les S�noufos pratiquent l�alternance des cultures. La culture du riz est assez d�-</p><p>velopp�e (l�exc�dent en est export�) ; elle oblige � des travaux d�irrigation et de drainage pendant la saison s�che. Les S�noufos cultivent aussi le mil (aliment de base), l�igname, le ma�s ; le manioc et la patate restent des cultures d�appoint. La culture du coton a �t� mal accueillie ; par contre, celle de l�arachide progresse. Les S�noufos �l�vent quelques moutons et quelques ch�vres.</p><p>L�artisanat est essentiellement masculin ; sous l�influence des Mand�s et de l�isl&#x101;m, le tissage du coton se d�veloppe. Les S�noufos travaillent le cuivre, mais ils sont surtout c�l�bres par leurs sculptures sur bois, les kpem-b�l� (masques rituels, statuettes de g�-</p><p>nies, si�ges, chaises, portes) ex�cut�es par un groupe de professionnels.</p><p>La cellule familiale peut aller du couple � la famille �tendue. Son chef est un m�diateur ; il repr�sente les an-c�tres, et c�est ce qui lui conf�re son autorit�. Chaque famille porte le nom d�un animal sacr�.</p><p>Les chefferies des S�noufos restent fermement �tablies, bien qu�elles</p><p>aient abandonn� leurs pr�rogatives coutumi�res.</p><p>La circoncision n�est pas g�n�ralis�e. Le mariage s�noufo, l�galement polygame, se c�l�bre pendant une dur�e variable, allant parfois jusqu�� plusieurs mois, pendant lesquels s��changent visites et cadeaux dans les familles respectives. De plus en plus, une certaine somme d�argent est r�clam�e par la famille de la fianc�e.</p><p>La propri�t� de la terre est traditionnellement collective et sacr�e ; les habitants n�en ont qu�un droit d�usage ; cependant, un individu peut s�approprier une terre s�il d�friche lui-m�me une parcelle r�put�e occup�e par les g�nies band�gu�l�.</p><p>La vie religieuse des S�noufos est associ�e � l�organisation initiatique, le l�-poro. Les rites initiatiques se d�roulent sur vingt et une ann�es, pendant trois phases pour un individu.</p><p>Les mariages ne sont possibles que si le mari est parvenu � un certain stade de l�initiation. Le panth�on des S�noufos est form� de deux dieux principaux : l�un, koulo-tyolo, le d�miurge ; l�autre, ka ty�l�o, la d�esse m�re. Le premier agit sur les humains par des m�diateurs invisibles. Il y a quelques divinit�s inf�rieures agissant directement sur les hommes et de petits g�nies (band�gu�l�).</p><p>J. C.</p><p>B. Holas, les S�noufo (P. U. F., 1957 ; nouv.</p><p>�d., 1966) ; Sculptures S�noufo (Impr. A. Bon-temps, Limoges, 1964).</p><p>Sens</p><p>Ch.-l. d�arrond. de l�Yonne ;</p><p>27 930 hab. (S�nonais) 34 990 dans l�agglom�ration].</p><p>La situation</p><p>Sans la splendeur de la cath�drale Saint-�tienne, on aurait de la peine � croire, devant cette petite ville paisible, � son importance pass�e. L�essor de la ville fut contrari� par la r�organisation f�odale de la France. Sur le plan local, sa position �tait bonne, au contact du</p><p>G�tinais et de la Champagne s�no-naise, tout pr�s de la for�t d�Othe, sur l�Yonne, qui a de tout temps offert une route vers le sud-est et les pays de la Sa�ne : cela suffisait � appeler une vie locale active, autour d�un march�. Mais pour tenir une place plus grande, Sens �tait d�sormais mal situ�, � la jointure de plusieurs provinces : la ville fut tour � tour champenoise et fran�aise avant de se trouver rattach�e au d�partement de l�Yonne et � la Bourgogne.</p><p>La cath�drale domine un vieux quartier enserr� de boulevards et remarquable par ses �glises et ses maisons � colombages. Au-del�, la pouss�e urbaine est rest�e longtemps modeste, � l�image d�une sous-pr�fecture qui �tait aussi un march� agricole, mais que l�industrie avait d�sert�e depuis la fin de l�activit� drapante. La bonneterie, tard venue, ne tenait qu�une place timide. Il a fallu la d�centralisation, facilit�e par la proximit� de l�autoroute, pour que la ville double de population par rapport � l�avant-guerre. L�agglom�ration compte une demi-douzaine d��tablissements importants, surtout dans le domaine de la m�canique. L�essor r�cent renforce de plus en plus l�emprise parisienne, dans l�orbite de laquelle Sens est plac�, hors de la sph�re d�activit� proprement bourguignonne.</p><p>P. C.</p><p>L�histoire</p><p>Sens s��l�ve sur l�emplacement de la ville d�Agedincum, qui �tait alors la capitale des S�nons. D�abord alli�e des Romains en 57 av. J.-C. contre les peuples de la Belgique, les S�nons, auxquels C�sar avait impos� un roi, Cavarinus, se r�volt�rent bient�t contre Rome (54) et s�alli�rent aux Carnutes et aux Tr�vires pour lui r�sister.</p><p>C�sar d�cida de les ch�tier, mais, gr�ce � l�intervention des �duens, il s�abstint de ravager leur territoire ; toutefois, il se fit livrer leur chef et chargea ses l�gions d�occuper Agedincum. Les S�nons n�en adh�r�rent pas moins � la ligue form�e par Vercing�torix et envoy�rent un contingent � Al�sia. Apr�s la d�faite de Vercing�torix, le chef s�non, Drapp�s, tenta</p><p>encore, mais vainement, de fomenter un soul�vement.</p><p>Au IVe s., Agedincum prit le nom de la tribu qui peuplait la ville, Senones, et devint le chef-lieu de la IVe Lyonnaise. L��poque gallo-romaine y vit l��dification de riches monuments : temples, thermes et amphith��tre. En 356, l�empereur Julien, de passage � Sens, fit restaurer ses fortifications et y soutint un si�ge contre les envahisseurs barbares.</p><p>Apr�s l�introduction du christianisme au IIIe s., Sens devint le si�ge d�un �v�ch�, puis d�un archev�ch�, qui revendiqua sur Lyon la primatie des Gaules et qui fut la m�tropole de Paris jusqu�en 1622 ; de nombreux conciles se tinrent � Sens, dont celui de 1140, qui vit la condamnation des doctrines d�Ab�lard ; sous les M�rovingiens, de grandes abbayes y furent fond�es (Saint-Pierre-le-Vif, Sainte-Colombe).</p><p>La ville fut prise par les Normands en 887. Le duc de Bourgogne, Richard le Justicier, la d�livra en 895 et la cit� appartint d�s lors au duch� de Bourgogne. Sens subit encore l�assaut des Hongrois en 937, puis des Saxons en 959.</p><p>En 1015, le roi Robert II le Pieux vint y assi�ger le comte Rainard II, coupable d�avoir offens� l�archev�que.</p><p>Vaincu, ce dernier dut c�der le comt� de Sens au roi et � l�archev�que, mais en en gardant l�usufruit sa vie durant.</p><p>� sa mort, en 1055, le comt� de Sens revint au roi Henri Ier, qui le r�unit au domaine royal.</p><p>L��rection d�une commune en</p><p>1146 fut la cause de troubles graves, et les bourgeois massacr�rent l�abb� de Saint-Pierre-le-Vif, Herbert, qui s�y �tait oppos�. Louis VII supprima la commune, mais son fils Philippe II Auguste la r�tablit et, en 1189, il lui octroya une charte. En 1235, Louis IX</p><p>augmenta encore ses pouvoirs et ses privil�ges. La commune, supprim�e en 1318, fut remplac�e en 1474 par un �chevinage, institu� par Louis XI.</p><p>Durant les guerres de Religion, la ville se montra ardente ligueuse et,</p><p>en 1590, r�sista vigoureusement � Henri IV, qui ne put s�en emparer, et Sens n�ouvrit ses portes au roi qu�en 1594.</p><p>En 1814, la ville, d�fendue par le g�-</p><p>n�ral Allix, fut prise, gr�ce � une trahison, par les troupes wurtembergeoises.</p><p>Les Allemands l�occup�rent de nouveau de novembre 1870 � mars 1871.</p><p>P. R.</p><p>L�art � Sens</p><p>Les collections du mus�e arch�ologique, les tours et les murs de l�enceinte de la fin du IIIe s. t�moignent de l�activit� artistique � Sens dans l�Antiquit�, mais les oeuvres d�art les plus importantes de la ville datent du Moyen �ge et rappellent la grandeur de ses archev�ques.</p><p>La cath�drale, entreprise vers 1130</p><p>dans un style encore roman, fut modifi�e en cours de construction pour devenir la premi�re en date des grandes cath�drales gothiques, avec un ample vaisseau � trois �tages port�s sur des colonnes jumelles et des piles altern�es, couvert de vo�tes sexpartites.</p><p>Des sculptures remarquables de la fin du XIIe s., comme le Saint �tienne de la porte centrale, voisinent aux portails avec des oeuvres de la fin du XIIIe s., ex�cut�es apr�s l��croulement de la tour m�ridionale de la fa�ade en 1267-68. Les fen�tres hautes ont �t� agrandies, des chapelles se sont greff�es sur le pourtour de l��glise, et un transept a �t� ajout� � partir de 1490</p><p>sous la direction de Martin Chambiges (� 1532), sans modifier l�aspect grandiose de la nef du XIIe s. De nombreuses sculptures, statues, retables et tombeaux, des vitraux des XIIe, XIIIe, XIVe et XVIe s. enrichissent la cath�drale. Enfin, celle-ci a conserv� un des plus beaux downloadModeText.vue.download 83 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10038</p><p>tr�sors de France, avec de pr�cieux tissus orientaux et des v�tements liturgiques du Moyen �ge, des tapisseries</p><p>exceptionnelles de la seconde moiti� du XVe s. (l�Adoration des Mages, les Trois Couronnements), des coffrets d�ivoire, le peigne liturgique dit � de saint Loup � et des pi�ces d�orf�vrerie. � droite de la cath�drale se dresse l�ancienne officialit�, imposant �difice du XIIIe s. � deux �tages vo�t�s (mus�e lapidaire).</p><p>D�autres �glises subsistent dans la ville : Saint-Savinien, qui remonte au XIe s., Saint-Jean, dont le choeur du XIIIe s. sert de chapelle � l�h�pital, Saint-Maurice, �glise du XIIe s. modifi�e au XVIe, Saint-Pierre-le-Rond, orn� de vitraux du XVIe s. � c�t� de ces �difices religieux, il faut noter des restes de l�art civil, en particulier quelques maisons Renaissance, la maison dite</p><p>� d�Abraham �, la maison du Pilier et le mus�e Jean Cousin*, qui abrite des souvenirs de ce peintre verrier originaire de Sens.</p><p>A. P.</p><p>F Yonne.</p><p>G. Morin, Histoire g�n�rale des pays de Gastinois, Senonois et Hurepoix (P. Chevalier, 1630 ; r��d., Champion, 1883-1889, 3 vol.)</p><p>/ T. Tarb�, Recherches historiques et anecdotiques sur la ville de Sens (Sens, 1838). / E. Char-traire, la Cath�drale de Sens (Laurens, 1964).</p><p>sensation</p><p>Dans le langage philosophique, le terme de sensation d�signe g�n�ralement l�� impression qui nous est donn�e par l�interm�diaire des sens �. Le</p><p>langage courant a �tendu largement l�acception du terme : on �prouve une</p><p>� sensation de froid �, mais on peut �galement avoir la � sensation d��tre dupe �, on peut m�me chercher �</p><p>� faire sensation �.</p><p>Historique</p><p>Dans le langage scientifique, c�est avec les d�buts de la psychologie exp�rimentale, � la fin du XIXe s., que l�on tente de d�finir la sensation. Pour Wilhelm Wundt (1832-1920 ; Grundz�ge der physiologische Psychologie, 1874), les sensations sont des �tats de conscience provoqu�s par l�action de ph�nom�nes ext�rieurs agissant sur les organes sensoriels. De tels �tats de conscience sont ind�composables en �l�ments plus simples et � Wundt insiste sur ce point � ils ne se pr�-</p><p>sentent jamais isol�s : les sensations �l�mentaires nous sont r�v�l�es par les combinaisons qu�elles forment entre elles. Ce sont les besoins de l�analyse qui nous contraignent � l�utilisation de ce concept de sensation.</p><p>� la m�me �poque, L�nine* critique vertement le parall�lisme psychophysiologique de Wundt et l�on n�en est que plus �tonn� de la d�finition qu�il donne de la sensation : � La sensation est le lien direct de la conscience avec le monde ext�rieur, la transformation de l��nergie de l�excitation ext�rieure en un fait de conscience � (Mat�rialisme et empiriocriticisme, 1909). Les</p><p>� objectivistes � allemands, tels Albrecht Bethe (1872-1955) et Jakob Johann Uexk�ll (1864-1944), montraient alors un plus grand souci de rigueur lorsqu�ils bannissaient de leur langage le mot de sensation pour lui substituer celui de r�ception.</p><p>Comme Wundt, le grand physio-</p><p>logiste britannique sir Charles Scott Sherrington (1857-1952) est dualiste.</p><p>Les organes des sens sont pour lui les</p><p>� portes de l�esprit � (Man and His Nature, 1940) ; ils peuvent, par leur fonctionnement, d�clencher ou arr�ter le d�roulement de la pens�e. Mais il</p><p>remarque qu�il n�en va pas ainsi dans tous les cas et que certaines stimulations ne font que d�clencher ou arr�ter l�activit� motrice � ind�pendamment de l�esprit � ; dans ce cas, peut-on parler encore d�organes des sens ?</p><p>Sherrington pense que l�appellation d�analyseurs (utilis�e par Pavlov*) ou de r�cepteurs �liminerait les risques d�ambigu�t�.</p><p>H. Pi�ron* (la Sensation, guide de vie, 1945 ; la Sensation, 1953) reprend l�id�e de Wundt : la sensation est une abstraction ; nous n�observons que des conduites perceptives, la sensation pure n�existe pas. Mais cette abstraction est n�cessaire � l�analyse scientifique. On dira qu�il y a sensation lorsqu�une stimulation sera capable d�influencer le comportement d�un organisme, imm�-</p><p>diatement ou � terme. Mais, note Pi�-</p><p>ron, rejoignant Sherrington, certaines stimulations peuvent d�clencher uniquement des r�ponses r�flexes et ne pas engendrer directement de sensation. La r�action qui correspond � la sensation a un caract�re plus global, plus int�-</p><p>gr�, tandis que la modalit� r�flexe reste locale et n�implique pas une discrimination aussi fine.</p><p>Pi�ron, contrairement � Sherrington, �vacue donc les concepts de conscience ou d�esprit et �carte ainsi la question oiseuse de savoir si le Singe, la Poule, la Grenouille, le Hanneton, la Pieuvre, l�Hu�tre ou le Ver de terre ont une conscience et peuvent �prouver des sensations. Mais, avec la distinction entre stimulation r�flexog�ne et stimulation proprement sensorielle, il r�introduit une difficult� parente de celle qu�il a �limin�e, car, si cette distinction est valable pour les animaux sup�rieurs, elle n�a plus gu�re de sens pour les organismes primitifs. On se demandait o� placer la fronti�re entre downloadModeText.vue.download 84 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10039</p><p>les animaux �prouvant des sensations et les autres, on se demande maintenant jusqu�� quel niveau il faut descendre pour n�avoir plus � faire qu�� des activit�s r�flexes.</p><p>Ernst Mach (1848-1916) avait pourtant surmont� ces difficult�s en d�signant par � sensation � le ph�nom�ne �l�mentaire de mise en activit� des organes r�cepteurs ; la question de savoir si ce ph�nom�ne �tait conscient ou inconscient n�avait alors plus de sens et on pouvait utiliser le terme pour l�ensemble du monde animal.</p><p>En r�alit�, le poids de l�usage est tel qu�il est difficile de s�parer le mot sensation de son halo de subjectivit� et, � l�attitude de Sherrington, qui, pour �viter l�ambigu�t�, substitue l�appellation de r�cepteur � celle d�organe des sens, correspond celle de Pi�ron, qui, lorsqu�il se situe dans une perspective comparatiste, parle plus volontiers de processus sensoriel que de sensation.</p><p>Il faut remarquer que, pendant longtemps, on �tudia essentiellement la sensation humaine � c�est-�-dire, en fait, les conditions de la perception �</p><p>et souvent avec le secours de l�introspection. Les moyens d�investigation se perfectionnant (microscopie �lectronique, microphysiologie), il devint possible de pr�ciser la structure fine des syst�mes r�cepteurs et de pousser l�analyse de leur mode de fonctionnement chez les esp�ces animales les plus diverses. Ainsi, le centre de gravit� des recherches se d�pla�a progressivement de la psychologie de la sensation vers une psychophysiologie des processus sensoriels.</p><p>Biologie de la sensibilit�</p><p>Une des conditions du maintien d�une esp�ce �tant l�adaptation de son comportement aux variations du milieu, il s�ensuit que les organismes que nous observons aujourd�hui sont ceux qui poss�dent les dispositifs leur permettant de d�tecter dans leur milieu les stimuli exigeant des r�ponses opportunes (signaux li�s � un danger, � un aliment�) et de r�agir ad�quatement (fuite, capture des proies�).</p><p>Chez les M�tazoaires, la diff�renciation progressive de cellules r�ceptrices, effectrices et transmettrices s�effectue suivant un cheminement qui ne correspond pas � une �volution en ligne</p><p>droite. L��pith�lium des Actinies, par exemple, est extr�mement riche en neurones r�cepteurs (plus d�un million au millim�tre carr� chez certaines esp�ces) ; on a peu de donn�es sur les stimuli efficaces. Tr�s t�t, certains de ces neurones sensoriels se groupent pour former des organes r�cepteurs.</p><p>Chez les M�duses, on peut d�j� trouver des yeux rudimentaires, des statocystes*, organes de l��quilibration, des fossettes vraisemblablement ch�-</p><p>mor�ceptrices et des organes tactiles.</p><p>Dans les groupes plus �volu�s, � sy-m�trie bilat�rale, la partie ant�rieure du corps entre la premi�re en contact avec les milieux explor�s ; les r�cepteurs sensoriels se groupent alors dans cette partie, et les premiers ganglions de la cha�ne nerveuse se d�veloppent plus que les autres (v. t�te). Ce processus de c�phalisation, esquiss� chez les Plathelminthes, est net chez les Ann�lides. Chez le Lombric, 30 p. 100</p><p>des cellules sensorielles sont encore dispers�es dans l��piderme, mais la majorit� se trouve rassembl�e au p�le explorateur, qui dispose ainsi d�une forte concentration de neurones r�pondant �lectivement aux stimuli m�caniques, chimiques ou lumineux (fig. 1).</p><p>Chez certains Polych�tes, le segment ant�rieur porte m�me des palpes, des antennes, des ocelles avec cristallin et m�canisme accommodateur, ainsi qu�un organe nucal (qui pourrait �tre ch�mor�cepteur).</p><p>D�ailleurs, on n�a pas achev� l�inventaire des diff�rents types de sensibilit� et des diff�rents types de r�cepteurs dont sont dot�es les diff�rentes esp�ces. Bien des univers sensoriels animaux restent � �tudier.</p><p>Les univers sensoriels</p><p>L�univers sensoriel d�un animal peut se d�finir comme l�ensemble des stimuli ou constellations de stimuli susceptibles d��tre d�tect�s par cet animal.</p><p>En utilisant le vocabulaire de l�informatique, d�crire un univers sensoriel, c�est faire l�inventaire des agents, externes ou internes, qui forment des entr�es et qui sont donc susceptibles de provoquer des sorties �labor�es par le syst�me nerveux. Aussi convient-il, pour le chercheur, d�enregistrer ces</p><p>sorties, qui t�moignent de l�action des entr�es.</p><p>y Les m�thodes. L��tude des sensations chez l�Homme est sensiblement facilit�e par le langage. Chacun peut dire : � Je vois un point lumineux� Je sens une bonne odeur de caf� J�entends jouer de la fl�te� J��prouve une d�mangeaison au bras droit�, etc. � Chez l�animal, certaines corr�lations entre un stimulus d�termin� et une activit� de r�ponse, entre une</p><p>� entr�e � et une � sortie �, sont si parfaites qu�en constatant la r�ponse on peut d�couvrir le stimulus : si, ayant tremp� la patte dans une goutte d�eau, un Papillon d�roule sa trompe, c�est que cette eau est sucr�e, etc.</p><p>Lorsque, au contraire, aucune r�-</p><p>ponse � un stimulus faible ou r�p�titif ne se manifeste spontan�ment, on peut rem�dier exp�rimentalement � ce � silence � en associant � plusieurs reprises ce stimulus faible � un autre excitant, beaucoup plus fort, qui le suit de pr�s.</p><p>C�est la m�thode des r�flexes* conditionn�s, mise au point par Pavlov et son �cole. Un Chien � qui on pr�sente l�image d�un cercle re�oit aussit�t apr�s une ration de viande ; � ce m�me Chien, on pr�sente un ovale assez voisin d�un cercle, et suivi d�un choc �lectrique � la patte. Au bout d�un nombre suffisant de pr�sentations, le Chien salive � la vue du cercle et retire sa patte � la vue de l�ovale, ce qui prouve qu�il a interpr�t� ces spectacles fort semblables, et d�ailleurs indiff�rents, l�un comme un signal de nourriture, l�autre comme un signal de douleur, et qu�il a appris ainsi � les distinguer l�un de l�autre.</p><p>Enfin, si on exp�rimente sur des es-p�ces rebelles � tout dressage, il reste la ressource de l�exploration �lectro-physiologique : si un message sensoriel chemine le long du nerf, c�est que le stimulus a agi efficacement sur le r�cepteur.</p><p>On est �videmment conduit � rechercher de quelles performances sont capables les divers r�cepteurs, autrement dit quel est le � seuil � de leur sensibilit�. Par d�finition, le seuil est l�intensit� du stimulus qui provoque un message sensoriel une fois sur deux en</p><p>moyenne (il serait plus exact de dire : 500 fois sur 1 000). Voir � ce sujet l�article seuil et la suite du pr�sent article.</p><p>y La terminologie. Le langage humain, dont nous rappelions plus haut la commodit�, est loin d��tre toujours capable de rendre compte de toute la gamme des sensations : comment d�crire, par exemple, les stimuli engendr�s par l�acc�l�ration ou la d�c�-</p><p>l�ration d�une rame de m�tro ? Or, ces stimuli sont efficaces, puisque l�on y r�agit par des mouvements d��quilibration ad�quats. Et que r�pondre au docteur Knock, le h�ros de Jules Romains, s�il vous demande : � Est-ce que �a vous chatouille ou est-ce que �a vous gratouille ? � Si donc le probl�me verbal est d�j� difficile pour l�Homme, quels mots employer pour d�signer le sens chimique polyvalent des Poissons ? Faut-il dire � go�t �</p><p>parce que les substances reconnues sont en solution dans l�eau ? Faut-il dire � odoral � parce qu�elles sont infiniment nombreuses au lieu de se ramener � quatre types de sensation seulement, comme dans la gustation humaine ?</p><p>Pour �viter de telles difficult�s, les objectivistes allemands ont propos� une classification des r�cepteurs exclusivement fond�e sur la nature du stimulus auquel ils sont normalement expos�s et sensibles. Les m�canor�cepteurs sont excit�s par les stimuli m�caniques : pression, contact, vibration, �tire-ment ; les thermor�cepteurs sont excit�s par les variations de temp�rature ; les photor�cepteurs sont excit�s par la lumi�re ; les ch�mor�cepteurs sont excit�s par la composition chimique du milieu (a�rien ou liquide) ; les �lectror�cepteurs (Poissons) sont excit�s par de tr�s faibles courants (v. �lectricit� animale).</p><p>Sherrington, pour sa part, regroupe les diff�rents r�cepteurs en trois cat�-</p><p>gories, en fonction de leur situation et de leur r�le. Les ext�rocepteurs, situ�s � la surface du corps, sont sensibles aux actions du milieu ext�rieur.</p><p>Les propriocepteurs, situ�s dans les muscles, tendons et articulations, dans le labyrinthe de l�oreille interne des Vert�br�s et les statocystes des Inver-</p><p>t�br�s, sont des organes sensibles aux forces s�exer�ant sur les muscles (soup�sement, effet de position), � l�orientation dans le champ de la pesanteur, etc. Enfin, les int�rocepteurs sont les r�cepteurs de la � surface interne � du corps, c�est-�-dire essentiellement de la paroi du tube digestif, responsables de l�app�tit comme du � mal au ventre �.</p><p>downloadModeText.vue.download 85 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10040</p><p>Actuellement, on inclut dans la</p><p>sph�re int�roceptive l�ensemble des sensibilit�s visc�rales (annexes du tube digestif, appareil urog�nital, appareil circulatoire) et m�me les sensibilit�s hypothalamiques.</p><p>Il est �vident que de nombreux</p><p>r�cepteurs appartiennent � la fois � plusieurs de ces cat�gories : souvent, les soies des Invert�br�s � poilus �</p><p>(Insectes, Ann�lides) sont aussi bien sensibles aux contacts qu�aux vibrations a�riennes ou aquatiques et m�me aux positions segmentaires du corps.</p><p>Les organes auditifs (statocystes, ligne lat�rale des Poissons) sont aussi des propriocepteurs renseignant l�animal sur son orientation spatiale et ses mouvements.</p><p>Une difficult� d�un autre ordre</p><p>concerne d��ventuels � algocepteurs �</p><p>(on pr�f�re aujourd�hui les appeler nocicepteurs), qui seraient la source de messages sensoriels purement douloureux. Le seul crit�re objectif de la douleur, ce sont les efforts de l�animal pour se soustraire � la stimulation.</p><p>On n�a jamais observ� de tels efforts � la suite de stimulations faibles, o� qu�elles soient appliqu�es.</p><p>La sp�cification du stimulus</p><p>Un stimulus est d�fini par sa nature (caract�re qualitatif), mais �galement par son intensit� (caract�re quantitatif) et �ventuellement par des caract�res spatiaux et temporels. Un inventaire m�-</p><p>thodique des possibilit�s sensorielles d�un organisme doit donc s�attacher � la mesure des seuils concernant chacun de ces caract�res.</p><p>y Caract�re qualitatif. Tout organisme, m�me tr�s bien �quip� en</p><p>r�cepteurs, n�est sensible qu�� une tr�s faible part des �v�nements �nerg�tiques qui l�environnent. L�Homme ne per�oit comme � lumi�re � que les longueurs d�onde comprises (environ) entre 400 et 800 m&#x3BC;, et ces limites spectrales varient quelque peu d�une personne � l�autre, tandis que l�Abeille distingue ais�ment l�ultraviolet proche (300 m&#x3BC;) et ne discerne pas le noir du rouge unitonal (700 m&#x3BC;).</p><p>L�oreille des petits Mammif�res per-</p><p>�oit couramment des sons (ultrasons) plus �lev�s d�une octave, voire d�une octave et demie, que nos fr�quences sonores les plus suraigu�s, et l�on sait le parti que les Chauves-Souris tirent de tels ultrasons (v. �cholocation). Il convient donc de circonscrire le domaine propre de sensibilit� de chaque animal.</p><p>y Caract�re quantitatif. La recherche du seuil d�fini plus haut donne parfois des r�sultats proprement stup�fiants.</p><p>Dans les meilleures conditions, il suffit de 2 quanta lumineux pour provoquer une sensation visuelle (observation directe des �toiles de derni�re grandeur). Une minuscule pression sur le tympan (�quivalente � 2 dynes par m�tre carr�) est per�ue comme sonore. On sait depuis J. H. Fabre que l��mission chimique de la femelle du Grand Paon de Nuit (Saturnia pavo) est per�ue par les m�les � plus de 1 km de distance, ce qui correspond � quelques mol�cules r�parties dans l�espace a�rien qui les entoure. La d�-</p><p>tection du saccharose par la Mouche est r�alis�e pour des solutions � 0,6 mol�cule-gramme par m�tre cube, mais l�Anguille a un � flair gustatif �</p><p>encore beaucoup plus d�li� (v. seuil).</p><p>Quant aux seuils diff�rentiels d�intensit�, ils sont moins remarquables, allant de 2 p. 100 (intensit� lumineuse) � 10-30 p. 100 (intensit� gustative).</p><p>Il convient de mettre � part la mesure quantitative des seuils de discrimination qualitative (par exemple : mesure de la plus petite diff�rence de longueur d�onde lumineuse permettant de distinguer deux couleurs), car les r�sultats d�pendent de l�intensit� de</p><p>chacun des deux stimuli, et il n�est pas facile de d�cider que deux sensations</p><p>� diff�rentes � sont d�� �gale intensit� �. Nous ne pouvons qu��voquer ici ce probl�me �pineux.</p><p>y Caract�res spatiaux et temporels.</p><p>Certaines cat�gories de sensations, principalement tactiles, visuelles et ultrasonores ou �lectro-esth�siques (v. �cholocation et �lectricit� animale), sont affect�es d�un � signe local � extr�mement pr�cis. � partir de ces signes locaux peut alors s��difier une structure complexe, le</p><p>� champ sensoriel �, repr�sentatif de certaines propri�t�s de l�espace qui entoure l�animal ; champ visuel, champ ultrasonore, etc. La finesse d�analyse de ce champ d�pend d�un seuil de discrimination spatiale (pour l�oeil humain, angle d�environ 1&#x2032;). Il est �vident que les capacit�s de survie d�un animal chasseur (ou chass�) d�pendent directement de ses performances dans ce domaine : l�Oiseau insectivore qui donne des coups de bec toujours � c�t� de sa proie a toutes chances de mourir de faim !</p><p>Quant au � signe temporel �, c�est la reconnaissance des rythmes d�apparition et de disparition des stimuli, de leur accroissement ou de leur diminution plus ou moins rapide, bref, du profil temporel de la courbe repr�sentative du ph�nom�ne. Ce signe temporel joue un r�le de tout premier plan dans la reconnaissance mutuelle des individus au sein d�une m�me esp�ce (couples d�Oiseaux, familles de Pin-gouins) et dans l��dification du champ ultrasonore des Chauves-Souris, ou encore dans la capture des proies chez les Grenouilles, qui ne r�agissent qu�au passage rapide d�une ombre. Le vaste domaine de la reconnaissance des mouvements des proies repose enti�rement sur l�existence de ces sensibilit�s aux changements rapides. Bien entendu, on bute, ici encore, sur des seuils : une discontinuit� visuelle de trop haute fr�-</p><p>quence n�est plus per�ue, on a atteint la</p><p>� fr�quence critique fusion � ; on sait que c�est l� le principe du cin�ma.</p><p>Analyse des m�canismes</p><p>La fonction des</p><p>syst�mes sensoriels La fonction des syst�mes sensoriels est de fournir au syst�me nerveux central, en un langage qui lui soit intelligible, des informations sur les stimulations qu�ils captent.</p><p>Le sch�ma de la figure 2 symbolise les trois �tapes essentielles du dialogue organisme-milieu : �branlement du r�cepteur, activit� du syst�me nerveux central, activit� de l�effecteur.</p><p>y L��branlement du r�cepteur constitue la stimulation ; son r�sultat, son effet sur le r�cepteur, est qualifi� d�excitation ; ce qui, en cons�quence de l�excitation, chemine le long des voies aff�rentes et atteint le syst�me nerveux central est qualifi� de message sensoriel. Par exemple, la stimulation est un choc, l�excitation une perm�abilit� accrue du r�cepteur aux ions Na+, le message sensoriel un train d�ondes de d�polarisation. On voit combien il est important de ne pas employer ces trois termes l�un pour l�autre.</p><p>y L�activit� du syst�me nerveux central rev�t de nombreux aspects, dont nous ne retiendrons que les plus simples.</p><p>� Les centres envoient � des effecteurs d�termin�s (muscles, glandes) des messages analogues par leur nature aux messages sensoriels, mais che-minant le long des voies eff�rentes et comparables � des � ordres � dans la mesure o� ils mettent les effecteurs en action (la Grenouille retire sa patte de l�acide, etc.) [liaison 1].</p><p>� Ils re�oivent de ces m�mes effecteurs des informations en retour qui leur permettent de contr�ler la parfaite ex�cution de leurs ordres et, s�il y a lieu, de corriger leurs instructions (liaison 2). De telles rectifications au cours de la r�ponse se produisent constamment dans l��quilibration, le grimper, la lutte, la manipulation de lourdes masses, etc.</p><p>� Ils am�liorent �ventuellement leurs informations sur le stimulus par un r�glage en retour des r�cepteurs : les</p><p>pupilles s�ouvrent pour mieux voir en faible lumi�re, l�oreille se rend attentive � une bande d�termin�e de fr�-</p><p>quences sonores (liaison 3).</p><p>� Enfin, ils enregistrent l��v�nement sensoriel dans une m�moire, au moins � court terme, sans laquelle l��tablissement des r�flexes conditionn�s serait inexplicable.</p><p>y L�activit� de l�effecteur peut avoir pour r�sultat de faire cesser la stimulation, tenue pour d�sagr�able (nocicep-trice) : on ferme les yeux devant une trop vive lumi�re. Mais le processus est parfois moins direct : une piq�re de Moustique ne provoque pas, � elle seule, la vaso-dilatation locale, qui diluerait la salive irritante de l�Insecte dans une grande quantit� de sang et mettrait fin � la d�mangeaison ; mais elle provoque un r�flexe de grattage, et le grattage, � son tour, provoque la downloadModeText.vue.download 86 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10041</p><p>vaso-dilatation lib�ratrice. L�effecteur a jou� le r�le d�un simple relais.</p><p>Transduction et codage</p><p>La transduction est le passage de la stimulation � l�excitation. Le codage est le passage de l�excitation au message sensoriel. Ces deux transformations sont, selon les cas, r�alis�es par une seule cellule, par deux cellules ou par trois cellules (fig. 3).</p><p>y Transducteurs-codeurs � une seule cellule (type I). Ce sont de beaucoup les plus r�pandus dans le monde</p><p>animal, presque les seuls chez les Invert�br�s ; chez les Vert�br�s, ils constituent les r�cepteurs olfactifs, les m�canor�cepteurs de la peau et les propriocepteurs musculo-tendineux.</p><p>La partie distale de la cellule est un capteur-transducteur, souvent �loign� du corps cellulaire, dont le r�le est purement trophique (que l�on songe aux ganglions spinaux des racines af-f�rentes de la moelle �pini�re, parfois distants de plus de 1 m du r�cepteur</p><p>cutan� !). La partie proximale est un axone.</p><p>y Transducteurs-codeurs � deux cellules (type II). On y distingue une ou plusieurs cellules r�ceptrices, assurant seulement la transduction, et un neurone sensoriel codeur en synapse avec le r�cepteur. Les r�cepteurs du go�t, de l�audition, de l�orientation spatiale (baresth�sie) des Vert�br�s aquatiques et a�riens en sont de bons exemples. La figure 4 nous montre que, dans un tel syst�me, un contr�le de la sensibilit� par le syst�me nerveux central peut s�exercer � deux niveaux, en amont et en aval de la synapse r�cepteur-neurone.</p><p>y Transducteurs-codeurs � trois cellules (type III). Le seul exemple connu est la r�tine des Vert�br�s. Ici, entre la cellule r�ceptrice et le neurone aff�-</p><p>rent au syst�me nerveux central, un �l�ment de liaison (neurone bipolaire) s�intercale, permettant notamment les nombreuses liaisons transversales qui assurent, d�s le niveau de l�organe sensoriel, une certaine structuration du champ et du message qui en provient. Il ne serait pas excessif de parler ici d�un pr�traitement de l�information.</p><p>Cils et villosit�s</p><p>La microscopie �lectronique a permis, depuis quelques ann�es, de s�assurer de la nature ciliaire de l�appareil transducteur des cellules r�ceptrices (fig. 5).</p><p>G�n�ralement, les cils ont perdu leur mobilit�. Toutefois, les cellules gustatives des Vert�br�s, au lieu de cils, pr�sentent des microvillosit�s, ayant d�ailleurs la m�me fonction : augmenter �norm�ment la surface cellulaire.</p><p>Cette pr�dominance des structures ciliaires, surtout dans les photor�cepteurs, se retrouve chez les �pineuriens et les �pith�lioneuriens (Vert�br�s, Procord�s, �chinodermes), et m�me chez les Coelent�r�s, tandis que les Hyponeuriens (Ann�lides, Mollusques, Arthropodes) pr�sentent souvent des r�cepteurs non cili�s, avec empilement de lamelles ou nombreuses villosit�s.</p><p>Le m�canisme de la transduction</p><p>Malgr� la diversit� de leur action im-m�diate � d�formation m�canique de la membrane cellulaire (tact), apport de mol�cules (odorat), p�n�tration de photons (vision) �, les stimuli semblent avoir tous le m�me effet : augmenter la perm�abilit� de la membrane cellulaire aux ions Na+. Ceux-ci, �tant au repos beaucoup plus concentr�s au-dehors qu�au-dedans, envahissent alors le r�-</p><p>cepteur et le privent temporairement de sa polarit� n�gative (d�polarisation).</p><p>Ainsi se cr�e un potentiel de r�cepteur, qui d�cro�t d�ailleurs rapidement, et toujours selon la m�me courbe, en fonction du temps (fig. 6). Il n�aurait pu se former si, en l�absence de toute stimulation, la concentration en ions Na+ �tait la m�me sur les deux faces de la membrane cellulaire. Or, le maintien d�une in�galit� permanente de concentration se solde par une d�pense d��nergie permanente, elle aussi.</p><p>Un transducteur sensoriel n�est donc nullement un transformateur d��nergie ; c�est, au sens de la technologie moderne, un capteur actif, c�est-�-dire disposant de ses propres ressources �nerg�tiques. On doit, ici, rendre hommage � Mach, qui, d�s 1905, �crivait :</p><p>� Les organes des sens sont en g�n�ral tr�s sensibles, ce qui tient � ce qu�ils ne re�oivent pas les excitations physiques passivement ; ces excitations mettent en libert� des �nergies accumul�es dans ces organes, chose qui n�arrive qu�exceptionnellement dans certains appareils de physique, microphone, relais t�l�graphique, etc. � On opposera cette formulation, en avance de pr�s de trois quarts de si�cle sur sa d�monstration exp�rimentale, � celle de L�nine, qui est rappel�e plus haut et qui ne faisait que reprendre la conception fausse d�une transformation �nerg�tique. La stimulation lib�re une �nergie potentielle ; elle ne la cr�e pas, pas plus que l�ouverture d�une vanne ne cr�e l��nergie du fluide lib�r� par cette ouverture. De m�me que l��nergie lib�r�e est d�autant plus grande que la vanne est plus ouverte, de m�me l�amplitude downloadModeText.vue.download 87 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10042</p><p>du potentiel de r�cepteur est d�autant plus grande que l�action du stimulus sur la membrane est plus importante.</p><p>On envisagera plus bas la forme de la fonction qui relie l�une � l�autre ces deux variables.</p><p>Les m�canismes du codage</p><p>Au repos, la cellule r�ceptrice est tout enti�re, d�un bout � l�autre, au m�me potentiel. La d�polarisation du site distal T (fig. 6) ne tarde pas � se transmettre au site proximal G, cr�ant un potentiel g�n�rateur. Au-dessous d�une certaine valeur critique, rien d�autre ne se passe. Si, en revanche, cette valeur critique est atteinte ou d�pass�e, des potentiels d�action na�tront, constituant le message sensoriel proprement dit, et seront envoy�s au syst�me nerveux central, avec ou sans synapses intercalaires selon le type de r�cepteur consid�r�. Mais le message sensoriel issu d�une ou de plusieurs cellules r�ceptrices et transmis par une ou plusieurs fibres nerveuses est-il toujours le m�me lorsqu�il est issu des m�mes cellules ? Nullement. Le r�cepteur peut coder l�intensit� de la stimulation, sa nature qualitative ou ses caract�res spatio-temporels.</p><p>y Codage de l�intensit�. Le premier, Gustav Theodor Fechner, dans ses Elemente der Psychophysik (1860), a insist� sur l�importance capitale de la membrane du transducteur. C�est l�, en effet, que g�t la discontinuit� fondamentale : ext�rieurement � cette interface, ph�nom�nes physiques ou chimiques ; dans la cellule, ph�no-m�nes proprement physiologiques ; au-dehors, stimulation plus ou moins intense ; au-dedans, potentiel de r�cepteur de plus ou moins grande amplitude. Mais quelle est la relation num�rique entre ces deux grandeurs ?</p><p>y Lorsqu�on porte en abscisses le logarithme de l�intensit� stimulatrice et en ordonn�es l�amplitude du potentiel de r�cepteur, on obtient une courbe du type de celle qui est repr�sent�e � la figure 7, et cela dans les exp�riences les plus diverses, qu�il s�agisse de m�canor�cepteurs, de photor�cepteurs ou de ch�mor�cepteurs. Les incurvations</p><p>de la courbe sont telles que la simple relation logarithmique fechn�rienne n�est valable que dans la marge �troite des valeurs moyennes, mais on peut �crire la fonction qui rend compte de la r�alit� exp�rimentale et qui est du type � tangente hyperbolique �.</p><p>Sans reproduire ici le d�tail des calculs, mentionnons simplement la formule sur laquelle on s�accorde : Dans cette formule, V max</p><p>�tant le plus grand potentiel que le r�cepteur soit capable de fournir et V</p><p>le potentiel qu�il fournit en r�ponse au stimulus d�intensit� I ; �tant</p><p>une fonction lin�aire assez simple de I. Celte courbe pr�sente un centre de sym�trie pour (c�est-�-dire pour thx = 0).</p><p>Il s�agit maintenant d��tablir le rapport entre la structure du message sensoriel et l�amplitude du potentiel de r�cepteur. Nous le ferons d�apr�s les �tudes poursuivies sur l�oeil de la Limule (fig. 8). Ici, le transcripteur-codeur est de type II, et la micro�lectrode introduite en G d�tecte � la fois le potentiel g�n�rateur et l�ensemble de potentiels d�action qui forme le message sensoriel. On voit qu�ici l�amplitude se traduit non par la grandeur des potentiels d�action, mais par leur fr�quence. Plus la stimulation est �lev�e, plus les �l�ments du train d�onde sensoriel sont serr�s. Ce type de codage s�est r�v�l� absolument g�-</p><p>n�ral, encore que la difficult� d��tude des stimulations trop faibles ou trop fortes laisse souvent ignorer les deux extr�mit�s de la courbe repr�sentative de la relation amplitude/fr�quence et que les interventions r�currentes des centres nerveux compliquent souvent le ph�nom�ne.</p><p>Bien entendu, les choses se com-</p><p>pliquent lorsqu�une m�me fibre v�hicule les messages issus de plusieurs transducteurs : fibre ramifi�e dont chaque branche est un transducteur (toucher) ou forme synapse avec un transducteur distinct. Il faut alors introduire la notion d�unit� r�ceptrice multiple, et celle, capitale, de recrutement : aux faibles intensit�s stimulantes, un seul transducteur agit sur la</p><p>fibre nerveuse, et le nombre de transducteurs actifs augmente en m�me temps que s�amplifie la stimulation.</p><p>Lorsqu�il existe des connexions lat�-</p><p>rales, la notion de recrutement peut recouvrir un autre ph�nom�ne : c�est alors le nombre des fibres nerveuses parcourues par un message sensoriel qui s�accro�t, lui aussi, lorsque la stimulation augmente.</p><p>L��volution de ce recrutement en fonction de l�intensit� se traduit par l�int�grale de la courbe normale de probabilit�, la courbe en S connue comme � ogive de Galton �. Ainsi, � mesure que l�intensit� de la stimulation cro�t, l�activit� de chaque transducteur cro�t selon la fonction th et le nombre de r�cepteurs actifs cro�t selon l�int�-</p><p>grale de la courbe normale de probabilit�. L�intervention de ce second ph�-</p><p>nom�ne ne modifie gu�re l�allure de la loi g�n�rale : en effet, entre les deux fonctions, le coefficient de corr�lation est de 0,997.</p><p>y Codage de la sp�cificit� qualitative. La nature de la sensation ou, plus exactement, de l�impression subjective �prouv�e par le sujet ne d�pend pas du stimulus, mais du nerf stimul�. On doit � Johannes Peter M�ller (1801-1858) d�avoir rappel� cette loi fondamentale dans son Handbuch der Physiologie (1833-1840).</p><p>On peut regretter que M�ller ait parl� � ce propos d�� �nergie sp�cifique des nerfs �, car l�expression est inexacte.</p><p>Mais chacun de nous a l�exp�rience des lumi�res provoqu�es par un choc sur le globe oculaire ou, � l�inverse, de la difficult� que l�on �prouve, en face d�une vibration sonore de basse fr�quence (25 hertz), � dire si on l�� entend � ou si on la � sent �, du fait qu�elle fait na�tre des messages sensoriels � la fois dans le lima�on de l�oreille et dans certaines terminaisons tactiles. On �prouve la m�me incertitude avec une radiation �lectromagn�tique de 760 m&#x3BC;, lumi�re rouge pour l�oeil et chaleur pour la peau.</p><p>Des exp�riences conduites en laboratoire ont m�me �tabli que ce qui fonde la nature de la sensation n��tait pas le nerf, mais le centre nerveux auquel le nerf aboutit. Une stimulation �lec-</p><p>trique mod�r�e appliqu�e au cerveau �voque des sensations visuelles, tactiles ou autres selon la r�gion du cortex downloadModeText.vue.download 88 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10043</p><p>int�ress�e. Mais, dans la vie courante de l�Homme et des animaux, le lien organe sensoriel-sensation d�finie est pratiquement constant. � cette grossi�re discrimination initiale s�ajoutent, pour chaque sensation, de nombreuses distinctions de d�tails : couleurs, odeurs, go�ts, hauteur et timbre des sons musicaux, etc. Helmholtz a �tendu � ces distinctions la loi de M�ller, et la science contemporaine confirme ses vues. Par l�effet des organes de Corti, ce ne sont pas les m�mes fibres qui r�agissent aux sons graves et aux sons aigus. Dans l�oeil, ce sont des cellules transductrices diff�rentes qui codent pour le rouge, le vert et le bleu (th�orie trichromatique de Young). � ce filtrage initial s�ajoutent les effets complexes des interactions lat�rales, tant dans la r�tine, par exemple, qu�au niveau des relais centraux (tubercules quadriju-meaux, etc.).</p><p>y Le signe local. Le probl�me de la localisation des stimuli ne se pose pas, �videmment, lorsque la surface r�ceptrice code le contact direct (toucher) : une piq�re au doigt met en action les nerfs du doigt, qui informent la petite zone du cortex c�r�bral o� r�side l�image tactile de ce doigt.</p><p>Il se pose � peine lorsqu�une correspondance binaire existe entre la surface sensible et le champ ext�rieur, comme c�est le cas pour la r�tine d�un oeil, sur laquelle se peint une image r�elle dont l�analyse spatiale en deux dimensions est ais�e. Seule, alors, la troisi�me dimension (profondeur, distance) exige de la part des centres c�r�braux un travail de comparaison entre les images fournies par les deux yeux (v. vision). Pour les sons, au contraire, chez l�Homme tout au moins, la comparaison des messages re�us � droite et � gauche est souvent d�un m�diocre secours. Il n�en va pas de m�me chez les Chauves-Souris,</p><p>avec leur espace ultra-sonore pr�cis (v. �cholocation). De toute fa�on, la finesse de l�analyse spatiale est limit�e par la densit� des fibres nerveuses sensibles : l��paule ne saurait analyser les formes tactiles avec autant de pr�cision que le bout des doigts. On ne doit pas, par ailleurs, consid�rer comme un signe local ce qui permet � tant d�animaux de s�orienter par les odeurs pour remonter � la source dont elles �manent. En effet, l�animal se d�place dans un champ olfactif muni d�un gradient, compare seulement l�intensit� des stimuli odorants et se dirige vers les lieux o� cette intensit� est la plus forte. L�information n�est ni statique ni instantan�e.</p><p>y Codage de la dur�e. Les enregistrements port�s sur la figure 9 correspondent � quatre types de fibres nerveuses, qui sont souvent associ�es dans les m�mes r�cepteurs. Le type a est qualifi� de statique ou de tonique : il r�pond pendant longtemps � une stimulation de longue dur�e. Le type b ne r�agit qu�aux premiers instants de la stimulation, puis s�adapte rapidement et n�est plus le si�ge d�aucun message si la stimulation persiste (effet on des auteurs anglo-saxons). Ce type est qualifi� de dynamique ou de phasique.</p><p>Plus curieux est le type c, qui ne r�agit qu�� la cessation de la stimulation (effet off). Enfin, le type d ne r�agit qu�aux changements, que ceux-ci</p><p>consistent dans l�apparition ou dans la disparition du stimulus (effet on-off).</p><p>On comprend qu�un centre nerveux o� aboutissent ces quatre types de fibre soit richement inform�, puisque l�apparition ou l�accroissement</p><p>brusque du stimulus, sa disparition ou sa diminution brusque, sa persistance invariante lui apparaissent, en quelque sorte, comme des �v�nements qualitativement diff�rents.</p><p>En second lieu, il est fr�quent qu�un stimulus soit rythmique, et les fibres de types b, c et d sont alors particuli�rement aptes � en faire conna�tre le rythme aux centres nerveux. Enfin, l�adaptation permet au cerveau de d�-</p><p>tourner son attention des ph�nom�nes invariants pour la porter par priorit� sur les changements, g�n�ralement plus riches de menaces et de promesses.</p><p>Gustav Theodor Fechner Psychologue et philosophe allemand (Gross S�rchen, Lusace, 1801 - Leipzig 1887).</p><p>D�abord m�decin, il devint professeur � l�universit� de Leipzig. Menac� de c�cit�, il interrompit son enseignement (1840) et le reprit en 1846 pour occuper une chaire de philosophie. Il enseignait que Dieu est au monde comme l��me est au corps, que les �mes individuelles sont des parties de l��me divine, que la mati�re se r�duit � des centres de forces.</p><p>En 1850, il formula une loi logarithmique relative � l�intensit� des sensations et fond�e sur la constance de la fraction diff�rentielle �tablie par Pierre Bouguer (au XVIIIe s.) et Ernst Heinrich Weber (1846) : la loi de Fechner a �t� � la base du d�veloppement de la psychophysique et de la psychologie exp�rimentale. (V. psychologie.) Le traitement central de</p><p>l�information sensorielle</p><p>Chez l�Homme et les animaux sup�-</p><p>rieurs, le nombre des relais qui s�interposent entre le neurone sensoriel et le centre percepteur est parfois �lev�, les connexions lat�rales et les actions r�currentes sont nombreuses, et il est hors de question d��tudier dans le cadre de cet article une mati�re aussi complexe. Bornons-nous � en d�gager quelques aspects simples.</p><p>y La convergence. C�est le d�versement, dans un seul neurone, de messages issus de plusieurs fibres en synapse avec ce neurone. C�est, par exemple, la convergence r�tinienne qui permet l�extr�me sensibilit� de l�oeil aux faibles lumi�res, au d�triment de la pr�cision du signe local.</p><p>y La divergence. C�est, au contraire, la r�partition, entre plusieurs neurones, des informations issues d�une seule fibre. Elle joue un r�le important dans le fonctionnement du cervelet, par exemple.</p><p>y L�inhibition lat�rale. Cas particulier du ph�nom�ne tr�s g�n�ral de l�inhibition neuronique, dans lequel</p><p>l�arriv�e d�un potentiel d�action � un neurone, loin d�activer celui-ci, le rend r�fractaire aux messages qu�il transmet habituellement, l�inhibition lat�rale � efface � pour ainsi dire les informations subalternes, concurrentes de celle qui requiert l�attention, et accentue ainsi les contrastes : juste � c�t� d�une tache verte intense, une tache blanche para�t rose (couleur compl�mentaire du vert) ; une irritation quelque peu diffuse de la peau est localis�e exclusivement au point le plus irrit�, etc.</p><p>y La sym�trie. L��cart qui s�pare nos deux yeux, ou nos deux oreilles, permet qu�� chaque instant notre univers visuel ou auditif du c�t� gauche diff�re l�g�rement de celui du c�t� droit. La comparaison, au niveau central, des � h�misph�res � droit et gauche dans chaque domaine assure les visions du relief, l�orientation des sons. Chez les Serpents, l�organe pair de Jacobson, recueillant les mol�cules r�colt�es au sol par les deux pointes de la langue et les comparant, guide l�animal dans le choix de sa route.</p><p>y Ph�nom�nes plus complexes. Des �tudes r�centes, poursuivies notamment sur le Chat et le Chien, ont r�v�l� d��tonnantes propri�t�s de certains neurones corticaux, qui ne r�pondent qu�� des stimuli tout � fait particuliers : mouvement, dans une certaine direction, d�un court b�tonnet orient� downloadModeText.vue.download 89 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10044</p><p>dans une autre direction, en ce qui concerne la vision ; ligne m�lodique propre � un cri de reconnaissance, en ce qui concerne l�audition.</p><p>Enfin, on ne saurait terminer cette �tude de la sensation sans rappeler le ph�nom�ne essentiel de l�int�gration des donn�es sensorielles de nature diff�rente. Non seulement l�Homme fait un usage identique d�informations transmises verbalement (� entr�e � auditive) ou par �crit (� entr�e � visuelle) et peut y r�agir par le m�me geste (� sortie � musculaire identique), mais</p><p>les animaux sup�rieurs semblent bien interpr�ter comme signes de la m�me pr�sence (celle d�un ennemi, d�une proie, d�un partenaire sexuel, etc.) une odeur, un son ou une forme. La psychologie animale est riche en exemples de cette convergence intersensorielle, fondement lointain de la notion d�objet.</p><p>Conclusion</p><p>Qu�elle informe l�animal sur les �v�-</p><p>nements qui se produisent autour de lui ou sur ceux dont son propre organisme est le signe, qu�elle s�appuie sur un appareil simple ou complexe, la sensation semble, dans tout le r�gne animal, ob�ir aux m�mes grandes r�gles g�n�-</p><p>rales. En tout cas, et contrairement � l�id�e que l�on s�en fait ordinairement, elle ne fournit pas une image, un reflet du monde ext�rieur, mais un message cod� au sujet de certaines des formes d��nergie � l�oeuvre dans le monde.</p><p>Mais les progr�s de la recherche, en physique notamment, r�v�lent un</p><p>monde si �loign� de celui que nos sens veulent bien nous r�v�ler que seule l�abstraction math�matique se montre ad�quate � en exprimer toute la finesse.</p><p>H. F. et Y. G.</p><p>F Animal / Audition / Gustation / Nerveux (syst�me) / Odorat / Perception / Physiologie /</p><p>Psychologie / R�flexe / Sensibilit� / Seuil / Tact /</p><p>Vision.</p><p>W. Wundt, Grundz�ge der physiologischen Psychologie (Leipzig, 1873-74, 2 vol., 6e �d., 1908-1911, 3 vol. ; trad. fr. �l�ments de psychologie physiologique, Alcan, 1886, 2 vol.). /</p><p>E. Mach, Erkenntnis und Irrium (Leipzig, 1905 ; trad. fr. la Connaissance et l�erreur, Flammarion, 1908). / C. S. Sherrington, The Integrative Action of the Nervous System (New York, 1906 ; nouv. �d., New Haven, Connect., 1947) ; Man and his Nature (Cambridge, 1940 ; nouv. �d., Harmondsworth, 1955). / H. Pi�ron, la Sensation, guide de vie (Gallimard, 1945 ; nouv.</p><p>�d., 1955) ; la Sensation (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1953 ; 6e �d., 1974). / A. Kuntz, A Textbook of Neuroanatomy (Londres, 1946). /</p><p>H. Pi�ron, B. Chocholle et J. Leplat, Sensation et motricit� (P. U. F., 1963). / J. D. Carthy et G. E. Newell (sous la dir. de), Invertebrate Receptors (Londres, 1968). / M. S. Gordon et coll., Animal Function : Principles and Adaptation (Londres, 1968). / W. R. Loewenstein (sous la dir. de), Principles of Receptors Physiology, t. I</p><p>de Handbook of Sensory Physiology sous la dir.</p><p>de H. Autrum (Berlin, 1971 ; 8 vol.).</p><p>sensibilit�</p><p>[chez l�Homme]</p><p>Propri�t� que poss�dent certaines structures du syst�me nerveux de recevoir, de transmettre ou de percevoir des impressions (v. sensation).</p><p>Voies nerveuses</p><p>de la sensibilit�</p><p>Anatomie et physiologie</p><p>L�organisme humain est expos� � des stimulations physiques et chimiques incessantes qui proviennent des organes et des tissus et qui sont sous la d�pendance de leur fonctionnement et des actions exerc�es par les agents ex-t�rieurs. La sensibilit�, en neurologie, ne concerne qu�un petit nombre de ces stimulations et des voies centrip�tes qu�elles empruntent. Ces voies convergent vers le thalamus (ou couches optiques) et le cortex c�r�bral : elles permettent au sujet conscient de se livrer � une analyse qualitative et quantitative des stimuli auxquels il est soumis et de reconna�tre sur son corps le lieu de leur application. Ainsi con�ue, la sensibilit� est indissociable de la conscience ; elle a de nombreux points de contact avec les r�actions affectives.</p><p>On distingue deux modes principaux de sensibilit� :</p><p>� la sensibilit� proprioceptive, qui renseigne sur les attitudes et le d�placement des segments du corps (ou sensibilit� kinesth�sique) ;</p><p>� la sensibilit� ext�roceptive, qui recueille les sensations provoqu�es par le tact, la pression, le froid et le chaud (sensibilit� thermique) et les sensations douloureuses.</p><p>Les r�cepteurs de la sensibilit� Ils transmettent aux fibres nerveuses vectrices de la sensibilit� les stimuli sensitifs.</p><p>y Les r�cepteurs de la sensibilit�</p><p>proprioceptive. Ils sont situ�s dans les muscles, leurs gaines, les tendons, les capsules et ligaments articulaires (qui contiennent �galement d�autres r�cepteurs). Ils sont sensibles aux variations de tension et de pression.</p><p>y Les r�cepteurs de la sensibilit� ext�roceptive cutan�e. Ils sont r�partis dans l�ensemble du rev�tement cutan�, mais de fa�on in�gale selon les divers points ; en effet, certains territoires sont plus riches que d�autres en r�cepteurs, certains types de r�cepteurs pr�dominent en divers endroits.</p><p>On en distingue plusieurs vari�t�s : les m�canor�cepteurs, sensibles aux actions m�caniques (pression, �tirement, etc.) ; les thermor�cepteurs (sensibles au chaud et au froid) ; les r�cepteurs de la douleur, constitu�s par les terminaisons nerveuses libres situ�es dans la peau (v. tact).</p><p>En fait, tous les stimuli (m�caniques, chimiques, thermiques) peuvent d�-</p><p>clencher la douleur � condition qu�ils soient suffisamment intenses et menacent l�int�grit� des tissus, d�o� le nom de � sensibilit� nociceptive � parfois donn� � la sensibilit� � la douleur.</p><p>Cette sp�cialisation des r�cepteurs (proprio- ou ext�roceptifs) a �t� longtemps discut�e. On admet actuellement qu�il n�y a pas de sp�cificit� absolue des diff�rents r�cepteurs pour les diverses sensibilit�s, mais que ceux-ci sont d�autant plus sp�cialis�s qu�ils transmettent leur message � des fibres nerveuses de calibre plus �lev�.</p><p>Les voies de la sensibilit� (fig. 1) Les messages sensitifs sont transmis par les r�cepteurs sensitifs sp�cialis�s ou par les terminaisons nerveuses libres � des fibres sensitives, prolongements p�riph�riques des premiers neurones ou protoneurones sensitifs.</p><p>La sp�cialisation, pr�sente d�s l��tape des r�cepteurs, se retrouve au niveau des fibres v�hiculant la sensibilit�.</p><p>AU NIVEAU DES RACINES SENSITIVES.</p><p>Les corps cellulaires des protoneurones sensitifs sont situ�s dans les ganglions rachidiens (en dehors de la moelle �pi-ni�re) ; leurs branches centrales (allant</p><p>� la moelle) constituent les racines post�rieures des nerfs rachidiens. Les fibres y diff�rent par leur diam�tre, leur vitesse de conduction, la richesse en my�line de leurs gaines ; ces propri�t�s correspondent � des diff�rences dans les modalit�s des sensibilit�s transmises.</p><p>1. Les fibres de gros calibre (de 5 � 15 &#x3BC;), ou fibres G. C., et riches en my�-</p><p>line ont des vitesses de conduction �le-v�es (environ 50 m par seconde) ; elles v�hiculent les sensibilit�s proprioceptive et tactile et appartiennent au syst�me dit � lemniscal � (v. plus loin).</p><p>2. Les fibres my�linis�es de faible diam�tre (de 1 � 5 &#x3BC;), ou fibres Ad., et les fibres d�pourvues de my�line, ou fibres C., encore plus fines, ont des vitesses de conduction faibles (de 0,5</p><p>� 10 m par seconde) ; elles v�hiculent les sensibilit�s thermique et douloureuse et appartiennent au syst�me dit</p><p>� extra-lemniscal �.</p><p>downloadModeText.vue.download 90 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10045</p><p>DANS LA MOELLE.</p><p>1. Les fibres G. C. donnent � leur p�-</p><p>n�tration dans la moelle une branche descendante courte, une collat�rale courte qui s�articule avec les interneurones (petits neurones) de la corne post�rieure et une branche ascendante principale qui constitue avec ses homologues le cordon post�rieur de la moelle : les fibres s�y disposent suivant une topographie qui refl�te l�image du corps et � laquelle on donne le nom de somatotopie (de dehors en dedans, on trouve les fibres d�origine cervicale, dorsale, lombaire et sacr�e) ; cette disposition se retrouve, sans modification, de la moelle � l��corce c�r�brale.</p><p>2. Les fibres Ad. et C. ont un trajet plus court : elles se terminent dans la corne post�rieure de la moelle au niveau de leur p�n�tration et aux �tages sus- et sous-jacents. Elles s�articulent avec les cellules de la corne post�rieure directement ou par l�interm�diaire d�interneurones situ�s dans la corne post�rieure.</p><p>Contrairement aux fibres G. C., elles transmettent la sensibilit� avec une pr�cision topographique peu nette, et leur vitesse de conduction n�est pas</p><p>aussi rapide ; enfin, le message nerveux transmis peut �tre alt�r� par les interneurones. Les axones n�s des cellules nerveuses de la corne post�rieure, ou deutoneurones (seconds neurones), traversent la ligne m�diane en avant du canal �pendymaire de la moelle et parviennent dans le cordon ant�rolat�-</p><p>ral du c�t� oppos�, formant le faisceau spino-thalamique (allant de la moelle au thalamus). Ce dernier est lui-m�me divis� en un faisceau n�o-spino-thalamique et un faisceau pal�o-spino-thalamique. Les fibres du premier ont un diam�tre plus �lev� (et une disposition somatotopique) que celles du second (sans somatotopie).</p><p>Au total, les fibres des cordons post�rieurs renseignent sur les sensibilit�s proprioceptive et tactile provenant du m�me c�t� du corps, alors que les fibres spino-thalamiques transmettent les sensibilit�s thermique et douloureuse provenant de la moiti� oppos�e du corps.</p><p>DANS LE TRONC C�R�BRAL.</p><p>1. Les fibres des cordons post�rieurs s�articulent � la partie basse du bulbe avec des cellules nerveuses (second neurone ou deutoneurone) dont les axones croisent la ligne m�diane pour former le ruban de Reil, ou lemniscus m�dian (d�o� le nom de � syst�me lemniscal �), qui va se terminer au thalamus.</p><p>2. Les fibres du faisceau n�o-spino-thalamique rejoignent le lemniscus m�dian au niveau de la protub�rance annulaire et se terminent au thalamus.</p><p>3. Les fibres du faisceau pal�o-spino-thalamique se terminent directement au niveau du thalamus ou dans divers noyaux de la substance r�ticul�e du tronc c�r�bral, le relais �tant pris par des fibres qui gagnent des deux c�t�s de nombreuses structures nerveuses.</p><p>ENTRE LE THALAMUS ET LE CORTEX</p><p>C�R�BRAL.</p><p>Les fibres du lemniscus m�dian s�articulent avec les cellules du troisi�me neurone sensitif dans le noyau post�-</p><p>rolat�ral du thalamus. Il y existe une disposition somatotopique pr�cise,</p><p>mais la repr�sentation des diff�rents territoires sensitifs du corps n�est pas proportionnelle � leur volume ou � leur surface ; ceux qui jouissent d�une grande capacit� discriminative (main, bouche par exemple) sont dot�s des volumes de projection les plus importants (comme au niveau du cortex c�r�bral).</p><p>Les fibres issues du thalamus se terminent pour la plupart au niveau de l�aire sensitive primaire situ�e dans le cortex pari�tal, en arri�re de la scissure de Rolando ; cette aire recueille donc la sensibilit� de toute la moiti� oppos�e du corps ; la somatotopie pour les sensibilit�s tactile et proprioceptive y est tr�s pr�cise (fig. 2). Quelques fibres issues du thalamus se terminent dans une aire sensitive secondaire situ�e au fond de la scissure de Sylvius : la disposition somatotopique y est tr�s impr�cise et elle re�oit de nombreuses sensations issues du m�me c�t� du corps.</p><p>Les cellules du thalamus prenant le relais des fibres pal�o-spino-thalamiques appartiennent � des noyaux non sp�cifiques ; leurs axones se terminent dans l�ensemble du cortex associatif (et surtout dans le cortex frontal).</p><p>INTERACTION ENTRE LES SYST�MES</p><p>LEMNISCAL ET EXTRA-LEMNISCAL.</p><p>Bien que ces syst�mes soient diff�rents par leur situation, leur morphologie, leurs articulations et leurs projections terminales, on admet que le syst�me lemniscal exerce sur les voies de la douleur un double contr�le. Le premier se situe au niveau de la moelle : il est effectu� par les collat�rales n�es des fibres G. C., qui, en s�articulant avec les interneurones de la corne post�-</p><p>rieure, exercent une action inhibitrice sur les influx v�hiculant la douleur.</p><p>Le deuxi�me se situe au niveau de l�enc�phale, o� les centres re�oivent des voies lemniscales des influx qui les informent sur l�activit� des fibres radiculaires (des racines) et transmettent, en retour, � la corne post�rieure, par des voies mal connues, des messages facilitateurs ou inhibiteurs (fig. 3). Ce double contr�le est possible gr�ce � la diff�rence des vitesses de transmission des deux syst�mes (lemniscal et extra-lemniscal). Il permet aussi d�expliquer</p><p>les variations de seuil et de perception douloureuse en fonction de l�attention et certains types de douleurs permanentes rebelles cons�cutives � des l�sions des voies sensitives (zona par exemple).</p><p>Cas particuliers</p><p>LA SENSIBILIT� DE LA FACE.</p><p>Elle est essentiellement assur�e par les fibres sensitives de la 5e paire cr�nienne (ou nerf trijumeau). Les corps cellulaires des protoneurones sont situ�s dans le ganglion de Casser (homologue des ganglions rachidiens). Les fibres radiculaires issues de ce ganglion se divisent, apr�s leur p�n�tration dans le tronc c�r�bral, en branches ascendante ou descendante. La branche ascendante v�hicule les sensibilit�s proprioceptive et tactile : elle s�articule avec les cellules nerveuses du noyau sensitif sup�rieur du nerf trijumeau dans la protub�rance. Les deutoneurones issus de ce noyau croisent la ligne m�diane et vont rejoindre le lemniscus m�dian controlat�ral pour gagner avec lui le thalamus. La branche descendante v�hicule les sensibilit�s thermique et douloureuse : elle s�articule avec les cellules du noyau bulbo-cervical du trijumeau ; les deutoneurones issus de ce noyau croisent la ligne m�diane et rejoindraient au niveau de la protub�-</p><p>rance le lemniscus m�dian ; leur trajet jusqu�au thalamus est mal connu.</p><p>LA SENSIBILIT� VISC�RALE OU</p><p>INT�ROCEPTIVE.</p><p>Les stimuli sensitifs visc�raux sont re-pr�sent�s par la douleur et la dilatation au niveau des art�res, la distension ou l�irritation au niveau des visc�res. Les downloadModeText.vue.download 91 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10046</p><p>r�cepteurs annex�s aux art�res et aux visc�res sont appel�s int�rocepteurs.</p><p>Les influx sensitifs gagnent la corne post�rieure de la moelle, puis empruntent les voies de la douleur, c�est-</p><p>�-dire le faisceau spino-thalamique lat�ral. Le transfert des neurones int�-</p><p>roceptifs aux neurones ext�roceptifs au niveau de la corne post�rieure explique que les douleurs visc�rales puissent �tre r�f�r�es � la peau.</p><p>Exploration clinique</p><p>de la sensibilit�</p><p>La sensibilit� tactile</p><p>Elle peut �tre mesur�e de fa�on pr�-</p><p>cise par un instrument (compas de Weber ou esth�siom�tre), ou simplement appr�ci�e � l�aide d�un tampon de coton qui parcourt la peau. Son exploration doit tenir compte de la richesse d�innervation qui va, par exemple, de 135 points tactiles par centim�tre carr� pour l�extr�mit� des doigts � 5 points par centim�tre carr� pour la cuisse.</p><p>La sensibilit� douloureuse</p><p>Elle est explor�e par une aiguille qui pique les t�guments comparativement � la perception seulement tactile provoqu�e par le tampon de coton.</p><p>La sensibilit� thermique</p><p>Elle est �tudi�e gr�ce � deux tubes emplis l�un d�eau chaude (non br�lante), l�autre d�eau glac�e, que l�on applique sur la peau.</p><p>La sensibilit� proprioceptive</p><p>y Le sens des positions et des mouvements (kinesth�sie) est explor� par l�aptitude du sujet � maintenir une attitude en dehors de tout contr�le visuel (station debout, pieds joints), � appr�cier la position des diff�rents segments de membres, � appr�cier les d�placements passivement impos�s, � r�aliser les mouvements finalis�s (mettre le bout de l�index sur le nez par exemple), � �valuer un poids tenu dans une main par rapport � un poids de r�f�rence situ� dans l�autre main (baresth�sie), � reconna�tre par le palper des objets dispos�s dans la main (forme, consistance, poids).</p><p>y La sensibilit� vibratoire (pallesth�-</p><p>sie) est souvent rattach�e � la sensibilit� proprioceptive : elle s�explore � l�aide d�un diapason appliqu� par</p><p>le manche sur les saillies osseuses superficielles.</p><p>Les autres modes de sensibilit�</p><p>y On explore la douleur profonde que provoque la pression forte des masses musculaires, du tendon d�Achille, du mamelon, etc.</p><p>y Les sensations combin�es ne sont �tudi�es que si les modalit�s �l�mentaires de la sensibilit� sont intactes.</p><p>Elles regroupent l�aptitude � discriminer deux stimulations tactiles simultan�es, � localiser le point d�application d�un stimulus tactile (topognosie), � reconna�tre des lettres ou des signes g�om�triques simples trac�s sur la main (graphesth�sie) et l�aptitude � la reconnaissance palpatoire d�objets plac�s dans les mains, yeux ferm�s, ou st�r�ognosie (l�ast�r�ognosie est la perte de cette facult�).</p><p>Pathologie de</p><p>la sensibilit�</p><p>Principaux troubles sensitifs</p><p>�l�mentaires</p><p>Il existe deux cat�gories de troubles sensitifs : les troubles accus�s par le malade sont dits � subjectifs � ou</p><p>� spontan�s � ; les troubles mis en �vidence par l�examen sont dits � objectifs � ou � provoqu�s �.</p><p>y Les troubles sensitifs subjectifs.</p><p>Ils ne traduisent que rarement un d�ficit de la sensibilit� n�cessairement intense ou �tendu : suivant les cas, le malade se plaint d�impression de � peau morte �, de � carton �, de</p><p>� bois �, de maladresse � la pr�hension des objets ou encore d�une perte de sensibilit� aux traumatismes divers dans une partie du corps.</p><p>Plus souvent, le malade se plaint de paresth�sies ou de douleurs. Les paresth�sies sont des sensations anormales ressenties par le sujet, qui les compare � des fourmillements, picotements, sensations d�engourdissement ; lorsque ces sensations sont provoqu�es ou augment�es par le contact, on parle de dysesth�sies. Les douleurs sont de caract�res variables : elles sont continues</p><p>ou en salves, ou fulgurantes (en �clair, tr�s br�ves, avec intervalles normaux entre les crises) ; elles sont d�clench�es par divers facteurs, par l�attouchement d�une zone du corps (zone dite</p><p>� g�chette �) ; leur si�ge, leurs irradiations �ventuelles sont importants � conna�tre. La causalgie (gr. kausis,</p><p>� chaleur br�lante �) se manifeste par des br�lures intenses, continues, associ�es � des perturbations r�gionales de la vascularisation et � des troubles trophiques. Bien qu�une douleur localis�e �voque l�atteinte des fibres nerveuses desservant le territoire de son si�ge, il existe des douleurs localis�es dites � projet�es � qui peuvent, par exemple, provenir d�un visc�re situ� � distance (douleurs brachiales de l�angine de poitrine). Cela s�explique par la convergence des influx nerveux sensitifs et visc�raux sur le m�me neurone dans la corne post�rieure.</p><p>y Les troubles sensitifs objectifs.</p><p>L�hyperesth�sie est la sensibilit� accrue aux divers modes de stimulation.</p><p>L�hyperalgie (ou hyperpathie) est d�finie par une douleur dont les caract�res sont inhabituels et dont l�intensit� n�a aucun rapport avec celle du stimulus ; la stimulation tactile la plus l�g�re peut �tre ressentie comme douloureuse ; la douleur tend � diffuser vers les r�gions non stimul�es et elle peut durer malgr� l�arr�t de la stimulation. L�anesth�sie est d�finie par l�absence de sensation. L�hypoes-th�sie correspond � une sensation att�nu�e dans la zone atteinte par rapport aux territoires normaux. La co�ncidence d�anesth�sie et de douleurs dans un m�me territoire cutan� est appel�e anesth�sie douloureuse.</p><p>Principaux aspects</p><p>topographiques des</p><p>troubles sensitifs</p><p>Les l�sions �tudi�es ne seront d�taill�es que dans les troubles de la sensibilit� qu�elles engendrent.</p><p>y L�atteinte isol�e du nerf, ou atteinte tronculaire, donne un d�ficit global de la sensibilit� (qui correspond au territoire sensitif du nerf) associ� souvent � une impression de peau � cartonn�e � ou � morte � et parfois � des</p><p>causalgies, des paresth�sies.</p><p>y L�atteinte de plusieurs nerfs (multin�vrite) se traduit par l�association des signes de plusieurs l�sions tronculaires.</p><p>y Les l�sions des plexus nerveux (r�union de plusieurs racines) se caract�-</p><p>risent par l�intensit� des causalgies et des troubles sensitifs si�geant dans le territoire des racines nerveuses.</p><p>y L�atteinte d�une racine nerveuse donne une douleur de si�ge fixe, augment�e par la toux, l��ternuement, la d�f�cation et par les manoeuvres �tirant la racine ; les paresth�sies empruntent le trajet de la racine ; l�hy-poesth�sie correspond au territoire sensitif de la racine.</p><p>y Les polyn�vrites entra�nent des troubles sensitifs bilat�raux, sym�-</p><p>triques et distaux : paresth�sies des extr�mit�s, douleurs avec parfois hyperpathie et � anesth�sie douloureuse � ; les troubles de la sensibilit� proprioceptive peuvent dominer.</p><p>y Le syndrome cordonal post�rieur est d� � une atteinte des fibres lemniscales dans le cordon post�rieur de la moelle. Il est responsable de troubles si�geant du c�t� de la l�sion et au-dessous de celle-ci : paresth�sies, douleurs diverses (douleurs en �tau), c�nesthopathies ou impressions corporelles anormales plus g�nantes que douloureuses (chaussette trop serr�e par exemple), troubles de la sensibilit� proprioceptive tr�s marqu�s, signe de Lhermitte lors des l�sions cervicales (sensation de d�charge �lectrique par-courant la colonne vert�brale et les membres � la flexion du cou).</p><p>y Le syndrome spino-thalamique est d� � une l�sion des voies extra-lemniscales dans le cordon ant�rolat�ral de la moelle ; il est responsable, au-dessous de la l�sion, d�une hypoesth�sie ou d�une anesth�sie thermo-alg�sique (pour la temp�rature et la douleur) de l�h�micorps oppos� � la l�sion, de douleurs souvent causal-giques � tonalit� affective marqu�e avec parfois hyperpathie ; les sensibilit�s proprioceptive et tactile sont</p><p>conserv�es.</p><p>y Le syndrome centrom�dullaire est d� � une l�sion se d�veloppant dans la substance grise de la moelle et d�truisant les fibres des sensibilit�s thermique et douloureuse qui passent en avant du canal �pendymaire ; il entra�ne une anesth�sie thermo-alg�-</p><p>sique en bande, bilat�rale. Ce syndrome se rencontre dans la syringo-my�lie*, affection o� la moelle se trouve creus�e en son centre d�un canal r�sultant d�un �largissement du canal de l��pendyme.</p><p>y Le syndrome de Brown-S�quard,</p><p>d� � une h�misection lat�rale de la moelle, entra�ne, au-dessous et du c�t� de la l�sion, un syndrome cordonal post�rieur et un syndrome</p><p>spino-thalamique.</p><p>y Le syndrome thalamique est d� � une atteinte des voies sensitives au niveau du thalamus. Il entra�ne une anesth�sie de la moiti� du corps (h�-</p><p>mianesth�sie) oppos�e � la l�sion, compl�te et globale (atteignant tous les modes de la sensibilit�) avec hyperpathie. Les paresth�sies et les downloadModeText.vue.download 92 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10047</p><p>douleurs tr�s intenses sont mal support�es, augment�es par les bruits, les �motions.</p><p>y Les l�sions du cortex c�r�bral pa-ri�tal entra�nent des troubles sensitifs dans l�h�micorps oppos� qui portent surtout sur les sensibilit�s proprioceptive et tactile ; l�h�mianesth�sie est rarement totale. Les troubles caract�-</p><p>ristiques des l�sions du cortex pari�-</p><p>tal portent sur l�organisation spatiale de la sensibilit� et sur les sensations combin�es.</p><p>C. V.</p><p>F Cerveau / Douleur / Moelle �pini�re / Nerveux (syst�me) / Sensation / Tact.</p><p>sensibilit�</p><p>[en pyrotechnie]</p><p>Aptitude d�une substance � exploser sous l�action d�une excitation appropri�e.</p><p><strong>Introduction</strong></p><p>L�explosion d�une substance explosive, obtenue ordinairement au moyen d�une amorce ou d�un d�tonateur, peut aussi �tre provoqu�e par un choc, par une �tincelle ou par d�autres excitations. Les explosifs r�pondent de fa-</p><p>�ons diff�rentes � une excitation d�une nature et d�une intensit� donn�es ; la plus ou moins grande facilit� avec laquelle on d�clenche l�explosion d�une substance est ce qu�on appelle sa sensibilit�. Selon la nature de l�excitation, on est conduit � distinguer divers types de sensibilit� : � la chaleur, au choc, au frottement, � l��tincelle �lectrique, � l�amorce, etc.</p><p>La connaissance de la sensibilit� d�un explosif ou d�une composition pyrotechnique est importante aussi bien pour son emploi � le choix du mode d�amor�age � que pour la s�curit� de sa manipulation et de son transport. Aussi, depuis longtemps, a-t-on mis au point des �preuves pour l��valuation num�rique des divers types de sensibilit�, faute de pouvoir d�finir des grandeurs physiques se pr�tant � de v�ritables mesures. Toutefois, depuis 1945, on entrevoit qu�il est possible de rattacher les unes aux autres les sensibilit�s de divers types et qu�il sera possible un jour de b�tir une th�orie unitaire de la sensibilit�.</p><p>Sensibilit� � la chaleur</p><p>Pour d�terminer la sensibilit� � la chaleur, on pratique le plus souvent l��preuve hollandaise, qui consiste � plonger dans un bain d�alliage fondu, � 100 �C, un tube � essai en verre mince contenant 2 dg de substance, puis � �lever la temp�rature du bain � raison de 5 �C par minute jusqu�� ce qu�on observe une explosion ; la temp�rature qu�on note � ce moment est le point de d�flagration de la substance.</p><p>Dans une variante de cette �preuve, on �chauffe le bain � raison de 20 �C</p><p>par minute ; la temp�rature � laquelle</p><p>on observe l�explosion est alors plus �lev�e que le point de d�flagration.</p><p>Dans des �tudes scientifiques, on est conduit � chercher la temp�rature de d�flagration sans chauffage progressif : on plonge alors dans le bain chaud, maintenu � une temp�rature constante, l��prouvette contenant l�explosif et on note le temps &#x3C4; au bout duquel celui-ci explose : ce temps est appel� p�riode d�induction. L�exp�rience montre qu�il d�pend de la temp�rature absolue T</p><p>selon la loi</p><p>A et B �tant deux coefficients. La th�orie des r�actions thermiques permet de relier le coefficient A � l��nergie d�activation de la r�action d�explosion. Par exemple, pour le fulminate de mercure, dont l��nergie d�activation est 25 kcal/</p><p>mole, la p�riode d�induction vaut respectivement 3, 6,6 et 14 s � 202, 190</p><p>et 184 �C.</p><p>Dans les �preuves pr�c�dentes,</p><p>l�explosif reste � la pression ordinaire ; certains corps, comme le nitrate d�ammonium, se d�composent dans ces conditions, enti�rement de fa�on calme, en produits gazeux sans qu�on observe de d�flagration � aucun moment. Aussi a-t-on imagin� une �preuve de chauffage, sous confine-ment, c�est-�-dire en vase clos, qui permet d�observer pour ces corps une temp�rature de d�flagration.</p><p>En vue du comportement dans un incendie, on fait d�autres essais pratiques de sensibilit� � la chaleur, tel celui qui consiste � chauffer 25 g environ de substance dans une douille en acier portant un disque � lumi�re calibr�e et � rechercher le plus petit diam�tre du trou pour lequel un chauffage d�une intensit� fix�e n�entra�ne pas la rupture de la douille en fragments.</p><p>Sensibilit� au choc</p><p>Lin explosif dispos� en couche mince sur une surface dure et qui re�oit un choc peut exploser. Or, des chocs apparemment identiques et s�exer�ant dans des conditions identiques peuvent produire ou ne pas produire l�explosion : la r�action au choc est donc un ph�no-m�ne al�atoire qui doit �tre caract�-</p><p>ris� par sa probabilit�. On d�termine</p><p>la sensibilit� au choc avec des appareils qui permettent de faire tomber d�une hauteur h variable des moutons de choc, de poids P divers, sur une masse d�termin�e d�explosif, dispos� de fa�on bien d�finie sur un bloc (enclume) massif. Une s�rie (de 10 ou de 50 coups) d�essais avec le m�me mouton tombant de la m�me hauteur donne un certain pourcentage d�explosions.</p><p>La variation de ce pourcentage avec la hauteur h se traduit graphiquement par une courbe en forme de S �tir�, et on retient g�n�ralement pour caract�riser la sensibilit� de la mati�re �prouv�e la valeur du produit Ph correspondant � la probabilit� 1/2, c�est-�-dire correspondant � 50 p. 100 d�explosions.</p><p>D�ailleurs, avec des moutons de poids diff�rents, on a le m�me pourcentage d�explosions pour des hauteurs telles que le produit Ph garde la m�me valeur ; autrement dit, ce qui caract�rise l�efficacit� d�un choc pour produire une explosion, c�est l��nergie cin�tique du mouton au moment du choc. L��nergie donnant lieu � la probabilit� d�explosion �gale � 1/2 varie depuis 0,1 daJ</p><p>pour les corps tr�s sensibles � plus de 20 daJ pour le dinitrotolu�ne. Certains corps, comme le nitrate d�ammonium, sont si peu sensibles au choc qu�on ne peut les faire exploser m�me par l�impact d�une balle de fusil anim�e d�une tr�s grande vitesse.</p><p>Marcelin Berthelot* supposait qu�un explosif d�flagre sous un choc parce qu�il s�y est produit un �chauffement local qui le porte � son point de d�flagration. Cette hypoth�se a �t� confirm�e, depuis 1945, par les travaux de Bowden, qui ont donn� la preuve ex-p�rimentale de la production, lors du choc, de points chauds de tr�s faible volume, mais de temp�rature comprise entre 500 et 1 000 �C. On a pu mesurer les retards qui s��coulent entre le choc et la d�flagration ; ils se chiffrent g�n�-</p><p>ralement en millisecondes et v�rifient bien la formule relative aux explosions thermiques, qui, d�s lors, �tablit la liaison entre la sensibilit� au choc et la sensibilit� � la chaleur.</p><p>Sensibilit� au frottement</p><p>Il existe des pendules de friction dans lesquels un sabot fix� � l�extr�mit� d�un bras de pendule vient frotter la mati�re</p><p>dispos�e sur une surface plane, ainsi que d�autres appareils dans lesquels la substance � �prouver est d�pos�e sur une plaque rugueuse se d�pla�ant parall�lement � un crayon de porcelaine fixe. En g�n�ral, les produits qui se montrent peu sensibles au choc sont �galement peu sensibles au frottement.</p><p>Sensibilit� � l�amorce</p><p>Cette sensibilit� particuli�re est l�aptitude d�une mati�re � d�toner sous l�action de la d�tonation d�un autre explosif, appel� explosif primaire, plac� directement � son contact ou s�par� seulement par une paroi tr�s mince.</p><p>Avec les explosifs suffisamment sensibles, il suffit d�une masse inf�rieure � 1 g d�explosif primaire pour provoquer la d�tonation. On caract�rise num�riquement cette sensibilit� par la plus petite masse de fulminate de mercure qui entra�ne � coup s�r la d�tonation de l�explosif �prouv� ; � cet effet, on dispose d�une gamme de d�tonateurs renfermant 0,25, 0,30, 0,40, 0,50...</p><p>2,00 g de fulminate de mercure. Avec des explosifs de moindre sensibilit�, on doit faire un essai avec des d�tonateurs � chargement mixte. Ceux-ci comprennent, outre l�explosif primaire, une masse de 0,5 � 1 g d�explosif secondaire comprim�, dont on sait qu�ils sont assimilables � des d�tonateurs qui renfermeraient 3 g et 5 g de fulminate. Avec des explosifs encore moins sensibles, on adjoint au d�tonateur un relais d�amor�age de 10, 20 ou 50 g d�explosif secondaire. Un explosif est d�autant plus sensible � l�amorce que la masse de fulminate (ou d�ensemble explosif utilis� pour l�amor�age) est plus faible ; pour tous les explosifs solides, la sensibilit� d�cro�t quand la densit� de chargement cro�t ; c�est ainsi que l�acide picrique dont on fait varier la densit� de chargement de 1,20 � 1,70 g/</p><p>cm 3 exige des amorces de charge de fulminate croissant de 0,25 � 0,50 g. La sensibilit� � l�onde explosive est fonction de la densit� de l�explosif et de son �tat (pulv�rulent, g�latineux, fondu).</p><p>Si la densit� est trop �lev�e, l�onde explosive provoqu�e par le d�tonateur peut ne pas agir ou s�arr�ter en cours de propagation. Les explosifs de mine, utilis�s au tir en cartouches ordinaires doivent, � la densit� � laquelle ils sont</p><p>encartouch�s, �tre sensibles � l�amorce de 1,5 g de fulminate afin d�avoir l�assurance qu�ils ne peuvent produire de rat� avec les d�tonateurs no 8, r�glementaires dans les mines.</p><p>L. M.</p><p>F Explosif / Explosion.</p><p>L. Vennin, E. Burlot et H. L�corch�, les Poudres et explosifs (B�ranger, 1932). / J. Cal-downloadModeText.vue.download 93 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10048</p><p>zia, les Substances explosives et leurs nuisances (Dunod, 1969).</p><p>S�oul</p><p>En cor. s&#x14F;-ul, capit. de la Cor�e* du Sud ; 5 600 000 hab.</p><p>Le d�veloppement</p><p>urbain</p><p>Choisie comme m�tropole par le roi T�-c&#x14F;, fondateur de la dynastie des Li (ou I) [1392-1910] (elle s�appelait alors Han-yang), S�oul prosp�ra comme centre de la monarchie jusqu�� l�occupation japonaise. Auparavant, elle �tait un simple march� local �tabli � proximit� de la Han dans une �troite plaine prot�g�e sur trois c�t�s par des collines escarp�es. Une muraille fut �difi�e autour de la nouvelle capitale, tandis que des citadelles annexes �taient construites aux quatre points cardinaux. La cit� elle-m�me fut trac�e selon le plan en damier des capitales chinoises avec des portes monumentales au nord, au sud, � l�est et � l�ouest. Le palais s�adossait au c�t� nord, faisant ainsi face au sud, tandis que la ville se composait de constructions � un �tage aux murs d�argile et couvertes de tuiles.</p><p>Sous l�occupation japonaise, le</p><p>paysage urbain connut une premi�re r�volution ; une gare fut �difi�e entre la porte sud et la Han et devint le noyau d�un quartier actif (ateliers ferroviaires, centrale thermique), et, de l�autre c�t� du fleuve, un a�roport fut</p><p>install�. Dans la ville m�me, des quartiers entiers furent ras�s et on per�a des rues nouvelles et larges, que bord�rent les constructions de brique et de pierre du nouveau r�gime : bureaux du gouvernement g�n�ral, poste, h�pitaux, h�tels et une cath�drale catholique. En 1925, la ville avait 342 626 habitants ; en 1940, 935 464, en raison notamment de l�incorporation des communes suburbaines et de l�afflux des ruraux, toujours important dans ce pays o� les campagnes demeuraient mis�rables.</p><p>Apr�s la d�faite japonaise, S�oul devint le si�ge d�un gouvernement militaire am�ricain ; la population continua de cro�tre et son importance for�a � la s�parer administrativement de la province de Ky&#x14F;ng-gi en 1948. En 1949, des flots de r�fugi�s du Nord port�rent sa population � 1 446 019, soit le vingti�me de la population de la p�ninsule.</p><p>Occup�e par les troupes communistes de juin � septembre 1950, puis de janvier � mars 1951, elle demeura ensuite aux mains des forces des Nations unies et, en d�pit de sa proximit� d�une fronti�re � br�lante �, redevint le centre du gouvernement sud-cor�en.</p><p>D�truite en grande partie par la guerre (1950-1953), elle a �t� t�t reconstruite et pr�sente aujourd�hui un paysage en voie de modernisation rapide ; des immeubles de 20 � 25 �tages s�y �difient les uns apr�s les autres tandis que des autoroutes suspendues, � la mani�re de T&#x14D;ky&#x14D;, enjambent les vieilles art�res de la ville. Ses faubourgs s��tendent vers le sud, en direction de la Han et du port d�In-&#x10D;�&#x14F;n (ou Inchon). Cette croissance est guid�e par un plan d�urbanisme constamment retouch� et qui tente d��viter le genre d�exc�s dont T&#x14D;ky&#x14D; donne le monstrueux exemple.</p><p>Soucieux de favoriser la croissance de leur ville sans les nuisances qui caract�risent la capitale japonaise, les �diles ont entrepris un remaniement spectaculaire de son espace, dont le fleuron sera l��le de Yeoido.</p><p>Celle-ci �tant situ�e au milieu de la Han � environ 8 km du centre et �tant compos�e uniquement de sable, la saison des pluies la submergeait chaque ann�e. La construction des digues p�riph�riques a commenc� en 1970 et</p><p>pris fin deux ans apr�s. Une avenue axiale de 300 m de large et 1 300 m de long a �t� trac�e, et des immeubles r�sidentiels de 13 �tages d�j� construits abritaient quelque 5 000 familles d�s la fin de 1972. Ult�rieurement seront d�plac�s dans l��le les b�timents administratifs, les ambassades, les bureaux des soci�t�s �trang�res et des grands journaux. Une fois compl�t� ce projet, l��le abritera environ 150 000 habitants durant le jour (40 000 la nuit) et d�ga-gera le centre de la capitale.</p><p>La ville proprement dite abrite aujourd�hui plus de 5,5 millions d�habitants, et le district m�tropolitain 8 millions, chiffre qui atteindra 13 millions d�ici dix ans. S�oul aura alors 7,5 millions d�habitants et c�est en fonction de ces chiffres que le r�seau du futur m�tro a �t� trac�. Il sera achev� en dix ans (1971-1980) et se composera de trois lignes repr�sentant un total de 65 km. Deux nouvelles lignes, � construire en 1981-82, porteront cette longueur � 135 km. � la mani�re des m�tros de Berlin ou de T&#x14D;ky&#x14D;, la liaison se fera directement avec les voies ferr�es suburbaines. Celles-ci doivent �tre progressivement �lectrifi�es, notamment la ligne d�In-&#x10D;�&#x14F;n. Ce m�tro doit d�congestionner les rues de la capitale, o� les autobus et les taxis repr�sentent 90 p. 100 du trafic.</p><p>Les fonctions</p><p>L�industrie se fonde non sur la pr�-</p><p>sence de mati�res premi�res ou de sources d��nergie, mais sur la proximit� du port d�In-&#x10D;�&#x14F;n et la pr�sence d�une main-d�oeuvre et d�un march� de consommation consid�rables, ainsi que sur celle du gouvernement et des organismes bancaires. Traditionnellement, la vieille capitale poss�dait les artisanats brillants des r�sidences imp�riales asiatiques : soierie, travail de l�or et de l�argent, laque, etc. Ce furent les Japonais qui d�velopp�rent syst�matiquement une r�gion manufacturi�re autour du centre de leur nouvelle possession : surtout les fabriques de papier, les usines de produits alimentaires et les textiles, soie et coton, dont la production �tait encourag�e dans les campagnes. Vers la fin de la p�riode japonaise, de grandes rizeries s��lev�rent �</p><p>In-&#x10D;�&#x14F;n, toutefois les industries lourdes demeuraient peu nombreuses et S�oul est rest�e jusqu�aux ann�es 1960 un centre de fabrications l�g�res et de mat�riel de transport. De nombreuses usines de dimensions restreintes y fabriquaient encore des articles en caoutchouc (chaussures, pneumatiques, isolants), de la c�ramique et du verre, de l�appareillage �lectrique, des v�tements ; enfin, l��dition y �tait prosp�re en raison de la fonction publique et intellectuelle.</p><p>� la fin de la guerre, l�ind�pendance recouvr�e, les industries de S�oul souffrirent surtout du manque de main-d�oeuvre sp�cialis�e, et aussi de l�inflation. Un autre �l�ment de g�ne fut la coupure brutale des fournitures d��nergie hydro-�lectrique du Nord apr�s mai 1948. Actuellement, ce sont toujours les activit�s fond�es sur un large emploi de main-d�oeuvre qui caract�risent la r�gion manufacturi�re de la capitale, le port d�In-&#x10D;�&#x14F;n important les mati�res premi�res n�cessaires et le p�trole, qui fournit l�essentiel de l��nergie. La grande industrie se concentre sur le littoral, surtout des cimenteries et la p�-</p><p>trochimie. Toutefois, les plans actuels visent � d�concentrer cette activit� loin des deux agglom�rations de Pusan et de S�oul, et le deuxi�me plan quinquennal pr�voit la cr�ation d�une quinzaine de bases industrielles �tablies en divers points du littoral ainsi que dans l�int�rieur, � T�-gu (ou Taegu) et T�-&#x10D;&#x14F;n (ou Taejon). Une autoroute relie depuis mars 1970 la capitale au grand port m�ridional de Pu-san, face au Japon, et double l�ancienne voie ferr�e elle-m�me, dot�e r�cemment de trains rapides et sillonn�e de trains de marchandises unissant les quais de Pusan � la zone manufacturi�re de S�oul.</p><p>Aux portes de la ville, l�a�roport international de Kim-p�o unit la cit� aux capitales voisines d�Asie orientale, et une ligne d�avions-cargos S�oul - Los Angeles a �t� ouverte en avril 1971.</p><p>J. P.-M.</p><p>F Cor�e.</p><p>s�paration des</p><p>�glises et de</p><p>l��tat (loi de)</p><p>Acte du 9 d�cembre 1905 qui institue en France un r�gime dans lequel l��tat, consid�rant la religion comme une manifestation individuelle, d�ordre priv�, lui laisse toute libert�, sous le droit commun.</p><p>Les origines</p><p>Les relations entre le Saint-Si�ge et la France r�publicaine, la�que et concor-dataire prennent un tour nouveau lors de l�av�nement de Pie X* (4 ao�t 1903). Tout de suite, un conflit �clate � propos de la nomination des �voques.</p><p>S�appuyant sur le texte du concordat*</p><p>de 1801, le gouvernement fran�ais (pr�-</p><p>sid� par �mile Combes [1835-1921]</p><p>depuis 1902) pr�tend avoir le droit de proc�der aux nominations en dehors de toute participation du pape, qui garde, bien s�r, le privil�ge de l�institution canonique. En fait, Combes ne tient pas compte d�une coutume, n�e au d�but de la IIIe R�publique* et constamment observ�e depuis, qui veut que le gouvernement informe le nonce des nominations projet�es, en vue d�observations possibles.</p><p>En d�cembre 1902, Combes, au lieu de communiquer au nonce, Mgr Loren-zelli, les � nominations que le gouvernement se propose de faire �, l�avise brutalement qu�il � a r�solu les nominations suivantes... �. Aussit�t, le Saint-Si�ge r�cuse ces nominations faites unilat�ralement. Puis une transaction est trouv�e et Rome, le 6 avril 1904, se r�sout � accepter la moiti� des nominations.</p><p>Or, voici que, dans le cadre du rapprochement italien, � la visite de Victor-Emmanuel III � Paris (oct. 1903) r�pond celle du pr�sident �mile Loubet � Rome (avr. 1904). Pie X refuse de downloadModeText.vue.download 94 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10049</p><p>recevoir le chef de l��tat fran�ais. Le 28 avril, le secr�taire d��tat, le cardinal Merry del Val, envoie aux chancelleries une note hautaine qui, le 17 mai, est publi�e par Jaur�s dans l�Humanit�.</p><p>L�ambassadeur Nisard r�clame des explications au secr�taire d��tat du pape, qui biaise. Alors Th�ophile Delcass�, ministre des Affaires �trang�res, met l�ambassadeur en cong� : la Chambre fran�aise l�approuve � une forte majorit� le 27 mai.</p><p>Ces conflits, entretenus par la malveillance syst�matique de Combes et la maladresse de Merry del Val, sont aggrav�s par les �carts de conduite de deux �v�ques fran�ais, r�publicains de surcro�t : Mgr Geay, de Laval, et Mgr Le Nordez, de Dijon. Combes proteste contre leur convocation � Rome comme �tant contraire aux stipulations du Concordat ; le 30 juillet, le gouvernement fran�ais prend pr�texte de cet incident pour d�cider � de mettre fin � des relations qui, par la volont� du Saint-Si�ge, se trouvent �tre sans objet �.</p><p>Il faut dire que la s�paration de l��glise et de l��tat est depuis longtemps un th�me �lectoral du parti r�publicain : en 1903, 237 d�put�s ont vot� contre le budget des Cultes ; en juin de cette m�me ann�e, une commission de 33 membres, favorable � la s�paration, a �t� �lue : son rapporteur, Aristide Briand*, est pr�t en juillet 1904 � pr�-</p><p>senter aux Chambres un texte lib�ral qui est le sien.</p><p>La loi et son application</p><p>Mais le minist�re Combes est aux prises � une violente opposition qui l�oblige � d�missionner le 18 janvier 1905. Dans le cabinet Rouvier, qui lui succ�de le 24 janvier, le ministre des Cultes est Jean-Baptiste Bienvenu-Martin, qui laisse Briand pr�senter son projet de s�paration : celui-ci est discut� � la Chambre de mars � juillet 1905. Pour Briand, militant socialiste press� d�en finir, � les r�formes sociales ne seront pas possibles tant que les querelles religieuses n�auront pas cess� ; les querelles religieuses ne cesseront que si les catholiques acceptent la s�paration ; et les catholiques n�accepteront la s�paration que si elle n�est pas braqu�e sur l��glise comme un revolver �. D�autre part, Briand esp�re ainsi enlever � ses adversaires radicaux le principal aliment � leur anticl�ricalisme.</p><p>La loi de s�paration, vot�e par la Chambre (3 juill.) et le S�nat (6 d�c.), est promulgu�e le 9 d�-</p><p>cembre 1905. Elle assure la libert� de conscience et la libert� des cultes en France, mais rompt le concordat de 1801. D�sormais, la R�publique</p><p>� ne reconna�t � ni � ne salarie aucun culte �. Apr�s quatre ann�es durant lesquelles les ministres des cultes seront indemnis�s, toute subvention leur sera retir�e. La loi attribue les biens eccl�-</p><p>siastiques � des associations cultuelles, organismes compos�s en majorit� de la�ques et qui tiennent leur capacit� de la loi civile de 1901, sans pr�ciser qu�elles ne pourront �tre form�es en dehors de l�autorit� �piscopale.</p><p>De graves difficult�s vont na�tre du fait que cette loi importante a �t� vot�e sans n�gociation avec le Vatican (la rupture entre Rome et Paris �tant d�ailleurs ant�rieure). Pie X, par l�encyclique Vehementer (11 f�vr.</p><p>1906), condamne le principe de la s�paration comme brisant l�� harmonieuse concorde �tablie entre la soci�t� religieuse et la soci�t� civile �. Mais ce n�est l� qu�un document g�n�-</p><p>ral. Or, voici que les inventaires des biens d��glise � pr�vus par la loi du 9 d�cembre 1905 � provoquent des troubles violents, voire sanglants : le 6 mars 1906, � Boeschepe, en Flandre, un boucher est mortellement bless�. Le 9 mars, le cabinet tombe ; il est remplac� le 14 par le cabinet Sarrien, dans lequel G. Clemenceau* a le portefeuille de l�Int�rieur et Briand celui de l�Instruction publique et des Cultes : aussit�t, les inventaires sont suspendus.</p><p>Les �lections de mai 1906 n�en</p><p>restent pas moins un triomphe pour le radicalisme, un radicalisme moins sectaire, il faut le dire, qu�au temps de Combes. L�assembl�e des �v�ques de France, r�unie le 30 mai, donne son adh�sion � l�encyclique Vehementer et aussi � un modus vivendi qui, accepte, en les cl�ricalisant un peu, les associations cultuelles. Mais Pie X, par l�encyclique Gravissimo (10 ao�t 1906), condamne tout accommode-ment et donc les cultuelles. Embarrass�s, l��piscopal fran�ais et Briand finissent par signer un accord de compromis : la loi du 2 janvier 1907 laisse</p><p>les � �difices du culte � � la disposition du clerg� et des fid�les ; la loi du 13 avril 1908 reconna�t que les fondations seront recueillies par des mutualit�s eccl�siastiques. Le culte, lui, est assimil� � une r�union publique. Il est donc libre.</p><p>Apr�s la Premi�re Guerre mondiale, la Chambre � bleu horizon � (1919-1924) travaille � r�tablir les relations de la France avec le Vatican, r�tablissement auquel est favorable Alexandre Millerand*, pr�sident du Conseil de janvier � septembre 1920. La r�ouverture de l�ambassade de France au Vatican est vot�e par la Chambre le 30 novembre 1920, par 391 voix contre 179.</p><p>Sans support juridique depuis 1905, l��glise de France obtient la constitution d�associations dioc�saines, que Pie XI approuve par l�encyclique Maximam gravissimamque (18 juin</p><p>1924). Dou�e de la personnalit� juridique dans le cadre des lois de 1901</p><p>et de 1905, l�association dioc�saine a pouvoir d�acqu�rir et de g�rer les biens destin�s � l�exercice du culte.</p><p>Ainsi prend fin la querelle n�e de la loi de s�paration, loi qui, si elle a priv� l��glise de France d�une grande partie de son support mat�riel, l�a incontestablement lib�r�e sur le plan spirituel et missionnaire.</p><p>P. P.</p><p>F R�publique (IIIe).</p><p>L. V. M�jan, la S�paration des �glises et de l��tat (P. U. F., 1959). / J.-M. Mayeur, la S�paration de l��glise et de l��tat (Julliard, coll. � Archives �, 1966).</p><p>Sept Ans</p><p>(guerre de)</p><p>Conflit europ�en qui dura de 1756 � 1763.</p><p>La guerre de la Succession* d�Autriche (1740-1748) a provoqu� dans l��quilibre entre les diverses puissances bellig�rantes des changements importants qui dominent l��poque suivante et engendrent, huit ans apr�s le trait� d�Aix-la-Chapelle, une nouvelle guerre. La paix de compromis sign�e</p><p>� Aix-la-Chapelle en 1748 n�a �t� qu�une tr�ve, durant laquelle les syst�mes d�alliances, sortis affaiblis du conflit, principalement ceux qui unissaient Anglais et Autrichiens, Fran�ais et Prussiens, ont �volu�.</p><p>Du conflit franco-anglais</p><p>au conflit continental</p><p>(1748-1755)</p><p>La guerre de Sept Ans a pour causes principales l�affrontement franco-anglais � propos de la constitution d�un grand empire colonial dans l�Inde et en Am�rique du Nord et le d�sir de l�Autriche de Marie-Th�r�se de reprendre la Sil�sie, dont Fr�d�ric II s�est empar� en 1740.</p><p>En Am�rique du Nord, la volont�</p><p>d�expansion des colons anglo-saxons menace les �tablissements fran�ais en Acadie, sur le Saint-Laurent et dans la r�gion des Grands Lacs. Les Anglais s�opposent �galement aux Espagnols en Am�rique du Sud, o� ils cherchent � imposer leur supr�matie commerciale. La rivalit� coloniale est aussi tr�s vive dans l�Inde, o� Dupleix*, mal second� par la m�tropole, dispute au gouverneur britannique le Carnatic et le Deccan.</p><p>� partir de juin 1755, c�est l�Angleterre qui prend l�initiative des hostilit�s contre la France en saisissant ses bateaux de guerre et en attaquant les Fran�ais d�Acadie*. En novembre</p><p>1755, l�Angleterre fait enlever plus de 300 navires de commerce fran�ais par l�escadre de l�amiral Edward Hawke (1705-1781). Apr�s le refus anglais de rendre les prises, l��tat de guerre existe officiellement entre les deux pays (janv. 1756).</p><p>L�action anglaise s�explique par la crainte de voir la France se remettre rapidement des cons�quences de la guerre de la Succession d�Autriche, reconstituer sa marine et restaurer sa prosp�rit� commerciale. En effet, les arsenaux fran�ais travaillent sans rel�che.</p><p>La puissance anglaise, en attaquant t�t et en d�truisant une partie de la marine adverse avant les hostilit�s, a</p><p>voulu �ter � la France toute possibilit� de lui ravir le leadership europ�en.</p><p>Mais le conflit franco-anglais met fin �galement � la tr�ve sur le continent.</p><p>Le renversement des</p><p>alliances et les</p><p>d�buts du conflit</p><p>(1755-1757)</p><p>Apr�s le trait� d�Aix-la-Chapelle, toute la politique de Marie-Th�r�se est ax�e sur la reprise de la Sil�sie, abandonn�e � Fr�d�ric II. Dans ce dessein, le chancelier Friedrich Wilhelm Haugwitz (1702-1765) r�organise les finances et l�arm�e : en 1755, 140 000 hommes sont pr�ts � entrer en campagne.</p><p>Sur le plan diplomatique, le mi-</p><p>nistre des Affaires �trang�res, Kaunitz (Wenzel Anton von Kaunitz-Rietberg</p><p>[1711-1794]), sait attendre l�occasion favorable pour se rapprocher d�une France r�ticente devant une alliance autrichienne : cette occasion lui est fournie par le trait� anglo-prussien sign� � Westminster le 16 janvier 1756, trait� qui garantit � l�Angleterre la possession du Hanovre, dont son roi, George II, est �galement le souverain.</p><p>downloadModeText.vue.download 95 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10050</p><p>Ce trait�, ressenti � Versailles comme une trahison, provoque le renversement des alliances.</p><p>Des pourparlers engag�s d�s</p><p>ao�t 1755 entre l�envoy� autrichien G. Starhemberg et l�abb� de Bernis (1715-1794), repr�sentant Louis XV, aboutissent au trait� de Versailles du 1er mai 1756. Cet accord consacre le rapprochement des deux plus grandes monarchies continentales et inaugure un syst�me diplomatique qui va durer jusqu�� la R�volution.</p><p>Au d�but de la guerre, un succ�s de la marine fran�aise command�e par La Galissonni�re (1693-1756), qui s�empare de l��le de Minorque et en chasse la garnison anglaise (mai 1756), isole encore un peu plus les Anglais sur le continent.</p><p>Les Provinces-Unies proclament leur neutralit�, alors que la Su�de signe un trait� de coop�ration avec la France (juill. 1756). Pour pr�venir les effets de cette coalition naissante, Fr�d�-</p><p>ric II, d�s ao�t 1756, se d�cide � amorcer les hostilit�s, fort de son arm�e de 150 000 hommes et de la constitution d�un important tr�sor de guerre. La Saxe est envahie, Dresde occup�e, et l�arm�e saxonne capitule le 16 octobre � Pirna, mais sa r�sistance a an�anti le plan initial de Fr�d�ric II (la marche sur Vienne et la d�faite autrichienne) et laiss� � l�Autriche le temps de rassembler ses forces et de consolider la coalition europ�enne. Au d�but 1757, la France et l�Autriche concluent des trait�s d�alliance avec la Russie, la Su�de et le Wurtemberg.</p><p>Fr�d�ric II, qui a envahi la Boh�me au printemps, est battu � Kol�n, pr�s de Prague, par les Autrichiens de Leopold Joseph Daun (1705-1766)</p><p>[18 juin 1757] ; se voyant encercl� par les coalis�s, il doit �vacuer les �tats de l�Autriche, tandis que les soldats de la tsarine �lisabeth p�n�trent en Prusse-Orientale (ao�t 1757).</p><p>La guerre continentale et</p><p>les victoires de la Prusse</p><p>(1757-1762)</p><p>Cependant et contre toute attente, le roi de Prusse parvient � battre successivement les arm�es des puissances coalis�es. Il inflige de graves d�faites aux Fran�ais � Rossbach (5 nov. 1757), aux Autrichiens � Leuthen (25 d�c. 1757) et aux Russes � Zorndorf (25 ao�t 1758).</p><p>En 1758, l�Angleterre, solidement gouvern�e par William Pitt, entreprend de redresser la situation en sa faveur.</p><p>Elle s�engage � soutenir Fr�d�ric II pour lui permettre de poursuivre la guerre sur le continent et d�y user les forces et les arm�es fran�aises. L�Angleterre pourra faire porter tous ses efforts contre la marine et les colonies fran�aises.</p><p>Ce plan finit par r�ussir, mais de justesse, car Fr�d�ric II, apr�s ses vic-</p><p>toires de 1757 et 1758, est battu par les Austro-Russes � Kunesdorf (12 ao�t 1759).</p><p>Sa situation est presque d�sesp�-</p><p>r�e � la fin de 1761, lorsque, le 5 janvier 1762, la mort de la tsarine sauve la Prusse du d�sastre. Le successeur d��lisabeth, Pierre III, est un Allemand ; grand admirateur du roi de Prusse, il s�empresse de lui restituer les territoires conquis et signe la paix avec la Prusse le 5 mai ; quelques jours apr�s, la Su�de se retire � son tour de la coalition. Aussi, Fr�d�ric II peut-il r�tablir la situation ; sa victoire du Bur-kersdorf (21 juill. 1762) lui permet de reconqu�rir toute la Sil�sie.</p><p>Le conflit franco-anglais</p><p>sur mer et aux colonies</p><p>(1758-1762)</p><p>Sur mer et aux colonies, l�Angleterre � partir de 1758 parvient � reprendre l�initiative. Elle le doit � l��nergie de son Premier ministre, William Pitt*, qui pousse activement la construction de nouvelles escadres et nomme des chefs de guerre entreprenants.</p><p>L�ann�e 1759 est d�cisive ; la flotte anglaise inflige � la marine fran�aise des pertes irr�parables sur les c�tes du Portugal, au combat de Lagos, et � Qui-beron. Ma�tresse sur mer, l�Angleterre met fin � la domination fran�aise au Canada*, o� Montcalm trouve la mort aux plaines d�Abraham, pr�s de Qu�-</p><p>bec (13 sept. 1759).</p><p>En Inde, en 1758, les renforts fran-</p><p>�ais de Lally de Tollendal (1702-1766) ne r�ussissent pas � s�emparer de Madras. Les Anglais s�introduisent alors au Bengale, puis au Deccan ; la prise de Pondich�ry (janv. 1761) consomme la fin de l�Inde fran�aise.</p><p>Devant cette s�rie de revers, la France, sous l�influence de Choiseul*, n�gocie un � pacte de Famille � entre les Bourbons de Paris et ceux de Madrid (15 ao�t 1761) ; ce pacte a pour cons�quence l�entr�e en guerre de l�Espagne contre l�Angleterre (2 janv.</p><p>1762).</p><p>La fin de la guerre et</p><p>les trait�s de Paris et</p><p>d�Hubertsbourg</p><p>(1762-63)</p><p>L�alliance franco-espagnole ne donne pas les r�sultats esp�r�s. Les arm�es de l�Espagne ne peuvent vaincre les Portugais, alli�s des Anglais, ni s�emparer de Lisbonne ; par contre, une escadre britannique prend La Havane (ao�t 1762) ; de l�, elle menace les Antilles fran�aises et le Mexique ; une autre obtient la capitulation de Manille (sept.</p><p>1762).</p><p>Devant ces d�sastres r�p�t�s, devant l��puisement de l�Autriche, Louis XV</p><p>se d�cide � la paix, qui est accept�e en Angleterre en novembre 1762 et ratifi�e par le trait� de Paris le 10 f�vrier 1763. La France c�de � l�Angleterre toutes ses possessions en Am�rique du Nord, � l�exception des �lots de Saint-Pierre et Miquelon, ainsi qu�une partie de ses Antilles. � la r�serve de quelques couloirs sur les c�tes de Malab&#x101;r et de Coromandel, toute l�Inde fran�aise passe aux Anglais, ainsi que le S�n�gal. Quant � la Louisiane, elle downloadModeText.vue.download 96 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10051</p><p>est donn�e � l�alli� espagnol pour compenser la perte de la Floride, prise par les Anglais.</p><p>Parall�lement, un trait� est sign� entre Fr�d�ric II et Marie-Th�r�se � Hubertsbourg le 15 f�vrier 1763. Si l��lecteur de Saxe recouvre ses �tats, Marie-Th�r�se perd d�finitivement la Sil�sie, qui reste aux mains des Prussiens.</p><p>P. P. et P. R.</p><p>F Canada / Empire britannique / Empire colonial fran�ais / Fr�d�ric II le Grand / Inde / Louis XV</p><p>/ Marie-Th�r�se / Pitt.</p><p>R. Waddington, la Guerre de Sept Ans (Firmin-Didot, 1899-1914 ; 5 vol.). / J. S. Corbett, England in the Seven Years War (Londres, 1907 ; 2 vol.).</p><p>septic�mie</p><p>D�charge dans le sang, unique ou r�p�-</p><p>t�e, de germes microbiens � partir d�un foyer infectieux.</p><p>Les d�charges bact�riennes des septic�mies s�accompagnent ou non de frissons ; elles sont greff�es sur un �tat infectieux souvent s�v�re, avec alt�-</p><p>ration habituellement importante de l��tat g�n�ral.</p><p>On distingue classiquement la septic�mie de la bact�ri�mie : au cours de celle-ci, la d�charge de germes dans la circulation est habituellement unique, et surtout il n�y a pas de foyer organis�. Mais cette distinction est souvent arbitraire.</p><p>Formes cliniques</p><p>Il existe trois types de septic�mie.</p><p>1. Le foyer responsable peut �tre veineux : une infection locale se propage � une veine, entra�nant une thrombophl�bite septique. C�est le cas des septic�mies � Staphylocoques, � Bact�ries Gram n�gatives, ana�robies (v. veine).</p><p>2. Un foyer endocarditique (sur une valve cardiaque ou une malformation cong�nitale) est � l�origine des endocardites lentes.</p><p>3. Un foyer lymphatique est en cause dans la typho�de*, qui est une forme de septic�mie.</p><p>y Les septic�mies par thrombophl�-</p><p>bite septique (infection partant d�une veine) ont un tableau g�n�ral commun, avec des caract�res particuliers li�s au germe. Le syndrome septic�mique associe une �l�vation thermique importante, avec des frissons lors des pics de temp�rature, une alt�ration importante de l��tat g�n�-</p><p>ral, des troubles digestifs. L�interrogatoire et l�examen vont rechercher la porte d�entr�e de la septic�mie : plaie cutan�e, infection urinaire ; mais l�infection peut �tre cons�cutive � un avortement provoqu�, � une complication de la chirurgie digestive, osseuse ou cardiaque. L�examen recherche �galement des localisations- de la septic�mie : cutan�es, pulmonaires, h�patiques, m�ning�es, cardiaques, qui en font toute la gravit�. D�s le</p><p>diagnostic �voqu�, des h�mocultures sont demand�es, qui permettent d�isoler la Bact�rie responsable, d�en tester la sensibilit� aux antibiotiques pour choisir le traitement bact�ricide le mieux adapt�. L�antibioth�rapie est prescrite d�s les pr�l�vements bact�-</p><p>riologiques effectu�s. Son efficacit� est jug�e sur la courbe de temp�rature, l�am�lioration de l��tat g�n�ral, la n�gativation des h�mocultures.</p><p>Des complications peuvent survenir : localisations secondaires pulmonaires (Staphylocoques), cutan�es, mais surtout c�r�brom�ning�es ou endocarditiques, redoutables. Le choc infectieux s�observe essentiellement dans les septic�mies � germes Gram n�gatifs ou les septic�mies � germes ana�-</p><p>robies, ces derni�res s�accompagnant �galement tr�s souvent d�une h�molyse majeure (destruction des h�maties, notamment dans les septic�mies � perfringens apr�s avortement). Choc et h�molyse n�cessitent des traitements particuliers d�urgence (remplissage, exsanguino-transfusion).</p><p>L��volution des septic�mies peut �tre rapidement favorable. En cas d��chec du traitement m�dical, il est parfois n�cessaire de modifier le traitement antibiotique ou de lui associer un traitement chirurgical du foyer veineux ou de foyers secondaires inaccessibles aux antibiotiques. Le traitement sera de toute fa�on prolong� pour �viter rechute ou passage � la chronicit�.</p><p>y Les septic�mies endocarditiques sont des septic�mies chroniques dont l��volution lente �tait in�luctablement fatale avant les antibiotiques. La porte d�entr�e du germe (qui est presque toujours le Streptocoque* [maladie d�Osier]) peut �tre une plaie infect�e minime ; le germe passe dans le sang au cours d�une bact�ri�mie qui peut �tre tr�s br�ve, puis il se greffe sur la l�sion valvulaire cardiaque, o� il constitue le foyer infectieux qui r�en-semencera en permanence le sang.</p><p>y La fi�vre typho�de* est une</p><p>forme particuli�re, mais typique, de septic�mie.</p><p>Diagnostic</p><p>Le diagnostic de l��tat septic�mique</p><p>se pose avec les �tats f�briles aigus ou subaigus (paludisme, tuberculose, infection virale, h�mopathies, etc.), mais les circonstances de survenue, la positivit� des h�mocultures permettent un diagnostic de certitude.</p><p>Traitement</p><p>Le traitement des septic�mies repose sur l�antibioth�rapie par une association synergique de deux antibiotiques*</p><p>choisis d�apr�s les r�sultats du laboratoire (antibiogramme) et d�apr�s la pharmacologie des produits utilis�s en fonction d��ventuelles localisations.</p><p>L�antibioth�rapie doit �tre poursuivie au moins un mois par voie g�n�rale. La corticoth�rapie est rarement indiqu�e.</p><p>Les anticoagulants ne doivent pas �tre utilis�s. Au traitement antibiotique doit parfois s�ajouter un traitement chirurgical. Dans tous les cas, le traitement m�dical hygi�no-di�t�tique est n�cessaire.</p><p>P. V.</p><p>F Antibiotiques / Infection / Streptocoque /</p><p>Typho�de.</p><p>A. Raybaud, l��tat septic�mique. Physiopathologie, clinique, th�rapeutique g�n�rale de septicologie humaine (Doin, 1955). / Septic�-</p><p>mies � ana�robies (Bailli�re, 1959). / J. Monnier et Y. Le Tallec, les Septic�mies (Heures de France, 1961).</p><p>Septime S�v�re</p><p>En lat. LUCIUS SEPTIMIUS SEVERUS AURELIUS ANTONINUS (Leptis Magna [auj.</p><p>Lebda], pr�s de Tripoli, 146 - Eburacum [auj. York] 211), empereur romain (193-211).</p><p>Issu d�une famille de l�ordre �questre dont certains membres avaient �t� consuls, il n�en �tait pas moins fonci�-</p><p>rement provincial : le latin n��tait pas sa langue maternelle ! Il aurait fait de solides �tudes grecques et latines, tant � Leptis qu�� Rome, et son go�t pour les questions juridiques est peut-�tre en rapport avec sa formation. Sa famille lui obtint de Marc Aur�le l�acc�s � l�ordre s�natorial. En 172, il eut un si�ge au S�nat et devint questeur militaire pour la B�tique, puis, � la suite de d�sordres qui se d�roul�rent dans</p><p>cette province et qui la firent prendre en charge par l�empereur, sa questure se trouva transf�r�e en Sardaigne. En 174 ou 175, il fut l�gat du proconsul d�Afrique, en 177 tribun de la pl�be, en 178 ou 179 pr�teur, puis il s�journa en Espagne en qualit� de legatus juri-dicus. Il commanda ensuite une l�gion en Syrie. Apr�s la mort de Marc Au-r�le, il aurait s�journ� � Ath�nes, pour �tudes. En 186, il gouverna la Gaule Lyonnaise comme l�gat propr�teur. Il fut consul probablement en 189. Il eut encore vers cette �poque le gouvernement de la Sicile, puis de la Pannonie sup�rieure, �pousa en ce m�me temps Julia Domna (� 217), une Syrienne.</p><p>La lutte pour le pouvoir</p><p>C�est en Pannonie, � Carnuntum, que lui parvint en 193 la nouvelle de la mort de l�empereur Commode. Les pr�toriens avaient d�sign� Pertinax, honorable et consciencieux, puis l�avaient �limin�, et enfin avaient litt�ralement vendu le pouvoir imp�rial � Didius Julianus.</p><p>Les l�gions de Pannonie, qui n��taient pas hostiles � Pertinax, se soulev�rent contre Didius Julianus et proclam�rent empereur Septime S�v�re. Celui-ci h�-</p><p>sita un moment, puis, une fois d�cid�, agit avec rapidit�. Il avait trois adversaires : Didius Julianus, soutenu par les pr�toriens, Pescennius Niger, qui venait d��tre proclam� par les soldats de Syrie, et Clodius Albinus, proclam� en Bretagne. De m�me que S�v�re neutralisa Clodius Albinus un moment en lui proposant l�association au pouvoir, de m�me Didius Julianus tenta sans succ�s d�en faire autant avec Septime S�v�re, quant il vit celui-ci marcher sur Rome.</p><p>Les pr�toriens effray�s massacr�rent Didius Julianus, et le s�nat se rallia � Septime S�v�re. Celui-ci d�sarma et �loigna de Rome les pr�toriens, qu�il rempla�a par de nouvelles recrues.</p><p>Cens�ment vengeur de Pertinax, il fit � celui-ci une apoth�ose. Il s�assura la bienveillance du s�nat en feignant de lui accorder des �gards. La lutte contre Pescennius Niger, qui tenait tout l�Orient, remplit l�ann�e 194 (batailles de Cyzique et d�Issos) et fut suivie de campagnes contre des princes orientaux qui l�avaient soutenu, contre</p><p>le royaume d��desse, l�Adiab�ne, l�Osro�ne, les Arabes et les Parthes (194-95). Byzance, ultime refuge des partisans de Pescennius Niger, ne c�da qu�apr�s un si�ge de trois ans (196).</p><p>� cette date, Clodius Albinus, ne se contentant plus du titre de c�sar, �tait proclam� auguste et avait �t� reconnu downloadModeText.vue.download 97 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10052</p><p>par les Gaules. Septime S�v�re riposta en nommant c�sar son fils Bassia-nus (surnomm� Caracalla*) et prit le chemin de la Gaule, o� les troupes se rencontr�rent � Lyon, en une bataille exceptionnelle (197). Clodius Albinus se suicida.</p><p>La d�fense des fronti�res</p><p>Peu apr�s, les Parthes ayant repris l�offensive, Laetus fut assi�g� dans Nisibis (auj. Nusaybin). S�v�re le d�livra, puis p�n�tra au coeur de l�empire parthe, prit S�leucie et Ct�siphon, fit une foule de prisonniers.</p><p>Les Parthes tenus en respect pour longtemps, S�v�re parcourut les provinces orientales. Apr�s quelques ann�es pass�es � Rome (202-208), il se rendit en Bretagne, o� les peuples insoumis ne cessaient de harceler les d�fenses romaines. Il �tait accompagn� de ses fils Caracalla et Geta. Il eut des difficult�s avec les Cal�doniens, et restaura le mur d�Hadrien. Il mourut � Eburacum (auj.</p><p>York), et la tradition veut que Caracalla, associ� � l�empire depuis 197, ait contribu� � h�ter sa fin.</p><p>La monarchie terroriste</p><p>Les derniers mots de l�empereur</p><p>furent : � Laboremus � (travaillons...).</p><p>Son r�gne n�est pas, en d�pit de ces nombreuses guerres, sans changements nombreux dans le domaine de la politique administrative. Soldat avant tout, pr�occup� d�organisation militaire, sans grands �gards pour les civils, Septime S�v�re a contribu� cependant � faire �voluer l�ensemble de la physionomie de l�empire. Il a d�abord, par rapport � ses pr�d�cesseurs au pouvoir,</p><p>en quelque sorte jet� le masque. Apr�s des g�n�rations d�empereurs qui m�na-g�rent le s�nat de m�me que les apparences au moins d�institutions r�publicaines, il ne cacha rien de sa volont� d�absolutisme : titre de dominus, s�nat sans pouvoir aucun et trait� de fa�on hostile, fonctionnaires exclusivement d�sign�s par l�empereur (et volontiers choisis parmi les anciens officiers). Le pr�fet du pr�toire devint un v�ritable justicier. L�un d�eux fut le jurisconsulte Papinien, ex�cut� en 212 � l�instigation de Caracalla. Bien des s�nateurs suspects furent eux aussi mis � mort sous pr�texte de collusion avec Pescennius Niger ou Clodius Albinus. L�autonomie administrative des villes italiennes disparut, et l�Italie eut la condition d�une province. L�administration devint de plus en plus militaire. L�empereur ne cacha pas qu�il consid�rait la politique de rigueur de Marius et de Sulla comme pr�f�rable � la cl�mence de Pomp�e ou de C�sar, et il fit l��loge de Commode, dont il se d�clarait arbitrairement le fr�re. La cruaut� de S�v�re n��tait pas celle de Commode : c��tait une cruaut� politique, calcul�e.</p><p>S�il montra aux populations les t�tes de ses ennemis vaincus, Pescennius Niger � Byzance, Clodius Albinus � Rome, ce fut � titre d�avertissement.</p><p>En revanche, les l�gions, sur lesquelles il s�appuyait, furent choy�es et re�urent le plus gros donativum, don de joyeux av�nement. Brave capitaine, S�v�re ne fut pourtant pas l�artisan des victoires, qui furent l�oeuvre de ses officiers. L�arm�e, � la fin du r�gne, se retrouva plus efficace et plus forte qu�au moment o� il l�avait prise en main.</p><p>Mais diverses pr�cautions avaient �t� prises pour r�duire le risque qu�un g�-</p><p>n�ral se r�volt�t avec quelque chance.</p><p>Les jurisconsultes furent un pr�cieux soutien dans cette politique. Ils tinrent une plus grande place et firent p�n�-</p><p>trer le point de vue absolutiste dans la trame du droit romain. Le lieu d�exercice de la justice passa du forum au palais imp�rial. Les possibilit�s de condamnation s��largirent.</p><p>Les finances furent g�r�es avec</p><p>�conomie. Les provinces connurent la prosp�rit�, le ravitaillement de Rome fut assur� sans probl�mes et on</p><p>construisit de nombreux monuments.</p><p>S�v�re favorisa sa ville natale, Leptis, dont les grands monuments datent de son temps. � Rome, l�arc de triomphe qui porte son nom et subsiste au nord du forum comm�more sa victoire sur ses concurrents � l�Empire. Une autre construction du r�gne, le Septizonium, �rig� sur le Palatin, �tait constitu� de sept terrasses, support�es par sept colonnades. Cet �difice, en partie conserv� sous la Renaissance et d�moli par le pape Sixte Quint, avait une signification religieuse qui nous �claire sur les id�es de l��poque.</p><p>La cour imp�riale</p><p>L�essor des divers cultes orientaux fut, � Rome, favoris� par la pr�sence � la cour de nombreux Syriens, amen�s par l�imp�ratrice Julia Domna, qui �tait la fille du grand pr�tre du Soleil � �m�se. Septime S�v�re lui-m�me, qui �tait, selon Dion Cassius, le plus superstitieux des monarques, favorisa les cultes exotiques, mais un rescrit de 202 contre les chr�tiens entra�na quelques pers�cutions. Julia Domna s�entoura aussi de philosophes : Phi-lostrate l�Ath�nien, Diog�ne La�rce, �lien. La cour devint un foyer intellectuel. Mais la langue latine ne semble pas alors briller ; les seuls �crivains latins valables de cette �poque sont des chr�tiens : saint Cyprien et Tertullien.</p><p>R. H.</p><p>M. Platnauer, The Life and Reign of the Em-peror Lucius Septimius Severus (Londres, 1918).</p><p>Serbie</p><p>En serbe SRBIJA, r�publique f�d�-</p><p>r�e de Yougoslavie ; 88 361 km 2 ; 8 437 000 hab. Capit. Belgrade.</p><p>Ces chiffres incluent les r�gions autonomes de la Vojvodine (21 506 km 2 ; 1 950 000 hab. ; capit. Novi Sad) et du Kosovo (10 887 km 2 ; 1 245 000 hab. ; capit. Pri�tina).</p><p>La Serbie est la r�publique yougoslave la plus �tendue, la plus peupl�e, celle dont le poids �conomique est le plus grand.</p><p>C�est la premi�re r�publique industrielle du pays. Au point de vue �nerg�tique, elle fournit plus de 13 Mt de charbons de toutes qualit�s, 800 millions de m�tres cubes de gaz naturel et pr�s de 1 Mt de p�trole brut. Elle produit environ le tiers de l�acier et la totalit� du cuivre (plus de 10 Mt de minerai) du pays. Dans les domaines de certains m�taux non ferreux, comme l�antimoine, le plomb et le zinc, les pyrites, etc., elle occupe la premi�re ou une des toutes premi�res places parmi les r�publiques de la F�d�ration.</p><p>Les Serbies</p><p>En fait, la R�publique f�d�rative de Serbie comprend la � Serbie �troite �</p><p>(U&#x17E;a Srbija) et des � r�gions � jouissant, � l�int�rieur de la r�publique, d�une certaine autonomie : la Vojvodine et le Kosovo (autrefois Kosovo-Metohija, ou Kosmet). La Serbie</p><p>�troite correspond au territoire qui, s��tendant au sud, � l�ouest et � l�est de Belgrade, constitue la Serbie � historique �. Les r�gions comprennent une forte minorit� (majorit� dans certains districts et dans certaines villes) de population non serbe, ayant gard� l�usage de sa culture, de sa langue, de ses coutumes : ainsi les Hongrois, ou downloadModeText.vue.download 98 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10053</p><p>Magyars, en Vojvodine ; les Siptares, ou Albanais, dans le Kosovo.</p><p>La � Serbie �troite �</p><p>Elle se compose essentiellement des pays situ�s au sud de Belgrade, r�unis par la Morava (Morava du Sud et Morava de l�Ouest) et son affluent de l�est, la Ni�ava. Il s�agit de la partie septentrionale d�un long couloir menant � Thessalonique, form�e de montagnes appartenant surtout au syst�me du Rhodope et de l��g�e. La Morava et ses affluents constituent des golfes digit�s et profonds de l�ancienne mer pannonienne, traversent en d�fil�s des massifs sur�lev�s ou bascul�s et s��largissent en bassins de confluence o� se situent les villes.</p><p>La Grande Morava trace un sillon peupl� de gros villages et de bourgs avant d�atteindre le seuil assez bas de Kumanovo. Ce sillon est suivi par une belle route et une voie ferr�e. L�ensemble forme le Pomoravlje (� pays de la Morava �). Les industries textiles et alimentaires sont d�velopp�es dans les bourgades.</p><p>� l�ouest, la �umadija, au sud de Belgrade, a �t� le � berceau � et l�� arsenal � de l��tal serbe. Le sillon complexe de la Morava occidentale s�pare la �umadija et la montagne du Kopao-nik. Les industries des villes moyennes (quelques milliers ou quelques dizaines de milliers d�habitants) sont celles, modernis�es, de la tradition pastorale (produits laitiers [fromages] de Titovo U&#x17E;ice) et du sciage du bois. En aval, de nouvelles activit�s se sont d�velopp�es ; Kraljevo utilise le mangan�se extrait dans sa r�gion, Kru�evac fournit des produits m�tallurgiques, de l�armement et monte des automobiles.</p><p>La Serbie orientale, par les larges vall�es bord�es de terrasses de la Morava occidentale et du Timok, para�t plus ouverte, moins pastorale et rurale.</p><p>Ses limites en direction de la Bulgarie* sont form�es par les premiers cha�nons de la Stara Planina bulgare, mais elle s�ouvre vers le Danube* (vers les Portes de Fer, dont l�am�nagement doit stimuler les activit�s touristiques et industrielles). Les gros bourgs de la vall�e du Timok semblent encore somnoler, mais les riches gisements de cuivre, de Bor et ceux, plus r�cents, de Majdanpek ont puissamment contribu� � d�peupler les villages d�une montagne hostile. Il faut y ajouter l�exploitation de lignites et d�un peu de wolfram, de cuivre, de zinc. La vieille colonie mini�re de Bor est devenue un p�le d�attraction.</p><p>� la limite de ces deux Serbies, Ni� compte plus de 100 000 habitants, au milieu d�un beau bassin agricole o� se sont d�velopp�es des branches modernes d�industrie qui ont attir� une main-d�oeuvre d�origine paysanne : mat�riel ferroviaire, m�taux non ferreux, appareillage �lectrom�nager, etc.</p><p>Sur le Danube, Smederevo, c�-</p><p>l�bre par ses raisins de table, est le si�ge d�une aci�rie �lectrique aliment�e en partie par le gaz naturel de la Vojvodine.</p><p>La Vojvodine</p><p>C�est une vaste plaine, fond du Bassin pannonien, descendant parfois au-dessous de 100 m d�altitude et travers�e par la rivi�re Tisza. Les hivers peuvent �tre encore rudes, mais les �t�s sont tr�s chauds et la moiti� des pluies s�abattent r�guli�rement durant les trois mois de l��t�. Les caract�res de la Vojvodine (efflorescences salines, maisons de pis�, pr�cipitations parfois inf�rieures � 500 mm) annoncent d�j� les grandes plaines de l�est de l�Europe. Le canal Danube-Tisza-Danube doit contribuer � l�irrigation n�cessaire.</p><p>Le pays est un grenier agricole. Les grands domaines, d�origine magyare ou yougoslave, ont �t� convertis en unit�s ou exploitations d��tat associant production v�g�tale et animale et industries alimentaires. Comme en Hongrie, les gros villages de colonisation du XVIIIe s., en damier, et des formes va-ri�es d�habitat intercalaire s�insinuent dans le r�seau de � villes agricoles �, de plusieurs milliers d�habitants, encore habit�es par des cultivateurs. La Vojvodine est la grande r�gion de production des plantes industrielles (fourrages, betterave � sucre, tournesol et autres ol�agineux, etc.) et celle o� sont tent�es non seulement des exp�riences agronomiques, mais aussi des formes nouvelles d�autogestion. On peut citer parmi les grands domaines int�gr�s ceux de Zrenjanin et de Belje, ce dernier s��tendant sur plus de 50 000 ha.</p><p>La pr�sence d�une minorit� de plus d�un demi-million de Hongrois ajoute � ces traits qu�on peut qualifier de pannoniens. Les centres principaux sont situ�s sur le Danube (avec la capitale, Novi Sad) et la Tisza ; pr�s de la fronti�re hongroise se trouvent Senta, Su-botica et Sombor.</p><p>L�exploitation de nappes de gaz</p><p>naturel et de p�trole, notamment pr�s d�Elemir, permet d�alimenter une raffinerie, l�usine d�engrais de Pan&#x10D;evo et les villages dispers�s qui re�oivent le gaz naturel.</p><p>Le Kosovo</p><p>Il s�oppose presque point par point � la Vojvodine. Peupl� d�Albanais, qui ont gard� des coutumes ancestrales, le Kosovo est le pays o� le nombre de personnes par famille (presque sept en 1971) est le plus �lev�. Ses communes, montagnardes et pastorales, accusent un revenu national tr�s inf�rieur � celui des villes et des riches campagnes du Nord. L�analphab�tisme y est toujours r�pandu. Il existe peu d�industries, � l�exception des mines (plomb et zinc de Trep&#x10D;a et fonderie de plomb de Ko-sovska Mitrovica, un peu de chrome et du lignite). Il est remarquable de constater que la population exc�dentaire (densit� de plus de 114 en 1971, la plus �lev�e de la f�d�ration) n��migre pas, ni dans les villes, rest�es de gros bourgs ruraux � caract�re oriental, tels Pri�tina et Mitrovica, ni � l��tranger, o� l��loignement comme le manque de qualification l�emp�chent de trouver des emplois. Le maintien de la croissance naturelle, l�isolement � malgr� la fondation de petites villes nouvelles</p><p>� paralysent l�effort d�investissement consenti par le Fonds f�d�ral d�aide aux r�gions class�es comme sous-d�-</p><p>velopp�es. Restent l�artisanat local, les combinats alimentaires et l��levage, demeur� transhumant.</p><p>A. B.</p><p>L�histoire</p><p>La fondation de l��tat serbe</p><p>Lors de leur installation dans les r�-</p><p>gions yougoslaves au VIe s., les Serbes occupent surtout la r�gion de la vall�e de la Morava. Pendant longtemps, ils restent divis�s en multiples � &#x17E;upe �</p><p>ayant � leur t�te un � &#x17E;upan � ; des essais de regroupement apparaissent cependant en Ra�ka tout d�abord et dans la r�gion de Diocl�e, pr�s de la c�te (actuel Mont�n�gro).</p><p>Les Serbes doivent s�affirmer contre Byzance et contre les Bulgares ; c�est sous l�influence de Byzance qu�ils se christianisent au IXe s. ; la r�gion de Ra�ka (Rascie) est incluse dans le premier Empire bulgare, mais le &#x17E;upan &#x10C;aslav lui fait retrouver son ind�pen-</p><p>dance au milieu du Xe s. et cr�e une principaut� assez �tendue ; cependant la majeure partie des terres serbes est comprise dans l�Empire bulgare du tsar Samuel � la fin du Xe et au d�but du XIe s.</p><p>� cette �poque commence � s�imposer en Diocl�e (v. Mont�n�gro) une principaut� avec le prince Vladimir (970-1016), vassal de Byzance, puis avec le prince Stefan Vojislav (1031-1051). Le prince Mihailo (1050-1082) obtient du pape le titre de roi ; son fils Bodin (1092-1101) �tend le royaume vers le sud et le nord-est ; l��tat de Zeta (ancien nom du Mont�n�gro) a pris naissance. Au XIIe s., c�est � partir de la Ra�ka que va s��difier l��tat serbe, mais le titre du roi de Serbie conservera la trace des deux r�gions initiales.</p><p>L��tat serbe du Moyen �ge se d�veloppe avec �tienne Nemanja, fondateur de la dynastie des Nemanji&#x107;, qui devient grand &#x17E;upan vers 1170. �tienne Nemanja lutte contre Byzance : vaincu tout d�abord, il fait soumission, mais garde son titre ; apr�s la mort de l�empereur Manuel Comn�ne (1180), il �tend ses territoires vers le sud, occupe la Zeta et donne cette r�gion � son fils Vuk, qui prend le titre de roi de Zeta.</p><p>� partir de cette �poque, la r�gion sera gouvern�e par le fils du roi ou par un membre de la famille royale, en tant que royaume tout d�abord, puis � partir de 1242 en tant que principaut�.</p><p>�tienne Nemanja essaie sans succ�s d�annexer Dubrovnik : il signe alors avec la ville un trait� de commerce.</p><p>En 1196, il abdique en faveur de son fils, �tienne Ier Nemanji&#x107; (1196-1227), mari� � une princesse byzantine ; sous le nom de Sim�on, il devient moine et entre au monast�re de Studenica, qu�il a fond�, puis va au mont Athos, o� se trouve d�j� son plus jeune fils, Sava.</p><p>Tous deux cr�ent le monast�re de Hi-landar, qui deviendra un centre culturel serbe important ; Sim�on y meurt en 1200.</p><p>Sa mort d�clenche une guerre civile qui oppose son fils �tienne, soutenu par les Bulgares, et Vuk, aid� par la Hongrie et le pape ; �tienne est battu, mais les Bulgares l�aident � reprendre le pouvoir. Finalement, Sava, revenu</p><p>du mont Athos, r�tablit l�accord entre ses fr�res a�n�s. �tienne (�tienne Ier Nemanji&#x107;) garde le pouvoir ; apr�s avoir r�pudi� sa femme, d�origine byzantine, il �pouse la ni�ce du doge de Venise ; en 1217, il obtient du pape Honorius III la couronne royale. Le clerg� orthodoxe serbe, m�content, le couronnera de nouveau en 1222 ; il sera ainsi �tienne Prvoven&#x10D;ani (le</p><p>� premier couronn� �). � la m�me �poque, Sava obtient du patriarche de Byzance la formation d�un archev�ch� serbe ind�pendant et organise l��glise serbe autochtone.</p><p>Apr�s la mort d��tienne Prvoven&#x10D;ani, la Serbie traverse une p�riode de stagnation avec des rois � la personnalit� moins forte qui luttent entre eux pour downloadModeText.vue.download 99 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10054</p><p>le pouvoir et sont soumis � l�influence des puissances voisines.</p><p>Les trois fils d��tienne r�gnent successivement : Radoslav (1227-1234), qui subit l�influence byzantine ; Vladislav (1234-1243), qui est li� par son mariage � l�empereur bulgare ; enfin �tienne IV Uro� Ier le Grand (1243-1276). Du vivant de son p�re, le fils d�Uro�, �tienne V Dragutin, avec l�aide des Hongrois, s�empare du tr�ne ; Uro� se fait moine, tandis que sa femme, H�l�ne d�Anjou, prend la t�te de la r�gion de Zeta, qu�elle gouver-nera pendant trente ans.</p><p>� la suite d��checs dans la lutte contre Byzance, �tienne V Dragutin (1276-1282) doit passer le pouvoir � son fr�re Milutin ; il conserve cependant des terres dans le nord de la Serbie. �tienne VI Uro� II Milutin (1282-1321) �tend le royaume aux d�pens de Byzance, surtout en Mac�doine. � la mort de Dragutin, Milutin s�empare d�une partie des terres de son fr�re apr�s avoir lutt� contre les Hongrois. Il doit aussi r�primer une r�volte de son fils �tienne, gouverneur de Zeta, qui sera aveugl� et envoy� en exil � Byzance. Apr�s la mort subite de Milutin en 1321, trois pr�tendants se disputent</p><p>le tr�ne : les fils de Milutin, �tienne, soutenu par les nobles, et Constantin, qui est en Zeta, et le fils de Dragutin, Vladislav.</p><p>C�est �tienne VIII Uro� III De&#x10D;anski (1321-1331) qui l�emporte. Il conquiert des terres dans la vall�e du Vardar ; Bulgares et Byzantins s�allient pour ar-r�ter son avance, mais ils sont battus � Kjustendil (1330). La Serbie s�affirme d�s lors une puissance balkanique de premi�re importance.</p><p>Sous �tienne IX Uro� IV Du�an</p><p>(1331-1355), la Serbie s�allie avec la Bulgarie et maintient le statu quo avec la Hongrie. Du�an d�veloppe la lutte contre Byzance : dans un premier temps, il �tend son pouvoir jusqu�� Ohrid et Prilep (1334), puis, profitant de troubles dynastiques � Byzance, il conquiert l��pire, la Thessalie et atteint le golfe de Corinthe et l�ouest de la p�ninsule. Ayant pressenti le danger repr�sent� par les Turcs, qui en 1354</p><p>se sont install�s � Gallipoli, il propose au pape de devenir capitaine de la chr�tient�, mais n�obtient pas son accord ; il meurt peu apr�s. Sous son r�gne, l��tat serbe du Moyen �ge a atteint son apog�e : en 1346, Du�an a �t� consacr� empereur � Skopje, devenue sa capitale ; en 1349, il institue un Code demeur� c�l�bre ; l��glise serbe, enfin, est d�sormais autoc�phale.</p><p>Apr�s sa mort (1355), l�empire,</p><p>trop h�t�rog�ne, se disloque. Le fils de Du�an, �tienne X Uro� V (1355-1371), dernier empereur et dernier Nemanji&#x107;, se heurte aux grands f�odaux ; les Turcs poursuivent leur avance dans les Balkans et gagnent une premi�re bataille sur la Marica (1371).</p><p>Apr�s la mort du dernier Nemanji&#x107; c�est un noble, Lazare Hrebeljanovi&#x107; (1371-1389), qui prend le pouvoir, avec le titre de prince, et installe sa capitale dans le nord, � Kru�evac. Il essaie de restaurer l�ordre dans la principaut� avec l�aide du roi de Bosnie*, Tvrtko Ier. Profitant du d�sordre en Anatolie, il bat les Turcs en 1387. Mais le sultan Murat Ier accourt et un nouveau combat s�engage � Kosovo polje en juin 1389. � l�issue d�une bataille difficile au cours de laquelle le Sultan est tu�, les Serbes sont vaincus ; la d�faite</p><p>de Kosovo polje prend dans l�histoire serbe l�allure d�une trag�die nationale dont le souvenir est rest� vivace, notamment dans un cycle de chants populaires et au monast�re de Ravanica.</p><p>Toutefois, la principaut� subiste : le fils de Lazare, �tienne Lazarevi&#x107; (1389-1427), vassal des Turcs, aide ceux-ci lors de la croisade de Nicopolis contre les chr�tiens ; mais, profitant des luttes intestines chez les Turcs, il renforce son pouvoir avec l�aide des Hongrois, dont il obtient Belgrade, qui devient pour la premi�re fois capitale de l��tat serbe. �tienne Lazarevi&#x107; reprend aussi les terres de Zeta.</p><p>Apr�s sa mort, c�est son neveu</p><p>Georges Brankovi&#x107; (1427-1456) qui lui succ�de ; celui-ci continue de renforcer la principaut� avec l�aide des Hongrois, qui lui reprennent cependant Belgrade ; il situe sa capitale alors � Smederevo, o� il �l�ve une forteresse. Mais les Turcs reprennent leurs conqu�tes : en 1427, Brani&#x10D;evo � l�est est perdu ; en 1441, la majeure partie de la Serbie est soumise ; apr�s la chute de Byzance, Smederevo doit se rendre (1459). Les nobles fuient dans les terres du Nord sous contr�le hongrois.</p><p>La domination turque</p><p>La Serbie passe sous la domination des Turcs, qui y instaurent le syst�me f�odal des sipahi et l�vent l�imp�t du sang. En 1557, gr�ce � un vizir serbe, le statut de patriarcat est restaur� � Pe&#x107; pour l��glise orthodoxe serbe, rattach�e au XVe s. � l�archev�ch� d�Ohrid.</p><p>Cette �glise joue un r�le important sous la domination turque, en entretenant parmi la population les traditions et la culture nationales et en soutenant la r�sistance aux Turcs. Elle s�efforce d�autre part d��tablir des liens avec l��tranger, avec la Russie en particulier. Son autonomie sera progressivement r�duite par les Turcs, qui, en 1766, supprimeront le patriarcat. Des patriotes serbes continuent de r�sister aux Turcs : ce sont les hajduks, qui attaquent l�occupant et organisent des soul�vements lors des guerres austro-turques.</p><p>En 1688, la Serbie est temporairement lib�r�e du joug turc par l�Au-</p><p>triche. Mais, d�s 1690, les Turcs reviennent et s�installent cette fois au sud du Danube : Belgrade, qui est devenue un centre artisanal et commercial important, est transform�e en une forteresse fronti�re. � la suite d�une nouvelle guerre austro-turque, le trait� de Passarowitz (1718) donne � l�Autriche le droit d�occuper le nord de la Serbie et Belgrade, qu�elle gardera jusqu�au trait� de Belgrade de 1739 mettant fin � la guerre de 1736-1739. En 1789, l�Autriche occupera de nouveau Belgrade pour une ann�e, mais son administration laissera un assez mauvais souvenir.</p><p>Cependant, les repr�sailles turques provoquent la fuite de la population vers les r�gions autrichiennes : la plus c�l�bre de ces migrations a lieu en 1640</p><p>quand 30 000 familles serbes quittent le Kosovo avec � leur t�te le patriarche Ars�ne Crnojevi&#x107;, et obtiennent de l�empereur le droit de s��tablir au nord du Danube, en Vojvodine.</p><p>� la fin du XVIIIe s., les Turcs accordent une plus grande autonomie � la r�gion de �umadija : perception d�un tribut fixe par les chr�tiens m�mes, interdiction du retour des janissaires dans les terres serbes. Le pa�a de la r�gion est d�ailleurs favorable aux r�formes, mais il se heurte aux janissaires qui demeurent dans les villes et qui, en 1801, le tuent. Les exactions contre la population augmentent.</p><p>Un premier projet de r�volte est �vent� et les chefs (Aleksa Nenadovi&#x107; et Ilija Bir&#x10D;anin) sont ex�cut�s � Valjevo (janv. 1804). Mais le mouvement de r�-</p><p>volte se d�veloppe sous la conduite de Karadjordje (Karageorges). Des succ�s importants sont remport�s par celui-ci (bataille de Mi�ar en ao�t 1806, prise de Belgrade en janv. 1807) ; mais les n�gociations conduites avec la Porte par Pierre I&#x10D;ko dans le dessein d�obtenir un statut d�autonomie pour la Serbie �chouent. Lors d�une attaque des insurg�s, le vojvode Stevan Sin&#x111;eli&#x107; subit une d�faite devant Ni� en 1809 : les t�tes des soldats serbes, empil�es par les Turcs, formeront la &#x106;ele kula (tour des Cr�nes) dont parle Lamartine dans son Voyage en Orient. Depuis 1809, un d�tachement russe est pr�sent</p><p>� Belgrade, mais il est retir� en 1812</p><p>apr�s la signature du trait� de Bucarest entre la Russie et la Turquie ; les Serbes obtiennent alors peu de satisfactions, et la guerre reprend : les Turcs sont vainqueurs, Karadjordje passe en Autriche (nov. 1813), tandis que les Turcs r�occupent les terres serbes.</p><p>Les rivalit�s des vojvodes entre eux et avec Karadjordje ont contribu� � affaiblir le mouvement ; toutefois, les soul�vements ont facilit� un d�but d�organisation �tatique : un acte constitutionnel et un code sont r�di-g�s ; un effort est fait pour d�velopper l��ducation.</p><p>En r�ponse aux nouvelles exactions des Turcs, une nouvelle r�volte est organis�e par l�un des princes rest�s en Serbie, Milo� Obrenovi&#x107; ; apr�s des victoires serbes, un armistice est conclu, et les Turcs, dont la position internationale est affaiblie par la d�faite de la France � Waterloo, accordent une certaine autonomie � la Serbie, avec Milo� Obrenovi&#x107; comme grand-prince.</p><p>Vers l�ind�pendance</p><p>Les conditions de l�autonomie seront d�finies en 1826 � la conf�rence d�Ak-kerman, conditions dont l�ex�cution sera suspendue lors de la guerre russo-turque avant d��tre confirm�es par un hati�erif de 1829 : celui-ci fixe le montant du tribut annuel, met fin au r�gime f�odal turc, limite la pr�sence des garnisons turques � six villes (dont Belgrade) ; la famille Obrenovi&#x107; se voit reconna�tre un droit h�r�ditaire. De plus, six r�gions situ�es au sud et momentan�ment lib�r�es pendant le soul�vement sont rattach�es � la Serbie.</p><p>� l�int�rieur, Milo� Obrenovi&#x107; m�ne une politique autoritaire, luttant contre les princes du Conseil et �liminant l�opposition (assassinat de Karadjordje en 1817, r�pression de la r�volte des princes en 1834) ; le prince contribue grandement au d�veloppement int�-</p><p>rieur et ext�rieur de la Serbie.</p><p>Se voyant imposer par les Turcs une constitution qui limite ses pouvoirs, Milo� d�cide d�abdiquer en juin 1839, en faveur de son fils Milan Obrenovi&#x107; qui meurt presque aussit�t ; son autre</p><p>fils, Michel, devient alors prince sous le contr�le de tuteurs institu�s par les Turcs ; sans autorit�, il est renvers� en 1842 par le fils de Karadjordje, Alexandre (1842-1858).</p><p>downloadModeText.vue.download 100 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10055</p><p>Sur le plan ext�rieur, le ministre Ilija Gara�anin �tablit un plan qui envisage la dissolution �ventuelle de l�Empire ottoman et une extension de la Serbie sur les terres habit�es par des Serbes vivant encore sous le joug �tranger ; la r�volution de 1848 est en effet l�occasion de contacts avec les Serbes sous occupation autrichienne. Au congr�s de Paris, en 1856, l�autonomie de la Serbie est plac�e sous la garantie des grandes puissances. Sur le plan int�rieur, l�organisation de l��tat se d�veloppe (Code civil en 1844), mais l�opposition entre le prince et le conseil se durcit ; le prince, peu populaire, est contraint d�abdiquer en 1858 et Milo� est rappel� : il r�gnera de janvier 1859</p><p>� septembre 1860, restant fid�le aux m�thodes autoritaires.</p><p>� la mort de Milo�, c�est son fils Michel qui lui succ�de (1860-1868).</p><p>Sous son r�gne, � la suite d�une rixe d�clench�e � Belgrade en 1862, la Serbie obtient l��vacuation des forteresses encore occup�es par les garnisons turques.</p><p>D�autre part, le plan de Gara�anin est mis en application avec le d�veloppement de la propagande panserbe hors de Serbie et la conclusion de trait�s avec divers pays balkaniques en vue d�une coop�ration dans la lutte contre les Turcs (Mont�n�gro en 1866, Gr�ce en 1867). Alors que son �ventuel remariage avec une cousine divise les ministres, le prince Michel est assassin� en juin 1868, sans doute � l�instigation de partisans de Karadjordje. C�est cependant un cousin du prince Michel, Milan Obrenovi&#x107;, alors �g� de treize ans, qui lui succ�de (1868-1889), sous le contr�le d�une r�gence.</p><p>Une Constitution tr�s absolutiste est accord�e en 1869. On voit alors se</p><p>constituer des formations politiques : ces ann�es sont marqu�es par l�activit� d�un socialiste, Svetozar Markovi&#x107; (1846-1875) ; un parti radical se forme dont les chefs sont poursuivis � la suite d�une r�volte dans l�est de la Serbie.</p><p>Le parti radical, qui a �t� l�animateur de ce mouvement, obtient la majorit� � l�assembl�e. Appel� au gouvernement, il contribue � l�adoption d�une Constitution qui institue le parlementarisme.</p><p>Sur le plan ext�rieur, la Serbie se solidarise avec le soul�vement de Bosnie-Herz�govine de 1876, attaquant m�me la Turquie ; malgr� les d�faites serbes, le statu quo est maintenu gr�ce � l�intervention russe (paix de Constantinople.</p><p>Apr�s l�entr�e en guerre de la Russie contre les Turcs, et sa victoire, le trait� de San Stefano (mars 1878) pr�voit un agrandissement territorial important pour la Serbie. Mais le trait� est rendu caduc par le trait� de Berlin, qui confirme cependant l�ind�pendance totale de la Serbie et son extension dans la r�gion de Ni�. En 1882, Milan se proclame roi.</p><p>Le royaume de Serbie</p><p>Milan signe avec l�Autriche un trait� secret par lequel il accepte de s�entendre avec Vienne en tout ce qui concerne la politique ext�rieure. En 1885, lors du coup d��tat bulgare, la Serbie attaque la Bulgarie ; elle se fait battre � Slivnica, mais l�Autriche intervient pour maintenir le statu quo (traite de Bucarest, 1886). Les scandales de sa vie priv�e rendent plus odieux le despotisme de Milan, despotisme qui, apr�s son abdication et malgr� le vote d�une constitution plus d�mocratique (1888-89), se prolonge sous le r�gne de son fils Alexandre (1889-1903).</p><p>Celui-ci m�ne en effet une politique autoritaire (Constitution de 1901). Sa politique int�rieure, son inf�odation � l�Autriche, son mariage avec une femme divorc�e, Draga Ma�in, provoquent un vif m�contentement ; des officiers regroup�s dans une organisation secr�te, la Main noire, dont le chef est Dimitrijcvi&#x107;-Apis, fomentent et r�alisent l�assassinat du roi et de la reine en juin 1903.</p><p>C�est la fin de la dynastie des Obrenovi&#x107; en Serbie. Pierre</p><p>Karadjordjevi&#x107;, le petit-fils de Karadjordje, est appel� sur le tr�ne de Serbie (1903-1921). Sous son r�gne, la Serbie conna�t un r�gime lib�ral (la Constitution de 1888 est r�tablie) ; en 1903 aussi se cr�e le parti social d�mocrate serbe, dirig� par E. Tucovi&#x107;. Sur le plan ext�rieur, la Serbie se d�tache de l�Autriche : en 1906, elle r�siste au blocus institu� par Vienne contre les exportations de porcs serbes (guerre des Porcs) ; elle redevient alors un p�le d�attraction pour les populations serbes soumises � une domination �trang�re. Cependant, en 1908, elle doit accepter l�annexion de la Bosnie par l�Autriche ; en 1912, elle conclut un accord avec la Bulgarie et la Gr�ce pour attaquer les Turcs en cas de soul�-</p><p>vement chr�tien : � l�automne de 1912, les Serbes p�n�trent en Mac�doine, mais ils se heurtent aux Bulgares sur la question du partage de la Mac�doine.</p><p>� la suite d�une nouvelle guerre, cette fois entre les anciens alli�s (1913), la Serbie victorieuse obtient au trait� de Bucarest une grande partie de la Mac�-</p><p>doine, moins la r�gion de Strumica.</p><p>Mise en cause par l�Autriche �</p><p>la suite de l�attentat de Sarajevo du 28 juin 1914, la Serbie refuse de c�der � un ultimatum et se trouve engag�e dans la Premi�re Guerre* mondiale.</p><p>Sous le commandement du g�n�ral Ra-domir Putnik, son arm�e r�siste � deux attaques autrichiennes (bataille de Kolubara en d�cembre 1914 en particulier), mais est battue � la suite d�une nouvelle offensive des puissances centrales et de la Bulgarie en 1915 : c�est alors la retraite du roi Pierre, de l�arm�e et de la population serbes dans des conditions dramatiques vers la mer Adriatique au cours de l�hiver 1915-16.</p><p>Les troupes sont �vacu�es vers Bizerte, les civils vers la France, o� de nombreux jeunes seront scolaris�s ; des liens d�amiti� �troits sont ainsi �tablis entre la France et la Serbie. Tandis que la Serbie est occup�e par Allemands et Bulgares, le gouvernement en exil s�installe � Corfou, puis � Thessalonique, o� se r�organise l�arm�e serbe qui participera aux activit�s du front oriental (bataille de Kajmak&#x10D;alan en</p><p>1916) et � la lib�ration des terres serbes en 1918.</p><p>Au d�but de la guerre, le prince r�-</p><p>gent Alexandre, qui a pris le pouvoir (son p�re �tant malade), a cit� parmi les buts de guerre la lib�ration de tous les Yougoslaves, mais cette union est con�ue dans une optique panserbe. En 1918, un royaume des Serbes, Croates et Slov�nes est cr�� qui r�unit au royaume de Serbie les terres soumises � l�Autriche-Hongrie et le Mont�n�-</p><p>gro. Le royaume des Serbes, Croates et Slov�nes (de Yougoslavie en 1929) est dirig� par la dynastie serbe des Karadjordjevi&#x107; ; les Serbes ont alors tendance � se croire dans une situation privil�gi�e et h�g�monique par rapport aux autres nationalit�s yougoslaves, ce qui provoque des heurts dramatiques, avec les Croates notamment. Apr�s 1945, une r�publique de Serbie sera cr��e et int�gr�e � l��tat f�d�ratif socialiste institu� en Yougoslavie.</p><p>M. P. C.</p><p>F Belgrade / Byzantin (Empire) / Karadjordjevi&#x107;</p><p>/ Mont�n�gro / Obrenovi&#x107; / Ottomans / Yougoslavie.</p><p>L. de Mas Latrie, les Rois de Serbie (Klincksieck, 1888). / J. K. Jire&#x10D;ek, Geschichte der Ser-ben (Gotha, 1911-1918 ; 2 vol.). / L. Andr�, les �tats chr�tiens des Balkans depuis 1815 (Alcan, 1918). / G. Gravier, les Fronti�res historiques de la Serbie (A. Colin, 1919). / N. Jorga, Histoire des �tats balkaniques jusqu�� 1924 (Gamber, 1925). / J. Mousset, la Serbie et son �glise, 1830-1904 (Droz, 1939). / M. de Vos, Histoire de la Yougoslavie (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1955 ; 2e �d., 1975). / G. Castellan, la Vie quotidienne en Serbie au seuil de l�ind�pendance, 1815-1839 (Hachette, 1967). / Y. Castellan, la Culture serbe au seuil de l�ind�pendance, 1800-1840 (P. U. F., 1967).</p><p>S�r�res ou Serers</p><p>Ethnie du S�n�gal* occupant l�ouest de la r�gion de Thi�s (S�r�res N�doutes et S�r�res Nones), le Sine, le Saloum et la limite sud-ouest du Ferlo.</p><p>Dans les �les basses et les tanne (zone d�argile et de sable sal�) du Saloum vit un sous-groupe s�r�re, les Nyominkas, pratiquant la p�che, la r�colte du sel</p><p>et la culture du riz. Le climat de cette r�gion est celui de la zone sah�lienne : une saison s�che de novembre � mai et une saison des pluies de juillet � octobre.</p><p>C�est une population d�agricul-</p><p>teurs s�dentaires qui regroupe environ 500 000 personnes. L�agriculture des S�r�res pr�sente un syst�me intensif associant la culture � l��levage bovin.</p><p>Traditionnellement, le troupeau est utilis� syst�matiquement pour fumer les champs de mil et de sorgho ; des plantations espac�es de kad (Acacia al-bida) assurent � la fois de l�ombrage et de l�engrais vert pour ces cultures. La s�lection des mils et des sorghos selon la nature des sols et la diversit� des esp�ces permet l��talement des travaux agricoles. Autrefois, les paysans pratiquaient une rotation des cultures sur trois ans : une ann�e de mil, une ann�e d�arachide et une ann�e de jach�re avec les engrais. Les femmes cultivaient aussi le riz dans les bas-fonds.</p><p>Aujourd�hui, l�agriculture c�r�ali�re a d� faire une plus grande place � l�arachide, ce qui a provoqu� la mise en exploitation de tout le terroir et des changements �conomiques profonds.</p><p>Le statut foncier a un r�le capital dans la soci�t� des S�r�res. C�est le lamane qui est gardien et administrateur du sol ; ses droits sont le plus souvent transmis dans la famille maternelle. La soci�t� traditionnelle s�r�re fonctionnait selon un syst�me d�ordres : celui des paysans libres, les diambour, celui des artisans castes (forgerons, cordonniers, tisserands, boisseliers), celui des griots (gueoual), celui des esclaves. L�aristocratie mandingue des guellewar �tait endogame et servie par des soldats, les tiedo.</p><p>De cela, il ne reste aujourd�hui que la masse rurale des paysans et la caste des m�tiers ; les griots constituent encore un groupe � part. Les villages s�r�res n�ont pas de plan pr�cis : ce sont des</p><p>� n�buleuses �. L�unit� r�sidentielle est le m�bind ; celui-ci peut regrouper downloadModeText.vue.download 101 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10056</p><p>aussi bien 10 que 40 personnes de la m�me famille. Les S�r�res ne sont pas uniquement une soci�t� matrilin�aire ; cependant, c�est par la filiation ut�rine que se transmettent les biens comme les terres, les concessions, le cheptel, tandis que les biens acquis, les pr�rogatives d�ordre religieux ou magique se transmettent de p�re en fils.</p><p>Les S�r�res croient en un dieu cr�ateur. Les pangol, demi-dieux mais aussi esprits-anc�tres, jouent le r�le d�interm�diaire entre l�homme et la divinit�. Le lamane a aussi un pouvoir religieux ; c�est une sorte de pr�tre.</p><p>L�isl&#x101;m n�a que peu p�n�tr� la soci�t� rurale s�r�re ; par contre le christianisme a eu plus de succ�s.</p><p>J. C.</p><p>F S�n�gal.</p><p>P. P�lissier, les Paysans du S�n�gal. Les civilisations agraires du Cayor � la Casamance (Impr. Fabr�gue, Saint-Yrieix, 1967).</p><p>serial</p><p>Film � �pisodes, relatant les aventures d�un m�me personnage dont les exploits ou les infortunes sont conjointement publi�s dans un journal sous forme de feuilleton � suspense et port�s � l��cran. Par extension, on nomme �galement parfois serial un ensemble de films � �pisodes (ces derniers pouvant �tre constitu�s par une histoire dont l�action se suit ou bien par plusieurs histoires s�par�es, v�cues par le m�me h�ros principal). C�est dans ce dernier sens que l�on peut, � la t�l�vision, parler de serials.</p><p>Le roman-feuilleton appara�t vers 1840. Cinquante ans plus tard, les bandes dessin�es de Christophe (le Sapeur Camembert, la Famille Fe-nouillard) sont publi�es dans le Petit Fran�ais illustr�. Le film � �pisodes et la bande dessin�e vont s�influencer r�ciproquement et s�annexer tour � tour leurs h�ros favoris. Le Fran�ais Victorin Jasset est l�un des premiers � donner ses lettres de noblesse � pour le compte de la soci�t� �clair � � un genre cin�matographique qui conna�tra tr�s vite les faveurs du public : sa s�rie des Nick Carter (1908) sera suivie de</p><p>celle de Zigomar (1911), puis de Prot�a (1913), la femme bandit. Partout dans le monde, des personnages fictifs ou non partent � la conqu�te des �crans : Buffalo Bill, Broncho Billy, Nat Pin-kerton, Raffles, Kit Carson, Dick Turpin. Le cin�ma comique cherche de son c�t� � imposer un � type � aux caract�ristiques vestimentaires, physiques et psychologiques bien d�finies : Max (Linder) en France, Charlot ou Fatty aux �tats-Unis.</p><p>Mais, en 1912, une revue f�minine am�ricaine, The Ladies�World, en faisant co�ncider la publication d�un �pisode du roman What happened to Mary avec la pr�sentation sur un �cran d�un film du m�me titre produit par Edison, est � l�origine de l�extraordinaire succ�s du serial. L�id�e est reprise avec beaucoup plus d�ampleur par deux journaux concurrents, le Chicago Tribune et le Chicago Herald. En 1913, le premier nomm� publie par � tranches �</p><p>un roman de Harold MacGrath, The Adventures of Kathleen, et fait r�aliser par la soci�t� Selig un film homonyme dont la vedette est Kathleen Williams.</p><p>Le succ�s est �norme. La formule � le maximum d��motions et le minimum de vraisemblance � fait tache d�huile.</p><p>Les deux magnats de la presse William Randolph Hearst et Robert Rutherford McCormick confient � Palli� Exchange le soin de r�aliser la plupart des films � �pisodes publi�s en feuilletons par leurs journaux respectifs. C�est ainsi qu�appara�t sur le march� international en 1914 le plus c�l�bre de tous les serials : The Perils of Pauline, r�alis� par Louis Gasnier et Donald MacKen-zie et interpr�t� notamment par celle qui deviendra l�incontestable reine du genre : Pearl White. Aux 15 �pisodes de The Perils of Pauline succ�dent peu de temps apr�s The Exploits of Elaine (en 14 �pisodes), films connus en France sous le titre les Myst�res de New York (1915, version condens�e de 22 �pisodes) puis The New Exploits of Elaine (1915, 10 �pisodes) et enfin The Romance of Elaine (1915, 12 �pisodes). Aux premiers partenaires de Pearl White (Crane Wilbur et Paul Panzer notamment) se substituent d�autres acteurs comme Creighton Hale, Warner Oland et Arnold Daly, qui, selon leur emploi de � bons � ou de � m�-</p><p>chants �, sont applaudis ou siffles en cours de projection par les spectateurs.</p><p>Chaque �pisode s�ach�ve par un suspense habile qui abandonne g�n�ralement l�h�ro�ne dans une situation plus ou moins dramatique dont le d�nouement n�intervient qu�au cours de l��pisode suivant, qui, lui-m�me, se termine en forme de point d�interrogation.</p><p>Producteurs et r�alisateurs tenteront d�imposer diff�rentes vedettes f�minines afin de concurrencer Pearl White, mais sans grand succ�s (si l�on excepte cependant Florence Labadie, vedette de The Million Dollar Mystery [1914], dont la carri�re sera interrompue par un accident, et Ruth Roland).</p><p>� la m�me �poque, un autre ph�-</p><p>nom�ne assez similaire se produit en France : Louis Feuillade*, en entreprenant en 1913 une s�rie de cinq films autonomes tir�s des aventures de Fantomas, feuilleton de Marcel Allain et Pierre Souvestre, popularise le cin�roman. Les prouesses du bandit romantique en lutte contre la soci�t�, de l�homme � la cagoule, du � Fregoli du crime � qu�interpr�te Ren� Navarre, ses rencontres avec le policier (Br�on), le journaliste Fandor (Georges Melchior) et Lady Beltham (Ren�e Carl) remportent un immense succ�s. Pour r�pondre au triomphe du Fantomas de Gaumont, Path� r�plique par un Rocam-bole (1914) mis en sc�ne par Georges Denola. La concurrence d�j� impitoyable sur le plan national se double bient�t d�un combat effr�n� entre les firmes am�ricaines et fran�aises. Les Vampires de Louis Feuillade, o� appara�t la troublante Musidora dans son collant noir, seront programm�s peu de temps avant les Myst�res de New York sur les �crans parisiens. Ce serial am�ricain para�t au journal le Matin, d�s octobre 1915, dans une adaptation de Pierre Decoureelle, et sa conqu�te des �crans fran�ais s�appuiera sur une publicit� sans pareille. Quant aux Vampires, les diff�rents �pisodes qui le composent ne sont pas combin�s avec un feuilleton publi� par la grande presse, mais avec des brochures illustr�es �dit�es par Tallandier et r�dig�es par Georges Meirs. En 1916, Feuillade tourne Judex avec Ren� Crest�, le justicier � la cape noire, dans le r�le principal : le roman du m�me nom d�Arthur</p><p>Bern�de est publi� simultan�ment dans le Petit Parisien. Si le grand public trouve dans les serials et les cin�romans un moyen d��vasion facile (la Premi�re Guerre mondiale fait alors rage), la vertu magique de ce � nouvel opium du peuple � n�est pas du go�t de tout le monde et notamment de certains censeurs moraux qui obligent Feuillade � vanter les exploits du justicier (Judex) et non plus du bandit (Fantomas). Le genre se survit en France jusqu�en 1920, relay� par quelques cin�romans (Mathias Sandorf, 1921, de Henri Fescourt).</p><p>En Allemagne, avec Homunculus</p><p>(1916), d�Otto Rippert, et Die Herrin der Welt (1919-1921), de Klein et Krafft, en Italie, avec les films d�Emilio Ghione (le c�l�bre Za-la-Mort) : La Banda delle cifre (1915, 3 �pisodes), I Topi grigi (1917, 8 �pisodes) et Il Triangolo giallo (1917, 4 �pisodes), le serial connut �galement une vogue �ph�m�re.</p><p>D�s la fin du � muet �, le serial, du moins dans sa d�finition exacte, n�existe pas. Mais l�esprit du serial se survit dans des � s�ries � de films consacr�s � des personnages universellement adopt�s par la mythologie populaire : Flash Gordon, Tarzan, Mandrake, Superman, Zorro, Raffles, Ars�ne Lupin. Fu Manchu, Batman, M. Moto, le Gorille, OSS 117, voire James Bond. L�apparition de la t�l�-</p><p>vision a permis au serial de reprendre ses droits sous l�appellation courante de feuilleton t�l�vis�.</p><p>J.-L. P.</p><p>s�rie</p><p>chronologique</p><p>(ou chronique)</p><p>Suite ordonn�e d�observations d�une variable au cours du temps, g�n�ralement faites � date fixe, c�est-�-dire � intervalles de temps � peu pr�s constants.</p><p>G�n�ralit�s</p><p>La variable peut �tre d�finie par sa valeur � l�instant de l�observation (solde d�un compte au dernier jour de chaque mois, cours quotidien d�une valeur en</p><p>Bourse, etc.) ou correspondre � une sommation effectu�e sur chacun des intervalles de temps s�parant deux observations successives (volume mensuel des ventes d�un magasin, consommation d��nergie, etc.).</p><p>L��tude des s�ries chronologiques a �t� particuli�rement d�velopp�e par les statisticiens �conomistes, mais les probl�mes qu�elle pose se retrouvent dans tous les ph�nom�nes se d�veloppant au cours du temps. L�objet essentiel d�une telle �tude est l�analyse des principales composantes du mouvement observ� : cela implique que l�on puisse raisonner sur des valeurs comparables, en ce qui concerne les d�finitions de la grandeur observ�e, les modalit�s d�observation ou d�estimation, les dur�es des intervalles entre relev�s successifs, etc.</p><p>L�examen du graphique repr�sentatif d�une s�rie �conomique d�une dur�e suffisamment longue montre en g�n�-</p><p>ral l�existence de certains mouvements qui se superposent :</p><p>� un mouvement de tendance g�n�-</p><p>rale, ou mouvement de longue dur�e, sensiblement continu pendant une longue p�riode ;</p><p>� un mouvement oscillatoire de</p><p>p�riode variable, ou mouvement de conjoncture, souvent d�signe sous downloadModeText.vue.download 102 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10057</p><p>le nom de cycle et comportant une phase croissante suivie d�une phase d�croissante, li� le plus souvent aux fluctuations g�n�rales de l�activit� �conomique ;</p><p>� un mouvement oscillatoire de courte p�riode correspondant � des variations s�effectuant r�guli�rement au cours d�une dur�e invariable et g�n�ralement appel� mouvement saisonnier (chiffre d�affaires mensuel d�un magasin, consommation horaire d��lectricit�) ;</p><p>� des mouvements erratiques dus � des causes al�atoires non d�finies ou � des causes accidentelles, d�o� le nom de variations r�siduelles ou accidentelles.</p><p>Entre les deux guerres mondiales et particuli�rement aux �tats-Unis, l��tude des cycles �conomiques a �t� tr�s pouss�e avec l�espoir, souvent d��u, de tirer de cette �tude des enseignements (barom�tres) permettant de pr�voir les rythmes � venir. Depuis 1946, les m�thodes de planification �conomique � moyen terme visent plut�t � guider l�expansion de mani�re � en r�duire les fluctuations.</p><p>Cela conduit, en premi�re analyse, � ne consid�rer, dans les s�ries �conomiques, que trois composantes : la tendance conjoncturelle T, le mouvement saisonnier S de p�riode bien d�finie et les variations r�siduelles e, g�n�ralement consid�r�es comme al�atoires, sauf accidents explicables (gr�ve, �v�-</p><p>nement politique important). Ces trois mouvements peuvent se composer de diverses fa�ons pour donner le r�sultat observ� yt � l��poque t. Les deux hypoth�ses g�n�ralement adopt�es se ram�nent soit � un sch�ma additif : yt = Tt + St + et, soit, 1 + st �tant alors un coefficient saisonnier, � des sch�mas multiplicatifs dont le plus couramment utilis� est</p><p>yt = Tt (1 + st) + et.</p><p>D�composition d�une</p><p>s�rie chronologique</p><p>Il s�agit, � partir d�observations, de s�parer, de filtrer les divers �l�ments composants, le r�sultat observ� yt pouvant �tre mis soit sous la forme d�un mod�le math�matique d�pendant de t, soit sous la forme d�un tableau donnant, pour chaque valeur de t, les valeurs des �l�ments composants.</p><p>Si la s�rie chronologique consid�-</p><p>r�e ne pr�sente pas de composantes saisonni�res ou si l�on ne s�int�resse qu�� la tendance, en ne consid�rant que la valeur moyenne de chaque p�riode saisonni�re, la m�thode de r�gression permet de d�terminer un mod�le de la forme Yt = � (t), sous r�serve que l�examen du graphique yt ou certaines informations sur la gen�se du ph�no-m�ne permettent de choisir un mod�le pouvant s�adapter aux observations.</p><p>Trois types de mod�les ayant une</p><p>signification physique simple sont fr�-</p><p>quemment utilis�s :</p><p>� mod�le lin�aire Y = a + bt ;</p><p>� mod�le exponentiel Y = a (1 + r)t, � un taux d�accroissement constant ;</p><p>� mod�le logistique</p><p>correspondant � un taux variable d�fini par d�abord</p><p>croissant, puis d�croissant jusqu�� un niveau de saturation Y = k.</p><p>Tr�s souvent, en particulier dans les s�ries �conomiques, les tendances observ�es n�ont pas une forme permettant d�utiliser un mod�le math�matique ; on doit alors faire appel � des techniques empiriques : une m�thode simple largement employ�e et pouvant �tre facilement automatis�e est la m�thode des moyennes mobiles. Dans le cas d�une s�rie d�observations mensuelles, t �tant le rang d�un mois dans la s�rie ordonn�e de mani�re continue, on d�finit la composante tendancielle par une moyenne de deux moyennes mobiles centr�es sur 12 mois encadrant la valeur t, soit</p><p>On admet que ces moyennes sur</p><p>12 mois cons�cutifs �liminent d�une part les variations al�atoires et, d�autre part, l�effet de la composante saisonni�re, dans l�hypoth�se o� celle-ci reste stable au cours des ann�es successives : effet constant pour un mois particulier. Dans ces conditions, le mouvement saisonnier peut �tre estim� :</p><p>� soit par St = yt � Tt (mod�le additif) ;</p><p>� soit par (mod�le</p><p>multiplicatif).</p><p>Pour chaque mois particulier k</p><p>(k = 1, 2, ..., 12), on obtiendra ainsi, pour l�ensemble de n ann�es, n � 1 estimations du mouvement saisonnier relatif � ce mois, que l�on caract�rise finalement par une valeur centrale de ces estimations : moyenne ou m�diane des valeurs sk ou 1 + sk pour chaque mois k.</p><p>D�autres m�thodes empiriques fon-d�es sur les m�mes hypoth�ses ont �t� propos�es, par exemple, la m�thode des cha�nes de rapports, bas�e sur les rapports successifs Dans l�hy-</p><p>poth�se d�une tendance caract�ris�e par un facteur 1 + &#x3B1; d�accroissement mensuel, ces rapports donneront pour chaque mois k une estimation de la quantit�</p><p>dont on d�terminera la m�diane. Le produit de ces 12 m�dianes, (1 + &#x3B1;) 12, permettra d�estimer 1 + &#x3B1;. Connaissant alors les 12 rapports et tenant</p><p>compte de la condition</p><p>on pourra estimer les 12 coefficients saisonniers</p><p>1 + sk (k = 1, 2, ..., 12).</p><p>Compte tenu de la d�finition de la composante saisonni�re (somme des effets nulle pour chaque ensemble de 12 mois), on devrait avoir</p><p>soit pratiquement</p><p>si Tk varie peu au cours d�une ann�e.</p><p>En g�n�ral, il n�en sera pas ainsi et on devra faire subir aux estimations une correction proportionnelle pour assurer ces conditions.</p><p>Toutes ces m�thodes fournissent, en g�n�ral, une solution pratiquement suffisante du probl�me de l��tude des variations saisonni�res dans les s�ries �conomiques. Cependant, dans certains cas et plus particuli�rement dans d�autres domaines de la recherche scientifique, l��tude des cycles joue un r�le fondamental, soit qu�il s�agisse d�estimer au mieux les caract�ristiques moyennes d�un cycle unique (p�riode et forme), soit qu�il s�agisse de mettre en �vidence plusieurs composantes p�riodiques diff�rentes se superposant.</p><p>Pour le premier probl�me, la table de Christophorus Buys-Ballot (1817-1890), m�t�orologiste hollandais, fournit une solution empirique approch�e : pour chaque valeur essay�e de la dur�e &#x3B8; de la p�riode, les donn�es sont pr�sent�es dans un tableau dont chaque ligne contient les observations successives d�une m�me p�riode de dur�e &#x3B8;, et chaque colonne contient les observations relatives � un m�me instant des diverses p�riodes ; si &#x3B8; correspond � la p�riode r�elle, tous les sommets du cycle sont dans une m�me colonne et tous les fonds dans une autre colonne,</p><p>de mani�re que l��cart entre les totaux de ces colonnes soit maximal.</p><p>Pour des probl�mes plus complexes, par exemple l��tude des variations du nombre de taches solaires, les m�-</p><p>thodes de l�analyse harmonique fond�es sur les travaux du math�maticien fran�ais Joseph Fourier (1768-1830) permettent de mettre en �vidence les effets des diverses composantes p�riodiques en fonction de leurs p�riodes &#x3B8;</p><p>(p�riodogramme).</p><p>L��tude des s�ries chronologiques peut conduire � de nombreux autres probl�mes : relation entre termes d�une m�me s�rie, d�cal�s d�un certain nombre de rangs (autocorr�lation), comparaison de deux s�ries soit du point de vue de leur tendance (covariation tendancielle), soit du point de vue des �carts � leurs lignes de tendance (covariation diff�rentielle), pour des termes de m�me rang ou d�cal�s d�un certain nombre de rangs. Tous downloadModeText.vue.download 103 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10058</p><p>ces probl�mes rel�vent du calcul des corr�lations.</p><p>E. M.</p><p>F Ajustement statistique / Corr�lation / R�gression.</p><p>A. Piatier, Statistique et observation �conomique (P. U. F., 1961 ; 2 vol.). / E. Malin-vaud, M�thodes statistiques de l��conom�trie (Dunod, 1964 ; 2e �d., 1969).</p><p>s�rie num�rique</p><p>Couple constitu� d�une suite (un) d��l�-</p><p>ments du corps C des nombres complexes et de la suite (Sn) telle que, pour tout entier naturel n :</p><p>Sn = u0 + u1 + ��� + un.</p><p>G�n�ralit�s</p><p>L��l�ment un de la suite (un) est appel� le terme g�n�ral de la s�rie ; la somme Sn est la somme � l�ordre n. La limite, S,</p><p>de la suite (Sn), si elle existe, s�appelle la somme de la s�rie de terme g�n�ral un. Dans ce cas, la diff�rence S � Sn est le reste � l�ordre n de la s�rie. Pratiquement, on d�signe une s�rie par son terme g�n�ral un. Si la limite S existe, la s�rie un est dite convergente ; si on ne peut trouver de limite � la suite Sn, la s�rie est dite divergente.</p><p>Le probl�me des s�ries est l��tude de leur convergence ou de leur divergence. Cette �tude ne peut pas toujours se faire directement sur la somme partielle Sn par de simples transformations alg�briques. Dans beaucoup de cas, il est n�cessaire de comparer la s�rie � �tudier, un, avec une autre s�rie, vn, dont on conna�t la nature (divergente ou convergente). Ces comparaisons se font � l�aide de r�gles ou de crit�res dont certains ont un champ d�application assez �tendu et constituent un arsenal n�cessaire � toute approche de s�rie. Le probl�me des s�ries revient donc � trouver, pour l��tude d�une s�rie donn�e, un crit�re qui permette de conclure sur la nature de la s�rie.</p><p>Si la s�rie un est � termes complexes ou � termes r�els n�gatifs, ou encore � termes r�els de signes quelconques, on �tudie la s�rie |un| = vn, form�e des modules des termes de la s�rie un. Si la s�rie vn converge, on dit que la s�rie un est absolument convergente. En effet, si</p><p>la derni�re in�galit� �tant vraie puisque la s�rie vn = |un| est convergente et qu�ainsi la condition de Cauchy est v�rifi�e pour la suite</p><p>Comme pour p &gt; n &gt; n0,</p><p>la suite Sn est aussi une suite de Cauchy et donc converge. Si la s�rie un est � termes tous positifs, l�absolue convergence se confond avec la convergence.</p><p>Une s�rie � termes positifs ne converge que si elle converge absolument.</p><p>y Si la s�rie un, � termes quelconques, n�est pas absolument convergente, elle peut �tre divergente ou simplement convergente. Dans ce cas, elle est dite semi-convergente. Ainsi, la convergence absolue est une condition suffisante de convergence, mais ce n�est pas une condition n�cessaire.</p><p>S�ries num�riques � termes positifs</p><p>L��tude de ces s�ries est tr�s importante, puisque l��tude de la convergence absolue se ram�ne � l��tude d�une s�rie � termes positifs. Certaines r�gles de comparaison permettent d��tudier les s�ries.</p><p>y Pour que la s�rie un, soit convergente, il faut et il suffit que la suite Sn = u0 + u1 + ��� + un, soit major�e. En effet, la suite Sn major�e et croissante, puisque Sn + 1 � Sn = un + 1 &gt; 0, admet une limite S qui est la borne sup�rieure des quantit�s Sn.</p><p>y Si, � partir d�un certain rang n0, les deux s�ries un et vn sont telles que alors :</p><p>� si la s�rie vn converge et a pour somme S&#x2032;, la s�rie un converge et a pour somme</p><p>� si la s�rie un diverge, il en est de m�me de la s�rie vn.</p><p>Ce crit�re de comparaison prend la forme suivante plus souple et plus facilement utilisable. Si les deux s�ries un et vn sont telles que, pour n assez grand, le rapport soit d�fini et admette une limite finie k quand n 7 + &#x221E;, la convergence de la s�rie vn entra�ne celle de la s�rie un. Si k &#x2260; 0, les deux s�ries un et vn sont de m�me nature. En effet, si quand n 7 &#x221E;, il</p><p>existe n0 &#x2208; N tel que n &gt; n0 entra�ne ou</p><p>Cela montre, d�apr�s la premi�re forme du crit�re, que la s�rie un converge si la s�rie Wn = (k + &#x3B5;) vn converge, et diverge si la s�rie diverge, ces</p><p>deux s�ries �tant de m�me nature que vn. La s�rie un est donc de m�me nature que la s�rie vn. Par exemple, les deux s�ries sont</p><p>de m�me nature, car, quand n 7 &#x221E;, le rapport</p><p>Cette comparaison peut servir � trouver la nature de l�une des deux s�ries,</p><p>connaissant celle de l�autre. Chacune des deux peut en effet �tre �tudi�e s�-</p><p>par�ment : la s�rie un est une s�rie de Riemann convergente et la s�rie vn peut �tre �tudi�e directement.</p><p>y Une condition suffisante de convergence, pour la s�rie un, est qu�il existe une s�rie convergente vn et un nombre k &gt; 0 tel que En effet, de</p><p>l�in�galit� on d�duit</p><p>puisque la s�rie vn converge vers une limite S&#x2032;. Comme la suite Sn est croissante et major�e par kS&#x2032;, elle converge.</p><p>y Si, pour les deux s�ries</p><p>un et vn sont telles que</p><p>et si la s�rie vn est convergente, il en est de m�me de la s�rie un. Par suite, si la s�rie un est divergente, il en est de m�me de la s�rie vn, sinon, la s�rie un convergerait. En effet, si pour</p><p>on en d�duit, par r�currence, que pour tout Ainsi,</p><p>pour et on peut ap-</p><p>pliquer la condition suffisante donn�e ci-dessus.</p><p>y On peut appliquer ce dernier crit�re d�une fa�on plus souple et sous une forme pratique. C�est le crit�re de d�Alembert.</p><p>Si la s�rie de terme g�n�ral un est telle que le rapport soit d�fini et admette une limite finie l,</p><p>� si l &lt; 1, la s�rie un est convergente ;</p><p>� si l &gt; 1, la s�rie un est divergente, car son terme g�n�ral ne tend pas vers z�ro.</p><p>En effet, si l &lt; 1, il existe n0 tel que la condition n &gt; n0 entra�ne</p><p>On peut alors appliquer le crit�re pr�-</p><p>c�dent avec vn = (l + &#x3B5;)n. La s�rie un converge, car la s�rie vn est une s�rie g�om�trique de raison r = l + &#x3B5; &lt; 1, donc convergente.</p><p>Si on ne peut rien</p><p>conclure, sauf si la limite 1 est atteinte par valeurs sup�rieures, cas o� la s�rie diverge.</p><p>y Crit�re de Cauchy. Ce crit�re est l�un de ceux qui viennent le plus naturellement � l�esprit. La premi�re s�rie que l�on �tudie est la s�rie g�om�-</p><p>trique, un = &#x3BB;n, qui ne converge que si &#x3BB; &lt; 1 et dont la somme est</p><p>On est alors tent� de chercher si on peut trouver un nombre &#x3BB; v�rifiant, pour tout n &#x2208; N, l�in�galit� ce</p><p>qui permettra de conclure � la convergence de la s�rie un si &#x3BB; &lt; 1. Pour trouver ce nombre &#x3BB;, s�il existe, on �tudie la quantit� Or, celle-ci d�pend</p><p>de l�entier n et ne conduit pas � un nombre &#x3BB; ind�pendant de n. Mais la limite de si elle existe, peut �tre ind�pendante de n. On obtient ainsi le crit�re de convergence sous la forme suivante :</p><p>� si, quand n 7 + &#x221E;, la</p><p>s�rie un est convergente ;</p><p>downloadModeText.vue.download 104 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10059</p><p>� si la s�rie un diverge,</p><p>car son terme g�n�ral ne tend pas vers z�ro.</p><p>En effet, si il existe</p><p>n0 tel que, pour n &gt; n0,</p><p>Il en r�sulte que pour</p><p>n &gt; n0, avec &#x3BB; = l + &#x3B5;, ce qui entra�ne la convergence de la s�rie.</p><p>y Utilisation des s�ries de Riemann.</p><p>Ces s�ries ont pour terme g�n�ral la quantit� Elles sont</p><p>convergentes pour &#x3B1; &gt; 1 et divergentes pour Par suite, pour</p><p>que la s�rie de terme g�n�ral un soit convergente, il suffit qu�il existe un nombre r�el &#x3B1; &gt; 1 tel que n&#x3B1; un, soit major� ; pour qu�elle soit divergente, il suffit qu�il existe un nombre r�el k &gt; 0 tel que, pour n &gt; n0,</p><p>les s�ries vn et wn �tant de m�me nature et convergentes. Il en r�sulte que la s�rie un converge. En revanche, si les s�ries</p><p>vn et wn �tant divergentes. Le crit�re</p><p>utilisant les s�ries de Riemann est connu sous le nom de r�gle n&#x3B1; un.</p><p>S�ries enti�res</p><p>Une s�rie enti�re de la variable complexe z est une s�rie dont le terme g�-</p><p>n�ral est de la forme un = anzn, n &#x2208; N, (an) d�signant une suite donn�e de nombres complexes. L��tude de la s�rie un = anzn consiste � d�terminer le sous-ensemble D du plan de la variable complexe z � l�int�rieur duquel la s�rie est absolument convergente. Il existe un nombre r�el R positif, �ventuellement nul ou infini tel que :</p><p>� si R = 0, la s�rie anzn ne converge que pour z = 0 ;</p><p>� si R = + &#x221E;, la s�rie anzn converge absolument pour tout z &#x2208; C ;</p><p>� si R est un nombre fini non nul, la s�rie anzn est absolument convergente pour |z| &lt; R et divergente pour |z| &gt; R.</p><p>Le nombre R est appel� rayon de</p><p>convergence. Si R &#x2260; 0, le disque ouvert D (O, R) de centre O et de rayon R</p><p>est le disque ou cercle de convergence ; l�intervalle ouvert ] � R, + R[</p><p>de la droite r�elle R est l�intervalle de convergence. La d�termination de R se fait par l��tude d�une s�rie � termes positifs et, comme un = anzn, les r�gles de Cauchy et de d�Alembert se pr�tent ais�ment � cette d�termination.</p><p>Si</p><p>lim sup d�signant la plus grande des limites de quand n 7 + &#x221E;,</p><p>Par suite,</p><p>� si L = + &#x221E;, la s�rie anzn diverge quel que soit z &#x2260; 0 ;</p><p>� si L = 0, la s�rie anzn converge quel que soit z &#x2208; C ;</p><p>� si 0 &lt; L &lt; + &#x221E;, la s�rie anzn converge pour tout z tel que Ainsi,</p><p>c�est la formule d�Hadamard.</p><p>Si la suite tend vers une li-</p><p>mite L, quand n 7 + &#x221E;, le rayon de convergence de la s�rie anzn est</p><p>Exemples de d�termination de rayons de convergence.</p><p>1. quand</p><p>n 7 + &#x221E;, R = + &#x221E; ; la s�rie converge pour tout z &#x2208; C.</p><p>2.</p><p>3.</p><p>pour z &#x2260; 0 ; la s�rie ne converge que pour z = 0.</p><p>Fonctions d�veloppables</p><p>en s�rie enti�re</p><p>Une fonction f (z) de la variable complexe z est d�veloppable en s�rie en-ti�re dans un voisinage V de l�origine s�il existe une suite (an) de nombres downloadModeText.vue.download 105 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10060</p><p>complexes telle que, pour tout z &#x2208; V, on ait :</p><p>on note</p><p>Les coefficients de cette s�rie sont les coefficients de la s�rie de Taylor de la fonction f :</p><p>On peut calculer des d�veloppe-</p><p>ments en s�ries enti�res en int�grant, terme � terme, des d�veloppements en s�ries enti�res connus, le rayon de convergence d�une s�rie enti�re et de la s�rie int�gr�e terme � terme �tant le m�me. Ainsi, pour |z| &lt; 1, Comme la d�riv�e de Log (1 + z) est</p><p>on en d�duit le d�veloppement en s�rie de Log (1 + z)</p><p>pour |z| &lt; 1.</p><p>Si, pour |z| &lt; R, la</p><p>fonction f admet, au voisinage de l�origine, un d�veloppement limit� donn� par</p><p>0 (zn) d�signant une fonction de z tendant vers z�ro avec z.</p><p>E. S.</p><p>Deux grands noms</p><p>de la th�orie des s�ries</p><p>Joseph Fourier (Auxerre 1768 - Paris 1830). Orphelin de tr�s bonne heure, il fait ses premi�res �tudes � l��cole militaire d�Auxerre. �l�ve de l��cole normale de l�an III, il est, � la fondation de l��cole polytechnique, l�un des premiers membres du corps enseignant, professant l�analyse et la m�canique. Nomm� secr�taire perp�tuel de l�Institut d��gypte, il est, a son retour en France, pr�fet de l�Is�re (1802) et re�oit le titre de baron. Entre en 1817</p><p>� l�Acad�mie des sciences, il en devient en 1822 le secr�taire perp�tuel pour les sciences math�matiques. En 1826, il est �lu � l�Acad�mie fran�aise, et les derni�res ann�es de sa vie sont enti�-</p><p>rement consacr�es � la science et a ses</p><p>devoirs d�acad�micien. Fourier est le premier physico-math�maticien. Ses �tudes sur la propagation de la chaleur, entreprises avant 1807, l�amen�rent � �tudier les s�ries trigonom�triques qui portent son nom et qui ont joue un r�le consid�rable dans le d�veloppement des math�matiques modernes, en particulier dans la constitution de la th�orie des ensembles. En alg�bre, il pr�cisa en 1796, puis de nouveau en 1820, la r�gle de Descartes relative au nombre des racines positives d�une �quation.</p><p>Son propre r�sultat fut am�lior� en 1829 par Charles Sturm (1803-1855).</p><p>Colin Maclaurin (Kilmodan, Argyll-shire, 1698 - �dimbourg 1746). �tudiant � l�universit� de Glasgow, il enseigne � dix-neuf ans les math�matiques � Aberdeen, puis � �dimbourg.</p><p>Disciple de Newton, il a �tudi� la description organique des courbes et leurs propri�t�s (1719). Son Trait� des fluxions (1742) contient notamment la formule du d�veloppement en s�rie enti�re d�une fonction qui porte son nom. Elle est intimement li�e � la s�rie de Taylor, trouv�e en 1715 par le math�maticien anglais Brook Taylor (1685-1731).</p><p>J. I.</p><p>s�rielle (musique)</p><p>Au sens large, musique qui organise un ou plusieurs param�tres du son (hauteurs, dur�es, intensit�s, timbres) dans un certain ordre temporel ou spatial, � l�exclusion de toute hi�rarchisation, les divers �l�ments d�un m�me param�tre n�ayant de rapports qu�entre eux, et non pas seulement avec l�un ou l�autre �l�ment privil�gi�. Au sens restrictif, on a avant tout appel� musique s�rielle la musique issue du principe dod�ca-</p><p>phonique �labor� par Sch�nberg* et qui concerne un seul param�tre, celui des hauteurs, � l�int�rieur d�une seule �chelle, celle des douze demi-tons chromatiques de la gamme temp�r�e.</p><p>Ce cas particulier va nous permettre de clarifier les notions expos�es ci-dessus.</p><p>Au d�but du XXe s., rong� par la corrosion du chromatisme pouss� � l�extr�me dans le Tristan de Wagner et la musique qui en est directement issue, le syst�me tonal classique, �tabli et codifi� depuis Bach et Rameau, s�effondre apr�s deux si�cles de pr��-</p><p>minence absolue sur la musique occidentale de tradition �crite. L��volution de Sch�nberg t�moigne plus clairement que toute autre de ce processus de dissolution, car, parmi les compositeurs de son temps, il est celui qui a saisi et v�cu le probl�me avec la lucidit� et la coh�rence les plus grandes.</p><p>Pour cela, il fallait non point un temp�rament r�volutionnaire (comme</p><p>Debussy ou Stravinski), mais un esprit strictement �volutionnaire et attach� � la tradition, comme l��tait pr�cis�-</p><p>ment celui qui se d�finissait lui-m�me comme � un conservateur que l�on a oblig� � devenir un radical �. Seul un Sch�nberg, dont le Trait� d�harmonie de 1911 fait le bilan terminal de deux si�cles d�harmonie tonale et r�pond ainsi au trait� de Rameau de 1722, pouvait tirer les cons�quences logiques de la mort du syst�me tonal. Par �tapes successives �tonnamment rapides, il arriva d�s 1907 � �crire une musique totalement affranchie des liens de la tonalit�. Mais il �prouva rapidement la n�cessit� d�une nouvelle discipline, capable de faire lace aux probl�mes de syntaxe et de forme cr��s par la disparition de la tonalit�. Au terme de quinze ans de recherches, et aussi d�enivrante mais dangereuse libert�, il mit au point un syst�me d��criture qui, croyait-il, allait assurer pendant un si�cle au moins la supr�matie de la musique allemande. C��tait ne pas tenir compte de l�acc�l�ration de l�histoire, et ce syst�me, dans sa forme stricte, n�a surv�cu que de peu d�ann�es � son inventeur. Il s�agit d�une � m�thode de composition avec douze sons n�ayant de rapports qu�entre eux �, m�thode g�n�ralement connue sous le nom de dod�caphonisme* et dont les premiers</p><p>exemples, sous la plume de Sch�nberg, se trouvent dans ses opus 23 (Cinq Pi�ces pour piano), 24 (S�r�nade) et 25 (Suite pour piano), �labor�s de front entre 1921 et 1923. Le principe de cette m�thode consiste � choisir pr�alablement � la composition proprement dite un ordre des douze sons de la gamme chromatique, chaque son ne pouvant �tre r�entendu qu�apr�s l�audition des onze autres. Ce principe de la non-r�p�-</p><p>tition (qui admet cependant celle d�un m�me son avant de passer au suivant, consid�r�e alors comme monnayage rythmique) est essentiel afin d��viter la polarisation sur un ou plusieurs sons</p><p>� privil�gi�s �, qui cr�erait une hi�rarchisation et donc des centres d�attraction tonale. Cette crainte illustre bien la puissance magn�tique que conservait la tonalit� dans le subconscient auditif, surtout chez un traditionaliste comme Sch�nberg. Elle se manifeste encore dans le refus syst�matique des intervalles consonants, dans l�interdiction du redoublement d�octave, principes tr�s strictement appliqu�s dans la phase</p><p>� classique � du dod�caphonisme par Sch�nberg et ses disciples, mais envisag�s plus tard avec beaucoup moins de rigueur, m�me par Sch�nberg lui-m�me, une fois surmont� le � complexe tonal �.</p><p>Cette s�rie de douze sons servira donc de base � toute l�oeuvre, mais pourra �tre pr�sent�e �galement sous sa forme renvers�e (miroir), r�trograde (�crevisse) ou renvers�e-r�trograde.</p><p>Ces formes (quatre en comptant la forme droite) peuvent �tre transpos�es � chacun des douze degr�s de la gamme chromatique, ce qui donne quarante-huit formes de la s�rie. De plus, les sons peuvent �tre expos�s horizontalement et verticalement (successivement ou simultan�ment), et les autres param�tres (dur�es, intensit�s, timbres) demeurent libres. Si Sch�nberg �tait le premier � �riger le dod�caphonisme en syst�me coh�rent, d�autres que lui avaient utilis� le total chromatique.</p><p>On trouve une s�rie dod�caphonique compl�te dans un c�l�bre r�citatif du Don Juan de Mozart, une autre au d�but de la Faust Symphonie de Liszt, cependant que la fugue Ainsi parlait Zarathoustra de R. Strauss repose sur un sujet dod�caphonique. Mais dans</p><p>tous ces cas, le contexte, la syntaxe demeurent tributaires de la tonalit�.</p><p>Les recherches ultra-chromatiques de Max Reger (1873-1916), � la limite de la tonalit�, aboutissent fr�quemment � des successions de dix ou m�me onze sons sans r�p�tition, cependant qu�Aleksandr Nikola�evitch Skriabine (1872-1915) utilise les intervalles de son fameux accord � prom�th�en �, fait de quartes justes et augment�es superpos�es, comme de v�ritables s�ries.</p><p>Toutes ces recherches se situent entre 1900 et 1914, mais � la m�me �poque, isol� et � l�insu de tous, l�Am�ricain Charles Ives* r�alisait d�j� des pages fond�es sur des s�ries de douze sons, dont l�une au moins (Chroma-timelodtune, de 1913-1919) pr�c�de Sch�nberg de plusieurs ann�es par l�organisation dod�caphonique s�rielle coh�rente des hauteurs.</p><p>Les exemples pr�c�dents nous ai-</p><p>dent � comprendre la distinction qu�il faut faire entre musique s�rielle, dod�-</p><p>caphonique et atonale, ces trois termes n��tant ni synonymes ni n�cessairement li�s. Une musique s�rielle ne sera pas forc�ment dod�caphonique, soit qu�elle s�rialise d�autres param�tres que les hauteurs (nous y reviendrons plus bas), soit que la s�rie utilis�e soit d�tective (moins de douze sons : exemple de Skriabine, mais aussi des derni�res oeuvres de Stravinski) ou au contraire infra-chromatique (�chelles non temp�r�es, micro-intervalles, etc., permettant de s�rialiser plus de douze sons). Une musique s�rielle ne sera pas non plus forc�ment atonale, soit que la succession de la s�rie de douze sons soit choisie de mani�re � pr�senter des rapports tonaux (arp�ges majeurs ou mineurs, fragments de gamme), cas fr�quent chez Alban Berg*, soit que la s�rie comprenne moins de douze sons : � la limite, rien n�emp�che de downloadModeText.vue.download 106 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10061</p><p>s�rialiser la gamme d�ut majeur !</p><p>R�ciproquement, une musique dod�-</p><p>caphonique peut n��tre pas s�rielle (musique atonale � libre � de l��cole viennoise entre 1907 et 1923) et peul</p><p>n��tre pas atonale (Tristan). Enfin, une musique atonale peut n��tre pas s�rielle (nous l�avons vu) et peut n��tre pas dod�caphonique (toutes les musiques modales, du gr�gorien aux musiques extra-europ�ennes).</p><p>Mais nous n�avons envisag�</p><p>jusqu�ici que le probl�me des hauteurs, et il est �vident que les autres param�tres sonores se pr�tent �galement � la s�rialisation. Un cas qui m�rite-rait une �tude approfondie, laquelle n�existe pas encore, est celui des musiques extra-europ�ennes de tradition non �crite, o� l�improvisation s�effectue � partir de bases param�triques tr�s strictes et contraignantes. Au sens large, r&#x101;ga et t&#x101;la de la musique de l�Inde ne seraient-ils pas des structures fondamentalement s�rielles, respectivement de hauteurs et de dur�es ? Dans la musique occidentale, les � personnages rythmiques � que Messiaen a reconnus dans le Sacre du printemps avant de les utiliser dans sa propre musique sont incontestablement un stade pr�s�riel de la pens�e rythmique. Mais ce n�est qu�apr�s la Seconde Guerre mondiale que la musique occidentale aborde la s�rialisation syst�matique de tous les param�tres sonores.</p><p>Anton Webern*, le plus radical et le plus novateur des disciples de Sch�nberg, en avait eu l�intuition, ainsi que le r�v�lent ses derniers cahiers d�esquisses, mais sa mort pr�matur�e, en 1945, ne lui permit pas de concr�tiser ses recherches en une oeuvre. La premi�re pi�ce s�rialisant totalement les quatre param�tres, tous pr�d�termin�s avant la mise en oeuvre composition-nelle proprement dite, fut l�une des Quatre �tudes de rythme pour piano d�Olivier Messiaen*, Mode de valeurs et d�intensit�s (1949). Pr�sent�e lors d�un des premiers Cours d��t� de Darmstadt, cette pi�ce op�ra un impact foudroyant sur quelques jeunes compositeurs, avant tout sur Karlheinz Stockhausen*. Apr�s quelques pages analogues de son Livre d�orgue (1951), Messiaen lui-m�me ne pers�v�ra pas dans la voie qu�il avait ainsi ouverte.</p><p>Mais Mode de valeurs fut l��tincelle qui permit � la jeune g�n�ration de l�apr�s-guerre d�assumer pleinement l�h�ritage de Webern. Les ann�es 1950</p><p>furent l��ge d�or de la musique s�rielle int�grale, illustr�e par les premiers</p><p>chefs-d�oeuvre de Pierre Boulez*, de Jean Barraqu�*, de Karlheinz Stockhausen, de Luigi Nono*, de Bruno Maderna*, de Luciano Berio*, d�Henri Pousseur* et de quelques autres. � c�t� de ces ma�tres, capables de concilier la rigueur sans pr�c�dent de cette pens�e musicale avec les exigences de l�expression personnelle, de nombreux �pigones s�enlis�rent dans le d�sert d�une grammaire astreignante et rigoureusement st�rile, ne franchissant jamais la</p><p>� limite du pays fertile � que Boulez, lui, avait alors conquis. La r�action ne tarda gu�re, r�duisant � n�ant la proph�tie de Sch�nberg : d�s 1956, le Klavierst�ck XI de Stockhausen, rapidement suivi de la Troisi�me Sonate pour piano de Boulez, introduisait pour la premi�re fois dans la musique occidentale la notion de forme ouverte, de work in progress, de musique al�atoire*. La musique tout enti�re s�engouffra bient�t dans la br�che ainsi ouverte, assoif-f�e qu�elle �tait de libert� et d�air. Certains compositeurs, comme Y. Xenakis ou Sylvano Bussotti (n� en 1931), qui n�avaient jamais accept� le s�rialisme int�gral, revinrent au premier plan de l�actualit� musicale.</p><p>Les ann�es 1960 ont vu la disparition graduelle du s�rialisme, technique extr�mement difficile � laquelle bien peu demeurent attach�s aujourd�hui.</p><p>Parmi les grands musiciens des ann�es 1950, certains ont assoupli, �largi leur langage, d�autres ont travers� ou traversent encore une crise aigu� qui les a r�duits au silence partiel ou total.</p><p>Actuellement, la musique s�rielle est entr�e dans l�histoire, et sa pratique par certains compositeurs n�est ni plus ni moins anachronique que celle du langage tonal, dont les r�surgences se multiplient dans la jeune musique, sans que cela puisse servir de crit�re qualitatif, dans un sens ou dans l�autre.</p><p>Il reste que Sch�nberg et Webern ont pr�sentement cess� d��tre � radioactifs � : leur influence sur la jeune musique vivante n�est pas plus grande que celle de Brahms, et moindre que celle de Mahler. Moindre, sans nul doute, que celles de Debussy et de Va-r�se, les deux grands r�volutionnaires non s�riels du d�but du si�cle, devenus plus que jamais ma�tres � penser d�une musique qui prend le contre-</p><p>pied du s�rialisme int�gral avec une violence ressemblant fort au � meurtre du p�re �. Quelle sera l�indispensable discipline qui succ�dera � cette phase diastolique ?</p><p>H. H.</p><p>T. W. Adorno, Philosophie der neuen Musik (T�bingen, 1949, nouv. �d., Francfort, 1958 ; trad. fr. Philosophie de la nouvelle musique, Gallimard, 1962). / R. Leibowitz, Introduction � la musique de douze sons (l�Arche, 1949). / H. Eimert, Lehrbuch der Zw�lftontechnik (Wiesbaden, 1950 ; 3e �d., 1954). / H. Jelinek, Anleitung zur Zw�lftonkomposition (Vienne, 1952-1958 ; 2 vol.). / J. Rufer, Die Komposition mit zw�lf T�nen (Berlin, 1952). / H. Pfrogner, Die Zw�l-fordnung der T�ne (Zurich 1953). / L. Rognoni, Espressionismo e dodecafonia (Turin, 1954). /</p><p>H. Eimert et K. Stockhausen (sous la dir. de). Die Reihe : Information �ber serielle Musik (Vienne, 1958 ; 8 vol. parus). / W. Steinecke et E. Thomas (sous la dir. de), Darmst�dtter Beitr�ge zur neuen Musik (Mayence, 1958 et suiv. ; 13 vol.</p><p>parus). / R. Vlad, Storia della dodecafonia (Milan, 1958). / R. Malipiero, Guida alla dodecafonia (Milan, 1961). / A. Pl�be, La Dodecafonia (Bari, 1962). / G. Perle, Serial Composition and Atonality (Berkeley, 1963).</p><p>s�rigraphie</p><p>Proc�d� d�impression � l�aide d�un �cran � mailles fines.</p><p>Principe</p><p>La s�rigraphie est d�riv�e du pochoir.</p><p>L��cran, ou trame, qui constitue le patron, ou stencil, est un tissu tendu dans un cadre et dont les parties qui ne doivent pas laisser passer l�encre ont �t� bouch�es. Lors de l�impression, les petits carr�s d�encre qui passent � travers les mailles non bouch�es s��talent sur le support � imprimer, et le dessin de la trame n�est plus apparent.</p><p>R�alisation</p><p>Confection des �crans</p><p>Comme l�indiquait l�ancienne appellation impression � la trame de soie, le tissu couramment employ� depuis l�origine est de la soie tr�s fine et tr�s solide ; il en existe toute une vari�t� diff�rant par le mode de tissage et la</p><p>dimension des mailles. On se sert aussi de tissu de coton, de Nylon, de fibres polyester ou de tissu m�tallique en fils de laiton ou d�acier inoxydable. La confection des �crans utilise la plupart des techniques manuelles ou photom�caniques de confection des autres formes d�impression. Tout d�abord, on peut dessiner directement sur l��cran tendu, au crayon lithographique ou au pinceau avec une encre soluble dans de la benzine. Quand l�encre a s�ch�, on �tale de la colle forte sur toute sa surface ; puis on dissout � la benzine l�encre du dessin qui part en entra�-</p><p>nant la colle qui se trouve dessus. On peut �galement obstruer tout ce qui ne doit pas imprimer en y collant des d�coupages : papiers gomm�s, films sp�ciaux opaques ou transparents sur lesquels on a trac� les contours de l�image. Bien entendu, il est possible de combiner dessin et d�coupage. Les techniques photom�caniques utilisent des couches sensibles de g�latine bichromat�e d�pos�es sur l��cran ; on y copie dans un ch�ssis-presse un positif ou un dessin, puis on d�veloppe � l�eau ti�de ; la g�latine qui a �t� tann�e par la lumi�re reste sur l��cran et y adh�re fortement. On peut copier des positifs � grosse trame pour obtenir des images model�es et faire des copies multiples.</p><p>Il existe des pellicules pr�sensibilis�es que l�on insole, d�coupe et colle sur l��cran.</p><p>Impression</p><p>On place sur une table le support � imprimer, une feuille de papier par exemple. On pose dessus le cadre, on met sur l��cran une petite quantit� d�encre et, avec une raclette en caoutchouc qu�on prom�ne d�un bord �</p><p>l�autre du cadre, on fait passer l�encre � travers les mailles. La machine � imprimer la plus �l�mentaire est une simple table o� le cadre mont� sur charni�res peut s�abaisser et se relever. L�ensemble est r�gl� de fa�on que l��cran se trouve � 1 ou 2 mm au-dessus du papier, au contact duquel la pression exerc�e par la raclette l�am�-</p><p>nera. La raclette est une simple bande de caoutchouc dans un support en bois avec un manche pour la manoeuvre.</p><p>Des taquets de but�e assurent la mise en place pr�cise des feuilles pour le</p><p>rep�rage d�impressions en couleurs. La cadence d�impression est de l�ordre de 200 feuilles � l�heure. Avec une table pneumatique o� le papier reste maintenu en place par succion, la vitesse est plus �lev�e.</p><p>Les machines semi-automatiques</p><p>poss�dent des syst�mes d�encrage et de raclage. Sur les machines automatiques, le soul�vement du cadre, le mouvement de la raclette, la mise eu place et l�enl�vement des feuilles sont compl�tement m�canis�s ; on a ainsi de v�ritables machines � imprimer, dont certaines sont de grand format et dont la vitesse d�impression peut atteindre 3 000 feuilles � l�heure.</p><p>Encres</p><p>La gamme des encres pour s�rigraphie est extr�mement �tendue. N�importe quel produit peut convenir � condition que son pigment soit broy� assez fin et que sa consistance lui permette de passer � travers les mailles ; on l�appelle d�ailleurs indiff�remment encre ou peinture. Pour le papier, on utilise des encres � l�eau, des peintures � l�huile, des encres m�talliques, des laques (gommes color�es ayant un downloadModeText.vue.download 107 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10062</p><p>brillant particulier), des encres fluorescentes, pour lesquelles ce proc�d� est tr�s indiqu� en raison de la forte �paisseur d�pos�e. Les tables simples et certaines machines permettent d�imprimer sur des supports �pais de plus d�un centim�tre. De nombreuses petites machines ont �t� con�ues pour d�corer n�importe quel objet. Outre papiers, cartons, tissus, plastiques, on peut imprimer m�tal, bois, verre, c�ramique,</p><p>etc. � chacun de ces supports sont adapt�es des encres sp�ciales, depuis les teintures pour les tissus jusqu�aux encres c�ramiques pour les fa�ences et les encres-r�serves pour gravure du verre.</p><p>Apr�s impression, il est n�cessaire de s�cher les �preuves. Le mode de s�chage le plus simple consiste � suspendre les feuilles ou � mettre les objets sur des claies ; le proc�d� le plus rapide est de les faire passer devant des s�cheurs � soufflerie d�air ou � rayonnement infrarouge.</p><p>Proc�d� ancien retrouvant une nouvelle jeunesse, la s�rigraphie est tr�s utilis�e. Sa simplicit� la met � la port�e des amateurs, des �tudiants et des �l�ves, la diversit� de ses techniques la fait utiliser par les artistes, la vigueur de son encrage explique la faveur dont elle jouit pour les impressions publicitaires. Sa souplesse d�emploi permet l�impression sur les ampoules pharmaceutiques, sur les cendriers et sur les bouteilles tout comme la d�coration directe de glaces et de vitrines.</p><p>G. B.</p><p>F Impression / Photogravure.</p><p>A. Kosloff, Photographie Screen Process</p><p>Printing (Cincinnati, 1968). / Introduction pratique � la s�rigraphie, impression � l��cran de soie (Tripette et Renaud, 1970). / B. Bidault, Manuel pratique de s�rigraphie. Pour l�initiation � l�impression sur tous supports (Leprince, 1971).</p><p>downloadModeText.vue.download 108 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10063</p><p>Serlio</p><p>(Sebastiano)</p><p>Architecte, th�oricien d�architecture et peintre italien (Bologne 1475 - Fontainebleau v. 1554).</p><p>Au terme d�une longue vie be-</p><p>sogneuse et nomade, Serlio a pu</p><p>conna�tre l�amertume, car il n�a gu�re b�ti ; et ce qui en reste ne permet pas d�en juger. Son m�rite est d�avoir jou� un r�le primordial dans l��tablissement et l�introduction en France des th�ories de la Renaissance.</p><p>D�abord peintre d�ornements,</p><p>comme son p�re, Serlio s�journe longtemps sur l�Adriatique, � Pesaro, o� il ex�cute notamment des perspectives feintes. Lorsqu�il vient � Rome et se lie avec Peruzzi*, il atteint d�j� la quarantaine. Sur les conseils du disciple de Bramante*, il mesure les ruines romaines et poursuit son �tude � V�-</p><p>rone, en Ombrie, en Istrie et jusqu�en Dalmatie. � Venise, o� Sansovino* lui confie le plafond de la Libreria � qui dispara�tra dans un incendie �, il projette un th��tre en bois pour Vicence.</p><p>En 1532, il retrouve Peruzzi pr�-</p><p>parant un commentaire de Vitruve*</p><p>et une �tude des antiquit�s de Rome.</p><p>De l�enseignement du ma�tre, mort en 1536, Serlio gardera une direction de pens�e qui dominera toute sa vie et l�am�nera � �crire les sept livres d�une R�gle g�n�rale d�architecture. En 1537, il publie � Venise le quatri�me livre, consacr� aux ordres, et trois ans plus tard le troisi�me, celui des anti-</p><p>quit�s, d�di�s respectivement au duc de Ferrare et au roi Fran�ois Ier. Devenu le prot�g� du cardinal d�Est�, fr�re du duc, et invit� en France avec le titre de peintre et d�architecte du ch�teau de Fontainebleau, il y arrive en 1541 avec Vignole*. Mais il devra se contenter de besognes secondaires, car, comme l�a not� L. Charvet, � cette date les grandes entreprises du r�gne sont d�j� en chantier.</p><p>Sans doute est-il l�auteur du plan primitif des ch�teaux d�Ancy-le-Franc (v. 1546) et de Maulne (v. 1556), dans l�Yonne, comme de celui, non r�alis�, des Baux-de-Provence ; � Fontainebleau m�me, de l�h�tel de Ferrare, o� il logeait et dont il ne reste qu�un portail. Ce qui importe plus cette fois encore, c�est en 1545 la publication � Paris des premier et deuxi�me livres d�architecture (g�om�trie et perspective) et en 1547 celle du cinqui�me, sur les �difices sacr�s. Vieillard de soixante-douze ans, Serlio, qui songe peut-�tre � revoir sa patrie, s�journe � Lyon, o� il ex�cute quelques travaux ; mais, malade, d�courag�, il c�de ses papiers � un nomm� Iacopo de Strada et revient � Fontainebleau pour mourir.</p><p>Le septi�me livre (�difices divers) sera publi� par Strada � Francfort en 1575, et Serlio lui-m�me aurait grav� � Lyon les cinquante portes, plus ou moins baroques, du Livre extraordinaire (1551), qui, dans la premi�re �dition d�ensemble (1584), deviendra le sixi�me livre. En fait le v�ritable sixi�me livre, consacr� � l�habitation, et le huiti�me, sur la fortification, resteront in�dits ; on les d�couvrira � Munich, en 1924</p><p>seulement.</p><p>En d�pit des imperfections gra-</p><p>phiques, d�une tendance � syst�matiser assez inattendue chez un artiste aux id�es aventureuses et d�sordonn�es, la R�gle g�n�rale, diffus�e en plusieurs langues avant les ouvrages de Vignole et de Palladio*, devait servir de manuel � tout le classicisme. Au-del� des probl�mes vitruviens, examin�s selon les conceptions relativistes de Peruzzi, la R�gle nous r�v�le les pr�f�rences de son auteur en des domaines vari�s : la perspective, son premier m�tier, qui nous vaut la pr�sentation c�l�bre</p><p>des trois sc�nes, comique, tragique et satirique ; le pittoresque, avec l�ordre rustique, annel�, qui aboutira � celui de Philibert Delorme* ; le go�t des hautes toitures � la fran�aise, compar�es � des couronnes et recommand�es pour...</p><p>Venise.</p><p>Serlio par bien des traits annonce Palladio ; il aime le jeu des masses, l��difice carr� � pavillons d�angles, mais aussi les p�n�trations de volume, les axes multiples et les figures polygonales ou ovales. On trouve d�j� la trav�e � palladienne � au quatri�me livre, et la fen�tre en demi-cercle au livre suivant ; les sources dalmates, qui seront celles du ma�tre de Vicence, n�ont donc pas �chapp� � Serlio. Ici comme downloadModeText.vue.download 109 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10064</p><p>en bien d�autres cas, il fait figure de pr�curseur.</p><p>H. P.</p><p>L. Charvet, S�bastien Serlio, 1475-1554</p><p>(Glairon-Mondet, Lyon, 1869). / P. Du Colombier et P. d�Espezel, � l�Habitation au XVIe si�cle d�apr�s le sixi�me livre de Serlio � in Humanisme et Renaissance (Droz, 1934).</p><p>serment</p><p>Affirmation solennelle par laquelle une personne atteste la v�rit� d�un fait ou la sinc�rit� d�une promesse.</p><p>Le serment, dans notre droit positif, est un acte solennel qui peut �tre utilis� � diff�rentes fins : il peut s�agir d�une personne appel�e � remplir des fonctions publiques et qui doit pr�ter serment pour s�engager � les remplir fid�lement, ou bien de faire attester solennellement par une personne la v�rit� et la sinc�rit� d�un fait.</p><p>Les magistrats, les auxiliaires de justice* et certains fonctionnaires sont tenus de pr�ter serment de bien remplir leurs fonctions ; il en est de m�me pour les jur�s des cours d�assises, les experts et les t�moins. Dans tous ces cas, il s�agit d�une formalit� substantielle</p><p>destin�e � souligner l�importance du r�le confi� � chacun d�eux ; il convient de pr�ciser, � ce sujet, que la d�position faite sous la foi du serment par un t�moin dans une proc�dure* p�nale ou civile, lorsqu�elle est sciemment mensong�re et de nature � tromper la justice, peut constituer le d�lit* de faux t�moignage*.</p><p>Le serment judiciaire est une institution toute diff�rente : il est pr�t� en justice par un plaideur relativement � sa pr�tention, et il est dit � d�cisoire �</p><p>lorsqu�il est d�f�r� par une partie � l�autre pour en faire d�pendre le jugement de la cause, ou � suppl�tif �</p><p>lorsqu�il est d�f�r� d�office par le juge � l�une ou l�autre des parties.</p><p>y En cas de recours au serment d�-</p><p>cisoire par une partie, le tribunal est libre d�appr�cier s�il y a lieu d�ordonner que le serment soit d�f�r� ; la partie � laquelle le serment est d�f�r� doit le pr�ter ou perdre son proc�s si elle refuse de le pr�ter, � moins qu�elle ne d�clare le � r�f�rer � � l�autre partie. Le serment pr�t� ne peut �tre r�tract� ; il lie le tribunal, et l�adversaire n�est pas recevable � en prouver la fausset�. De m�me, le tribunal est li� par le refus oppos� par celui auquel un serment est d�f�r� de le pr�-</p><p>ter ou de le r�f�rer et par le refus de celui auquel il est r�f�r�. Le serment d�cisoire constitue ainsi un mode de preuve* et a pour effet de mettre un terme � la contestation.</p><p>y Le serment suppl�tif peut �tre d�f�r� d�office par le juge � l�une ou l�autre des parties, � son choix, pour compl�ter sa conviction, lorsque les preuves fournies ne le d�terminent pas suffisamment ; il est un moyen d�instruction pr�paratoire au jugement*. Le juge n�est jamais tenu de le d�f�rer, m�me si les parties le demandent, et, lorsqu�il l�a d�f�r� � une partie, celle-ci ne peut pas le r�f�rer � une autre ; il appr�cie souverainement l�effet du serment pr�t� ou du refus de le pr�ter, et n�est pas li� par la prestation de serment. Le serment suppl�tif est indivisible comme le serment d�cisoire : la loi n�a prescrit aucune forme particuli�re pour leur prestation, et la seule qui soit vraiment substantielle</p><p>est l�emploi des mots � je le jure �.</p><p>J. B.</p><p>s�rologie</p><p>Ensemble des m�thodes permettant la recherche des anticorps circulants, en faisant r�agir ceux-ci avec les antig�nes sp�cifiques, ou, � l�inverse, recherche des antig�nes, en faisant intervenir des anticorps connus.</p><p>La s�rologie (� �tude des s�rums �) n�est actuellement qu�une partie de l�immunologie*, mais le domaine</p><p>qu�elle envisage, limit� au d�but aux infections, s��tend actuellement � un ensemble de r�actions qui apporte, sous le nom d�� examens s�rologiques �, des �l�ments essentiels dans le diagnostic des maladies.</p><p>Les r�actions</p><p>s�rologiques</p><p>Les principaux types de r�actions utilis�s en pratique courante sont la pr�-</p><p>cipitation et l�agglutination, la fixation du compl�ment, les r�actions de bact�-</p><p>riolyse, d�h�molyse, d�immobilisation des germes, les r�actions d�inhibition de l�action des bact�ries ou des virus, enfin l�immunofluorescence.</p><p>Les r�actions d�agglutination</p><p>La mise en pr�sence des antig�nes et des anticorps homologues peut donner lieu � une agglutination qui est observable. Cette agglutination peut �tre visible (� l�oeil nu ou au microscope) si l�antig�ne est assez volumineux. Elle se fait sur lames ou en tubes (agglutination active) ; on peut �tre amen� � fixer l�antig�ne sur un support s�il est peu volumineux ou soluble. L�agglutination est ici passive. Le support peut �tre constitu� par des h�maties, des particules de latex, etc. Des artifices doivent �tre utilis�s en cas d�anticorps incomplets, en particulier l�agglutination doit �tre d�clench�e par l�adjonction de s�rum antiglobuline.</p><p>L�agglutination quantitative permet le titrage du taux des anticorps et la comparaison entre plusieurs s�rums. La r�action est effectu�e avec une quantit�</p><p>stable d�antig�ne et de s�rum dilu�s. Le titre est donn� par la plus forte dilution de s�rum donnant l�agglutination.</p><p>De fausses r�actions positives et de fausses r�actions n�gatives peuvent s�observer. Ces r�actions sont dues habituellement � un exc�s d�anticorps ou � un exc�s d�antig�ne.</p><p>Les r�actions d�agglutination sont utiles au diagnostic des salmonelloses (s�rodiagnostic de Widal), des brucelloses (s�rodiagnostic de Wright), des leptospiroses, des rickettsioses, etc.</p><p>Elles peuvent �galement �tre utilis�es dans les maladies virales et dans certaines maladies rhumatismales (lest au latex, r�action de Waaler-Rose).</p><p>R�action de fixation (ou de</p><p>d�viation) du compl�ment</p><p>Le compl�ment est un syst�me pro-t�ique form� de plusieurs fractions pr�sentes dans le s�rum normal frais.</p><p>C�est une prot�ine non sp�cifique, d�truite par la chaleur et indispensable aux r�actions immunologiques.</p><p>Le compl�ment se fixe sur la majorit� des complexes antig�ne-anticorps et permet � ceux-ci d�agir. Selon les syst�mes peuvent s�observer des r�actions d�h�molyse, de lyse microbienne, etc.</p><p>Si le compl�ment est utilis� au cours d�une r�action antig�ne-anticorps donn�e, il n�est plus disponible pour une r�action ayant valeur indicatrice, telle une h�molyse facilement observable macroscopiquement.</p><p>Ces principes ont �t� �tablis gr�ce aux travaux de Jules Bordet apr�s ceux d��lie Metchnikov. La technique de la r�action est simple. On pr�pare tout d�abord le syst�me � �tudier. On prend le s�rum du malade, contenant peut-�tre les anticorps recherch�s.</p><p>Ce s�rum est chauff� � 56 �C durant 30 minutes afin de d�truire le compl�-</p><p>ment. On ajoute au s�rum l�antig�ne correspondant.</p><p>Du compl�ment de concentration</p><p>connue est additionn� � ce syst�me (il s�agit du compl�ment de s�rum frais de cobaye). Un syst�me h�molytique form� d�h�maties de mouton et de</p><p>s�rum antih�maties de mouton, d�barrass� par chauffage de son compl�-</p><p>ment, est � son tour mis en pr�sence du syst�me pr�c�dent.</p><p>L�h�molyse ne se produit que si le compl�ment du premier syst�me est disponible.</p><p>La r�action est positive chez le malade s�il n�y a pas d�h�molyse : le s�rum du malade contient des anticorps ; ceux-ci se fixent � l�antig�ne et l�ensemble fixe le compl�ment. Celui-ci n�est plus disponible pour la deuxi�me r�action indicatrice.</p><p>La r�action est n�gative s�il y a h�-</p><p>molyse. L�antig�ne est seul, il n�y a pas d�anticorps chez le patient. L�h�molyse est possible, car le compl�ment est disponible.</p><p>Il est possible d�appr�cier quantitativement la d�viation du compl�ment en diluant le s�rum du malade. Cette technique de d�viation du compl�ment est la r�action de Bordet-Wassermann (B. W.).</p><p>De fausses r�actions n�gatives</p><p>peuvent se produire en cas d�exc�s de compl�ment de cobaye, ce qui souligne l�importance d�un compl�ment titr�.</p><p>De fausses r�actions positives</p><p>peuvent �galement s�observer. Il peut s�agir de l�action d�un antig�ne non sp�cifique (r�action de Bordet-Wassermann positive dans le pian et pas seulement dans la syphilis). L�anticorps peut seul fixer le compl�ment (il s�agit d�un s�rum dit � anticompl�mentaire �), il faut alors faire une r�action t�moin sans mettre l�antig�ne ; l�h�molyse doit se produire. De m�me, l�antig�ne peut �tre anticompl�mentaire, il doit y avoir h�molyse en tube t�moin contenant l�antig�ne et le syst�me h�molytique.</p><p>La r�action de fixation du compl�-</p><p>ment est utilis�e pour le diagnostic de la syphilis (r�actions de Bordet-Wassermann, Hecht, Kolmer, Kline), la brucellose, les maladies virales telles que l�ornithose, la psittacose, la grippe, les oreillons, et dans le diagnostic de parasitoses (toxoplasmose, distoma-toses, filarioses).</p><p>Les r�actions d�immobilisation de germes</p><p>Elles sont essentiellement utilis�es dans la s�rologie de la syphilis : c�est le test de Nelson, qui permet d�appr�cier le pourcentage d�immobilisation des tr�pon�mes par le s�rum ou le liquide downloadModeText.vue.download 110 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10065</p><p>c�phalo-rachidien du malade pr�sum� syphilitique.</p><p>L�immunofluorescence</p><p>C�est une technique de plus en plus utilis�e. Elle est fond�e sur le marquage d�un anticorps avec une substance fluorescente (isothiocyanate de fluoresc�ine, chlorure de rhodamine, etc.). La lecture est faite au microscope � fluorescence en lumi�re ultraviolette.</p><p>La technique directe concerne essentiellement les antig�nes circulants ou tissulaires ; on peut aussi rechercher des bacilles de Koch dans un pus par un s�rum antibacillaire fluorescent.</p><p>Les anticorps sont recherch�s par technique indirecte. Il est possible de rechercher les anticorps circulants en incubant le s�rum avec un antig�ne correspondant � l�anticorps recherch�, puis on ajoute des anticorps fluorescents antiglobulines.</p><p>Ces m�thodes d�immunofluores-</p><p>cence sont importantes pour le diagnostic des maladies bact�riennes ou virales, ou le diagnostic des affections auto-immunes.</p><p>La s�roth�rapie</p><p>La s�roth�rapie est le traitement par un s�rum antibact�rien ou antiviral de certaines infections, elle peut �tre pr�ventive ou curative. Elle est utilis�e dans le t�tanos, la dipht�rie, la rage, etc.</p><p>La s�roth�rapie par globulines de cheval (pr�par� par injection d�anatoxine ou d�agent pathog�ne att�nu� ou tu�) fait courir le risque de maladies s�riques. Elle</p><p>tend donc � �tre remplac�e par la s�roth�-</p><p>rapie par les immunoglobulines humaines, plus co�teuses mais moins allergisantes.</p><p>P. V.</p><p>F Immunologie.</p><p>A. Calmette, A. Boquet et L. N�gre, Manuel technique de microbiologie et de s�rologie (Masson, 1948). / M. Faure, R. Pautrizel et L. Le Minor, les R�actions s�rologiques dans les maladies infectieuses et parasitaires (De Viss-cher, Bruxelles, 1956 ; 2e �d., Maloine, 1964). /</p><p>L. Nuzzolo, Serological Diagnostic (Springfield, Illinois, 1966).</p><p>Serpents</p><p>Sous-ordre de Vert�br�s Reptiles* de la sous-classe des L�pidosauriens, de l�ordre des Squamates. Ce sous-ordre comprend des esp�ces au corps tr�s allong�, toujours d�pourvues de pattes, et qui habitent surtout les r�gions �quatoriales, tropicales et temp�r�es chaudes.</p><p>Les Serpents � ou Ophidiens � se subdivisent en trois grandes superfa-milles : Scol�cophidiens, H�nophidiens et Caenophidiens, dont on peut prendre pour types respectifs le Typhlops, le Boa et la Couleuvre.</p><p>Place des Serpents</p><p>parmi les Reptiles</p><p>L�zards*, Serpents et Rhynchoc�phales (v. Hatt�ria) forment la sous-classe des L�pidosauriens (�tymologiquement :</p><p>� Reptiles � �cailles �), connus depuis le Permien. On oppose ces L�pidosauriens aux Tortues* d�une part, que caract�risent leur carapace et l�absence de fen�tres temporales, aux Crocodiles (v. Crocodiliens) d�autre part, qui appartiennent au groupe des grands Reptiles fossiles de l��re m�sozo�que.</p><p>Les Squamates ou Saurophidiens</p><p>(ensemble des L�zards et des Serpents) se distinguent des autres Reptiles par un certain nombre de caract�res ost�ologiques souvent complexes et d�identification malais�e, ainsi que par deux caract�res anatomiques externes tr�s faciles � constater : la tente cloacale</p><p>est transversale (alors qu�elle est longitudinale chez les Crocodiliens) et l�appareil copulateur des m�les est fait de deux h�mip�nis sym�triques, alors qu�il existe un seul p�nis impair et m�dian chez les Tortues et les Crocodiles et pas de p�nis chez Hatt�ria. Les Squamates comptent 5 700 esp�ces environ, � peu pr�s �galement r�parties entre L�zards (3 000 esp�ces) et Serpents (2 700).</p><p>On a longtemps cru que les Serpents d�rivaient des L�zards, en particulier par la perte des membres, et on a successivement cherch� la forme d�origine soit chez les Varans, soit chez les Gec-kos. En fait, il semble que les Serpents se soient s�par�s du rameau des Squamates assez pr�cocement ; la raret� des formes fossiles rend malheureusement malais�e la recherche de leurs origines.</p><p>Parmi les caract�res propres aux Serpents, et dont la plupart ont trait � des particularit�s ost�ologiques trop complexes pour �tre rapport�es ici, citons la mobilit� relative d�un nombre important d�os du cr�ne (cin�tisme cr�-</p><p>nien), les dents pointues, les vert�bres procoeliques (� concavit� ant�rieure), l�absence de membres et de ceintures (vestiges de la ceinture pelvienne chez les esp�ces les plus primitives), l�absence d�oreille moyenne, l�existence d�une lunette (�caille transparente recouvrant l�oeil), l�absence de plaques dermiques ossifi�es, enfin la perte fr�quente du poumon gauche et l�existence d�un poumon trach�en.</p><p>Les Scol�cophidiens</p><p>Ils poss�dent bon nombre de caract�res primitifs et diff�rent assez des autres Serpents pour qu�on ait song� � les en s�parer. On distingue deux familles, que rapproche par convergence leur mode de vie fouisseur : les Typhlopid�s et les Leptotyphlopid�s. Parmi les premiers, on conna�t une vingtaine d�esp�ces sud-am�ricaines, auxquelles il faut adjoindre les 180 esp�ces du genre ubiquiste Typhlops ; ce sont des esp�ces petites ou moyennes, � allure de vers de terre, � t�te peu distincte, qui m�nent une vie souterraine dont on sait peu de chose. Les Leptotyphlopid�s, g�n�ralement plus petits et au corps</p><p>de diam�tre tr�s faible, comprennent une cinquantaine d�esp�ces africaines ou sud-am�ricaines. �galement fouisseurs, ils sortent parfois la nuit ; on pense qu�ils se nourrissent de Termites.</p><p>Les H�nophidiens</p><p>Pas plus que les Scol�cophidiens, ils ne sont venimeux ; ils poss�dent �galement des caract�res primitifs, comme des rudiments de ceinture pelvienne.</p><p>On y distingue cinq familles.</p><p>Les Aniliid�s comprennent une dizaine d�esp�ces de Serpents adapt�s � la vie souterraine, que leur forme allong�e et leur t�te peu distincte font appeler � serpents-tuyaux �. Ils se nourrissent d�Insectes et de Vers. Toutes les esp�ces sont vivipares. Ils vivent en Am�rique du Sud et en Malaisie.</p><p>Les Uropeltid�s comprennent une</p><p>cinquantaine d�esp�ces des zones montagneuses de Ceylan et du sud de l�Inde ; �galement de moeurs souterraines, on les appelle parfois � fouisseurs � queue �cailleuse � ; leurs �cailles caudales en effet les aident � progresser dans leurs galeries. Ils se nourrissent de Vers et d�Insectes ; ils sont tous vivipares.</p><p>Les X�nopeltid�s se limitent � une seule esp�ce, Xenopeltis unicolor, asiatique ; elle vit dans l�humus des for�ts et se nourrit de petits Vert�br�s.</p><p>Les Acrochordid�s sont des esp�ces aquatiques de grande taille (2 m) des fleuves d�Indo-Malaisie, qui s�aventurent m�me en mer. Ils sont ichtyo-phages. Les deux esp�ces connues sont vivipares.</p><p>La derni�re famille des H�nophi-</p><p>diens est celle des Bo�d�s, chez lesquels on trouve des rudiments de ceinture pelvienne et de membres post�rieurs.</p><p>On subdivise cette famille, riche d�une centaine d�esp�ces, en Bo�n�s (Boas) et en Pythonin�s (Pythons), pr�sents dans toutes les r�gions chaudes du monde. C�est chez les Bo�d�s qu�on rencontre les plus grands Serpents : le Python r�ticul� (Python reticulatus), le Molure (P. molurus) et un Boa, l�Ana-conda (Eunectes murinus), d�passent</p><p>7 m. Beaucoup sont arboricoles, quelques-uns semi-aquatiques, tr�s peu sont fouisseurs. Souvent orn�s de vives couleurs, ils immobilisent leurs proies par �touffement et peuvent en avaler de grande taille. Alors que les Pythons sont ovipares (les femelles prot�gent leurs oeufs en s�enroulant autour d�eux), les Boas sont vivipares incubants.</p><p>Les Caenophidiens</p><p>Ils poss�dent tous les caract�res des Serpents : cin�tisme cr�nien (notamment par l�allongement du carr�), absence de vestiges pelviens, lunette toujours pr�sente.</p><p>Tous ces Serpents sont carnivores, mais l�alimentation peut n�anmoins �tre vari�e, sans exclure le canniba-lisme. Parmi les r�gimes sp�cialis�s, citons les gobeurs d�oeufs (Dasypeltis), les mangeurs d�Anguilles, de Sauterelles, de Scorpions ou de Mollusques, enfin les esp�ces ophiophages (man-geuses de Serpents). Les proies sont en g�n�ral aval�es vivantes, mais on observe occasionnellement des mangeurs de charognes.</p><p>On les subdivise en quatre familles : les Colubrid�s (v. Couleuvre), les �lapid�s (v. Cobra), les Vip�rid�s (v. Vi-p�re) et les Hydrophid�s, ou Serpents marins. Ceux-ci, proches des �lapid�s, sont des esp�ces extr�mement venimeuses, qui se sont totalement adapt�es � la vie aquatique au point d��tre incapables de se d�placer � terre. On en conna�t une cinquantaine d�esp�ces, vivant dans les eaux c�ti�res et les estuaires de l�Asie du Sud-Est ; certaines se sont cantonn�es dans les eaux douces. Tandis que les Laticauda ovipares reviennent au rivage pour y d�poser leurs oeufs dans le sable, � la fa�on des Tortues marines, les Enhydrina et les Hydrophis sont vivipares et font leurs petits vivants dans l�eau, mais � proximit� des c�tes.</p><p>R. B.</p><p>F Cobra / Couleuvre / Reptiles / Venin / Vip�re.</p><p>A. Bellairs, The Life of Reptiles (Londres, 1969 ; 2 vol.). / C. Gans, Biology of the Reptilia (Londres, 1969-70 ; 3 vol.). / J. Guib�, � la Sys-</p><p>downloadModeText.vue.download 111 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10066</p><p>t�matique des Reptiles actuels � dans Trait� de zoologie, sous la dir. de P.-P. Grass�, t. XIV, fasc. 3 (Masson, 1971).</p><p>Serpotta</p><p>(Giacomo)</p><p>Sculpteur italien (Palerme 1656 - id.</p><p>1732).</p><p>Il �tait le fils d�un modeste sculpteur, Gaspare (� 1669), dont on conna�t quelques statues assez emphatiques, t�moins de la descendance quelque peu d�g�n�r�e d�Antonello Gagini (1478-1536) et de l�influence lointaine du baroque.</p><p>La formation de Giacomo pose un</p><p>probl�me qu�en l�absence de documents on ne peut r�soudre. La consid�rable diff�rence de qualit� avec la m�diocre production des sculpteurs siciliens du XVIIe s., l�analyse stylistique de son oeuvre et des r�f�rences �videntes permettent d�avancer l�hypoth�se d�un s�jour d��tude � Rome, o� il aurait connu le Bernin* �g� et son atelier tr�s actif. Il semble bien aussi qu�il ait appr�ci� l�oeuvre de Fran�ois Duquesnoy*, c�l�bre en son temps pour la d�licatesse et la vivacit� de ses putti, qualit�s que l�on retrouve pr�ci-s�ment dans les angelots qui peuplent les compositions du Sicilien.</p><p>Le cas de Serpotta est encore exceptionnel en ce que toute son oeuvre est model�e en stuc, une mati�re qui certes a de v�n�rables ant�c�dents, et notamment sur le sol de la Sicile. Il a donc certainement b�n�fici� de traditions locales, tr�s vivaces dans le domaine de la d�coration d��glises, mais a transcend� l�art de ses devanciers en l�enrichissant de toutes les conqu�tes du baroque et en manifestant un temp�rament et une imagination d�une extraordinaire vigueur, hissant ainsi le relief en stuc au niveau de la grande sculpture monumentale.</p><p>Ses chefs-d�oeuvre se trouvent surtout � Palerme*, o� il travailla toute sa vie � la t�te d�un atelier prosp�re, laissant apr�s sa mort un fils sculpteur comme lui, Procopio (1679-1755), qui ne le vaut pas, non plus que ses autres disciples.</p><p>Serpotta eut � d�corer enti�rement l�int�rieur de trois oratoires, dont il couvrit les murs de reliefs all�gres, combinant statues en ronde bosse et figures en haut relief avec de v�ritables tableaux en bas relief, avec des ornements tels que draperies ou guirlandes, le tout manifestant un sens aigu de la composition et de l�harmonie et aussi une stricte coh�rence iconographique.</p><p>De 1687 � 1717, il travaille pour les Dominicains � l�oratoire de Santa Zita, o� il �num�re dans les bas-reliefs les myst�res du rosaire, une des grandes d�votions de l��poque. Le mur du fond pr�sente la composition la plus riche, autour d�un bas-relief de la bataille navale de L�pante, sens�e avoir �t� ga-gn�e gr�ce � l�invocation de la Vierge du Rosaire.</p><p>Cette multitude de figures et de tableaux en relief, trait�s en stuc blanc rehauss� par endroits de dorure, produit un effet de vie intense. Les draperies, les attitudes sont vari�es � l�infini, sans que cette virtuosit� nuise � la profondeur mystique de l�ensemble, qui baigne dans une sorte de joie c�leste.</p><p>Seuls les grands sculpteurs rococo de l�Allemagne du Sud trouveront les m�mes accents de pi�t� heureuse.</p><p>L�oratoire de San Lorenzo (1706-</p><p>1708) comporte une suite de bas-reliefs racontant les vies de saint Laurent et de saint Fran�ois avec le m�me go�t du d�tail pittoresque. Sur le mur du fond, le martyre de saint Laurent a curieusement des accents presque n�o-classiques. Les statues des Vertus, sur leurs socles, semblent dialoguer avec les putti qui tourbillonnent tout autour.</p><p>Le dernier de ces oratoires, celui du Rosaire (1720), greff� sur l��glise San Domenico, laisse une part � la peinture ; des cadres ovales enferment ici les bas-reliefs et des niches les statues. Mais la fantaisie luxuriante de Serpotta se surpasse et il annonce cer-</p><p>taines recherches et certaines libert�s du rococo.</p><p>Parmi ses oeuvres marquantes, il convient de citer encore les belles statues de l��glise San Francesco d�Assisi de Palerme et, � Agrigente, le grand ensemble du ma�tre-autel de Santo Spirito.</p><p>En contemplant la sainte Monique alanguie sur ses nuages � Sant�Agostino de Palerme, on ne peut se retenir d��voquer la sainte Th�r�se du Bernin, dont elle est une transposition. Serpotta a su, dans un style tr�s personnel et gr�ce � la ductilit� du stuc, transmettre � la Sicile* la grande le�on de la sculpture baroque* romaine, dans une oeuvre souvent noble, toujours savoureuse et brillante.</p><p>F. S.</p><p>G. Carandente, Giacomo Serpotta (Turin, 1967).</p><p>serre</p><p>Au sens large, b�timent o� l�on</p><p>conserve les v�g�taux trop d�licats pour pouvoir rester constamment en plein air et ceux dont on veut activer le d�veloppement � une temp�rature artificielle. Dans un sens plus technique, la � serre � permet de ma�triser les facteurs du d�veloppement g�n�-</p><p>ral de la plante (lumi�re, chaleur et humidit�) et occupe une position fixe, alors que l�abri est susceptible de changer de place (tunnel plastique et serre antiboise).</p><p>�l�ments statistiques</p><p>En horticulture, pour de tr�s nombreuses sp�cialit�s (l�gumes, fleurs, plantes vertes, boutures...), il est fait appel aux serres, de types divers, adapt�es aux exigences de chaque culture.</p><p>En France, les surfaces occup�es par les serres et abris sont constitu�es de plus de 3 000 ha de v�ritables serres � charpente m�tallique, couvertes de ch�ssis �quip�s de verre martel�, de 2 100 ha d�abris-serres, ou grands tunnels de plastique, et de 16 000 ha de petits abris et tunnels couverts de poly�thyl�ne.</p><p>Diff�rents types de serre</p><p>Certaines serres sont basses et d�autres tr�s hautes, avec des fermes plus ou moins rapproch�es, le plus souvent compos�es de plusieurs chapelles (de 2 � 5) avec charpente m�tallique, souvent galvanis�e, et poss�dant tout un �quipement int�rieur pour assurer le chauffage, l�a�ration, l�irrigation et la protection contre les fortes chaleurs de l��t�. Les dimensions sont variables, en rapport avec les cultures. Ainsi, les cultures mara�ch�res se contentent de serres basses, alors que la fleur coup�e (rosiers) exige des serres hautes.</p><p>L�abri (serre ou tunnel), par comparaison avec la serre, est un instrument de travail mobile, capable d��tre mont� et d�mont� avec facilit�. Il affecte, dans le Midi, la forme d�une serre dite alors � sur piquets � (type antibois) ou celle d�un tunnel de 8,60 m de largeur et 3,40 m de hauteur et souvent de 100 m de longueur, couvert de mati�re plastique souple arm�e de fils de Nylon, souvent doubles. Parfois, ces abris sont �quip�s d�un syst�me de chauffage d�appoint et r�serv�s aux tomates, aux poivrons, aux oeillets, aux girofl�es, etc.</p><p>Conditions de r�ussite</p><p>La serre n�est efficace que si l�utilisateur est en mesure, et quelle que soit la saison, d�agir � sa guise sur les �l�-</p><p>ments qui contribuent au d�veloppement des plantes : lumi�re, temp�rature, eau et gaz carbonique.</p><p>La lumi�re</p><p>C�est un facteur important qui a une action directe sur la photosynth�se. Il impose en tout premier l�utilisation maximale de la lumi�re naturelle, celle du soleil ; ainsi faut-il utiliser des charpentes m�talliques qui �vitent les ombres et choisir une bonne orientation. Celle-ci devrait varier avec les saisons, ce qui est impossible. Avec l�axe orient� nord-sud, les pentes est et ouest, les cultures auront le maximum de lumi�re en hiver, et inversement en �t�. Il faut donc faire varier</p><p>l�orientation suivant les r�gions et les cultures. La pr�f�rence va aux serres dites � asym�triques �, dont le versant sud est plus grand que le versant nord.</p><p>Il est possible d��quiper les serres de lampes mixtes et d�apporter un suppl�-</p><p>ment de lumi�re.</p><p>Les mat�riaux de couverture ont</p><p>�galement une influence sur la p�n�-</p><p>tration des rayons lumineux, ce qui est bien souvent � la faveur des mati�res plastiques. Cependant, pour des raisons �conomiques, les serres florales utilisent le verre martel� et parfois le polyester ou plastique rigide.</p><p>La temp�rature</p><p>Elle contribue � la cr�ation d�un climat artificiel. Aussi faut-il bien capter la chaleur naturelle et r�duire les pertes au minimum, ces actions �tant sous la d�pendance des �changes de l�objet avec le milieu qui l�environne downloadModeText.vue.download 112 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10067</p><p>par convection, par conduction et par rayonnement.</p><p>L�effet de serre r�sulte de ph�no-m�nes qui se superposent : la perm�abilit� du verre � la radiation solaire (aux rayons lumineux et calorifiques), l�opacit� du verre � la radiation terrestre (� la sortie des rayons calorifiques), � la r�duction des �changes d�air entre la serre et l�atmosph�re ext�rieure (convection).</p><p>Cela fait comprendre l�int�r�t du verre par rapport au poly�thyl�ne, ce dernier �tant perm�able aux infrarouges longs (rayonnement). Les</p><p>�changes d�air int�rieur et ext�rieur empruntent les divers interstices dans les parois, les ouvertures fermant mal.</p><p>L��tanch�it� a une grande importance : les pertes sont pour les serres neuves de 0,3 � 3 ; le renouvellement par heure est de 1 � 10 selon la qualit� de la construction, et, corr�lativement, les frais de chauffage peuvent passer de 30</p><p>� 50 p. 100.</p><p>La chaleur artificielle sera apport�e gr�ce � divers modes de chauffage (thermosiphon, air puls�, a�rothermes ou thermofluides), de telle sorte que la nuit, en toutes saisons, la plante b�n�-</p><p>ficie du minimum n�cessaire, exprim� en calories au m�tre carr�. Ce minimum varie, suivant les cultures, de 150</p><p>� 300 (oeillets et roses).</p><p>Le refroidissement estival est indispensable pour certaines cultures. Il est r�alis� par l�adoption du cooling-system, qui assure par une opposition de gros ventilateurs et d�un matelas de fibre humide un d�placement d�air froid et humide � l�int�rieur de la serre qui en abaisse la temp�rature de 5-6 �C.</p><p>L�eau</p><p>Elle est indispensable � la vie des plantes ; c�est la juste compensation des pertes provoqu�es par l��vaporation et par l�assimilation possible des �l�ments chimiques n�cessaires � la formation des tissus.</p><p>Elle doit �tre apport�e au sol pour les racines et dans l�atmosph�re pour le maintien d�un taux hygrom�trique �lev� (plantes vertes et rosiers). Elle sert m�me � la solubilisation des engrais chimiques et � leur r�partition �quitable dans le sol. L�eau arrive sous forme d�irrigation, par aspersion (avec des tubes de plastique �quip�s de gi-cleurs) ou sous forme de bassinages, voire d��mission de vapeurs.</p><p>Il faut harmoniser la temp�rature et l�humidit� de l�air en �vitant les exc�s responsables du d�veloppement des maladies cryptogamiques, parfois catastrophiques.</p><p>L�a�ration sera r�alis�e par des ouvertures faites au sommet et sur les c�t�s des serres (pieds-droits) soit manuellement, soit m�caniquement, en liaison avec des cellules photo�lectriques ext�rieures ou des thermostats int�rieurs, voire des hygrostats.</p><p>Le gaz carbonique</p><p>Il joue un r�le dans la photosynth�se.</p><p>Aussi est-il utile d�en faire des apports compl�mentaires � certaines heures de</p><p>la journ�e (entre 6 et 9 h du matin et de 13 � 15 h), cela apr�s contr�le de la teneur de l�atmosph�re de la serre.</p><p>Il existe deux syst�mes possibles : la combustion de propane ou la diffusion de gaz comprim�.</p><p>G. de R. d�E.</p><p>G. Cu�not, Serres, machines, outils agricoles (Bailli�re, 1964). / Les Serres mara�ch�res (Association de coordination technique agricole, 1964).</p><p>service national</p><p>En France, ensemble des obligations personnelles impos�es par la loi aux citoyens pour contribuer � la d�fense du pays.</p><p>Tel qu�il se pr�sente actuellement, le service national est le r�sultat d�une longue �volution. Son principe n�a gu�re vari� : dans tous les pays et sous tous les r�gimes a toujours exist� l�obligation, pour tous les hommes, de d�-</p><p>fendre par les armes leur communaut� politique ou sociale, leur territoire et leurs biens. Cependant, les modalit�s de ce service ont rev�tu des formes tr�s diverses et fr�quemment remises en cause. Ces modalit�s rel�vent en effet de deux cat�gories de facteurs, eux-m�mes en constante mutation : la menace ext�rieure, avec la fa�on dont les hommes politiques, les th�oriciens militaires et l�opinion publique la per-</p><p>�oivent et entendent y faire face ; le cadre politique, �conomique et social de chaque �poque, concr�tis� tant dans ses institutions que dans les courants de pens�e qui l�animent.</p><p>Petit glossaire</p><p>ajourn�, jeune homme dont l�aptitude physique au service national est jug�e momentan�ment insuffisante par la commission locale d�aptitude, � la suite de l�examen m�dical pass� dans un centre de s�lection. L�ajournement n�est prononc� qu�une seule fois et pour une dur�e maximale de quatre mois.</p><p>aptitude, ensemble des conditions requises des jeunes gens assujettis au service national. Les r�sultats de l�examen m�dical, r�sum�s en un � profil �, et des tests psychotechniques qu�ils subissent</p><p>dans les centres de s�lection donnent lieu � des propositions de classement dans l�une des trois cat�gories : aptes, ajourn�s ou exempt�s. Ces propositions, qui sont communiqu�es aux int�ress�s, sont ensuite examin�es par la commission locale d�aptitude. Cette derni�re, qui a pratiquement remplac� le conseil de r�vision, si�ge aupr�s de chaque bureau de recrutement.</p><p>Constitu�e par le g�n�ral commandant la r�gion militaire, elle comprend deux m�decins des arm�es et le commandant du bureau de recrutement. Elle statue sur pi�ces, ses s�ances ne sont pas publiques, mais elle peut convoquer les int�ress�s si elle le juge utile. Elle convoque aussi les jeunes gens qui ont contest� le bien-fond� de la proposition d�aptitude les concernant.</p><p>classe d��ge, ensemble des hommes n�s au cours d�une m�me ann�e civile.</p><p>classe de recensement ou de recrutement, ensemble des hommes inscrits au cours d�une m�me ann�e civile sur les listes de recensement.</p><p>condamn�s. Les jeunes gens �g�s de moins de 29 ans qui n�ont pas accompli la totalit� du service national actif et qui ont �t� condamn�s � une peine sup�rieure � un an de prison peuvent, sur d�cision d�une commission juridictionnelle, soit accomplir leur service actif selon le r�gime commun, soit �tre astreints � des obligations particuli�res destin�es � assurer leur reclassement social.</p><p>contingent, ensemble des jeunes gens qui, au cours d�une m�me ann�e civile, sont appel�s au service national actif.</p><p>Chaque contingent est d�sign� par le mill�sime de cette ann�e suivi de l�indicatif du mois d�appel sous les drapeaux (exemple : le contingent 1975/10).</p><p>dispens�s, jeunes gens qui ne sont pas assujettis aux obligations du service national actif. Ce sont :</p><p>� les pupilles de la nation ;</p><p>� les jeunes gens dont le p�re, la m�re, un fr�re ou une soeur a �t� d�clar� � mort pour la France � ou est mort dans des circonstances comportant des risques particuliers pr�vus par la loi ;</p><p>� certains soutiens de famille ;</p><p>� les jeunes gens qui, r�sidant dans certains pays �trangers �loign�s, ont atteint l��ge de 29 ans apr�s avoir �t� plac�s en appel diff�r� jusqu�� cet �ge ;</p><p>� les jeunes gens qui ont la double nationalit� fran�aise et �trang�re, soit qu�ils aient satisfait � la loi de recrutement de l��tat �tranger ou qu�il n�y ait pas de service militaire dans cet �tat, soit que, cet �tat �tant li� � la France par une convention particuli�re, ils aient effectu� leur service, ou contrat, ou engagement ;</p><p>� exceptionnellement, certains jeunes gens qui exercent une profession essentielle pour la collectivit� et dans laquelle la situation de la main-d�oeuvre est consid�-</p><p>r�e comme critique.</p><p>Les jeunes gens dispens�s peuvent recevoir une affectation soit dans la r�serve du service militaire, soit dans le service de d�fense.</p><p>disponibilit�, position dans laquelle se trouve un jeune homme soumis aux obligations militaires � l�issue de l�ex�cution de son service actif (ou de la d�cision l�en dispensant partiellement ou totalement).</p><p>La dur�e de disponibilit�, qui ne peut exc�-</p><p>der cinq ans, varie en fonction du temps de service effectivement accompli. Les personnels mobilis�s sont en principe choisis parmi les disponibles.</p><p>exempt�s, jeunes gens qui n�ont pas �t� class�s aptes au service et qui, de ce fait, ne sont pas soumis aux obligations du service national actif ni aux obligations de r�serve du service militaire. Cependant, dans certaines circonstances, comme celles qui entra�nent une mobilisation g�n�rale, les exempt�s peuvent �tre affect�s � un emploi de d�fense s�ils pr�sentent l�aptitude m�dicalement constat�e � cet emploi.</p><p>exon�ration, dispense du service militaire accord�e sous le second Empire, de 1855</p><p>� 1868 moyennant un imp�t vers� � l��tat.</p><p>Gr�ce au produit de cet imp�t, le ministre pouvait compl�ter les effectifs, notamment en rengageant des soldats � la fin de leur service. (Cette institution fut cr��e en raison du mauvais fonctionnement du remplacement.)</p><p>fascicule de mobilisation, document d�tenu par tout assujetti au service natio-</p><p>nal et lui fixant la conduite � tenir en cas de mobilisation g�n�rale ou de rappel par voie d�affiches ou par radio.</p><p>objecteurs de conscience, jeunes gens qui, avant leur incorporation, se d�clarent, en raison de leurs convictions religieuses ou philosophiques, oppos�s en toutes circonstances � l�usage personnel des armes.</p><p>Jusqu�en 1963, leur attitude �tait assimil�e, en France, � un refus d�ob�issance et sanctionn�e comme tel par les tribunaux militaires. La loi du 21 d�cembre 1963 pr�-</p><p>voit que les objecteurs de conscience formulent une demande aupr�s d�une commission juridictionnelle, qui statue et dont les d�cisions ne sont susceptibles d�aucun autre recours que le recours en cassation devant le Conseil d��tat. Les objecteurs de conscience qui ont �t� reconnus comme tels par la commission sont affect�s soit dans une formation militaire non arm�e, soit dans une formation civile assurant un travail d�int�r�t g�n�ral. Ils sont astreints � une dur�e de service �gale � deux fois celle de la fraction du contingent avec laquelle ils ont �t� incorpor�s. Leurs devoirs, leurs obligations, les punitions qu�ils peuvent subir et les permissions dont ils peuvent b�n�ficier font l�objet de r�gles particuli�res. En temps de guerre, les int�ress�s sont charg�s de missions de service ou de secours d�int�r�t national d�une nature telle que soit r�alis�e l��galit� de tous devant le danger commun.</p><p>profil m�dical, r�sum� des conditions g�-</p><p>n�rales d�aptitude au service national. Ce profil, �tabli pour chaque jeune lors de son passage au centre de s�lection, est d�termin� en tenant compte des facteurs suivants : S, membres sup�rieurs ; I, membres downloadModeText.vue.download 113 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10068</p><p>inf�rieurs ; Y, yeux et vision (vision des couleurs exclue) ; C, vision des couleurs ; O, oreilles et audition ; P, psychisme.</p><p>� chaque rubrique, le m�decin attribue un coefficient allant de 1 (int�grit� organique et fonctionnelle) � 5 (inaptitude � tout service actif). Ce profil donne ensuite lieu � un condens�, appel� cat�gorie m�-</p><p>dicale, d�un seul chiffre allant de 1 � 7. Le coefficient interm�diaire indique une apti-</p><p>tude de plus en plus restreinte � mesure que le chiffre s��l�ve.</p><p>recrutement, service du minist�re des Arm�es charg� de l�administration des personnes assujetties aux obligations du service national. Ce service comprend dans chaque r�gion militaire une direction r�gionale dont d�pendent les centres de s�lection et les bureaux de recrutement.</p><p>Chaque bureau de recrutement a la responsabilit� de plusieurs d�partements de recensement.</p><p>remplacement, possibilit� donn�e par la loi � un jeune homme d�sign� par le sort pour accomplir son service militaire de se faire remplacer par un autre en lui versant une compensation p�cuniaire. (Le remplacement, en vigueur en France de 1802 � 1855 puis de 1868 � 1870, a �t� d�finitivement supprim� en 1872.)</p><p>r�vision (conseil de), tribunal administratif � pr�sid� par le pr�fet, comprenant deux conseillers g�n�raux ainsi qu�un officier sup�rieur et disposant d�une commission m�dicale de trois m�decins � qui se r�unissait annuellement dans chaque chef-lieu de canton pour d�terminer l�aptitude des jeunes gens recens�s en vue de l�accomplissement du service militaire. Ce conseil, cr�� par la loi de recrutement de 1872, ne se r�unissait plus depuis 1965</p><p>qu�au chef-lieu d�arrondissement et ne sta-tuait plus que sur le vu des propositions des centres de s�lection. Il a �t� supprim� par la loi du 9 juillet 1970 et est pratiquement remplac� par la commission locale d�aptitude.</p><p>s�lection, op�ration pr�liminaire � l�appel du contingent au service national. Institu�e en 1950, elle a pour but de soumettre les jeunes gens � l�examen m�dical et aux �preuves psychotechniques n�cessaires pour examiner leurs aptitudes. Ces op�-</p><p>rations se passent dans des organismes militaires appel�s centres de s�lection et implant�s � Auch, � Blois, � Cambrai, � Commercy, � Guingamp, � Limoges, � Lyon, � M�con, � Tarascon et � Vincennes.</p><p>soutien de famille, qualit� reconnue par la loi � certains jeunes gens, qui peuvent �tre dispens�s des obligations du service national actif. Cette qualit� est reconnue par une commission r�gionale pr�sid�e par le pr�fet de la r�gion et comprenant le g�-</p><p>n�ral commandant la r�gion, un conseiller</p><p>g�n�ral, un magistrat et le chef du service r�gional de l�action sanitaire et sociale, un officier du service de recrutement assistant aux s�ances � titre consultatif. Cette commission examine les dossiers �tablis par les bureaux d�aide sociale et entend les jeunes gens qui le d�sirent ainsi que, le cas �ch�ant, leur repr�sentant l�gal et le maire de la commune.</p><p>sursis, d�lai accord� sur sa demande � un jeune homme pour lui permettre de terminer ses �tudes ou son apprentissage avant d�accomplir son service militaire.</p><p>Cr��e par la loi du 21 mars 1905, confirm�e par les lois de recrutement post�-</p><p>rieures, la l�gislation sur les sursis s��tait consid�rablement compliqu�e pour s�adapter � chaque r�gime particulier d��tudes (suivant les cas, les sursis �taient accord�s jusqu�� 23, 25 ou 27 ans). Aussi les sursis ont-ils �t� supprim�s par la loi du 9 juillet 1970 et remplac�s par les reports d�incorporation (automatiques, compl�-</p><p>mentaires, suppl�mentaires ou sp�ciaux).</p><p>P. D.</p><p>Des origines � la</p><p>R�volution fran�aise</p><p>D�s le IXe s., le capitulaire de Charles le Chauve affirme avec le principe de la lev�e en masse celui de l�arm�e nationale. Au Moyen �ge, le service devient, durant pr�s de cinq si�cles (Xe-XIVe), une institution essentiellement f�odale qui traduit en termes militaires l�organisation sociale de cette �poque.</p><p>Aux services d�ost et de chevauch�e, qui constituent des obligations personnelles du vassal pour son suzerain et fournissent les noyaux arm�s assez disparates de la chevalerie militaire, s�ajoutent, du XIe au XIVe s., les milices communales ou bourgeoises, formations d�autod�fense recrut�es dans les villes (surtout aux fronti�res) parmi les hommes de seize � soixante ans, suivant des chartes particuli�res � chaque commune. Le besoin d�une arm�e permanente ne se fait pas encore sentir, et les troupes, r�unies pour faire face � une menace donn�e, sont licenci�es quand celle-ci dispara�t. Mais les �l�-</p><p>ments ainsi dispers�s tendent � se reformer en bandes permanentes, telles les Grandes Compagnies du r�gne de Charles V. Pendant la guerre de Cent</p><p>Ans, le roi doit en outre solder des troupes de mercenaires pour parer aux insuffisances du recrutement f�odal, mais il faut attendre les XVe et XVIe s.</p><p>pour que le pouvoir royal dispose des ressources financi�res indispensables � la mise sur pied d�une force permanente. Ses premi�res �bauches sont constitu�es sous Charles VII par les gendarmes d�ordonnance (1445), qui forment d�j� une troupe de professionnels, et par les francs archers (1448) � choisis, �quip�s et arm�s par chacune des paroisses du royaume �, lesquels devaient s�entra�ner tous les dimanches.</p><p>Du XVe au XVIIIe s., � c�t� d�un large emploi de mercenaires �trangers (surtout suisses et allemands), les modes de services les plus divers sont employ�s simultan�ment dans les arm�es fran-</p><p>�aises : volontariat dans les l�gions cr��es en 1534 par Fran�ois Ier et qui constituent le premier essai d�une infanterie nationale et permanente ; ra-colage organis� au profit des officiers propri�taires de leurs unit�s par des sergents recruteurs qui am�nent souvent � l�arm�e les �l�ments les moins valables de la population ; conscription enfin, suivant le principe de l�obligation du service militaire, toujours affirm� par le roi. La conscription s�applique notamment aux milices provinciales cr��es par Louvois* en 1688</p><p>et recrut�es par tirage au sort dans les paroisses parmi les hommes c�libataires de 20 � 40 ans. Premier et timide essai d�un service militaire moderne, elles subsisteront avec une importance variable et sous des noms divers (r�giments provinciaux en 1771, bataillons de garnison en 1778) jusqu�en 1791.</p><p>Du � volontariat �</p><p>au service militaire</p><p>universel</p><p>En mati�re militaire, la premi�re tendance manifest�e par l�Assembl�e constituante est une m�fiance tr�s grande envers les r�giments �trangers de l�arm�e royale. Par d�cret du 28 f�vrier 1790, elle d�cide qu�� aucun corps de troupes �tranger ne peut �tre introduit dans le royaume ni admis au service de l��tat sans un acte du corps l�gislatif �. Tout en marquant la pr�-</p><p>f�rence pour un recrutement national, on n�ose pas aller jusqu�� la conscription obligatoire et l�on s�en tient � la</p><p>� conscription libre des gardes nationales de bonne volont� � �tendue � un effectif de 100 000 � volontaires �. �</p><p>partir de 1792 s�instaure la r�quisition obligatoire des volontaires nationaux, que la Convention institutionnalisera par son c�l�bre d�cret du 23 ao�t 1793</p><p>(v. d�fense et R�volution fran�aise).</p><p>Ainsi, la conscription se trouve appliqu�e en fait avant de l��tre en droit par la loi Jourdan de 1798. Cette derni�re affirme l�obligation d�un service militaire entre 21 et 25 ans, mais pr�cise qu�on n�y recourra par tirage au sort que pour compl�ter ce qui ne pourra pas �tre fourni par le volontariat. Ce r�gime se poursuivra jusqu�en 1815, temp�r� par la pratique du remplacement du conscrit. D�abord tol�r�, celui-ci est r�glement� en 1802 en m�me temps que le tirage au sort des recrues demand�es � la conscription. En fait, il y aura de nombreux r�fractaires, et Napol�on devra recourir aux troupes �trang�res.</p><p>L�importance des effectifs appel�s de 1792 � 1815 (pr�s de trois millions d�hommes) rend la conscription si impopulaire que Louis XVIII d�cide son abolition et le retour au seul volontariat.</p><p>Mais le nombre des engag�s s�av�rant insuffisant, il faut d�s 1818 revenir � un appel de 30 000 � 40 000 conscrits, recrut�s par un tirage au sort toujours att�nu� par le remplacement, qui permet � coup d�argent de pallier le hasard des � mauvais num�ros �. Plusieurs fois modifi�e, cette loi, o� la conscription ne sert encore que d�appoint au volontariat, donne un caract�re particulier aux arm�es du XIXe s. Il ne s�agit plus de demander au pays un effort maximal, mais seulement d�atteindre un certain niveau d�effectifs fix� annuellement par le Parlement en fonction d�une politique d�termin�e. Le service est de longue dur�e, mais la fraction non appel�e du contingent n�est pas instruite, et les exemptions (carri�res lib�rales, clerg�...) sont nombreuses. En 1855, le remplacement est transform� en exon�-</p><p>ration, l��tat choisissant lui-m�me les rempla�ants gr�ce aux sommes vers�es par les � remplac�s �. La loi Niel r�tablit en 1868 le remplacement direct et</p><p>inaugure � trop tard � une modeste instruction des r�serves en astreignant les bons num�ros � constituer une garde* nationale mobile pouvant servir en temps de guerre.</p><p>y En marche vers le service universel. La d�faite de 1870 a r�v�l� la n�cessit� de disposer � la mobilisation du plus grand nombre possible d�hommes instruits. Aussi est-ce � cette �poque que remonte l�id�e nouvelle d�ajouter au concept d�arm�e -</p><p>instrument de d�fense permanent du pays (qui demeure) celui d�arm�e -</p><p>cadre, o� les citoyens viennent s�instruire en temps de paix et les r�serves se ranger en cas de guerre. Une telle id�e ne pouvait qu�aboutir au service militaire universel. Si l�opposition de Thiers r�ussit � faire retarder encore l��galit� devant le service, l�Assembl�e adopte pourtant en 1872 le principe d�un service �tal� sur vingt ans, personnel et obligatoire (bien qu�il comporte de nombreuses dispenses, notamment pour les ministres des cultes), mais encore in�gal puisque le sort d�partage ceux qui font cinq ans (en fait de quarante � cinquante mois) de ceux qui se contentent d�un an (en fait de six � dix mois) de service actif. En outre est cr�� un volontariat (ou engagement conditionnel) d�un an r�serv� aux titulaires de cer-downloadModeText.vue.download 114 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10069</p><p>tains dipl�mes (env. 6 000 hommes) moyennant versement d�une somme</p><p>de 1 500 F. Avec la loi de 1889 ramenant � trois ans la dur�e du service actif, l�in�galit� persiste en faveur de certains privil�gi�s (soutiens de famille, �tudiants..., dits � lib�r�s conditionnels �), qui ne font qu�un an, mais les dispenses sont supprim�es et, pour la premi�re fois, toute la classe est incorpor�e.</p><p>De la loi de 1905 �</p><p>la fin de la guerre</p><p>d�Alg�rie</p><p>Durant les soixante premi�res ann�es</p><p>du XXe s., dont pr�s de la moiti� furent sous des formes tr�s diverses des an-n�es de guerre, la physionomie de l�ar-m�e fran�aise reste domin�e par son recrutement, qui en fait l�expression par excellence de la nation arm�e. Fond�e sur le service militaire universel et sur l�emploi syst�matique des r�serves, c�est une arm�e d�effectifs qui refl�te en tout temps l��tat moral et social du pays. Jusqu�en 1959, les lois qui se succ�dent ne font qu�am�nager, au gr� des circonstances, les principes de base affirm�s par la loi du 21 mars 1905, qui marquent la r�alisation la plus parfaite de l�arm�e nationale :</p><p>� le service militaire est national : nul ne peut �tre admis dans les arm�es fran�aises s�il n�est Fran�ais (les �trangers ne peuvent servir la France que dans des corps sp�ciaux [v. L�gion �trang�re]) ;</p><p>� le service est un honneur : aussi les individus qui ont subi certaines condamnations sont-ils soumis � un r�gime particulier ;</p><p>� le service est personnel, nul ne pouvant s�y faire remplacer ; il est obligatoire pour tous, sauf incapacit� physique.</p><p>Sa dur�e est �gale pour tous, chacun devant �tre form� dans le r�le qui lui est d�volu dans l�arm�e mobilis�e. Tout le contingent est incorpor� : les jeunes gens de faible constitution sont class�s dans une cat�gorie sp�-</p><p>ciale, dite � service auxiliaire �, une allocation est vers�e aux parents des recrues class�es soutien de famille, les �tudiants ne b�n�ficient plus que de la faveur d�obtenir un sursis d�incorporation pour ne pas interrompre leurs �tudes, enfin la formation d�officiers et de sous-officiers de r�serve est organis�e au cours m�me du service actif.</p><p>Symbole de l�unit� nationale, tenue jusqu�en 1945 en dehors de la politique par le retrait du droit de vote aux militaires en service, l�arm�e constitue une sorte de domaine r�serv� qui appartient en commun � tous les Fran�ais.</p><p>Personne ne se prive de la critiquer, chacun cependant y reconna�t quelque chose de soi-m�me. Voyant passer</p><p>dans ses rangs la totalit� de la jeunesse du pays, elle joue un r�le social et humain que Lyautey* a �t� le premier � souligner. Dans son c�l�bre article sur le r�le social de l�officier, qui inspirera plusieurs g�n�rations de cadres, il �crit en 1891 : � Notre voeu c�est que, dans toute �ducation, vous introduisiez [...]</p><p>cette id�e nouvelle qu�� l�obligation l�gale du service militaire correspond l�obligation morale de lui faire produire les cons�quences les plus salutaires au point de vue social. �</p><p>Ces principes, consacr�s par la victoire de 1918, ne seront pratiquement pas remis en cause. Seules varieront d�sormais la dur�e du service actif ainsi que certaines modalit�s d�ex�-</p><p>cution comme la cr�ation de la disponibilit�, de l�affectation sp�ciale, de la pr�s�lection du contingent. C�est avec ce syst�me de recrutement que la France affrontera la Seconde Guerre mondiale. Elle le r�tablira en 1946 et, apr�s la guerre d�Indochine, men�e par les seuls militaires de carri�re, l�appliquera dans toute son ampleur durant la guerre d�Alg�rie, o�, � partir de 1956, le contingent ayant accompli un service actif de dix-huit mois sera jusqu�en 1962 maintenu plusieurs mois sous les drapeaux au titre de la disponibilit�.</p><p>Du service militaire</p><p>au service national</p><p>Les exigences des fabrications d�armement, celles qui �taient n�es du maintien d�un niveau de vie acceptable pour les populations civiles avaient apport� en 1914-1918 la premi�re br�che au principe d�une mobilisation trop exclusivement militaire, et il avait fallu rappeler des milliers d�hommes du front.</p><p>� cette exp�rience r�pond, dans la loi de recrutement de 1928, le syst�me des affectations dites � sp�ciales �, qui, dans le cadre de l�arm�e mobilis�e, dont les affect�s sp�ciaux font toujours partie, permet de satisfaire aux besoins civils de la d�fense, au fonctionnement des administrations ou au maintien de la vie �conomique du pays. Aux affectations sp�ciales, la loi du 11 juillet 1938, portant organisation de la nation en temps de guerre, ajoute la r�quisition temporaire ou permanente des personnes, fond�e soit sur</p><p>des qualifications (dans ce cas, elle est individuelle), soit sur l�appartenance � un service ou � une entreprise dont la marche est jug�e indispensable � la d�fense ou aux besoins du pays (dans ce cas, la r�quisition est collective).</p><p>Depuis 1945, les exp�riences de la Seconde Guerre mondiale, et notamment celles des bombardements a�-</p><p>riens, la menace peu � peu g�n�ralis�e de l�emploi de l�arme nucl�aire, les cataclysmes de tous ordres (tremblements de terre, raz de mar�e...) qui, p�-</p><p>riodiquement, bouleversent l�opinion mondiale ont encore consid�rablement accru la n�cessit� de prot�ger les populations, � laquelle r�pond en France la cr�ation, en 1951, d�un Service national de la protection* civile.</p><p>Les besoins en personnel de cette nouvelle infrastructure civile de d�-</p><p>fense, distincte des arm�es mais orient�e vers la m�me finalit�, conduisent � �tendre la notion de service � militaire � a celle de service � national �</p><p>englobant l�ensemble des obligations militaires et civiles impos�es aux personnes pour faire face aux exigences de la d�fense de la communaut� nationale.</p><p>Cette �volution s�est traduite pour la premi�re fois dans l�ordonnance sur la d�fense du 7 janvier 1959 cr�ant un service national qui comprend lui-m�me un service militaire et un service de d�fense, destin� � satisfaire les besoins de protection des populations civiles.</p><p>Ces principes ne peuvent toutefois recevoir leur application qu�apr�s la fin de la guerre d�Alg�rie (1962), � une �poque o� l�ensemble de la politique fran�aise de d�fense se trouve transform� par la cr�ation, en 1960-1964, d�une force nationale nucl�aire strat�gique (v. R�publique [Ve], politique de d�fense). C�est dans ces conditions qu�est adopt�e, � titre exp�rimental, la loi du 9 juillet 1965 pr�cisant les conditions d�application du service national. � c�t� du service militaire (ramen� � seize mois d�activit�) et du service de d�fense apparaissent deux nouvelles formes du service national, l�aide technique au b�n�fice des d�partements et territoires fran�ais d�outremer et la coop�ration en faveur des</p><p>pays �trangers qui en font la demande.</p><p>Parmi les appel�s du service national, ceux du service militaire demeurent pourtant de beaucoup les plus nombreux dans une arm�e dont l��quilibre structurel et moral vient d��tre boulevers� par la guerre d�Alg�rie.</p><p>Au moment o� se d�veloppe la force nucl�aire strat�gique, la place, la forme et la finalit� des arm�es donnent lieu � de nombreuses discussions. Dans un monde particuli�rement instable o�, depuis 1967, la politique d��quilibre concert�e des supergrands am�ricain et sovi�tique s�appuie sur des forces militaires d�une puissance encore in�gal�e, comment situer la d�fense et l�appareil militaire fran�ais ? Est-il possible et souhaitable de r�duire l�arm�e � un corps d�engag�s capable de mettre en oeuvre un armement de plus en plus complexe et co�teux, mais dont la sp�cialisation se limiterait � l�aspect strictement technique de la d�fense ?</p><p>Ou bien, compte tenu de l�importance sans cesse accrue de la participation de la nation � sa protection et de l�extr�me diversit� des missions militaires et civiles accomplies par le service national, ne convient-il pas de maintenir une arm�e comprenant � la fois des professionnels, des jeunes du contingent et des r�serves ?</p><p>Cette derni�re option, pour laquelle le Parlement et une majorit� de l�opinion semblaient marquer leur pr�f�-</p><p>rence, supposait une refonte des modalit�s d�ex�cution du service national.</p><p>Il fut d�cid� d�y associer (notamment de 1968 � 1970) les repr�sentants des mouvements de jeunesse qui si�-</p><p>geaient � la Commission arm�es - jeunesse cr��e en 1955 dans le cadre du minist�re des Arm�es. C�est en suivant ses suggestions, notamment sur l��ge d�appel et la suppression des sursis, que sera �labor�e la loi du 9 juillet 1970, dite � loi Debr� � (du nom du ministre). Vot�e � la quasi-unanimit�, elle consacrait les quatre formes du service national, r�duisait pour le service militaire les obligations d�activit� � douze mois, laissait le choix aux jeunes d�une incorporation entre 18</p><p>et 21 ans, mais supprimait l�octroi de sursis dont la pratique avait �t� jug�e abusive et les rempla�ait partiellement</p><p>par des reports d�incorporation. Dans un dessein de clart� et de simplification, le gouvernement d�cidait alors de remplacer les innombrables textes traitant des services militaire et national par un document unique, le Code du service national, promulgu� comme loi le 10 juin 1971 et compl�t� par un d�cret d�application le 31 ao�t 1972.</p><p>Cet �difice est pourtant remis en cause en 1973, date o� la suppression des sursis, devenue effective, provoque une vive protestation parmi les �tudiants et les lyc�ens. Les manifestations publiques qui suivent am�nent le Parlement � voter la loi du 10 juillet 1973 qui, tout en maintenant le principe de la suppression des sursis, �tend l��ge d�incorporation de 21 ans � 22 ans et lib�ralise l�octroi des reports d�incorporation.</p><p>downloadModeText.vue.download 115 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10070</p><p>Apr�s son �lection en 1974, le pr�sident V. Giscard d�Estaing affirme son attachement � la solution d�un service national �gal et universel de douze mois. Des manifestations d�appel�s du contingent (Draguignan, sept. 1974 ; Karlsruhe, janv. 1975) soulignent toutefois l�existence chez eux d�un malaise qui met en cause les formes plut�t que le principe du service national ; sur ces probl�mes la majorit� comme l�opposition sont elles-m�mes divis�es.</p><p>Le Code du</p><p>service national</p><p>Tant dans sa partie l�gislative que r�-</p><p>glementaire, le Code du service national s�articule en cinq titres principaux, dont on trouvera ci-apr�s une analyse sommaire.</p><p>y Le titre premier donne la d�finition et les principes du service national.</p><p>Ce dernier est universel. Tous les citoyens fran�ais ainsi que les �trangers sans nationalit� et ceux qui b�-</p><p>n�ficient du droit d�asile y sont assujettis de 18 � 50 ans. Il rev�t quatre formes : le service militaire, le service de d�fense, le service d�aide technique</p><p>et le service de la coop�ration. Toutes comprennent des obligations d�activit� et des obligations de r�serve.</p><p>Les premi�res comportent d�abord un service actif de douze mois dont la dur�e est doubl�e pour les objecteurs de conscience et pour les condamn�s, ou port�e � seize mois pour les jeunes gens affect�s aux services de l�aide technique et de la coop�ration ainsi que pour les m�decins, les pharmaciens, les dentistes, les v�t�rinaires et certains scientifiques. Dans les r�serves sont pr�vues des p�riodes d�exercice d�un mois au maximum</p><p>chacune et dont la dur�e totale ne peut exc�der six mois. Certains jeunes gens, comme les pupilles de la nation et les soutiens de famille par exemple, sont dispens�s des obligations du service national actif.</p><p>Normalement appel�s � 19 ans, les jeunes gens qui le d�sirent peuvent soit demander � b�n�ficier d�un appel avanc� � partir de 18 ans, soit obtenir un report d�incorporation. Ce dernier est de plein droit jusqu�� 22 ans et peut, le cas �ch�ant, �tre prolong� jusqu�au 31 octobre de l�ann�e des 22 ans par un report compl�mentaire. En outre, dans certaines conditions, un report suppl�mentaire peut �tre accord� dans la limite d�une ann�e scolaire ou universitaire. D�autre part, des reports sp�-</p><p>ciaux jusqu�� 25 ou 27 ans sont pr�vus en faveur de certaines cat�gories d��tudiants, qui effectuent en contrepartie seize mois de service, mais nul ne peut �tre appel� apr�s 29 ans.</p><p>Les besoins de l�arm�e �tant satisfaits en priorit�, le gouvernement proc�de � la r�partition du contingent en arr�tant chaque ann�e le nombre et la qualification des jeunes gens incorpor�s dans le service de d�fense, le service de l�aide technique, le service de la coop�ration et le service militaire effectu� dans des organismes techniques par les scientifiques.</p><p>y Le titre II traite des dispositions communes aux diff�rentes formes</p><p>du service national ; outre les questions relatives aux exemptions, aux dispenses, au service des jeunes qui ont �t� condamn�s par la justice et</p><p>aux objecteurs de conscience, elles concernent essentiellement le recensement et la s�lection du contingent.</p><p>� Les jeunes Fran�ais et les jeunes gens sans nationalit� r�sidant en France sont tenus, durant le premier tri-mestre de l�ann�e au cours de laquelle ils atteignent l��ge de 18 ans, d�effectuer � la mairie de leur domicile une d�claration (�tat civil, domicile, profession, etc.).</p><p>Les listes de recensement sont alors �tablies par les maires, v�rifi�es par les pr�fets et transmises aux bureaux de recrutement. Les jeunes gens recens�s sont pris en compte par un bureau de recrutement, qui reste le m�me jusqu�� la fin de leur service actif quels que soient leurs d�placements, et ils re-</p><p>�oivent une carte du service national mentionnant leur situation au regard de leurs obligations.</p><p>Quelque temps avant leur incorporation, tous les jeunes gens assujettis au service national sont convoqu�s dans un centre de s�lection pour y �tre soumis, pendant trois jours, � un examen m�dical et, en vue de leur affectation, � des �preuves psychotechniques.</p><p>Les r�sultats de ces op�rations sont examin�s par une commission locale d�aptitude, qui classe les jeunes gens en trois cat�gories : aptes, ajourn�s ou exempt�s.</p><p>y Le titre III est consacr� aux dispositions particuli�res aux diff�rentes formes du service national.</p><p>Le service militaire, destin� �</p><p>r�pondre aux besoins des arm�es, downloadModeText.vue.download 116 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10071</p><p>demeure la forme essentielle et prioritaire du service national. Comportant le service actif, la disponibilit� et la r�serve, il s��tend jusqu�� l��ge de 35 ans, dont cinq ans dans le service actif et la disponibilit�, et le reliquat dans la r�serve. Toutefois, les r�ser-vistes p�res de quatre enfants qui ne</p><p>sont ni officiers ni sous-officiers de r�serve sont lib�r�s de toute obligation.</p><p>Le service actif s�effectue pendant une p�riode continue de douze mois, le gouvernement pouvant soit lib�rer par anticipation une fraction du contingent au cours des quatre derniers mois, soit, si les circonstances l�exigent et dans la limite des obligations l�gales d�activit�, conserver temporairement sous les drapeaux les hommes ayant accompli la dur�e du service actif. Certains volontaires peuvent effectuer aux Antilles, en Guyane et � la R�union un service militaire adapt� pour contribuer � la formation professionnelle des jeunes appel�s de ces d�partements qui participent � des t�ches civiles. Il est en outre pr�vu qu�� titre de mission secondaire et temporaire des unit�s militaires peuvent �tre charg�es des t�ches de protection civile ou d�int�r�t g�n�-</p><p>ral. � titre exp�rimental est cr��e la possibilit� d�un service militaire fractionn�, dont les modalit�s d�ex�cution ont �t� fix�es par un d�cret du 22 f�-</p><p>vrier 1973. Applicable uniquement � des volontaires dans quelques unit�s de l�arm�e de terre, et de la marine, il comprend une p�riode de formation et une ou plusieurs p�riodes d�entretien qui doivent �tre accomplies au cours des cinq ans suivant la date d�entr�e au service actif. Enfin, les jeunes gens qui le d�sirent peuvent demander � accomplir leur service actif dans la gen-darmerie d�partementale en qualit� de gendarme auxiliaire.</p><p>Le service de d�fense est destin� � satisfaire les besoins de la d�fense et, notamment, de la protection des populations civiles en personnel non militaire. Il comporte : le service actif, accompli dans les corps de d�fense lorsque ceux-ci sont constitu�s de fa�on permanente, et la r�serve. Le premier des corps de d�fense, celui de la protection civile, a �t� cr�� en 1972. Les personnels soumis aux obligations du service de d�fense comprennent les volontaires non assujettis aux obligations du service national, les jeunes gens appel�s au service actif de d�fense, les hommes lib�r�s des obligations du service militaire ou qui, �tant encore soumis � ces obligations, n�ont pas d�affectations militaires. D�autre part, les jeunes gens recens�s et non</p><p>encore appel�s au service actif peuvent recevoir une affectation de d�fense.</p><p>Les affect�s � la d�fense, qui re�oivent une affectation individuelle (dans un corps de d�fense en particulier) ou une affectation collective (corps ou service de l��tat, etc.), sont r�gis par un statut, dit � de d�fense �, qui les soumet notamment aux r�gles de la discipline et de la justice militaires.</p><p>Le service de l�aide technique dans les d�partements et territoires d�outremer et le service de la coop�ration en faveur des �tats �trangers qui en font la demande int�ressent un nombre r�duit de jeunes gens volontaires pour ces missions (enseignants, m�decins, pharmaciens, dentistes, v�t�rinaires, ing�nieurs et techniciens sup�rieurs en particulier), qui doivent poss�der la qualification professionnelle requise ainsi que l�aptitude physique n�cessaire. Justiciables des juridictions des forces arm�es et soumis soit � l�autorit� du ministre charg� des d�partements et territoires d�outre-mer, soit � celle du ministre des Affaires �trang�res, ils effectuent un service de seize mois. Cette dur�e reste la m�me en cas d��chec, d�abandon en cours d��tudes ou de refus de remplir les obligations malgr� la qualification En revanche, si aucun emploi ne peut �tre fourni, la dur�e du service actif est r�duite � douze mois.</p><p>y � titre exp�rimental, le titre IV du Code du service national institue un service f�minin exclusivement limit� � des volontaires, qui peuvent ainsi effectuer dans les arm�es un service militaire d�une dur�e �gale � celle qui est pr�vue pour les appel�s du contingent. Les volontaires f�minines doivent remplir les conditions d�aptitudes requises, �tre c�libataires et �g�es de 18 � 27 ans. Apr�s un stage de formation, elles sont affect�es dans des emplois m�dicaux, param�dicaux, administratifs ou techniques, ou dans des postes de traductrices, d�interpr�tes, de conductrices de v�hicules automobiles, etc.</p><p>y Le Code du service national se termine avec un titre V r�serv� aux dispositions p�nales et disciplinaires qui s�appliquent aux infractions (fraudes, insoumission, provocation, etc.) dont</p><p>peuvent se rendre coupables les assujettis aux diff�rentes formes du service national.</p><p>P. D. et F. de B.</p><p>F Arm�e / D�fense / Militaire (�tat) / Protection civile / R�publique (IIIe) / R�publique (IVe) / R�publique (Ve).</p><p>services</p><p>Ensemble de prestations destin�es � la satisfaction de besoins, mais qui ne se pr�sentent pas sous l�aspect de biens mat�riels.</p><p>Les activit�s de services regroupent actuellement des effectifs tr�s importants dans tous les pays. Les grandes nations industrialis�es voient d�cro�tre les emplois agricoles et se stabiliser ceux du secteur industriel : tous les gains s�inscrivent dans le domaine tertiaire. Le monde sous-d�velopp� n�en est pas encore l�, mais d�s que l��conomie commence � s�y moderniser, on constate une croissance rapide du secteur des services : � la diff�rence de ce qui se passait au XIXe s. en Europe ou aux �tats-Unis, la population ouvri�re augmente beaucoup moins vite que celle qui pratique dans les villes, dans les grandes m�tropoles en particulier, une gamme d�j� tr�s vari�e de commerces, de petits m�tiers et de professions lib�rales.</p><p>L�importance des services</p><p>La g�ographie des activit�s de services a longtemps �t� n�glig�e. Pourtant, m�me dans le monde traditionnel, il s�agit d�un ensemble qui groupe presque toujours plus du dixi�me des travailleurs. Il est d�importance, audel� de ces chiffres, par son r�le dans l�organisation de la vie de relation et dans l�articulation politique et �conomique de l�espace. On le n�gligeait cependant. Les pr�jug�s physiocratiques ont eu plus longtemps cours en g�ographie que dans d�autres sciences sociales : le r�le de la discipline n��tait-il pas d�expliquer comment les hommes tirent parti de leur environnement ?</p><p>Cela ne conduit-il pas � insister sur l�agriculture et sur l�exploitation des ressources indispensables � l�industrie, au d�triment des autres aspects de l�ac-</p><p>tion humaine ?</p><p>On assiste depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale � un retournement de l�optique. Il est d� � la croissance g�n�-</p><p>rale et rapide des secteurs de services dans toutes les �conomies. Il r�sulte aussi d�un changement d�optique : on se pr�occupe d�sormais tout autant de voir comment les faits de r�partition humaine se conditionnent mutuellement que de montrer leur d�pendance � l��gard de l�environnement physique.</p><p>De ce point de vue, la nouveaut� essentielle a �t� apport�e par les travaux de deux auteurs allemands, au cours des ann�es 1930 : Walter Christaller et August L�sch ont montr� comment les activit�s de services, le commerce et l�administration en particulier, �taient responsables des traits essentiels de l�organisation de l�espace �conomique ; les r�gions sont arm�es par le r�seau des villes, qui tirent largement leur subsistance de la vente de services.</p><p>La nature des services</p><p>Quelles sont les formes de services les plus significatives dans le monde moderne ? � qui, et � propos de quoi, les rend-on ?</p><p>Il importe de pr�ciser ces points avant d�entreprendre l�analyse des forces qui rendent compte des localisations, car la diversit� des prestations est grande, et les conditions dans lesquelles elles sont fournies sont si variables que leur disposition n�ob�it pas � la m�me logique.</p><p>Une activit� de service implique des prestations, et non la production de biens. Il est donc impossible de r�gulariser l�offre et la demande en profitant des p�riodes creuses pour mettre de c�t� ce qui sera indispensable aux moments pleins : le service ne se stocke pas.</p><p>Il doit �tre ex�cut� au moment o� il est indispensable. Tout ce qu�il est possible de faire, du c�t� du demandeur, c�est de laisser le besoin s�accumuler, de le satisfaire moins souvent si les conditions pour se le procurer sont d�favorables. Ainsi, dans les r�gions</p><p>mal �quip�es, les achats se font plus rarement.</p><p>� quoi servent les prestations ainsi rendues ? Elles sont tr�s diverses. Certaines ont trait aux biens : il faut les transporter, les mettre � la disposition des consommateurs ou � celle des en-trepreneurs qui les transformeront dans leurs ateliers ou dans leurs usines. Le transport implique une activit� mat�-</p><p>rielle. La nature des branches commerciales est plus complexe. Elles supposent �videmment des manipulations et souvent un conditionnement des produits, mais elles n�ont d�autre but que de faciliter l�information de l�acheteur. Lorsque l�activit� marchande se d�roule entre partenaires sp�cialis�s l�aspect mat�riel dispara�t compl�-</p><p>tement, comme c�est le cas dans les transactions qui se d�roulent dans les Bourses ou sur les march�s sp�cialis�s de mati�res premi�res, sur les march�s � terme par exemple.</p><p>La plupart des autres services</p><p>sont rendus aux personnes, ou aux entreprises et administrations. Ils downloadModeText.vue.download 117 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10072</p><p>concernent presque toujours l�information : dans certains cas, le prestateur diffuse des nouvelles (c�est vrai de la presse, de la radio, de la t�l�vision, de tous les mass media). Dans d�autres situations, il achemine des messages priv�s : c�est ce que font la poste, le t�l�phone, le t�l�graphe. L�information est souvent difficile � comprendre, si bien que le client ne peut l�utiliser directement : l�offreur est alors celui qui est capable de traduire en termes pratiques un savoir qui n�est pas � la port�e de tous. Dans le domaine des services aux personnes, c�est la fonction de ceux qui veillent sur la sant� ou de ceux qui assurent l�enseignement, ou la direction religieuse. Les entreprises s�adressent volontiers � des bureaux comp�tents dont l�entretien serait trop on�reux pour qu�elles les cr�ent en leur sein : elles font appel � des conseils juridiques et fiscaux, � des agences de publicit�. Elles confient la prospection</p><p>de leurs march�s � des soci�t�s sp�-</p><p>cialis�es dans les enqu�tes. Elles font appel, pour construire leurs b�timents, � des cabinets d�architectes. Elles s�adressent, pour satisfaire les besoins d�innovation, � des firmes sp�cialis�es.</p><p>Les informations ne sont pas toujours neutres. Elles sont indispensables � la d�finition d�une politique. Elles autorisent la formulation d�ordres : le r�le des administrations est d�effectuer ce double mouvement en sens inverse, de r�unir ce qui doit guider le pouvoir en l��clairant sur la situation r�elle et d�ex�cuter les op�rations qu�il juge alors indispensables. Les administrations sont � la fois des expressions de l�autorit� et les rouages indispensables d�un r�seau de collecte des informations.</p><p>Tous les services rendus aux personnes ne sont cependant pas d�une nature aussi complexe que le traitement de l�information et les actions administratives qui caract�risent les �conomies avanc�es. Dans le monde traditionnel, les services les plus demand�s �taient domestiques : au lieu d�effectuer ellem�me des t�ches m�nag�res, la famille les confiait � un personnel servile ou salari�. C�est encore aujourd�hui un secteur important d�activit�, mais il est en d�clin relatif. Tenir un appartement, une maison, s�occuper des enfants et des vieux dans le cadre d�une famille placent en effet dans une situation de d�pendance qui est tr�s mal support�e de nos jours. Les services personnels prennent donc une forme diff�rente ; en Am�rique du Nord, on est frapp� par la prolif�ration des entreprises qui effectuent les travaux d�int�rieur p�nibles ou qui livrent des plats pr�par�s. Aux heures des repas, ce sont de v�ritables flottes de voitures aux couleurs des traiteurs qui sillonnent les rues, r�-</p><p>pondant aux appels t�l�phoniques qui viennent de la ville enti�re. Lorsqu�un Am�ricain veut �tre bien servi, il va passer quelques jours � l�h�tel, mais l�augmentation des co�ts de la main-d�oeuvre rend de plus en plus difficile la relation personnalis�e. Dans un domaine voisin, les familles se soulagent fr�quemment du soin des handicap�s ou des personnes �g�es en les confiant � des institutions sp�cialis�es. Les</p><p>malades entrent � l�h�pital : on ne se soigne plus � domicile.</p><p>Une bonne partie des activit�s tertiaires est constitu�e par des prestations qu�il est difficile de faire payer ; c�est vrai de beaucoup de services d�information, de la radio ou de la t�l�vision par exemple. Ce l�est �galement en partie de l��ducation et de la sant�, et totalement de l�administration et de la police. Ainsi s�introduit fr�quemment une distorsion dans la structure des prestations disponibles.</p><p>Dans les nations capitalistes, tous les services qu�il est possible de vendre directement sont assur�s dans de bonnes conditions, mais il y a fr�quemment p�nurie au niveau de ceux dont le financement est assur� par l�autorit� publique. Or, ce sont ceux qui donnent aux soci�t�s tr�s group�es des villes l�ambiance de s�curit� et d�urbanit� indispensable � la qualit� de la vie ; cela se traduit par la d�gradation du climat social dans le coeur des grandes cit�s.</p><p>Dans les pays d��conomie socialiste, la situation est un peu � l�inverse. On est frapp� de la place faite aux institutions scolaires, � tous les services aussi qui permettent l��panouissement du corps ; on remarque l�importance des biblioth�ques, la multiplicit� des boutiques de disques et des librairies dans des environnements o� les magasins sont rares et souvent de qualit� m�diocre. Ce qu�on ne peut financer que sur fonds publics est ici mieux assur�. Certaines convergences se dessinent cependant dans les tr�s grandes villes ; le probl�me de la s�curit� par exemple est mal r�gl� dans les m�tropoles socialistes comme dans les villes nord-am�ricaines.</p><p>La g�ographie des services est en transformation rapide, car la part faite � ce secteur dans l�ensemble d�une �conomie augmente avec le progr�s technique, comme on le sait depuis les travaux de Colin Clark et de Jean Fou-rasti�. Les �conomies traditionnelles ont une agriculture inefficace, si bien que la presque totalit� de la population doit s�y employer et que les besoins de produits manufactur�s et de services sont sacrifi�s. Au fur et � mesure que la productivit� du travail augmente dans le secteur primaire et dans le secteur</p><p>secondaire, la structure des consommations se modifie. Les besoins alimentaires sont mieux couverts, mais ils sont peu �lastiques par rapport au revenu, si bien qu�on arrive tr�s vite � saturation et que le progr�s de la productivit� permet de lib�rer une main-d�oeuvre qui s�emploie dans d�autres secteurs. La gamme des produits</p><p>manufactur�s peut s�allonger presque ind�finiment, puisqu�il est possible de cr�er de nouveaux besoins et qu�il faut �laborer des �quipements de plus en plus complexes. Avec le temps, cependant, l��lasticit� de la demande par rapport au revenu diminue. Il n�y a plus qu�un secteur o� la demande n�est pas encore satisfaite : c�est celui des services. La vari�t� de ceux qui sont demand�s est susceptible de s�accro�tre au fur et � mesure que la soci�t� fait plus de place aux activit�s intellectuelles ou artistiques ; elle augmente aussi du fait de l��tendue croissante des syst�mes �conomiques, qui mobilisent plus de monde pour le transport et surtout pour l��laboration, le traitement ou la manipulation de l�information.</p><p>Comme la productivit� est rest�e longtemps stationnaire dans presque toutes les branches de services, qu�elle n�a commenc� � augmenter qu�avec la r�-</p><p>volution �lectronique et que beaucoup d�activit�s ne sont pas encore touch�es, on voit les effectifs employ�s dans le tertiaire se gonfler : ils repr�sentent pr�s des deux tiers des travailleurs aux �tats-Unis.</p><p>La r�partition</p><p>des services</p><p>Pour la comprendre, il importe de mettre en �vidence les liens spatiaux qui se nouent entre les clients et ceux qui les pourvoient. Il arrive que ces liens soient tr�s distendus : c�est le cas pour les mass media, qui livrent l�information gr�ce � des r�seaux qui arrosent la totalit� de l�espace, radio, t�l�vision, cin�ma par exemple, si bien qu�une localisation p�riph�rique, comme celle de Hollywood par rapport aux �tats-Unis, peut se r�v�ler satisfaisante.</p><p>Pour la presse, li�e � une infrastructure d�acheminement et de vente des journaux, la libert� est moins grande : la r�daction est assez ind�pendante, mais l�impression doit se faire au noeud du</p><p>r�seau qui permet de toucher le public.</p><p>La libert� de localisation de celui qui vend des services vis-�-vis de son client est grande toutes les fois que l�information peut parfaitement voyager sous la forme de plis ou de messages t�l�phoniques : il est des commerces qui fonctionnent sans boutiques, autour d�un central qui re�oit des appels ou des lettres ; ils assurent l�exp�dition des articles demand�s par la poste ou par le rail sans que leur localisation vis-�-vis de la majorit� des demandeurs soit un �l�ment d�cisif dans leur r�ussite.</p><p>� l�autre extr�mit� de l��chelle des libert�s de localisations, on trouve les services personnels traditionnels, ceux de domesticit�. L�employ� vit chez ses patrons. Dans d�autres cas, ce n�est pas � la client�le que celui qui rend les services est li�, mais � certaines donn�es physiques. Les personnels des transports sont dispos�s en partie en fonction de la demande, aux terminaux des lignes, et en partie le long des axes desservis. La m�canisation fait de nos jours que les services commerciaux et les op�rations de chargement et de d�-</p><p>chargement sont souvent les plus gros employeurs.</p><p>La situation la plus normale, en mati�re de liens entre offreur et client, est celle pour laquelle la relation face � face est indispensable. Il faut alors qu�un ou l�autre des partenaires se d�-</p><p>place. Il arrive que ce soit le vendeur : on pense aux artisans � domicile de jadis ou aux m�decins de famille qui r�pondent aux appels et courent d�appartement en appartement. G�n�ralement, le temps du sp�cialiste vaut plus cher que celui de son client, si bien que c�est la solution inverse qui pr�vaut. La g�ographie des services est alors command�e par le rythme et la r�gularit� des mouvements.</p><p>Il arrive que les d�placements soient irr�guliers � la fois dans le temps et dans l�espace, et que la client�le change fr�quemment de fournisseur.</p><p>Le tourisme entre dans ce cadre : un h�telier re�oit sans cesse des nouveaux venus, dont beaucoup ne reviendront jamais. La distance, en pareil cas, n�est pas un �l�ment aussi contraignant que</p><p>pour des relations plus r�guli�res.</p><p>On a plus d�occasions de visiter des lieux, proches, mais on n�h�site pas � aller au loin pour trouver un cadre plus riche, un climat plus cl�ment, des plages plus ensoleill�es : la g�ographie de ces services est plus marqu�e par les am�nit�s que par la localisation de downloadModeText.vue.download 118 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10073</p><p>la client�le. Celle-ci choisit son itin�-</p><p>raire en fonction des paysages qu�elle d�sire voir, des sports qu�elle d�sire pratiquer, ce qui la lie aux avantages qu�offre le monde naturel ; elle l�am�-</p><p>nage aussi pour b�n�ficier de services confortables et pour visiter monuments et centres historiques, ce qui d�note une relation inverse : c�est alors la r�partition des activit�s tertiaires pass�es ou pr�sentes qui mod�le les cheminements et les r�gions de s�jour.</p><p>Lorsqu�on compare les grandes zones touristiques europ�ennes, on est frapp� de voir combien les traits de leurs �quipements se marquent dans le type de leur fr�quentation. Les r�gions les plus t�t lanc�es, lacs italiens, Alpes suisses, C�te d�Azur fran�aise, offrent des ressources si vari�es qu�elles arrivent � attirer de la client�le � longueur d�ann�e, mais elles ont peu d�attrait sur les masses de jeunes, d�automobilistes, d�amateurs de grand air et de soleil, qui constituent l�essentiel de la client�le d��t� sur les c�tes d�Espagne ou de Balkans. Plus loin, les tr�s grands h�-</p><p>tels � �quipements int�gr�s (piscines, centres commerciaux, salles de spectacle) absorbent sans peine la client�le des charters pour laquelle ils ont �t� �difi�s.</p><p>En mati�re de relations de services, le cas le plus fr�quent est celui o� les mouvements se reproduisent de p�riode en p�riode. Le client se d�place plus ou moins souvent en fonction de la nature de ses besoins et de leur urgence. C�est dans ce domaine que les recherches r�centes ont apport� le plus de r�sultats int�ressants. Le comportement d�achat des clients semble en effet dict� par un certain nombre de r�gles simples : on consacre d�autant moins de temps</p><p>� se d�placer pour obtenir un service que celui-ci est plus insignifiant et que son besoin est plus fr�quent. On accepte d�aller plus loin si le besoin est intermittent ou irr�gulier et si la satisfaction n�est pas assur�e partout dans les m�mes conditions. Pour minimiser les frais, on pr�f�re trouver r�unis au m�me point une vari�t� de services : on amortit ainsi les frais et la fatigue du d�placement sur un plus grand nombre de prestations.</p><p>La r�partition des activit�s de services s�explique alors facilement en fonction de celle de la client�le, des distances qu�elle accepte de parcourir et des seuils au-dessous desquels les �tablissements ne peuvent pas subsister. Les administrations, les commerces, les �coles, les h�pitaux s�installent en des lieux centraux pour la population desservie. Un service ne peut toucher de clients au-del� d�une certaine distance, la port�e-limite, qui correspond au rayon qui entra�ne des frais et des pertes de temps qui annulent les avantages que l�on attend de la prestation. En fait, de nouvelles entreprises entrent dans le secteur tant qu�il est possible d�y gagner de l�argent, si bien que le rayon desservi est plus petit : c�est celui qui correspond au seuil de rentabilit� pour l�activit� consid�r�e. Si la client�le est uniform�ment r�partie, comme c�est souvent le cas dans les r�gions agricoles de plaine, les centres qui fournissent un service donn� sont dispos�s r�guli�-</p><p>rement ; pour toucher tout le monde, les cercles qu�ils peuvent desservir se recouvrent un peu, jusqu�� ne plus laisser de vide dans le tissu ; la plaine est alors divis�e par un r�seau r�gulier d�hexagones.</p><p>Pour b�n�ficier des avantages qui naissent de la r�union, en un point, d�activit�s diverses, les offreurs renoncent souvent � une partie de leur march� potentiel : les aires de march� pour diff�rents services se pr�sentent sous la forme de pyramides embo�t�es ; les centres �l�mentaires ne fournissent que les services les plus ordinaires ; les centres de niveau sup�rieur y ajoutent une gamme de plus en plus diverse � mesure qu�ils dominent des aires plus grandes.</p><p>La th�orie des lieux centraux s�est �difi�e sur ces postulats. Elle rend assez bien compte des r�partitions que l�on observe dans les r�gions agricoles uniformes : on y note des r�seaux de villes g�om�triquement dispos�s, avec toute une hi�rarchie de centres.</p><p>L�Allemagne du Sud, qu��tudiait na-gu�re Walter Christaller, la France de l�Ouest, le centre des �tats-Unis ont des dispositions de ce genre. Depuis quelques ann�es, � la suite notamment des recherches de Brian J. L. Berry, on a appris � compliquer un peu le probl�me : lorsque les densit�s sont irr�guli�res, la hi�rarchie des centres subsiste, mais la g�om�trie des aires est alt�r�e, puisque la surface optimale desservie varie d�une r�gion � l�autre pour un m�me niveau hi�rarchique.</p><p>Les centres commerciaux planifi�s qui se multiplient dans les p�riph�ries des grandes villes s�ins�rent dans cette trame et r�ussissent, dans la mesure o� ils se plient � la g�om�trie n�cessaire, � se cr�er des zones de chalandise.</p><p>Services et</p><p>r�seaux urbains</p><p>On voit ainsi comment l�analyse des relations de service fait comprendre la trame des r�seaux urbains : tant que les villes tirent l�essentiel de leurs ressources de l�administration, du commerce de d�tail ou de gros, de l�instruction ou de la sant� n�cessaires aux campagnes, leur r�partition est �clair�e par la th�orie des lieux centraux, telle que nous venons de l��voquer. Cependant, les hypoth�ses sur lesquelles repose le raisonnement sont si restrictives qu�il est apparu indispensable de voir ce qui se passe lorsqu�on se situe dans d�autres cas.</p><p>Dans notre civilisation, la mobilit� individuelle s�est brusquement accrue, si bien que le co�t de la distance est moins fortement ressenti. Cela se traduit par une transformation profonde dans les comportements : on cesse de s�adresser au centre le plus proche, on pr�f�re se rendre plus loin si on a la perspective de plus de choix : la crise du commerce traditionnel traduit cette �volution. D�autre part, la population employ�e dans l�agriculture et dans les industries extractives, dont la localisa-</p><p>tion est n�cessairement li�e � celle des ressources, ne repr�sente plus qu�une toute petite fraction de la population active totale, � peine 5 p. 100 dans les soci�t�s les plus avanc�es du monde anglo-saxon et gu�re plus en Allemagne, en Belgique ou aux Pays-Bas.</p><p>D�sormais, les localisations de services command�es par la desserte des actifs obligatoirement dispers�s sont peu nombreuses. La position des services et celle de la plus grande partie de la population ne d�pendent plus de facteurs externes, si ce n�est de la recherche des am�nit�s. Les emplois sont attir�s par les secteurs o� les services sont abondants, et, r�ciproquement, les commerces et les administrations par les zones d�accumulation de la population. Dans un monde o� les contraintes physiques de nagu�re se sont distendues, chacun cherche � b�n�ficier d�un cadre de vie agr�able, d�un acc�s facile � tous les services, de toutes les nouveaut�s qui donnent du sel � l�existence, ce qui implique la proximit� des r�seaux d�information sp�cialis�s les plus efficaces. Pour satisfaire la gamme des besoins exprim�s par le plus grand nombre, il n�est cependant pas besoin de concentrations gigantesques : les villes moyennes, de quelques dizaines � quelques centaines de milliers d�habitants, sont parfaitement capables de s��quiper convenablement.</p><p>Les firmes ont des exigences diff�-</p><p>rentes. Au fur et � mesure que la taille des entreprises s�accro�t, qu�elles deviennent plus puissantes et qu�elles se tournent vers des march�s plus vastes et plus lointains, elles deviennent consommatrices de services plus</p><p>rares : il leur faut disposer de r�seaux commerciaux de correspondants et d�agents ; elles deviennent plus d�pendantes des banques qui assurent leur tr�sorerie. Pour s�informer des d�sirs de la client�le, elles commandent des �tudes de march� et s�adressent ensuite � des agences de publicit� pour infl�chir les go�ts et les motivations de l�homme de la rue. La puissance accrue rend plus fr�quents et plus n�cessaires les rapports avec l�autorit� politique.</p><p>Certains des services dont la firme a besoin peuvent �tre cr��s en son sein, et la nature m�me des organisations administratives permet l��change facile d�informations, de certains types</p><p>d�entre elles tout au moins, si bien que les bureaux d��tudes, les services commerciaux et les ateliers peuvent �tre implant�s en des points diff�rents sans que cela constitue une g�ne. Il existe ainsi une certaine libert� dans les implantations de services, ce qui permet aux grandes firmes de pratiquer une politique de d�centralisation dont sont incapables les petites entreprises tr�s li�es au march�, les industries de mode par exemple, ou, dans un autre domaine, celles de sous-traitance.</p><p>L�entreprise industrielle ne peut cependant assurer tous les services dont elle a besoin : elle doit entrer en contact avec des administrations, des banques, des r�seaux de distribution qu�elle ne contr�le pas, ou des soci�t�s de gestion, d��tudes dont les conseils sont utiles � la bonne marche de l�ensemble.</p><p>La direction des firmes et leurs services commerciaux sont donc fix�s aux lieux o� les contacts avec toutes les organisations n�cessaires aux affaires sont possibles. Dans ce domaine, les avantages de la concentration g�ographique sont tels qu�il faut atteindre la dimension des plus grandes agglom�rations pour que les d�s�conomies de congestion les remettent en cause. Depuis le d�but de la r�volution industrielle et commerciale, les quartiers historiques du coeur des villes anciennes et les districts d�affaires qui se sont form�s dans celles dont la naissance est r�cente ont cess� d��tre faits pour la relation inte-rindividuelle : ils sont de plus en plus envahis par les bureaux, les banques, les si�ges sociaux d�entreprises, et la vie qui les anime n�a rien du d�sordre gai des cit�s du monde traditionnel.</p><p>downloadModeText.vue.download 119 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10074</p><p>Dans beaucoup de pays, l�essentiel des services de niveau tr�s sup�rieur, indispensables aux entreprises, se trouve concentr� dans une ou un tr�s petit nombre de cit�s. C�est le cas dans la plupart des pays qui essaient de sortir du sous-d�veloppement.</p><p>Cela ne doit gu�re �tonner : il n�y a g�n�ralement pas de tradition indig�ne</p><p>des affaires qui puisse servir � l��panouissement d�organismes modernes, du type de ceux que l�on trouve en Europe. Les comp�tences sont rares, li�es souvent � un personnel �tranger, ou form� � l��tranger. Il est souvent exigeant : on ne peut gu�re le satisfaire qu�en l�installant dans une grande ville, un port au contact du monde ext�rieur, qui est bien souvent aussi la capitale. Ainsi, les services de rang sup�rieur se concentrent tous dans la m�me agglom�ration, qui finit par �craser l�ensemble du pays.</p><p>La situation n�est pas tr�s diff�rente dans le monde d�velopp�. En France, Paris attire de plus en plus les si�ges sociaux des grandes firmes, comme c�est le cas en Angleterre pour Londres, ou en Su�de pour Stockholm. La concentration est presque aussi forte dans des �tats o� la capitale politique n�est pas la m�tropole �conomique ; Milan en Italie, Zurich en Suisse p�sent de plus en plus dans la direction des affaires de leurs pays. Aux �tats-Unis, l�analyse des implantations de si�ges sociaux fait appara�tre aussi une tr�s forte concentration. La quasi-totalit� des si�ges sociaux se trouve dans trois zones, la Megalopolis qui s��tend de Boston � Washington (avec un p�le �conomique majeur, New York, et deux moyens, Philadelphie et Boston, et le p�le administratif de Washington), la r�gion des Grands Lacs (mais l�, Chicago est la seule ville vraiment importante, Detroit ne compte que dans le domaine de l�automobile, et Pittsburgh dans celui de l�acier) et la Californie, autour de la baie de San Francisco et, plus au sud, de San Diego � Los Angeles. La g�ographie des centres de recherches et des universit�s les plus prestigieuses se moule sur celle des centres d�affaires.</p><p>On voit ainsi quelles sont les forces qui tendent � cr�er les grandes r�gions urbaines qui caract�risent le monde postindustriel, celui o� le grand probl�me n�est plus d�arracher les denr�es vitales � une nature avare, mais de permettre au plus grand nombre d�acc�der � des niveaux �lev�s de consommation de produits alimentaires, d�articles manufactur�s et de services. On reconna�t au Japon une �volution analogue � celle des �tats-Unis, dans le corridor</p><p>d�urbanisation massive qui va d�&#x14C;saka � T&#x14D;ky&#x14D;. En Europe, les conurbations que la grande industrie avait l�ait na�tre au si�cle pass�, la Ruhr, ou celles qui ceinturent les Pennines anglaises essaient de se transformer, de se doter de centres directionnels capables de leur donner un r�le moteur dans leurs pays. Mais, jusqu�� pr�sent, la fortune a surtout souri aux cit�s plus riches d�histoire, � la soci�t� plus complexe, capitales comme Londres ou Paris, ou bien encore grandes m�tropoles provinciales, comme en Allemagne f�d�rale, o� le r�seau des activit�s de service sup�rieures est curieusement d�centralis� : on y lit � la fois la cons�-</p><p>quence des vicissitudes de la guerre, du sort de Berlin et la difficile r�adaptation de la Ruhr. Malgr� leur puissance, Cologne et D�sseldorf ne g�nent gu�re la croissance de Francfort, de Hambourg, de Stuttgart et de Munich. Depuis quelques ann�es, on a l�impression que la structure ouest-allemande va rentrer dans le moule commun, tant cette derni�re ville voit affluer les activit�s les plus rares : elle se transforme en m�tropole pour des secteurs aussi importants que ceux de la recherche, de la publicit� et de l�information.</p><p>Services et</p><p>organisation de l�espace</p><p>Les activit�s de services apparaissent ainsi comme des �l�ments essentiels dans la structuration de l�espace moderne. � l��chelle des agglom�rations, tout s�ordonne autour du centre, c�est-</p><p>�-dire du secteur o� l�on se rend pour ses affaires. Si le d�veloppement des d�placements produit l�encombrement et g�ne l�acc�s � ce quartier, la ville se transforme, devient polynucl�aire. Des centres commerciaux surgissent � la p�riph�rie, des centres directionnels � proximit� des a�roports, qui autorisent les relations rapides avec les autres cit�s.</p><p>� l��chelle des nations, la localisation des ressources primaires perd du poids. Tout s�ordonne en fonction de l�accessibilit� aux services, ce qui conduit la population � se masser sur des aires �troites : l�espace para�t trop grand, m�me s�il est exploit� en totalit�. Les foyers qui b�n�ficient de cette redistribution sont les h�ritiers des</p><p>grandes villes de l��re pr�c�dente. De plus en plus, on voit aussi prosp�rer les r�gions dont le climat est agr�able, et le paysage attirant. Les bureaux et les administrations se d�placent vers les zones o� se trouvent les am�nit�s, car il est plus facile d�y trouver et d�y garder un personnel exigeant. L�attraction des services explique la concentration, cependant que les consommations directes, celles auxquelles on n�avait acc�s autrefois qu�� l�occasion des d�placements touristiques, deviennent des �l�ments d�cisifs des r�partitions.</p><p>� l��chelle internationale, une division s�esquisse aussi : les pays industrialis�s et d�velopp�s attirent la majeure partie des services indispensables aux grandes firmes nationales et multinationales qui dominent le march� moderne. Les nations sous-d�velopp�es sont bien souvent r�duites � une position de d�pendance accrue par cette �volution, mais elles prennent leur revanche dans le domaine du tourisme : elles offrent des milieux non pollu�s, des environnements o� l�histoire a model� une diversit� qui s�efface du monde avanc�, et une main-d�oeuvre abondante.</p><p>Depuis un si�cle, la concentration de la population mondiale sur des aires urbaines est all�e de pair avec le d�veloppement des activit�s de services.</p><p>Rien ne laisse pr�voir pour l�avenir imm�diat un retournement de la tendance. On peut cependant se demander si l��volution de la technologie de la communication ne pr�pare pas une nouvelle g�ographie des services et de la population, une g�ographie o� l�on red�couvrirait les vertus de la dispersion, et du contact avec des milieux moins profond�ment humanis�s que ceux de nos grandes agglom�rations.</p><p>P. C.</p><p>F Administration / Banque / Circulation des flux immat�riels / Distribution / �ducation / Entreprise</p><p>/ Espace g�ographique / Industrialisation / Information / Publicit� / Recherche / Sant� / Services publics / Tourisme / Transport / Urbanisation /</p><p>Ville.</p><p>B. J. L. Berry, Geography of Market Centers and Detail Distribution (Englewood Cliffs, N. J.,</p><p>1967 ; trad. fr. G�ographie des march�s et du commerce de d�tail, A. Colin, 1971). / P. Claval, R�gions, nations, grands espaces. G�ographie g�n�rale des ensembles territoriaux (G�nin, 1968). / G. T�rnqvist, Contact Systems and Regional Development (Lund, 1970). / A. R. Pred et G. T�rnqvist, Systems of Cities and Information Flows (Lund, 1973). / J. Labasse, l�Espace financier (A. Colin, coll. � U �, 1974).</p><p>services publics</p><p>Ensemble des activit�s exerc�es par une collectivit� publique en vue de satisfaire des besoins d�int�r�t g�n�-</p><p>ral. On applique aussi cette expression aux organismes qui assurent la gestion d�un service public ou qui g�rent une activit� dans un but d�int�r�t g�n�ral.</p><p>Les origines du</p><p>service public</p><p>Au XIXe s., la notion de service public se d�gage progressivement des principes constitutionnels, philosophiques et jurisprudentiels qui caract�risaient alors une certaine conception de l��tat.</p><p>L�� �tat-gendarme �, un �tat dont le but est d�assurer la d�fense*, la police*</p><p>et la justice*, va c�der le pas � l�� �tat-providence �, c�est-�-dire � un �tat qui � outre les fonctions de l��tat-gendarme � a pour mission d�assurer des prestations � ses citoyens : l��tat doit assumer des missions d�int�r�t g�n�ral (infrastructure des transports, assistance, hygi�ne...). � Ce qui appara�t au premier plan [...] ce n�est plus le pouvoir de commander mais l�obligation d�agir pratiquement. � (L. Duguit). L�Administration agit d�s lors en vue du service public, en vue de satisfaire les besoins d�int�r�t g�n�ral des citoyens.</p><p>C�est en 1908, gr�ce � un arr�t du Tribunal des conflits, l�arr�t Feutry, que l�on red�couvre la notion de service public en la d�gageant d�un arr�t ant�rieur, l�arr�t Blanco, rendu par la m�me juridiction en 1873. Un accident survenu a une enfant bless�e par un wagonnet de la Manufacture des tabacs avait fait l�objet d�un litige opposant le p�re de l�enfant � l�Administration.</p><p>Outre le probl�me de la responsabilit�*</p><p>de la puissance publique surgissait en 1873 celui du contentieux de la respon-</p><p>sabilit� de l��tat : quel �tait le tribunal comp�tent pour juger l�affaire ? Le commissaire du gouvernement, dans l�affaire Feutry, reprend l�arr�t Blanco pour invoquer la nature du service g�r� par l�Administration afin de d�terminer la comp�tence des tribunaux administratifs. En cons�quence, toute activit� qui a pour but l�int�r�t g�n�ral des citoyens est, dans cette acception, un service publie et rel�ve de l�Administration puisque l��tat a la charge de l�int�r�t g�n�ral des citoyens. C�est donc � partir d�un probl�me de r�partition des comp�tences juridictionnelles qu�est d�finie la notion de service public, l�arr�t Blanco demeurant le pilier de la th�orie du service public.</p><p>Qu�est-ce qu�un</p><p>service public ?</p><p>D�apr�s une doctrine et une jurisprudence abondantes, qui font d�ailleurs l�objet de nombreuses controverses � downloadModeText.vue.download 120 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10075</p><p>leur �poque, on reconna�t qu�une activit� donn�e constitue un service public en fonction de l�intention des gouvernants. C�est � l��tat seul, en tant que juge des exigences de l�int�r�t g�n�-</p><p>ral, qu�il appartient de d�cider qu�une activit� est �rig�e en � service public �.</p><p>La jurisprudence du Conseil d��tat applique r�guli�rement cette conception subjective. Mais il arrive fr�quemment que les gouvernements n�aient pas clairement exprim� l�intention de conf�rer la qualit� de service public � une activit�. Les tribunaux sont oblig�s, de ce fait, de recourir � des indices ext�rieurs tels que :</p><p>� l�octroi au service par les pouvoirs publics de pr�rogatives de droit public (pouvoir d�exproprier, de taxer, d�imposer des contraintes aux tiers ; arr�t Magnier, 1961) ;</p><p>� la stipulation (dans l�acte d�organisation du service) de clauses et r�gles sp�ciales d�rogeant au droit priv�.</p><p>Mais ces crit�res n�ont pas une va-</p><p>leur absolue. Ils servent d�indices au juge, qui d�terminera en dernier ressort l�intention des pouvoirs publics.</p><p>Les diff�rentes cat�gories</p><p>de services publics</p><p>Le service public administratif</p><p>Un service public est en principe administratif puisque, par d�finition, c�est un service cr�� dans un but d�int�r�t g�n�ral et que satisfaire l�int�r�t g�n�-</p><p>ral est une des missions de l�Administration. Le service public administratif (S. P. A.), cr�� et contr�l� par l�Administration, est donc soumis aux r�gles de droit public. Pourtant, il faut distinguer certains cas o� le service public est presque enti�rement soumis aux proc�d�s de droit priv�. Il s�agit alors d�un service public industriel et commercial (S. P. I. C.) ou d�un service public social.</p><p>Le service public industriel</p><p>et commercial</p><p>La notion de service public industriel et commercial est d�gag�e par le Tribunal des conflits le 22 janvier 1921 avec l�arr�t Soci�t� commerciale de l�Ouest africain, connu aussi sous le nom de Bac d�Eloka. Le tribunal d�cide que le service en question est un service public, mais qui fonctionne comme une entreprise* priv�e et qui, par cons�-</p><p>quent, est soumis � une gestion priv�e (il s�agissait d�un bac en C�te-d�Ivoire qui reliait une des lagunes � la c�te et que la colonie avait pris l�initiative d��tablir afin de faciliter � ses habitants l�acc�s au littoral).</p><p>Le � service public industriel et commercial � rel�ve donc de la comp�tence judiciaire (sauf dans deux cas : litiges concernant le dirigeant et le chef comptable du S. P. I. C.), alors que le</p><p>� service public administratif � est soumis aux tribunaux administratifs.</p><p>� partir de cet arr�t, la jurisprudence a d�gag� les crit�res d�identification du service public industriel et commercial. On est en pr�sence d�un S. P. I. C.</p><p>quand (outre le cas o� sa nature a directement �t� d�finie dans l�acte de cr�ation du service) les trois crit�res</p><p>suivants se trouvent r�unis : l�objet du service est un objet �conomique ; l�organisation du service est orient�e dans le sens de la recherche de l�int�-</p><p>r�t des usagers ; les ressources essentielles du service ne proviennent pas de l��tat. Cette cat�gorie de services publics, dont les crit�res de reconnaissance sont volontairement impr�cis, permet � l�Administration d�opter, en fonction des imp�ratifs du moment, pour l�une des deux formes du service public (S. P. A. ou S. P. I. C.).</p><p>Le service public social</p><p>� C�est un service public ayant pour objet de fournir � ses b�n�ficiaires des prestations sociales, c�est-�-dire des prestations visant � garantir des cat�gories de citoyens consid�r�s comme plus ou moins d�favoris�s contre les risques inh�rents � leur condition sociale � (A.</p><p>de Laubad�re).</p><p>Pendant longtemps, les services</p><p>publics sociaux ont �t� constitu�s uniquement par les institutions publiques d�assistance (l�assistance publique, devenue aujourd�hui l�aide* sociale).</p><p>Mais de nombreuses institutions publiques de pr�voyance se sont d�velopp�es apr�s la Lib�ration, notamment avec la s�curit�* sociale (ordonnance du 4 oct. 1945). Aussi la jurisprudence est-elle all�e plus loin dans la d�finition du service public social avec l�arr�t Naliato (Tribunal des conflits, 22 janv. 1955), � propos d�une colonie de vacances : le tribunal reconna�t le caract�re de v�ritable service public � une institution d�s lors que celle-ci r�pond � un but d�int�r�t social.</p><p>Les principes du</p><p>fonctionnement d�un</p><p>service public</p><p>Le respect de l�int�r�t g�n�ral, du besoin qui est � l�origine du service public et le contr�le de l�Administration sur la gestion du service public sont � l�origine des principes qui r�gissent la bonne marche des services publics et qui sont applicables � ceux-ci et dans tous les cas.</p><p>y Le principe de la continuit� du service public. L�Administration et ses</p><p>agents sont dans l�obligation de faire fonctionner r�guli�rement le service public.</p><p>y Le principe de l��galit� devant le service public. En vertu d�un principe cher � la d�mocratie, le r�glement est le m�me pour tous (le prix du service est donc le m�me pour chaque usager du moment que chacun obtient la m�me prestation).</p><p>y Le principe de non-discrimina-</p><p>tion. Le service public doit offrir ses prestations de la m�me fa�on � tous les usagers sans faire �tat de leurs croyances politiques ou religieuses.</p><p>y Le principe d�adaptation du service. Selon les circonstances de fait ou de droit, l�Administration peut modifier et am�nager le service en cons�quence.</p><p>y Le principe de la gratuit�. Ce principe est aujourd�hui en voie de disparition : en raison du d�veloppement des services publics, il est d�usage d�exiger des usagers une contrepartie aux prestations qui leur sont assur�es (prix s�il s�agit d�un S. P. I. C., taxe ou redevance s�il s�agit d�un S. P. A.).</p><p>Cr�ation, suppression,</p><p>organisation des</p><p>services publics</p><p>Cr�ation et suppression :</p><p>comp�tence respective du</p><p>Parlement et du gouvernement</p><p>Avant la Constitution de 1958, le Parlement* �tait exclusivement comp�tent pour cr�er ou supprimer un service public, car la cr�ation d�un tel service concernait l�exercice des libert�s individuelles des citoyens (or, le domaine des libert�s* publiques est un domaine r�serv� au l�gislateur). Depuis 1958, le Parlement n�a plus ce monopole, car l�article 34 de la Constitution �nu-m�re limitativement ses comp�tences.</p><p>Toutes les mati�res qui ne sont pas du domaine de la loi rel�vent du pouvoir r�glementaire*. Mais la cr�ation de</p><p>� cat�gories d��tablissement publics �</p><p>rel�ve du domaine de la loi. L�intervention du l�gislateur est donc n�ces-</p><p>saire chaque fois que le domaine du service public int�resse l�hypoth�se o� le Parlement est concern�. Dans tous les autres cas, le domaine du service public rel�ve du pouvoir r�glementaire.</p><p>Organisation</p><p>Le pouvoir ex�cutif a toujours �t� exclusivement comp�tent en ce qui concerne les modes d�organisation d�un service public. Lorsqu�un service public obligatoire doit �tre cr��, les autorit�s administratives comp�tentes (collectivit�s locales en g�n�ral) sont tenues de proc�der � l�organisation de ce service.</p><p>Gestion des</p><p>services publics</p><p>Il existe plusieurs modes de gestion.</p><p>La r�gie, l��tablissement public et la concession sont les plus classiques.</p><p>Mais eu �gard � la conjoncture politique, sociale et �conomique du moment, de nouvelles formes de gestion sont apparues, notamment la gestion des services publics par des organismes priv�s autres que la concession. En outre, la distinction classique concernant l��tablissement public* et la concession est devenue complexe puisqu�on peut se trouver en pr�sence du service public � conc�d� � � un �tablissement public.</p><p>Gestion par des</p><p>organismes publics</p><p>L�Administration a deux possibilit�s : elle g�re elle-m�me le service public (r�gie) ou elle cr�e un �tablissement sp�cialis� dans la gestion du service (�tablissement public).</p><p>y Syst�me de la r�gie. Lorsqu�un service public est en r�gie, l�Administration dispose d�une triple ma�-</p><p>trise sur la direction du service, sur les hommes qui g�rent le service et sur les moyens utilis�s pour g�rer ce service (notamment les moyens financiers). Il ne faut pas confondre ce syst�me avec la r�gie int�ress�e, qui est un contrat pass� entre l�Administration et un particulier, charg� d�exploiter le service public pour le compte de l�Administration avec une</p><p>participation aux r�sultats financiers de l�exploitation et �ventuellement aux pertes.</p><p>y Syst�me des �tablissements publics.</p><p>� Un �tablissement public est une personne administrative autonome charg�e de la gestion d�un service public ou d�un groupe de services publics connexes � (J. de Soto). Mais cette d�finition classique a �t� largement d�pass�e et ne correspond plus qu�� une certaine cat�gorie d��tablisse-downloadModeText.vue.download 121 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10076</p><p>ments publics. L�Administration pr�-</p><p>f�re ce mode de gestion, car il r�alise une d�concentration, l��tablissement public pouvant gr�ce � son autonomie obtenir certaines lib�ralit�s (r�gime fiscal de faveur par exemple) et assurer ainsi une gestion plus adapt�e au service. (Il ne faut pas confondre un �tablissement public avec l��tablissement � reconnu d�utilit� publique �, qui est un groupement priv� qui g�re une activit� priv�e, auquel est accord�e la reconnaissance [par l�Administration] d�utilit� publique en raison d�un certain int�r�t qu�il repr�sente, et qui est soumis aux r�gles de droit priv�.)</p><p>Gestion par des</p><p>organismes priv�s</p><p>Depuis longtemps, les particuliers sont m�l�s � la gestion des services publics.</p><p>D�une fa�on indirecte, les citoyens sont int�ress�s � la gestion de la collectivit�* locale (�lections locales, concertation, participation). Mais il est arriv� �galement que l�Administration fasse participer directement les citoyens � la gestion du service public.</p><p>y La concession. La concession est</p><p>� le contrat par lequel une personne administrative charge une autre personne (le concessionnaire) de g�rer un service public � ses risques et p�rils et en percevant un prix sur les usagers �</p><p>(J. de Soto). Elle n�est pas toujours confi�e � un particulier : elle peut �tre accord�e � une soci�t� d��conomie</p><p>mixte, c�est-�-dire � une soci�t� dont une partie du capital est d�tenue par une ou plusieurs personnes publiques (c�est le cas de la S. N. C. F., d�Air France, etc.). La concession peut �galement �tre accord�e � un �tablissement public. C�est le cas du service public de la distribution de l��lectricit� et du gaz, assur� depuis la nationalisation de 1946 par E. D. F. et G. D. F. L�Administration intervient pour accorder une concession dans les cas o� il y a une concurrence trop pouss�e dans un certain domaine, afin de prot�ger le service public, ou au contraire dans les cas o� le gestionnaire n�assurerait pas le service qu�il doit assurer.</p><p>y Gestion par des organismes priv�s dans un cadre autre que la concession.</p><p>Plusieurs conditions sont exig�es pour une telle gestion.</p><p>� Il faut qu�il s�agisse d�un service public, ce qui suppose une intervention de l�Administration, qui peut �tre manifest�e par une loi, un acte administratif ou plus fr�quemment un contrat*.</p><p>C�est notamment le cas dans l�affaire �poux Berlin (20 avr. 1956) [� la Lib�ration, les �poux Bertin s��taient engag�s � h�berger des ressortissants sovi�tiques par un contrat verbal avec le chef du centre de rapatriement].</p><p>� Il faut que l�Administration conf�re � la personne priv�e la ma�trise r�elle du service public. Une simple collaboration au service est insuffisante pour qu�il y ait une gestion de service public. Il importe que des pr�rogatives de droit public soient conf�r�es aux organismes priv�s (qui sont normalement r�gis par les r�gles du droit priv�), c�est-�-dire que ceux-ci b�n�ficient de certains pouvoirs d�ordre administratif.</p><p>Depuis la Seconde Guerre mondiale, un nouveau type de service public est apparu, qu�on qualifie g�n�ralement de service corporatif ou professionnel. Il s�agit des services publics d��conomie dirig�e (arr�t Monpeurt, 31 juill. 1942) et des services publics de discipline professionnelle, plus connus sous le nom d�ordres professionnels (ordre des avocats, ordre des architectes, ordre des m�decins). [V. professionnelles</p><p>(organisations).] Leur activit� a le caract�re de service public. Leur structure est corporative. Ces organismes b�n�-</p><p>ficient de pr�rogatives de droit public et sont soumis � un r�gime juridique mixte relevant en partie du droit priv�.</p><p>D. N.</p><p>F Administration / �tat / Nationalisation.</p><p>J. Chevallier, le Service public (P. U. F., 1971). / E. Pisier-Kouchner, le Service public dans la th�orie de l��tat de L�on Duguit (L. G. D. J., 1972). / J. Du Bois de Jaudus-son, l�Usager du service public administratif (L. G. D. J., 1974).</p><p>servitude</p><p>Charge impos�e sur un bien* pour l�usage et l�utilit� d�un autre bien appartenant � un propri�taire diff�rent.</p><p><strong>Introduction</strong></p><p>La servitude est parfois appel�e servitude fonci�re, servitude pr�diale ou servitude r�elle. Ces divers qualificatifs attirent l�attention sur le fait que la servitude p�se sur un fonds immobilier au profit d�un autre fonds immobilier : en effet, la servitude appara�t comme un rapport de droit entre un fonds � servant � (celui qui doit le</p><p>� service �, d�o� le nom de servitude) et un fonds � dominant � (celui qui profite de la servitude, qui � domine �</p><p>l�autre fonds) ; la personnalit� des propri�taires est indiff�rente, et les deux fonds doivent appartenir � des propri�-</p><p>taires distincts. Par exemple, lorsqu�un terrain appartenant � une personne se trouve � enclav� � dans un fonds appartenant � une autre personne, la loi fait peser sur le second fonds une servitude de passage au profit du premier, qui pourra �tre utilis�e par tous les propri�taires successifs de celui-ci.</p><p>Parce que la servitude est un droit attach� � un bien immobilier, ce droit va profiter � quiconque devient propri�-</p><p>taire ou usufruitier du fonds dominant : ce droit constitue un accessoire de la propri�t� du fonds dominant (dont il ne peut �tre d�tach�) et est un droit perp�tuel (destin� � durer en principe aussi longtemps que le fonds dominant lui-m�me).</p><p>Les servitudes sont d�une utilit� pratique incontestable, car elles facilitent la mise en valeur �conomique des biens immobiliers dont l�usage, sans elles, pourrait �tre consid�rablement restreint.</p><p>Classifications</p><p>y Si on cherche � classer les servitudes en fonction de leur mode d��tablissement, on distingue les servitudes qui r�sultent de la situation naturelle des lieux (exemple : servitude d��coulement des eaux), les servitudes �tablies par la loi (exemple : distance des plantations), les servitudes cr��es par le juge (exemple : servitude de cours communes) et les servitudes �tablies par la volont� des propri�taires (dont la vari�t� n�est limit�e que par l�imagination de ceux-ci).</p><p>y Si on classe les servitudes en fonction de leur objet, on oppose les servitudes rurales, �tablies pour l�usage d�un fonds de terre, et les servitudes urbaines, �tablies pour l�usage des b�timents (que ceux-ci se trouvent en ville ou � la campagne, d�ailleurs).</p><p>y La classification des servitudes peut �galement d�couler de leur mode d�exercice. De ce point de vue, on peut opposer d�abord les servitudes continues et les servitudes discontinues. Les premi�res sont susceptibles de recevoir � continuellement �</p><p>application sans participation r�elle de l�homme, tandis que les secondes supposent une participation du propri�taire du fonds dominant : par exemple, la servitude d��coulement des eaux de pluie est une servitude continue (bien que la pluie soit intermittente), tandis que la servitude de passage est une servitude discontinue.</p><p>Mais on peut encore classer les servitudes en servitudes apparentes (qui se manifestent par des signes � ext�-</p><p>rieurs � [exemple : servitude d�aqueduc]) et servitudes non apparentes, que rien ne signale a priori (exemple : servitude de ne pas b�tir).</p><p>y Cette derni�re classification des diverses servitudes � en fonction de leur mode d�exercice � en servitudes</p><p>continues et discontinues, apparentes et non apparentes est susceptible de conduire � diverses combinaisons.</p><p>C�est ainsi que l�on pourra se trouver en pr�sence de servitudes continues et apparentes, discontinues et apparentes, continues non apparentes et discontinues non apparentes. Ces distinctions sont importantes du point de vue juridique, car les servitudes continues et apparentes ont un r�gime juridique plus complet que les autres (par exemple, elles peuvent s�acqu�rir par la prescription, car elles sont aptes � une possession prot�g�e par la loi).</p><p>Modalit�s</p><p>d��tablissement</p><p>y Elles peuvent d�abord �tre constitu�es par la loi elle-m�me. On dit qu�il s�agit de � servitudes l�gales �.</p><p>On remarque d�ailleurs que les servitudes d�rivant de la situation naturelle des lieux ne sont elles-m�mes qu�une vari�t� de servitudes l�gales.</p><p>Ces servitudes peuvent �tre directement cr��es par la loi soit dans un but d�int�r�t priv� (exemple : servitude de passage), soit dans un but d�int�r�t public (exemple : servitudes d�urbanisme).</p><p>y Elles peuvent aussi �tre constitu�es par le juge. C�est notamment le cas de la servitude � de cours communes �, pr�vue par un d�cret du 4 d�cembre 1958, dont le but est d�imposer � un propri�taire de ne pas b�tir ou de ne pas d�passer une certaine hauteur en construisant, ce qui doit favoriser la r�alisation d�ensembles immobiliers sur des terrains voisins.</p><p>y Elles peuvent �tre �tablies par la volont� des propri�taires. La servitude peut �tre acquise au moyen d�un acte*</p><p>juridique, comme le contrat* ou le testament. Cette constitution volontaire d�une servitude est en principe libre, � condition de respecter l�ordre public, d�une part, et � condition, d�autre part, que la servitude cr�e un lien entre deux biens et non pas entre deux personnes. Ces actes constitutifs de servitudes fonci�res sont soumis � la publicit� fonci�re.</p><p>Certaines servitudes sont sujettes � l�acquisition par prescription*, c�est-</p><p>downloadModeText.vue.download 122 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10077</p><p>�-dire par un usage prolong� alors m�me qu�il n�y a pas de titres constitutifs. Mais cette prescription acquisitive n�est possible qu�� la double condition que la servitude soit apparente et continue, d�une part (exemples : servitudes de vue ou servitudes d�aqueduc), et, d�autre part, que le propri�taire du fonds dominant se comporte comme un v�ritable titulaire, c�est-�-dire exerce la servitude dans des conditions de nature � faire jouer tous les effets de cette possession. Cela revient � dire que la prescription des servitudes non apparentes ou discontinues n�est pas possible, aussi imm�moriale qu�en soit la possession, et que la possession vicieuse d�une servitude apparente et continue (exemples : possession �quivoque ou clandestine) en emp�che la prescription. Mais lorsque les conditions d�une prescription acquisitive sont r�unies, celle-ci se produit par l��coulement d�un d�lai de trente ans (prescription trentenaire) : nos tribunaux n�admettent pas le d�lai plus court.</p><p>Enfin, la servitude peut �tre �tablie par ce que l�on appelle la destination du p�re de famille : lorsque le propri�taire d�un bien �tablit entre deux parties de ce bien un am�nagement qui constituerait une servitude si ces deux parties appartenaient � des propri�-</p><p>taires diff�rents et que, par la suite, les deux parties se trouvent effectivement divis�es entre deux propri�taires, la servitude ainsi cr��e sera maintenue.</p><p>Modalit�s d�exercice</p><p>Rapport de droit entre deux fonds, la servitude cr�e des relations entre les propri�taires successifs de ces deux fonds.</p><p>y Le propri�taire du fonds dominant b�n�ficie de la servitude, qui est l�accessoire de sa propri�t� dans une mesure qui varie en fonction de l�origine de la servitude (il faut analyser la loi, l�acte ou le fait qui lui donne nais-</p><p>sance pour en conna�tre l��tendue).</p><p>Dans cette mesure, il peut faire tous les ouvrages n�cessaires � son exercice normal, � la condition de ne rien faire qui en aggrave la port�e ; il dispose de diverses actions en justice qui assurent la protection de son droit : il est titulaire d�une � action confes-soire � (qui a pour objet la reconnaissance de l�existence de la servitude) et des � actions possessoires �, lorsque la servitude est susceptible de possession (exemple : servitudes apparentes et continues).</p><p>y Le propri�taire du fonds servant n�est tenu en principe que d�une obligation passive : ne rien faire qui emp�cherait le propri�taire du fonds dominant de profiter de la servitude, comme par exemple changer l��tat des lieux ou faire exercer la servitude dans un endroit diff�rent : il ne pourrait le faire qu�� condition d�invoquer des justifications particuli�res et seulement si les nouvelles modalit�s d�exercice de la servitude sont aussi commodes que les pr�c�dentes pour le propri�taire du fonds dominant. Le propri�taire du fonds servant est prot�g� en justice par deux types d�action, lorsqu�il pr�tend que la servitude n�existe pas : l�� action n�gatoire �, dont le but est de d�montrer cette inexistence, et les � actions possessoires �, lorsqu�il se pr�tend troubl� en fait dans l�exercice de son droit de propri�t� par le titulaire d�une pr�tendue servitude.</p><p>Modalit�s d�extinction</p><p>Les servitudes peuvent s��teindre de diverses fa�ons.</p><p>y La servitude s��teint en cas d�impossibilit� d�exercice, les choses se trouvant dans un �tat tel qu�on ne peut plus en user (exemple : servitude de puisage dans un puits ass�ch�).</p><p>y Elle peut s��teindre avec la disparition de l�un des fonds (et particuli�rement du fonds servant). La disparition mat�rielle est relativement rare (exemple : destruction d�un b�-</p><p>timent) ; la disparition juridique est aussi possible (expropriation pour cause d�utilit� publique du fonds</p><p>servant).</p><p>y Elle s��teint encore en cas de confusion, c�est-�-dire en cas de r�union des deux fonds entre les mains d�un seul propri�taire.</p><p>y Enfin, elle peut s��teindre par non-usage, du moins lorsqu�il s�agit de servitudes supposant la participation active du propri�taire du fonds dominant. Pour que la servitude s��teigne par non-usage, il faut que ce non-usage ait dur� au moins trente ans.</p><p>A. V.</p><p>R. B�raud, Servitude, bornage, mitoyen-net�, cl�ture, voisinage (Sirey, 1963 ; nouv. �d., 1967).</p><p>servom�canisme</p><p>Syst�me asservi ou asservissement dans lequel la grandeur asservie est de nature m�canique, le plus souvent position ou vitesse, plus rarement acc�l�ration ou effort, le mouvement pouvant �tre rectilin�aire ou angulaire.</p><p>Dans un servom�canisme, la gran-</p><p>deur de commande peut, en principe, �tre de nature quelconque, mais elle est g�n�ralement une position, une vitesse ou une tension �lectrique. De plus, le syst�me peut �tre appel� � �voluer plus ou moins rapidement dans le temps.</p><p>Comme dans tout syst�me asservi, l�action exerc�e sur le syst�me command� r�sulte de l�amplification de l��cart entre la valeur d�sir�e et la valeur effective de la grandeur asservie, le syst�me �voluant � chaque instant de mani�re � r�duire l��cart � une valeur aussi faible que possible, en d�pit des variations de la grandeur de commande et des perturbations ext�rieures qui agissent sur le syst�me command�.</p><p>L�action exerc�e sur ce syst�me peul �tre soit une simple action proportionnelle ou par int�gration, soit une action complexe r�sultant de la combinaison de termes proportionnels, par int�gration et par d�rivation, afin de satisfaire les exigences contradictoires de la stabilit� et de la pr�cision.</p><p>L�organe d�action, ou actionneur, est un moteur lin�aire ou rotatif �lec-</p><p>trique ou hydraulique. L�amplificateur d��cart peut �tre �lectrique, �lectronique, magn�tique, pneumatique ou hydraulique, ou mixte. Il en est de m�me des dispositifs de mesure de la grandeur asservie et d��laboration de l��cart (d�tecteur d��cart ou compara-teur). Enfin, l�organe de commande et l�organe asservi peuvent �tre s�par�s par une distance plus ou moins grande : on parle alors de commande � distance, ou t�l�commande.</p><p>Servom�canismes</p><p>de position</p><p>Dans les servom�canismes de position command�s par un organe tel qu�un levier, l��cart de position peut parfois �tre mesur� par un dispositif m�canique simple. C�est le cas pour les asservissements de gouvernes d�avions, dans lesquels, si la distance entre le levier de commande et la gouverne n�est pas trop grande, l��cart de position peut �tre �labor� au moyen d�un simple jeu de leviers. Cet �cart, exprim� m�caniquement par un d�placement, peut �tre communiqu� au tiroir d�un distributeur hydraulique qui gouverne l�admission de l�huile dans un v�rin entra�nant la gouverne.</p><p>Si la distance est trop grande, on mesurera s�par�ment la position du levier et celle de la gouverne sous la forme de deux tensions �lectriques, dont la diff�rence, convenablement amplifi�e, commandera les d�placements du tiroir du distributeur par l�interm�diaire d�un moteur � sol�no�de ou encore commandera directement la rotation du moteur d�un v�rin �lectrique.</p><p>Dans certains dispositifs, tels que les copieurs, l��cart de position est directement disponible sous forme d�un petit d�placement diff�rentiel du palpeur par rapport au gabarit d�finissant la forme d�sir�e. Selon que l�on accepte ou non downloadModeText.vue.download 123 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10078</p><p>une pression relativement importante du palpeur sur le gabarit, le syst�me</p><p>peut �tre enti�rement hydraulique ou hydropneumatique. Ces appareils servent pour le tournage et le fraisage.</p><p>Pour r�aliser une t�l�commande</p><p>synchrone entre deux arbres, un arbre menant et un arbre men�, s�par�s par une distance plus ou moins grande, il faut pouvoir d�terminer leur �cart angulaire. On utilise pour cela des machines �lectriques sp�ciales, appel�es synchromachines et, plus commun�-</p><p>ment, selsyns, un synchrotransmetteur sur l�arbre menant et un synchrocom-parateur sur l�arbre men�, qui fournit la tension �lectrique d��cart.</p><p>On emploie g�n�ralement deux</p><p>couples de synchromachines : un</p><p>couple d�approche, dont les machines sont directement solidaires des deux arbres, et un couple de pr�cision, dont les machines sont reli�es � ces arbres par l�interm�diaire d�engrenages multiplicateurs. Un dispositif de commutation substitue le couple de pr�cision au couple d�approche lorsque l��cart angulaire devient inf�rieur � une certaine valeur.</p><p>Il existe �galement des synchromachines sp�ciales � grand nombre de p�les, qui permettent de constituer un syst�me de mesure angulaire de pr�-</p><p>cision sans recourir � une multiplication par engrenages. Les applications des t�l�commandes synchrones sont innombrables : t�l�commande des</p><p>gouvernes des navires et des avions, t�l�pointage des canons et des rampes de lancement de missiles, entra�nement mutuel de machines devant fonctionner en synchronisme en papeterie et en m�tallurgie, etc. Le servomoteur peut �tre un moteur �lectrique, le plus souvent un moteur a courant continu, dont le courant d�induit est fourni par une g�n�ratrice � courant continu (groupe Ward-Leonard) ou par un redresseur � thyristors permettant d�engendrer une tension r�glable proportionnellement � l��cart, ou encore par un moteur hydraulique rotatif aliment� par une pompe � d�bit variable, dont le levier de r�glage du d�bit est m� par un petit moteur auxiliaire � aimant permanent ou biphas�, command� lui-m�me par la tension d��cart amplifi�e. L�ampli-</p><p>fication de la tension d��cart pour engendrer le courant inducteur de la g�n�ratrice ou la tension de commande du redresseur � thyristors ou du moteur auxiliaire est presque toujours effectu�e au moyen de circuits � transistors.</p><p>Servom�canismes</p><p>de vitesse</p><p>Dans un asservissement de vitesse, la grandeur asservie est une vitesse li-n�aire ou angulaire. Les vitesses angulaires peuvent �tre mesur�es au moyen de dispositifs m�caniques � force centrifuge, tels que celui du r�gulateur � boules de James Watt (1736-1819), ou, plus commun�ment dans le domaine des servom�canismes, au moyen de g�-</p><p>n�ratrices tachym�triques �lectriques � courant continu ou alternatif.</p><p>Par comparaison de la tension de mesure avec la tension de r�f�rence d�-</p><p>finissant la vitesse d�sir�e, on cr�e une tension d��cart qui, convenablement amplifi�e, permet de r�gler la vitesse d�un moteur �lectrique ou hydraulique entra�nant l�organe asservi.</p><p>Il est ainsi possible, en particulier, d�asservir la vitesse d�un arbre secondaire � celle d�un arbre primaire, en mesurant les vitesses des deux arbres au moyen de deux g�n�ratrices tachym�triques et en faisant la diff�rence des deux tensions de mesures pour produire la tension d��cart. Mais, bien que les deux arbres tournent � la m�me vitesse, leurs positions angulaires ne se correspondent pas exactement comme dans une t�l�commande synchrone.</p><p>La vitesse d�un arbre peut �galement �tre asservie � suivre une loi quelconque d�finie par une tension �lectrique variable dans le temps. On peut, par exemple, faire varier la vitesse d�une bobine en raison inverse de son diam�tre de mani�re que la vitesse lin�aire de bobinage ou de d�bobinage demeure constante.</p><p>downloadModeText.vue.download 124 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10079</p><p>On peut, de m�me, faire varier la vitesse de la broche d�un tour en raison inverse du diam�tre d�usinage pour obtenir une vitesse lin�aire de coupe constante. De tels asservissements de vitesse sont d�un usage courant dans l�industrie m�canique, en m�tallurgie et en papeterie.La grandeur asservie peut aussi �tre une force telle que la force de traction subie par un mat�riau en fil ou en bande soumis � une op�ration de bobinage ou de d�bobinage, qui doit g�n�ralement demeurer constante.</p><p>Pour cela, la force est mesur�e au moyen d�un dynamom�tre qui, le plus souvent, �labore directement l��cart servant � r�gler la vitesse de la bobine.</p><p>Servom�canismes</p><p>num�riques</p><p>Les mesures de position et de vitesse dont il a �t� question jusqu�ici, qui se pr�sentent le plus souvent sous la forme de tensions �lectriques, sont dites analogiques. Il est �galement possible de les exprimer sous forme num�rique, c�est-�-dire sous la forme de nombres �crits en num�ration d�ci-male, binaire ou mixte.</p><p>Par exemple, sous une forme �l�-</p><p>mentaire, le d�placement lin�aire d�une table de machine-outil peut �tre mesur� en comptant le passage devant un capteur fixe des traits d�une �chelle port�e par la table. Si la position d�sir�e est �galement indiqu�e sous la forme d�un nombre inscrit par exemple sur un ruban perfor�, l��cart de position peut �tre �labor� au moyen d�un circuit de calcul simple.</p><p>L��cart num�rique est ensuite transform� en tension �lectrique pour commander l�organe moteur de la table : moteur �lectrique ou v�rin hydraulique. Il est ainsi possible d�inscrire sur ruban perfor� les coordonn�es cart�-</p><p>siennes d�finissant les positions successives d�un grand nombre de trous � percer dans une pi�ce et d�utiliser ces donn�es pour asservir en position les deux mouvements perpendiculaires de la table de la perceuse. Le ruban perfor� peut �galement porter l�indication de la vitesse de la broche, de la vitesse</p><p>d�avance de per�age, de la profondeur de per�age et m�me du num�ro de l�outil si la machine est munie d�un changeur d�outil automatique.</p><p>Un syst�me auxiliaire de commande s�quentielle coordonne l�avance du ruban perfor� dans son lecteur et les diff�rents mouvements de la perceuse.</p><p>Un tel syst�me de commande num�-</p><p>rique est dit de point � point. Il existe �galement des commandes num�riques de contournage permettant d�usiner des profils continus sur tours ou fraiseuses. Les positions successives impos�es � l�outil doivent, alors, �tre suffisamment rapproch�es, et, de plus, la machine doit poss�der des facult�s d�interpolation propres, assurant la continuit� des d�placements entre les positions assign�es.</p><p>De telles machines sont utilis�es notamment dans l�industrie a�ronautique, pour la fabrication des �l�ments du fu-selage et de la voilure en alliage l�ger.</p><p>Les plus perfectionn�es sont command�es par un v�ritable petit ordinateur.</p><p>Convenablement programm�es,</p><p>elles permettent de travailler le plus pr�s possible des conditions optimales d�usinage. La pr�paration du ruban perfor� demande l�utilisation d�un downloadModeText.vue.download 125 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10080</p><p>langage de programmation sp�cial et l�intervention d�un ordinateur.</p><p>P. N.</p><p>F Asservissement / Automatique.</p><p>H. M. James et coll., Theory of Servome-chanisms (New York, 1947). / C. R. Himmler, la Commande hydraulique (Dunod, 1949 ; 2e �d., 1960). / W. R. Ahrendt et C. J. Savant, Servome-chanism Practice (New York, 1954 ; 2e �d., 1960). / J. C. Gille, M. P�legrin et P. Decaulne, Th�orie et calcul des asservissements lin�aires (Dunod, 1956 ; 2e �d., 1967). / M. Bonamy, Ser-</p><p>vom�canismes. Th�orie et technologie (Masson, 1957). / J. Faisandier, M�canismes hydrauliques (Dunod, 1957). / P. Naslin, Technologie et calcul pratique des syst�mes asservis (Dunod, 1958 ; 3e �d., 1968). / J. G. Truxal, Control Engineer�s Handbook (New York, 1958). / J. Thilliez, la Commande num�rique des machines (Dunod, 1967). / R. Prudhomme, Automatique, t. I ; Syst�mes s�quentiels � niveaux, syst�mes asservis lin�aires continus (Masson, 1970).</p><p>Sessh&#x16B;</p><p>De son vrai nom oda t&#x14D;y&#x14D; ; nom de pinceau t&#x14D;y&#x14D; ; pseudonyme sessh&#x16B;.</p><p>Peintre japonais (r�gion de Bitch&#x16B;, prov. d�Okayama, 1420 - Yamaguchi 1506).</p><p>C�est au cours du XVe s. que se d�veloppe au Japon l�art du lavis � l�encre de Chine (suiboku) gr�ce aux moines peintres Josetsu, Sh&#x16B;bun et S&#x14D;tan, qui travaillent pour la cour des sh&#x14D;gun Ashikaga. Mais c�est � un moine</p><p>peintre vivant � l��cart de la cour, Sessh&#x16B;, que l�on doit d�avoir donn� � cette peinture monochrome nouvellement venue de Chine un accent personnel et, par cons�quent, national.</p><p>Tr�s jeune, Oda T&#x14D;y&#x14D; entre comme novice au monast�re S&#x14D;kokuji de</p><p>Ky&#x14D;to, o� il �tudie le bouddhisme zen sous la f�rule du ma�tre Shunrin Sh&#x16B;t&#x14D;, respect� pour sa pi�t�. La pr�sence, dans ce m�me monast�re, du peintre Tensh&#x14D; Sh&#x16B;bun est d�terminante</p><p>pour lui. Vers 1462, jouissant d�j� d�un grand renom, Oda T&#x14D;y&#x14D; prend le pseudonyme de Sessh&#x16B; (� bateau des neiges �) et quitte la capitale pour s��tablir � Yamaguchi, au sud-ouest de Honsh&#x16B;, sous le patronage de la famille seigneuriale &#x14C;uchi, qui d�tient le monopole du commerce avec la Chine.</p><p>C�est donc sur l�un des bateaux de cette famille qu�en 1467 Sessh&#x16B; s�embarque pour la Chine en compagnie d�une ambassade japonaise. Arriv� � Ningbo (Ning-po), dans le Zhejiang (Tch�-</p><p>kiang), il s�journe au monast�re zen de</p><p>Tian-tong-si (T�ien-t�ong xi), puis suit la d�l�gation nippone � la cour Ming de P�kin en empruntant le Grand Canal.</p><p>C�est une exp�rience importante pour sa formation artistique, car le paysage grandiose du continent lui r�v�le les bases spirituelles et le secret de la composition de la peinture chinoise. La premi�re oeuvre authentique qui nous soit parvenue est d�ailleurs une s�rie de quatre paysages ex�cut�s en Chine. Si l�on y rel�ve l�influence du formalisme acad�mique de l��cole chinoise de Zhi (Tche), on y admire d�j� la construction solide et la concision du coup de pinceau, qualit�s essentielles de l�art de Sessh&#x16B;.</p><p>De retour au Japon en 1469, le</p><p>peintre s�installe au nord de l��le de Ky&#x16B;sh&#x16B;, dans la r�gion d�&#x14C;ita. Ses deux paysages d�automne et d�hiver (mus�e national de T&#x14D;ky&#x14D;) montrent comment, d�s cette �poque, il sait condenser la grandeur de la nature dans un style qui lui est propre, libre de toute influence, en une composition claire et bien assise, dont les vigoureux traits de pinceau font ressortir la verticalit� dominante.</p><p>De 1481 � 1484, Sessh&#x16B; m�ne une</p><p>vie de moine errant jusqu�au nord du Japon, s�impr�gnant de paysages nippons dont la comparaison avec ceux de Chine lui permet d�appr�cier l�essence. En 1487, il �tablit d�finitivement son atelier � Yamaguchi. Il jouit d�une renomm�e croissante. Dans le Paysage de style cursif (haboku san-sui) de 1495, les formes model�es par quelques touches rapides de lavis et soulign�es par des traits noirs fonc�s montrent comment l�artiste ma�trise la technique chinoise de l�encre bris�e (pomo) [p�o-mo].</p><p>L�aboutissement de son art est le Paysage d�Amano-hashidate (� le Pont du Ciel �), ex�cut� sur place l�ann�e m�me de sa mort, en ce site c�l�bre de la mer du Japon. Construction solide, o� tous les d�tails, jusqu�aux noms des villages, sont rendus par des traits nets, l�oeuvre fait preuve d�un r�alisme qui ne contrarie en rien l�aspect cosmique de l�ensemble. Elle t�moigne d�une communion intense avec la nature, tout en renouant, par sa plasticit� pr�cise, avec le lyrisme traditionnel des paysa-</p><p>gistes nippons.</p><p>L�influence de Sessh&#x16B; s�est perp�-</p><p>tu�e � travers les si�cles, car la technique et le talent qui le distinguent de ses contemporains ont trouv� leur prolongement dans des domaines tr�s divers.</p><p>M. M.</p><p>F Tch�an et zen dans l�art.</p><p>S�te</p><p>V. du d�part. de l�H�rault ; 40 179 hab.</p><p>(S�tois).</p><p>C�est le premier port de p�che fran-</p><p>�ais de la M�diterran�e, un p�le industriel du Bas-Languedoc (S�te-Frontignan-Balaruc-les-Bains) et un centre touristique.</p><p>S�te est un port pittoresque au cachet incontestable entre ses deux noyaux primitifs de la � Pointe Courte �, sur la rive du bassin de Thau, et de la � Corniche �, dominant, au pied du mont Saint-Clair, la � Marine �. Le panorama du haut de la � montagne � est un des plus beaux du Bas-Languedoc ; il porte sur le lido qui s��tend entre S�te et Agde, les salines et le vignoble, l��tang de Thau et ses �levages d�hu�tres et de moules, la retomb�e de la garrigue � la Gardiole, l�ensemble industriel domin� par la raffinerie de p�trole de Frontignan. Le mus�e, le th��tre de la Mer, la tombe de Paul Val�ry au � cimeti�re marin � constituent autant d�attraits suppl�mentaires pour le touriste.</p><p>S�te est �galement la derni�re-n�e des villes languedociennes ; elle a �t� fond�e en 1666 gr�ce � une initiative royale afin de m�nager un d�bouch� maritime � la province. Toutefois, les fouilles arch�ologiques r�v�lent une occupation ancienne au pied du Saint-Clair : propri�t�s gallo-romaines dissimul�es par ce promontoire d�sert bien connu des navigateurs. Successivement, l�� �le � est attribu�e � l�abbaye d�Aniane, puis � l��v�ch� d�Agde et porte au d�but du XVIIe s. un fort vite d�mantel�. Dans le cadre des grands travaux d�am�nagement, le percement</p><p>du canal des Deux-Mers (ou canal du Midi) exige un port permettant l�exportation des produits ; le � colbertisme �</p><p>pr�side � sa naissance. L�impulsion royale, les int�r�ts montpelli�rains, la venue de Frontignanais voisins vont faire du bourg de mer une ville.</p><p>Aux p�cheurs utilisant un habitat temporaire de roseaux sur les rives de l��tang vont se joindre les ouvriers employ�s sur le chantier et les ruraux des bourgades voisines. Puis l�aire de recrutement s��largit par les voies du commerce : c�est la descente des montagnards du Massif central, venus avec le bois et les ch�taignes ; c�est l�arriv�e downloadModeText.vue.download 126 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10081</p><p>des gens de l�Ouest gr�ce au canal ; puis c�est l�installation des G�nois et des Catalans gr�ce au cabotage des Proven�aux, ainsi que celle des Allemands et des Suisses gr�ce aux liens tiss�s par la banque protestante ; dernier trait concourant au cosmopolitisme de la ville, la colonie italienne et son monde de p�cheurs napolitains et calabrais, des golfes de Ga�te et de Policastro.</p><p>Le port a d�abord marqu� une h�sitation entre l��tang et la mer ; le grau a �t� canalis�, les bassins ont �t� creus�s, on a gagn� peu � peu, et les travaux se poursuivent pour la r�ception de b�timents de plus en plus importants en eau profonde. En dehors du port de plaisance, le port de p�che est actif (9 000 t de prises). La flottille de p�che en �tang et les petits m�tiers ne fournissent qu�une part minime des prises ; les prises dues au chalutage et celles de poissons p�lagiques par la technique du lamparo sont importantes. De nombreux b�timents pratiquent la p�che au chalut en hiver et la prise des poissons p�lagiques en �t� ; ce type mixte est le plus r�pandu.</p><p>Le trafic du port de commerce est notable : 6,2 Mt au total, dont pr�s de 5 Mt d�barqu�s et plus de 1,5 Mt embarqu�. L�essentiel des produits import�s se cantonne aux produits</p><p>p�troliers (3,5 Mt), les engrais et les produits alimentaires repr�sentant 500 000 t chacun. Aux exportations se retrouvent dans l�ordre les trois m�mes types de produits : 700 000 t de p�trole et 100 000 t d�engrais et de produits alimentaires.</p><p>Dans un premier temps, encore soumis aux commanditaires montpelli�-</p><p>rains, le port exporte vins et alcools vers l�Europe du Nord, draps vers le Levant ; plus tard, des liens sont �tablis avec l�Am�rique et les Antilles (importations du sucre, de tabac de Virginie) ; vers le milieu du XIXe s., S�te est le cinqui�me port fran�ais ; son trafic repr�-</p><p>sente le cinqui�me du tonnage de Marseille et la moiti� de celui de Bordeaux.</p><p>Sa croissance devient spectaculaire : entre 1816 et 1886, le mouvement du port est multipli� par 17. Plus que jamais, S�te est le port du vin ; la d�vastation du vignoble languedocien par le phyllox�ra assure sa fortune ; les vins d�Alg�rie et les vins d�Espagne sont import�s dans ce qui est devenu le plus grand centre de tonnellerie du monde, parmi les quais encombr�s par la � bar-riquaille �. Toute l��conomie s�toise repose d�sormais sur le commerce du vin et sur les activit�s annexes, et plus sp�cialement la fabrication des ap�ritifs.</p><p>Le p�le industriel s�tois est toujours marqu� par les industries d�riv�es du vin et par la proximit� du grand vignoble de masse. La naissance du centre industriel est, en effet, li�e au d�part aux besoins de la viticulture : fabrication d�engrais gr�ce aux importations de phosphates d�Afrique du Nord ou de produits anticryptogamiques (soufre, sulfate). Si la tonnellerie a d�sormais disparu, la fabrication d�ap�ritifs et de vermouths ainsi que la confiserie d�olives et l��laboration de produits laitiers subsistent. Mais le p�trole domine l�ensemble par la raffinerie de la Mobil Oil (6 Mt de capacit�), implant�e � Frontignan. La r�paration navale, la confection et la production du ciment compl�tent l�ensemble industriel, qui peut b�n�ficier de gains possibles sur les �tangs. Mais, si l�industrie marque le paysage s�tois, il reste � rappeler tout l�aspect culturel et artistique d�une ville inspir�e, de Jo-</p><p>seph Vernet � Jongkind, d�Albert Mar-quet � Fran�ois Desnoyer, sans oublier Jean Vilar et Georges Brassens.</p><p>R. D. et R. F.</p><p>F H�rault.</p><p>L. Dermigny, Esquisse de l�histoire d�un port. S�te de 1666 � 1680 (Impr. Causse, Montpellier, 1955). / L. Dermigny, R. Ferras, G. Galtier et coll., S�te (Socedim, Marseille, 1967).</p><p>seuil</p><p>Limite inf�rieure de manifestation ou de variation d�un ph�nom�ne.</p><p>Historiquement, la notion de seuil a tout d�abord �t� utilis�e dans les �tudes de neurophysiologie. D�s le milieu du XIXe s., on eut l�id�e d��valuer l�amplitude de la contraction d�un muscle sous l�action d�un courant �lectrique et l�on constata que ces contractions n�apparaissent que si l�intensit� de la stimulation d�passe une certaine valeur, appel�e alors seuil d�excitation (aujourd�hui rh�obase), et l�intensit� qui atteint ce seuil fut dite � liminaire �.</p><p>Cette notion de seuil d�excitation constitue donc la premi�re relation quantitative entre un stimulus et la r�ponse sp�cifique d�un organe vivant.</p><p>Les nombreuses �tudes r�alis�es par la suite ont �lucid� la raison d��tre d�un tel seuil. Un potentiel d�action ne se d�veloppe, en effet, que si la d�polarisation de la membrane de la fibre nerveuse a atteint un niveau critique : cette membrane poss�de donc une certaine stabilit�, qui dispara�t lorsque le seuil est franchi (C. Kayser).</p><p>On peut ainsi parler de seuil pour tout syst�me, organique ou non, poss�-</p><p>dant une stabilit� limit�e et manifestant une r�action (chimie, photosynth�se, biologie, etc.) lorsque l��l�ment inducteur, ou stimulus, atteint un certain niveau d�action, auquel le syst�me r�-</p><p>pond par une modification de son �tat.</p><p>Le fonctionnement des organismes est aujourd�hui con�u comme l�� expression m�me, concr�te, de la biody-namique �, o� � la notion de renouvellement est ins�parable d�un �tat</p><p>stationnaire dans un organisme [...] en �quilibre physiologique � (F. Chevallier). Pour maintenir un �tat stationnaire dans un organisme, il y a int�gration de seuils �l�mentaires aboutissant au fonctionnement global d�une cellule, d�un tissu, d�un organe, d�un individu et, �galement, d�un groupe d�individus lorsqu�il s�agit d�une soci�t� animale</p><p>� chacun dans son milieu.</p><p>Afin que cet �tat stationnaire soit constamment adapt� au milieu, il ne suffit pas que le seuil forme une limite � un ph�nom�ne unidirectionnel ; le seuil devient un fl�au de balance, un axe, dans une situation mouvante ; il d�limite deux zones, deux contraires, deux situations r�versibles, dont l�une pr�pare l�autre � chaque instant.</p><p>Soit, par exemple, un seuil diff�-</p><p>rentiel de perception : une Mouche � jeun rencontre du sucre, qui stimule les r�cepteurs chimiques de ses pattes et provoque l�extension de sa trompe.</p><p>Les r�cepteurs oraux viennent alors en contact avec le sucre : c�est d�eux que va d�pendre le comportement ult�-</p><p>rieur de la Mouche. S�ils ont un seuil de r�ception bas � qui d�pend, par exemple, de l��tat de l�intestin, transmis au cerveau par un nerf r�current</p><p>�, la Mouche suce le sucre avec sa trompe. Mais, au fur et � mesure que s�effectue la prise de nourriture, l�intestin se remplit : le seuil des r�cepteurs oraux s��l�ve jusqu�� un niveau tel que la succion cesse. La Mouche, cessant de s�alimenter, son intestin se vide peu � peu de son contenu et le seuil des r�cepteurs change en sens inverse jusqu�� la reprise de la succion, et ainsi de suite. Toutes les sciences de la vie � depuis la psychologie exp�rimentale jusqu�� la g�n�tique (v. groupe [effet de]) � ont tir� profit de ces notions, d�sormais classiques.</p><p>Il convient de mettre aussi l�accent sur l�aspect relatif des seuils tels qu�on les a d�finis ci-dessus.</p><p>Par exemple, beaucoup d�animaux</p><p>manifestent une r�ponse d�orientation et de d�placement � la lumi�re � � tac-tismes � positifs s�il y a attirance vers la source lumineuse, n�gatifs dans le cas contraire. La plupart des m�canismes connus pr�sentent une alter-</p><p>nance de signes dont le changement est r�gi par un seuil (setting mecanism des Anglo-Saxons). De nombreux facteurs peuvent inverser les r�ponses : temp�rature (l�Abeille est photon�gative au-dessous de 16 �C et positive au-dessus), stade de croissance, moment de la journ�e, saison, �tat biologique..., ils peuvent combiner leurs effets ou, au contraire, s�exercer contradictoirement. Force est alors de concevoir une forme d�� additivit� � complexe des facteurs en jeu, parfois fort difficile � analyser et � quantifier. Quoi qu�il en soit, le changement de signe de la r�-</p><p>ponse � la lumi�re se pr�sente toujours comme la v�ritable r�version d�un seuil de sensibilit� de l�animal, dont la r�ponse est toujours pr�te � basculer dans un sens ou dans l�autre.</p><p>Ainsi d�fini, le concept de seuil rejoint les bases de la cybern�tique* : les syst�mes � r�troaction, ou feed-back, contiennent implicitement cette notion. C�est par l�existence de seuils que s�op�re la r�gulation de nombreux syst�mes vivants et que le ph�nom�ne biologique acquiert sa capacit� de r�-</p><p>gulation, d�crite maintenant de fa�on de plus en plus pr�cise (H. Laborit), et, en cons�quence, son ind�pendance vis-</p><p>�-vis du milieu naturel.</p><p>Tirant son origine d�une notion</p><p>quantitative physiologique simple, le concept de seuil, dans l��tat actuel de nos connaissances, constitue le moyen d�expression d�une forme de r�alit� mouvante et complexe.</p><p>Seuils et physique</p><p>du discontinu</p><p>La stup�fiante petitesse de certains stimuli d�terminant une � r�ponse � le long des nerfs sensoriels de certains animaux donne � penser qu�on atteint alors le voisinage du quantum d��nergie. Une Blatte ressent une vibration m�canique dont l�amplitude ne d�passe pas un cinqui�me du diam�tre de l�atome d�hydrog�ne (au niveau optimal de fr�quence, soit 1 400 Hz), mais l�Homme ressent comme un son � 2 000 Hz, une vibration encore deux fois plus petite.</p><p>L�oeil de Limule r�agit � l�impact d�un seul photon, tandis que l�oeil humain en exige sept ; la photosynth�se v�g�tale est d�-</p><p>clench�e pour quatre photons. Une seule</p><p>mol�cule d�acide butyrique impressionne l�odorat du Chien ; l�Anguille r�agit � l�alcool &#x3B2;-ph�nyl�thylique � raison de trois ou quatre mol�cules atteignant l�organe downloadModeText.vue.download 127 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10082</p><p>olfactif � trois secondes d�intervalle (dilution : 1 mg dans 17 milliards de m�tres cubes, soit le volume du lac de Neuch�-</p><p>tel). Dans de tels cas, c�est apparemment la structure granulaire de la mati�re et de l��nergie qui marque seule la limite inf�-</p><p>rieure de la sensibilit�.</p><p>H. F.</p><p>S. F. B.</p><p>F Sensation.</p><p>Seurat (Georges)</p><p>Peintre fran�ais (Paris 1859 - id. 1891).</p><p>De sa br�ve p�riode de production intensive est n�e une oeuvre dont les contemporains ne retinrent que les aspects les plus superficiels, mais dont les �chos se sont r�percut�s longuement sur les g�n�rations suivantes. � Inex-tricable conjonction d�une probl�matique intellectuelle et d�une insolente s�duction �, dit de lui Andr� Chastel, qui lui assigne une place similaire � celles qu�occup�rent Mallarm� pour la po�sie et Sch�nberg pour la musique.</p><p>Moins �vidente, de prime abord, que celle de C�zanne*, l�influence de Seurat fut, cependant, d�terminante pour certains d�veloppements du cubisme, de l�orphisme, du futurisme, de la non-figuration.</p><p>Seurat �tait fils d�un huissier ; d�s l��ge de sept ans, il dessine ; � seize ans, il fr�quente une �cole d�art municipale o� il fait la connaissance d�Edmond Aman-Jean (1860-1936), qui demeurera un de ses amis les plus intimes. En 1876, il suit des cours � l��cole nationale des beaux-arts, o� il est admis en 1878 dans la section de peinture ; il a comme professeur un �l�ve d�Ingres*, Henri Lehmann (1814-1882). Il visite fr�quemment le mus�e du Louvre et</p><p>lit l�ouvrage du chimiste Eug�ne Chevreul De la loi du contraste simultan� des couleurs (1839). En 1879, il loue un atelier avec ses amis Aman-Jean et Ernest Laurent (1860-1929). Ils prennent tous la d�cision de quitter l��cole apr�s avoir vu la quatri�me exposition des impressionnistes (v. impressionnisme).</p><p>Seurat doit, d�ailleurs, partir, pour faire son service militaire, un an � Brest, o� il dessine beaucoup. Rentr� � Paris en 1880, il poursuit ses lectures des physiciens sp�cialis�s dans l�optique (Maxwell*, Helmholtz*, O. N. Rood, etc.), �tudie les oeuvres de Delacroix*</p><p>et fr�quente l�atelier de Puvis* de Chavannes. Il travaille � sa premi�re grande composition, la Baignade (Tate Gallery, Londres), qui sera refus�e au Salon de 1884 et dont l��laboration minutieuse nous est attest�e par des dizaines d�esquisses peintes et de dessins. Le tableau est expos� la m�me ann�e au premier Salon des artistes ind�pendants, o� Seurat se trouve en compagnie des peintres qui formeront le groupe n�o-impressionniste (v. n�o-impressionnisme) : Charles Angrand, Albert Dubois-Pillet, Henri Cross et surtout Paul Signac ; avec ce dernier, son cadet de quatre ans, Seurat aura d�-</p><p>sormais de fructueux �changes, et leurs voies de recherche resteront parall�les.</p><p>Gr�ce � Camille Pissarro, tous deux exposent � la huiti�me et derni�re exposition des impressionnistes (1886) ; ils vont rendre visite � Chevreul et subissent l�influence de Charles Henry, auteur d�une Introduction � une esth�-</p><p>tique scientifique (1885).</p><p>La vie de Seurat comprendra d�sormais peu d��v�nements biographiques.</p><p>Le peintre m�nera une existence de plus en plus retir�e, avec un mod�le, Madeleine Kolblock, et le fils qui leur na�t en 1890. L��t�, il fait des s�jours au bord de la mer, � Grand-camp, � Honfleur, � Port-en-Bessin, au Crotoy, � Gravelines, o� il se � lave l�oeil � des grisailles parisiennes et travaille sans arr�t. Son art a atteint un niveau de ma�trise, d��quilibre, de contr�le impressionnant avec une s�rie de chefs-d�oeuvre : Un dimanche d��t� � la Grande Jatte (Art Institute, Chicago), expos� � la huiti�me exposition impressionniste, au deuxi�me Salon des ind�-</p><p>pendants (1886) et au Salon des vingt</p><p>� Bruxelles (1887) ; les Poseuses (fondation Barnes, Merion [Pennsylvanie]) et la Parade (Metropolitan Museum, New York), expos�s au quatri�me</p><p>Salon des ind�pendants (1888). Seurat montre des paysages de Port-en-Bessin et du Crotoy au Salon des ind�pendants de 1889, la Femme se poudrant (Institut Courtauld, Londres) et le Chahut (Rijksmuseum Kr�ller-M�ller, Otterlo) � celui de 1890. Il meurt brusquement, ainsi que son enfant, d�une dipht�rie, semble-t-il, le 29 mars 1891, tandis que le Cirque (Louvre, salles du Jeu de paume) est expos� aux Ind�pendants.</p><p>Dans ses oeuvres les plus anciennes, Seurat est proche des th�mes des peintres de Barbizon*, surtout de Millet*, et il partage avec les impressionnistes leur refus de la peinture d�histoire, leur int�r�t seulement marginal pour le portrait et leur utilisation d�une palette claire, dont le noir des bitumes est banni. Il pratique alors beaucoup le dessin et, lorsqu�il peint, il ne s�agit que de petits formats, tr�s improvis�s, qu�il appelle des � croque-tons �.</p><p>La touche y est divis�e, mais d�une mani�re empirique, en applications superpos�es et divergentes, touche tr�s savoureuse et qui refl�te l�admiration de l�artiste pour Rubens, V�lasquez, Delacroix.</p><p>Seurat est cependant l�oppos� d�un Renoir*, de sa s�duction sensuelle, de sa spontan�it�. Son esprit pr�cis, dogmatique, attir� par les recherches scientifiques, va l�amener � une syst�matisation de tous ses moyens</p><p>d�expression, aussi bien m�thodes de composition que technique picturale.</p><p>Seurat divise la touche en s�appuyant sur la th�orie des � contrastes simultan�s � ; pour faire un emploi raisonn� des compl�mentaires, il �tablit un cercle chromatique (d�riv� de celui de Rood) o� vingt-deux couleurs sont mises en opposition. Il supprime la trituration des couleurs sur la palette, qui leur fait perdre de la luminosit� : le m�lange se fait optiquement, dans l�oeil du spectateur, qui synth�tise une multitude de taches juxtapos�es sur la toile. La touche tend ainsi vers le point ; d�o� l�appellation de poin-tillisme donn�e par certains critiques (quand ils ne parlent pas de lentilles ou</p><p>de confettis...) � l�esth�tique du groupe form� autour de Seurat et de Signac, que le critique F�lix F�n�on baptisera n�o-impressionnisme et qu�il est plus juste, dans un contexte international, d�appeler divisionnisme.</p><p>Seurat ne se borne pas � ce contr�le strict de la couleur et de la touche.</p><p>Ses grandes compositions refl�tent �galement son ambition de r�aliser des oeuvres totalement orchestr�es, consciemment agenc�es dans les</p><p>moindres d�tails de leurs lignes et de leurs volumes. Son admiration pour le coloriste qu��tait Delacroix est contrebalanc�e par son attirance pour l�art �gyptien, pour la tradition classique de Poussin et d�Ingres, pour les amples frises de Puvis de Chavannes. Une structure construite sur une rigoureuse g�om�trie, des recherches de consonances harmoniques comme celles de la Section d�or, des figures emprisonn�es dans l�immobilit� de leur volume, toutes ces exigences trouvent leur aboutissement dans la Parade, sc�ne de la vie quotidienne transpos�e dans un monde sans profondeur ni accidents fortuits et baign� d�un silence intemporel.</p><p>Les derni�res oeuvres, le Chahut, le Cirque, font au contraire une place importante � des lignes obliques et serpentines ainsi qu�� la repr�sentation de mouvements rapides. Elles refl�tent les th�ories de Charles Henry sur le dynamisme de certains rythmes lin�aires et sur leur signification psychologique, mais aussi le go�t d�clar� de Seurat pour les affiches* de Jules Ch�ret et les estampes japonaises. Le Chahut annonce certains d�veloppements du cubisme* (Braque en aura la reproduction dans son atelier) et du futurisme*</p><p>(Giacomo Balla).</p><p>Les dessins de Seurat ne le c�dent pas en importance � ses peintures, et celui-ci en avait conscience, car il en faisait figurer dans ses envois aux Salons. Les nuances subtiles de sa sensibilit� s�y expriment plus librement que dans les toiles, fruits de sp�culations intellectuelles complexes. L�emploi de la couleur y est rare, de m�me que celui de la plume. La plupart des quelque cinq cents dessins conserv�s sont ex�cut�s</p><p>au crayon Cont� sur du papier Ingres.</p><p>Le gros grain de la feuille accroche le noir sur les reliefs, et des points blancs sont ainsi m�nag�s dans les creux ; les volumes sont d�gag�s progressivement par l��paississement des masses d�ombre. Une partie des dessins sont des copies ex�cut�es par Seurat, � ses d�buts, comme exercices d�apr�s Holbein, Poussin, Ingres, les antiquit�s gr�co-romaines ; d�autres dessins sont des �tudes pr�liminaires en vue des grandes compositions ; mais, pour la plupart, il s�agit d�oeuvres autonomes qui ne renvoient qu�� elles-m�mes et � la perfection de leur ach�vement. La structure des formes est aussi affirm�e que dans les tableaux, mais les sujets n�ont plus la m�me complexit� : personnages isol�s, paysages d�pouill�s, quelques accessoires ; ils baignent dans une atmosph�re ouat�e, silencieuse, et leur pr�sence ne se manifeste que par des condensations de zones d�ombre.</p><p>Cette po�tique du myst�re, qu�Henri Focillon qualifiera d�� irr�alisme f�erique �, Seurat l�atteint inconsciemment ; elle lui est donn�e au-del� de ses exigences infinies de rigueur, audel� de son refus de tout abandon aux s�ductions de l�irrationnel. Un �merveillement devant le r�el le plus quotidien donne son �trange s�duction � cet univers en blanc et noir. L�influence en sera aussi importante que celle des peintures.</p><p>M. E.</p><p>F N�o-impressionnisme.</p><p>H. Dorra et J. Rewald, Seurat. L�oeuvre peint, biographie et catalogue critique (Bibl. des arts, 1960). / C. M. de Hauke et P. Brame, Seurat et son oeuvre (Gr�nd, 1962 ; 2 vol.). / F. Minervino, L�Opera completa di Seurat (Milan, 1973 ; trad.</p><p>downloadModeText.vue.download 128 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10083</p><p>fr. Tout l�oeuvre peint de Seurat, Flammarion, 1973).</p><p>s�ve</p><p>Liquide aqueux qui circule dans les plantes.</p><p>On distingue deux s�ves chez les v�g�taux vasculaires : la s�ve brute, contenant le plus souvent des sels mi-n�raux en solution aqueuse et trouvant son origine au niveau des racines ; la s�ve �labor�e, plus visqueuse, avec une proportion importante de mati�res organiques, glucides surtout, provenant des organes verts ou de r�serves.</p><p>La s�ve brute</p><p>On obtient de la s�ve brute pure par incision de l�aubier, mais, si l�on ne prend pas des pr�cautions sp�ciales, un peu de s�ve �labor�e et d�autres s�cr�-</p><p>tions peuvent alors s�y m�langer.</p><p>La composition de la s�ve brute est extr�mement variable suivant la partie de la plante o� a �t� fait le pr�l�-</p><p>vement, le lieu, la saison et l�esp�ce.</p><p>On a l�habitude de consid�rer que ce n�est qu�une solution (5 g/l) de sels min�raux contenant des ions K+, Ca++, Na+, Mg++, des sulfates et des chlorures principalement. Cependant, dans de nombreux cas, on trouve des quantit�s appr�ciables de mati�re organique.</p><p>Au printemps, lorsque les r�serves sont solubilis�es, elles se d�versent dans les vaisseaux du bois en quantit� non n�gligeable : 1 p. 100 de la composition totale chez le Houx, de 4 � 5 p. 100</p><p>chez l��rable � sucre (un arbre pouvant fournir annuellement 2 kg environ de sucre cristallis�), � l�automne, la circulation d�une partie des r�serves qui vont s�accumuler dans le parenchyme ligneux et les rayons m�dullaires se fait par la s�ve brute.</p><p>Pour conna�tre les voies emprun-</p><p>t�es par les diff�rentes substances au cours de leur passage dans la plante, on peut r�aliser des exp�riences de d�cortication annulaire ayant pour objet de supprimer l��corce, le xyl�me ou le phlo�me. On peut �galement suivre des �l�ments radioactifs fournis � la plante.</p><p>Il r�sulte de ces observations que la totalit� des mati�res min�rales ne passe pas dans les vaisseaux du bois et que certaines substances organiques utilisent cette voie. Par contre, les tubes cribl�s et les tissus voisins des vaisseaux participent � la conduction des substances min�rales, parfois m�me transform�es en cours de route ; des</p><p>�changes peuvent avoir lieu entre ces tissus tout le long du parcours.</p><p>L�eau et les substances min�rales sont absorb�es au niveau de l�assise pilif�re dans les racines jeunes et, de l�, atteignent d�une mani�re soit active, soit passive les vaisseaux du cylindre central (v. absorption) ; la s�ve brute qui se rassemble l� subit alors un mouvement ascensionnel qui va la conduire aux divers organes. (La structure des vaisseaux lignifi�s est �tudi�e � l�article tissu v�g�tal et leur localisation aux articles racine et tige.)</p><p>On a pu mesurer la vitesse de parcours de la s�ve � l�int�rieur des vaisseaux du bois en suivant le d�placement de substances color�es, du lithium ou de sels radioactifs ; des mesures de temp�ratures permettent �galement de d�celer le passage de la s�ve qui a �t� r�chauff�e en un point de la tige.</p><p>On a trouv� des vitesses qui varient de quelques d�cim�tres � l�heure ou m�me moins � plus de 100 m � l�heure.</p><p>Ces variations sont li�es d�une part � l�esp�ce (Tabac : 1,50 m/h ; L�gumineuses : de 1,50 � 4,50 m/h ; Ch�ne, H�tre : de 1 � 50 m/h ; Conif�res : de 5 cm � 5 m/h ; Lianes : de 5 � 150 m/h).</p><p>Elles d�pendent �galement du diam�tre interne des vaisseaux (de 40 � 100 m/h dans les vaisseaux parfaits) et de la surface de l�anneau de bois o� la conduction peut se faire : chez le Ch�ne, la vitesse est forte, mais les vaisseaux cessent rapidement de fonctionner ; par contre, chez le Bouleau, la conduction est beaucoup plus lente et la dur�e de fonctionnement des unit�s vasculaires beaucoup plus longue. Dans un m�me v�g�tal, on observe des variations en fonction des p�riodes de l�ann�e (acc�-</p><p>l�ration au printemps et ralentissement progressif � la fin de l��t�), de l�heure de la journ�e (au milieu du jour, au moment o� la transpiration est maximale, il y a acc�l�ration) et de l�organe de la plante o� ont �t� faites les mesures.</p><p>(La vitesse diminue vers les extr�mit�s dans de nombreuses esp�ces.)</p><p>On explique la mont�e de la s�ve par divers m�canismes : aspiration foliaire, pouss�e radiculaire, forces de coh�-</p><p>sion, capillarit�...</p><p>En ce qui concerne les plantes a�-</p><p>riennes, le facteur le plus efficace dans la journ�e semble �tre la transpiration, qui provoque une aspiration puissante au niveau des feuilles. En effet, l�eau perdue par celles-ci est imm�diatement remplac�e si la plante verte reste en bon �tat ; de proche en proche, cet appel se transmet le long des vaisseaux ; la d�pression ainsi cr��e, forte au niveau des feuilles, se comble peu � peu vers les racines. On peut montrer l�existence de cet appel foliaire en provoquant l�aspiration d�eau et de mercure dans un tube de verre au sommet duquel est lut�e une tige feuill�e ou bien en faisant absorber � une tige s�par�e de ses racines un liquide color� qui monte jusqu�aux feuilles. En utilisant des manom�tres ou en mesurant les colonnes d�eau ou de mercure soulev�es, ou en rempla�ant la tige coup�e par une pompe plac�e � la base du tronc, on �value l�importance du ph�-</p><p>nom�ne (de 20 � 30 atmosph�res).</p><p>La d�pression observ�e est transmise de proche en proche dans les vaisseaux du fait de la coh�sion. L�ascension dans les vaisseaux se fait de fa�on passive sous l�effet de la d�pression. In vitro, des mesures ont pu donner des valeurs de 200 atmosph�res en utilisant comme liquide de la s�ve brute, alors que l�on n�a trouv� dans la nature, � l�int�rieur des vaisseaux, que des valeurs d�une trentaine d�atmosph�res, tr�s suffisantes pour expliquer la mont�e de la s�ve dans les cas les plus extr�mes. Cette explication a �t� critiqu�e en invoquant la fragilit� de la colonne de liquide, qui se rompt sous l�action de chocs l�gers ; mais, dans la nature, les parois des tubes sont imbib�es d�eau, et il existe des forces de coh�sion entre cette eau et celle qui circule dans les vaisseaux. Ce fait rend beaucoup plus solide la colonne de s�ve, qui ne se brise pas sous l�effet du vent. Si un accident survient, d�autres vaisseaux y suppl�ent. Chez la Vigne, par exemple, il y a deux fois plus de tissu conducteur que n�cessaire pour �viter la fanaison. Une autre force joue �galement un r�le important dans la mont�e de la s�ve : c�est la pouss�e radiculaire. Si l�on sectionne un cep de vigne au printemps, la quantit� de s�ve recueillie est �norme et d�veloppe</p><p>une pression d�celable par un manom�tre convenablement adapt� � la section ; ces pressions peuvent expliquer dans certains cas la mont�e de la s�ve � plusieurs m�tres de hauteur (90 m chez le Marronnier). Cette pouss�e radiculaire est due principalement aux ph�nom�nes passifs d�osmose : les divers cytoplasmes cellulaires sont plus concentr�s que les solutions min�rales du sol ; un appel d�eau du sol vers les tissus se fait donc, et l��coulement dans les vaisseaux �vacue ce liquide ; mais il est certain, �galement, qu�un travail cellulaire intense joue un r�le actif et tr�s important aussi bien dans la p�n�-</p><p>tration de l�eau que dans celle des sels min�raux.</p><p>Il semble que, lorsque la transpiration est importante, cette derni�re soit seule � jouer ; par contre, si elle cesse, la pouss�e radiculaire se d�veloppe pour devenir seule efficace (plantes aquatiques).</p><p>On invoque aussi le r�le actif des cellules bordant les vaisseaux. Cette intervention se traduit par la r�sorption de bulles apparues accidentellement dans les vaisseaux et par le transport d�une partie de la s�ve lorsque les vaisseaux �g�s sont obtur�s par des thylles, que ces cellules ont d�ailleurs s�cr�t�es. Les r�serves glucidiques hydrolysables facilitent ce processus osmotiquement.</p><p>La s�ve �labor�e</p><p>La s�ve �labor�e est plus concentr�e en sucres et en sels min�raux, et de 5</p><p>� 20 p. 100 plus visqueuse que la s�ve brute. Elle est recueillie parfois � des fins alimentaires : celle du Fr�ne a �t� autrefois exploit�e en Italie ; celle de divers Palmiers est la mati�re premi�re du vin de palme gr�ce au saccharose qu�elle contient.</p><p>Cette s�ve se trouve dans les tissus de phlo�me sous une faible pression et sourd lorsqu�on fait une incision assez profonde pour ouvrir ces tissus et eux seuls. Il faut alors se d�barrasser des tissus corticaux au niveau de la zone de scl�renchyme, qui prot�ge souvent le phlo�me secondaire (liber). On a pu utiliser des Pucerons qui se nourrissent normalement de s�ve ; ils pr�-</p><p>l�vent celle-ci en piquant � travers les tissus jusque dans la grande vacuole qui constitue l�axe des tubes lib�riens.</p><p>Le stylet ainsi mis en place peut servir de micropipette. C�est presque uniquement du saccharose qui est ainsi transport� ; son taux varie avec la saison et l��tat physiologique de la plante ; il est toujours plus faible � la base qu�au sommet, ce qui montre son utilisation ou sa mise en r�serve tout le long de la tige. Il peut repr�senter 90 p. 100 des mati�res organiques de la s�ve, alors que les acides amin�s n�atteignent que de 1 � 12 p. 100 du total, parfois plus en automne, lorsque les prot�ines des feuilles sont d�truites et que leurs mat�riaux redescendent dans le tronc.</p><p>On trouve �galement dans la s�ve une petite quantit� d�acides organiques, des auxines*, quelques alcalo�des. Les sels min�raux sont assez abondants ; on a d�cel� des quantit�s appr�ciables de potassium dans certaines s�ves tr�s alcalines.</p><p>Pour mesurer la vitesse de conduction, on utilise des substances fluores-downloadModeText.vue.download 129 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10084</p><p>centes ou radioactives, qui sont d�po-s�es sur des zones scarifi�es au niveau des feuilles et que l�on recherche plus bas. Chez le Pelargonium, on observe une vitesse d�une trentaine de centim�tres � l�heure � 30 �C ; cette vitesse est chez des plantes herbac�es de 20</p><p>� 100 cm/h et chez des arbres de 50</p><p>� 100 cm/h. La vitesse de migration d�pend de l�heure de la journ�e (plus rapide le jour), de la saison (presque nulle en hiver, les tubes �tant obtur�s par des cals) et des diff�rentes substances, qui n�ont pas toutes la m�me vitesse de translocation ; gr�ce � l�utilisation de produits marqu�s, on a pu voir que le saccharose se d�place � 100 cm/h, alors que l�eau et les phosphates ne parcourent que 80 cm dans le m�me temps ; parmi les divers sucres, le saccharose est le plus rapide. Chez les acides amin�s, on conna�t �galement des vitesses de conduction diff�rentes. La temp�rature modifie cette vitesse, qui augmente lors du r�chauf-</p><p>fement de l�organe, passe par un maximum et d�cro�t rapidement lorsque l�on continue l��chauffement (comme, d�ailleurs, pour d�autres ph�nom�nes biologiques). La nuit, la translocation des substances de la feuille vers d�autres organes est r�duite au quart de sa valeur diurne, mais est indispensable pour l��vacuation des produits de la photosynth�se.</p><p>Il appara�t, � la suite d�exp�riences r�centes, que la circulation dans les tubes cribl�s n�est v�ritablement polaris�e que pour les substances de croissance (v. auxines), dans les col�optiles d�avoine par exemple, tandis que les autres produits (nutritifs...) peuvent, suivant les conditions et le moment, circuler dans un sens ou dans l�autre.</p><p>Alors que, g�n�ralement, on observe une circulation vers une concentration d�croissante, dans quelques cas (�vacuation du sucre du limbe vers la tige ou accumulation de r�serves dans la graine) on a remarqu� une translocation du saccharose en sens inverse.</p><p>On a �voqu�, pour expliquer les</p><p>d�placements de substances dans les tubes cribl�s, de nombreux ph�no-m�nes. Certains auteurs pensent que le transport de l�eau et des diverses substances dissoutes se fait en masse sous l�influence de la pression osmotique.</p><p>Mais cette hypoth�se ne s�accorde gu�re avec les diff�rences de vitesse observ�es entre les diverses substances. Les ph�nom�nes de diffusion et de dialyse joueraient un r�le primordial dans les vacuoles et entre les cellules. Cependant, on ne peut expliquer ainsi les d�placements dans le sens des concentrations croissantes, et, d�autre part, les vitesses observ�es sont consid�rablement sup�rieures � celles que donnerait la diffusion, lente par nature (m�me si l�on fait intervenir les mouvements de cyclose � l�int�rieur des cellules), surtout lorsqu�il y a passage � travers des membranes du cytoplasme.</p><p>On met �galement l�accent sur le r�le que doit jouer le cytoplasme vivant. Ce dernier est obligatoirement travers� par la s�ve au niveau des cribles et il constitue autour de la zone de conduction une v�ritable gaine. Ce cytoplasme est riche en enzymes, et celles-ci sont</p><p>la preuve de l�existence d�un m�tabolisme actif. D�autre part, l�influence de la temp�rature sur la vitesse de r�action s�explique tr�s bien s�il s�agit d�un m�-</p><p>canisme enzymatique. Aussi, les th�ories modernes, dites � m�taboliques �, invoquent-elles ce ph�nom�ne.</p><p>Cependant, il faut avouer que rien d�absolument certain ne permet d�expliquer la conduction de la s�ve �labor�e dans son ensemble.</p><p>J.-M. T. et F. T.</p><p>P. Binet et J.-P. Brunel, Biologie v�g�tale.</p><p>Physiologie v�g�tale (Doin, 1967-68 ; 2 vol.).</p><p>/ R. Heller, Pr�cis de biologie v�g�tale, t. II : Nutrition et m�tabolisme (Masson, 1969). /</p><p>A. S. Crafts et C. E. Crisp, Phloem Transport in Plants (San Francisco, 1971).</p><p>S�v�re Alexandre</p><p>En lat. M. AURELIUS ANTONINUS SEVERUS</p><p>ALEXANDER (Arca Caesarea, Ph�nicie, 205 ou 208 - Germanie 235), empereur romain (222-235).</p><p>Son p�re, Gessius Marcianus, n��tait qu�un haut fonctionnaire, plusieurs fois procurateur. Mais sa m�re �tait Julia Mammaea, de la famille de ces �nergiques princesses syriennes qui s�empar�rent de Rome sous Septime*</p><p>S�v�re, � la suite de l�imp�ratrice Julia Domna. Elle �tait la tante de l�empereur �lagabal (218-222), pr�tre du b�tyle d��m�se repr�sentant le Soleil, proclam� empereur par les soldats alors qu�il n��tait qu�un adolescent et qui fit r�gner � Rome la superstition, la d�bauche et l�extravagance. M�prisant �lagabal, la m�re et la grand-m�re (Julia Maesa) du jeune homme le couv�rent et le confi�rent � d�excellents ma�tres, qui lui inspir�rent un go�t prononc� pour les lettres grecques. La formation morale du futur empereur fut assez solide pour que celui-ci r�sist�t ensuite � l�exemple des turpitudes imp�riales. Les femmes r�ussirent � persuader �lagabal d�adopter son jeune cousin, qui prit alors le nom de M. Aurelius Alexander (221). L�empereur, jaloux de la popularit� de celui-ci aupr�s des pr�toriens, s�en repentit aussit�t et tenta de le faire assassiner. Ses plans furent d�jou�s ; on se r�concilia, mais</p><p>de nouvelles querelles s�ensuivirent, �lagabal fut tu� dans une �meute, et M. Aurelius Alexander, intercalant le cognomen Severus dans son nom, lui succ�da. Au vrai, ce furent les deux princesses qui r�gn�rent et imprim�rent un style nouveau � la monarchie en remettant � l�honneur les vertus antiques.</p><p>Elles surent assurer au jeune empereur les avis d�hommes comp�tents, ce qui retirait � l�Empire ce qu�il avait eu de despotique dans les r�gnes pr�c�dents.</p><p>Un conseil du prince fut form� de s�-</p><p>nateurs et de jurisconsultes, et pourvu d�une autorit� r�elle. Pour les affaires de la ville, une douzaine de curateurs de rang consulaire assist�rent le pr�-</p><p>fet de la ville. La jurisprudence fut � l�honneur et repr�sent�e par plusieurs noms qui sont pass�s � la post�rit�. Le plus c�l�bre de ces juristes fut Ulpien, � qui fut attribu�e la pr�fecture du pr�-</p><p>toire ; mais, en 228, S�v�re Alexandre le laissa assassiner par les soldats.</p><p>Vis-�-vis de l�arm�e, sa m�re eut une politique de parcimonie, mais sans fermet�. Ni elle ni l�empereur ne purent emp�cher les nombreuses mutineries qui �clat�rent tant chez les pr�toriens que dans les l�gions. Dion Cassius (v. 155 - v. 235), historien de l��poque, conseiller du prince, consul avec lui en 229, dut rester �loign� de Rome pendant un an pour �viter de subir le m�me sort qu�Ulpien. Au demeurant, la monnaie fut assainie, les taxes furent all�g�es, des bureaux de pr�t � taux d�int�r�t modique furent institu�s, les lettres et les arts furent encourag�s.</p><p>Dans le domaine religieux, l�empereur fit preuve d�un �clectisme extr�me, eu �gard � la tol�rance du paganisme et au syncr�tisme � la mode en ce temps-l�.</p><p>Un sanctuaire du palais imp�rial contenait notamment les figures d�Orph�e, et d�Apollonios de Tyane, ce philosophe n�o-pythagoricien du Ier s. qu�on disait faire des miracles et que certains divinis�rent. S�v�re n��tait pas hostile aux chr�tiens ; il les m�nagea m�me, et le christianisme profita de ces bonnes dispositions.</p><p>Vers la fin du r�gne, le pays des Parthes* fut secou� par un changement de dynastie : aux Arsacides succ�da Ardach�r Ier (v. 226-241), le premier souverain des Sassanides*, qui poursuivit la tradition d�hostilit� au gouvernement romain, pour lequel les</p><p>guerres frontali�res furent pendant tout le IIIe s. une constante pr�occupation.</p><p>Il contraignit S�v�re � partir pour la guerre (232-33). � son retour d�Orient, l�empereur dut gagner la Rh�nanie pour faire face � une invasion germanique. Il fut tu�, ainsi que sa m�re, qui l�accompagnait, lors d�une mutinerie de soldats. Celle-ci porta au pouvoir un soldat thrace, Maximin (235). La famille syrienne �tait �limin�e de l�Empire. Mais les habitants de Rome regrett�rent l�empereur disparu, et on lui d�cerna les honneurs divins.</p><p>R. H.</p><p>S�vign� (Marie de</p><p>Rabutin-Chantal,</p><p>marquise de)</p><p>Femme de lettres fran�aise (Paris 1626 - ch�teau de Grignan 1696).</p><p>Cette petite-fille de Jeanne de Chantal, la future sainte, cette fille d�un Rabutin-Chantal, noble sans le sou, et d�une Coulanges, issue de riches gabelous, aura dix-sept ans � la mort de Louis XIII et trente-cinq ans � celle de Mazarin. C�est dire que, pour elle, les jeux semblent faits quand, en 1661, Louis XIV prend effectivement le pouvoir. Importance des dates, surtout quand il s�agit d�un �crivain du � grand si�cle �.</p><p>Ses Lettres, a-t-on dit, n�existeraient pas sans la poste. Le truisme est pr�-</p><p>cieux pour aborder le cas S�vign�.</p><p>OEuvre de circonstance, s�il en fut jamais, livre combien involontaire, jamais, sans doute, imagin� par son auteur, les Lettres sont � la fois des lettres et une oeuvre d�art. D�abord des lettres, celles qu�une m�re �crit � sa fille absente (que la Provence est loin de Paris en 1671 !) pour lui dire son amour, ses espoirs, ses lectures, ses rencontres, les nouvelles qu�elle vient de glaner, pour recevoir � son tour de l�enfant ch�rie des lettres auxquelles elle s�empressera de r�pondre afin d�entretenir le dialogue indispensable � son coeur. Un semblant de dialogue : les Lettres sont ensuite une oeuvre d�art, autant dire un monologue. Ensuite aussi, car la c�l�brit� de la marquise est posthume.</p><p>Alors, pour le lecteur qui n�est plus le</p><p>correspondant, mais qui devient peut-</p><p>�tre le vrai destinataire, les Lettres se m�tamorphosent en lettres d�amour, plus passionn�es et plus br�lantes que les Lettres portugaises, les informations se transforment en t�moignage sur le si�cle, un t�moignage presque downloadModeText.vue.download 130 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10085</p><p>aussi partial et tout aussi pr�cieux que celui de Saint-Simon. Surtout, un �crivain nous d�couvre son univers int�rieur, nous dit ses hantises, sa r�pugnance devant la maladie et la vieillesse, son affrontement � la mort, son incertitude du salut.</p><p>Dans ces lettres priv�es, pas le moindre d�chet (qui ose encore parler � leur propos de � potins de salon sans le moindre int�r�t � ?). Par quel miracle expliquer une telle r�ussite ? R�pondre qu�on entend dans les Lettres un ton, qu�on y d�couvre un style, qu�on s�y confronte � un langage, qu�elles nous plongent dans l�univers de l��criture, c�est se poser de nouvelles questions.</p><p>Distinguons d�abord les certitudes des hypoth�ses et des jugements.</p><p>Mme de S�vign� n�a rien de la journaliste, tout de la visionnaire, certains disent de l�illusionniste. Elle ne raconte jamais que ce qu�elle voit, mais en elle-m�me et les yeux ferm�s. Ses r�cits naissent des r�cits qu�on lui a faits. M�me quand elle a �t� t�moin des sc�nes qu�elle rapporte, elle invente, atteignant ainsi � la v�rit� sup�rieure de l�art. Le � Grand Si�cle � ou, plus pr�cis�ment, le r�gne de Louis XIV, elle ne le chante pas, mais nous en d�-</p><p>couvre, sans toujours le vouloir, l�envers, le g�nie de la marquise l�emportant toujours sur ses intentions. Toutes les id�es re�ues s�effondrent � la lecture attentive des Lettres, de toutes les lettres qui nous restent (il nous en manque beaucoup), car Mme de S�vign� n�a rien d�un auteur pour anthologies.</p><p>Point du tout indiff�rente � l�amour, comme l�a pr�tendu son cousin Bussy-Rabutin, comme n�e�t sans doute pas</p><p>dit son autre parent, le cardinal de Retz, s�il avait parl� ; amoureuse de sa fille, non point qu�elle ait quoi que ce soit de la � femme damn�e �, mais parce qu�elle en est s�par�e ; mondaine �prise de solitude, frivole peut-�tre en apparence, mais en r�alit� amie d�une solidit� � toute �preuve et salonni�re � la dent dure ; secr�te en d�pit de son exub�rance, m�lancolique malgr� sa gaiet�, point toujours raisonnable, mais souvent h�ro�que, ch�telaine � l�aise dans ses bois et mal � l�aise dans sa peau, elle a r�ussi, dans des lettres �crites � au jour la journ�e �, � dresser un d�cor, que ce soit la cour, la ville ou la campagne, et � animer dans ce d�cor l�univers int�rieur d�une coquette, d�une femme d�affaires, inexp�riment�e et cr�dule, d�une lectrice de Pascal et de bien d�autres � bons auteurs �, d�une jans�niste, d�une femme consciente du temps qui passe et soucieuse de mourir sans dettes � sans trop de dettes �, de sauver son �me, si Dieu le veut. Elle n�est pas simple, la marquise et, si elle ne jargonne jamais, la plus banale de ses lettres pose un probl�me, non pas tant biographique que litt�raire, celui de la sinc�rit� en art.</p><p>Chez Mme de S�vign�, a dit notre meilleur s�vigniste, Roger Duch�ne, l�art � exprime la passion contenue �.</p><p>Impossible, ici, de ne pas penser au mot c�l�bre de Gide sur l�art qui � vit de contrainte et meurt de libert� �. Les Lettres sont, pour l�essentiel, des lettres d�amour, mais d�un amour qui n�ignore pas jusqu�o� il peut aller trop loin. Qui ne l�ignore pas, mais succombe parfois � la tentation. L�art na�t de cette tension cr��e par le conflit entre le besoin de s��pancher, de se plaindre, de r�clamer toujours davantage et la certitude qu�il faut se mod�rer pour ne point lasser la bien-aim�e absente. Bien-aim�e parce qu�absente ? Peut-�tre. Les deux femmes, une fois r�unies, se d�chi-reront longtemps, puis l�apaisement viendra avec l��ge, et la marquise ne portera plus que le poids de chagrins sur lesquels elle n�a aucune prise : sa fille malade et les Grignan ruin�s.</p><p>Mme de S�vign�, � soixante-dix ans, meurt en pleine jeunesse, laissant � sa</p><p>� belle comtesse � dans des � coffres �</p><p>les lettres dont personne ne se doute</p><p>qu�elles deviendront immortelles, les lettres qu�une petite-fille indigne commandera de br�ler, ces lettres dont l�ardeur n�est pas refroidie, dont les pauvres ruses nous bouleversent encore, dont les cris nous atteignent � chaque relecture. Ici, deux �coles s�affrontent, et le probl�me S�vign� se pose dans toute son ampleur.</p><p>Ces lettres d�amour (la partie information relevant, selon nous, du m�me amour et d�un seul but : ne pas se faire pesante � la fille ch�rie, et donc la distraire ou lui appara�tre utile) ne sont-elles que des lettres, c�est-�-dire le seul moyen dont disposait une m�re pour s�entretenir avec l�absente ? Dans ce cas, le chef-d�oeuvre serait n� � par surcro�t �. Ou bien l��criture est-elle devenue peu � peu pour Mme de S�vign� un besoin, une n�cessit�, un plaisir, bref une entreprise par laquelle un �crivain se d�couvre, s�interroge et, consciemment ou non, fait oeuvre de cr�ateur ?</p><p>Roger Duch�ne d�fend avec brio la premi�re th�se. Selon lui, Mme de S�vi-gn� � n�est pas un �crivain inspir� qui doit se d�livrer de son oeuvre ; elle est une m�re qui veut apaiser son chagrin en bavardant avec sa fille �. Selon lui,</p><p>� �crire reste toujours pour Mme de S�vign� un moyen ; jamais elle n�en fait un but � et, s�il y a chez elle un plaisir d��crire, il ne se distingue pas du plaisir d��crire � sa fille. Bernard Bray soutient la th�se oppos�e en parlant du � syst�me �pistolaire � de Mme de S�vign� et en situant la correspondance avec Mme de Grignan, ainsi que la � rivalit� � de plume entre les deux femmes, � dans une perspective au bout de laquelle se profilerait la cons�-</p><p>cration de l�imprim� �.</p><p>Est-il possible de concilier les deux th�ses ? On doit d�abord reconna�tre qu�il n�y a pas, au d�part, de projet litt�raire chez Mme de S�vign�. La marquise n��crira pas, en ce sens qu�elle fera vite fi des conventions de la tradition �pistolaire, et ne pratiquera que rarement � l�art de bien dire des baga-telles � (Mlle de Scud�ry), mais elle �crira, en ce sens qu�elle inventera une fa�on neuve de dire ce qu�elle a sur le coeur ; r�actions aux �v�nements, soucis et, bien s�r, passion maternelle.</p><p>Croire qu�elle �crit simplement pour parler � la fille absente, c�est n�gliger la m�tamorphose que tout acte d��crire (entendons : �crire r�guli�rement) entra�ne. Une correspondance n�est pas un dialogue, et celle de Mme de S�vign�, en d�pit des apparences, moins que les autres. Pas davantage un �change, sinon trompeur. La marquise � son �critoire est seule, anim�e par sa passion de m�re, certes, qui est une passion amoureuse, mais sans illusions sur les r�ponses qu�elle obtiendra aux questions qu�elle ne se pose qu�� elle-m�me dans et par l��criture. De ce point de vue, les lettres de Mme de Grignan servent simplement de stimulus � un �crivain indolent.</p><p>Mme de S�vign� n�est pas Monsieur Jourdain. Si elle �crit � sa fille pour en recevoir des r�ponses, elle sait aussi, et en dehors de toute id�e de publication, proche ou lointaine, qu�elle fait oeuvre litt�raire. Au � vos lettres sont ma vie �, qu�elle confiera � la comtesse et qui repr�sente en effet une r�alit� point n�gligeable, il faut donc ajouter l�aveu qu�elle aurait pu faire au soir de sa vie, avant de mourir d�une mort volontairement jans�niste, cet aveu qui, bien que non �crit, exprime une r�alit� moins n�gligeable encore : � Mes lettres furent ma vie. �</p><p>Il y a encore beaucoup � chercher, donc � d�couvrir et, par cons�quent, � dire sur un �crivain m�connu parce que mal lu. Les Lettres, avec leur � boh�-</p><p>miennerie � (pr�sident de Brosses), commencent seulement � susciter des downloadModeText.vue.download 131 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10086</p><p>�tudes s�rieuses. Faut-il souligner qu�il a fallu attendre 1969 pour assister � la soutenance de la premi�re th�se consacr�e � Mme de S�vign� ?</p><p>J. C.</p><p>C. A. Walckenaer, M�moires touchant la vie et les �crits de Marie de Rabutin-Chantal, dame de Bourbilly, marquise de S�vign� (Didot fr�res, 1842-1865 ; 5 vol.). / J. Lemoine, Mme de S�vign�, sa famille et ses amis, t. I : les Ori-</p><p>gines, enfance et jeunesse (Hachette, 1926). /</p><p>A. Adam, Histoire de la litt�rature fran�aise au XVIIe si�cle, t. IV (Domat-Montchrestien, 1954). /</p><p>M. H�rard, Mme de S�vign�, demoiselle de Bourgogne (l�auteur, Dijon, 1959). / J. Cordelier, Mme de S�vign� (�d. du Seuil, coll. � Microcosme �, 1967). / R. Duch�ne, Mme de S�vign� (Descl�e De Brouwer, 1968) ; R�alit� v�cue et art �pistolaire, t. I : Mme de S�vign� et la lettre d�amour (Bordas, 1970). / E. G�rard-Gailly, Madame de S�vign� (Hachette, 1971). / E. Avigdoz, Mme de S�vign� (Nizet, 1975).</p><p>Jalons biographiques</p><p>1626 Naissance � Paris, place Royale, � l�actuel no 1 bis de la place des Vosges (5 f�vr.).</p><p>1627 Mort de son p�re.</p><p>1633 Mort de sa m�re.</p><p>1636 En raison de la mort de ses grands-parents maternels, l�orpheline est confi�e � son oncle Philippe de Coulanges et � Marie Lef�vre d�Ormesson, son �pouse.</p><p>1644 Mariage avec Henri de S�vign�, gentilhomme breton.</p><p>1646 Naissance, � Paris, de Fran�oise-Marguerite de S�vign�.</p><p>1648 Naissance, au ch�teau des Rochers, pr�s de Vitr�, de Charles de S�vign�.</p><p>1651 Mort en duel d�Henri de S�vign�.</p><p>1669 Mariage de Fran�oise-Marguerite de S�vign� avec le comte de Grignan.</p><p>1671 D�part de Mme de Grignan pour la Provence, o� son mari a �t� nomm� lieutenant g�n�ral.</p><p>1694 Mme de S�vign� quitte la Bretagne pour s�installer d�finitivement chez sa fille au ch�teau de Grignan.</p><p>1696 Mort � Grignan (17 avr.), l�ann�e m�me o� la fille de Bussy-Rabutin publie, avec les M�moires de son p�re, six lettres de Mme de S�vign�.</p><p>1725 Premi�re �dition des Lettres (31 lettres).</p><p>Les �ditions</p><p>1861-1867 �ditions Monmerqu�, achev�e</p><p>par Adolphe R�gnier : Lettres de Mme de S�vi-gn�, de sa famille et de ses amis (Hachette,</p><p>� les Grands �crivains de la France �, 14 volumes compl�t�s en 1876 par 2 volumes publi�s par Charles Capmas, qui avait d�-</p><p>couvert en 1873 une nouvelle copie).</p><p>1953-1957 �ditions �mile G�rard-Gailly (Gallimard, � Biblioth�que de la Pl�iade �, 3 vol.).</p><p>1971-1976 Tomes I � III de l��dition Roger Duch�ne (Gallimard, � Biblioth�que de la Pl�iade �).</p><p>S�ville</p><p>En esp. SEVILLA, v. d�Espagne.</p><p>La situation</p><p>Capitale de l�Andalousie*, S�ville est la quatri�me ville d�Espagne par sa population, estim�e en 1970</p><p>� 548 072 habitants (655 000 hab.</p><p>pour l�ensemble de l�agglom�ration).</p><p>Sa croissance rapide, qu�explique la d�sertion des campagnes andalouses, est disproportionn�e avec le d�veloppement de ses activit�s. C�est que la situation de la ville n�offre pas que des avantages.</p><p>S�ville occupe la position clas-</p><p>sique d�un port de mer � l�int�rieur des terres : situ�e � 120 km de l�embouchure du Guadalquivir, elle s�est �tablie � l�amont des Marismas, l� o� un pont pouvait ais�ment enjamber le fleuve, qu�anime encore de fa�on sensible la mar�e. C�est aussi en ce point que se croisent l�axe de circulation est-ouest de la plaine du Guadalquivir, que prolonge vers l�ouest la route de Huelva (via Augusta des Romains), et l�axe sud-nord, qui de Cadix gagne l�Estremadure et les deux Castilles.</p><p>Enfin, S�ville est au centre d�une riche r�gion agricole, dont les productions, les huiles et les vins principalement, ont toujours entretenu un courant d�exportation notable.</p><p>C�est aux XVIe et XVIIe s. que la ville connut son apog�e, quand elle disposait du monopole du commerce avec le Nouveau Monde et que les bateaux venaient d�barquer les m�taux pr�cieux des Am�riques au pied de la Torre del Oro (tour de l�Or). Une �pid�mie de</p><p>peste en 1649 et de graves inondations la ruin�rent au moment o� les navires, augmentant de taille, rencontraient de plus en plus de difficult�s pour remonter le Guadalquivir : S�ville perdit au profit de Cadix le commerce des Indes et connut jusqu�au XXe s. une longue �clipse. La reprise s�amor�a avec les travaux d�hydraulique sur le Guadalquivir, tant pour l�irrigation que pour l�am�nagement et l�acc�s du port. Mais c�est surtout depuis la guerre civile que S�ville conna�t un essor rapide : l�implantation d�industries sous l��gide de l��tat (usine strat�gique de constructions a�ronautiques Hispano-Aviaci�n, usine textile H. Y. T. A. S. A. en liaison avec l�extension de la culture du coton sur les terres irrigu�es, ateliers de construction navale, usine de tracteurs) a attir� un grand nombre de ruraux en qu�te de travail. La population, qui s��tait �lev�e de 148 000 habitants en 1900 � 228 000 en 1930, est pass�e � 442 000 habitants en 1960 et a encore augment� de plus de 100 000 habitants dans les dix ann�es suivantes.</p><p>Il en r�sulte une rapide extension de la ville. La vieille ville s��tait �tablie sur la rive gauche du Guadalquivir, dans le lobe convexe d�un m�andre.</p><p>Une ceinture de boulevards la limite � l�est, sur l�emplacement des murailles m�di�vales, dont on peut encore voir les restes en bordure du quartier de la Macarena, au nord-est, ainsi que pr�s de l�Alc�zar, au sud. Entre la cath�-</p><p>drale et les jardins de l�Alc�zar, les rues tortueuses et les petites places du pittoresque quartier de Santa Cruz conservent le souvenir de la ville m�-</p><p>di�vale, tandis que, plus au nord, de part et d�autre de la rue tr�s commer�ante de las Sierpes et de la belle Alameda de H�rcules, d�innombrables monuments rappellent l��ge d�or de S�ville.</p><p>Au XIXe s., la ville s��tait adjoint au sud le magnifique parc de Mar�a Luisa, qui abrita en 1929 l�Exposition ib�ro-am�ricaine. De longue date, elle avait d�bord� sur l�autre rive, o� se trouve le faubourg de Triana, c�l�bre par sa fabrique de fa�ence. C�est de ce c�t� que les quartiers r�sidentiels ais�s se d�veloppent de nos jours : apr�s le quartier de Los Remedios, au plan g�om�trique, l�expansion gagne San Juan de Aznal-farache et tend � s��taler au pied du</p><p>rebord du plateau de l�Aljarafe. Les quartiers populaires se d�veloppent au contraire vers l�est, au-del� de la voie ferr�e, de part et d�autre des routes de Cordoue et de Cadix ainsi que le long de celle d�Alcal� de Guadaira, qui sert d�axe � un polygone industriel destin� � am�liorer la situation de l�emploi.</p><p>S�ville doit, en effet, faire face � une grave crise de croissance. L�afflux des ruraux ne se ralentit pas, alors que les grandes entreprises industrielles connaissent des difficult�s : Hispano-Aviaci�n, malgr� une conversion partielle, a d� licencier une partie de son personnel ; H. Y. T. A. S. A. r�siste difficilement � la concurrence depuis que la lib�ralisation des �changes a provoqu� le d�clin de la culture du coton ; l�usine de tracteurs a d� fermer ses portes. Au total, l�industrie n�emploie que 21 p. 100 de la population active, et la construction que 10 p. 100 environ. Avec 46 p. 100, le secteur tertiaire (commerce, administration, tourisme) est anormalement gonfl�. Ce sont l� des traits de ville de pays sous-d�velopp�.</p><p>S�ville, en effet, se trouve � la t�te d�une r�gion purement rurale, � l��cart des grands courants de circulation de la P�ninsule. De plus, l�acc�s de son port reste difficile. Un projet grandiose d�am�nagement d�un canal de S�ville � Bonanza par le recoupement des m�andres et l�approfondissement � 9 m du chenal devrait am�liorer la navigation en m�me temps qu�il contribuerait � r�soudre le probl�me de l��coulement des eaux en p�riode de crue. S�ville est constamment menac�e d�inondation par le Guadalquivir et ses affluents de rive gauche. Tout un syst�me de digues de protection a d�j� �t� construit ; le cours des rivi�res affluentes a �t� d�tourn� ; le trac� du Guadalquivir a �t� report� vers l�ouest par la Corta de Tablada, qui a fait du tron�on du fleuve qui passait au pied de la Torre del Oro un bras mort, o� le tirant d�eau est maintenu � 9 m gr�ce � une �cluse situ�e � l�aval du port. Mais tous ces travaux tr�s co�teux n�avancent que lentement, et l�on peut se demander s�ils suffiront � assurer le red�marrage d�industries en perte de vitesse. L�avenir de S�ville reste pr�occupant.</p><p>R. L.</p><p>L�histoire</p><p>S�ville est l�antique Hispalis qui tombe successivement aux mains des Ph�niciens, des Grecs, des Carthaginois et des Romains. Au Ve s., les Vandales, qui laissent leur nom � la province d�Andalousie, s�en emparent � leur tour. En 461, S�ville est la capitale d�un royaume wisigoth ; au milieu du VIe s., Justinien y restaure pour quelque temps la puissance imp�riale.</p><p>De 601 � 636, le si�ge �piscopal de S�ville a pour titulaire l�un des plus illustres docteurs de cette �poque, Isi-dore, qui s�emploie � condenser dans un grand ouvrage, les Etymologiae, la somme des connaissances de son temps, legs du monde antique mis au service des croyances chr�tiennes.</p><p>Conquise en 712 par les Berb�res de &#x1E6C;&#x101;riq, S�ville tombe bient�t sous la d�-</p><p>pendance de Cordoue, mais conserve, dans le cadre du califat omeyyade, son importance politique. En 844, cependant, les Normands n�h�sitent pas � remonter le Guadalquivir et � menacer la ville. Apr�s la chute du califat au XIe s., S�ville devient la capitale du royaume ind�pendant des �Abb&#x101;dides*. Avec le r�gne des Almohades*, qui d�bute � S�ville en 1147, la cit� se couvre de su-downloadModeText.vue.download 132 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10087</p><p>perbes �difices, dont certains subsisteront (Alc�zar, Giralda, Torre del Oro).</p><p>C�est � S�ville que le calife</p><p>Mu&#x1E25;ammad al-N&#x101;&#x1E63;ir rassemble ses</p><p>arm�es pour r�sister aux soldats chr�-</p><p>tiens de Pierre II d�Aragon et d�Alphonse VIII de Castille. Il est battu � la sanglante bataille de las Navas de Tolosa le 16 juillet 1212. Au milieu du XIIIe s., Ferdinand III de Castille entreprend la reconqu�te de l�Andalousie et, le 23 novembre 1248, il entre � S�ville.</p><p>La ville devient une cit� puissante, et son importance commerciale ne fait que grandir. � la fin du XIIIe s., elle</p><p>est la capitale du roi de Castille, Alphonse X* le Sage.</p><p>Mais l��poque la plus brillante de son histoire se situe au XVIe s., lorsque, apr�s la d�couverte de l�Am�rique, les galions espagnols d�versent dans son port l�or et l�argent des mines du Mexique et du P�rou. Le r�le maritime et commercial de S�ville est alors primordial. En 1503, les Rois Catholiques cr�ent � S�ville la Casa de Contrataci�n, charg�e de contr�ler toutes les op�rations commerciales d�outre-mer ; son tr�sorier est charg� de lever pour le roi d�Espagne le cinqui�me, ou quinto, de ce que produit l�Am�rique. La Casa de Contrataci�n voit ses statuts r�organis�s plusieurs fois entre 1510 et 1543.</p><p>Le d�clin �conomique de S�ville, qui commence vers 1640 et qui est aggrav� par la crise d�mographique cons�cutive � l��pid�mie de peste en 1649, est consacr� par le transfert de la Casa de Contrataci�n � Cadix en 1717. Durant la guerre de l�ind�pendance contre Napol�on Ier, la ville est prise en 1810 par les troupes du mar�chal Soult et occup�e jusqu�en 1812.</p><p>En 1823, elle donne asile aux Cortes chass�es de Madrid par le gouvernement absolutiste de Ferdinand VII. En 1843, elle se prononce contre le gouvernement du r�gent Espartero.</p><p>Au d�but de la guerre civile de 1936</p><p>� 1939, elle est ralli�e au Mouvement national par le g�n�ral Queipo de Llano.</p><p>P. R.</p><p>L�art � S�ville</p><p>S�ville islamique</p><p>Nous ne conservons rien de la S�ville omeyyade, que les califes, et en particulier �Abd al-Ra&#x1E25;m&#x101;n II (822-852), avaient par�e, entre autres, de murailles et d�une grande mosqu�e, et o� les traditions des Romains et des Goths surv�curent longtemps. Sous la dynastie des �Abb&#x101;dides (XIe s.) et pendant la domination almohade (XIIe s.), la ville, par le nombre des habitants et le talent de ses artistes, se posa en rivale de</p><p>Cordoue*. Ab&#x16B; Ya�q&#x16B;b Y&#x16B;suf (1163-1184) fut un de ses grands bienfaiteurs.</p><p>On lui doit un pont sur le Guadalquivir, deux casbah, un aqueduc, les remparts et la nouvelle Grande Mosqu�e (commenc�e en 1171). De ces constructions et d�autres, il ne demeure que peu de choses : les restes de l�enceinte en pis�, flanqu�e de tours barlongues et pr�c�-</p><p>d�e d�un avant-mur plus bas enveloppant les organes de d�fense ; quelques �l�ments, au reste splendides, du sanctuaire, qui jouit en son temps d�une grande c�l�brit�.</p><p>y La Grande Mosqu�e. C��tait un</p><p>�difice � dix-sept nefs, comme la Kutubiyya de Marrakech, mais plus profond, sur les fondements duquel fut construite au XVe s. l�actuelle ca-th�drale. Celle-ci n�a gard� de la mosqu�e que le &#x1E63;a&#x1E25;n, devenu le Patio de los Naranjos (des Orangers), la Puerta del Perd�n (porte du Pardon), d�cor�e dans la tradition andalouse d��toiles et d�hexagones garnis d�inscriptions arabes, et la Giralda (1184-1195).</p><p>Cet ancien minaret, parent de ceux de &#x1E24;asan et de la Kutubiyya au Maroc, �l�ve � pr�s de 100 m des murs de brique sur une base carr�e de 13,55 m de c�t�. Le lanternon qui le dominait a �t� remplac�, au XVIe s., par le couronnement dont la statue, servant de girouette (giraldillo), a donn� son nom � l��difice. Ses faces sont divis�es en trois registres verticaux, creus�s de fen�tres g�min�es et d�arca-tures aveugles dont les lobes servent de d�part � des entrelacs.</p><p>y L�Alc�zar. � l�emplacement du</p><p>ch�teau arabe, Pierre Ier le Cruel mit en chantier (1364-1366) son propre palais, le plus pur et le plus glorieux �difice de style mud�jar, en grande partie r�alis� par des Grenadins sur le mod�le de l�Alhambra, et non sans remploi de mat�riaux de Cordoue et du palais de Mad&#x12B;nat al-Zahr&#x101;�. Les restaurations des XVIe, XVIIe et XXe s.</p><p>ont un peu d�figur� l�Alc�zar. Celui-ci s�ordonne autour du Patio de las Doncellas (des Jeunes Filles), � p�-</p><p>ristyle, et du patio, plus petit, de las Mu�ecas (des Poup�es). Ses salles sont somptueusement d�cor�es : on y remarque en particulier les arcs lob�s en faveur au XIVe s. et les portes en bois � panneaux g�om�triques. Le</p><p>grandiose portail � auvent de la fa�ade et les d�licieux jardins de strict canon musulman m�ritent une mention</p><p>sp�ciale.</p><p>y Les autres monuments. L�influence de l�Alhambra se retrouve ult�rieurement � la Casa de Pilatos, de style mud�jar, et en partie � la Casa de las Due�as (palais des Du�gnes, auj. palais du duc d�Albe), m�lange d�arabe, de gothique et de Renaissance. Les �glises San Lorenzo et San Marcos sont d�anciennes mosqu�es tr�s transform�es. La seconde conserve son minaret almohade. Santa Ana est une synth�se de roman et de mud�-</p><p>jar. Bien ant�rieure, la Torre del Oro, construite par l�Almohade Y&#x16B;suf al-Mustan&#x1E63;ir, en 1220, pour d�fendre le palais et le fleuve, avait son pendant sur l�autre rive.</p><p>y Les arts mineurs. Si le d�cor de fa�ence de la Giralda, seulement marqu� de cercles noirs isol�s dans la brique rose, traduit un d�clin passager des ateliers de c�ramistes, S�ville, comme les autres cit�s d�Espagne, produisit � d�autres �poques d��clatants azulejos. Ses ateliers de tissage (soie et or), rivaux de ceux d�Almer�a, furent actifs surtout au XIIe s. � sa mort, Pierre Ier le Cruel poss�dait, dit-on, cent vingt-cinq coffres de draps d�or. Les orf�vres, les joailliers et les bijoutiers pratiquaient toutes les techniques : damasquinage, filigrane, �maillage, incrustation, niellure, ser-tissage, ciselage : leurs traditions ont particip� au maintien d�un artisanat vigoureux qui n�a pas disparu de nos jours.</p><p>J.-P. R.</p><p>L�art occidental</p><p>La domination musulmane n�est qu�un moment de l�histoire de S�ville, qui fut aussi, et successivement, gothique, renaissante et baroque.</p><p>En 1401 s�ouvre un important</p><p>chantier gothique avec le d�but de la construction de la cath�drale. Apr�s 1454 s�y d�veloppe une sculpture attachante, celle de Lorenzo Merca-dante de Breta�a et de son �l�ve Pedro</p><p>Mill�n.</p><p>La chute de Grenade*, en 1492, provoque � S�ville un renouveau de l�art mud�jar, marqu�, comme on l�a dit, par la construction de la Casa de las Due�as et surtout de la merveilleuse Casa de Pilatos. Le plateresque rivalise de richesse avec cet art exub�rant dans l�Ayuntamiento (h�tel de ville), commenc� en 1527 par Diego Ria�o (� 1534) et consid�rablement agrandi par la suite.</p><p>Cependant, dans cette cit� qui</p><p>contr�le depuis le d�but du XVIe s. le commerce des Indes occidentales, se d�veloppe un important march� de peinture. Alejo Fern�ndez (v. 1475 -</p><p>v. 1545) pr�side � l��veil de cette activit�. D�autres artistes, comme lui d�origine �trang�re, tels le Bruxellois Pieter Kempeneer (Pedro de Campa�a, 1503-1580) et le Hollandais Hernando Sturm, y cultivent ensuite le mani�risme.</p><p>Dans la seconde moiti� du XVIe s. se d�veloppe un classicisme s�v�re. Juan de Herrera (v. 1530-1597), l�architecte de l�Escorial, dessine la Lonja, ou Bourse de commerce, dont il confie la r�alisation � son disciple Juan de Min-jares (ou Mijares, � 1599).</p><p>Pendant le Si�cle d�or, la peinture s�villane brille d�un exceptionnel �clat, qu�annonce l�oeuvre de Roelas*. Entre 1620 et 1630 se manifestent quatre g�-</p><p>nies : Francisco Herrera* le Vieux, V�-</p><p>lasquez*, Zurbar�n* et Alonso Cano*.</p><p>Vers le m�me moment, Juan Mart�nez Monta��s* fait na�tre une grande �cole s�villane de sculpture baroque.</p><p>Alors que la d�cadence �conomique s�esquisse d�s 1640, la ville demeure un important foyer d�art durant tout le XVIIe s., gr�ce � Murillo* et � Vald�s*</p><p>Leal.</p><p>Mieux, avec un d�calage surprenant, c�est seulement � la fin du XVIIe s. et au d�but du XVIIIe que s��panouit en architecture le baroque s�villan. Leonardo Figueroa (v. 1650-1730), qui lui donna son visage particulier, dirige la construction de l�h�pital des Vene-rables Sacerdotes (1687-1697). Il �l�ve la grande �glise dominicaine de San Pablo (1691-1709), la majestueuse col-</p><p>l�giale de San Salvador (1696-1711), l��glise San Luis du noviciat des j�-</p><p>suites (1699-1731). Son chef-d�oeuvre est le Colegio seminario de San Telmo (1724-1734), mais il est aussi l�auteur du couvent de La Merced, aujourd�hui mus�e des Beaux-Arts. Un accent viril est apport� par le dernier monument du XVIIIe s., l�ancienne Manufacture des tabacs (1725-1757), aujourd�hui affect�e � l�universit�, qui fut l�oeuvre de plusieurs architectes.</p><p>M. D.</p><p>F Andalousie / Espagne.</p><p>E. Levi-Proven�al, S�ville musulmane au d�but du XIIe s. (Maisonneuve, 1947). / C. Fern�ndez-Chicarro, El museo arqueol�gico provincial de Sevilla (Madrid, 1951). / J. Guerrero, Sevilla (Barcelone, 1952). / S�ville, ville d�art (Art et style, 1959). / S�ville (Hachette, 1964).</p><p>downloadModeText.vue.download 133 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10088</p><p>S�vres (Deux-). 79</p><p>D�part. de la R�gion Poitou*-Charentes ; 6 004 km 2 ; 335 829 hab. Ch.-l.</p><p>Niort*. S.-pr�f. Bressuire, Parthenay.</p><p>Aux confins sud-est du Massif armoricain et appartenant au Poitou, le d�partement est moins peupl� qu�au si�cle dernier. En effet, apr�s s��tre �lev�e de 329 000 habitants en 1861 � 354 000 en 1891, la population est tomb�e � 308 000 habitants en 1931. On a observ� apr�s 1946 une l�g�re remont�e. Si la moiti� des habitants sont encore des ruraux, le nombre des agriculteurs, qui s��tait �lev� de 97 500 en 1901 � 118 500 en 1921, n��tait plus que de 46 500 en 1968 : c�est montrer la vigueur de l�exode rural et agricole.</p><p>De 1901 � 1968, le nombre des travailleurs de l�industrie est pass� de 34 400</p><p>� 38 000 et celui des personnes exer-</p><p>�ant une activit� tertiaire de 26 800 � 45 500. Au total, le nombre des actifs a �t� ramen� � 130 000. Un cro�t naturel relativement fort (0,6 p. 100), li� � une natalit� et � une f�condit� soutenues, font des Deux-S�vres un r�servoir d�hommes.</p><p>L�agriculture emploie donc encore une part importante des travailleurs (36 p. 100 contre 29,5 p. 100 pour l�industrie et 35 p. 100 dans le tertiaire en 1968). La vie rurale marque profond�ment ce d�partement, o�</p><p>l�emprise humaine est tr�s forte ; sur 605 400 ha, les bois ne couvrent que 43 000 ha. Mais la densit� du bocage dans la majeure partie fait que ce pays de labours (315 000 ha) et de prairies permanentes (188 000 ha) appara�t tr�s couvert. L��levage est la vocation essentielle. Les cultures fourrag�res couvrent 128 500 ha, contre 123 800 pour les c�r�ales (surtout du bl� [1,6 Mq]</p><p>et de l�orge [0,9 Mq]). On compte 413 000 bovins, fournissant plus de 4 Mhl de lait et 36 000 t de viande, ainsi que 104 000 caprins.</p><p>Le d�partement s��tire sur 120 km environ du nord au sud, et sur une cinquantaine d�est en ouest, des confins angevins dans la r�gion de Thouars � la frange foresti�re qui jalonne le contact avec les pays charentais (for�t de Chiz�, for�t de Boutonne). Par la place qu�y tient le bocage, il s�apparente nettement � l�Ouest fran�ais ; � l�image des fa�ades sud-bretonnes et vend�ennes, il re�oit des pr�cipitations assez modestes, de 700 � 800 mm, exception faite de la G�tine de Parthenay, et les �t�s y sont relativement peu arros�s.</p><p>L�ordonnancement g�n�ral du re-</p><p>lief, de direction armoricaine, c�est-</p><p>�-dire N.-O. - S.-E., permet d�introduire quelques nuances dans ce pays apparemment uniforme. Au nord</p><p>sont des plateaux de moins de 200 m, drain�s par le Thouet en direction de la Loire. Au nord-est, le pays de Thouars (12 631 hab.) est d�affinit�s lig�riennes ; sous un ciel plus lumineux (moins de 600, voire 500 mm de pluies), le bocage fait place � des pays d�couverts, au milieu desquels les cultures occupent plus de place (avec quelques �lots de viticulture). Rares sont les industries, encore qu�une puissante cimenterie ait �t� �quip�e pr�s d�Airvault. � l�ouest de Thouars, le bocage r�gne sur les plateaux du massif ancien autour d�Argenton-Ch�-</p><p>teau : cette extr�mit� m�ridionale des Mauges est d�j� d�aspect vend�en par</p><p>le nombre des m�tairies dispers�es, les gentilhommi�res et la place de l��levage bovin, qui est � l�origine de la fortune des foires, toutes proches, de Cholet et de Mortagne-sur-S�vre.</p><p>Ligne de partage des eaux entre le bassin de la Loire et les bassins des rivi�res charentaises, la G�tine de Parthenay prend en �charpe le d�partement, de l�ouest de Bressuire � l�est de Saint-Maixent-l��cole. Le cours sup�-</p><p>rieur de la S�vre Nantaise s�est install� entre deux lignes de hauteur parall�les qui se soudent entre Parthenay et Saint-Maixent pour dispara�tre sous les plateaux calcaires de la r�gion de Lusignan. Battue par les vents d�ouest, recevant plus de 1 000 mm de pluies, la G�tine est d�autant plus pauvre que les sols y sont en majorit� froids et siliceux. Aussi ce haut bocage, terre traditionnelle de petit m�tayage, a-t-il connu un intense exode, avant que l��levage n�y connaisse un regain d�activit� li� � l�adoption des prairies temporaires dans le cadre d�exploitations regroup�es, en partie tourn�es vers la production de lait. Les foires et l�abattage des bovins animent les villes de Bressuire (18 090 hab.) et de Parthenay (13 039 hab.), o� ont aussi �t� implant�es de petites industries m�caniques.</p><p>Plus basses (moins de 200 m) sont les r�gions m�ridionales, gravitant dans l�orbite de Niort. � l�est, le foss� de la S�vre Niortaise interrompt la continuit� de l�Entre-plaine et la G�tine, pays de cultures et d��levage autour de Saint-Maixent (9 613 hab.) et de son �cole militaire, fond�e en 1874. Au sud, le bocage fait place aux champs ouverts sur les plateaux couverts d�argile rouge � ch�taigniers (bl�, �levage de mulets et des ch�vres pour la fabrication du fromage) autour de Melle (4 731 hab.), qu�anime la chimie. Au sud-ouest de Niort, la plaine de Niort annonce celle de l�Aunis avec ses gros villages, ses champs ouverts (bl�, prairies artificielles) et son �levage laitier organis� selon le syst�me coop�ratif.</p><p>La plaine de Niort est ourl�e au nord par la partie amont du Marais poitevin : le Marais mouill� a l�aspect bois� et bocager (cultures l�gumi�res et �levage laitier) ; cette � Venise verte �</p><p>attire de nombreux touristes.</p><p>S. L.</p><p>F Niort.</p><p>S�vres</p><p>(manufacture</p><p>nationale de)</p><p>Manufacture de porcelaine sise � S�vres (Hauts-de-Seine).</p><p>Elle a fait ses premiers essais � Vincennes, o� les fr�res Robert (1709-1769) et Gilles (1713-1774) Dubois, transfuges de l�atelier de Chantilly, obtiennent de construire un four dans l�ancien man�ge d�saffect�. C��tait en 1738. D�s 1741, les Dubois, r�voqu�s pour inconduite, sont remplac�s par leur auxiliaire Gravant et le coloriste Caillet. L�atelier produit des � blancs de Chine � et des compositions polychromes en p�te dite tendre, parce que l�acier en raye la surface. La p�te tendre est un combinat de marne et d��l�ments siliceux, d�une forte densit�, mais qui poss�de une grande aptitude � exalter les couleurs. La Manufacture imite les mod�les chinois et japonais en vogue, avec assez de succ�s pour qu�en 1745</p><p>un arr�t du Grand Conseil d�cerne un privil�ge � la compagnie. Le chimiste Jean Hellot est d�sign� pour composer les p�tes, Hulst pour choisir les mod�les, Duplessis (Claude Thomas Chambellan, 1702-1774), orf�vre du roi, pour les �tablir, le peintre Jean-Jacques Bachelier (1724-1806) pour diriger les sculpteurs et les mouleurs.</p><p>En 1750, le style fran�ais rocaille* se substitue au style chinois. De cette p�-</p><p>riode datent les fleurs en trompe l�oeil formant des bouquets, des voli�res, des girandoles, des lustres. D�s 1745, Bachelier demande aux ma�tres en renom des projets de statuettes et de groupes, t�moin les Petits Jardiniers et les sc�nes galantes de Boucher*, les sc�nes de chasse d�Oudry*. L��mail dont ces pi�ces sont rev�tues provoquant des reflets en d�saccord avec les contrastes d�ombres et de clairs pr�vus par le sculpteur, Bachelier s�avise de laisser nue la p�te blanche. En 1751, il soumet ses premi�res r�alisations au contr�leur g�n�ral Machault d�Arnou-ville, qui approuve cette initiative : le</p><p>biscuit est cr��.</p><p>La marquise de Pompadour avait</p><p>pris sous sa protection la Manufacture, � laquelle elle int�ressa le roi, qui s�en constitua le principal actionnaire.</p><p>C��tait en assurer la prosp�rit�. Bient�t, le man�ge de Vincennes se trouva trop exigu. De nouveaux b�timents furent construits sur le terrain de La Guyarde, � S�vres, dans lesquels la Manufacture royale s�installa en 1756 ; elle y restera jusqu�en 1876, pour se r�installer au bord de la Seine, o� ses ateliers et un important mus�e ont trouv� place. Le transfert � S�vres s�accompagne d�un renforcement du personnel de direction. Au chimiste Hellot est adjoint Pierre Joseph Macquer (1718-1784) ; � Bachelier, Falconet* pour la sculpture. La production prend un grand d�veloppement. Le mus�e du Louvre, la Wallace Collection de Londres, notamment, poss�dent des vases caract�-</p><p>ristiques du style du milieu du XVIIIe s. : le vase de type � M�dicis � d�environ 1750, les vases � � oreilles � de 1755</p><p>et de 1758, le pot-pourri � gondole �</p><p>de 1756.</p><p>Appel� au directorat de la Manufacture en 1772, un sieur Parent, que certaines ind�licatesses feront r�voquer en 1778, aura du moins le m�rite de d�velopper � S�vres la fabrication des porcelaines dures � que l�acier ne raye pas. Depuis 1710, l�atelier de Meissen, en Saxe, produisait des porcelaines de cette nature, analogues � celles qu�on importait de Chine et dont la composition d�argile fossile kaolinique n�avait pu, jusque-l�, �tre reproduite. En 1767, Macquer re�oit de Saint-Yrieix, en Limousin, des �chantillons d�une terre dont il a t�t fait de d�couvrir l�identit� avec le kaolin chinois. Un atelier de porcelaine dure est mont�, qui, d�s 1769, produit ses premiers ouvrages.</p><p>La porcelaine kaolinique exige, pour se vitrifier, une temp�rature beaucoup plus haute que la porcelaine tendre.</p><p>Par contre, elle poss�de une plasticit� sup�rieure et se pr�te � des op�rations techniques interdites � la p�te tendre.</p><p>C�est en porcelaine dure que sont ex�-</p><p>cut�s les ouvrages tels que les r�ticul�s � deux tuniques, l�ext�rieure ajour�e, les treilliss�s aux rives reperc�es, les trembleuses, qui sont de petites tasses retenues dans leur soucoupe par une</p><p>fine rainure ou un l�ger relief, les pots-pourris, qui sont des cassolettes au downloadModeText.vue.download 134 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10089</p><p>couvercle perc� de trous par lesquels s�exhalent les effluves balsamiques.</p><p>Ces ajours sont ex�cut�s sur les pi�ces crues, d�une extr�me fragilit� : ce sont des chefs-d�oeuvre de prudence et d�habilet�.</p><p>Nomm� directeur � la chute de Parent, R�gnier, conseill� par le comte d�Angiviller, directeur g�n�ral des arts et manufactures, substitue le style</p><p>� �trusque � (v. Louis XVI et Directoire [styles]) � la rocaille du temps de Louis XV. � Bachelier est adjoint le classique Jean-Jacques Lagre-n�e (1740-1821). Le sculpteur Louis Simon Boizot (1743-1809) remplace en 1774 Falconet, appel� en Russie par Catherine II ; en 1783, Thomire*</p><p>remplace Duplessis fils, qui a succ�d� � son p�re en 1774. Le n�o-classicisme r�gne � S�vres comme en tous les autres domaines de l�art.</p><p>La R�volution met en p�ril la Manufacture, dont Marat, l�� ami du peuple �, exige l�abolition. Le ministre Jules Fran�ois Par� d�fend l��tablissement avec des arguments aussi judi-cieux que courageux � la tribune de la Convention. Mais la production de cette �poque, sans perdre de sa qualit�, est tr�s faible en quantit�. C�est un d�cret du Premier consul qui lui rend la vie en 1800, en chargeant de son directorat le min�ralogiste Alexandre Brongniart (1770-1847), fils du c�-</p><p>l�bre architecte. Acc�dant � l�empire, Napol�on, en 1804, rattache l��tablissement � la liste civile et l�accable de commandes. La n�cessit� de produire vite oblige Brongniart � abandonner la fabrication des p�tes tendres, susceptibles de plus beaux d�cors peints, mais d�ex�cution plus lente et surtout plus al�atoire. Brongniart r�duit aussi le r�pertoire des mod�les, en fonction du formulaire antique. Assiettes, aigui�res, tasses sont d�cor�es de</p><p>� vues � sur fond blanc, dans un encadrement bleu rehauss� d�or. Les couleurs de fond, le bleu lapis (� bleu de S�vres �), le vert � Empire �, le rouge</p><p>� pomp�ien �, un orang� assez rare, caract�risent les pi�ces de cette p�riode.</p><p>Dans la seconde moiti� du si�cle, les successeurs de Brongniart multiplient les recherches techniques, essentiellement dans le d�cor. Jacques-Joseph Ebelmen (1814-1852), Charles Lauth (1836-1913), Th�odore Deck (1823-1891) imaginent des m�tallisations, des irisations, d�corant des formes in�dites.</p><p>En 1941, la Manufacture tente un renouvellement de sa production en faisant appel � des ma�tres c�ramistes originaux, tels que �mile Decoeur (1876-1953), S�raphin Soudbinine (1870-1944), Paul Beyer (1873-1945).</p><p>Cet �lan est repris � partir de 1964, la Manufacture faisant appel � des sculpteurs et peintres ext�rieurs pour de nouvelles cr�ations.</p><p>Le Mus�e national de</p><p>c�ramique de S�vres</p><p>Ind�pendant de la Manufacture, � laquelle il est contigu, le Mus�e de c�ramique a �t� institu� en 1805 par Alexandre Brongniart, qui en r�digea, en collaboration avec Denis D�sir� Riocreux, charg� du classement des collections en 1824, le premier catalogue descriptif. Il ne s�organisa pas sans peine : Brongniart s�entendit refuser un cr�dit de 500 francs qui e�t couvert l�achat de vingt-cinq Faenza, � vieilles fa�ences gothiques laides et sans int�r�t �, lui d�clara l�Administration des beaux-arts. Quant � la c�ramique fran�aise, elle �tait encore en si pi�tre estime que Riocreux, en 1842, put acqu�rir, moyennant 10 francs, plus 2 francs pour l�emballage et 0,50 pour le voiturier, son admirable fontaine � vasque trilob�e de Rouen. Mais l��rudition s�int�-</p><p>ressa bient�t � la c�ramique, et le Mus�e, rattach� � la collectivit� des Mus�es nationaux, put s�enrichir d�un tr�s grand nombre de pi�ces de toutes provenances, choisies d�abord pour leur valeur documentaire, conform�ment aux vues de son fondateur.</p><p>G. J.</p><p>F Porcelaine.</p><p>E. Garnier, la Porcelaine tendre de S�vres</p><p>(Quantin, 1889). / E. Bourgeois, le Biscuit de S�vres au XVIIIe si�cle (Manzy et Joyant, 1908 ; 2 vol.). / G. Lechevallier-Chevignard, la Manufacture de porcelaine de S�vres (Laurens, 1908 ; 2 vol.). / H. P. Fourest, Mus�e c�ramique de S�vres. Guide sommaire (�d. des Mus�es nationaux, 1950).</p><p>sexe</p><p>Ensemble de caract�res qui permettent de distinguer chez la plupart des �tres vivants deux genres, m�le* et femelle*.</p><p>Chez l�Homme comme chez les</p><p>animaux, le sexe est d�termin� d�s la f�condation (v. sexualisation), mais l�affirmation des caract�res m�les ou femelles implique, � un degr� �lev�, des comportements psychologiques et sociologiques complexes. Nous n�aborderons ici que l�aspect somatique (physiologique) de la question dans l�esp�ce humaine, les aspects concernant le comportement �tant trait�s � l�article sexualit�.</p><p>Diff�renciation sexuelle</p><p>Elle est d�finie par l�existence de caract�res sexuels primaires (les gonades), de caract�res sexuels primaires accessoires (les conduits g�nitaux et les organes g�nitaux externes) et de caract�res sexuels secondaires.</p><p>Diff�renciation des gonades</p><p>Elle s�effectue vers le 45e jour apr�s la f�condation � partir d�un �paississement de l��pith�lium coelomique, la cr�te g�nitale (appel�e progonade), colonis�e par des cellules germinales primordiales. Ainsi sont d�embl�e r�unies deux lign�es cellulaires dont la coexistence caract�rise les gonades adultes. Selon que se d�veloppera la zone m�dullaire (centrale) ou la zone corticale (p�riph�rique) de la progonade, se diff�renciera un testicule ou un ovaire. Le testicule* s�individualise vers la 6e semaine et provient de l��bauche m�dullaire. Les cordons sexuels primitifs s�hypertrophient (futurs tubes s�minif�res) et sont envahis par les gonocytes, qui se multiplient, deviennent spermatogonies et dont la r�duction chromatique se fera tardivement apr�s la pubert�. Le tissu m�dul-</p><p>laire compris entre les cordons devient un tissu interstitiel secr�taire.</p><p>L�ovaire* s�individualise vers la 10e semaine � partir de l��bauche corticale. Le cortex s��paissit, et les gonocytes s�y multiplient et deviennent des ovogonies dont la r�duction chromatique est imm�diate. Une seconde pouss�e de cordons sexuels se produit par prolif�ration �pith�liale, et ces downloadModeText.vue.download 135 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10090</p><p>cordons de Valentin-Pfl�ger se fragmentent en �lots sph�riques constituant des follicules primordiaux. Les m�canismes de la diff�renciation gonadique sont de deux ordres.</p><p>y Facteur g�n�tique. Ce facteur est d�termin� d�s la f�condation par la pr�sence des chromosomes* sexuels provenant l�un de l�ovule maternel, l�autre du spermatozo�de paternel. Le d�veloppement du testicule foetal survient chez les embryons dont la constitution g�n�tique est h�t�rozygote. Les deux chromosomes sexuels sont diff�rents : X et Y. Le d�veloppement des ovaires foetaux appara�t chez les individus dont la constitution g�n�-</p><p>tique est homozygote ; les deux chromosomes sexuels sont identiques : X</p><p>et X. La pr�sence de deux chromosomes sexuels identiques d�termine chez les sujets femelles la pr�sence d�un corpuscule chromatique annex� au noyau. Le sujet f�minin est dit</p><p>� chromatine positif �, par opposition au sujet masculin, dont les cellules ne contiennent pas, � l��tat normal, de corpuscule chromatinien. C�est la pr�-</p><p>sence de ce corpuscule dans les cellules qui permet de d�terminer le sexe chromatinien (test de Barr).</p><p>y Facteurs hormonaux. Il est tr�s vraisemblable que des facteurs</p><p>chimiques locaux participent � la diff�renciation gonadique. Mais il faut souligner que les donn�es que l�on poss�de dans ce domaine, d�une part, sont tr�s fragmentaires et, d�autre part, proviennent de l�exp�rimentation animale, qui ne saurait �tre rigou-</p><p>reusement transpos�e � l�Homme. De ces exp�rimentations on peut sch�matiquement retenir :</p><p>� que les cellules germinales primordiales ne poss�dent en elles-m�mes aucun pouvoir inducteur (en effet, lorsqu�elles se trouvent en situation ectopique [anormale], elles ne provoquent pas de diff�renciation gonadique) ;</p><p>� que la diff�renciation de ces cellules germinales en ovocytes ou en spermatocytes est d�termin�e par leur situation dans la progonade (ainsi, les cellules corticales de la progonade se comporteraient comme un inducteur f�minisant, alors que les cellules m�-</p><p>dullaires se comporteraient comme un inducteur masculinisant) ;</p><p>� que l��bauche gonadique ainsi</p><p>constitu�e aurait � son tour une activit� r�pressive sur la zone non d�velopp�e.</p><p>Ces faits ont �t� observ�s en particulier au cours d�exp�riences de parabiose chez les foetus d�Amphibiens (v. sexualisation).</p><p>Diff�renciation des caract�res</p><p>sexuels primaires accessoires</p><p>Cette diff�renciation survient apr�s la sexualisation des gonades. Ces caract�res s��difient � partir de deux formations embryonnaires annex�es � la progonade : les canaux de Wolff et de M�ller, qui s�ouvrent � la face dorsale du sinus urog�nital.</p><p>LES CONDUITS G�NITAUX</p><p>Chez l�homme, ce sont les canaux de Wolff qui sont � l�origine de l��pididyme, du canal d�f�rent, des v�sicules s�minales et des canaux �jaculateurs ; les canaux de M�ller s�atrophient, laissant souvent des vestiges (hydatide sessile).</p><p>Chez la femme, les conduits g�nitaux d�rivent des canaux de M�ller, qui donnent dans leur partie haute les trompes, les pavillons et les cornes ut�rines, et dans leur partie inf�rieure l�ut�rus et le vagin sup�rieur. Les</p><p>canaux de Wolff r�gressent, laissant quelques vestiges embryonnaires.</p><p>LES ORGANES G�NITAUX EXTERNES</p><p>Les organes g�nitaux externes d�rivent du sinus urog�nital, de la membrane et du tubercule g�nital. Chez l�homme, le sinus urog�nital fournit la partie ant�rieure de l�ur�tre et les glandes de Cooper ; la membrane et le tubercule g�nital se diff�rencient pour donner la verge, le scrotum, les corps caverneux.</p><p>Chez la femme, le sinus urog�nital devient le vestibule avec les glandes de Bartholin, alors que le clitoris, les grandes et les petites l�vres proviennent de la membrane et du tubercule g�nital.</p><p>La diff�renciation de ces caract�res sexuels primaires accessoires est essentiellement sous la d�pendance des s�cr�tions de la gonade diff�renci�e.</p><p>Chez la femme, le d�veloppement des voies g�nitales jusqu�� un stade infantile est un ph�nom�ne essentiellement passif, o� l�ovaire a un r�le minime, les s�cr�tions hormonales ovariennes n��tant indispensables que pour le parach�vement du d�veloppement � la pubert�. En revanche, la s�cr�tion du testicule foetal est indispensable � la diff�renciation sexuelle masculine.</p><p>Il s�agit l� d�une double action : d�une part, stimulation des structures masculines (appareils wolffien et sinus urog�nital), qui peut �tre obtenue exp�rimentalement, par l�implantation locale de testost�rone chez un embryon m�le castr�, chez qui on voit se d�velopper un appareil g�nital m�le normal ; d�autre part, inhibition des structures f�minines (canaux de M�ller). La diff�renciation du tractus g�nital est en outre sous la d�pendance d�hormones hypophysaires essentiellement pour la diff�renciation masculine. Enfin, il est vraisemblable que le sexe g�n�tique pourrait lui-m�me faire varier la sensibilit� tissulaire aux hormones gonadiques. La derni�re modification avant la naissance sera la migration des testicules dans le scrotum.</p><p>Diff�renciation des caract�res</p><p>sexuels secondaires</p><p>� partir de la naissance, la diff�rencia-</p><p>tion sexuelle va s�arr�ter pour plusieurs ann�es. Puis entre dix et quinze ans sur-viendra une pouss�e �volutive caract�-</p><p>risant la pubert�*. Sous l�influence de facteurs hormonaux (releasing factors) produits par l�hypothalamus, de facteurs nerveux et d�autres influences ext�rieures plus ou moins bien �lucid�es, le lobe ant�rieur de l�hypophyse va s�cr�ter les hormones* gonadotro-phiques : hormone folliculo-stimulante, qui, chez la femme, d�clenche la maturation des follicules et donc la s�cr�tion d�oestrog�nes ; hormone lu-t�inisante, stimulant le tissu interstitiel, qui, chez l�homme, est responsable de la s�cr�tion de testost�rone par les cellules de Leydig. Les hormones gonadiques (oestrog�nes ou testost�rone) ainsi s�cr�t�es provoquent l�apparition des caract�res sexuels secondaires. Les organes g�nitaux externes subissent une croissance rapide : verge, prostate et v�sicules s�minales augmentent de volume ; ut�rus et vagin se d�veloppent. Puis, chez le gar�on, on observe le d�veloppement des muscles, celui du larynx avec modification de la voix, la r�partition masculine de la pilosit� pubienne de forme losangique.</p><p>Chez la fille, les glandes mammaires se d�veloppent, et l�on observe une r�partition triangulaire de la pilosit� pubienne et le d�veloppement du pannicule adipeux sous-cutan� en particulier au niveau des hanches. Dans les deux sexes, cette p�riode correspond � l��veil de la libido, qui est partiellement sous le contr�le des hormones sexuelles. Le m�canisme hormonal de la pubert� est mis en �vidence par les castrations, qui, avant la pubert�, laissent les organes g�nitaux dans un �tat infantile sans apparition de caract�res sexuels secondaires. L�administration de testost�rone � un castrat masculin ou d�oestrog�nes � un castrat f�minin compense les cons�quences de la castration. L�ablation de l�hypophyse provoque les m�mes effets que la castration, mais, en outre, les gonades conservent leur aspect infantile, les testicules restent petits et les ovaires sont atrophiques et non fonctionnels.</p><p>Ainsi, la diff�renciation sexuelle aboutit apr�s la pubert� � une concordance des sexes g�n�tique, gonadique, morphologique et psychologique. On</p><p>peut, cependant, � l��tat pathologique, observer des discordances :</p><p>1. Les dysg�n�sies gonadiques sont dues � des erreurs chromosomiques, tels le syndrome de Turner, de morphologie f�minine avec formule chromosomique XO et gonade atrophique, et le syndrome de Klinefelter, de morphologie masculine avec formule XXY</p><p>et petits testicules. Il en est ainsi encore de certains hermaphrodismes vrais, qui sont rarissimes, avec pr�sence d��l�-</p><p>ments gonadiques des deux sexes</p><p>et formule g�n�tique souvent complexe et perturb�e (v. chromosome et hermaphrodisme).</p><p>2. Les dysharmonies gonado-sexuelles sont dues le plus souvent � des anomalies hormonales : il en est ainsi de certains pseudo-hermaphrodismes masculins, ou � testicules f�minisants �, ou de certains pseudo-hermaphrodismes f�minins dus � des tumeurs virilisantes.</p><p>Physiologie et</p><p>activit� sexuelle</p><p>Il faut distinguer les gonades, qui ont un r�le � la fois endocrine et exocrine, et les organes g�nitaux, qui sont les organes de la reproduction.</p><p>Les gonades</p><p>Elles ont une activit� endocrine, les s�cr�tions hormonales, et une activit� exocrine, la production des gam�tes.</p><p>CHEZ LA FEMME</p><p>L��volution se fait en deux phases au sein du follicule. Dans l�ovaire, lors de la phase d�accroissement, l�ovule subit une �volution cytoplasmique sans modification du noyau, qui se traduit par une augmentation de volume. Puis, au cours de la phase de maturation s�effectue la r�duction chromatique.</p><p>Cela se fait par division cellulaire de type m�iotique, mais donne naissance � deux sortes de cellules : d�une part, les globules polaires I et II, d�pourvus de cytoplasme et ne pr�sentant qu�un d�chet nucl�aire ; d�autre part, les ovocytes et les ovotides, seuls �l�ments susceptibles d��tre f�cond�s ayant gard� l�int�grit� du cytoplasme. Parall�lement, le follicule d�abord plein, ou</p><p>follicule primordial, s�est creus� d�une downloadModeText.vue.download 136 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10091</p><p>cavit� devenant ainsi le follicule secondaire ou cavitaire. La rupture de ce follicule laisse s��chapper l�ovule, qui est recueilli par les trompes ut�rines.</p><p>Tous les follicules n�aboutissent cependant pas � la ponte ovulaire, et des �tudes ont montr� que, chez la femme, le nombre de follicules primordiaux des deux ovaires � la naissance est de l�ordre de 400 000, alors que seulement 350 � 400 seront utilis�s au cours de la vie. Le follicule rompu devient le corps jaune, qui poss�de une activit� endocrine et caract�rise la seconde phase du cycle menstruel. L�activit� hormonale de l�ovaire se manifeste par la s�cr�-</p><p>tion de deux types d�hormones : les oestrog�nes et les hormones progestatives.</p><p>1. Les oestrog�nes. Il en existe trois types essentiels dans l�esp�ce humaine : l�oestrone, l�oestradiol et l�oes-triol. Ce sont des st�ro�des*. Leur taux de s�cr�tion est de l�ordre de 0,3 mg par 24 heures. Leur action essentielle s�exerce sur les voies g�nitales. � la pubert�, leur augmentation brutale permet les modifications de l�ut�rus, des trompes, du vagin, des petites l�vres et des seins. Chez la femme en activit� g�nitale, les oestrog�nes exercent une action cyclique sur l�ut�rus, les trompes et le vagin. Au niveau de l�endom�tre et des trompes pendant la premi�re phase du cycle menstruel, dite</p><p>� phase folliculinique �, on observe une prolif�ration cellulaire, une augmentation de la circulation locale, un accroissement des tubes glandulaires de l�endom�tre (muqueuse ut�rine) aboutissant au 12e jour du cycle � un aspect tr�s caract�ristique de la phase folliculinique. Apr�s l�ovulation, pendant la phase folliculo-lut�inique, les oestrog�nes sont indispensables � la formation de la dentelle ut�rine. Au niveau du myom�tre (muscle ut�rin), ils augmentent la tonicit� du muscle ut�rin et le volume ut�rin. Au niveau du col ut�rin, on observe essentiellement une augmentation de l�abondance et de la fluidit� de la glaire cervicale.</p><p>Au niveau du vagin, il y a une prolif�-</p><p>ration des couches basales cellulaires et une desquamation de cellules dites</p><p>� oestrog�niques �, qui sont acido-philes � noyau picnotique, tandis que le pH des s�cr�tions devient acide.</p><p>2. Les hormones progestatives. Elles sont essentiellement repr�sent�es par la progest�rone. Cette hormone est presque exclusivement s�cr�t�e par le corps jaune ; elle n�appara�t donc qu�apr�s rupture du follicule ; son taux de s�cr�tion, en dehors de la grossesse, est de l�ordre de 12 � 20 mg par 24 heures. Son action au niveau des organes g�nitaux compl�te celles des oestrog�nes, et il est important de noter que l�action des progestatifs ne peut se faire que sur des r�cepteurs impr�-</p><p>gn�s par les oestrog�nes. Au niveau de l�ut�rus, la muqueuse augmente encore d��paisseur avec dilatation des glandes endom�triales, qui deviennent tortueuses et festonn�es, jusqu�� prendre l�aspect de dentelle ut�rine caract�-</p><p>ristique de la phase lut�ale. En m�me temps s�observe une intense activit� s�cr�toire. Au niveau du myom�tre, on observe une action paralysante avec diminution de la mobilit� ut�rine et des pressions intra-ut�rines. Au niveau du col, il y a diminution des s�cr�-</p><p>tions et disparition de la glaire filante cervicale. Par ces diff�rentes actions, les hormones progestatives sont donc capables de pr�parer et de maintenir la gestation. En outre, les progestatifs augmentent la temp�rature matinale de 2/10 � 3/10 de degr�, et l�observation de la courbe thermique quotidienne permet ainsi de d�terminer l�apparition des progestatifs et donc la date de la ponte ovulaire. Le cycle g�nital chez la femme est ainsi r�gl� par l��quilibre des taux hormonaux d�abord de la phase folliculinique, avec pr�-</p><p>sence d�oestrog�nes, puis de la phase lut�ique, lorsque les progestatifs apparaissent. En l�absence de f�condation, l�effondrement des taux de progestatifs et d�oestrog�nes provoque la menstruation*, desquamation de la muqueuse ut�rine avec h�morragie (r�gles). La r�gulation de la s�cr�tion de ces hormones est sous la d�pendance de l�hypophyse par l�interm�diaire de deux hormones hypophysaires (les gonado-trophines) elles-m�mes d�pendantes de l�hypothalamus, dont l�activit� d�pend du taux d�hormones circulantes. Ainsi</p><p>s��tablit un m�canisme de feed-back (contr�le en retour) permettant une r�gulation pr�cise de la s�cr�tion hormonale de l�ovaire.</p><p>CHEZ L�HOMME</p><p>La gam�togen�se aboutit � la formation de spermatozo�des et se fait en trois p�riodes : une p�riode de multiplication, aboutissant � la formation d�un stock de spermatogonies ; une p�riode d�accroissement, allant de la spermatogonie au stade de spermatocyte de premier ordre ; enfin une phase de maturation, caract�ris�e d�une part par une division r�ductionnelle, qui se situe entre spermatocytes de premier et de second ordre, et d�autre part par la phase de spermiogen�se, qui transforme le spermatide en spermatozo�de.</p><p>La division r�ductionnelle est l��l�-</p><p>ment capital de cette maturation, qui aboutit � une r�duction chromatique.</p><p>Mais, � la diff�rence de ce qui se passe chez la femme, la m�iose aboutit ici � la formation de deux cellules � potentiel identique. Il est � noter que la spermatogen�se peut �tre affect�e par de nombreux facteurs ext�rieurs, les uns capables d�entra�ner des anomalies graves, telles les radiations ionisantes, les intoxications par le naphtal�ne, l�arsenic, les sels de cadmium, les autres aboutissant � une r�duction de la spermatogen�se, voire � son arr�t, telles les agressions auditives par des bruits intenses et prolong�s. Enfin, la spermatogen�se ne peut se produire qu�� une temp�rature sensiblement plus basse que celle de l�organisme, et la migration du testicule de l�abdomen vers les bourses est, � ce point de vue, indispensable : un testicule restant intra-abdominal est improductif. Les hormones m�les, ou androg�nes, sont des hormones st�ro�des d�rivant de l�androstane et dont le principal repr�-</p><p>sentant est la testost�rone. Celle-ci est s�cr�t�e uniquement par les testicules au niveau des cellules de Leydig. Son taux de s�cr�tion est de 7 � 8 mg par 24 heures chez l�homme. � c�t� de cette hormone purement testiculaire, les corticosurr�nales produisent �galement des androg�nes. Deux stimulines hypophysaires r�glent la s�cr�tion des androg�nes : L. H. (lut�ostimuline hormone) contr�le la s�cr�tion de tes-</p><p>tost�rone avec un effet de feed-back r�gulant cette s�cr�tion ; l�A. C. T. H. a une certaine action sur les androg�nes corticosurr�naliens, mais il n�existe pas ici d�inhibition r�troactive par les androg�nes circulants. La testost�rone est de loin l�androg�ne le plus actif.</p><p>Ses actions sont diverses. Elle entretient les caract�res sexuels secondaires et accessoires m�les, qui r�gressent apr�s castration ; elle conserve ainsi un �tat trophique constant de l��pith�-</p><p>lium des v�sicules s�minales et de la prostate. D�autre part, elle favorise le d�veloppement du larynx (voix grave) et de la pilosit� (barbe, moustache, r�gions intermamelonnaires, p�ri-anale et sus-pubienne). Elle favorise la spermatogen�se et la survie des spermatozo�des, et elle agit sur la composition du liquide s�minal. L�injection de testost�rone stimule en effet la production de fructose, d�acide citrique et de phos-phatases, et elle augmente ainsi le pouvoir nutritif et �nerg�tique du liquide s�minal. Les androg�nes ont en outre quelques actions non sexuelles, en particulier sur le m�tabolisme prot�ique, o� l�on observe un effet anabolisant (faisant grossir). Ils favorisent �galement le d�veloppement et la soudure des cartilages de conjugaison, et, par cons�quent, limitent la croissance.</p><p>Les organes g�nitaux</p><p>Le co�t permet la rencontre des ga-m�tes, point de d�part de la f�condation et de la grossesse. Il n�cessite un �tat de d�sir se traduisant par des modifications des organes g�nitaux externes. Chez l�homme, la verge devient ferme, tendue et augmente de volume. Chez la femme, les s�cr�tions vaginales augmentent, les grandes l�vres s�amincissent, les petites l�vres augmentent de volume et le clitoris se gorge de sang. L�accouplement se fait par intromission de la verge dans la cavit� vaginale. Au bout d�un temps variable et par r�p�tition des sensations voluptueuses se produit un paroxysme, l�orgasme, aboutissement normal du rapport sexuel. Il s�agit d�un r�flexe m�dullaire dont le point de d�part est le gland chez l�homme et le clitoris chez la femme. Il provoque chez la femme une contraction brutale et r�p�titive des muscles p�rivaginaux et p�rivulvaires,</p><p>et chez l�homme l��jaculation, qui est l�expulsion brusque du liquide s�minal et qui projette le sperme � proximit� du col ut�rin. � la diff�rence de la plupart des animaux, l�Homme est capable d�excitation sexuelle en dehors de toute p�riodicit� saisonni�re. Cette excitation se produit dans l�esp�ce humaine sous l�influence de facteurs divers : stimulation visuelle, auditive, olfactive, psychique et surtout tactile. Le rapport sexuel se fait donc en trois phases : une phase de pr�ambules, o� s�exacerbe le d�sir sexuel des deux partenaires par stimulation �rog�ne, attouchements, caresses, auxquelles certaines zones sont particuli�rement sensibles (cheveux, paupi�res, seins, flancs, clitoris, verge) ; une phase de tension, pendant laquelle se r�alise l�acte sexuel, qui aboutit � l�orgasme ; enfin une phase de r�solution, o� les organes g�nitaux reprennent leur aspect initial et pendant laquelle aucune stimulation n�est plus d�sir�e et peut m�me �tre douloureuse.</p><p>Les spermatozo�des ainsi lib�r�s vont migrer � travers le col ut�rin et l�ut�rus jusqu�au tiers sup�rieur des trompes ut�rines. Ils y ont une survie moyenne de quatre � cinq jours, et, si cette p�-</p><p>riode co�ncide avec une ponte ovulaire, aura lieu une f�condation. La f�condation est la p�n�tration d�un spermatozo�de � l�int�rieur d�un ovule. � cet effet, le spermatozo�de contient des substances favorisant sa p�n�tration � travers la membrane ovulaire. Normalement, un seul spermatozo�de f�conde downloadModeText.vue.download 137 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10092</p><p>un seul ovule, mais il est n�anmoins indispensable qu�il y ait la pr�sence d�un tr�s grand nombre de spermatozo�des autour de l�ovule. La phase essentielle de la f�condation est la constitution, � partir de deux noyaux cellulaires haplo�des (c�est-�-dire contenant 22 autosomes et 1 chromosome sexuel), d�une cellule diplo�de (c�est-�-dire contenant 44 autosomes et 2 chromosomes sexuels) [v. f�condation]. � partir de ce moment, l�ovule est devenu l�embryon*, qui commence � se diviser en deux, quatre, huit, seize, trente-deux, etc., cellules contenant toutes la tota-</p><p>lit� de l�information g�n�tique du futur organisme. En m�me temps, il migre du tiers sup�rieur de la trompe, o� a eu lieu la f�condation, vers le corps ut�rin, o� aura lieu la nidation, c�est-</p><p>�-dire l�implantation de l�oeuf et la formation du placenta. Parall�lement, le taux d�hormones circulantes dans l�organisme f�minin reste �lev� ; il n�y a donc pas de menstruation et il n�y a plus d�ovulation pendant toute la grossesse. Le maintien de la gestation n�-</p><p>cessite en effet l�intervention des hormones oestrog�nes et progestatives, qui sont fournies d�une part par le corps jaune, cicatrice ovarienne de la ponte ovulaire, qui prend un aspect dit � gra-vidique � lorsque la f�condation a eu lieu, et d�autre part, � partir du 3e mois, par le placenta, qui prend le relais de la s�cr�tion hormonale. Le taux hormonal restera �lev� pendant toute la dur�e de la grossesse et chutera seulement � la fin de celle-ci, responsable ainsi en partie de l�accouchement.</p><p>La vie sexuelle d�un individu n�est possible qu�apr�s la pubert�. Elle est une des grandes fonctions de l�organisme, un facteur d��quilibre tant organique que psychique. La toute premi�re manifestation en est l�int�r�t que porte l�adolescent au d�veloppement nouveau et surprenant de son organisme et � l��veil de sa libido. La masturbation, qui en est le corollaire, est une phase normale du d�veloppement dans les deux sexes, et seules des consid�rations d�ordre moral ou sociologique ont amen� � la condamner. Apr�s la pubert�, l�intensit� et la dur�e de la vie sexuelle sont extr�mement variables avec les individus. Un certain nombre de rapports statistiques ont �t� effectu�s, mais aucune loi g�-</p><p>n�rale ne peut en �tre tir�e. Une seule chose est certaine, la p�riode d�activit� sexuelle outrepasse la p�riode d�activit� g�nitale. Celle-ci marque en effet sa fin par la m�nopause chez la femme, vers l��ge de quarante-cinq � cinquante ans, alors que chez l�homme l�andropause est beaucoup plus difficile � d�finir. Si la m�nopause et l�andropause ne marquent pas la fin de l�activit� sexuelle, elles entra�nent n�anmoins une baisse de la libido et une r�gression progressive des tractus g�nitaux, qui aboutit finalement � un arr�t de</p><p>l�activit� sexuelle � un �ge variable pour chaque individu, mais habituellement plus pr�coce chez la femme que chez l�homme.</p><p>Maladies atteignant</p><p>les appareils sexuels</p><p>Un certain nombre d�anomalies</p><p>peuvent affecter la vie sexuelle d�un couple : soit par impossibilit� de rapports sexuels, soit par st�rilit�, interdisant toute grossesse en d�pit de rapports sexuels normaux.</p><p>Les d�fauts du co�t</p><p>y Chez la femme, en dehors d�une malformation vaginale souvent �vidente (atr�sie ou hypoplasie vaginale, ou cloisonnement, qui pourront �tre plus ou moins facilement corrig�s chirurgicalement), il faut retenir essentiellement la frigidit� et le vaginisme.</p><p>La frigidit�* permet des rapports sexuels, mais sans participation �motive ni voluptueuse de la part de la femme, qui subit son partenaire plus qu�elle ne le d�sire. Une psychoth�rapie bien conduite vient souvent � bout de ce genre de trouble.</p><p>Le vaginisme, au contraire, ne permet pas de rapport sexuel, toute tentative d�intromission se soldant pour la femme par une douleur plus ou moins vive, avec irritation et contraction p�ri-n�ale. Il s�agit encore souvent d�une affection d�ordre psychologique, mais celle-ci est nettement favoris�e par les infections locales.</p><p>y Chez l�homme, on retrouve �galement certaines malformations (phimosis ou paraphimosis [pr�puce trop �troit], bri�vet� du frein de la verge) qui seront corrig�s chirurgicalement, ainsi que des affections habituellement psychosomatiques (impuissance</p><p>[c�est-�-dire impossibilit� d��rection]</p><p>ou �jaculation pr�coce [c�est-�-dire expulsion du sperme avant toute</p><p>intromission]).</p><p>La st�rilit�*</p><p>Elle peut �galement se voir dans les deux sexes, soit par malformation</p><p>gonadique ou du tractus g�nital (hypoplasie ut�rine, cloisonnement ut�rin, ut�rus bifide, oblit�ration des trompes chez la femme ; oblit�ration ou malformation des voies s�minales chez l�homme), soit par d�faut des gam�tes (absence d�ovulation chez la femme, azoospermie ou aspermie [absence de spermatozo�des, de sperme] chez l�homme). � ce titre, un examen de st�rilit� doit comporter l�examen des deux partenaires avec, en particulier, l��tude d�un spermogramme. Le spermogramme prend en compte le nombre de spermatozo�des par millilitre (normalement plus de 80 millions), leur mobilit� et leur vivacit� deux heures apr�s l��jaculation (plus de 55 p. 100</p><p>vivants apr�s deux heures, et conservant une vitesse de d�placement de 0,7</p><p>� 0,9 mm par minute in vitro), enfin le nombre de formes anormales : pointue, arrondie, double ou g�ante (moins de 15 p. 100). Il faut rapprocher de ces causes de st�rilit� les d�ficits hormonaux de la femme, en particulier en progest�rone, interdisant de mener � bien une grossesse.</p><p>Les maladies des</p><p>organes g�nitaux</p><p>La pathologie tumorale est fr�quente surtout chez la femme. Il peut s�agir de tumeur b�nigne : kyste ovarien, fibrome ut�rin, qui sont souvent r�v�l�s par des douleurs abdominales ou des saignements ; ad�nome prostatique de l�homme, habituellement r�v�l� par des troubles de la miction. Il peut s�agir de tumeur maligne, touchant le plus souvent l�ovaire, le corps ut�rin ou le col ut�rin chez la femme, le testicule ou la prostate chez l�homme. Il faut insister sur l�importance d�un d�pistage pr�coce de ces tumeurs, en particulier chez la femme : des examens gyn�-</p><p>cologiques p�riodiques permettent de reconna�tre ces tumeurs au d�but de leur �volution et de leur appliquer un traitement efficace. Il faut rapprocher de ces affections proprement g�nitales le cancer du sein, qui ob�it aux m�mes r�gles de d�pistage.</p><p>La pathologie infectieuse, elle aussi, touche plus souvent la femme que l�homme. Il s�agit, chez la femme,</p><p>d�infections loco-r�gionales, de sal-pingite, de m�trite, ou de vaginite et, chez l�homme, d�orchite et d��pidydi-mite. Mais il existe certaines maladies g�n�rales qui peuvent avoir des complications g�nitales, en particulier les oreillons, qui donnent chez l�homme une orchi-�pididymite parfois secondairement compliqu�e d�une st�rilit�.</p><p>L�importance de la pathologie v�n�-</p><p>rienne s�accro�t chaque ann�e, particuli�rement dans les agglom�rations.</p><p>Les maladies v�n�riennes sont des affections contagieuses transmises par contact sexuel, � point de d�part g�nital et susceptibles, secondairement, de donner une maladie g�n�rale. Les deux plus fr�quemment rencontr�es sont la syphilis*, dont l��volution conduit � de tr�s graves complications en l�absence de traitement, et la blennorragie (chaude-pisse), due au gonocoque*, dont les manifestations sont tr�s importantes chez l�homme, avec �coulement ur�tral purulent et br�lures miction-nelles tr�s intenses, et, en revanche, tr�s discr�tes chez la femme, limit�es parfois � quelques br�lures urinaires et quelques �coulements vaginaux.</p><p>Certaines maladies peuvent avoir un retentissement sexuel, soit en perturbant la fonction endocrinienne �</p><p>telles les l�sions hypophysaires, thyro�diennes, surr�naliennes et toutes les grandes atteintes de l��tat g�n�ral, en particulier l�alcoolisme, les grandes d�nutritions et les cachexies �, ou bien en perturbant la fonction neurologique de l�acte sexuel, que le point de d�part en soit c�r�bral ou m�dullaire (moelle �pini�re).</p><p>Maladies h�r�ditaires</p><p>li�es au sexe</p><p>Certaines maladies h�r�ditaires (h�mophilie*, daltonisme) sont li�es au sexe et transmises par les chromosomes X</p><p>ou Y. Trois types d�h�r�dit� sont possibles :</p><p>� l�h�r�dit� partiellement li�e au sexe, le g�ne �tant ici port� par le fragment commun des deux chromosomes X et Y ;</p><p>� l�h�r�dit� holandrique, le g�ne �tant</p><p>ici port� par le fragment particulier au chromosome Y (la transmission est donc stricte de p�re en fils, ce type de transmission est rare) ;</p><p>� l�h�r�dit� absolue li�e au sexe ; c�est le type le mieux individualis� ; le g�ne est ici port� par le fragment particulier au chromosome X ; cette h�r�dit� est rarement dominante (v. chromosome et g�n�tique).</p><p>Morbidit� g�n�rale</p><p>selon le sexe</p><p>En dehors de toute h�r�dit�, certaines maladies touchent plus fr�quemment l�homme ou la femme, soit par pr�-</p><p>disposition organique mal connue, soit en rapport avec certaines activit�s plus sp�cifiques � l�un ou l�autre sexe. Si l�on consid�re les grands fl�aux actuels, on s�aper�oit que leur r�partition selon le sexe peut varier downloadModeText.vue.download 138 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10093</p><p>dans des proportions allant de 1/2 � 1/10. Les maladies de l�appareil circulatoire sont actuellement la premi�re cause de d�c�s dans les pays riches.</p><p>Elles touchent principalement les hommes de quarante-cinq � cinquante-cinq ans, avec des taux de mortalit� en 1973 allant de 429 (Provence) � 637 p. 100 000 (Nord), alors que, pour les femmes, le taux de mortalit� moyen se situe vers 360 p. 100 000. Le cancer repr�sente environ 110 000 d�c�s par an en France actuellement. En 1964, les chiffres exacts recens�s �taient 52 395 d�c�s masculins, soit 226 p. 100 000, et 44 836 d�c�s f�minins, soit 184 p. 100 000. Cette cause de mortalit� est en progression d�environ 30 p. 100 tous les dix ans. Cela est d� au fait que la vie est plus longue, le d�pistage plus fr�quent et la population en augmentation. Si, en nombre absolu, le cancer touche plus souvent l�homme que la femme, il faut pr�ciser qu�entre vingt et cinquante ans les femmes sont plus souvent atteintes que les hommes, car les cancers des organes g�nitaux touchent essentiellement les femmes jeunes et les hommes �g�s.</p><p>Chez l�homme, les cancers les plus fr�quents sont, dans l�ordre, le cancer cutan�, le cancer pulmonaire, le cancer prostatique et le cancer gastrique ; chez la femme, ce sont les cancers du sein, de l�ut�rus, de la peau et de l�intestin.</p><p>La mortalit� la plus �lev�e s�observe chez l�homme � l�occasion de cancer pulmonaire, gastrique ou prostatique et chez la femme � l�occasion de cancer du sein, de l�ut�rus ou de l�intestin. L�alcoolisme et la cirrhose du foie repr�sentent �galement une cause de mortalit� tr�s importante en France, avec des taux variables selon la r�gion.</p><p>Les proportions vont, pour l�homme, de 38,7 p. 100 000 en Bretagne � 4 p. 100 000 dans le Languedoc et, pour la femme, de 8,7 p. 100 000 en Bretagne � 1,1 p. 100 000 en Provence-C�te-d�Azur. Les maladies de l�appareil respiratoire touchent en moyenne deux hommes pour une femme. En</p><p>dehors du cancer bronchopulmonaire, deux affections sont particuli�rement en cause : la tuberculose, dont le taux de mortalit� a baiss� de fa�on spectaculaire (24 282 d�c�s en 1950, 3 729 en 1971), mais dont la morbidit� (nombre de malades) reste toujours importante ; la bronchite chronique, qui, au contraire, est une maladie en voie d�extension et qui est responsable en France d�environ 16 millions de journ�es de travail perdues par an. Certaines maladies g�n�rales ou m�taboliques ont �galement une r�partition diff�rente selon le sexe, telles que les collag�-</p><p>noses (v. conjonctif), dont on trouve 80 p. 100 des cas chez des femmes de trente � trente-cinq ans, et la goutte, qui touche environ dix hommes pour une femme. Enfin, les morts violentes sont environ deux fois plus fr�quentes chez l�homme que chez la femme. En 1971</p><p>les suicides repr�sentaient 5 534 d�c�s chez l�homme contre 2 248 chez la femme.</p><p>D. P.</p><p>F Chromosome / F�condation / Frigidit� / G�nital / Grossesse / Hermaphrodisme / Hormone /</p><p>Menstruation / Ovaire / Pubert� / Sexualisation /</p><p>Sexualit� / Sperme / St�rilit� / Testicule / Ut�rus.</p><p>J. Vague, la Diff�renciation sexuelle humaine, ses incidences en pathologie (Masson, 1952). / P. Chauchard, la Vie sexuelle (P. U. F.,</p><p>coll. � Que sais-je ? �, 1957 ; 6e �d., 1969). /</p><p>A. Aimes, Pour comprendre les changements de sexe (E. S. F., 1961). / D. Federman, Abnormal Sexual Development (Philadelphie, 1967).</p><p>sexualisation</p><p>Diff�renciation sexuelle de l�embryon, qui commence d�s la f�condation et se poursuit, plus ou moins tardivement selon les groupes taxinomiques, jusqu�� l��dification de sujets sexu�s.</p><p><strong>Introduction</strong></p><p>Chez les animaux gonochoriques (� sexes s�par�s), deux sexes se diff�rencient, le sexe m�le et le sexe femelle. Les Vert�br�s sont gonochoriques, sauf quelques cas exceptionnels d�hermaphrodisme*.</p><p>La diff�rence sexuelle des orga-</p><p>nismes se manifeste � divers ni-</p><p>veaux : caract�res sexuels germinaux, caract�res sexuels somatiques primaires, caract�res sexuels somatiques secondaires.</p><p>Les caract�res sexuels germinaux sont d�finis par la nature des glandes g�nitales, ou gonades (testicules chez le m�le, ovaires chez la femelle), qui produisent les gam�tes : spermatozo�des ou gam�tes m�les (spermatogen�se), ovules ou gam�tes femelles (ovogen�se). Les gam�tes m�les et femelles diff�rent grandement ; le spermatozo�de, mobile, ne poss�de pas de r�serves ; l�ovule, grosse cellule immobile, riche en r�serves, porte un important noyau, la v�sicule germinative.</p><p>Ce dimorphisme gam�tique favorise la rencontre des gam�tes et, partant, la f�condation.</p><p>Les caract�res sexuels somatiques primaires participent � la reproduction et comprennent les voies g�nitales, qui assurent le transport des gam�tes, et les dispositifs d�accouplement (organes g�nitaux externes).</p><p>Les caract�res sexuels somatiques secondaires englobent tous les d�tails morphologiques caract�ristiques de l�un ou l�autre sexe. Ils permettent d�embl�e leur identification, par exemple de reconna�tre un coq et une</p><p>poule. Chez l�homme et la femme, les caract�res sexuels secondaires int�-</p><p>ressent le syst�me pileux, plus d�velopp� chez l�homme, la largeur du bassin, plus importante chez la femme, le d�veloppement des glandes mammaires, r�duit chez l�homme, un timbre de voix propre � chaque sexe.</p><p>Ces caract�res sexuels secondaires ne sont pas toujours aussi accus�s.</p><p>Chez la Souris, par exemple, ils sont beaucoup plus discrets et ne permettent pas une identification morphologique externe des sexes. Il en est de m�me chez certains Oiseaux (Pigeons, Serins) : le serin chante, la serine est muette.</p><p>Les caract�res sexuels secondaires se retrouvent chez les divers animaux et affectent des caract�res vari�s. Voici quelques attributs du sexe m�le : crini�re du Lion, bois du Cerf, cornes du B�lier, callosit�s fessi�res de quelques Singes, sac vocal du Singe hurleur, glandes odorantes du Che-vrotain Porte-Musc, canines saillantes du Morse, du Phacoch�re. Beaucoup d�Oiseaux m�les poss�dent un plumage brillamment color� (Gallinac�s, Para-disiers, Colibris...), alors que celui des femelles est terne ; l�aspect inverse est beaucoup plus rare. Les Grenouilles et les Crapauds m�les pr�sentent des callosit�s digitales ; les sacs vocaux caract�risent les m�les d�Amphibiens. Des couleurs diff�rentes affectent les Poissons m�les et femelles. L�Hippocampe m�le porte une poche incubatrice. Le Xiphophore m�le montre une nageoire caudale en �p�e. Les Insectes et les Crustac�s m�les sont dot�s d�appendices remarquables (cornes frontales des Oryctes, mandibules des Lucanes, pinces des Crabes, pinces abdominales des Forficules). L�appareil musical des Insectes m�les offre un d�veloppement plus ou moins important.</p><p>L�ensemble de ces caract�res sexuels germinaux et somatiques primaires et secondaires d�finit le sexe g�nital de l�individu. Ce sexe s��tablit progressivement pendant la vie embryonnaire et l�enfance, et sera d�finitivement r�alis� apr�s la pubert�. Caract�res sexuels germinaux et tractus g�nital se diff�rencient en une premi�re phase</p><p>embryonnaire ; les caract�res sexuels secondaires se d�veloppent en une seconde phase, au cours de la pubert�.</p><p>D�veloppement de</p><p>l�appareil g�nital</p><p>des Vert�br�s</p><p>Les Vert�br�s sont g�n�ralement gonochoriques, c�est-�-dire � sexes s�pa-r�s ; l�hermaphrodisme est rare.</p><p>Gonades</p><p>� l�origine, les gonades (ovaire et testicule) sont g�n�ralement paires, mais l�une d�elles peut ne pas se d�velopper : la poule et les femelles des Oiseaux poss�dent une seule gonade, la gauche.</p><p>Au d�but du d�veloppement, tout</p><p>Vert�br� est sexuellement indiff�rent et potentiellement hermaphrodite. La diff�renciation sexuelle stabilisera l�une des �bauches et fera r�gresser l�autre. Au stade indiff�renci�, la gonade comprend un �pith�lium, un cortex p�riph�rique et une medulla centrale ; le cortex poss�de des potentialit�s femelles, alors que la medulla manifeste des potentialit�s m�les. Ces deux territoires � potentialit�s diff�-</p><p>rentes caract�risent plus les gonades que les gonocytes primaires, qui ne sont pas sexu�s ; de leur situation dans l�un ou l�autre de ces territoires d�pendra leur �volution en spermatozo�des ou en ovules. L��volution du cortex conduira � la diff�renciation d�un ovaire ; au contraire, le d�veloppement de la medulla entra�ne la formation d�un testicule. Cette impulsion rel�ve de la d�termination g�n�tique du sexe ; en g�n�ral, d�termination g�n�tique du sexe et diff�renciation sexuelle co�ncident. Parfois, la bivalence persiste ; un Crapaud m�le castr� d�veloppe des ovaires rudimentaires � partir des organes de Bidder, gonade vestigiale � potentialit�s femelles qui n��volue jamais dans les conditions normales.</p><p>�volution testiculaire chez</p><p>les Vert�br�s sup�rieurs</p><p>Les gonocytes primordiaux se trouvent dans le croissant germinal chez les Oiseaux et dans l��bauche m�soblastique chez les Mammif�res ; l��pith�lium p�-</p><p>riton�al, o� migrent les gonocytes, devient l��pith�lium germinatif, analogue du cortex ; il prolif�re, et des cordons sexuels form�s de cellules germinales, ou spermatogonies, apparaissent, se d�-</p><p>tachent de l��pith�lium et envahissent la medulla, qui prend de l�importance, alors que le cortex r�gresse ; celui-ci est remplac� par une albugin�e, une downloadModeText.vue.download 139 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10094</p><p>�paisse enveloppe fibreuse. Les cordons sexuels se fragmentent et donnent des tubes s�minif�res. Les spermatogonies se multiplient, mais la spermatogen�se et la spermiogen�se ne s�effec-tueront qu�� la maturit� sexuelle. Entre les cordons sexuels se d�veloppe un abondant tissu interstitiel, comprenant les cellules de Leydig, responsables de la s�cr�tion de l�hormone m�le. � la pubert�, sous l�action des gonadosti-mulines hypophysaires, la testost�rone suscitera la r�alisation des caract�res sexuels secondaires. Le m�son�phros, ou rein secondaire ou corps de Wolff, se diff�rencie et perd ses fonctions ex-cr�trices dans la portion g�nitale ; les tubes s�minif�res restent en communication avec les tubules du m�son�phros pour assurer l��vacuation des spermatozo�des. Le r�seau testiculaire (canaux eff�rents, canaux de l��pididyme), les v�sicules s�minales correspondent � des transformations du m�son�phros foetal.</p><p>La diff�renciation sexuelle du foetus humain commence vers la huiti�me semaine et se termine vers le troisi�me ou le quatri�me mois de la gestation.</p><p>�volution ovarienne chez</p><p>les Vert�br�s sup�rieurs</p><p>Au d�but, elle ressemble � l��volution testiculaire. Une premi�re pouss�e de cordons sexuels s�accompagne d�un d�veloppement de la medulla et marque une �volution m�le. Mais la medulla r�gresse, les cordons disparaissent et une d�g�n�rescence adipeuse se manifeste. Une seconde pouss�e de cordons r�appara�t et ne se d�tache pas de l��pith�lium germina-</p><p>tif, ou cortex ; ces cordons en sont une prolif�ration et repoussent la medulla.</p><p>Les cellules germinales des cordons sont des ovogonies, qui se multiplient rapidement : 5 millions pour les deux ovaires d�un foetus humain de cinq � six mois. L�ovocyte entre en pr�-</p><p>m�iose, s�entoure de cellules follicu-laires, et ainsi se forme le follicule de De Graaf chez les Mammif�res. Le follicule poursuivra son �volution au moment de la pubert� ; de nombreux follicules d�g�n�reront. Les d�riv�s wolffiens disparaissent, et un canal uniquement g�nital, le canal de M�ller, se diff�rencie en oviducte et deviendra fonctionnel ; il constituera les principales voies g�nitales femelles.</p><p>Le sexe g�n�tique</p><p>Ant�rieurement au sexe g�nital apparent, il existe un sexe g�n�tique, qui est d�termin� d�s la f�condation. La f�condation consiste essentiellement dans l�union d�un gam�te m�le avec un gam�te femelle. Ces gam�tes portent des g�nomes diff�rents, se composant d�autosomes, ou chromosomes homologues dans les gam�tes m�les et femelles, et d�allosomes, ou h�t�rochro-mosomes ou chromosomes sexuels, qui diff�rent dans les gam�tes m�les et femelles.</p><p>Les cellules diplo�des (2n) de l��tre humain poss�dent 46 chromosomes, comprenant 44 autosomes et 2 chromosomes sexuels ; le caryotype de l�homme est 44 autosomes plus X et Y, et celui de la femme 44 autosomes plus X et X. Chez l�homme, les deux chromosomes sexuels sont donc diff�rents (X et Y), alors qu�ils sont semblables chez la femme (X et X). � la suite de la m�iose, ou division r�ductionnelle, les gam�tes portent le nombre haplo�de (n) de chromosomes, soit 22 autosomes plus 1 chromosome sexuel ; tous les ovules auront la m�me composition (22 autosomes plus X) ; la femme est homogam�tique. Les spermatozo�des seront de deux types ; les uns renferme-ront 22 autosomes plus X, et les autres 22 autosomes plus Y ; le m�le est h�t�-</p><p>rogam�tique. Lors de la f�condation, deux cas sont possibles :</p><p>� f�condation d�un ovule 22 A + X</p><p>par un spermatozo�de 22 A + X et production d�un oeuf f�cond�, ou zygote, ayant 44 A + 2X et produisant une fille ;</p><p>� f�condation d�un ovule 22 A + X</p><p>par un spermatozo�de 22 A + Y et production d�un oeuf f�cond�, ou zygote, ayant 44 A + X + Y et produisant un gar�on.</p><p>Ce m�canisme explique que, dans</p><p>les esp�ces gonochoriques, o� l�un des sexes est h�t�rogam�tique et l�autre homogam�tique, les naissances comportent 50 p. 100 de m�les et 50 p. 100</p><p>de femelles. Dans l�esp�ce humaine, il na�t environ 104 gar�ons pour 100 filles ; ce surnombre de gar�ons s�estompe au cours de la premi�re ann�e, la mortalit� n�o-natale �tant plus �lev�e chez les gar�ons que chez les filles.</p><p>Le pourcentage du rapport des naissances des sujets m�les et des sujets femelles pendant la m�me p�riode est le sex ratio ; il est �gal � 1 ou en diff�re peu.</p><p>D�terminisme du</p><p>sexe g�n�tique</p><p>La th�orie syngamique admet que la d�termination du sexe g�n�tique se r�alise au moment m�me de la f�condation. Des arguments physiologiques et cytologiques confirment cette hypoth�se. Les faits physiologiques favorables sont les plus anciens ; il s�agit de la polyembryonie et de la polyovulation.</p><p>La polyembryonie correspond � des naissances double, triple ou multiple � partir d�un oeuf unique. Ces naissances engendrent des individus ayant tous le m�me sexe. Chez les Tatous (Da-sypus), la polyembryonie caract�rise chaque gestation ; sept et m�me neuf embryons naissent ; ils pr�sentent tous le m�me sexe, m�le ou femelle. Dans l�esp�ce humaine, les vrais jumeaux monozygotes provenant du d�veloppement d�un seul oeuf sont normalement du m�me sexe. Chez les Insectes, la polyembryonie se manifeste chez un Hym�nopt�re parasite, Ageniaspis fuscicollis ; un oeuf unique produit</p><p>des larves multiples, qui sont toutes du m�me sexe. Lors de la polyovulation, plusieurs ovules sont f�cond�s et donnent naissance � des individus qui peuvent �tre de sexe diff�rent ; les faux jumeaux humains dizygotes ou trizygotes appartiennent souvent � un sexe diff�rent.</p><p>La polyembryonie et la polyovulation prouvent bien que la f�condation intervient dans la d�termination du sexe.</p><p>Les arguments cytologiques sont</p><p>li�s � la d�couverte des h�t�rochromosomes, visibles et identifiables au microscope. Ils sont repr�sent�s par deux chromosomes particuliers : soit X et Y dans les groupes o� le m�le est h�t�rogam�tique (XY), chez de nombreux Insectes (N�vropt�res, Odonates, Orthopt�res, H�mipt�res, Col�opt�res, Dipt�res), chez quelques Crustac�s et chez la plupart des Mammif�res ; soit Z</p><p>et W dans les groupes o� la femelle est h�t�rogam�tique (ZW), chez quelques Insectes (L�pidopt�res et Trichop-t�res), chez les Amphibiens, les Reptiles et les Oiseaux.</p><p>La f�condation d�un certain ovule par un certain spermatozo�de s�op�rant au hasard, la loi des grands nombres intervient, et, math�matiquement, le nombre des naissances m�les doit �tre sensiblement �gal � celui des naissances femelles pour un nombre �lev� de naissances. Il n�y a d�exception que si un facteur l�tal fait avorter les produits de l�un des sexes.</p><p>M�canisme de la</p><p>diff�renciation sexuelle</p><p>G�n�ralement, le sexe g�nital correspond au sexe g�n�tique ; mais des inversions sexuelles, totales ou partielles, naturelles ou exp�rimentales, prouvent que le sexe g�nital est sensible � certaines actions. Il est bien �tabli que les caract�res sexuels somatiques primaires et secondaires sont sous la d�pendance des s�cr�tions hormonales m�les ou femelles.</p><p>Mais existe-il un d�terminisme humoral de la formation des gonades ?</p><p>La pr�sence de substances embryonnaires agissant sur la diff�renciation</p><p>des gonades est-elle d�montr�e ? Une r�ponse est fournie par les free-martins de Bovid�s, les greffes de Humphrey et la parabiose.</p><p>Les free-martins de Bovid�s et</p><p>les greffes de Humphrey</p><p>V. hermaphrodisme.</p><p>La parabiose</p><p>Le free-martin naturel offrant de l�int�-</p><p>r�t, on a tent� d�en r�aliser un exp�rimentalement, c�est-�-dire d�obtenir des adultes ayant une circulation crois�e.</p><p>Cette exp�rience constitue une parabiose embryonnaire. Les premi�res parabioses datent de la fin du XIXe s. ; mais leur v�ritable �tude fut entreprise par Burns (1925). Deux embryons d�Amphibiens au stade du bourgeon caudal sont soud�s c�te � c�te, flanc � flanc.</p><p>Apr�s cicatrisation rapide (une ou deux heures), les embryons demeurent soud�s et s��l�vent facilement jusqu�� l��tat adulte, principalement chez les Amphibiens Urod�les. Comme les parabioses sont faites au hasard quant au sexe, il y a 50 p. 100 de combinaisons de deux sexes identiques et 50 p. 100</p><p>de combinaisons de sexes diff�rents.</p><p>Sur 1 170 paires parabiontiques r�alis�es, 49 p. 100 associaient des sexes diff�rents. Cette concordance avec le pourcentage th�orique indique qu�il n�y a pas de changement de sexe provoqu� par la parabiose.</p><p>Chez les Urod�les, la diff�renciation sexuelle �tant atteinte, le testicule supprime le d�veloppement ovarien du partenaire femelle ; les gonades femelles peuvent �tre plus ou moins st�-</p><p>riles. La pr�valence m�le se manifeste comme dans les free-martins de Bovid�s ; elle sugg�re la pr�sence d�une substance embryonnaire, ou inducteur embryonnaire, �mise par le partenaire m�le, substance qui, passant dans le downloadModeText.vue.download 140 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10095</p><p>partenaire femelle, inhibe le d�veloppement des ovaires.</p><p>Chez les Anoures, la pr�valence du partenaire m�le existe �galement, mais elle d�pend de la distance s�parant les gonades des deux partenaires. Tout se passe comme si la substance embryonnaire m�le diffusait moins chez la Grenouille et pas du tout chez le Crapaud.</p><p>Les animaux en parabiose pr�sentent une grande mortalit� au moment de la m�tamorphose, parfois de 100 p. 100.</p><p>Des ph�nom�nes immunologiques</p><p>doivent intervenir. Aux actions des inducteurs embryonnaires s�ajoutent certainement des r�actions immuni-taires entre les deux partenaires ; des anticorps pourraient modifier les diff�-</p><p>renciations sexuelles.</p><p>Les free-martins des Bovid�s, les r�sultats des greffes de Humphrey et le comportement des parabiontes fournissent des r�sultats concordants ; les gonades, d�s leur diff�renciation, �laborent des substances capables d�inhiber le sexe oppos� et m�me de provoquer une inversion du sexe g�nital, c�est-�-dire du ph�notype sexuel.</p><p>Chez les Oiseaux, �tienne Wolff</p><p>(1946), par des exp�riences de greffe, mettait en �vidence l�existence d�hormones embryonnaires ; des castrations (1949) et des parabioses in vitro (1951) confirmaient les conclusions ant�rieures. Un testicule embryonnaire de poulet transplant� dans un embryon h�te de poulet de sexe femelle entra�ne la masculinisation de ce dernier ; les canaux de M�ller r�gressent. La greffe d�un ovaire embryonnaire dans un embryon h�te de sexe m�le provoque la transformation de son testicule gauche en ovotestis ; il y a donc f�minisation de l�embryon h�te.</p><p>Quelle est la nature de ces substances, inducteurs embryonnaires, hormones sexuelles ? La question reste pos�e.</p><p>Action des hormones sexuelles</p><p>sur la diff�renciation sexuelle</p><p>embryonnaire</p><p>Pour d�celer une identit� possible entre les substances embryonnaires orien-tant la diff�renciation sexuelle et les hormones sexuelles connues et m�me</p><p>synth�tis�es, on a exp�riment� l�action de la testost�rone, hormone s�cr�t�e par le testicule, et celle de l�oestradiol, une des hormones femelles, sur les diff�renciations embryonnaires des gonades.</p><p>Chez les Vert�br�s sup�rieurs, ces hormones n�exercent aucune action.</p><p>Mais elles provoquent des inversions d�finitives chez les Poissons et les Amphibiens. L�hormone m�le chez</p><p>les Ranid�s et l�hormone femelle chez les Urod�les se comportent comme les substances sexuelles embryonnaires ; les hormones androg�nes de la Grenouille inversent totalement le sexe de la femelle g�n�tique, alors que les hormones femelles masculinisantes exercent une action paradoxale. Chez les Urod�les, les hormones oestrog�nes inversent le sexe des m�les g�n�tiques, et les hormones androg�nes f�minisantes manifestent une action paradoxale.</p><p>Chez les Oiseaux, les r�sultats, assez d�concertants, sont difficiles � interpr�ter. L�administration de benzoate d�oestradiol (une certaine dose � une certain stade) provoque la f�minisation du m�le : la gonade gauche devient un v�ritable ovaire ; l�oviducte gauche est complet ; la gonade droite reste rudimentaire. Mais, progressivement, ces m�les invers�s reprennent leur sexe g�n�tique ; la persistance du canal de M�ller chez le m�le adulte repr�sente le seul t�moin de la f�minisation ant�-</p><p>rieure. Il est impossible d�emp�cher ce retour au sexe g�n�tique. L�oestradiol, utilis� � des doses relativement importantes, est bien identique � l�hormone ovarienne pr�sente normalement chez la femelle, mais il n�inhibe pas le retour au sexe m�le. Il semble difficile de reconna�tre son identit� avec la substance embryonnaire responsable de la diff�renciation sexuelle de la femelle.</p><p>L�exp�rience inverse � injection de testost�rone chez un embryon femelle</p><p>� n�exerce pas d�action sur l�ovaire gauche ; la gonade droite demeure vestigiale ; les canaux de Wolff persistent et progressent ; les canaux de M�ller r�gressent. L�action hormonale normale sur les voies g�nitales n�affecte pas les gonades. L�hormone m�le chez le poulet m�le d�termine le d�veloppe-</p><p>ment d�une gonade gauche, un ovaire ; les canaux de Wolff persistent et les canaux de M�ller r�gressent. L�action de l�hormone m�le est anormale et paradoxale ; elle ne saurait s�identifier avec la substance embryonnaire intervenant dans la diff�renciation sexuelle m�le.</p><p>Conclusion</p><p>Les hormones st�ro�des semblent exercer un r�le dans la diff�renciation de la gonade embryonnaire. Mais sont-elles identiques aux substances qui interviennent dans les free-martins, les parabioses et les greffes gonadiques de Humphrey ? Non, tr�s probablement.</p><p>On peut supposer que la d�termination g�n�tique du sexe est plus ou moins forte ; une d�termination g�n�tique accus�e rend impossible toute inversion de sexe par les hormones st�ro�des (Vert�br�s sup�rieurs). En revanche, une d�termination g�n�tique assez faible permettra l�orientation de la diff�renciation sexuelle dans un sexe oppos� au sexe g�n�tique (Vert�br�s inf�rieurs).</p><p>Les croisements entre un animal normal, un m�le par exemple, et un animal dont le sexe est invers� (m�le modifi� en femelle) reviennent � croiser deux m�les g�n�tiques ; il est �galement possible de croiser deux femelles g�n�-</p><p>tiques, l�une normale et l�autre transform�e en m�le. De tels croisements ont �t� obtenus chez les Oiseaux et surtout chez les Amphibiens. La composition de la descendance confirme le m�canisme de d�terminisme g�n�tique du sexe d�s la f�condation et l�existence des deux types : m�le h�t�rogam�tique (XY) ou femelle h�t�rogam�-</p><p>tique (ZW).</p><p>Ces croisements mettent �galement en �vidence la bipotentialit� g�n�tique des individus, qui, au d�but, poss�-</p><p>dent un double syst�me d��bauches ; les cellules germinales primordiales ne sont pas sexualis�es : la diff�renciation des gonocytes en spermatogonies ou en ovogonies r�sulte de leur localisation dans l�un ou l�autre des deux territoires de la gonade embryonnaire ; le cortex est un territoire � potentialit�s femelles, et la medulla un territoire � potentialit�s m�les. La d�termination</p><p>g�n�tique du sexe r�alis�e lors de la f�condation contr�lerait le d�veloppement du cortex et de la medulla ; les g�nes de la sexualit�, selon le sexe �tabli dans l�oeuf, orienteront la diff�renciation sexuelle.</p><p>La sexualisation chez</p><p>les Invert�br�s</p><p>Elle fournit des indications pr�cieuses sur la physiologie de la sexualisation.</p><p>Dans les cas d�hermaphrodisme</p><p>successif, l�animal jeune est m�le ; en vieillissant, il devient femelle (Hu�tres, Cr�pidules, des Polych�tes) ; les deux �tats sexuels se r�alisent successivement. Des recherches ont �t� pratiqu�es sur un Mollusque Prosobranche, Crepidula fornica, ainsi que chez un Polych�te, Ophryotrocha puerilis (v. hermaphrodisme).</p><p>Ces cas d�hermaphrodisme successif montrent que le r�le des facteurs g�n�-</p><p>tiques est totalement neutralis� lorsque se produisent des changements de sexe d�finitifs.</p><p>Un cas int�ressant est fourni par un �chiurien, la Bonellie (Bonellia viridis), qui pr�sente un dimorphisme sexuel tr�s accus�. La femelle, longue de 30 � 100 cm selon les esp�ces, pr�sente une structure �chiurienne ; le corps, ovale, se prolonge par une trompe �panouie en un pavillon cili� parcouru par une goutti�re cili�e. Le m�le nain, long de 1 � 2 mm, poss�de une organisation rudimentaire. D�-</p><p>pourvu de trompe, il vit en parasite sur la femelle ; il se fixe sur la trompe de la femelle, descend dans le tube digestif et s�installe dans l�ut�rus, d�o� il f�condera les ovules avant leur ponte.</p><p>M�les et femelles peuvent provenir d�une m�me larve. Une larve libre se d�veloppe et devient femelle. Chez une larve qui se fixe sur la trompe d�une femelle adulte, le d�veloppement s�ar-r�te ; cette larve devient un m�le ; la fixation doit durer au moins 48 heures pour assurer l�apparition d�un m�le.</p><p>D�tach�e avant 48 heures et maintenue libre, la larve donnera une femelle ou une femelle intersexu�e selon la dur�e de la fixation. L�organogen�se qui assure la structure m�le se r�alise selon un gradient qui part de l�endroit</p><p>de la fixation, donc de l�extr�mit� ant�-</p><p>rieure, comme si une substance diffusait de la trompe femelle, sur laquelle la larve est fix�e. Cette substance, tout en inhibant le d�veloppement normal, provoque en m�me temps celui du testicule ; la trompe exerce une double action : inhibition du d�veloppement et masculinisation. Des extraits de trompe dissous dans de l�eau exercent, m�me � concentration tr�s faible, une action masculinisante, alors que les extraits d�autres organes restent sans effet. Des facteurs externes n�ayant pas de rapport avec les gonades et diff�rents de l�action g�n�tique d�terminent la sexualisation ; leur action est pr�pond�rante.</p><p>Ann�lides</p><p>Les Oligoch�tes sont hermaphrodites ; exp�rimentalement, il est prouv� que les gonades n�exercent pas d�action sur l�apparition des caract�res sexuels secondaires ; celle-ci est conditionn�e par une autre s�cr�tion endocrine, une hormone de pubert�, dont la s�cr�tion est solidaire de la maturit� sexuelle, qui, elle-m�me, peut �tre provoqu�e par une nutrition abondante. Un je�ne prolong� chez les Vers de terre (Allo-lobophora terrestris, Eisenia foetida) d�termine la r�gression des gonades.</p><p>Lors de la reprise d�une nutrition suffisante, la gam�togen�se reprend ; mais, souvent, le testicule devient un downloadModeText.vue.download 141 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10096</p><p>ovotestis, c�est-�-dire qu�il contient des ovocytes.</p><p>Les Polych�tes sont le plus souvent gonochoriques, mais, au cours de la stolonisation, le sexe du stolon varie.</p><p>Ainsi, chez Syllis amica, les stolons �mis sont m�les ou femelles selon le sexe du g�niteur ; lors de stolonisations successives, une masculinisation progressive se manifeste, avec un retour toujours possible du sexe initial. Un ph�nom�ne analogue se pr�sente chez Autolytus.</p><p>Ces observations infirment le r�le</p><p>primordial du d�terminisme g�n�tique.</p><p>La sexualisation chez</p><p>les Insectes</p><p>L�irradiation par des ultraviolets de la r�gion polaire des oeufs de Drosophila melanogaster d�truit cette r�gion, qui renferme le d�terminant germinal.</p><p>L�oeuf poursuit son d�veloppement et donne des larves qui, apr�s les mues, se m�tamorphosent en adultes normaux des deux sexes, poss�dant des ovaires ou des testicules ; mais ces gonades sont agam�tiques, c�est-�-dire qu�elles ne poss�dent pas de cellules germinales ; elles sont minuscules ; le testicule, priv� de spermatogonies, renferme du tissu apical ; l�ovaire comprend des gaines ovariques peu d�velopp�es, avec des chambres germinatives �troites et d�pourvues d�ovogonies. Mais le dimorphisme sexuel somatique de ces adultes est tout � fait normal ; la diff�renciation somatique des gonades est aussi pr�coce que celle des cellules germinales et en est ind�pendante. Le d�terminisme sexuel somatique et germinal est g�n�tique et fix� d�s la f�condation. Mais ce sexe g�n�tique de l�oeuf est-il d�finitif ? Ne peut-il �tre modifi� ? Diverses exp�-</p><p>riences r�pondent � ces questions.</p><p>Le dimorphisme sexuel du Papillon Orgyia antiqua int�resse les ailes ; le m�le poss�de des ailes normales, et la femelle des ailes atrophi�es. H. Paul (1937) pr�l�ve des disques imaginaux alaires chez des chenilles femelles (intermue 3-4) et les implante dans la r�-</p><p>gion alaire de chenilles m�les de m�me �ge. Ces disques imaginaux femelles se d�veloppent totalement en ailes identiques � celles du m�le. Ces �bauches alaires femelles trouvent donc chez les chenilles m�les des conditions qui leur permettent de r�aliser un d�veloppement correspondant � celui du m�le.</p><p>Si l�on fait l�exp�rience inverse, les disques imaginaux alaires de chenilles m�les implant�s chez des chenilles femelles se d�veloppent totalement en ailes normales sans subir aucune influence de l�h�te. Joseph Bergerard (1958) exp�rimente sur le Phasme Carausius morosus, esp�ce parth�no-g�n�tique th�lytoque constante ; un changement de temp�rature entra�ne</p><p>des modifications de sexe. Des oeufs plac�s � 30 �C pendant la p�riode sensible (les trente premiers jours de la vie embryonnaire) engendrent des m�les ; la masculinisation se manifeste successivement sur les caract�res sexuels secondaires, les pi�ces g�nitales externes, les canaux gonadiques des gonades. Le m�me traitement, appliqu� pendant un temps plus court, produit des intersexu�s.</p><p>Si la sexualisation est g�n�tique, elle est aussi �pig�n�tique, comme chez la Bonellie, les Amphibiens et les Oiseaux. Elle n�cessite certainement l�intervention d�actions hormonales ; cependant, les exp�riences de castration et de transplantation des gonades d�un sexe � l�autre demeuraient sans r�sultats jusqu�en 1962-1964, �poque o� J. Naisse exp�rimente sur le Ver luisant (Lampyris noctiluca). Celle-ci pratique des castrations et des transplantations � divers moments du d�-</p><p>veloppement des gonades, depuis le d�but de leur diff�renciation jusqu�� la fin de la gam�togen�se (v. gam�te).</p><p>Trois s�ries d�exp�riences sont alors r�alis�es.</p><p>y Premi�re s�rie. Les testicules sont pr�lev�s tout au commencement de leur diff�renciation, apr�s la troisi�me mue ; ils sont implant�s chez trois groupes de femelles d��ge diff�rent : a) chez des larves femelles apr�s la troisi�me mue � 15 sont op�r�es, 14 survivent et manifestent une masculinisation totale ; la gonade ovarienne rest�e en place �volue en testicule ; l�Insecte g�n�tiquement femelle devient un m�le ; b) chez des larves femelles plus �g�es, mais avant le d�but de l�ovogen�se (intermue 4-6) � 12 sont op�r�es, 12 survivent et sont masculinis�es ; chez ces deux cat�gories de femelles, les testicules implant�s �voluent normalement, et la spermatogen�se se r�alise ; c) chez des nymphes femelles o� l�ovogen�se se poursuit � aucune masculinisation n�appara�t, les femelles trait�es restent femelles ; le testicule greff� persiste, mais ne grandit pas, bien que la spermatogen�se se produise.</p><p>Dans cette s�rie d�exp�riences, la masculinisation se r�alise tant que l�ovogen�se n�est pas d�clench�e ; d�s</p><p>que celle-ci commence, l�inversion sexuelle devient impossible.</p><p>y Deuxi�me s�rie. Les m�mes ex-</p><p>p�riences sont r�p�t�es, mais avec des testicules larvaires plus �g�s, la spermatogen�se n��tant pas encore d�clench�e (intermue 3-4 et d�but de l�intermue 4-5). Les r�sultats sont identiques � ceux de la premi�re s�rie ; la masculinisation s�op�re chez les larves ne pr�sentant pas encore d�ovogen�se.</p><p>y Troisi�me s�rie. Les m�mes exp�-</p><p>riences sont renouvel�es avec des testicules qui ont commenc� leur spermatogen�se (intermue 4-5 ou 5-6). �</p><p>ce stade, les testicules ne poss�dent plus d�action masculinisante. Cette s�rie d�exp�riences prouve que le testicule est capable de masculiniser par la s�cr�tion d�une substance androg�ne, quelle que soit la nature g�n�-</p><p>tique ; mais cette s�cr�tion s�arr�te au d�but de la spermatogen�se ; il serait possible que le tissu apical, agissant comme un tissu interstitiel, �labore cette substance androg�ne ; en effet, la r�gression de ce tissu co�ncide avec le d�but de la spermatogen�se.</p><p>Inversement, des ovaires n�ayant pas atteint l�ovogen�se, greff�s � des m�les avant la mue pr�nymphale, se d�veloppent en testicules. Donc, les testicules, n��tant pas en spermatogen�se, exercent leur action masculinisante.</p><p>Chez les Insectes, comme chez les Vert�br�s, les gonies ne poss�dent pas de facteurs aptes � d�terminer leur diff�renciation sexuelle.</p><p>D�autres exp�riences mettent en</p><p>�vidence le r�le des neuros�cr�tions ; l�ablation des corps cardiaques et allates � de jeunes larves femelles n�a pas d�action ; des adultes femelles appara�tront � la fin des m�tamorphoses.</p><p>Mais, si la m�me ablation est pratiqu�e chez de jeunes larves m�les apr�s la troisi�me mue, sur 18 op�r�s 14 deviennent femelles et 4 restent m�les.</p><p>La m�me ablation r�p�t�e chez des larves �g�es (intermue pr�nymphale) n�entra�ne aucune inversion sexuelle.</p><p>Les neuros�cr�tions sont donc diff�-</p><p>rentes au commencement de la crois-</p><p>sance chez le m�le et chez la femelle.</p><p>Elles sont d�j� sexualis�es. Beaucoup de pr�cisions restent encore � d�couvrir dans ces questions des rapports entre neuros�cr�tion et sexualisation.</p><p>La sexualisation chez</p><p>les Crustac�s</p><p>D�s 1886, Alfred Giard (1846-1908) avait constat� la f�minisation des Crabes m�les parasit�s par la Sac-culine ; l�abdomen s��largit, sa segmentation s�accuse, et les pl�opodes se d�veloppent, les testicules �tant � peine r�duits. Chez Carcinus maenas parasit�, les testicules sont normaux (Robert Courrier). La f�minisation rel�verait d�un m�tabolisme modifi�, davantage lipidique (A. Veillet, 1953).</p><p>Les exp�riences sur l�Amphipode Orchestia gammarella allaient r�soudre le probl�me (H�l�ne Charniaux-Cot-ton, 1958). Cet Amphipode gonochorique pr�sente un dimorphisme sexuel bien marqu� ; la deuxi�me paire de p�r�iopodes du m�le est transform�e en pinces ; les femelles poss�dent des oost�gites � soies ovig�res. Une glande androg�ne � la base du canal d�f�rent existe chez le m�le et manque chez la femelle. Les gonades des larves sont indiff�renci�es dans les deux sexes jusqu�avant la cinqui�me mue ; � partir de cette mue, les gonades pr�sentent une diff�renciation sexuelle. Les glandes androg�nes du m�le, implant�es dans la cavit� p�ricardique d�une femelle, agissent sur les mues successives, et la femelle se masculinise ; les pinces apparaissent ; les ovaires se transforment en testicules ; les ovocytes s�histolysent ; les conduits g�nitaux correspondent � des canaux d�f�rents, mais ils demeurent clos.</p><p>L�appareil sexuel ainsi constitu� n�est donc pas fonctionnel.</p><p>Chez le m�le priv� de glandes androg�nes, le d�veloppement des testicules s�arr�te, mais le Crustac� demeure m�le. Si un ovaire est alors implant�, sa structure se maintient, ainsi que sa fonction, et les oost�gites apparaissent, alors que, chez un m�le normal, l�implantation d�un ovaire entra�ne la modification de l�ovaire en testicule.</p><p>La glande androg�ne exerce donc une intense action masculinisante sur la</p><p>gonade et sur les caract�res sexuels secondaires. L�ovaire poss�de aussi une action hormonale.</p><p>L�action de la glande androg�ne</p><p>varie avec les esp�ces ; par exemple, chez Orchestia Montagui m�le priv� de ses glandes androg�nes, la f�minisation se manifeste et le testicule se transforme en ovaire. Les deux sexes poss�dent la m�me constitution g�n�-</p><p>tique, qui permet l�autodiff�renciation ovarienne ; mais, chez le m�le, la glande androg�ne inhibe et commande la masculinisation. On peut dire que le m�le est une femelle transform�e en m�le.</p><p>Les Crustac�s Isopodes ont �t�</p><p>l�objet d�exp�riences. L�implantation downloadModeText.vue.download 142 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10097</p><p>de glande androg�ne chez une femelle d�Armadillidium vulgare provoque l�inversion sexuelle. Chez deux Isopodes onisco�des, Porcellio dilatatus et Helleria brevicornis (P. Juchault et J. J. Legrand, 1964), l�implantation de glandes androg�nes de Porcellio (apr�s 4-5 mues) et de Helleria (apr�s 2-3 mues) d�termine la masculinisation de jeunes femelles et les transforme en m�les fonctionnels. La glande androg�ne est donc devenue fonctionnelle, et l�hormone m�le se substitue � l�impulsion g�n�tique. Chez un autre Isopode, Asellus aquaticus (Marie-Louise Balesdent, 1965), le sexe est fix� et stabilis� d�s l��tat embryonnaire. Il ne peut plus �tre modifi�, m�me par l�implantation d�une glande androg�ne � une tr�s jeune femelle.</p><p>Tout comme chez les Insectes, les neurohormones interviendraient �galement dans les changements de sexe. Au niveau du p�doncule oculaire d�Anilocra physodes, Isopode hermaphrodite successif, est s�cr�t�e une androstimu-line. L�implantation de ce p�doncule chez Anilocra stimule, si la s�cr�tion est assez �lev�e, la glande androg�ne, et la phase m�le se maintient. Si le taux de la s�cr�tion diminue, la glande androg�ne r�gresse et la phase femelle</p><p>appara�t progressivement.</p><p>Hydraires</p><p>Paul Brien r�alise des greffes longitudinales en parabiose entre deux polypes de Hydra fusca adultes de sexe diff�rent. La parabiose est suivie de r�gulation, ce qui donne un polype simple, dont une moiti� m�le, l�autre femelle. La masculinisation se g�n�-</p><p>ralise aux deux faces ; l��tat physiologique m�le domine et remplace l��tat physiologique femelle. La dominance m�le peut �tre incompl�te ; la face femelle pr�sente alors tous les degr�s d�intersexualit�. L��tat physiologique m�le se propage sur la face femelle comme si une substance sexuelle</p><p>gonotrope �tait �labor�e par la paroi de la colonne gastrique capable d��tre en gam�togen�se et se r�pandait dans la paroi femelle. La sexualisation est encore �pig�n�tique.</p><p>Conclusions</p><p>La sexualisation des cellules germinales r�sulte de l�intervention de cellules somatiques : cellules des glandes androg�nes, cellules interstitielles des gonades. Plus ou moins pr�coce, elle se marque de plus en plus et s��tablit d�finitivement.</p><p>A. T.</p><p>F Chromosome / Dimorphisme sexuel / F�condation / Femelle / Gam�te / G�nital / Hermaphrodisme / Hormone / Intersexualit� / Jumeaux /</p><p>M�le / Ovaire / Reproduction / Testicule.</p><p>M. Aron et P.-P. Grass�, Pr�cis de biologie animale (Masson, 1935 ; nouv. �d., 1966). /</p><p>�. Wolff, les Changements de sexe (Gallimard, 1946). / V. Dantchakoff, le Sexe. R�le de l�h�-</p><p>r�dit� et des hormones dans sa r�alisation (P. U. F., 1949). / K. Ponse, la Diff�renciation du sexe et l�intersexualit� chez les Vert�br�s (Rouge, Lausanne, 1949). / M. Caullery, Organisme et sexualit� (Doin, 1951). / G. Bacci, Sex Determination (Oxford et New York, 1965). /</p><p>P. Brien, Biologie de la reproduction animale.</p><p>Blastogen�se, gam�togen�se, sexualisation (Masson, 1966). / C. Houillon, Introduction � la biologie, t. IV : Sexualit� (Hermann, 1967). /</p><p>J. Rostand et A. T�try, la Vie (Larousse, 1962 ; nouv. �d., 1970). / J. Savel, Biologie animale, t. I : Cytologie, Reproduction (C. D. U., 1970).</p><p>sexualit�</p><p>Ensemble des comportements affectifs et physiologiques faisant intervenir la fonction sexuelle.</p><p><strong>Introduction</strong></p><p>Dans la mythologie qui s�est constitu�e autour de la psychanalyse depuis ses origines, la sexualit� semble �tre la principale � d�couverte � d�une science qui lui serait exclusivement consacr�e.</p><p>Freud* serait l�Asmod�e de la psychologie : celui qui soul�ve les toits des maisons pour faire surgir les d�sirs cach�s d�une sexualit� pervertie. Il faut, quand il s�agit de sexualit�, faire justice de cette mythologie : car, s�il est vrai que dans la Vienne du d�but du si�cle, Freud, en commen�ant d��laborer la th�orie rigoureuse de la sexualit� humaine, s�est heurt� � la rigidit� d�une �ducation puritaine, la situation n�est plus la m�me maintenant que la psychanalyse s�est largement r�pandue.</p><p>Toutefois, pour �valuer correctement la port�e de la th�orie freudienne, il faut pouvoir replacer dans son contexte historique la d�couverte d�une sexualit� qui, de traverser la totalit� des actes de la vie, apparaissait n�cessairement comme la � grande affaire � de cette science naissante. Il n�en va plus de m�me aujourd�hui, au point que certains voient dans la pens�e freudienne une pens�e r�pressive, rigide, brimant la sexualit� sur le plan th�orique et la remettant dans l�ordre d�o� elle pourrait s��chapper sur le plan pratique et th�rapeutique. L�impact de la psychanalyse n�est plus centr� sur la sexualit� : pour autant, la th�orie qu�elle en donne est la seule base valable pour penser dans sa totalit� le sujet, son histoire, ses contradictions.</p><p>La sexologie</p><p>Depuis quelques ann�es, on assiste � une apparente lib�ralisation de l�opinion en ce qui concerne les questions sexuelles. La sexualit� n�est plus un tabou, comme en t�moignent les abondantes publications de vulgarisation sur ce sujet. Celles-ci r�pandent dans le public le mod�le d�un comportement sexuel � normal �. Ces normes sont pr�sent�es comme �tant le</p><p>r�sultat d�observations scientifiques. En effet, la sexualit� tend de plus en plus � �tre r�cup�r�e par la m�decine, bien que la sexologie ne soit pas encore l�objet d�un enseignement m�dical officiel en France.</p><p>Mais � la suite du premier congr�s mondial de sexologie r�uni � Paris en juillet 1974, une soci�t� fran�aise de sexologie clinique s�est cr��e.</p><p>En dehors du c�l�bre rapport Kinsey sur le comportement sexuel de l�homme (1948) et de la femme (1953) et de l�en-qu�te du docteur Pierre Simon sur le comportement sexuel des Fran�ais (1972), les travaux les plus c�l�bres, dans le domaine de la sexologie, sont ceux de William H. Masters, gyn�cologue, et de Virginia Johnson, qui, en 1966, publi�rent le r�sultat de leur �tude du comportement sexuel de couples de volontaires en laboratoire (les R�actions sexuelles). Ils y distinguent ainsi quatre phases : excitation, plateau, orgasme et r�solution. � partir de leurs observations, ils propos�rent une m�thode de traitement des difficult�s sexuelles du couple, m�thode qui fait fortune aux �tats-Unis. Ils envisagent les troubles sexuels comme des troubles de la communication entre partenaires d�un couple, et pensent qu�il faut les traiter ensemble plut�t que s�par�ment. Masters et Johnson estiment �galement que le traitement doit �tre conduit par un couple de th�rapeutes, homme et femme, qui confrontent leurs opinions. La th�rapie purement verbale se compose d�entretiens au cours desquels le couple de patients exprime ses difficult�s.</p><p>Le couple de th�rapeutes leur propose une s�rie d�exercices � faire chez eux � visant � faire dispara�tre leurs inhibitions et leurs angoisses devant leur propre corps et le corps de l�autre par des explorations et des attouchements � ce dont ils viennent rendre compte � la s�ance suivante.</p><p>En admettant que la sexualit� puisse �tre l�objet d�une science, on voit que celle-ci n�en est encore qu�� ses balbutiements.</p><p>A. D.</p><p>Les � �vidences �</p><p>freudiennes</p><p>L�essentiel de la th�orie freudienne sur la sexualit� est une extension, un d�-</p><p>bordement de toutes les normes : il est coutumier de mettre en prolongement les recherches sur la perversion* entre-</p><p>prises par Henry Havelock Ellis (1859-1939) et Richard von Krafft-Ebing (1840-1902), avec la d�marche de Freud. Celle-ci se d�compose en deux axes fondamentaux : tout d�abord l�axe de la sexualit� infantile, d�finie comme perversion polymorphe ; ensuite l�axe de la sexualit� adulte, d�rivation fid�le de la sexualit� infantile et fond�e en tous points sur celle-ci selon le principe de la r�p�tition. Freud rep�re dans la vie affective de l�enfant des �l�ments qu�on avait l�habitude d�attribuer � la sexualit� adulte, tels le sens des caresses, la fixation sur un objet d�amour, le plaisir de souffrir ou de faire souffrir (masochisme, sadisme), signes que Freud observe dans des activit�s jusque-l� connot�es d�intimit� familiale : les premiers soins du maternage et les activit�s culturelles �l�mentaires que sont les soins de propret� corporelle, l�apprentissage sphinct�rien, etc.</p><p>Mieux peut-�tre que Freud et de fa�on plus famili�re, Georg Groddeck (1866-1934) a su d�crire l�activit� sexuelle infantile : � L�enfant, qui hurlait tout � l�heure pendant qu�on lui lavait la figure [...] se calme subitement quand la moelleuse �ponge est promen�e entre ses petites jambes. Son visage exprime soudain un v�ritable ravissement, et il ne bouge plus. Et la m�re, qui, l�instant d�avant, exhortait ou consolait l�enfant pour l�aider � supporter cette d�sa-gr�able toilette, a soudain dans sa voix des accents tendres, affectueux, j�allais presque dire amoureux [...]. L�action �rotique commande chez la m�re et l�enfant l�expression de la jouissance �</p><p>(Das Buch vom Es [Le Livre du �a], 1923). Freud, pour sa part, classe les tendances de la sexualit� infantile en deux directions et en trois �tapes.</p><p>Deux directions : l�auto-�rotisme et l�orientation vers le choix d�objet ext�rieur, d�une part, et l�organisation de la sexualit� selon la supr�matie de la � zone g�nitale �, � processus par lequel toute la vie sexuelle entre au service de la reproduction �, d�autre part. Les deux directions conjointes constituent la � normalit� � culturelle et statistique, o� se reconna�t soit une �poque historique, soit une classe sociale : reproduire l�esp�ce tout en trouvant la satisfaction �rotique dans la zone �rog�ne qui correspond anatomiquement � cette fonction biologique.</p><p>Mais cette organisation normative, que Freud ne conteste nullement puisqu�il y voit l�aboutissement et la r�gulation de la vie �rotique infantile, ne se fait pas sans difficult�s, sans contradictions. � Cette vie sexuelle de l�enfant, d�cousue, complexe, mais dissoci�e, dans laquelle l�instinct seul tend � procurer des jouissances, cette vie se downloadModeText.vue.download 143 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10098</p><p>condense et s�organise dans deux directions principales, si bien que la plupart du temps, � la fin de la pubert�, le caract�re sexuel de l�individu est form� � (Cinq Le�ons sur la psychanalyse, 1909). Tout se passe comme si la sexualit� infantile se caract�risait par la d�sorganisation, la dissociation, la multiplicit� polymorphe ; � cette diversit� � jamais perdue s�oppose la rigidit� de la r�p�tition sch�matique, qui va constituer la sexualit� en trois �tapes : le stade oral, jouissances par la bouche ; le stade anal, jouissances par la r�tention et l�expulsion anales ; le stade g�nital, enfin, aboutissement de l��rotisme.</p><p>L��volution ult�rieure de la sexualit� suit une ligne d�termin�e ; jusqu�� la pubert�, un refoulement massif s�instaure : c�est la p�riode de latence.</p><p>Ensuite, avec le d�veloppement organique des possibilit�s sexuelles, la</p><p>� grande mar�e des besoins sexuels �, dit Freud, survient un conflit d�cisif entre les barri�res du refoulement et les pulsions de la sexualit� retrouv�e. L� s�installe le mode de sexualit� adulte pour chacun. Il est d�s lors �vident que l�op�ration freudienne, dont on a tant parl�, ne consiste en rien d�autre qu�un renversement complet de la pens�e sur la sexualit� : avant Freud, la sexualit� adulte est la norme, et l�on consid�re que l�enfant, innocent, en est le n�gatif inverse, priv� de d�sirs, neutre ; avec Freud, la sexualit� infantile devient le point fixe o� va s�organiser une sexualit� adulte n�cessairement plus pauvre et plus contrari�e, n�vrotique en quelque sorte. L��closion de la n�-</p><p>vrose sera cette r�p�tition ind�finie que seule une psychanalyse peut arriver �</p><p>contourner.</p><p>On peut, dans le terrain de la sexualit� adulte, d�riv�e de l�enfance, choisir trois lieux d�cisifs : la sublimation, le f�tichisme et la bisexualit�.</p><p>La sublimation est le mod�le de la d�rivation sexuelle culturelle normale : elle consiste dans la r�cup�ration d�une sexualit� perverse, d�une fa�on ou d�une autre, sur le terrain d�une occupation esth�tique ou morale. Ainsi, L�onard de Vinci, dont Freud analyse l�homosexualit� refoul�e, en expliquant ses causes familiales et biographiques, oriente-t-il son mode sexuel dans un mod�le de repr�sentation graphique qui produit un surprenant effet d�ambigu�t�, autrement dit d�ambivalence : le c�l�bre sourire, androgyne, des figures de Vierge et des visages bacchiques. Ainsi encore, plus g�n�ralement, l�exhibitionnisme, perversion courante dans la sexualit� enfantine, se transforme-t-il par sublimation en amour du th��tre ; la curiosit� sexuelle, le voyeurisme deviennent par sublimation la recherche scientifique. C�est dire que la sublimation, qui d�rive la sexualit� vers des contours culturels, touche de pr�s aux choix professionnels, � l�� amour du m�tier � et, audel�, aux probl�mes de reconnaissance sociale.</p><p>Le f�tichisme est �galement une d�-</p><p>rivation, mais anormale ; le sujet f�tichiste est celui qui, n�ayant pas admis que la femme n�avait pas de p�nis, cherche � en aimer un �quivalent dans un objet d�tach� du corps, substitut du phallus maternel : le morceau de linge, la bottine, etc. ; l�essentiel est qu�il s�agisse d�un fragment dont la possession stimule la jouissance sexuelle � la place d�un corps de femme, dont la r�alit� est d�ni�e. Mais, de ce fait, le f�tiche rejoint tous les objets qu�il est convenu de rassembler sous le terme de mode : comment faire le partage entre le f�tiche et la parure, entre le f�tichiste et le dandy, entre la perversion et la norme de coquetterie ?</p><p>Il en va de m�me pour la bisexualit� : cette hypoth�se, inspir�e � Freud par son ami W. Fliess, exprime l�id�e que chez tout homme se trouve un d�sir</p><p>d��tre femme et chez toute femme une position masculine, une envie de p�nis plus fondamentale que la bisexualit� masculine, dans la mesure o� le phallus reste le r�f�rent culturel dominant d�une culture patrilin�aire. Chez la femme en particulier, le partage bisexuel s�op�re quasi anatomiquement : c�t� masculin avec la satisfaction cli-toridienne, c�t� f�minin avec la satisfaction vaginale. Et Freud, toujours respectueux de la norme, est conduit � affirmer que l��volution normale va vers l�abolition de la premi�re au profit de la seconde.</p><p>Contrairement � une �vidence</p><p>trompeuse, l�homosexualit� n�est pas d�finie par Freud ; elle n�est, en fait, qu�un sympt�me et non une cause : la cause est du c�t� de la bisexualit� fondamentale de tout �tre cultiv�. Toutefois, Freud rep�re l�homosexualit� et en fait l�analyse, sans que celle-ci soit jamais autre chose qu�un r�sultat : il la trouve, par exemple, dans l�hyst�-</p><p>rie f�minine, qui fonctionne toujours par identification refoul�e � une autre femme, ou dans l�obsessionalit� masculine, comme le d�montre � l�envi le cas de l�Homme aux rats (1909). Dans un texte plus centr� sur ce sujet, Psy-chogen�se d�un cas d�homosexualit� f�minine (1920), Freud explique que, pour le sujet normal, le choix d�objet est longtemps ind�termin�, sans qu�il y ait de barri�re franche entre l�amiti� forte et l�amour pendant la p�riode pubertaire. Cette ind�termination se refl�te dans les aspects � multiformes �</p><p>de l�homosexualit�, pr�sente selon Freud dans les organisations comme l�arm�e ou dans toute organisation � dominante sexu�e, d�une part ou de l�autre. Mais elle infirme �galement les id�es communes : un homme tr�s viril peut �tre homosexuel, un homme � f�-</p><p>minin � peut �tre homosexuel, et � la m�me chose vaut pour les femmes : chez elles non plus caract�re sexuel psychique et choix d�objet ne sont pas unis par une relation fixe de co�ncidence �. La psychanalyse a, en fait, sur ce terrain, mis au jour deux affirma-tions fondamentales : la premi�re, c�est que tous les individus normaux ont une composante homosexuelle du fait de la bisexualit� ; la seconde, c�est que les hommes homosexuels ont connu dans</p><p>leur histoire une relation privil�gi�e � leur m�re. Quant au traitement, il ne porte pas de fa�on particuli�re sur ce point, mais s�occupe, comme pour tout sympt�me, de l�histoire qui a conduit le sujet � se trouver en proie � ce d�sir : le refuser ou l�accepter sera aussi son affaire propre.</p><p>On voit que, partout, le rapport entre sexualit� et culture est d�cisif : c�est un point que Freud a n�glig� au b�n�-</p><p>fice de recherches biologisantes, dans la ligne de l�id�ologie positiviste qui a pr�sid� � la naissance de la psychanalyse au d�but de ce si�cle.</p><p>C�est d�ailleurs sur un point de m�decine que Freud a rencontr� la sexualit�, sur un terrain qui a orient� la psychanalyse dans sa dimension th�rapeutique : c�est l�hyst�rie. Avec les sympt�mes hyst�riques, Freud fait la d�monstration que des conversions peuvent s�op�rer du corps au psychisme : le sujet peut souffrir d�une maladie dont la cause est un trouble sexuel, � l�intersection du psychique et du somatique. Ainsi, la grande crise d�hyst�rie reproduit tous les signes du co�t, � l�insu de la malade, en m�me temps qu�elle met en oeuvre une mise en sc�ne bisexuelle, � la fois masculine et f�minine. Ainsi, encore une malade de Freud, Dora, souffre d�un trouble de la gorge, manifestant ainsi un d�sir refoul� de fellatio. Mais, avec la maladie, r�sultat d�une sexualit� contrari�e, on touche � un point fondamental de la th�orie freudienne : la sexualit� n�est gu�re heureuse. D�s l�enfance, d�ailleurs, elle est affect�e de d�mesure : l�enfant a des d�sirs sexuels sans rapport avec ses capacit�s physiques.</p><p>Cette d�mesure, ce malheur continuent dans l��ge adulte : la mis�re hyst�rique de la maladie pourra tout juste se transformer en � malheur banal � une fois l�analyse achev�e.</p><p>Structures de la sexualit�</p><p>C�est que, de fait, la sexualit� n�est pas libre. Les �tudes anthropologiques confirment et approfondissent l��vidence d�gag�e par Freud en un premier temps. Claude L�vi-Strauss* montre comment les structures de la parent�*</p><p>d�terminent inconsciemment les choix</p><p>d�objet, les amours, comment, au-del�, toutes les structures en �tage qui constituent la culture motivent la sexualit� et le d�sir. Par exemple, dans la tribu des Caduveos, au Br�sil, les femmes sont peintes de volutes et de formes g�om�triques � la fois sym�triques et assym�triques. Ces s�duisantes peintures excitent et stimulent, comme peuvent le faire certains rituels �rotiques dans notre culture. Mais L�vi-Strauss d�montre que ces peintures correspondent � des contradictions entre les clans de la tribu et la r�partition des classes sociales, contradictions qu�elles traduisent et r�solvent en m�me temps. Donc, la sexualit� n�est jamais isol�e comme telle, n�est pas s�parable de l�ensemble culturel dans lequel elle s�inscrit. Les recherches de Jacques Lacan* sur le fantasme et la sc�ne primitive, sur une base freudienne, confirment cette analyse. Pour Lacan, le fantasme est une structure fondamentale o� se met en sc�ne, une fois pour toutes, le d�sir d�un sujet individuel. Cette mise en sc�ne est caus�e par ce que Freud appelle la sc�ne primitive, sc�ne o� toute sexualit�, d�s l�origine, au d�but de l�enfance, cristallise : elle repr�sente le plus g�n�ralement le rapport sexuel entre les parents et produit un effet m�l� de terreur et de fascination. Cette sc�ne n�est ni r�elle ni fictive : elle n�est pas r�elle dans la mesure o� l�on ne pourra jamais savoir si, r�ellement, le sujet a vu ce spectacle, et elle n�est pas fictive parce qu�elle se situe � un niveau plus radical que la fiction, qui, de son c�t�, ne sait que r�p�ter, en variant ind�finiment les modes, cette sc�ne initiale. Ainsi, dans la psychanalyse de l�Homme aux loups (1918), le sujet voit-il comme un fantasme r�v� un arbre sur lequel des loups blancs, queue dress�e, le regardent fixement � travers une fen�tre.</p><p>Du regard, du blanc, de la queue des loups et de la fen�tre, Freud inf�re tout autre chose : le regard, c�est celui de downloadModeText.vue.download 144 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10099</p><p>l�enfant ; la fen�tre, c�est la porte de la chambre des parents ; la queue, c�est le p�nis paternel ; le blanc, c�est le linge</p><p>de la m�re. Cette sc�ne organise toute la sexualit� ult�rieure du sujet : c�est une structure.</p><p>Mais Lacan va plus loin que Freud.</p><p>Le fantasme organise le d�sir du sujet de fa�on que l�objet du d�sir reste inaccessible : la mise en fuite, si l�on peut dire, de l�objet du d�sir �tant une des conditions requises pour que la sexualit� puisse fonctionner, ce que l�exemple de Sade montre bien, qui fait durer la vie des victimes ind�finiment, d�une part, et ne se satisfait d�aucun sommet, d�autre part. La notion lacanienne d�� objet a � est d�cisive pour articuler la sexualit� avec l�espace du corps : en effet, par ce terme, Lacan d�-</p><p>signe tout objet partiel � ainsi le bout de linge du f�tichiste �, mais, dans une sexualit� normale, n�importe quel bout de corps : le sein, le p�nis, mais aussi l�enfant, l�excr�ment, le regard et, plus g�n�ralement, tout ce qui �merge du corps et d�limite une zone de passage, une zone �rog�ne. La surface du corps est alors partag�e selon des lignes qui ne recouvrent pas l�espace culturel, qui a tendance � brouiller les pistes ; d�autre part, l�espace psychanalytique change l�orientation de l�espace � normal �, dans la mesure o� l�int�rieur et l�ext�rieur du corps sont abolis par la notion m�me de passage. La psychanalyste Melanie Klein* a mis en �vidence ce m�canisme de va-et-vient du d�sir de l�enfant avec l�introjection-projection ; l�enfant, dans ses fantasmes, met en oeuvre un mouvement incessant d�entr�e et de sortie, de lui-m�me dans le corps de la m�re, du p�nis dans le corps de la m�re ou dans son propre corps : c�est un autre espace, d�autres mouvements que ceux que la culture enseigne, au moins dans ses normes �ducatives.</p><p>Voies de recherche</p><p>Il �tait normal qu�� partir de Freud se cherchent des courants de r�flexion qui allient la morale ou la politique � la th�orie psychanalytique de la sexualit�, comme il �tait normal que ces recherches, la plupart du temps, s�appuient sur des consid�rations biologiques le plus souvent douteuses.</p><p>C�est le cas, autour de Freud, d�Otto Rank et de S�ndor Ferenczi : le premier fait remonter la source de la sexualit�</p><p>au � traumatisme de la naissance �</p><p>et voit dans l�acte m�me de na�tre le mod�le de tout rapport sexuel ult�-</p><p>rieur. Faire l�amour, c�est donc faire retour au ventre maternel. Plus loin encore, Ferenczi voit dans les eaux amniotiques le paradis perdu d�une mer initiale et pr�historique o� tous cherchent le bonheur. Freud a toujours refus� ces extrapolations dangereuses, qui amenaient, par exemple, � conduire des psychanalyses en neuf mois : une gestation invers�e. Mais c�est surtout Wilhelm Reich qui a d�velopp� le plus compl�tement la jonction entre la psychanalyse, la biologie et la morale politique. � la fois psychanalyste et membre du parti communiste allemand, Reich ne resta pas longtemps dans ces deux organisations ; mais il chercha toute sa vie � faire la synth�se d�une r�volution politique et d�une lib�ration sexuelle, posant en principe que la r�volution politique passait par la r�volution sexuelle : le mouvement Sexpol fut l�expression de cette synth�se. Plus tard, Reich �labora une</p><p>� �conomie sexuelle � : � L��conomie sexuelle d�signe la fa�on dont un individu agence son �nergie biologique, la quantit� qu�il maintient bloqu�e par rapport � celle qu�il d�charge dans l�orgasme � (d�finition du Wilhelm Reich Infant Trust Fund). L�orgasme devient en quelque sorte une norme absolue, condition du progr�s individuel comme du progr�s social collectif ; et l�orgone est le nom que Reich a donn� � l��nergie sp�cifique, dont il croyait trouver la preuve exp�rimentale � la fin de sa vie.</p><p>Aujourd�hui, les voies de recherche peuvent se partager en deux courants principaux : d�une part, un retour � Reich, qui conteste en m�me temps violemment la rigidit� id�ologique de la morale freudienne et voit dans la psychanalyse une r�assurance des valeurs familiales, en particulier avec le complexe d�OEdipe, et l�attachement rigoureux au parent de sexe oppos� ; d�autre part, une recherche dans le domaine du langage, qui, suivant la voie lacanienne, �tudie les rapports entre le d�sir et les �l�ments mat�riels du langage, que Lacan, apr�s F. de Saussure*, appelle le signifiant. Gilles Deleuze et F�lix Guattari, depuis le succ�s de l�Anti-OEdipe (1972), au titre signifi-</p><p>catif, repr�sentent le premier courant ; ils opposent � la psychanalyse une schizo-analyse qui cherche � faire retour � la � schize � de la folie, � la dissociation de la sexualit� polymorphe, sans la condenser dans des courants familiaux ; le � corps sans organes �</p><p>est le nouvel espace d�limit� par cette recherche. Serge Leclaire, du c�t� de la psychanalyse, et, par exemple, Julia Kristeva, sur le terrain de la th�orie litt�raire, repr�sentent assez bien le second courant : la � lettre �, �l�ment pr�cis de langage, ou le nom propre d�terminent subtilement les d�sirs subjectifs, faisant appara�tre les liens inattendus entre le langage et la sexualit�, liens dont la po�sie a toujours su tirer parti. La divergence entre ces deux courants, l��cart entre la recherche biologique et politique d�une part, et la recherche structurale, d�autre part (si m�me �� et l� des jonctions ponctuelles s�effectuent), est sans doute le centre de la th�orie de la sexualit�, dont Freud, s�il en fut le fondateur incontest�, n�est plus depuis quelque temps le pionnier.</p><p>Information et</p><p>�ducation sexuelles dans</p><p>l�enseignement public</p><p>du second degr�</p><p>Une circulaire du ministre de l��ducation nationale, en date du 2 f�vrier 1973, rend obligatoire l�information sexuelle dans les �coles publiques du second degr� : � [...]</p><p>touchant � l�information sexuelle et � la pr�paration des jeunes � la vie d�adultes</p><p>[...], un groupe d�enseignants, de m�decins et d��ducateurs, anim� par l�Inspection g�n�rale, [est] charg� de mettre au point un programme d�enseignement, [...] enseignement g�n�ralis� con�u pour assurer aux �l�ves une information adapt�e � leur �ge sur les questions de la procr�ation. Il sera compl�t� par des activit�s �ducatives organis�es � titre facultatif. � Le 23 juillet de la m�me ann�e, une circulaire plus longue et plus explicite pr�cisait l�esprit et le programme de ce nouvel enseignement.</p><p>� l�origine de ces textes, un constat : le sexe a cess� d��tre un tabou. Ni la presse, ni les mass media, ni la publicit�, ni les modes vestimentaires, ni le langage (notamment dans les milieux � bien �lev�s �) ne se sentent plus li�s par les formes tradition-</p><p>nelles de la pudeur, sans parler du th��tre et du cin�ma. Partout, les enfants de tout �ge rencontrent l��rotisme et la sexualit�.</p><p>L��volution de l�ambiance culturelle est si rapide et si grande, les facilit�s offertes par les formes modernes de contraception si d�cisives que la plupart des familles renoncent � imposer une vie de chastet� � leurs enfants, � m�me � aux filles. L�ignorance des r�alit�s scientifiques, qui a toujours �t� regrettable, deviendrait catastrophique.</p><p>Mais les familles ne souhaitent pas et ne peuvent pas assurer seules l�instruction sexuelle de leurs enfants. Des adultes plus comp�tents sont requis, et parmi eux les professeurs de sciences naturelles semblent qualifi�s au premier chef, ce qui justifie le choix d�un cadre scolaire pour ce type d�information.</p><p>Mais il y a plus : l�ancienne conception restrictive de la la�cit� de l�enseignement, qui excluait (en th�orie) toute allusion politique, religieuse ou sexuelle, n�est plus admise ; ce qui est important hors de l��cole doit �tre pr�sent � l��cole, afin que celle-ci cesse d��tre un monde clos et s�par� du r�el. Il y va de l�autorit� m�me de l�enseignement.</p><p>� l��vidence, les deux circulaires de 1973</p><p>sont tomb�es, c�est le moins qu�on puisse dire, sur un terrain in�galement pr�t � les accueillir. En de nombreux endroits, leur application a �t� rendue difficile par l�attitude n�gative de certains responsables.</p><p>Parfois, on a introduit une distinction trop cat�gorique entre � information � et � �ducation � : l�information ne porterait que sur l�appareil g�nital et la reproduction, et la relation sexuelle serait seulement consid�-</p><p>r�e comme ce qui rend possible la f�condation. Les aspects nerveux, psychiques, �motionnels et affectifs de la sexualit� seraient ainsi maintenus dans la � zone de silence � ou n�en sortiraient que par la bouche des m�decins, qui viendraient tout expr�s dans les �coles pour assurer cette � �ducation �. Le corps enseignant lui-m�me, se sentant souvent peu form� pour prodiguer l�information sexuelle, se rallierait volontiers � une telle coupure.</p><p>Mais celle-ci risque de perp�tuer une sorte de mise � part du domaine sexuel et les �ducateurs modernes pr�f�rent de beaucoup une sorte de d�castration g�n�rale de l�enseignement, aussi bien en litt�rature qu�en histoire ou en art.</p><p>Les programmes publi�s par le minist�re en application de ses propres circulaires ont �t� d�velopp�s d�s 1974 dans les manuels, parfois en appendice de l�ouvrage. Une note de 1975 pr�cise les conditions de l�information sexuelle en quatri�me et surtout en troisi�me, o� une dur�e de quatre heures est pr�vue pour cet enseignement.</p><p>H. F.</p><p>C. B.-C.</p><p>F Freud / Psychanalyse.</p><p>S. Freud et J. Breuer, Studien �ber Hyste-rie (Leipzig et Vienne 1895 ; trad. fr. �tudes sur l�hyst�rie, P. U. F., 1956, nouv. �d., 1967).</p><p>/ S. Freud, Drei Abhandlungen zur Sexualtheo-rie (Vienne 1905 ; trad. fr. Trois Essais sur la th�orie de la sexualit�, Gallimard, 1923, nouv.</p><p>�d., 1968) ; �ber Psychoanalyse (Vienne, 1910 ; trad. fr. Cinq Le�ons sur la psychanalyse, Payot, 1921, nouv. �d., 1972). / G. W. Groddeck, Das Buch vom Es (Leipzig et Vienne, 1923, nouv. �d., Wiesbaden, 1961 ; trad. fr. Au fond de l�Homme, cela. Le livre du �a, Gallimard, 1963). / S. Ferenczi, Versuch einer Genitaltheorie (Leipzig, 1924 ; trad. fr. Thalassa. Psychanalyse des origines de la vie sexuelle, Payot, 1962). / O. Rank, Das Trauma der Geburt und seine Bedeutung f�r die Psychoanalyse (Vienne 1924 ; trad. fr.</p><p>le Traumatisme de la naissance, Payot, 1968).</p><p>/ W. Reich, Geschlechtreife, Enthaltsamkeit, Ehemoral (Vienne, 1930 ; trad. fr. la R�volution sexuelle, Plon, 1968). / A. C. Kinsey, Sexual Behavior in the Human Male (Philadelphie, 1948 ; trad. fr. le Comportement sexuel de l�homme, �d. du Pavois, 1948) ; Sexual Behavior in the Human Female (Philadelphie, 1953 ; trad. fr. le Comportement sexuel de la femme, Amiot-Dumont, 1954). / C. L�vi-Strauss, Tristes Tropiques (Plon, 1955). / J. Lacan, �crits (�d. du Seuil, 1966). / W. H. Masters et V. E. Johnson, Human Sexual Response (Boston, Mass., 1966 ; trad. fr.</p><p>les R�actions sexuelles, Laffont, 1968) ; Human Sexual Inadequacy (Boston, Mass., 1970 ; trad.</p><p>fr. les M�sententes sexuelles et leur traitement, Laffont, 1971). / G. Deleuze et F. Guattari, Capitalisme et schizophr�nie, t. I : l�Anti-OEdipe (�d.</p><p>downloadModeText.vue.download 145 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10100</p><p>de Minuit, 1972). / P. Simon, le Comportement sexuel des Fran�ais (Julliard, 1972).</p><p>Seychelles</p><p>�tat insulaire de l�oc�an Indien, au nord-est de Madagascar ; 376 km 2 ; 55 000 hab. Capit. Victoria, dans l��le Mah�.</p><p>Un poste avanc� sur</p><p>la route des Indes</p><p>Sans doute connues des commer�ants arabes du Moyen �ge, abord�es en 1609 par un capitaine de la Compagnie anglaise des Indes orientales, red�-</p><p>couvertes en 1741 par Lazare Picault sur l�ordre de Fran�ois Mah� de La Bourdonnais, qui laisse son nom � l��le principale (145 km2), les Seychelles sont ainsi baptis�es en l�honneur du secr�taire d��tat � la Marine Moreau de S�chelles, en 1756, par le capitaine Morphey, qui en prend possession pour devancer les Anglais. Mais leur exploitation ne commence qu�avec l�administration (1767-1773) de Pierre Poivre aux Mascareignes : en 1768, on y abat du bois pour les constructions navales.</p><p>Une garnison est install�e en 1777 avec les premiers colons et leurs esclaves, venus des Mascareignes ou de l�Inde.</p><p>Les carapaces de tortues, exploit�es � outrance, sont d�abord la principale exportation. En 1789, le commerce en est interdit, et diverses plantations sont encourag�es, qui am�nent un �puisement rapide des sols.</p><p>L�archipel compte environ 600 habitants en 1789 (dont pr�s de 500 esclaves) : de quoi �tablir une Assembl�e coloniale, qui proclame l�autonomie des �les � l��gard de l��le de France (�le Maurice*). En 1793, le commissaire J.-B. Qu�au de Quincy (1748-1827) rapporte l�abolition de l�esclavage d�-</p><p>cr�t�e par son pr�d�cesseur. Il restera trente-quatre ans � la t�te de l�archipel, � travers tous les changements de r�gime et de domination. Les Seychelles capitulent en 1794 devant une escadre britannique ; elles vont changer de mains plusieurs fois au cours des guerres. La course et le commerce de contrebande am�nent une grande prosp�rit�, qui cesse avec la chute de l��le de France en 1810 : les Seychelles, occup�es alors par les Anglais, leur sont d�finitivement c�d�es par les trait�s de 1814. L�abolition de l�esclavage</p><p>provoque le d�part de la moiti� de la population (libre et esclave).</p><p>Les al�as de l�autonomie</p><p>Simple d�pendance de Maurice</p><p>jusqu�en 1888, l�archipel re�oit alors un administrateur, assist� de conseils ex�cutif et l�gislatif, avant d��tre �rig� en colonie de la Couronne en 1903. Mais le retard de ces petites �les est consid�rable quand le premier plan de d�veloppement est mis en application en 1947. En 1965, la colonie est d�membr�e, dans l�int�r�t de la strat�gie anglo-am�ricaine, par la cr�ation du Territoire britannique de l�oc�an Indien (Aldabra, Farquhar et Des Roches, etc., et les Chagos, �t�es � Maurice).</p><p>Les Seychelles re�oivent en 1970 une nouvelle Constitution (suffrage universel, conseil en majorit� �lu). Une station am�ricaine de rep�rage des satellites fonctionne depuis 1963. Les habitants exportent cannelle, coprah, vanille, th�, mais importent leur riz. La surpopulation est cause d�une importante �migration.</p><p>Aux �lections g�n�rales d�avril</p><p>1974, les deux partis se prononcent en faveur de l�ind�pendance, qui est proclam�e le 28 juin 1976. Le nouvel �tat devient une r�publique, membre du Commonwealth, et recouvre sa souverainet� sur les trois �les qui lui ont �t� enlev�es en 1965.</p><p>J.-C. N.</p><p>A. Toussaint, la Route des �les</p><p>(S. E. V. P. E. N., 1967). / Les Seychelles (Delroisse, 1973).</p><p>Sforza</p><p>Seconde dynastie ducale de Milan*.</p><p>Les origines</p><p>La dynastie des Sforza est issue d�une famille ais�e de Cotignola, en Romagne, les Attendolo ; elle porte un nom qui est en r�alit� le surnom du premier de ses membres connus, le condottiere Muzio (ou Giacomo) Attendolo (Cotignola 1369 - pr�s de Pescara 1424), fils de Giovanni Attendolo et d�Elisa de Petraccini. Muzio Attendolo entre en 1384 au service du</p><p>condottiere Boldrino da Panicale, et passe en 1388 � celui du plus c�l�bre condottiere italien de la fin du XIVe s., Alberico da Barbiano. S��tant, � son tour, constitu� une troupe, il sert successivement P�rouse pendant deux ans, le duc de Milan Jean-Gal�as Visconti, qui double son salaire, Florence contre Pise, qu�il assi�ge, le marquis de Ferrare, Nicolas III d�Este contre Ottobone III de Parme en 1408, enfin la papaut� en 1409. Il est alors nomm� avec Braccio da Montone commandant en chef des arm�es qui doivent �carter du tr�ne de Naples Ladislas de Du-razzo au profit de Louis II d�Anjou ; il occupe une partie des �tats de l��glise et, � Rome, le quartier Saint-Pierre en septembre 1409, et bat Ladislas � Roc-casecca le 19 mai 1411. Il sert quelque temps ce dernier prince, puis se rend � Naples en 1414, o� son ascension sociale trouve son couronnement. Apr�s s��tre uni hors mariage � Lucia Ter-ziani da Marsciano, femme de bonne naissance qui lui donne sept enfants naturels, dont Francesco Sforza (n� en 1401), il �pouse en 1409 la soeur du seigneur de Cortona, Antonia Salimbeni, veuve depuis peu ; il obtient de l�antipape Jean XXIII la seigneurie de Cotignola en remerciement de ses services, puis se remarie � Catella, la soeur de l�amant de la reine Jeanne II, Pandolfello Alopo, qui, apr�s l�avoir fait emprisonner, pr�f�re l�associer � ses ambitions. Grand conn�table du royaume de Naples en mars 1415,</p><p>arr�t� apr�s l�ex�cution de son beau-fr�re le 1er octobre, il retrouve sa libert� et ses fonctions en novembre 1416, mais il entre alors en conflit avec le grand s�n�chal Giovanni Caracciolo, qui l�envoie occuper Rome en 1417, puis combattre Braccio da Montone en 1419-20. Ralli� � la cause de Louis II d�Anjou, il �pouse en troisi�me noce sa veuve, se r�volte contre Jeanne II et, depuis Aversa, entreprend le blocus de sa capitale, o� s��tablit Alphonse V</p><p>d�Aragon � la demande de la reine.</p><p>Mais, ayant rompu avec son protecteur, la souveraine se r�fugie en 1423</p><p>aupr�s de Muzio Attendolo, qui se noie accidentellement le 4 janvier 1424 en traversant la Pescara pour aller combattre Braccio da Montone, qui assi�-</p><p>geait l�Aquila.</p><p>La fondation d�une dynastie (1424-1466)</p><p>Sugg�r�e par son fils naturel Fran-</p><p>�ois Ier (Francesco) [San Miniato 1401 - Milan 1466], la manoeuvre au cours de laquelle Muzio trouve la mort se termine par la victoire compl�te du jeune condottiere, bien second� par deux de ses parents : Mich�le et Lorenzo Attendolo. Fran�ois, qui h�rite du remarquable instrument de combat que lui a l�gu� son p�re, assi�ge Naples pour le compte de Jeanne II, puis entre au service du duc de Milan, Philippe-Marie Visconti. Il est d�abord vaincu � Maclodio en 1427 par le capitaine g�n�ral de Venise, Carmagnola, puis il inflige un �chec � ce dernier, qui est d�-</p><p>capit� le 5 mai 1432. Veuf depuis 1427</p><p>de Polissena Ruffo, comtesse de Mon-talto, qu�il avait �pous�e en 1416, il est fianc� en 1432 � Blanche-Marie, fille b�tarde du duc de Milan, en r�compense de ses succ�s. En accord avec ce prince, il conquiert la Marche d�An-c�ne aux d�pens du pape Eug�ne IV, qui, pour �viter un d�sastre total, doit le reconna�tre en mars 1434 comme vicaire, gonfalonier de l��glise et chef des op�rations contre Niccol� Forte-bracci. Se rapprochant de Venise et de Florence, qui le sollicitent, nouant en 1435 dans cette derni�re ville une solide amiti� avec Cosme de M�dicis, il combat � partir de 1436 les Milanais de Niccol� Piccinino. Vainqueur � Riva et � V�rone � la fin de 1439, ma�tre de Brescia, il contraint Philippe-Marie � traiter avec ses adversaires ; surtout, il l�oblige � lui c�der Cr�mone et la main de Blanche-Marie, qu�il �pouse enfin en novembre 1441. Excommuni� en vain par Eug�ne IV, d�sireux de le chasser de la Marche d�Anc�ne, il brise � Montolmo, en ao�t 1444, l�ar-m�e de ses adversaires (pape, Milan et Alphonse V d�Aragon). Il est d�s lors nanti d�un vaste domaine, malheureusement difficile � d�fendre, car territorialement discontinu (Marche d�Anc�ne, fiefs dans le royaume de Naples, Cr�mone en Lombardie, et Pontremoli, en Toscane). Mis en difficult� dans la Marche par le condottiere pontifical Sigismondo Pandolfo Malatesta, menac� enfin par Philippe-Marie Visconti de perdre Cr�mone. Il restitue la Marche au nouveau pape Nicolas V</p><p>et se consacre d�s lors � la d�fense de ses biens milanais ; dans ce but, il se r�concilie avec son beau-p�re, dont il devient capitaine g�n�ral. Apr�s la mort de ce dernier, le 13 ao�t 1447, il acquiert Pavie, puis se rapproche de Venise en octobre 1448, portant ainsi un coup mortel � la R�publique ambro-sienne. Entr� dans Milan en f�vrier 1450, acclam� par le peuple, il re�oit le titre ducal dans la cath�drale de cette ville le 25 mars 1450. Sa principaut� est alors menac�e d�encerclement � la suite de l�adh�sion de la Savoie � l�alliance v�n�to-aragonaise ; aussi Fran�ois s�allie-t-il au roi de France Charles VII par le trait� de Montil-les-Tours, sign� le 21 f�vrier 1452. Mais, afin d��viter un conflit, il r�ussit � imposer � Venise la signature de la paix de Lodi, qui, le 9 avril 1454, instaure en Italie un �tat d��quilibre, auquel se rallient Florence, Naples et le Saint-Si�ge et qu�il entend maintenir avec l�appui de Cosme de M�dicis, � qui il downloadModeText.vue.download 146 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10101</p><p>est li� depuis 1435 et qu�il autorise � fonder � Milan en 1450 une filiale de sa maison.</p><p>Il n�h�site pas � soutenir la r�volte de G�nes contre les forces franco-angevines du roi Ren� en 1461 ; il obtient n�anmoins l�alliance du dauphin Louis, qui, devenu roi, l�investit en d�cembre 1463 de la seigneurie de cette ville. Quand il succombe d�une crise d�apoplexie le 8 mars 1466, le duc de Milan l�gue � son fils un �tat agrandi et mieux �quip� (canale della Martesana unissant C�me � Milan en 1460), une capitale embellie (Ospedale Maggiore), o� se retrouvent les �rudits italiens et grecs, notamment ceux qui, tel Constantin Lascaris, fuient Constantinople.</p><p>Le temps des h�ritiers</p><p>(1466-1535)</p><p>Gal�as-Marie (Galeazzo Maria)</p><p>[Fermo 1444 - Milan 1476], duc de Milan de 1466 � 1476, a �t� pr�par� � ses fonctions de chef d��tat par de</p><p>nombreuses missions, qui l�ont conduit de Florence, o� il a �t� re�u, � Careggi en 1454 et en France, o� il a command� des troupes qui ont combattu pour Louis XI lors de la guerre de Bien public en 1465. D�clarant aussit�t qu�il prend Milan et son jeune duc sous sa protection, le roi de France marie celui-ci � sa belle-soeur Bonne de Savoie. Gal�as-Marie rel�gue sa m�re, Blanche-Marie Visconti, � Cr�mone, o� elle meurt en octobre 1468 ; il se laisse gouverner par ses instincts luxurieux et cruels, laissant � son chancelier, Cicco Simonetta, le soin de continuer la politique d��quilibre de son p�re en Italie, tout en mena�ant la Savoie d�s 1468. Alli� du pape Sixte IV, il marie en 1477 sa fille b�tarde Caterina (v. 1463-1509) � Girolamo Riario, neveu du pontife.</p><p>Esprit �clair�, il accueille Bramante, mais donne un aspect tyrannique � son gouvernement. Aussi est-il assassin� le 26 d�cembre 1476 par trois jeunes Milanais, Gerolamo Olgiati, Andrea Lampugnani et Carlo Visconti, d�sireux de restaurer la r�publique.</p><p>Son fils et h�ritier Jean-Gal�as (Gian Galeazzo) [ch�teau d�Abbia-tegrasso 1469 - Pavie 1494] est trop jeune : il doit laisser la r�alit� du pouvoir � sa m�re, la r�gente Bonne de Savoie, qui commet l�erreur d�accepter la protection de son beau-fr�re Ludovic le More (Ludovico) [Vigevano 1452 -</p><p>Loches 1508]. Duc de Bari � la mort de son fr�re a�n�, Sforza Maria, en 1479, Ludovic d�clare majeur son neveu, �carte Bonne de Savoie du pouvoir et fait ex�cuter Cicco Simonetta. Il est entra�n� dans la guerre de Ferrare, ville dont les V�nitiens tentent de s�emparer (1482-1484) : il c�de Rovigo � ces derniers par la paix de Bagnolo, pr�s de Brescia, le 7 ao�t 1484, car il craint de perdre le pouvoir � Milan.</p><p>Rel�guant le jeune duc au ch�teau de Pavie, il entreprend d��liminer l�influence aragonaise malgr� le mariage du duc avec Isabelle d�Aragon en 1489, puis, en accord avec B�atrice d�Este, qu�il �pouse en 1491, il se rapproche de l�Angleterre. Il m�contente ainsi Florence et la France, � laquelle il a enlev� G�nes en 1488. Lorsque le pape Innocent VIII se rapproche de Naples, il fait pourtant appel en 1492</p><p>� Charles VIII, � qui il offre ce dernier tr�ne, esp�rant ainsi que ce monarque renoncerait � accorder son soutien aux droits du duc d�Orl�ans pour Milan.</p><p>Ainsi d�clenche-t-il la premi�re guerre d�Italie* en septembre 1494, au moment m�me o� il acc�de enfin au tr�ne ducal (1495-1508) au m�pris des droits de son petit-neveu Fran�ois. Il adh�re alors � la ligue antifran�aise constitu�e par le pape, l�empereur, le roi et la reine d�Aragon et de Castille, et il participe � la vaine tentative faite � For-noue, le 6 juillet 1495, pour emp�cher Charles VIII de regagner la France.</p><p>Il scelle ainsi son destin. Le 2 septembre 1499, l�ancien duc d�Orl�ans, Louis XII, occupe Milan, que r�cup�re Ludovic le 2 f�vrier 1500. Mais celui-ci est fait prisonnier par Louis II de La Tr�moille � Novare le 10 avril. Il est alors d�tenu au ch�teau de Lys-Saint-Georges, en Berry (1500-1504), puis � celui de Loches, o� il meurt en 1508.</p><p>Il laisse deux fils : Maximilien (Massimiliano) [Milan 1493 - Paris 1530] et Fran�ois II (Francesco)</p><p>[1495-1535]. R�fugi� en Allemagne, le premier est restaur� au lendemain de la mort de Gaston de Foix gr�ce � l�appui du cardinal Matth�us Schiner, l�gat du pape Jules II. Mais, vaincu � Marignan le 14 septembre 1515, il renonce � ses droits sur le duch� de Milan moyennant une pension et se retire en France. En 1521, � l�instigation de Charles Quint et de L�on X, qui reconqui�rent le Milanais, Fran�ois II est proclam� duc de Milan. Mais, accus� de trahison par Charles Quint, il est exil� � C�me en 1526, puis restaur� en 1529, � condition de l�guer � sa mort le duch� � l�empereur. Avec lui dispara�t en 1535</p><p>le dernier des Sforza qui ait �t� duc de Milan.</p><p>P. T.</p><p>F Milan / Visconti.</p><p>F. Calvi, Bianca Maria Sforza-Visconti (Milan, 1888). / P. D. Pasolini, Caterina Sforza (Rome, 1893 ; 3 vol.). / C. M. Ady, A History of Milan under the Sforza (Londres, 1907). /</p><p>L. Fumi, Francesco Sforza contro Jacopo Piccinino (P�rouse, 1910). / C. Violini, Galeazzo Maria Sforza, quinto duca di Milano (Milan, 1938 ; 2e �d., Turin, 1943). / C. Santoro, Gli uf-</p><p>fizi del dominio Sforzesco, 1450-1500 (Milan, 1948). / L. C. Morley, The Story of the Sforzas (Londres, 1933 ; trad. fr. Histoire des Sforza, Payot, 1951).</p><p>Shaba</p><p>Anc. KATANGA, r�gion du sud-est</p><p>du Za�re* ; environ 500 000 km 2 ; 2 754 000 hab.</p><p>Le sous-sol est form� en majeure partie par les roches anciennes du socle pr�cambrien. Apr�s avoir subi une p�n�planation tr�s pouss�e, celui-ci s�est fractur� sous l�effet de pouss�es tectoniques puissantes. Le Nord offre ainsi une juxtaposition de foss�s profonds (plaines du Moero, de la Lufira, de l�Upemba) et de horsts aux sommets aplanis (monts Hakansson, Kibara [1 890 m], Kundelungu, Ma-rungu). Dans le Sud, l�ancienne p�n�-</p><p>plaine bien conserv�e � la limite des bassins du Congo (appel� ici Za�re) et du Zamb�ze pr�sente � 1 300-1 500 m des surfaces sans relief, que dominent quelques inselbergs ; sur sa bordure, elle est vigoureusement d�mantel�e par l��rosion r�gressive, qui met en valeur des cr�tes appalachiennes, t�moins de la vieille structure pliss�e. D�abord lents et sinueux, les cours d�eau se pr�-</p><p>cipitent bient�t en rapides et en chutes dans des vall�es �troites, qui ont facilit� la construction de barrages (gorges de Nzilo, sur le Lualaba, qui est le cours sup�rieur du fleuve Congo).</p><p>Les pr�cipitations annuelles sont presque partout inf�rieures � 1 400 mm (Kamina : 1 331 mm ; Lubumbashi : 1 248 mm ; Kal�mi� : 1 170 mm)</p><p>et tombent m�me au-dessous de</p><p>1 000 mm dans certaines r�gions encaiss�es. L�ann�e est marqu�e par une longue saison s�che de cinq � sept mois : d�avril-mai � septembre-octobre.</p><p>Sauf dans les zones basses, la temp�rature moyenne annuelle est mod�r�e : 21 �C � Lubumbashi (1 300 m d�altitude), 19 �C � Kolwezi (1 505 m) ; les minimums sont tr�s marqu�s (il g�le localement), et les amplitudes diurnes et annuelles sont accentu�es. L�ensoleillement est tr�s long. Le paysage v�g�tal le plus courant est celui de la for�t claire : arbres de taille moyenne, peu serr�s, perdant leurs feuilles en</p><p>saison s�che ; tapis herbac� d�truit par les incendies annuels. La for�t c�de la place vers le nord � la savane arbor�e ; les arbres disparaissent dans certaines d�pressions mar�cageuses, ou � dem-bos � ; la for�t-galerie accompagne souvent les cours d�eau.</p><p>La densit� rurale est faible, inf�-</p><p>rieure � 1 habitant au kilom�tre carr� sur le quart du territoire. Quelques r�-</p><p>gions connaissent une relative concentration : celle de l�Upemba et les rives du lac Moero, o� la p�che est active. La population se divise en une trentaine de</p><p>� tribus � bantoues formant des groupes ethniques, dont les plus connus sont les Lambas, les Loundas, les Tchokw�s et surtout les Loubas, qui avaient pu �tablir un royaume puissant. Mais elle compte �galement un grand nombre d�immigr�s venus de toutes les r�gions du Za�re et de l��tranger (surtout de Zambie) pour s�embaucher dans les mines et les usines. Villes et � centres extra-coutumiers � rassemblent plus du quart des habitants. Lubumbashi a atteint 318 000 habitants en 1970.</p><p>L�agriculture utilise les techniques traditionnelles du br�lis ou de l��co-buage ; dans le Sud-Est, les paysans pratiquent encore le syst�me chiti-m�n� : abattage partiel de la v�g�tation sur plusieurs hectares, les d�bris �tant rassembl�s et br�l�s sur un champ cultiv� une seule ann�e. Dans le Nord-Ouest, la culture de base est le manioc ; celui-ci progresse sans arr�t aux d�-</p><p>pens du ma�s, dominant dans le Centre et qui a lui-m�me �limin� le millet et l��leusine, sauf dans le Sud-Est. Le d�-</p><p>veloppement urbain n�a eu que fort peu d�influence sur l�ensemble du monde rural, rest� tr�s pauvre. Exploitations agricoles et fermes d��levage se sont install�es dans les zones suburbaines.</p><p>La grande richesse du Shaba (et du Za�re) est l�abondance et la vari�t� des ressources min�rales. � L�arc du cuivre � passe par les trois principaux centres d�extraction de Kolwezi, de Likasi et de Lubumbashi, et il se prolonge en Zambie dans le Copper Belt. Le minerai � haute teneur (jusqu�� 16 p. 100) est exploit� en mines ou, plus souvent, en d�couvertes gr�ce � d��normes engins de manutention qui mod�lent les carri�res en gradins, typiques du</p><p>paysage r�gional. Le cuivre (plus de 400 000 t de m�tal) est associ� � divers autres m�taux : cobalt, zinc, cadmium, parfois or, germanium et plomb. En 1967, la toute-puissante Union mini�re downloadModeText.vue.download 147 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10102</p><p>du Haut-Katanga (U. M. H. K.), cr�atrice d�un �norme empire minier et industriel, a d� c�der la place � une entreprise nationale, devenue la G�n�rale des Carri�res et des Mines (GECAMINES). On exploite aussi le mangan�se � Kiseng�, dans l�ouest du Shaba (320 000 t de concentr�s), la cassit�rite (�tain) au sud de Manono et un peu de charbon � Luena.</p><p>Quatre centrales �lectriques sur la Lufira et le Lualaba (2,5 TWh) satisfont les besoins des installations de concentration et de raffinage des m�taux, d�o� sortent 370 000 t de cuivre en lingots, 10 000 t de cobalt (premier rang mondial) et 60 000 t de zinc. Les usines ont �t� � l�origine des villes, dont elles dominent le paysage. � elle seule, la GECAMINES emploie 25 000 salari�s. La production suscite une activit� industrielle vari�e : complexe m�tallurgique de Likasi, laminoirs et tr�fileries de Lubumbashi, fabrique d�explosifs ; mais la concentration urbaine a entra�n� l�installation de bien d�autres entreprises (construction m�tallique, fonderie, t�lerie, m�canique, minoterie de ma�s, huilerie de palmistes, brasseries, manufacture de tabac, filature et tissage, chaussures, etc.). Avec l�un des trois campus de l�UNAZA (Universit� nationale du Za�re), Lubumbashi joule un r�le intellectuel grandissant.</p><p>Inaccessible par voie fluviale, le Shaba a �t� d�senclav� par des voies ferr�es modernes qui le relient aux c�tes ouest (Lobito) et est (Beira) du continent, tandis que l�ancien B. C. K.</p><p>(Bas-Congo-Katanga) aboutit pour l�instant sur le Kasa�. Une grande partie des marchandises transite ainsi par un territoire �tranger. L�infrastructure</p><p>a�rienne a �t� d�velopp�e : Lubumbashi accueille des quadrir�acteurs.</p><p>Assurant 80 p. 100 en valeur des exportations du Za�re, le Shaba joue dans l��conomie nationale un r�le vital, qui explique la gravit� des �v�nements entra�n�s par sa tentative de s�cession apr�s 1960 et par l�intervention, en 1977, des anciens gendarmes katangais venus de l�Angola.</p><p>P. V.</p><p>F Za�re.</p><p>Atlas du Katanga (Comit� sp�cial du Katanga, Bruxelles, 1929-1940 ; 4 fasc.) /</p><p>J.-L. Lacroix, Industrialisation au Congo, la transformation des structures �conomiques (Mouton, 1966). / J. Denis, P. Vennetier et J. Wil-met, l�Afrique centrale et orientale (P. U. F., coll.</p><p>� Magellan �, 1971).</p><p>Shakespeare</p><p>(William)</p><p>Po�te dramatique anglais (Stratford on Avon, Warwickshire, 1564 - id. 1616).</p><p>Le contexte historique</p><p>Au sortir du chaos sanglant de la guerre des Deux-Roses, la dynastie des Tudor* avait apport� � l�Angleterre la paix et la s�curit�. La question religieuse, r�gl�e par un compromis, �tait devenue secondaire. Un pasteur, qui fut l�un des premiers � �crire un m�moire biographique sur Shakespeare, conclut tranquillement : � Il mourut papiste � ; en rejetant l�autorit� du pape, Henri VIII avait conquis pour le pays l�esprit de libre exp�rience comme celui de libre entreprise, li�s � une infrastructure soudain tr�s progressiste. La d�marche souple et agile de l��ge nouveau se trouve dans les petits romans de Thomas Deloney proclamant la gloire modeste et efficace des patrons du textile aussi bien que dans les �crits de Francis Bacon* pr�parant la science moderne par l�esprit d�ex-p�rience et d�induction. Autant que la manufacture progressait l�agriculture, en bonne partie gr�ce aux � cl�tures �</p><p>qui �largissaient le domaine priv� aux d�pens des communaux et commen-</p><p>�aient l��viction de la paysannerie.</p><p>Shakespeare �tait des propri�taires fonciers qui eurent leur part de cette bonne affaire. Comme les bourgeois romains du temps de Menenius Agrippa et de Coriolan, il ne craignit pas, en temps de disette, de r�server des grains pour les vendre plus cher. Il fut, avec conviction, de son temps : celui d�une grande reine, savante, pragmatique, courageuse, �nergique et prudente, dont la personnalit� complexe domina son �poque depuis son av�nement, en 1558, jusqu�� sa mort, en 1603. �lisabeth Ire* fut pour tout son peuple une idole, un mythe vivant, une Diane chr�tienne, la Reine Vierge. Ses sautes d�humeur, ses fureurs l�humanisent, et Strindberg pense qu�elles sont pass�es dans la Cl�op�tre de Shakespeare, dont elle est autrement l�oppos�. L��ge l�assombrira : la Fortune n�a que des sourires contraints pour les vieilles coquettes, et son dernier favori, Essex, jeune �tourdi intr�pide, arrogant et fantasque, dont il semble que Shakespeare se soit souvenu pour camper la figure glorieuse et absurde de Hotspur en face d�Henri IV, et peut-�tre celle de Coriolan, n��tait pas un bon choix.</p><p>D�pit� du mauvais succ�s de ses im-prudentes entreprises, Essex finit par d�clencher dans Londres une insurrection dont l��chec fut quasi ridicule, et la reine se r�signa � le laisser condamner et d�capiter (Bacon, qui n�est pas Shakespeare, fut son impitoyable accusateur). L��poque fut pour l�Angleterre un grand si�cle, marqu� par les d�buts de l�expansion imp�rialiste, les d�couvertes et le premier pillage du monde.</p><p>La derni�re grande pi�ce de Shakespeare, la Temp�te, pose sous forme de f�erie le probl�me colonial.</p><p>L�gende et biographie</p><p>William Shakespeare naquit � Stratford on Avon, dans le fertile Warwickshire, entre le 20 et le 26 avril 1564. Il �tait le fils d�un notable, alors prosp�re, qui, en 1568, fut bailli ou maire de la petite ville. Il fit donc d�abord des �tudes tranquilles dans une de ces bonnes</p><p>� grammar schools � qui dispensaient alors une �ducation d�mocratique.</p><p>Mais, � partir de 1577, la fortune familiale d�clina. On ne sait ce qu�il advint alors du fils, que nous ne retrouvons</p><p>qu�� la fin de novembre 1582, �pousant une femme de huit ans son a�n�e, Anne Hathaway. Une fille leur naquit en mai 1583. On a pens� que ce n��tait pas Shakespeare qui, � dix-huit ans, avait �t� le s�ducteur et que la singuli�re s�v�rit� qu�il manifesta jusqu�au bout, parfois hors de propos (cf. Prospero dans la Temp�te), aux liaisons pr�matur�es pouvait �tre li�e � une rancune personnelle.</p><p>On a lieu de penser que Shake-</p><p>speare arriva seul � Londres en 1587</p><p>ou 1588. Ce sont des ann�es de grands �v�nements. En 1587, Marie Stuart, retenue prisonni�re depuis vingt ans et en faveur de qui des complots catholiques s�ourdissent p�riodiquement, est d�capit�e. En 1588, l�Invincible Armada, qui se croyait d�j� ma�tresse de l�Angleterre, est mise en d�route : la puissance anglaise est affermie et consolid�e. Le th��tre �lisab�thain* fait au m�me moment une entr�e fracassante dans l��poque et dans l�histoire culturelle avec la Trag�die espagnole de Thomas Kyd, prototype du drame de la vengeance, dont Hamlet sera l�exemple le plus illustre et le plus singulier, et avec Tamburlaine (Tamerlan) de Marlowe*, glorieuse expression d�une vision parano�aque.</p><p>On ne sait si, comme le veut une de ces l�gendes qui tiennent ici lieu de biographie, Shakespeare s�approcha d�abord du th��tre en tenant par la bride les chevaux des spectateurs. D�s que nous rencontrons (en 1594) son nom dans des documents d�archive, il est non seulement acteur, mais aussi actionnaire de la troupe dite � du lord Chambellan �. C�est d�sormais � travers les documents relatifs � l�histoire du th��tre que nous suivons ses progr�s. L�acteur, en lui, ne semble pas avoir beaucoup compt� ; d�ailleurs, le m�tier ne payait pas ; mais l�homme d�affaires th��trales fit si bien les siennes qu�en 1596 il avait remis sa famille � flot et faisait anoblir son p�re. Si peu qu�il jou�t, par ailleurs, l�optique des planches restait la sienne, jusqu�au point de devenir le symbole fr�quent de la vie qui n�est peut-�tre qu�illusion vitale et parodie de r�alit� : Hamlet parle comme un acteur qui joue Hamlet. La troupe, ayant jou� un</p><p>Richard II sur commande pour Essex, se trouva en disgr�ce � la fin du r�gne ; notre auteur sera, par contre, li� aux c�l�brations du r�gne de Jacques Ier.</p><p>Sa vie priv�e reste enti�rement myst�rieuse. On a tent� de la tirer de la s�quence de 154 sonnets, publi�e en 1609, mais dont une partie, comme le r�v�le un �crit contemporain, �tait connue d�s 1598. Ces sonnets content une curieuse histoire avec un accent souvent poignant de v�rit� ; pourtant, la v�rit� de l�homme de th��tre peut-elle jamais �tre nue ? Le drame, ici, est � quatre personnages : le po�te, l�ami, la ma�tresse et, en retrait, le po�te rival.</p><p>Les sonnets les plus ardents sont ceux, voisins dans leur vision du Ph�dre ou du Banquet, o� Shakespeare chante son amour de l�ami. Pierre Jean Jouve veut voir dans le vingti�me un t�moignage d�homosexualit�. On y lira plut�t la frustration, qui viendrait de ce que par malheur l�objet aim� n�appartient pas au sexe dont on peut jouir ; si cet objet s�appelle Southampton, dont les moeurs sont connues, l�obstacle pourrait n��tre qu�un interdit en soi-m�me.</p><p>Au surplus, depuis P�trarque, il y a dans tout sonnet beaucoup de litt�rature ; on a m�me avanc� l�hypoth�se d�une commande. Mais, sur le fond</p><p>� l�admirable langage des �motions, qui est le vrai fond de ces po�mes et leur signifi�-signifiant �, on ne peut gu�re se tromper : cet homme est tel qu�il se dit ; c�est un masochiste, et son vrai bonheur est le bonheur de souffrir, d��tre priv�, rejet�, trahi. Si l�on a mentionn� Platon, c�est que l�amour que nous disons homosexuel est ici noble et exaltant, glorifiant la beaut� autant que l��me, dont elle est le miroir, mais downloadModeText.vue.download 148 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10103</p><p>ignorant tout des caresses. Comme tout amour, cependant, il voudrait se croire assur� de l�autre et se voit d�poss�d�, et de deux c�t�s m�me, car l�ami va se tourner d�une part vers le po�te rival et d�autre part � double trahison � vers la ma�tresse. Celle-ci, c�est la fameuse brune, raill�e corps et �me, et pourtant redout�e. Il y a beaucoup de brunes de</p><p>pi�ce en pi�ce usurpant la place l�gitime des blondes, et l�on peut penser qu�elles descendent toutes de la m�me brune. Tout cela ne ferait qu�une anecdote si une certaine conception masochiste, disions-nous, et m�lancolique de l�amour n�en ressortait fortement.</p><p>Pour le reste, il n�y a qu�� feuilleter de maigres �ph�m�rides : en 1596, le fils de Shakespeare, Hamnet, est mort, et peut-�tre le personnage de Hamlet en sera-t-il assombri. Mais, en 1597, on voit d�j� notre homme d�affaires se retourner de Londres vers Stratford, o� il ach�te New Place, une tr�s belle maison. En 1598, sa troupe s�installe au nouveau th��tre du Globe, auquel son nom reste le plus associ�. Les professionnels du th��tre trouvent alors devant eux les troupes d�� enfants �</p><p>dont il est question dans les conversations de Hamlet avec les acteurs.</p><p>Des � enfants � jouent aux chandelles dans la salle close des Fr�res Noirs (Blackfriars). Les Com�diens du Roi (the King�s men) � nom que porte la troupe de Shakespeare � partir de 1603 � vont s�y installer en 1608. Les pi�ces s�y font plus intimes, plus</p><p>� romantiques �. Shakespeare semble, dans ses derni�res pi�ces, influenc� en ce sens par de jeunes auteurs, comme John Fletcher. C�est sans doute en collaboration avec celui-ci qu�il produira en 1612 sa derni�re pi�ce, Henri VIII.</p><p>Il meurt le 23 avril 1616, des suites, dit-on, d�un banquet avec Ben Jonson.</p><p>Un rituel populaire</p><p>Le th��tre, qui fut la vraie vie de Shakespeare, occupe dans la civilisation �lisab�thaine une place unique, avec la musique que nous entendons encore dans les admirables chansons des pi�ces. Il fallait pourtant au public populaire, debout au parterre pour quelques pence, autre chose que cette d�licate magie : une action tr�s physique � laquelle participer, de bons coups d��p�e, l�illusion du sang et de la mort. Que cette populace brutale, habitu�e des atroces combats d�ours et de taureaux avec des chiens, ait relay� la reine et la Cour comme auditoire, c�est une des merveilles du temps et du lieu ; mais encore cela fait-il comprendre que les pi�ces n�aient pas une forme</p><p>ch�ti�e ou s�v�re ; si l�on ajoute que, dans la maigre compagnie d�acteurs, il y avait par obligation des comiques, le bouffon et le fou, parmi les plus pay�s, parce que les plus appr�ci�s, et qu�il n��tait pas question de ne pas les employer, on voit pourquoi il n�est pas de pi�ce qui ne leur accorde quelque interlude. C�est l�une des gloires de Shakespeare d�avoir cependant incorpor�, comme il l�a fait, le comique et le grotesque � la vie m�me, dont il cherchait � rendre l�essence, de faire de cette association, qui aurait pu �tre, au service du go�t de l��poque, simple routine, quelque chose d�aussi profond�ment significatif que la grimace des chapiteaux ou des mis�ricordes de nos cath�drales.</p><p>Plaisir de la turbulente foule, plaisir des gens de la Cour et d�une partie de la bourgeoisie, le th��tre est, depuis qu�il existe, l�objet de la m�fiance des bigots � des puritains, qui ont avec eux l�autorit�. Comme les spectacles brutaux, il est (arr�t� du lord-maire de 1570) rel�gu� dans les faubourgs avec les mauvais lieux. Il est dangereux pour l�ordre moral. On voit la municipalit� fermer en 1582 les � auberges-th��tres � de la ville ; mais, en 1583, la reine fonde sa troupe. La peste vient au secours des puritains ; � peine les sc�nes interdites seront-elles rouvertes qu�une pi�ce satirique les refermera.</p><p>Quant aux auteurs, ils sont divis�s en 1600-01 par la � guerre des th��tres �.</p><p>On s��tait accommod� d�auberges-</p><p>th��tres : une cour non couverte et des galeries tout autour. Les premiers vrais th��tres, comme le Cygne (the Swan), suivent paresseusement ce mo-d�le. La sc�ne est la � sc�ne-tablier �</p><p>(apron stage), de trois c�t�s entour�e par les spectateurs, parmi lesquels elle s�avance. Toute mise en sc�ne qui consid�rerait la disposition des acteurs et ses modifications comme tableau et suite de tableaux est de ce fait impossible. C�est le mouvement qui compte, celui qui sans cesse d�place les lignes et d�fait les contours. La sc�ne est plus profonde que large, et, au fond, elle est doubl�e d�une arri�re-sc�ne ferm�e d�un rideau, qui pourra devenir la chambre � coucher de Desd�mone.</p><p>L�arri�re-sc�ne est couverte, et son toit peut devenir le lieu de l�action :</p><p>les remparts d�Elseneur ou le balcon de Juliette.</p><p>Cette Juliette, par ailleurs, est un gar�on. Il ne para�t pas une femme sur la sc�ne anglaise jusqu�� la r�ouverture des th��tres apr�s la Restauration de 1660. Les r�les de femmes sont tenus par des � boy actors � v�tus paradoxalement de robes somptueuses, quand ils ne sont pas, comme cela est si fr�quent dans les com�dies shakespeariennes, � d�guis�s � en gar�ons avec d��tranges superpositions d��quivoques. La troupe de Shakespeare a deux � boy actors �, l�un petit et l�autre grand, souvent coupl�s ; d�o� l�adaptation des r�les, car Shakespeare avait ses acteurs pr�sents � la pens�e : Hermia et Helena dans le Songe d�une nuit d��t�, Rosalinde et Celia dans Comme il vous plaira sont toujours la petite et la grande.</p><p>Le jeu est vigoureux, emphatique, bien plus rh�torique que r�aliste. Il faut souligner l�aspect de rituel, qui est sans doute ce qui le s�pare le plus de nous. On remarque de pi�ce en pi�ce et par exemple � la fin d�Hamlet les sonneries de trompettes. Les morts, qui surabondent, sont trait�s le plus souvent avec c�r�monie et solennit�.</p><p>Nous ne sommes pas encore tr�s loin du th��tre antique. S�n�que est d�ailleurs une influence d�terminante, mais, lorsqu�on consid�re les traductions qui se succ�dent � partir de 1560, on est frapp� de la saveur anglaise qu�elles ont acquise aussit�t, de la fa�on dont le quotidien est venu s�ins�rer dans la rh�torique, bref de ce que S�n�que est devenu pour l�imagination des jeunes �crivains qui ont le sens dramatique et l��nergie naturelle de leur peuple. Le Plutarque d�Amyot retraduit par Thomas North a la m�me saveur, et Shakespeare saura s�en servir. Le refus de la distance historique am�ne l�Antiquit� au milieu de nous et fait parcourir les rues de Rome aux corporations londoniennes avec leurs tabliers de cuir et leurs insignes de m�tier. Le costume ?</p><p>C�sar entrouvre son pourpoint, et Macbeth sera jou� par Garrick en habit, culotte et bas en 1766. Les �mes sont comme le v�tement : tout est contemporain de l�auteur ; son imagination ne conna�t que le vif.</p><p>Les archives du th��tre font �tat de quelques accessoires de sc�ne. Il y avait si peu de d�cors que, dans ses prologues, Shakespeare invitait souvent les spectateurs � les suppl�er par l�imagination.</p><p>Rh�torique et</p><p>vision po�tique</p><p>En quelque vingt-trois ans d�activit� fi�vreuse, Shakespeare, outre les Sonnets et les po�mes lyriques ou narratifs, produisit trente-huit pi�ces de th��tre.</p><p>Au XIXe s., on les r�partissait commod�ment en trois p�riodes : la premi�re, marqu�e principalement par des com�-</p><p>dies, l�g�re et heureuse ; la deuxi�me, celle des trag�dies, noire et qui cor-respondrait � un profond d�sarroi personnel ; la troisi�me, celle des pi�ces romanesques, r�affirmant, au terme des conflits et des d�sastres, l�ordre et la lumi�re. Ce sch�ma doit �tre nuanc� dans toutes ses parties : il y a partout ombre et lumi�re. Ce qui est le plus certain, c�est l��volution de l��criture, depuis la rh�torique outr�e et fleurie du d�but jusqu�au d�pouillement de la fin.</p><p>C�est aussi la conception th��trale, les oeuvres de la fin pr�sentant un m�me �loignement de la r�alit�.</p><p>On est frapp� par la richesse des th�mes d�couverts et tenus en r�serve d�s les d�buts du jeune dramaturge, et aussi par la persistance de sa vision et par ses r�currences : telles qu�on peut regrouper ensemble des pi�ces s�pa-r�es par un plus ou moins large intervalle de temps, en un m�me faisceau de significations.</p><p>Shakespeare, � ses d�buts, vers 1589, trouve d�j� port�e � la sc�ne une chronique flottante dont il tire les quinze actes des trois parties d�Henri VI. On ne peut s�parer avec certitude la part de la dramaturgie anonyme de la sienne propre. Cependant, ses pi�ces sont li�es � la formation de son g�nie et montrent d�j� ce qui restera sa dure et sombre conception de l�histoire : de petits rois faibles comme des enfants, quand ce ne sont pas des enfants, sont isol�s parmi les ambitions et les convoitises des grands f�odaux ; mari�s, tromp�s, bafou�s, humili�s avant la mise �</p><p>mort, ils diront la grandeur creuse et la piti� de leur �tat. Henri VI, qui finira sous la dague du futur Richard III, est le premier � verser des larmes sur cette monstrueuse tuerie incoh�rente, absurde, � entre un fils qui a tu� son p�re �, � entre un p�re qui a tu� son fils �. La cruelle reine Margaret tend un mouchoir rouge du sang du petit Rutland au duc d�York son p�re pour essuyer ses larmes. Le m�lo atteint � la grandeur. Sous le massacre mutuel des dirigeants, la pl�be grouille et il lui vient des id�es : John Cade insurg� a des formules surprenantes : � Tout le royaume sera en commun [...], il n�y aura plus d�argent. J�habillerai tout le monde de la m�me livr�e. �</p><p>Titus Andronicus, premi�re trag�-</p><p>die de Shakespeare, date d�environ 1592. La d�cadence romaine rejoignant la barbarie britannique, Titus, treize ans avant, est d�j� une �bauche de Lear, un vieil homme vaniteux, imp�-</p><p>downloadModeText.vue.download 149 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10104</p><p>rieux, inflexible, qui croit rester ma�tre des volont�s qu�il lib�re en d�daignant d�appuyer la sienne sur le pouvoir. Il tue sans broncher son fils qui ose s�opposer � son caprice, comme il a sacrifi� sans piti� aux m�nes de ses fils morts le fils de Tamora, la reine captive. Sa-turninus, � qui il abandonne l�empire, �pouse la captive, qui devient toute-puissante pour la vengeance. Comme Goneril ou R�gane, filles de Lear, elle incarne autant la luxure que la cruaut� : elle est second�e dans l�atroce par son amant, Aaron le More. Il y aurait lieu de consid�rer la dramaturgie de Shakespeare comme un syst�me limit� de combinaisons alternatives. Le More joint � la blanche appelle en lui des images lascives qui soit se d�posent sur le noir � ici �, soit se disposent en face de lui � Othello. L�hubris de Titus, la haine et le stupre chez Tamora se rejoignent pour d�cha�ner une orgie de meurtres et de mutilations. Il n�y a plus qu�� demander � S�n�que et � Ovide de quoi l�illustrer. Lavinia, les deux mains et la langue coup�es, suit Philom�le ; les fils servis en p�t� � la</p><p>m�re renouvellent le festin offert � Thyeste. Et dans tout cela, si la rh�-</p><p>torique est reine, une vision po�tique sourde et profonde se fait jour. Le g�nie sc�nique de Peter Brook a ressuscit� brillamment cette pi�ce ou-tranci�re, que le raisonnable XVIIIe s.</p><p>avait enlev�e � Shakespeare. Il ne lui aurait pas enlev� Richard III (1592?), o� l�on respire d�j� le plein g�nie du po�te avec sa noire psychanalyse de la difformit� poursuivant ses compensa-tions par la puissance et par le meurtre.</p><p>� Les chiens m�aboient dessus quand je boitille aupr�s. � � Ne pouvant faire l�amoureux je ferai donc le tra�tre. � Sa m�moire lui pr�sente g�n�reusement les horreurs de ce temps des monstres qu�il cl�t : la couronne de papier du duc d�York son p�re, Rutland �gorg� par le loup Clifford et la louve Margaret. On dira qu�il en sort de nouveau un tyran de m�lodrame : � Off with his head ! � (� Qu�on lui coupe la t�te ! �) La reine de cartes d�Alice et Ubu feront � cet ordre un �cho parodique. Ce ne sont pas les meurtres m�me les plus path�tiques qui retiennent le plus notre attention. Shakespeare n�a jamais fait sc�ne plus �blouissante, ni plus inqui�-</p><p>tante que celle qui met face � face Richard et Anne suivant le cercueil de son beau-p�re tu� par Richard apr�s son p�re et son mari. Richard courtise Anne par impossible gageure aupr�s de ce cercueil que celle-ci vient de couvrir de larmes. La fa�on dont il la retourne est exemplaire et li�e � la vision am�re que le po�te a d�j� de la faiblesse des femmes. C�est sa beaut�, dit le sinistre Richard, qui l�a envo�t� jusqu�au crime. Et quand Anne a pris sa bague, rest� seul avec sa conscience de son corps difforme, Richard se demande s�il a pu changer � ce point. Le d�go�t domine en lui, comme chez le Caligula de Camus. Il y a sous la joie apparente du mal une sorte de d�sespoir, celui de Satan embrassant le mal comme son seul bien, qui fait de lui un grand maudit et rehausse sa stature.</p><p>L�angoisse comique :</p><p>le th�me de l�identit�</p><p>Aux d�buts de Shakespeare dans le comique, on voit de m�me une source classique et un cadre pseudo-classique.</p><p>Les M�nechmes de Plaute produisent la</p><p>Com�die des erreurs (The Comedy of Errors, 1592). Shakespeare cherchant son bien a rencontr� un th�me, potentiellement autre que comique, qui va l�occuper longuement, celui de l�identit� : qui suis-je ? Il suffit de l�invention de deux jumeaux, Antipholus de Syracuse et Antipholus d��ph�se, nantis de deux domestiques jumeaux, et d�accepter la convention qu�ils alterneront sur la sc�ne sans se rencontrer. Du point de vue comique, c�est un perp�tuel quiproquo, pour les domestiques quelques vo-l�es de bois vert et pour les patrons des vitup�rations de femmes acari�tres ; ce qui compte au-del� de la farce, c�est l�exclamation d�Antipholus de Syracuse qui a essuy� le tourbillon verbal d�Adriana, femme de celui d��ph�se :</p><p>� Eh quoi ! l�ai-je �pous�e en r�ve, ou si je dors maintenant, et crois entendre tout ceci. � Et le serviteur � son tour se croit � m�tamorphos� �. S�il peut exister une angoisse comique, elle s�exprime dans leurs paroles, par le sentiment de n�avoir plus prise sur le r�el, comme dans un r�ve, et de ne plus exister. Shakespeare est assez fascin� par ce sortil�ge pour le recr�er l�ann�e suivante (1593) dans la M�g�re appri-vois�e (The Taming of the Shrew) et, comme pour qu�on ne s�y m�prenne pas, en le redoublant. Le pr�lude � la pi�ce est une premi�re pr�sentation du th�me : un r�tameur ambulant s�endort ivre-mort � la porte d�une auberge, o� il est aper�u par un seigneur revenant de la chasse avec ses gens. L�id�e vient au seigneur d�emporter l�ivrogne chez lui, o� celui-ci se r�veillera dans un lit somptueux, devenu le seigneur, puisque trait� par tous comme tel, avec une gente dame pour �pouse. Sly r�sistera vaillamment, repoussera le vin et r�clamera sa petite bi�re, � laquelle il lie son identit�, puis finira par se r�signer au t�moignage de tous ses sens.</p><p>Merveille du folklore universel et du conte populaire : c�est l�histoire m�me d�Ab&#x16B; al-&#x1E24;asan et d�H&#x101;r&#x16B;n al-Rach&#x12B;d cont�e la six cent vingt-septi�me nuit.</p><p>Sly le r�tameur n�est pas heureux d��tre devenu un autre, f�t-ce un seigneur. Que dire alors de Kate la m�-</p><p>g�re ? Petruchio, qui ne la veut pour femme qu�� cause de la dot, est pr�-</p><p>muni par l�indiff�rence contre son agressivit� d�lirante. Les pires hurle-</p><p>ments, que sont-ils mesur�s � l��talon des bruits ? Quant aux gestes, il n�est que de savoir que Petruchio a l�avantage des muscles. Celui-ci va dresser Kate comme on dresse un cheval r�tif, mais par des moyens appropri�s, c�est-</p><p>�-dire psychologiques. Entre Kate et le monde un rapport stable s�est �tabli : elle est ce qu�on la voit, on la voit ce qu�elle est, elle est reconnue. Petruchio, qui la trouve toutes griffes et toute invective, la complimente sur sa douceur et d�plore l�incompr�hension dont elle est l�objet. Il l�isole des autres en paraissant la d�fendre et il l�isole de ses propres paroles, puisque le sens n�en est plus compris. Tout se d�robe � son attente, et, apr�s le mariage, rest�e seule avec lui et emmen�e dans sa campagne, Kate est soumise � un processus m�thodique d�ali�nation. Une femme humble et docile en surgira.</p><p>Nous sommes invit�s � tenir cette psychiatrie pour satisfaisante. Notons que, dans la m�me pi�ce, le th�me de l�identit� est mis une troisi�me fois en jeu, lorsque, dans le cadre d�une intrigue secondaire, le p�re de Lucentio trouve un imposteur pr�tendant �tre lui et se voit traiter d�imposteur.</p><p>Les pi�ces de Shakespeare se</p><p>tiennent. Lucentio est arriv� � Padoue nanti d�un programme d��tudes aust�re, avec l��thique au centre ; son serviteur et ami Tranio plaide pour la musique et la po�sie qui stimulent l�imagination. Mais la vue de Bianca � la soeur de la M�g�re � produisant l�habituel coup de foudre est bien plus efficace.</p><p>C�est en somme le sch�ma de Peines d�amour perdues (Love�s Labor�s Lost, 1594?), avec la m�me id�e de pr�-</p><p>somption et d�illusion sur soi-m�me ch�ti�es par la rencontre de la vie et de l�amour. Le roi de Navarre est un Lucentio �dictant non seulement pour lui-m�me, mais pour ses trois compagnons une r�gle monacale f�roce, qui, en faveur de l��tude, d�nie � la chair le manger, le dormir, l�amour et jusqu�� la pr�sence des femmes � pour trois ann�es. L�-dessus arrive la princesse de France en ambassade avec trois suivantes, et voici la r�gle mise en pi�ces, mais par chacun sournoisement, en cachette des autres. Le th�me de l�identit� � simplement cette fois l�identit� de ce qu�on aime � n�est plus ici que</p><p>le jeu d�une mascarade malicieuse, o� les femmes ont interverti les signes de la leur de fa�on � contraindre leurs amants � une cour aberrante.</p><p>La pi�ce a une faiblesse li�e au v�ritable protagoniste, Berown (ou Biron), dont le langage tendu et vibrant semble bien repr�senter celui de Shakespeare.</p><p>Nous avons vu au d�but Berown, seul homme de bon sens, plaider pour une vie ouverte � l�influence des femmes (� leurs regards sont les livres, l��cole, d�o� jaillit le vrai feu prom�th�en �).</p><p>Or, la pr�somption des quatre hommes devant � c�est le th�me de la pi�ce</p><p>� �tre ch�ti�e par les quatre femmes, celle de Biron, comme d�un persifleur inhumain, re�oit pour sentence qu�il ira � l�h�pital faire rire les moribonds une ann�e enti�re. Ce persifleur, Shakespeare a oubli� de nous le montrer, ce qui n�est pas de bon th��tre. Tout cet �pisode de la guerre des sexes est ici, sur le mode l�ger, un assaut d�esprit.</p><p>Les jeux du langage, c�est presque le fond de la pi�ce, trait� aussi en parodie gr�ce � un p�dant et � un grotesque, et en parodie de parodie gr�ce au page du grotesque. Shakespeare semble avoir voulu exorciser (sans y parvenir) la fascination qu�exercent sur lui les possibilit�s du langage.</p><p>Amour et caprice</p><p>Si le langage est le v�ritable sujet de Peines d�amour perdues, l�amour, sans nul doute, est celui, vers la m�me date, des Deux Gentilshommes de V�-</p><p>rone (The Two Gentlemen of Verona, 1594?). On trouve ici deux amis, dont l�un, Valentin, d�daigne l�amour tant qu�il est � V�rone et lui est soumis d�s qu�il arrive � Milan, par l�enchantement de Silvia, qui, tr�s vite, partage son amour et, faute du consentement du duc son p�re, projette de fuir avec lui. Proteus, lui, est l�amoureux tendre de Julia, qui, farouchement virginale, le repousse avec une violence qui n�est que la couverture de l�amour refoul�.</p><p>Il se lasse et va rejoindre Valentin. Le voici � son tour �bloui par Silvia, et qui d�nonce son ami au duc. Valentin s�enfuit et rejoint des brigands dans la for�t, cependant que Proteus court sa chance ; il a engag� un page pour �tre le messager de son amour, qui n�est autre que Julia d�guis�e pour le</p><p>rejoindre (et non reconnue de lui, selon la convention du th��tre �lisab�thain).</p><p>downloadModeText.vue.download 150 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10105</p><p>Fid�le (maintenant qu�elle a pris conscience d�elle-m�me), douloureuse, intens�ment masochiste, cette Julia-Sebastian annonce la Viola-Cesario de la Nuit des rois dans le m�me r�le de messag�re de celui qu�elle aime aupr�s d�une autre. � Sebastian � �voque pour Silvia ses souvenirs de Julia avec des gr�ces m�lancoliques, comme fera Cesario pour Viola aupr�s d�Orsino.</p><p>Silvia s�enfuit pour rejoindre Valentin, mais elle est rattrap�e par Proteus, qui va la prendre de force, quand survient Valentin. C�est ici que la pi�ce perd pied, faute de r�alit� humaine, et nous enfonce dans une convention absurde jusqu�au grotesque. Non seulement Valentin pardonne tout � Proteus, mais il lui offre � sa part � de Silvia. Heureusement, Proteus a pris conscience de son aberration : il r�fl�chit qu�il trouvera aussi bien au visage de Julia ce que lui offrait celui de Silvia. L�amour n�a �t� que brusques mutations.</p><p>C�est le m�me th�me de l�amour,</p><p>avec l�accent sur le caprice, qui, jusqu�au niveau des rustiques occup�s de repr�senter les malheurs de Pyrame et de Thisb�, est le seul du Songe d�une nuit d��t� (A Midsummer Night�s Dream, 1595?). On trouve au premier plan les amours pers�cut�es de Lysandre et d�Hermia, que son p�re a promise � Demetrius. Fort de la loi d�Ath�nes, �g�e donne le choix � sa fille : Demetrius ou la mort. Et Th�s�e remontre � la jeune fille : � Votre p�re devrait vous �tre un Dieu. / Vous n��tes dans ses mains qu�une forme de cire. �</p><p>Mais il ajoute un choix moins ex-tr�me : le couvent. Hermia, indompt�e, s�enfuit dans la for�t ; mais elle s�est confi�e � Helena, amoureuse repouss�e de Demetrius, lui laissant le champ libre. L�amour d�Helena �tant une sorte de folie masochiste, elle ne trouve d�autre moyen pour plaire � l�aim� que de d�noncer les amants. Demetrius lui dit-il qu�il ne l�aime pas, elle r�plique qu�elle ne l�en aime que plus : � Je suis</p><p>votre �pagneul, plus vous me battrez, plus je serai votre chien couchant. �</p><p>Ce n�est pas l�autorit� r�pressive qui prend les choses en main. L�amour est sorcellerie. La for�t est le s�jour des magies et des mal�fices. Un onguent appliqu� distraitement ou malicieusement par Puck le lutin fait office de philtre, et Lysandre se r�veille amoureux fou d�Helena, d�clarant que, d�sormais, il suit sa raison. L�honn�te Bottom, nanti par le m�me lutin d�une t�te d��ne, mais � qui dans cet �tat une bonne fortune impr�vue a livr� Titania, reine des f�es, dira plus sagement : � La raison et l�amour ne vont gu�re ensemble. � Puck, feignant d�oublier que toute cette confusion est son oeuvre, s��crie : � Seigneur, quels sots sont ces mortels ! � Mais Titania n�est pas mortelle. Cette nuit d��t� est si peu ath�nienne, si anglaise qu�elle en est presque scandinave. L�oeuvre malicieuse des f�es y est plut�t symbole qu�agent v�ritable : un d�lire �rotique qui n�entend plus ni rime ni raison s�est empar� de la nature et de la surnature ; l�art pervers du peintre F�ssli en a le premier rendu compte, et les mises en sc�ne r�centes ont soulign� cet aspect longtemps ignor� de la vision shakespearienne.</p><p>Rom�o et Juliette (1595?) est-il une trag�die ou une com�die qui finit mal ?</p><p>Notre folklore n�a-t-il pas ses chansons sur la belle qui fit la morte pour son honneur garder ? � la diff�rence de Juliette, elle se r�veille � point nomm�.</p><p>Rom�o, au d�but de la pi�ce, est un nouveau Proteus, qui soupire pour une insensible, Rosaline, et qui est arriv� au degr� inqui�tant de la m�lancolie.</p><p>C�est la mort dans l��me qu�il se tra�ne, Montaigu masqu�, au bal des Capulet, alors que nul homme d�un de ces clans ne peut voir un homme de l�autre sans d�gainer. Il esp�re apercevoir Rosaline, mais, � peine entr�, le voici qui se r�crie en soudaine extase � la vue d�une beaut� inconnue : � Mon coeur a-t-il aim� jusqu�� pr�sent ? � C�est au premier regard l�amour r�v�lation ; aussit�t, les mains se touchent et, sans h�sitation, les l�vres, et, comme Rom�o part, Juliette dit d�j� � sa nourrice que, si elle n�a pas ce mari-l�, la tombe sera</p><p>sa couche nuptiale. Quand elle apprend de qui il s�agit, elle se lamente : � Mon seul amour, n� de ma seule haine. �</p><p>Chacune de ses antith�ses dit son sens du destin, de la fatalit�, qu�elle n�envisage pas un instant d�esquiver, car son courage est �gal � son amour, et, de ce premier moment, elle sent qu�amour et mort sont une m�me chose. L�engagement qui les lie, elle le sent � trop t�m�raire, trop irr�fl�chi, trop soudain, trop semblable � l��clair. � Juliette est plus authentique que Rom�o. Sa d�-</p><p>claration d�amour � la fen�tre est une le�on de gravit�, de puret�, de franchise. C�est parce que son amour est si intense et si absolu qu�il touche � la mort, essentiellement et non par accident. C�est ce personnage tragique qui fait la trag�die.</p><p>La pi�ce parle deux langues : les dialogues entre les amants sont un chant d�une gr�ce �blouissante. La plupart des autres sont caract�ris�s par une langue sursatur�e de jeu verbal et d��-peu-pr�s, dont l�agilit� semble continuer celle qui avait paru condamn�e dans Peines d�amour perdues.</p><p>P�ch� obstin� de jeunesse, elle touche lorsque, dans la bouche de Mercutio mourant, elle devient le d�fi de la jeunesse � la mort.</p><p>�gotisme et royaut�</p><p>La date des pi�ces, surtout de celles des premi�res ann�es, est presque toujours incertaine. Bien qu�elles aient �t� publi�es en in-quarto en 1597 seulement, on incline � placer en 1595</p><p>Richard II comme Rom�o et Juliette.</p><p>Les deux pi�ces sont li�es au moins par une gloire de style et d�images, celle de Richard II �tant plus constante et plus s�rieuse. C�est l��vocation de l�histoire sur un mode intens�ment po�tique qui est la marque de cette pi�ce � qui en touche aussi le sujet fondamental : le rapport de l�imagination �gotiste et de la fonction royale ali�nante. On remarque m�me dans cette pi�ce une proportion unique de vers rim�s, par pages enti�res, pour rehausser le ton.</p><p>La pi�ce faisait �cho � l��douard II de Marlowe, et Richard lui-m�me, avant d��tre assassin� dans sa prison, avait, dit-on, fait allusion � son grand-p�re d�pos�, emprisonn�, assassin�. Plus</p><p>proche, sa path�tique histoire obs�dait �lisabeth, qui fit jeter en prison l�auteur d�une histoire d�Henri IV (� Ne savez-vous pas que je suis Richard II ? �).</p><p>Mais elle �tait tout autre. Richard II, tel au moins que le montre Shakespeare, avait m�rit� son sort. Si l�on peut suivre � travers tout ce th��tre l�id�e que la vie n�est que th��tre, celle-ci se manifeste ici presque cr�ment. Richard joue son r�le de roi comme un acteur et assez mal, sensible au faste, au prestige m�me, au vulgaire profit que pouvait procurer l�usage arbitraire de l�autorit� supr�me � nullement � sa responsabilit� envers son peuple. Dans deux grandes sc�nes du d�but, la pi�ce montre que ce roi faible a l��toffe d�un tyran. L�arbitrage royal, brusquement et capricieusement rendu au dernier moment entre deux f�odaux, Bolingbroke (le futur Henri IV) et Mowbray, qui s�accusent mutuellement de haute trahison, montre � l�oeuvre une justice ubuesque. Dix ans d�exil, non six, cela suffira et fera plaisir au glorieux Jean de Gand, oncle du roi, p�re de Bolingbroke. La seconde sc�ne est la mise en accusation du roi, faible et coupable, par le m�me Jean de Gand mourant. �</p><p>peine est-il mort que le roi allonge la main sur ses biens et ses terres, puis part pour l�Irlande, cependant que d�j� Bolingbroke, revenu, l�ve une arm�e et que tous les soutiens du roi se d�sa-gr�gent devant lui. Face � cette figure brutale et arrogante, c�est le vaincu qui int�resse. Sa personnalit� toute creuse se raccroche � son droit divin et au soutien des anges, jusqu�au moment o� son orgueil n�est plus que celui de participer aux grands malheurs des rois,</p><p>� les uns hant�s par les fant�mes de leurs victimes, certains empoisonn�s par leurs femmes, d�autres morts en dormant, tous assassin�s � : curieuse proph�tie, o� le personnage �voque, tels que les �voquera son auteur, les drames de la � couronne creuse � (� the hollow crown �). Ayant si mal jou� son r�le, il lui reste � se regarder finir, � se d�pouiller, � se mettre � nu : � Je n�ai plus de nom, plus de titre, rien, m�me pas ce nom qui me fut donn� au bapt�me, qui ne soit usurp�. � Il se voudrait de neige pour fondre en eau au soleil de Bolingbroke � masochiste comme tant de personnages shakespeariens. Contemplant son visage dans</p><p>un miroir qu�il jette � terre, il conclut :</p><p>� Ma tristesse a d�truit mon visage � ; mais son impitoyable adversaire ne lui conc�de aucune r�alit� : � L�ombre de votre tristesse a d�truit l�ombre de votre visage. � Cependant, la tendre figure de la reine soutient ce path�tique d�une �motion plus secr�te, et il n�est pas jusqu�au groom qui n�y joue son r�le : il ne se console pas d�avoir vu l�usurpateur chevaucher Barbary, le rouan de Richard. Les voix oppos�es de Richard II et de Jean de Gand ont, l�une comme l�autre, dit et presque chant� leur attachement visc�ral � la terre anglaise : Shakespeare a souvent le patriotisme vulgaire ; celui-ci ne l�est pas.</p><p>Richard II, mauvais roi, ne cesse d��tre humainement int�ressant. Le protagoniste du Roi Jean (King John, 1596?) ne l�est pas. La pi�ce est relev�e par le personnage superbe du b�tard Faulconbridge, fils de Richard Coeur de Lion, en qui sa grand-m�re Ali�nor reconna�t le sang royal : � Et je suis moi, qu�importe ma naissance ! � C�est un personnage insolent, qui nourrit son cynisme d�un franc regard sur les facilit�s, compromis, complaisances, qui sont le biais du monde. Sa robustesse �quilibre le path�tique concentr� sur la figure typique de la m�re, Constance, et du fils, Arthur, qu�elle sait mort d�s qu�il est seulement pris.</p><p>On peut joindre � Richard II, malgr� l�intervalle qui les s�pare, les deux parties d�Henri IV (1597?), et d�Henri V</p><p>(1599?). Ce sont des pi�ces moins classiques, moins tragiques, moins po�tiques de ton. Le personnage royal downloadModeText.vue.download 151 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10106</p><p>n�int�resse que par son contraste avec Richard, comme d�monstration du</p><p>principe de responsabilit� ali�nante.</p><p>Dans la personne du prince de Galles devenant Henri V, nous voyons se produire la mutation de la d�linquance juv�nile au s�rieux parfait, annonc�e tr�s t�t par un perfide apart�, alors qu�il semblait install� dans la compagnie de Falstaff et de sa bande : � Je vous</p><p>connais tous ; je veux encourager un temps l�humeur d�brid�e de votre vie oisive. � Il calcule : � Quand je rejet-terai cette vie rel�ch�e, ma r�forme �clatant sur ma faute en para�tra meilleure. � C�est un mod�le royal d�hypocrisie qui para�t glorieusement dans le pieux soliloque qui pr�c�de Azincourt, alors que l�affaire a �t� mont�e par les politiques comme une diversion pour affermir le tr�ne. Qu�en pensait Shakespeare ? Le lecteur attentif choisira.</p><p>Massif, brutal, Henri IV se dressait entre deux figures sym�triques, Falstaff et Hotspur. Plus l�Angleterre devenait s�rieuse, et plus elle s�enchantait de Falstaff : il lui rendait � peu de frais l�affranchissement de toute r�gle morale ; son cynisme, son anarchisme �tant �cart�s de nous physiquement par son �norme bedaine, �thiquement par un syst�me complet d�inversion des valeurs, esth�tiquement par une gaiet�, un esprit dont le vin des Canaries anime les gambades funambulesques, il n�est pas dangereux (c�est d�un maigre que C�sar dira : � Ces hommes-l� sont dangereux �). Shakespeare lui fait, avec une habilet� merveilleuse, pr�server, dans sa canaillerie, une innocence.</p><p>Mais c�est une canaille : escroc des pauvres, d�trousseur des plus l�ches que lui, recruteur de mis�rables qui, parfois, ont plus de coeur que leur chef enrichi de l�argent du rachat des riches, faux h�ros, enfin, qui � la bataille �gorge les h�ros d�j� morts, il �quilibre admirablement Hotspur, jeune fou sublime, entra�n� par les siens et par la mauvaise foi d�Henri IV dans la s�dition. La gloire et la mort pour lui sont le couple qu��taient pour Rom�o l�amour et la mort : la gloire qu�il se voit dans un r�ve vertigineux arrachant au front de la lune ou ramenant des ab�mes � il parle la langue follement hyperbolique du Tamerlan de Marlowe. La mort, il la trouve au combat, tu� par le prince Henri, revendiqu� par Falstaff : l�ironie de Shakespeare n�a jamais �t� plus cruelle.</p><p>Illusions et ambigu�t�s</p><p>Vers le m�me temps qu�Henri V,</p><p>Shakespeare aurait �crit les Joyeuses Comm�res de Windsor (The Merry</p><p>Wives of Windsor), pour plaire, selon</p><p>la l�gende, � la reine, qui aurait souhait� voir Falstaff amoureux. Falstaff, qui semblait bien se conna�tre, ici ne se conna�t plus du tout, au point de s�imaginer s�duisant deux dames de la ville et s�en faisant entretenir. Sa paresse est telle qu�il leur adresse la m�me lettre � toutes deux, qui se la communiquent ; et telle sa sottise, que, ses plans d�j� d�voil�s, il dit pis que pendre de Mr. Ford, l�un des maris, � Mr. Brook, qui est ce m�me mari d�-</p><p>guis�. Aussi est-il bern� de belle fa�on, fourr� jusqu�� �touffer dans un panier de linge des plus sales, vers� dans un foss� f�tide et enfin poursuivi, pinc�, culbut� par de malicieux pseudo-lutins.</p><p>Le Marchand de Venise (The Mer-</p><p>chant of Venice) avait �t� �crit vers 1596. � la source, c�est une pi�ce antis�mite. Lopez, m�decin juif de la reine, avait �t� soup�onn� de participation � un complot pour l�empoisonner, et le favori Essex, protecteur de Shakespeare, l�avait suffisamment tortur� pour lui extorquer des aveux qui le vouaient � un supplice barbare. Cette affaire �tait encore dans les esprits, et il est probable qu�elle a fourni des traits � la figure de Shylock, la seule figure d�homme int�ressante, au bout du compte, dans la pi�ce, o� l�on voit un Bassanio, � gentilhomme �, comme il dit, d�cav� et tr�s conscient de la dot de Portia, valoris� de fa�on peu convaincante par l�amour, et un Antonio, marchand � chr�tien �, en ce qu�il d�nonce vertueusement le pr�t � int�r�t, mais non par la charit� ; habitu� � cracher sur la gabardine du Juif, il proclame qu�il recommencera. C�est Antonio, personnage ind�chiffrable dont Shakespeare a gard� le secret � peut-�tre homosexuel frustr�, m�lancolique, masochiste, � brebis galeuse du troupeau �, d�vou� corps et �me � Bassanio</p><p>�, qui a garanti sa dette et qui, tous ses vaisseaux faisant naufrage, doit payer la livre de chair ; il y est d�ailleurs tout pr�t comme � un sacrifice d�amour, cependant que, haine contre haine, Shylock est r�solu � la r�clamer.</p><p>Shakespeare semble, � cette �poque, saisir toute occasion de � d�guiser � en gar�ons les filles jou�es par ses � boy actors �. On entend Portia parler pour annoncer son intention de la m�me voix que la Rosalinde de Comme il</p><p>vous plaira et presque avec les m�mes mots. Il ne s�agit pourtant ici que de rev�tir une robe de magistrat. On voit l�acteur-auteur composer sa pi�ce avec un oeil fix� sur les planches.</p><p>Beaucoup de bruit pour rien (Much Ado about Nothing, 1598?) est une pi�ce dont on oublie l�intrigue principale et d�o� on extrait la plus charmante des intrigues secondaires, l��trange cour que se font B�n�dick et B�atrice. Shakespeare jeune a le don et le go�t de rendre avec une exquise subtilit� de nuances le conflit entre l�amour naissant et le moi qui s�en d�fend. On l�a vu dans les Deux Gentilshommes. Mais il faut que les deux partenaires soient conscients de la situation pour qu�il puisse y avoir jeu, m�me inconscient. C��tait d�j� le cas de Biron et de Rosaline dans Peines d�amour perdues, mais, l�, la guerre des sexes �tait formalis�e : ici, la familiarit� pr�alable entre le gar�on et la fille ajoute aux fus�es d�esprit plus d�individualit� et de saveur. Si cette guerre-l� est comique, c�est en vertu d�un double niveau de relation : au-dessus, manifest�e dans l��change verbal, une agressivit�, qui est la d�fense de l�int�grit� du moi contre l�invasion dissolvante de l�amour, et, au-dessous, la tendresse qui tente de percer sous les coups de patte ou m�me de griffe.</p><p>Sur le mode badin, c�est toujours la m�me id�e que dans Peines d�amour perdues : c�est une grande pr�somption que de se d�clarer contre l�amour, et qui m�rite d��tre ch�ti�e par l�amour.</p><p>Ce sont les personnages de l�intrigue principale qui m�nent et d�nouent celle-ci en supposant le probl�me r�-</p><p>solu : B�atrice est inform�e que B�n�-</p><p>dick l�aime en secret ; B�n�dick re�oit l�avis correspondant, et cette objectivation suffit � ce qu�ils se r�signent � la fatalit� de leur sentiment. � Adieu d�dain, fiert� de fille, adieu ! � soupire B�atrice ; mais encore : � Toi et moi nous sommes trop sages pour une cour paisible �, et, jusqu�au dernier moment, ils voudront se donner le change.</p><p>Comme il vous plaira (As You like It, 1599?) est l�une des pi�ces o� l�on peut montrer que com�dies et trag�dies sont susceptibles d�avoir les m�mes th�mes, la diff�rence �tant dans le traitement.</p><p>Le premier th�me ici est l�usurpation et</p><p>la haine entre fr�res, que, dans l�Ulysse de Joyce, Stephen rapporte � l�histoire personnelle du po�te. Le duc Fr�d�ric a usurp� l��tat et chass� son fr�re, qui a trouv� toutefois dans la for�t refuge traditionnel depuis le Moyen �ge des bannis et des hors-la-loi, un asile confortable et peu troubl�. De m�me, Olivier s�est empar� des biens de son fr�re Orlando, l�a chass� et complote sa mort. Le p�re d�Orlando �tait li� � l�ancien duc ; son fils est ind�sirable, comme le devient soudain la fille du duc, Rosalinde, gard�e � la Cour par l�amiti� de la fille de l�usurpateur, C�lia. L�usurpateur, Macbeth au petit pied, est, comme tous ses pareils, rong� de m�fiance. Tout le monde est banni et se retrouve dans la for�t jusqu�� ce que des repentirs caract�ristiques d�un th��tre insoucieux de continuit� psychologique annoncent la fin de l�interlude pastoral et le retour des bannis. Un des grands clich�s de la Renaissance est au centre de la pi�ce : l�opposition de la Cour, comme milieu humain le plus corrompu, et de la Nature, dont la puret� r�g�n�re pour un temps ceux qui s�y retrempent. La Nature, dans la mesure o� elle ne participe pas de la chute de l�homme, est harmonie, et les hommes s�y joignent par la musique : le groupe de com�dies auquel nous avons affaire est riche en chansons m�lodieuses et m�lancoliques. Un commentateur amer jusqu�au cynisme, Jacques, cher � nos romantiques, tient ces oppositions sous notre regard. Il voit tout dans l�univers indiff�rent au malheur des autres, depuis les hommes jusqu�aux cerfs, qui n�ont cure de leur fr�re, victime des chasseurs. Jacques ne peut s�int�grer qu�� une antisoci�t�.</p><p>On le voit � la fin seul obstin� dans ses refus, et Shakespeare, qui n�est pas romantique, le montre un peu ridicule.</p><p>La pi�ce appartient, malgr� Orlando et Jacques, � deux femmes, Rosalinde, une gracieuse �gotiste, imaginative, un peu effront�e, une vraie fille-gar�on comme l�auteur les aime, et C�lia, une tendre gracieuse, sensible et d�licate.</p><p>Leurs beaux duos m�lancoliques sur la fortune, sur l�amour m�nent au jeu exquis de Rosalinde avec Orlando dans la for�t, Rosalinde devenue Ganym�de (curieux pseudonyme), non reconnue (naturellement) de son amoureux sous</p><p>ses habits d�homme et impudente au point de se faire courtiser par lui comme si elle �tait Rosalinde. Shakespeare �tait conscient de ses acteurs lorsqu�il �crivait ses pi�ces. Cela n�a-t-il pas �t� jusqu�� cr�er des caract�res de jeunes filles correspondant � l�ambigu�t� de ses � boy actors �, f�minines et gar�on-ni�res, franches, d�cid�es, sensuelles et r�veuses, l�un des enchantements de son th��tre.</p><p>La Nuit des rois (Twelfth Night) est voisine de Comme il vous plaira � la fois dans le temps et par l�esprit. Mais l�atmosph�re d�irr�alit� et d�illusion y pr�sage d�j� les pi�ces de la fin, tandis que l�imbroglio nous ram�ne au tout d�but et � la Com�die des erreurs. Comme dans cette pi�ce, nous trouvons deux jumeaux, Sebastian et Viola ; pour amorcer tous les quipro-downloadModeText.vue.download 152 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10107</p><p>quos � venir et y pr�parer les spectateurs, Antonio, qui a sauv� Sebastian d�un naufrage paraissant universel, rencontre Viola, elle aussi sauve, en habit d�homme, et la prend pour son fr�re. Ni cela ni rien dans cette pi�ce ne serait tr�s dr�le s�il n�y avait, pour animer une robuste intrigue secondaire, sir Toby, Falstaff pansu, et ses s�ides.</p><p>La mystification qu�ils inventent pour que le morose intendant Malvolio, se croyant aim� de sa ma�tresse, suive des instructions dont l�effet est de le faire passer pour fou continue malicieuse-ment la confusion d�identit� et les quiproquos accidentels qui sont au centre, avec un accent parodique.</p><p>C�est une com�die singuli�re, car tout ce qui touche aux personnages de l�intrigue principale, y compris m�me Feste le fou, est marqu� d�un exc�s d�affectivit�, de tendre langueur, du go�t de la souffrance amoureuse. Le duc Orsino est sans espoir amoureux d�Olivia. Pour m�lancolique qu�il soit, il se regarde aimer et s�admire : � Nul coeur de femme ne peut aimer � comme le sien ; � Leur amour se peut nommer app�tit et conna�t vite la sati�t�. � Le sien est � avide comme la mer �. Sur-</p><p>vient Viola, d�guis�e en homme et qui devient aussit�t son page, litt�ralement</p><p>� son eunuque �, comme s�il fallait souligner l�aspect de privation du jeu d�amour. Elle tombe en effet en trois jours amoureuse de son ma�tre, cherchant de jolies habilet�s de langage pour dire son amour sans pouvoir �</p><p>cruaut� des situations ch�res � Shakespeare � le rapporter � elle-m�me. Et la voici charg�e de porter � l�insensible Olivia les messages d�amour d�Orsino.</p><p>� Mon ma�tre l�aime ch�rement. Et moi pauvre monstre j�ai pour lui-m�me tendresse. Et elle par m�prise semble folle de moi [...]. Pauvre dame, elle ferait mieux d�aimer un r�ve. � Avant d�aimer un r�ve, Olivia aimait un mort, son fr�re, � qui elle avait vou� sept ann�es de deuil clo�tr� et de larmes rituelles.</p><p>Quant � Viola-Cesario, elle se pr�sente au duc non seulement comme une autre, mais comme un pass� : � Mon p�re avait une fille qui aimait un homme</p><p>[...], elle ne dit jamais son amour � ; la vie prend le caract�re d�une ravissante �l�gie sur elle-m�me. � D�guisement, tu es funeste �, constate-t-elle am�rement. On s�est rapproch� une fois de plus, par le changement d�habit, de la zone dangereuse de la confusion des sexes. Ajoutons qu�Antonio, le second du nom apr�s celui du Marchand,</p><p>poursuit Sebastian d�un amour insolite, au p�ril de sa vie.</p><p>Des chansons percent de leur en-</p><p>chantement cette douce brume de sentiment, une musique tendre accompagne toute la pi�ce, dont le duc donne le ton d�s le premier vers : � Si la musique est la nourriture de l�amour, jouez encore �, esp�rant que l�exc�s apportera la sati�t�. Une sensualit� raffin�e �voque dans une veine de transpositions romantiques � le doux son qui s�exhale sur un talus de violettes, prenant et rendant les odeurs �. � l�acte II, le duc r�clame de nouveau une chanson. Et c�est � Viens-t�en, viens-t�en, � mort... � Et c�est � une chanson de jadis � : cette m�lancolie se conjugue au pass� pour ajouter au sentiment de l�inaccessible.</p><p>Le duc narcissique, Viola maso-</p><p>chiste, Olivia folle de son �me, cela manque mal finir. Olivia, amoureuse de Cesario, �pouse heureusement Sebastian, mais le duc partage sa m�prise et</p><p>se pr�pare � �gorger, pour le punir de sa tra�trise, son page, ravi et tendant la gorge : comme d�habitude, il faut que les jumeaux paraissent ensemble pour que tout s��claircisse.</p><p>Figures et mythes</p><p>Jules C�sar (1600?) est, comme</p><p>Richard II, une grande pi�ce quasi classique par sa puret� de ligne et de style. On voit m�me assez curieusement Shakespeare, si peu pr�occup� de r�gles, s�en rapprocher par instinct de dramaturge, l�unit� d�action se voyant renforc�e d�une relative unit� de temps</p><p>� trois ann�es d�histoire romaine ramen�es � quelques semaines et, au d�but, quatre mois condens�s en un seul jour. Le g�nie dramatique qui, sur lin�iques lignes de Holinshed, invente Macbeth appara�t ici inversement � travers sa fid�lit� � Plutarque. Dans les Vies de C�sar et de Brutus, Shakespeare, pourrait-on dire, a tout trouv� : mais ce n�est que toute sa mati�re premi�re. � partir d�une donn�e qui pouvait para�tre presque encombrante tant elle �tait abondante et pr�cise, il a construit le C�sar ambigu qu�il fallait � sa double vision de dramaturge hant� par le sens de la destin�e et de royaliste obs�d� par le caract�re sacr� et sacrificiel du souverain. Il a soulign� les infirmit�s, l��pilepsie, pour mieux faire valoir la grandeur d��me : le C�sar de Plutarque ne peut lire dans la foule l�avertissement d�Artemido-rus ; celui de Shakespeare le d�daigne.</p><p>� l�occasion, Shakespeare a recours � une autre source : Appien lui fournissait, au lieu de l�Antoine simple et rude de Plutarque, un com�dien �motif et rus�, loyal et cruel.</p><p>La critique rapproche Brutus</p><p>d�Hamlet. On est tent� de proposer un rapprochement paradoxal entre Brutus, homme de bien et tr�s pur, et Macbeth, homme d�ambition et de mal. Hamlet a des probl�mes psychom�taphysiques, mais aucun doute sur les aspects �thiques de l�action � entreprendre, qui serait � la fois revanche contre un criminel et ch�timent d�un sacril�ge. Il en est tout autrement de Brutus, qui, en participant au meurtre de C�sar, va contre l�amour qu�il lui porte pour ch�tier dans une chair vive</p><p>et pr�cieuse l�offense faite � l�abstraite libert�. C�est pour cela qu�il ne cesse de r�ver � une solution impossible qui permettrait d�extirper la faute sans tuer le coupable. Et tout le temps que dure la pr�paration du complot, il est, si l�on pr�te attention � l��preuve de v�rit� de l��crivain, qui est l��criture m�me et le langage, dans un �tat curieusement voisin de celui de Macbeth, souhaitant que l�acte f�t r�volu et en lui-m�me enclos : � Entre l�accomplissement d�un acte terrible et l�impulsion premi�re, tout l�intervalle est comme un fant�me ou un r�ve hideux [...]. La condition de l�homme, tel un petit royaume, se trouve alors dans un �tat d�insurrection. �</p><p>Brutus et Cassius : comment s�parer dans l�action r�publicaine le moraliste et le politique, qui se compl�tent et s�opposent ? Cassius estime avoir besoin de Brutus parce qu�il est, comme dit Casca, � haut plac� dans le coeur des hommes �. S�il ne para�t gu�re, dans la pi�ce, soucieux de popularit�, c�est que Shakespeare voulait un contraste frappant entre son discours, maigre, sec, d�daigneux, et celui d�Antoine</p><p>� entre la distance intellectuelle de l�un et l�appel imm�diat et visc�ral de l�autre. Cassius, malheureusement pour les conjur�s, n�a, quant � lui, rien de charismatique. Nul homme obs�d�, comme il l�est, d��galit� et qui n�est pas au sommet n��chappe au soup�on de jalousie. Il a cependant mis dans l�action contre C�sar toute son �me, occup� de ses fins jusqu�� �tre indiff�rent aux moyens, de sorte qu�au moment o� ils vont payer de leur vie leur opposition au courant de l�histoire Brutus lui reproche avec m�pris, dans une sc�ne qui est un des hauts lieux dramatiques de la pi�ce, de se faire � graisser la patte �. Il est presque haineux, tandis qu�en face de lui Cassius a le ton d�une am�re tristesse et la voix de l�amour bless�. Ils ont �volu� en sens oppos� : l�un, Cassius, selon sa nature ; l�autre, Brutus, parce qu�il a agi contre sa nature, a �t� graduellement min� par la peine et le remords. Le fant�me de C�sar pr�side � l�inversion tragique des rapports humains.</p><p>Ce que l�on a d�sign� comme la</p><p>certitude �thique d�Hamlet est secon-</p><p>daire ; ce qui domine la pi�ce (1601?), qui est le fait nouveau et qui s�appliquera aussi bien � Othello, c�est l�incertitude de toute r�alit� et l�angoisse que cela d�termine. Hamlet, dont le p�re vient de mourir, ne sait plus s�il est revenu de l�universit� de Wittenberg � Elseneur pour les fun�railles de son p�re ou pour le remariage de sa m�re � son oncle, tant ceci � suivi cela de pr�s. C�est dans un �tat de trouble traumatique qu�Hamlet voit le fant�me de son p�re tenter de se d�couvrir � lui � mais un fant�me est-il identifiable, peut-il se d�couvrir ? C�est le probl�me de la communication : on ne communique pas avec les morts. Mais les vivants ? Quelle confiance faire � ce nouveau couple, incestueux, qui pue la luxure et le mensonge, � leur cour, opportuniste et servile, � Polonius et � ses rab�chages sententieux, aux jeunes courtisans, dont le langage est plus souple que leur esprit n�est agile.</p><p>Hamlet s��tonne qu�on puisse sourire, sourire et n��tre qu�une canaille.</p><p>Quand Polonius lui demande ce qu�il lit, il r�pond : � Des mots, des mots, des mots � ; ni par l�oreille ni par l�oeil, il n�entre en l�esprit rien de r�el. Mais, lorsque Hamlet, en face des hommes, conna�t qu�il ne les conna�t point, ni rien d�eux, et que cette opacit� lui devient insupportable, et qu�elle fait monter en lui la n�vrose, il lui vient � l�id�e, loin de se retenir au bord du d�-</p><p>s�quilibre, de le cultiver et de devenir par l� incompr�hensible, de mettre en face du mensonge le myst�re d�un interlocuteur qui ne joue pas le jeu social du dialogue, qui parle par �nigmes inqui�tantes, d�concertantes. Pirandello, dans son chef-d�oeuvre Henri IV, donnera une version moderne d�Hamlet.</p><p>Jeu f�roce face au groupe qui ne quitte la convention que pour le mensonge.</p><p>N�est-ce pas le cas d�Oph�lie m�me, et le sot Polonius n�a-t-il pas con�u, au service du roi, l�id�e d�employer sa fille � d�couvrir le secret d�Hamlet ?</p><p>Avec celle qu�il aime, son jeu devient plus cruel : la cruaut� est � proportion du d�go�t et du d�sarroi. Que ce d�go�t se concentre sur deux femmes aim�es, la m�re et l�amante, d�nonce tout le sexe : parmi les symboles du mensonge, le plus �coeurant sera le maquillage.</p><p>downloadModeText.vue.download 153 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10108</p><p>Le d�go�t, l�inapp�tence vitale, d�courage l�esp�ce de satisfaction que constituerait la vengeance banale par le meurtre. Si, pourtant, Hamlet tue Polonius, c�est � travers la tenture ; c�est l�invisible et le cach� qu�il frappe, c�est qu�il rencontre une parfaite convenance entre la circonstance et le symbolisme dans lequel il s�est retranch�.</p><p>Ind�chiffrable, impr�visible, sa vengeance est justement d�inqui�ter.</p><p>L�invention de la pi�ce, sourici�re par laquelle le roi ne peut manquer de se voir d�couvert, est le grand moment du jeu. Rien n�est plus moderne chez Shakespeare que l�embrouillement du th��tre et de la vie. Les acteurs sont avec Horatio la seule compagnie avec laquelle Hamlet communique. Si l�on examine d�ailleurs d�un peu pr�s le monologue le plus banalement c�l�bre de la pi�ce, � �tre ou ne pas �tre �, on voit � quel point il est absurde et invraisemblable dans la bouche d�un prince, � quel point il convient par contre � un acteur qui jouerait le prince.</p><p>Shakespeare est de plain-pied avec les grands arch�types et avec les mythes : derri�re Hamlet, il y a Oreste ; et, sans doute, Oreste est-il en dernier ressort un dieu hivernal alli� � la mort et aux morts, meurtrier de l��t�. Mais Shakespeare, qui n�en savait rien, a invers� le mythe dans ses r�sonances humaines. � Faiblesse, tu te nommes femme � ; dit Hamlet. Il est devenu misogyne comme l�amant de la dame brune. C�est tout le mouvement de Tro�lus et Cressida (1601). Le Moyen �ge a �t� obs�d� par les Troyens, de qui descendent toutes les dynasties, et par la guerre de Troie, li�e � la fois � l�amour courtois et � son inversion.</p><p>En Angleterre, Chaucer* n�est que le plus illustre de ceux qui en ont extrait l�histoire de Tro�lus et Cris�ide, qu�il reprend d�ailleurs � Boccace, o� il a trouv� Pandarus entremetteur et le sch�ma de la trahison. L��pisode dans Shakespeare est devenu repr�sentatif de toute la guerre, comme la voit Thersite, le bouffon le plus violent, le plus</p><p>grin�ant, le plus graveleux de l�oeuvre :</p><p>� Tout le d�bat n�est que d�un cocu et d�une putain � ... � Tout n�est que paillardise. � � quoi s�opposerait le point de vue d�Hector, le parfait chevalier : qui est que seuls les sacrifices absurdes que l�on fera pour garder H�-</p><p>l�ne rach�teront l�honneur perdu dans son enl�vement. La noblesse d�Hector domine le camp des Troyens ; celui des Grecs n�a pas l��quivalent. La sagesse d�Ulysse se double d�un discours creux sur l�importance de l�ordre hi�-</p><p>rarchique dans le cosmos et chez les hommes, ruse pour ramener Achille au combat. Cet Achille est l�un des personnages de Shakespeare que les r�centes mises en sc�ne ont le plus transform�.</p><p>Il est devenu un barbare corrompu. Il n�y a plus le moindre doute sur ses rapports avec Patrocle ; mais, en outre, un fascinant �quivoque marque ceux qu�il a avec Hector, de sorte que la fa�on assez ignoble dont il le fait �gorger, d�sarm�, par ses myrmidons a l�aspect d�un viol collectif. Thersite a raison : une fr�n�sie de meurtre et de luxure, voil� toute la guerre.</p><p>C�est dans cette atmosph�re que</p><p>se d�roule l�aventure de Tro�lus et de Cressida : une jeune fou �tourdi d�amour et de vaillance ; une jeune effront�e qui ne conna�t de v�rit� que dans l��motion pr�sente et dont l�im-patiente sensualit� n�est retenue que par la plus formelle biens�ance. Elle a beaucoup de charme et aussi cette gr�ce exquise de langage que son auteur dispense aux impures comme aux pures. Juliette pervertie, elle transf�re sa caresse, verbale aussi bien que char-nelle, au prix de quelques battements de coeur et de cils, de Tro�lus � Diom�de. Le spectacle tire Tro�lus des illusions de l�enfance : � C�est et ce n�est pas Cressida. � On n�aime donc qu�une image, on ne communique pas avec la r�alit�, une lettre de la bien-aim�e ce sont � des mots, des mots �, Tro�lus est entre Hamlet et Othello.</p><p>Quiproquos et</p><p>malentendus</p><p>Deux com�dies de cette p�riode ont le m�me ressort cher � la litt�rature populaire, le quiproquo sur la compagne de lit. Tout est bien qui finit bien (All�s</p><p>well that ends well, 1602?) est une m�-</p><p>diocre com�die d�intrigue o� la farce et l�imbroglio se m�lent. H�l�ne, pupille de condition modeste de la comtesse de Roussillon, est amoureuse de son fils Bertrand, non seulement contre l�aveu de la comtesse, mais aussi contre le sentiment du fils. Il ne lui reste, moli�-</p><p>resque m�decin mage, qu�� gu�rir le roi de France d�une fistule contre la promesse du mari de son choix. C�est Bertrand ; mais, comme il annonce qu�il ne la reconna�tra pour femme que si elle se trouve enceinte de ses oeuvres et que, cependant, il ne la veut pas dans son lit, elle s�arrange pour s�y trouver � la place d�une autre. On peut dire du malheureux Bertrand qu�il ne lui restera qu�� s�ex�cuter. Mais il se pourrait que la r�alit� � venir de ce mariage ne correspond�t pas au titre.</p><p>Mesure pour mesure (Measure for</p><p>Measure, 1603) est l�une des pi�ces de Shakespeare qu�il est difficile de nous rendre contemporaine. Elle a ses enthousiastes, g�n�ralement attach�s � l�aspect th�ologique qu�annonce un titre tir� du Sermon sur la montagne :</p><p>� Ne jugez pas de peur d��tre jug�s...</p><p>et de recevoir mesure pour mesure. �</p><p>Shakespeare semble avoir voulu mettre un accent �difiant � un typique conte italien (de G. Giraldi Cintio) d�j� port� au th��tre anglais. Un souverain trop indulgent, sous qui les moeurs sont devenues dissolues, prend des vacances et charge son substitut, Angelo, de r�tablir la situation. Une loi punissant de mort les fornicateurs est remise en vigueur ; le premier coupable d�sign� est Claudio, qui attend son ex�cution dans l�humeur angoiss�e du prince de Hombourg, boulevers� par de terrifiantes et superbes images de la mort comme condition. Il supplie sa soeur Isabella d�interc�der aupr�s d�Angelo.</p><p>Celui-ci, par une sorte de talion, conc�-</p><p>dera la vie � Claudio si elle lui abandonne sa chastet�. C�est le duc, revenu d�guis� en moine, qui sugg�re la solution : c�est une femme jadis s�duite par Angelo qui prendra dans son lit la place d�Isabella, et qu�il sera tenu d��pouser.</p><p>On a vu le Sermon sur la montagne en meilleure posture.</p><p>Par rapport � Tro�lus et Cressida, Othello (1603) est une pi�ce o� l�il-</p><p>lusion est inverse, o� la trahison de l��pouse est l�invention d�un tra�tre.</p><p>Le tragique malentendu qu�il amorce et qu�il agence est, une fois de plus, rendu possible par la non-communication et par des circonstances existentielles dont Shakespeare a merveilleusement compris l�importance. Dans son orgueilleuse modestie, Othello se voit mis par sa peau noire � distance de Desd�mone, et rapproch� et s�par� d�elle � la fois par sa l�gende glorieuse : � Elle m�a aim� pour les p�rils que j�avais travers�s. � Elle a donc, elle aussi, aim� une image. Le soup�on dort en lui. C�est Brabantio, le p�re de Desd�mone, qui le premier s�emploie � l��veiller : � Aie l�oeil sur elle, Maure. Elle a tromp� son p�re, pourquoi pas toi ? � Et lui : � Je ga-gerais ma vie sur sa fid�lit�. � Mais, lorsqu�il la retrouve, il a d�j� le sentiment angoiss� du myst�re de l�avenir, qu�il formule en le refoulant : � Mon esprit est dans un contentement si absolu que nul autre pareil ne saurait le suivre dans l�inconnu des destin�es. �</p><p>C�est une fois de plus, comme pour Hamlet, le probl�me du r�el inconnaissable, de la connaissance de l�autre, surtout, qu�on a cru s�approprier. �</p><p>peine Iago a-t-il parl� qu�il construit son hypoth�se : � C�est peut-�tre que je suis noir, et que je n�ai pas les gr�ces de la conversation. � C�est un esprit disponible qu�Iago remplit d�images ignobles, sachant qu�elles sont plus absolues que des raisons. Et, lorsque Othello se r�sout � supprimer l�image clef avec l�objet, la catin qui a pris en lui-m�me la place de la bien-aim�e, il est comme hypnotis� : � C�est la cause, c�est la cause, � mon �me �, dit-il en cette langue de termes opaques, qui sera aussi celle de L�ont�s dans Conte d�hiver, qui est celle des jaloux n�vros�s de Shakespeare. On a commenc� par ne plus reconna�tre l�autre (� c�est et ce n�est pas Cressida �), on finit par se voir soi-m�me comme un autre :</p><p>� Voil� celui qui fut Othello. �</p><p>Au-del� de l�humain</p><p>Le Roi Lear (King Lear, 1605) est une chronique ant�historique d�Angleterre ou plut�t de Bretagne. Selon la source, Holinshed, les deux m�chantes filles sont frustr�es dans leur dessein,</p><p>Lear est r�tabli sur son tr�ne et r�gne deux ans ; Cord�lia lui succ�de, mais elle est d�pos�e par ses neveux et se tue dans sa prison. Holinshed n�est pas Plutarque, mais il est remarquable que Shakespeare l�ait si peu respect� et que la pi�ce soit si profond�ment le produit de sa cr�ation.</p><p>Tout vient de Lear. � Il ne s�est gu�re jamais connu lui-m�me �, dira R�gane, mauvaise fille et cruelle psychologue.</p><p>C�est parce qu�il ne se conna�t pas qu�il ne peut conna�tre les autres. Tout est l�. Il est vain de son autorit� infuse, comme Titus Andronicus. Il juge</p><p>qu�il n�a pas besoin de r�gner pour ordonner. Distribuant son royaume en cadeau � ses filles, il entend recevoir d�elles un encens de louanges et, de plus, �tre choy�. Tandis qu�il attend tout des mots, Cord�lia sait, comme Hamlet, que le langage est mensonge, et elle a le courage durement ch�ti� de la retenue. Shakespeare n�a pas cherch� � rendre son h�ros sympathique avant de le montrer pers�cut� par les deux monstres que sont Goneril et R�gane. D�pouill� et chass� du milieu corrompu dont il participait, rendu � la nature comme d�autres bannis de Shakespeare, Lear pourrait ne pas �tre dans une situation tr�s diff�rente de celle qui, dans Comme il vous plaira, se r�solvait en pastorales et chansons.</p><p>Mais tout le monde courait se joindre downloadModeText.vue.download 154 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10109</p><p>au duc banni � sous la verte feuill�e �, tandis que Lear fuit seul dans la lande la plus sauvage, la nuit la plus noire, la temp�te la plus sauvage, seul avec le plus m�taphysique des bouffons.</p><p>L�imagination de Shakespeare peut, en reprenant les m�mes donn�es, changer toutes les teintes et tous les rapports.</p><p>Elle proc�de par parall�les analogiques pour �tre s�re de p�n�trer les �mes. Les filles de Lear sont hors nature. Le fils de Gloucester, Edmond, est un b�tard, � la fois tenu � l��cart comme enfant du p�ch� et trait� comme une sorte de complice par le p�re, qui devient salace d�s qu�il �voque les jeux de sa procr�ation. Edmond se joint donc aux deux</p><p>chiennes, qui commencent par crever les yeux de son p�re et finissent par s�entre-tuer pour l�avoir tout entier. Le duc aveugle et le roi fou se rejoignent dans la m�me expiation, car la pi�ce, dont le paganisme r�voltait Claudel, est aussi cathartique qu�aucune ; Wain la r�sume bien : � L�un doit �tre aveugle pour voir clair et l�autre devenir fou pour comprendre. � La fureur de d�sir des femmes traverse la pi�ce. Lear les voue toutes au d�mon au-dessous de la taille.</p><p>On souligne dans des mises en</p><p>sc�ne r�centes (Peter Brook) l�aspect grotesque, absurde, � beckettien �</p><p>de la pi�ce. Oui, mais plus encore qu�Hamlet, on sent Lear au-del� de l�humain m�me grotesque, au niveau du mythe, de l��l�mentaire, du cosmique. Lear est sans doute un dieu marin, les deux mauvaises filles sont les temp�tes, et Cord�lia est la bonne brise ; c�est � ce niveau que travaille l�imagination du po�te.</p><p>Il y a des parall�les entre Lear et Timon d�Ath�nes (Timon of Athens, 1604 ou 1607?) ; comme Lear son</p><p>royaume, Timon distribue ses ri-</p><p>chesses, et il attend en retour un message g�n�ral de reconnaissance et d�amour. Quand il n�a plus rien, il se retrouve seul, et le voici suivant le sch�ma devenu antipastoral qui m�ne de la ville � la for�t, du mensonge � la v�rit�. Mais, tandis que le po�te avait rendu � Lear une humanit� d�chirante, Timon, dans sa fureur et dans son ali�-</p><p>nation, ne devient jamais int�ressant, et l��criture d�passe rarement le degr� de la grande rh�torique sur ce qui reste, � moins d��tre fortement incarn�, de grands clich�s.</p><p>De rh�torique, Macbeth (1606) n�en manque pas, et A. C. Bradley voit dans la pi�ce le propos de se rapprocher de S�n�que � qui a dans l�Hercules furens six fleuves et la mer impuissants � laver une main souill�e de sang. Mais jamais le langage de Shakespeare n�a �t� plus souple, plus vari�, plus proche finalement de la substance vivante du monde et du moi. Nous restons plus pr�s du Moyen �ge que de S�n�que parmi les pr�sages et les embl�mes du bien et du mal, le loup, les hirondelles,</p><p>la chauve-souris, les oiseaux du jour et de la nuit. Tout ce qui serait nature est graduellement encercl� de surnature et d�antinature. Car le temps de la pi�ce est celui d�une inversion de l�ordre universel � le jour a l�aspect de la nuit, le faucon est tu� par une chouette, il faudra que le bois de Birnam marche sur Dunsinan pour que la nature reprenne ses droits. Jusque-l�, le temps appartient au d�mon et aux sorci�res qui le servent, et qui, comme les oracles de jadis, enveloppent de v�rit�s le mensonge. Monde manich�en, celui-ci est blanc et noir, sans nuances ni demi-teintes, mais non sans l�illusion que le noir est blanc ; il est, comme pour Hamlet, dans toute apparence et toute parole. Malcolm, fils du roi assassin�, pratique avec Macduff un rite d�exorcisme en s�accusant de toutes les indignit�s.</p><p>Macbeth se d�couvre � nous si</p><p>compl�tement que Shakespeare nous am�ne � souffrir avec et pour ce criminel. Nous l�avons compar� � Brutus.</p><p>Il est la victime des sorci�res, puis de sa femme, comme Brutus avait �t� la victime de Cassius ; son imagination fruste a re�u d�elles sa destin�e et son avenir, comme si le temps �tait, devant lui comme derri�re, fixe et d�termin�.</p><p>Le meurtre du roi, achev� au prix d�un terrible effort de volont�, produit en lui une mutation, et l�on peut dire que d�s lors Macbeth est poss�d� : il n�est plus ma�tre des images qui le traversent ; depuis le morceau superbe et creux qu�est son oraison sur sa victime jusqu�� la fin, il est le plus lyrique des h�ros de Shakespeare et le plus ali�n� dans son lyrisme.</p><p>Dans un temps o� l�accent sexuel tr�s fort de Shakespeare re�oit toute l�attention qu�il m�rite, on a soulign� l�emprise sensuelle de lady Macbeth jusqu�au point d�en faire une force d�terminante. Qu�elle domine son mari et qu�elle est des deux la nature volontaire, cela est certain, et aussi qu�une logique impitoyable lui fait refuser toute s�paration entre l�intention et l�action. Elle parle, en contraste avec celui de Macbeth, un langage durement pratique, attach� � la mat�rialit� des choses, leur aspect comptable et quantitatif. La sc�ne du somnambulisme marque que, malgr� cette cuirasse dont</p><p>elle s�est fortifi�e, elle a tout � coup c�d� et se d�sint�gre. La r�sistance de Macbeth, par contraste, serait h�-</p><p>ro�que, mais il la voit lui-m�me comme celle d�un fauve, d�un ours encha�n� au poteau, face aux chiens. La logique du meurtre dans une �poque platonicienne �tait d�une d�gradation et d�une perte d��me ne laissant subsister que la brute, qui n�int�resse plus.</p><p>Contradictions</p><p>Il n�est rien dans cette pi�ce d�ambivalent, il n�est rien qui ne le soit dans Antoine et Cl�op�tre (1606). La nature dialectique de la vision est telle qu�on ne saurait douter que Shakespeare lui-m�me se partage entre deux syst�mes de valeurs et deux finalit�s. On peut dire qu�Antoine et Cl�op�tre ne font que r�p�ter Richard II en face du futur Henri IV. Le bien de l��tat exige que son chef s�ali�ne en lui et pour lui. Il n�a que faire de la passion et des jeux d�images. Ce que Shakespeare, pourtant, a chang� ici, c�est qu�il a ignor� autour des amants ce qu�on voyait trop bien autour de Richard : le malheur de l��tat. Quel �tat d�ailleurs ? L�Orient tout entier semble s�identifier � leur gloire sensuelle. Les faiblesses d�Antoine, men� par Cl�op�tre, tentant de se reprendre et retombant sous le joug, ses absurdes revirements semblent ne concerner que lui, ses chances d�un avenir, son acceptation qu�il n�y ait pas d�avenir, qu�il n�y ait plus de temps, mais seulement un absolu pr�sent. En fait, l��tat n�est repr�sent� que par l�arm�e, et l�arm�e par Ahenobarbus, le soldat fid�le, loyal, imaginatif toutefois, au point que l�image la plus glorieuse de Cl�op�tre sur sa nef, parmi ses femmes, comme une d�esse, c�est lui qui la fixe dans nos t�tes. C�est l�arm�e qu�Antoine trahit en combattant selon le caprice de Cl�op�tre et non pas selon sa force et sa science.</p><p>Et c�est la douleur d�Ahenobarbus, c�est le devoir qu�il se voit de passer � l�homme s�rieux, Octave, quitte � en mourir le coeur bris�, qui est le symbole de la faillite d�Antoine. Octave, ordre, s�v�rit�, discipline, action efficace, n�int�resse pas. Antoine int�res-serait moins s�il n��tait pas d�chir�, et si le Romain en lui ne s�opposait pas encore, inefficacement, � Cl�op�tre.</p><p>Celle-ci, com�dienne, incoh�rente et fausse, avec ses fureurs, ses d�lires, est sans doute la cr�ation f�minine la plus extraordinaire de Shakespeare, une d�mone en qui se joignent l�amour et la mort. Elle a caus� la d�faite et la mort d�Antoine comme pour aboutir � l�ivresse supr�me de chanter avec lui, puis sur lui ce chant de mort qui est un des sommets de l�oeuvre.</p><p>La derni�re pi�ce romaine de Shakespeare, Coriolan (1607), est complexe et troublante ; Coriolan est vou� � p�rir de ses contradictions : un jeune h�ros, un Essex, se trouve appel� � des responsabilit�s politiques faites pour l��ge m�r ; un jeune aristocrate surgit � un point de l�histoire nationale o� il faut savoir d�j� conqu�rir les coeurs de la pl�be. L�aversion de Shakespeare n�h�site pas. Cette pl�be est celle qui acclamera le r�publicain Brutus en criant : � Qu�il soit C�sar � � quelques moments avant de courir br�ler la maison de Brutus. Elle est crasseuse, elle pue, elle est stupide et incoh�rente.</p><p>Elle a les chefs qui lui conviennent, de grotesques agitateurs, les tribuns. Malgr� l�orgueil, les col�res, les absurdit�s de Coriolan, il est difficile d�interpr�ter la pi�ce dans un sens d�mocratique. Il est bon d�observer l�esprit dans lequel Shakespeare a modifi� Plutarque : il minimise les griefs du peuple et son courage. Ce qui l�int�resse, c�est la cr�ation ambigu� et ambivalente d�un individu exceptionnel, d�sesp�r�ment jeune, moralement non sevr�, et qui, s�il ose d�sob�ir � la cit�, ob�it � sa m�re, qui, en fait, le condamne � mort</p><p>� et sauve la cit�.</p><p>Une mue romanesque</p><p>P�ricl�s (1608), Cymbeline (1609).</p><p>Conte d�hiver (The Winter�s Tale, 1610), la Temp�te (The Tempest,</p><p>1611) : quatre pi�ces romanesques ou tragi-com�dies nettement apparent�es, dans lesquelles le g�nie de Shakespeare semble subir une mue qui est un peu celle de l��poque, non plus celle de Kyd, mais celle de Fletcher.</p><p>P�ricl�s, � prince de Tyr �, m�lancolique jusqu�� la d�pression, se met dans de mauvais cas. Le voici � Antioche, amoureux, apr�s beaucoup d�autres, de la fille du roi Antiochus. Il ne pourra</p><p>obtenir celle-ci qu�en d�chiffrant une �nigme, � d�faut de quoi il mourra.</p><p>Il la d�chiffre en effet : la fille du roi partage le lit de son p�re. Il ne reste � P�ricl�s qu�� fuir au plus vite. Le motif de l�errance comme celui de l��nigme fatale et de l�inceste viennent d�une couche ancienne du conte</p><p>populaire. Le h�ros arrive d�abord � Tharse, puis fuit de nouveau jusqu�� Pentapolis. L� les p�cheurs ram�nent dans leurs filets une armure, celle, justement, que son p�re lui destinait.</p><p>On est plus pr�s que jamais du conte populaire. P�ricl�s rev�t l�armure et conquiert dans un tournoi la main de downloadModeText.vue.download 155 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10110</p><p>la princesse Tha�sa. L�errance recommence, par mer, et dans une terrible temp�te, � sans lumi�re, sans feu � ; Tha�sa met au monde Marina et meurt.</p><p>On la place dans un cercueil, qui est abandonn� aux vagues. L� o� il touche terre, un bon magicien ranime la morte, qui, renon�ant � retrouver P�ricl�s, se consacre � Diane d��ph�se. Marina, cependant, a �t� confi�e au gouverneur de Tharse. Elle est trop exquise et porte ombrage. Elle n��chappe � la mort que pour �tre enferm�e dans un bordel de Mytil�ne. Juste � temps, son p�re la d�-</p><p>couvre, intacte ; une vision le conduit � �ph�se, o� il retrouve sa femme. Si Shakespeare avait �crit toute la pi�ce, elle serait tr�s belle.</p><p>Dans Cymbeline, la nouvelle reine est la m�chante belle-m�re de la douce Imog�ne, qu�elle veut marier � son abominable fils. Mais la jeune fille a �pous� le mari de son choix. Il s�enfuit, elle est jet�e en prison. Ses deux fr�res avaient �t� dans leur enfance enlev�s par un seigneur dissident. Elle s��vade, habill�e en gar�on, �chappe au fils de la reine et manque de p�rir de la main d�un nouvel Othello, son mari, car un tra�tre qui a pari� avec lui qu�il la rendrait infid�le se contente de d�couvrir son sein dans son sommeil pour y rep�rer un grain de beaut� et de d�rober un bracelet. Le mari se h�te de conclure : � Tout le mal de l�homme est la femme. � Les m�chants balay�s,</p><p>tous se retrouveront.</p><p>Les fureurs de la jalousie sont aussi le th�me du Conte d�hiver. Des trois pi�ces, c�est la plus digne de notre po�te, mais non la moins romanesque : L�ont�s, roi de Sicile, devient soudain follement jaloux de son h�te et ami d�enfance, Polix�ne, roi de Boh�me.</p><p>Rapide comme le r�ve, il construit un syst�me d�lirant d�interpr�tation fourmillant de d�tails �rotiques imaginaires. Les � coupables � m�ritent la mort. Polix�ne y �chappera par la fuite.</p><p>Bizarrement, alors que L�ont�s s�est promptement repenti de sa folie, sa femme, Hermione, elle, restera quinze ans cach�e par la fid�le Pauline, qui a aussi fait emmener en Boh�me l�enfant nouveau-n�e, devenue Perdita. Le prince Florizel, fils de Polix�ne, tombe amoureux d�elle ; tout le monde se retrouve, Hermione sous l�apparence d�une statue qu�une douce musique ressuscite � et tout est pardonn�. Que le sch�ma de mort et de r�surrection pr�sent ici comme dans P�ricl�s ait frapp� les esprits de fa�on qu�on y voie le produit d�un avatar mystique de Shakespeare, cela est assez naturel.</p><p>Dans le m�me esprit, la Temp�te est une variation � consid�rable � sur le th�me des bannis � sous la verte feuill�e �. Prospero, duc de Milan d�poss�d�, a trouv� refuge dans une �le avec Miranda tout enfant. Bien que son art magique ne lui ait pas jadis pr�dit la trahison, il lui r�v�le l�approche d�un navire portant l�usurpateur, le roi de Naples son complice, un brave homme qu�ils raillent, et quelques nobles canailles. Prospero d�cha�ne sur eux l�apparence d�une temp�te qui semble tout d�truire et s�pare le roi de Naples de son fils, de sorte qu�ils se croient l�un et l�autre morts. Ferdinand, pleurant son p�re, rencontre Miranda, et c�est l�habituel coup de foudre, la r�v�lation r�ciproque. Cependant, l�usurpateur de Milan, ne se reposant pas sur ses lauriers, sugg�re au fr�re du roi de Naples de l��gorger dans son sommeil afin de prendre sa place. La magie de Prospero arr�tera leur bras, puis il leur pardonnera � tous largement, car ce sont gens de bonne compagnie. Devant leur �difiante troupe Miranda s��criera :</p><p>� Comme l�humanit� est belle ! � Il est vrai qu�elle ne connaissait que Caliban.</p><p>Car il y a Caliban, et c�est dans l�oeuvre des derni�res ann�es la cr�ation la plus importante, aussi bien que la plus probl�matique, que cet homme-poisson grotesque, raill� des tueurs mondains, qui demandent � si cela s�ach�te � et chez qui il n�est pas difficile de reconna�tre tous les abori-g�nes que les hommes de progr�s de nos races n�ont eu que le choix, dans toutes les � �les � du monde, d�exterminer ou de r�duire en esclavage. Comme tous les autres, cet � �tre immonde �, que l�on voulait bien traiter, cachait les pires instincts : il a voulu violer Miranda. Quant � lui, rebelle obstin� :</p><p>� Elle est � moi � dit-il � par Sycorax ma m�re, cette �le que vous me prenez</p><p>[...]. Vous m�avez enseign� le langage, et le profit que j�en ai, c�est que je sais maudire. � Il est toute mati�re, mais il est aussi la po�sie de la mati�re, et il entend la musique la plus profonde de son �le. Caliban parle � travers Shakespeare, d�une voix que Shakespeare ne conna�t pas. C�est un myst�re de son g�nie. S�est-il, quant � lui, identifi� � Prospero ? Les visions magiques auxquelles Prospero renonce, avec son livre, et vou�es � dispara�tre sans laisser une vapeur, auxquelles il compare la dissolution finale et absolue de tout sur cette terre sont-elles une derni�re occasion de mettre en parall�le l�irr�alit� du th��tre et celle de la vie ?</p><p>� Nous sommes de l��toffe dont les r�ves sont faits. �</p><p>Un langage dramatique</p><p>Tout art est langage, disait Benedetto Croce. L�art de Shakespeare ? Il est d�une fantastique audace de port�e, comme une grande cath�drale gothique. Brecht voit son oeuvre comme l�ouvrage d�un collectif. Les marxistes, par fid�lit� au mythe de la cr�ation populaire, seront les derniers h�ritiers de ce XIXe s. qui divisait Hom�re en rhapsodes. Gordon Graig, au terme d�un effort in�gal� de mise en sc�ne, le d�clarait fait pour la lecture plut�t que pour la sc�ne.</p><p>Et qui le lit trouvera comique l�id�e d�un collectif, pr�cis�ment parce qu�on sent si particuli�rement plusieurs mains dans un P�ricl�s. Apr�s tout, l�in-folio de 1623 n�en voulut pas. Il</p><p>n�est autrement pas de pi�ce, si imparfaite qu�en e�t �t� la transcription, si nombreuses qu�y eussent �t� les interpolations, o� tout cela n�ait �t� aval�, absorb� dans une architecture de l�immense, dont nul autre que lui n��tait capable. Des champs magn�tiques</p><p>d�une intensit� irr�sistible attirent et retiennent les mots, et les accouplent les uns aux autres comme par un hasard miraculeux qui de la surprise fait jaillir l��merveillement.</p><p>Shakespeare, cependant, est moins ivre de langage et de cette magie et de cette sorcellerie du verbe qu�horrifi� de la nullit� des mots comme moyen de la communication humaine. Ce ma�tre de la parole atteste que toute parole est mensonge et que toute �me ouverte � la parole entre dans un monde d�illusion totale d�o� il n�y a d�issue que vers la conscience de solitude et vers le silence, o� entrera enfin Hamlet. Il n�est pas besoin que ce soient les paroles des autres. Richard II sait autant la vanit� et le creux de ses paroles senties que Richard III l�efficacit� de ses mensonges. La langue de Shakespeare a de plus en plus souvent, � mesure qu�on avance des jeux de langage de Rom�o et Juliette vers Lear ou Othello, cette qualit� tragique de se situer au bord d�un gouffre d�absolu silence et de se mesurer � lui.</p><p>J.-J. M.</p><p>F �lisab�thain (th��tre).</p><p>A. C. Bradley, Shakespearien Tragedy (Londres, 1904 ; nouv. �d., 1952). / J. E. Mase-field, William Shakespeare (Londres, 1911 ; nouv. �d., 1954). / G. B. Harrison, England in Shakespeare�s Day (Londres, 1928 ; 2e �d., 1949) ; Shakespeare�s Tragedies (Londres, 1951 ; 3e �d., 1956). / M. C. Bradbrook, Eliza-bethan Stage Conditions (Cambridge, 1932). /</p><p>H. Granville-Barker et G. B. Harrison, A Companion to Shakespeare Studies (Cambridge 1934 ; 2e �d., 1955). / C. F. E. Spurgeon, Shakespeare Imagery and what It tells Us (Cambridge, 1935).</p><p>/ C. L. Chambrun, Shakespeare Rediscovered (Londres, 1938 ; trad. fr. Shakespeare retrouv�, Larousse et Plon, 1947). / T. Spencer, Shakespeare and the Nature of Man (Cambridge, 1943 ; trad. fr. Shakespeare et la nature de l�homme, Flammarion, 1974). / H. Fluch�re, Shakespeare, dramaturge �lisab�thain (Cahiers</p><p>du Sud, 1948). / M. Maurice, Master William Shakespeare (Gallimard, 1953). / J. Paris, Shakespeare par lui-m�me (�d. du Seuil, coll.</p><p>� Microcosme �, 1954). / D. A. Traversi, William Shakespeare, the Early Comedies (Londres, 1960 ; 2e �d., 1964) ; Shakespeare, the Roman Plays (Londres, 1963). / U. M. Ellis-Fermor, Shakespeare the Dramatist (Londres, 1961). /</p><p>F. E. Halliday, The Life of Shakespeare (Londres, 1961). / J. Kott, Shakespeare notre contemporain (en polonais, Varsovie, 1961 ; trad. fr., Julliard, 1962). / J. Chatenet, Shakespeare sur la sc�ne fran�aise depuis 1940 (Lettres modernes, 1962). / L. C. Knights, William Shakespeare, the Histories (Londres, 1962). / J. D. Wilson, Shakespeare�s Happy Comedies (Evanston, Illinois, 1962). / J. F. Kermode, William Shakespeare.</p><p>The Final Plays (Londres, 1963). / A. L. Rowse, William Shakespeare, a Biography (Londres, 1963). / J.-J. Mayoux, William Shakespeare (Seghers, 1966). / A. Burgess, Shakespeare (Londres, 1970 ; trad. fr., Buchet-Chastel, 1972).</p><p>Sharaku</p><p>Dessinateur d�estampes japonais de la fin du XVIIIe s.</p><p>Cet artiste appara�t soudain au cinqui�me mois de l�ann�e 1794, pour dispara�tre quelques mois plus tard, au d�but de 1795. Et l�on ne sait presque rien de lui, bien qu�il soit l�une des figures les plus marquantes de l�ukiyo-e*. L�identit� et l�apprentissage de cet artiste isol�, n�appartenant � aucune �cole, sont obscurs.</p><p>Peut-�tre Sharaku, dit aussi</p><p>t&#x14D;sh&#x16B;sai, aurait-il �t� acteur de n&#x14D; sous le nom de Sait&#x14D; J&#x16B;r&#x14D;bei, mais la source de cette information n�est pas connue.</p><p>N�anmoins, il demeure certain que son activit� artistique ne dure que quelque dix mois ; il en survit aujourd�hui 141 estampes polychromes et environ 17 esquisses. La bri�vet� de cette fulgurante carri�re reste un myst�re.</p><p>L��re Kansei (1789-1801), qui correspond � l�activit� de Sharaku, conna�t l��ge d�or de l�ukiyo-e et la grande popularit� du th��tre de kabuki. L�artiste va prendre ses mod�les parmi les trois principales troupes d�Edo (actuelle T&#x14D;ky&#x14D;) : les portraits d�acteurs tiennent en effet une place majeure dans son oeuvre. Il faut y ajouter quelques portraits de lutteurs de sum&#x14D; (lutte japonaise) et quelques sujets historiques.</p><p>L�oeuvre de Sharaku se r�partit en quatre groupes, qui marquent une �volution de son art. Tout d�abord, 28 portraits d�acteurs en buste sur fond micac� (mica pulv�ris�), ex�cut�s au downloadModeText.vue.download 156 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10111</p><p>cours des repr�sentations donn�es pendant le cinqui�me mois de 1794. Puis 38 portraits en pied, groupant parfois deux personnages ayant figur� dans les spectacles des septi�me et huiti�me mois de 1794. Ensuite 61 estampes, se rapportant au onzi�me mois 1794 : portraits d�acteurs plus 4 portraits d�athl�tes de sum&#x14D;. Enfin 14 portraits en pied d�acteurs, de guerriers et d�un lutteur, ex�cut�s au d�but de 1795. Les acteurs ont pu �tre identifi�s gr�ce aux blasons inscrits sur leurs v�tements, qui se retrouvent sur les programmes et les affiches qui nous sont parvenus.</p><p>Parmi ces quatre groupes, les deux premiers sont les plus remarquables : Sharaku atteint d�embl�e l�apog�e de son talent. Il sait se limiter � l�essentiel, en concentrant son int�r�t sur les visages, et r�v�ler � la fois la personnalit� propre de l�acteur et celle qu�il rev�t dans son r�le.</p><p>Son extr�me �conomie de moyens</p><p>s�allie � une grande richesse psychologique : la profondeur, le mouvement sont obtenus par le seul jeu de lignes expressives et concises, qui �voquent la stature et le maintien du corps.</p><p>L�usage subtil de couleurs sobres, le recours � des noirs habilement �quilibr�s sugg�rent la masse et le volume tout en s�accordant au caract�re du personnage. Le graphisme ac�r� des yeux, de la bouche, des amples maxillaires permet de saisir l�expression de l�acteur parvenant au paroxysme de la passion ou se figeant en une pose dramatique, membres tendus, yeux louchant, bouche convuls�e. D�autre part, l�artiste tire parti de certains raffinements techniques, tels que les fonds micac�s argent�s, sur lesquels les personnages prennent toute leur valeur, les traces en creux ou en relief, les gaufrages, qui</p><p>font ressortir la texture des tissus.</p><p>La derni�re partie de son oeuvre semble moins exceptionnelle. Si l�intensit� demeure, avec la virtuosit� dans l��quilibre de la composition, la subtilit� le c�de � une recherche d�corative nuisible au portrait proprement dit.</p><p>Sharaku a eu de nombreux imita-</p><p>teurs, qui ont perp�tu� jusqu�au XIXe s.</p><p>la tradition des estampes de th��tre, mais aucun n�a su atteindre sa force dramatique, son analyse aigu� et sa p�-</p><p>n�tration du type humain, non d�pourvues de causticit�.</p><p>M. M.</p><p>F Ukiyo-e.</p><p>Shaw</p><p>(George Bernard)</p><p>�crivain irlandais (Dublin 1856 - Ayot Saint Lawrence, Hertfordshire, 1950).</p><p>� J�aime un �tat de</p><p>perp�tuel devenir, avec</p><p>un but devant et non</p><p>derri�re... � (� Ellen Terry,</p><p>28 ao�t 1896)</p><p>Artiste et calculateur, boh�me et avare.</p><p>M�fiant jusqu�au cynisme. Pourtant toujours disponible, jamais las de pr�-</p><p>ter sa plume � toutes sortes de causes, de la � vivisection � au � minimum in-come �. Soutenu par une rare t�nacit� et une imp�rieuse volont� de vaincre.</p><p>Donnant � quatre-vingt-douze ans une pi�ce pleine de chaleur, de sympathie pour la vie. Acharn� travailleur, lucide critique de l�art d��crire et aussi de penser. Ainsi appara�t Bernard Shaw, tel que le r�v�le sa vie, longtemps difficile, et tel que nous le montre son oeuvre enti�re, son �norme correspondance et ses morceaux plus singuli�rement autobiographiques, comme Sixteen Self Sketches ou ses Pr�faces (� The Irrational Knot ou � Three Plays for Puritans par exemple). Certaines caract�ristiques de son temp�rament, il les doit peut-�tre � une enfance sans v�ritable affection dans un m�nage mal assorti, � des �tudes trop rapides et aux difficult�s de gagner sa vie en attendant de percer. D�un passage en m�t�ore � la Wesleyan Connexio-</p><p>nal School, � la Central Model Boys�</p><p>School et � la Dublin English Scientific and Commercial Day School, il garde une aversion profonde pour �coles et universit�s qui � st�r�otypent l�esprit �. Autodidacte acharn�, hantant la Dublin National Gallery, le Royal Theatre, puis, � Londres, le British Museum, familier des grands musiciens, il fr�quente aussi assid�ment r�unions et meetings politiques et travaille successivement comme clerc � la Charles Uniacke Townshend (1871), comme caissier dans une agence fonci�re jusqu�en 1876 et enfin � la Edison Telephone Company de 1879 � 1880.</p><p>Ses premi�res armes dans les lettres, il les fait en qualit� de critique musical, litt�raire, artistique et th��tral, et, gr�ce � sa verve �tincelante alli�e � ses qualit�s naturelles de fantaisie et � un jugement sain, il y r�ussit bien mieux que dans son exp�rience romanesque. En 1885, en collaboration avec William Archer (1856-1924), Shaw �crit une pi�ce qu�il reprendra seul en 1892, Widowers� Houses. On trouve l�, avant l�heure, la totalit� du programme qu�il fixe � R. Golding Bright dans sa lettre du 2 d�cembre 1894, o� on peut lire �galement : � Faites de l�efficacit� votre unique but pour les quinze prochaines ann�es [...]. Enfin [...] ne prenez jamais l�avis de personne. � Ainsi agit toute sa vie cet original, �poux de la millionnaire irlandaise Charlotte Payne-Townshend (1898), amant plus ou moins platonique d�une foule de dames, dont deux c�l�bres actrices, Ellen Terry et Mrs Patrick Campbell,</p><p>� vestryman � et membre du � borough council � de Saint Pancrace (1897-1903). Ce personnage compte Einstein, Tagore, Staline, William Morris, G&#x101;ndh&#x12B;, T. E. Lawrence parmi ses connaissances ou amis et H. G. Wells ou sir Henry Irving au rang de ses ennemis intimes ; il amasse une fortune �norme avec sa plume, entreprend un tour du monde � soixante-douze ans, pourvoie all�grement de pi�ces le Mal-vern Festival, depuis sa fondation en 1929, et de ses oracles le monde entier ; prix Nobel de litt�rature en 1925 ; il assistera � la fondation de la Shaw Society (1941) et verra le cin�ma s�emparer avec succ�s de ses pi�ces, comme le Pygmalion en 1938, devenu en 1964</p><p>My Fair Lady. Certes Shaw est d�une</p><p>nature vraiment exceptionnelle.</p><p>� J�aime partir en guerre</p><p>contre les gens install�s ;</p><p>les attaquer ; les secouer ;</p><p>t�ter leur courage.</p><p>Abattre leurs ch�teaux de</p><p>sable pour leur en faire</p><p>construire en pierres [...].</p><p>Un homme ne vous dit</p><p>jamais rien jusqu�� ce que</p><p>vous le contredisiez [...] �</p><p>La v�rit� acquise, les tabous, le confort intellectuel et moral, Shaw ne prise gu�re cela. The Man of Destiny, Saint Joan ou Caesar and Cleopatra moquent le nationalisme anglais, et, quand W. Yeats* lui demande une pi�ce � patriotique � pour l�Irish Lite-rary Theatre, Shaw donne John Bull�s Other Island, tentative de d�mystification du romantisme de l�Irlande. Il choque, se d�clarant volontiers partisan de l��limination des gens pour que la terre devienne plus vivable. Il sympathise avec l�Allemagne de la Premi�re Guerre mondiale (Common Sense about the War), mais s�en prend aux politiciens et aux dictateurs qui troublent la paix (Geneva). Ennemi de la � bardolatry �, il sape m�me les bases de ce monument sacr� et intouchable de la litt�rature anglaise,</p><p>� Shakspere �, comme il le nomme. Et, pour graver un dernier trait � son image de marque, il l�gue le plus gros de son �norme fortune � une oeuvre chim�-</p><p>rique, qui recherche un � Proposed British Alphabet �, pour tous les pays de langue anglaise, en au moins quarante lettres.</p><p>� cet anticonformiste visc�ral, le combat politique, qui � fait autant partie de la vie que le jeu ou la po�sie �, s�impose naturellement � comme le th��tre d�id�es �, et l��conomiste am�ricain Henry George (1839-1897) r�v�le � Shaw une nouvelle dimension sociale avec Progress and Poverty (1879). Il lit le Capital de Marx, mais se d�tourne vite de la Social Demo-cratic Federation de H. M. Hyndman (1842-1921), qu�il accuse � d�une incurable confusion de pens�e �. � Le socialisme, s�il s��tablit un jour, le</p><p>devra � toute la classe ouvri�re du pays et pas � une f�d�ration ou soci�t� de quelque nature qu�on l�imagine. � �</p><p>ses yeux, la toute r�cente Fabian Society, � laquelle il s�affilie en 1884, oeuvre dans ce sens. Shaw en devient donc, avec l��conomiste Sidney Webb, l�un des piliers et aide � fonder le British Labour Party en 1906 (v. fabiens).</p><p>Il d�fend ses convictions non seulement dans les Fabian Essays in Socialism (1889) ou dans des tracts comme</p><p>� The Impossibilit�s of Anarchism �,</p><p>� Tract 45 �, mais aussi sur la sc�ne, tribune irrempla�able. Son premier groupe de pi�ces, au titre �loquent, Plays Pleasant and Unpleasant, vise, selon la Pr�face, � � utiliser la force dramatique pour contraindre le spectateur � regarder en face des faits d�plaisants �. D�s Widowers� Houses, Shaw d�nude la bourgeoisie. Il lui apprend que, si l�argent gagn� en louant des taudis ou en exploitant de pauvres filles dans des maisons closes (Mrs. Warren�s Profession, longtemps interdite) peut servir � faire une demoiselle, on ne saurait se montrer trop hypocrite en refusant de l�utiliser � des fins humanitaires. La mis�re demeure le seul vrai p�ch� � combattre, et ce th�me, illustr� par Major Barbara, pi�ce brillante, lui permet de d�cocher quelques traits ac�r�s en direction d�une tr�s digne et respect�e institution anglaise � travers le conflit qui oppose Undershaft, riche marchand d�armes, � l�intransigeante, mais quelque peu irr�aliste Barbara, sa fille, � Major � de l�Arm�e du salut.</p><p>Les pi�ces dites � plaisantes � battent en br�che les valeurs les mieux assur�es au regard d�une certaine soci�t� : le culte du patriotisme, le h�ros guer-downloadModeText.vue.download 157 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10112</p><p>rier, tel Bluntschli dans Arms and the Man, qui lance Shaw vers le succ�s, ou le h�ros romantique tel le po�te March-banks dans Candida.</p><p>D�ailleurs, Shaw se pla�t � repr�senter les h�ros sans l�aura dont les pare l�histoire : Napol�on dans The Man of Destiny ou C�sar dans Caesar and Cleopatra. Il n�oublie pas non plus les</p><p>m�decins, cible classique de la com�-</p><p>die, notamment dans The Doctor�s Dilemma, mais sa satire s��tend � l�aspect social, impliquant un contr�le de la m�decine pour la rendre moins ch�re et plus s�rieuse.</p><p>Quant � l�Amour, il l��crit � amour �, plut�t fonction biologique ou lutte des sexes (The Philanderer ; You never can tell...) que sentiment po�tique, avec l�un ou l�autre des partenaires � ou les deux � insatisfait, en guise du � happy ending � traditionnel.</p><p>P�le-m�le, ainsi, il d�nonce petits d�fauts et grandes plaies. Il voudrait une structure sociale et politique plus juste, et aussi que se r�forme la mentalit� satisfaite de soi que chacun porte en lui. L�esprit irr�sistible de Shaw masque souvent la gravit� de sa satire sociale (The Millionairess ou le c�l�bre Pygmalion). Il n�en fustige pas moins une bourgeoisie enferm�e dans l�ouate confortable d�une situation bien assise et de pens�es futiles, comme dans Heartbreak House, impr�gn�e de</p><p>Tchekhov. Si l�on en croit son oeuvre en g�n�ral et The Adventures of a Black Girl in Her Search for God en particulier, sa position � l��gard de l�homme, de son pourquoi et surtout de son comment, pourrait se d�finir par � aide-toi, le ciel t�aidera �. Mais, s�il ne recherche pas l�aide de la religion, assez paradoxalement, Shaw ne l�agresse pas (Androcles and the Lion), et Saint Joan, tenu pour son chef-d�oeuvre, un immense succ�s public, reste l�une de ses meilleures r�ussites par l�inoubliable portrait plein de sinc�rit� et d�authenticit� qu�il brosse d�une sainte selon son coeur. Au centre de la philosophie de Shaw s�inscrivent les mots clefs � �volution cr�atrice � et � Life Force �, le second d�signant finalement Dieu, la Force de vie qui r�gle le progr�s, la lente ascension de la nature vers son but de pens�e pure et qui passe par le surhomme (In Good King Charles�s Golden Days). Cette Force de vie se manifeste dans la femme poss�d�e par l�instinct de procr�ation. On la voit en action en particulier dans Man and Superman, tandis que Back to Methuselah illustre le th�me de l��volution cr�atrice, la pr�occupation du devenir de l�esp�ce, que traduit le souci des deux</p><p>sages orientaux de l�am�lioration de l�esp�ce humaine dans The Simpleton of the Unexpected Isles.</p><p>� Les choses me viennent</p><p>� l�esprit sous forme de</p><p>sc�nes, avec action et</p><p>dialogue, sous forme de</p><p>moments, progressant</p><p>� partir de leur propre</p><p>vitalit� � (� H. A. Jones,</p><p>2 d�c. 1894)</p><p>Malgr� le succ�s � la sc�ne d�Henry Arthur Jones (1851-1929), de sir Arthur Wing Pinero (1855-1934), disciple de Scribe et de Sardou, des pi�ces de Maugham et, naturellement, de la com�die �tourdissante de Wilde ou de No�l Coward (1899-1973), l�id�e de th��tre non commercial, de critique sociale suit son cours en Angleterre (H. Granville-Barker [1877-1946], J. Galsworthy [1867-1933]...). Surtout quand Ibsen s�y fait conna�tre aux environs de 1890 et que ses pi�ces sociales et didactiques, se d�veloppant selon la logique r�elle des choses et non des conventions, suscitent des remous et la ferme intervention de Shaw en sa faveur dans The Quintessence of Ibsenism.</p><p>Comme Auden, O�Casey, Synge ou</p><p>T. S. Eliot, Shaw participe � l��volution du th��tre contemporain. Ses �crits et ses Pr�faces r�affirment sans tr�ve sa volont� de parvenir uniquement au r�el, ce qui s�accompagne dans son esprit de la soumission stricte � la pi�ce des acteurs et des metteurs en sc�ne. Il m�prise le th��tre conventionnel selon lui, � doctrinaire jusqu�� la plus extr�me limite du dogmatisme �, si bien que � le dramaturge [...] emp�-</p><p>tr� dans les th�ories de conduite [...]</p><p>ne peut m�me pas exprimer sa solution conventionnelle clairement, mais la laisse vaguement comprise � (Lettre � H. A. Jones du 2 f�vrier 1894). Il ne cache pas son horreur des � nice �</p><p>pi�ces, avec des � nice � robes, des</p><p>� nice � salons et des � nice � gens, mais �galement des � soi-disant pi�ces � probl�mes [qui] d�pendaient pour leur int�r�t dramatique de conclusions pr�vues d�avance � (Pr�face de Three Plays for Puritans). Pour lui, rien ne saurait remplacer � l�activit� et l�honn�tet� intellectuelles �. La n�cessit� de</p><p>faire de son th��tre le support de ses id�es et de consacrer auxdites id�es tout leur d�veloppement communique aux pi�ces de Shaw une dimension tr�s particuli�re � sp�cifiquement shawienne � avec, par exemple, Back to Methuselah, en cinq parties, et, le plus souvent, des Pr�faces de belle longueur �galement. � Le dramaturge s�rieux reconna�t dans la discussion non seulement l��preuve principale, mais aussi le centre d�int�r�t r�el de sa pi�ce � (Quintessence...), affirme Shaw. Il en d�coule que, dans son oeuvre dramatique, tout se subordonne � la discussion, les �v�nements et m�me la psychologie des personnages � ni bons, ni mauvais, en respect des principes du r�alisme �, moins importante que la n�cessit� du discours. Ceux du troisi�me acte de Man and Superman, entre � Don Juan � et le Diable, constituent � cet �gard un exemple fameux.</p><p>L��tincelante et vigoureuse r�thorique de Shaw demeure un mod�le du genre.</p><p>� Trouvez toujours de fa�on rigoureuse et exacte ce que vous voulez dire et ne le faites pas � la pose �, �crivait-il � R. Golding en 1894. La sinc�rit� � et nul ne met en doute la sienne � ne suffit pas � assurer la p�rennit� et le succ�s, surtout � qui bouscule id�es et situations �tablies. Shaw trouve dans son humour, h�ritier du � wit � du XVIIIe s., un pr�cieux alli� � sa cause, un humour marqu� de son sceau personnel, jouant brillamment de l�anachronisme parfois et du paradoxe le plus souvent, permettant � la longueur, � l�intelligence, � la critique de passer et conf�rant � son art, m�me quand il irrite, une tonicit� � l�abri des modes et du temps.</p><p>D. S.-F.</p><p>G. K. Chesterton, George Bernard Shaw (Londres, 1909 ; nouv. �d., 1949). / E. R. Bent-ley, Bernard Shaw (Londres, 1947 ; 2e �d., 1950). / H. Perruchot, la Haine des masques.</p><p>Montherlant, Camus, Shaw (la Table ronde, 1955). / M. Shenfield, Bernard Shaw (New York, 1962 ; trad. fr., Hachette, 1967). / M. Meisel, Shaw and the 19th Century Theater (Princeton, 1963). / S. Weintraub, Private Shaw and Public Shaw. A Dual Portrait of Lawrence of Arabia and G. B. Shaw (Londres, 1963). / J. F. Mat-thews, George Bernard Shaw (New York, 1969).</p><p>/ G. E. Brown, George Bernard Shaw (Londres, 1970).</p><p>Les principales oeuvres de G. B. Shaw</p><p>ROMANS</p><p>1879-1883 Immaturity (�d. en 1930). An Unsocial Socialist (Un socialiste peu sociable), publi� en 1884. Cashel Byron�s Profession (la Profession de Cashel Byron), publi� en 1885-86. The Irrational Knot (le Lien irrationnel), publi� en 1885-1887. Love among the Artists (l�Amour chez les artistes), publi� en 1887-88.</p><p>CRITIQUES ET ESSAIS</p><p>1885 Critique litt�raire pour The Pall Mall Gazette.</p><p>1886-87 Critique d�art pour The World.</p><p>1888-1890 Critique musicale pour The Star (r�unie en 1937 sous le titre de London Music in 1888-89 as heard by Corno di Bassetto).</p><p>1889 Fabian Essays in Socialism (Essais fabiens), �d. par G. B. Shaw.</p><p>1890-1894 Critique de musique pour The World (r�unie en 1932 sous le titre de Music in London, 1890-1894, 3 vol.).</p><p>1891 The Qintessence of Ibsenism (la Quintessence de l�ibs�nisme).</p><p>1895 The Sanity of Art.</p><p>1895-1898 Critique dramatique pour The Saturday Review (r�unie en 1900 sous le titre de Our Theatres in the Nineties).</p><p>1896 An Essay on going to Church, dans The Savoy.</p><p>1898 The Perfect Wagnerite (le Parfait Wagn�rien).</p><p>1900 Fabianism and the Empire (le Fabia-nisme et l�Empire).</p><p>1904 The Common Sense of Municipal Trading.</p><p>1914 Common Sense about the War, dans The New Statesman.</p><p>1928 The Intelligent Woman�s Guide to Ca-</p><p>pitalism and Socialism (Guide de la femme intelligente en pr�sence du capitalisme et du socialisme).</p><p>1931 What I really wrote about the War.</p><p>1932 The Adventures of a Black Girl in Her Search for God (les Aventures d�une jeune n�gresse � la recherche de Dieu) [nouvelle].</p><p>1944 Everybody�s Political What�s What ?</p><p>(Manuel politique pour tous).</p><p>1949 Sixteen Self Sketches (Mon portrait en 16 esquisses) [autobiographie].</p><p>PI�CES</p><p>Plays Pleasant and Unpleasant (1898)</p><p>[Pi�ces plaisantes et d�plaisantes] : 1885-1892 Widowers� Houses (L�argent n�a pas d�odeur) [1re �d., 1892].</p><p>1893 The Philanderer (l�Homme aim� des femmes).</p><p>1893-94 Mrs. Warren�s Profession (la Profession de Mrs. Warren), cr��e en 1902.</p><p>1894 Arms and the Man (le H�ros et le soldat).</p><p>1894-95 Candida.</p><p>1895 The Man of Destiny (l�Homme du destin), cr��e en 1897.</p><p>1895-96 You never can tell (On ne sait jamais), cr��e en 1900.</p><p>Three Plays for Puritans (1901) [Trois pi�ces pour puritains] :</p><p>1896-97 The Devil�s Disciple (le Disciple du diable).</p><p>1898-99 Caesar and Cleopatra (C�sar et Cl�op�tre), cr��e en 1906.</p><p>1899 Captain Brassbound�s Conversion (la Conversion du capitaine Brassbound), cr��e en 1906.</p><p>downloadModeText.vue.download 158 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10113</p><p>1901-02 The Admirable Bashville ; or Constancy Unrewarded, cr��e en 1905 (�d.</p><p>en 1909).</p><p>1901-1903 Man and Superman (l�Homme et le surhomme), cr��e en 1905.</p><p>1904 John Bull�s Other Island (l�Autre �le de John Bull) [�d. en 1909]. How He lied to Her Husband (Comment il mentit au mari) [�d.</p><p>en 1909].</p><p>1905 Major Barbara (�d. en 1909). Passion, Poison and Petrifaction or the Fatal Gazogene.</p><p>1906 The Doctor�s Dilemma (le Dilemme du docteur) [�d. en 1911].</p><p>1907 The Interlude at the Playhouse.</p><p>1908 Getting Married (Mariage) [�d. en 1911].</p><p>1909 The Shewing-Up of Blanco Posnet (le Vrai Blanco Posnet) [�d. en 1911]. Press Cuttings. The Fascinating Foundling (�d. en 1926). The Glimpse of Reality, cr��e en 1927</p><p>(�d. en 1926).</p><p>1909-10 Misalliance (M�salliance) [�d. en 1914].</p><p>1910 The Dark Lady of the Sonnets (la Dame brune des sonnets) [�d. en 1914].</p><p>1911 Fanny�s First Play (�d. en 1914).</p><p>1912 Androcles and the Lion (Androcl�s et le Lion), cr��e en 1913 (�d. en 1916). Overru-led (�d. en 1916).</p><p>1912-13 Pygmalion, cr��e en 1914 (�d. en 1916).</p><p>1913 Great Catherine (la Grande Catherine)</p><p>[�d. en 1919]. The Music-Cure, cr��e en 1914.</p><p>1913-1919 Heartbreak House (la Maison des coeurs bris�s), cr��e en 1920.</p><p>1915 O�Flaherty, V. C. (le Soldat O�Flaherty), cr��e en 1917 (�d. en 1919).</p><p>1916 The Inca of Perusalem (l�Inca de Perusalem), cr��e en 1917 (�d. en 1919). Augustus does His Bit, cr��e en 1917 (�d. en 1919).</p><p>1917 Annajanska, the Wild Grand Duchess, cr��e en 1918 (�d. en 1919 sous le titre d�Annajanska, the Bolshevik Empress).</p><p>1918-1920 Back to Methuselah (En remontant � Mathusalem) [�d. en 1921], cr��e en 1922.</p><p>1922 Jitta�s Atonement (adaptation), cr��e en 1923.</p><p>1923 Saint Joan (Sainte Jeanne) [�d. en 1924).</p><p>1929 The Apple Cart (la Charrette de pommes) [�d. en 1930].</p><p>1931 Too True to be Good, cr��e en 1932</p><p>(�d. en 1934).</p><p>1933 Village Wooing, cr��e en 1934 (�d. en 1934). On the Rocks (�d. en 1934).</p><p>1934 The Simpleton of the Unexpected Isles (le Na�f des �les impr�vues), cr��e en 1935</p><p>(�d. en 1936). The Six of Calais (�d. en 1936).</p><p>1935 The Millionairess (le Milliardaire), cr��e en 1936 (�d. en 1936).</p><p>1937 Cymbeline Refinished (�d. en 1946).</p><p>1938 Geneva (Gen�ve) [�d. en 1939].</p><p>1939 In Good King Charles�s Golden Days (Aux jours heureux du bon roi Charles).</p><p>1946-1948 Buoyant Billions, cr��e en 1949</p><p>(�d. en 1949).</p><p>1949 Shakes Versus Shav (�d. en 1950).</p><p>1949-50 Far-fetched Fables.</p><p>1950 Why She would not (publication posthume).</p><p>Sheffield</p><p>V. de Grande-Bretagne, dans le South Yorkshire.</p><p>Sheffield est la principale composante (513 000 hab.) de l�agglom�ration de la vall�e du Don, laquelle comporte plus en aval Rotherham (85 000 hab.), contigu� � Sheffield, puis Rawmarsh (20 000 hab.), Swinton (15 000 hab.) et Mexborough (16 000 hab.). � cet ensemble urbain se rattachent quelques</p><p>localit�s de banlieue situ�es imm�diatement au sud de Sheffield, mais dans le comt� de Derby, comme Dronfield (18 000 hab.), et les villes industrielles de la vall�e de la Rother, comme Chesterfield (70 000 hab.) et Staveley (17 000 hab.). L�ensemble forme une conurbation l�che de 800 000 habitants, dont la puissance industrielle est �tonnante, compte tenu de la difficult� du site et de son relatif isolement g�ographique.</p><p>Le site originel de Sheffield est � un coude prononc� du Don, � l�endroit o� cet affluent de l�Ouse sort de la cha�ne pennine. En amont du coude, la vall�e tr�s �troite, de direction N.-O. - S.-E., est encaiss�e de plus de 200 m dans les gr�s meuliers du Carbonif�re. Sa section inf�rieure, de direction perpendiculaire � la pr�c�dente, s��largit progressivement vers l�aval dans les couches plus jeunes du Houiller, tandis que ses versants s�abaissent et s��cartent. De petits torrents descendus des Pennines, dont le Sheaf, qui a donn� son nom � la ville, d�coupent le front montagneux en une s�rie d��perons aux flancs raides. Bref, le site est tr�s accident�, engonc� dans la montagne, et manque d�espaces plans. Rotherham et les autres villes, en revanche, ont pu s��taler plus � l�aise gr�ce � l��largissement de la vall�e.</p><p>L�encaissement du site et l�obstacle que la montagne oppose aux vents d�ouest ont de gros inconv�nients climatiques. En hiver, par temps de calme anticyclonique, l�accumulation de l�air froid dans le fond des vall�es et l�inversion de temp�rature en altitude em-p�chent la dispersion des poussi�res et des fum�es. Aussi la pollution de l�air est-elle tr�s forte, et une �paisse couche de suie recouvre les immeubles ; Sheffield est une des villes les plus noires d�Angleterre. La banalit� de l�architecture, l�aust�rit� des mat�riaux (brique et gr�s meulier gris�tre), l�abondance des �quipements industriels accentuent encore le caract�re lugubre, d�primant du paysage.</p><p>Sheffield s�adonne � la m�tallurgie depuis le XIIe s. au moins. Les for�ts du pied de la montagne, dont il ne subsiste que des lambeaux, fournissaient</p><p>le charbon de bois, et l�on utilisait les nodules de minerai de fer inclus dans le Houiller. Le charbon, qui affleure largement sur le flanc oriental de la cha�ne pennine (en particulier � Sheffield), a �t� exploit� en carri�res d�s le XIIIe s. ; les affleurements superficiels �puis�s, on poursuivit l�extraction en profondeur un peu plus � l�est, en suivant le pendage, mod�r�, des couches. Les forges et les fourneaux se multipli�rent ; au XIXe s., Sheffield �tait le premier centre m�tallurgique de Grande-Bretagne.</p><p>De nos jours, on a renonc� � la production de la fonte. Mais de puissantes aci�ries traitent les ferrailles et les fontes import�es � Sheffield (Tinsley Parle), � Rotherham (Parkgate) et dans la vall�e de la Rother, � Renishaw, � Staveley et � Chesterfield. Des fours Martin et des fours �lectriques produisent des aciers et des ferro-alliages de haute qualit� : aciers inoxydables, aciers � outil, aciers magn�tiques, aciers � coupe rapide ou thermor�sistants. Les quantit�s obtenues sont relativement faibles (3 Mt, dont 1 Mt � Sheffield m�me), mais leur prix �lev� vaut � Sheffield, en valeur, sinon en poids, le titre de capitale britannique de l�acier. Les forges et les laminoirs transforment les lingots en tubes, en barres, en ronds, en essieux, en arbres de transmission, en plaques de blin-dage, en t�les sp�ciales, etc.</p><p>Sheffield est aussi depuis le XIVe s. la capitale de la coutellerie. La qualit� de l�acier, l�abondance des gr�s fins utilisables par les meules, l�eau pure et acide des rivi�res de montagne aptes � la trempe des m�taux sont � l�origine d�une industrie qui s�est ensuite consolid�e par la transmission de p�re en fils des secrets de fabrication. Sheffield fabrique tous les objets coupants, mais aussi les couverts de table, la vaisselle m�tallique (th�i�res, etc.) et les objets plaqu�s de m�taux pr�cieux. Cette industrie, morcel�e en petites entreprises, a gard� sa localisation traditionnelle au coude du Don, alors que la m�tallurgie lourde recherche les espaces plats de fond de vall�e, plus en aval.</p><p>L�essor d�mographique de Sheffield a �t� tr�s rapide au XIXe s., plus lent</p><p>au XXe s. : 12 000 habitants en 1750, 46 000 en 1801, 135 000 en 1851, 410 000 en 1901, 542 000 (maximum) en 1951. La population diminue de nos jours (513 000 en 1971), du fait de la d�molition des vieux quartiers victoriens et du relogement � la p�riph�rie ; de m�me, la population stagne ou diminue dans les autres villes de la vall�e du Don.</p><p>Bien qu�elle soit la plus grande ville du Yorkshire, Sheffield a une position trop excentrique dans son comt� et trop proche de la montagne d�serte pour avoir un grand rayonnement administratif ou commercial ; sa zone d�influence ne d�passe pas l�agglom�ration. L�universit� ne date que du d�but du XXe s. et a longtemps fait figure d�une simple annexe de l�industrie ; on y enseigne surtout la physique, la m�canique et la m�tallurgie ; n�anmoins, l�enseignement tend � se diversifier (architecture, m�decine et psychologie). Les b�timents modernes de l�universit� et la reconstruction d�un centre commercial � plusieurs niveaux t�moignent de la volont� des �diles d�am�liorer l�image d�une ville qui reste trop marqu�e par l�industrie.</p><p>C. M.</p><p>Shelley</p><p>(Percy Bysshe)</p><p>Po�te anglais (Field Place, pr�s de Horsham, Sussex, 1792 - Lerici 1822).</p><p>Shelley, Byron*, � Julian � et</p><p>� Maddalo � (d�apr�s Julian and Maddalo [1818], po�me o� Shelley rapporte leurs conversations en Italie) : deux noms c�l�bres dans la grande aventure du romantisme anglais. Leur temp�rament les oppose. L�amiti� les pousse l�un vers l�autre. Leur soif de libert� les unit. Byron s�installe dans le cynisme. Shelley � dans la pure lign�e de William Blake � s�abandonne � l�exaltation. L�un se distingue � Cambridge par mille excentricit�s. L�autre se fait chasser d�Oxford en �crivant un pamphlet subversif (The Necessity of Atheism, 1811).</p><p>Libert�, pour Shelley, signifie, avant tout, refus. Et, pour commencer, refus de l�autorit� paternelle, celle du digne</p><p>downloadModeText.vue.download 159 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10114</p><p>et riche Timothy Shelley, membre du Parlement, qui ne voudra plus entendre parler de son fils, m�me mort. S�alimentant � la lecture de Political Justice (1793) du philosophe William Godwin, son ardeur contestataire s�exerce contre les valeurs traditionnelles : Dieu, religion, rois, pr�tres, tous les tyrans d�tenteurs de l�autorit� (Queen Mab, 1813). Elle s�exprime aussi dans des satires : Masque of Anarchy (1819 ; publi� en 1832), sur le � massacre de Peterloo � ; Peter Bell the Third (1819) sur Wordsworth*, et OEdipus Tyran-nus, or Swellfoot the Tyrant (1820), sur les d�m�l�s de la reine Caroline et de George IV. Dans Laon and Cythna (1817), devenu The Revolt of Islam (1818) et inspir� par la R�volution fran�aise, Shelley lance � dans cette forme d�sordonn�e caract�ristique de nombre de ses po�mes � un appel passionn� � la r�volte. Il r�ve d�une humanit� meilleure, o� le po�te doit jouer le r�le essentiel de � l�gislateur �, et son essai Defence of Poetry (1821) confirme cette attitude. Son id�alisme quelque peu utopique l�entra�ne d�abord en Irlande (f�v. 1812) avec Harriet West-brook, enlev�e de mani�re fort romanesque, mais �pous�e tr�s l�galement � �dimbourg en 1811, en d�pit des id�es que le po�te professe sur l�amour libre. Venu engager le combat pour la temp�rance et aussi l��mancipation des catholiques, Shelley tient meeting et distribue des tracts de sa main (Address to the Irish People). Il poursuit ensuite son action z�latrice dans le Devon et le pays de Galles (avr. 1812), et il r�dige �galement Letter to Lord Ellenbo-rough, d�fense du droit d�expression.</p><p>La manifestation la plus r�ussie de sa soif de libert�, Shelley l�inscrit, � travers le clair symbole de Prom�th�e triomphant, dans Prometheus Unbound (1819), un de ses po�mes sous forme dramatique, comme l�est la trag�die lyrique The Cenci (1819), pi�ce essentiellement � lire. La libert�, Shelley la trouve encore en d�laissant sa femme pour Mary Godwin, propre fille de son ma�tre � penser, ce qui brise les rela-</p><p>tions entre le ma�tre et le disciple. Le suicide d�Harriet lui permet d�ailleurs d��pouser Mary en 1816. Apr�s plusieurs voyages sur le continent, Shelley se fixe d�finitivement en Italie en 1818. Une temp�te dans le golfe de la Spezia en 1822, en d�truisant son bateau Ariel, lui donne une mort romantique � la mesure de son existence. Elle le d�livre du � r�ve agit� de la vie �, alors qu�il travaillait encore � The Triumph of Life, o� passe l�influence de Dante et de P�trarque.</p><p>� la post�rit�, Shelley laisse l�image du po�te irr�sistiblement attir� vers un id�alisme platonicien, qu�annonce sa premi�re grande oeuvre, Alastor or the Spirit of Solitude (1816), qui marque le d�but d�une nouvelle orientation de son art. Il se veut le � jeune homme aux sentiments incorrompus et au g�nie audacieux � (Alastor) se sentant romantiquement � affaibli et blanchi avec son temps � (Prince Athanase, 1817). Il adore la � Beaut� spirituelle � et, dans une extase panth�ique, tout tourn� vers l�au-del� (Hymn to Intellectual Beauty, 1817), il dit sa soif d�sesp�r�e de l�Id�al (Epipsychidion, 1821). Essence m�me de son art, le lyrisme qui baigne l��l�gie sur la mort de Keats*</p><p>(Adonais, 1821) se charge d�images, de symboles, atteint au cosmique et aux sommets les plus �th�r�s � la fin de sa vie (The Witch of Atlas, 1820). Il remplit d�une symphonie plus proche, plus famili�re � Lines Written among Euganean Hills �, � The Cloud �,</p><p>� To a Skylark �, � Letter to Maria Gisborne �, � To William Shelley �...</p><p>et ses accents les plus d�chirants...</p><p>� Enl�ve-moi comme une vague, une feuille, un nuage / Sous les �pines de la vie, je tombe, je saigne ! � r�sonnent dans Ode to the West Wind (1819), l�un des plus beaux po�mes de Shelley.</p><p>De celui dont l�ombre s��tend sur G. Eliot*, R. Browning*, A. C. Swinburne*, C. K. D. Patmore, G. R. Gissing, T. Hardy*, G. B. Shaw* et</p><p>jusqu�� W. B. Yeats*, sa femme,</p><p>Mary Shelley (Londres 1797 - id.</p><p>1851), rassemble les oeuvres (Posthumous Poems, 1824 ; Poetical Works, 1839...). Mais, en digne fille de Godwin et de Mary Wollstonecraft, l�une des premi�res f�ministes, l��pouse du po�te laisse � c�t� de ses romans Val-</p><p>perga (1823) et The Last Man (1826) une oeuvre � la post�rit� fameuse. N�e en Suisse en 1816 des conversations sur le vitalisme entre Shelley et Byron, impr�gn�e de rousseauisme, elle d�crit comment la soif d�amour partout repouss�e avec horreur se transforme en d�sespoir et en fureur meurtri�re chez cette hideuse cr�ature sortie des mains de Frankenstein, or the Modern Prometheus (1818).</p><p>D. S.-F.</p><p>H. Lema�tre, Shelley, po�te des �l�ments (Didier, 1962). / S. Spender, Shelley (Seghers, 1964). / G. M. Rinedour (sous la dir. de), Shelley, a Collection of Critical Essays (Englewood Cliffs, N. J., 1965). / C. Small, Ariel Like a Harpy.</p><p>Shelley, Mary and Frankenstein (Londres, 1972).</p><p>Sheridan</p><p>(Richard Brinsley)</p><p>Auteur dramatique anglais (Dublin 1751 - Londres 1816).</p><p>Sheridan a �t� port� vers les lettres par atavisme, pourrait-on dire. Son p�re, Thomas, figure parmi les acteurs classiques en vue. Memoirs of Miss Sidney Bidulph (1761), roman � succ�s de sa m�re, Frances, fait l�admiration de deux familiers des Sheridan, Richardson et Johnson. Quant � Richard, s�il ne manifeste encore aucune aptitude particuli�re pour les arts, il n�en d�fraye pas moins par sa fantaisie la chronique de Bath, le Vichy anglais hupp� de l��poque, o� vit son p�re depuis 1771. Ses aventures romanesques semblent bien dignes des ouvrages qu�emprunte aux biblioth�ques circulantes l�h�ro�ne de The Rivals. Il n�y manque ni la belle et pure jeune fille, Elizabeth Ann Linley, toute jeune chanteuse idole de Bath, l�un des mo-d�les favoris de Gainsborough, ni les soeurs adoratrices et complices. On y assiste � la fuite des amoureux � en France (1772) � pour prot�ger la demoiselle des assiduit�s du m�chant, un certain major Mathews. De retour au pays, le h�ros se bat en duel, les amants se trouvent s�par�s par le p�re exc�d�.</p><p>Mais, enfin, comme de r�gle en pareil cas, �clate le � happy end � (1773), dernier �pisode de la vie romantique du</p><p>joyeux Sheridan, restant toujours grand buveur, boh�me inv�t�r� et un imp�-</p><p>cunieux chronique. Directeur en 1776</p><p>du Drury Lane Theatre, br�l� en 1809, la mort de son pr�d�cesseur lui inspire une pi�ce de circonstance, Verses to the Memory of Garrick (1779). En 1780, Sheridan entre au Parlement. Il y si�ge jusqu�en 1812. Cet ami fid�le des whigs met au service de leur cause l��loquence de ses discours. La post�rit� peut cependant regretter que les jeux politiques lui fassent n�gliger le talent d�un auteur dont les oeuvres de jeunesse constituent le principal titre de gloire.</p><p>Apr�s quelques essais, tels ces Love Epistles of Aristaenetus (1771), traduits du grec et en vers, il s�engage r�-</p><p>solument dans la voie dramatique apr�s son mariage. Restent ses meilleures co-m�dies, The Rivals (les Rivaux, 1775) et The School for Scandal (l��cole de la m�disance, 1777). La m�me ann�e que The Rivals, o� surgit l�inoubliable championne du pataqu�s, Mrs. Mala-prop, la bien nomm�e dont on conserve en particulier en m�moire le d�sopilant petit couplet sur l��ducation des filles inflig� � sir Antony Absolute, il donne deux autres pi�ces d�in�gale valeur : une farce, Saint Patrick�s Day, et The Duenna (la Du�gne). Son beau-p�re, le musicien Thomas Linley, �crit la partition de ce � comic opera � qui, toutes proportions gard�es, conna�t un succ�s comparable � celui de My Fair Lady de nos jours. En 1777, avant The School for Scandal, o� s�vissent les virtuoses de la m�disance mondaine, il compose A Trip to Scarborough, adapt� de The Relapse de Vanbrugh*, comme il adapte en 1799 sa trag�die Pizarro de Die Spanier in Peru de Kot-zebue, alors tr�s en vogue. Enfin, en 1779, sa com�die burlesque The Critic, or A Tragedy Rehearsed (le Critique) lui permet d�exercer en toute libert� son go�t de la charge litt�raire et sociale. D�j�, dans The Rivals, � travers sir Lucius O�Trigger, il brocardait ses compatriotes irlandais. Ici, sir Fret-ful Plagiary ne dissimule aucunement le dramaturge Richard Cumberland, auteur de The Brothers (1769), une pi�ce repr�sentative de la � sentimental comedy � au m�me titre que False Delicacy (1768) de Hugh Kelly, par</p><p>exemple. Dans cette querelle entre partisans de la � com�die sentimentale � et ceux de la � laughing comedy � (� co-m�die gaie �), Sheridan appara�t l�un des plus brillants illustrateurs et d�fenseurs de la deuxi�me mani�re, lui qui reprend le flambeau de Goldsmith*, refuse que la com�die empi�te sur le domaine de la trag�die et professe, d�s le prologue de The Rivals, que � la v�rit� morale se passe du masque du bouffon �. Mais, plus et mieux que le respect de la com�die dr�le, Sheridan apporte l��quilibre entre le wit et les sentiments, la gaiet� et le coeur, la morale et la frivolit�. Il humanise la com�die h�rit�e de ses pr�d�cesseurs de la Restauration. � leur virtuosit� �blouissante et cynique, il ajoute l�observation humaine de Moli�re. Ainsi, aux sir Backbite (� M�dire �), aux lady Sneerwell (� Raillebien �), aux miss Languish (� Languir �), � tous les membres de cette insouciante coterie baptis�s selon une tr�s vieille tradition demeur�e solide chez Dickens, il communique une vie et un relief encore intacts de nos jours.</p><p>D. S.-F.</p><p>J. Dulck, les Com�dies de R. B. Sheridan, �tude litt�raire (Impr. Pechade, Bordeaux, downloadModeText.vue.download 160 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10115</p><p>1963). / M. Bingham, Sheridan, the Track of a Comet (Londres, 1972).</p><p>Shikoku</p><p>�le du Japon.</p><p>C�est la moins �tendue (18 778 km 2) et la moins peupl�e (4 150 000 hab.) des quatre grandes �les japonaises.</p><p>La densit� moyenne est seulement de l�ordre de 220 habitants au km 2, inf�rieure d�un quart � la moyenne nationale.</p><p>Les caract�res d�ensemble en ont �t� pr�sent�s � l�article Japon. Contrairement � Hokkaid&#x14D;, �troitement centralis�e autour de Sapporo, Shikoku ne pr�sente gu�re d�unit� r�gionale, mais</p><p>se trouve �cartel�e en quatre sous-r�-</p><p>gions correspondant aux quatre pr�-</p><p>fectures (Kagawa, Ehime, Tokushima et K&#x14D;chi), dont les chefs-lieux (Takamatsu, Matsuyama, Tokushima et</p><p>K&#x14D;chi) lui donnent un r�seau urbain quadric�phale. Ces villes se trouvent toutes � proximit� du rivage comme aussi les plaines qui les renferment, ce qui renforce la disposition centrifuge des hommes et de leurs activit�s.</p><p>Il est possible toutefois, en groupant ces r�gions par deux, de diviser l��le en une moiti� septentrionale (pr�fectures d�Ehime et surtout Kagawa [o� la densit� avoisine 500 habitants au km2]), aux plaines �tendues, relativement riche et peupl�e et ouverte sur la mer Int�rieure, et une moiti� m�ridionale, plus excentrique, montagneuse et moins active, riveraine du Pacifique (la densit� n�est gu�re sup�rieure � 100 habitants au km 2 dans la pr�fecture de K&#x14D;chi).</p><p>y La r�gion septentrionale appartient au bassin de la mer Int�rieure, et ses paysages diff�rent peu de la r�gion d�en face : le Ch&#x16B;goku ; des collines granitiques morcel�es et ravin�es par une �rosion intense y donnent les deux grands promontoires de Taka-nawa et de Sanuki ainsi que les �les qui les prolongent au large, tandis qu�entre eux une zone d�prim�e tectoniquement correspond � la baie de Hiuchi. Ces collines accidentent aussi les deux plaines principales, Sanuki et Matsuyama. Cet ensemble bute</p><p>contre la grande dislocation m�diane qui limite au sud cette zone et, climatiquement, arr�te les influences m�ridionales, entretenant ici une s�-</p><p>cheresse exceptionnelle pour le pays (1 m de pluie � Takamatsu, 1,50 m � Matsuyama).</p><p>Ces plaines ont �t� occup�es tr�s anciennement et des traces du parcellaire</p><p>� j&#x14D;ri � datant du VIIe s. y guident encore le r�seau des canaux et des digues.</p><p>L�habitat rural y est toutefois exceptionnellement dispers� pour le Japon, et quelques villages ne se voient qu�� l�ouest, vers Matsuyama. L�agriculture est ici intensive et la s�cheresse a oblig� les hommes, d�s le haut Moyen �ge, � creuser d�innombrables �tangs artificiels n�cessaires � la riziculture.</p><p>Avec le riz alternent le bl�, le tabac, les navets et les patates. Une grande vari�t� d�arbres fruitiers a toujours �t� entretenue ici, agrumes, vigne et p�chers surtout, dont les superficies se sont accrues r�cemment. L��tendue moyenne des exploitations (de 0,5 � 1 ha) est inf�rieure � la moyenne nationale, et le revenu demeure bas en d�pit de cette savante polyculture.</p><p>Aussi, une part importante du revenu familial est-elle d�origine urbaine. Si l��migration vers la r�gion industrielle d�&#x14C;saka continue, elle est contrebalanc�e de plus en plus par l�industrialisation croissante de cette zone, dans le cadre g�n�ral de la m�galopolis.</p><p>Alors toutefois que l�est (Kagawa) manque d�eau douce et n�a gu�re de polders manufacturiers qu�� Takamatsu et Sakaide (p�trochimie, chantiers navals Kawasaki), la pr�fecture d�Ehime � l�ouest est devenue l�un des secteurs les plus actifs de la ceinture industrielle japonaise. Les produits chimiques repr�sentent 40 p. 100 de la production en valeur ajout�e, suivis des m�taux non ferreux (14 p. 100), des textiles (11 p. 100) et de l�outillage (11 p. 100). Ces activit�s se groupent sur le rivage en deux foyers majeurs, Niihama et Matsuyama. Niihama</p><p>(150 000 hab.) est avant tout le si�ge de la soci�t� Sumitomo. Fond�e � l�origine sur les mines de cuivre de Besshi</p><p>� raffin� sur place et dans l��le voisine de Shisaka �, celle-ci a diversifi� ses activit�s depuis la guerre : p�trochimie et outillage surtout, en grands �tablissements de plusieurs milliers d�ouvriers et une trentaine de moins importants structuralement reli�s aux premiers. Ces usines se localisent sur des polders littoraux, principalement autour du port de Niihama. Celui-ci importe houille et coke, p�trole et m�taux et exporte outillage, engrais, produits m�talliques et mati�res plastiques. Le secteur de Matsuyama met davantage l�accent sur la p�trochimie (soci�t� Maruzen notamment) et les fabrications qui en d�coulent, surtout les textiles synth�tiques. Le centre de Saij&#x14D; a �t� d�sign� comme � nouvelle r�gion industrielle � par le gouvernement et doit se consacrer aux industries m�caniques lourdes.</p><p>Les deux cit�s majeures sont Takamatsu et Matsuyama (300 000 hab.</p><p>chacune), la premi�re, outre son r�le pr�fectoral, faisant fonction de capitale judiciaire et intellectuelle pour l�ensemble de Shikoku, la seconde prenant toutefois une importance croissante en tant que chef-lieu de la pr�fecture la plus industrialis�e et centre elle-m�me de la plus importante r�gion manufacturi�re de l��le. Entre elles et non loin de Niihama, Imabari (150 000 hab.) tire son activit� du travail des textiles, en particulier du coton.</p><p>y La r�gion m�ridionale (Tokushima et K&#x14D;chi) se ferme au contraire de massives montagnes et ne s�ouvre qu�en d��troites plaines donnant sur le Pacifique. Le climat accuse des nuances tropicales marqu�es par la violence et le nombre des typhons, les �t�s longs et �touffants, la tr�s forte pluviom�trie (2,65 m par an � K&#x14D;chi).</p><p>Ici seulement, une double r�colte annuelle de riz est possible, tandis que la douceur des hivers favorise les cultures de primeurs irrigu�es. Cette agriculture reste traditionnelle aussi bien dans les plaines que dans les montagnes, o� certaines plantes, comme le</p><p>� mitsumata �, mati�re premi�re du papier traditionnel, demeurent l�objet d�une exploitation active. Les habitations rurales se prot�gent des typhons derri�re de hautes murailles de pierre dans les villages de p�cheurs o� subsistent, autre trait h�rit� du pass�, maintes communaut�s de parias.</p><p>La densit� de peuplement demeure faible pour le pays (K&#x14D;chi : 112 hab.</p><p>au km 2 contre 486 pour Kagawa et 267 encore pour Ehime) en raison de l�isolement, de l��migration vers le Kansai et de l�absence d�industries.</p><p>K&#x14D;chi a des activit�s traditionnelles : papier, corail, et fabrique des armes � feu. Tokushima est en train de se donner une zone industrielle maritime qui recevra des installations p�trochimiques ; elle tend ainsi � se rattacher � la fa�ade nord de Shikoku, tandis que K&#x14D;chi en perp�tue l�isolement ancien.</p><p>J. P.-M.</p><p>Shimazaki T&#x14D;son</p><p>Po�te et romancier japonais (Magome, pr�fecture de Nagano, 1872 - T&#x14D;ky&#x14D;</p><p>1943).</p><p>Les anc�tres de Shimazaki Haruki (T&#x14D;son est un pr�nom-pseudonyme) s��taient �tablis � Magome, dans la vall�e de Kiso, en 1513, o� ils furent ma�tres de poste h�r�ditaires depuis le d�but du XVIIe s. Son p�re, Masaki, �tait le dix-septi�me � exercer ces fonctions quand il dut les abandonner au moment de l�abolition du r�gime f�odal. Il avait appartenu � l��cole Hirata, dont l�id�ologie monarchiste et nationaliste contribua au renversement des Tokugawa.</p><p>La premi�re formation de l�enfant avait �t� assur�e par ce p�re qui lui avait fait lire les classiques confuc�ens.</p><p>En 1881, on l�envoie � T&#x14D;ky&#x14D;, o� il �tudiera l�anglais et, sous l�influence d�un de ses ma�tres, se convertira au christianisme. S�il s�int�resse � la philosophie et � la litt�rature occidentales, il n�en lit pas moins les grands auteurs japonais, notamment les po�tes Saigy&#x14D;</p><p>et Bash&#x14D;. Ses �tudes achev�es, il enseigne dans des �coles secondaires. Il participe aux activit�s du � Monde litt�raire � (Bungaku-kai), anim� par le jeune po�te Kitamura T&#x14D;koku (1868-1894), dont l�influence appara�tra, apr�s le suicide de ce dernier, dans le recueil des po�mes de T&#x14D;son, intitul� Wakana-sh&#x16B; (Jeunes Herbes, 1897).</p><p>En 1899, il quitte T&#x14D;ky&#x14D; pour une petite ville des montagnes du centre, Komoro, o� il enseignera pendant six ans. C�est l� qu�il �crira ses premi�res oeuvres en prose, des nouvelles o� d�j� appara�t l�influence du naturalisme fran�ais qu�il vient de d�couvrir,</p><p>l�influence de Flaubert aussi, dans ses observations des moeurs provinciales.</p><p>C�est dans la r�gion de Komoro</p><p>qu�il situe �galement son premier long roman, roman � th�se dans le plus pur style naturaliste, dont il est le premier exemple au Japon : Hakai (la Rupture de l�interdit), publi� en 1906, peu apr�s son retour dans la capitale. Malgr� toutes les influences �trang�res, de Dosto�evski notamment, que l�on a pu y d�celer, cette oeuvre n�en est pas moins profond�ment japonaise comme tout ce qu��crivait T&#x14D;son. Ce dernier se voit d�embl�e port� au tout premier rang des lettres contemporaines par Natsume S&#x14D;seki, dont l�opinion fait alors autorit� et qui d�clare Hakai � le plus grand roman de Meiji �.</p><p>downloadModeText.vue.download 161 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10116</p><p>D�sormais T&#x14D;son se consacrera</p><p>enti�rement � la litt�rature, avec une suite ininterrompue de nouvelles et de romans dont lui-m�me et sa famille seront les mod�les. Haru (le Printemps, 1908) retrace les ann�es d�apprentissage et son amiti� avec Kitamura ; Ie (la Maison, 1910-11), son chef-d�oeuvre et le meilleur probablement de tous les romans du naturalisme japonais, d�crit minutieusement dix ann�es de l�histoire de sa famille, l�effondrement des structures anciennes, la dislocation de la � grande maison � de type patriarcal et la lente reconstruction de cellules familiales �l�mentaires fond�es sur le couple.</p><p>Des relations jug�es scandaleuses avec une de ses ni�ces peu apr�s la mort de sa femme l�obligent � s�exiler sous la pression du clan familial. Il vivra donc en France de 1913 � 1916, � Paris, puis � Limoges pendant les premiers mois de la guerre, s�jour qui lui inspire une chronique sur � Paris en paix � et</p><p>� Paris en guerre � (1915) ainsi qu�un journal de voyages. � peine revenu, il renoue avec sa ni�ce et met un comble au scandale en livrant au public, dans un feuilleton de l�Asahi, le r�cit complet, � peine romanc�, de l�affaire : Shinsei (Vie nouvelle, 1918-19), sorte</p><p>de confession et d�auto-analyse, dans la mani�re naturaliste toujours.</p><p>Il continue � puiser son inspiration dans sa famille avec diverses nouvelles, notamment Aru onna no sh&#x14D;gai (Vie d�une femme, 1921), dont le mod�le est une soeur a�n�e qui vient de mourir, cependant qu�il assemble la documentation pour ce qui sera son oeuvre ma�tresse, Yoake-mae (Avant l�aube), long roman historique publi� par la revue Ch&#x16B;&#x14D;-k&#x14D;ron de 1929 � 1935. C�est toute l�histoire de la � R�-</p><p>novation de Meiji �, vue d�un village de province. Le roman se pr�sente comme la biographie du ma�tre de poste d�un bourg-�tape de montagne, dans lequel on reconna�t sans peine le p�re de l�auteur. Ce dernier a d�ailleurs fort habilement utilis� les pi�ces officielles et les archives familiales avec une rigueur que le plus exigeant des historiens ne saurait r�cuser. Le r�cit est men� sur deux plans : biographie de Aoyama Hanz&#x14D;, le h�ros, et description de la vie � Magome, d�une part ; expos� parfois tr�s d�taill� et parfaitement document� sur les �v�nements politiques et militaires, de l�autre ; la liaison entre les deux plans est constitu�e par les informations qu�apportent � Hanz&#x14D; les voyageurs de tous rangs et de tous m�tiers ; Hanz&#x14D; lui-m�me occupe une position ambigu� : homme du peuple certes, mais li� � l�ancien r�gime par ses fonctions, au nouveau par ses relations avec les id�ologues de l��cole Hirata, il perdra sur tous les tableaux ; en avance sur son entourage, mais bient�t d�pass� par l��volution impr�vue du nouveau r�gime, qui l�irrite et le d��oit, il finira par sombrer dans la folie. Roman, histoire, �pop�e, chant �l�giaque, l�on ne sait trop comment qualifier cette oeuvre multiple et unique, synth�se admirable de la vie, de la pens�e et de l�art du plus grand �crivain japonais de ce si�cle.</p><p>R. S.</p><p>shint&#x14D;</p><p>Religion fondamentale des Japonais.</p><p>Le shint&#x14D; (ou � voie des kami �) n��tait � son origine (probablement vers le d�but de notre �re) qu�un</p><p>ensemble assez vague de croyances plus ou moins animistes n�ayant pour point commun que le d�sir humain de se concilier les inexplicables forces naturelles, lesquelles �taient consid�-</p><p>r�es comme des entit�s � au-dessus �</p><p>de l�homme, d�o� le nom g�n�rique de kami qui leur fut donn�.</p><p>Lors des premiers essais de constitution de la nation japonaise par une aristocratie guerri�re venue (vers le milieu du IIIe s. de notre �re) de Cor�e, cet ensemble de croyances semble s�organiser avec l�arriv�e de chamans accompagnant les clans sib�riens. Il est d�ailleurs possible de penser que certains chamans sib�riens avaient d�j� fait leur apparition au Japon, les relations entre les �les japonaises et le continent existant depuis une haute antiquit�. Les clans japonais, organis�s par les � cavaliers-archers � cor�ens qui groupaient en � nations � les cultivateurs yayoi et les autochtones qui s��taient soumis, eurent alors � coeur de collecter les croyances populaires afin de constituer une sorte de � mythologie d��tat � justifiant aux yeux du peuple leur droit l�gitime au gouvernement. Il semble que cela ne se fit pas sans difficult�, les clans �tant souvent oppos�s entre eux. Les souverains (fort probablement des femmes au d�but) �taient en m�me temps des chamans. Chaque roitelet (miyatsuko) qui r�gnait sur un ou plusieurs villages d�agriculteurs faisait office de pr�tre et de devin : il avait pour mission principale de se concilier les �l�ments afin que ceux-ci soient propices aux r�coltes, de veiller � l�ordonnancement des saisons et des f�tes marquant celles-ci, d�apaiser enfin, par des offrandes des produits de la terre et de l�artisanat (tissus), des chants et des repr�sentations th��trales, le courroux des kami, celui-ci �tant principalement provoqu� par la � pollution � humaine : d�o� une grande importance attach�e aux diverses c�r�monies, individuelles ou collectives, de purification.</p><p>Lorsque, vers le milieu du VIe s., un pouvoir central fut organis� au Yamato, les premiers � empereurs � eurent soin de mettre les kami de leur c�t� et en-tretinrent � leur cour des pr�tres-chamans � leur d�votion, choisis parmi les membres d�une seule famille ou</p><p>� corporation � (be) connue pour sa fid�lit�. Apr�s 663, date � laquelle le royaume japonais du Mimana en Cor�e du Sud cessa d�exister, de tr�s nombreux Cor�ens travers�rent le d�troit pour s�installer au Japon, principalement dans la r�gion d�Izumo, et y apport�rent d�autres mythes et croyances.</p><p>Cependant, un fait nouveau s��tait produit entre-temps qui allait obliger toutes ces croyances � s�organiser : le bouddhisme* (venu lui aussi de Cor�e) s��tait install�, � partir de 538, � la cour du Japon, y faisant de nombreux adeptes parmi les nobles. Les temples se construisaient de plus en plus nombreux, et les moines (en g�n�ral lettr�s) devenaient de dangereux concurrents pour les pr�tres des kami et peut-�tre m�me pour le pouvoir du souverain du Yamato. C�est � ce moment que l�ensemble des croyances concernant les kami prit le nom de shint&#x14D;, afin de diff�rencier par l� m�me cette religion du bouddhisme, alors appel� butsud&#x14D;</p><p>(ou � voie du Bouddha �).</p><p>Les sanctuaires shint&#x14D;, dont l�architecture marquait des origines bien diff�rentes de celle du bouddhisme, import�e de Cor�e, d�finirent alors leur style (piliers profond�ment enfonc�s dans le sol, toit � double pente, salle r�serv�e au ou aux kami, etc.). Le pouvoir, afin de proclamer ses droits l�gitimes, se pr�occupa d�s lors de codifier les croyances du shint&#x14D; en une mythologie coh�rente tendant � prouver l�origine divine des souverains. En 712, l�imp�ratrice Gemmy&#x14D; ordonna la r�daction des mythes officiels. Ce fut le Kojiki (Notes sur les faits du pass�), en m�me temps la premi�re oeuvre �crite japonaise. Ce r�cit mythologique fut en 720 compl�t� par une nouvelle r�daction, le Nihon-shoki (Chronique du Japon), qui codifiait en quelque sorte le shint&#x14D; sans pour autant en faire un dogme ni pr�voir de rituel autre que celui, tr�s simple, qui s��tait �labor� dans le peuple et avec les chamans au cours des temps. La base de ces croyances �tait un mythe tendant � expliquer d�une part la cr�ation des �les du Japon, et de l�autre la fondation divine de la royaut�.</p><p>Selon ce mythe, la Terre �tait � l�origine comme une goutte d�eau perdue</p><p>dans l�espace, toutes choses existant alors en puissance, symbolis�es par des � kami c�lestes �. Un jour, ces kami d�cid�rent de solidifier la Terre, qui se trouvait au-dessous d�eux. Pour cela, ils d�l�gu�rent un couple d�entre eux (mari et femme ou plut�t fr�re et soeur), qui, � du haut du pont du ciel �, plong�rent une lance dans l�eau, agi-tant celle-ci. De l��cume produite et d�gouttant de la lance, des �les furent cr��es. Izanagi (l�homme) et Izanami (la femme) descendirent alors sur la premi�re �le ainsi produite, y dress�rent un � pilier du ciel � et un pavillon et, apr�s s��tre poursuivis autour de ce pilier, s�unirent � afin de combler leurs diff�rences �. Ils enfant�rent ainsi les autres �les du Japon, les arbres, les rochers, les provinces, d�autres kami qui � leur tour procr��rent les animaux, les plantes, les eaux, la brume et toutes les choses de la nature. Mais en mettant au monde le kami du Feu, Izanami eut ses organes f�minins br�l�s et en mourut. Izanagi poursuivit alors son �pouse d�funte au pays des morts en la sup-pliant de revenir. Mais ayant d�sob�i � celle-ci, qui lui demandait de ne pas la regarder, il ne put la ramener parmi les vivants.</p><p>Izanagi, souill� par la vue de la mort, alla se laver et de toutes ses souillures naquirent d�autres kami, parmi lesquels Amaterasu-&#x14D;-mikami (le kami f�minin du Soleil), le kami de la Lune et un kami � m�le fougueux �, Susanoo. Izanagi chargea alors Amaterasu de gouverner les � hautes plaines du ciel �, la Lune l�empire de la nuit, et Susanoo le royaume de la mer. Mais Susanoo s�acquitta mal de son gouvernement, et Izanagi l�exila. Cependant, avant de partir, il voulut aller dans les cieux rendre visite � sa soeur Amaterasu. Mais il se conduisit en vandale, d�truisant sur son passage les diguettes des champs et r�pandant des immon-dices. Amaterasu lui reprochant ces faits, Susanoo entra dans une grande col�re et, p�n�trant dans le pavillon o� Amaterasu �tait en train de tisser en compagnie de ses soeurs, jeta sur elles le cadavre �corch� d�un cheval. Horrifi�e, Amaterasu courut alors se r�fugier dans une grotte, fermant celle-ci avec une lourde pierre, plongeant ainsi le monde dans l�obscurit�.</p><p>downloadModeText.vue.download 162 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10117</p><p>Les huit millions de kami �taient constern�s. Ils s�assembl�rent et tent�rent d�attirer Amaterasu hors de sa grotte. N�y parvenant pas, ils la tent�rent par des bijoux, des �toffes, des chants et des danses et enfin, gr�ce � un subterfuge, r�ussirent � lui faire entreb�iller sa grotte, qu�ils referm�rent aussit�t derri�re elle. La lumi�re revenue, Susanoo fut ch�ti� et chass�. Mais Susanoo, exil� sur la Terre, continua ses m�faits : ayant tu� le kami de la nourriture, il provoqua la naissance des cinq c�r�ales, puis, apr�s bien des aventures, il tua un �norme dragon et d�livra une jeune fille, qu�il �pousa. Il en eut des dizaines de kami, qui peupl�rent la nature, et Susanoo r�gna sur la r�gion d�Izumo...</p><p>D�autres l�gendes sont �galement rapport�es concernant divers kami, mais la plus importante est celle qui conte la conqu�te des �les du Japon par un descendant direct d�Amaterasu, l�empereur Jimmu, traditionnellement en 660 avant notre �re. Cet � empereur �, venu probablement de Ky&#x16B;sh&#x16B;, arriva par mer dans la partie centrale du Japon nomm�e Yamato et s�y installa, �pousant des princesses locales. De lui devaient descendre tous les empereurs du Japon...</p><p>Bouddhisme et shint&#x14D;, d�abord ennemis, se r�concili�rent bien vite dans un pays o� la tol�rance religieuse fut toujours de r�gle. Ce qui les avait oppos�s sur le plan politique ne pouvait leur nuire sur le plan religieux. Le shint&#x14D;</p><p>� �tant un ensemble de croyances assez vagues concernant les kami, lesquels �taient v�n�r�s (et non ador�s) au moyen de pratiques cultuelles simples</p><p>� ne poss�dait aucune m�taphysique.</p><p>Toute sa philosophie consistait � agir de mani�re � ne point offenser par son comportement les forces surnaturelles (lesquelles �taient sensibles � toutes les formes de pollution, mat�rielle et spirituelle, et surtout � l�id�e m�me de la mort) et � se les concilier, de mani�re � ce que chacun se trouv�t en parfaite harmonie avec la nature (macrocos-</p><p>mique et microcosmique).</p><p>Le shint&#x14D;, �tant une philosophie de la vie, c�l�brait avec �clat toutes les manifestations heureuses, surtout celles qui �taient inh�rentes � la nature : quelle meilleure fa�on de r�v�-</p><p>rer les kami des floraisons que d�aller admirer les pruniers et les cerisiers en fleur ? L�admiration de toutes les manifestations cr�atrices de l�univers �tait (et est encore) un acte essentiel de la vie du fid�le shint&#x14D; (et de celle de tout Japonais).</p><p>En revanche, le bouddhisme s�occupait beaucoup plus du devenir de l��me individuelle apr�s la mort (tout au moins dans les formes japonaises du bouddhisme) que de la vie m�me des individus. Il pr�nait en outre une philosophie active et altruiste, impr�gn�e du sentiment de l�impermanence de toute chose, qui permettait d�expliquer tout ce que les kami ne pouvaient r�v�ler, �tant donn� leur nature. Bouddhisme et shint&#x14D; se compl�taient donc dans une certaine mesure, et il se trouva de nombreux moines pour prendre avantage de ces constatations et d�clarer que, dans le fond, les kami n��taient gu�re autre chose que des incarnations temporaires des divinit�s bouddhiques, cr�ant ainsi plusieurs sortes de syncr�tismes plus ou moins �sot�riques auxquels adh�-</p><p>r�rent volontiers les gens du peuple, pour qui les � dieux �trangers �, apparemment puissants, ne pouvaient leur nuire pourvu qu�on leur rend�t les hommages n�cessaires.</p><p>Si le bouddhisme influen�a de cette mani�re le shint&#x14D;, celui-ci en retour donna une teinte typiquement japonaise au bouddhisme. Lorsque le chan (tch�an) chinois, lui-m�me �volu� du dhy&#x101;na indien, p�n�tra au Japon � la fin du XIIe s., il s�impr�gna de philosophie shint&#x14D; et perdit nombre de ses caract�res chinois pour devenir le zen, sorte de shint&#x14D; bouddhis�, mettant l�accent sur l�esth�tique et l�amour de la nature, identifi�e avec la � nature de Bouddha � qui se trouve en chacun des �tres et qu�il appartient � chacun de red�couvrir.</p><p>Cependant, d�s le d�but du XVIIe s., avec l�av�nement au pouvoir d�une dynastie autocratique de sh&#x14D;gun (ou chefs</p><p>militaires) qui favorisaient le confucianisme, dont les th�ories, fond�es sur les � relations � hi�rarchis�es, favorisaient l��tablissement de leur autorit�, le shint&#x14D; parut faiblir, en m�me temps d�ailleurs que le bouddhisme. Mais l� aussi, la nature japonaise fut plus forte que la philosophie �trang�re, et le confucianisme ne tarda pas � devenir � son tour une sorte de shint&#x14D;. On vit m�me une r�action se produire tendant � pr�server le shint&#x14D; de toute influence ext�rieure : il se replia sur lui-m�me, redevenant ce qu�il avait �t� � l�origine, une religion populaire aux nombreuses sectes (presque autant que de kami) m�l�e de rites villageois, de f�tes rituelles (matsuri) auxquels s�ajoutait un vague culte des esprits des d�funts.</p><p>Le culte imp�rial �tait alors une sorte de � standard � du culte shint&#x14D;, centr� sur la f�d�ration de l�empereur consid�r� comme d�origine divine.</p><p>Lors du renversement du sh&#x14D;gunat et de la restauration du pouvoir imp�rial en 1868, l�empereur Mutsuhito, d�si-rant renforcer les liens qui l�unissaient � son peuple, s�para officiellement le shint&#x14D; des autres cultes, faisant de celui-ci une sorte de � religion d��tat �</p><p>et r�glementant le nombre des sectes.</p><p>C�est ainsi qu�il y eut, � c�t� du shint&#x14D;</p><p>� imp�rial � (kokka-shint&#x14D;), un � shint&#x14D;</p><p>des sectes � (ky&#x14D;ha-shint&#x14D;) et un</p><p>� shint&#x14D; populaire � (minzoku-shint&#x14D;).</p><p>Mais, devant l�impossibilit� de proposer un dogme commun � l�ensemble des sectes, l�empereur se r�solut � �riger le � shint&#x14D; imp�rial � en culte d��tat, national et la�que, laissant le peuple continuer ses pratiques au sein des innombrables sectes qui s��taient cr��es au cours des temps. C��tait le shint&#x14D; national, dans lequel l�empereur, descendant direct du kami Amaterasu &#x14C;mikami, �rigeait ce kami au-dessus des autres et lui vouait un culte particulier dans son sanctuaire d�Ise, promu au rang de � sanctuaire national �. La parfaite d�votion et la totale soumission � l�empereur, kami sur terre, �taient donc exig�es de tout Japonais, f�t-il bouddhiste (les deux confessions, d�ailleurs, �tant donn� leur nature, ne s�excluaient pas). Cette d�votion exclusive au chef de la nation fut exploit�e politiquement par les diverses factions qui se succ�d�rent</p><p>au pouvoir, pr�nant la sup�riorit� du peuple japonais (en tant que d�origine divine) et de son empereur divin sur tous les autres peuples. Les militaires au pouvoir s�en servirent pour fanatiser le peuple, exiger de lui une soumission aveugle. Apr�s le d�sastre de 1945, et l�affirmation de la bouche m�me de l�empereur qu�il n��tait pas d�origine divine, la doctrine du shint&#x14D;</p><p>national fut abandonn�e, n��tant plus observ�e que par la famille imp�riale, et le peuple retourna � ses croyances traditionnelles au sein des sectes. C�est cet ensemble de sectes, de kami innombrables, de sanctuaires, de matsuri, de f�tes et de coutumes populaires qui constitue l�essentiel du shint&#x14D;.</p><p>L. F.</p><p>F Bouddhisme / Japon.</p><p>M. Revon, le Shinto�sme (Leroux, 1907). /</p><p>J. M. Martin, le Shinto�sme, religion nationale (Geuthner, 1924-1927 ; 2 vol.). / M. Anesaki, History of Japanese Religion (Londres, 1930). /</p><p>R. Tsunoda, Sources of Japanese Religion (New York, 1958 ; 2 vol.). / J. Herbert, Aux sources du Japon, le shint&#x14D; (A. Michel, 1964). / J. M. Kita-gawa, Religion in Japanese History (New York, 1966). / I. Hori, Folk Religion in Japon (Chicago et Londres, 1968). / R. Sieffert, les Religions du Japon (P. U. F., 1968). / E. Rochedieu, le Shinto�sme (Garnier, 1969). / L. Fr�d�ric, le Shint&#x14D;, esprit et religion du Japon (Bordas, 1972).</p><p>Shlonsky</p><p>(Abraham)</p><p>Po�te isra�lien (en Ukraine 1900 - Tel-Aviv 1973).</p><p>N� dans une famille de culture juive hassidique aux tendances lib�rales, Abraham Shlonsky (ou Shlonski) est, en 1913, envoy� en Palestine, o�, pendant un an, il �tudie au lyc�e Herzlia de Tel-Aviv. Au d�but de la Premi�re Guerre mondiale, il retourne dans sa ville natale et termine ses �tudes secondaires dans un lyc�e de Iekaterinoslav (auj. Dniepropetrovsk). Trois ans apr�s la r�volution de 1917, il quitte la Russie et, apr�s un court s�jour en Pologne, s��tablit en Palestine avec un groupe de � haloutzim � (pionniers). Pendant quelques ann�es, il m�ne la vie d�un</p><p>� haloutz �, travaille comme ouvrier</p><p>dans la construction des routes et dans le b�timent. Il est �galement membre du kibboutz En-Harod.</p><p>Ses premiers po�mes sont publi�s dans des p�riodiques palestiniens en 1922. Son premier livre, Dva� (Douleur), para�t en 1924. La m�me ann�e, il se rend en France et s�inscrit � la Sorbonne. � son retour, en 1925, il commence � r�diger la page litt�raire du Davar (Parole), journal du mouvement ouvrier juif en Palestine. Il fonde et dirige plusieurs revues litt�raires d�avant-garde, notamment Ktouvim (�crits, 1927-1932), Tourim (Colonnes, 1933-1938), Itim (Temps, 1946-1948). Parall�lement, il r�dige les suppl�ments litt�raires des journaux Haaretz (le Pays, 1928-1943) et Mishmar (la Garde, 1943-1950).</p><p>Depuis la fondation de la maison d��dition Sifriat Poalim (�ditions ouvri�res), Shlonsky en assure la direction litt�raire. Entre 1950 et 1957, il est �galement le r�dacteur en chef de Orlogin (l�Horloge), importante revue trimestrielle, qui est l�organe central de la nouvelle litt�rature h�bra�que.</p><p>L�activit� intellectuelle et publique de Shlonsky, qui fait de lui l�une des personnalit�s de la vie culturelle isra�-</p><p>lienne, s��panouit encore dans le cadre du � Mouvement de culture progressiste �, dont il est l�un des fondateurs (1946), et de ses centres culturels, ainsi qu�� l�Acad�mie de la langue h�bra�que, dont il est �lu membre.</p><p>Son oeuvre po�tique comprend une dizaine de recueils : Dva� (Douleur, downloadModeText.vue.download 163 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10118</p><p>1924), Leaba-Imma (� papa et maman, 1926), Bagalgal (Dans le tourbillon, 1927), Beele hayamim (Ces jours-l�, 1929), Avnei Bohou (les Pierres du n�ant, 1934), Shirei Hamapoleth Veha-pious (Po�mes de la chute et de l�apaisement, 1938), Al Mileth (Pl�nitude, 1947), Avnei Gvil (Gemmes, 1960), Mishirei Haprozdor Haaroh (Po�mes du long corridor, 1968). Il est �gale-</p><p>ment l�auteur de quelques oeuvres pour enfants, comme Ani Ve Tali O Sefer Beeretz Halama (Moi et Tali ou le Livre du pays des pourquoi) ou Outz Li Goutz Li, pi�ce en vers pr�sent�e par le th��tre Kameri.</p><p>Shlonsky, qui fut aussi un traducteur prodigue, a donn� une version h�-</p><p>bra�que de plusieurs oeuvres classiques de la litt�rature universelle, notamment : Hamlet et le Roi Lear, de Shakespeare, Eug�ne On�guine, de Pouchkine, Till Ulenspiegel, de Charles De Coster, Colas Breugnon, de Romain Rolland, le Tartuffe, de Moli�re, le Revizor, de Gogol, toute l�oeuvre dramatique de Tchekhov et des dizaines de pi�ces modernes qui constituent la base du r�pertoire du th��tre isra�lien.</p><p>Il faut mentionner �galement son anthologie de la po�sie russe depuis l��poque symboliste, et de nombreux essais rassembl�s en un volume en 1960. Consid�r� comme le chef spirituel de la po�sie isra�lienne contemporaine, il a re�u le prix Bialik pour son oeuvre po�tique et trois fois le prix Tchernikhovsky pour ses traductions.</p><p>N. G.</p><p>Y. Zmora, Avraham Shlonski (en h�breu, Tel-Aviv, 1937). / A. B. Yoffe, A. Shlonski, le po�te et son temps (en h�breu, Merhavyah, 1966).</p><p>Sibelius (Jean)</p><p>Compositeur finlandais (H�meenlinna 1865 - J�rvenp��, pr�s d�Helsinki, 1957).</p><p>� Le plus grand symphoniste de-</p><p>puis Beethoven � (Cecil Gray, 1931),</p><p>� l��ternel vieillard, le plus mauvais compositeur du monde � (Ren� Leibowitz, 1955), � le principal repr�-</p><p>sentant, avec Sch�nberg, de la musique europ�enne depuis la mort de Debussy � (Constant Lambert, 1934) : les jugements port�s sur Sibelius, de son vivant, mais � une �poque o� il ne composait plus, ont �t� contradictoires.</p><p>Le recul du temps et l��volution de la musique actuelle permettent de ne plus choisir � tout prix entre lui et l��cole de Vienne, et de le consid�rer, avec</p><p>un Bart�k et bien qu�il n�ait jamais utilis� de mat�riau populaire, comme un des plus �minents repr�sentants de cette � seconde vague nationale � dont une des voies de salut fut l�exemple debussyste.</p><p>�tudes musicales � Helsinki, Berlin et Vienne ; entr�e dans la gloire nationale d�s 1892 � avec Kullervo, symphonie pour soli, choeurs et orchestre d�apr�s plusieurs �pisodes de la mythologie finlandaise du Kalevala �, internationale au tournant du si�cle, participation, notamment avec Finlandia (1899), aux revendications autonomistes de son pays, qui ne devait conqu�rir son ind�pendance qu�en 1917 ; installation en 1904 � J�rvenp��, � une trentaine de kilom�tres au nord d�Helsinki, dans une maison entour�e d�arbres o� les oeuvres, jusqu�alors romantico-nationales, allaient tendre de plus en plus vers l�universalit� et le classicisme, l�int�riorit� et la concentration ; nombreuses tourn�es � l��tranger, dont six en Angleterre (de 1903</p><p>� 1921) et une aux �tats-Unis (1914).</p><p>Tels sont les renseignements fournis par la biographie officielle d�un artiste qui sut dissimuler, sauf dans sa musique, une personnalit� complexe et des orages int�rieurs parfois terrifiants.</p><p>Apr�s Tapiola (1926), ce fut pendant trente ans le silence le plus total : une huiti�me symphonie fut termin�e mais d�truite.</p><p>Bien que comprenant 116 num�ros</p><p>d�opus et de nombreuses partitions sans opus, la production de Sibelius ne doit son importance qu�� une trentaine d�ouvrages : les sept symphonies (de 1899 � 1924), qui jalonnent sa carri�re comme les quatuors celle de Bart�k et qui ne peuvent se comparer, au XXe s., qu�� celles de son contemporain et antipode Gustav Mahler ; une dizaine de po�mes symphoniques, avec comme p�les d�inspiration la nature et le Kalevala ; des musiques de sc�ne pour le Roi Christian II d�A. Paul (1898), Kuolema d�A. J�rnefelt, avec la fameuse Valse triste (1903), Pell�as et M�lisande de M. Maeterlinck (1905), le Festin de Balthazar de H. Procop� (1906), le Cygne blanc de A. Strindberg (1908), Jedermann de H. von Hofmannsthal (1916) et surtout la Temp�te de Shake-</p><p>speare (1925) ; un concerto pour violon (1903) et un quatuor � cordes (1909) ; des lieder et des pi�ces isol�es, dont trois sonatines pour piano (1912).</p><p>Sibelius, dont les affinit�s furent en d�finitive plus fran�aises que germaniques et qu�il faut se garder de ne commenter qu�en termes pittoresques ou mythologiques, ne fut en rien r�trograde. Le conservatisme apparent (en r�alit� des plus lucides) de son vocabulaire tonal (en fait souvent modal) s�inscrit dans un renouveau radical du d�roulement syntaxique et de la notion de forme organique, le flux musical prenant souvent chez lui consistance et orientation en cours de mouvement.</p><p>Il contribua � abolir la forme sonate et sut comme peu d�autres, avant la p�-</p><p>riode toute moderne, synth�tiser dynamisme et statisme. Le romantisme de la premi�re symphonie, en mi mineur (op. 39, 1899), est plut�t individuel et l�gendaire, celui de la deuxi�me, en r� majeur (op. 43, 1902), collectif et national. Dans leur voisinage se situent la Suite de Lemmink�inen (op. 22, 1895), dont le c�l�bre � Cygne de Tuonela � (1893), fr�re nordique du Faune debussyste, n�est autre que le second volet, et le po�me symphonique � En Saga � (op. 9, 1892, r�vis� en 1901). La troisi�me symphonie, en ut majeur (op. 52, 1907), porche de la grande maturit� sib�lienne, v�ritable manifeste d��nergie et de limpidit�, unit pour la premi�re fois en un seul (ce qui ne veut pas dire encha�ne) deux types de mouvements. Autour d�elle, les po�mes symphoniques la Fille de Pohjola (op. 49, 1906) et Chevauch�e nocturne et lever de soleil (op. 55, 1909). La quatri�me symphonie en la mineur (op. 63, 1911), que d�aucuns tiennent pour son oeuvre la plus personnelle, est typiquement d�avant-garde avec son orchestration et son expression �pres, d�charn�es jusqu�� l�os, ses frottements bitonaux et son recours aux relations d�intervalles comme mati�re premi�re architecturale. De la m�me asc�se rel�vent le po�me symphonique le Barde (op. 64, 1913), et Luonnotar (op. 70, 1913), pour soprano et orchestre, �tonnante cosmogonie tir�e du Kalevala. Apr�s l�impressionnisme ensoleill� des Oc�anides (op. 73, 1914), la cinqui�me symphonie en mi b�mol majeur (op. 82, 1915, r�vis�e en 1916</p><p>et en 1919), au premier mouvement tr�s complexe, r�pond par l�affirmation triomphale de sa p�roraison hymnique au tragique de la pr�c�dente. Une fascinante s�r�nit� automnale baigne en revanche la sixi�me (op. 104, 1923), la plus latine de toutes, officiellement en r� mineur et en fait dans le mode de r�, tandis que la septi�me, en ut majeur (op. 105, 1924), monolithe pan-consonant d�une indicible grandeur, r�unit en un bloc d�un seul tenant les divers types de mouvements de la symphonie traditionnelle.</p><p>Tapiola (op. 112, 1926), sublime po�me de la for�t qui est � Sibelius ce que la Mer est � Debussy, contient sur sa fin un terrifiant cataclysme qui est sans doute la clef du myst�re des trente ann�es de silence ult�rieures. De ce sommet du XXe s., monoth�matique et quittant � peine si mineur, on n�a pas encore �puis� les pr�mices.</p><p>M. V.</p><p>C. Gray, Sibelius (Londres, 1931). /</p><p>H. E. Johnson, Jean Sibelius (Westminster, Maryland, 1959). / E. Tanzberger, Jean Sibelius (Wiesbaden, 1962). / S. Vestdijk, De symfonie�n van Jean Sibelius (Amsterdam, 1962). / R. Lay-ton, Sibelius (Londres, 1965). / E. Tawaststjerna, Jean Sibelius (Helsinki, 1965). / M. Vignal, Jean Sibelius (Seghers, 1965).</p><p>Sib�rie</p><p>En russe SIBIR, r�gion de l�U. R. S. S.</p><p>� l�est de l�Oural, tout change de dimension et de nature. C�est un autre monde, peu peupl�, hostile � l�homme.</p><p>Mais cette Sib�rie naturelle, ancienne se transforme. Elle est une source in�puisable de richesses, le � pays de l�avenir � comme disait Nansen.</p><p>C�est l�ampleur d�un espace si peu peupl� qui �tonne le plus. En 1970, l�ensemble de la Sib�rie comptait un peu plus de 25 millions d�habitants, environ le dixi�me de la population de l�Union sovi�tique, alors que le territoire de la Sib�rie, plus de 12 millions de kilom�tres carr�s, repr�sente plus de 57 p. 100 de celui de l�U. R. S. S., soit environ vingt-cinq fois la superficie de la France. Le nombre de fuseaux horaires (huit), la dur�e des voyages</p><p>(notamment par le Transsib�rien) donnent une id�e plus concr�te encore de cet espace.</p><p>Le milieu naturel</p><p>Quelques traits majeurs diff�rencient la grande plaine europ�enne de la Sib�rie.</p><p>La Sib�rie est montagneuse. Sans doute, le bassin de l�Ob est-il un immense mar�cage, mais ailleurs</p><p>s��l�vent des montagnes. Ainsi, au sud, l�Alta�, qui d�passe 4 000 m, et le Sa�an, plus modeste, sont des massifs anciens, rajeunis au Tertiaire. Ces montagnes ont gard� des for�ts de r�sineux, des minerais non ferreux et d�alliage ; le Kouzbass* s��tend � leur pied. Elles poss�dent dans leur partie la plus �lev�e de beaux bassins de steppe d�altitude et des r�serves de bois inexploit�es.</p><p>� l�est du Ba�kal, qui trace dans l��corce terrestre une cicatrice de pr�s downloadModeText.vue.download 164 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10119</p><p>de 2 000 m de profondeur, s�allongent des arcs �lev�s, plus ou moins moul�s sur le bouclier de l�Angara : ainsi, vers l�est, les Iablonovy�, les Stanovo�, les cha�nes de Verkho�ansk, et au nord-est celles qui constituent la presqu��le des Tchouktches. Les altitudes se tiennent entre 2 000 et 3 000 m.</p><p>En Sib�rie centrale, le bouclier de l�Angara repr�sente une boursouflure assez n�gligeable sur le plan orographique. Il est entour� de bassins houillers, de cha�nes bien moul�es sur la forme du bouclier, creus�es de gorges superbes qui rendent le relief tr�s accident�.</p><p>Enfin, en Extr�me-Orient, les plis de l��le de Sakhaline, les Kouriles, le Kamtchatka appartiennent au nord de la � Ceinture de feu � du Pacifique, o� le volcanisme est loin d��tre �teint, trait original en U. R. S. S.</p><p>Le climat est beaucoup plus rude qu�en Europe, le froid plus sec, les</p><p>pluies ou les neiges sont moins fr�-</p><p>quentes. L�Oural oppose une barri�re aux derni�res perturbations oc�aniques. Surtout, les zones climatiques et de v�g�tation sont plus larges, poussant des apophyses plus loin vers le sud. Ainsi la toundra, mince en Europe, s��tale sur les plateaux, le sommet des caps et des presqu��les, comme Ta�myr ou le Kamtchatka. Au nord, quelques �les seulement sont libres de glace (Nouvelle-Zemble), mais, � partir de la mer des Laptev, tout peut �tre gel� certains �t�s. La merzlota, ou � sol perp�tuellement gel� �, relativement rare en Europe, s��tend au nord d�une ligne qui passe par l�embouchure de l�Ob, la haute Toungouska et le bas Oussouri, c�est-�-dire dans la zone de la for�t. La for�t elle-m�me se compose en grande partie de m�l�zes, bien adapt�s � la relative s�cheresse : elle est de loin la plus vaste for�t de r�sineux du monde et renferme la moiti� environ des r�serves mondiales de bois. Mais l��pic�a, le sapin, les bouleaux m�me ont disparu. Seul le ruban de for�t travers� par le Transsib�rien a gard� des traits europ�ens, tandis que la for�t d�Extr�me-Orient commence dans les bassins de l�Amour inf�rieur. Tous ces exemples montrent que la Sib�rie dans l�h�misph�re Nord est le p�le du froid.</p><p>La station d�O�mekon (ou O�miakon), avec un froid absolu de � 84 �C, a d�-</p><p>tr�n� Verkho�ansk. Il est remarquable de constater que les isothermes, surtout l�hiver, se moulent autour de la basse Lena. Quant � l��t� (le printemps ne durant que quelques jours), il est chaud et surtout humide et brumeux, et la population est accabl�e par les moustiques. La zone de la toundra ne d�passe pas la moyenne de 10 �C l��t�, alors que la for�t peut conna�tre des temp�ratures sup�rieures � 30 �C.</p><p>La population et</p><p>les ressources</p><p>La Sib�rie est peu peupl�e ou sous-peupl�e. Les peuples indig�nes �</p><p>d�ethnies vari�es �, nettement localis�s, de nature hyperbor�enne, �leveurs de rennes, ne d�passent pas le demi-million, auquel il faut ajouter le chiffre des plus �volu�s, les Iakoutes, environ 300 000 dans la r�publique autonome qui a �t� form�e. L�ensemble des</p><p>25 millions d�habitants d�origine europ�enne se localise le long du Transsib�rien, dans les �lots de steppe au sud, � proximit� d�une recherche ou d�une exploitation mini�res. La Sib�rie comprend beaucoup d�arrondissements nationaux, ou okroug, pr�cis�ment � cause de la diversit� des populations autochtones. C�est �galement le pays o� le pourcentage de population urbaine, compos�e majoritairement de Russes, est le plus �lev�, de 60 � 90 p. 100.</p><p>La Sib�rie est un immense r�servoir de richesses, soup�onn�es d�j� par les premiers colons, vagabonds, �migr�s, Cosaques, et dont certaines furent d�j� exploit�es par la Russie tsariste.</p><p>Depuis le r�gime de planification, des centaines d��quipes de g�ologues multiplient les prospections.</p><p>C�est ainsi qu�ont �t� d�couverts les gisements de charbon d�excellente qualit� du Kouzbass (qui forme avec l�Oural, plus riche en fer, un combinat sid�rurgique), les bassins charbonniers aux r�serves �normes, les plus riches de l�U. R. S. S., mais non encore exploit�s, entourant le bouclier de l�Angara (bassins des Toungouska Sup�rieure et Moyenne, gisements de la Lena, ceux de la presqu��le des Tchouktches, sans compter les bassins de moindre importance, �chelonn�s, � partir du Ba�kal, jusqu�� Vladivostok).</p><p>Le minerai de fer est moins r�pandu ; on en trouve assez peu dans le Kouzbass. En revanche, les minerais non ferreux sont nombreux et abondants.</p><p>On peut mettre � part l�or, le platine, le diamant, l�argent, connus surtout en Iakoutie et dans le nord-est, o� de v�ritables mines sont en activit�. Il y a d�assez grandes quantit�s de minerais d�alliage : Norilsk, ville polaire, commande � un des plus gros gisements de nickel du monde. Le chrome se trouve dans les montagnes du sud de l�Ob et de l�Ienisse�. Parmi d�autres m�taux, on exploite le plomb et le zinc au sud du Kouzbass. Des minerais d�aluminium ont �t� d�couverts dans la r�gion de l�Ienisse� inf�rieur. L�Alta� rec�le du tungst�ne et du mangan�se.</p><p>Une autre richesse �nerg�tique est</p><p>due aux fleuves sib�riens. On envisage des � escaliers de centrales � sur les principaux fleuves. La premi�re unit�, la fameuse centrale de Bratsk, peut fournir 20 TWh par an.</p><p>La d�couverte des hydrocarbures</p><p>est relativement r�cente : en faibles quantit�s � Sakhaline et dans la r�gion d�Irkoutsk, tr�s abondants dans l�Ob moyen et inf�rieur (le p�trole alimente par ol�oduc de grandes villes de la Si-b�rie occidentale et de l�Oural).</p><p>Deux ou trois Sib�ries</p><p>La conception officielle conduit � distinguer, dans le cadre du d�coupage dit</p><p>� des grandes r�gions �conomiques �, trois Sib�ries (Sib�rie occidentale, Sib�rie orientale et Extr�me-Orient), cadres de la planification et unit�s statistiques (v. Russie). Le degr� de d�-</p><p>pendance � l��gard de la Russie d�Europe cro�t � mesure qu�on se dirige vers le Pacifique.</p><p>La Sib�rie occidentale</p><p>Elle compte plus de 12 millions d�habitants sur un peu moins de 2,5 millions de kilom�tres carr�s : la densit� moyenne avoisine 5 hab. au km 2. Les deux tiers de la population se concentrent dans le sud. Novossibirsk*, la capitale, est la seule ville de la Sib�rie qui d�passe le million d�habitants.</p><p>Les facteurs d�expansion �cono-</p><p>mique sont multiples : c�est, avant tout, l�exploitation du Kouzbass*, d�j� connu � l��poque tsariste, mais prodigieusement d�velopp� au cours des plans. L�extraction de la houille d�passe 120 Mt aujourd�hui. La moiti� est cok�fiable, une grande partie est export�e. Le fer est venu depuis longtemps de l�Oural, mais le Kouzbass a r�v�l� des bassins productifs, et le Kazakhstan, proche, lui en envoie.</p><p>Le Kouzbass est donc devenu la � troisi�me base sid�rurgique �.</p><p>Les effets d�amont et d�aval se font sentir non seulement dans le bassin, mais aussi � sa p�riph�rie. Ainsi Novossibirsk fabrique du mat�riel destin� aux mines et travaille des produits bruts ou semi-finis qui lui viennent du Kouzbass. Mais cette int�gration, chaque</p><p>ann�e plus pouss�e, n�a �t� possible qu�� trois conditions : le ravitaillement en �nergie, presque enti�rement thermique jusqu�� la construction des barrages (notamment sur l�Ienisse�) ; l�am�lioration des transports par la cr�ation du Srednessib (ou Transsib�rien moyen), du Ioujsib (Transsib�-</p><p>rien du Sud) et de nombreuses voies ferr�es de desserte (le Transsib�rien est �lectrifi� et � double voie jusqu�� Irkoutsk) ; le renforcement administratif et technique de liaisons entre villes et bassins (la Sib�rie occidentale pr�-</p><p>sente ainsi les traits de l�Oural d�avant guerre).</p><p>De nombreuses villes produisent des turbines, des g�n�rateurs, des chaudi�res, etc., et des usines s�emploient � satisfaire les combinats du Kouzbass par la fourniture de machines et de mat�riel �lectrique. La branche des industries chimiques, fond�e sur la carbochimie, est encore une industrie d�aval. Par contre, les premi�res usines textiles ou alimentaires qui se fondent ne doivent rien au Kouzbass, mais contribuent � acc�l�rer sa coh�sion.</p><p>Le r�le croissant de l�agriculture est �vident. La Sib�rie occidentale est de loin la plus agricole des Sib�-</p><p>ries. L�agriculture utilise 9 p. 100 des terres cultiv�es en U. R. S. S. et fournit, en valeur, le dixi�me des produits (15 p. 100 pour le bl�). Une partie des terres vierges s��tendait au sud, � la limite du Kazakhstan ou dans l�Alta�.</p><p>Des prospections, effectu�es dans le bassin de l�Ob moyen et inf�rieur, ont d�cel� des quantit�s consid�rables, � l��chelle mondiale, d�hydrocarbures.</p><p>On extrait annuellement de 10 �</p><p>15 milliards de m�tres cubes de gaz, mais les r�serves autorisent � esp�-</p><p>rer, avant 1980, plusieurs dizaines de milliards de m�tres cubes et, en ce qui concerne le p�trole, plus de 100 Mt chaque ann�e.</p><p>Quant � Novossibirsk, elle fait figure de capitale de la Sib�rie enti�re.</p><p>Il n�est pas �tonnant que cette partie occidentale fournisse les deux tiers de la valeur de la production industrielle</p><p>de toute la Sib�rie.</p><p>La Sib�rie orientale</p><p>Avec 7,5 millions d�habitants r�partis sur 4 120 000 km 2, la population de la seconde Sib�rie est d�j� moins dense. L�agriculture s�est singuli�rement r�tr�cie, 80 p. 100 des superficies agricoles sont recens�es � l�ouest du Ba�kal, dans les �lots de steppes qui pr�c�dent la montagne ou dans les vall�es des monts les plus humides.</p><p>� l�est, il n�y a plus que des �leveurs downloadModeText.vue.download 165 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10120</p><p>downloadModeText.vue.download 166 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10121</p><p>de moutons. C�est � la Sib�rie qui se fait �, la Sib�rie qui se cherche, et les informations sur son �conomie sont d�ailleurs contradictoires ou parcimo-nieusement diffus�es.</p><p>La Sib�rie orientale est la � Sib�rie de l�eau �. L�Ienisse� et ses affluents, les Toungouska et l�Angara, permettraient d�assurer une production annuelle de pr�s de 1 000 TWh (actuellement 70). Le prix de revient de l��lectricit� y est extr�mement faible, mais il faut l�utiliser sur place.</p><p>D�autres ressources en sont au stade de la prospection plus que de l�exploitation : le charbon entre Atchinsk et Tcheremkhovo, le minerai de fer dans la r�gion de Minoussinsk, les m�taux non ferreux � l�est d�Irkoutsk (le plomb, le zinc, l��tain et le fameux cuivre d�Oudokan). On a rep�r� de grosses r�serves de divers minerais d�aluminium (n�-</p><p>ph�line et bauxite), puis du titane, du molybd�ne, du wolfram. C�est dans les villes que se concentrent pr�s des deux tiers de la population, mais les activit�s urbaines, comme les autres, n�ont pas la richesse de celles de la Sib�rie occidentale. Cependant, Krasno�arsk, avec plus de 700 000 habitants, fabrique des constructions m�caniques, des</p><p>machines agricoles et on y construit un gros combinat d�aluminium. Irkoutsk n�atteint pas encore le demi-million d�habitants et est situ� non loin du bassin de houille de Tcheremkovo.</p><p>C�est un foyer industriel (m�canique, �lectrotechnique, textiles, depuis peu aluminium). Les deux villes re�oivent 87 p. 100 des investissements effectu�s en Sib�rie orientale et fournissent 84 p. 100 de la valeur de sa production industrielle totale. C�est bien dire que les autres territoires restent sous-�quip�s ou inachev�s, et que le d�veloppement se fait de mani�re ponctuelle. Le meilleur exemple est celui de Norilsk, ville de plus de 100 000 habitants, qui exploite charbon, nickel et cuivre. On doit esp�rer que, dans la r�gion du Ba�-</p><p>kal, tous les gisements seront exploit�s et donneront lieu � des industries de transformation. On attend avec int�r�t le prolongement du second Transsib�-</p><p>rien, celui du nord (le B. A. M., Ba�-</p><p>kal-Amour-Magistral), qui, de Ta�chet, atteint d�j� Oust-Kout sur la Lena.</p><p>L�Extr�me-Orient</p><p>Cette troisi�me r�gion �conomique a annex� la R�publique autonome de Iakoutie, qui appartenait jadis � la Sib�rie orientale. Le choix a �t� dict� en fonction de la prospective : trouver dans la mer d�Okhotsk un d�bouch� maritime � la Iakoutie, en construisant route et voie ferr�e. On commence � mieux conna�tre les richesses du territoire : or (un peu partout), plomb (au nord), diamants (� Mirny�). Un escalier de centrales a �t� install� sur la Lena.</p><p>On a m�me �voqu� la possibilit� d�implanter un centre sid�rurgique � Aldan, utilisant des minerais locaux et le coke de Tchoulman.</p><p>L�Extr�me-Orient est en fait un assemblage de terres limit� par une c�te indent�e et des �les, en tout des milliers de kilom�tres. Les traits extr�me-orientaux r�sident dans le climat, marqu� par la mousson d��t�. La v�g�tation arbustive des bassins inf�rieurs de l�Amour rappelle celle d�Hokkaid&#x14D; ; le riz et le kaoliang sont cultiv�s � proximit� de la fronti�re chinoise. M�me les pays situ�s le plus au nord subissent l�influence adoucissante de la mousson.</p><p>D�autre part, le relief, au moins celui</p><p>des �les, se compose d�arcs faisant partie de la Ceinture de feu du Pacifique : certains volcans sont encore en activit� dans la presqu��le du Kamtchatka, qui poss�de de beaux geysers ; les Kouriles sont les sommets d�un arc effondr�.</p><p>Il y a donc l� un paysage enchanteur et des possibilit�s de mise en valeur bien comprises par les Cosaques, plus tard par les d�port�s et les premiers colons russes. Mais il ne s�agit encore que d�une mise en valeur fragment�e, non int�gr�e, le territoire n��tant peupl� que de 5 780 000 habitants pour une superficie de plus de 6,2 millions de kilom�tres carr�s. La densit� est encore inf�rieure � celle de la Sib�rie orientale. Il y a tr�s peu d�agriculture, sauf dans les colonies juives du Biro-bidjan et autour du lac Khanka. Les sept dixi�mes de l�approvisionnement de la r�gion arrivent par le Transsib�-</p><p>rien. On prospecte plus qu�on n�exploite les minerais : fer de la province de l�Amour ; p�trole et gaz naturel (en faible quantit�) � Sakhaline, diamants dans le Grand Nord et la Lena moyenne, houille et lignite le long de l�Amour. Mais toutes ces activit�s restent sporadiques et insuffisantes : il manque annuellement � la r�gion plusieurs dizaines de millions de tonnes de charbon et plusieurs dizaines de t�rawatts-heures.</p><p>Le r�seau urbain reste isol�. Khabarovsk est le si�ge de constructions m�caniques, Oussourisk a des industries alimentaires, Komsomolsk-na-Amoure reste c�l�bre par Amourstal, l�aci�rie (� faible production) de la Jeunesse communiste. Nikola�evsk-na-Amoure et Khabarovsk re�oivent le p�trole de Sakhaline, mais en quantit�s trop faibles pour devenir des centres de p�trochimie. Sur la mer d�Okhotsk, A�an, Okhotsk, Magadan et, dans le Kamtchatka, Petropavlovsk-Kamt-chatki sont �quip�s pour la p�che.</p><p>En d�finitive, la p�che est l�activit� d�avenir. Plus du quart des prises de l�Union est concentr� ici, et ces mers comptent parmi les plus riches du monde. Les kolkhozes de p�che arment des flottilles de chalutiers pour la p�che int�rieure, poissons blancs, salmonid�s et ces crabes vendus sur</p><p>tous les march�s du monde sous le nom de chatka. D�autres pr�parent des s�jours plus lointains : bateaux-usines, accompagn�s d�unit�s pour la p�che du thon dans les eaux tropicales du Pacifique, dans l�oc�an Indien et m�me l�Atlantique.</p><p>La seconde activit� est d�essence maritime �galement. Vladivostok</p><p>forme, avec l�avant-port de Nakhodka et un gisement de charbon � proximit�, une agglom�ration travaillant presque exclusivement pour la mer, en rapport avec le Japon et terminus de la Route maritime du Nord.</p><p>Comment juger et classer cette</p><p>r�gion, l�une des plus originales de l�U. R. S. S. ? La mise en valeur est sporadique et on en reste au stade de l�industrie primaire, p�che ou extraction de minerais. La vie est plus ch�re que dans le reste de l�Union, le ravitaillement, tributaire du Transsib�rien, plus difficile. M�me l��lectricit�, si bon march� sur les grands fleuves de Sib�rie, est ici, faute de barrages et en provenance de groupes �lectrog�nes, nettement plus on�reuse. R�gion sous-d�velopp�e ou attard�e ? L��pith�te de sous-d�velopp� convient mal en raison des tr�s faibles densit�s de population.</p><p>Pays neuf, comme on le disait autrefois de l�Australie et de l�Argentine, mais particuli�rement difficile � mettre en valeur � cause de la distance, des fronti�res dont l�une (la fronti�re chinoise) est devenue hostile. La r�ponse ne peut �tre donn�e que dans le cadre plus vaste de la Sib�rie enti�re.</p><p>Les probl�mes</p><p>Trois probl�mes se posent, avec le plus d�acuit� en Extr�me-Orient, att�nu�s un peu en Sib�rie orientale et davantage en Sib�rie occidentale.</p><p>Il s�agit d�abord de l��loignement et de l�isolement, li�s � la faiblesse des moyens de transport. La densit� ferroviaire moyenne de l�U. R. S. S. est de 5,5 km pour 1 000 km 2 ; elle tombe � 4,8</p><p>en Sib�rie occidentale, � 0,8 en Sib�rie orientale, � 1,8 en Extr�me-Orient. Les routes asphalt�es n�existent pas, et les relations d�urgence se font par petits avions. Les fronts pionniers comme</p><p>celui de l�Angara-Bratsk ne sauraient facilement se relier aux entreprises et aux villes fond�es sur le Transsib�rien.</p><p>Un second probl�me, purement �conomique celui-l�, est celui des prix de revient et des possibilit�s d�investissements rentables. Or, la question devient de plus en plus difficile � r�soudre � mesure que l�on s��loigne vers l�est. L�isolement, le manque de communications, la chert� locale de l��nergie ont encourag� les Sovi�tiques � faire appel � l�aide internationale, en l�occurrence � la Grande Bretagne, � l�Allemagne et � la France. Mais aucune firme occidentale ne semble avoir marqu� un quelconque int�r�t pour cet �norme gisement d�Oudokan, perdu, nettement au nord du Transsib�rien.</p><p>Les Russes ont �galement fait appel au Japon, mais celui-ci, un peu r�ticent, proc�de ponctuellement et sur un territoire proche. Ainsi, il apporte son aide � la construction d�ol�oducs � Sakhaline et aux raffineries du continent tout proche. Les Japonais se sont accord�s avec les Sovi�tiques sur les conditions r�ciproques de p�che. Nakhodka est devenu un port tr�s fr�quent� par la flotte japonaise. Il semble que le Japon ait accept� de participer � l�investissement d�une partie du plus long ol�oduc du monde, qui, d�Irkoutsk, venant alors du Second-Bakou, devrait atteindre Vladivostok. Mais ces accords sont longs � conclure et le Japon conduit en ce domaine une politique de prudence.</p><p>Reste le dernier probl�me, celui de la fluidit� de la population. Il est �tonnant de constater que, dans un pays aussi centralis� et planifi�, les migrations de main-d�oeuvre soient si faciles.</p><p>Il y a les � vieux Sib�riens � ind�raci-nables. Mais la population jeune, venue depuis la guerre, change de place, de lieu et souvent abandonne la Sib�rie, malgr� les avantages dont jouissent les m�nages : primes, d�gr�vements d�imp�ts, allocations familiales, etc.</p><p>Or, cette population ne revient pas � Moscou, mais tente sa chance une seconde fois dans des r�publiques jug�es plus cl�mentes et offrant les m�mes avantages. On a chiffr� de diff�rentes fa�ons l�h�morragie d�mographique de la Sib�rie : elle n�est pas n�gligeable, m�me si les partants sont remplac�s par de nouveaux venus. De toute mani�re,</p><p>l�instabilit� de la main-d�oeuvre reste un handicap pour les entreprises.</p><p>downloadModeText.vue.download 167 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10122</p><p>Il faut enfin voir dans cette d�saffection des hommes � l��gard du Nord, du Grand Nord, la fin de la glorieuse �pop�e des conqu�rants, et peut-�tre aussi le reflet des efforts consentis aux contr�es m�ridionales de l�U. R. S. S., mettant davantage l�accent sur le renforcement du peuplement et des implantations au Kazakhstan et � proximit� des fronti�res du Sud, en bref ce qu�on pourrait appeler la � m�ridiona-lisation � (v. U. R. S. S.).</p><p>A. B.</p><p>L�histoire</p><p>L�immense Sib�rie est encore � peu pr�s inconnue au milieu du XVIe s. : quelques rares commer�ants, remontant la Petchora, ont franchi l�Oural et atteint l�Ob, le premier grand fleuve que l�on rencontre dans la plaine en venant de l�ouest.</p><p>Le premier explorateur de la Sib�rie est un Cosaque, Iermak, qui, avec sa troupe, atteint en 1580 la Toura, sous-affluent de l�Irtych, lui-m�me affluent de l�Ob. L�ann�e suivante, il bat les Mongols* et s�empare du kh&#x101;nat de Sibir (qui a donn� son nom � la r�gion, la Sib�rie). Mais il est bient�t repouss� par eux au-del� de l�Oural. Les Cosaques reviennent en force en 1586 et, l�ann�e suivante, fondent Tobolsk sur l�Irtych : la d�faite d�finitive des Tatars ouvre aux Russes toutes les plaines de l�Asie septentrionale, qui ne sont occup�es que par des populations nomades, tr�s dispers�es, incapables de r�sister aux mousquets des conqu�rants : ces derniers sont avant tout des chasseurs qui vont toujours plus loin traquer les animaux � fourrure. Tomsk, sur un affluent de l�Ob, est fond� en 1604 ; plus � l�est, l�Ienisse� est bient�t atteint et descendu jusqu�� son embouchure (1610).</p><p>La reconnaissance de la Sib�rie s�ef-</p><p>fectue � tr�s grande vitesse, en profitant des sections ouest-est de certains affluents des grands fleuves. Ainsi, la Toungouska Inf�rieure, qui rejoint l�Ienisse�, conduit les chasseurs et les marchands de peaux vers le bassin de la Lena, dont le delta est d�couvert en 1617 ; en 1632, la ville de Iakoutsk est fond�e sur ce fleuve. De l�, la mer d�Okhotsk est atteinte en 1638.</p><p>Une autre voie de p�n�tration, plus m�ridionale, utilise le cours de l�Angara, tributaire du haut Ienisse�, et les Russes parviennent au lac Ba�kal en 1643. Le dernier grand fleuve sib�rien, la Kolyma, est atteint en 1644, puis descendu en bateau par un Cosaque, Semen I. Dejnev, qui arrive jusqu�� la c�te de l�oc�an Arctique (1648). Il franchit ensuite l�extr�mit� de l�Asie, � laquelle son nom est donn� (cap Dejnev). Cette grande d�couverte, contest�e par certains, ne sera cependant confirm�e que lorsque B�ring aura r�i-t�r� cet exploit, quatre-vingts ans plus tard, prouvant d�finitivement que l�Ancien Monde n�est pas soud� � l�Am�-</p><p>rique. Plus au sud, Vassili D. Po�arkov remonte la rivi�re Aldan et parvient � l�Amour, qu�il descend jusqu�� son embouchure (1643-1646). Mais les Mandchous s�inqui�tent de cette pouss�e, et les Russes devront, � partir de 1658, abandonner plusieurs postes �tablis sur le grand fleuve et dans la partie orientale de son bassin. La fin du si�cle voit la p�n�tration des Russes dans la p�ninsule du Kamtchatka avec le Cosaque Morosko (1696), qui inaugure une p�riode de domination brutale sur les indig�nes.</p><p>Cette reconnaissance de la Sib�rie n�a pas encore un caract�re scientifique ; elle n�en repr�sente pas moins une oeuvre consid�rable puisqu�elle fait surgir de l�inconnu, en moins de cent ans, des territoires s�allongeant sur plus de 5 000 km.</p><p>Le Si�cle des lumi�res va reprendre l��tude du nord de l�Asie avec l�appui des savants : Pierre* le Grand organise plusieurs exp�ditions scientifiques de premi�re importance. Les nouvelles recherches partent d�abord sur le littoral de l�oc�an polaire, en particulier � l�ouest et au centre, entre la Nouvelle-</p><p>Zemble et la p�ninsule de Ta�myr : en 1742, Semen I. Tcheliouskine parvient, en tra�neau, � l�extr�mit� de cette derni�re, au cap qui porte son nom et qui constitue l�extr�mit� continentale de l�Ancien Monde.</p><p>La plus importante exp�dition quitte Saint-P�tersbourg en l�ann�e m�me de la mort du tsar (1725), sous la direction du Danois Vitus B�ring (ou Behring) : elle met trois ans pour parcourir toute la Sib�rie, y multipliant les observations dans tous les domaines scientifiques et dressant les premi�res cartes d�ensemble de la r�gion. En partant de la base de Petropavlovsk, sur le littoral du Kamtchatka, le chef de l�exp�dition entreprend � partir de 1728 l��tude d�-</p><p>taill�e des rivages formant l�extr�mit� de l�Asie. La d�couverte se poursuit sous le r�gne de Catherine II : l�Allemand Peter Simon Pallas part en 1768</p><p>avec de nombreux collaborateurs et gagne l�Amour par la route des caravanes, d�couvrant notamment des fossiles de mammouth et de rhinoc�ros.</p><p>Il reste encore beaucoup de secteurs � p�n�trer au XIXe s. pour dresser une g�ographie exhaustive de la Sib�rie.</p><p>Beaucoup s�y emploient, en particulier A. von Humboldt*, que son dernier grand voyage conduit, en 1829, dans le sud de la Sib�rie occidentale ; Aleksandr Fedorovitch Middendorf �tudie d�abord les hauteurs situ�es � l�est du cours inf�rieur de l�Ienisse�, jusqu�� la p�ninsule de Ta�myr (1843), puis il se rend au lac Ba�kal et dans le bassin de l�Amour ; en 1854, le gouverneur de la Sib�rie orientale, Nikola� N. Moura-viev, conduit une exp�dition militaire jusqu�� l�embouchure de ce fleuve et ram�ne de nombreux documents ; de 1873 � 1876, Aleksandr L. Tchekanov-ski parcourt les r�gions encore tr�s peu connues entourant la basse Lena ; un ing�nieur fran�ais, Martin, qui effec-tuait des recherches mini�res, explore les r�gions domin�es par les monts Stanovo�, entre la rivi�re Aldan, affluent de la Lena, et l�Amour (1884).</p><p>La construction du Transsib�rien, � partir de 1891, permet de pr�ciser dans le d�tail la connaissance de la Sib�rie m�ridionale. Quant � la bordure septentrionale de la r�gion, baign�e par l�oc�an Arctique, elle sera l�objet de</p><p>recherches nombreuses en rapport avec l�ouverture du � passage du Nord-Est �</p><p>(la � Route maritime du Nord � des Russes) : le Su�dois Adolf E. Nordens-kj�ld franchit cette derni�re en 1878-79, apr�s que son navire, la Vega, a �t� immobilis� par les glaces pendant 294 jours dans la mer de la Sib�rie orientale. D�s lors, de nombreuses exp�ditions vont chercher � pr�ciser comment les r�gions c�ti�res peuvent �tre utilis�es pour servir de bases au nouvel itin�raire maritime, en particulier celle de Tolmatchev en 1909. C�est seulement en 1932 qu�un brise-glace, le Sibiriakov, r�ussit � longer toutes les c�tes sib�riennes en un seul �t�.</p><p>Par l�interm�diaire de l�Acad�mie des sciences, le pouvoir sovi�tique multipliera les exp�ditions dans l�int�rieur, en particulier � l�extr�mit� de la Sib�-</p><p>rie, dans les bassins de la Kolyma et de l�Indiguirka et, en 1934-35, dans la presqu��le des Tchouktches, o� Sergue� V. Obroutchev dirige des recherches g�ologiques.</p><p>S. L.</p><p>F Arctique (oc�an) [l�exploration de l�Arctique]</p><p>/ Cosaques / Kouzbass / Mongols / Novossibirsk / Russie / Steppes (art des) / Transsib�rien /</p><p>U. R. S. S.</p><p>E. Thiel, Sowjet Fernost (Munich, 1953). /</p><p>L. Hambis, la Sib�rie (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1957 ; 2e �d., 1965). / V. Conolly, Beyond the Urals (Londres, 1967). / P. Carri�re, l�Asie sovi�tique aujourd�hui. G�ographie r�gionale (Bordas, 1972).</p><p>siccatif</p><p>Pr�paration en g�n�ral � base de compos�s m�talliques ou organom�talliques, soluble dans le liant, dou�e de propri�t�s catalytiques et qui, ajout�e en faible proportion aux huiles, vernis, peintures, enduits gras, etc., en accro�t la siccativit� propre.</p><p>Constitution chimique</p><p>Les siccatifs ont comme constituant actif un m�tal dont le support permet aux sels de ce m�tal d��tre solubles dans les glyc�rides et solvants.</p><p>Les principaux m�taux utilis�s sont</p><p>le plomb, le cobalt et le mangan�se ; viennent ensuite le fer, le zinc et le calcium, beaucoup moins employ�s ; certains siccatifs sp�ciaux contiennent �galement du c�rium, du chrome, du vanadium, du zirconium, du baryum, du magn�sium, du nickel, etc.</p><p>Le support du m�tal est en g�n�ral un acide organique salifi� par le m�tal.</p><p>Les acides les plus courants sont :</p><p>� les acides gras des huiles siccatives, acides lin�aires � 18 atomes de carbone, comme les acides linol�ique, st�arique, ol�ique et linol�nique ;</p><p>� les acides r�siniques d�riv�s de la colophane et formant les abi�tates des m�taux consid�r�s ;</p><p>� les acides napht�niques, acides cycliques, principalement les acides d�ri-v�s du cyclopentane qui se rencontrent naturellement dans les p�troles bruts ;</p><p>� l�acide octo�que, d�emploi plus r�-</p><p>cent dans la pr�paration des siccatifs, les octoates �tant obtenus par combinaison des m�taux et de l�acide �thyl-2-hexano�que, appel� couramment</p><p>acide octo�que.</p><p>Fabrication</p><p>Les siccatifs sont pr�par�s par deux m�thodes principales, soit par voie s�che (siccatifs fondus), soit par voie humide (siccatifs pr�cipit�s).</p><p>Pr�paration par voie s�che</p><p>Elle consiste � faire r�agir les acides sur un compos� appropri� du m�tal : oxydes, hydroxydes, carbonates, ac�-</p><p>tates, en op�rant dans un r�cipient pouvant �tre chauff�. Il se produit une r�action de salification ou de double d�composition, mais il est souvent impossible d�introduire la quantit� th�o-downloadModeText.vue.download 168 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10123</p><p>rique de m�tal du fait de l�infusibilit� du corps pr�par�. Les siccatifs fondus se conservent mieux que les produits pr�cipit�s.</p><p>Pr�paration par voie humide Les siccatifs pr�cipit�s sont obtenus par double d�composition, en milieu aqueux, d�un sel soluble de l�acide et d�un sel soluble du m�tal. Les acides sont utilis�s sous forme de sels de sodium, qui sont ajout�s � un sel du m�tal dans une cuve munie d�un agitateur.</p><p>Par suite de son oxydabilit�, le siccatif pr�cipit� est mis imm�diatement en solution, apr�s lavage � l�eau, dans un solvant lourd. On peut �galement op�rer dans un solvant pour aboutir directement � la solution du siccatif.</p><p>On obtient des produits beaucoup plus purs qu�en op�rant par fusion, avec des teneurs en m�tal plus �lev�es.</p><p>M�canisme d�action</p><p>Les siccatifs sont class�s en deux groupes suivant le mode de s�chage auquel ils conduisent :</p><p>� les siccatifs de surface (Co, Mn), qui provoquent le s�chage du feuil de la surface vers le fond, essentiellement par des r�actions d�oxydation ;</p><p>� les siccatifs qui agissent dans la masse du feuil (Pb, Ce, Fe), lesquels provoquent le durcissement de celui-ci dans toute son �paisseur en op�rant surtout par polym�risation.</p><p>Oxydation</p><p>L�oxydation des huiles siccatives sous l�action des siccatifs se fait par une suite de phases qui comportent d�abord la r�duction de la p�riode d�induction, c�est-�-dire la r�duction du temps � partir duquel l�huile se combine avec une quantit� mesurable d�oxyg�ne, puis l�acc�l�ration de la combinaison avec l�oxyg�ne, soit que les siccatifs agissent comme de v�ritables catalyseurs d�oxydation, soit qu�ils interviennent dans la r�action d�oxydation m�me comme porteurs d�oxyg�ne, ou bien enfin qu�ils se combinent avec les doubles liaisons des huiles siccatives pour former de nouveaux compos�s plus sensibles � l�oxydation.</p><p>Polym�risation</p><p>Il est pr�f�rable, dans le s�chage d�une</p><p>huile siccative, d�obtenir des produits polym�ris�s plut�t que des compos�s oxyd�s d�gradables par vieillissement.</p><p>Les siccatifs interviennent dans la polym�risation des huiles en permettant la solidification du feuil pour une oxydation moins pouss�e, en r�duisant la proportion maximale d�oxyg�ne combin� ou encore en favorisant la formation de compos�s ayant un plus haut degr� de polym�risation.</p><p>Les siccatifs risquent d��tre inactiv�s par la pr�sence de compos�s sulfur�s dans les solvants, par l�action des compos�s antioxyg�ne pr�sents dans certaines huiles non raffin�es ou par adsorption par les pigments.</p><p>G. G.</p><p>F Huiles siccatives / Peinture / Pigment industriel / Vernis.</p><p>Paint Technology Manuals, t. II : Solvents, Oils, Resins and Driers (Londres, 1934).</p><p>/ G. Champetier et H. Rabat� (sous la dir.</p><p>de), Chimie des peintures, vernis et pigments (Dunod, 1956 ; 2 vol.). / P. Grandou et P. Pas-tour, Peintures et vernis, les constituants (Hermann, 1966).</p><p>Sicile</p><p>En ital. SICILIA, �le italienne de la M�diterran�e.</p><p>Avec une superficie de 25 708 km 2 et une population de 4,6 millions d�habitants, la Sicile est la plus grande �le de la M�diterran�e. De forme triangulaire, bord�e par la mer Tyrrh�nienne au nord, la mer Ionienne � l�est, la mer de Sicile au sud, elle n�est s�par�e de l�Italie p�ninsulaire que par le d�troit de Messine (3 km de large). Son territoire est prolong� par de petits archipels, les �les �oliennes (ou Lipari) et Ustica au nord, les �les �gates � l�ouest, les �les Pantelleria et Pelage au sud. Elle occupe, au centre de la M�diterran�e, une position de carrefour fondamental dont la signification �conomique et politique a vari� au cours des si�cles. La Sicile a acquis une originalit� tr�s forte � l�int�rieur de la nation italienne, qui se marque par le statut d�autonomie r�-</p><p>gionale qui lui a �t� conf�r� d�s 1948.</p><p>LA G�OGRAPHIE</p><p>Le milieu</p><p>En r�alit�, sur le plan physique, on est tent� de distinguer non pas une Sicile, mais � des Siciles �. Ce fait se pr�cise avec les donn�es du relief et de la structure. La Sicile est un ensemble dissym�trique. Au nord, prolongeant la Calabre, une barri�re montagneuse, peu �lev�e mais vigoureuse, court sur 250 km le long de la c�te, isolant la � riviera � de l�int�rieur.</p><p>Elle commence � l�est avec les monts P�loritains (1 374 m d�altitude � la Montagna Grande), axe cristallin envelopp� de calcaires. Puis les hauteurs argilo-schisteuses des monts Nebrodi (1 847 m au monte Soro) et les calcaires des monts Madonie (1 977 m au pic Carbonara) prennent le relais. Sur la c�te orientale, les reliefs sont moins continus, mais tout aussi originaux. �</p><p>l�extr�me sud se dressent les plateaux calcaires des monts Iblei (985 m au mont Lauro), coup�s de gorges profondes. Ils se terminent vers le nord au-dessus de la plaine alluviale de Catane, ample et fertile d�pression de 30 km sur 50. Entre celle-ci et le cordon montagneux septentrional se dresse, jusqu�� 3 263 m d�altitude, la masse volcanique de l�Etna (1 570 km 2) avec une couronne de terrains fertiles sur ses basses pentes. Les �les entourant la Sicile sont, comme l�Etna, d�origine volcanique (Vulcano, Stromboli, Pantelleria). Le reste de la Sicile, formant les trois quarts de la superficie, est une immense �tendue de collines, s��levant jusqu�� 700 m d�altitude. Constitu�es essentiellement d�argiles ou de sable, coup�es d�affleurements calcaires ou gypseux, elles sont le domaine des</p><p>� frane � (glissements de terrains). Ces collines se terminent par des plaines c�ti�res basses, r�guli�res, longtemps inhospitali�res. Cette terre conna�t depuis toujours les m�faits des � frane �, des �ruptions volcaniques, des tremblements de terre.</p><p>Le climat a aussi ses contraintes : m�diterran�en avec un hiver doux et pluvieux, un �t� chaud et sec, il est marqu� par une grande irr�gularit�.</p><p>L�hiver peut �tre rigoureux, les longues s�cheresses estivales entra�nent</p><p>des catastrophes. Il n�y a pas, du reste, uniformit�. La Sicile tyrrh�nienne est bien arros�e et a des temp�ratures mod�r�es. La Sicile ionienne est plus s�che, un peu plus chaude, plus lumineuse. La Sicile m�ridionale a des traits africains (moins de 400 mm de pluies) avec la pr�sence du sirocco. La Sicile int�rieure pr�sente des nuances continentales avec de grandes amplitudes thermiques. Enfin, en altitude, une nuance de climat montagnard appara�t.</p><p>Tout cela retentit sur la v�g�tation.</p><p>C�est une v�g�tation m�diterran�enne tr�s d�grad�e, avec des formes d��tagement et o� se m�lent des esp�ces subtropicales. Quant aux cours d�eau, ils sont de longueur tr�s variable, mais leur r�gime est toujours irr�gulier. �</p><p>c�t� de quelques cours d�eau (Simeto, Alcantara, Salso, Belice) qui ont une certaine importance, d�autres sont de simples torrents, totalement � sec en �t�.</p><p>La population et</p><p>l��conomie</p><p>Ce ne sont pourtant pas les conditions naturelles qui expliquent la pauvret� sicilienne. Ce fut dans l�Antiquit� une terre riche, mais l��le a subi une succession d�occupations, de colonisations.</p><p>Les Grecs, les Romains, les Arabes, les Normands, les Angevins ont laiss� leur marque dans le paysage et la soci�t� de la Sicile. Le passage � l�Espagne a enferm� l��le dans un immobilisme social que l�unit� italienne n�a pas bris� ; aussi de forts particularismes, dont la Mafia n�est qu�un aspect, se sont-ils conserv�s. L�absence de croissance �conomique, durant des d�cennies, a suscit� de puissants mouvements migratoires. En 1861, la Sicile comptait 2,4 millions d�habitants. Le doublement de la population est d� � de forts taux de natalit� face � une mortalit� faible. Mais cette pression d�mographique serait bien plus grave s�il n�y avait eu des centaines de milliers de d�parts vers l�Am�rique, les r�gions industrielles de l�Europe ou l�Italie du Nord. Aujourd�hui, l�all�gement d�mographique est certain. Entre 1961 et 1971, la Sicile a vu sa population globale diminuer de 54 000 personnes, alors que le cro�t naturel fut de 571 000 personnes. Ainsi, 625 000 Siciliens ont quitt� l��le durant cette p�-</p><p>riode. C�est l� une preuve de la persistance du ch�mage et du sous-emploi.</p><p>Le revenu par habitant est inf�rieur de plus de la moiti� � celui de la Lombardie ou du Pi�mont. En d�pit de tr�s grands progr�s ces derni�res ann�es, la Sicile demeure une terre de pauvret�.</p><p>Les activit�s agricoles conservent une grande importance (29 p. 100 de la population active). L�organisation de l�agriculture a �t� transform�e par la r�forme agraire et les travaux de bonification. Le capitalisme agraire, les rentiers de la terre, le morcellement, la faible productivit� n�ont pas �t� �limin�s, mais on a port� atteinte � l�extension des grands domaines (le</p><p>� latifondo �) par une redistribution des terres � de petits propri�taires.</p><p>Pour les productions, on peut sch�-</p><p>matiquement diviser l��le en deux parties. La Sicile interne est le domaine de la c�r�aliculture extensive et de certaines cultures, comme les f�ves, accompagn�es d�un �levage limit�.</p><p>Les zones c�ti�res portent des cultures plus vari�es avec des secteurs sp�cialis�s. Si l�olivier et le caroubier sont en d�clin, la vigne a toujours une grande valeur, � l�ouest autour d�Alcamo et de Marsala, � l�est pr�s de Catane et de downloadModeText.vue.download 169 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10124</p><p>Pachino. Des arbres fruitiers comme l�amandier ou le pistachier pourraient faire l�objet de plus de soins. Le coton recule, tandis que les cultures mara�-</p><p>ch�res progressent, notamment les tomates � Milazzo et � Vittoria. La grande nouveaut� est la forte extension des agrumes dans la conque d�Or (Palerme) et sur la c�te orientale. Cette culture, irrigu�e, intensive, s��tend sur 70 000 ha et repr�sente les deux tiers de la production nationale (90 p. 100</p><p>pour les citrons). Traditionnelle ressource d�exportation, les agrumes sont menac�s par la concurrence �trang�re.</p><p>La p�che est �galement une activit� en recul. Le cinqui�me des prises nationales provient de Sicile, du sud-ouest surtout (Mazara del Vallo) ; c�est la capture du thon qui donne les plus forts tonnages, mais l��puisement des</p><p>fonds comme la concurrence �trang�re sont des sources d�inqui�tude.</p><p>L�industrie a, par contre, connu des d�veloppements notables ; elle occupe d�sormais 34 p. 100 des actifs.</p><p>Cela est d� � l�action de l��tat, de la r�gion et de quelques grandes entreprises parapubliques ou priv�es. Il y a d�abord un certain nombre d�industries traditionnelles, dont la situation n�est pas toujours brillante. L�extraction du soufre et du sel est en d�clin. Le travail des textiles, l�industrie alimentaire progressent peu. Les industries m�caniques � en d�pit des chantiers navals (Palerme), de l��tablissement Fiat (Termini Imerese) � n�ont pas un grand poids. Seul le b�timent est prosp�re et entra�ne l�activit� des carri�res.</p><p>Pourtant, le sous-sol a �t� red�couvert avec l�exploitation de la potasse et surtout l�extraction du p�trole � Gela (ENI) et Raguse (Gulf Italia). La Sicile produit 90 p. 100 du p�trole italien.</p><p>Mais elle en importe beaucoup plus pour alimenter les raffineries de Gela, de Raguse, d�Augusta, de Milazzo. Le p�trole a �t� � l�origine de la mise en place d�une industrie chimique. Un v�ritable complexe industriel est n�, au nord de Syracuse, � Augusta. Les entreprises chimiques (Celene ; Sin-cat, du groupe Montedison) produisent de nombreux articles (soude, potasse, ammoniaque, poly�thyl�ne, engrais).</p><p>Autour se sont fix�es des cimenteries, des industries m�caniques, de la chimie de transformation ; au total, plus de 15 000 personnes travaillent ici. Une autre zone industrielle a �t� cr��e � Catane avec un certain nombre de petites et de moyennes entreprises.</p><p>Des r�sultats ont donc �t� obtenus sans pour autant offrir des emplois � tous les demandeurs.</p><p>Aussi le secteur tertiaire demeuret-il tr�s important (37 p. 100 de la population active). Les transports sont un �l�ment essentiel pour la vie �conomique de l��le. L�activit� des ports p�troliers (Augusta) et l�incessant mouvement entre Messine et Reggio di Calabria alimentent un fort trafic maritime. Mais il y a aussi le maintien des voies ferr�es et l�extension du r�seau routier (l�autoroute Messine-Catane est ouverte et sa prolongation est en construction) qui sont sources d�emplois. Les administrations publiques et</p><p>priv�es ont des effectifs souvent pl�-</p><p>thoriques. Les petits commerces, les marchands ambulants, les employ�s de maison sont nombreux. Le tourisme est en plein essor. � c�t� de stations r�pu-t�es comme Taormina, la Sicile offre une grande vari�t� de centres d�int�-</p><p>r�t, de la mont�e � l�Etna � la visite des sites arch�ologiques (S�geste, S�linonte...) et � celle des nombreux monuments de l��poque arabe ou normande.</p><p>Ce tourisme culturel se double d�un tourisme baln�aire fort agr�able. Enfin, il y a la d�couverte des gros villages et des villes. Les vraies cit�s sont rares � l�int�rieur, � part Enna (29 000 hab.), Caltanissetta (60 000 hab.) et Raguse (60 000 hab.). Sur la c�te, des agglom�rations se succ�dent. Certaines sont de simples march�s et centres administratifs, comme Trapani (70 000 hab.), Agrigente (50 000 hab.) ou Syracuse (110 000 hab.) ; le tourisme est toujours pour elles un apport pr�cieux. D�autres ont des fonctions plus diversifi�es. Catane (400 000 hab.) est une grande ville commerciale qui s�industrialise. Messine (258 000 hab.) vit de la fonction administrative et universitaire et des �changes avec le continent. Palerme (651 000 hab.), enfin, est la capitale, � la fois somptueuse et sordide, de la Sicile. Ville au pass� prestigieux, tass�e dans la conque d�Or, elle vit des mille et une formes du commerce, de l�administration, du tourisme, accessoirement de l�industrie. Ses quartiers mis�rables attestent que la Sicile n�est pas encore sortie de son sous-d�veloppement s�culaire, mais on y observe aussi les germes d�une Sicile moderne.</p><p>E. D.</p><p>F Mezzogiorno / Palerme.</p><p>R. Rochefort, le Travail en Sicile (P. U. F., 1961). / F. Milone, Sicilia. La natura e l�uomo (Turin, 1966). / A. Pecora, Sicilia (Turin, 1968).</p><p>L�HISTOIRE</p><p>Populations et</p><p>civilisations primitives</p><p>L�homme, qui appara�t d�s la fin du Pl�istoc�ne lors de la glaciation w�rmienne, d�core de gravures et de peintures rupestres au Pal�olithique sup�-</p><p>rieur la grotte du Genovese dans l��le</p><p>de Levanzo � l�ouest de Trapani. De nombreux autres sites, datant soit du Pal�olithique sup�rieur (San Teodoro), soit du M�solithique (Termini Imerese, Corrugi di Pachino), attestent de la continuit� du peuplement de l��le � l��poque pr�historique et d�une civilisation assez avanc�e qui s��panouit au N�olithique avec l�arriv�e des Sicanes, peut-�tre chass�s d�Ib�rie au IIIe mill�-</p><p>naire par les Ligures. Habitant dans de petites cabanes, pratiquant l�inhumation individuelle, vivant de la p�che, de la chasse et de l��levage, les Sicanes auraient fabriqu� les belles armes d�obsidienne et de basalte ainsi que les fines c�ramiques grises d�cor�es d�incisions g�om�triques retrouv�es en particulier � Matrensa ou � Stentinello.</p><p>Ils auraient occup� d�abord l�ensemble de l��le et sans doute donn� naissance au peuple des �lymes, �tablis dans la r�gion de S�geste ; puis ils se seraient repli�s dans sa partie occidentale sous la pression des Sicules, dont la langue para�t bien �tre un idiome italique et qui seraient donc d�origine indo-europ�enne et parents des Latins. Pourtant, certains anthropologues font des Sicules des M�diterran�ens proches parents des Sicanes qui auraient envahi l�Italie et fait des emprunts linguistiques � ses populations avant de refluer en Sicile du fait de l�arriv�e d�envahisseurs venus du nord, � l��ge cuprolithique, c�est-�-dire vers 2500-1900 av. J.-C. selon Paolo Orsi (1859-1935), entre 1500 et 1000 av. J.-C.</p><p>selon Biaggio Pace (1889-1955). Cette premi�re p�riode sicule co�ncide avec l�introduction du cheval et le d�but de l�industrie du cuivre ; elle produit de nombreuses c�ramiques peintes et des tombeaux creus�s dans le roc, notamment sur les sites de Castelluccio et de Monte Tabuto. Au cours de la seconde p�riode, c�est-�-dire entre 1900 et 1200 ou entre 1000 et 800, les Sicules entrent en contact avec le monde myc�-</p><p>nien, dont l�influence appara�t dans les techniques de fabrication des armes de bronze, dans la forme des poteries, qui ne comportent pas de d�coration color�e, dans celle des tombes circulaires creus�es dans le roc et � vo�te arrondie (n�cropole aux cinq mille tombeaux de Pantalica pr�s de Syracuse).</p><p>Entre le XIIe s. av. J.-C. et le VIIIe s.</p><p>av. J.-C. � ou au VIIIe s. av. J.-C., selon la chronologie retenue �, l�originalit� de la culture sicule s�estompe du fait de la colonisation grecque, qui diffuse l�usage du fer, impose une c�ramique protocorinthienne de style g�om�trique et simplifie le dessin des s�pultures.</p><p>Enfin, entre le VIIIe s. av. J.-C. et le milieu du Ve s. av. J.-C., la colonisation grecque ach�ve d�assujettir � l�influence hell�nique les Sicules de la quatri�me p�riode, qui restent pourtant fid�les � la pratique de l�inhumation � l�heure o� leurs potiers s�efforcent de reproduire les th�mes et les techniques de leurs concurrents corinthiens ou ath�niens, notamment de ceux qui produisent les vases attiques � figures noires.</p><p>La colonisation</p><p>ph�nicienne et la</p><p>colonisation grecque</p><p>L��tablissement des colonies</p><p>Durant la seconde moiti� du IXe s. av.</p><p>J.-C., les Ph�niciens fondent de nombreux comptoirs commerciaux sur tout le pourtour de l��le. Mais, du fait de la colonisation grecque au VIIIe s. av. J.-</p><p>C., ils se replient vers l�ouest, o� leurs �tablissements de Panorme (Palerme), de Solous (Solunte) et de Moty� survivent jusqu�� la conqu�te romaine au IIIe s. av. J.-C. gr�ce � la pr�sence toute proche de leurs alli�s �lymes et � celle de leurs parents carthaginois.</p><p>� la recherche moins de march�s que de terres, les Grecs ont, en effet, entrepris d�s la seconde moiti� du VIIIe s.</p><p>av. J.-C. de coloniser l��le, riche en c�-</p><p>r�ales, en vin, en huile d�olive, en bois, en soufre, en poissons, etc. D�j� �tablis dans la baie de Naples, les Chalcidiens prennent pied sur la c�te orientale de la Sicile, o� ils fondent en 735 av. J.-C.</p><p>la colonie de Naxos (Nasso) au pied de l�Etna, puis vers 730 celles de Leontinoi (Lentini) et de Catane aux deux extr�mit�s de la plaine de ce nom, dont ils exploitent les richesses agricoles, tandis que leurs parents, originaires de Cumes, fondent vers 734 av. J.-C., sur l�emplacement de l�actuelle Messine, la colonie de Zancle, qui contr�le le d�troit ; renforc�e bient�t d�autres Eub�ens, celle-ci devient � son tour la</p><p>m�tropole de deux colonies fond�es au VIIe s. av. J.-C. sur la c�te nord de l��le, Mylai (Milazzo) et surtout Him�re vers 648 av. J.-C., qui concurrence direc-downloadModeText.vue.download 170 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10125</p><p>tement les �tablissements tr�s proches des Ph�niciens.</p><p>Parall�lement, les Doriens colo-</p><p>nisent le sud-est de la Sicile. Venus de Corcyre (Corfou), les Corinthiens se fixent vers 733-732 av. J.-C. dans l��lot d�Ortygie, o� surgit la source Ar�thuse, et fondent � proximit� Syracuse, qui essaime � son tour ses propres colonies, � Acrai en 663 av. J.-C. et � Casmenai en 643 av. J.-C., puis � Camarine en 598 av. J.-C. Entre Syracuse et Catane, d�autres Doriens, les M�ga-riens, fondent en 728 av. J.-C. Megara Hyblaia, qui, faute d�espace, ne peut se d�velopper et dispara�t en 483 av. J.-</p><p>C., d�truite par G�lon de Syracuse, non sans avoir fond� au pr�alable vers 639</p><p>S�linonte, sur la c�te m�ridionale de l��le, o� d�autres Doriens, les Rhodiens et les Cr�tois, cr�ent Gela en 688 av.</p><p>J.-C., qui essaime � son tour � Acragas (ou Akraga) [Agrigente] en 581-580</p><p>av. J.-C.</p><p>Le r�gime politique :</p><p>de l�oligarchie � la tyrannie</p><p>Les colons, qui constituent une aristocratie fonci�re tr�s ferm�e, assument seuls le gouvernement des cit�s nouvelles (tels les Gamores de Syracuse), r�duisant plus ou moins en servage les populations indig�nes, qui ne conservent leur ind�pendance qu�au centre de l��le. Les colonies sont transform�es en importants centres commerciaux qui ach�tent aux Grecs du continent leurs c�ramiques, aux �trusques leurs bronzes et le fer de l��le d�Elbe, enfin aux Ph�niciens la pourpre de Tyr ; elles se peuplent d�ouvriers, d�artisans et d��trangers, dont le nombre, s�additionnant � celui des travailleurs indig�nes, renforce le poids du prol�tariat urbain hostile � la pr�-</p><p>dominance politique d�une trop �troite oligarchie fonci�re. Sur l�initiative de</p><p>celle-ci, Charondas (VIIe s. av. J.-C.) dote Catane d�un code de lois impitoyable. Mais le d�s�quilibre social, aggrav� par de s�rieuses crises �conomiques, favorise la constitution de partis populaires qui aident d�ambitieux d�magogues, les tyrans, � s�emparer du pouvoir : Panaitios � Leontinoi vers 608 av. J.-C., Phalaris � Acragas vers 570 av. J.-C., Cl�andre � Gela vers 499</p><p>av. J.-C., � qui succ�dent son fr�re Hippocrate de 493 � 485 av. J.-C., puis le chef de sa cavalerie, G�lon, de 485 � 478 av. J.-C., etc. Investis d�une autorit� illimit�e, les tyrans entreprennent g�n�ralement une r�forme agraire, d�veloppent les cultures vivri�res, fortifient leurs villes, �difient des temples de tr�s grandes dimensions, notamment � Acragas et � S�linonte, attirent artistes et po�tes (Simonide de C�os, Bacchylide, �picharme, Eschyle, Pin-dare) afin de rehausser leur prestige d�j� exalt� par leur participation aux jeux de Delphes et d�Olympie. Surtout, ils aspirent � unifier la Sicile � leur propre profit, ce qui les conduit � s�opposer les uns aux autres, affaiblissant ainsi la cause de l�hell�nisme face aux Carthaginois, dont Phalaris d�Acragas tente d�accentuer l�isolement en s�alliant � Him�re. S�emparant de Naxos, de Leontinoi et de Camarine, Hippocrate de Gela ne peut �tendre son empire � Zancle, o� Anaxilas de Rhegi�n (Reggio di Calabria) �tablit des Mess�niens exil�s ; Zancle prend alors le nom de Messine. G�lon, ma�tre de Syracuse en 485 av. J.-C., en transf�re le centre dans cette derni�re ville, o� il d�porte la moiti� de la population de Gela, la totalit� de celle de Camarine, puis celle de Megara Hyblaia en 483</p><p>av. J.-C. Devenu le gendre de Th�ron, tyran d�Acragas, G�lon unifie en fait sous son autorit� presque toute la Sicile grecque, o� il assure pour plus d�un si�cle la survie de l�hell�nisme face aux Carthaginois, qui ont fait �chouer les tentatives d��tablissement de Pen-tathlos � Lilyb�e (Marsala) vers 580</p><p>av. J.-C. et du Spartiate D�rieus � �ryx (Erice) vers 510 av. J.-C.</p><p>Les Carthaginois, g�n�s par la</p><p>concurrence commerciale que leur font les Grecs, tentent d�opposer les tyrans les uns aux autres, s�allient en particulier � S�linonte et � Terillos, tyran</p><p>d�Him�re. En renversant ce dernier et en imposant � cette ville son protectorat, Th�ron offre alors aux Carthaginois le pr�texte d�une intervention.</p><p>Assi�g� par la puissante arm�e d�Ha-milcar, le tyran d�Acragas est sauv� par G�lon, qui brise la puissance adverse � Him�re en 480 av. J.-C., l�ann�e m�me de Salamine, mais commet l�erreur de ne pas rejeter en Afrique les Puniques, qui, repli�s dans l�extr�me ouest de la Sicile redeviendront dangereux un si�cle plus tard.</p><p>La vie politique au Ve s. av. J.-C. : imp�rialisme syracusain et</p><p>d�mocratie</p><p>Hi�ron Ier (478-466), poursuivant l�oeuvre de son fr�re G�lon, chasse de Gela son autre fr�re Polyzalos, d�porte � Leontinoi les habitants de Naxos et de Catane, rebaptis�e Etna et peupl�e de mercenaires, bat les �trusques � Cumes en 474 av. J.-C. et �tend son protectorat en 472-471 av. J.-C. sur Acragas et sur Him�re apr�s avoir battu Thrasydaios, fils et successeur de Th�-</p><p>ron. Impos� par Hi�ron Ier � ces deux derni�res villes, le r�gime d�mocratique s��tend � toute l��le au lendemain de l�insurrection qui chasse du pouvoir son fr�re Thrasybule et abat la tyrannie, dont l�existence n�est plus justifi�e par aucune n�cessit� militaire. G�n�ralement de type oligarchique, �branl�s vers 463 av. J.-C. par la r�volte g�n�-</p><p>rale des mercenaires, dont ils acceptent l��tablissement d�finitif � Messine, les r�gimes d�mocratiques ne survivent qu�au prix de concessions importantes.</p><p>Syracuse, qui a �cart� les pirates �trusques en 454-453 av. J.-C., puis renforc� son alliance avec S�linonte, contr�le directement ou indirectement toute la Sicile.</p><p>Supportant mal cette h�g�monie,</p><p>S�geste en 453 av. J.-C., puis Rhegi�n, Leontinoi et peut-�tre m�me Catane et Naxos vers 443 av. J.-C. s�allient � Ath�nes dont le trafic maritime se trouve menac� en Occident par l�imp�-</p><p>rialisme syracusain. Engageant la lutte d�s 427 dans le cadre de la guerre du P�loponn�se, mais contraints � signer la paix g�n�rale de 425 av. J.-C., les alli�s d�Ath�nes (et surtout S�geste) in-</p><p>citent finalement cette derni�re � organiser la d�sastreuse exp�dition de 414-413 av. J.-C., qui ne peut s�emparer de Syracuse, bien d�fendue par le chef du parti oligarchique, Hermocrat�s, ainsi que par le chef de l�arm�e de secours Spartiate, Gylippos, vainqueur sur les bords de l�Assinaros.</p><p>La fin de la Sicile grecque</p><p>Acragas et S�linonte, �mancip�es en fait de l�h�g�monie syracusaine, connaissent alors une grande prosp�-</p><p>rit�. Mais, tandis que la premi�re de ces cit�s se consacre � la construction du temple colossal de Zeus, la seconde entreprend la conqu�te de l�ouest sicilien, provoquant l�intervention d�Hannibal. Le chef carthaginois, petit-fils du vaincu d�Him�re, prend d�assaut S�linonte en juin 408 av. J.-C., rase Him�re en juillet, puis occupe en 406</p><p>av. J.-C. Acragas dont la population se replie alors � Gela.</p><p>Contraint par la n�cessit� de gagner du temps, le nouveau strat�ge autocrator de Syracuse, Denys Ier l�Ancien (405-367 av. J.-C.), signe la paix de 404 av. J.-C. qui consacre la perte de Gela et de Camarine. Appuy� sur une forte garde personnelle, il restaure la tyrannie, cr�e une flotte de deux cents navires, une arm�e d�vou�e de mercenaires campaniens auxquels il c�de la ville d�Entella, fortifie Syracuse, �tablit le si�ge de son pouvoir dans l�imprenable r�duit d�Ortygie et s�attache le concours fid�le de tous ceux auxquels il distribue les biens de ses ennemis. Il impose alors son protectorat aux communaut�s indig�nes, assujettit de nombreuses cit�s grecques (Catane, Leontinoi) apr�s avoir ras� Naxos, puis reprend la lutte contre les Carthaginois. Menac� dans Syracuse m�me en 396-395 av. J.-C., il finit par s�emparer de Solous et de Tauromenion (Taormina) [392 av. J.-C.] et reste en fait seul ma�tre de l��le jusqu�en 375</p><p>av. J.-C. Il est alors vaincu � Cronion pr�s de Panorme et perd S�linonte et Thermae ; puis il s�empare en 373 av.</p><p>J.-C. d��ryx et de Drepanum (Trapani) avant de mourir en 367 av. J.-C., ma�tre d�un vaste empire auquel il annexe Crotone et 6 000 km 2 de territoires en Italie du Sud entre 390 et 379 av. J.-C.</p><p>L�Empire syracusain est illustr� par la pr�sence de nombreux po�tes grecs � la cour de Denys l�Ancien, qui en fait le principal foyer de l�hell�nisme au IVe s.</p><p>Mais il se disloque sous la tyrannie de son fils Denys II le Jeune (367-344 av.</p><p>J.-C.), qu�une guerre intestine oppose � son oncle Dion, disciple et admirateur de Platon. Transformant alors Syracuse en une d�mocratie censitaire o� il �tablit 60 000 colons grecs, le Corinthien Timol�on (344-337 av. J.-C.) bat en 341 ou en 339 av. J.-C. les Carthaginois sur les bords du Crimisos pr�s de S�geste et signe avec eux l�accord qui fixe la fronti�re commune sur l�Haly-cos. Sa retraite volontaire en 337 av.</p><p>J.-C., puis sa mort vers 335 av. J.-C.</p><p>entra�nent la reprise des querelles intestines, auxquelles met fin un immigrant, Agathocle, qui restaure la tyrannie � Syracuse (317-289 av. J.-C.) et r�ussit � mettre fin au si�ge de la ville par les Carthaginois en portant � deux reprises la guerre en Afrique, d�abord en 310</p><p>av. J.-C., puis en 308-307 av. J.-C., et en les contraignant � se replier dans l�ouest de la Sicile par l�accord de 306</p><p>av. J.-C. En 304 av. J.-C., Agathocle prend le titre de roi ; il restaure l�h�g�-</p><p>monie de Syracuse dans l��le, conquiert Corcyre pour le compte de son gendre Pyrrhos, roi d��pire, et renoue avec la politique d�expansion de Denys l�Ancien en Italie du Sud, o� il occupe Hipponium en 293 av. J.-C. Mais, au lendemain de sa mort, en 289 av. J.-C., son empire se disloque � Syracuse. �</p><p>Messine, les mercenaires campaniens r�volt�s massacrent la population locale pour se substituer � elle et appellent d�sormais Messine � ville des Mamertins �. D�truisant Gela, assi�-</p><p>geant m�me Syracuse, ils provoquent en 278 av. J.-C. l�appel de cette der-downloadModeText.vue.download 171 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10126</p><p>ni�re au roi d��pire Pyrrhos, qui se fait proclamer � roi de Sicile �, mais commet l�erreur de ne pas consolider diplomatiquement sa victoire militaire.</p><p>Pyrrhos, trahi par les cit�s grecques, abandonne l��le aux Carthaginois, qui progressent au sud jusqu�� l�Himera, au nord jusqu�au cap Tyndare, tandis</p><p>que les Mamertins s��tablissent solidement dans la partie nord-est jusqu�� Tauromenion.</p><p>Syracuse, press�e de toutes parts, se donne en 270 av. J.-C. � un ancien lieutenant de Pyrrhos, Hi�ron II (270-215</p><p>av. J.-C.), qui prend en 265 av. J.-C.</p><p>le titre de roi et tente de s�assurer le contr�le du d�troit de Messine, sur les bords duquel Carthaginois et Romains r�vent �galement de s��tablir. Le temps de l�ind�pendance est pass�.</p><p>La Sicile romaine</p><p>Les Romains, menac�s d�encerclement par les Puniques (d�j� ma�tres de la Sardaigne, de la Corse et d�une partie de la Sicile), chargent le consul Appius Claudius d�occuper les rives du d�troit de Messine sous le pr�texte de sauver les Mamertins, en fait pour engager la premi�re guerre punique* (264-241 av.</p><p>J.-C.) dans des conditions favorables.</p><p>Rome impose en effet en 263 av. J.-C.</p><p>� Hi�ron II une alliance de quinze ans et un tribut, remplac�s par une alliance perp�tuelle en 248 av. J.-C. ; elle occupe Acragas en 262 av. J.-C., s�empare de Panorme en 254 av. J.-C. et d�truit la flotte carthaginoise au large des �les �gates en 241 av. J.-C. Les Romains se font c�der par Carthage ses possessions en Sicile, o� seul Hi�ron II conserve une ind�pendance th�orique.</p><p>Redevenue le premier march� agricole de l��le, assurant l�approvisionnement r�gulier des l�gions romaines, soumise en outre par la loi de Hi�ron II � une stricte fiscalit� inspir�e des r�glements de Ptol�m�e Philadelphe, monarque hell�nistique d��gypte, Syracuse est le si�ge d�une cour fastueuse illustr�e par la pr�sence de Th�ocrite et d�Archim�de*. Mais, s��tant r�volt�e � la mort de Hi�ron II en 215 av. J.-C.</p><p>et ayant �t� entra�n�e par son petit-fils Hi�ronymos, puis par �picyd�s et par Hippocrate dans la seconde guerre punique (218-201 av. J.-C.) aux c�t�s de Carthage, Syracuse, admirablement d�-</p><p>fendue par Archim�de, est finalement occup�e en 212 av. J.-C. par le consul Marcus Claudius Marcellus � l�issue d�un tr�s long si�ge au cours duquel le grand savant trouve la mort.</p><p>Si le territoire syracusain � comme</p><p>celui des villes qui ont le plus longtemps r�sist� � Rome (�ryx, Lilyb�e, S�linonte) � est incorpor� � l�ager publicus, les Romains tol�rent par contre l�existence de quelques cit�s libres (S�-</p><p>geste, Panorme) ou alli�es (Messine, Tauromenion, Neetum [Noto]) ; mais ils imposent � la plupart des autres le tribut annuel d�une d�me en nature qui fait de la Sicile l�un des greniers � bl� de la R�publique, puis de l�Empire. La Sicile est administr�e � partir de 227</p><p>av. J.-C. par un pr�teur, puis � partir de 122 av. J.-C. par un propr�teur si�geant � Syracuse et assist� de deux questeurs en r�sidence � Syracuse et � Lilyb�e ; elle est exploit�e �conomiquement par les publicains, qui pressurent les paysans libres, et par les chevaliers, qui afferment l�ager publicus, dont les terres � bl� sont cultiv�es par des troupes d�esclaves achet�s � D�los et trop souvent maltrait�s.</p><p>Deux guerres serviles (135 et 104</p><p>av. J.-C.), les exactions du plus c�l�bre de ses gouverneurs, Verr�s (73-71 av.</p><p>J.-C.), vigoureusement accus� par Ci-c�ron en 70 av. J.-C., les incursions des pirates, auxquelles Pomp�e met fin en 67 av. J.-C., ruinent l��le, qui devient le repaire de son fils Sextus Pomp�e en lutte contre les triumvirs, auxquels il impose en 39 av. J.-C. le trait� de Mis�ne.</p><p>La Sicile, pacifi�e par Auguste, qui supprime la ferme des imp�ts et remplace la d�me du bl� par une taxe, est progressivement romanis�e. Mais ses privil�ges n�emp�chent pas l�appauvrissement �conomique de l��le, d�o� les convois annuels de bl� assurent le ravitaillement de Rome. Ravageant Syracuse en 276-278, les Barbares aggravent la situation. Apr�s un premier d�barquement en 440, les Vandales de Geis�ric conqui�rent l��le en 468, puis, contre le versement d�un tribut annuel, la c�dent en 476 � Odoacre, d�sireux de r�tablir le trafic frumentaire assurant la survie des Romains. La Sicile, contr�-</p><p>l�e th�oriquement et pour les m�mes raisons par les Ostrogoths de Th�odo-ric Ier l�Amale d�s 491, occup�e par B�lisaire en juin 535, reste incorpor�e jusqu�au IXe s. � l�Empire byzantin malgr� le retour en force des Ostrogoths de Totila en 549 et surtout les raids mul-</p><p>tiples des Arabes, qui d�butent en 652.</p><p>D�tach�e de l�Italie p�ninsulaire par la pragmatique du 13 ao�t 554, plac�e sous l�autorit� militaire d�un duc et sous l�autorit� civile d�un pr�teur ayant le titre de patrice et relevant �galement de Constantinople, r�sidence de 663</p><p>� 668 de l�empereur Constant II, base d�une flotte r�gionale apr�s 717, mais victime incessante des Arabes, dont les raids (666, 669, 705) aboutissent � imposer � Syracuse le versement d�un tribut en 740, la Sicile est unie au VIIIe s.</p><p>au duch� de Naples et � la Calabre byzantine pour former, sous l�autorit� d�un strat�ge, un th�me englobant la Calabre et rattach� religieusement depuis 732 au patriarcat de Constantinople. Mais, bien qu�il ait mis la Sicile en �tat de d�fense et conclu une tr�ve de dix ans avec l��mir de Kairouan en 813, le patrice byzantin ne peut emp�-</p><p>cher celui-ci de conqu�rir progressivement l��le, o� il d�barque en 827 et o� il occupe Palerme en 831 (constitution de l��mirat de Palerme), Messine en 843, Castrogiovanni (Enna) en 859, Syracuse en 878, Taormina en 902. La Sicile byzantine a v�cu.</p><p>La domination arabe</p><p>Objet d�une colonisation musulmane plus dense dans l�ouest de l��le (val di Mazara) que dans le sud-est (val di Noto) et surtout dans le nord-est (val Demone), o� subsiste une population chr�tienne tr�s mis�rable, base des raids organis�s par les Sarrasins en Italie, la Sicile est �rig�e par les Arhlabides en un �mirat qui englobe au Xe s. certaines villes d�Italie du Sud (Tarente en 926).</p><p>En 947, le calife f&#x101;&#x1E6D;imide Ism&#x101;�&#x12B;l alMan&#x1E63;&#x16B;r en confie le gouvernement � l��nergique &#x1E24;asan al-Kalb&#x12B;, dont les descendants r�gnent jusqu�en 1040 sur l��le, o� ils introduisent les cultures du m�rier, de la canne � sucre, de l�oranger, du palmier dattier, du coton ainsi que l��levage des chevaux, l�industrie des �toffes et celle des objets pr�cieux.</p><p>Par�e de mosqu�es, Palerme devient une grande ville musulmane o� se rencontrent les plus c�l�bres po�tes, linguistes, peintres et th�ologiens de l�isl&#x101;m au IXe et au Xe s.</p><p>Mais, affaiblie par des querelles in-</p><p>testines aggrav�es par les rivalit�s opposant les musulmans de Sicile � ceux d�Afrique du Nord, la domination musulmane s�effondre au XIe s., d�abord sous les coups du Byzantin Georges Maniak�s, qui s�empare de Messine en 1040, puis sous ceux du Normand Roger de Hauteville, imprudemment appel� au secours en 1059 par ibn al-Thumna de Syracuse, vaincu par son rival ibn al-&#x1E24;aww&#x101;s de Castrogiovanni, Le royaume normand</p><p>L�un des fils de Tancr�de de Hauteville, Robert Guiscard, �tabli en Italie du Sud, ayant �t� reconnu par le pape Nicolas II en 1059 � duc futur de Sicile �, son fr�re Roger de Hauteville s�empare en son nom de Messine en 1061, de Catane en 1071 et de Palerme en 1072 ; il reconna�t alors la suzerainet� de Robert sur l��le enti�re, lui c�de Palerme et la moiti� de Messine, mais se r�serve le reste du territoire, dont la derni�re place, Noto, est enlev�e en 1091. �mancip� progressivement de la tutelle de Robert, contraignant son neveu Roger Borsa � renoncer � l�essentiel de ses droits et le pape � lui reconna�tre le titre de l�gat apostolique dans l��le, le � grand-comte de Sicile � Roger l�gue sa principaut� � ses deux fils, Simon (1101-1105), puis Roger II (1105-1154). Roger II est investi par le pape Honorius II des fiefs normands d�Italie du Sud en 1128 ; il est reconnu roi de Sicile d�abord par l�antipape Anaclet en septembre 1130, puis par le pape Innocent II en 1139 ; ma�tre enfin de Djerba en 1135, puis entre 1146 et 1149 des villes c�ti�res de Tripoli � Tunis, il fonde autour de la M�diterran�e un puissant empire exportateur de bl�. Gr�ce � sa flotte, celui-ci contr�le les liaisons maritimes entre ses bassins et facilite l��panouissement d�une remarquable civilisation composite dont t�moignent la tol�-</p><p>rance religieuse du souverain envers les orthodoxes byzantins et les musulmans ainsi que, sur le plan artistique, la chapelle palatine, remarquable monument d�art arabo-normand, construite entre 1132 et 1140 dans le palais des Normands de Palerme. L��dification du palais de la Cuba � Palerme, celle de l��glise de Monreale entre 1172 et 1185 et celle de la cath�drale de Pa-</p><p>lerme, consacr�e en 1185, manifestent l�orientalisation croissante du royaume sous le r�gne du fils et du petit-fils de Roger II : Guillaume Ier (1154-1166) et Guillaume II (1166-1189). Amput� de ses provinces africaines entre 1156 et 1160, le royaume de Sicile consolide par contre son implantation en Italie m�ridionale apr�s la d�faite inflig�e en 1156 � l�empereur byzantin Manuel Comn�ne*, d�faite qui scelle le rapprochement de la dynastie normande avec le Saint-Si�ge, et notamment avec Alexandre III, qui rentre � Rome avec son appui en 1165.</p><p>Le roi de Sicile, qui s�allie avec Pise et avec Venise en 1169 et en 1175, contraint m�me Fr�d�ric Ier* Barberousse � leur accorder une tr�ve de quinze ans par la paix de Venise de 1177. Mais, apr�s l��chec de son exp�-</p><p>dition contre Constantinople en 1185, le dernier des rois normands de Sicile doit accepter en 1186 le mariage de sa tante et unique h�riti�re, Constance, fille posthume de Roger II, avec le downloadModeText.vue.download 172 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10127</p><p>fils de l�empereur allemand, le futur Henri VI. Un moment emp�ch� par la r�volte des sujets de Guillaume II, qui proclament roi un b�tard, le comte de Lecce, Tancr�de, petit-fils de Roger II (1189-1194), l�av�nement de la dynastie des Hohenstaufen* est consacr� par le couronnement d�Henri VI � Palerme comme roi de Sicile (Henri Ier) le 25 d�cembre 1194.</p><p>Les institutions du</p><p>royaume normand</p><p>de Sicile</p><p>Monarchie f�odale dont les institutions ont �t� codifi�es dans les Assises de Roger II, ce royaume comprend un vaste domaine royal, l�extension des fiefs ayant �t� territorialement limit�e par le monarque, d�sireux de conserver l�essentiel du pouvoir. Souverain h�r�ditaire, celui-ci gouverne avec l�assistance de la Curia Magna, avec celle des grands barons et surtout avec celle de cinq grands officiers</p><p>dont la titulature souligne la diversit� ethnique et institutionnelle du royaume : l�amiral, v�ritable Premier ministre et chef des forces de terre et de mer comme dans les pays musulmans ; le protonotaire, chef des bureaux comme dans l�Empire byzantin ; le s�n�chal, le chambrier (finances) et le chancelier enfin, dont les fonctions sont d�origine franque. Outre le domaine royal, une administration perfectionn�e, d�origine arabe, assure au souverain des ressources importantes. Enfin, des tribunaux itin�rants, comme en Angleterre, rendent la justice au nom du roi. La m�me diversit� institutionnelle se retrouve au niveau des onze provinces, qui sont �galement g�r�es par un justicier sous les ordres duquel sont plac�s des �mirs (arabes), des strat�ges et des cat�pans (byzantins), des baillis et vicomtes (francs). En promulguant en 1231</p><p>les � constitutions du royaume de Sicile �, dites � constitutions de Melfi �, Fr�d�ric II accentue le caract�re absolutiste et centralisateur des institutions normandes, dont il �tend le champ d�application � l��conomie du royaume en �rigeant en monopoles d��tat les commerces de la soie, du bl�, du sel et du fer.</p><p>Au temps des</p><p>Hohenstaufen et des</p><p>Angevins (1194-1282)</p><p>Les Hohenstaufen sont pr�sents d�sormais au nord et au sud des �tats du Saint-Si�ge. La mort d�Henri VI en 1197 permet au pape Innocent III de d�tacher de l�Empire le royaume vassal de Sicile, dont il prend le jeune souverain Fr�d�ric (1197-1250) sous sa tutelle. Bien que devenu, avec l�appui du pape, empereur en 1220, sous le nom de Fr�d�ric II*, le monarque s�attache � ses possessions italiennes, dont il r�ve de faire le coeur d�un vaste empire m�diterran�en et qu�il dote d�une universit�, fond�e � Naples en 1224, et d�institutions tr�s centralis�es par les constitutions de Melfi de 1231.</p><p>Apr�s le r�gne de Conrad IV (1250-1254), la tentative faite par son demi-fr�re Manfred de conserver au nom du fils de Conrad IV, Conradin d�abord (1254-1258), puis au sien propre (1258-1266) la couronne de Sicile incite le pape Urbain IV � accorder en 1263 l�investiture de cette derni�re au fr�re de Saint Louis, Charles Ier*</p><p>d�Anjou, qui �limine son rival � B�n�-</p><p>vent le 26 f�vrier 1266 avant de battre le 23 ao�t 1268 � Tagliacozzo, puis de faire d�capiter, le 29 octobre � Naples, le jeune Conrad V (Conradin), coupable d�avoir tent� de r�cup�rer son royaume, au sein duquel l��le de Sicile presque enti�re s��tait soulev�e en sa faveur � l�exclusion de Palerme et de Messine.</p><p>Partie int�grante du royaume an-</p><p>gevin de Naples, m�contente de la politique de Charles d�Anjou, qui transf�re � des seigneurs fran�ais ou proven�aux les grands fiefs de l��le et � des banquiers guelfes de Florence son exploitation �conomique et fiscale trop lourde, la Sicile se r�volte � l�instigation de nombreux conspirateurs et avec l�appui pr�alable du prince Pierre d�Aragon, gendre de Manfred. Les V�pres siciliennes d�butent � Palerme le 30 mars 1282 et gagnent Messine, d�o� les forces fran�aises qui ont �chapp� au massacre se retirent alors sur le continent.</p><p>La Sicile aragonaise</p><p>Le royaume aragonais de Sicile</p><p>(1282-1409)</p><p>H�ritier th�orique des Hohenstaufen, le roi Pierre Ier (III d�Aragon) [1282-1285] inaugure la lign�e des rois aragonais de Sicile. L�av�nement au tr�ne d�Aragon en 1291 de son successeur, Jacques (1285-1296), m�contente les Siciliens, plac�s pourtant sous l�autorit� du propre fr�re du souverain, le prince Fr�d�ric, qui usurpe alors la couronne de Sicile sous le nom de Fr�d�ric II (1296-1337). Ce dernier favorise l�essor du parlement de Sicile, qu�il divise en trois � bras � : eccl�siastique, militaire (barons) et domanial (cit�s) ; mais il ne peut emp�cher la reconstitution des vastes latifundia antiques du fait de l��tat de guerre constant qui r�gne dans l��le et ruine les agriculteurs. Sous les r�gnes de Pierre II (1337-1342), de Louis (1342-1355) et de Fr�d�ric III le Simple (1355-1377), la situation s�aggrave. Partag�e en domaines pratiquement ind�pendants par les grands vassaux en 1377, la Sicile revient alors � une jeune princesse, Marie d�Aragon (1377-1402), qui est enlev�e par des</p><p>gal�res aragonaises, puis mari�e en 1390 � Martin le Jeune (1392-1409), petit-fils du roi d�Aragon Pierre IV.</p><p>� la mort sans h�ritiers de Martin le Jeune, le tr�ne de Sicile revient � son p�re, le roi d�Aragon Martin le Vieux (1409-10).</p><p>La province aragonaise de Sicile (1409-1713)</p><p>Plac�e en 1415 sous l�autorit� d�un vice-roi, Juan de Pe�afiel, par le roi d�Aragon Ferdinand Ier le Juste (1412-1416), base des op�rations men�es par Alphonse Ier le Magnanime (V d�Aragon) [1416-1458] contre le royaume de Naples entre 1425 et 1442, la Sicile est alors r�unie � ce dernier pour former le royaume des Deux-Siciles (1442-1458). Elle est s�par�e de la Terre ferme sous les r�gnes de Ferdinand Ier (1458-1494), d�Alphonse II (1494-95), de Ferdinand II (1495-96) et de Fr�d�-</p><p>ric Ier (1496-1501) ; sacrifi�e au XVIe s.</p><p>� la politique m�diterran�enne des Habsbourg, qui la soumettent au pouvoir arbitraire d�un vice-roi, ruin�e par les imp�ts trop lourds, par la mont�e de l�Atlantique, qui l��carte des grands courants commerciaux, par l�accroissement des latifundia et les troubles populaires qui en r�sultent (r�volte de la pl�be de Palerme en mai 1647), la Sicile est c�d�e � la maison de Savoie par le trait� d�Utrecht du 13 juillet 1713.</p><p>Le royaume des</p><p>Deux-Siciles</p><p>Ayant pris d�assaut Naples en juin 1442</p><p>et contraint le roi Ren� � s�enfermer dans le Castel Nuovo avant de s�enfuir en Provence, Alphonse V d�Aragon entre victorieusement dans la capitale de Terre ferme le 26 f�vrier 1443 : il fonde ainsi le premier royaume dit � des Deux-Siciles � (1442-1458) du fait de la r�union sous un m�me monarque (et pour la premi�re fois depuis 1282) du royaume aragonais de Sicile insulaire et du royaume angevin, dont les souverains ont continu� depuis 1282 � s�intituler rois de Sicile (p�ninsulaire).</p><p>Les Deux-Siciles sont dissoci�es en 1458</p><p>� la mort d�Alphonse V, qui laisse la Terre ferme � son b�tard Ferrante et l��le de Sicile � son fr�re, Jean II, roi de Navarre ; elles sont r�unies sous une m�me autorit�</p><p>d�s 1504 lorsque Naples est rattach�e aux biens de la couronne d�Aragon. Mais ce n�est qu�en 1734 qu�elles sont regroup�es en un seul royaume au profit des Bourbons d�Espagne : Charles VII (1734-1759) et Ferdinand IV (1759-1825), qui ne devient Ferdinand Ier, souverain du second royaume des Deux-Siciles que lorsque celui-ci est officiellement reconstitu� en 1816.</p><p>Alors que les structures sociales de l�Ancien R�gime ont �t� abolies par les occupants fran�ais en Terre ferme, celles-ci ont surv�cu sans changement en Sicile, o� les vastes latifundia restent la propri�t� des grands propri�taires absent�istes et souvent endett�s. R�sidant � Palerme, � Messine ou � Naples, ils les font exploiter, moyennant redevance, par des entrepre-neurs de culture, les gabellotti, qui s�enrichissent aux d�pens de leurs ma�tres et des paysans exploitants auxquels ils sous-louent des parcelles de terre pour deux ou trois ans au plus.</p><p>L�absence de bonnes routes � l�exception de celle de Palerme � Messine ou de celles qui rayonnent autour de Naples, la m�diocrit� des ressources industrielles (soufre d�Agrigente) et agricoles (vin de Marsala ou de Campanie) exploitables freinent l�essor �conomique du royaume et emp�chent la constitution d�une puissante bourgeoisie dont les membres r�investissent toujours leurs capitaux en terres et en titres de noblesse.</p><p>La mis�re rurale, surtout celle des brac-cianti (manoeuvres agricoles) favorise le banditisme, la multiplication des soci�t�s secr�tes (carbonari), plus tard l�essor de la Mafia. �clatant � Naples en juillet 1820</p><p>� la nouvelle de l�insurrection espagnole, gagnant l�ouest de la Sicile, qui fait s�cession, le soul�vement lib�ral du g�n�ral Gu-glielmo Pepe (1783-1855) est bris� � Rieti le 7 mars 1821 par les Autrichiens � l�appel du roi de Naples, qui a pourtant accord� une nouvelle constitution aux insurg�s.</p><p>De nouvelles r�voltes �clatent dans le royaume en 1832, en 1837 � Palerme, o� 32 000 personnes sont mortes du chol�ra, en 1841, enfin en 1844, o� les fr�res Attilio et Emilio Bandiera, livr�s par les paysans, sont aussit�t fusill�s. Malgr� la brutalit� de cette r�pression, organis�e par Fran�ois Ier (1825-1830) et par Ferdinand II (1830-1859), les Siciliens participent activement au Risorgimento*, qui d�bouche sur la r�volution de 1848.</p><p>La r�volution �clate � Palerme le 12 janvier, o� le gouvernement provisoire de Ruggiero Settimo (1778-1863) proclame la Constitution de 1812 ; gagnant le 27 Naples, o� le roi publie une nouvelle constitution le 10 f�vrier, elle prend � Naples un caract�re insurrectionnel le 15 mai, ce qui incite Ferdinand II � rappeler le 22 mai ses troupes combattant en Italie du Nord aux c�t�s des Pi�montais.</p><p>Apr�s un bombardement de cinq jours qui vaut au souverain le surnom de Re Bomba, Messine est reconquise en septembre 1848. Ma�tre de Palerme en mai 1849, le g�n�ral Carlo Filangieri (1784-1867) est nomm� lieutenant g�n�ral en Sicile, o� toute tentative d�insurrection est bris�e.</p><p>Mais, sensible � l�appel d�un exil� sicilien, Giuseppe La Farina (1815-1863), fondateur en 1856 de la Soci�t� nationale italienne, dont la devise est � ind�pendance, unit�, maison de Savoie �, la Sicile se r�-</p><p>volte en avril 1860 � l�instigation du r�publicain Francesco Crispi* et de Francesco Riso (1820-1860), qui d�cide Garibaldi* � organiser l�exp�dition des Mille, laquelle, du 11 mai (d�barquement � Marsala) au downloadModeText.vue.download 173 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10128</p><p>20 juin (prise de Milazzo) et au 28 juillet (prise de Messine), se rend ma�tresse de toute l��le. Entreprenant le 19 ao�t la conqu�te de la Terre ferme, o� il occupe Naples le 7 septembre, le vainqueur doit c�der sa conqu�te au roi du Pi�mont.</p><p>Ayant bris� les forces du Saint-Si�ge � Castelfidardo le 18, celui-ci �crase en effet celles du roi de Naples sur le Volturno les 1er et 2 octobre.</p><p>Par les pl�biscites des 21 et 22 octobre, les populations de la Sicile continentale et celles de la Sicile insulaire approuvent alors leur rattachement au royaume d�Italie, respectivement par 1 310 000 voix contre 10 000 et par 432 000 contre 600.</p><p>R�fugi� � Ga�te, le dernier souverain, Fran-</p><p>�ois II (1859-60), capitule enfin le 13 f�vrier 1861 et part pour l�exil. Le royaume des Deux-Siciles n�est plus.</p><p>La Sicile de 1713</p><p>� nos jours</p><p>En 1718, la Sicile est attribu�e � l�empereur, qui c�de en �change la Sardaigne � la maison de Savoie. Elle redevient en 1734 un royaume th�oriquement ind�pendant, dont le premier souverain, Charles VII (1734-1759), devenu roi d�Espagne en 1759, c�de alors la couronne � son fils Ferdinand IV de Naples (et III de Sicile), tige de la maison de Bourbon-Naples (1759-1860). De 1799 � 1802 et de 1806 � 1815, ce souverain se r�fugie d�ailleurs dans l��le sous la protection de la flotte anglaise.</p><p>Partie int�grante du second royaume des Deux-Siciles (1816-1861), incorpor�e par pl�biscite au royaume d�Italie en 1860, la Sicile est occup�e par les forces anglo-am�ricaines au terme d�une courte campagne men�e du 10 juillet au 17 ao�t 1943 contre 70 000 Allemands et 220 000 Italiens, campagne qui incite le gouvernement italien � d�poser tr�s rapidement les armes. Depuis 1948, elle a �t� �ri-g�e en r�gion autonome dot�e d�une</p><p>� junte r�gionale � (ex�cutif) et d�un</p><p>� Conseil r�gional � (l�gislatif) �lu au suffrage universel direct et habilit� � transmettre des suggestions au Parlement italien.</p><p>P. T.</p><p>F Anjou / Aragon / Carthage / Espagne / Fr�d�-</p><p>ric II de Hohenstaufen / Gr�ce / Gr�ce d�Occident</p><p>/ Italie / Naples / Ph�niciens / Puniques (guerres) /</p><p>Pyrrhos / Rome / Syracuse.</p><p>M. Amari, Storia dei musulmani di Sicilia (Florence, 1854-1872 ; nouv. �d., Catane, 1933-1939 ; 5 vol.). / E. A. Freeman, The History of Sicily from the Earliest Times (Oxford, 1891-1894 ; 4 vol.). / E. Pais, Storia della Sicilia e della Magna Grecia (Turin, 1894). / F. Chalandon, Histoire de la domination normande en Italie et en Sicile (A. Picart, 1907 ; 2 vol.). / E. Jordan, les Origines de la domination angevine en Italie (A. Picard, 1909). / W. Cohn, Das Zeitalter der Hohenstaufen in Sizilien (Breslau, 1925).</p><p>/ J. Bayet, la Sicile grecque (les Belles Lettres, 1931). / L. Natoli, Storia di Sicilia (Palerme, 1935). / B. Pace, Arte e civilt� della Sicilia antica (Milan et Rome, 1935-1949 ; 4 vol.). / V. Epifa-nio, Gli Angioini di Napoli e la Sicilia (Napoli, 1936). / J. B�rard, la Colonisation grecque de l�Italie m�ridionale et de la Sicile dans l�Anti-</p><p>quit�, l�histoire et la l�gende (De Boccard, 1941 ; nouv. �d., P. U. F., 1957). / T. J. Dunba-din, The Western Greeks (Oxford, 1948 ; nouv.</p><p>�d., 1968). / F. de Stefano, Storia della Sicilia dal secolo XI al XIX (Bari, 1948). / F. Braudel, la M�diterran�e et le monde m�diterran�en � l��poque de Philippe II (A. Colin, 1949 ; 2e �d., 1967, 2 vol.). / M. Vaussard, Histoire de l�Italie contemporaine (Hachette, 1950). / G. Faure, En Sicile (Arthaud, 1952). / P. Alatri, Lotte politiche in Sicilia sotto il governo della destra, 1866-1874 (Turin, 1954). / E. G. Leonard, les Angevins de Naples (P. U. F., 1954). / F. Villard, la Sicile grecque (Girodias, 1956). / H. Tuzet, la Sicile au XVIIIe si�cle, vue par les voyageurs �trangers (Heitz, Strasbourg, 1956). / J. Hure, Histoire de la Sicile (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1957 ; 2e �d., 1965). / A. T�Serstevens, Sicile, �oliennes, Sardaigne, itin�raires italiens (Arthaud, 1958).</p><p>/ L. Pareti et P. Griffo, La Sicilia antica (G�nes, 1959 ; trad. fr. la Sicile antique, Hachette, 1960). / M. Brandon-Albini, Sicile secr�te (Horizons de France, 1960) ; la Sicile et son univers (Hachette, 1972). / A. G. Woodhead, The Greeks in the West (Londres, 1962). / J. Boardman, The Greek Overseas (Harmondsworth, 1964). /</p><p>P. L�v�que, la Sicile (P. U. F., 1967). / E. Laloy, la R�volte de Messine (Klincksieck, 1968 ; 3 vol.). /</p><p>D. Roussel, les Siciliens entre les Romains et les Carthaginois � l��poque de la Premi�re Guerre punique (Les Belles Lettres, 1971).</p><p>L�ART EN SICILE</p><p>Situ�e � l�articulation des deux grands bassins de la M�diterran�e, la Sicile garde dans ses monuments le souvenir des grandes civilisations qui s�y sont �panouies successivement.</p><p>La p�riode grecque</p><p>Des cit�s n�es de la colonisation hell�-</p><p>nique, il nous reste des temples de style dorique, analogues � ceux de la Gr�ce*, mais construits en pierre � non en marbre � et souvent plus vastes : ainsi les temples ruin�s de S�linonte, de diverses �poques, principalement du VIe s. av. J.-C. ; celui d�Ath�na, � Syracuse, transform� en cath�drale ; ceux d�Agrigente, connus sous les noms fictifs de temple d�Hercule, de Junon, de la Concorde, etc., ce dernier particuli�-</p><p>rement bien conserv� et faisant admirer l��quilibre classique des constructions du Ve s., comme celui de S�geste, d�aspect plus grandiose, o� l�on croit pouvoir reconna�tre un sanctuaire � ciel ouvert. Parmi les temples du Ve s.,</p><p>celui de Zeus, � Agrigente, se distinguait par ses dimensions colossales et le go�t baroque de ses atlantes sculpt�s (en partie au mus�e d�Agrigente).</p><p>D�ailleurs, d�une fa�on g�n�rale, la sculpture jouait un r�le important dans les temples siciliens. Le mus�e arch�ologique de Palerme a recueilli des morceaux de style vigoureux : les quatre s�ries de m�topes provenant du temple de S�geste, reflet de l��volution de la sculpture depuis l��poque archa�que jusqu�� l��panouissement classique du Ve s. ; les t�tes de lions ayant servi de gargouilles au temple d�Him�re. Des figures model�es en terre cuite ornaient souvent m�topes et frontons, formaient les acrot�res aux angles et au fa�te du toit (mus�e de Syracuse). On conna�t aussi des statues isol�es.</p><p>On doit � la civilisation grecque plusieurs th��tres, aux gradins taill�s dans le roc : celui de Syracuse, le plus important ; ceux de Taormina, de Palazzolo Acreide, de S�geste. Chef-d�oeuvre militaire, le ch�teau Euryale, pr�s de Syracuse, a �t� �lev� au Ve s.</p><p>par le tyran Denys l�Ancien.</p><p>Le d�cor de la vie profane ou religieuse a fait prosp�rer l�industrie des figurines votives moul�es en terre cuite, la c�ramique, dont l��volution refl�te celle de la c�ramique grecque, et l�art des monnaies, dans lequel Syracuse a atteint la perfection.</p><p>La p�riode romaine</p><p>La civilisation hell�nique dut s�adapter aux go�ts et � l��dilit� des Romains.</p><p>Les th��tres furent souvent transform�s pour accueillir les nouveaux spectacles : ainsi celui de Taormina re�ut au IIe s. apr. J.-C. un grand mur de sc�ne habill� de colonnes. Celui de Tyndare voisine avec une basilique � nef vo�t�e et des vestiges d�habitations, comme en offre aussi le site de Solunte. Syracuse et Catane ont gard� l�essentiel de leurs amphith��tres. Plus tardive (IIIe-IVe s.) est la vaste villa de Casale, pr�s de Piazza Armerina, ensemble complexe de cours, de salles, de portiques et de corridors aux sols rev�-</p><p>tus de somptueuses mosa�ques que la stylisation un peu brutale du dessin et l�intensit� des tons apparentent � celles</p><p>de l�Afrique romaine ; on y trouve des sujets mythologiques, des chasses ou encore des divertissements tels qu�une sorte de jeu de tennis auquel se livrent des jeunes filles en � bikini �.</p><p>La Sicile normande</p><p>La domination de l�empire d�Orient n�a rien laiss� sur le sol de l��le.</p><p>De la p�riode arabe, on ne voit que d�humbles vestiges. Mais la tradition musulmane entre pour une large part, avec l�influence byzantine et celle de l�Europe romane, dans la synth�se originale et brillante qui caract�rise l�art sicilien du temps de la monarchie normande. L��l�ment arabe se reconna�t dans le trac� des arcs bris�s et entrelac�s, dans les ouvrages de charpente et de menuiserie, dans la polychromie des surfaces ext�rieures o� jouent les tons de la brique, du calcaire et de la lave, enfin dans la construction de coupoles dont la calotte est visible au dehors. Transmis par les monast�res b�n�dictins de l�Italie du Sud, l�apport de l�Occident appara�t dans la structure des plus grandes �glises, dans le dessin des campaniles � baies superpos�es, dans les colonnades des clo�tres ; il est pr�pond�rant dans la sculpture.</p><p>L�influence byzantine, enfin, sensible dans le choix fr�quent de plans centr�s, inspire surtout la richesse souvent f�erique de la d�coration int�rieure. Aux marbres diversement color�s qui composent les dallages, rev�tent la zone inf�rieure des parois, et dans lesquels sont taill�es les colonnes avec leurs chapiteaux, r�pondent les mosa�ques qui g�n�ralement tapissent les parties hautes. Par l��poque et le style, les mosa�ques siciliennes se rattachent � celles du second �ge d�or byzantin, apr�s la crise iconoclaste ; on les doit d�ailleurs � des artistes venus de Gr�ce ou de Constantinople, ou au moins � des autochtones form�s par eux.</p><p>Comme en Orient, elles d�roulent les �pisodes de l�Ancien et du Nouveau Testament en vastes cycles soumis � un ordre � peu pr�s fixe et font appara�tre � la conque de l�abside ou sous la coupole principale la figure majestueuse du Christ Pantocrator.</p><p>En dehors de Palerme*, cet art est repr�sent� d�abord par de grandes</p><p>�glises de fondation royale, o� s�affirme le plan basilical inspir� de l�Occident. La nef, tr�s large, est comme ses bas-c�t�s couverte d�une charpente apparente. Dans l�alignement de ces trois vaisseaux s��l�vent autant d�absides, hautes comme des tours. Enfin, la crois�e du transept pr�sente, au lieu de coupole, un fort exhaussement rectangulaire de la toiture. Les principaux exemples de cette formule sont la cath�drale de Messine, reconstitu�e apr�s le tremblement de terre de 1908 ; celle de Cefal�, commenc�e en 1131</p><p>par Roger II et dont l�abside principale offre un bel ensemble de mosa�que ; et surtout celle de Monreale, fond�e en 1174 par Guillaume II, avec ses mo-sa�ques* occupant une superficie in�-</p><p>gal�e, ses portes de bronze dues aux sculpteurs Bonanno Pisano et Barisano da Trani, ses absides dont l�ext�rieur est d�inspiration arabe, son clo�tre au d�cor pr�cieux.</p><p>downloadModeText.vue.download 174 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10129</p><p>L�influence musulmane et celle de Byzance l�emportent dans les �glises plus petites, de plan souvent centr� ; ainsi Santa Trinit� de Delia, dont la coupole apparente surmonte une structure cubique, ou l�Annunziata dei Ca-talani de Messine, remarquable par la d�coration de ses murailles.</p><p>L��ge gothique et</p><p>la Renaissance</p><p>La tradition arabe se perp�tue dans les ch�teaux forts �lev�s au XIIIe s. par Fr�d�ric II (Catane, Enna, castello Ma-niace de Syracuse), au XIVe et au XVe s.</p><p>par la soci�t� f�odale (Caccamo, Falco-nara). Une forte influence de l�Aragon et de la Catalogne marque les palais gothiques de Syracuse et de Taormina.</p><p>� Messine, les trois portails de la ca-th�drale (XVe s.) sont de caract�re plus italien avec leur d�cor polychrome de marbres finement sculpt�s.</p><p>Dans la seconde moiti� du XVe s., la peinture et la sculpture accueillent les innovations de l�Italie continentale. Le g�nie d�Antonello* da Messina r�sume</p><p>l��cole sicilienne de peinture, mais en d�borde le cadre un peu �troit. Architecte et surtout sculpteur, Antonello Gagini (1478-1536) est le repr�sentant le plus f�cond d�une dynastie d�origine lombarde dont l�activit� s�est exerc�e � Palerme et en Sicile occidentale ; la riche d�coration de la chapelle de la Vierge, � l�Annunziata de Trapani, donne une id�e de sa mani�re gracieuse et facile.</p><p>Dans la seconde moiti� du XVIe s., le foyer principal est Messine, o� triomphe le mani�risme apport� par des artistes toscans : Giovanni Angelo Montorsoli (1507-1563), auteur des somptueuses fontaines d�Orion et de Neptune ; Andrea Calamecca (1514-1578), qui �tablit un plan r�gulateur de la ville et y dresse des statues dont subsiste celle de don Juan d�Autriche.</p><p>La Sicile baroque</p><p>Les premi�res ann�es du XVIIe s. sont marqu�es par le s�jour du Caravage* ; la force de son r�alisme dramatique est d�montr�e par l�Ensevelissement de sainte Lucie, � Santa Lucia de Syracuse, par l�Adoration des bergers et la R�surrection de Lazare, au mus�e de Messine. Venu des Pays-Bas, Matthias Stomer (v. 1600 - apr. 1650) concilie le clair-obscur du Caravage avec le coloris des ma�tres du Nord (Adoration des bergers, au palais municipal de Monreale).</p><p>L��panouissement de l�architec-</p><p>ture et de la sculpture baroques n�est gu�re ant�rieur au d�but du XVIIIe s. ; deux r�gions de Sicile en sont le th��tre. Autour de Palerme, avec les stucs de Serpotta* et la Gloire de saint Beno�t, puissante composition sculpt�e par Ignazio Marabitti (1719-1797) dans une chapelle de la cath�drale de Monreale, on remarque surtout les fastueuses villas de Bagheria, dont les deux plus c�l�bres, par Tommaso Maria Napoli (� 1723), sont la villa Valguarnera (1721) et la villa Palago-nia (1715). Cependant, l�essor de l�art baroque a marqu� davantage la Sicile orientale, o� le tremblement de terre de 1693 est l�occasion de reconstruire plusieurs villes selon des plans r�guliers, dans une architecture d�effet sc�-</p><p>nique. C�est ainsi que Giovanni Battista Vaccarini (1702-1768) dirige la reconstruction de Catane, dessinant lui-m�me, dans un style mouvement�, la fa�ade de la cath�drale, l��glise circulaire de Sant�Agata, la fontaine de l��l�phant, plusieurs palais. � Noto, l�ensemble th��tral des rues et des escaliers tire habilement parti de la d�clivit� du sol ; les principaux b�timents sont de Vincenzo Sinatra et de Rosario Gagliardi. On retrouve, non loin de l�, le premier de ces architectes � l��glise San Giorgio de Modica, le second � San Giorgio de Raguse (1738), offrant l�une et l�autre une haute fa�ade bomb�e. � Syracuse, la cath�drale re�oit en 1728 sa fa�ade au puissant relief, du dessin d�Andrea Palma. La fa�ade de San Sebastiano, � Acireale, d�ploie un faste �voquant le style churrigueresque de l�Espagne.</p><p>B. de M.</p><p>L. Paretti, La Sicilia antica (G�nes, 1959 ; trad. fr. la Sicile antique, Hachette, 1963). /</p><p>L. Bernabo Brea, Mus�es et monuments de Sicile (Novare, 1961). / P. L�v�que, la Sicile (P. U. F., 1967).</p><p>sid�rurgie</p><p>Ensemble des proc�d�s m�tallurgiques d��laboration et de transformation des produits ferreux, fontes et aciers.</p><p>Les proc�d�s d�obtention du fer et de l�acier � partir du minerai �tant encore limit�s industriellement, la sid�rurgie classique comporte trois groupes d�op�rations essentielles :</p><p>� la r�duction du minerai de fer par le carbone dans le haut fourneau, aboutissant � la coul�e de fonte, alliage de fer contenant de 2,5 � 4 p. 100 de carbone ;</p><p>� la conversion de la fonte en acier, alliage de fer � moins de 1 p. 100 de carbone, par les proc�d�s d�aci�rie d�oxydation du carbone de la fonte ;</p><p>� la transformation de l�acier, obtenu sous forme de lingots ou de semi-produits par coul�e continue, en produits sid�rurgiques utilisables directement ou constituant les �l�ments de nombreuses industries (m�canique, construction m�tallique, b�timent, au-</p><p>tomobile, �lectrom�nager, etc.), cette transformation se r�alisant par d�formations m�caniques � chaud ou � froid telles que le laminage, le forgeage, l��tirage, compl�t�s par des traitements thermiques �ventuels.</p><p>La sid�rurgie � lourde � est celle qui traite les plus gros tonnages de fontes et d�aciers courants, peu alli�s. Par opposition, la sid�rurgie � fine � �labore et transforme les aciers alli�s et sp�ciaux par des proc�d�s plus sp�cifiques, de plus haute technicit� et, de ce fait, plus co�teux.</p><p>Historique</p><p>Les plus anciennes traces de fer travaill�, trouv�es � Our et datant de 3000</p><p>av. J.-C., proviennent de fer m�t�orique d�origine sid�rale. C�est dans les r�gions voisines du Caucase, vers 1600 av. J.-C., que se situe le berceau de la sid�rurgie, d�o� elle �migra aussi bien vers l�ouest que vers le sud et l�est, parmi diff�rents peuples de ces contr�es, les Chalybes, les Hittites et les Scythes. On trouve ainsi des objets en fer � partir de 1300 en Palestine, 1100 en Gr�ce, 800 en Inde et 600 av.</p><p>J.-C. en Chine. Une importante voie de p�n�tration de la sid�rurgie en Europe centrale a �t� la vall�e du Danube (civilisation de Hallstatt vers 800 av. J.-C.</p><p>et civilisation de La T�ne vers 500 av.</p><p>J.-C.), qui lui permit d�atteindre les r�gions celtiques et hispaniques vers 450 et l�Angleterre vers 300 av. J.-C.</p><p>De l�Antiquit� jusqu�au</p><p>Moyen �ge</p><p>Les techniques de bas fourneau, ou bas foyer, ont peu �volu� : le minerai de fer g�n�ralement riche �tait r�duit par du charbon de bois dispos� en couches, dans un four primitif de petites dimensions. Au trou creus� dans le sol s�est substitu� un four � cuve avec briquetage qui s��l�ve progressivement au-dessus du sol de 1 � 2 m et dont le tirage d�air naturel est remplac� par un soufflage � la base de la charge dans des conduits ou tuy�res o� l�air est envoy� par des soufflets actionn�s manuellement. On retirait du bas fourneau une �ponge de fer p�teuse qui devait �tre d�barrass�e de sa gangue</p><p>(charbon de bois, minerai non r�duit, scorie, cendres) par martelage ou cin-glage manuel avec r�chauffage de la masse, jusqu�� l�obtention d�une loupe de fer utilisable et parfois l�g�rement carbur�e (proc�d� catalan). Les objets �taient confectionn�s par forgeage de masses plus ou moins importantes et soudage entre elles.</p><p>Du XVe � la fin du XVIIe s.</p><p>La sid�rurgie est caract�ris�e par l�apparition du haut fourneau, dans la r�gion de Li�ge, par extension progressive du bas fourneau. De hauteur certes limit�e � environ 8 m, le haut fourneau � charbon de bois n�cessite une consommation notable de bois, correspondant � l�exploitation annuelle d�environ 100 ha de bois pour une production journali�re du four de l�ordre de 3 t de fonte � l��tat liquide. Cette fonte �tait utilis�e soit pour le moulage d�objets, dont les premiers datent du d�but du XVe s., soit pour �tre transform�e en fer par affinage oxydant et d�carburant. L�affinage consistait � refondre les gueuses de fonte dans un four � charbon de bois en pr�sence de scories oxydantes ; les proc�d�s r�gionaux, diff�rents par des d�tails technologiques de refusion de la fonte, �taient nombreux (m�thodes wallonne, allemande, styrienne, bourguignonne, comtoise, champenoise, nivernaise).</p><p>La masse ou loupe de fer, de 10 � 25 kg, ainsi obtenue �tait impure et spongieuse. Aussi devait-elle �tre forg�e � chaud, ou cingl�e � l�aide de mar-teaux hydrauliques pour aboutir � une barre dense et g�om�trique.</p><p>Du d�but du XVIIIe s. jusqu�au</p><p>milieu du XIXe s.</p><p>D�importants progr�s apparurent en Angleterre qui modifi�rent la sid�rurgie. En raison de la forte consommation de charbon de bois dans les hauts fourneaux � qui aboutit � de notables d�boisements de certaines r�gions �, des essais infructueux furent faits pour remplacer le charbon de bois par la houille, ou charbon de terre. En 1709, Abraham Darby (1678-1717) mit en service le premier haut fourneau � coke, qui permit d�atteindre de plus hautes temp�ratures et d��laborer des fontes de meilleure qualit� dans des</p><p>conditions plus �conomiques. L�affinage de la fonte ainsi �labor�e n�ces-sitait une am�lioration qu�apporta Henry Cort en 1784 par l�invention du downloadModeText.vue.download 175 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10130</p><p>puddlage : la fonte est fondue sans �tre en contact avec le combustible, dans un four r�verb�re � flamme avec une sole r�fractaire ; par un brassage �nergique du bain en fusion � l�aide d�un ringard, la fonte est d�carbur�e gr�ce � l�action de l�oxyg�ne de l�air, et une scorie visqueuse se forme. La loupe de fer p�teuse d�environ 30 kg ainsi p�niblement rassembl�e par l�ouvrier doit �tre ensuite cingl�e pour �liminer les scories entra�n�es. Ce proc�d� d�affinage a �t� utilis� jusqu�� la fin du XIXe s. sous sa forme originale, puisque la tour Eiffel (1889) est constitu�e par du fer puddl�.</p><p>Pour la fabrication de l�acier, vers 1740, l�Anglais Benjamin Huntsman r�ussit � fondre dans un creuset des charges h�t�rog�nes de barres de fer doux et de barres de fer partiellement carbur� ; ainsi naquit l�acier fondu au creuset, de meilleure qualit�, mais co�teux en raison de la limitation des charges et qui fut r�serv� � la confection des outils.</p><p>� cette m�me �poque, Ren� Antoine Ferchault de R�aumur (1683-1757), � la suite de ses travaux sur l�Art de convertir le fer forg� en acier et l�art d�adoucir le fer fondu (1722), mit au point un proc�d� de mall�abilisation de la fonte blanche par d�carburation superficielle et transformation � coeur ; cette fonte mall�able dite � � coeur blanc � r�sulte du traitement des pi�ces plac�es dans des caisses en contact avec un m�lange oxydant de minerai, de cendres, de chaux et de charbon de bois.</p><p>La seconde moiti� du XIXe s.</p><p>Au cours de cette p�riode apparurent les proc�d�s d�aci�rie qui boulevers�rent la sid�rurgie et permirent d�assurer les productions demand�es par</p><p>l�essor industriel de cette �poque ; avec des appareils am�lior�s de plus grande capacit�, ces proc�d�s sont toujours utilis�s actuellement.</p><p>En 1855, le m�tallurgiste anglais sir Henry Bessemer (1813-1898) r�alisa l�affinage de la fonte en acier par soufflage d�air � travers le bain de fonte en fusion dans une cornue r�fractaire, ou convertisseur. En raison du rev�tement acide du convertisseur, le proc�d� ne pouvait s�appliquer aux fontes phosphoreuses du bassin lorrain. Les Anglais Sidney Gilchrist Thomas et Percy Carlyle Gilchrist remplac�rent en 1876</p><p>le rev�tement acide par un rev�tement basique de dolomie et de magn�sie.</p><p>La fusion de l�acier dans un four � sole fut r�ussie en 1863 par le Fran�ais Pierre Martin (1824-1915) gr�ce, d�une part, au type de rev�tement acide avec briques de silice et de quartz qu�il utilisa et, d�autre part, au syst�me de r�-</p><p>cup�ration de chaleur invent� en 1856</p><p>par l�Allemand Friedrich von Siemens (1826-1904) avec son fr�re Wilhelm (1823-1883). Le proc�d� d�affinage de la fonte au four Martin-Siemens �tait n�, et ce sont les Fran�ais Pourcel et Varland qui le perfectionn�rent pour traiter les fontes phosphoreuses avec un rev�tement basique.</p><p>Apr�s les tentatives � partir de 1885</p><p>de l�Italien Ferrari, du Fran�ais Henri Moissan (1852-1907) et du Su�dois Kjellin pour effectuer la fusion de l�acier au four �lectrique, la naissance de l�aci�rie �lectrique date de 1900</p><p>avec l�invention par le Fran�ais Paul H�roult (1863-1914) du four � arc � sole non conductrice.</p><p>La p�riode contemporaine</p><p>� partir de la Seconde Guerre mondiale, de nouveaux progr�s furent r�alis�s dans les proc�d�s d��laboration, et de profondes modifications apparurent dans les structures �conomiques de la sid�rurgie. Alors qu�au d�but du XXe s.</p><p>le volume int�rieur d�un haut fourneau �tait de l�ordre de 750 m3 avec une production journali�re de 500 t de fonte, les r�cents hauts fourneaux, d�un volume de 4 500 m 3, atteignent une production journali�re de 10 000 � 13 000 t</p><p>de fonte. Cette notable augmentation de capacit� de production est due aux am�liorations propres au haut fourneau (dimensions, profil, soufflage, r�cu-p�rateur de chaleur Cowper, pression des gaz) et � la nature du minerai, plus riche en fer (minerais import�s, enrichis et agglom�r�s, pr�r�duits). Cette alimentation des appareils en minerais riches a modifi� l�implantation des usines sid�rurgiques : alors qu�au XIXe s. on construisait les usines sid�-</p><p>rurgiques pr�s des mines de fer ou pr�s des mines de charbon, les raisons �conomiques d�approvisionnement en minerais font situer maintenant les complexes sid�rurgiques dans des r�gions portuaires (Dunkerque, Fos-sur-Mer, Le Havre en France ; G�nes, Naples, Tarente en Italie ; etc.), au d�triment de r�gions anciennement industrialis�es (Lorraine).</p><p>Afin d�obtenir la qualit� des aciers Martin avec la capacit� de production des convertisseurs Thomas ou Bessemer, de nouveaux proc�d�s d�affinage de la fonte par soufflage � l�oxyg�ne pur ont �t� introduits � partir de 1949</p><p>(proc�d�s LD, Kaldo, O. L. P.), et leur d�veloppement est tel qu�aujourd�hui plus de la moiti� des aciers se trouve �labor�e par ces derniers. De nouvelles mutations provenant de l�application de la coul�e continue aux aciers, de la r�duction directe des minerais par des gaz hydrocarbon�s, de la fusion au four �lectrique � arc � haute puissance sp�cifique et des proc�d�s sp�ciaux de laminage en continu conduisent � des unit�s de production de semi-produits bien particuliers, les mini-aci�ries.</p><p>Minerais de fer</p><p>Les minerais les plus exploit�s pour l��laboration de la fonte au haut fourneau, et titrant de 30 � 70 p. 100 en fer, sont les suivants.</p><p>1. Les minerais oxyd�s anhydres � base d�oxyde ferrique Fe2O3, tels que l�h�matite rouge, l�h�matite oolithique, l�ocre rouge (compos�s non cristallis�s), sont exploit�s aux �tats-Unis (lac Sup�rieur), en U. R. S. S., en Espagne, en Afrique du Nord, au Br�sil, en Angleterre, et le fer ooligiste ou sp�culaire, cristallis�, exploit� en U. R. S. S.</p><p>et � l��le d�Elbe.</p><p>2. Les minerais oxyd�s hydrat�s, ou h�matites brunes, ont pour compos� de base l�oxyde 2 Fe2O3, 3 H2O, la go�thite ; une vari�t� globulaire ou oolithique constitue la minette phosphoreuse (0,7 p. 100 de phosphore), abondante en Lorraine. Une autre va-ri�t� oolithique courante, la limonite, se rencontre en U. R. S. S., aux �tats-Unis et en Su�de.</p><p>3. Les minerais riches � plus de 60 p. 100 de fer, � base de magn�tite Fe3O4, sont extraits en U. R. S. S., en Afrique du Nord et en Su�de.</p><p>4. Les minerais carbonat�s � base de carbonate ferreux FeCO3 sont exploit�s sous forme soit de sid�rose, ou fer spathique (Autriche, Pyr�n�es Orientales), soit de sph�rosid�rose, ou fer litho�de (Allemagne, Grande-Bretagne, Normandie).</p><p>5. Les minerais de fer mangan�s�s, recherch�s pour l��laboration de certaines fontes et ferro-alliages, sont extraits en U. R. S. S., au Br�sil, en Gr�ce et en Inde.</p><p>Apr�s leur extraction de la mine, les minerais de fer subissent une pr�-</p><p>paration physique et physico-chimique pour les d�barrasser de leur gangue st�-</p><p>downloadModeText.vue.download 176 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10131</p><p>rile, les amener dans un �tat physique favorable � leur traitement (porosit�, grosseur des particules, tenue m�canique des fragments) et les enrichir. Au lavage, au concassage et au criblage, pratiqu�s depuis longtemps, ont �t� adjoints des traitements d�enrichissement soit par grillage pour les minerais carbonat�s, soit par grillage et triage magn�tique pour les minerais riches en oxyde magn�tique Fe3O4, ou bien encore par traitement d�agglom�ration.</p><p>Ainsi, le minerai lorrain est agglom�r� dans des installations sur tables, fours tournants ou � cha�ne continue du type Dwight-Lloyd, ces derni�res pouvant atteindre une capacit� de production de</p><p>15 000 t/j de minerai agglom�r�. Un lit d�agglom�ration � constitu�, par exemple, de 78 parties de minerai � 30 p. 100 de fer, 9 parties de minerai � 40 p. 100 de fer, 3 parties de poussi�res de r�cup�ration de gaz de haut fourneau et d�aci�rie, 1 partie de battitures de laminage et 9 parties de fines de houille et poussier de coke � permet d�obtenir 65 parties d�agglom�r� � 47 p. 100 de fer. Certains proc�d�s d�enrichissement par boulettage ou pelletisation (boulettes ou pellets d�un diam�tre de l�ordre de 10 mm) ainsi que la pr�r�duction des minerais contribuent � am�liorer le rendement des hauts fourneaux et la qualit� de la fonte.</p><p>Obtention de la fonte</p><p>au haut fourneau</p><p>Four � cuve de fusion r�ductrice, le haut fourneau r�alise la r�duction du minerai de fer par le carbone qui aboutit au fer, mais, en raison du milieu fortement carburant, ce dernier forme un alliage liquide, la fonte, dont la teneur en carbone est de 3 � 4 p. 100 et qui est recueillie � la base de l�appareil. �</p><p>la partie sup�rieure de l�installation, dans le gueulard, sont introduites les charges : minerai de fer (brut, agglom�r� ou pr�r�duit), coke m�tallurgique et un fondant, la castine. Le coke m�tallurgique, caract�ris� par sa r�sistance � l��crasement, sa porosit� et sa puret� (absence de cendres, de soufre, de phosphore), est obtenu par traitement de la houille dans une coke-rie, souvent int�gr�e aux installations sid�rurgiques ; son r�le est de servir � la fois de combustible et d��l�ment r�ducteur. Le fondant a pour but d��liminer la gangue du minerai en formant un laitier fusible dont le trou de coul�e est situ� au-dessus de celui de la fonte.</p><p>Le fondant doit �tre adapt� � la nature de la gangue. Celle-ci �tant g�n�ralement siliceuse et alumineuse, le fondant est constitu� par de la castine � base de carbonate de calcium, ce qui aboutit � la formation d�un laitier de silico-aluminate de calcium.</p><p>Pour assurer la combustion du coke, on envoie un courant d�air chaud, ou vent, souffl� par des tuy�res situ�es dans la partie basse de l�appareil au</p><p>niveau de l�ouvrage. Du gueulard s��chappent des gaz chauds contenant approximativement 55 p. 100 d�azote, 25 p. 100 de monoxyde de carbone et 15 p. 100 de bioxyde de carbone, qui, apr�s captage et �puration, sont, en partie, utilis�s pour le chauffage du vent dans des r�cup�rateurs, ou cowpers, constitu�s par des briquetages alv�ol�s qu�ils �chauffent ; apr�s un �chauffement suffisant des briquetages, on envoie de l�air en sens inverse qui r�cup�re la chaleur et est souffl� vers les tuy�res. Chaque haut fourneau est muni d�au moins deux r�cup�rateurs cowpers, chacun d�eux fonctionnant alternativement en �chauffement et en refroidissement. Ce sont des tours de grandes dimensions, en rapport avec la capacit� des hauts fourneaux qu�elles alimentent, d�une hauteur de 40 m environ et d�un diam�tre de pr�s de 10 m.</p><p>Le haut fourneau est le si�ge de r�actions physico-chimiques complexes ainsi que d��changes thermiques qui s��chelonnent � ses diff�rents niveaux et r�sultent des deux courants principaux �tablis en sens inverse : les charges solides qui descendent en 15</p><p>ou 20 heures pour former la fonte et le laitier, et le courant gazeux ascendant qui traverse l�appareil en une demi-minute. En partant de l�introduction du minerai � la partie sup�rieure, les principales r�actions sont les suivantes.</p><p>y Dans la zone sup�rieure de la cuve s�effectuent l��ventuelle dessiccation du minerai et des autres charges, d�autant plus limit�e que la proportion de minerai agglom�r� est importante, ainsi que la d�composition des carbonates (sid�rose d�compos�e en sesquioxyde de fer).</p><p>y Dans la zone m�diane de la cuve se poursuivent les r�actions de r�duction des oxydes de fer, successivement en oxyde magn�tique Fe3O4, puis en protoxyde FeO :</p><p>3 Fe2O3 + CO 7 2 Fe3O4 + CO2 ;</p><p>Fe3O4 + CO   3 FeO + CO2.</p><p>Cette zone est �galement le si�ge d�importants �changes thermiques, ce qui permet aux charges solides d�atteindre</p><p>la temp�rature des gaz vers 900 �C et explique son r�le de r�gulateur thermique dans le cas de variations des conditions de soufflage du vent.</p><p>y Dans la zone du ventre s�effectue la r�duction du protoxyde en fer :</p><p>FeO + CO   Fe + CO2.</p><p>y Dans la zone des �talages, plusieurs r�actions se poursuivent simultan�-</p><p>ment, notamment la carburation partielle du fer par l�oxyde de carbone aboutissant � la formation de la fonte (alliage de fer et de carbure c�mentite Fe3C), qui entre en fusion en raison de la temp�rature tr�s �lev�e de cette r�gion :</p><p>3 Fe + 2 CO   Fe3C + CO2.</p><p>D�autres r�actions importantes pour la qualit� de la fonte, amorc�es dans les zones sup�rieures, atteignent leur pl�-</p><p>nitude et permettent la r�partition des divers �l�ments des charges : les phosphates sont d�compos�s et r�duits et le phosphore passe int�gralement dans la fonte ; la silice provenant des silicates est partiellement r�duite et le silicium lib�r� passe dans la fonte, alors que la partie non r�duite de la silice sert � la confection du laitier ; l�oxyde de mangan�se r�duit par le carbone et le silicium lib�re le mangan�se, qui se r�partit entre la fonte et le laitier ; la chaux, l�alumine et la magn�sie ne sont pas r�duites et constituent le laitier.</p><p>y Dans la r�gion de l�ouvrage o� d�-</p><p>bouchent les tuy�res d�amen�e d�air se produisent la combustion du coke avec formation de monoxyde de carbone, principal �l�ment r�ducteur de l�appareil, ainsi que la d�sulfuration gr�ce � l�action d�un laitier riche en chaux.</p><p>y Dans le creuset, les liquides se rassemblent, le laitier surnageant sur la fonte, ce qui permet leur coul�e s�par�e.</p><p>Les types de fontes �labor�s au haut fourneau r�sultent non seulement de la composition des minerais (teneur en fer et en mangan�se, nature de la gangue), mais de la temp�rature atteinte dans</p><p>l�appareil. Cette derni�re est conditionn�e par la temp�rature de fusion du laitier, dont le r�le pr�pond�rant sur la marche du haut fourneau permet d�obtenir suivant les conditions :</p><p>� des fontes d�affinage servant � l��laboration de l�acier et dont la composition est adapt�e au proc�d� d�affinage ult�rieur : soit fonte blanche au mangan�se et � faible teneur en silicium, avec une proportion notable en phosphore pour les proc�d�s basiques d�aci�rie (� l�oxyg�ne, Thomas ou Martin), soit fonte grise riche en silicium et en mangan�se et non phosphoreuses pour les proc�d�s acides d�aci�rie (� l�oxyg�ne, Bessemer ou Martin) ;</p><p>� des fontes grises de moulage, soit mises en forme directement � la sortie du haut fourneau, soit refondues aux cubilots pour alimenter les fonderies ;</p><p>� des ferro-alliages � forte teneur en mangan�se et en silicium, principalement utilis�s en aci�rie comme additions finales pour la d�soxydation du bain et son ajustement en �l�ment d�alliage (ferromangan�se, ferrosilicium, spiegel).</p><p>Parmi les am�liorations apport�es au fonctionnement du haut fourneau afin d�augmenter sa production, ce sont celles qui sont relatives aux conditions de soufflage du vent qui sont les plus sensibles. Tout d�abord, pour mieux ma�triser les r�actions chimiques, il est n�cessaire que le courant de gaz ascen-downloadModeText.vue.download 177 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10132</p><p>dant ait une vitesse uniforme dans toute la charge, ce qui est favoris� en maintenant une contre-pression au niveau du gueulard, c�est-�-dire une surpression qui atteint dans certains appareils 1,5 � 2 bar. D�autres am�liorations sont apport�es par l�augmentation de la temp�rature du vent, de 900 � 1 300 �C : l�enrichissement du vent en oxyg�ne, l�injection dans le vent de fuel, de charbon pulv�ris�, de vapeur d�eau ou d�hydrocarbures (gaz naturel).</p><p>Proc�d�s d�aci�rie</p><p>L�acier est �labor� en majeure partie par affinage de la fonte, mais aussi par refusion de ferrailles r�cup�r�es et, en quantit� encore limit�e, par r�duction directe du minerai. La fonte sortant du haut fourneau est maintenue en fusion dans une poche de grande capacit�, le m�langeur, dont le r�le est d�homog�n�iser la composition de la fonte provenant de plusieurs appareils, de constituer un stockage interm�-</p><p>diaire et de poursuivre le traitement de d�sulfuration.</p><p>Le principe de l�affinage de la fonte en acier consiste � oxyder s�lectivement les �l�ments pr�sents avec le fer pour les �liminer soit totalement, soit partiellement sous forme gazeuse ou sous forme d�oxydes fix�s par le laitier, d�o� l�importance de la nature du rev�tement (acide ou basique) en relation avec la nature pr�dominante de ces �l�ments. Deux principales classes de proc�d�s sont utilis�es.</p><p>y Proc�d�s de convertissage par soufflage d�air ou d�oxyg�ne pur. Ces proc�d�s ne n�cessitent pas de chauffage des appareils en raison de l�apport calorifique provenant des r�actions exothermiques d�oxydation des �l�ments.</p><p>Ainsi, par tonne de fonte, la chaleur fournie par l�oxydation de chaque �l�ment est d�environ 98 000 kcal pour le phosphore, 75 000 kcal pour le carbone, 50 000 kcal pour le silicium et 30 000 kcal pour le manga-n�se. Cet apport compense largement les effets de refroidissement du bain par le soufflage et les d�perditions calorifiques diverses. Il permet au contraire un �chauffement qui maintient en fusion le bain, dont le point de fusion s�est �lev� d�environ 300 �C.</p><p>Par suite de l�insufflation, ces proc�-</p><p>d�s sont rapides et durent en g�n�ral de 20 � 40 mn.</p><p>y Proc�d�s avec chauffage de l�appareil, soit four � sole (proc�d� Martin), soit four �lectrique � arc (aci�rie �lectrique). Dans ces proc�d�s, l�oxydation du bain s�effectuant lentement par l�action du laitier, il faut maintenir le bain en fusion pendant un temps assez long qui peut atteindre 8 heures.</p><p>Quel que soit le proc�d�, l�oxydation des �l�ments � �liminer entra�ne une oxydation partielle du bain ferreux, ce qui oblige en fin d�op�ration � une d�soxydation par addition de ferro-alliages, qui permettent �galement d�ajuster la teneur en certains �l�-</p><p>ments, tel le carbone.</p><p>Le choix du proc�d� d�aci�rie est li� � des consid�rations � la fois techniques (qualit� d�acier � obtenir, nature de la fonte d�origine) et �conomiques (approvisionnement en fonte et en ferraille, rendement des appareils, prix des combustibles).</p><p>Proc�d�s de soufflage d�air</p><p>aux convertisseurs Thomas</p><p>ou Bessemer</p><p>On introduit de 30 � 80 t de fonte liquide dans une cornue en t�le rev�-</p><p>tue int�rieurement de briques r�fractaires et dont le fond se compose d�une plaque perc�e de 100 � 200 trous, ou tuy�res, par lesquels on insuffle l�air sous une pression de l�ordre de 2,5 bar en provenance d�une bo�te � vent. Dans le proc�d� Thomas, le rev�tement int�-</p><p>rieur, constitu� de briques de chaux et de dolomie, est basique en raison de la nature phosphoreuse de la fonte � traiter (fontes lorraines). Dans le proc�d� Bessemer (non utilis� en France, � l�exception de quelques fonderies), le rev�tement, constitu� de briques siliceuses, est acide, ce qui permet le traitement des fontes non phosphoreuses (les plus courantes dans le monde). La fonte �tant vers�e par l�unique ouverture sup�rieure ainsi que la chaux et une charge �ventuelle de ferraille, on souffle l�air imm�diatement en redressant la cornue ; dans le proc�d� Thomas, l�affinage comporte les phases successives suivantes :</p><p>� la p�riode des �tincelles, correspondant au d�but de la combustion du carbone (�limin� sous forme de monoxyde de carbone gazeux) et � la combustion du silicium et du mangan�se, transform�s en oxydes, fix�s dans le laitier :</p><p>� la p�riode des flammes, durant laquelle br�le la majeure partie du</p><p>carbone ;</p><p>� la p�riode des fum�es rousses</p><p>d�oxyde de fer FeO, correspondant �galement � la d�phosphoration du bain par l�action de l�oxyde ferreux avec formation d�anhydride phosphorique P2O5, qui, r�agissant avec la chaux, forme une scorie phosphoreuse :</p><p>2 P + 5 FeO 7 P2O5 + 5 Fe ;</p><p>P2O5 + 4 CaO 7 P2O5, 4 CaO</p><p>(scorie) ;</p><p>� la p�riode finale de d�crassage du bain par basculement de la cornue et �limination de la scorie, puis l�addition de d�soxydant (ferromangan�se) et de recarburant �ventuel (spiegel).</p><p>Proc�d�s de soufflage �</p><p>l�oxyg�ne pur (oxyd�rurgie)</p><p>En progression constante, ces proc�d�s se substituent aux proc�d�s classiques de soufflage � l�air et Martin. L�int�r�t de l�oxyg�ne pur est de permettre un rendement calorifique sup�rieur en ne chauffant pas de l�azote inerte, d�o� la possibilit� de charger des quantit�s su-p�rieures de ferrailles dans des cornues de plus grande capacit�, ce qui abaisse le prix de revient. De plus, les aciers �labor�s de cette fa�on atteignent un niveau de qualit� semblable � celui des aciers �labor�s par le proc�d� Martin et pr�sentent m�me une tr�s faible teneur en azote (inf�rieure � 0,004 p. 100), recherch�e pour les t�les d�emboutis-sage pour carrosserie (absence du ph�-</p><p>nom�ne de vieillissement).</p><p>Ces proc�d�s sont pratiqu�s dans des cornues � fond plein, l�oxyg�ne �tant insuffl� par une lance � la surface du bain, ce qui entra�ne une vive r�action � l�impact du jet gazeux avec �l�vation de temp�rature et bouillonnement favorable aux �changes entre le bain et le laitier. Les principaux sont les suivants.</p><p>y Proc�d� LD (Linzer-D�senverfahren). Cr�� le premier en 1949 � l�usine de la V�EST � Linz en Autriche, il utilise une cornue dont la capacit� atteint de 200 � 300 t d�acier, en raison</p><p>de la forme de l�appareil. L�op�ration, qui dure environ 20 mn, comporte successivement : le chargement des ferrailles et des riblons ; le versement de la fonte liquide ; le chargement de la chaux ; le soufflage de l�oxyg�ne ; puis, pour terminer, l��limination du laitier, le d�crassage du bain et les additions finales � la coul�e. Une variante, le proc�d� LD Pompey, est particuli�rement adapt�e au traitement des fontes phosphoreuses.</p><p>y Proc�d� O. L. P. (oxyg�ne lance-poudre). Mis au point par l�Irsid (Institut de recherche de la sid�rurgie), il est caract�ris� par sa d�phosphoration active gr�ce � l�injection de chaux en poudre dans le bain par une lance, dans le jet d�oxyg�ne.</p><p>y Proc�d� Kaldo. Il a �t� r�alis� industriellement par le professeur M. B. Kalling � l�usine de Domnarvet (Su�de). La fonte est introduite dans une cornue tournante et bascu-lante maintenue en position proche de l�horizontale, l�oxyg�ne �tant insuffl� par une lance faisant un angle faible avec la surface du bain. La combinaison de la rotation de la cornue (30 tr/</p><p>downloadModeText.vue.download 178 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10133</p><p>mn) avec un d�bit convenable d�oxyg�ne permet un �change calorifique et un contact bain-laitier favorables aux r�actions d�affinage.</p><p>Proc�d� Martin-Siemens</p><p>Ce proc�d� d�affinage sur sole se pratique dans un four � r�verb�re de grande capacit�, pouvant atteindre 600 t et chauff� par les flammes de combustion de gaz hydrocarbon�s ou de fuel.</p><p>Pour permettre la fusion de l�acier, il est n�cessaire d�envoyer dans le four de l�air pr�chauff� dans le r�cup�rateur de chaleur invent� par Siemens.</p><p>Ce r�cup�rateur, plac� sous le four, est compos� de chambres briquet�es dans lesquelles circulent les gaz chauds provenant de la combustion ; lorsque ces briquetages sont suffisamment �chauff�s, un syst�me d�inversion permet</p><p>d�envoyer le courant d�air comburant � r�chauffer. L�oxydation des �l�ments s�effectuant principalement par l�action du laitier, l�op�ration, de ce fait, demande de 8 � 10 heures. Suivant la nature des charges, le rev�tement est basique ou acide, ce qui correspond � deux variantes du proc�d�.</p><p>y Proc�d� � marche basique. C�est le plus courant. Lorsque le chargement est compos� de fonte liquide, de riblons et de chaux (proc�d� aux riblons ou scrap process), l�affinage s�effectue � la fois par oxydation et par dilution des impuret�s. Lorsque le chargement est compos� de fonte liquide, de minerai et de chaux (proc�d� au minerai ou ore process), l�affinage par oxydation s�effectue par le laitier basique et par le minerai de fer, pauvre en silicium.</p><p>y Proc�d� � marche acide. Le chargement est g�n�ralement compos�</p><p>d�un tiers de fonte et de deux tiers de riblons. Il est indispensable de disposer de produits exempts de soufre et de phosphore.</p><p>Apr�s d�crassage, le bain doit �tre d�soxyd� et recarbur�. En raison des variantes possibles et de la lenteur des r�actions, plus facilement contr�lables, ce proc�d� poss�de une grande souplesse de production en fonction des approvisionnements en mati�res premi�res et permet l��laboration directe d�aciers ordinaires � diff�rentes teneurs en carbone ainsi que d�aciers sp�ciaux.</p><p>Longtemps consid�r� comme le pro-c�d� donnant les aciers ordinaires de meilleure qualit�, il est concurrenc� et en r�gression par rapport aux proc�d�s d�affinage � l�oxyg�ne, qui permettent l��laboration d�aciers de qualit� �quivalente � un prix de revient inf�rieur.</p><p>Proc�d� au four �lectrique</p><p>Utilis� pour la production d�aciers fins, d�aciers sp�ciaux, de ferro-alliages et de fontes synth�tiques, il fait appel au four �lectrique � arc, type H�roult, � sole et � vo�te non conductrices du courant. Ce four, g�n�ralement � trois �lectrodes en graphite ou en coke de p�trole traversant la vo�te mobile, poss�de un rev�tement r�fractaire le plus</p><p>souvent � caract�re basique permettant la d�phosphoration. Bien que d�un prix de revient encore �lev� conditionn� par le prix du courant �lectrique, ce proc�d� est de plus en plus employ� en raison de nombreuses particularit�s : possibilit� d�obtenir de hautes temp�ratures avec l�arc �lectrique, ce qui facilite les r�actions ; atmosph�re du four normalement r�ductrice ; r�alisation de laitier oxydant pour l��limination du phosphore et du silicium ; production de laitier r�ducteur pour l��limination du soufre, cette d�sulfuration �tant particuli�rement appr�ci�e dans ce proc�d�. Une op�ration au four �lectrique comporte en g�n�ral l�introduction des charges en proportions variables (chaux, minerai de fer et de mangan�se, oxyde de fer sous forme de battitures, riblons ou ferrailles et fonte), la fusion, l�oxydation du bain, le d�crassage de la scorie oxyd�e, la d�soxydation du bain par addition de produits carbon�s, chaux et spath-fluor (laitier blanc), accompagn�e de d�sulfuration, l�ajustement de la composition par les additions finales et la coul�e. La capacit� des fours �lectriques classiques, qui est de 30 � 100 t, atteint 400 t pour les fours U. H. P. (ultra-haute puissance).</p><p>Proc�d�s sp�ciaux d�aci�rie</p><p>Ceux-ci sont adapt�s � l��laboration de nuances particuli�res d�aciers ou conditionn�s par des imp�ratifs �conomiques r�gionaux.</p><p>y L��laboration de l�acier au creuset (appel� improprement acier</p><p>� fondu �) s�op�re par fusion et affinage de fer et de fonte de haute puret�, dans un four �lectrique � induction � moyenne ou haute fr�quence.</p><p>L�acier ainsi �labor� est utilis� pour les outillages de qualit�.</p><p>y L��laboration par refusion sous laitier �lectroconducteur de l�acier � affiner, constituant l��lectrode consommable, fait appel � un arc �lectrique qui passe � travers le laitier conducteur et protecteur du bain, ce qui permet un affinage par le contact intime de l�alliage liquide avec le laitier. On obtient ainsi des aciers de haute qualit� pour les outils et les roulements.</p><p>y Le proc�d� Ugine-Perrin consiste � verser l�acier provenant d�une cornue Thomas dans une poche d�affinage contenant un laitier �labor� au pr�alable au four �lectrique. Le brassage de la masse et l��mulsion acier-laitier conduisent � un affinage recherch� pour l�acier doux utilis� � la fabrication de t�les de carrosseries.</p><p>y Le proc�d� Duplex combine un</p><p>affinage pr�alable au convertisseur Thomas ou au four Martin avec un affinage final au four �lectrique � arc.</p><p>y Le proc�d� Talbot est un proc�d� Martin semi-continu, un tiers approximativement de la charge �tant coul� par cycle.</p><p>y Les proc�d�s de r�duction directe du minerai de fer, r�cents et nombreux, se d�veloppent industriellement dans des pays peu �quip�s en sid�rurgie classique tels l�Am�rique latine, la Gr�ce, l�Iran, l�Arabie, etc.</p><p>Le principe de ces diff�rents proc�-</p><p>d�s consiste � r�duire le minerai riche en fer pour obtenir directement du fer sous forme d��pong�s ou de fragments (boulettes) utilis�s pour l��laboration d�aciers par refusion au four �lectrique avec des ferrailles. Deux groupes de proc�d�s se distinguent par la nature du r�ducteur : soit solide (charbon), dans des fours � cuves verticaux ou tournants horizontaux, soit gazeux (hydrog�ne, gaz naturel, gaz naturel enrichi en vapeur d�eau ou en oxyg�ne).</p><p>Proc�d�s de coul�e</p><p>Ceux qui sont utilis�s en aci�rie sont de trois types, suivant la qualit� et le type de produit � obtenir.</p><p>y La coul�e classique en lingoti�res de fonte est utilis�e pour le moulage de lingots de quelques tonnes � 10 tonnes, qui sont ensuite forg�s ou lamin�s. Exceptionnellement, on coule des lingots de 100 � 200 t pour le forgeage de tr�s grosses pi�ces.</p><p>L�affinage et le mode de refroidissement lors du lingotage conditionnent des qualit�s diff�rentes d�aciers : l�acier est dit � effervescent � ou</p><p>� mousseux � lorsqu�on laisse s�effectuer le d�gagement des gaz dissous, ce qui entra�ne un balayage des impuret�s vers le coeur en laissant une peau saine favorable aux produits lamin�s ; l�acier est dit � calm� � lorsqu�on ajoute dans la poche de coul�e des d�soxydants (aluminium, silicium, titane) qui fixent les gaz, emp�chent leur d�gagement, d�o� un refroidissement calme du lingot et une puret� d�ensemble plus homog�ne, mais il se forme en t�te du lingot une poche qui doit �tre chut�e (retassure) ; l�acier est dit � semi-calm� � ou � bloqu� �</p><p>lorsque le refroidissement, d�abord effervescent, est arr�t� par un moyen chimique ou m�canique.</p><p>y La coul�e sous vide, sous atmos-ph�re rar�fi�e ou sous atmosph�re de protection permet d�obtenir des aciers de qualit� exempts de gaz (aciers � roulement, aciers inoxydables). On op�re soit par d�gazage de la poche de coul�e plac�e dans une enceinte sous vide, soit par circulation du bain dans une chambre de d�gazage, ou bien encore par �coulement du bain dans la lingoti�re plac�e dans une enceinte sous vide. Pour de plus faibles tonnages, le four � chauffage par induction et la lingoti�re sont plac�s dans une enceinte � air rar�fi�, ce qui permet un d�gazage aussi bien durant la fusion qu�au moment de la coul�e.</p><p>y La coul�e continue, bien que pratiqu�e depuis longtemps pour les downloadModeText.vue.download 179 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10134</p><p>m�taux non ferreux, n�est apparue que vers 1950 pour l�acier. Son d�-</p><p>veloppement rapide a profond�ment modifi� la transformation des semi-produits en simplifiant la gamme des op�rations successives. En coulant directement des billettes, des blooms, des brames, des barres ou des tubes, on a supprim� les op�rations co�teuses de manutention, de r�chauffage et de laminage (blooming, d�grossissage).</p><p>Mini-aci�ries</p><p>Ce sont des aci�ries de taille r�duite dont la caract�ristique est d��laborer directement l�acier et de le transformer en semi-produits sp�cifiques tels que fil machine, fers � b�ton, tubes ou bandes. Les installations d�une mini-aci�rie comportent, pour une production annuelle de 100 000 � 400 000 t de semi-produits :</p><p>� une unit� d��laboration de l�acier, soit par r�duction directe, soit au four �lectrique � arc aliment� en ferrailles et en concentr�s pr�r�duits ;</p><p>� une unit� de coul�e continue permettant la coul�e directe de produits �bauch�s ;</p><p>� une unit� de transformation des produits �bauch�s en semi-produits, par laminage � chaud ou � froid, ou par �tirage.</p><p>Les mini-aci�ries se sont d�velop-p�es r�cemment gr�ce � l��volution des proc�d�s de r�duction directe des minerais, de pr�r�duction, de fusion au four �lectrique � ultra-haute puissance, de coul�e continue et de laminage � grande vitesse. � l�inverse des aci�ries traditionnelles, leur implantation se situe plus particuli�rement dans des r�gions de consommation des semi-produits.</p><p>Proc�d�s de mise en</p><p>forme des produits</p><p>Pour atteindre le stade des semi-produits mis en �tat de commercialisation, des op�rations de formage m�canique sont n�cessaires et leur succession est adapt�e � la nature, � la forme et aux dimensions des produits finaux. � partir des lingots d�acier, les principales op�rations sont les suivantes :</p><p>� le r�chauffage des lingots dans des fours Pits verticaux ;</p><p>� le laminage � chaud des lingots (train blooming) pour l�obtention des blooms et des brames ;</p><p>� le laminage � chaud des blooms et des brames r�chauff�s (train d�grossis-seur gros, moyen ou petit) ;</p><p>� le laminage � chaud ou � froid sur</p><p>des trains finisseurs sp�ciaux adapt�s au type de produit (train � rails, train � profil�s, train � fil machine, train � t�les fortes, train � t�les fines, train � bandes, train � feuillard, etc.).</p><p>Une grande diversit� de produits est obtenue gr�ce � la vari�t� de types de laminoirs provenant de leurs dimensions, de la forme des cylindres (lisses, plats, bomb�s, cannel�s), du nombre de cylindres par train (duo, trio, quarto, multicylindres type Sendzimir � 20 cylindres), du fonctionnement � chaud (de 900 � 1 200 �C) ou � froid, de la disposition des cages c�te � c�te ou les unes derri�re les autres et de la succession des phases de laminage en continu ou par passes discontinues.</p><p>Des op�rations annexes, dites � de parach�vement �, participent � la fabrication des semi-produits sous diverses formes :</p><p>� op�rations m�caniques telles que le dressage des barres, le cisaillage, le refendage, le planage des t�les, l��cri-quage, etc. ;</p><p>� traitements thermiques de chauffage avant d�formation m�canique, de recuit physico-chimique, de recuit de normalisation ou de d�tente, de trempe et de revenu (barres, rails) ;</p><p>� op�rations chimiques de d�capage et d�graissage ;</p><p>� op�rations thermochimiques</p><p>de plombage, d��tamage, de</p><p>galvanisation ;</p><p>� op�rations de rev�tements �lectrolytiques par cuivrage, laitonnage, �tamage, nickelage, etc. ;</p><p>� op�rations de recouvrement superficiel, principalement sur t�les, bandes et feuillards (laques, vernis, plastiques).</p><p>Les �bauches de pi�ces de grandes dimensions (arbre de turbine) sont obtenues � partir de lingots par forgeage � chaud � la presse ou au marteau-pilon, par op�rations successives de r�chauffage et de d�formation.</p><p>R. Le R.</p><p>F Acier / Coul�e / �laboration des m�taux et alliages / �lectrom�tallurgie / Fer / Fonderie /</p><p>Fonte / Forgeage / Four / Laminage / M�tallurgie</p><p>/ Rev�tement de surface / Traitement thermique.</p><p>G. Collet et P. Dibos, la Fonte (Bailli�re, 1931). / G. R. Bashforth, The Manufacture of Iron and Steel (Londres, 1948-1951 ; 2 vol.). /</p><p>C. Chaussin et G. Hilly, M�tallurgie, t. II : �laboration des m�taux (Dunod, 1949 ; 8e �d., 1972).</p><p>/ J. Ferry et R. Chatel, l�Acier (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1953 ; 2e �d., 1959). / H. Bourdon, Aci�ristes et fondeurs : le four �lectrique basique (Dunod, 1957). / L. Colombier, M�tallurgie du fer (Dunod, 1957). / H. Lecompte, Cours d�aci�rie (�d. de la Revue de m�tallurgie, 1962).</p><p>/ B. Gille, Histoire de la m�tallurgie (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1966). / La Fonte et l�acier (Dunod, 1970).</p><p>Les principales</p><p>soci�t�s de sid�rurgie</p><p>(V. aussi M�TALLURGIE.)</p><p>Aci�ries r�unies de Burbach, Eich, Dudelange (A. R. B. E. D.), soci�t� luxembourgeoise constitu�e en 1882</p><p>sous la d�nomination de Soci�t� anonyme des hauts fourneaux et forges de Dudelange et qui a pris son nom actuel � la suite de sa fusion en 1911 avec la soci�t� des Forges d�Eich, Le Gallais Metz et Cie cr��e en 1865 et avec la soci�t� des Mines du Luxembourg et des Forges de Sarrebruck, fond�e en 1856. En 1967, A. R. B. E. D. absorbe une autre soci�t� luxembourgeoise, la soci�t� Hadir. Tr�s continentale, son activit� est compl�t�e par l�exploitation d�une usine sur l�eau, en Belgique, par le biais de sa filiale Sidmar, dont elle d�tient 51 p. 100 du capital. Ainsi, le groupe, dont cinq usines assurent la fabrication des produits de base et de semi-produits, est-il l�un des premiers de son secteur en Europe.</p><p>Armco Steel, soci�t� sid�rurgique am�ricaine fond�e en 1900 sous la d�nomination de The American Rolling Mill Co. Situ�e au tout premier rang des affaires am�ricaines de sid�rurgie, cette soci�t� est un groupe industriel int�gr�. Extraction de mati�res premi�res, production d�acier et de</p><p>demi-produits constituent les diff�rents �l�ments de la cha�ne de ses fabrications. Le groupe absorbe en 1958 la National Supply Company et, en 1969, la soci�t� Hitco, qui, en lui apportant leurs sp�cialit�s (mat�riel de forage et structures en fer pour l�a�ronautique), lui permettent de d�velopper la gamme de ses productions. Quatre divisions regroupent les activit�s de l�ensemble r�parties sur le territoire des �tats-Unis : la division � acier �, qui produit pr�s de 9 millions de tonnes, la division</p><p>� demi-produits �, la division � biens d��quipement p�troliers � et la division</p><p>� structures m�talliques �. Une cinqui�me division coordonne les activit�s downloadModeText.vue.download 180 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10135</p><p>internationales du groupe.</p><p>Bethlehem Steel Corporation, soci�t� am�ricaine fond�e en 1904. Son activit� principale est la fabrication et la vente de fer et d�acier sous forme de feuillards, de bandes, de profil�s, de plaques ou de fils. Les demi-produits (tubes, pi�ces d�assemblage, poutrelles de renforcement) s�intercalent entre les produits de base et les biens d��quipement (mat�riel ferroviaire, structures m�talliques pour le g�nie civil) ou la grosse chaudronnerie (construction, navale, r�servoirs). Pour diversifier et d�velopper ses activit�s de base, ce groupe, qui est le deuxi�me de l�industrie sid�rurgique aux �tats-Unis, s�int�resse aux transports de minerais, � la production de mati�res plastiques et m�me � la promotion immobili�re.</p><p>Avec une production annuelle de plus de 18 Mt, Bethlehem Steel Corporation est l�un des � g�ants � de la sid�rurgie mondiale. Treize aci�ries implant�es aux �tats-Unis, six usines de transformation, sept chantiers navals et une trentaine d�autres usines lui permettent de r�aliser un chiffre d�affaires de plus de 3 milliards de dollars.</p><p>British Steel Corporation, soci�t� anonyme britannique cr��e en 1967 par la loi sur le fer et l�acier et constitu�e par les apports de quatorze soci�t�s sid�rurgiques priv�es. Un plan de r�or-</p><p>ganisation et de d�veloppement �tabli jusqu�en 1972, et suivi � cette date d�un second plan d�investissements pr�vu sur dix exercices, place la British Steel Corporation parmi les tout premiers producteurs d�acier dans le monde. En 1971, la nationalisation de la gestion du groupe conduit � la cr�ation de six divisions sp�cialis�es par produit et r�parties g�ographiquement en six r�-</p><p>gions. La division � aciers �, rattach�e � la r�gion de Glasgow, produit des billettes, des blooms, des palplanches, des barres et autres produits en acier.</p><p>La division � aciers sp�ciaux �, qui fabrique les m�mes produits, mais en aciers sp�ciaux, d�pend de la r�gion de Sheffield. Install�e dans la r�gion de Cardiff, la division � trains � bandes �</p><p>produit en particulier l�ensemble des t�les et feuillards de diverses �paisseurs que ce proc�d� permet de r�aliser. La division � tubes � concentre ses productions dans la r�gion de Corby.</p><p>La division � g�nie civil �, sise � Bed-ford, produit toutes les structures et charpentes n�cessaires au g�nie civil.</p><p>Enfin, une division annexe � l�activit� sid�rurgique, la division � produits chimiques �, implant�e dans la r�gion de Chesterfield, fournit divers produits chimiques de base dont certains d�riv�s du p�trole. Toutes ces divisions int�grent la fabrication des produits semi-finis. Mais les produits de base concentrent l�essentiel de l�activit� du groupe, dont la production annuelle de 25 � 30 Mt d�acier le situe au premier rang en Europe.</p><p>Cockerill-Ougr�e-Providence (So-</p><p>ci�t� anonyme), soci�t� belge constitu�e en 1955 par voie de fusion de la soci�t� anonyme John Cockerill, de la soci�t� anonyme d�Ougr�e-Marihaye et de la soci�t� anonyme Compagnie des fers blancs et t�les � froid Ferbla-til. En 1966, elle prend sa d�nomination actuelle apr�s absorption de la Soci�t� anonyme des laminoirs, hauts fourneaux, forges, fonderies et usines de La Providence et devient l�un des plus importants groupes sid�rurgiques europ�ens. Elle renforce encore sa position en se rapprochant en 1969</p><p>de la firme belge Esperance-Langdoz, puis en fusionnant en 1970 avec cette affaire. D�s lors, le groupe, qui produit plus de 7 Mt d�acier, se place parmi les</p><p>cinq premiers producteurs europ�ens.</p><p>Sa production, totalement int�gr�e de la mine de coke � la fabrication de demi-produits, est assur�e par quatre groupes d�usines, dont deux sont situ�s dans le nord de la France. Une quarantaine de filiales compl�tent les actifs de cet ensemble sid�rurgique.</p><p>Denain Nord-Est-Longwy, soci�t�</p><p>fran�aise dont la fondation remonte � 1881 sous la d�nomination de Soci�t� anonyme des forges et aci�ries du Nord et de l�Est, laquelle a absorb� en mai 1966 la soci�t� Denain-Anzin, prenant alors le nom de Denain Nord-Est, puis, � la fin de l�ann�e 1966, la Soci�t� de Pont-�-Vendin et les Aci�ries de Longwy, pour adopter sa d�nomination actuelle. En 1968, la soci�t� de distribution Longom�tal est absorb�e � son tour, puis les Mines de fer de Segr�. Les nombreuses filiales d�tenues par les trois principales soci�t�s fondatrices, Denain-Anzin, Forges et aci�ries du Nord et de l�Est et Aci�ries de Longwy, sont ainsi regroup�es sous l�autorit� d�une m�me soci�t� holding. Apr�s la fusion des deux filiales, Usinor et Lorraine-Escaut, la principale soci�t� d�exploitation du groupe est d�sormais l�Union sid�rurgique du nord et de l�est de la France (Usinor). Aux c�t�s d�Usinor se trouve Vallourec, premier producteur fran�ais de tubes. Une quarantaine de soci�t�s plus modestes compl�tent le holding sid�rurgique fran�ais, dont la cr�ation constitue l�exemple financier du plan de restructuration de l�industrie sid�rurgique fran�aise entrepris en 1966.</p><p>Estel N. V. Hoesch-Hoogovens, soci�t� n�erlandaise cr��e en 1972 par la fusion de la soci�t� Koninklijke Neder-landsche Hoogovens en Staalfabrieken N. V., Ijmuiden, premi�re affaire sid�-</p><p>rurgique des Pays-Bas, et de la soci�t� allemande Hoesch-AG. Le capital de la nouvelle soci�t� est d�tenu � parts �gales par les deux groupes qui l�ont constitu�e. Estel d�tient elle-m�me une participation de 100 p. 100 dans deux filiales. L�une, la soci�t� d�exploitation Hoogovens, b�n�ficie du d�veloppement des activit�s sid�rurgiques de base du groupe et dispose des installations � sur l�eau � de l�ancienne so-ci�t� n�erlandaise. L�autre, la soci�t�</p><p>d�exploitation Hoesch, s�oriente vers la transformation en demi-produits.</p><p>L�origine de la soci�t� allemande Hoesch-AG. remonte � 1871. R�organis�e en 1952, elle absorbe en 1966 la soci�t� Dortmund-H�rder H�ttenunion AG. pour former le deuxi�me groupe sid�rurgique allemand. Constitu�e en 1918, la soci�t� n�erlandaise Hoogovens collabore, d�s 1966, �troitement avec Hoesch-AG. et devient le principal actionnaire du groupe allemand, avec 15 p. 100 du capital. Le groupe Estel N. V. Hoesch-Hoogovens assure la fabrication de toute la gamme de la sid�rurgie de base : t�les, feuillards, profil�s, billettes, ainsi que celle des demi-produits de forge : tubes, structures, arbres, pi�ces matric�es, etc.</p><p>Avec une production de plus de 11 Mt, il se situe au troisi�me rang en Europe derri�re la soci�t� britannique British Steel et la soci�t� allemande August Thyssen-H�tte.</p><p>Italsider, Alti Forni e Acciaieri Riu-nite Ilva e Cornigliano, soci�t� italienne contr�l�e par le holding d��tat Finsider, qui d�tient pr�s de 52 p. 100</p><p>de son capital, et constitu�e en 1897</p><p>sous la d�nomination Alti Forni e Fonderia di Piombino. Devenue la premi�re affaire sid�rurgique d�Italie, elle adopte successivement plusieurs d�nominations et, en 1961, � la suite de l�absorption de la soci�t� Ilva e Cornigliano, elle-m�me filiale de Finsider, la d�nomination actuelle est enregistr�e.</p><p>En 1964, la r�organisation d�une partie des actifs de l��tat italien aboutit � l�apport par l�ENEL (Ente nazionale per l�energia elettrica) � Italsider de quatre soci�t�s productrices d��lectricit�. Poursuivant la diversification de ses activit�s, Italsider absorbe en 1966 la Societ� Meridionale Azoto, la Societ� Immobiliare Borgo et la Societ� Italiana Gestioni Immobiliare per Azioni-Sigim. D�autre part, une soci�t� mini�re, une soci�t� de transport maritime et deux soci�t�s sp�cialis�es dans la premi�re transformation du fer lui apportent leurs actifs. En 1967 et 1968, quatre nouvelles soci�t�s sont absorb�es. L�important effort de restructuration financi�re observ� sur plusieurs ann�es est parachev� sur le plan industriel par la mise en chantier d�une usine sid�rurgique gigantesque, � Tarente, qui utilise le minerai import�</p><p>par mer.</p><p>Jones and Laughlin Steel Corporation, soci�t� sid�rurgique am�ricaine cr��e en 1853. Le complexe industriel qu�elle repr�sente est le quatri�me aux �tats-Unis. Fournissant toute la gamme des produits et semi-produits en acier, le groupe, qui poss�de dans ce domaine une tr�s forte position et qui s�int�resse �galement � la fabrication de containers de toute dimension, b�-</p><p>n�ficie d�une situation de premier plan sur le march� national et international.</p><p>Au d�but de l�ann�e 1974, il conna�t cependant quelques difficult�s en raison d�un proc�s intent� par le d�positaire aux �tats-Unis du brevet autrichien de production de l�acier � l�oxyg�ne, la soci�t� Kaiser Industries, confirm�e ult�rieurement dans ses droits par la Cour f�d�rale.</p><p>Krupp (Friedrich Krupp</p><p>H�ttenwerke AG.), soci�t� allemande constitu�e en 1953 et ayant alors pour objet la gestion de ses participations dans les diff�rentes entreprises mini�res et sid�rurgiques du groupe Krupp, apr�s son d�membrement.</p><p>L�absorption de quatre soci�t�s sid�-</p><p>rurgiques en 1959 lui rend une activit� d�exploitation qui la situe parmi les principales affaires de ce secteur en Allemagne. En 1965, elle fusionne avec Bochumer Verein f�r Gussstahl-fabrikation AG. et installe son si�ge social � Bochum. En 1969, elle apporte son activit� mini�re � Ruhrkohle AG.</p><p>et ne conserve qu�une activit� m�tallurgique. Enfin, en 1970, elle passe un accord avec August Thyssen-H�tte AG.</p><p>pour tout ce qui concerne le laminage.</p><p>Quatre centres industriels � situ�s � Bochum, Rheinhausen, D�sseldorf et Hohenlimburg � assurent la fabrication des aciers de diff�rents types, de fonte brute, de profil�s, de demi-produits et de pi�ces forg�es.</p><p>Nippon Kokan Kabushiki Kaisha,</p><p>soci�t� nippone cr��e en 1912. Sa production annuelle d�environ 10 Mt la situe au niveau des toutes premi�res affaires sid�rurgiques mondiales, derri�re la soci�t� japonaise Nippon Steel, la soci�t� am�ricaine United States Steel Corporation et la soci�t� britannique British Steel Company. Bien</p><p>qu�occupant une position dominante dans la fabrication des tubes d�acier, elle s�int�resse �galement au b�timent avec les structures m�talliques et les charpentes, � la construction navale, � la construction m�canique et � l�industrie chimique. Le groupe poss�de un petit nombre d�usines extr�mement modernes dont la principale est situ�e � Fukuyama ; sa capacit� de production, de l�ordre de 6 Mt, est � elle seule �quivalente � celle de certains groupes europ�ens. Deux autres usines, situ�es � Kawasaki et Mizue, produisent plus de 2 Mt d�acier par an.</p><p>Nippon Steel Corporation, soci�t� nippone n�e en 1970 de la fusion des deux plus importantes soci�t�s sid�-</p><p>rurgiques japonaises : la Yawata Iran and Steel Company et la Fuji Iron and Steel Company. Ce groupe, qui constitue la premi�re affaire mondiale downloadModeText.vue.download 181 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10136</p><p>de sid�rurgie, assure la production de plus de 35 Mt d�acier, soit l��quivalent de la production nationale de certains des plus importants pays producteurs occidentaux. Pour ne pas enfreindre la loi antitrust qui int�resse l��conomie japonaise, il a d� c�der un certain nombre de ses activit�s ; c�est ainsi que les hauts fourneaux pour fonderie de Higashida ont �t� apport�s � la soci�t� Kobe Steel Works Ltd, et l�usine � rails de Kamaishi � Nippon Kokan. Contrairement � certains de ses principaux concurrents mondiaux, le groupe Nippon Steel n�int�gre pas en aval de sa production d�acier la fabrication d��quipements complets. Seuls les demi-produits, tels que les rails, les poutres, les structures portantes, les profil�s, compl�tent sa production d�acier brut. Toutefois, par l�interm�-</p><p>diaire de filiales, le groupe d�borde le cadre de la sid�rurgie, mais l�ensemble de ses activit�s externes reste limit�. La production d�acier est assur�e par un ensemble industriel qui se situe, sur le plan technologique, parmi les plus modernes du monde. Onze mines, dont la majorit� disposent de hauts fourneaux � oxyg�ne ou de hauts fourneaux �lec-</p><p>triques, offrent une capacit� de production de plus de 40 Mt d�acier. � l�instar de l�ensemble des groupes de l�industrie sid�rurgique japonaise, Nippon Steel Corporation s�approvisionne en mati�res premi�res sur les march�s �trangers. Ses principaux fournisseurs sont, pour le minerai de fer, l�Australie, l�Inde, l�Am�rique du Sud et l�Afrique ; pour le coke, l�Australie, les �tats-Unis et le Canada, le march� japonais fournissant moins de 20 p. 100 du coke qui lui est n�cessaire et moins de 1 p. 100</p><p>du minerai de fer.</p><p>Sacilor, Aci�ries et Laminoirs de Lorraine, soci�t� fran�aise cr��e en 1973</p><p>et constituant l�un des premiers groupes sid�rurgiques europ�ens. En fait, elle est le fruit d�une lente restructuration qui d�bute en 1968. � cette �poque, les principales affaires sid�rurgiques europ�ennes essaient de s�installer pr�s de la mer, soit en s�associant � une affaire d�j� �tablie pr�s de la mer, soit en s�associant � une affaire d�j� fix�e pr�s d�un port, tel le groupe allemand Hoesch associ� � Hoogovens, ou bien encore en cr�ant de toutes pi�ces une usine � sur l�eau �. Le 1er janvier 1968, la sid�rurgie lorraine se concentre : De Wendel et Cie, l�Union sid�rurgique lorraine Sidelor et la Soci�t� mosellane de sid�rurgie se regroupent au sein de la soci�t� Wendel-Sidelor. Toutes les usines du groupe sont situ�es dans les vall�es de la Fentsch, de l�Orne et de la Moselle. Wendel-Sidelor et Sacilor fabriquent des produits longs, et la Soci�t� lorraine de laminage continu, Sollac, des produits plats. Mais cette compl�mentarit� de fabrication n�est pas suffisante pour atteindre la rentabilit�. C�est pourquoi le groupe fonde par l�interm�diaire de sa filiale Sollac la Soci�t� lorraine et m�ridionale de laminage continu (Solmer), install�e � Fos-sur-Mer. Le 1er juillet 1973, Wendel-Sidelor absorbe sa filiale Sacilor et permet ainsi le regroupement de la fabrication des produits longs dans une seule soci�t� : Sacilor. Le regroupement s��tend aux anciennes soci�t�s m�res des deux groupes, d�une part De Wendel et Cie, devenue Wendel S.A., d�autre part Sidelor-Mosellane. Le capital de la nouvelle soci�t� Sacilor est donc r�parti entre les actionnaires de Wendel S. A. et de Sidelor-Mosellane,</p><p>c�est-�-dire la Compagnie lorraine industrielle et financi�re, la Soci�t� anonyme de participations et d�entreprises (S. A. P. E.) appartenant � la compagnie de Saint-Gobain-Pont-�-</p><p>Mousson, Marine-Firminy et divers autres actionnaires. Le plan de r�organisation, qui commence en 1971 au sein du groupe Wendel-Sidelor, permet � Sacilor de b�n�ficier d�un mat�riel de production tr�s modernis�. Les moyens de contr�le et de r�gulation dont disposent les fours, la m�thode de production d�acier � � l�oxyg�ne � permettent une production annuelle de plus de 8 Mt d�acier brut. Sp�cialis�e dans la fabrication des produits plats, la filiale Solmer ajoute � cette production plus de 3 Mt de t�les, qui sont livr�es � Sollac, � Usinor et, pour 5 p. 100, au groupe allemand Thyssen-H�tte.</p><p>Societ� Finanziaria Siderurgica Finsider, soci�t� italienne constitu�e en 1937 dans le cadre du d�cret de r�organisation de l��conomie italienne. Filiale de l�Istituto per la Ricostruzione Industriale (IRI), Finsider d�tient ellem�me la majorit� des actions composant le capital de la premi�re soci�t� exploitante du secteur, Italsider. Le r�le de la soci�t� holding Finsider est, en fait, de g�rer l�ensemble des participations qu�elle d�tient dans le secteur de la sid�rurgie et de fournir l�assistance financi�re dont peut avoir besoin l�une ou l�autre des affaires contr�l�es. Parmi celles-ci se trouvent, outre Italsider, Terni Industrie Side-rurgiche, filiale exploitante du secteur acier de la soci�t� Terni, absorb�e en 1965, Breda Siderurgica, Costruzione Metalliche Finsider, la Soci�t� anonyme des mines de fer de Mauritanie, d�tenue conjointement avec le groupe am�ricain Armco Steel, toutes affaires appartenant au secteur de la sid�rurgie. Dans celui de la construction �lectrique, Finsider poss�de une participation majoritaire dans Terni-Societ� per l�Industria e l�Elettricit�. Dans le domaine des mat�riaux de construction, le groupe a �galement une filiale importante : Cementir (Cementerie del Tirreno). Une quarantaine d�autres soci�t�s compl�tent les actifs de Finsider, qui se situe ainsi parmi les tout premiers groupes industriels et financiers d�Italie.</p><p>Stahlwerke S�dwestfalen AG., Geisweid-H�ttental, soci�t� allemande constitu�e en 1951, lors de la d�cartellisation de l�industrie sid�rurgique en Allemagne, par la fusion de deux affaires de moyenne importance : H�ttenwerk Geisweid AG. et Stahlwerk Hagen AG. Ult�rieurement, deux autres soci�t�s ont fait apport de leurs aci�-</p><p>ries au groupe, qui devient ainsi l�une des premi�res affaires d�importance moyenne en Europe, avec une production annuelle de plus d�un million de tonnes d�acier.</p><p>Steel Company of Canada Ltd (The), soci�t� canadienne fond�e en 1910 � la suite de la fusion de plusieurs soci�t�s sid�rurgiques. B�n�ficiant d�une structure tr�s int�gr�e, le groupe poss�de des mines de fer, des mines de coke, transforme le minerai et fabrique de nombreux produits finis et semi-finis.</p><p>Les principales productions concernent les aciers pour l�industrie automobile et les fers-blancs de toutes qualit�s.</p><p>L�installation de hauts fourneaux, de batteries de fours � coke, de trains � blooms et de laminoirs a permis de quintupler la production d�acier depuis 1945, la quasi-totalit� de ces investissements ayant �t� financ�s par les fonds propres de la soci�t�. Cet effort financier ne l�a pas emp�ch�e de prendre le contr�le de la soci�t� Page Heney Tubes et de ses filiales Welland Tubes et Camrose Tubes. � l�heure actuelle, le groupe produit et commercialise environ 3 Mt d�acier, des tubes, des fils industriels, des clous, des vis et des cl�tures, � travers l�exploitation d�une quinzaine d�usines, de six filiales principales situ�es au Canada et de six filiales �trang�res r�parties entre l�Europe et l�Am�rique du Sud.</p><p>Sumitomo M�tal Industries Ltd,</p><p>soci�t� nippone dont l�activit�, qui remonte au XVIe s., en fait l�une des plus anciennes dans le monde. En r�alit�, le groupe sid�rurgique prend naissance en 1901 sous la d�nomination de Sumitomo Steel Foundry, puis fusionne en 1935 avec la soci�t� Sumitomo Copper Works, fond�e en 1897, et adopte alors sa raison sociale actuelle. Entre 1953</p><p>et 1963, il poursuit sa restructuration : l�activit� sid�rurgique est renforc�e par l�absorption en 1953 de Kokura</p><p>Steel Manufacturing. En revanche, de 1959 � 1963, les activit�s non proprement sid�rurgiques sont dissoci�es : en 1959, la production de cuivre et d�aluminium retrouve son ind�pendance dans la soci�t� Sumitomo Light Metal ; puis, en 1961, c�est le tour du d�partement a�ronautique et, en 1963, celui du d�partement de mat�riel �lectromagn�tique. D�sormais, le groupe, qui est devenu l�une des toutes premi�res affaires sid�rurgiques du Japon, se consacre exclusivement � la production de l�acier.</p><p>Thyssen-H�tte (August Thyssen-</p><p>H�tte AG.), soci�t� allemande fond�e en 1890 par August Thyssen, absorb�e en 1926 par Vereinigte Stahlwerke AG., puis transform�e en soci�t� anonyme en 1953 dans le cadre de la r�organisation de l�industrie mini�re en Allemagne. Cette soci�t� se situe au centre d�un groupe de quatre soci�-</p><p>t�s : Thyssen Niederrhein AG., H�tten und Walzwerke, situ�e � Oberhausen, Deutsche Edelstahlwerke, situ�e � Kre-feld, et Thyssen Handelsunion, �tablie � D�sseldorf. En 1970, un accord avec Mannesmann permet � August Thyssen de reprendre les activit�s de laminage de son partenaire, cependant que l�activit� � tubes � est apport�e � une filiale commune, la Mannesmannr�hren-Werke. Parall�lement � cette op�ration, la soci�t� Mannesmann Stahlblechbau, sp�cialis�e dans la transformation de la t�le d�acier, est absorb�e. Sur le plan international, August Thyssen-H�tte AG. prend une participation de 19 p. 100 dans le capital d�une so-ci�t� n�erlandaise en 1971, la soci�t� NKF Staal, puis une participation de 5 p. 100 dans la soci�t� fran�aise Solmer. En 1973, le groupe allemand devient la premi�re affaire continentale par le contr�le du groupe Rheinstahl, qui lui permet d��tendre ses activit�s � la construction de grosse m�canique.</p><p>Sa production totale annuelle est de l�ordre de 12 Mt d�acier.</p><p>United States Steel Corporation, soci�t� am�ricaine cr��e en 1901 par le banquier J. P. Morgan. L�affaire est alors un holding financier qui contr�le les soci�t�s sid�rurgiques Carnegie Steel Company, Federal Steel Company, National Tube Company, Ame-</p><p>rican Sheet Steel Company, American Steel and Wire Company soit plus de la moiti� de l�industrie sid�rurgique des �tats-Unis. En 1952, elle commence � exercer directement une activit� de fabrication, � la suite, de l�absorption de plusieurs de ses filiales. Aujourd�hui, l�ensemble de ses productions offre une structure tr�s int�gr�e : extraction mi-ni�re, production d�acier, fabrication de demi-produits et construction de biens d��quipement s�inscrivent dans un processus de production continu.</p><p>Toutefois, la production et la vente d�acier continuent de fournir plus de 80 p. 100 de son activit�. En effet, avec plus de 30 Mt produites chaque ann�e, le groupe, qui est devenu la premi�re affaire sid�rurgique des �tats-Unis, fournit pr�s du quart du march� am�-</p><p>ricain. Sa production est sp�cialement orient�e sur les produits lourds, les t�les fortes et les produits de base.</p><p>D�autre part, l�acquisition d�int�r�ts dans une soci�t� cimenti�re, Universal Atlas Cernent, a amen� cette entreprise � s�int�resser � la construction d�ou-downloadModeText.vue.download 182 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10137</p><p>vrages d�art et de maisons d�habitation ainsi qu�� la promotion immobili�re.</p><p>Union sid�rurgique du nord et de l�est de la France, Usinor, soci�t� anonyme fran�aise cr��e en 1948. Devenue l�un des plus grands groupes europ�ens de la sid�rurgie, elle obtient une forte rentabilit� de ses installations industrielles et des capitaux investis. Son succ�s financier passe par la r�ussite de la r�organisation du groupe entreprise en 1966, date � laquelle ses fondateurs, la soci�t� Denain-Anzin et la Soci�t� anonyme des Forges et Aci�ries du Nord et de l�Est, regroupent tous leurs actifs au sein de la soci�t� Denain-Nord-Est-Longwy, cependant qu�Usinor absorbe simultan�ment un autre grand producteur du secteur, la soci�t� Lorraine-Escaut. En 1967, la soci�t� apporte � Vallourec son activit� � Tubes � pour se consacrer � la fabrication de produits longs et de produits plats, ces derniers repr�sentant les deux tiers de sa production. Puis elle d�cide de doubler la</p><p>capacit� de l�usine de Dunkerque, qui est son �tablissement le plus moderne parmi les dix qu�elle poss�de, r�partis dans le nord et l�est de la France.</p><p>Elle d�tient, � �galit� avec Sollac, une part importante du capital de Solmer, Soci�t� lorraine et m�ridionale de laminage continu, constitu�e � Fos-surMer. Disposant d�un grand nombre de filiales pr�sentes dans une gamme de secteurs allant de l�extraction des ma-ti�res premi�res � la commercialisation des produits fabriqu�s par le groupe, Usinor dispose, sans compter Solmer, d�une capacit� de l�ordre de 12 Mt d�acier brut par an et d�passe le tiers de la production nationale, se pla�ant ainsi au premier rang de la sid�rurgie fran�aise.</p><p>J. B.</p><p>Sienkiewicz</p><p>(Henryk)</p><p>�crivain polonais (Wola Okrzejska 1846 - Vevey, Suisse, 1916).</p><p>Sienkiewicz na�t d�une famille de petite noblesse, � la campagne, dans la r�gion de Podlasie. � Varsovie, d�s l��ge de douze ans, il entreprend des �tudes (droit, m�decine, histoire, philologie) qu�il n�ach�vera pas. Ses d�buts litt�raires (En vain, 1870) s�inspirent de cette p�riode mouvante.</p><p>D�une carri�re de journaliste et d�auteur de feuilletons, �crits sous le pseudonyme de LITWOS, il passe � celle de nouvelliste (Idylle mazovienne, le Vieux Serviteur, 1875 ; Esquisses au fusain, 1877), puis de romancier.</p><p>En 1876, Sienkiewicz voyage en</p><p>Am�rique (Lettres du voyage en Am�-</p><p>rique, 1878) et en Europe, � Paris, o� il �crit les Lettres de Paris, des feuilletons et des nouvelles (Petit Jean le musicien, 1880 ; l�Ange, 1882), et en Italie, o� il compose le Journal d�un pr�cepteur de Pozna&#x144; (1880), qui peint la russification des jeunes Polonais.</p><p>C�est � son retour en Pologne qu�il devient c�l�bre. De graves soucis financiers et la maladie mortelle de sa premi�re femme l�obligent � continuer son m�tier de journaliste et � publier dans des p�riodiques ses nouvelles</p><p>(le Gardien du phare, 1880 ; Bartek le vainqueur, 1882) et ses romans. Il travaille � son ouvrage fondamental, la Trilogie, oeuvre historique sur le XVIIe s.</p><p>polonais. La premi�re partie, Par le fer et par le feu, qui traite des guerres men�es contre les Cosaques, para�t d�abord, comme d�ailleurs la plupart de ses ouvrages, en feuilletons dans la presse (1883-84 ; 1re �d., 1884) ; la deuxi�me partie, le D�luge, peint l�invasion su�doise sur les terres polonaises (1re �d., 1886). La Trilogie suscite aussit�t dans les milieux litt�raires de vives discussions sur sa valeur historique : la � querelle � entre ses partisans et ses critiques continue d�ailleurs aujourd�hui. Sienkiewicz r�pond aux attaques dans son essai Sur le roman historique. D�s 1885, il fait, pour sa sant�, de fr�quents s�jours � Kaltenleu-tgeben pr�s de Vienne ; c�est l� qu�il �crit la troisi�me partie de la Trilogie, Messire Wo&#x142;odyjowski (1888), qui s�ach�ve sur la victoire des Polonais � Chocim contre les Turcs.</p><p>En 1886, Sienkiewicz entreprend un nouveau voyage en Turquie, en Gr�ce et en Italie, puis, deux ans plus tard, en Belgique, en Espagne et en France. Les courants r�alistes et psychologiques europ�ens marquent alors ses deux romans de moeurs contemporaines : Sans dogme (1891) et la Famille Po&#x142;aniecki (1895). D�autres voyages encore : Biarritz, l�Italie, l�Afrique, o� il �crit ses Lettres de l�Afrique (1892) et d�o�, tomb� malade, il doit revenir dans son pays.</p><p>En 1896, Quo vadis, r�cit historique sur les premiers temps du christianisme dans l�Empire romain, lui apporte une r�putation universelle. Son dernier roman, les Chevaliers Teutoniques (1900), d�veloppement d�un �pisode des guerres men�es depuis des si�cles avec la Prusse, constituera une sorte de prologue � sa grande trilogie.</p><p>D�s lors, Sienkiewicz �crit peu : il participe activement � la vie sociale et politique de son pays et lutte contre la germanisation de la Posnanie. En 1900, il re�oit, en don national, la r�sidence d�Obl&#x119;gorek, pr�s de Kielce ; le prix Nobel le couronne en 1905.</p><p>La Premi�re Guerre mondiale le surprend en Suisse : avec Ignacy Paderewski (1860-1941), il forme le Comit� pour les victimes de guerre en Pologne, mais il meurt bient�t � Vevey.</p><p>Ses cendres seront ramen�es solennellement � Varsovie en 1924.</p><p>K. S.</p><p>M. Kosko, la Fortune de � Quo Vadis ? �</p><p>de Sienkiewicz en France (Champion, 1935 ; 2e �d. Un best-seller de 1900, � Quo Vadis ? �, Corti, 1961). / A. Stawar, l�OEuvre de Henryk Sienkiewicz (en pol., Varsovie, 1960). / J. Krzya-nowski, la Vie de Henryk Sienkiewicz (en pol., Varsovie, 1968).</p><p>Sienne</p><p>En ital. SIENA, v. d�Italie, en Toscane, au sud de Florence ; 66 000 hab.</p><p>(Siennois).</p><p>L�histoire</p><p>La naissance de la commune</p><p>Centre �trusque (Sena Etruriae), colonie romaine (Sena Iulia) �rig�e par Auguste, Sienne doit ensuite son importance � l�ins�curit� que les musulmans font r�gner le long du littoral � la suite des invasions barbares. P�lerins, pr�lats et fonctionnaires de l�Europe du Nord et du Nord-Ouest renoncent alors, pour se rendre � Rome, � emprunter la Via Aurelia dans son trac� m�ridional au sud de Pise. Ils bifurquent vers Sienne, o� convergent �galement deux autres routes de premi�re importance : d�une part, la Via Francigena, qui traverse Nevers, Lyon, le Mont-Cenis, G�nes et Lucques ; d�autre part, la route qui, depuis Bologne et par le col de la Futa et Florence, capte le trafic de la Via Emilia ainsi que celui qui provient de Venise.</p><p>Sienne, devenue le si�ge d�un �v�-</p><p>ch� et la r�sidence d�un gastald lombard au VIIIe s., puis d�un comte franc au IXe s., est gouvern�e au XIe s. par le comte imp�rial et par l��v�que, ce dernier recevant m�me de l�empereur germanique Henri III (1039-1056) la souverainet� sur la ville vers 1053-1056. Mais, au XIIe s., celle-ci se constitue en commune. La ville est gouvern�e par des consuls � partir de 1125 (on</p><p>en comptera trois, dont un du peuple au milieu du XIIe s.), puis par un podestat apr�s 1199.</p><p>Partant alors � la conqu�te du dioc�se, ou � contado �, elle fait r�duire tour � tour, par les milices urbaines, les ch�teaux des grandes familles f�odales qui en contr�laient une partie (Ardengheschi, Pannochieschi, Aldo-brandeschi, etc.) et, dans le m�me dessein, elle assujettit les petites villes telles que Montalcino, Grosseto, qui domine la Maremme toscane, Radico-fani, dont les passes contr�lent la route de Rome, Montepulciano, � l�entr�e du Val di Chiana. Mais elle ne parvient presque jamais � contr�ler Poggi-bonsi, � 25 km au nord sur la route de Florence, cit� guelfe dont les milices �tablies dans cette agglom�ration menacent ainsi directement sa propre banlieue et l�obligent, pour se couvrir, � fortifier Monteriggioni et � se d�clarer gibeline, donc � adh�rer au parti imp�-</p><p>rial pour mieux r�sister aux ambitions de sa voisine.</p><p>Les compagnies siennoises</p><p>du XIIIe s.</p><p>Une telle attitude n�emp�che pas Sienne de nouer des liens �troits avec la Cour pontificale, � laquelle ses marchands pr�tent des fonds et procurent de nombreux produits. Ces marchands, qui sont organis�s en � compagnies �</p><p>associant nobles et non nobles (popo-lani), entretiennent des repr�sentants permanents aux foires de Champagne.</p><p>Depuis le d�but du XIIIe s., ils y ach�tent les draps fran�ais et flamands qu�ils commercialisent ensuite � Sienne ; en m�me temps, ils s�y font rembourser des pr�ts consentis sur place et dont le paiement est stipul� en une monnaie autre que celle qui est re�ue, l�op�ration �tant facilit�e par l�achat � Sienne de monnaies fran�aises, notamment de provinois � remettre en foire, ainsi que par la mise en place d�un syst�me de courriers partant � jour fixe et assurant une circulation rapide de l�information entre le si�ge et la succursale des compagnies bancaires de la ville. De taille moyenne, la compagnie de Gallerani �tablit des repr�sentants permanents � Paris et � Londres ; d�s le d�but du XIIIe s., les Piccolomini trafiquent en Champagne et en Angleterre (grande</p><p>exportation de laine) ; de 1230 � 1280, les Salimbeni, grands propri�taires fonciers, occupent une tr�s forte position internationale, et l�un deux, Salim-bene Salimbeni, est assez riche pour pr�ter 100 000 florins � sa patrie alors en guerre contre Florence ; connus depuis 1121, les Tolomei ont des activit�s importantes au XIIIe s. tant en Angleterre qu�en Champagne ; enfin, les Buonsignori, dont la compagnie, downloadModeText.vue.download 183 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10138</p><p>cr��e en 1209, poss�de des succursales � Paris, � Rome, � Gen�ve, � Marseille et en Champagne, s�identifient tellement � la prosp�rit� de Sienne que leur ruine au profit des Florentins entra�ne celle de leur ville au profit de sa rivale apr�s 1298.</p><p>De l�apog�e au d�clin</p><p>(1260-1399)</p><p>Jusqu�� l��tonnante victoire remport�e � Montaperti en 1260 sur Florence, qui perd alors son carroccio au cours du combat, Sienne a dispos� des moyens financiers n�cessaires tant pour peupler les collines environnantes (50 000 hab.</p><p>sur 165 ha), sur lesquelles les ordres mendiants �difient leurs �glises, que pour financer le paiement de nombreux mercenaires (plusieurs centaines en 1229-1231) ou celui de nombreux artistes.</p><p>Mais Sienne est affaiblie par la d�-</p><p>faite et par la mort de son alli� Manfred � Benevent en 1266, par la victoire des guelfes � Colle di Val d�Elsa en 1269, par l�occupation de leur ville par Charles Ier* d�Anjou en 1270, par des d�penses toujours croissantes du fait surtout du conflit qui l�oppose incessamment � Florence et par la faillite des compagnies siennoises (et florentines). La ville perd en outre les deux tiers de ses habitants, victimes de la peste noire en 1348. Ainsi est rendu irr�m�diable son d�clin �conomique.</p><p>Institu� en 1287 par les marchands du parti guelfe, r�admis dans leur cit� depuis mai 1267 seulement, le gouver-</p><p>nement patricien des Neuf est troubl� parfois par des querelles intestines (conflit entre les Salimbeni et les Tolomei en avril 1315). Mais il fait r�gner la paix (et la concorde ?), cette paix dont Ambrogio Lorenzetti* magnifie les bienfaits. Fruit d�une coalition des nobles et du peuple qui triomphe en 1355, gr�ce � l�appui de l�empereur Charles IV* de Luxembourg, le gouvernement des Douze, compos�</p><p>de petits commer�ants, dispara�t � son tour en septembre 1368, au profit des r�formateurs appartenant aux milieux artisanaux. De nouvelles secousses politiques et institutionnelles en 1371</p><p>et en 1386 ach�vent d�affaiblir Sienne et facilitent la prise de pouvoir en 1399</p><p>par le duc de Milan, Jean-Gal�as Visconti* ; ce dernier transmet la ville � son fils Jean-Marie, qui la conserve jusqu�en 1404.</p><p>Le d�clin</p><p>Sienne est illustr�e encore au XIVe s. par le mysticisme de sainte Catherine* de Sienne (1347-1380) et par l�ardeur � pr�cher de saint Bernardin de Sienne (1380-1444), au XVe s. par l�humanisme d�Enea Silvio Piccolomini, qui, devenu le pape Pie II (1458-1464), �rige son �v�ch� en archev�ch�, par le talent financier d�Agostini Chigi (1465-1520) et par celui de ses descendants, qui vont exercer leurs activit�s bancaires � Rome. Sous le gouvernement des Dix Prieurs (1410-1454), puis sous celui de la Balia permanente, la ville fait la paix avec Florence, s�alliant � elle en 1410 contre Ladislas (1386-1414), roi de Naples, puis en 1454 contre Alphonse V d�Aragon apr�s avoir</p><p>d�abord soutenu ce dernier. Victime de nouveaux troubles constitutionnels en 1480 et en 1482, Sienne renonce en 1487 au gouvernement populaire au profit de Pandolfo Petrucci (1452-1512), qui en 1502 la transforme en une seigneurie politique. Ses descendants sont chass�s d�finitivement en 1525. Occup�e par Charles VIII* en 1493, fid�le � l�alliance fran�aise mais menac�e en 1526 par l�arm�e du pape florentin Cl�ment VII (1523-1534), Sienne doit rechercher l�appui de Charles Quint*, qui y �tablit une garnison espagnole en 1530. Mais cette derni�re privant peu � peu la ville de</p><p>toute libert�, celle-ci se r�volte en 1552</p><p>avec l�aide fran�aise. D�fendue alors par Blaise de Monluc (1502-1577), elle est finalement prise d�assaut le 17 avril 1555 par les troupes imp�riales et est donn�e par Philippe II* � Cosme Ier de M�dicis (1519-1574), qui l�incorpore au grand-duch� de Toscane (1569).</p><p>R�duite � 8 000 habitants, elle n�est plus qu�un gros bourg exportant les ressources agricoles de son contado.</p><p>Suivant d�sormais les destin�es de la Toscane, puis celles du royaume d�Italie (1861-1946), elle est lib�r�e le 3 juillet 1944 de l�occupation allemande par l�arm�e fran�aise � la veille de son retrait du front d�Italie en vue de se pr�parer � d�barquer en Provence.</p><p>P. T.</p><p>F Florence / Guelfes et gibelins / Italie (guerres d�) / Toscane.</p><p>P. Rossi, le Origini di Siena (Sienne, 1895-1897 ; 2 vol.). / L. Douglas, A History of Siena (Londres, 1902). / F. Schevill, Siena : the Story of a Mediaeval Commune (New York, 1909 ; nouv.</p><p>�d., 1964). / E. Hutton, Siena and Southern Tus-cany (Londres, 1910 ; nouv. �d., 1955). / J. Les-tocquoy, les Villes de Flandre et d�Italie sous le gouvernement des patriciens, XIe-XVe si�cles (P. U. F., 1952). / J. L. Schonberg, Sienne la mystique (Horizons de France, 1959).</p><p>Sienne, ville d�art</p><p>L�ensemble monumental de la vieille ville nous est parvenu � peu pr�s intact ; avec les tableaux et les fresques de l��cole siennoise, il atteste l��clat d�un foyer d�art qui a longtemps pr�serv� son ind�pendance, tout en recevant d�autres cit�s italiennes, notamment Florence, un apport non n�gligeable.</p><p>L�apog�e de l�art siennois se confond avec celui de la fortune politique de Sienne ; on le reconna�t dans la p�riode gothique, peut-�tre aussi dans la premi�re phase de la Renaissance.</p><p>Sienne gothique</p><p>Si la ville n�a gard� que peu de t�moins de son pass� roman, le visage qu�elle offre encore est essentiellement celui qu�ont model� le XIIIe et le XIVe s. Les deux grandes cr�ations de ce temps sont la cath�drale (ou duomo) pour</p><p>l�art religieux, le Palais public pour l�art civil. Commenc� vers le milieu du XIIe s., le duomo est rest� en chantier pendant tout le Moyen �ge. Autant que sa structure simple et grandiose, on remarque � l�int�rieur comme � l�ext�-</p><p>rieur son rev�tement de marbres aux tons altern�s. En 1265, Nicola* Pisano arriva de Pise pour �tablir et sculpter la chaire de la cath�drale, introduisant dans le langage gothique un accent de gravit� romaine. Son fils Giovanni s�journa � Sienne de 1284 � 1296 pour diriger les travaux de la fa�ade et, avec ses aides, en d�corer la partie inf�-</p><p>rieure de sculptures au style puissant, parfois tourment�. Un si�cle plus tard, la partie sup�rieure devait s�inspirer de l�exemple d�Orvieto. Cependant, l�entreprise du duomo nuovo, dont la cath�drale existante aurait d� former le transept, avait d�but� en 1339 sur les plans de Lando di Pietro (� 1340).</p><p>Cet ambitieux projet fut abandonn� d�s 1355.</p><p>Autour du duomo, les grandes</p><p>�glises gothiques (San Francesco, San Domenico, Santa Maria dei Servi) sont d�un style plus s�v�re, que marque l�influence des Cisterciens. Autre symbole de l�orgueil de Sienne, le Palais public, devant lequel se d�ploie l�incomparable place en amphith��tre du Campo, a �t� �difi� de 1297 � 1348. Avec son campanile �lanc�, ses murailles rudes, mais all�g�es par des baies aux arcs aigus, trait courant de l�architecture locale, il a donn� le ton aux palais de l�aristocratie siennoise, dont la construction associe souvent la pierre et la brique : palais Sansedoni, Saracini, Salimbeni, Buonsignori (auj.</p><p>pinacoth�que), etc.</p><p>Les �difices religieux et civils ont servi de cadre au d�veloppement de l��cole siennoise de peinture. Les d�-</p><p>buts en ont �t� modestes et marqu�s par la soumission aux r�gles byzantines. L�impulsion vint de Duccio*, avec sa fameuse Maest� de la cath�-</p><p>drale (1308-1311), aujourd�hui au mus�e de l�OEuvre de la cath�drale, o� il sut rajeunir le langage byzantin par une vision fra�che, un accent d�humanit� propre au g�nie italien. Apr�s lui, l��cole siennoise s�engagea plus r�solument dans la voie gothique, se</p><p>distinguant du giottisme florentin par le raffinement lin�aire et la pr�ciosit� des tons. Pendant tout le trecento et au d�but du quattrocento, elle devait offrir, avec l��l�gance aristocratique qui lui est propre, une version particuli�-</p><p>rement brillante du style alors commun � l�Europe gothique. Parmi les ma�tres les plus anciens � sans doute aussi les plus grands � figurent Simone Martini*, dont on admire la Maest� (1315) au Palais public ; son disciple Lippo Memmi, dont la premi�re grande oeuvre est la Maest� peinte � fresque au palazzo del Popolo � San Gimignano (1317) ; Pietro Lorenzetti*, au style plus tendre, auteur de fresques � San Francesco, � Santa Maria dei Servi et surtout � Assise ; Ambrogio Lorenzetti*, qui a laiss�, avec la d�coration � la fois all�gorique et descriptive de la sala della Pace (1337-1339) au Palais public, le plus important cycle profane de la peinture du trecento.</p><p>La suite de l��cole comprend Barna (� 1381) et Bartolo di Fredi (� 1410), qu�on trouve confront�s dans la coll�giale de San Gimignano, narrateurs incisifs et brillants comme Spinello Aretino (v. 1350-1410), qui a repr�-</p><p>sent� la vie du pape Alexandre III dans la sala di Balia du Palais public de Sienne ; Taddeo di Bartolo (1362</p><p>ou 1363-1422), auteur assez vigoureux des fresques de la chapelle, dans le m�me �difice ; et aussi Lippo Vanni, Andrea di Bartolo, Paolo di Giovanni Fei, etc. La production de cette �poque encourt d�j� le reproche d�une certaine monotonie, n�e de l�exploitation de formules. Mais la peinture siennoise a aussi son reflet dans l�art des enlumi-neurs, et dans un grand ouvrage entrepris vers 1369 : le pavement histori� du duomo, en marbres assembl�s selon les cartons de nombreux artistes.</p><p>La Renaissance du quattrocento</p><p>Dans cette ville d�aspect m�di�val, l�apport de la Renaissance est moins n�gligeable qu�on ne l�a souvent dit.</p><p>Il a �t� pour une large part le fait d��trangers � Sienne. C�est cependant un Siennois, Iacopo* della Quercia, qui donna le premier �lan. Ses bas-reliefs de la Fonte Gaia (1409-1419) downloadModeText.vue.download 184 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10139</p><p>rompent d�j� par leur vigueur avec la tradition gothique. En 1417, il re�ut la commande des fonts baptismaux pour le baptist�re du duomo. Avec ses bronzes, � statuettes et bas-reliefs consacr�s � la vie de saint Jean-Baptiste �, cet ouvrage collectif marque plus nettement l�irruption de la Renaissance. Au travail personnel de Iacopo, � celui de son �l�ve Turino di Sano et du fils de ce dernier, Giovanni Turino (v. 1385-1455), s�ajoute la contribution des Florentins Ghiberti* et Donatello*. La vigueur donatellienne a inspir� Lorenzo di Pietro, dit il Vecchietta (v. 1412-1480), auteur du tabernacle de bronze du duomo ; Giacomo Cozzarelli (1453-1515), dont on voit une Piet� aux figures de terre cuite dans l��glise de l�Osservanza remani�e par lui-m�me, � proximit� de la ville ; Antonio Federighi (� 1490), qui collabora avec il Vecchietta � la d�coration sculpt�e de la loggia della Mercanzia, �difice de transition commenc� en 1417 par Sano di Matteo, et �leva lui-m�me dans un style plus classique la loggia del Papa (1462). On attribue � l�architecte florentin Bernardo Rossellino (1409-1464) la conception du palais Piccolomini, �lev� � partir de 1469 pour une soeur du pape Pie II.</p><p>La peinture mit beaucoup plus de temps � se d�tourner de la tradition gothique. Les innovations ne furent accueillies qu�avec timidit� chez des attard�s tels que Sano di Pietro (1406-1481), monotone et peu inventif ; Giovanni di Paolo (� 1482), repr�sentant original du gothique fleuri, comme le d�licieux Sassetta*, dont l�ing�-</p><p>nuit� va de pair avec un sentiment tr�s personnel de la lumi�re ; et m�me Neroccio de� Landi (1447-1500), tr�s raffin� dans l�arabesque des contours.</p><p>D�autres s�en sont tenus � un compromis : Vecchietta, moins avanc� comme peintre que comme sculpteur ; Matteo di Giovanni (� 1495), d�une belle �pret� dans le Massacre des Innocents, th�me trait� par lui � Sant�Agostino, � Santa Maria dei Servi et dans le pavement histori� de la cath�drale ; Bernardino Fungai (v. 1460-1516), dont le Couronnement de la Vierge, � l��glise</p><p>des Servi, d�note quelque influence de Signorelli*. La Renaissance florentine a trouv� plus d��cho chez Domenico di Bartolo (� v. 1446), principal auteur d�un cycle de sc�nes hospitali�res � l�h�pital Santa Maria della Scala ; chez Francesco di Giorgio Martini*, artiste � vocation universelle, architecte et d�-</p><p>corateur � Cortone et � Urbino, connu � Sienne comme un peintre � l�intellectualisme d�licat.</p><p>� la jonction des XVe et XVIe s., la peinture appara�t surtout l�affaire des �trangers venus � Sienne. Pandolfo Petrucci, dit il Magnifico, confia la d�coration de son palais � l�Ombrien Pinturicchio (1454-1513) et � Signorelli, dont les fresques, aux sujets tir�s de l�Antiquit�, sont aujourd�hui dispers�es. Conteur prolixe et charmant, le premier a �galement peint entre 1503</p><p>et 1508 la vie de Pie II dans la Libreria Piccolomini de la cath�drale. Le second commen�a en 1497 les fresques repr�sentant la vie de saint Beno�t dans le clo�tre de Monte Oliveto Maggiore, non loin de Sienne. � partir de 1505, cette suite fut compl�t�e par le Pi�montais Giovanni Antonio Bazzi, dit le Sodoma (1477-1549). � la vigueur de Signorelli s�oppose la facilit� pittoresque du Sodoma, qui s��tablit � Sienne apr�s avoir �tudi� L�onard* � Milan et qui y a laiss� des ouvrages d�une douceur capiteuse : une Adoration des Mages � Sant�Agostino (1518), les fresques de la chapelle Santa Catarina � San Domenico (1526).</p><p>Le mani�risme et le baroque</p><p>Le peintre Domenico Beccafumi</p><p>(v. 1486-1551) domine l��cole siennoise du cinquecento. On lui doit notamment des fresques � l�oratoire San Bernardino et au Palais public, des tableaux conserv�s � la pinacoth�que ; il a eu une large part dans l�ach�vement du dallage histori� de la cath�-</p><p>drale. Avec son dessin tourment�, ses tons rares, ses effets de clair-obscur, il a donn� de l�inqui�tude mani�riste une version tr�s personnelle. Pour l��glise de Fontegiusta, Baldassare Peruzzi*</p><p>repr�senta dans un genre plus classique la Sibylle annon�ant � Auguste la naissance du Christ ; architecte, il �leva dans sa ville natale des palais et le ma�tre-autel du duomo, mais c�est �</p><p>Rome qu�il donna sa mesure.</p><p>Au milieu du XVIe s., Sienne devait perdre avec l�ind�pendance politique sa vitalit� de foyer d�art. Cependant, le mani�risme tardif y est bien repr�sent� par Ventura Salimbeni (1567-1613) et par Francesco Vanni (1563 ou 1565-1610), principal auteur de la d�coration peinte dans l�ancienne maison de sainte Catherine. Le baroque ne s�est gu�re manifest� � Sienne, si ce n�est en la personne de Rutilio Manetti (1571-1639), bon peintre influenc� par le Caravage*.</p><p>B. de M.</p><p>E. Carli, Pittura senese (Milan, 1955, 2e �d., 1961 ; trad. fr. la Peinture siennoise, A. Colin, 1956) ; I Primitivi senesi (Milan, 1956 ; trad.</p><p>fr. les Siennois, Braun, 1957) ; Musei senesi (Novare, 1961 ; trad. fr. les Mus�es de Sienne, Novare, 1964). / A. Masseron, Sienne (Laurens, 1955). / P. Du Colombier, Sienne, San Gimignano et la peinture siennoise (Arthaud, 1956).</p><p>/ A. Cairola et E. Carli, le � Palazzo pubblico � de Sienne (Bibl. des arts, 1965).</p><p>Sierra Leone</p><p>�tat de l�Afrique occidentale.</p><p>C�est un petit territoire massif avec une large fa�ade maritime, presque enclav� dans la r�publique de Guin�e et voisinant avec le Liberia au sud-est.</p><p>La g�ographie physique</p><p>Structure et relief</p><p>La Sierra Leone appartient au bouclier lib�rien, socle cristallin (granites) o� s�enracinent des tra�n�es de gneiss, de schistes cristallins et de quartzites et que recouvre localement une bande de gr�s pal�ozo�ques traversant le pays du nord-ouest au sud-est, prolongeant les s�diments anciens de m�me nature du Fouta-Djalon. Ce socle, aplani en surface, a �t� inclin� par un bombement dont l�axe se situe � sa fronti�re nord-est. Des reliefs r�siduels portent les traces de surfaces d��rosion plus �lev�es.</p><p>y Le littoral. Au nord de l��le Sherbro, une c�te � rias prolonge le pay-</p><p>sage guin�en des � Rivi�res du Sud � : profonds estuaires envas�s (Scarcies, Rokel) ourl�s de mangrove (for�ts de pal�tuviers), plaines mar�cageuses.</p><p>La presqu��le de Sierra Leone (qui a donn� son nom au pays) est un �norme massif de gabbro culminant � 1 000 m (Picket Hill). Au sud de l��le Sherbro, la c�te se r�gularise, avec des cordons littoraux ourlant des lagunes, amor-</p><p>�ant un type de littoral qui se poursuit vers l�est jusqu�au delta du Niger.</p><p>y Les plaines. Apr�s une zone mar�-</p><p>cageuse, elles s��l�vent doucement vers l�int�rieur, sem�es de reliefs r�siduels. Elles occupent les deux tiers du territoire, s��tendant au nord-ouest (vall�e de la Petite Scarcies [ou Kaba]).</p><p>y Les montagnes. Des plaines, on passe progressivement � des plateaux d�altitude sup�rieure � 500 m, surmont�s des reliefs r�siduels, isol�s ou group�s en cha�nons qui se rattachent � la � dorsale guin�enne �. Le pic Bintimane, dans les monts de Loma, avec 1 948 m, est le point culminant de l�Afrique occidentale.</p><p>Climat et v�g�tation</p><p>Le climat tropical (alternance d�une saison s�che, de novembre � avril, et d�une saison des pluies, d�avril � novembre) prend ici une nuance �quatoriale : sur la c�te, abondance des pluies de mousson (plus de 3 500 mm par an) et permanence de l�humidit� atmosph�rique en toutes saisons ; dans l�int�-</p><p>rieur, pluies moins abondantes (moins de 2 500 mm), mais plus �tal�es (janvier et f�vrier sont seuls absolument secs) ; temp�ratures �lev�es et faible variation annuelle (de 26 � 28 �C � Freetown).</p><p>La for�t dense qui recouvrait la r�gion ne subsiste plus que par noyaux, largement remplac�e par la savane arbor�e, du fait des d�frichements.</p><p>La population</p><p>Les deux groupes ethniques majeurs (dont l�opposition domine la vie politique) sont, au sud, les Mend�s (plus de 30 p. 100 de la population) et, au nord-ouest, les Timn�s (ou Temn�s) [pr�s de 30 p. 100]. Les autres groupes eth-</p><p>niques sont les Limbas, les Dyalonk�s, les Kissis, les Kourankos, les Konos (au nord-est), les Buloms (ou Bou-loms) [sur le littoral proche de Freetown], les Va�s (� la fronti�re du Liberia). Des groupes moins compacts de Soussous (� la fronti�re de la Guin�e), de Malink�s et de Peuls (r�pandus un peu partout) s�y ajoutent. Les Cr�oles de Freetown (1,2 p. 100), descendants anglicis�s d�esclaves ou d�affranchis implant�s par les Anglais, ont longtemps jou� le r�le d�auxiliaires de l�administration britannique. La population demeure rurale � plus de 90 p. 100. En dehors de la capitale, seules trois villes, Bo, Kenema et Makeni, d�passent</p><p>10 000 habitants. Tr�s dense dans la zone littorale, la population est clairsem�e dans l�int�rieur, en dehors de quelques noyaux compacts isol�s.</p><p>L��conomie</p><p>La principale culture vivri�re est le riz (250 000 t par an), dans la zone c�ti�re mar�cageuse et les plaines inondables downloadModeText.vue.download 185 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10140</p><p>de l�int�rieur. Mais elle ne couvre pas les besoins du pays, qui doit en importer en quantit� croissante. Le mil domine dans l�est. Le manioc se retrouve partout. Les cultures d�exportation se r�duisent � un �chantillonnage (de 50 000 � 70 000 t de palmistes, de 5 000</p><p>� 6 000 t de caf�, de 3 000 � 4 000 t de cacao, un millier de tonnes de kola export�es vers les pays voisins). L��levage est d�ficitaire (importations, pour la plupart clandestines, de Guin�e), la p�che, peu d�velopp�e.</p><p>Les productions mini�res ont fourni en 1970 plus de 70 p. 100 en valeur des exportations : diamants dans les r�-</p><p>gions de Bo et Kenema, Tongo et Yen-gema (63,4 p. 100 des exportations) ; minerai de fer de Marampa (1,6 Mt de fer, 13 p. 100 des exportations) ; rutile de Gbangbama, exploit� par une so-ci�t� am�ricaine (2,4 p. 100), et bauxite de Mokanji Hills, exploit�e par une soci�t� suisse (470 000 t ; 1,9 p. 100).</p><p>L�exploitation de l�or est pratiquement</p><p>abandonn�e.</p><p>L�industrie de transformation est peu d�velopp�e, l�exigu�t� du march� et la concurrence des produits manufactur�s import�s de Grande-Bretagne et du Japon faisant obstacle � sa rentabilit�. En dehors de quelques huileries, rizeries et scieries dispers�es, presque toutes les industries se trouvent concentr�es dans l�agglom�ration de Freetown (industries alimentaires diverses, huileries, savonnerie, cimenterie, raffinerie de p�trole, chaussures et confection, taillerie de diamant). La production d��nergie (les trois quarts fournis par la centrale thermique de Freetown) est faible.</p><p>Freetown, la capitale, poss�de le seul port important, sur une magnifique rade naturelle, bien abrit�e ; un chemin de fer � voie �troite, datant du d�but du si�cle, traverse le pays de Freetown � Pendembu, avec un embranchement desservant Makeni ; un chemin de fer minier permet l��vacuation du fer de Marampa par le port min�ralier de Pepel, sur la rive droite de la Rokel.</p><p>Paradoxalement, la richesse mini�re de la Sierra Leone engendre une situation �conomique malsaine (d�ficit vivrier ; balance commerciale d�ficitaire). Le gouvernement de Siaka Stevens a nationalis� l�exploitation et le commerce du diamant, jusque-l� monopole de la Sierra Leone Selection Trust (filiale de la De Beers) en s�assurant dans la National Diamond Mining Company (Diminco) 51 p. 100 du capital ; mais, avec 49 p. 100 du capital de la soci�t� mixte nationale, le groupe De Beers conserve la gestion technique et contr�le la commercialisation � l�exportation. L�extraction artisanale clandestine et la contrebande du diamant, que depuis 1957 aucun des gouvernements n�a r�ussi � supprimer, privent l��tat de ressources importantes et contribuent � l�abandon des cultures.</p><p>L��tat s�est assur� �galement une participalion majoritaire dans l�exploitation des mines de fer et a cr�� une soci�t� commerciale d��tat (National Trading Company).</p><p>La Grande-Bretagne reste le premier</p><p>client de la Sierra Leone (63 p. 100</p><p>des exportations en 1970) et le premier fournisseur (30 p. 100 des importations, suivie du Japon, 10 p. 100).</p><p>J. S.-C.</p><p>L�histoire</p><p>Les Africains :</p><p>agriculture, commerce</p><p>et soci�t�s secr�tes</p><p>La Sierra Leone est travers�e par une importante fronti�re linguistique : au nord et � l�ouest, des peuples de langue semi-bantoue, les Buloms, p�cheurs, les Timn�s � la hauteur de Freetown et dans l�imm�diat arri�re-pays, venus de Guin�e avant le XVe s., et les Limbas, plus � l�est, arriv�s encore plus t�t ; au sud et � l�est, des peuples de langue mand�, les Mend�s, immigr�s progressivement au cours des XVIIIe et XIXe s., et les Konos, venus aussi du Liberia un si�cle plus t�t, pour ne citer que les plus importants. Cette mise en place des populations s�est faite souvent au milieu de conflits intertribaux qui duraient encore dans le premier tiers du XVIIIe s.</p><p>Mais les traits culturels communs sont nombreux, tant dans l�activit� �conomique (culture du riz) que dans le syst�me familial (patrilin�aire) ou politique (chefferies dont les titulaires exercent le pouvoir en commun avec un conseil de chefs subalternes). Malgr� l�islamisation apport�e manu militari du Fouta-Djalon par les Peuls et les Mandings � partir du d�but du XVIIIe s., les soci�t�s secr�tes � pr�tentions surnaturelles, le Poro des hommes et le Sande des femmes, gardent un r�le important dans le maintien de l�ordre, l��ducation, le mariage.</p><p>Vers 1460, le Portugais Pedro de Sintra donne le nom de Serra Leoa (� Montagne du lion �) � la presqu��le montagneuse qui barre le vaste estuaire des petites rivi�res Mitombo et Mai-pula. Jusqu�au d�but du XVIIe s., les Portugais r�ussissent � conserver leur monopole commercial (ivoire, cire, peaux, quelques esclaves) ; ils installent des forts et envoient quelques missionnaires. Au cours du XVIIe s., un</p><p>partage de la c�te s�op�re en gros, et malgr� quelques empi�tements r�ciproques, entre Fran�ais, plus au nord, Hollandais, plus au sud, et Anglais, dont la pr�pond�rance sur l�actuelle c�te de Sierra Leone n�est pas vraiment mise en cause par les attaques fran�aises (1695, 1704, 1794) ou celles des pirates (1730). Le commerce est entre les mains de compagnies � charte, Company of merchants trading to Gui-nea (1630), Royal African Company (1672), dont le monopole est battu en downloadModeText.vue.download 186 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10141</p><p>br�che � partir de 1689 par les commer�ants ind�pendants. Des factoreries fortifi�es sont install�es � Sherbro, � York, petite �le voisine, � Bunce, dans l�estuaire (1672). Des essais de culture sont tent�s � la fin du si�cle. La traite des Noirs, fournie par des n�griers peuls arriv�s sur la c�te et aliment�e du c�t� europ�en par des importations directes de rhum antillais, prend son essor � partir du milieu du XVIIIe s. ; elle atteindra le chiffre de 1 500 par an � la fin du si�cle pour l�estuaire.</p><p>Abolitionnisme, christianisme,</p><p>n�gritude</p><p>Propos� par un voyageur naturaliste, Henry Smeathman, le site de Freetown est retenu en 1786 pour l��tablissement d�une colonie d�anciens esclaves de Nouvelle-Angleterre ou des Antilles qui vivent en Grande-Bretagne dans la mis�re. Un premier contingent est amen� en 1787 � l�instigation du philanthrope Granville Sharp (1735-1813).</p><p>Une bande de terre est achet�e au chef timn� de l�endroit. De graves frictions avec les indig�nes n�emp�chent pas l�arriv�e de nouveaux colons sous les auspices de la Sierra Leone Company, qui projette des �tablissements commerciaux et agricoles comme alternative � la traite des Noirs. En 1792, le gouverneur Clarkson am�ne 300 esclaves lib�r�s pour avoir combattu dans les rangs anglais pendant la guerre d�Ind�pendance am�ricaine et qui v�-</p><p>g�taient en Nouvelle-�cosse. En 1800, 550 n�gres marrons de la Jama�que</p><p>sont transport�s � Freetown. Mais le pays se r�v�le moins fertile qu�on le croyait, et la Sierra Leone Company se trouve en difficult�. Aussi, lorsque la traite n�gri�re est abolie en 1807</p><p>par le Parlement britannique, la Sierra Leone devient-elle colonie de la couronne (1er janv. 1808), et elle servira de base arri�re dans le combat contre les n�griers : une cour de vice-amiraut� y est �tablie et rend sa premi�re condamnation pour traite avec lib�ration de la cargaison la m�me ann�e. D�sormais, chaque ann�e, plusieurs centaines de captifs seront lib�r�s � Freetown et en majorit� install�s dans des villages de colonisation �tablis sur la presqu��le, c�d�e par les chefs timn�s. � partir de 1819, quand d�autres pays rejoignent l�Angleterre dans sa lutte contre la traite, un tribunal mixte est install� � Freetown ; il fonctionnera jusqu�en 1870.</p><p>Venus de toutes les r�gions</p><p>d�Afrique, les lib�r�s adoptent le mode de vie des premiers colons, et l�ensemble formera le groupe</p><p>des � Cr�oles �. Freetown passe de 1 000 habitants en 1808 � 13 000 en 1826 et devient un important centre commercial. La Church Missionary Society est pr�sente depuis 1814 ; en 1827, elle fonde un s�minaire pour pasteurs africains, qui devient le premier �tablissement d�enseignement sup�rieur d�Afrique occidentale quand il s�affilie en 1876 � l�Universit� de Durham, sous le nom de Fourah Bay College. Les Cr�oles sierra-l�onais prendront ainsi une large avance sur les pays voisins et, en essaimant dans les autres West African Settlements (Gambie, Gold Coast et plus tard Nigeria), gouvernement g�n�ral dont Freetown sera � plusieurs reprises le chef-lieu, ils joueront un r�le hors de proportion avec leur nombre et fourniront des pionniers de la n�gritude comme l��v�que anglican Samuel Adjai Crow-ther ou le Dr. Africanus Horton.</p><p>Deux Sierra Leone :</p><p>la colonie et le protectorat</p><p>Au cours du XIXe s., les gouverneurs de la colonie eurent tendance � �tendre leur territoire � la faveur de trait�s d�amiti� et d�abolition de l�esclavage</p><p>avec les chefs de la r�gion (1820, Banana ; 1825, Sherbro ; 1845, pays bulom) ; mais la m�tropole �tait hostile � cette extension, et, en 1872 encore, le gouverneur dut restituer une partie du pays koya (� l�est de la presqu��le de Freetown). Cependant, la ru�e sur l�Afrique du dernier quart du XIXe s.</p><p>amena le gouvernement anglais � changer de politique. En 1885, la fronti�re fut fix�e avec le Liberia* (qui menait pour sa part un jeu typiquement imp�-</p><p>rialiste ; cette fronti�re sera rectifi�e en 1910), et en 1895 avec la France, dont la colonie de Guin�e* encerclait l�hin-terland de la Sierra Leone � l�ouest et au nord. Sur cette zone d�influence ainsi d�limit�e, la Grande-Bretagne proclama son protectorat en 1896.</p><p>L�administration des deux entit�s territoriales resta enti�rement distincte pendant toute la p�riode de domination anglaise. La colonie, presqu��le de Freetown et �le Sherbro, repr�sentait 1 p. 100 de la superficie totale. Le protectorat conserva les 150 chefferies existantes, coiff�es par des district commissioners, selon le syst�me de l�indirect rule. De violents troubles �clat�rent en 1898, quand l�administration du protectorat voulut percevoir les premiers imp�ts ; une campagne militaire vint � bout de la r�sistance en 1899.</p><p>� part le chemin de fer de Freetown � Pendembu, les moyens de transport rest�rent longtemps rudimentaires ; les premi�res routes furent ouvertes en 1910 dans la colonie, en 1928 dans le protectorat, et les deux r�seaux ne furent raccord�s qu�en 1940. M�me retard dans le domaine de l�enseignement : le protectorat dut se contenter longtemps de l��cole des fils de chefs ouverte dans sa capitale, Bo, en 1906. Pourtant, les richesses export�es venaient du protectorat : diamants, extraits par le Sierra Leone Selection Trust, dans le pays kono ; fer des mines de Marampa, en pays timn�, exploit�es � partir de 1933 ; plus tard bauxite et rutile, les principales exportations agricoles �tant les amandes de palme, le caf� et le cacao.</p><p>Ind�pendance, tribalisme et</p><p>lutte des classes</p><p>Contrairement � ce qui s�est pass� au Liberia voisin, les Cr�oles de Sierra Leone ont perdu le pouvoir politique d�s le tournant du si�cle, au profit de l�administration anglaise, qui l�a remis, au terme d�une lente �volution, aux populations de l�int�rieur. La Constitution de 1924 avait admis quelques �lus de la colonie au sein du Conseil l�gislatif � c�t� de chefs d�sign�s par les autorit�s du protectorat. En 1951, un r�gime d�mocratique parlementaire est institu�. Le Dr. Milton Margai (1895-1964), un Mend� proche de l�aristocratie du protectorat, fonde le Sierra Leone People�s Party (SLPP) � pr�tention nationale mais dont l��lectorat se trouve surtout dans le sud du pays. Il arrive au pouvoir en 1954 et conduit le pays � l�ind�pendance, le 27 avril 1961, tandis que l�opposition s�exprime par le canal de l�APC (All People�s Congress), �manation des couches populaires des villes, surtout implant� dans le Nord et dirig� par un Limba, Siaka Stevens (n� en 1905).</p><p>� la mort de sir Milton Margai,</p><p>en 1964, son fr�re, sir Albert Margai (n� en 1910), moins habile politicien, le remplace. Sa tentative d��tablir un r�gime de parti unique ne fait qu�accro�tre le m�contentement populaire, aliment� par les difficult�s �conomiques. Les �lections de 1967 vont d�clencher une s�rie de coups d��tat.</p><p>Devant la l�g�re avance de l�APC, le gouverneur g�n�ral sierra-l�onais, sir Henry J. L. Boston, nomme Siaka Stevens Premier ministre. Le chef de l�arm�e, le g�n�ral David Lansana, arr�te Stevens et sir Henry J. L. Boston pour rendre le pouvoir � Margai, mais il est d�savou� par ses subalternes, qui prennent le pouvoir avec l�appui de la police et constituent un gouvernement militaire sous le nom de National Reformation Council (NRC), pr�sid� par un Cr�ole, le colonel Andrew Juxon-Smith (n� en 1931). La lenteur du retour � un gouvernement civil promis par la junte d�clenche en avril 1968 un nouveau coup d��tat : deux sergents-majors, avec l�aide d�un groupe de sous-officiers, renversent le NRC et r�-</p><p>tablissent le r�gime civil en r�unissant l�assembl�e issue du scrutin de 1967.</p><p>Stevens constitue alors un gouverne-</p><p>ment d�union nationale r�unissant des personnalit�s de l�APC, du SLPP et des ind�pendants. Mais cette tentative est sans lendemain ; de nombreux d�put�s SLPP sont invalid�s, des troubles ont lieu en pays mend� � l�occasion des �lections partielles, l��tat d�urgence est institu�. Au milieu du d�sordre, le pays �volue vers un r�gime pr�sidentiel fort (la r�publique est proclam�e en avr. 1971) dirig� par le pr�sident Stevens, qui nationalise � 51 p. 100 les mines de diamant, principale ressource du pays. � la suite de nouvelles tentatives de coups d��tat, Stevens conclut un pacte de d�fense avec la Guin�e, et un contingent de l�arm�e guin�enne s�installe en Sierra Leone. Les �lections g�n�rales de 1973 se d�roulent sous le r�gime de l��tat d�urgence, qui �te � l�opposition tout moyen d�expression : l�APC enl�ve presque tous les si�ges. Le d�veloppement �conomique marque le pas, tandis que les mines de diamant tendent � s��puiser. En octobre 1973, les pr�sidents Stevens et William Tolbert (Liberia) ont conclu un accord pr�voyant une union �conomique pour 1977.</p><p>J.-C. N.</p><p>A. P. Kup, A History of Sierra Leone, 1400-1787 (Cambridge, 1961). / C. Fyfe, A History of Sierra Leone (Fair Lawn, N. J., 1962). / C. Fyle (sous la dir. de), Sierra Leone Inheritance (Fair Lawn, N. J., 1964). / J. Cartwright, Politics in Sierra Leone, 1947-1967 (Buffalo, 1970).</p><p>Siey�s (Emmanuel</p><p>Joseph)</p><p>Homme politique fran�ais (Fr�jus 1748 - Paris 1836).</p><p>Issu d�un milieu de bonne bourgeoisie proven�ale (son p�re est directeur des Postes), ce cadet de famille est destin� � la pr�trise, sans vocation aucune, peut-�tre en raison d�une sant� d�licate..., qui ne l�emp�chera pas de vivre jusqu�� quatre-vingt-huit ans. Apr�s des �tudes � Fr�jus, puis � Draguignan, downloadModeText.vue.download 187 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10142</p><p>il est admis successivement aux s�minaires de Saint-Sulpice et de Saint-Firmin, d�o� il sortira en 1772, une fois ordonn� pr�tre. Apr�s quelques ann�es pass�es � l��v�ch� de Tr�guier, il suit � Chartres son �v�que, M. de Luber-sac, et re�oit les fonctions de vicaire g�n�ral. On le voit cependant souvent � Paris, o� il fr�quente les clubs, les loges ma�onniques, les � salons philosophiques � de Mmes de Condorcet, Helv�tius, Necker. Pendant toute cette p�riode, il r�fl�chit sur les institutions politiques et sociales, et surtout prend conscience de sa propre valeur.</p><p>Il a d�j� publi� deux brochures politiques lorsque, en janvier 1789, il lance son libelle au titre incendiaire : Qu�est-ce que le tiers �tat ? Tout. Qu�a-t-il �t� jusqu�� pr�sent ? Rien. Que veut-il devenir ? Quelque chose. Le succ�s de ce br�lot est immense : 30 000</p><p>exemplaires sont vendus en deux mois.</p><p>�lu d�put� du tiers (et non du clerg�) � Paris, Siey�s arrive aux �tats g�n�-</p><p>raux la t�te pleine d�id�es neuves. Cet homme au long nez, au teint p�le, aux �paules �troites ne poss�de certes pas la flamme oratoire d�un Mirabeau, mais il sait se faire �couter. Il r�clame la r�union des trois ordres, r�dige le texte du serment du Jeu de Paume, refuse, le 23 juin, d�obtemp�rer aux ordres du roi. �lu au comit� de constitution, il pr�sente un projet de D�claration des droits de l�homme qui ne sera qu�en partie accept�. Sans se lasser, il propose de multiples r�formes : mode de r�partition des imp�ts, cr�ation des gardes nationales, division du pays en d�partements, r�organisation judiciaire, etc. Il s�oppose nettement au veto absolu, comme d�ailleurs � l�abolition de la d�me (c�est � ce propos qu�il lance le mot fameux : � Ils veulent �tre libres mais ne savent pas �tre justes �) et vote sans conviction la constitution civile du clerg�. Son voeu serait de maintenir la r�volution dans de sages limites. Il s�est �loign� du � Club breton �, devenu club des Jacobins, et fr�quente la � Soci�t� de 89 �, plus mod�r�e, mais refuse de se laisser entra�ner par Mirabeau dans sa collusion avec la Cour. Lors de la fuite � Varennes, il demeure sur la r�serve.</p><p>S�il bl�me le roi, il n�approuve pas la p�tition r�publicaine du Champ-deMars. Il est encore partisan d�une mo-</p><p>narchie constitutionnelle, mais devine que la Constitution de 91 ne fera pas long feu.</p><p>Lorsque la Constituante se s�pare, Siey�s se retire � Auteuil. Malgr� bien des d�ceptions, il reste en contact avec ses anciens amis et s�en fait de nouveaux parmi la Gironde. Apr�s la chute des Tuileries, il est �lu � la Convention par trois d�partements et opte pour la Sarthe. Il si�ge au centre, mais vote la mort du roi, sans sursis. Ce geste ne lui vaut pas la reconnaissance de la Montagne. Il n�est pas non plus trop bien vu des Girondins, avec lesquels il commence � �laborer un projet de constitution. Son amiti� pour Condorcet fl�chit quand il voit celui-ci devenir le grand homme du Comit�. Pourtant, la Constitution girondine sera balay�e lors de l��limination des Brissotins. Siey�s n�intervient pas dans la lutte entre les deux grands partis. Il ne travaille pas non plus � la Constitution de l�an I. La r�volution qu�il a contribu� � d�cha�-</p><p>ner lui fait peur. Il sait que Robespierre le d�teste et l�appelle � la taupe de la r�volution �. Pendant la Terreur, la taupe se terre en effet dans son trou.</p><p>Lorsqu�on lui demandera ce qu�il a fait pendant cette p�riode, il r�pondra :</p><p>� J�ai v�cu. �</p><p>Apr�s Thermidor, il repara�t. Inquiet des �meutes populaires, il pr�conise des mesures s�v�res contre les fauteurs de troubles. Mais le probl�me qui int�-</p><p>resse le plus ce doctrinaire est celui de la constitution future. Une commission se forme, o� l�on appelle l�ancien constituant. L�oracle va-t-il remonter sur son tr�pied ? Il s�en garde bien, jugeant qu�on ne suivrait pas ses id�es.</p><p>Pri� de donner son avis sur le projet adopt�, il refusera avec un sourire d�-</p><p>daigneux : � On ne m�entendrait pas. �</p><p>Il a cependant accept� de faire partie du nouveau Comit� de salut public, o� il s�occupe des relations ext�rieures.</p><p>Il pr�ne le principe des fronti�res naturelles, songe � remanier la carte de l�Allemagne et s�en va � La Haye imposer la paix � la Hollande.</p><p>Lorsqu�il revient, la Convention s�appr�te � c�der la place au Directoire.</p><p>�lu d�put� aux Cinq-Cents (son nom para�t dans dix-neuf d�partements !), il</p><p>est �galement nomm� au coll�ge directorial, mais il repousse cet honneur.</p><p>Sans doute ne croit-il pas � la solidit� du r�gime. � ceux qui l�interrogent, il r�pond : � Il m�est impossible de penser qu�un homme qui, depuis la R�volution, a �t� en butte � tous les partis puisse rallier toutes les confiances. �</p><p>Malgr� cette apparente modestie, Siey�s reste amer, hautain, m�prisant.</p><p>Que d�sire-t-il ? On ne sait. Il ne favorise en tout cas pas la droite, puisqu�il approuve le coup d��tat de Fructidor.</p><p>Il devient pr�sident des Cinq-Cents, est appel� � l�Institut, mais souffre malgr� tout de sentir son influence en baisse. Son nom a �t� pourtant remis en vedette lorsqu�il a �t� victime d�un attentat. L�agresseur, un eccl�siastique n�vropathe nomm� Poulie, d�clare avoir voulu � venger la religion de ses p�res �. L�g�rement bless�, Siey�s voit remonter sa popularit�. En fait, le gouvernement le consid�re comme un g�neur et l�envoie en mission � Berlin (mai 1798). Il en revient un an plus tard, car l�anarchie r�gne � Paris, o� l�ancienne Montagne tente de resurgir de ses cendres et o� les mod�r�s cherchent un � philosophe � capable de remettre de l�ordre. Le grand homme accepte d�entrer dans le Directoire, pr�alablement �pur�.</p><p>Rival de Barras, Siey�s sent que l�heure est venue de changer de r�-</p><p>gime, mais il lui faut l�appui d�un</p><p>� sabre �. Le g�n�ral Joubert, auquel il songe en premier lieu, est tu� � Novi.</p><p>Son choix se porte alors sur Bonaparte, qui vient de rentrer d��gypte. Le jeune vainqueur des Mamelouks conna�t l�art de la flatterie : � Nous n�avons pas de gouvernement parce que nous n�avons pas de constitution, dit-il � Siey�s : c�est � votre g�nie qu�il appartient de nous en donner une. � L�ex-abb�, satisfait, entre dans le complot de Brumaire et re�oit, apr�s la victoire, le titre de deuxi�me consul provisoire. Il r�dige alors, avec Antoine Boulay de La Meurthe, un projet de constitution...</p><p>que le nouveau C�sar s�empresse de remanier, transformant � son profit les dispositions pr�vues pour limiter les pouvoirs de l�ex�cutif.</p><p>La Constitution autoritaire de</p><p>l�an VIII, telle qu�elle est pr�sent�e</p><p>aux Fran�ais, ne peut �videmment plaire � Siey�s. Aigri, m�content, le dogmatique personnage refuse pourtant d�avouer qu�il a �t� dup�. � titre de consolation, il se voit nomm� pr�sident du S�nat (il d�missionnera vite) et accepte m�me le magnifique domaine de Crosne. � Il a maintenant les mains li�es �, dit-on autour de lui. Pendant un temps, le nouveau ma�tre de la France le fait surveiller, mais cette pr�caution est inutile. Siey�s n�ose m�me pas lancer un � non � lorsqu�on vote sur l��tablissement de l�empire. Son existence se fait de plus en plus discr�te.</p><p>En 1809, cependant, il est nomm� comte d�Empire par lettres patentes. Le</p><p>� comte Siey�s � n�oserait sans doute plus affirmer que le tiers �tat, qui n�est toujours rien, devrait �tre tout...</p><p>En tout cas, son r�le politique est bien termin�. S�il est inscrit pendant les Cent-Jours sur la liste des pairs, il se voit exil� apr�s Waterloo comme r�gicide. Il se retire alors � Bruxelles.</p><p>La r�volution de Juillet lui permettra de regagner Paris, o� il mourra six ans plus tard, dans l�indiff�rence g�n�rale.</p><p>(Acad. fr., 1803.)</p><p>A. M.-B.</p><p>A. Neton, Siey�s d�apr�s des documents in�dits (Perrin, 1900). / P. Bastid, Siey�s et sa pens�e (Hachette, 1939). / R. Zapperi, � Introduction � in E. Siey�s, Qu�est-ce que le Tiers �tat ? (Droz, Gen�ve, 1970).</p><p>sigillographie</p><p>Science auxiliaire de l�histoire consacr�e � l��tude des sceaux.</p><p>On l�a aussi appel�e � sphragis-</p><p>tique �. Elle concerne principalement les sceaux du Moyen �ge, lesquels sont, � l�encontre de ceux de l�Antiquit�, conserv�s eux-m�mes en grand nombre, et sur des actes dont ils font partie int�grante.</p><p>Le principe du sceau r�alis� par empreinte est extr�mement ancien : il remonte au scarab�e au ventre couvert d�hi�roglyphes et au cylindre-sceau � caract�res cun�iformes de M�sopotamie*, lui-m�me post�rieur � un sceau en segment de sph�re. L�intaille an-</p><p>tique (v. glyptique), port�e en chaton de bague, servait � sceller, et le Moyen �ge a souvent r�cup�r� les intailles pour les incorporer � ses sceaux, �ventuellement en les entourant d�une l�gende. Il faut ici pr�ciser le sens � donner au terme sceau : on entend d�ordinaire sous ce nom l�empreinte r�alis�e, le nom de sceau-matrice ou de sceau-type s�appliquant � l�instrument m�di�val qui succ�de � l�anneau sigil-laire de l�Antiquit� classique et qui est ordinairement constitu� par une plaque grav�e en creux, pourvue d�un petit anneau ou d�une discr�te poign�e. �chappant aux conditions dimensionnelles de son pr�d�cesseur, il peut s��panouir et donner des empreintes d�passant � l�occasion 10 cm de diam�tre. L�emploi du sceau devait se r�v�ler d�une grande utilit� � une �poque o� quantit� de nobles pouvaient avouer ne pas savoir �crire : le sceau tenait lieu de signature, et la difficult� de l�imiter lui valait une plus grande confiance.</p><p>La sigillographie, en tant que science, s�est d�velopp�e tr�s tardivement, les sceaux repr�sentant un �l�ment limit� des actes. C�est une discipline satellite de la diplomatique. Au XIXe s., elle a commenc� � s��panouir avec la naissance de collections de moulages. Les sceaux pr�sentent un int�r�t tr�s divers, qui n�est pas sans parent� avec celui des monnaies.</p><p>downloadModeText.vue.download 188 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10143</p><p>L�usage du sceau, tr�s limit� au haut Moyen �ge, s�est r�pandu progressivement � travers les classes de la soci�t�.</p><p>Au XIIe s., il �tait le propre de la haute noblesse. Au XIIIe s., il s��largit, et bient�t on ne pensa plus � un � droit de scel � pouvant �tre consid�r� comme un privil�ge. Mais il arrivait que des gens de condition obscure faisaient, � leur sceau peu connu, adjoindre un sceau public pour en accro�tre la garantie.</p><p>Toutes les personnes physiques ou morales �taient amen�es � �tre pourvues de cet instrument n�cessaire : eccl�-</p><p>siastiques de tout rang, m�me simples clercs, ordres religieux, bourgeois et artisans, municipalit�s et corporations et, bien entendu, juges, baillis et tous</p><p>gens de loi.</p><p>�videmment, les souverains �taient de grands utilisateurs. Le sceau royal �tait confi� � la chancellerie. L�importance des actes d��tat a fait conserver jusqu�� nos jours l�usage du sceau pour quelques actes solennels (trait�s), le sceau actuel datant de 1848. Le titre de garde des sceaux a persist� �galement. Autrefois, celui-ci conservait les sceaux en l�absence du chancelier (cancellarius, celui qui scelle). Il exista aussi un officier royal appel� chauffe-cire.</p><p>La cire �tait la mati�re ordinaire des sceaux. Les plus anciens sont faits d�une cire friable, fortement charg�e pour la durcir, qui fut blanche � l�origine et dont la couleur a souvent vir� au brun. Ce m�lange de cire vierge, de poix et de craie a �t� remplac� � dater du XVIIe s. par une plus moderne cire � cacheter, ou cire d�Espagne, � base de gomme-laque. La couleur n�est pas sans signification. Les vieux sceaux royaux sont blancs. La cire jaune, naturelle, est aussi d��poque ancienne, en g�n�ral.</p><p>La cire rouge a eu un succ�s tout particulier tant aupr�s des souverains que du clerg�, mais elle n�est pas ant�rieure au XIIe s. En France, la chancellerie royale usait de diverses couleurs selon la destination et le caract�re des documents.</p><p>Le noir a �t� employ� surtout par les ordres de chevalerie. Les la�ques se partageaient, employant m�me, rarement, la cire bleue. On a fait aussi des m�langes. On a introduit des poils de barbe, ou enfonc� le pouce � l�avers du sceau, peut-�tre dans l�illusion d�y ajouter une garantie suppl�mentaire.</p><p>D�autres sceaux furent m�talliques : en ce cas, ils re�urent le nom de bulles, qui s�attacha aussi aux documents eux-m�mes. Les empereurs grecs et latins utilis�rent le plomb, d�autres souverains employ�rent l�or, et tr�s rarement l�argent ou le bronze. Dans ces cas, le sceau se trouvait, par n�cessit� mat�-</p><p>rielle, pendant, c�est-�-dire reli� � la charte par un cordon de cuir, de soie ou un ruban de parchemin. Le sceau pendant de cire �tait souvent marqu� sur son autre face d�un contre-sceau, souvent plus petit, orn� de fa�on analogue.</p><p>Il arrivait qu�on le pr�serv�t en l�enfermant dans une pochette ou une bo�te.</p><p>S�il n��tait pas pendant, le sceau �tait plaqu� sur le parchemin ou le papier.</p><p>Il pouvait le traverser par un orifice, la cire d�bordant sur l�autre face recevant un contre-sceau. La forme des sceaux fut souvent ronde (sceaux royaux) ou ovale, ogivale, en navette (sceaux des eccl�siastiques, des dames, des universit�s). Les formes d��cus, de carr�s, de triangles et autres ont toujours �t� rarissimes en France. Un �l�ment essentiel est la l�gende, qui se d�roule � la p�riph�rie, comme sur les monnaies, et porte des formules typiques. Le trac�, l�orthographe fourmillent souvent de maladresses et d�incorrections.</p><p>Les sujets ne sont pas choisis au hasard. Le sceau �questre, repr�sentant un homme de guerre � cheval, est le propre de la haute noblesse.</p><p>Les communes portent des tours, des portes, des forteresses, les monast�res des saints patrons ou des abb�s avec mitre et crosse, les artisans les instruments de leur profession. Le ch�teau est symbole de juridiction ; le faucon, le cerf ou le cor, symboles du droit de chasse ; la fleur de lis est utilis�e par tous et n�a rien de sp�cifiquement royal. Enfin, les armoiries ont figur� de plus en plus souvent � partir du XIIIe s.</p><p>� la fin du XVe s., on commen�a � abandonner les sceaux au profit de cachets de petites dimensions, portant seulement des armoiries, ou un embl�me, sans l�gende. L�estampille, qui est un cachet imprimant sa marque sur le papier apr�s avoir �t� ancr�, est d�un usage tr�s ancien. Estampille et timbre ont, comme la signature et le traitement des actes par les notaires, contribu� � la disparition des sceaux.</p><p>R. H.</p><p>J. Roman, Manuel de sigillographie fran-</p><p>�aise (Picard, 1912).</p><p>Sigismond Ier,</p><p>Sigismond II</p><p>Auguste</p><p>F JAGELLONS.</p><p>Signac (Paul)</p><p>F N�O-IMPRESSIONNISME.</p><p>signalisation</p><p>a�rienne</p><p>F A�ROPORT.</p><p>signalisation</p><p>ferroviaire</p><p>Ensemble des dispositifs �tablis le long des voies de chemin de fer et destin�s � fournir aux conducteurs des trains les indications indispensables pour assurer la s�curit� des circulations ferroviaires.</p><p>But de la signalisation</p><p>La n�cessit� de disposer des signaux conventionnels le long des voies afin de communiquer des ordres au m�canicien d�un train en marche est apparue d�s le d�but du chemin de fer afin d��viter les accidents r�sultant de la rencontre de deux convois. Ces risques peuvent provenir de la prise en �charpe � un aiguillage, d�une collision r�sultant de la circulation en sens inverse de deux trains sur une m�me voie ou de la rencontre d�un obstacle sur la voie, tel qu�un convoi immobilis� en particulier. Les raisons essentielles des mesures particuli�res prises pour assurer la s�curit� des circulations ferroviaires proviennent d�une part de la nature m�me du chemin de fer, dont les v�hicules guid�s par les rails ne laissent pas au conducteur le choix de la direction � prendre, d�autre part des distances d�arr�t, qui sont presque dix fois plus �lev�es que celles qui sont n�cessaires � un v�hicule automobile en raison de la faible valeur du coefficient d�adh�-</p><p>rence des roues en acier sur les rails �galement en acier. Aussi a-t-on g�n�-</p><p>ralis� dans le domaine des chemins de fer les signaux d�annonce pr�c�dant les signaux d�ex�cution.</p><p>Les probl�mes relatifs � la signalisation ferroviaire sont de deux ordres : assurer l�espacement r�gulier des trains circulant dans le m�me sens sur une m�me voie de fa�on � �viter un rattra-page �ventuel et assurer la s�curit� des circulations dans les zones comportant plusieurs possibilit�s d�itin�raires, en particulier sur les voies uniques o� deux trains peuvent circuler en sens inverse. Ces mesures de s�curit�, particuli�res au chemin de fer, exigent une grande fiabilit�. De ce fait, la signali-</p><p>sation a connu une �volution technique plus lente que celle d�autres domaines en raison des craintes de d�faut de fonctionnement qui ont longtemps plan� sur les dispositifs m�caniques ou �lectriques utilis�s au XIXe s.</p><p>Forme des signaux</p><p>Les premiers signaux utilis�s sont, de jour, de simples drapeaux pr�sent�s par des gardes dispos�s le long des voies, le drapeau roul� indiquant la voie libre et d�ploy� imposant le ralentissement lorsqu�il est vert, ou l�arr�t lorsqu�il est rouge. La nuit, le garde pr�sente une lanterne � feu blanc pour la voie libre, � feu vert pour le ralentissement et � feu rouge pour l�arr�t. Afin de mieux transmettre ces indications et pour all�ger le travail de certains gardes apparaissent les signaux fixes, d�abord r�serv�s � quelques points particuliers, puis �tendus � toutes les stations o� la n�cessit� peut appara�tre d�arr�ter les trains. Par la suite, en vue d��conomiser les gardes qui n�ont qu�un service peu charg�, certains signaux sont manoeuvres � distance par les agents des stations. Ces signaux m�caniques sont constitu�s d�une plaque m�tallique pivotante plac�e au sommet d�une colonne ou sur un portique. La plaque effac�e signifie la voie libre, tandis que pr�sent�e elle commande le ralentissement ou l�arr�t selon le code utilis�. La nuit, une lanterne blanche, plac�e � la hauteur de la plaque, est visible lorsque celle-ci est effac�e, tandis qu�un verre color� solidaire de la plaque vient se placer devant le feu en position de fermeture.</p><p>Des palettes mobiles sont �galement utilis�es dans la signalisation m�canique. Elles peuvent occuper plusieurs positions (verticale, horizontale ou oblique � 45�) et sont �galement munies de verres color�s venant se placer devant une lanterne fixe. Les progr�s r�alis�s dans le domaine de l��lectricit� permettent de remplacer les lanternes par des lampes �lectriques, d�un fonctionnement plus s�r et d�une intensit� sup�rieure, et de contr�ler le fonctionnement des signaux par le d�clenchement d�une sonnerie ou d�un voyant dans la station lorsque le signal a �t� franchi. Parall�lement, un dispositif plac� sur la voie (le crocodile), convenablement polaris� selon la position du signal et sur lequel frotte une brosse</p><p>m�tallique fix�e � la locomotive, permet d�actionner un signal acoustique qui compl�te l�indication donn�e au m�canicien par le signal. Le code des downloadModeText.vue.download 189 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10144</p><p>couleurs utilis� depuis 1885 est modifi� en 1936 en raison des inconv�nients du feu blanc pour la voie libre : celui-ci peut d�une part �tre confondu avec une lampe d��clairage quelconque, d�autre part se pr�senter accidentellement si le verre de couleur devant normalement se placer devant en cas de fermeture se trouve d�truit. Aussi a-t-on �t� conduit � utiliser le feu vert pour la voie libre, le feu jaune pour le ralentissement, tout en conservant le feu rouge pour l�ar-r�t, et � modifier la forme de certains signaux m�caniques dans des conditions telles qu�ils puissent toujours �tre identifi�s par leur seule silhouette. Les signaux purement lumineux remplacent les signaux m�caniques d�s que les chemins de fer sont assur�s de la fiabilit� des syst�mes �lectriques. Ces signaux pr�sentent une excellente visibilit� et des avantages techniques de fonctionnement gr�ce au remplacement des pi�ces m�caniques mobiles par des relais insensibles aux intemp�-</p><p>ries. En France, la signalisation lumineuse a �t� inaugur�e en 1923 par le r�seau de l��tat sur la ligne de Paris � Saint-Germain. Elle est maintenant utilis�e sur la plupart des grandes art�res ferroviaires. Mais la signalisation m�-</p><p>canique �quipe encore de nombreuses lignes.</p><p>Espacement des trains</p><p>La circulation en ligne a �t� domin�e tr�s t�t par l�espacement rationnel des convois. Seul utilis� au d�but du chemin de fer, l�espacement par le temps est tr�s vite remplac� par l�espacement � la distance, beaucoup plus s�r.</p><p>Il entra�ne le d�coupage des lignes en cantons prot�g�s par un signal d�ar-r�t (s�maphore), pr�c�d� d�un signal d�avertissement. Ces signaux, manoeuvr�s par un garde ou � partir d�un poste, peuvent �tre maintenus ferm�s pendant</p><p>un intervalle de temps fix� lorsqu�un convoi est engag� dans le canton prot�g�. Utilis�e tant que les circulations sont peu nombreuses, cette m�thode ne permet pas un d�bit �lev� de la ligne.</p><p>La signalisation de block, qui appara�t d�s 1852 sur les r�seaux britanniques, consiste � conserver le s�maphore ferm� tant que le train, engag� sur le canton prot�g� par le signal, n�a pas d�pass� le s�maphore suivant. Ce principe peut �tre appliqu� de fa�on plus ou moins rigide selon que l�on autorise ou non la p�n�tration d�un second train dans un canton moyennant certaines restrictions, notamment en prescrivant au m�canicien d�observer la marche � vue, c�est-�-dire de r�gler sa vitesse de telle sorte qu�il puisse s�arr�ter devant tout obstacle inopin�, en particulier un train immobilis� accidentellement.</p><p>Le block automatique apporte un perfectionnement suppl�mentaire en</p><p>permettant aux trains de commander eux-m�mes la fermeture des signaux de protection des cantons sans l�intervention d�aucun agent. Le premier block automatique fonctionnant par circuit de voie est install� en 1871 sur le Boston and Lawell Railroad aux �tats-Unis, puis l�ann�e suivante sur le Lehigh Valley Railroad. La mise au point du syst�me complet combinant le circuit de voie avec la manoeuvre automatique des s�maphores n�est toutefois obtenue qu�entre 1881 et 1884 par George Wes-tinghouse (1846-1914) apr�s d�importants essais effectu�s sur le Fichtburg Railroad. En France, plusieurs syst�mes de blocks automatiques m�caniques sont install�s, notamment sur le r�seau du Midi, et la Compagnie du Paris-Orl�ans fait un essai de circuit de voie � courant alternatif en 1909 en gare de Choisy-le-Roi, puis en 1913</p><p>en gare de Paris-Quai d�Orsay pour la protection des voies � quai. Ainsi, le block automatique a �t� introduit peu � peu sur les r�seaux pour donner naissance au block automatique lumineux, qui constitue le syst�me de signalisation fondamental des grandes lignes de chemin de fer. Ce syst�me continue de s�imposer pour les lignes � haute densit� de circulation. Cependant, avec l�accroissement des vitesses, les distances d�arr�t augmentent et des am�-</p><p>nagements ont �t� n�cessaires : pour renseigner le m�canicien sur l�occupa-</p><p>tion de deux cantons cons�cutifs ont �t� cr��s le signal de pr�avertissement, puis le signal de pr�annonce sur les lignes parcourues par des trains circulant entre 160 et 200 km/h.</p><p>downloadModeText.vue.download 190 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10145</p><p>Protection des</p><p>circulations</p><p>Aux points o� s�arr�tent et stationnent normalement des trains, o� des aiguilles permettent de passer d�une voie � une autre se pose le probl�me de la protection des circulations contre les mouvements convergents ou s�cants.</p><p>Les conditions de s�curit� doivent �tre remplies avant que le train ne soit en vue des signaux d�annonce commandant l�itin�raire et ne doivent pas �tre modifi�es par la suite avant que le train n�ait d�pass� ces points. Les signaux et les aiguilles relatifs � un itin�raire doivent �tre li�s entre eux par des dispositifs permettant d��viter les erreurs et d�assurer la s�curit� des circulations. Ces dispositifs sont les enclenchements m�caniques ou �lectriques.</p><p>Ils d�signent les relations �tablies par divers moyens entre les leviers de manoeuvre des aiguillages et les signaux, un levier dans une position d�termin�e emp�chant la manoeuvre d�un autre ou de plusieurs autres leviers. C�est la r�alisation mat�rielle de l�incompatibilit� de deux situations. Les premiers enclenchements sont m�caniques.</p><p>Lorsque les leviers de commande ne sont pas group�s dans un poste, l�enclenchement est r�alis� au moyen de serrures de s�curit� qui verrouillent certains appareils gr�ce � une cl� unique restant prisonni�re de la serrure en position d�ouverture. Lorsque les leviers sont group�s dans un poste, l�enclenchement m�canique est r�alis� par des loquets bloquant les leviers de commande des aiguilles et des signaux dont les conditions de compatibilit� avec les autres leviers ne sont pas satisfaites. Les enclenchements m�caniques sont robustes et largement utilis�s dans les chemins de fer, et leur emploi est bien adapt� aux commandes individuelles d�appareils. Le d�velop-</p><p>pement de la signalisation lumineuse et automatique a entra�n� la r�alisation des enclenchements �lectriques, qui sont r�alis�s au moyen de relais traduisant �lectriquement les conditions de compatibilit� et d�incompatibilit� des leviers de manoeuvre. La coupure ou la fermeture d�un circuit de commande d�aiguille ou de signal d�pend alors de la manoeuvre d�un levier, de la position des autres leviers et des signaux implant�s dans la zone command�e ainsi que de la circulation des v�hicules qui ouvrent ou ferment les circuits de voie.</p><p>En permettant une concentration plus importante d�appareils de commande, ces dispositifs ont conduit d�abord � la cr�ation des postes d�aiguillage � levier d�itin�raire, dans lesquels tous les appareils de voie et les signaux relatifs � un itin�raire sont command�s par une seule action de levier ou de bouton et dont les conditions de s�curit� sont uniquement assur�es par la position des relais, puis � celle des postes � levier libre, qui permettent d�une part la destruction automatique des itin�raires apr�s le passage des trains, d�autre part la possibilit� d�enregistrer un second itin�raire qui s��tablira automatiquement apr�s la destruction du premier.</p><p>Ils permettent m�me de remplacer l�action de l�aiguilleur par des impulsions de commande �mises par une m�moire ou t�l�command�es. Les perfectionnements dans la commande des signaux ont permis l��tablissement de commandes centralis�es dans lesquelles un agent charg� de la circulation fait fonctionner les aiguilles et les signaux sur toute une ligne ou une portion de downloadModeText.vue.download 191 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10146</p><p>ligne comme la ligne Dole-Vallorbe, command�e depuis Dijon.</p><p>Signaux d�indication</p><p>En dehors des signaux essentiels d�ar-r�t, les chemins de fer utilisent des signaux destin�s � limiter la vitesse</p><p>de fa�on permanente ou temporaire et � fournir diverses indications aux m�caniciens sur les itin�raires qu�ils empruntent. Les limitations de vitesse impos�es par certains points particuliers de la voie ou par le franchissement des aiguillages en branche d�vi�e sont indiqu�es par des signaux portant la vitesse maximale permise. Comme pour les signaux d�arr�t, une certaine distance est m�nag�e entre le signal annon�ant la limitation de vitesse et celui qui marque le point � partir duquel elle doit �tre observ�e. En France, ces signaux pr�cisent g�n�ralement la vitesse � respecter. Ils sont constitu�s par des panneaux portant des chiffres noirs sur fond blanc dans le cas du signal d�annonce et des chiffres blancs sur fond noir pour le signal d�ex�cution. La fin de la zone o� la vitesse doit �tre r�duite est indiqu�e par une plaque portant la lettre R. Ces signaux sont �clair�s la nuit. Ils peuvent �galement pr�senter une forme conventionnelle. C�est le cas du franchissement � 30 km/h des appareils de voie d�entr�e sur les voies de garage, annonc� en France par le signal de ralentissement et le rappel de ralentissement, dispos� juste avant l�aiguillage. D�autres signaux, mat�rialis�s par des feux ou des plaques portant divers renseignements, indiquent la direction g�ographique de l�itin�raire emprunt� ou la position d�appareils particuliers. En plus de la signalisation fixe, les signaux manuels (drapeaux et lanternes) sont utilis�s par les agents charg�s de manoeuvres.</p><p>Enfin, le probl�me de la protection d�un obstacle inopin�, qui est un des plus difficiles � r�soudre en raison de l�urgence qu�il pr�sente, conduit � utiliser des moyens particuliers, allant de la coupure du courant de traction sur les lignes �lectrifi�es � la torche � flamme, dont la lueur est visible de tr�s loin.</p><p>�volution de</p><p>la signalisation</p><p>Si la signalisation fixe utilis�e actuellement sur tous les r�seaux a permis au chemin de fer d�obtenir une s�curit� de marche sup�rieure � n�importe quel autre moyen de transport, l�augmentation continuelle de la vitesse des trains n�cessite une signalisation d�espace-</p><p>ment faisant appel � des techniques diff�rentes de celle du block automatique. Sur les lignes existantes, on a d� introduire des signaux permettant d�assurer la protection des trains sur deux cantons cons�cutifs, les performances du freinage ne permettant plus d�obtenir l�arr�t sur la distance d�un canton, dont la longueur ne d�pend que de l�implantation actuelle des signaux (de 1,5 � 2 km). � des vitesses sup�-</p><p>rieures � 200 km/h et pouvant atteindre 300 km/h sur des infrastructures nouvelles, les distances de freinage deviennent tr�s grandes, et la signalisation du block automatique conduit � des cantons trop longs, donc � un d�bit trop faible. Pour la pratique de ces vitesses, l�observation d�un signal fixe plac� le long de la voie doit �tre remplac�e par la r�ception en cabine de conduite d�une information automatiquement transcrite en clair sur le tableau de bord. Les informations utiles peuvent parvenir � la locomotive par l�interm�-</p><p>diaire de courants � fr�quence �lev�e transmis par le rail ou par un c�ble parall�le � la voie ou encore par voie hertzienne. Avec une signalisation re�ue en cabine, il est alors possible d�aboutir � une commande automatique du frein, le conducteur n�intervenant qu�en cas de d�faillance du syst�me.</p><p>Cl. M.</p><p>F Chemin de fer / Exploitation.</p><p>signalisation</p><p>maritime</p><p>F NAVIGATION.</p><p>signalisation</p><p>routi�re</p><p>F CIRCULATION.</p><p>Signorelli (Luca)</p><p>Peintre italien (Cortona v. 1445 - id.</p><p>1523).</p><p>Originaire d�un foyer mineur de l�art toscan, Signorelli fit son apprentissage dans la plus grande des cit�s voisines, Arezzo, � l��cole de Piero* della Francesca. Il compl�ta sa formation � Florence. On l�y devine attentif au r�alisme path�tique d�un Donatello*, aux</p><p>recherches d�un Pollaiolo* dans le domaine de l�anatomie et du mouvement.</p><p>Ces influences crois�es sont refl�-</p><p>t�es par deux petits panneaux peints entre 1470 et 1475 pour Santa Maria del Mercato de Fabriano, aujourd�hui � la pinacoth�que Brera de Milan : la Vierge � l�Enfant et la Flagellation.</p><p>On les reconna�t, avec plus de maturit�, dans le premier ensemble monumental de l�artiste : les fresques de la sacristie octogonale della Cura, dans la basilique de Lorette (1477-1480). Les parois montrent les figures �nergiques des ap�tres deux par deux et de l�In-cr�dulit� de saint Thomas ; huit anges musiciens et les �vang�listes alternant avec les docteurs occupent les compartiments de la vo�te.</p><p>La notori�t� de Signorelli lui valut d��tre associ� apr�s coup au contrat collectif pass� en 1481 avec Cosimo Rosselli, Botticelli*, Ghirlandaio*</p><p>et le P�rugin* pour la d�coration des parois de la chapelle Sixtine. On lui doit le Testament et la Mort de Mo�se, mais cette composition souffre d�un certain manque de clart�. Il y a plus de vigueur dans la � sainte conversation �, dite � pala di Sant�Onofrio �, peinte en 1484 pour la cath�drale de P�rouse, et dans les tableaux laiss�s en 1491 � Volterra (Annonciation de la pinacoth�que).</p><p>La production des ann�es 1490 �</p><p>1495 est li�e au milieu intellectuel et humaniste de Florence. Exemple rare d�un sujet pa�en, l��cole de Pan (d�-</p><p>truite, autrefois � Berlin) a peut-�tre �t� peinte pour Laurent le Magnifique, comme la Madone en tondo des Offices, remarquable par sa composition dense et adapt�e au format circulaire, par son accent d�humanit� h�ro�que, qui se retrouvent dans d�autres tondi du peintre (Sainte Famille des Offices).</p><p>En 1497, Signorelli commen�ait l�un de ses principaux cycles de fresques : la Vie de saint Beno�t dans le clo�tre de Monte Oliveto Maggiore, pr�s de Sienne*. On l�y voit s�adapter au ton narratif, temp�rer sa plastique s�v�re par un naturalisme discret mais savoureux, ainsi dans la sc�ne du repas des fr�res. D�s 1499, apr�s avoir peint avec</p><p>son atelier neuf �pisodes, Signorelli abandonna l�ouvrage, que devait reprendre ensuite le Sodoma. Mais c�est en cette m�me ann�e 1499 qu�il entreprit le cycle qui exprime le plus compl�tement son g�nie : les fresques de la chapelle San Brizio dans la cath�drale d�Orvieto. Signorelli acheva d�abord la d�coration de la vo�te, que l�Ange-lico* et Benozzo Gozzoli* avaient commenc�e en 1447 et qui d�ploie les choeurs c�lestes. Puis il travailla aux parois jusqu�en 1504. Le soubassement est orn� de grotesques entourant des figures de po�tes et de philosophes, avec des sc�nes en grisaille illustrant leurs oeuvres. Une path�tique D�ploration occupe le fond d�une niche. Au-dessus, les deux demi-panneaux de l�Enfer et du Paradis accompagnent les cinq grands sujets r�sumant l�eschatologie chr�tienne : la Pr�dication de l�Ant�-</p><p>christ, la Fin du monde, la R�surrection des corps, les Damn�s, les Bienheureux. Dans ces compositions d�un seul tenant, le paysage et les accessoires sont presque �limin�s � l�avantage de la figure humaine, qui permet � Signorelli de prouver sa ma�trise du relief et de l�anatomie. Il y passe un souffle �pique, � la mesure d�un th�me qui traduit l�interrogation de l�homme face � son destin. L�imagination d�un artiste est rarement all�e aussi loin que dans la R�surrection des corps.</p><p>Signorelli se fixa ensuite � Cortona, peignant des tableaux d�autels pour les �tablissements religieux de la ville et de ses confins toscans ou ombriens, collaborant incidemment avec Pinturicchio � la d�coration du palais du Magnifico de Sienne. L�esprit d�Orvieto anime encore la D�ploration de 1502 (Mus�e dioc�sain de Cortona), la Crucifixion avec sainte Madeleine (Offices). Mais l��lan cr�ateur ne tardera pas � s�affaiblir. Si la conception garde sa noblesse dans les ouvrages de cette derni�re p�riode (� saintes conversations � de San Domenico de Cortona et de la pinacoth�que d�Arezzo), elle est de plus en plus trahie par la mollesse ou la lourdeur d�une ex�cution souvent confi�e � des aides. Il arrive aussi que la tension s�amoindrisse sous l�influence du P�rugin (Communion des ap�tres, 1512, Cortona).</p><p>Parmi les peintres de la premi�re Renaissance, Signorelli est peut-�tre celui qui en a le mieux pr�par� l�aboutissement romain. Il fait figure de pr�-</p><p>curseur de Michel-Ange* par la densit� de la plastique, par la cr�ation d�une humanit� h�ro�que, par la profondeur du message spirituel, par un don de terribilit� qui fait que la chapelle San Brizio annonce directement la Sixtine.</p><p>Mais il reste homme du quattrocento par l�ardeur juv�nile de la recherche, par la pr�cision des contours et la duret� presque m�tallique des volumes, downloadModeText.vue.download 192 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10147</p><p>par une inspiration plus tributaire de l�h�ritage m�di�val.</p><p>B. de M.</p><p>M. Salmi, Luca Signorelli (Florence, 1921 ; nouv. �d., Novare, 1953). / P. Scarpellini, Luca Signorelli (Florence, 1964).</p><p>Si K�ang</p><p>ou Hi K�ang</p><p>En pinyin XI KANG, penseur et �crivain chinois de l��poque des Six Dynasties (223-262).</p><p>N� dans le Henan (Ho-nan) dans</p><p>une famille ais�e et puissante, alli�e par mariage � la maison imp�riale des Cao (Ts�ao), orphelin de p�re, il est �lev� tr�s librement par sa m�re. Son naturel ind�pendant le pousse � rejeter la carri�re politique et administrative � laquelle sa situation sociale le destinait pourtant. Adepte fervent du tao�sme philosophique, il passe trois ans dans la montagne aupr�s d�un ma�tre, o� il apprend � � nourrir son principe vital � par l�absorption de simples et la pratique de la respiration.</p><p>Ses c�l�bres essais Nourrir la vie et R�ponse � la critique de � Nourrir la vie � sont le fruit de ces exp�riences mystiques. Mais, s�il oublie le monde, il est trop connu pour en �tre oubli�.</p><p>Il a le malheur de refuser avec un peu d�emphase et de complaisance un haut poste auquel le proposait un ami. Dans sa lettre, il all�gue sa paresse, sa salet�,</p><p>sa haine de se lever t�t et de voir de la paperasse ; mais il y manifeste aussi une violente antipathie envers le confucianisme �tatique alors en cours aupr�s des souverains, les Sima (Sseu-ma).</p><p>Ceux-ci, qui avaient �vinc� du pouvoir les Cao (Ts�ao), parents de Xi Kang, furent choqu�s de la phrase provoca-trice : � Je m�prise Confucius �, que Xi Kang avait �crite. De plus, il s�attire la rancune d�un haut personnage venu lui rendre visite et � qui il ne daigne m�me pas adresser la parole. Cit� en justice pour une affaire d�adult�re d�un ami, il est sans autre raison condamn� � la peine de mort. Il p�rit sur la place publique en donnant un bel exemple de la s�r�nit� tao�ste. Jusqu�au dernier moment, il joua tranquillement de son luth.</p><p>Les talents de Xi Kang sont mul-</p><p>tiples. Penseur, �crivain, po�te, musicien, on le voyait souvent travailler � sa forge. Il participait � des � causeries pures � (qingtan [ts�ing-t�an]), sorte de c�nacle o� des beaux esprits de l��poque faisaient assaut de r�flexions profondes sous couvert de boutades humoristiques. C�est sans doute � des r�unions amicales de ce genre, o� les discussions allaient bon train au son du luth et autour de jarres d�alcool, que se livrait le groupe des Sept Sages de la For�t des bambous, dont Xi Kang est le plus connu, m�me si la tradition est post�rieure : ce que ce nom �voque de libert� d�esprit, de rapidit� de pens�e, de fantaisie d�brid�e jusqu�� l�extravagance correspond certainement � une part de la r�alit�.</p><p>Xi Kang est surtout connu pour</p><p>ses essais tao�stes en prose, qui comprennent notamment Nourrir la vie (Yang sheng lun [Yang-cheng Louen]), R�ponse � la critique de � Nourrir la vie � (Da nan yangsheng lun [Ta nan yang-cheng louen]) et Se lib�rer des sentiments personnels (Shi si lun [Che-sseu louen]). Ils sont �crits dans un style balanc�, clair et imag� o� la pens�e se d�veloppe avec aisance et simplicit�.</p><p>En s�appuyant, avec une logique rare dans la pens�e chinoise, sur des raisonnements qui s�encha�nent, il essaie de d�montrer que les hommes peuvent atteindre par leurs propres moyens � la</p><p>� Longue Vie �. Il leur suffit de savoir</p><p>dominer leur corps par des techniques respiratoires et une nourriture appropri�e, de r�gler leur coeur en �liminant les sentiments violents de joie ou de col�re et de savoir unifier leur esprit et leur essence dispers�e en m�ditant sur l�Un. Toutes ses th�ories et ses maximes, telles que : � La joie parfaite est d��tre sans joie �, rel�vent de la pure tradition tao�ste. Grand amateur de musique, il fut un excellent joueur de luth. Ses th�ories musicales sont r�-</p><p>volutionnaires pour ses contemporains.</p><p>Car il juge la musique sur sa valeur propre et non pour les qualit�s que lui conf�re la tradition confuc�enne, � savoir sa valeur morale et sa valeur sentimentale. Pour lui, la musique est belle ou laide. Les sentiments de joie ou de tristesse, la moralit� droite ou d�prav�e qui peuvent s�y attacher n�en font pas partie int�grante. Ils sont dans le coeur des hommes et non dans la musique.</p><p>Il laisse �galement une cinquantaine de po�mes, dont la moiti� en vers de quatre pieds, prosodie assez rare. On y retrouve, exprim�s avec plus de lyrisme et de recherche, le m�me id�al de libert� frisant l�anarchie, la haine du commun et de la tradition. Mais ils sont prudemment d�nu�s de critique politique. Une s�rie porte le titre �loquent de Po�mes de la col�re contenue</p><p>(Youfen shi [Yeou-fen che]). Dans une autre s�rie c�l�bre, � Dix-Huit Po�mes d�di�s � un ami bachelier partant en guerre �, on trouve ce quatrain : Des yeux j�accompagne la grue qui repart,</p><p>De la main, je touche les cinq cordes.</p><p>Que je l�ve ou baisse la t�te, j�ai la s�r�nit�,</p><p>Car mon coeur vagabonde dans les vastes t�n�bres.</p><p>D. B.-W.</p><p>Sikelian�s</p><p>(�nguelos)</p><p>Po�te grec (Leucade 1884 - Ath�nes 1951).</p><p>Il commen�a � Ath�nes des �tudes de droit qu�il interrompit rapidement pour s�adonner exclusivement � la po�-</p><p>sie. Ayant �t� dot� par la nature d�une grande beaut� et d�une extraordinaire �nergie vitale, il v�cut sa vie et son oeuvre avec la m�me intensit�. Le titre sous lequel ont �t� publi�es en 1946-47</p><p>ses oeuvres compl�tes � Vie lyrique �</p><p>le r�sume parfaitement.</p><p>Partant de l��cole d�s partisans du d�moticisme, il fit progresser les conqu�tes formelles et linguistiques du dhimotik� (grec populaire vivant) et aboutit finalement au symbolisme, dont il devint le repr�sentant le plus important en Gr�ce.</p><p>Dans son premier recueil, le Visionnaire (1909), l�influence de D�Annunzio est encore sensible. Dans les oeuvres suivantes, qu�il s�agisse des grands textes comme Prologue � la vie (1915-1917), le Dernier Dithyrambe orphique ou le Dithyrambe de la rose (1932) ou bien de ses courts po�mes, son oeuvre acquiert d�sormais une expression propre : celle d�un v�ritable d�ferlement lyrique que rien ne peut arr�ter et qui brise les formes traditionnelles de son temps en recourant � un vers libre, symboliste jusqu�� l�all�gorie.</p><p>Sa po�sie est inspir�e par une id�ologie panth�iste selon laquelle une force secr�te se trouve au coeur des choses et des id�es dans un mouvement cyclique qui la fait rena�tre perp�tuellement, une force finalement tr�s proche de celles des anciens myst�res d��leusis et du culte orphique. Ce qu�il faut souligner � propos de ce panth�isme, qui n�a rien de tr�s original en lui-m�me, c�est la foi ardente que Sikelian�s lui vouait, au point que, durant un long moment de sa vie, il se consacra au r�tablissement � Delphes d�un Centre international de culte orphique, dont il voulait faire une sorte de centre culturel mondial. Ce panth�isme d�borde de joie vitale, et l�on n�y trouve aucune trace de mysticisme m�taphysique. Dans la po�sie de Sikelian�s, le monde brille d�une lueur toute fra�che ; deux de ses drames en vers, D�dale en Cr�te (1943) et la Sibylle (1944), expriment la m�me attitude spirituelle.</p><p>Dans ce symbolisme, la notion de</p><p>� Gr�ce � acquiert une valeur secr�te</p><p>d��ternit� : dieux, visages, �v�nements de l�histoire et de la mythologie deviennent des signes universels de l�existence humaine. Par sa po�sie, Sikelian�s exprime donc cette notion de</p><p>� Gr�ce �ternelle � que les partisans de la langue d�motique avaient d�j� tent� de prendre � leur compte. On notera enfin qu�au terme de ce symbolisme Sikelian�s est parvenu, � la fin de sa vie, de la notion abstraite du peuple � la r�alit� m�me du peuple de son pays : les ann�es de l�occupation firent de lui une sorte de guide spirituel de la R�sistance, et ce tournant vers l�engagement s�exprime dans deux po�mes dramatiques qui scellent son oeuvre : le Christ � Rome (1946) et la Mort de Dhighen�s (1947).</p><p>Il est ind�niable que ce symbolisme absolu alourdit parfois son oeuvre, et le d�bordement lyrique de ses grands po�mes le conduit souvent � l�emphase.</p><p>La m�me constatation s�impose �galement pour ses deux derniers drames, qu�on ne peut consid�rer comme r�ussis du point de vue technique. Mais la lumi�re profuse qui envahit ses courts po�mes, l�inspiration qui pr�side � maint passage de ses grandes compositions lui conf�rent la premi�re place parmi les po�tes lyriques de la Gr�ce moderne et garantissent la permanence de son oeuvre.</p><p>D. H.</p><p>sikhs</p><p>Secte indienne.</p><p>� La religion ne consiste pas en de simples mots ; celui qui regarde tout homme comme son �gal est religieux.</p><p>La religion ne consiste pas � errer parmi les tombes ou dans les endroits de cr�mation ou � s�asseoir dans des attitudes contemplatives. La religion ne consiste pas � voyager dans les pays �trangers ou � se baigner dans les lieux de p�lerinage. Demeure pur au milieu des impuret�s du monde et tu trouveras ainsi le chemin de la religion. � Cet downloadModeText.vue.download 193 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10148</p><p>extrait de l�&#x100;di Granth, le livre saint des sikhs, traduit bien la philosophie du sikhisme.</p><p>Fond�e par Guru N&#x101;nak (1469-</p><p>1538), originaire de Talwandi pr�s de Lahore au Pendjab, la secte des sikhs (sikh = disciple) se pr�sente comme une r�action contre les abus du brah-manisme, mais aussi de l�isl&#x101;m : exc�s d�idol�trie, rituel trop rigide et surtout trop ostentatoire, caution religieuse donn�e au syst�me des castes dans ses aspects les plus discutables, sectarisme... ; les reproches furent nombreux, adress�s aux deux grandes religions du sous-continent indien.</p><p>La � pr�dication � de N&#x101;nak se pr�-</p><p>sente, comme le bouddhisme* et le jinisme (ou ja�nisme), en r�action aux exc�s de l�orthodoxie brahmanique et d�un certain sectarisme musulman.</p><p>Elle annonce par sa largeur de vue, en affirmant par exemple que tout homme quelle que soit sa caste doit pouvoir essayer d�atteindre � la connaissance de Dieu, la religiosit� simple et ac-cueillante de G&#x101;ndh&#x12B;.</p><p>Enfin, certains historiens, des Britanniques notamment, ont �tabli un synchronisme entre N&#x101;nak et son</p><p>contemporain Luther, voyant dans les deux cas une r�action trop bien �tablie. Les m�mes historiens poussent d�ailleurs leurs conclusions plus loin : �tant donn� l�appartenance de N&#x101;nak au var&#x1E47;a des k&#x15B;atriya, ils concluent que cette r�forme ne fut qu�un �pisode de la rivalit� entre brahmanes et k&#x15B;atriya.</p><p>N&#x101;nak ayant ainsi pos� les pierres de la nouvelle foi et, semble-t-il, sans rencontrer au d�part d�opposition un tant soit peu importante, il se posa en 1538 le probl�me de sa succession.</p><p>Elle fut ais�e, car N&#x101;nak d�signa Lehna pour prendre sa suite et non un de ses fils. Celui-ci devait prendre le nom de Guru Ang&#x101;d. C�est � lui qu�on doit la conception du Granth, le livre des sikhs. Pas plus que N&#x101;nak, Ang&#x101;d ne devait faire preuve de n�potisme dans la d�signation de son successeur : Am&#x101;r D&#x101;s. De guru en guru, on peut poser les jalons suivants.</p><p>En 1575 fut construit le Temple d�or</p><p>d�Amritsar, sorte de Mecque ou de J�-</p><p>rusalem des sikhs, sur un emplacement donn� par Akbar (1556-1605).</p><p>Sous le successeur d�Akbar,</p><p>Djah&#x101;ng&#x12B;r (1605-1627), le guru Arjun devait commettre une faute politique majeure en aidant financi�rement, bien que dans de fort �troites limites, le prince Khusraw en r�bellion contre l�empereur son p�re. Sans doute pensait-il que si Khusraw arrivait au pouvoir, il t�moignerait de la m�me tol�-</p><p>rance religieuse qu�Akbar. Toujours est-il que la faute �tait lourde. Son fils, le guru Har Govind, devait en payer la note : il fut emprisonn� dans la forteresse de Gw&#x101;lior, son p�re Arjun ayant refus� de payer l�amende dont l�avait frapp� Djah&#x101;ng&#x12B;r.</p><p>Mais, et il s�agit d�un tournant fondamental dans l�histoire des sikhs, avec Har Gowind s�amorce la transformation des sikhs en une secte militaire ne refusant pas le combat contre les troupes du grand moghol Ch&#x101;h Djah&#x101;n (1628-1658). La r�pression ne se fit bien �videmment pas attendre et culmina sous Awrangz&#x12B;b (1658-1707), qui pla�a le guru Teg Bah&#x101;dur devant une alternative simple pour ne pas dire simpliste : la conversion � l�isl&#x101;m ou bien la mort. Ayant essuy� un refus pr�visible, l�empereur fit d�capiter en 1675 Teg Bah&#x101;dur, non seulement faisant de lui un martyr, mais provoquant chez les sikhs une hostilit� qui n�allait jamais faiblir.</p><p>Le successeur et fils de Teg Bah&#x101;dur, Govind Singh, dixi�me et dernier guru, devait accomplir une oeuvre consid�-</p><p>rable. Il acheva de transformer les sikhs en secte guerri�re (sous le commandement de serd&#x101;rs [ou sard&#x101;rs]) ; il pr�-</p><p>cisa d�finitivement l�organisation, les coutumes et les rites de sa secte, ceux qui, � de rares exceptions, sont encore en vigueur de nos jours. Les sikhs doivent poss�der ou respecter scrupuleusement les cinq K : kes, cheveux que l�on ne coupe jamais ; khanga, peigne ; kara, bracelet ; kirdan, �p�e ou khanda poignard et enfin kachh, pantalon s�ar-r�tant au genou. En tant que guerriers, la viande et l�alcool leur �taient autoris�s ; par contre le tabac et toutes les drogues �taient formellement interdits.</p><p>De nos jours encore, le visiteur �tranger p�n�trant dans un temple sikh se voit pri� de d�poser � l�entr�e le tabac qu�il pourrait avoir sur lui.</p><p>Telles sont les �tapes de l��volution et les coutumes de ce peuple du nord-ouest de l�Inde qui, au XIXe et au XXe s., allait s�identifier � l�histoire indienne en g�n�ral, � celle du Pendjab* en particulier, jouant un r�le important dans la lutte contre les Anglais, lors de la mutinerie de 1857 et enfin dans le cadre du nationalisme indien.</p><p>J. K.</p><p>F Inde / Pendjab.</p><p>J. D. Cunningham, A History of the Sikhs (Londres, 1849 ; nouv. �d., Delhi, 1955). /</p><p>K. Singh, The Sikhs (Londres, 1953) ; History of the Sikhs (Londres, 1963-1966 ; 2 vol.).</p><p>Sikkim</p><p>Royaume de l�Him&#x101;laya, constituant, depuis 1974, un �tat � associ� � � l�Inde ; 7 107 km 2 ; 205 000 hab. Capit.</p><p>Gangtok (G&#x101;ntok).</p><p>La g�ographie</p><p>Encastr� entre le N�pal et le Bhoutan, limitrophe du Tibet, le Sikkim est un �tat montagneux. Historiquement, il s��tendait du Grand Him&#x101;laya au bord de la plaine du Bengale ; mais, au milieu du XIXe s., il fut amput� de sa frange montagneuse m�ridionale (r�gion de Darj&#x12B;ling et K&#x101;limpong), annex�e au Bengale. Le territoire actuel appartient enti�rement � la zone des nappes de charriage de l�Him&#x101;laya. Les paysages sont constitu�s par un r�seau de larges vall�es, qui s�ordonnent autour du cours d�eau principal, la T&#x12B;sta : c�est donc le r�seau de la T&#x12B;sta et de ses affluents qui fait l�unit� du Sikkim.</p><p>Pays de montagnes moyennes surtout, il se s�pare nettement du N�pal, par la cha�ne de Singal&#x12B;la, et du Bhoutan, par la cha�ne de Dongkya. Les altitudes s��l�vent vers le nord jusqu�au Grand Him&#x101;laya, qui culmine au Kanchen-junga (ou Kangchenjunga, 8 585 m).</p><p>D�un climat assez pluvieux (Gangtok re�oit en moyenne 3 400 mm de pr�-</p><p>cipitations), affect� par une longue</p><p>saison humide de mai � septembre, le Sikkim est couvert de for�ts �tendues dont les formations vari�es traduisent l��tagement des climats himalayens.</p><p>Aux paysages du Sud, caract�ris�s par des for�ts exub�rantes, s�opposent les paysages du Nord, avec des for�ts de conif�res (au-dessus de 3 000 m), des alpages (entre 3 600 et 5 000 m).</p><p>Jusqu�au XVIIe s., le Sikkim �tait rest� une des r�gions non civilis�es de l�Him&#x101;laya ; il n�avait qu�une population clairsem�e, des Tib�tains dans le Nord et des Lepchas, pratiquant la chasse et l�agriculture sur br�lis, dans le Sud. L��tablissement de la monarchie sikkimoise, au XVIIe s., d�-</p><p>veloppa dans le pays le monachisme tib�tain et attira quelques �l�ments ethniques du N�pal. Mais le pays ne commen�a � se transformer qu�apr�s 1889, date o� l�immigration fut autoris�e. Cette immigration fut surtout le fait d��l�ments n�palais hindouis�s que l�on appelait des Gurkh&#x101;s (par opposition avec les ethnies bouddhistes). Elle a eu des cons�quences d�cisives sur les caract�res du Sikkim. Le peuplement s�est trouv� profond�ment modifi�, les N�palais devenant le groupe ethnique pr�dominant. Le nep&#x101;l&#x12B;, parl� par un tiers environ de la population, est la langue la plus importante du pays.</p><p>L�hindouisme est la religion des deux tiers de la population ; le bouddhisme est devenu minoritaire, tout en restant religion officielle du Sikkim. L�immigration a eu aussi des cons�quences �conomiques profondes, car les N�palais, qui �taient surtout originaires de la r�gion de Katmandou, ont d�frich� la plus grande partie de l��tage temp�r� chaud (entre 1 200 et 2 200 m) : le Sikkim m�ridional est devenu un pays d�agriculture intensive, les cr�tes des montagnes restant g�n�ralement couvertes de for�ts. Enfin, une immigration indienne, quoique limit�e � quelques milliers d�individus, a jou� un r�le tr�s important en occupant des emplois du secteur tertiaire (commerce, administration).</p><p>Dans l��conomie, le Nord est rest� une r�gion marginale avec sa population de culture tib�taine, clairsem�e, habitant quelques villages tapis au fond des vall�es glaciaires. La partie impor-</p><p>tante du Sikkim est le Sud. La population, qui est dense dans l��tage temp�r� chaud, y est presque enti�rement dispers�e (trait d�origine n�palaise) ; de petites maisons de boue ou de pierre, au cr�pi blanc ou ocre, sous une toiture de chaume ou de t�le ondul�e, s��gaillent sur les immenses versants des vall�es.</p><p>Les paysans cultivent des parcelles am�nag�es en terrasses, suivant le syst�me de la double r�colte annuelle : en hiver, une r�colte de bl� ou d�orge ; en �t�, une r�colte, beaucoup plus importante, de ma�s, de riz sur quelques fonds de vall�e. On rencontre quelques Lepchas, dont les habitations sont sur pilotis : ils ont �volu� vers une forme m�diocre d�agriculture. Le b�tail est pr�sent partout, mais peu abondant : volailles, porcs et vaches. De loin en loin, de rares villages sont des centres commerciaux et scolaires. La capitale, Gangtok (env. 10 000 hab.), construite � 1 712 m d�altitude, est une agr�able petite ville aux maisons de bois, que domine le palais du mah&#x101;r&#x101;j&#x101; ; c�est le principal centre commercial. La vie urbaine s�est peu d�velopp�e, parce qu�en r�alit� la capitale commerciale du Sikkim est Darj&#x12B;ling, en territoire indien.</p><p>Le Sikkim a peu de chose � exporter. Les graines de cardamomes repr�-</p><p>sentent 60 p. 100 de ses exportations.</p><p>Ses gisements m�tallif�res (cuivre, downloadModeText.vue.download 194 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10149</p><p>bismuth, antimoine, gal�ne) sont inexploit�s. Le manque de communications a retard� son d�veloppement ; on ne compte que 1 083 km de routes, dont 273 carrossables ; le trafic caravanier reste donc pr�pond�rant. Mais le pays a pris de l�importance par les routes qui m�nent au Tibet, ce qui explique l�emprise politique accrue de l�Inde.</p><p>J. D.</p><p>L�histoire</p><p>Ce petit �tat himalayen constitue en fait une double marche de l�aire culturelle tib�taine face au monde indien, et</p><p>vice versa. Il convient, pour �tre pr�cis, de distinguer deux Sikkim : la r�gion historique correspondant au bassin de la T&#x12B;sta et aux marges m�ridionales que constituent les districts m�ridionaux de Darj&#x12B;ling et de K&#x101;limpong, et le Sikkim actuel, r�duit pour l�essentiel au bassin de la T&#x12B;sta.</p><p>La famille r�gnante, dont l�origine tib�taine semble certaine, pr�tend descendre des Gyalpo du Tibet oriental.</p><p>Rien ne peut �tre affirm� de fa�on cat�gorique. Si l�on s�en r�f�re aux chroniques officielles, c�est vers 1641</p><p>que ses anc�tres, venus de la r�gion de Lhassa, auraient renvers� les Lepchas qui r�gnaient jusqu�alors au Sikkim.</p><p>Cet �v�nement eut deux cons�quences essentielles : la constitution au Sikkim d�un v�ritable protectorat tib�tain et l�introduction du bouddhisme en tant que religion d��tat.</p><p>En 1816 le pi�mont, r�gion de l�actuel district de Darj&#x12B;ling, occup� par les N�palais, est restitu� au Sikkim par les Britanniques. Ce � cadeau � devait d�ailleurs �tre �ph�m�re puisqu�en 1849 la Grande-Bretagne annexera l�ensemble de cette bordure m�ridionale que l�on appelle le Terai (Tar&#x101;i).</p><p>D�s lors et jusqu�au d�but du XXe s., l�histoire des relations entre la Grande-Bretagne et le Sikkim ressemble fort au jeu du chat et la souris. L�un cherche � �tablir un protectorat plus ou moins officiel, l�autre tente d�y �chapper.</p><p>En 1861, les Britanniques envoient une mission militaire pour obtenir un trait� sinon d�amiti�, du moins de bonnes relations. C�est un �chec, le souverain s��tant enfui au Tibet, d�o� il lancera un certain nombre d�op�rations de harc�lement au Sikkim. Cette petite guerre dure jusqu�en 1890, ann�e o� une convention met le Sikkim sous protectorat britannique et en fixe les fronti�res.</p><p>En 1893 est install� un conseiller politique anglais aupr�s du souverain (fonction analogue � celle qui �tait en vigueur dans les � native states �). Ce nouvel empi�tement britannique entra�ne un ultime sursaut du souverain du Sikkim, qui va, mais en vain, tenter</p><p>une derni�re r�sistance.</p><p>Avec l�accession de l�Inde � l�ind�-</p><p>pendance en 1947 a lieu un transfert de pouvoirs des Britanniques : le nouveau gouvernement du pandit Nehru se voit charg� des relations diplomatiques, des voies de communication et de la d�fense du Sikkim. Le souverain du Sikkim, Tashi Namgyal, ayant en 1949 appel� les troupes indiennes pour maintenir l�ordre, le Sikkim passe en 1950 sous protectorat indien.</p><p>Ensuite, l��volution du Sikkim n�est plus que la recherche d�un nouvel �quilibre entre ses deux puissants voisins, notamment par le biais d�un d�senga-gement au moins relatif par rapport � l�Inde.</p><p>Mais en mars 1973 de violentes</p><p>manifestations conduisent le souverain � demander l�aide de l�Inde et, le 8 mai, un accord remet l�administration du territoire � un Indien, une Assembl�e l�gislative devant �tre �lue. Apr�s les �lections d�avril 1974, une nouvelle Constitution est promulgu�e qui ne laisse plus qu�un r�le honorifique au souverain et renforce l�autorit� de New Delhi sur le pays. Ce processus d�int�gration � l�Inde est confirm�e en septembre 1974 avec l�adoption d�un amendement constitutionnel donnant au Sikkim le statut d��tat associ�.</p><p>Finalement, en mai 1975, par un autre amendement constitutionnel, le Sikkim devient le 22e �tat de l�Inde et la monarchie y est abolie.</p><p>J. K.</p><p>F Him&#x101;laya / Inde.</p><p>G. E. S. Gorer, Himalayan Village. An Account of the Lepchas of Sikkim (Londres, 1938).</p><p>/ J. Morris, Living with Lepchas (Londres, 1938).</p><p>/ P. P. Karan et W. M. Jenkins, The Himalayan Kingdoms : Bhutan, Sikkim and Nepal (Princeton, 1963). / J. Dupuis, l�Himalaya (P. U. F., coll.</p><p>� Que sais-je ? �, 1972).</p><p>Sil�sie</p><p>R�gion de l�Europe centrale, aux confins de la Pologne et de la</p><p>Tch�coslovaquie.</p><p>Ancienne province des Habsbourg</p><p>d�Autriche, puis de la Prusse, la Sil�sie a �t� d�coup�e par les trait�s qui ont suivi la Premi�re Guerre mondiale. Le nom de Sil�sie demeure comme terme g�ographique plus qu�administratif et s�applique � trois r�gions.</p><p>y La Sil�sie tch�que, autour de la ville d�Ostrava*, fait partie de la r�gion de la haute Moravie, mais avec des caract�res sp�cifiques : primaut� de l�extraction de la nouille (dont la majeure partie est cok�fiable) ; pr�sence d�aci�ries ; paysages traditionnels de corons et de terrils, mais aussi villes nouvelles de grande taille con�ues pour les mineurs. Elle n�a pas de rapport avec la haute Sil�sie polonaise, les couches de charbon s�ensevelis-sant ou s�interrompant, mais elle pourrait am�liorer ses relations, surtout commerciales, avec la construction du canal Danube-Odra, qui la tra-versera et facilitera les �changes avec les provinces industrielles voisines.</p><p>y La basse Sil�sie polonaise (en polon. &#x15A;l&#x105;ska Nizina) se d�veloppe de chaque c�t� de la rivi�re Odra, essentiellement dans le district d�Opole.</p><p>Elle est loin d�avoir la m�me importance �conomique que la haute Sil�-</p><p>sie. Belle plaine alluviale, bord�e de terrasses couvertes de loess, c�est une terre d�agriculture, de villes petites et moyennes, domin�es par la capitale de vo��vodie, Opole.</p><p>y La troisi�me Sil�sie, la haute Sil�sie polonaise (en polon. &#x15A;l&#x105;ska Wi&#x17C;yna), est la seule qui sera trait�e ici. Elle correspond � ce qu�on nomme commun�ment aujourd�hui � Sil�sie �. De l�ancienne Sil�sie historique, c�est de loin le territoire le plus peupl�, le plus actif.</p><p>La haute Sil�sie</p><p>Le charbon</p><p>Cette r�gion est essentiellement un �norme bassin houiller et industriel, � peu pr�s enferm� dans la vo��vodie de Katowice, qui a accapar� 16 p. 100</p><p>des investissements dans l�industrie de toute la Pologne de 1961 � 1970 et qui a re�u pour l�ann�e 1971 pr�s du quart des investissements consacr�s �</p><p>l�industrie, pr�s du cinqui�me dans la construction.</p><p>Ce d�veloppement est d� � la pr�-</p><p>sence d�un bassin renfermant plus de 50 milliards de tonnes de charbons exploitables dans de bonnes conditions, fournissant actuellement plus de 140 Mt par an. La r�gion est une agglom�ration � base mini�re comparable � celles de l�Europe occidentale, notamment la Ruhr, et de loin le premier bassin des pays de l�Europe socialiste (U. R. S. S. exclue). Les couches houill�res composent un triangle dont les sommets sont Cracovie, Opole et Ostrava (Tch�coslovaquie), mais la partie r�ellement exploit�e suit la vall�e sup�rieure de l�Odra.</p><p>L�espace industriel</p><p>Le charbon est � la base de la production d��lectricit� (centrales g�antes fournissant le cinqui�me de la production nationale) et d�acier (une quinzaine de combinats sid�rurgiques fournissant une douzaine de millions de tonnes d�acier, soit 80 p. 100 de la production nationale). Le mouvement de marchandises (barges sur l�Odra et gares de triage) repr�sente le tiers du total du trafic polonais. Plus d�un demi-million de personnes sont transport�es quotidiennement sur un r�seau de 340 km de tramways, et plus de 250 000 sur 1 200 km de lignes d�autobus.</p><p>Le bassin industriel lui-m�me a une taille gigantesque : sur une superficie de plus de 2 000 km 2 s��tend une agglom�ration de 2 millions d�habitants.</p><p>Katowice, avec 300 000 habitants, en est la capitale ; sept autres villes d�passent chacune 100 000 habitants.</p><p>La plupart sont situ�es l� o� les veines �taient �paisses de plusieurs dizaines de m�tres. Certains puits ont des capacit�s de production de l�ordre de 3 Mt.</p><p>On compte en tout plus d�un demi-million de salari�s dans l�industrie, dont plus de 200 000 mineurs.</p><p>En outre, situ�s au-dessus des</p><p>couches du houiller, dans les gr�s et les dolomies triasiques, des gisements de zinc et de plomb aux fortes r�serves alimentent la moiti� de la production polonaise. On passe, dans les paysages,</p><p>des installations classiques de pays noir (terrils, chevalements, crassiers, corons, centrales thermiques g�antes � r�frig�rants atmosph�riques) � des implantations plus modernes, utilisant la mati�re premi�re, telles que les usines de construction de machines, d�outillage, etc. L�histoire de la r�gion est bien retrac�e par le mus�e ethnographique de Bytom et le mus�e de la haute Sil�sie de Chorz�w.</p><p>Les industries se transforment et se d�placent. L�extraction migre vers le sud, en direction de la fronti�re tch�que, dans des couches formant un puissant synclinorium faill�. Les branches d�aval de la production sid�-</p><p>rurgique, telles que la construction m�-</p><p>canique, les alliages, l�engineering, le mat�riel roulant, ainsi que, de plus en plus (pour occuper la population f�minine), les industries alimentaires, du cuir et des textiles se d�veloppent. Des fabrications nouvelles apparaissent.</p><p>downloadModeText.vue.download 195 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10150</p><p>Ainsi, un accord a �t� sign� entre l�Administration polonaise et la Fiat pour l��tablissement en haute Sil�sie, � Bielsko-Bia&#x142;a, d�ateliers de fabrication d�un rythme de 150 000 voitures par an d�ici � 1980.</p><p>La faible diff�renciation actuelle de l�espace urbain</p><p>Katowice est la capitale de la haute Sil�sie : simple agglom�ration de mineurs avant 1939, elle est devenue ville � fonctions secondaires et tertiaires.</p><p>Elle a vu s�implanter un minist�re des Mines et de l��lectricit�, des bureaux commerciaux, des filiales d�enseignement sup�rieur (d�pendant de l�universit� des Jagellons de Cracovie et nouant ainsi des rapports de services avec la grande capitale historique, si-tu�e hors du bassin), un institut �conomique sup�rieur, une �cole sup�rieure de m�canique, etc.</p><p>Au contraire de Katowice, les autres villes se distinguent mal de leur complexe industriel. Certaines sont presque</p><p>uniquement mini�res : Zabrze, centre minier industrialis� depuis le XIVe s., rassemble autour de ses mines et de ses fonderies plus de 190 000 habitants sur 79 km 2 ; Ruda &#x15A;l&#x105;ska est form�e de la r�union de deux agglom�rations de mineurs. D�autres poss�dent des activit�s plus diff�renci�es : Nowy Bytom, extraction du charbon, mais encore m�tallurgie du plomb et du zinc ; Chorz�w, ville houill�re, sid�rurgique, traitant le plomb et le zinc, et poss�dant un gros combinat d�azote ; Bytom (pr�s de 200 000 hab.), le plus ancien centre historique, ville houill�re, poss�dant des usines chimiques alimentaires ; B&#x119;dzin, qui unit l�extraction du plomb et du zinc (40 000 hab. sur 13 km 2) ; Sosnowiec, la ville la plus �tendue du bassin avec D&#x105;browa G�rnicza, qui a �t� l�une des premi�res � �tre reli�e par voie ferr�e � Vienne (d�s 1859) et qui, sur 42 km 2, compte 132 000 habitants, occup�s dans les mines de houille, plusieurs fonderies, des constructions de machines, des combinats textiles et alimentaires.</p><p>Environnement et villes nouvelles Les probl�mes de l�environnement se posent : pollution et raret� des eaux industrielles (cette derni�re devant �tre combattue par des projets de barrages sur la haute Vistule et les rivi�res carpatiques), pollution de l�atmosph�re (r�duite par la construction de villes nouvelles en dehors du coeur du bassin [appel� zone A] et la fondation de parcs de r�cr�ation, dont un grand parc zoologique et un parc contenant un plan�tarium). Aussi, la haute Sil�sie polonaise, comme la Sil�sie tch�que, tend-elle � devenir un foyer de villes nouvelles, g�n�ralement de quelques milliers d�habitants, situ�es � l�ext�-</p><p>rieur du bassin ; 60 p. 100 des logements construits entre 1961 et 1970 l�ont �t� hors de la partie centrale : Pyskowice � l�ouest et surtout, avec une population qui approche les 100 000 habitants, Nowe Tychy au sud, laboratoire exp�-</p><p>rimental de nombreuses formules urba-nistiques. Cette ville devient le symbole d�une Sil�sie polonaise qui offre encore en son centre des chemin�es de suie et des murs noircis, mais qui s�est, cependant, transform�e au cours des vingt-cinq derni�res ann�es, devenant</p><p>le centre industriel et d�mographique le plus important du Comecon.</p><p>A. B.</p><p>L�histoire</p><p>Les premiers faits presque certains datent de la fin du IXe s. : apr�s une forte pouss�e tch�que, c�est la Pologne qui annexa la r�gion, mais elle ne put s�y maintenir constamment � cause de l�imp�rialisme tch�que qui cherchait � dominer l�Odra comme acc�s � la mer. Un certain nombre de principaut�s, gouvern�es par des membres de la dynastie polonaise des Piast*, fit de la Sil�sie une des r�gions les plus morcel�es de l�Europe centrale ; cela facilita la colonisation germanique, dont certains couvents b�n�dictins furent les noyaux, et la lente progression tch�que et saxonne.</p><p>Le seul prince m�di�val qui ail cherch� � unifier la Sil�sie et, par-del�, � cr�er une sorte d��tat germano-slave sur l�Odra fut Henri le Barbu (duc de Wroc&#x142;aw en 1202, � 1238) ; les invasions tatares et la d�faite de Legnica (1241) marqu�rent la fin de cette tentative proprement sil�sienne ; d�s lors, ce furent les �tats voisins qui cherch�rent � r�aliser cette unit�, � leur profit.</p><p>Au d�but du XIVe s., la plupart des principaut�s sil�siennes reconnurent la suzerainet� de la Boh�me, et la Pologne accepta en 1339 cette situation, pour se tourner vers les terres orientales (trait� de Cracovie) ; toutefois, certaines principaut�s rest�rent contest�es, et la Pologne put annexer Zator et O&#x15B;wi&#x119;cim en 1457 ; mais, en tout �tat de cause, les vassaux sil�siens de la couronne de Boh�me ne faisaient pas partie du Saint Empire. L��v�ch� de Wroc&#x142;aw resta jusqu�au XIXe s. partie int�grante de la province eccl�siastique de Gniezno.</p><p>Politiquement, l�histoire de la Sil�-</p><p>sie s�inscrit donc d�sormais dans le cadre de celle de la Boh�me, qu�il s�agisse de la politique tr�s tch�que de Charles IV* de Luxembourg, des mouvements hussites (dont la cons�quence fut une certaine unification sur le plan militaire), de l�action de Mathias* Ier Corvin (qui entreprit de centraliser</p><p>l�administration), de celle de Georges*</p><p>de Pod&#x11B;brady (qui provoqua une intervention polonaise) et surtout du tournant de 1526 : la Boh�me entrait dans l��tat des Habsbourg, d�cision accept�e par les f�odaux, petits et grands, de Sil�sie.</p><p>Ce tournant fit entrer la Sil�sie dans le cadre autrichien, et la politique des Habsbourg consista � �carter les Polonais et les Brandebourgeois (actifs depuis le milieu du XVe s.) pour int�-</p><p>grer la province dans les Erbl�nder ; les conflits complexes d�s l��poque des r�formes et � contre-r�formes �</p><p>retard�rent cette int�gration ; une tr�s grande partie de la Sil�sie se fit protestante et le mouvement extr�miste de Kaspar von Schwenckfeld (1489-1561) rencontra quelque succ�s parmi les nobles tr�s jaloux de leur autonomie dans tous les domaines ; l�introduction du protestantisme et le schwenckfel-dianisme cr��rent des liens durables entre la Sil�sie et le Wurtemberg.</p><p>La politique autrichienne, d�abord h�sitante (Majest�tsbrief de Rodolphe II en 1609, fort lib�ral), se durcit apr�s les succ�s austro-saxons des premi�res ann�es de la guerre de Trente* Ans (accord de Prague, 1621) ; le XVIIe s. fut l��poque de l�int�gration, de la recatholicisation et de la germanisation ; le dernier Piast mourut en 1675</p><p>(duch� de Legnica), ce qui posa le probl�me de l�h�ritage, disput� entre l�Autriche et le Brandebourg, et accentua le mouvement catholique (universit� des J�suites � Breslau en 1702) ; le milieu du XVIIIe s. vit se renforcer les mesures d�int�gration, mais c�est surtout apr�s 1742, quand les neuf dixi�mes de la Sil�sie devinrent brandebourgeois (ou</p><p>� prussiens �) apr�s une guerre �clair d�clench�e par Fr�d�ric II*, que l�in-t�gration administrative, financi�re et militaire se fit brutale, mais au profit du nouveau ma�tre (confirm� dans sa qualit� en 1763 par le trait� d�Hubertsbourg). La Sil�sie devint une sorte de forteresse, administr�e d�abord par un minist�re propre. Celui-ci d�veloppa les mines (Code minier de 1769) et l�industrie sid�rurgique, qui existait depuis le XVIe s. On ne loucha pas directement au statut confessionnel, et les quelques rares troubles furent d�ori-</p><p>gine �conomique (r�volte des tisserands en 1793).</p><p>Rest�e dans le sein du royaume</p><p>de Prusse pendant l��poque napol�onienne, la Sil�sie s�agrandit en 1815</p><p>d�une partie de la Lusace (G�rlitz et Lauban, en tout plus de 3 000 km 2) et la fronti�re russo-prussienne de la Prosna fut r�gularis�e. Elle fut partag�e en quatre districts, r�duits en 1820 � trois ; l�archev�ch� de Breslau (Wroc&#x142;aw) fut cr�� en 1821, mais des agitations confessionnelles en milieu catholique se poursuivirent (�glise</p><p>� nationale � allemande de Johannes Ronge [1813-1887], affaire des mariages mixtes). Cette agitation co�n-cida avec les d�buts d�une renaissance polonaise qui se poursuivit pendant tout le XIXe s., surtout en haute Sil�-</p><p>sie, mais aussi en basse Sil�sie (avec Karol Miarka [1825-1882] et J�zef Piotr Lompa [1797-1863]) ; cette renaissance, peu combattue au d�but par les Allemands et par les Tch�ques, fut soutenue d�abord par le Zentrum, puis �galement par les socialistes. L�universit� de Breslau, fond�e en 1811 (avec l�ancienne universit� de Wroc&#x142;aw et celle de Francfort-sur-l�Oder), devint un foyer de slavistique ; la ville, d�ailleurs, �tait rest�e intellectuellement et commercialement en �troite liaison avec les pays polonais de Posnanie et surtout du � Royaume �.</p><p>Cette agitation, qui prit vers 1850</p><p>le relai des mouvements sporadiques d�autonomisme n�s dans le milieu des �tats provinciaux m�contents des progr�s de la centralisation berlinoise, fut plus importante que les divers mouvements sociaux (il semble que la r�volte des tisserands de 1844, chant�e par Heine et port�e � la sc�ne par G. Haupt-mann, ait eu bien moins d�importance que l�on a admis). L�industrialisation, de plus en plus forc�e apr�s 1850, se fit dans un cadre de capitalisme f�odal, dont les structures �taient sans doute peu favorables au d�veloppement d�un v�ritable socialisme (notons cependant que F. Lassalle naquit � Breslau en 1825). Le mouvement socialiste se d�veloppa vers la fin du XIXe s., au sein d�une population de plus en plus ouvri�re, qui �tait pass�e d�environ 2 millions au d�but du si�cle � pr�s de 4,6 millions.</p><p>La question sil�sienne se posa d�une mani�re aigu� � la fin de la Premi�re Guerre mondiale ; apr�s une p�riode dramatique, o� la rivalit� polono-tch�que et les affrontements entre Polonais et Allemands firent appara�tre un conflit anglo-fran�ais, un pl�-</p><p>downloadModeText.vue.download 196 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10151</p><p>biscite en haute Sil�sie (contest� par les deux partis) donna en mars 1921</p><p>des r�sultats tels que les Alli�s durent partager la r�gion, en donnant Katowice et quelques districts � la Pologne.</p><p>Une certaine autonomie fut reconnue � cette r�gion, alors que du c�t� allemand l�int�gration � la Prusse subsista enti�rement.</p><p>� l��poque du gouvernement de</p><p>Hitler, la Sil�sie fut l�une des bases de l�action politique et de l�intervention arm�e dirig�es contre la Pologne ; apr�s la d�faite allemande, elle fut attribu�e � la Pologne, et les Allemands en presque totalit� quitt�rent la province (environ 2 millions se rendant en Allemagne occidentale</p><p>[R. F. A.], 1 million en Allemagne orientale [R. D. A.] ; cette �migration a transform� les structures ethniques de la Sil�sie, d�autant plus que vinrent s�y installer de nombreux Polonais de Galicie. L�activit� politique en R. F. A.</p><p>des Heimatvertriebene (r�fugi�s) p�se d�un lourd poids sur les relations entre ce pays et la Pologne.</p><p>J. B. N.</p><p>F Allemagne / Boh�me / Pologne.</p><p>R. d�Harcourt, E. de Martonne et coll., Fronti�re polono-allemande (la Colombe, 1946).</p><p>silicates</p><p>Sels d�rivant de la silice.</p><p>Importance industrielle</p><p>et g�ochimique</p><p>Les silicates sont, pour la plupart, des compos�s inorganiques naturels, dont</p><p>l�importance industrielle et g�ochimique est consid�rable. Ce sont les mati�res premi�res des industries du b�timent, de la verrerie, de la c�ramique ; ce sont aussi les constituants des laitiers m�tallurgiques.</p><p>Du point de vue g�ochimique, ils constituent la quasi-totalit� de l��corce terrestre, plus de 90 p. 100 en poids.</p><p>Huit �l�ments, en se combinant, constituent la quasi-totalit� de la lithosph�re.</p><p>Ce sont, dans l�ordre d�abondance (en poids pour 100) : l�oxyg�ne 46,60, le silicium 27,72, l�aluminium 8,13, le fer 5,00, le calcium 3,63, le sodium 2,83, le potassium 2,59, le magn�sium 2,09. L�ensemble de tous les autres �l�-</p><p>ments chimiques n�intervient ainsi que pour 1,41 p. 100. L��corce terrestre appara�t ainsi comme un m�lange de silicates dans lesquels les anions oxyg�ne O2� pr�dominent en poids et en volume (90 p. 100 du volume) ; les assemblages d�anions sont ciment�s par les cations, beaucoup moins volumineux et qui sont, dans l�ordre d�abondance, Si4+, Al3+, Fe2+, Ca2+, Na+, K+ et Mg2+.</p><p>Ces silicates sont les feldspaths avec 60 p. 100, les pyrox�nes et les amphiboles avec 17 p. 100, le quartz avec 12 p. 100, les micas avec 4 p. 100. Si, de plus, l�on envisage l�ensemble des m�t�orites, les silicates, sous la forme d�olivine et de pyrox�nes, en sont aussi les constituants dominants, avec les �l�ments suivants, qui comptent pour plus de 1 p. 100 en poids : l�oxyg�ne (32,30 p. 100), le fer (28,80), le silicium (16,30), le magn�sium (12,30), le soufre (2,12), le nickel (1,57), l�aluminium (1,38), le calcium (1,33). Ces donn�es soulignent le r�le g�ochimique essentiel des silicates.</p><p>La situation des</p><p>silicates dans la chimie</p><p>inorganique</p><p>Les silicates, malgr� leur importance, ont constitu� longtemps l�un des chapitres les plus obscurs de la chimie min�rale. Ce sont le plus souvent des solutions solides, dans lesquelles de nombreux �l�ments interviennent par le jeu de l�isomorphisme, dont l�analyse chimique est souvent longue et difficile. Et l�id�e mol�culaire, qui a longtemps pr�valu, en faisant des sili-</p><p>cates des sels d�acides siliciques purement hypoth�tiques, conduisait � mutiler la pr�cision des analyses chimiques pour traduire celles-ci dans des formules qui masquaient les parent�s mi-n�ralogiques. Ainsi, les min�ralogistes r�unissaient dans une m�me famille, comme celle des micas, des min�raux dont les propri�t�s cristallographiques et physiques sont tr�s voisines, mais dont la composition chimique est tr�s variable. Dans l�analyse chimique, l�attention se porte sur les proportions mutuelles des diff�rents cations, tandis que les anions, essentiellement l�ion oxyg�ne non dos� directement, n�inter-venaient que pour balancer les charges positives des cations. Il en r�sultait, pour les diff�rents micas, des formules chimiques tr�s diff�rentes, qui soulignaient le divorce entre la chimie et la min�ralogie. C�est la d�termination des structures atomiques, gr�ce � la diffraction cristalline des rayons X, initi�e par W. L. Bragg, et la nouvelle cristallochimie, avec V. Goldschmidt, qui ont mis d�accord chimistes et min�ralogistes. Ainsi, les motifs cristallins de tous les micas ont en commun la m�me somme �gale � 12 des anions O2� et F�.</p><p>Ce sont ces ions, les plus nombreux et les plus volumineux, avec le m�me arrangement g�om�trique, qui caract�risent les min�raux de la famille des micas. La cristallochimie, qui se fonde sur des analyses chimiques pr�cises, sur la d�termination du r�seau cristallin gr�ce aux rayons X et sur des mesures de densit�s, a consid�rablement clarifi� notre connaissance des silicates.</p><p>Dans tous ces compos�s, on retrouve le m�me t�tra�dre quasi r�gulier SiO4, formant un anion de charge � 4 avec quatre anions O2� de diam�tre 2,6 � au contact ; les centres des anions constituent un t�tra�dre, au centre duquel se loge le cation Si4+ de rayon 0,39 �.</p><p>C�est l�assemblage de ces t�tra�dres qui d�termine le milieu cristallin des diff�rents silicates. Il faut souligner le r�le particulier de l�ion aluminium Al3+, dont le rayon 0,57 � marque la limite o� la coordination des cations, par rapport � l�oxyg�ne, passe de 4 � 6. Avec la coordination 4, cet ion joue le r�le structural du silicium : c�est le cas des aluminosilicates. Avec la coordination 6, il se place au centre d�un octa�dre r�gulier AlO6 d�ions oxy-</p><p>g�ne. Il peut m�me intervenir avec ces deux aspects chimiques dans un m�me silicate.</p><p>Synth�ses des silicates</p><p>Voie s�che</p><p>On peut reproduire au laboratoire les silicates des roches volcaniques basiques, en portant � des temp�ratures �lev�es les m�langes de leurs oxydes.</p><p>On a ainsi �tabli de nombreux diagrammes d��quilibre binaires � tels que SiO2�MgO, SiO2�FeO �, ternaires � comme SiO2�MgO�FeO</p><p>� et plus compliqu�s, qui int�ressent non seulement les min�ralogistes et les g�ologues, mais aussi, suivant leur nature, les c�ramistes et les m�tallurgistes. Lorsque les temp�ratures s�abaissent, l��quilibre des phases en pr�sence s��tablit difficilement. On fait intervenir des min�ralisateurs qui agissent comme des solvants. Ces min�ralisateurs sont souvent des m�-</p><p>langes d�oxydes alcalins ou alcalino-terreux, intervenant parfois en petites quantit�s, attaquant la surface des formes instables pour les transformer dans les phases stables. Ils sont importants dans les industries de la c�ramique, par exemple celles des briques r�fractaires. On a souvent utilis� comme min�ralisateur le tungstate de sodium ; � la fin du si�cle dernier, Paul Hautefeuille (1836-1902) a obtenu des �meraudes de qualit� gemme en chauffant � 800 �C le m�lange des oxydes avec le molybdate acide de lithium.</p><p>Voie hydrothermale</p><p>Dans la nature, le min�ralisateur qui intervient le plus souvent est l�eau agissant � des temp�ratures et � des pressions �lev�es, de l�ordre de quelques centaines de bars. Des min�-</p><p>raux essentiels, comme les feldspaths alcalins, impossibles � reproduire par voie s�che, s�obtiennent alors ais�ment au laboratoire.</p><p>Classification des</p><p>silicates</p><p>Les c�ramistes, les verriers, les cimentiers, les m�tallurgistes, pour leurs laitiers, font usage d�une nomenclature</p><p>qui traduit commod�ment la composition chimique de leurs mat�riaux. Elle se fonde sur le rapport r du nombre des atomes d�oxyg�ne li�s au silicium au nombre des atomes d�oxyg�ne li�s aux autres cations. Un rapport inf�rieur � 1</p><p>caract�rise les subsilicates (ex. : silli-manite Al2O3 . SiO2 avec r = 2/3) ; pour les monosilicates, r = 1 (ex. : forst�-</p><p>rite 2MgO . SiO2) ; pour les bisilicates, r = 2 (ex. : enstatite MgO . SiO2) ; pour les trisilicates, r = 3 (orthose K2O . Al2O3 . 6SiO2, par exemple).</p><p>La plupart des chimistes d�signent encore les silicates comme des sels d�acides siliciques, pour la plupart hypoth�tiques : l�acide orthosili-cique H4SiO4, auquel s�associent les orthosilicates ; l�acide orthodisili-cique H6Si2O7 ; l�acide m�tasilicique H2SiO3 ; l�acide m�tadisilicique H2Si2O5 ; l�acide trisilicique H4Si3O8 ; les acides polysiliciques H2xSiyO(2y+x) avec y &gt; 3.</p><p>Ces deux nomenclatures masquent</p><p>cependant les parent�s chimiques, physiques, cristallographiques et g�n�-</p><p>tiques de silicates appartenant � une m�me famille min�ralogique. Ainsi, l�albite, qui est le feldspath de composition Na2O . Al2O3 . 6SiO2, est un trisilicate dans les deux classifications pr�c�dentes, tandis que l�anorthite CaO . Al2O3 . 2SiO2, qui lui est tr�s apparent�e, est un monosilicate pour les cimentiers, un orthosilicate pour les chimistes. La classification cristallochimique, qui pr�vaut maintenant, repose sur la connaissance des structures atomiques ; elle fait appara�tre pour chaque silicate une formule chimique qui traduit � la fois la composition chimique et l�arrangement atomique.</p><p>Dans le milieu cristallin caract�risant un silicate, les t�tra�dres SiO4, et �ventuellement AlO4, peuvent �tre ind�pen-downloadModeText.vue.download 197 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10152</p><p>dants ou s�associer par un ou plusieurs sommets sans ne jamais partager ni une ar�te, ni une face. Cette association de t�tra�dres (Si,Al)O4 constitue des anions dont les charges n�gatives</p><p>sont compens�es par celles des cations, qui sont positives. Certains, comme Mg, Fe, Al, hexacoordonn�s, sont aux centres d�octa�dres quasi r�guliers, dont les sommets sont occup�s par des atomes d�oxyg�ne ; d�autres, comme Na, K, Ca, Ba, ..., ont une coordination plus �lev�e ; pour tous ces cations, les poly�dres de coordination ont des ar�tes dont la longueur est voisine de celle du t�tra�dre SiO4. Et la plupart des silicates apparaissent, � l��chelle atomique, comme des �difices de t�-</p><p>tra�dres (Si,Al)O4 et de poly�dres de coordination s�assemblant par leurs ar�tes. Un petit nombre de silicates, pauvres en silice, comprennent des cations relativement volumineux, dont les poly�dres de coordination d�ions oxyg�ne ont des ar�tes nettement plus grandes que celles des t�tra�dres SiO4.</p><p>La silice cimente l��difice de ces poly-</p><p>�dres en intervenant par deux t�tra�dres ayant un atome d�oxyg�ne en commun, formant l�anion Si2O7, dont deux des atomes d�oxyg�ne s�ajustent sur deux sommets du poly�dre par la modification de l�angle de liaison Si�O�Si des deux t�tra�dres. C�est sur ces bases cristallochimiques que l�on r�partit les silicates dans les diff�rentes familles n�sosilicates, sorosilicates, inosilicates, phyllosilicates, tectosilicates et h�t�rosilicates.</p><p>Les silicates � t�tra�dres</p><p>ind�pendants, ou</p><p>n�sosilicates</p><p>Les t�tra�dres SiO4 sont associ�s par des cations, de sorte qu�aucun atome d�oxyg�ne n�est li� � deux atomes Si. Le plus souvent, les ions oxyg�ne forment des assemblages compacts de sph�res, et ces silicates, que l�on peut consid�rer comme des orthosilicates, sont de densit� et de duret� �lev�es.</p><p>Dans le groupe de la ph�nacite Be2SiO4, avec la will�mite Zn2SiO4, tous les cations sont t�tracoordonn�s, et chaque oxyg�ne est un sommet commun � un t�tra�dre SiO4 et � deux t�tra�dres tels que BeO4. Les silicates du groupe de l�olivine sont des constituants essentiels des roches �ruptives basiques, des roches volcaniques, de certains m�t�orites, des laitiers des fours m�tallurgiques. Ce sont des solutions solides dont les termes extr�mes sont Mg2SiO4</p><p>(forst�rite) et Fe2SiO4 (fayalite). L�oli-</p><p>vine transparente est utilis�e en joaillerie sous le nom de p�ridot. Les grenats, min�raux des roches m�tamorphiques, cubiques, sont des solutions solides X3Y2(SiO4)3, dont les �chantillons transparents donnent des pierres pr�-</p><p>cieuses : le pyrope (X = Mg, Y = Al), rouge rubis ; Palmandin (X = Fe, Y = Al), rouge fonc� ; la spessartine (X = Mn, Y = Al), rouge-orang� ; le grossulaire (X = Ca, Y = Al), vert ; l�andradite (X = Ca, Y = Fe), vert �meraude dans la vari�t� � d�manto�de �.</p><p>Le zircon ZrSiO4, la thorite ThSiO4 et l�uranothorite (Th,U)SiO4, qui forment le groupe du zircon, sont des min�raux quadratiques, que l�on trouve dans les granites, dans lesquels se concentrent les �l�ments radioactifs uranium et tho-rium. On conna�t plusieurs silicates de formule Ca2SiO4 qui sont des constituants majeurs des ciments.</p><p>On classe dans les n�sosubsilicates des compos�s dont certains des atomes d�oxyg�ne n�appartiennent pas aux t�tra�dres SiO4. C�est le cas de la silli-manite, de l�andalousite, du disth�ne, de la mullite, de formule Al2SiO5, qui sont des produits importants des industries c�ramiques. Citons aussi la topaze Al2SiO4F2, qui fournit des pierres de joaillerie, la staurotide, que l�on trouve bien cristallis�e dans les roches m�tamorphiques, dont la formule est (Mg,Fe)2Al9O6(SiO4)4(O,OH)2, et le sph�ne CaTiSiO5.</p><p>Les sorosilicates</p><p>Les t�tra�dres SiO4 s�associent pour former, dans le milieu cristallin, des groupes finis, de sorte que certains des atomes d�oxyg�ne soient des sommets communs � deux t�tra�dres. Le groupe le plus simple, avec deux t�-</p><p>tra�dres, a pour formule Si2O7. Citons le silicate de scandium (thorveitite) Sc2Si2O7, l�important minerai de zinc qu�est l�h�mimorphite, ou calamine Zn4Si2O7(OH)2 . H2O, les min�raux du groupe de l��pidote, dont certains (allanite) sont riches en terres rares et en �l�ments radioactifs. Dans un grand nombre de silicates qui forment la famille des cyclosilicates, les t�tra�dres s�associent par deux sommets oxyg�ne pour former des anneaux. Chacun des anneaux, avec n t�tra�dres, constitue</p><p>un anion de formule SinO3n de charge</p><p>� 2n. Le plus petit, de trois t�tra�dres, caract�rise la b�nito�te BaTiSi3O9, la catapl�ite Na2ZrSi3O9 . H2O. L�anneau de quatre t�tra�dres se trouve</p><p>dans la neptunite Na2FeTiSi4O12 et l�axinite (Ca,Mn,Fe)Al2(BO3)(Si4O12) (OH).</p><p>L�anneau avec des formes</p><p>diff�rentes, se manifeste dans des groupes importants de silicates. Citons le b�ryl Be3Al2Si6O18 (fig. 1), que l�on trouve en �normes cristaux dans les pegmatites des granites, qui est le minerai du b�ryllium et de la glucine BeO, et dont la vari�t� verte transparente (coloration due � la pr�sence du chrome) est l��meraude, l�une des pierres les plus pr�cieuses. Citons aussi les tourmalines � min�raux accessoires des granites, riches en bore, qui, avec les m�mes caract�res cristallographiques, ont des aspects et des colorations diff�rents, car leur composition chimique complexe est tr�s variable �</p><p>et la dioptase Cu6Si6O18 . 6H2O, d�une belle couleur verte.</p><p>Les inosilicates, ou</p><p>silicates en cha�nes</p><p>Ils sont caract�ris�s par une liaison des t�tra�dres pour former des cha�nes lin�aires infinies � l��chelle atomique.</p><p>Il en r�sulte fr�quemment une texture fibreuse. La composition chimique et la structure en cha�ne se mettent en �vidence dans une formule chimique qui est celle du maillon de la cha�ne. Une classe de compos�s particuli�rement importants est celle des pyrox�nes, qui sont des silicates de magn�sium, de fer, de calcium, qui peuvent �tre les constituants essentiels de certaines roches �ruptives. Elle se caract�-</p><p>rise par une cha�ne simple (fig. 2) de maillon Si2O6 et dont la p�riode a pour valeur deux fois le diam�tre de l�ion oxyg�ne, soit 5,2 �. Bien que la composition chimique des nombreux silicates de cette famille soit tr�s variable, leur parent� structurale appara�t dans les formes des cristaux, les spectres de rayons X, les m�mes clivages faisant un angle de 93�. Les principaux sont l�enstatite Mg2Si2O6 et les solutions solides (Mg,Fe)2 Si2O6, qui sont</p><p>orthorhombiques, tandis que les suivants sont monocliniques : le diop-side CaMgSi2O6 ; le spodum�ne LiAl-Si2O6, dont les vari�t�s transparentes, l�hidd�nite, verte, et la kunzite, rose violac�, sont des pierres pr�cieuses ; la jad�ite NaAlSi2O6, utilis�e comme pierre d�ornement ; l�augite (Ca,Na) (Mg,Fe)(Si,Al)2O6. La cha�ne peut se compliquer ; ainsi, le maillon de la rho-donite, pierre rouge servant � la fabrication d�objets d�ornement, comprend cinq t�tra�dres, et sa composition est (MnSiO3)5.</p><p>Deux cha�nes de pyrox�nes s�associent pour constituer une cha�ne double ou ruban, dont le maillon a pour formule Si4O11 (fig. 3). Cette cha�ne caract�rise les amphiboles, classe de nombreux silicates, dont le plus commun, la horn-blende, est le constituant principal de certaines roches �ruptives et m�tamorphiques. De compositions chimiques tr�s variables, les diff�rentes amphiboles pr�sentent les m�mes caract�res structuraux, avec les m�mes formes cristallines et les deux m�mes clivages, faisant un angle voisin de 55�. Citons la tr�molite Ca2Mg5(Si4O11)2(OH,F)2, dont les vari�t�s fibreuses constituent la mati�re premi�re des industries de l�amiante.</p><p>Les phyllosilicates, ou</p><p>silicates lamellaires</p><p>Ils pr�sentent un clivage parfait, r�sultant d�une structure atomique lamellaire. Les plus importants, micas, downloadModeText.vue.download 198 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10153</p><p>chlorites, constituants des argiles, sont b�tis � partir d�un m�me feuillet �l�-</p><p>mentaire, qui r�sulte de l�association infinie de cha�nes de pyrox�nes Si2O6</p><p>suivant le processus qui conduit � la cha�ne double des amphiboles Si4O11.</p><p>Les t�tra�dres SiO4, avec leur base dans un m�me plan, pointent leur sommet du m�me c�t� (fig. 4) et forment un r�seau plan d�anneaux hexagonaux d�fini par une maille plane rectangulaire centr�e, dont les param�tres ont pour valeur a = 5,2 � (celui des</p><p>pyrox�nes, des amphiboles, c�est-�-</p><p>dire deux fois le diam�tre de l�ion oxyg�ne) et</p><p>Les atomes d�oxyg�ne, sommets des t�tra�dres, s�arrangent dans un r�seau d�hexagones, de c�t�</p><p>aux centres desquels se logent soit des oxhydriles OH�, soit des ions fluor F�, de sorte que le feuillet �l�mentaire, que l�on d�signe par couche t�tra�drique (Linus Pauling), a pour motif l�anion Avec cette formule,</p><p>la couche est dite t�trasilicique. Des atomes Al, t�tracoordonn�s, peuvent remplacer en partie les atomes Si ; et, si le motif comprend AlSi3 ou Al2Si2, les couches t�tra�driques sont dites trisiliciques ou disiliciques. Ces couches, de charge n�gative, sont li�es par des feuillets de cations hexacoordonn�s, le plus souvent Al3+, Mg2+, Fe2+, pour constituer une couche dite octa�drique.</p><p>� la maille rectangulaire a, b, il correspond six cavit�s octa�driques ; si elles sont toutes occup�es (par Mg2+</p><p>ou Fe2+), la couche est triocta�drique ; si les deux tiers seulement des cavit�s sont prises par des ions Al3+, la couche est diocta�drique.</p><p>On peut r�partir les phyllosilicates dans trois groupes structuraux.</p><p>Groupe structural</p><p>kaolinite-serpentine ou � 7 �</p><p>Il se caract�rise par l�association d�une couche t�tra�drique et d�une couche octa�drique. Le feuillet a une �paisseur de 7 �, que r�v�le un clich� de rayons X. Le plus important des phyllosilicates de ce groupe est la kaolinite Al4Si4O10(OH)8, �l�ment essentiel des kaolins des c�ramistes (v. argiles). Les serpentines Mg6Si4O10(OH)8, triocta�-</p><p>driques, sont verd�tres, parfois riches en nickel dans la garni�rite ; la vari�t� fibreuse des serpentines, le chrysotile, est utilis�e industriellement comme amiante.</p><p>Groupe structural talc-mica-</p><p>montmorillonite ou � 10 �</p><p>Dans ce groupe, le feuillet �l�mentaire comprend deux couches t�tra�driques se faisant face et entre lesquelles se</p><p>trouve une couche octa�drique. Son �paisseur est 10 �. Le feuillet est neutre dans le talc (triocta�drique), Mg3Si4O10(OH)2, et la pyrophyllite (diocta�drique), Al2Si4O10(OH)2</p><p>(v. argiles). La montmorillonite et les smectites sont aussi des constituants des argiles. Elles sont interm�diaires entre la pyrophyllite et les micas, car le feuillet poss�de une faible charge n�gative compens�e par des cations facilement �changeables, se situant entre les feuillets avec des mol�cules d�eau. Les feuillets s�empilent dans un d�sordre qui caract�rise une structure turbostratique.</p><p>Les micas XY2�3(Si,Al)4O10(OH,F)2</p><p>sont des constituants abondants des roches �ruptives et m�tamorphiques ainsi que des roches s�dimentaires, o�, sous la forme des illites, ils sont les constituants essentiels de certaines argiles.</p><p>Bien que de compositions chimiques tr�s vari�es, leurs propri�t�s cristallographiques sont tr�s voisines ; les micas poss�dent tous le m�me clivage flexible et �lastique.</p><p>Parmi les micas diocta�driques,</p><p>le plus important des points de vue p�trographique et industriel est le mica blanc, ou muscovite KAl2(AlSi3) O10(OH,F)2.</p><p>Pour les micas triocta�-</p><p>driques, on peut citer la phlogopite K(Mg,Fe)3AlSi3O10(OH,F)2, les micas noirs biotites, pr�sents dans les granites, de formule</p><p>K(Mg,Fe2+)2+x(Fe3+,Al)1�x(Al2�xSi2+x) O10(OH,F)2,</p><p>et les l�pidolites, minerais de lithium, de formule</p><p>Les glaucomies, vertes, s�dimentaires, s�apparentent aux micas.</p><p>Groupe des chlorites (14 �)</p><p>Ces phyllosilicates sont form�s de deux couches t�tra�driques incluant une couche octa�drique, comme dans le talc, auxquelles succ�de une couche</p><p>du type brucite Mg(OH)2, dans laquelle une partie des ions Mg2+ est remplac�e par Al3+. Ce sont des phyllosilicates de magn�sium, de fer et d�aluminium, de formule (Mg,Al,Fe)6(Al,Si)4O10(OH)8, dont le nom rappelle la couleur verte du chlore, pr�sentant tous un clivage parfait, flexible, non �lastique, que l�on trouve surtout dans les schistes m�tamorphiques et dans certaines roches s�dimentaires.</p><p>Les tectosilicates, ou</p><p>silicates du type SiO2</p><p>Les t�tra�dres SiO4 s�associent par leur quatre sommets dans les trois dimensions de l�espace, de sorte que, chaque atome d�oxyg�ne se trouvant li� � deux atomes Si, la composition de l��difice correspond � SiO2. L�ion Al3+ peut remplacer l�ion Si4+ et, la charpente tridimensionnelle, de composition (Al,Si) O2, devenant un macroanion, les tectosilicates apparaissent comme des aluminosilicates. Les atomes Si sont en nombre plus grand que celui des Al, et un atome d�oxyg�ne est li� soit � deux Si par deux valences �lectrostatiques (au sens de Pauling) compensant sa charge et le rendant � inactif �, soit � un ion Si et � un ion Al, dont il re�oit valences �lectrostatiques. Cet</p><p>atome d�oxyg�ne � actif � a sa charge</p><p>� 2 compens�e par des cations qui ne peuvent �tre ni Mg2+, ni Fe2+, de coordination 6, et dont la valence �lectrostatique 2/6 = 1/3 est trop grande. Par contre, des ions alcalins K+, Na+, Li+ ou alcalino-terreux tels que Ca2+, Ba2+, de coordination 8, conviennent, et tous les tectosilicates r�pondent � la formule g�n�rale</p><p>(K,Na,Ca1/2,Ba1/2,...)x(AlxSiy)O2(x+y).</p><p>Ces consid�rations expliquent que des �l�ments chimiques tels que Mg, Fe2+, Cr, Mn, abondants dans un magma en voie de cristallisation, ne rentrent pas dans la composition des tectosilicates, que l�on peut r�partir dans les trois groupes de min�raux suivants : feldspaths, feldspatho�des et z�olites.</p><p>Les feldspaths</p><p>Ce sont les constituants majeurs de</p><p>toutes les roches �ruptives et m�tamorphiques, et, de loin, les plus abondants de l��corce terrestre. On les r�partit dans les feldspaths alcalins et les feldspaths calcosodiques. L�orthose (ou orthoclase), feldspath potassique KAlSi3O8, monoclinique, et l�albite NaAl-Si3O8, triclinique, peuvent former, � temp�rature �lev�e, des solutions solides continues (K,Na)AlSi3O8, dans lesquelles les atomes K et Na, d�une part, Al et Si, d�autre part, occupent, au hasard, les m�mes sites du r�seau cristallin. Au refroidissement, l�orthose et l�albite se s�parent dans un assemblage �pitaxique, qui est une perthite. La sanidine (K,Na)AlSi3O8, form�e � temp�rature �lev�e, pr�sente un d�sordre total des atomes Al et Si ; ce d�sordre est moins grand dans l�adulaire, faci�s particulier de l�orthose ayant cristallis� � une temp�rature relativement basse (400 �C). Dans le microcline KAlSi3O8, la forme la plus stable, les atomes Al et Si sont ordonn�s dans le r�seau, et le cristal est triclinique. Les rayons X d�terminent ce degr� d�ordre, qui est li� � l�histoire thermique de la roche. Les feldspaths calcosodiques ou plagioclases Na1�xCaxAl1+xSi3�xO8</p><p>constituent une s�rie continue de cristaux tricliniques depuis l�albite jusque l�anorthite CaAl2Si2O8.</p><p>Les feldspatho�des</p><p>Ces tectosilicates, comme la n�ph�-</p><p>line NaAlSiO4, la kalsilite KAlSiO4, la leucite KAlSi2O6, sont des constituants des roches �ruptives ou volcaniques peu riches en silice. Les feldspatho�des du groupe de la soda-lite Na8Al6Si6O24Cl2 poss�dent une charpente aluminosilicique plus ouverte, dans laquelle se logent de gros anions ; citons la lazurite, ou outremer (Na,Ca)8Al6Si6O245(SO4,S,Cl)2, constituant du lapis-lazuli, d�une belle couleur bleue, qui est exploit� depuis les temps les plus recul�s dans un g�te de l�Afgh&#x101;nist&#x101;n pour la fabrication d�ob-downloadModeText.vue.download 199 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10154</p><p>jets d�ornement et qui a �t� longtemps le pigment bleu des grands peintres.</p><p>Les z�olites</p><p>La charpente aluminosilicique de ces tectosilicates est largement ouverte : elle forme de grandes cages dans lesquelles se logent les cations et des mol�cules d�eau, et qui communiquent facilement entre elles, ce qui conf�re � ces compos�s des propri�t�s physiques donnant lieu � de nombreuses applications. Aussi, l�industrie fabrique-t-elle de nombreuses z�olites artificielles.</p><p>Ces silicates perdent leur eau, dite z�olitique, dans une atmosph�re s�che ou quand on les chauffe, en demeurant parfaitement homog�nes.</p><p>Une z�olite d�shydrat�e est dite � activ�e � parce qu�elle r�absorbe facilement son eau, ou des mol�cules comme l�ammoniac, ou des mol�cules organiques, pourvu que leurs dimensions n�exc�dent pas celle des � canaux �, � l��chelle atomique, qui relient les cages ant�rieurement occup�es par les mol�cules d�eau. De m�me, les cations de la z�olite et ceux d�une solution qui les baigne s��changent ais�ment. Cette propri�t� de � permutite � les a fait utiliser pour adoucir les eaux naturelles.</p><p>Ainsi, les z�olites naturelles et synth�-</p><p>tiques sont des � tamis mol�culaires �</p><p>et des � �changeurs de cations � qui sont utilis�s pour d�barrasser des gaz ou des liquides organiques de toute trace d�humidit� et aussi dans le traitement des p�troles pour en s�parer les diff�rents constituants. Les z�olites naturelles, une vingtaine, proviennent de l�alt�ration de roches volcaniques, et l�industrie en pr�pare un nombre important.</p><p>Les h�t�rosilicates</p><p>On remarque que ces compos�s entrent dans la classification structurale pr�-</p><p>c�dente � diff�rents titres, en ce sens qu�ils sont caract�ris�s, par exemple, par la pr�sence des t�tra�dres SiO4</p><p>ind�pendants des n�sosilicates et de groupes Si2O7 des sorosilicates [ex. : clinozo�site Ca2Al3(O,OH)(SiO4)</p><p>(SiO7)].</p><p>Ils sont relativement peu nombreux ; dans leur composition interviennent des cations volumineux entour�s d�un nombre d�oxyg�ne au moins �gal � 6,</p><p>d�finissant des poly�dres de coordination dont l�assemblage pr�domine dans leur structure atomique.</p><p>J. W.</p><p>F Argiles / Bijouterie et joaillerie / C�ramique /</p><p>Ciment / Cristallines (roches) / M�tamorphisme /</p><p>Roche / Sid�rurgie / Silice / Verre.</p><p>A. Lassieur, Analyse des silicates (Dunod, 1951). / I. A. Voinovitch, J. Debras-Gu�dor et J. Louvrier, Analyse des silicates (Hermann, 1962).</p><p>silice</p><p>Dioxyde de silicium SiO2.</p><p>La silice peut se pr�senter sous huit formes cristallis�es, dont six sont des min�raux : le quartz, la tridymite, la cristobalite, la m�lanophlogite, la co�-</p><p>site et la stishovite ; les deux autres, la k�atite et la silice fibreuse orthorhombique, sont des produits synth�tiques.</p><p>La silice amorphe existe sous la forme de verre de silice et de silices collo�-</p><p>dales hydrat�es.</p><p>Propri�t�s</p><p>physico-chimiques</p><p>� l�exception de la stishovite, toutes ces silices s�apparentent aux tectosilicates, puisque ce sont des assemblages de t�tra�dres quasi r�guliers SiO4, dont chacun des sommets oxyg�ne se trouve commun � deux t�tra�dres. Ces assemblages sont plus ou moins ouverts, et la densit� D en m�me temps que l�indice moyen de r�fraction n, varient dans de Les valeurs si diff�rentes pour la densit� et l�indice de la stishovite marquent une diff�rence profonde structurale avec les autres formes de silice. Les atomes de silicium sont, ici, hexacoordonn�s, et la stishovite, quadratique et isotype du rutile TiO2, est un assemblage d�octa�dres r�guliers SiO6, dont les centres sont occup�s par les atomes Si et dont chacun des sommets oxyg�ne se trouve commun � trois octa�dres.</p><p>larges limites :</p><p>silice fibreuse D = 1,96 n = 1,40</p><p>m�lanophlogite D = 2,05 n = 1,42</p><p>verre de silice D = 2,20 n = 1,46</p><p>tridymite D = 2,26 n = 1,47</p><p>cristobalite D = 2,33 n = 1,48</p><p>k�atite D = 2,50 n = 1,52</p><p>quartz D = 2,65 n = 1,55</p><p>co�site D = 3,0 n = 1,59</p><p>stishovite D = 4,35 n = 1,78</p><p>Domaines de stabilit�</p><p>thermodynamique</p><p>� la pression ordinaire, le quartz est stable jusque 870 �C, la tridymite entre 870 et 1 470 �C, la cristobalite de 1 470 � 1 713 �C, qui est la temp�rature de fusion. Toutes les autres formes sont m�tastables � la pression ordinaire. La co�site (monoclinique) et la stishovite (quadratique) ont d�abord �t� obtenues au laboratoire en chauffant de la silice collo�dale entre 500 et 800 �C, � des pressions de 35 � 75 kilobars, pour la co�site et vers 1 200 �C, � des pressions de 115 kilobars, pour la stishovite, avant d��tre identifi�es dans des gr�s quartzeux ayant subi le choc d�une m�t�orite (Meteor Crater, Arizona) ; la silice fibreuse, obtenue en chauffant au-dessus de 100 �C un m�lange de silice et de silicium en pr�sence d�oxyg�ne, se transforme en silice amorphe sous l�action d�une trace d�eau. La k�atite a �t� observ�e au cours de synth�ses hydrothermales � pression �lev�e. Quant � la m�lanophlogite, c�est un min�ral quadratique, pseudo-cubique, rare, que l�on a trouv� dans des roches s�dimentaires, renfermant des traces de mati�res organiques en inclusion, qui noircissent le min�ral quand on le chauffe vers 1 000 �C. En la broyant finement dans un mortier, elle se transforme en quartz.</p><p>Transformations polymorphiques</p><p>� la pression atmosph�rique</p><p>Le quartz, la tridymite et la cristobalite manifestent respectivement, quand on les chauffe, des transformations polymorphiques rapides, r�versibles, dites directes ou paramorphiques, ou encore de d�placement, qui correspondent � de faibles changements dans la position des atomes. Le quartz � la temp�rature ordinaire, dit � &#x3B1; � ou encore � de basse temp�rature �, de sym�trie ternaire passe, comme l�a montr� H. Le Chatelier en 1889, � la forme &#x3B2;, ou de � haute temp�rature �, de sym�trie hexago-</p><p>nale, � 573 �C. Cette forme &#x3B2; demeure thermodynamiquement stable jusque 870 �C. La tridymite &#x3B1;, orthorhombique, prend la forme &#x3B2;1, � 117 �C, puis &#x3B2;2 � 163 �C, hexagonale, m�tastable jusque 870 �C et stable entre 870� et 1 470 �C. La cristobalite &#x3B1;, quadratique, prend la forme &#x3B2; cubique vers 220 �C, m�tastable jusque 1 470 �C</p><p>et stable entre cette temp�rature et 1 713 �C, � laquelle elle fond.</p><p>Les transformations du quartz en tridymite et en cristobalite entra�nent une modification profonde des structures atomiques et des propri�t�s physiques ; ces transformations, que l�on a qualifi�es indirectes ou non paramorphiques, ou encore reconstructives, sont lentes, difficiles et sont facilit�es par l�intervention d�une substance �trang�re, dite min�ralisateur. L�Am�-</p><p>ricain Fenner, qui, en 1913, a �tabli, le premier, le diagramme d��quilibre, � la pression atmosph�rique, des trois formes de silice, quartz-tridymite-cristobalite, utilisait le tungstate de sodium ; Le Chatelier se servait de faibles quantit�s de chaux. Les transformations polymorphiques de la silice entra�nent d�importantes variations de volume, et, comme les industries de la c�ramique et de la verrerie utilisent des quantit�s importantes de briques de silice r�fractaires pour la fabrication des fours, il importe de transformer au meilleur prix la mati�re premi�re, qui est le quartz, sous la forme de quartzite, de gr�s, de silex dans un m�lange de tridymite et de cristobalite. Aussi, depuis Fenner et Le Chatelier, de nombreux travaux et brevets d�invention ont-ils paru sur les m�langes d�oxydes alcalins, alcalino-terreux et d�alumine, qui, agissant comme min�ralisateurs, facilitent cette transformation du quartz.</p><p>Le quartz pur, qui est m�tastable au-dessus de 870 �C, commence � fondre vers 1 500 �C, et c�est ainsi que l�on fabrique le verre de silice, utilis� dans l�industrie surtout pour l�optique et comme isolant �lectrique. Le verre de silice pure se d�vitrifie en cristobalite quand on le chauffe au-dessus de 1 000 �C.</p><p>Propri�t�s chimiques</p><p>La silice pure utilis�e en chimie et dans l�industrie est le quartz naturel, qui r�agit d�autant plus facilement qu�il est plus finement broy�. Cependant, pour certains usages, en particulier pour l�obtention de certains verres de silice, on utilise l�hydrolyse de compos�s tels que SiCl4 ou SiF4. La silice est attaqu�e par l�acide fluorhydrique, et cette r�action est utilis�e dans la gravure sur verre. La silice chauff�e avec les oxydes ou les carbonates des m�taux alcalins ou alcalino-terreux se dissout en fournissant des silicates.</p><p>Action de l�eau</p><p>La silice se dissout dans l�eau sous la forme de Si(OH)4. La solubilit� de 0,140 g/l � 25 �C n�est jamais atteinte dans les eaux naturelles ; cette solubilit� augmente avec la temp�rature et avec la pression dans l�eau supercri-tique. Ainsi, elle d�passe 20 p. 100 � 500 �C et 1 000 bars. Cette action de l�eau, quand la temp�rature et la pression s��l�vent, en rendant la silice tr�s mobile, a une importance g�ochimique capitale pour la gen�se et la transformation des roches.</p><p>Effets physiologiques</p><p>Les poussi�res de silice p�n�trant dans le poumon provoquent une intoxication avec la formation, par un processus downloadModeText.vue.download 200 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10155</p><p>encore mal �lucid�, d�un tissu fibreux caract�ristique de la silicose.</p><p>Propri�t�s des</p><p>diff�rentes silices</p><p>La co�site (monoclinique) et la stishovite (quadratique) sont des min�raux recherch�s, car leur pr�sence r�v�le l�action d�une pression �lev�e produite par l�onde de choc d�une m�t�orite. La m�lanophlogite est une raret� min�ralogique. La tridymite et la cristobalite se trouvent en faible quantit� dans des roches volcaniques et dans certaines m�t�orites ; ces min�raux jouent un</p><p>r�le important dans les industries de la c�ramique et des r�fractaires. Si le quartz et la cristobalite sont des formes de silices pures, par contre la tridymite, naturelle ou artificielle, contient toujours des quantit�s notables d�impuret�s : Na, K, Ca, Al. Et des exp�riences de purification de la tridymite par diffusion des ions sous l�effet d�un champ �lectrique vers 1 100 �C, indiquent qu�elle se transforme en cristobalite, de sorte que le domaine de stabilit� 870 � 1 470 �C de la tridymite ne correspon-drait pas � une silice SiO2 pure.</p><p>Le verre de silice</p><p>La fusion du quartz fournit un verre renfermant des bulles gazeuses qui lui donnent un aspect blanc laiteux et lui font perdre toute transparence. Par un traitement convenable au chalumeau, on le d�barrasse de ces inclusions gazeuses, et le verre homog�ne de silice ainsi obtenu re�oit des applications en optique pour sa transparence remarquable dans le spectre visible, dans l�ultraviolet et dans l�infrarouge. Ses qualit�s d�excellent isolant �lectrique ainsi que sa tr�s faible dilatation thermique sont aussi utilis�es dans l�industrie. � l��tat naturel, le verre de silice se trouve dans les fulgurites produites par la foudre sur des sables (Sahara).</p><p>Le quartz</p><p>C�est un des constituants essentiels des roches �ruptives, m�tamorphiques et s�dimentaires ; l��corce terrestre en contient 12 p. 100 de son poids. On le trouve parfois en cristaux de grande dimension, que l�industrie recherche pour des applications optiques et �lectriques.</p><p>Propri�t�s physiques</p><p>Le quartz se pr�sente le plus souvent sous la forme d�un prisme hexagonal dont les faces pr�sentent des stries perpendiculaires � l�axe ; ce prisme est surmont� par une double pyramide hexagonale. Il poss�de un axe ternaire avec trois axes binaires perpendiculaires ; comme le r�seau cristallin est hexagonal, il en r�sulte une sym�trie du cristal quatre fois plus petite que celle du r�seau, ce qui entra�ne la pr�-</p><p>sence fr�quente de macles. Le plus souvent, un cristal d�apparence homog�ne est macl�, ce qui le rend impropre � certains usages industriels. Le quartz pr�sente une cassure concho�dale, vi-treuse, et sa duret� est 7 dans l��chelle de Mohs. Du point de vue optique, c�est un uniaxe positif ; c�est sur le quartz que Biot d�couvrit en 1814 le ph�nom�ne de pouvoir rotatoire. Le quartz est transparent dans l�ultraviolet jusque 170 nm et constitue la mati�re premi�re de la fabrication des prismes des spectrographes.</p><p>C�est aussi sur le quartz que Jacques et Pierre Curie d�couvrirent en 1880</p><p>le ph�nom�ne de pi�zo�lectricit�, dont les applications en �lectronique sont consid�rables. Le quartz, qui demeure toujours l�une des substances cristallis�es pour de tels usages, provient du Br�sil ou de Madagascar. Mais le quartz naturel est concurrenc� par des lames de quartz de synth�se, que l�industrie obtient dans de grands autoclaves, par voie hydrothermale, entre 400 et 500 �C, sous des pressions d�eau de 1 000 bars.</p><p>Vari�t�s du quartz</p><p>Le cristal de roche est la vari�t� transparente, incolore, bien cristallis�e.</p><p>Le quartz enfum� a une couleur</p><p>brune, plus ou moins fonc�e, qu�il perd par chauffage ; l�am�thyste est recherch�e en joaillerie pour sa couleur violette ; elle devient jaune-brun par chauffage et est vendue alors sous la d�signation de topaze, ainsi, d�ailleurs, que la citrine, plus rare, qui est de couleur jaune.</p><p>Le quartz rose, massif, sert � la fabrication d�objet d�ornement.</p><p>Les calc�doines, d�origine s�dimentaire, sont form�es de microcristaux de quartz intervenant pour 90 � 99 p. 100, avec des textures particuli�res et des impuret�s qui sont l�eau et divers oxydes (de fer, de nickel, ...), qui les colorent. Elles sont utilis�es en joaillerie sous les noms suivants : sarde ou sardoine, brune ; cornaline, rouge ; chysoprase, vert ; prase, vert fonc� ; h�liotrope, vert fonc� avec des taches rouges. L�agate est une calc�doine ru-</p><p>ban�e, dont l�onyx est une vari�t� avec bandes altern�es blanches et fonc�es.</p><p>Les silex, que l�on trouve en nodules dans la craie, sont constitu�s de cristal-lites de quartz, dont l�arrangement est d�sordonn�.</p><p>y Opale. C�est une forme hydrat�e de silice, que l�on consid�rait autrefois comme amorphe. Sa densit� est voisine de 2,0. Les rayons X indiquent que les t�tra�dres SiO4 s�arrangent en strates dans un ordre imparfait, qui apparente l�opale � la tridymite et � la cristobalite. L�opale peut �tre incolore ou diversement color�e. Dans l�opale noble, la stratification donne lieu � des ph�nom�nes d�interf�rences, � reflets color�s, rouges dans l�opale de feu.</p><p>Les opales sont des pierres pr�cieuses pour la joaillerie.</p><p>J. W.</p><p>silicium</p><p>Corps simple solide semi-m�tallique.</p><p>D�couverte</p><p>Il y a plus d�un million d�ann�es que des tailles de silex ont permis de confectionner des outils et des armes.</p><p>Les roches �ruptives silicat�es (dio-rite, basalte, obsidienne) ont �t� aussi employ�es souvent dans la p�riode proche du N�olithique. Le quartzite (sable ciment� par de la silice recristallis�e) et le quartz hyalin (en grands cristaux) sont aussi de bonnes mati�res premi�res pour y tailler des outils. La poterie par cuisson de l�argile appara�t aussi avec le N�olithique, c�est-�-dire de quatre � six mille ans avant notre �re.</p><p>Au IIIe mill�naire en �gypte, en M�-</p><p>sopotamie et dans l�Inde, on parvient � fabriquer de la fa�ence par �maillage en surface de la c�ramique. Les �gyptiens firent du verre. Ils utilis�rent le granit, le porphyre, la turquoise, le quartz, le lapis-lazuli.</p><p>Th�ophraste cite parmi les pierres connues l��meraude, confondue avec la malachite, la cornaline ainsi que le jaspe, le topaze, l�am�thyste, le quartz, l�onyx et l�agathe.</p><p>Puis al-B&#x12B;r&#x16B;n&#x12B;, au Xe s., rapporte de nombreuses informations sur les pierres pr�cieuses, dont beaucoup sont de la silice ou des silicates, et donne la densit� comme moyen pour les distinguer des gemmes artificielles constitu�es par des verres color�s.</p><p>J. B. Van Helmont (1577-1644)</p><p>remarque que la silice chauff�e avec de l�alcali se transforme en un produit donnant une solution visqueuse et dont on peut repr�cipiter la silice par addition d�acide.</p><p>En 1809, Gay-Lussac* et L. J. The-nard (1777-1857) obtiennent du silicium par action du potassium sur le t�trachlorure de silicium.</p><p>�tat naturel</p><p>Le silicium constitue 27,7 p. 100 de la lithosph�re et se trouve �tre ainsi le deuxi�me �l�ment par abondance d�croissante � la surface de la Terre.</p><p>Il se pr�sente engag� dans des compos�s sous forme de silice SiO2 et de silicates*. De nombreuses roches telles que les granites en contiennent de 20 � 30 p. 100.</p><p>Atome</p><p>Le silicium a pour nombre atomique 14 et appartient au groupe IV B du tableau p�riodique. L��tat fondamental de l�atome correspond � la structure �lectronique 1s 2, 2s 2, 2p 6, 3s 2, 3p 2.</p><p>Les �nergies successives d�ioni-</p><p>sation sont, en �lectrons-volts : 8,1 ; 16,4 ; 33,5 ; 45,1 ; 166,4 ; cela montre le tr�s fort accroissement d��nergie n�cessaire pour arracher un cinqui�me �lectron apr�s les quatre �lectrons p�riph�riques. Ces quatre �lectrons externes permettent la formation de quatre liaisons de covalence, comme cela est le cas dans les compos�s SiF4, SiCl4, SiBr4, de structure mol�culaire correspondant � leur �tat fluide � la temp�rature ordinaire. Dans le cas de la silice SiO2 ou des silicates, les liaisons du silicium prennent un caract�re ionique important.</p><p>Le rayon de l�atome de silicium est de 1,17 � ; celui qui est attribu� � l�ion Si+ 4 est de 0,39 �.</p><p>Corps simple</p><p>Le silicium est un solide dans les conditions normales de temp�rature et de pression. Sa densit� est de 2,49 ; son point de fusion est de 1 420 �C ; son point d��bullition est de 2 300 �C.</p><p>Le silicium microcristallin et divis� est r�actif et br�le facilement, alors que, compact, il ne br�le que superficiellement lorsqu�il est chauff� dans l�air. Le silicium r�agit � chaud avec le chlore, le brome, le soufre, le carbone, le bore ainsi qu�avec divers m�taux. Il est insoluble dans les acides, sauf dans les m�langes d�acide nitrique et d�acide fluorhydrique. Il est attaqu� ais�ment dans les solutions aqueuses concen-downloadModeText.vue.download 201 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10156</p><p>tr�es des hydroxydes alcalins et dans le carbonate de sodium fondu.</p><p>Si + 2 KOH + H2O 7 K2SiO3 + 2 H2.</p><p>Principaux compos�s</p><p>(hormis silice* et</p><p>silicates*)</p><p>Les siliciures m�talliques ont des analogies avec les carbures, mais leur structure ne correspond pas � des produits d�insertion, alors que c�est le cas pour certaines phases de carbures m�talliques ; les siliciures des m�taux de transition ont des caract�res semi-m�talliques. Ils sont souvent durs et r�fractaires.</p><p>Certains siliciures, comme le siliciure de magn�sium Mg2Si, r�agissent avec une solution acide pour donner un silane (hydrure de silicium) :</p><p>Mg2Si + 4 HCl 7 SiH4 + 2 MgCl2.</p><p>Le monosilane ainsi pr�par� est impur et contient d�autres silanes, de formule g�n�rale SinH2n+2. Ces silanes se d�composent spontan�ment et sont tr�s r�ducteurs ; SiH4 s�enflamme spontan�-</p><p>ment. On peut r�aliser une r�action de</p><p>Wurtz avec un d�riv� monohalog�n� du monosilane (SiH3Cl) et un halog�-</p><p>nure d�alkyle, et obtenir un alkylsilane, selon</p><p>SiH3Cl + RCl + 2 Na 7 2 NaCl + SiH3R.</p><p>Les silanes tertiaires R3SiH sont oxydables en siloxanes tels que R3Si�</p><p>O�SiR3 et aussi, par action des</p><p>hydroxydes alcalins, en silanols tels que R3SiOH. Ces derniers se transforment facilement en siloxanes tels que SiH3�O�SiH3.</p><p>L�hydrolyse des halog�nures d�alkylsilanes ou d�arylsilanes, d�une formule telle que (C2H5)3 SiCl, donne un siloxane de formule (C2H5)3 Si�O�</p><p>Si (C2H5)3. Avec un dihalog�nure tel que le dim�thylsiloxane (CH3)2 SiCl2, la condensation entre hydroxyles des polysilanols interm�diaires donne des cha�nes Si�O�Si�O tr�s stables,</p><p>qui sont � la base de la structure des silicones. Ceux-ci peuvent former des cha�nes, et, dans certains cas, ces cha�nes se soudent en r�seaux. C�est ainsi que l�on trouve des groupes atomiques tels que :</p><p>ou</p><p>Avec un poids mol�culaire faible, les silicones forment des huiles de viscosit� constante. Pour des poids mo-l�culaires plus �lev�s, on obtient des graisses ou des � �lastom�res �.</p><p>H. B.</p><p>F Silicates / Silice.</p><p>silicose</p><p>F PNEUMOCONIOSE.</p><p>Sillanp��</p><p>(Frans Eemil)</p><p>�crivain finlandais d�expression fin-noise (H�meenkyr�, prov. de H�me, 1888 - Helsinki 1964).</p><p>Ses parents sont de pauvres tenanciers, mais il conna�t, malgr� la pauvret�, une enfance heureuse, qui �clairera toute son oeuvre. Endett� et malade, il abandonne de longues �tudes de biologie, pendant lesquelles il s�est initi� aux th�ories modernes de</p><p>la biog�n�tique, cependant qu�attir� par la philosophie et les lettres il lit les grands �crivains, influenc� surtout par le style de son compatriote Juhani Aho (1861-1921), le panth�isme de Ham-sun, le mysticisme de Maeterlinck.</p><p>Retir� dans sa chaumi�re natale, il retrouve sa sant� mentale, compromise, et �crit pour vivre, sur les petites gens des villages, des nouvelles r�alistes et humoristiques, originales par la peinture exacte des personnages et une note impressionniste toute nouvelle.</p><p>Dans son premier roman, la Vie et le soleil (1916), hymne � la splendeur de l��t� et � l�amour, de jeunes �tres instinctifs semblent vivre en dehors du temps � sur la fronti�re � la fois �veill�e et sommeillante de la conscience �, au rythme d�une nature � laquelle un lien mystique les unit. La guerre civile de 1918 efface pour un temps ces images souriantes et �veille chez Sillanp�� un int�r�t croissant pour la classe d�sh�ri-t�e. Sainte Mis�re (1919), un des livres les plus remarquables, sobre, objectif et poignant sur une des p�riodes les plus dures pour le prol�tariat paysan et la lutte entre rouges et blancs, est aussi l�histoire du tenancier Juka Toivola, au cerveau �tiol�, accabl� tout au long de sa vie par une mis�re implacable, une d�tresse sans nom et qui, au moment o� il � tr�buche dans la vieillesse �, se laisse entra�ner dans la lutte contre les blancs et meurt fusill� sans avoir rien compris � la grande trag�die qui se joue. Ce fatalisme, cette vie v�g�tative se retrouvent, dans une ambiance moins sombre, chez la jeune servante de Hiltu et Ragnar (1923), passive et si d�sempar�e devant l�amour et les r�alit�s de la vie qu�elle se jette dans un lac un soir de printemps. Apr�s cette p�riode assombrie par le souvenir de la guerre, Sillanp�� se fait de la vie une image plus claire. Celle-ci se refl�te dans Silja ou Une br�ve destin�e (1931), l�histoire de Silja, la fr�le servante � l��me lumineuse qui, apr�s une enfance pr�s d�un p�re aimant mais veule, reste orpheline, est aim�e, abandonn�e, vit dans l�attente et le r�ve, et meurt bient�t tuberculeuse � en souriant � son destin �. Par sa simplicit� classique, sa langue harmonieuse, Silja est consid�r� comme le chef-d�oeuvre de Sillanp��.</p><p>D�un style moins po�tique, souvent</p><p>pesant et comme attach� � la gl�be, la Voie de l�homme (1932) est le roman des travaux d�une ferme et de son jeune patron sans volont� et singuli�rement sensible au spectacle changeant des saisons, � l�attirance cosmique de la Lune, qui tient une si grande place dans l�oeuvre de Sillanp��. Cette mystique panth�iste qui unit l�homme � la nature se retrouve avec encore plus de charme sensuel dans Des �tres humains dans la nuit d��t� (1935).</p><p>Dans ses neuf recueils de nouvelles, souvenirs, portraits, r�flexions philosophiques et causeries, l�art du court r�cit se fait jour. Sillanp�� conte avec une tendresse enjou�e sa vie d�enfance dans Ma ch�re terre natale (1919) ; il peint avec une pr�cision toute scientifique, qui n�exclut pas la po�sie, les paysages familiers des champs, des bois, des villages gris et du lac, ce � regard du paysage �, dans Au ras du sol (1924). Il fait vivre dans ses portraits des valets rustiques, bien finnois, de jeunes servantes qui s��veillent � l�amour, de petites vieilles r�sign�es � leur pauvret�, des b�tes famili�res et surtout des enfants, qu�il a beaucoup aim�s et auxquels il a consacr� tout un livre, les Prot�g�s des anges (1923). Dans Confession (1928), il philosophe volontiers sur le but de la vie, l�id�e de libert�, de temps, la patrie et la guerre. � vrai dire, toutes les th�ories lui semblent � grises �, et c�est toujours vers la vie et les qualit�s de coeur qu�il se tourne. On l�a souvent compar� � ses compatriotes Kivi* et Aho.</p><p>Comme eux, Sillanp�� s�est attach� � peindre avec humour et sympathie les villageois de sa r�gion dans leur d�cor familier. Mais la place que tient le subconscient dans son oeuvre, son d�terminisme biologique, sa vision de l�homme ne faisant qu�un avec une nature que baigne une atmosph�re impon-d�rable, peinte en touches impressionnistes vibrantes de sensations visuelles, auditives, tactiles, le passage incessant du r�el � l�irr�el dans un temps sans dur�e o� pass� et avenir se fondent dans le pr�sent, le vertige cosmique, tout cela le rapproche d��crivains comme Maeterlinck, Bergson, Proust, Joyce et fait de lui le premier �crivain moderne de Finlande. Sillanp�� a re�u le prix Nobel de litt�rature en 1939.</p><p>L. T.</p><p>Sillon (le)</p><p>F D�MOCRATIE CHR�TIENNE.</p><p>Silo� (les)</p><p>GIL DE SILO� (en esp. Siloe ou Siloee), ou</p><p>� Ma�tre Gil �, ou � Gil de Emberres �</p><p>(Anvers), sculpteur flamand actif � Burgos dans le dernier quart du XVe s. ; DIEGO DE SILO�, architecte et sculpteur espagnol (Burgos v. 1495 - Grenade 1563), fils du pr�c�dent.</p><p>L�art espagnol des Rois Catholiques et de l�empereur Charles Quint culmine dans l�unit� achev�e du territoire et avec le d�but de l�expansion coloniale.</p><p>Issu des courants antagonistes de la Reconquista, il �chappe d�j� aux d�finitions europ�ennes, comme le � baroque � latino-am�ricain, auquel il va donner naissance. Sans doute un courant italianisant vient-il s�ajouter dans le Levant aux structures fran�aises ; c�est le fruit non pas de l�humanisme, mais des rapports avec les possessions aragonaises de Sicile et les commer-</p><p>�ants g�nois. Et c�est l�Inquisition qui succ�de � une tol�rance toute orientale en Nouvelle-Castille, quand le gothique flamand ou germanique vient prendre le relais du mud�jar � Tol�de.</p><p>� l�heure o� l�art palatial et bourgeois downloadModeText.vue.download 202 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10157</p><p>s�impose ailleurs, le mysticisme septentrional et mauresque triomphe ici dans les fa�ades cisel�es des �glises, de style � Isabelle �, puis � plateresque �.</p><p>Le r�le de la sculpture est alors d�terminant. Pour s�en convaincre, il n�est que d�examiner la chapelle �lev�e par Juan et Sim�n de Colonia au chevet de la cath�drale de Burgos* pour le conn�table de Castille (1482). Les gisants du tombeau viendront de G�nes tout sculpt�s, mais l�un des retables, auquel travaille Gil de Silo� (ant�rieurement aux interventions de Philippe Biguerny et de Diego de Silo� dans cette chapelle), montre l�int�gration en</p><p>cours des mentalit�s flamande et mauresque. � la chartreuse de Miraflores, reconstruite par les m�mes architectes pour servir de s�pulcre � la famille de la reine, Ma�tre Gil �l�ve � partir de 1486 le tombeau d�alb�tre de l�infant Alonso, celui de Jean II et d�Isabelle, puis celui du page Juan de Padilla (auj.</p><p>au Mus�e provincial de Burgos) ; aid� par Diego de la Cruz, il compose �galement le retable du ma�tre-autel (1496-1499). Le style reste encore gothique, mais, avec l�incroyable profusion des d�tails dans une g�om�trie heurt�e, la mystique ib�rique triomphe.</p><p>Diego de Silo� s�est form� aupr�s de son p�re, puis en Italie, � Naples (1517), o� il a �lev� des retables avec Bartolom� Ord��ez (� 1520). De retour � Burgos en 1519, il poursuit le d�cor sculpt� de la cath�drale et construit l�escalier dor� (escalera dorada) du croisillon nord, tr�s italianisant avec ses arcades trait�es en portiques. Fix� ensuite � Grenade*, il va y fonder une v�ritable �cole de sculpture. � la ca-th�drale, il succ�de en 1528 � Enrique Egas (� 1534), qui, cinq ans plus t�t, a trac� un plan gothique. Il am�nage ce plan, �tablit le sanctuaire en rotonde sous une coupole de 22 m de diam�tre, habille les piliers d�un ordre corinthien � pi�destal et � entablement. Il aboutit � un syst�me r�p�titif complexe, d�esprit d�j� baroquisant, qui aura grand succ�s en Am�rique latine apr�s avoir �t� repris aux cath�drales de Ja�n et de Plasencia (et par Diego lui-m�me au couvent des Hi�ronymites de Grenade, comme aux cath�drales de M�laga et de Guadix).</p><p>En Andalousie, l�absence d�une tradition gothique peut avoir favoris� le succ�s d�un italianisme qui s�exprime d�j� totalement en 1526 avec Pedro Machuca (� 1550) � Grenade m�me, au palais de Charles Quint. Le g�nie de Silo� semble bien �tre ailleurs, dans une combinaison des tendances les plus diverses, pour les accorder � la mesure du dynamisme espagnol.</p><p>H. P.</p><p>M. G�mez Moreno, Diego Siloe (Grenade, 1963).</p><p>Silure</p><p>Poisson T�l�ost�en d�eau douce de l�ordre des Cypriniformes, qu�on peut prendre comme type du sous-ordre des Siluro�des, caract�ris�s par les barbillons qui ornent leur museau � d�o� leur nom de � Poissons-Chats � � et par leur peau nue ou arm�e d��cussons osseux.</p><p>On distingue deux mille esp�ces</p><p>environ, r�parties en une quinzaine de familles vivant dans toute la zone intertropicale et temp�r�e.</p><p>Le Glane</p><p>Le Silure, ou Glane (Silurus glanis), � distribution euro-asiatique, a une dorsale tr�s courte, une anale longue, une caudale arrondie ; la seconde dorsale adipeuse, fr�quente chez les Siluro�des, fait d�faut ; il existe deux longs barbillons sup�rieurs et quatre courts barbillons int�rieurs, porteurs de r�cepteurs sensoriels tactiles et gustatifs. Le Glane est le plus gros Poisson carnassier d�Europe, et les exemplaires mesurant 2,50 m et pesant plus d�un quintal ne sont pas rares. Le Glane se nourrit de Poissons, de Grenouilles et m�me d�Oiseaux ou de Rongeurs. Il est encore abondant dans le Danube et les grands fleuves russes, et se rencontre en France dans les eaux du Rhin et du Doubs. Deux esp�ces voisines, mais de petite taille, se rencontrent l�une en Gr�ce (S. aristotelis), l�autre en Turquie et en Iraq (S. triostegus).</p><p>Les petits Poissons-Chats transparents du genre Kryptopterus, d�origine indo-malaise et qui sont �lev�s par les aquariophiles, appartiennent, eux aussi, � la famille des Silurid�s, de m�me que le Poisson-Chat (Ameiurus nebulosus).</p><p>Siluro�des venimeux</p><p>On range dans un premier groupe de cinq familles les Poissons-Chats pourvus d�une nageoire adipeuse et dont la nageoire dorsale et les pectorales sont arm�s d�un aiguillon en rapport avec une glande venimeuse. Les Ariid�s, qui vivent dans les eaux tropicales, sont surtout remarquables par l�incuba-tion buccale que pratiquent les parents, g�n�ralement les m�les. Pendant tout le temps du d�veloppement larvaire, la</p><p>cavit� bucco-pharyngienne fournit aux oeufs protection et oxyg�nation. Une fois �clos, les jeunes alevins gardent l�habitude de se r�fugier dans la gueule paternelle au moindre danger. Les Pi-m�lodid�s des fleuves sud-am�ricains et les Bagrid�s des fleuves asiatiques ont des barbillons sensitifs tr�s allong�s. Certains sont tr�s appr�ci�s des aquariophiles ; d�autres sont cavernicoles. Les Ictalurid�s sont les Poissons-Chats de l�Am�rique du Nord ; le g�ant de la famille, Pilodictis olivaris, peut atteindre jusqu�� 2 m. Mais le plus connu d�entre eux est Ictalurus melas, qui a �t� introduit dans nos rivi�res et peuple maintenant nos eaux calmes et nos canaux. C�est un Poisson tr�s vorace et peu estim� des p�cheurs.</p><p>Les Mochocid�s, ou Grogneurs, ainsi appel�s pour les sons qu�ils �mettent, habitent les eaux douces tropicales.</p><p>Siluro�des non venimeux</p><p>Au voisinage des Silurid�s, on range six familles d�int�r�t biologique variable. Parmi elles, citons les Malapt�-</p><p>rurid�s, ou Poissons-Chats �lectriques, de l�Afrique centrale et d��gypte. Long de 1 m, le Malapt�rure peut �mettre, gr�ce � un tissu �lectrog�ne t�gumentaire, des d�charges �lectriques de 300</p><p>� 400 volts, qui paralysent les proies dont il se nourrit. Parmi les Trichomyc-t�rid�s, petits Poissons de l�Am�rique du Sud aux opercules garnis d��pines, on trouve des formes parasites des filaments branchiaux des autres Poissons ainsi que le Candiru (Vandellia cirrhosa), seul Poisson parasite de l�Homme, qui, au cours de baignades, peut s�introduire parfois dans l�ur�tre ou le vagin.</p><p>Les Schilb�ides d�Extr�me-Orient comportent une esp�ce g�ante, le Poisson royal des Cambodgiens, Pan-gasianodon gigas, qui peut atteindre 2 m, mais qui est herbivore. Enfin les Clariid�s d�Afrique et d�Insulinde poss�dent au-dessus des branchies des organes arborescents qui leur permettent de respirer l�air en nature ; ils sont microphages.</p><p>Siluro�des cuirass�s</p><p>Les trois derni�res familles diff�rent</p><p>de toutes les autres par la pr�sence d��cussons osseux dermiques, qui leur ont valu le nom de Poissons-Chats cuirass�s. Les Doradid�s de l�Am�rique du Sud, proches des Bagrid�s, poss�-</p><p>dent sur le flanc une rang�e de plaques osseuses arm�es chacune d�une �pine.</p><p>Les Callichtyid�s, arm�s d�aiguillons aux pectorales et aux deux dorsales, poss�dent deux rang�es lat�rales de plaques dermiques recouvertes de denticules cutan�s. C�est � cette famille qu�appartiennent les Corydoras des aquariophiles. Enfin, les Loricariid�s, enferm�s dans une armure dermique presque compl�te, sont d�prim�s</p><p>dorso-ventralement et se collent sous les roches pour r�sister aux courants des torrents sud-am�ricains, o� ils vivent. Ils se nourrissent d�Algues.</p><p>R. B.</p><p>F �lectricit� animale.</p><p>L. Bertin et C. Arambourg, � Syst�matique des Poissons �, dans Trait� de zoologie sous la dir. de P.-P. Grass�, t. XIII, fasc. 3 (Masson, 1958).</p><p>Simiens ou Singes</p><p>Sous-ordre des Primates*.</p><p>Ce sont des animaux arboricoles de taille variable : 16 cm de long du bout du nez � la naissance de la queue chez l�Ouistiti mignon et 1,80 m chez le Gorille m�le adulte en position bipo-dale verticale, pour un poids respectif de 70 g � 250 kg !</p><p>Leur t�te est souvent ronde : ils sont fortement c�r�bralis�s. Leurs yeux, orient�s vers l�avant, sont qualifi�s pour une vision binoculaire.</p><p>Les Simiens ont la face souvent nue, plus ou moins color�e. Leurs membres ant�rieurs sont le plus souvent longs (caract�re li� � la vie arboricole). Les femelles ont deux mamelles pectorales.</p><p>Elles ont un cycle oestrien, avec un �coulement menstruel entre deux ovulations successives.</p><p>Classification sommaire</p><p>Les Simiens comprennent deux</p><p>groupes.</p><p>y L�infra-ordre des Singes du Nouveau Monde (Platyrhiniens) :</p><p>C�bid�s : les Singes capucins ;</p><p>Callimiconid�s : le Tamarin de Goeldi ; Callithricid�s (ou Hapalid�s) : les Ouistitis.</p><p>y L�infra-ordre des Singes de l�Ancien Monde (Catarhiniens) :</p><p>Cercopith�cid�s : les Cercopith�ques ; Colobid�s : les Colobes ;</p><p>Hylobatid�s : les Gibbons ;</p><p>Pongid�s : les Orangs-Outans, les Chimpanz�s et les Gorilles.</p><p>Bien que certains zoologistes</p><p>incluent les Hominiens* dans les Simiens, il est pr�f�rable de leur r�server un sous-ordre sp�cial, car notre lign�e downloadModeText.vue.download 203 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10158</p><p>�volutive s�est s�par�e de celle des Singes depuis longtemps.</p><p>Pelage</p><p>La face est tant�t nue et souvent pigment�e, tant�t orn�e d�une barbiche ou de poils plus ou moins color�s.</p><p>Le corps est recouvert de poils. Ce pelage est d��paisseur variable, plus �pais sur le dos et la face externe des membres. La fourrure est abondante chez les Singes du Nouveau Monde : Singes de nuit (Aotes), Singes laineux (Lagotriches). Les Cercopith�ques et les Gibbons ont aussi une fourrure bien fournie. Les fourrures sont parfois d�un coloris admirable, avec des reflets jaunes soyeux si vifs que l�on pourrait croire qu�ils sont recouverts d�une poussi�re d�or (Leontideus sud-am�ricain).</p><p>Les membres et la queue</p><p>Tous les Singes sont arboricoles. Ils grimpent, se suspendent ou marchent au sol. Leurs membres sont, de ce fait, plus ou moins d�velopp�s ; les Cercopith�ques ont les jambes plus longues que les membres ant�rieurs. Ils</p><p>grimpent aux arbres, mais vivent aussi au sol. Les Macaques et les Papions ont les membres ant�rieurs et post�rieurs de m�me longueur ; ils vivent au sol le plus souvent. Les Singes du Nouveau Monde vivent constamment dans la grande for�t ; ils ont les membres ant�-</p><p>rieurs plus longs que les membres post�rieurs, mais n�ont pas de bras aussi longs que ceux de � type suspendu �, tels que les Gibbons et les Orangs-Outans, qui ont, de surcro�t, des mains tr�s longues et effil�es, et qui sont tr�s mal constitu�s pour vivre au sol. Quant aux Chimpanz�s et aux Gorilles, ils ont les quatre membres � peu pr�s de m�mes dimensions, mais ils sont trop lourds pour mener la vie d�arboricoles vrais.</p><p>Ils marchent curieusement avec leurs membres ant�rieurs, en s�appuyant sur la face dorsale de la deuxi�me phalange des doigts de leurs mains.</p><p>Les Simiens sont en g�n�ral porteurs d�une queue, mais il semble que la pr�-</p><p>sence de celle-ci soit �troitement li�e au mode de locomotion de l�animal.</p><p>Les vrais arboricoles, qui sautent tr�s loin de branche en branche, l�utilisent comme un gouvernail ou un balancier. La queue est parfois pr�hensile, comme chez quelques Singes sud-am�ricains. Elle leur sert alors comme une cinqui�me main, avec laquelle ils s�agrippent aux branches ou prennent leur nourriture. Chez les Hurleurs, les Singes laineux et les Singes-Araign�es, la face inf�rieure et nue du bout de la queue, pr�hensile, a de fins dessins, comme sur la face palmaire des mains.</p><p>La queue des Simiens est parfois recouverte de poils longs et tr�s color�s.</p><p>Les Gu�r�zas ont une queue blanche � longs poils ; celle-ci sert alors comme signal pour avertir les cong�n�res de leur pr�sence. Les Macaques et les Papions ont une queue de longueur moyenne ; les Magots et les Anthropo�des n�ont plus du tout de queue.</p><p>Les organes des sens</p><p>L�ou�e et le toucher sont bien d�velopp�s. La pulpe des doigts et la face interne des mains ainsi que le bout des queues pr�hensiles sont riches en terminaisons tactiles.</p><p>La vue est tr�s d�velopp�e, mais l�odorat semble en g�n�ral r�duit, sauf chez quelques esp�ces parmi les Pongid�s, qui peuvent contr�ler certains objets ou certains individus avec leur nez.</p><p>Le cerveau des Simiens est tr�s</p><p>d�velopp�, surtout chez les Pongi-d�s (Chimpanz�s, Orangs-Outans,</p><p>Gorilles). La surface de l��corce c�r�-</p><p>brale s�est agrandie par la formation de sillons de plus en plus compliqu�s.</p><p>� l�origine, le cerveau a �t� surtout un centre olfactif, mais, avec la r�gression de l�odorat, il est devenu le si�ge des centres les plus importants pour tous les comportements complexes de ces animaux.</p><p>Squelette, musculature</p><p>Les Simiens ont une bo�te cr�nienne volumineuse. Quelques genres ont des m�choires d�velopp�es, en rapport avec le d�veloppement de la dentition : Papions, Macaques, grands m�les de Pongid�s. Des cr�tes osseuses d�veloppent des surfaces d�insertion suppl�mentaires, destin�es � de puissantes musculatures masticatrices.</p><p>La cage thoracique est �troite et courte. Elle a la forme d�un tonneau (comme chez l�Homme) chez les Gibbons, qui ont souvent une position bi-podale verticale.</p><p>La denture est assez uniforme :</p><p>36 dents chez les C�bid�s et les Callimicos, mais 32 dents chez tous les autres. La formule dentaire est alors Les canines sont souvent tr�s grandes et pointues comme des poignards</p><p>(Papions, Drills, Mandrills, Pongid�s m�les). Elles servent d�armes d�attaque. Elles sont redoutables. Parfois, les Papions ou les G�ladas ouvrent la bouche et retroussent leurs babines pour montrer � leurs adversaires leur redoutable dentition. C�est un geste inn� qui fait partie de leur comportement de menace pour intimider un adversaire possible.</p><p>Mode de vie</p><p>Les Simiens sont des v�g�tariens qui sont devenus omnivores. Fruits, feuilles, �corces d�arbre, racines constituent le fond de leur alimentation. Certains Colobid�s et les Hurleurs sud-am�ricains sont phyllophages exclusivement. Les Singes ajoutent � ce r�gime des Insectes, des Papillons et leurs larves, des oeufs d�Oiseaux, de petits Oiseaux et des Batraciens.</p><p>Les gros Papions attrapent parfois de jeunes Antilopes pour les d�vorer.</p><p>Beaucoup de Singes poss�dent des</p><p>� abajoues � (les Papions) : ce sont des poches internes situ�es de chaque cot� des m�choires, dans lesquelles ils emmagasinent � court terme une nourriture h�tivement ramass�e.</p><p>L�estomac est simple, et l�intestin gr�le relativement long ; le gros intestin a un coecum, qui, chez les Pongid�s, se termine par un appendice. La r�gion anale pr�sente des glandes s�cr�tant downloadModeText.vue.download 204 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10159</p><p>une mati�re d�une odeur sui generis, servant chez quelques groupes au marquage de l�habitat ou � l�identification d�un partenaire sexuel.</p><p>La voix des Simiens, gr�ce � des cordes vocales bien d�velopp�es, est puissante. De plus, des cavit�s sp�-</p><p>ciales servent de r�sonateurs (chez les Hurleurs). Certains Simiens (Colobid�s, Siamangs, Pongid�s et surtout Orangs-Outans) ont des sacs � air tr�s d�velopp�s qui amplifient les sons d�une fa�on consid�rable.</p><p>Sexualit�, reproduction</p><p>La diff�renciation des sexes se fait par l�apparition de caract�res sexuels secondaires.</p><p>Les Cynoc�phales m�les ont une crini�re volumineuse, des dents �normes (canines), des colorations �tonnantes (Geladas, Mandrills) de la face et de la r�gion g�nitale. Le Nasique m�le a un gigantesque nez en forme de</p><p>concombre, qui peut aussi servir de caisse de r�sonance lors de l��mission des sons.</p><p>La vie reproductive chez les Simiens se d�roule d�une tout autre fa�on que chez les autres Mammif�res. Tous les Simiens sont polygames. Alors que chez les Mammif�res il n�existe qu�une ou quelques p�riodes de rut par an, chez les Primates au contraire il peut y avoir des accouplements en tout temps.</p><p>Les femelles ont un cycle sexuel tous les mois, qui est en rapport avec la p�-</p><p>riode d�ovulation (moyenne de quatre semaines chez les Hominiens), et ne sont aptes � �tre f�cond�es que pendant quelques jours seulement de ce cycle.</p><p>Un flux menstruel se produit quand l�endom�tre passe de la phase folliculinique � la phase lut�inique.</p><p>Au moment de l�aptitude � la f�condation, les femelles de Babouin notamment, ont autour de l�orifice g�nital une � peau sexuelle � qui se colore de rouge vif et devient turgescente.</p><p>Ces enflures sont particuli�rement visibles sur les femelles des troupeaux de Babouins des parcs zoologiques.</p><p>Cela provoque chez les m�les un appel sexuel non n�gligeable. Cette turgescence se rencontre aussi chez les Mangabeys, Macaques, certains Cercopith�ques, quelques Colobes. Cette enflure prend des proportions �normes chez les Chimpanz�s femelles, mais manque chez les Singes am�ricains ainsi que chez les Gibbons.</p><p>Les organes g�nitaux tr�s color�s des m�les en imposent aux autres sujets. D�autre part, leur face anale souvent fortement color�e repr�sente, dans de nombreuses troupes de Singes, un v�ritable � feu arri�re � qui, lors de la fuite, garantit la coh�sion du groupe.</p><p>Les femelles ont un ut�rus simple, en forme de poire. La p�riode de gestation est variable : 5 mois chez les Platyrhiniens ; de 165 � 240 jours chez les petits Catarhiniens ; de 230 � 290 jours chez les Pongid�s.</p><p>Les naissances g�mellaires sont</p><p>assez rares. Les petits se nourrissent exclusivement de lait maternel ; le</p><p>sevrage ne survient chez les Pongid�s qu�apr�s un an.</p><p>Habitat</p><p>Les Simiens ont habit� autrefois les r�gions foresti�res chaudes du globe.</p><p>Rares sont les esp�ces qui ont pu coloniser les contr�es froides : Magots, Macaques bruns et japonais. Les esp�ces les plus terrestres sont les Papions, les Hamadryas et les G�ladas, qui vivent dans les rochers � haute altitude.</p><p>Les grands �tablissements zoolo-</p><p>giques jouent un grand r�le dans la conservation des esp�ces. Les Simiens les plus menac�s sont le Tamarin de Goeldi, le Saki � nez blanc, le Mangabey � ventre dor�, le Rhinopith�que du Tibet, le Colobe bai de Zanzibar, le Chimpanz� nain, le Gorille de montagne, l�Orang-Outan. Les naissances de Simiens sont devenues courantes en captivit�.</p><p>Les Platyrhiniens</p><p>Ils sont ainsi appel�s parce qu�ils ont de larges cloisons narinaires, les narines �tant �cart�es et dirig�es vers l�ext�-</p><p>rieur. Ils ont souvent un pelage �pais et laineux. Tr�s souvent arboricoles, ils ont aussi une queue longue et tr�s souvent pr�hensile. Ils peuplent l�Am�-</p><p>rique depuis le Mexique jusqu�au sud downloadModeText.vue.download 205 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10160</p><p>du Br�sil. On les nomme aussi Singes du Nouveau Monde.</p><p>y Les C�bid�s. Les plus caract�ristiques sont les At�les, ou Singes-Araign�es. Leur couleur est grise ou sombre, leur face est nue, leur pelage est r�che. Leurs doigts sont extraordinairement longs, mais leurs pouces sont atrophi�s ou m�me manquants.</p><p>Ce sont des animaux adapt�s � la vie arboricole. Ils vivent dans les cimes des arbres et volent ainsi d�arbre en arbre. Ils marchent souvent � quatre pattes, parfois debout ; leurs doigts touchent alors terre, tant les bras sont</p><p>longs. Leur queue est un cinqui�me membre qui sert � grimper et � saisir.</p><p>La face interne en est nue.</p><p>Les Singes laineux, ou Lagotriches, ont les bras et les jambes moins longs.</p><p>Leur queue est aussi pr�hensile ; ils sont gris ou brun noir�tre, comme le Lagotriche de Humboldt (Lagothrix lagotricha) ou acajou fonc� comme le Lagotriche � queue jaune (Lagothrix flavicauda).</p><p>Les Sajous, ou Sapajous, ou Singes capucins, ainsi appel�s � cause de la curieuse calotte de poils qu�ils ont sur la t�te, sont tr�s souvent import�s d�Am�rique du Sud. Le Capucin (Cebus capucinus) est de couleur fauve avec une calotte sombre et des favoris blancs. Le Sajou fauve (Cebus apella), le Sajou � front blanc (Cebus albi-frons) ont aussi une calotte sombre. La queue est totalement couverte de poils, sans surface prenante nue, pr�hensile en partie, uniquement utilis�e en tant qu�organe de soutien, mais non comme cinqui�me main.</p><p>Le Sa�miri-�cureuil (Saimiri sciurus) a un pelage jaune verd�tre et blanc sur le ventre. Sa queue n�est pas pr�hensile.</p><p>Les Hurleurs sont parmi les plus grands Singes du Nouveau Monde</p><p>(57 cm de haut en moyenne). Ils ont de grandes cavit�s laryngiennes et un os hyo�de gonfl� en une tr�s grosse v�sicule. Le tout forme une caisse de r�sonance, et ils peuvent se faire entendre de tr�s loin dans les for�ts. Ils vivent dans les arbres et par bandes de huit � dix individus. Leur queue est utilis�e pour grimper. Le Hurleur roux (Alouatta seniculus), le Hurleur noir (Alouatta caraya), le Hurleur � mains rousses (Alouatta belzebul) sont les plus rencontr�s dans les installations zoologiques.</p><p>Le Singe de nuit, ou � Dourou-</p><p>couli �, est int�ressant � signaler. Il est le seul Singe nocturne (Aotes trivirga-tus). Son corps est noir, les yeux sont tr�s grands. Son tronc est mince, ses poils laineux, �pais et fins ; sa queue est inapte � saisir. Ses doigts ont des pelotes tactiles tr�s d�velopp�es. Sous</p><p>la gorge, il a des poils rouge fauve. Il est rare.</p><p>y Les Callithricid�s (ou Hapalid�s).</p><p>Ce sont les Ouistitis. Ils ont la taille des �cureuils. Ils ont un ornement auriculaire en forme de toupet ou de pinceau ou en �ventail, qui contraste le plus souvent avec le pelage. Ils ont des griffes, sauf au gros orteil, qui porte un ongle. Ils ressemblent � nos �cureuils dans leur comportement. Ils s�assoient comme eux, tenant leur nourriture entre leurs mains.</p><p>Leur taille est petite : de 16 � 31 cm de long, leur queue, non pr�hensile, est de 18 � 42 cm. Ils vivent dans les arbres. Ils y mangent des fruits, des fleurs, des feuilles, des Insectes et leurs larves, des Araign�es. C�est � la cime des arbres qu�ils passent leurs journ�es, ils se cantonnent dans des trous d�arbre pour y passer la nuit. Il y en a beaucoup d�esp�ces : l�Ouistiti � toupet blanc (Callithrix jacchus), l�Ouistiti � pinceaux noirs (C. peni-cillata), l�Ouistiti argent� (C. argen-tata), l�Ouistiti mignon (C. pygmaea), le plus petit de tous (longueur, 16 cm ; queue, 18 cm ; poids, 85 g).</p><p>� c�t� des Ouistitis, on peut classer les Tamarins, les Singes-Lions et les Pinch�s.</p><p>Les Tamarins sont plus grands que les Ouistitis, leurs canines plus puissantes, leurs aptitudes au saut sont plus grandes. L�un des plus beaux est le Tamarin empereur (Saguinus imperator) avec des moustaches blanches qui descendent en deux m�ches sur la poitrine.</p><p>Les Singes-Lions (Leontideus) � t�te dor�e ou � queue jaune sont de petites merveilles gr�ce � leur pelage soyeux et leurs chaudes couleurs.</p><p>Les Pinch�s sont les seuls Cal-</p><p>lithricid�s rencontr�s � l�ouest des Andes (nord de la Colombie pacifique jusqu�au Panam�) ; le Pinch� de Geoffroy (OEdipomidas Geoffroyi) a une calotte blanche sur la t�te et un pelage acajou, brun clair et ocre.</p><p>Les Catarhiniens</p><p>Ce sont les Singes de l�Ancien Monde ; ils ont une cloison nasale �troite, un</p><p>conduit auditif long, leurs oreilles sont diversement enroul�es � leur bord ext�rieur ; les pouces sont totalement opposables aux autres doigts. Le plus souvent, ils poss�dent des callosit�s fessi�res, sauf chez les Pongid�s ; leur queue est tr�s d�velopp�e. On les classe g�n�ralement en Cynomorphes et en Anthropomorphes.</p><p>Cynomorphes</p><p>LES CERCOPITH�CID�S</p><p>Ils ont les mains et les pieds relativement longs ; les doigts et orteils ont des ongles plats ; ils marchent sur le sol avec leurs 4 pattes appuy�es par leur face plantaire. �ventuellement, ils peuvent se mouvoir debout sur leurs membres post�rieurs. La queue est d�-</p><p>velopp�e. Des abajoues existent dans tous les genres. Des callosit�s fessi�res de dimensions et de couleur variables sont parfois des caract�res sexuels secondaires. Les femelles pr�sentent un cycle oestrien (par exemple chez les Rh�sus de 28 jours). La peau sexuelle, s��tendant autour des organes g�nitaux externes et du p�rin�e, se gonfle pour atteindre son volume maximum au moment de l�oestrus (ovulation), le 14e jour suivant le d�but des menstrues.</p><p>Parmi les nombreuses esp�ces de</p><p>Macaques, la plus connue est le Magot d�Afrique du Nord et de Gibraltar (Ma-caca sylvana). C�est le seul Cercopith�que sans queue. Le Macaque Rh�sus (M. Rhesus) est toujours tr�s demand� par les laboratoires de recherches. Il est c�l�bre par la d�couverte du � facteur Rh�sus �, propri�t� importante d�une albumine du sang. Ces animaux vivent en Asie en grandes troupes. Macaques bruns et japonais leur sont apparent�s.</p><p>Le Macaque � queue de cochon (M. ne-mestrina) est assez courant dans les jardins zoologiques, de m�me que le Macaque bonnet chinois (M. radiata), ainsi appel� parce qu�il a une raie m�-</p><p>diane sur le front.</p><p>Les Papions, ou Babouins, sont</p><p>de forte taille, jusqu�� 1,14 m pour un poids maximal de 55 kg. Le type en est le Babouin de Guin�e (Papio papio). Le Chacma et l�Anubis lui ressemblent. L�Hamadryas d�Abyssinie</p><p>(Papio hamadryas) a une belle crini�re gris argent. Le Gelada (Theropithe-cus gelada) d��rythr�e et d��thiopie est adapt� � la vie en haute montagne jusqu�� 4 000 m. Il a un �pais pelage protecteur du froid. Tous ces Papions sont appel�s Cynoc�phales � cause de leur museau de Chien. Ils ont des canines �normes et longues, qui sont des armes redoutables.</p><p>Les Mangabeys sont de beaux</p><p>Singes avec un pelage tr�s color� suivant les esp�ces. Ils sont arboricoles, de C�te-d�Ivoire, de Sierra Leone, du Za�re, on en rencontre beaucoup dans les Pal�tuviers de la � mangrove � ; ils pillent les cultures vivri�res.</p><p>Les Cercopith�ques, ou Singes verts, des savanes soudanaises � l�Afrique du Sud et orientale, Cercopith�ques mones, hocheurs, moustacs, sont les h�tes de la grande for�t �quatoriale.</p><p>Tous ces animaux vivent en petites communaut�s et pendant la recherche de la nourriture restent en communication constante par contact vocal. Si l�un d�eux est d�rang�, un cri sp�cial met la bande sur le qui-vive et tous grimpent se r�fugier au sommet des arbres.</p><p>Le Patas est un Singe un peu plus grand que les pr�c�dents (Erythroce-bus patas) : c�est le � Singe rouge �. Il ne vit pratiquement qu�au sol. Il �vite la for�t, � la lisi�re de laquelle il vit, mais il place des guetteurs dans les arbres pour donner l�alerte en cas de danger. Ce sont les plus rapides et ils peuvent d�taler sur terrain plat jusqu�� 50 km/h. Ils vivent en troupes de huit � quinze individus. Ce sont les femelles qui paraissent commander.</p><p>LES COLOBID�S</p><p>Ce sont des Singes de taille moyenne, d�un poids de 20 � 25 kg. Ils sont l�g�-</p><p>rement constitu�s ; leur t�te est ronde avec un visage nu ou peu poilu, le museau court. Ils n�ont pas d�abajoues, la queue est longue. Les molaires sont adapt�es au broyage des feuilles. Il y en a 5 genres en Asie, un seul en Afrique.</p><p>Les plus connus sont les Semnopi-th�ques, ou Entelles Langurs (Pres-bytis entellus). D�un poids de 10 kg environ, c�est le Singe que l�on trouve</p><p>partout dans l�Inde. Il est sacr� et � ce titre peut manger la nourriture des humains. C�est un v�ritable fl�au. Il y a plusieurs esp�ces de ces Singes qui hantent le Sud asiatique ; par dizaines de millions, ils pillent les cultures vivri�res de mis�rables populations.</p><p>Le Nasique (Nasalis larvatus) vit dans la grande for�t de Born�o, tout le long des ruisseaux et des fleuves. Il est ainsi appel� � cause de son appendice nasal, qui, chez les vieux m�les, est �norme et en forme de concombre et pend jusqu�au-dessous de la bouche, � tel point que l�animal doit �carter d�une main son appendice pour pouvoir introduire la nourriture dans sa bouche. Cet organe sert de r�sonateur lorsqu�il pousse des cris.</p><p>Les Rhinopith�ques ont un nez</p><p>camus et retrouss� dans les deux sexes.</p><p>Mais les plus curieux de ces Singes asiatiques sont les Doues (Pygath-rix nemaeus) : ils ont les yeux brid�s</p><p>� mongoliques �, la r�partition des couleurs de leur pelage est �tonnante.</p><p>downloadModeText.vue.download 206 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10161</p><p>Les Colobes, Singes africains des for�ts tropicales et montagneuses d�Afrique (S�n�gal, �thiopie, Angola), ont souvent des coiffures remarquables, des couronnes, des manteaux et des crini�res touffues. Leur pelage a servi de parure pour les humains. Le Colobe gu�r�za (Colobus polykomos) est un arboricole. On le rencontre parfois en haute montagne, sur les versants du massif du Kilimandjaro. Il est noir avec une queue blanche, � longs crins, de longs poils blancs tout autour de la face et une frange de longs poils blancs le long du corps.</p><p>Anthropomorphes</p><p>Ils sont repr�sent�s par les familles des Hylobatid�s et des Pongid�s.</p><p>LES HYLOBATID�S OU GIBBONS</p><p>Ce sont des Singes sans queue de 46 � 90 cm de haut. Ils ont un pelage doux</p><p>et soyeux. Leur t�te, petite et ronde, n�a pas de museau pro�minent. Les bras sont tr�s longs, les jambes longues, les callosit�s fessi�res petites.</p><p>Cette famille comprend deux</p><p>genres : les Siamangs et les Gibbons ; les Siamangs (Symphalangus) ont les 2e et 3e orteils r�unis entre eux ; visage nu, front bas, nez large et plat, narines tr�s grandes ; sac laryngien nu se gonflant quand il hurle.</p><p>Les Gibbons (Hylobates) sont un</p><p>peu plus petits que les Siamangs et ont les bras relativement plus longs ; ils ne poss�dent pas de sac laryngien.</p><p>Ils sont pub�res � 7 ans, la gestation dure environ 210 jours, ils n�ont qu�un seul petit, qui s�agrippe au pelage ventral de la m�re pendant � peu pr�s 5 mois.</p><p>Ce sont des arboricoles des for�ts du Vi�t-nam, de la Tha�lande, de Java et de Born�o. Ils s��lancent dans les cimes des arbres et filent ainsi � une grande vitesse. Ils chantent le matin au r�veil, vers midi et 15 heures, �mettant des roulades curieusement modul�es.</p><p>La principale esp�ce est le Gibbon noir (Hylobates concolor) [Vi�t-nam, Yunnan, Hainan]. Les jeunes naissent blancs, mais les adultes virent au noir.</p><p>Le Gibbon lar, ou Gibbon � mains blanches (H. lar), se trouve en</p><p>Tha�lande, en Birmanie, aux �les de la Sonde. Le Gibbon houlock (H. hoo-lock) pr�sente une diff�renciation sexuelle du pelage : m�le noir, femelle brun fauve. Le Gibbon cendr� (Hylobates moloch) vit aux �les de la Sonde.</p><p>LES PONGID�S</p><p>Cette famille est compos�e de grands Singes ayant de nombreuses ressemblances avec l�Homme, par la forme de la cage thoracique, l�absence de queue, l�intestin muni d�un appendice vermiforme. Ils n�ont ni callosit�s fessi�res d�velopp�es ni abajoues. Ils sont adapt�s � la vie arboricole, gr�ce � des membres ant�rieurs plus longs que les post�rieurs. Leur marche � terre est semi-quadrup�de. Les jeunes se meuvent comme les Cercopith�ques, la</p><p>main au sol appliqu�e par sa face palmaire. Les adultes marchent les mains pli�es sur la face dorsale de leur deuxi�me phalange. Les pattes de derri�re appuient au sol par la face plantaire chez les Chimpanz�s, sur leur bord externe chez les Orangs-Outans et sur la presque totalit� de la plante chez le Gorille.</p><p>L�Orang-Outan (Pongo pygmaeus)</p><p>est le seul Pongid� vraiment arboricole.</p><p>Il est roux cuivr� avec un pelage hir-sute, court sur la poitrine et le ventre, mais long (50 cm) sur les �paules. Sur les doigts, il a des poils de 10 cm. Les poils du cr�ne pendent sur le front. Les m�les adultes ont une longue barbe.</p><p>Les bras ont une envergure pouvant atteindre jusqu�� 2,60 m, les jambes sont plut�t courtes et faibles.</p><p>Sur les c�t�s de la t�te de la plupart des m�les se trouvent des renflements des joues, replis cutan�s avec d�p�t de tissu conjonctif de chaque c�t�. Des sacs laryngiens sont puissamment d�-</p><p>velopp�s, surtout chez les m�les.</p><p>La dur�e de gestation est de 9 mois, le petit p�se 1 100 g � la naissance, et la m�re en prend grand soin. Dans la nature, la p�riode d�allaitement dure de 3 � 4 ans, mais de tr�s bonne heure la m�re m�che soigneusement de la nourriture et en emplit la bouche de son petit avec ses l�vres. D�s la premi�re ann�e, le jeune commence d�j� � manger quelques feuilles et fruits. Les Orangs-Outans grandissent tr�s lentement et ne sont pub�res qu�� 10 ans.</p><p>Comme les m�res allaitantes ne sont pas aptes � la conception, elles ne pourraient mettre au monde que quatre � cinq petits ; avec une mortalit� de 40</p><p>� 50 p. 100, chaque m�re ne pourrait avoir que trois petits. L�esp�ce est fort heureusement prot�g�e. Il faut des permis scientifiques d�exportation pour se procurer ces animaux.</p><p>Dans la nature et en captivit�, ils se nourrissent de fruits de toutes sortes, mais ne d�daignent pas les cultures des populations indo-malaises.</p><p>Le Chimpanz� (Pan troglodytes) est trait� � son ordre alphab�tique.</p><p>Le Gorille (Gorilla gorilla) est le</p><p>plus gros et le plus grand de tous les Singes. Du sommet du cr�ne au talon, le m�le mesure, adulte, de 2 � 2,30 m et 1 m de largeur d��paules. Son poids atteint alors 250 kg, et l�envergure de ses bras muscl�s 3 m. Il a un corps trapu, le pelage �pais noir ou gris-noir ; les vieux sont grisonnants. La face, les mains, les pieds sont sans poils et noirs. Les pavillons de leurs oreilles sont petits ; les yeux sont abrit�s sous de puissantes arcades sourcili�res tr�s pro�minentes. Chez le m�le, la cr�te sagittale sur le sommet du cr�ne forme un � cimier � bien visible. Les canines sont des crocs d�passant les autres dents. C�est le moins arboricole des Pongid�s. Il marche sur l�articulation entre la 1re et la 2e phalange des doigts.</p><p>Il d�gage une impression de puissance extraordinaire, et de fait sa puissance musculaire est formidable. Il est d�ailleurs impossible de capturer un Gorille adulte. On capture donc des jeunes de 4 � 5 ans. La dur�e de gestation est de 8 mois et demi. Les petits naissent en toute saison. � 3 mois, ils rampent au sol ; � 4 mois et demi, ils marchent � quatre pattes ; ils grimpent � 6 ou 7 mois.</p><p>Il y a deux sous-esp�ces de Gorilles : le Gorille de c�te (Gorilla gorilla), des plaines sises � l�ouest de l�Afrique �quatoriale (Cameroun), et le Gorille de montagne (G. gorilla Beringei), vivant en plaine et dans les montagnes d�Afrique centrale (au Za�re, r�gion du Kivu) jusqu�� 3 500 m et plus. Les Gorilles vivent dans la for�t en petites bandes, cherchant paisible-ment leur nourriture (fruits, bananes, baies de toutes sortes). Les jeunes mangent aussi des Insectes, des petits Oiseaux et leurs oeufs. Mais de temps en temps, ils quittent la for�t pour aller saccager les plantations de bananiers.</p><p>Il n�y mangent pas les bananes, mais saisissent � pleines mains les troncs de bananiers pour les ouvrir et pour en manger la moelle, dont ils sont particuli�rement friands.</p><p>Leur ennemi naturel est la Panth�re, mais les gros m�les sont de taille � lui tenir t�te. L�Homme aussi les chasse pour les manger. Quand un Gorille se sent menac�, il se dresse sur ses jambes, hurle, retrousse ses babines et</p><p>tambourine furieusement sa poitrine avec ses poings ferm�s. Il peut alors �tre dangereux.</p><p>P. B.</p><p>R. M. et A. W. Yerk�s, Great Apes (New Haven, Connect., 1929 ; trad. fr. les Grands Singes, A. Michel, 1951). / S. Zuckerman, The Social Life of Monkeys and Apes (Londres, 1932 ; trad. fr. la Vie sexuelle et sociale des Singes, Gallimard, 1937). / F. Bourli�re, le Monde des Mammif�res (Horizons de France, 1954). / P.-P. Grass� (sous la dir. de), Trait� de zoologie, t. XVI et XVII : Mammif�res (Masson, 1955-1973 ; 9 vol. parus). / W. Baug�rtel, K�nig im Gorillaland (Stuttgart, 1960 ; trad. fr. Au pays des Gorilles dans la for�t vierge de l�Ouganda, Payot, 1967). / F. Petter, les Mammif�res (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1963). / A. Mahu-zier, � la poursuite des gorilles (�d. G. P., 1964).</p><p>/ S. Eimerl et I. De Vore, The Primates (New York, 1965). / R. Lavocat, Histoire des Mammif�res (�d. du Seuil, coll. � Microcosme �, 1967).</p><p>/ R. et D. Morris, Men and Apes (Londres et New York, 1966 ; trad. fr. Hommes et singes, Stock, 1967). / M. Goustard, les Singes anthropo�des (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1970).</p><p>similitude</p><p>Th�orie reliant deux applications d�un m�me ph�nom�ne physique � partir d��galit�s entre param�tres sans dimensions.</p><p>L�un des buts de la recherche scientifique est d��tablir le syst�me d��quations diff�rentielles traduisant un ph�nom�ne physique donn� en vue de l�int�grer et d�obtenir ainsi une solution du probl�me. Cette d�marche, lorsqu�elle est possible, facilite la conception des applications techniques du ph�nom�ne �tudi� et permet de pr�-</p><p>voir les performances et le comportement de ces r�alisations. Mais, bien souvent, l�impossibilit� d�obtenir une solution par voie enti�rement th�orique conduit � un recours in�vitable � l�exp�rience. C�est ainsi que des consid�rations de similitude permettent, � partir d�essais sur maquettes, non seulement de v�rifier les calculs, mais aussi de trouver des solutions que les th�ories actuelles sont impuissantes � fournir. La m�canique et plus sp�cialement la m�canique* des fluides sont largement tributaires de ce mode d�ap-</p><p>proche des ph�nom�nes. Un exemple parmi tant d�autres est le probl�me de la tra�n�e sur les obstacles (automobile, aile d�avion, coque d�un navire) ; cette tra�n�e est l�une des composantes de la r�sultante des efforts exerc�s par le fluide sur l�obstacle ; elle peut �tre d�duite th�oriquement de la r�partition des contraintes sur la surface de l�obstacle, le champ des contraintes de pression et de viscosit� �tant d�fini par l�int�gration des �quations dynamiques locales. Mais la pr�sence du sillage essentiellement instationnaire derri�re l�obstacle, celle d�ondes de gravit� sur la surface libre de l�eau, dans le cas d�un navire, rendent le probl�me pratiquement insoluble. Seule une �tude globale de la tra�n�e fond�e � la fois sur la th�orie et sur l�exp�rience permet, � partir d�essais sur maquette, de d�duire la tra�n�e sur le prototype. La maquette downloadModeText.vue.download 207 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10162</p><p>(g�n�ralement mod�le en r�duction), moins co�teuse que le prototype (mo-d�le en vraie grandeur), se pr�te � une �tude plus facile. Mais la transposition des r�sultats des essais au cas r�el n�est possible que si les deux �coulements satisfont � un certain nombre de relations appel�es conditions de similitude.</p><p>La condition premi�re, dans les</p><p>essais sur maquette, est la similitude g�om�trique : maquette et prototype, de tailles diff�rentes, doivent avoir la m�me forme. Des consid�rations exp�rimentales limitent pourtant cette similitude g�om�trique. Pour l��tude sur maquette de la r�gularisation du cours d�une rivi�re, par exemple, la poudre utilis�e n�a pas toujours une granulom�trie en rapport avec celle des alluvions, et la hauteur d�eau, sur la maquette, est si petite que l�action de la tension superficielle, n�gligeable sur le prototype, devient pr�pond�rante. On utilise dans ce cas une maquette distor-due : les dimensions verticales, compar�es aux dimensions horizontales, sont amplifi�es.</p><p>Il est possible de d�finir pour les deux syst�mes (prototype et maquette) :</p><p>� les conditions g�om�triques aux fronti�res par la donn�e d�une longueur caract�ristique L0 (corde d�une aile d�avion, diam�tre int�rieur d�une conduite...) ;</p><p>� les conditions cin�matiques aux fronti�res par la donn�e d�une vitesse de r�f�rence V0 (vitesse de d�placement relatif d�un corps dans un fluide au repos, vitesse de d�bit dans une conduite...) ;</p><p>� les caract�ristiques physiques du fluide par la donn�e, en un point de la fronti�re de l��coulement, de la masse volumique &#x3C1;0 et du coefficient de viscosit� dynamique &#x3BC;0.</p><p>Il y a similitude dynamique entre les deux syst�mes lorsque toutes les forces appliqu�es � ces deux syst�mes sont dans le m�me rapport.</p><p>Dans le cas de l��coulement de deux fluides, a priori diff�rents, autour de solides g�om�triquement semblables (fig. 1), les forces appliqu�es aux deux �l�ments de volume et centr�s en des points homologues M1 et M2, sont de deux types :</p><p>� forces de volume FG (dues � la gravit�) ;</p><p>� forces de surface (de pression FP, de viscosit� FV et, lorsque le point M</p><p>se trouve � une interface liquide-gaz, s�ajoute la force de tension superficielle FT).</p><p>En introduisant la force d�inertie FI, le principe fondamental de la dynamique peut s��crire, pour chacun des �l�ments de volume,</p><p>FI + FG + FP + FV + FT = 0.</p><p>Si bien que trois des quatre �galit�s suivantes traduisent � elles seules la similitude dynamique :</p><p>Aux trois premi�res �galit�s, par exemple, correspondront trois conditions de similitude.</p><p>Mais, dans la pratique, suivant la nature du probl�me envisag�, certaines forces sont n�gligeables devant les autres, ce qui r�duit le nombre de conditions de similitude. Comme, d�autre part, les diff�rentes forces en pr�sence sont respectivement proportionnelles �</p><p>les conditions de similitude dynamique font appara�tre trois param�tres sans dimensions.Nombre de Reynolds R.</p><p>Lorsque le nombre de Reynolds</p><p>est tr�s grand, les forces de viscosit� deviennent n�gligeables devant les forces d�inertie, ce qui correspond � l�approximation du fluide parfait.</p><p>y Nombre de Froude F.</p><p>y Nombre de Weber</p><p>Lorsque la masse volumique du fluide est variable (�coulement d�un gaz � grande vitesse), il est n�cessaire d�introduire une nouvelle condition de similitude faisant intervenir la compressibilit� du fluide. Cette condition s�exprime � partir du nombre de Mach.</p><p>NOMBRE DE MACH M.</p><p>a0 �tant la c�l�rit� du son au point o� la vitesse du fluide est V0,</p><p>Si M &lt; 1, l��coulement est dit</p><p>subsonique. Pour M &lt; 0,2, le</p><p>gaz est suppos� incompressible.</p><p>Si M = 1, l��coulement est sonique.</p><p>Si M &gt; 1, l��coulement est supersonique. Aux grandes valeurs de M, enfin, l��coulement est dit hypersonique.</p><p>Finalement, les conditions de similitude dynamique entre le prototype et la maquette s��crivent</p><p>Comment d�terminer alors la tra�n�e</p><p>Fx1 sur le prototype � partir d�un essai o� l�on mesure la tra�n�e Fx2 sur la maquette ? Si les conditions de similitude sont v�rifi�es</p><p>Les conditions aux fronti�res de l��coulement autour du prototype sont impos�es ; celles qui correspondent � la maquette sont choisies en vue de faciliter l�essai. La valeur de la tra�n�e inconnue Fx1 est donc d�duite directement de la mesure Fx2 effectu�e sur la maquette.</p><p>Cette m�thode de calcul, s�dui-</p><p>sante dans sa pr�sentation, pose de nombreux probl�mes pratiques. En effet, les conditions de similitude ne peuvent, bien souvent, �tre v�rifi�es simultan�ment, ce qui para�t condamner toute utilisation possible de la similitude. Pour le cas d�un essai de bateau au bassin des car�nes, par exemple, la maquette � �chelle r�duite (L02 &lt; L01) �tant essay�e dans l�eau (&#x3C1;02 = &#x3C1;01, &#x3BC;02 = &#x3BC;01), les conditions de similitude de Reynolds et de Froude sont contradictoires :</p><p>� la condition R2 = R1, entra�ne V02 &gt; V01 ;</p><p>� la condition F2 = F1 entra�ne</p><p>V02 &lt; V01.</p><p>Dans ce cas particulier, il n�est pas possible de n�gliger la tra�n�e due aux ondes de gravit� devant la tra�n�e visqueuse. Pour conduire un tel essai, on respecte la similitude de Froude et l�on calcule la tra�n�e visqueuse � partir de la th�orie de la couche* limite.</p><p>Dans d�autres cas, lorsque les conditions aux fronti�res ne font pas intervenir de surface libre et lorsque le fluide peut �tre suppos� incompressible (vol subsonique d�un avion, d�placement d�un sous-marin), la seule condition de similitude est la condition de Reynolds. Le coefficient o� A</p><p>est une aire proportionnelle � est le coefficient de tra�n�e du solide. � partir d�un essai sur une seule maquette, o� l�on ne fait varier que la vitesse V02 du fluide, il est possible de tracer la courbe Cx(R) [fig. 2]. Cette simple courbe, in-downloadModeText.vue.download 208 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10163</p><p>d�pendante du syst�me d�unit�s utilis�, permet la d�termination de la tra�n�e sur un solide g�om�triquement semblable pour des conditions aux fronti�res quelconques.</p><p>Ces quelques exemples montrent</p><p>tout l�int�r�t d�une m�thode de recherche qui, en l�absence de solution exacte au ph�nom�ne �tudi�, permet, cependant, de pr�voir le comportement des applications possibles de ce ph�-</p><p>nom�ne. Dans ce sens, la similitude a largement contribu� au d�veloppement des industries hydraulique, a�ronautique et navale.</p><p>J. G.</p><p>L. I. Sedov, Similitary and Dimensional Methods in Mechanics (en russe, Moscou, 1944 ; trad. angl., New York, 1959). / S. J. Kline, Similitude and Approximation Theory (New York, 1965).</p><p>Simon (Richard)</p><p>Oratorien fran�ais, fondateur de l�ex�-</p><p>g�se biblique moderne (Dieppe 1638 -</p><p>id. 1712).</p><p>Au XVIIe s., sous l�influence de la pens�e protestante, qui accorde une place privil�gi�e � l��criture, des d�-</p><p>couvertes arch�ologiques, de l��tude des anciennes civilisations et des attaques des libertins, des probl�mes nouveaux sont pos�s � propos de la valeur historique des Livres saints, surtout du point de vue chronologique.</p><p>Ces remises en cause vont susciter dans l��glise interrogations et prises de conscience au sujet des probl�mes d�ex�g�se scripturaire. Les solutions propos�es par un pr�tre de l�Oratoire*</p><p>de France, Richard Simon, orienteront la critique des textes dans des voies d�avenir.</p><p>Richard Simon na�t dans une mo-</p><p>deste famille d�artisans. Prot�g� par son cur�, il entre au coll�ge des Oratoriens de sa ville natale, o�, fait rare � l��poque, il �tudie le grec. Boursier � l�Oratoire de Paris en 1658, il le</p><p>quitte pour �tudier � la Sorbonne et apprendre l�h�breu. De retour � l�Oratoire en 1662, il y poursuit ses �tudes h�bra�ques et est ordonn� pr�tre en 1670.</p><p>Cette m�me ann�e, il peut lire dans le Tractatus theologico-politicus de Spinoza* une critique rationaliste et judicieuse de la Bible. Spinoza, au moyen de la critique interne des textes, rel�ve impitoyablement les erreurs historiques de l�Ancien Testament.</p><p>Au m�me moment, Richard Simon</p><p>se lie avec un �rudit juif �lev� dans le protestantisme, Isaac de La Peyr�re (1594-1676), qui, dans un ouvrage �crit vers 1642, les Pr�adamites, a pressenti la haute antiquit� de l�homme et du monde, et qui enseigne que le r�cit de la Cr�ation doit s�entendre dans un sens symbolique et non scientifique. � La Bible, dit-il, n�enseigne que ce qui regarde notre salut. �</p><p>L�influence de Spinoza et de La</p><p>Peyr�re, compl�t�e par une �tude de la litt�rature des rabbins, va permettre � Richard Simon de mieux comprendre les probl�mes ex�g�tiques. Celui-ci, bon connaisseur du grec, de l�h�breu, du syriaque et de l�arabe, compose son grand ouvrage, l�Histoire critique du Vieux Testament, qu�il publie en 1678.</p><p>Ce livre original et r�volutionnaire, �crit en fran�ais et qui, pour la premi�re fois, porte le d�bat devant le public et non plus devant un cercle restreint de sp�cialistes, expose que les auteurs de la Bible ne sont pas des auteurs personnels, mais les t�moins souvent anonymes d�une collectivit�, celle des scribes, b�n�ficiaire, dans son ensemble, de l�inspiration divine.</p><p>Par exemple, R. Simon �crit du Pentateuque : � La diversit� du style y semble �tre une preuve pour montrer qu�un m�me �crivain n�en est pas l�auteur. � Il conna�t d�j� ce qu�on nomme aujourd�hui les genres litt�raires.</p><p>Pour lui, l�ex�g�te doit se faire un devoir de chercher opini�trement le sens litt�ral du texte, qui est unique et qui se d�gage des termes, eux-m�mes correctement interpr�t�s. L�oratorien condamne l�interpr�tation all�gorique,</p><p>porte ouverte � toutes les fantaisies.</p><p>Au contraire de Spinoza et des in-croyants, il proclame son attachement � la doctrine de l��glise et � la Tradition.</p><p>� L��criture, �crit-il, peut �tre cit�e comme un acte authentique lorsqu�elle se trouve conforme � la doctrine de l��glise, et c�est en ce sens que les P�res ont dit que la seule et v�ritable �criture ne se trouve que dans l��glise et qu�il n�y a qu�elle qui la poss�de. �</p><p>Cette profession d�orthodoxie n�emp�-</p><p>chera pas la condamnation de son livre ni les pers�cutions contre son auteur.</p><p>L�instigateur de ces poursuites sera Bossuet*, qui, ignare en mati�re d�ex�-</p><p>g�se, poursuivra Richard Simon de ses calomnies. L�oeuvre de l�oratorien g�ne en effet l�auteur de la Politique tir�e de l��criture sainte, en sapant � la base tout le syst�me politico-religieux qu�il en avait tir�.</p><p>Bossuet, sans prendre la peine de lire tout l�ouvrage, mais seulement la pr�-</p><p>face et la table des mati�res, le qualifie d�� amas d�impi�t� � et de � rempart du libertinage �.</p><p>Il ameute le chancelier Le Tellier et le lieutenant de police, qui fait br�ler tous les exemplaires ; quelques-uns de ceux-ci �chapperont au feu, et le livre sera r��dit� en 1684 en Angleterre et en 1685 � Rotterdam.</p><p>Exclu de l�Oratoire en 1678, Ri-</p><p>chard Simon continue ses travaux soit � Dieppe, soit � Paris, et �crit de nombreux autres ouvrages ayant tous trait � la critique biblique, comme sa Comparaison des c�r�monies des Juifs et de la discipline de l��glise (1681), o� il �tudie les origines juives du culte chr�-</p><p>tien primitif, et son Histoire critique du texte du Nouveau Testament, publi�e � Rotterdam en 1689.</p><p>La continuit� de sa pens�e y est remarquable. � propos du probl�me de l�inspiration, R. Simon �crit : � Ce qui a tromp� Spinoza est qu�il s�est imagin� qu�un homme ne peut pas se servir de sa raison et �tre en m�me temps dirig� par l�esprit de Dieu, comme si, en devenant l�interpr�te de Dieu, on cessait d��tre homme, et qu�on f�t un</p><p>instrument purement passif. �</p><p>La fin de sa vie est assombrie par l�incendie de sa maison dieppoise, bombard�e par les Anglais en 1694, incendie au cours duquel br�lent tous ses pr�cieux livres, ainsi que par une nouvelle pers�cution de Bossuet contre sa traduction critique du Nouveau Testament �dit�e � Tr�voux en 1702.</p><p>Ses ennemis l�ayant rendu suspect � l�intendant de Normandie, celui-ci le menace de visiter ses papiers, et le vieux pr�tre, �g� de soixante-quatorze ans, pr�f�re br�ler lui-m�me ses manuscrits, perte inestimable pour la science. Il meurt quelques jours plus tard, le 11 avril 1712, apr�s avoir l�gu� tous ses biens aux pauvres.</p><p>L�opposition aveugle et haineuse de Bossuet contre Richard Simon avait �t� � l��glise catholique le moyen de r�sister avec efficacit� aux attaques qui, en ce d�but du XVIIIe s., se pr�-</p><p>paraient contre la v�racit� des �critures. Richard Simon avait compris que la critique �tait le seul rempart contre les assauts des cart�siens et des rationalistes.</p><p>Il fallut plus de deux si�cles pour que l��glise reconn�t la justesse des vues du fondateur de la critique historique des Livres saints, mais il �tait bien tard, car la r�volution spirituelle qu�il avait r�v� d�effectuer de l�int�rieur devait se faire contre le christianisme.</p><p>P. R.</p><p>H. Margival, Essai sur Richard Simon et la critique biblique au XVIIe s. (Maillet, 1900). /</p><p>J. Steinmann, Richard Simon et les origines de l�ex�g�se biblique (Descl�e De Brouwer, 1960).</p><p>/ P. Auvray, Richard Simon (P. U. F., 1974).</p><p>Simonov (Kirill</p><p>Mikha�lovitch,</p><p>dit Konstantine)</p><p>Po�te, dramaturge et romancier sovi�-</p><p>tique (Petrograd 1915).</p><p>Sa m�re s��tant remari�e � un officier, Konstantine Simonov vit pendant toute son enfance � Riazan et � Saratov, dans l�atmosph�re des quartiers mili-</p><p>taires des villes de garnison. � quinze ans, par go�t de l�ind�pendance et d�sir de prendre une part active � l��dification du pays, il met fin � ses �tudes secondaires pour entrer dans une �cole professionnelle, o� il apprend le m�tier de tourneur, qu�il exercera jusqu�en 1935. Ses premiers vers, consacr�s aux b�tisseurs du canal Volga-mer Banche, sont publi�s en 1934 dans un recueil de jeune po�sie et lui ouvrent les portes de l�Institut de litt�rature, o� il entre l�ann�e m�me de sa fondation.</p><p>Entre 1937 et 1941, Simonov publie plusieurs longs po�mes (Pobeditel [le Vainqueur], Pavel Tcherny�, Ledovo�e pobo�chtche [la Bataille des glaces], Souvorov) ainsi que les recueils Nasto�achtchie lioudi (les Hommes v�ritables, 1938), Dorojny�e stikhi (Po�mes de route, 1939) et Stikhi tridtsat devia-togo goda (Vers de l�ann�e 39, 1940).</p><p>Narratifs ou lyriques, ses vers, d�une forme traditionnelle, o� le pressentiment de la guerre imminente se traduit notamment par l��vocation des gloires militaires du pass� national, expriment les sentiments d�une g�n�ration �lev�e dans l�asc�tisme r�volutionnaire et pr�te � sacrifier le bonheur personnel � l�appel du combat. Ces th�mes inspirent aussi les premiers drames de Simonov, Istoria odno� lioubvi (Histoire d�un amour, 1940) et Paren iz nachego goroda (Un gars de notre ville, 1941, prix Staline 1942), dont le h�ros r�siste aux sollicitations de l�amour pour aller combattre les ennemis de la r�volution en Espagne et en Mongolie.</p><p>C�est en Mongolie, � la bataille de Khalkhyn Gol (1939), que Simonov fait ses premi�res armes de correspondant de guerre, m�tier qu�il exercera de 1941 � 1945 en de nombreux secteurs downloadModeText.vue.download 209 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10164</p><p>du front germano-sovi�tique et dans les pays de l�Europe orientale lib�r�s par les troupes sovi�tiques. Il en tirera plusieurs volumes de reportages : Ot Tchernogo do Barentsova moria (De la mer Noire � la mer de Barents, t. I-IV, 1941-1945 ; Pisma iz Tchekhoslovakii</p><p>[Lettres de Tch�coslovaquie], 1945 ;</p><p>Slavianska�a droujba [Amiti� slave], 1945 ; Iougoslavska�a tetrad [Cahier yougoslave], 1945). Mais la guerre lui inspire surtout des vers o� la sinc�rit� douloureuse et passionn�e du sentiment patriotique s�accorde � la tonalit� intime et confidentielle des po�mes d�amour, et qui font de lui l�un des po�tes les plus populaires de ces ann�es (Liritcheski dnevnik [Journal lyrique] ; S tobo� i bez tebia [Avec toi et sans toi] ; Frontovy�e stikhi [Po�mes du front], 1942). La popularit� de Simonov s�accro�t encore avec le drame Rousskie lioudi (les Russes, 1942, prix Staline 1943), exaltant le sentiment de l�unit� nationale, qui est publi� dans la Pravda et jou� dans la plupart des th��tres du pays. C�est la guerre, enfin, qui �veille chez Simonov une vocation de romancier : premi�re oeuvre inspir�e par la bataille de Stalingrad, le roman Dni i notchi (les Jours et les nuits, 1943-44, prix Staline 1946) inaugure un style nouveau du roman de guerre sovi�tique, � d�path�tis� � et d�barrass� des st�r�otypes traditionnels, sobrement documentaire.</p><p>�crite en 1944, la pi�ce Tak i boudet (Il en sera ainsi) se situe d�j� dans la perspective de l�apr�s-guerre, dont les difficult�s, �voqu�es avec trop de franchise dans la nouvelle Dym otetches-tva (la Fum�e du pays natal, 1947), exposent celle-ci aux foudres de la critique � jdanovienne �. Plus s�rs sont les th�mes � internationaux � que Simonov, apr�s un long s�jour au Japon et aux �tats-Unis en qualit� de journaliste, aborde dans le drame Rousski vopros (la Question russe, 1946, prix Staline 1947), dont l�action se situe aux �tats-Unis, et dans le recueil de po�mes politiques Drouzia i vragui (Amis et ennemis, 1948, prix Staline 1949), o� il paye son tribut � l�image simplifi�e d�un Occident capitaliste partag� entre les � fauteurs de guerre �</p><p>et les amis de l�U. R. S. S. De Chine, o� il a assist� comme correspondant de guerre � la victoire de Mao Zedong (Mao Ts�-tong), Simonov rapporte le volume de reportages Sraja�ouchtchis-sia Kita� (la Chine au combat, 1950).</p><p>Membre du parti communiste depuis 1942, candidat au Comit� central en 1952, il exerce d�importantes responsabilit�s au sein de l�Union des �cri-</p><p>vains (qui le place � la t�te de la revue Novyi Mir de 1946 � 1950 et de 1954</p><p>� 1958, et � la direction du journal Li-teratourna�a gazeta de 1950 � 1954) ainsi qu�au Comit� sovi�tique pour la d�fense de la paix.</p><p>En 1952, il publie le roman Tova-richtchi po oroujiou (les Compagnons d�armes) con�u comme le premier pan d�une grande fresque � la gloire de l�arm�e sovi�tique. Cependant, le processus de d�stalinisation, qui entra�ne une r�vision critique de l�image officielle de la guerre, va faire du volume suivant, paru en 1959 sous le titre de Jivy�e i mertvy�e (les Vivants et les morts), une r�flexion sur la trag�die nationale, longtemps masqu�e par la victoire finale de l�U. R. S. S. : � travers des personnages conscients des m�faits de la terreur stalinienne, tels le commissaire politique Svintsov et le g�n�ral Serpiline, Simonov y peint avec v�racit� les d�sastres et le chaos des premiers mois de la guerre. Les romans Soldatami ne rojda�outsia (On ne na�t pas soldat, 1963-64) et Posled-ne�e leto (le Dernier �t�, 1970-71), o� l�on retrouve les m�mes h�ros pendant l�hiver de Stalingrad et pendant l��t� de la victoire, compl�tent une trilogie dont les Vivants et les morts sont d�sormais le premier volet.</p><p>M. A.</p><p>I. L. Vichnievska�a, Constantin Simonov.</p><p>�tude de l�oeuvre (en russe, Moscou, 1966). /</p><p>S. I. Fradkina, l�OEuvre de Constantin Simonov (en russe, Moscou, 1968).</p><p>simulation</p><p>M�thode de travail qui permet d��tudier la dynamique d�un syst�me physique en substituant � celui-ci un autre syst�me plus accessible � l�observation et � la mesure. (On dit quelquefois que les deux syst�mes sont analogues parce qu�ils sont r�gis par les m�mes lois.) G�n�ralit�s</p><p>Un avion, une automobile, une r�action chimique, un fleuve ou encore la circulation d�une monnaie au sein d�une r�gion, d�un pays constituent des exemples de syst�mes, et leur dynamique n�est autre que leur comporte-</p><p>ment au cours du temps.</p><p>La richesse des informations apport�es par la simulation explique l�emploi de plus en plus fr�quent de celle-ci. La simulation permet en effet une meilleure compr�hension des syst�mes d�j� r�alis�s (aide � l�am�lioration), une meilleure d�finition des syst�mes � construire (aide � la conception), un excellent entra�nement des personnels � la conduite de syst�mes courants (�coles de pilotage), ou encore des tests de courte ou longue dur�e relatifs au bon fonctionnement de certains syst�mes dans un environnement donn� (bancs d�essais : tenue d�un moteur dans une atmosph�re simul�e).</p><p>On y fait appel chaque fois qu�il n�est pas possible d�utiliser une autre proc�dure de travail, ce qui est en particulier le cas lorsque des difficult�s techniques, des imp�ratifs �conomiques ou des contraintes temporelles se pr�sentent. Mais il ne faut pas perdre de vue que la qualit� des informations obtenues est strictement li�e � la qualit� du syst�me (mod�le) qui a �t� substitu�.</p><p>Modes de simulation</p><p>et moyens utilis�s</p><p>On distingue trois modes de simulation suivant la nature des syst�mes �tudi�s, et l�on aboutit par suite � trois types de mod�les : les maquettes ou mod�les r�duits ; les r�seaux �lectriques et les cuves rh�ographiques ; les calculateurs analogiques, num�riques et hybrides.</p><p>Maquettes ou mod�les r�duits</p><p>Ceux-ci reproduisent en plus petit les ph�nom�nes dont on souhaite mettre en �vidence le comportement.</p><p>y En hydrologie, il est ainsi possible d��tudier les d�formations, les ensablements de rivi�res, d�estuaires ou de profils c�tiers, l�agression de ports artificiels par les vagues et le mouvement des navires, la mont�e des eaux d�un fleuve et les inondations qui peuvent en d�couler.</p><p>y En a�rodynamique, les maquettes permettent d��tudier et d�optimiser</p><p>certains profils, tels ceux des avions, des missiles ou des automobiles. On place g�n�ralement ces maquettes dans des souffleries ou des tunnels de tir � l�int�rieur desquels sont reconstitu�es les conditions d�environnement : pression, temp�rature, vitesse, hygrom�trie, etc.</p><p>y En �lectrotechnique, on sait</p><p>construire des micromachines, petits alternateurs ou moteurs dont on est ma�tre des caract�ristiques �lectriques.</p><p>y En chimie, avant de b�tir des usines faisant appel � des m�thodes ou � des technologies nouvelles, on �tudie leur fonctionnement sur des pilotes, qui sont des usines ou des exp�riences de dimension r�duite pour permettre de faire des mises au point moins on�-</p><p>reuses et plus faciles.</p><p>R�seaux �lectriques et</p><p>cuves rh�ographiques</p><p>Ce sont des syst�mes que l�on construit par transposition quasi directe, suivant des r�gles simples. Ils permettent la simulation de certains ph�nom�nes en rendant inutile leur description math�matique.</p><p>y Les r�seaux �lectriques, association de r�sistances passives, de selfs et de capacit�s (R, L, C), sont utilis�s pour �tudier des syst�mes m�caniques incluant des masses, des �l�ments �lastiques et de friction (probl�mes de suspension et de vibration), des syst�mes acoustiques et �lectro-acoustiques (tuyaux sonores, haut-parleurs) ou des ph�nom�nes de diffusion ou de transport (propagation de la chaleur, r�partition des temp�ratures dans des milieux de natures et de formes vari�es).</p><p>y Les cuves rh�ographiques constituent des milieux �lectrolytiques de g�om�trie g�n�ralement simple, associ�s � des �lectrodes port�es � des potentiels fixes ou variables et dont les surfaces repr�sentent les surfaces limites rencontr�es dans les probl�mes de champ (�quations de Laplace et de Poisson par exemple). Ces cuves sont</p><p>de moins en moins utilis�es et sont remplac�es par des r�seaux ou des ordinateurs.</p><p>Calculateurs analogiques,</p><p>num�riques et hybrides</p><p>Ce sont les supports les plus courants de la simulation. En effet, dans la plupart des cas, il n�est pas possible d��tudier le comportement dynamique d�un syst�me sans passer par l�interm�diaire d�un mod�le math�matique, c�est-�-dire sans �crire l�ensemble des �quations qui r�gissent ce syst�me.</p><p>Les calculateurs �lectroniques permettent alors d�obtenir simplement les solutions.</p><p>Par opposition aux calculateurs</p><p>num�riques, qui traitent de fa�on s�-</p><p>quentielle des informations discr�tes, les calculateurs analogiques traitent de fa�on continue et parall�le les informations continues. Les calculateurs hybrides comportent un calculateur analogique et un calculateur num�rique qui �changent des informations par l�interm�diaire d�un interface dot� de convertisseurs analogiques num�riques et vice versa. Les calculateurs analogiques, tr�s utilis�s lorsque les sys-downloadModeText.vue.download 210 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10165</p><p>t�mes simul�s sont repr�sent�s par des �quations diff�rentielles par rapport au temps et lorsqu�ils ont des bandes passantes �lev�es, sont tr�s concurrenc�s par les calculateurs num�riques, dont les performances croissent tr�s r�gu-li�rement et dont les prix baissent de fa�on spectaculaire.</p><p>Les simulations sont souvent effectu�es � en ligne �. Le temps machine est alors proportionnel au temps r�el : il est acc�l�r� lors de la repr�sentation des ph�nom�nes lents, ralenti lors de la repr�sentation des ph�nom�nes trop rapides. Lorsque le temps machine s��coule � la m�me vitesse que le temps r�el, on dit de la simulation qu�elle s�effectue en temps r�el : dans ce cas, les syst�mes �tudi�s peuvent �tre associ�s ou connect�s � un environnement r�el</p><p>et constituent alors des simulateurs.</p><p>On rencontre souvent des simulateurs d�entra�nement dans les domaines de l�aviation et de l�espace, mais �galement dans les domaines de l�industrie automobile, de l��nergie nucl�aire et de l�armement. En aviation, un simulateur d�entra�nement est constitu� d�un cockpit, dans lequel prend place le pilote, d�un calculateur, qui �value la position instantan�e de l�avion simul� en fonction des ordres fournis par le pilote, et d�une cam�ra, associ�e � la position de l�avion et qui projette sur un �cran plac� devant le pilote des images (a�rodrome par exemple) que celui-ci verrait dans la r�alit�. Suivant le r�alisme dont on veut doter cet entra�nement, le cockpit peut �tre asservi en position (lacet, roulis, tangage), de m�me que des accompagnements</p><p>sonores peuvent compl�ter l�illusion.</p><p>Il en va de m�me pour l�entra�nement d�un a�ronaute, d�un conducteur d�autobus ou de char d�assaut, lesquels agissent sur des commandes reli�es � des calculateurs et re�oivent alors des informations m�caniques, visuelles et sonores leur donnant l�impression de vivre la r�alit�.</p><p>Si les calculateurs analogiques et hybrides sont employ�s de pr�f�rence pour simuler des ph�nom�nes continus dans les domaines scientifique et industriel, les calculateurs num�riques permettent seuls d�aborder la simulation d�autres ph�nom�nes, dont les mod�les math�matiques n�incluent pas forc�ment des variables continues dans le temps et n�cessitent des mises en m�moire nombreuses ainsi que</p><p>l�utilisation r�p�t�e d�algorithmes de d�cision. C�est en particulier le cas des simulations de jeux, au sens g�n�ral, o� il est possible d��tudier et de pr�dire l��volution d�une entreprise, d�un combat, d�un milieu politique. C�est aussi le cas en �cologie, o� l�on peut suivre le comportement d�un ou de plusieurs types de populations (r�gne animal ou v�g�tal) dans un environnement donn�.</p><p>C�est encore le cas dans l�industrie lorsque l�on veut optimiser le trafic d�un ensemble d�automobiles, de trains ou d�avions. Les calculs r�alis�s par les ordinateurs dans ces derniers domaines ne sont pas effectu�s en ligne, sauf exception.</p><p>Les responsables de la programmation num�rique font souvent appel � des langages g�n�raux de simulation, tels CSMP (Continuous System Modeling Program) chez IBM et CSSL</p><p>(Continuous System Simulation Language) chez CDC (Control Data Corporation), ou encore � des langages plus sp�cialis�s, appropri�s � un seul domaine, par exemple PHYSBE en</p><p>biologie. Lorsque les mod�les comportent des �quations aux d�riv�es partielles, en particulier incluant la variable temps, des langages appropri�s permettent une �criture tr�s simple, tels SALEM, PDEL, LEANS, DSS, PDE-LAN et FORSIM, provenant tous de l�Am�rique du Nord.</p><p>Principales applications</p><p>Les principes et les m�thodes de la simulation sont employ�s surtout dans les secteurs scientifiques et industriels, notamment dans :</p><p>y l�espace et l�aviation, o� l�on �tudie le comportement des v�hicules spatiaux et des satellites (accrochage entre v�hicules, rentr�e dans l�atmosph�re, mise en orbite, stabilisation) ainsi que celui des engins et des avions (trajectoires, d�collage et atterris-sage automatique, roulement au sol, etc.) ;</p><p>y l��nergie, tant conventionnelle que nucl�aire, avec les centrales, les machines tournantes et les r�seaux de distribution (probl�mes de stabilit� et contr�le en r�gimes permanent et transitoire, probl�mes de s�curit� vis-</p><p>�-vis des incidents et des accidents) ; y les industries m�caniques et sid�-</p><p>rurgiques, en particulier les industries ferroviaire et automobile, pour lesquelles sont �tudi�s des probl�mes de traction, de freinage, de suspension et de confort � grande vitesse, mais aussi l�industrie lourde, avec ses probl�mes d�automatisation et de r�gulation ; y les industries chimiques et p�trochimiques, pour lesquelles il est possible de mieux appr�cier le comportement quantitatif des usines et, par suite, d�optimiser les rendements,</p><p>d�accro�tre la qualit� des produits et d�augmenter la s�curit� de fonctionnement (r�actions chimiques, ex-</p><p>traction liquide-liquide, distillation, etc.) ;</p><p>y la biologie, la m�decine et la pharmacie, qui, � partir de r�sultats exp�-</p><p>rimentaux, disposent de nombreux mod�les math�matiques permettant une meilleure compr�hension de la dynamique de syst�mes, tels le syst�me respiratoire, le syst�me cardio-vasculaire, la fonction r�nale, la r�gulation de l�eau et des �lectrolytes, les r�gulations hormonales, etc., ou encore une meilleure compr�hension de l�action d�un m�dicament en fonction des doses ordonn�es, de la r�p�tition des doses et de la voie d�injection ; y l�enseignement et la recherche dans l�universit� et les grandes �coles, qui font appel � de petits calculateurs pour d�crire et visualiser les ph�no-m�nes �tudi�s ;</p><p>y l��cologie, qui observe les rapports des �tres vivants avec leur milieu naturel et les transformations qui d�coulent de leurs actions (�tude de la dilution d�un polluant dans un lac, dans un fleuve ou dans la mer, �tude des processus d��puration, croissance d�une race au d�triment d�une autre, etc.) ;</p><p>y l��conom�trie, qui fait appel � l�analyse math�matique pour r�soudre des probl�mes propres � l��conomie politique, et c�est le cas des �tudes du fonctionnement d�un syst�me</p><p>�conomique, d�un circuit financier � l��chelle d�une ville, d�une r�gion, d�un �tat ;</p><p>y la sociologie, la politique, le management, etc.</p><p>C. C.</p><p>F Information / Mod�le / Ordinateur / Programmation.</p><p>W. R. Ashby, Design For a Brain (Londres, 1952 ; 2e �d., 1960). / P. Rosenstiehl et A. Ghouila-Houri, les Choix �conomiques.</p><p>D�cisions s�quentielles et simulation (Dunod, 1960). / D. N. Chorafas, Systems and Simulation (New York, 1965 ; trad. fr. la Simulation math�-</p><p>matique et ses applications, Dunod, 1966). /</p><p>T. H. Naylor et coll., Computer Simulation Techniques (New York, 1966). / S. H. Hollingdale (sous la dir. de), Digital Simulation in Operational Research (Londres, 1967). / J. Agard, J. Alta-ber, R. Fortet et A. Kaufmann, les M�thodes de simulation (Dunod, 1968). / J. McLeod, Simulation (New York, 1968). / G. Feutrier, la Simulation comme technique de gestion (P. U. F., 1972). / P. Kotler et R. L. Schultz, la Simulation en marketing (Dunod, 1972).</p><p>Sinan (Mimar)</p><p>Architecte turc (pr�s de Kayseri 1489 -</p><p>Istanbul 1578 ou 1588).</p><p>Au service des sultans Soliman le Magnifique et de ses trois successeurs, il a �t� le plus grand parmi les initiateurs de l�art ottoman classique.</p><p>Dans un monde en pleine mutation sous l�empire de conqu�rants venus de l�Asie centrale, il semble difficile de d�finir l�artiste selon des crit�res occidentaux. Sinan fut enlev� � ses parents pour recevoir � l��cole des � cadets �</p><p>une solide �ducation avant d�opter pour l�isl&#x101;m et la carri�re militaire ; mais, sans cette brutale coutume du dev�irme, retirant aux familles byzantines leurs enfants les plus dou�s pour en faire les cadres du pays, Sinan ne serait-il pas rest�, comme son grand-p�re, charpentier de village ?</p><p>Janissaire pendant trente ans, il parcourt l�Empire au gr� des exp�ditions contre Belgrade, la Syrie, l�Iraq, l��gypte. Un fait d�armes sur le lac de Van lui vaut de devenir officier en 1534, et la r�alisation d�un pont sur le Prout le fait remarquer de Lutfi pacha (1488-1563) durant la campagne de Molda-vie. Aussi, quand ce dernier devient grand vizir, Sinan est-il nomm� architecte de la Cour. Quinquag�naire, il a alors � son actif un seul �difice notable, la H�sreviye camii d�Alep ; mais il va d�sormais oeuvrer sans r�pit. Le po�te Mustafa S�� �elebi (� v. 1595), qui fut son ami, a d�nombr� pr�s de cent grandes mosqu�es, une cinquantaine de petites et autant de madrasa, des ponts, des aqueducs, des caravans�rails et des bains, des palais et des h�pitaux, au total plus de trois cents �difices. M�me en tenant compte de l�aide apport�e</p><p>par des �l�ves, qui furent nombreux, l�oeuvre de Sinan demeure in�gal�e par sa richesse et sa vari�t�. Assez t�t, � Brousse, les Ottomans avaient pr�f�r� au type arabe de la mosqu�e* � file de colonnes le type � deux coupoles �gales, �paul� de corps plus bas selon un dispositif cloisonn� dont on trouve ant�rieurement l�esquisse dans l�Est anatolien. La prise de Constantinople*</p><p>imposait, pour r�aliser des �difices � la mesure de la capitale, des solutions nouvelles ; et Sainte-Sophie marquait la voie � suivre, m�me si les buts � atteindre �taient trop divergents pour demander au vieil �difice d�Anth�mios de Tralles autre chose qu�une forme g�n�-</p><p>downloadModeText.vue.download 211 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10166</p><p>rale. D�s 1501, la Beyaz�t camii, oeuvre de Hayreddin (1481-1512), traduit cet esprit nouveau ; mais il faudra attendre Sinan pour l�exprimer pleinement.</p><p>La �ehzade camii (1544-1548) nous montre comment il op�re. L��difice n�est plus ax�, mais centr� par quatre demi-coupoles cantonnant la coupole principale ; la partition de l�espace d�termine les noeuds d�un r�seau cristallin cubique dont toute dynamique est exclue. Le volume d�ensemble est ici virtuel, sugg�r� par les minarets ; mais, � la Mihrimah (v. 1548), le cube est r�el, but� seulement par des massifs d�angle. Dans les deux cas, la coupole a une port�e de 19 m ; elle atteint 26,50 m (hauteur : 53 m) � la S�ley-maniye (1550-1557), �paul�e de deux demi-coupoles ax�es tout en conservant la masse carr�e d�ensemble.</p><p>D�sormais, Sinan cherche d�autres dispositions. � la mosqu�e de R�stem Pa�a (v. 1555-1561), il fait l�essai du tambour octogonal avec rachat du carr� par quatre demi-coupoles. � la Seli-miye d�Edirne (1569-1575), il �tend l�octogone � l�ensemble de l��difice, et la coupole a une port�e de 31,50 m, sensiblement �gale � celle de Sainte-Sophie de Constantinople. La volont� de non-pesanteur qui caract�rise l�art</p><p>ottoman s�exprime ici dans l�unit� des supports prismatiques et la r�gularit� de l��clairage, ce qui permet de r�aliser une densit� sans pr�c�dent. � une �chelle bien moindre, la mosqu�e du vizir Sokullu (� Istanbul, 1570-1572), permet � Sinan d�atteindre une compacit� aussi extraordinaire au moyen de quatre demi-coupoles dessinant un hexagone dans une trame triangulaire o� s�inscrit l��difice entier, avec la cour qui le pr�c�de.</p><p>Toute renaissance part d�une syn-th�se. Cet enracinement � le contraire d�une copie st�rile � avait fourni sa s�ve aux architectures �clectiques de l�Iran, de la Syrie et de Byzance, comme � l�art ottoman, leur h�ritier direct. Le r�le de Sinan fut d�en extraire une architecture � la fois majestueuse et subtile, dont l�influence rayonnera au point d�atteindre des pays aussi �loign�s que l�Inde.</p><p>H. P.</p><p>F Istanbul / Turquie.</p><p>E. Egli, Sinan, der Baumeister osmanischer Glanzzeit (Zurich et Stuttgart, 1954).</p><p>downloadModeText.vue.download 212 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10167</p><p>Sinclair (Upton)</p><p>�crivain am�ricain (Baltimore 1878 -</p><p>Bound Brook, New Jersey, 1968).</p><p>Romancier r�aliste, pamphl�taire, agitateur social, Upton Sinclair a �crit pr�s de quatre-vingts romans, des milliers d�articles et de reportages, des centaines de tracts. Il a milit� dans les mouvements socialistes, antialcoo-liques, t�l�pathiques et di�t�tiques.</p><p>Il a fond� des communaut�s, des coll�ges, des soci�t�s pour le d�veloppement du socialisme, de la parapsy-chologie et de la d�mocratie. Il s�est attaqu� aux trusts, � la banque Mor-</p><p>gan, � Rockefeller et mobilis� m�me la Maison Blanche dans la lutte pour le progr�s et la justice. Mais il est surtout connu comme auteur de la Jungle (The Jungle), qui d�clencha en 1906 un scandale et un mouvement d�opinion et de r�formes sans pr�c�dent. La Jungle, c�est un peu la Case de l�oncle Tom du prol�tariat ; un demi-si�cle apr�s l�abolition de l�esclavage, le roman d�nonce une autre forme d�exploitation de l�homme par l�homme : le capitalisme.</p><p>La situation des �tats-Unis au d�but du XXe s. et les origines de Sinclair expliquent l�oeuvre. Sinclair est n� � Baltimore en 1878, descendant d�une vieille famille sudiste ruin�e, mais pr�-</p><p>tentieuse. � Ce fut mon sort, �crit-il, de vivre d�s l�enfance en pr�sence de l�argent des autres. � �lev� par une m�re puritaine et un p�re alcoolique, trim-bal� de garni en � saloon �, Sinclair, � vingt ans, voit dans l�alcoolisme et la prostitution les deux mamelles du capitalisme. Ce jeune homme ne boit pas, ne danse pas, ne fl�ne pas, ne mange pas de viande et travaille quatorze heures par jour pour � chasser de son coeur le d�sir de la Femme �. Il devient socialiste par puritanisme. Parce qu�il voit le monstre qu�est devenu l�Am�rique : � l�espoir du genre humain � a failli. Une poign�e de grands trusts, Morgan, Carnegie, Rockefeller, tiennent le pays, important une main-d�oeuvre servile, entass�e dans des taudis. La collusion du � big business �</p><p>et des milieux politiques, la tradition lib�rale de non-intervention laissent au capitalisme sauvage les mains libres.</p><p>Pour obtenir des r�formes, il faut mobiliser l�opinion. Une poign�e de journalistes et d��crivains, les � muckrakers �</p><p>(remueurs de boue), dont Sinclair devient le chef de file, commencent, au d�but du si�cle, � attaquer les trusts. En 1902, Sinclair, qui a �t� journaliste correspondant de guerre � Cuba en 1898 et qui a �crit plusieurs romans refus�s par les �diteurs, vit dans la mis�re et compose d�instinct un tract contre la soci�t� capitaliste qui laisse l�artiste mourir de faim. Instinctivement contestataire, il entre en contact avec les milieux socialistes. Il collabore au McClure�s, journal des � muckrakers �. En 1904, on l�envoie enqu�ter � Chicago dans les abattoirs du trust Armour. Il en ra-</p><p>m�ne la Jungle, roman-reportage que le soutien de Jack London* permet de publier. Et c�est le scandale et la gloire.</p><p>La Jungle est d�abord un reportage et un cahier de dol�ances. Sinclair d�nonce les cadences infernales, l�absence d�hygi�ne, de s�curit�, la toxicit� des conserves, les hommes tomb�s dans les malaxeurs et transform�s en</p><p>� corned-beef �. Best-seller de l�ann�e, traduit en dix-sept langues, la Jungle d�clenche un mouvement tel que Sinclair est re�u � la Maison Blanche. Une vague de r�formes s��tend � toutes les industries. La lutte de la d�mocratie am�ricaine contre le capitalisme sauvage est engag�e. � J�avais vis� le coeur et j�ai touch� l�estomac de la nation �, �crit Sinclair. Reportage � sensation, la Jungle est aussi un roman de missionnaire. Il manque de finesse, mais son souffle transforme le message social en �pop�e romantique. Ce roman � la Zola est le plus puissant des romans � th�se, une sorte d�all�gorie naturaliste, o� le puritanisme affleure. Au d�but du roman, Jurgis, le h�ros, est un homme naturel, un � bon sauvage �. Mais l�ing�nu est bris� par le capitalisme.</p><p>Invalide, ch�meur, il voit sa femme se prostituer. Il frappe un contre-ma�tre et retourne, d�un mouvement anarchiste, se r�fugier dans la nature. Converti au socialisme, il retourne militer en ville et annonce la r�volution pour 1912.</p><p>Le reste de la vie de l��crivain est un long combat. Sinclair milite, est arr�t�, se porte candidat au poste de gouverneur de Californie. Il �crit surtout des romans de combat. En 1908, The Metropolis attaque la haute soci�t� new-yorkaise. Puis Sinclair d�nonce les banquiers (The Money Changers, 1908), les maladies v�n�riennes (Sylvia�s Marriage, 1914), l�industrie des mines (King Coal, 1917), la religion (The Profits of Religion, 1918), les journaux (The Brass Check, 1919), les p�troliers (Oil !, 1927). Il milite pour l��mancipation des femmes</p><p>(Sylvia, 1913), le pacifisme (Jimmy Higgins, 1919). Il compose des trait�s de di�t�tique (la Vie naturelle, le Je�ne), condamne l�alcoolisme (The Wet Parade, 1931), finance le voyage au Mexique d�Eisenstein. De 1939 � 1949, pour illustrer sa conception de</p><p>l�Histoire, il compose une s�rie de onze romans, le � cycle de Lanny Budd �, embrassant l�histoire du monde de 1914 � 1940 en 7 364 pages. Il y a quelque chose de grand et de burlesque chez cet infatigable lutteur utopique.</p><p>Ce n�est ni un intellectuel, ni un grand romancier ; ce n�est pas non plus un politique averti. Mais c�est un exemple du m�lange d�esprit religieux et d�esprit d�mocratique si caract�ristique de cette vitalit� am�ricaine qui nourrit son optimisme de ses �checs et de ses d�fauts m�mes. Cet enfant terrible est un citoyen exemplaire de l�Am�rique, qui croit � la contestation parce qu�elle croit au progr�s.</p><p>J. C.</p><p>C. Arnavon, Histoire litt�raire des �tats-Unis (Hachette, 1953). / W. B. Rideout, The Radical Novel in the United States, 1900-1954</p><p>(Cambridge, Mass., 1956 ; nouv. �d., 1966). /</p><p>U. B. Sinclair, Autobiography (New York, 1962).</p><p>/ J. Cabau, la Prairie perdue. Histoire du roman am�ricain (�d. du Seuil, 1966).</p><p>Singapour</p><p>�tat de l�Asie du Sud-Est.</p><p>Couvrant 581 km 2, Singapour</p><p>compte 2 075 000 habitants. L��tat est original par sa nature, puisqu�il s�agit d�une �le, par sa population, presque enti�rement chinoise, tr�s dense et urbanis�e, ainsi que par son importance portuaire et, plus r�cemment, industrielle.</p><p>L��le</p><p>� peine s�par�e de la p�ninsule malaise par le modeste d�troit de Johore, l��le poss�de des traits semblables � ceux du � plateau de Johore �, extr�-</p><p>mit� m�ridionale de la p�ninsule. Il s�agit, ici aussi, d�un plateau de 60 m d�altitude moyenne, culminant au Bukit Timah � 175 m ; ce plateau est d�ailleurs assez accident�, domin� par des hauteurs (bukit) et entaill� de vall�es. Le coeur de l��le est un batholite granitique, rev�tu de sols ferralitiques rouge et jaune.</p><p>� 1� de lat. N., l��le a un climat �quatorial typique : constamment chaud (26,7 �C) et pluvieux � air calme ascen-</p><p>dant. L�amplitude thermique annuelle est tr�s faible (1,8 �C). Les pluies sont abondantes (2 300 mm), avec un maximum en novembre-d�cembre, mais il n�y a aucun mois sec. Les brises se font sentir : � brise de mer �, fra�che, dans la journ�e � partir de 11 heures ; � brise de terre �, chaude, dans la nuit.</p><p>L��le �tait, en 1819, couverte d�une for�t dense sempervirente et, dans ses parties les plus basses, autour des estuaires notamment, d�une mangrove � pal�tuviers et � palmiers. Elle �tait vide d�hommes, bien que le d�troit de Johore e�t �t� utilis� au cours du XVIIIe s.</p><p>par les commer�ants pour �viter la piraterie. � cette �poque, cependant, le grand trafic entre l�Asie du Sud-Est et l�Europe se faisait par le d�troit de la Sonde entre Java et Sumatra. C�est en 1819 que sir Thomas Stamford Raffles fonda Singapour. La situation devait se r�v�ler exceptionnelle au coeur de l�Asie du Sud-Est, surtout � partir du moment o� le canal de Suez fit passer par le d�troit de Malacca, que Singapour commande, le grand commerce entre l�Europe et l�Asie orientale.</p><p>Le site urbain, par contre, au sud de l��le, est sans grande signification, au d�bouch� d�une petite rivi�re, la rivi�re de Singapour, dont l�estuaire n��tait pas occup� par la mangrove. Mais il �tait facile d�am�nager l� un port en front de mer, abrit� de la � mousson �</p><p>du nord-est par les hauteurs de l��le et de la mousson du sud-ouest par des �lots.</p><p>La population</p><p>Bien que la toponymie soit enti�rement de langue malaise et bien que Singapour se veuille �tat � pluriracial �, la population est en tr�s grande majorit� chinoise, � environ 75 p. 100 ; les Malais repr�sentent approximativement 15 p. 100 ; les Indiens et les Pakista-nais, 9 p. 100. Ces Chinois sont surtout originaires de la Chine m�ridionale et, comme dans toute l�Asie du Sud-Est, se groupent d�apr�s leur lien d�origine et le dialecte qu�ils parlent. Ils ont leurs associations respectives, leurs �coles, leurs journaux et leurs sp�cialisations professionnelles. Le groupe le plus nombreux et le plus important est le groupe Fujian (Fou-kien). L�uni-</p><p>versit� priv�e chinoise de Nanyang (Nan-yang) est la plus importante de la</p><p>� Chine ext�rieure �.</p><p>Les Tamouls sont engag�s surtout dans le commerce ; les Pendjabis musulmans ou sikhs fournissent les petits fonctionnaires d�autorit�, les gardiens ; tous vivent dans le centre de la ville. Les Malais, au contraire, vivent en zones peu urbanis�es, o� ils ont construit leurs kampungs, d�aspect rural, aux maisons sur pilotis dissimul�es au milieu des arbres. En d�pit de leur pr�pond�rance, les Chinois s�efforcent de laisser � Singapour un aspect pluriracial : beaucoup d�inscrip-downloadModeText.vue.download 213 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10168</p><p>tions sont en malais ; la radio �met en anglais, en malais, en tamoul, de m�me qu�en chinois officiel (mandarin) et dans les quatre dialectes chinois du Sud.</p><p>La population est presque enti�rement alphab�tis�e, et la jeunesse scolaris�e. Les maladies tropicales ont �t� en grande partie �limin�es (notamment le paludisme), et l��quipement sanitaire est bon ; gr�ce aussi � la jeunesse de la population, le taux de mortalit� est tr�s bas. Une politique de contr�le des naissances a fait baisser la natalit�, autrefois tr�s �lev�e, de 38 p. 1 000 en 1960 � 23 p. 1 000 en 1970. La croissance naturelle a �t� ainsi abaiss�e de 32,4 p. 1 000 � 17,8 p. 1 000, ce qui rend un peu moins angoissant le probl�me de l�emploi.</p><p>La densit� de la population, au niveau du nouvel �tat, d�passe en effet 3 500 habitants au kilom�tre carr�. La population est � peu pr�s enti�rement urbaine ou urbanis�e (les terrains � b�tir couvrent 33 000 ha, et les terres agricoles 13 000 ha). Le secteur primaire ne repr�sente que 8 p. 100 des emplois, et l�agriculture est de type</p><p>� grande banlieue � : h�v�as et cocotiers ont presque disparu au profit des cultures mara�ch�res et de l��levage (�levage laitier, porcs, volailles) ; seul l�ananas subsiste comme culture</p><p>d�exportation. Le probl�me de l�emploi est conditionn� par le commerce et l�industrie.</p><p>L�activit� portuaire</p><p>et l�industrie</p><p>L�activit� portuaire repose sur deux organismes portuaires diff�rents. Kep-pel Harbour, au sud de l��le, est le port proprement dit : il peut accueillir des navires de 12 m de tirant d�eau et poss�de des entrep�ts. Les Singapore Roads (Inner Roads, prot�g�s par un m�le, et Outer Roads), au sud-est de l��le, sont un mouillage o� les navires s�journent gratuitement et sont d�charg�s par sampans et jonques, ce qui est possible sous un climat calme comme celui de Singapour. En 1973, le trafic a atteint 61 Mt, dont 22,7 Mt de marchandises embarqu�es et 38,3 Mt de marchandises d�barqu�es.</p><p>Le port est encore, en partie, le port classique d�entrep�t et de distribution.</p><p>Singapour collecte toujours une grande partie de la production de la Malaysia et de l�Indon�sie, et l�entrepose pour la vendre dans le monde entier. C�est ainsi qu�en 1970 il a import� 306 000 t de feuilles de caoutchouc et 34 500 t de latex centrifug�, et export� 463 000 t de feuilles de caoutchouc et 42 000 t de latex. Ce trafic porte aussi sur le coprah, l�huile de coco, l�huile de palme (140 000 t import�es, 133 000 t export�es), le poivre, et l��tain ; Singapour est le grand march� du caoutchouc naturel.</p><p>Mais le commerce d�entrep�t porte aussi sur les produits manufactur�s import�s d�Europe, d�Am�rique et du Japon, et redistribu�s dans toute l�Asie m�ridionale, jusqu�aux Philippines, o� Singapour rencontre la concurrence de Hongkong : ce r�le d�entrep�t des produits manufactur�s est en tr�s grand progr�s. Singapour a pu jouer ce r�le consid�rable parce qu�il est un port franc et, de surplus, particuli�rement �conomique, mais aussi parce qu�il y existe une classe commer�ante dynamique, form�e de courtiers. Plus r�-</p><p>cemment, le port, gr�ce � la pr�sence de puissantes raffineries, est devenu importateur de p�trole brut et exportateur de produits raffin�s. � ce r�le traditionnel s�ajoutent les importations de produits alimentaires n�cessaires � la</p><p>consommation int�rieure (riz, poisson, sucre). Enfin, Singapour a �t� aussi une puissante base navale britannique.</p><p>L�activit� industrielle a longtemps �t� une d�pendance du port : chantiers navals et arsenal, raffinerie d��tain (aujourd�hui ferm�e), rizeries et scieries, ateliers de traitement du caoutchouc. De ce type aussi sont les grandes raffineries. Le fait nouveau est, depuis 1965, le d�veloppement industriel largement ind�pendant de l�activit� portuaire traditionnelle et fond� essentiellement sur la pr�sence d�une main-d�oeuvre nombreuse, habile et bon march� : industries textiles (coton, fibres artificielles), cha�ne de montage Ford, industries chimiques, fabriques de meubles ; un des cas les plus remarquables est la toute r�cente cr�ation d�une usine de montage d�appareils photographiques, les pi�ces d�ta-ch�es venant d�Allemagne. Les petites entreprises (moins de 100 ouvriers) emploient encore 40 p. 100 de la main-d�oeuvre. Les principales usines sont situ�es � l�ouest (Jurong) et au nord (Bukit Timah) de la City.</p><p>Le centre de la ville s�individualise avec ses �difices publics, ses banques, ses villas et ses parcs (Botanic Gardens) ; il garde un aspect europ�en de part et d�autre de la rivi�re de Singapour. Il est entour� par les principaux quartiers chinois (Rochore au nord et Chinatown au sud). Ce noyau urbain, qui correspond � la City, ne se d�veloppe plus gu�re : la densit� de population y a baiss� de 25 000 � 15 000 habitants au kilom�tre carr�. La City a perdu pratiquement son autonomie administrative, et sa part dans la population totale diminue. Par contre, l�urbanisation gagne toute l��le, avec des villes satellites comme Queenstown (150 000 hab.). Tout l�ensemble est, d�ailleurs, desservi par un remarquable r�seau de transport.</p><p>Gr�ce � l�industrie, l��tat de Singapour a triomph� de la crise que faisait craindre la fermeture de la grande base navale britannique. Il est rest� tr�s actif, et ses habitants ont le niveau de vie le plus �lev� de l�Asie du Sud-Est.</p><p>J. D.</p><p>L�histoire</p><p>L��le de Singapour, admirablement situ�e � la pointe m�ridionale de la p�ninsule malaise, � proximit� du d�-</p><p>troit de Malacca, de la c�te orientale de Sumatra et de l�archipel de Riau, fut le site d�un comptoir maritime (primitivement appel� Tumasik) d�s le XIVe s.</p><p>Les Annales malaises racontent que ce fut un certain Sang Nila Utama, descendant d�Alexandre le Grand, qui, rencontrant dans cette �le un animal extraordinaire qu�il prit pour un lion, donna � la ville qu�il voulait fonder le nom de Singa-pura (� Ville du lion �).</p><p>Le port profita de l�essor de l�empire sumatranais de &#x15A;r&#x12B;vijaya, puis d�clina apr�s une attaque javanaise � la fin du XIVe s. Oblig� de s�enfuir, le prince de l��le se r�fugia � Malacca (Malaka) et y fonda le c�l�bre sultanat qui fut le carrefour de l�Asie du Sud-Est jusqu�au d�but du XVIe s.</p><p>La renaissance de Singapour comme grand carrefour maritime date de 1819. Oblig� de rendre Java aux Pays-Bas, sir Thomas Stamford Raffles, repli� � Bengkulu, derni�re base occup�e par les Anglais � Sumatra, se pr�occupait de trouver un nouveau site favorable � l�implantation du commerce britannique ; cette ann�e-l�, le capitaine Daniel Ross, hydrographe de la marine des Indes, attira son attention sur la rade de Singapour, et un accord fut bient�t sign� avec les petits princes du lieu, Sultan Hussein (&#x1E24;usayn) et Temenggong Abdul-Rahman (�Abd</p><p>al-Ra&#x1E25;m&#x101;n). Un nouveau trait� (1824) c�da � perp�tuit� le territoire de l��le enti�re � la Compagnie anglaise des downloadModeText.vue.download 214 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10169</p><p>Indes orientales. Les d�buts de la nouvelle ville furent tr�s rapides : alors qu�il n�y avait gu�re que quelques centaines d�habitants en 1819, on en comptait d�j� 10 000 en 1824. Pour une tr�s grande part, les nouveaux arrivants �taient des Chinois, marins, marchands et coolies, qui esp�raient faire fortune et profiter de la protection britannique.</p><p>Le trafic portuaire se d�veloppa r�guli�rement, d�abord avec l�av�nement de la marine � vapeur (cr�ation, en 1845, par la Peninsular and Oriental Steam Navigation Company, d�un service mensuel r�gulier entre Bombay et Hongkong), puis avec l�ouverture du canal de Suez (1869). � c�t� de ses bassins de radoub, Singapour am�nagea des chantiers navals ; le Ranee, premier steamer construit sur place, prenait la mer en 1848. L�arri�re-pays fut am�nag� peu � peu, et des routes furent ouvertes dans la for�t, qui couvrait l��le (Changi Road, Jurong Road, trac�es entre 1840 et 1850). D�s 1834, un Am�ricain, J. Balestier, introduisait la culture de la canne � sucre (sans grand succ�s). Administr�e au d�but par un r�sident (William Farquhar), la ville fut associ�e � Penang et � Malacca pour former les � Straits Settlements �</p><p>(1826) ; en 1837, le gouverneur, primitivement install� � Penang, vint y r�sider. En 1867, les Straits Settlements devinrent une colonie d�pendant du Colonial Office, et, lorsque les Britanniques commenc�rent � intervenir dans les affaires des �tats malais de la p�ninsule, Singapour leur servit de t�te de pont.</p><p>Pendant les premi�res d�cennies du XXe s., la ville profita consid�rablement de l�essor �conomique de la p�ninsule, dont elle �tait le d�bouch�, ainsi que du d�veloppement des �changes en Asie du Sud-Est, dont elle devint comme la plaque tournante. Des plantations d�h�v�as furent am�nag�es dans l��le, et les Anglais firent de gros travaux pour agrandir les ports et pour les d�fendre en cas de guerre. Comme jadis Malacca, Singapour apparaissait comme la place forte de la pr�sence europ�enne en Asie du Sud-Est. Toutefois, faute d�une flotte suffisante pour se d�fendre, la ville tomba d�s le d�but de la guerre du Pacifique ; les Japonais, qui avaient pris pied dans le Nord, en p�ninsule, l�amen�rent � reddition d�s le 15 f�vrier 1942.</p><p>L�administration civile anglaise fut r�tablie en 1946, et Singapour consid�r� comme une colonie de la Couronne distincte de l�Union malaise. Cependant, les premi�res �lections eurent</p><p>lieu en 1948, et l�autonomie interne fut accord�e en 1959. D�s ce moment, ce fut le parti d�action populaire (People�s Action Party) de Lee Kuan Yew (n� en 1923) qui obtint la vedette et s�installa au pouvoir. Du 16 septembre 1963 au 9 ao�t 1965, Singapour a li� de nouveau son sort � celui de la p�ninsule en devenant l�un des quatorze �tats de la F�d�ration de Malaysia*. Toutefois, la politique du gouvernement de Kuala Lumpur, qui cherchait � favoriser sensiblement la population malaise, ne pouvait agr�er longtemps � Singapour, dont la population est aux trois quarts chinoise. En 1965, par agr�ment mutuel, l��tat de Singapour est sorti de la Malaysia pour former d�sormais une r�publique ind�pendante, avec un pr�sident � sa t�te et un repr�sentant � l�O. N. U.</p><p>D. L.</p><p>F Indon�sie / Malaysia.</p><p>H. J. Marks, The First Contest for Singapore, 1819-1824 (La Haye, 1959). / C. B. Buckley, An Anecdotal History of Old Times in Singapore (Kuala Lumpur, 1962). / R. C. H. McKie, The Emergence of Malaysia (New York, 1963).</p><p>/ Song ong Siang, One Hundred Year�s History of the Chinese in Singapore (Singapour, 1967). / A. J. G. Papineau, Guide to Singapore (Singapour, 1970). / J. Dupuis, Singapour et la Malaysia (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1972).</p><p>/ M. Talabot, Singapour, troisi�me Chine (Laffont, 1974).</p><p>Singe</p><p>F PRIMATES ET SIMIENS.</p><p>Singer</p><p>(Isaac Bashevis)</p><p>�crivain am�ricain d�expression yiddish (Radzymin, Pologne, 1904).</p><p>S�il emprunta le pr�nom de sa m�re, ce fut pour se distinguer de son fr�re a�n�, Israel Joshua Singer (1893-1944), qu�il rejoignit en 1935 aux �tats-Unis, et se faire un nom en litt�rature. Son fr�re avait, en effet, par ses romans, marqu� un tournant dans la litt�rature yiddish, s�affirmant comme un des ma�tres de l�expressionnisme et comme un peintre particuli�rement vigoureux de la vie juive en crise : crise religieuse</p><p>(Yoshe Kalb, 1932), crise �conomique (les Fr�res Ashkenazi, 1936), crise intellectuelle et id�ologique (le Camarade Nakhman, 1938).</p><p>Isaac Bashevis se fait d�abord</p><p>conna�tre par ses traductions (particuli�rement celle de la Montagne magique de Thomas Mann) et se r�v�le un chroniqueur litt�raire (au Forward notamment) et un journaliste de talent.</p><p>Mais, s�il publie sous des pseudonymes divers des reportages et des feuilletons qu�il trouve indigne d�avouer, son oeuvre qu�il reconna�t se signale par le charme d�une langue souple, teint�e parfois d�archa�smes et qui garde la vari�t� et la vigueur du langage parl�.</p><p>Son premier roman, paru en yiddish en 1935, peint la Pologne juive de 1666, en qu�te du Messie annonc� : avec subtilit� et humour, il montre le mysticisme glissant vers l��rotomanie, le stigmate du p�ch� disparaissant dans l�abandon � la luxure. Il para�tra, avec succ�s, en am�ricain (Satan in Goray) en 1955 et en fran�ais (la Corne du b�lier) en 1962.</p><p>D�sormais, Isaac Bashevis ne cessera de vivre et d��crire dans la Pologne de son imagination. L�Esclave (1962) est le r�cit des amours d�un Juif et d�une Polonaise rejet�s tous deux par leurs communaut�s respectives et qui se retrouvent, dans le cimeti�re nouveau, unis par-del� la mort. La Famille Moskat (1950), le Magicien de Lublin (1959), le Dernier D�mon (Short Fri-day, 1964), le Confessionnal (In my Father�s Court, 1966), Une histoire de paradis (Zlatch the Goat and Others Stories, 1966), le Manoir (1967, �crit en 1953-1955), tous ses romans et ses nouvelles sont parcourus de personnages hauts en couleur, de d�mons et de lutins qui �gaient ou inqui�tent les quartiers juifs de la Pologne de la fin du si�cle dernier � la veille de la Seconde Guerre mondiale.</p><p>Pittoresque d�un univers familier, mais aussi expression passionn�e de la spiritualit� de l�homme moderne s�unissent dans des r�cits qui sont de v�ritables � gestes �, � la fois r�surrections d�une vie qui peu � peu s�efface et �vocations de la richesse d�une tradition saisie sous l�aspect de l�universa-</p><p>lit�. Et plus ce monde s��loigne, plus la vision d�Isaac Bashevis se fait pr�cise, plus son style se veut concret, expressif, vivant. On a pu dire que la Vistule coulait au milieu de son bureau d��crivain. Souvenirs d�enfance, paysages � jamais perdus s��clairent brusquement et demeurent ind�finiment suspendus, prolong�s par l��criture au-del� des limites du temps. Si la � mort de l�homme � a trouv� en Isaac Bashevis son expression ad�quate, c�est dans la survie merveilleuse d�un art � la mesure de l�inqui�tude moderne.</p><p>A. D.</p><p>singspiel</p><p>(De l�allem. singen, chanter, et Spiel, jeu.) Spectacle lyrique o� le parl� se m�le au chant�, et qui appara�t dans les pays germaniques vers la fin du XVIIe s.</p><p>� l�encontre de l�opera seria, aristocratique et international, le singspiel a un caract�re populaire et national. Il met en sc�ne, de m�me que l�op�ra-comique* fran�ais et l�op�ra* bouffe, des personnages de la vie quotidienne, qui s�expriment dans la langue du pays, parfois m�me en dialecte local. Ce genre, qui semble d�abord se confondre avec l�oratorio, se manifeste en 1678, lors de l�inauguration de l�Op�ra de Hambourg � futur bastion de la lutte contre l�invasion italienne �, avec l�Homme cr��, d�chu et jug� de Johann Theile (1646-1724), qui met en sc�ne Adam et �ve. Au d�but du XVIIIe s., Reinhard Keiser*, alors directeur du m�me th��tre, fait repr�senter Die Leipziger Messe (la Foire de Leipzig, 1710), consid�r�e comme le premier singspiel. Ses dons pour le comique s�affirment en 1725 dans deux autres com�dies musicales : Der Hamburger Jahrmarkt (la Foire de Hambourg) et Die Hamburger Schlachtzeit (le Temps de la guerre � Hambourg). Mais cette derni�re oeuvre provoque un scandale, et Keiser renonce au genre, qui conna�t une br�ve �clipse.</p><p>Le singspiel ne reprend vigueur</p><p>que vers 1740-1750 avec le d�ve-</p><p>loppement de la com�die de coll�ge (Schulkom�die), anim�e par Johann Ernst Eberlin (1702-1762), Sebastian</p><p>Sailer (1714-1777) et Franz Meyer von Schauensee (1720-1789), et la com�-</p><p>die-impromptu (stegreif Kom�die), dans lesquelles on intercalle des lieder. Il subit d�autre part, en Allemagne du Nord, l�influence du th��tre de la Foire, celle de l�op�ra-comique fran-</p><p>�ais, du Beggar�s Opera (1728) de John Christopher Pepusch (1667-1752) et de l�op�ra bouffe. Le po�te saxon C. F. Weisse traduit et adapte des pi�ces �trang�res, qui sont mises en musique par Johann Standfuss (� v. 1759) et Johann Adam Hiller (1728-1804). En 1752, Der Teufel ist los (Le diable est d�cha�n�) de Standfuss s�inspire d�un</p><p>� ballad opera � de Charles Coffey, The Devil to Pay (1731). Hiller, un peu plus tard, s�impose comme le pre-downloadModeText.vue.download 215 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10170</p><p>mier ma�tre incontest� du genre avec les singspiels Lisuart und Dariolette (1766), tir� de l�op�ra-comique la F�e Urg�le d�Egidio Romualdo Duni (1709-1775), Die Jagd (la Chasse, 1770), Der Dorfbarbier (le Barbier de village, 1771), etc., la plupart sugg�r�s par des livrets de Sedaine ou de Favart et dont les partitions, �maill�es d�airs populaires, de duos, de choeurs, tendent vers la simplicit� et le naturel.</p><p>Parmi les autres compositeurs, il faut citer Ernst Wilhelm Wolf (1735-1792), Anton Schweitzer (1735-1787) et Johann Andr� (1741-1799), qui mettent en musique des singspiels de Goethe, Georg Benda (1722-1795), Johann Rudolf Zumsteeg (1760-1802) et Christian Gottlob Neefe (1748-1798), le ma�tre de Beethoven.</p><p>En Allemagne du Sud, o� l��cole</p><p>viennoise est particuli�rement florissante, l�influence fran�aise domine et fusionne avec les tendances romantiques allemandes. Karl Ditters von Dittersdorf (1739-1799), Ignaz Umlauff (1746-1796), Ferdinand</p><p>Kauer (1751-1831), Johann Baptist Schenk (1753-1836), Paul Wranitzky (1756-1808), Wenzel M�ller (1759 ou 1767-1835) et Joseph Weigl (1766-1846) sont les principaux repr�sentants du singspiel viennois, orient� tant�t</p><p>vers le drame bourgeois, tant�t vers les sujets exotiques, bouffons ou fantastiques. � travers leurs oeuvres se cr�e un double courant : l�un symbolis� par Das Donauweibchen (la Petite Femme du Danube, 1798) de Kauer, qui aboutira � l�� op�rette allemande � ; l�autre, plus noble, favoris� par quelques grands musiciens, qui �l�vent le genre � un niveau sup�rieur. Le premier, Gluck* �crit quelques vaudevilles fran-</p><p>�ais dans la langue originale, comme l�Ivrogne corrig� (1760), le Cadi dup� (1761) et les P�lerins de La Mecque (1764), dont le livret, inspir� de Le Sage, pr�figure celui de l�Enl�vement au s�rail. Apr�s lui, Mozart*, auteur de nombreux op�ras italiens, recherche une expression nationale et fait, pour cette raison, appel � sa propre langue.</p><p>Ses singspiels r�v�lent une progression d�cisive. Tandis que, dans Bastien et Bastienne (1768), il se sert d�un livret de Favart et prend Hiller pour mod�le, il introduit plus tard dans l�Enl�vement au s�rail (1782), o� l�on retrouve encore les types conventionnels de la turquerie, des �l�ments populaires et exprime dans un genre qu�il semble d�couvrir les id�es romantiques de d�livrance et d��mancipation. Enfin, dans la Fl�te enchant�e (1791), il prend pour sujet un conte fantastique allemand et, tout en restant fid�le � l�esth�tique du singspiel, cr�e un op�ra sp�cifiquement national. Apr�s lui, Beethoven*, avec Fidelio (1805), emprunte encore son sujet � un livret fran�ais de J. N. Bouilly (L�onore, ou l�Amour conjugal), mais accorde plus d�importance � la musique, qui, maintenant, d�borde le drame.</p><p>Au XIXe s., le sentiment national, intime ou populaire, se traduit avec une force accrue chez E. T. A. Hofmann*, Franz Schubert*, mais surtout chez C. M. von Weber*, qui, avec le Freysch�tz (1821), donne son essor � l�op�ra romantique allemand.</p><p>A. V.</p><p>F Op�ra bouffe / Op�ra-comique.</p><p>H. M. Schletterer, Das deutsche Singspiel (Leipzig, 1863 ; 2e �d., 1879). / J. Bolte, Die Singspiele der englischen Kom�dianten und ihrer Nachfolger in Deutschland, Holland und</p><p>Skandinavien (Hambourg et Leipzig, 1893). /</p><p>F. Br�ggemann, B�nkelgesang und Singspiel vor Goethe (Leipzig, 1937). / L. F. Schiedermair, Die deutsche Oper (Leipzig, 1930 ; 2e �d., 1943).</p><p>/ G. Ferchault, les Cr�ateurs du drame musical de Monteverdi � Wagner (Gallet, 1944).</p><p>Sin-kiang</p><p>En pinyin XINJIANG, r�gion de la Chine occidentale.</p><p>Le Xinjiang (que les Occidentaux appelaient Turkestan chinois) s��tend entre le Tibet et l�Asie centrale sovi�-</p><p>tique, o� il constitue l�une des cinq</p><p>� R�gions autonomes � de la R�publique populaire de Chine : la R�gion autonome ou�goure du Xinjiang, cr��e en 1955 (la population ou�goure, d�origine turque, constituant � l��poque environ les trois quarts de la population du Xinjiang). Couvrant 1 646 800 km 2, il est la plus vaste unit� administrative du pays (le sixi�me de l�espace chinois) et comptait environ 8 000 000</p><p>d�habitants en 1967.</p><p>Le milieu naturel</p><p>Entre la cha�ne des Kunlun (K�ouen-louen), au sud, et l�Alta� mongol, au nord, s��tendent trois grands ensembles allong�s de l�ouest � l�est. Au centre se dresse le puissant syst�me montagneux des Tianshan (T�ien-chan), d�une longueur de 1 500 km (sur 200</p><p>� 300 km de largeur) : de gigantesques horsts (mat�riel cal�donien et hercynien) y d�terminent quatre lignes de fa�te principales (de 4 000 � 5 000 m d�altitude) du nord au sud, s�par�es par de profondes vall�es longitudinales, et aux deux extr�mit�s de la cha�ne s�ouvrent deux remarquables d�pressions : � l�ouest, celle de la vall�e de l�Yili, qui couvre 9 000 km 2 � 700 m d�altitude, et, � l�est, la fosse de Tourfan (4 000 km2), qui s�enfonce � 154 m au-dessous du niveau de la mer. Le pi�mont des Tianshan, au nord et au sud, est ennoy� par une �norme masse de mat�riaux arrach�s aux massifs par l��rosion fluvio-glaciaire, masse dans laquelle s�infiltrent les eaux de la montagne. Tout cet �tage est occup� par une steppe buissonnante, et la for�t (m�l�zes, sapins) n�appara�t qu�au-del� de 1 500 m, pour laisser la place, � par-</p><p>tir de 2 500-2 800 m, � la prairie alpine.</p><p>De part et d�autre des Tianshan s�ouvrent deux immenses � bassins �, ou hautes plaines, o� le socle est enfoui � plus de 8 000 m sous une accumulation de mat�riaux secondaires et tertiaires de d�p�ts quaternaires, de sables et de cailloutis. Au sud, le bassin du Tarim couvre quelque 500 000 km 2 � 1 000 m d�altitude moyenne : situ� � plus de 2 000 km de la mer, isol� par les hautes cha�nes du Pamir, des Kunlun et des Tianshan, il est occup� en grande partie par un immense d�sert de sable, le Taklamakan (370 000 km2). Tout aussi d�sol�e est la partie orientale, occup�e par la d�pression du Lob Nor (3 000 km2), lagune mouvante o� se perdent les eaux du r�seau endor�ique du Tarim (2 000 km), qui longe le pi�-</p><p>mont des Tianshan, o� appara�t quelque v�g�tation sous la forme de taillis de peupliers r�sineux et de tamaris. Au nord des Tianshan s��tend sur pr�s de 400 000 km 2 le bassin de Dzoungarie, qui, du fait d�une exposition diff�rente, ne pr�sente pas exactement les m�mes caract�res bioclimatiques que le bassin du Tarim : les hivers y sont longs et rigoureux (moyenne de janvier :</p><p>� 15 �C), tandis que la moyenne des temp�ratures de juillet ne d�passe pas 20 �C ; le bassin du Tarim, � l�abri de la barri�re des Tianshan, est, lui, plus chaud (moyenne de janvier : � 8 �C ; moyenne de juillet : 26 �C), mais surtout la Dzoungarie est moins aride (de 250 � 300 mm de pluies annuelles) car les courants d�ouest y apportent des pluies de printemps gr�ce aux trou�es vers l�ouest que constituent la vall�e de l�Irtych et les Portes de Dzoungarie ; aussi les formations d�sertiques sont-elles limit�es au coeur du bassin, tandis qu�une v�g�tation steppique occupe le pourtour de celui-ci.</p><p>Peuplement et</p><p>activit�s traditionnelles</p><p>Le Xinjiang est peupl� d�une douzaine de � nationalit�s �, dont les principales, d�apr�s le recensement de 1953, se r�-</p><p>partissaient ainsi : 3 600 000 Ou�gours, dans les oasis ; 500 000 Kazakhs, dans les hautes vall�es de l�Yili et de l�Irtych ; 134 000 Hui (Houei), essentiellement � l�est d�Ouroumtsi ; 71 000 Kir-</p><p>ghiz, dans le sud-ouest des Tianshan, � la fronti�re sovi�tique ; 58 000 Mongols, au nord-ouest et au sud-est des Tianshan ; 19 000 Sibo (famille toungouse), dans la vall�e de l�Yili ; 14 000 Tadjiks et 14 000 Ouzbeks, sur les versants orientaux du Pamir. Les Chinois, alors, n��taient que quelque 300 000, concentr�s dans les centres urbains.</p><p>� l�exception des Ou�gours et des Chinois, tous ces peuples sont essentiellement des �leveurs, dont la majorit�, les Kazakhs, pratique une transhumance entre les steppes dzoungares et les prairies alpines des Tianshan.</p><p>Le troupeau du Xinjiang comptait vers 1955 quelque 20 millions de t�tes, dont 14 millions de moutons, fournissant 60 p. 100 de la production chinoise de laine, 2,5 millions d�ovins, 1 million de chevaux et plus de 100 000 chameaux.</p><p>L�agriculture traditionnelle est exclusivement une agriculture d�oasis pratiqu�e par les Ou�gours (peuple d�origine turque qui a assimil� � partir du IXe s. les premiers occupants d�origine indo-europ�enne). Ces oasis s�ordonnent en chapelet � la base des talus de pi�mont des Tianshan et des Kunlun ; les plus importantes de ces oasis (95 p. 100 des terres cultiv�es) se situent dans la moiti� occidentale du bassin du Tarim. L�irrigation (1 500 000 ha) y est assur�e par des canaux de d�rivation (aryk) qui conduisent dans les champs les eaux de fonte descendues des Tianshan et des Kunlun ; les c�r�ales occupent 80 p. 100 des terres cultiv�es, dont la moiti� est consacr�e au bl� (bl� d�hiver au sud des Tianshan, bl� de printemps au nord) et environ le quart au ma�s, qui succ�de au bl� dans les oasis du Tarim.</p><p>Cultures fruiti�res et cucurbitac�es sont une grande sp�cialit� des oasis, et le coton est la principale culture industrielle (8 p. 100 des surfaces cultiv�es en 1958). Deux autres domaines sont tr�s remarquables : la vall�e de l�Yili (bl� de printemps, riz, tabac, coton, pommes) et le bassin de Tourfan, o� la technique persane des kariz assure l�irrigation de plus de 11 000 ha consacr�s au bl�, au coton et surtout � une tr�s riche production fruiti�re : abricots,</p><p>melons, prunes, p�ches, raisins, etc.</p><p>downloadModeText.vue.download 216 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10171</p><p>La mise en valeur r�cente</p><p>La conqu�te des terres arides du Xinjiang, avec la mise en valeur des ressources industrielles, est un des grands aspects de l�am�nagement de l�espace chinois entrepris depuis 1949.</p><p>Il y aurait actuellement plus de 3 000 000 d�hectares de terres irrigu�es au Xinjiang (900 000 ha en 1949) ; il s�agit, outre l�extension de l�irrigation dans les oasis du Tarim, de la cr�ation de nouvelles terres agricoles par l�implantation de fermes d��tat (220</p><p>en 1961) et surtout par les soins du</p><p>� Corps de production et de construction � de l�Arm�e populaire. Ces fronts pionniers agricoles se situent essentiellement sur le pi�mont m�ridional des Tianshan, pr�s de Kouldja (Yining), dans la vall�e de l�Yili, et surtout sur le bassin de la rivi�re Manasi, au nord des Tianshan, o� les nouvelles terres irrigu�es sont consacr�es au bl�, au coton et � la betterave � sucre.</p><p>Ce n�est qu�� partir de 1950 qu�a �t� entreprise, avec l�aide sovi�tique, l�exploration de l�ensemble des ressources industrielles du Xinjiang. Il s�agit notamment d�or et d�uranium dans la haute vall�e de l�Irtych (Alta�), de cuivre, de plomb, de zinc, de tungst�ne dans la partie orientale des Tianshan, de charbon, dont les r�serves seraient tr�s importantes, mais qui ne fait jusque-l�, semble-t-il, l�objet d�une exploitation notable que dans le bassin de Hami, � l�est des Tianshan, et � Liutaowan (Lieou-t�ao-wan), pr�s d�Ouroumtsi.</p><p>La d�couverte la plus importante fut celle du p�trole. Un petit gisement �tait exploit� par les Russes depuis 1938 � Dushanzi (Tou-chan-tseu), � 200 km � l�ouest d�Ouroumtsi et o� fut construite une premi�re raffinerie ; en 1955, un important gisement (peut-�tre 300 Mt de r�serves) �tait d�couvert � quelque 120 km au nord, auquel on donna le</p><p>nom de Karamai (� huile noire � en ou�gour). Mis en exploitation � partir de 1958, il doit fournir 4 Mt annuelles, achemin�es par pipe-line � Dushanzi qui est dot�e depuis 1959 d�une seconde raffinerie.</p><p>Parall�lement, l�industrialisation a gagn� les antiques cit�s des oasis du Xinjiang, et notamment : Hami, � l�est (plus de 50 000 hab.), dot�e d�une petite aci�rie ; Kachgar (en chinois Kashi), � l�ouest du bassin du Tarim, la principale ville du Xinjiang m�ridional (plus de 150 000 hab.), important centre textile (coton, soie) ; Kouldja (en chinois Yining), dans la vall�e de l�Yili (plus de 200 000 hab., seconde ville du Xinjiang), o� les industries m�tallurgiques et textiles compl�tent les activit�s traditionnelles (cuir, tabac).</p><p>Ouroumtsi (en chinois Wulumuqi), la capitale, est situ�e au d�bouch� de la grande passe transversale qui assure la liaison, � travers les Tianshan, entre le sud et le nord du Xinjiang ; reli�e depuis 1959, par Lanzhou (Lan-tcheou), au r�seau ferr� de la Chine orientale, la ville a connu un d�veloppement remarquable dont t�moigne l��volution d�mographique : 90 000 habitants en 1949, 320 000 en 1958 et plus de 500 000 actuellement. Le charbon de Liutaowan et le minerai de fer exploit� � l�est des Tianshan y alimentent la premi�re unit� sid�rurgique du Xinjiang ; des filatures de coton, des usines de mat�riel agricole et de mat�riel minier y ont �t� �galement implant�es depuis une dizaine d�ann�es.</p><p>Cette mise en valeur r�cente du Xinjiang s�accompagne d�une politique active de peuplement par des immigrants chinois ; ainsi, la population du Xinjiang atteindrait actuellement 10 000 000 d�habitants ; les Chinois y tiendraient alors d�sormais une place aussi importante que les Ou�gours, mais ils seraient essentiellement concentr�s au nord des Tianshan.</p><p>P. T.</p><p>Sinn F�in</p><p>Mouvement nationaliste irlandais, qui tire son nom de deux mots ga�liques si-</p><p>gnifiant � nous-m�mes � (en y incluant l�id�e � nous seuls �).</p><p>Le mouvement a connu dans son</p><p>histoire trois phases bien distinctes. Il appara�t en 1902, lorsque le journaliste Arthur Griffith (1872-1922), qui dirige depuis 1899 le journal United Irish-man, met sur pied un parti r�vant d�une Irlande autonome et inspir� par la tactique du mouvement national hongrois.</p><p>Convaincu que la puissance militaire de la Grande-Bretagne rend tout soul�vement impossible, Griffith pr�che une forme de r�sistance passive ; pour le Sinn F�in, l�Acte d�union de 1800</p><p>est ill�gal ; par cons�quent, les d�pu-t�s irlandais doivent cesser de si�ger � Westminster, et il faut constituer un Parlement national, le � Conseil des Trois Cents �, form� des conseillers r�-</p><p>gionaux et municipaux �lus en Irlande.</p><p>Ce gouvernement irlandais parall�le, ignorant les Britanniques, s�appuierait sur une �conomie nationale fonctionnant selon un syst�me d�autarcie. C�est la phase mod�r�e du Sinn F�in, dont les tendances correspondent aux vues de beaucoup de bourgeois patriotes oppos�s � la violence et fort conservateurs sur le plan social. Toutefois, on note une certaine �volution vers des positions plus radicales dans les ann�es qui pr�c�dent 1914.</p><p>En 1916-17 commence la seconde</p><p>p�riode de l�histoire du Sinn F�in. En quelques mois, celui-ci se transforme � la fois en mouvement avanc� et en mouvement de masse. En lui se rassemblent partisans de l�ind�pendance et partisans de la r�publique. Ainsi va-t-il �tre � l�origine directe de la naissance de l��ire. Ce tournant d�cisif d�coule du soul�vement de P�ques 1916, qui �clate � Dublin et qui bouleverse la situation politique. Bien que le Sinn F�in, en tant que tel, n�ait point pris part � l�insurrection, il en recueille le b�n�fice. En effet, la duret� de la r�pression men�e par les autorit�s britanniques a retourn� compl�tement l�opinion irlandaise, et celle-ci, se d�tachant des nationalistes mod�-</p><p>r�s, partisans du Home Rule, se rallie au Sinn F�in, o� se retrouvent tous les adversaires de la domination britannique, qui ne voient d�espoir que dans l�ind�pendance. En octobre 1917, lors</p><p>de son congr�s, le parti se r�organise.</p><p>Les nationalistes avanc�s en prennent la t�te : tandis qu�� tous les �chelons les r�publicains remplacent les mod�-</p><p>r�s aux leviers de commande, Eamon De Valera* succ�de � Griffith comme leader. Plusieurs succ�s marquants � des �lections partielles insufflent la confiance, et, lorsque le gouvernement anglais veut imposer la conscription au printemps 1918, l�opposition acharn�e du Sinn F�in traduit le refus unanime d�un pays. La r�pression (arrestation des leaders, interdiction du parti) ne fait que renforcer la popularit� du mouvement, et les �lections de d�cembre 1918 se traduisent par une �clatante victoire du Sinn F�in, qui remporte 73 si�ges contre seulement 6 aux nationalistes mod�r�s, les home rulers (les unionistes obtiennent de leur c�t� 23 si�ges ulst�riens et 3 dans le Sud).</p><p>D�sormais, toutes les forces vives du nationalisme basculent derri�re le Sinn F�in, si bien que celui-ci peut, � bon droit, se targuer de repr�senter la majorit� des Irlandais.</p><p>En janvier 1919, les d�put�s Sinn F�in, conform�ment � la doctrine du mouvement, refusent d�aller si�ger � Westminster. Ils se r�unissent � Dublin, o� ils se constituent en Parlement de la R�publique irlandaise (D�il �ireann, c�est-�-dire l�Assembl�e de l�Irlande), reprenant � leur compte la d�claration d�ind�pendance des insurg�s de 1916</p><p>et adoptant une Constitution provisoire, tout en mettant leurs espoirs dans la conf�rence de la paix qui se r�unit � Paris. En m�me temps, les volontaires arm�s de l�Irlande (Irish Volunteers), apparus en 1913, se reconstituent sous le nom d�Arm�e r�publicaine irlandaise (Irish Republican Army, ou IRA) : c�est d�sormais la branche militaire du Sinn F�in. Dans la p�riode dite � des Troubles � (1919-1921), qui est marqu�e par une s�rie d�affrontements arm�s entre Irlandais et Britanniques, le Sinn F�in, confondu avec le mouvement r�publicain, est l��me de la lutte. Mais, au lendemain du trait� du 6 d�cembre 1921, par lequel l�ind�-</p><p>pendance est reconnue � l��tat libre d�Irlande, � l�exception des six comt�s d�Ulster rest�s fid�les au Royaume-Uni, les nationalistes irlandais se divisent entre partisans et adversaires</p><p>de la partition : c�est la guerre civile (1922-23), au cours de laquelle les �l�-</p><p>ments les plus d�termin�s du Sinn F�in et de l�IRA se rangent aux c�t�s de De Valera contre les leaders, William Thomas Cosgrave (1880-1965), Griffith, Michael Collins (1890-1922), qui ont accept� le trait�.</p><p>Mais, lorsque De Valera se rallie � son tour � l��tat libre et fonde le parti du Fianna F�il (1926-27), une poign�e d�irr�ductibles continue sous le nom de Sinn F�in � lutter pour une Irlande r�publicaine et unie. C�est la troisi�me phase dans l�histoire du Sinn F�in, celle d�un petit groupe minoritaire de nationalistes intransigeants appuy�s sur l�IRA, qui ne reconnaissent la l�gitimit� ni du gouvernement d�Irlande du Nord ni de l��ire. Les adh�rents du parti (qui choisit alors comme leader Mary Mac Swiney, soeur d�un patriote martyr, Terence Mac Swiney [1879-1920]) se consid�rent comme les seuls d�positaires de l�id�al nationaliste et r�publicain des insurg�s de 1916. Leur but est de mettre fin � la domination britannique sur le sol irlandais, d��tablir une r�publique unifi�e, d�mocratique et sociale, et de restaurer la langue et la culture nationales.</p><p>Toutefois, depuis 1927, le Sinn F�in n�a gu�re remport� de succ�s aux �lections, soit au D�il, soit en Irlande du Nord. Tout au mieux a-t-il eu (vers 1955-1957, par exemple) quelques �lus, mais qui ont toujours refus� de si�ger. Par ailleurs, des coups de main ont �t� organis�s de temps � autre par l�IRA afin de maintenir une activit� minoritaire au moins sporadique.</p><p>downloadModeText.vue.download 217 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10172</p><p>Cependant, � la fin des ann�es 60, le nationalisme militant a accru consid�rablement son audience, en m�me temps que se produisait une pouss�e � gauche : le Sinn F�in a pass� ainsi d�une attitude purement irr�dentiste � une position socialiste, influenc�e directement par le marxisme. C�est lui qui, depuis 1969, a jou� le r�le principal dans la r�sistance arm�e ou pas-</p><p>sive � l�arm�e britannique et au gouvernement d�Irlande du Nord. Mais, en 1970, le mouvement a �t� affaibli par une grave scission : les � provisoires �</p><p>(Provisional), �l�ments les plus militants de l�IRA, se sont oppos�s aux</p><p>� r�guliers � (Regular) de l�IRA � officielle �. Les premiers pr�nent une action arm�e incessante et sans m�nagements, dans la ligne du nationalisme traditionnel, tandis que les seconds subordonnent la lutte militaire � une perspective politique dans un sens socialiste. Le Sinn F�in n�en reste pas moins le mouvement le plus significatif de l�Irlande contemporaine.</p><p>F. B.</p><p>F Irlande.</p><p>sino-japonaises</p><p>(guerres)</p><p>F CHINE.</p><p>sionisme</p><p>Mouvement ayant pour objet le retour du peuple juif en Palestine, dans un �tat juif reconstitu�.</p><p>Le mot vient de � Sion �, antique citadelle de J�rusalem situ�e sur une colline au sud de la vieille ville. Appliqu� plus tard � J�rusalem, puis, par m�-</p><p>tonymie, � toute la Palestine, le nom de Sion devint le symbole de l�esp�rance du retour des Juifs en Palestine.</p><p>Les origines</p><p>L�esp�rance de cette restauration est une donn�e constante de la pens�e juive ; elle est associ�e � l�id�e de l�av�nement messianique et explique toutes les r�voltes, tous les mouvements d�cha�n�s par les � pseudoMessies � � comme David Alroy (au XIIe s.), David Reubeni et Salomon Molcho (au XVIe s.), Sabbata� Zevi (au XVIIe s.) � � des moments o� les pers�cutions encourues, en Europe et en Orient, apparaissent, dans la perspective mystique, comme les � affres de l�enfantement du Messie �.</p><p>Au Moyen �ge, � l��poque de la</p><p>Renaissance et encore au XVIIIe s., de</p><p>nombreux rabbins vont se fixer en Terre sainte. L�id�e de la restauration de l��tat juif n�est pas �trang�re � certains chr�tiens, notamment au prince de Ligne (1735-1814) et au g�n�ral Bonaparte. Les raisons de cet int�r�t peuvent avoir �t� d�ordre philosophique ; il faut faire aussi la part du romantisme (Lamartine) et des int�r�ts �conomiques. Des romans de Disraeli et de George Eliot sont consacr�s � cette r�surrection, ainsi que les essais d�Ernest Laharanne (la Nouvelle Question d�Orient. Empires d��gypte et d�Arabie. Reconstitution de la nationalit� juive, 1860) et de George Gawler (1796-1869) [Tranquillization of Syria and the East, 1845].</p><p>Le � r�veil des nationalit�s � du XIXe s. est une des circonstances favorables � la naissance du nationalisme juif. L��mancipation intellectuelle provoqu�e par les promoteurs juifs d�un r�veil culturel, rompant les cadres de la tradition religieuse, joue �galement un r�le. Le d�cha�nement des pogroms en Russie, � partir de 1881, sera le stimulant d�cisif.</p><p>L�id�e d�une colonisation agricole comme moyen de r�habilitation des masses juives opprim�es, par un d�veloppement �conomique normal, appa-ra�t au milieu du XIXe s., pr�conis�e par les efforts des philanthropes Edmond de Rothschild (1845-1934), Juda Touro (1775-1854), sir Moses Montefiore (1784-1885), qui fondent des �coles et des entreprises agricoles.</p><p>En 1870, Charles Netter (1826-</p><p>1882), aid� par l�Alliance isra�lite universelle, cr�e l��cole d�agriculture de Mikve-Yisrael. La premi�re colonie juive, Peta&#x1E25;-Tikva, na�t en 1878. Certains rabbins de l�Europe centrale, comme Zevi Hirsch Kaliszer (1795-1874) et Juda Alkalai (1798-1878), soutiennent, par des arguments d�ordre religieux, l�id�e nationale contre des opposants qui invoquent des textes de la litt�rature talmudique. Les d�fenseurs de l�id�e du retour fondent des soci�-</p><p>t�s de colonisation (1862). Au m�me moment, un disciple d�sillusionn� de Karl Marx, Moses Hess (1812-1875), pr�ne dans son livre Rome et J�rusalem l�id�al de la reconstitution de la nationalit� juive en Palestine. Les articles</p><p>de revues n�o-h�bra�ques foisonnent dans le m�me sens sous la plume de David Gordon (1831-1886), de Peretz Smolenskin (v. 1840-1885), d�Eliezer Ben-Yehouda (1858-1922).</p><p>En 1882, le m�decin L. Pinsker</p><p>(1821-1891) publie en allemand un opuscule retentissant : Auto-�mancipation. Les Juifs, selon lui, doivent s��manciper eux-m�mes en allant vivre sur un territoire � eux. Pinsker prend la direction du mouvement des � Amants de Sion � (Hoveve Sion), qui tient son premier congr�s � Kattowitz (auj.</p><p>Katowice) en novembre 1884. On d�-</p><p>cide d�aider les colonies d�j� en exercice, telle celle des �tudiants juifs de Kharkov, qui, en 1882, avaient fond� le</p><p>� Bilou � (nom form� avec les initiales des mots du verset d�Isa�e II, 5 : � Maison de Jacob, venez et nous irons... �).</p><p>Le mouvement des Hoveve Sion</p><p>s��tend ; en 1890, il est l�galement reconnu par le gouvernement tsariste.</p><p>Cet aspect � philanthropique � de la colonisation d�pla�t � certains penseurs, comme Asher Ginzberg (1856-1927), connu sous le nom d�Ahad Hoan ou A&#x1E25;ad-ha-Am, qui parle d�un sionisme</p><p>� culturel � : la Palestine doit devenir, selon lui, un � centre spirituel �, capable de rayonner sur les communaut�s juives de la Diaspora.</p><p>Herzl et le sionisme actif</p><p>Avec Theodor Herzl* (1860-1904)</p><p>appara�t un mouvement mondial organis�, ayant une strat�gie politique.</p><p>Ce journaliste viennois, en poste � Paris, est traumatis� au spectacle de la d�gradation du capitaine Dreyfus* ; jusqu�alors, il n�a eu du juda�sme qu�une tr�s vague notion et ne sait rien des efforts de soci�t�s de colonisation ni des livres de Hess et de Pinsker. Il en vient � la conscience foudroyante que la seule issue, pour les Juifs, est la cr�ation d�un �tat juif. Il adresse aux philanthropes juifs ainsi qu�� plusieurs hommes d��tat, dont Bismarck, les versions successives d�un m�moire, qu�il refond et publie en allemand en un volume intitul� l��tat juif (1896).</p><p>Il va voir, sans succ�s, diverses personnalit�s juives de France et d�Angleterre ; mais, en Russie, Herzl devient</p><p>l�idole des masses juives. Par tous les moyens, il cherche � obtenir des puissances europ�ennes qu�elles poussent le sultan de Turquie, ma�tre de la Palestine, � c�der celle-ci aux Juifs.</p><p>Il fonde un journal, Die Welt, et convoque � B�le, du 29 au 31 ao�t 1897, le Ier Congr�s sioniste mondial, qui cr�e une � Organisation sioniste mondiale �, dont est membre tout Juif qui cotise annuellement et reconna�t le � programme de B�le �. La cotisation (� chekel �, du nom d�une antique monnaie) permet d��tre �lecteur pour choisir les d�l�gu�s aux Congr�s sionistes p�riodiques. Le Congr�s �lit un � Comit� d�action �, dont cinq membres r�sidant � Vienne forment l�Ex�cutif. Le IIe Congr�s sioniste (1898) cr�e une � Banque coloniale �, anc�tre de l�actuelle Banque nationale d�Isra�l.</p><p>Lors du Ve Congr�s sioniste (d�c.</p><p>1901 � B�le) est cr�� le � Fonds national Juif �, pour le rachat des terres en Palestine. Une nouvelle entrevue avec le Sultan demeure st�rile : celui-ci admet l�implantation individuelle des colons juifs, mais pas leur groupement en colonies. Entre-temps, des soci�t�s, comme la � Jewish Colonisation Association � (ICA), trouvent plus s�r d�envoyer leurs prot�g�s en Argentine...</p><p>(1891). Les rabbins restent fid�les � Herzl et soutiennent activement le sionisme en cr�ant des mouvements sionistes religieux, comme le � Mizrahi �</p><p>(1902).</p><p>En 1903, Herzl, songeant � la possibilit� de coloniser d�autres territoires plus facilement accessibles, se voit offrir l�Ouganda, possession anglaise.</p><p>La nouvelle de l�horrible pogrom de Kichinev lui fait sentir l�urgence d�une solution. Herzl expose donc ce projet ougandais au VIe Congr�s sioniste (ao�t 1903) : mais, devant l�opposition de la majorit�, il doit renoncer � une implantation juive en Ouganda. Il reprend les n�gociations avec le Sultan, mais il ne peut compter sur l�appui promis par les Russes, par Victor-Emmanuel III d�Italie et par d�autres gouvernants. En janvier, il rencontre le pape Pie X, mais le pontife refuse tout encouragement et toute intervention.</p><p>Herzl mourra peu apr�s (3 juill. 1904).</p><p>La Premi�re Guerre</p><p>mondiale et lord Balfour</p><p>T. Herzl est remplac� � la t�te du mouvement par David Wolffsohn (1856-1914), puis en 1910 par Otto Warburg (1859-1938). L�immigration s�est accrue ; on voit alors s��tendre le mouvement travailliste des � Po�ale Sion �</p><p>(cr�� d�s la fin du XIXe s. en Russie), qui m�le au sionisme politique les id�aux du socialisme.</p><p>Pendant la Premi�re Guerre mon-</p><p>diale, la direction du mouvement sioniste s�installe � Copenhague. La Turquie �tant entr�e en guerre aux c�t�s de l�Allemagne, les Alli�s se promettent de s�en partager les d�pouilles : la France a des vis�es sur une grande Syrie comprenant la Palestine ; les Britan-downloadModeText.vue.download 218 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10173</p><p>niques, oppos�s � un tel projet, g�nant pour leurs int�r�ts en �gypte et mena-</p><p>�ant pour leur pr�sence sur le canal de Suez, promettent aux sionistes qu�ils favoriseront la cr�ation d�un foyer juif en Palestine. Le chimiste Cha�m Weizmann (1874-1952), qui s�est acquis la reconnaissance de la Grande-Bretagne pour les services qu�il a rendus � sa production de guerre, assi�ge le Foreign Office pour que les Juifs puissent obtenir en Palestine, o� ils entreraient librement, les droits d�une nation.</p><p>Le pr�sident des �tats-Unis Wilson, pouss� par les sionistes d�Am�rique, est dispos� � soutenir ces aspirations, auxquelles le Premier ministre britannique Lloyd George n�est pas d�favorable. Par le canal de leur repr�sentant en �gypte, sir Henry McMahon, les Britanniques d�sireux d�inciter les Arabes � entreprendre contre les Turcs une r�volte, � laquelle travaille le colonel T. E. Lawrence*, promettent la cr�ation d�un grand empire arabe, en laissant croire, faute de pr�cisions affirmatives ou n�gatives, que cet empire engloberait la Palestine. Pour compliquer encore les choses, la Grande-</p><p>Bretagne conclut � Moscou, en 1917, les accords Sykes-Picot, qui laissent � la France des territoires parall�lement promis aux Arabes... D�o� le vif m�-</p><p>contentement de ces derniers.</p><p>Le 2 novembre 1917, est publi�e la</p><p>� D�claration Balfour �, lettre adress�e � Lionel Walter Rothschild, membre de la Chambre des lords. Elle envisage favorablement un foyer national juif en Palestine, � condition qu�on ne porte pas atteinte aux droits civiques et religieux des autres communaut�s palesti-niennes, ni aux droits ou au statut des Juifs dans d�autres pays. La D�claration est approuv�e par les �tats-Unis, la France et l�Italie.</p><p>En d�cembre 1917, les troupes anglaises s�emparent de J�rusalem, apr�s un mois de combats. La conqu�te du reste de la Palestine durera jusqu�en septembre 1918. Weizmann, choisi comme pr�sident d�une commission sioniste charg�e d�aider le gouvernement militaire, arrive � J�rusalem le 1er avril 1918. Il rencontre l��mir Fay&#x1E63;al (1883-1933), gr�ce � l�entremise du colonel Lawrence. En janvier 1919, Weizmann et Fay&#x1E63;al signent un trait� pr�voyant des rapports cordiaux entre Arabes et Juifs, dont on stimulera l�immigration ; on prot�gera les droits des Arabes, que l�on aidera dans leur d�veloppement �conomique.</p><p>Il semble donc bien que les Arabes acceptent l��tablissement des Juifs si on leur donne leur empire. Mais l�Iraq est sous la domination britannique, et, en Syrie, Fay&#x1E63;al, couronn� roi de ce pays, est expuls� par la France en juillet 1920. Aussi les nationalistes arabes r�clament-ils la lib�ration de la Syrie, son union avec la Palestine et la lutte contre le sionisme. � la conf�rence de San Remo, en avril 1920, la D�claration Balfour est ent�rin�e et incorpor�e au mandat sur la Palestine, confi� aux Britanniques. Un gouvernement civil, qui est dirig� par le haut-commissaire Herbert Samuel (1870-1963), lui-m�me Juif, remplace l�administration militaire, laquelle n�a pas su �viter des troubles foment�s par le muft&#x12B; &#x1E24;&#x101;djdj Am&#x12B;n al-&#x1E24;usayn&#x12B;. Le haut-commissaire amnistie tous les coupables et nomme leur chef grand muft&#x12B; de J�rusalem.</p><p>Weizmann d�veloppe les activit�s de l�Ex�cutif sioniste et fait cr�er (mars 1921) le � Fonds de reconstruction �</p><p>(Keren ha-Yesod). Cependant le haut-commissaire, soucieux de calmer les Arabes, qui cr�ent des troubles, suspend l�immigration juive.</p><p>La commission sioniste d�mis-</p><p>sionne : c�est la premi�re faille dans les rapports des Juifs avec la Grande-Bretagne. Le Livre blanc publi� par Churchill, ministre des Colonies, en juin 1922 apaise les sionistes, en reconnaissant les motifs de la reconstruction, et les Arabes, en d�clarant que l�ensemble de la Palestine ne sera pas un foyer juif ; c�est, en fait, un d�saveu de la D�claration Balfour, qui semblait parler d�une pr�dominance juive. En 1921, le XIIe Congr�s sioniste d�cide la cr�ation de l�� Agence juive �, organisme repr�sentatif du sionisme. De nouveaux mouvements politiques juifs se cr�ent, tel le parti � r�visionniste �</p><p>tr�s expansionniste, militariste, mal vu des autres tendances, mais qui, plus tard, rencontrera la faveur des masses juives de l�Europe orientale et l�adh�-</p><p>sion de la jeunesse. Des associations f�minines, comme la � Hadassah � et la � Women�s International Zionist Organisation � (WIZO), voient le jour.</p><p>C�est, pour le sionisme naissant, la p�-</p><p>riode la plus active.</p><p>Jusqu�en 1925, l�immigration se</p><p>d�veloppe favorablement. Elle am�ne des �l�ments des classes moyennes qui contribuent au d�veloppement urbain. Cependant en 1925, arrivent 34 000 immigrants, fuyant la Pologne, o� la vie �tait intenable ; ils viennent avec de l�argent polonais, produit de la liquidation de leurs biens ; mais la chute spectaculaire du z&#x142;oty cr�e en Palestine une redoutable crise. En 1927, il y a 7 000 ch�meurs, et des troubles sociaux se produisent. Les secours aux ch�meurs entament s�rieusement les ressources du Keren ha-Yesod. Le nombre des Juifs qui repartiront d�passera un moment celui des immigrants (jusqu�en 1930).</p><p>� partir de 1929</p><p>En 1929, l�Agence juive, projet�e sept ans plus t�t et comprenant des �l�-</p><p>ments non sionistes, est constitu�e.</p><p>Parmi les orateurs qui paraissent � la s�ance d�ouverture, il y a L�on Blum et A. Einstein. Pendant l��t� de 1929, sur la foi de bruits selon lesquels les Juifs vont envahir la mosqu�e d�al-Aq&#x1E63;&#x101;, les Arabes massacrent un grand nombre de Juifs. Des troubles ensan-glantent J�rusalem, H�bron, Safed. Les Britanniques demeurent � indiff�rents, inefficaces et m�me hostiles � (Weizmann). La commission d�enqu�te</p><p>conclut � une limitation de l�immigration juive. En m�me temps para�t � Londres le Livre blanc Passfield, hostile aux Juifs et d�termin� � faire cesser l�immigration, faute de terres pour les nouveaux venus. Consid�rant le document comme incompatible avec le mandat, Weizmann d�missionne de sa pr�sidence de l�Organisation sioniste et de l�Agence juive. En f�vrier 1931, le Premier ministre britannique, James Ramsay MacDonald, d�clare que l�on n�emp�chera pas compl�tement les achats de terres et que l�immigration variera avec les fluctuations de l��conomie. Les Juifs acceptent cette mise au point. Mais celle-ci irrite les Arabes, qui accusent MacDonald d�avoir capitul� devant la pression des Juifs. En octobre 1933, les Arabes font gr�ve et manifestent contre les achats de terres et l�accroissement de l�immigration juive, provoqu�e par l�ascension de Hitler. L�opposition arabe grandit et se fait violente.</p><p>Une commission d�enqu�te dirig�e par lord Peel conclut en juillet 1937, � l�impossibilit� du mandat, � l�ill�galit� de la D�claration Balfour, � propos de laquelle les Arabes n�ont pas �t� consult�s avant sa publication, et � la n�cessit� d�un partage du pays, accept� par le gouvernement.</p><p>Le XXe Congr�s sioniste, r�uni en ao�t 1937, rejette l�id�e de l�impossibilit� du mandat ainsi que les limitations � l�immigration et aux achats de terres, mais permet � l�Ex�cutif sioniste d�entrer en pourparlers avec le gouvernement britannique. Londres d�f�re le dossier � la commission des mandats de la S. D. N. et approuve le rapport Peel. De nouveaux troubles ont lieu.</p><p>La Grande-Bretagne s�vit contre les groupements arabes et leurs chefs, mis</p><p>hors la loi. Le muft&#x12B; s�enfuit � Damas.</p><p>Mais la terreur continue. En avril 1938, Neville Chamberlain envoie une commission de partage charg�e de d�limiter les �tats projet�s. Dans l�impossibilit� d�arriver � une solution, le plan de partage est abandonn�. Une conf�rence de la table ronde convoqu�e � Londres en f�vrier-mars 1939 ne donne rien. On la suspend.</p><p>Le gouvernement britannique im-</p><p>pose alors sa propre solution, formul�e dans le Livre blanc du 17 mai 1939. Un total de 75 000 Juifs doit �tre admis entre cette date et le 1er avril 1944. Il ne pourra ensuite y avoir d�immigration qu�avec l�autorisation des Arabes. Sur la base du Livre blanc, une loi de f�-</p><p>vrier 1940 concernant les transactions fonci�res interdit l�achat de terres par les Juifs ailleurs que dans une petite partie du pays (5 p. 100). Dans une autre partie (36 p. 100), les transactions seront soumises � l�approbation du haut-commissaire. Dans les dix ans, le gouvernement doit faire de la Palestine un �tat autonome, ne comptant que 30 p. 100 de Juifs. Ceux-ci, qui n�obtiennent ainsi que le seizi�me des territoires qu�ils auraient pu esp�rer de la D�claration Balfour, protestent. La commission permanente des Mandats de la S. D. N. fait observer que le document est m�me contraire � l�interpr�tation que les Britanniques eux-m�mes ont donn�e du mandat.</p><p>La Seconde Guerre mondiale �clate avant que le Conseil de la S. D. N. ait pu voter. R�uni � Gen�ve en ao�t 1939, le XXIe Congr�s sioniste a encore eu le temps de rejeter le Livre blanc. Les Britanniques mettent leur projet � ex�-</p><p>cution. La loi sur le transfert des terres est promulgu�e. La Palestine est divis�e en trois zones, dont une seulement est ouverte aux achats de terres. Les Juifs protestent encore. Un peu avant la guerre, Roosevelt a d�clar� que, le peuple am�ricain n�ayant pas �t� consult�, les �tats-Unis ne sanction-neront pas le Livre blanc. Taisant malgr� tout leurs revendications, les Juifs combattront l�hitl�risme aux cot�s des Britanniques : en 1943 la � Brigade juive � sera cr��e.</p><p>Depuis la Seconde</p><p>Guerre mondiale</p><p>Malgr� le r�le jou� par les Juifs dans la lutte men�e par les Alli�s, l�immigration demeure interdite. Les bateaux de r�fugi�s errent en mer, repouss�s de partout, et finissent par couler, downloadModeText.vue.download 219 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10174</p><p>comme le Strouma. Si des certificats d�immigration sont accord�s, ils viennent en d�duction du contingent des 75 000 Juifs pour cinq ans, pr�vus par le Livre blanc. L�immigration ill�-</p><p>gale se poursuit cependant, car les Juifs appliquent la boutade de Ben Gourion :</p><p>� Combattre Hitler comme s�il n�y avait pas le Livre blanc ; combattre le Livre blanc comme s�il n�y avait pas Hitler ! �</p><p>En mai 1945, il y a des milliers de r�fugi�s dans les camps allemands : ils veulent, pour la plupart, gagner la Palestine. La Grande-Bretagne, d�sireuse de maintenir son empire colonial, anxieuse de prot�ger ses communications avec ses possessions, cherche � garder l�amiti� des �tats musulmans, � l�heure o� l�Inde et l��gypte r�clament leur ind�pendance. Elle a besoin d�une base en Palestine pour prot�ger le canal de Suez. Tout en encourageant la formation de la ligue arabe elle autorise l�admission de 1 500 Juifs par mois.</p><p>Juifs et Arabes sont �galement m�contents. Les Am�ricains, qui ont besoin des Arabes pour leurs bases a�riennes et leurs concessions p�troli�res, commencent � s�int�resser au ProcheOrient. Ils doivent compter aussi avec la tr�s importante communaut� juive des �tats-Unis. Truman demande donc l�admission de 100 000 � personnes d�-</p><p>plac�es �. Les Britanniques imposent la formation d�une commission mixte d�enqu�te anglo-am�ricaine ; celle-ci publie en mai 1946 un rapport qui recommande le maintien du mandat anglais jusqu�au r�glement de la question par l�O. N. U. On ne doit, dans l�imm�diat, cr�er aucun �tat, mais admettre 100 000 Juifs pour 1946. On pr�voit d�abroger le Livre blanc, ce qui satisfait les Juifs, par ailleurs d��us de ne pouvoir cr�er un �tat. Les Arabes</p><p>font une gr�ve g�n�rale dans leurs diff�rents pays. Les Britanniques, eux, n�acceptent d�obtemp�rer que si les �tats-Unis partagent d�penses et responsabilit�s. Truman aiderait volontiers au transport des Juifs, mais il ne veut pas engager la responsabilit� de son gouvernement sur tout plan de r�-</p><p>glement, et cela d�autant plus que les Arabes ont protest� contre l�ing�rence am�ricaine et ont menac� de reprendre aux Am�ricains leurs concessions p�-</p><p>troli�res si ceux-ci restent favorables aux sionistes. Du c�t� juif, les organisations extr�mistes de l�Irgoun et du groupe Stern r�pondent � la r�pression britannique par des attentats : le 22 juillet 1946, l�explosion de l�h�tel</p><p>� King David �, si�ge de l��tat-major britannique, fait une centaine de victimes. Les Britanniques proclament la loi martiale. Le 31 juillet, le plan Mor-risson (du nom d�Herbert Stanley Mor-risson [1888-1965]) est expos� devant les Communes. Il maintient la supr�-</p><p>matie britannique, dont ne veulent ni les Juifs ni les Arabes, laisse aux Britanniques le gouvernement central, donc le contr�le de l�immigration, et cr�e une province juive comprenant les secteurs d�j� occup�s par les Juifs (4 000 km2), un district des Lieux saints, une province arabe et un secteur</p><p>� neutre � pour les bases britanniques.</p><p>Les provinces juive et arabe auraient l�autonomie administrative.</p><p>Le XXIIe Congr�s sioniste, r�uni � B�le en d�cembre 1946, repousse ce plan ; en attendant, une conf�rence de la table ronde est r�unie � Londres par les Britanniques. On parle de tout, sauf de la solution du probl�me palestinien.</p><p>La lutte devient tr�s vive en Palestine entre la r�sistance juive et la police britannique. Weizmann, d�sapprouv� � cause des m�nagements qu�il souhaite � l��gard de la Grande-Bretagne, d�missionne. C�est Ben* Gourion qui le remplace.</p><p>Apr�s l��chec des conf�rences de la table ronde et le rejet, par les sionistes, de plusieurs plans, les Anglais confient � l�O. N. U. le soin de trouver un arrangement. On admet que l�Agence juive soit repr�sent�e � la r�union extraordinaire de l�Assembl�e g�n�rale de l�O. N. U. � Lake-Success (�tat de</p><p>New York), le 15 mai 1947. On y cr�e l�UNSCOP (United Nations Special Comittee on Palestine), qui publie son rapport en ao�t. Pendant les travaux de la commission, une tr�ve est observ�e et ses membres sont t�moins, � Ha�fa, des incidents qui marquent l�arriv�e de l�Exodus. L�UNSCOP demande la fin, du mandat, la cr�ation de deux �tats ind�pendants li�s par des relations �conomiques et un r�gime sp�cial de contr�le de l�O. N. U. pour J�rusalem.</p><p>Ce projet emporte une grosse majorit� des suffrages et est accueilli favorablement par les Juifs, tandis que les Arabes le repoussent.</p><p>Le 16 d�cembre, � la deuxi�me</p><p>session de l�Assembl�e g�n�rale, � Flushing Meadow Park (New York), le ministre britannique des Colonies annonce qu�il renoncera au mandat et retirera en 1948 son personnel civil et militaire. Les Russes conseillent le partage, et les Am�ricains adoptent les conclusions de l�UNSCOP. Lors du vote du 29 novembre 1947, la majorit� requise des deux tiers est d�pass�e (33 voix contre 13 et 10 abstentions) ; les �tats-Unis, l�U. R. S. S., la France et les �tats de l�Am�rique latine votent pour le partage. Les deux �tats de Palestine doivent acc�der � la souverainet� deux mois apr�s la fin du mandat et l��vacuation des Britanniques fix�e au 1er ao�t 1948. Une commission de cinq membres de l�O. N. U. assurera l�ordre et pr�parera le partage. Les Arabes r�pondent par la gr�ve g�n�rale et la gu�rilla.</p><p>La Haganah, mal arm�e, a � faire face aux attaques des Arabes sur les colonies et les convois. Les Britanniques, neutres en apparence, aident les Arabes et refusent m�me d�assurer la s�curit� de la commission de l�O. N. U., arriv�e le 3 mars 1948. Les milieux militaires et industriels am�ricains, oppos�s � l��tablissement de l��tat juif et domin�s par la crainte de la pr�sence sovi�-</p><p>tique au Moyen-Orient, font demander par leur ambassadeur, Warren Austin (1877-1962), le 19 mars 1948, un r�gime provisoire de tutelle en m�me temps qu�une suspension de la mise en oeuvre du partage. L�O. N. U. ayant refus�, Truman recule, malgr� les pressions des p�troliers. Le roi Abdullah a</p><p>pass� des accords avec l�Iraq, la Syrie et le Liban afin d�avoir les mains libres en Palestine. La L�gion arabe attaque au nord du pays. La Haganah, qui veut s�emparer de la zone pr�vue pour l��tat juif ainsi que de tous les autres territoires o� il y a des �tablissements juifs, lib�re Tib�riade, Ha�fa et la Haute-Galil�e. Le 1er mai, pendant que les arm�es des �tats arabes entrent en lice, le gouvernement de la Palestine cesse ses fonctions, ce qui cr�e un �norme chaos. Cependant, les Juifs font fonctionner un rudiment d��tat juif ; il y a, en effet, depuis mars une assembl�e, dont l�Ex�cutif deviendra plus tard le cabinet de Ben Gourion. Cette assembl�e choisit le nom officiel de l��tat et annonce qu�apr�s la fin du mandat le gouvernement juif entrera en fonctions. Les succ�s militaires de la Haganah font monter la cote d�Isra�l � Lake Success, o� l�on sait que le congr�s sioniste a d�cid� que l��tat sera proclam� le 14 mai.</p><p>Le Haut Comit� arabe exhorte les Arabes de Palestine � quitter le pays.</p><p>Les r�fugi�s gagnent alors la Trans-jordanie, o� on les concentre dans des camps. Ils deviendront des �paves � la charge de l�O. N. U.</p><p>D�s le 1er mai 1948, une admi-</p><p>nistration juive est mise en place. �</p><p>l�O. N. U., les projets de tutelle le disputent � ceux du partage. Les Arabes pr�parent leur invasion. Finalement, dans un climat d�intrigues et de projets dilatoires, les Britanniques annoncent, le 13 mai, la fin du mandat. La L�gion arabe occupe J�richo et Ramallah ainsi que la vieille ville de J�rusalem, tandis que les Syriens, repouss�s de Haute-Galil�e, s�emparent de Michmar ha-Yarden.</p><p>Le vendredi 14 mai, les Britanniques se trouvent tous concentr�s dans la poche d��vacuation et quittent J�rusalem. � Tel-Aviv, le gouvernement provisoire juif pr�pare la proclamation de l��tat d�Isra�l, qui est lue et radiodiffus�e dans le courant de l�apr�s-midi (v. Isra�l).</p><p>La question s�est pos�e, d�s lors, de savoir si les sionistes, dont l�action �tait couronn�e par l�existence de</p><p>l��tat d�Isra�l, avaient encore un r�le � jouer, et si les Juifs de la Diaspora pouvaient s�immiscer dans les affaires de cet �tat. Celui-ci avait besoin du soutien des Juifs du monde entier ; mais il �tait difficile de d�finir les relations nouvelles entre le sionisme, la Diaspora et la nouvelle entit� isra�lienne.</p><p>Les fonctions de chacun et leur champ d�application furent discut�s, d�s avril 1948, par le Comit� d�action sioniste.</p><p>Il y eut des pourparlers entre le gouvernement isra�lien et l�Agence juive : le Parlement vota la loi du statut de l�Organisation sioniste en novembre 1952.</p><p>Le 26 juillet 1954, un r�glement d�termina les modalit�s de la coop�ration. L�Agence juive, dot�e d�une personnalit� juridique et exempt�e de certaines taxes, serait l�organisme charg� de l�immigration, � l��tranger, et du transfert en Isra�l des immigrants et de leurs biens ; elle aiderait � leur absorption, s�occuperait de l�immigration des jeunes, des �tablissements agricoles, de l�achat et de l�am�lioration du sol par l�entremise de ses organisations fonci�res, Keren Kayemet et Keren ha-Yesod ; elle participerait � l�expansion, encouragerait l�investissement en Isra�l des capitaux priv�s, aiderait les entreprises culturelles et �ducatives, fi-nancerait, avec des ressources trouv�es par elle-m�me, ses propres activit�s et, par un comit� bipartite de coordination avec le gouvernement, donnerait son avis sur les projets de loi la concernant elle-m�me.</p><p>Si David Ben Gourion avait �t�</p><p>assez peu favorable au sionisme de la Diaspora, qu�il comparait � un �cha-faudage qui n�a d�utilit� que pendant la construction, son successeur, Levi Eshkol (1895-1969), en fut l�ap�tre.</p><p>Une d�claration de mars 1964 promit solennellement l�assistance de l��tat downloadModeText.vue.download 220 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10175</p><p>pour faire mener � bien le programme d�action de l�Organisation sioniste.</p><p>E. G.</p><p>F Herzl (Theodor) / Isra�l / Palestine.</p><p>S. Levitte, le Sionisme (�d. des Cahiers juifs, 1936). / A. Bein, Introduction au sionisme (trad.</p><p>de l�h�breu, �d. de la Terre retrouv�e, 1938).</p><p>/ I. Cohen, le Mouvement sioniste (�d. de la Terre retrouv�e, 1946). / I. Berlin, The Life and Opinions of Moses Hess (Cambridge, 1959). /</p><p>B. Halpern, The Idea of the Jewish State (Cambridge, 1961). / M. Rodinson, Isra�l et le refus arabe : 75 ans d�histoire (�d. du Seuil, 1968). /</p><p>J. Tsur, la R�volte juive (Plon, 1970).</p><p>Siphonophores</p><p>Sous-classe de Cnidaires hydrozoaires, comprenant des animaux marins colo-niaux, flottant � la surface des mers (Physalie, V�lelle).</p><p>Des colonies aux</p><p>membres tr�s diversifi�s</p><p>Un Siphonophore est form� d�un ensemble de m�duses et de polypes plus ou moins profond�ment modifi�s et dispos�s sur un axe vertical, ou stolon.</p><p>Chez les Calycophores, les plus</p><p>primitifs, la partie sup�rieure montre des cloches natatoires, assimilables � des m�duses ; chez Diphyes, on compte deux cloches semblables, tandis qu�elles sont in�gales chez Abyla ; Muggiaea n�en a qu�une seule, du moins � l��tat adulte, alors que Praya en poss�de plusieurs. Le stolon porte des groupes �tages de polypes polymorphes, les cormidies. Chaque cormidie comprend un polype nourricier (gastrozo�de), muni d�un filament p�-</p><p>cheur porteur de cnidocystes urticants, un polype excr�teur (cystozo�de), deux polypes reproducteurs, un de chaque sexe (gonozo�des), et un polype protecteur, aplati en bouclier (aspidozo�de).</p><p>Les Physophores, plus �volu�s,</p><p>ont, � la place de la cloche sup�rieure, un flotteur (pneumatophore) rempli d�un m�lange d�oxyg�ne et d�azote.</p><p>Contrairement aux Calycophores, leur stolon ne se r�tracte pas dans la cloche sup�rieure. Longtemps rang�s dans les Physophores, les V�lelles et les Por-pites forment maintenant un groupe � part : sous un gros flotteur cloisonn� en forme de disque s�ins�rent des filaments p�cheurs et des gonozo�des autour d�un gastrozo�de unique et cen-</p><p>tral ; la colonie est assimilable � un organisme dont les polypes diff�renci�s seraient les organes.</p><p>Adaptation �</p><p>la vie p�lagique</p><p>Les Siphonophores sont r�pandus dans toutes les mers chaudes. Beaucoup forment d�immenses bancs flottants, entra�n�s passivement par les courants ou par les vents, si bien qu�en d�pit de leur grande taille il convient de les consid�rer comme des �tres planctoniques ; avec leur flotteur bleu-violet mesurant 4 cm de diam�tre et surmont� par une lame triangulaire, les V�lelles simulent de minuscules voiliers couvrant la mer � perte de vue ; l��norme flotteur des Physalies atteint une trentaine de centim�tres de long et se signale par la richesse de ses teintes iris�es, surmontant un bouquet de tentacules violac�s qui peuvent s��tirer sur plusieurs m�tres ; en se contractant, le pneumatophore chasse une partie du gaz qu�il contient par un pore et permet l�immersion temporaire de l�animal. Les petites formes (Abyla, Diphyes) ex�cutent des mouvements actifs de nage par la contraction de leurs cloches.</p><p>Une curieuse adaptation � la vie flottante appara�t chez les V�lelles par la r�alisation d�une v�ritable respiration a�rienne : un r�seau de trach�es ramifi�es parcourt les parois du flotteur et puise l�air contenu dans ses chambres annulaires.</p><p>Nutrition et</p><p>action du venin</p><p>La plupart des Siphonophores se nourrissent � partir du menu plancton qui les entoure. Les formes de grande taille sont capables de capturer des Poissons � l�aide de leurs filaments p�cheurs, au venin paralysant, puis de les dig�rer dans leurs gastrozo�des ; la Physalie est bien connue pour un tel comportement, mais cela n�emp�che pas un T�l�os-t�en du genre Nomeus, apparemment immunis�, de vivre en commensal au milieu des tentacules et un autre Poisson (Chaetodipterus) de la d�vorer.</p><p>Le contact des Physalies provoque chez l�Homme des br�lures d�sa-gr�ables et un engourdissement tem-</p><p>poraire du membre atteint. L�injection de la toxine extraite des tentacules entra�ne une anesth�sie rapide des Oiseaux et des Rongeurs utilis�s ; c�est d�ailleurs en exp�rimentant sur le Pigeon qu�en 1901 Paul Portier et Charles Richet s�engag�rent vers la d�couverte historique du ph�nom�ne d�anaphylaxie (sensibilisation rendant la seconde piq�re plus grave).</p><p>Reproduction et</p><p>d�veloppement</p><p>Chez les Calycophores, les cormidies les plus anciennes se d�tachent en emportant les gonozo�des m�rs ; elles subissent diverses modifications morphologiques et ont re�u le nom d�eudoxies ; elles assurent la diss�mination de l�esp�ce ; riches en vitellus, les oeufs subissent une segmentation totale et donnent une larve planula, � partir de laquelle se forme une nouvelle colonie. Chez les Physophores, il n�y a pas d�eudoxies ; les produits g�nitaux sont �mis � partir de petites m�duses libres.</p><p>Dans le cas de la V�lelle, les m�duses qui se forment sur la colonie sont appel�es Discomitra ; en se lib�rant, elles deviennent des Chrysomitra ; l�oeuf qui en d�rive donne deux stades larvaires successifs (Conaria, puis Rotaria), � partir desquels s��labore la colonie adulte.</p><p>M. D.</p><p>F Allergie / Coelent�r�s.</p><p>G. Tr�gouboff et M. Rose, Manuel de planc-tonologie m�diterran�enne (C. N. R. S., 1957 ; 2 vol.).</p><p>Sir�niens</p><p>Ordre de Mammif�res exclusivement aquatiques vivant sous les tropiques.</p><p>Les Sir�niens ont un corps allong�, fusiforme, tr�s effil� vers l�arri�re, presque sans poils et termin� par une nageoire caudale bilob�e aplatie horizontalement.</p><p>La t�te est grosse, sph�ro�dale, � museau large, court, �pais et tronqu�, portant deux narines en demi-lune pouvant s�obturer volontairement. La bouche est plut�t petite, les l�vres sont cou-</p><p>vertes de tr�s longs poils tactiles, les gencives sont recouvertes de plaques corn�es masticatrices, les yeux sont petits ; les Sir�niens n�ont pas d�oreilles externes.</p><p>Les membres ant�rieurs ont cinq</p><p>doigts, souvent sans ongle ; le pouce n�a qu�une seule phalange. Les membres post�rieurs ont disparu. La ceinture pelvienne est r�duite � quelques stylets osseux.</p><p>Les mamelles sont pectorales, et l�ut�rus est bicorne.</p><p>Les Sir�niens comprennent trois familles : les Dugongid�s (les Dugongs), les Trich�chid�s (les Lamantins), les Rhytinid�s (les Rhytines).</p><p>y Les Dugongs (famille des Dugongid�s). Ce sont des animaux longs de 3 m pour un poids de 200 � 250 kg.</p><p>Ils ont le nez busqu� ; la bouche est en position inf�rieure. Les m�choires sup�rieure et inf�rieure portent des plaques corn�es qui recouvrent les vestiges de quatre incisives. Les m�les ont une incisive sup�rieure � croissance continue et allong�e en d�-</p><p>fense ; ils poss�dent cinq ou six paires de molaires, dont deux seulement sont fonctionnelles en m�me temps.</p><p>On compte un seul genre de Dugong et plusieurs sous-esp�ces g�ographiques, dont l�habitat est indopaci-fique. On rencontre les Dugongs pr�s des c�tes orientales africaines, de la mer Rouge jusqu�� Madagascar, les Comores et l��le Maurice, et pr�s des c�tes de l�Inde, de l�Indochine et des Philippines. Ils vivent dans de grands herbiers pour y manger des v�g�taux, dont ils se nourrissent exclusivement (herbes et Algues).</p><p>y Les Lamantins (famille des Trich�-</p><p>chid�s). De taille plus grande que les Dugongs (4,50 m) et d�un poids de 600 kg, ils s�en distinguent par une nageoire caudale en forme de palette arrondie. Ils ont aussi des plaques corn�es qui occupent la partie ant�rieure des m�choires et recouvrent ainsi les dents ant�rieures atrophi�es.</p><p>Ils poss�dent � la m�choire sup�-</p><p>rieure deux incisives, dont la premi�re est lact�ale et la seconde permanente.</p><p>� la mandibule, la plaque masticatrice recouvre trois incisives, une canine et deux molaires lact�ales.</p><p>Les Lamantins vivent tout le long des c�tes ouest d�Afrique, fr�quentant les baies, les anses, les estuaires et remontant les grands fleuves S�n�gal, Niger, Congo. On les trouve aussi le long de la c�te ouest des Am�riques, depuis le Texas et la Floride jusqu�au Br�sil ; ils remontent l�Amazone, l�Or�noque et l�Uruguay.</p><p>Ces animaux ont des mamelles</p><p>pectorales. Les femelles ont un petit seulement, qu�elles soignent avec une grande sollicitude. Pour allaiter son petit, la m�re tient celui-ci dans ses bras contre sa poitrine et prend la position verticale, comme le font les humains, en s�appuyant sur le fond, dans les r�gions peu profondes. C�est probablement pour cette raison que ces animaux ont �t� appel�s Sir�niens.</p><p>y Les Rhytinid�s. Cette famille</p><p>n�existe plus. Elle n��tait repr�sent�e que par une seule esp�ce, la Rhytine de Steller (Rhytina gigas), qui vivait dans le Pacifique Nord, fr�quentait les �les du d�troit de B�ring et passait dans les herbiers c�tiers. Cette downloadModeText.vue.download 221 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10176</p><p>esp�ce a �t� extermin�e par l�Homme au XVIIIe s. ; la derni�re capture remon-terait � 1763.</p><p>La Rhytine de Steller �tait le Sir�-</p><p>nien le plus long (de 7 � 8 m) ; elle �tait couverte de poils tr�s fins et avait une peau rugueuse. Certains p�cheurs so-vi�tiques croient avoir vu des Rhytines sur le littoral d��lots inhabit�s.</p><p>P. B.</p><p>F. Bourli�re, le Monde des Mammif�res (Horizons de France, 1954). / F. Petter, les Mammif�res (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1963).</p><p>/ R. Lavocat, Histoire des Mammif�res (�d. du Seuil, coll. � Microcosme �, 1967).</p><p>Sisley (Alfred) F IMPRESSIONNISME.</p><p>sismologie</p><p>Science des tremblements de terre.</p><p><strong>Introduction</strong></p><p>On distingue la sismologie proprement dite, qui a trait aux s�ismes naturels, et la sismologie exp�rimentale, qui se fait � partir de chocs ou d�explosions provoqu�s. La sismologie proprement dite comprend elle-m�me :</p><p>� l��tude des s�ismes, de leurs m�canismes de formation, de d�clenchement, ainsi que des diverses questions qui en d�coulent, telles que la pr�vision des catastrophes li�es aux tremblements de terre, la d�termination des zones de sismicit�, les �tudes techniques destin�es � d�terminer, � d�finir et � normaliser administrativement les types de construction (habitations, barrages hydro�lectriques, ouvrages d�art, etc.) capables de r�sister aux secousses telluriques et que l�on doit rendre obligatoires dans les zones pr�vues comme dangereuses ;</p><p>� l��tude de leurs conditions de propagation (� ondes sismiques �), qui peuvent aussi jouer un r�le important pour certaines des questions pr�c�-</p><p>dentes, mais qui seront surtout utilis�es � des fins plus g�n�rales, en tant, notamment, que moyen particuli�rement efficace pour acqu�rir des connaissances sur la constitution et les propri�t�s fondamentales de l�int�rieur de notre globe.</p><p>Il est logique de rattacher �galement � la sismologie l��tude technique des moyens (instruments et m�thodes) que l�on met en oeuvre pour d�tecter, enregistrer et analyser les s�ismes. C�est l�objet de la sismom�trie.</p><p>S�ismes</p><p>Sous l�appellation usuelle de tremblements de terre, les s�ismes importants (en raison de leur proximit� ou de leur intensit� propre) peuvent constituer</p><p>de grandes catastrophes naturelles, les d�g�ts et les victimes d�pendant aussi, en grande part, de la densit� des populations, du type de construction qui les abrite et de circonstances indirectes : incendies, inondations (ruptures de barrages), raz de mar�e (s�ismes sous-marins), etc. Rappelons, parmi les s�ismes les plus meurtriers, celui qui d�truisit Lisbonne le 1er novembre 1755, caus� probablement par des fissures et des glissements sous-oc�aniques au sud-ouest du Portugal.</p><p>Le Maroc fut �galement profond�ment affect�, et un raz de mar�e gigantesque</p><p>� ou � tsunami �, ainsi qu�on le d�-</p><p>nomme au Japon et dans les archipels du Pacifique, o� il est particuli�rement redout� � ravagea toutes les c�tes sur des milliers de kilom�tres, y englou-tissant les habitants. Plus r�cemment, dans les destructions de San Francisco (1906), de T&#x14D;ky&#x14D; et de Yokohama</p><p>(1923), le feu (d�clench� par rupture des canalisations de gaz) fut le principal agent d�vastateur, alors qu�� T&#x14D;ky&#x14D;, en 1933, ce fut le tsunami, associ� au s�isme. Le Gansu (Kan-sou), en 1920, l�Assam, en 1950, le Chili, en 1960, furent �galement l�objet de grandes catastrophes. On citera encore l�Alg�rie (r�gion d�Orl�ansville [auj.</p><p>El-Asnam]) en 1954, le Maroc avec Agadir en 1960, la Yougoslavie avec Skopje en 1963, l�Alaska en 1964 ; mais de nombreux s�ismes destructeurs ont affect� aussi diverses r�gions de l�Asie Mineure (Turquie en 1939, Iran en 1962) et de l�Am�rique du Sud, notamment le P�rou, le 31 mai 1970.</p><p>Les �tudes sur les conditions de rupture ou de d�formation des ouvrages d�art (immeubles, ponts, routes, voies ferr�es) renseignent sur la nature des efforts exerc�s (d�placements, acc�l�-</p><p>rations du sol, etc.) et sur les normes de � construction parasismique � � adopter pour les r�gions du globe �</p><p>� degr� de sismicit� � �lev�. Quant � l�examen des d�formations du sol (failles, d�nivellations, affaissements), il fournit des indications pr�cieuses sur le m�canisme des s�ismes. Dans le m�me esprit se placent les enqu�tes faites aupr�s de l�ensemble des populations concern�es par tout s�isme important, alors que le d�pouillement</p><p>des mesures, tr�s pr�cises, que l�on fait sur les enregistrements obtenus dans les diff�rents observatoires sp�cialis�s, permettent de d�terminer avec une tr�s grande certitude l��picentre et le foyer de tout s�isme, et cela quelles que soient sa force (au-dessus d�un seuil qui peut �tre tr�s faible) et sa position g�ographique (il peut �tre �loign�, par exemple, de toute r�gion habit�e ou situ�e en mer).</p><p>Pr�cisons les notions pr�c�dentes.</p><p>Le foyer est le point o� commence le ph�nom�ne de rupture (dans le sol, � une profondeur en g�n�ral inf�rieure � 70 km � s�ismes � normaux � �, mais parfois tr�s sup�rieure, allant jusqu�� 700 km � s�ismes � profonds �), sa projection verticale sur le sol donnant l��picentre correspondant (fig. 1). Bien entendu, un foyer ne peut pas �tre strictement ponctuel, et il arrive qu�il rev�te une certaine �tendue (notamment si l��branlement origine est une faille ou un glissement) ou qu�il soit multiple (en plus ou moins bon synchronisme). � la nature complexe des m�canismes au foyer (dont l��claircissement est un des objectifs de la sismologie), il convient, tr�s probablement, de rattacher les secousses multiples downloadModeText.vue.download 222 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10177</p><p>(par exemple deux chocs � 40 minutes d�intervalle l�un de l�autre pour la catastrophe de Lisbonne, suivis, une heure plus tard, par un troisi�me choc, destructeur au Maroc). Une question difficile reste la d�finition de la force du s�isme. Empiriquement, on utilise l�� �chelle unifi�e � de Gutenberg (du nom du physicien am�ricain Beno</p><p>Gutenberg), qui donne une magnitude allant de 0, pour les plus petits s�ismes d�celables, jusqu�� 8 ou 9 pour ceux qui causent de grandes catastrophes.</p><p>On a tent� de relier cette valeur � une grandeur physique bien d�finie, telle que l��nergie E lib�r�e par le foyer.</p><p>D�signant par M la magnitude pr�c�-</p><p>dente, on a pos�</p><p>log E = 5,8 + 2,4 M,</p><p>expression dans laquelle E est exprim� en ergs. On a cherch� aussi � trouver la r�partition spectrale de l��nergie totale dans l��tendue de la bande spectrale de fr�quences suivant lesquelles les ondes sismiques engendr�es au voisinage imm�diat du foyer se mettent � rayonner. C�est un probl�me d�licat.</p><p>imparfaitement r�solu, mais diverses lois de variations de cette r�partition en fonction de la profondeur du foyer ont �t� trouv�es, ainsi que celles qui permettent de distinguer � grande distance l�effet des s�ismes naturels de ceux des explosions artificielles. La somme des �nergies lib�r�es par les s�ismes pour une r�gion d�termin�e pourrait donner une mesure quantitative de la sismicit� de cette r�gion. Cette op�ration n��tant pas, pour l�instant, praticable, cette sismicit� reste �valu�e � partir de consid�rations tectoniques, notamment celles qui font intervenir les zones, ou ceintures, de fractures (� ceintures sismiques �). Diverses cartes mondiales de ces zones ont �t� �tablies. Ce sujet est li� aux th�ories actuelles sur les relations m�caniques et �nerg�tiques entre cro�te et manteau de notre globe, notamment celles qui sont relatives � la</p><p>� tectonique des plaques � et � la � d�-</p><p>rive des continents � (v. Terre).</p><p>La pr�vision des s�ismes tient</p><p>compte tout d�abord, bien entendu, des conditions de sismicit� et de leur �volution s�culaire �ventuelle, cherchant notamment � interpr�ter la fa�on dont la lente accumulation de tensions et d��nergie dans le sol peut conduire � des ruptures brusques d��quilibre.</p><p>On recherche tout signe avant-coureur � long, � moyen et � court terme.</p><p>On para�t �tre sur la voie de diverses m�thodes rationnelles (changements dans les propri�t�s magn�tiques de la r�gion, enregistrement permanent des �tats de tension ou des microd�formations du sol), mais les indices observ�s sont, en g�n�ral, trop faibles pour �tre s�rs, et, surtout, on ne peut pratiquer en permanence une telle surveillance sur de vastes �tendues. On ne peut donc esp�rer pr�voir un s�isme que l� o� il serait d�j� plus ou moins attendu.</p><p>Ondes sismiques</p><p>Ce sont des ondes m�caniques (fig. 2)</p><p>qui se propagent � partir du foyer sous forme d�oscillations qui peuvent �tre re�ues tr�s loin � la surface du globe (si des � stations sismiques � bien �quip�es y sont install�es), et cela en trois groupes ou trains successifs : dans le premier groupe sont enregistr�es les ondes P, qui sont des ondes longitudinales de compression-d�compression, telles que celles que peuvent transmettre tous les fluides ; le deuxi�me groupe est constitu� par les ondes S, ondes transversales (par rapport � la direction de propagation), donc telles que peuvent seuls les transmettre des corps � l��tat solide ; le troisi�me groupe est consid�r� comme �tant un m�lange de deux types voisins d�ondes de surface.</p><p>Ces ondes restent, au cours de leur propagation, tr�s pr�s de la surface du sol, � l�int�rieur duquel elles ne peuvent p�n�trer que suivant une loi de d�croissance rapide, exponentielle. Ce sont les ondes de Love (du nom du physicien britannique A. E. H. Love) et les ondes de Rayleigh (du nom du physicien britannique J. W. S. Rayleigh). Restant en surface, elles n�y subissent qu�un faible amortissement, ce qui fait qu�on les re�oit avec des amplitudes tr�s su-p�rieures � celles des ondes de volume, et elles sont parfois encore d�tectables apr�s avoir fait plusieurs fois le tour de la Terre.</p><p>Ces trois types d�ondes sont tous utilisables pour les d�terminations de la constitution interne du globe terrestre : les ondes de surface nous renseignent sur la cro�te, parfois jusqu�au manteau ; les ondes de volume ne retournent � la surface qu�apr�s avoir subi � l�int�rieur de la Terre des trajets plus ou moins profonds, pouvant, de plus, comporter un certain nombre de r�flexions et de r�fractions. La reconstitution de ces trajets (rendue possible par la coordination des d�pouillements faits en de nombreux observatoires) a permis de pr�ciser la profondeur des surfaces de discontinuit�s concentriques qui limitent les diverses r�gions internes du globe. On a pu ainsi se repr�senter la cro�te, le manteau et le noyau (fig. 3).</p><p>En ce qui concerne ce dernier, le fait reconnu que sa partie externe ne permettait pas la propagation des ondes transversales a confirm� que ses propri�t�s devaient �tre assimil�es � celles d�un �tat liquide. Mais cela cesse d��tre valable pour la partie plus interne de ce noyau.</p><p>downloadModeText.vue.download 223 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10178</p><p>Les ondes engendr�es par des chocs artificiels (au moyen de charges explosives en g�n�ral) ne sont pas fonci�rement diff�rentes, en principe, des ondes sismiques naturelles. Elles ont l�avantage de se propager � partir d�un foyer connu a priori et choisi g�ographiquement en fonction des investigations poursuivies, mais dont la profondeur reste assez r�duite, la charge explosive �tant enterr�e pr�s de la surface, dispos�e dans des puits ou des galeries de mines, etc. Leur mise en action s�est d�velopp�e pour l��tude de la cro�te et de sa jonction avec le manteau, et pour l��lucidation des probl�mes que posent les racines des montagnes. On op�re souvent par profils sismiques s��tendant sur plusieurs centaines de kilom�tres. C�est l� une des m�thodes types de la sismologie exp�rimentale. Dans le cas d�une explosion nucl�aire, les ondes �mises se comportent � grande distance d�une fa�on peu diff�rente de celle d�ondes naturelles. Les vibrations propres, naturelles de la Terre peuvent aussi �tre ainsi excit�es. Une question controvers�e est celle des interactions possibles entre de telles explosions et le d�clenchement qu�elles seraient susceptibles de provoquer relativement � des s�ismes naturels � potentiels �.</p><p>Se rattachant � la sismologie exp�-</p><p>rimentale, rappelons les m�thodes de prospection* sismique qui ne mettent en jeu que des �nergies relativement faibles.</p><p>Sismom�trie</p><p>L�enregistrement des s�ismes faibles ou lointains demande : 1o le choix d�un site non perturb� (o� sera �tabli l�observatoire ou la station sismique) ;</p><p>2o l�installation d�appareils tr�s sensibles aux vibrations naturelles du sol (prot�g�s des vibrations parasites environnantes), les sismographes.</p><p>Le principe fondamental d�un sismographe est fond� sur les propri�-</p><p>t�s des forces d�inertie. Sauf l� o� un s�isme peut �tre destructeur, les mouvements du sol lors du passage des ondes sismiques sont en g�n�ral tr�s petits et demandent de plus un rep�re non li� rigidement � eux permettant des mesures absolues. Ils sont, en premi�re approximation, des translations, et un tel rep�re est fourni indirectement par l�inertie d�une masse importante, rendue mobile avec (au moins) un degr� de libert� par rapport � un b�ti rigidement li� au sol. Le mouvement relatif qui en r�sulte, et que l�on peut facilement amplifier, permet de remonter � la composante de la translation dans la direction correspondante.</p><p>Tr�s sch�matiquement, d�signant</p><p>par X l�abscisse de cette composante sismique (mouvement du sol par rapport � une origine � fixe � quelconque) et par x l�abscisse du mouvement relatif d�fini ci-dessus, ce dernier, hormis l��tat de repos, sera en g�n�ral du type d�un mouvement oscillatoire amorti, dont on pourra observer soit les oscillations propres, soit des oscillations de couplage, suivant que le b�ti lui-m�me sera immobile ou lui transmettra, au contraire, les impulsions d�un s�isme. L��quation diff�rentielle du mouvement pourra donc s��crire (en mettant dans le premier membre ce qui concerne le mouvement propre et dans le second membre ce qui transmet le couplage)</p><p>F �tant un coefficient d�amortissement, C une constante de rappel, les notations d�signant les d�riv�es</p><p>premi�res et secondes, respectivement, des variables x et X par rapport au temps, Ix et IX �tant deux coefficients constants qui caract�risent l�inertie du syst�me oscillant vis-�-vis, respectivement, des mouvements en x et en X.</p><p>Dans le cas le plus simple, on aurait Ix = IX = M, masse de ce syst�me, et repr�senterait la force motrice � laquelle serait soumise, dans un r�f�-</p><p>rentiel fixe, � l�instant t, la masse M</p><p>(puisque son acc�l�ration absolue serait ). Mais, en fait, la complication introduite par les liaisons entre les deux parties du sismographe (par exemple, le fait que est appliqu�, dans un type classique de sismographe, au point de suspension d�une masse pendulaire et non pas � la masse du pendule elle-m�me) rend les deux termes de la diff�rence pr�c�dente plus complexes sans changer fondamentalement leurs significations.</p><p>On voit donc que le s�isme intervient directement par son acc�l�ration instantan�e. Cependant, diverses formes sont possibles pour l�exploitation de l��quation pr�c�dente. C�est ainsi que l�on peut (en ne prenant comme exemple que trois cas extr�mes) r�-</p><p>duire le premier membre � un seul de ses trois termes (en rendant les deux autres quantitativement n�gligeables).</p><p>On aura successivement ainsi :</p><p>cas 1 : ce qui permet,</p><p>par int�gration r�p�t�e, d�avoir une mesure de X par celle de x (un tel sismographe mesurera donc directement les d�placements du sol) ;</p><p>cas 2 : ce qui, par</p><p>int�gration simple, permettra une mesure de la vitesse des mouvements du sol, soit</p><p>cas 3 : ce qui,</p><p>sans int�gration, donnera directement l�acc�l�ration des mouvements du sol La r�ponse des appareillages usuellement employ�s est, en g�n�ral, complexe, mais, en gros, les sismographes classiques d�observatoire r�pondent plus ou moins au cas 1 et mesurent donc les d�placements du sol, alors qu�en prospection sismique c�est plut�t du cas 3 que les r�alisations s�approchent. On a donc, en fait, des acc�l�rom�tres (appel�s g�ophones en prospection sismique).</p><p>Une station sismique compl�te doit, en d�finitive, assurer la mesure des translations suivant trois axes trirec-tangles : deux directions horizontales et une direction verticale. On distingue ainsi des sismographes horizontaux et</p><p>des sismographes verticaux.</p><p>Nous n�insistons pas sur la grande vari�t� des possibilit�s d�amplification et d�enregistrement des signaux d�tect�s par les sismographes. Citons les sismographes �lectromagn�tiques, dans lesquels les mouvements x sont transform�s en tensions �lectriques par un ph�nom�ne d�induction. Toutes sortes de transformations des signaux sont ensuite possibles, tels des enregistrements analogiques ou digitaux sur bandes magn�tiques, etc.</p><p>E. S.</p><p>F. de Montessus de Ballore, la G�ologie sismologique (A. Colin, 1924). / J. P. Roth�, les Tremblements de terre (Flammarion, 1942) ; S�ismes et volcans (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1946 ; 6e �d., 1973). / B. Gutenberg et C. F. Richter, G�ographie des tremblements de terre (Impr. alsacienne, Strasbourg, 1950).</p><p>/ J. Coulomb, la Constitution physique de la Terre (A. Michel, 1952). / C. F. Richter, Elementary Seismology (San Francisco, 1958). /</p><p>F. Duclaux, S�ismom�trie pratique (Gauthier-Villars, 1960). / P. Rousseau, les Tremblements de terre (Hachette, 1961). / H. Tazieff, Quand la terre tremble (Fayard, 1962). / J. Coulomb et G. Jobert (sous la dir. de), Trait� de g�ophysique interne, t. I : Sismologie et pesanteur (Masson, 1973).</p><p>Sismondi</p><p>(L�onard</p><p>Simonde de)</p><p>F �CONOMIQUE (science).</p><p>Six (groupe des)</p><p>R�union de musiciens fran�ais qui prit naissance � la fin de la Premi�re Guerre mondiale.</p><p>Origines</p><p>La premi�re repr�sentation, au th��tre du Ch�telet, le 18 mai 1917, de Parade, � ballet r�aliste � compos� par Erik Satie* sur un argument de Jean Cocteau* et dont Picasso* avait dessin� les d�cors et les costumes, ne devait pas marquer seulement la reprise d�activit� des Ballets* russes de Serge de Diaghilev. Trois ann�es de guerre</p><p>avaient interrompu toute cr�ation.</p><p>Parade signifiait un nouveau d�part.</p><p>Unissant plus que jamais la musique, la litt�rature et les arts plastiques, la partition, premi�re �quivalence sonore du cubisme*, empruntait au cirque et au music-hall ; l�orchestre comportait des trompes d�auto, une roue de la chance et des ... machines � �crire ! Cet anticonformisme, propre � Satie, scanda-lisa les � bien-pensants � ; il souleva d�enthousiasme une jeunesse en r�bellion ouverte contre des a�n�s qu�elle tenait pour responsables de l�horrible, de l�interminable conflit mondial et de sa cons�quence in�vitable : le black-out intellectuel.</p><p>Des compositeurs tinrent � hono-</p><p>rer Cocteau et Satie. Le 6 juin 1917, 22, rue Huygens, dans l�atelier du peintre �mile Lejeune, on entendit, outre Parade, jou� � quatre mains par l�auteur et Juliette Meerowitch, des m�lodies d�Arthur Honegger*, un trio de Georges Auric (n� en 1899) et, pour la premi�re fois, une oeuvre de Louis Durey (n� en 1888), Carillons.</p><p>� ces trois musiciens devaient se lier tour � tour Germaine Tailleferre (n�e en 1892), Darius Milhaud* et Francis Poulenc*. Tous � sauf Honegger �</p><p>reconnaissaient leur � p�re spirituel �</p><p>en Erik Satie, qui les baptisa plaisamment les � Nouveaux Jeunes �.</p><p>D��troits liens d�amiti� unissaient ces cr�ateurs d�origine, de temp�rament et de formations tr�s divers. Quoi de commun, en effet, entre la massivit� al�manique d�Honegger ou m�diterran�enne de Milhaud, la m�lancolie et la gouaille parisiennes de Poulenc, les impertinences mondaines d�Auric, la d�licatesse f�minine de Germaine Tailleferre, les subtilit�s discr�tes de Durey ? Mais tous �taient anim�s d�un m�me besoin de renouveler le langage musical en l�arrachant � un debus-sysme sans issue, � un postromantisme downloadModeText.vue.download 224 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10179</p><p>� jamais d�pass�. Cocteau, dans le Coq et l�Arlequin (1918), se fit leur porte-parole. L�id�e de se compter ne leur</p><p>�tait jamais venue. Un critique s�en chargea.</p><p>Historique</p><p>En janvier 1920, Henri Collet intitulait sa chronique de Comoedia � Erik Satie, les cinq Russes et les six Fran�ais �. Il y avait quelque t�m�rit� � placer sur un m�me pied les ma�tres russes avec de jeunes Fran�ais qui d�butaient � peine dans la carri�re. Ces � Six � rencontr�s la veille chez Milhaud auraient, d�ailleurs, pu �tre sept si Roland-Manuel n�avait �t� retenu par ses obligations militaires, voire davantage, d�autres compositeurs de leur g�n�ration devant afficher des tendances voisines, tels Jacques Ibert ou Marcel Delannoy.</p><p>Avec pour h�raut d�armes Jean Cocteau, ils furent rapidement tenus pour d�ins�parables frondeurs, mais la vogue de leur groupe fut de courte dur�e, le culte du pied de nez, attitude forc�ment momentan�e, ne pouvant gu�re d�boucher sur un credo esth�tique !</p><p>Apr�s avoir fait para�tre chez l��diteur D�mets l�Album des Six pour piano, ils compos�rent en 1921, sur un argument de Jean Cocteau, un ballet, les Mari�s de la tour Eiffel. La d�fection, en derni�re minute, de Durey, qui abandonna � Germaine Tailleferre la composition de la Valse des d�p�ches, mit un terme aux oeuvres collectives.</p><p>Le succ�s de l�oratorio le Roi David d�Honegger consacrait, en cette m�me ann�e 1921, la lassitude du public pour toute ostentation. Les � Six � ne devaient plus se manifester ensemble qu�� l�occasion d�anniversaires de leur groupe. Si tous sont rest�s li�s d�amiti�, chacun d�sormais suivra sa voie avec des divergences que la maturit� ne fera qu�accentuer.</p><p>Esth�tique</p><p>La production des � Six � constitue l��pine dorsale de la production musicale fran�aise d�entre les deux guerres.</p><p>Ce fait naturellement admis, certains n�en ont pas moins s�v�rement critiqu� leur pr�tendue indiff�rence, leur hostilit� m�me � l��gard des �trangers �</p><p>Arnold Sch�nberg, Alban Berg, Anton von Webern, B�la Bart�k �, qui reprenaient le flambeau d�tenu auparavant</p><p>par la France de Debussy et de Ravel.</p><p>Mais de quelle indiff�rence, par exemple, peut-on accuser envers</p><p>Sch�nberg Louis Durey, qui, d�s</p><p>1914, dans son cycle vocal l�Offrande lyrique, en avait, le premier en France, profond�ment subi l�emprise ? ou Honegger, qui s�en r�clamait ? ou Milhaud et Poulenc, qui lui furent personnellement li�s ?</p><p>En v�rit�, le message des Viennois et de Bart�k n�offrait rien de commun avec la folle gaiet� et l�irr�v�rence nar-quoise exprim�es � la m�me �poque par la musique fran�aise.</p><p>Apr�s I. Stravinski, S. S. Prokofiev devait trouver en France meilleur accueil, de m�me que certains folklores �trangers, notamment de l�Am�rique du Sud comme de l�Am�rique du Nord.</p><p>Le principal m�rite des � Six � � et de leurs contemporains, d�ailleurs � reste d�avoir, apr�s Debussy, fait oeuvre, certes moins r�volutionnaire, partant de port�e moins universelle, mais cependant originale et exempte de tout �pigonisme.</p><p>F. R.</p><p>F Cocteau (Jean) / Honegger (Arthur) / Milhaud (Darius) / Poulenc (Francis) / Satie (Erik).</p><p>J. Bruyr, l��cran des musiciens (Cahiers de France, 1 931). / P. Landormy, la Musique fran�aise apr�s Debussy (Gallimard, 1943). /</p><p>A. Gol�a, Georges Auric (Ventadour, 1958). /</p><p>F. Robert, Louis Durey, l�a�n� des � Six � (�d. fr.</p><p>r�unis, 1968). / J. Harding, The Ox on the Roof (Londres, 1972).</p><p>Six dynasties</p><p>(Trois Royaumes et)</p><p>P�riode politiquement troubl�e de l�histoire de la Chine* (220-580), qui voit l��laboration des bases de l�art pictural et le d�veloppement de la sculpture.</p><p>La pression des populations bar-</p><p>bares du Nord et du Nord-Ouest, la r�volution des � Turbans jaunes �, la guerre civile qui s�ensuit bouleversent le monde chinois. La Chine est alors partag�e en deux : au nord, les Barbares et le royaume des Wei ; au sud,</p><p>les dynasties chinoises, avec Jiankang (Kien-k�ang ; sur le site de l�actuelle Nankin), leur capitale, qui devient un centre culturel attirant une pl�iade d�artistes et d�hommes de lettres. La soci�t� chinoise est profond�ment transform�e, l�ordre confuc�en s�effondre, les intellectuels se r�fugient dans le tao�sme, tandis que le bouddhisme se r�pand dans toute la Chine, nouant ainsi un puissant lien entre le Nord et le Sud.</p><p>La nouvelle foi, petit � petit assimil�e gr�ce aux traductions et aux commentaires des textes, donne naissance � la grande sculpture chinoise.</p><p>En 353, aux confins de l�Asie centrale, commence l�am�nagement des grottes de Dunhuang (Touen-Houang*), o�</p><p>l�influence indienne, enrichie par les apports de l�Afgh&#x101;nist&#x101;n et de l�Asie centrale, se manifeste dans les fresques qui ornent les parois des sanctuaires.</p><p>Mais c�est au monast�re de Yungang (Yun-kang), am�nag� � partir de 460</p><p>dans le nord du Sh&#x101;nxi (Chan-si), que le sculpteur chinois, apr�s s��tre inspir� des mod�les de l�art gr�co-bouddhique (v. G&#x101;ndh&#x101;ra), apporte dans la r�alisation des types traditionnels du Bouddha ou des bodhisattvas une force et une sensibilit� qui, dans leur sch�-</p><p>matisme lin�aire, conf�rent � ceux-ci un aspect �mouvant.</p><p>Les Wei du Nord d�cident de trans-f�rer leur centre politique et administratif � Luoyang (Lo-yang), au Henan (Ho-nan), en 494. � proximit� de cette ville sont aussit�t creus�s de nouveaux sanctuaires, o� la plastique chinoise affirme un hi�ratisme et une intensit� d�expression saisissants. Les corps � peine esquiss�s, l��longation des formes, le sourire mystique traduisent une grande spiritualit� et une infinie douceur. D�s le milieu du VIe s., le style de la sculpture bouddhique �volue, les sculpteurs donnent � leurs personnages une nouvelle solidit�, le corps acquiert une pl�nitude qui aboutira au puissant model� de la statuaire de l��poque Tang (T�ang*).</p><p>La sculpture non bouddhique, d�un r�alisme stylis� en parfait accord avec les tendances de l��poque, atteint alors son apog�e dans la repr�sentation des</p><p>animaux gardiens en ronde bosse, de dimensions monumentales, qui bordent les all�es fun�raires des s�pultures imp�riales de Nankin, tout particuli�-</p><p>rement dans celle des lions ail�s aux reins cambr�s et au poitrail gonfl�.</p><p>La peinture des Six Dynasties nous est principalement connue par le c�-</p><p>l�bre rouleau sur soie intitul� Conseils de la monitrice aux dames du palais, attribu� � Gu Kaizhi (Kou K�ai-tche*) et connu par une copie ancienne du British Museum. Entrecoup� de textes, il comprend neuf sc�nes de gyn�c�e, pleines de diversit�, qui �voquent les raffinements de la cour de Nankin, o� r�gne alors une sorte d�h�donisme.</p><p>Cette peinture, tout en nuances, nous s�duit par la sensibilit� de la ligne, la fluidit� du dessin et l�heureuse r�partition des masses sombres. C�est au d�but du VIe s. que les canons de la peinture chinoise, fond�s sur six principes essentiels, sont fix�s par Xie He downloadModeText.vue.download 225 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10180</p><p>(Sie Ho), calligraphe surtout connu comme th�oricien de l�art.</p><p>Cette p�riode confuse n�a pas �t� favorable au d�veloppement de la c�ramique, et les r�gions du Nord, �prouv�es par la guerre, ont peu contribu� au progr�s de cette technique. L��volution continue des gr�s dits � de Yue �</p><p>(province du Zhejiang [Tch�-kiang]) et leur lib�ration progressive par rapport aux mod�les de bronze constituent le fait majeur de l�histoire de la c�ramique des Six Dynasties.</p><p>Dans le Nord, la tradition des statuettes fun�raires peintes continue, et les gla�ures sont abandonn�es.</p><p>Certaines figurines, aux expressions assez individualis�es, sont travaill�es uniquement pour �tre vues de face ; la finesse de telle ou telle silhouette f�minine serait � rapprocher de celle de la sculpture bouddhique contemporaine.</p><p>Des th�mes nouveaux apparaissent, dans lesquels on reconna�t l�influence des contacts avec les nomades et la fascination des longs voyages � travers</p><p>l�Asie* centrale.</p><p>L. P.</p><p>F Chine.</p><p>O. Sir�n, la Sculpture chinoise du Ve au XIVe si�cle (Van Oest, 1925-26 ; 4 vol.) ; Chinese Painting (Londres, 1956-1958 ; 7 vol.).</p><p>Sixte V</p><p>ou Sixte Quint</p><p>(Grottammare 1520 - Rome 1590),</p><p>pape de 1585 � 1590.</p><p>Felice Peretti na�t dans un milieu tr�s simple. Entr� chez les Franciscains, il franchit rapidement tous les degr�s de son ordre, dont il devient bient�t le sup�rieur.</p><p>Professeur � l�universit� de Rome, il est choisi par Pie V comme confesseur et nomm� �v�que de Sainte-Agathe en 1566, puis cardinal en 1570. �v�que de Fermo de 1571 � 1577, il est, apr�s la mort de Gr�goire XIII, �lu pape le 24 avril 1585.</p><p>Homme d�une extraordinaire �nergie et aux vues politiques grandioses, Sixte Quint va continuer l�oeuvre des papes r�formateurs �lus apr�s le concile de Trente. Il s�attache, avant tout, � doter l�administration de l��glise d�un organisme plus efficace. Ainsi, par la bulle du 3 d�cembre 1586, il donne au Sacr� Coll�ge des structures qui demeureront les m�mes jusqu�au XXe s. ; il fixe le nombre des cardinaux � soixante-dix et �dict� des r�gles pr�cises au sujet de leur recrutement (�ge, qualit�s, etc.).</p><p>En janvier 1588, il r�forme la curie en instituant quinze congr�gations cardinalices, neuf d�entre elles �tant charg�es d�assister le pape dans le gouvernement de l��glise universelle, les six autres devant administrer les �tats pontificaux. Il r�serve la pr�sidence des plus importantes de ces congr�gations au pape, qui, conservant la d�cision finale, poss�de le monopole du pouvoir contre l�ancienne oligarchie des cardinaux.</p><p>Parmi les congr�gations institu�es par Sixte Quint, il faut signaler la</p><p>Congr�gation consistoriale, qui doit proc�der aux enqu�tes pr�alables sur les nouveaux �v�ques et sur le transfert des anciens, la congr�gation des Rites, charg�e des probl�mes de liturgie, et celle des R�guliers, qui tranche les questions concernant les ordres religieux.</p><p>La congr�gation du Saint-Office</p><p>(institu�e d�s 1542) et celle de l�Index (cr��e en 1571, mais que Sixte Quint compl�te et s�pare enti�rement de la pr�c�dente en 1587) veillent � la puret� de la foi. Quant � la congr�gation du Concile (cr��e en 1564), elle re�oit de Sixte Quint des pouvoirs plus �tendus en mati�re d�interpr�tation des d�crets du concile de Trente.</p><p>Ces congr�gations, qui assurent la centralisation et l�efficacit� du pouvoir pontifical, demeurent aujourd�hui encore l�ossature de l�administration de l��glise. Cette oeuvre centralisa-trice est compl�t�e par des d�crets qui prescrivent aux �v�ques de faire r�gu-li�rement leurs voyages ad limina. Le d�roulement et l�ordonnance de ces visites � Rome sont r�glement�s, et l��v�que doit remettre � cette occasion un rapport �crit sur l��tat de son dioc�se. Ainsi, par ce moyen, le pape renforce son autorit� sur les �v�ques et am�liore sa connaissance de l��tat religieux des divers pays de la chr�tient�.</p><p>Il remet �galement de l�ordre dans les �tats de l��glise et lutte contre les f�odaux qui s�y livrent au brigandage.</p><p>Il embellit la ville de Rome, o� il fait placer l�ob�lisque de Caligula sur la place Saint-Pierre, symbole du triom-phalisme catholique sur le paganisme.</p><p>Il charge l�architecte Domenico Fontana d�achever la coupole de la basilique Saint-Pierre, de reconstruire le palais du Latran et d��difier � Sainte-Marie-Majeure la chapelle Sixtine ; il fait, en outre, moderniser la biblioth�que et le palais du Vatican. Esprit pratique, il reconstruit les grands aqueducs romains et assure la distribution d�eau potable dans la Ville �ternelle ; il entreprend �galement l�ass�chement des marais Pontins.</p><p>R�formateur des �tudes, il fonde l�imprimerie du Vatican et y fait</p><p>publier l��dition des Septante. Il approuve la cr�ation de l�universit� de Graz, confi�e aux J�suites et destin�e � promouvoir la restauration catholique sur ces marches de l�Empire habsbourgeois. Il favorise �galement la propagation de la doctrine de saint Bonaven-ture*, en proclamant celui-ci docteur de l��glise (1587), en cr�ant � Rome un coll�ge � cet effet (1588) et en faisant imprimer ses �crits.</p><p>Il sera moins heureux quand il d�cidera de faire imprimer une nouvelle �dition de la Bible, la Vulgate. Sans comp�tence particuli�re, il en corrigera lui-m�me le texte et voudra l�imposer, � l�exclusion de toute autre, comme seul texte authentique des �critures (1590). Cette �dition, truff�e d�erreurs, fera scandale et sera retir�e de la circulation d�s la mort du pontife.</p><p>Sixte Quint approuve la fondation de plusieurs ordres religieux : Feuillants (1586), Camilliens de saint Camille de Lellis (1586), Clercs r�guliers mineurs ou Caracciolins (1588). S�il montre peu de faveur aux J�suites, il prot�ge, dans la famille franciscaine, les R�form�s et, chez les Carmes, les D�chauss�s de saint Jean de la Croix. En 1588, il aide les Th�atins � se r�organiser.</p><p>Dans le domaine de la politique, il s�efforce de maintenir un difficile �quilibre parmi les �tats catholiques, dont certains sont d�chir�s par de violentes luttes religieuses, mais sa pr�tention de dominer rois et princes est anachronique : Sixte Quint revendique en effet le � pouvoir direct � sur le monde entier, c�est-�-dire la facult� de d�poser rois et empereurs.</p><p>Il met cette doctrine en application lorsque, par sa bulle � privatoire � du 21 septembre 1585, il d�poss�de Henri de Navarre de tous droits � la couronne de France, parce que protestant. Mais cette ing�rence provoque en France de violentes attaques contre lui, qu�on ira jusqu�� menacer d�un concile, et y renforce le courant gallican.</p><p>P. P. et P. R.</p><p>F Contre-R�forme / �glise catholique ou romaine / Papaut� / Rome.</p><p>J. A. von H�bner, Sixtus der F�nfte (Leipzig, 1871, 2 vol. ; trad. fr. Sixte-Quint, Franck, 1870, nouv. �d. Hachette, 1882, 2 vol.). / H. H�pfl, Beitr�ge zur Geschichte des Sixto-klementinis-chen Vulgata (Fribourg, 1913).</p><p>Sj�str�m (Victor)</p><p>Metteur en sc�ne de cin�ma su�dois (Silbodal, V�rmland, 1879 - Stockholm 1960).</p><p>Apr�s avoir abandonn� ses �tudes � seize ans, Victor Sj�str�m inaugure en 1896 une tr�s brillante carri�re th��-</p><p>trale en jouant Ma�tre Olof d�August Strindberg en Finlande. Pendant une quinzaine d�ann�es, au hasard d�innombrables tourn�es dans les pays scandinaves, il va interpr�ter notamment Shakespeare, Ibsen, Sienkiewicz, Wilde, Dickens, Johann Sigurj�nsson, Victorien Sardou, Robert de Flers et Gaston de Caillavet. En 1911, il cr�e avec Einar Fr�berg sa propre compagnie. En 1912, il accepte la proposition du directeur de la Svenska Biografteatern Charles Magnusson, qui l�engage aux c�t�s de Mauritz Stiller pour r�aliser des films. Un incendie ayant d�truit certaines de ses premi�res bandes, il faut donc se fier au jugement (favorable) de ceux qui ont eu le privil�ge de voir en leur temps ces premiers essais d�un jeune acteur encore fort influenc� par la vogue des films danois.</p><p>On sait que le cin�ma danois �tait � l��poque � la pointe de l�avant-garde, avait le secret des drames � h�ro�co-lacrymaux � et venait d�inventer un type de femme cruelle et ravageuse, d�nomm�e � vamp �, dont le succ�s suscitera une foule d�imitations des deux c�t�s de l�Atlantique. Sj�str�m se soumet donc aux caprices de la mode, mais trouve son � style � d�s 1913 dans Ingeborg Holm, un � style � qui est encore fortement brim� par les conventions th��trales, mais qui parviendra � s�en d�gager vers 1916, ann�e o� Sj�str�m dirige Terje Vigen. Dans cette oeuvre, le panth�isme de l�auteur bouleverse les rapports d��troite vas-salit� entre le cin�ma et le th��tre. La cam�ra refuse d��tre cet instrument docile qui sert aux metteurs en sc�ne timor�s pour pratiquer de plates d�calcomanies th��trales. Le cin�ma respire ; la nature se voit attribuer le r�le principal du drame. Dans Terje Vigen,</p><p>c�est la mer. Dans les Proscrits, un an plus tard, c�est la montagne et la neige.</p><p>Dans le Vent, en 1928, ce sera la temp�te de sable. En 1916, la romanci�re Selma Lagerl�f* c�de les droits de ses livres � la Svenska, et son art influencera tout le cin�ma su�dois muet, et notamment Sj�str�m, qui sut traduire en images l�univers particulier de la grande conteuse de Dal�carlie. Apr�s les Proscrits, qui demeure l�un des plus beaux fleurons de l�amour fou, un downloadModeText.vue.download 226 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10181</p><p>po�me lyrique d�une constante beaut� sur la fuite �perdue de deux amants traqu�s dans les solitudes montagneuses et glac�es de Laponie, Sj�str�m tourne successivement la Fille de la tourbi�re (1917), la Voix des anc�tres (1918), le Monast�re de Sandomir (1919), la Montre bris�e (1919) et surtout la Charrette fant�me (1920), dont le retentissement fut mondial : ce m�lodrame all�gorique � c�l�bre par certaines nouveaut�s techniques, comme les surimpressions, par une tr�s belle photographie sign�e par le collaborateur de Sj�str�m, Julius Jaenzon, et par l�interpr�tation de l�auteur lui-m�me dans le r�le de l�alcoolique et brutal David Holm � reste aujourd�hui encore une oeuvre int�ressante non par les intentions quelque peu moralisatrices du sc�nario, mais par la po�sie �trange et myst�rieuse qui baigne certaines s�-</p><p>quences justement renomm�es, comme la promenade de la charrette conduite par la Mort.</p><p>Toute l��cole expressionniste allemande a �t� influenc�e par Sj�str�m, et des films comme Nosferatu le vampire (1922) ne peuvent qu�avouer leur filiation directe, sans pour autant perdre leurs propres vertus.</p><p>Apr�s Ma�tre Samuel (1920),</p><p>l��preuve du feu (1921), la Maison cern�e (1922) et le Vaisseau tragique (1922), Sj�str�m re�ut des propositions all�chantes envoy�es par les magnats d�Hollywood, qui r�vaient de s�attacher les services des gloires cin�matographiques de la vieille Eu-</p><p>rope. La situation du cin�ma su�dois ayant contraint Charles Magnusson � refr�ner ses ambitions et la crise mena-</p><p>�ant, il accepta un contrat que parapha Samuel Goldwyn. H�las ! comme tant d�autres, il perdit sa libert� et dut lutter contre le mercantilisme et l��troitesse d�esprit de ses producteurs am�ricains.</p><p>� la voracit� et � l�incompr�hension, il opposa un ent�tement robuste et une rudesse toute paysanne, qui lui permirent de mieux r�sister moralement � la � machine hollywoodienne � que son homologue Mauritz Stiller. Si le Glaive et la loi (1924) et Larmes de clown (1924) n�ajout�rent rien � sa gloire, il n�en sera pas de m�me de la Lettre �carlate (1926) [d�apr�s Natha-niel Hawthorne] et surtout du Vent, une mani�re de chef-d�oeuvre qui fut une catastrophe commerciale. L�Am�rique ne comprenant visiblement pas le talent de Sj�str�m, celui-ci rentra en Su�de tourner les Markurells de Wadk�ping (1931), puis signa en 1937 son dernier film, Sous la robe rouge (tourn� en Grande-Bretagne). En 1957, quand Ingmar Bergman* �crivit le sc�nario des Fraises sauvages, il pensa tout naturellement � Sj�str�m pour interpr�-</p><p>ter le r�le du vieil Isaak Borg. Le r�le �tait beaucoup plus qu�un hommage, beaucoup plus que la transmission d�un relais d�une g�n�ration � l�autre, c��tait un geste de ferveur, un supr�me d�fi � la vieillesse et � la mort, et en m�me temps l�ultime prolongement d�un acte de foi. Car le plus beau m�rite de Sj�s-tr�m, c�est d�avoir cru au cin�ma avec la foi na�ve du p�lerin qui part pour la Terre promise. Mieux que tout autre, Sj�str�m a permis au septi�me art de respirer l�air du large. Le lyrisme aidant, son oeuvre appara�t de nos jours comme extraordinairement homog�ne.</p><p>Nul autre que lui n�a su d�crire � l�aide d�images mouvantes ces forces profondes de la nature qui servent d�interm�diaire entre Dieu et l�homme.</p><p>J.-L. P.</p><p>R. Jeanne et C. Ford, Victor Sj�str�m (�d.</p><p>universitaires, 1964). / B. Idelstam-Almquist,</p><p>� Victor Sj�str�m �, dans Anthologie du cin�ma, t. I (C. I. B., 1966).</p><p>ski</p><p>Sport consistant en une glissade sur la neige � l�aide de patins allong�s (appel�s skis).</p><p>La naissance</p><p>du ski sportif</p><p>En 1887, un journal de Bergen (Norv�ge) publiait ironiquement l��cho suivant : � Fridjtof Nansen projette d�accomplir l�an prochain, � skis, une course de fond � travers le Groenland.</p><p>Places assises dans les crevasses des glaciers. Les billets de retour ne sont pas n�cessaires. �</p><p>Et pourtant, au cours de l��t� 1888, le jeune conservateur du mus�e de Bergen Fridjtof Nansen (1861-1930), un des plus extraordinaires explorateurs que le monde ait connus, avait gagn� la partie : avec ses skis de ch�ne � trois rainures et ses b�tons longs de 2 m, il avait parcouru plus de 500 km et tir� ses tra�neaux jusqu�� une altitude de 2 700 m. La publication du r�cit de l�exploration sous le titre de � travers le Groenland en 1892-93 (traduction fran�aise de Charles Rabot) devait provoquer dans le monde, et d�abord en Europe, un engouement incroyable pour le ski, sorte de � patin � utilis� pour glisser sur la neige que quelques originaux commen�aient d�importer de Norv�ge. L�exploit de Nansen marque le v�ritable d�part du ski moderne, qui devait, d�s lors, conna�tre une expansion qui n�a pas cess�. Nansen venait de rappeler avec �clat que la patrie du ski �tait la Norv�ge. Le nom m�me de cet engin �tait norv�gien.</p><p>Les origines du ski sont incertaines.</p><p>Chez les peuplades primitives du nord de l�Europe et de l�Asie, on connaissait le ski ou le patin bien avant la roue.</p><p>Il est probable que l�on est pass� progressivement de la � chaussure de neige �, sorte de raquette, au patin permettant de se d�placer en glissant. Suivant les �poques et les r�gions, le ski a rev�tu des formes diff�rentes : tant�t les deux skis �taient courts et rappe-laient la raquette (on les recouvrait g�-</p><p>n�ralement de peaux de b�tes), tant�t ils �taient tr�s longs (de 2,50 � 3 m), tant�t � en particulier chez les Lapons</p><p>�, l�un des skis �tait nettement plus</p><p>long que l�autre, le plus court servant � se propulser.</p><p>Jusqu�� la fin du XVIIIe s., le ski demeura l�apanage des pays nordiques.</p><p>Engin utilitaire, mode de locomotion sur les surfaces enneig�es, il devait conna�tre une �volution nouvelle en Norv�ge en prenant un caract�re sportif. Les Norv�giens ont, d�ailleurs, eu l�occasion de le rappeler avec fiert� lors des jeux Olympiques d�hiver de 1952, qui se d�roul�rent � Oslo : ils ont refus� de faire venir, conform�ment � la tradition, la flamme olympique de Gr�ce mais l�ont allum�e au coeur de la province de Telemark, o� naquirent les premi�res comp�titions de ski.</p><p>Dans le Telemark, puis dans toute la Norv�ge, on passa des f�tes de villages (o�, en particulier, on sautait des toits enneig�s) � des concours organis�s et codifi�s. Deux comp�titions se d�roulaient alors r�guli�rement : la course � travers la campagne, sur des distances variables, et le saut sur des collines o� �taient am�nag�s des tremplins naturels. En 1877 fut fond� le Ski Club de Christiania (Oslo), et en 1883</p><p>l�Association norv�gienne de ski, qui organisa des concours annuels d�abord sur la colline de Huseby, puis, � partir de 1892, � Holmenkollen, dont le nom devint aussi c�l�bre dans les pays nordiques que celui d�Olympie dans l�Antiquit� grecque.</p><p>La performance de Nansen et la publicit� qui l�entoura contribu�rent, d�s lors, � d�velopper le ski sous son triple aspect � utilitaire (surtout dans l�ar-m�e), r�cr�atif et sportif � dans toutes les contr�es favoris�es par la neige.</p><p>Le ski de tourisme et le ski sportif ne cesseront, d�ailleurs, de suivre une �volution parall�le, les progr�s de la comp�tition se r�percutant longtemps sur le � ski pour tous � en ce qui concerne les techniques et le mat�riel.</p><p>On s�en rendra surtout compte avec la naissance du ski alpin, qui s�inspire d�un double h�ritage : la tradition norv�gienne et l�alpinisme en skis.</p><p>Le ski, c�est d�abord, selon la</p><p>conception norv�gienne, une course � travers la campagne (le ski de fond</p><p>pour les sportifs et la randonn�e pour les touristes) et un saut. Pour �tre consid�r� comme un bon skieur, il faut participer � ces deux �preuves. Le ski sportif, � l�origine, c�est cela, et uniquement cela, soit � Holmenkollen ou dans les autres concours organis�s dans les pays nordiques, puis ailleurs, soit dans les jeux Nordiques (d�s 1900, r�plique des jeux Olympiques d��t�, r�nov�s depuis 1896 par Pierre de Coubertin), soit dans les premiers jeux Olympiques d�hiver, organis�s tous les quatre ans depuis ceux de Chamonix en 1924, ou bien enfin dans les championnats du monde, qui se d�roulent depuis 1925 (fond, saut et combin� nordique).</p><p>L�av�nement</p><p>du ski alpin</p><p>Le ski alpin, sur les pentes abruptes des montagnes, ne va pas tarder � affirmer un caract�re sp�cifique. On se rend tr�s vite compte, en Autriche, en Suisse et en France (o� les premiers essais de ski ont lieu � Chamrousse en 1879 avec le Grenoblois Henry Duha-mel [1853-1917], o� le premier club est fond� dans le Dauphin� en 1896 et o�, en 1904, le minist�re de la Guerre cr�e une �cole normale de ski � Brian-</p><p>�on), que la technique norv�gienne est d�pass�e d�s que les d�clivit�s sont importantes.</p><p>Naturellement, le terrain alpin</p><p>est fondamentalement diff�rent des vallonnements scandinaves ; il pr�-</p><p>sente un ensemble de pentes de 25 � 45 p. 100 entre 1 000 et 4 000 m. Une forme d��volution sp�cifique en skis va donc na�tre sur les Alpes : c�est ce qu�affirme en 1910 un alpiniste anglais, Vivian Caulfield, dans un ouvrage fondamental, How to ski and how not to, qui d�montre les limites, sur pentes raides, des virages d�finis par les Norv�giens, le t�l�mark et le premier christiania, et qui, � l�origine, offraient un moyen de s�arr�ter dans la pente � l�issue d�un saut. Mais les skieurs de l��poque ne recherchent pas les terrains pentus.</p><p>Sur la lanc�e de Vivian Caulfield, un Bavarois, Carl Johann Luther (1882-1968), �voque un virage adapt� aux downloadModeText.vue.download 227 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10182</p><p>pentes raides, le � stem-christiania �, qui sera utilis� par l��cole autrichienne d�s avant les ann�es 30.</p><p>C�est cependant un Anglais, sir</p><p>Arnold Lunn (1888-1974), qui va</p><p>pr�cipiter le mouvement et m�riter le nom de � p�re du ski alpin �. Amen� � organiser des s�jours dans l�Oberland bernois, et en particulier � M�rren, A. Lunn d�couvre les ressources du ski alpin, dont il va promouvoir la sp�cificit� par le biais de la comp�tition et sous deux formes : la descente, c�est-</p><p>�-dire la recherche de la trace la plus directe dans la pente, et le slalom, qui consiste � passer entre des fanions dispos�s de telle sorte que les concurrents aient la possibilit� d�utiliser les diff�-</p><p>rentes m�thodes connues pour tourner dans la pente. Il s�emploie � codifier ces courses sp�cifiquement alpines.</p><p>D�s 1924, les premi�res comp�titions internationales, sous la forme d�un</p><p>� combin� � descente-slalom, ont lieu � M�rren et � Grindelwald.</p><p>Avec beaucoup d�obstination et</p><p>malgr� les r�serves des Scandinaves, pour qui le ski est une sorte de religion, Lunn cherche � faire admettre les �preuves nouvelles dans le programme des championnats du monde de ski. Il marque d�j� un point important en cr�ant, avec son ami l�Autrichien Hannes Schneider (1890-1955), directeur de la c�l�bre �cole de ski de l�Arlberg, l�Arlberg-Kandahar, premi�re grande course � classique � du ski alpin, qui a lieu le 1er avril 1928 � Sankt Anton am Arlberg et qui, depuis, se d�roule chaque ann�e dans un des cinq grands pays alpins, l�Autriche (Sankt Anton), l�Allemagne f�d�rale (Garmisch-Partenkirchen), la France (Chamonix), l�Italie (Sestri�res) et la Suisse (M�rren).</p><p>Deux ans plus tard, au congr�s</p><p>d�Oslo, la F�d�ration internationale de ski (cr��e au moment des jeux Olympiques d�hiver de Chamonix en 1924) adopte les r�glements des courses de descente et de slalom, et d�cide l�organisation de championnats du monde</p><p>dans ces sp�cialit�s. Les premi�res de ces comp�titions ont lieu � M�rren en 1931.</p><p>L�aventure</p><p>de la comp�tition</p><p>La course, par le degr� de passion qu�elle exige, par l��nergie et l�ing�-</p><p>niosit� qu�elle sollicite, apporte de grands progr�s dans l�art d��voluer sur les pentes neigeuses. Pendant des d�cennies, les concours sportifs seront le v�ritable � banc d�essai � de l�usager aussi bien en ce qui concerne le d�veloppement de la technique que le perfectionnement du mat�riel. Ce qui a conf�r� au ski alpin sa sp�cificit�, c�est, outre les comp�titions de slalom et de descente, l�apparition des carres m�talliques viss�es sur le c�t� des skis, permettant de mordre sur la neige, de se cramponner dans la pente : invention due, peu avant 1930, � l�Autrichien Ludwig Lettner.</p><p>Aux championnats du monde de</p><p>1933, le slalom sp�cial est remport� (avec 13 secondes d�avance) par un jeune Autrichien Toni Seelos (n� en 1911), et les experts remarquent que le champion ex�cute un virage au cours duquel les deux skis restent pratiquement parall�les. C�est le d�but d�une v�ritable r�volution : le � stem �, popularis� par la m�thode d�enseignement mise au point � Sankt Anton par Hannes Schneider (mouvement au cours duquel les spatules des skis sont rapproch�es et les talons �cart�s, le virage s�ex�cutant par le transport du poids du corps d�un ski sur l�autre). Ce style de virage para�t maintenant d�-</p><p>pass�, encore qu�il demeure tr�s utile au d�butant.</p><p>La bataille pour le ski parall�le, c�est la France qui la m�ne, et avec succ�s, � une �poque o� la victoire en comp�-</p><p>tition fournit la preuve de l�efficacit� d�une m�thode d�enseignement et, partant, contribue � d�velopper le tourisme hivernal.</p><p>En 1937, les championnats du</p><p>monde de ski alpin ont lieu pour la premi�re fois en France, � Chamonix. Jusqu�alors, les skieurs fran�ais n�ont jou� qu�un r�le modeste dans</p><p>les comp�titions malgr� la virtuosit� de skieurs tr�s dou�s, comme le Pyr�-</p><p>n�en Fran�ois Vignole (n� en 1914) et le Savoyard �mile Allais (n� en 1912).</p><p>La F�d�ration fran�aise de ski, fond�e en 1924 et qui conna�t un essor consid�rable � partir de 1930, confie la pr�paration de l��quipe nationale � un dirigeant de premier ordre, Paul Gignoux (1908-1973). Ce dernier engage comme entra�neurs deux champions du monde, le descendeur suisse Rudolf Rominger et Toni Seelos ; il institue � Meg�ve et � Chamonix des camps d�entra�nement, fondant ainsi un syst�me qui sera imit� ult�rieurement par toutes les nations alpines. Outre l�entra�nement, un patient travail de recherche s�effectue, qui diss�que la technique des champions, que l�on imite et dont on perfectionne encore les styles. Sur le plan du mat�riel, on adopte un mode de fixation de la chaussure au ski tr�s serr�, afin que l�impulsion du pied soit instantan�e, et les coureurs utilisent les</p><p>� longues lani�res �.</p><p>Aux championnats de 1937, c�est un triomphe : �mile Allais gagne la descente avec 13 secondes d�avance sur un autre Fran�ais, Maurice Lafforgue (n� en 1915), et il r�cidive en slalom.</p><p>Paul Gignoux voit plus loin : se fondant sur la victoire d��mile Allais, il met au point avec celui-ci et Georges Blanchon (n� en 1901), secr�taire de la F�d�ration fran�aise, une m�thode fran�aise d�enseignement, dont la cl� de vo�te est constitu�e par un virage moderne, le christiania pur aval, que caract�rise la position d�avanc�e donn�e par une flexion chevilles-genoux et qui permet, les skis se trouvant all�-</p><p>g�s, d�effectuer par le haut du corps un virage pivot� sur l�avant des skis.</p><p>Tous les mouvements conduisant � l�ex�cution du christiania pur aval sont analys�s et d�finis. La parution du manuel Ski fran�ais en 1937 donne � la nouvelle m�thode son assise doctrinale : tous les moniteurs seront d�sormais form�s selon les m�mes principes d�enseignement dans l��cole cr��e � Val-d�Is�re.</p><p>Aux championnats du monde de</p><p>1938, les succ�s fran�ais se pour-</p><p>suivent et, aux c�t�s d��mile Allais, appara�t un jeune skieur �g� de seize ans, James Couttet (n� en 1921), qui gagne la descente et qui illustre de fa�on �clatante les m�rites et l�efficacit� de la � m�thode fran�aise �. Cette sup�riorit� collective va �tre cependant de courte dur�e, puisque, aux championnats du monde de 1939, le ski fran-</p><p>�ais subit un grave �chec.</p><p>� l�issue de la Seconde Guerre mondiale, qui a particuli�rement �prouv� les pays alpins, on se rend compte, d�s la reprise des confrontations sportives aux Jeux d�hiver de Saint-Moritz (Suisse), que le ski s�est transform�. La France, avec l��blouissante d�monstration d�Henri Oreiller (1925-1962), vainqueur de la descente, a repris sa position en ski alpin, mais il est difficile de donner Oreiller comme exemple de la fameuse � m�thode fran�aise �, qui s�est quelque peu scl�ros�e entre-temps et qui a succomb� au dogmatisme technique : Oreiller skie de fa�on peu orthodoxe, et sa qualit� principale est son incroyable �quilibre.</p><p>Le ski alpin devient peu � peu un sport majeur. On assiste � des progr�s techniques, qui continuent d�ailleurs, mais on ne peut plus pr�tendre que les champions sont le r�sultat de telle ou telle m�thode d�enseignement dont chaque nation d�sire conserver l�exclusivit�. Le secret des succ�s se trouve ailleurs. Il faut former les skieurs comme les autres champions, en d�veloppant leurs qualit�s athl�tiques, psychiques et morales. Les champions de ski sont moins tributaires d�une technique codifi�e dans les manuels des moniteurs que d�un style, reflet de leur personnalit�. Ainsi assiste-t-on � l�av�-</p><p>nement des � athl�tes du ski �, dont les plus remarquables � l��poque sont le Suisse Georges Schneider, vainqueur du slalom des premiers championnats du monde de l�apr�s-guerre en 1950, l�Italien Zeno Colo (n� en 1920), le plus �tonnant de tous peut-�tre, qui gagne � ces m�mes championnats le slalom g�ant, nouvelle �preuve du ski alpin et discipline tr�s athl�tique et qui remporte la descente des jeux Olympiques de 1952. Enfin, le Norv�gien Sten Eriksen (n� en 1928) s�affirme au cours de sa fulgurante carri�re comme</p><p>un grand slalomeur en sp�cial et en g�ant.</p><p>La plupart de ces champions mo-</p><p>dernes, dont l�enfance a co�ncid� avec les d�buts du ski alpin, n�ont pas, � proprement parler, appris le ski (comme les grands skieurs d�avant guerre) ; skiant beaucoup gr�ce au d�veloppement des remont�es m�caniques, ils ont tout d�couvert par eux-m�mes ; ils skient instinctivement pour la majorit�, et leur mani�re est beaucoup plus naturelle, beaucoup plus d�pouill�e que celle de leurs a�n�s.</p><p>On ne parle plus, d�s lors, de m�-</p><p>thodes d�enseignement, mais d��coles de comp�tition. � cet �gard, la d�cennie 1950-1960 est marqu�e par la su-pr�matie collective de l��quipe d�Autriche, conduite par Fred Roessner (n� en 1911). Ce dernier conna�t � fond les probl�mes du ski qu�il a �tudi�s en Europe et aux �tats-Unis. Sa � m�thode �</p><p>consiste dans un important travail de</p><p>� mise en condition physique � l��t� par une pratique sportive tr�s �clectique, mais � base de sports collectifs et de gymnastique acrobatique, et, une fois l�automne venu, par un travail intensif sur neige, en commen�ant sur les glaciers, puis en accumulant les kilom�tres de descente libre selon les difficult�s de terrain. Les victoires se succ�dent, et, en 1955, les skieurs autrichiens gagnent toutes les courses.</p><p>Jamais on n�a rassembl� autant de skieurs de grande valeur : Christian Pravda (n� en 1927), Anderl Molterer (n� en 1931), Jose Rieder (n� en 1932), Ernst Hinterseer (n� en 1932), Walter Schuster (n� en 1929). Le plus grand de tous, Toni Sailer (n� en 1935), pra-downloadModeText.vue.download 228 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10183</p><p>tiquement invincible en descente et en slalom g�ant, r�ussit l�� impossible exploit �, aux jeux Olympiques de 1956 � Cortina d�Ampezzo, en remportant les trois courses alpines : slalom sp�cial, g�ant et descente.</p><p>� l��cole autrichienne succ�de</p><p>l��cole fran�aise, dirig�e par Honor�</p><p>Bonnet (n� en 1919), venu des Alpes du Sud (Barcelonnette) et qui a s�-</p><p>journ� neuf ans en Autriche, enseignant le ski et l�alpinisme aux troupes alpines d�occupation. Bonnet s�inspire du travail de Roessner, le perfectionne gr�ce � son sens de la psychologie et � la mise en place d�une organisation qui �te aux skieurs tout souci mat�riel.</p><p>L��poque Bonnet est marqu�e par les victoires, entre autres, de Jean Vuarnet (n� en 1933) aux jeux Olympiques de 1960 (descente), de Charles Bozon (1932-1964) aux championnats du</p><p>monde de 1962 (slalom sp�cial), de Marielle (n�e en 1945) et de Christine (n�e en 1944) Goitschel (slalom g�ant et slalom sp�cial), ainsi que de Fran�ois Bonlieu (1937-1973, slalom g�ant) aux jeux Olympiques de 1964. Elle est marqu�e �galement par la r�ussite de l��quipe de France aux championnats du monde de Portillo (Chili) en 1966, avec la conqu�te de seize m�dailles sur les vingt-quatre attribu�es et les victoires de Marielle Goitschel en g�ant et au combin� alpin, d�Annie Famose (n�e en 1944, slalom sp�cial), de Guy P�rillat (n� en 1940, slalom g�ant), de Jean-Claude Killy (n� en 1943, descente et combin�). Honor� Bonnet se retire apr�s les jeux Olympiques de Grenoble (1968), au cours desquels Marielle Goitschel a gagn� le slalom sp�cial (sa sixi�me m�daille d�or depuis ses d�buts en 1962 � l��ge de seize ans), alors que Jean-Claude Killy a renouvel�, dans des conditions beaucoup plus difficiles � cause de la concurrence accrue, l�exploit de Sailer en remportant les trois titres.</p><p>Depuis, toutes les grandes �quipes alpines sont organis�es sur les m�mes bases, et un certain nivellement s�est op�r� sur le plan collectif. Ce sont des individualit�s qui s�affirment � la suite de Nancy Greene (n�e en 1943), la Canadienne qui, � elle seule, met en �chec l��quipe de France f�minine, et de l�Autrichien Karl Schranz (n� en 1938). Il faut citer encore le Suisse Bernhard Russi (n� en 1949, descente), l�Italien Gustavo Thoeni (n� en 1951, slalom sp�cial et g�ant), l�Autrichienne Anne-Marie Proell (n�e en 1953, descente et g�ant), les Fran�aises Mich�le Jacot (n�e en 1952) et Ingrid Lafforgue (n�e en 1948), le Fran�ais Jean-No�l</p><p>Augert (n� en 1949), la jeune Suissesse Marie-Th�r�se Nadig (n�e en 1954).</p><p>Mais ce qui situe le mieux l�internationalisation du ski, c�est, aux jeux Olympiques de Sapporo (1972), la victoire de l�Am�ricaine Barbara Cochran (n� en 1951) en slalom sp�cial et surtout, dans la m�me discipline chez les hommes, l��tonnant triomphe du skieur espagnol Francisco Fernandez Ochoa (n� en 1950). Il n�y a plus de m�thodes, d��coles miracles.</p><p>Probl�mes actuels</p><p>de la comp�tition</p><p>Le ski alpin a d�pass� les questions exclusivement techniques, mais doit faire face � des probl�mes d�organisation beaucoup plus d�licats. Les champions ne sont plus les � pilotes d�essai � de telle ou telle m�thode d�enseignement, mais les lois du profit en font trop souvent les agents publicitaires du mat�-</p><p>riel, surtout depuis le d�veloppement de la t�l�vision. La non-qualification de l�Autrichien Karl Schranz aux jeux Olympiques de Sapporo a fait �clater de fa�on spectaculaire l�hypocrisie qui veut que le ski soit un sport amateur alors que ses champions sont dans leur grande majorit� des professionnels.</p><p>Tr�s peu nombreux sont les skieurs d��lite qui exercent effectivement un m�tier en dehors de la comp�tition, m�me un m�tier saisonnier comme</p><p>autrefois, puisque l�entra�nement dure toute l�ann�e. Et pourtant les f�d�rations qui demeurent attach�es aux traditions et surtout � la participation aux jeux Olympiques s�efforcent de contr�ler leurs meilleurs �l�ments, leurs initiatives tendant � v�rifier les r�tributions dont les skieurs sont b�-</p><p>n�ficiaires et � �viter le contact direct avec les firmes. Mais la surench�re aussi bien sur le plan national que sur le plan international menace sans cesse les syst�mes les plus coh�rents, comme celui du � pool � des fabricants de ma-t�riels mis en place dans les grandes nations alpines, les firmes subvention-nant les f�d�rations, qui r�partissent les ressources et autorisent une publicit� collective en contre-partie de l�effort financier fourni : syst�me fragile, que de nombreuses � crises � secouent r�guli�rement, et pourtant le seul rai-</p><p>sonnable pour sauvegarder les comp�-</p><p>titions traditionnelles.</p><p>L�avenir ? Ou bien les jeux Olympiques accepteront tous les sportifs sans distinction, amateurs et professionnels ; ou bien il y aura des skieurs qualifi�s pour les �preuves internationales, championnats du monde</p><p>et Coupe du monde, disposant d�un statut qui leur interdirait toutefois de participer aux Jeux. C�est sans doute cette deuxi�me solution qui l�emportera. Il existe bien actuellement un groupement professionnel � l�instar de ceux qui se d�veloppent en tennis, mais le coefficient du risque fort �lev� en ski rend prudents les promoteurs, et les comp�titions qu�ils organisent ne sont qu�un spectacle comme dans les slaloms parall�les, o� les skieurs courent l�un contre l�autre sur des trac�s similaires.</p><p>Le ski nordique, aux traditions plus anciennes (course de fond et saut), a �volu� aussi, mais avec beaucoup plus de discr�tion, ne donnant pas lieu � une bataille pour le tourisme et le mat�riel aussi �pre qu�en ski alpin. Il a suivi les progr�s de tous les sports athl�tiques gr�ce � un entra�nement plus perfectionn� et �tendu dans le temps. Il s�est universalis� davantage en fond (on a vu un Italien gagner les 30 km aux Jeux de Grenoble en 1968) et surtout en saut avec les victoires des Tch�ques, des Allemands de l�Est et des Japonais, qui ont d�tr�n� la r�putation d�invincibilit� des Norv�giens, puis des Finlandais.</p><p>L�entr�e de l�U. R. S. S., puis des d�-</p><p>mocraties populaires dans les �preuves nordiques depuis les ann�es 50 a acc�-</p><p>l�r� les progr�s comme dans tous les autres sports.</p><p>En saut, l��volution a �t� consid�-</p><p>rable avec l�am�nagement de tremplins rev�tus de mati�re plastique, qui permettent un entra�nement estival important, et, d�sormais, la technique des sauteurs est d�une grande pr�cision, des exp�riences en soufflerie ayant servi � d�terminer les attitudes les plus efficaces pour �tre � port� � par l�air.</p><p>L� aussi, le succ�s d�pend de la quantit� d�entra�nement, de son dosage et d�une organisation originale du sport d��lite au sein de la soci�t�.</p><p>L��volution du mat�riel Le m�tal et le plastique ont effectu� une � perc�e � spectaculaire depuis cinq ans, aux d�pens du bois et, en fond comme en saut, les skieurs de comp�tition ont adopt� aujourd�hui les mat�riaux nouveaux. Dans le ski alpin, l��volution du mat�riel a �t� plus rapide.</p><p>Avant 1940, on fabriquait les skis d�une seule pi�ce dans une latte de bois. Les essences les plus employ�es �taient le fr�ne, l�ger et nerveux, et l�hickory, d�origine am�ricaine, d�une bonne souplesse et plus r�sistant que le fr�ne. Puis on utilisa plusieurs essences poss�dant des qualit�s diff�rentes, que l�on contrecollait ; les skis les plus perfectionn�s pouvaient comporter de vingt � cinquante lamelles.</p><p>Apr�s avoir fait une timide apparition avant la Seconde Guerre mondiale, le ski m�tallique s�est impos� � partir de 1960, date � laquelle aux Jeux de Squaw Valley, dans la descente, Jean Vuarnet remporta la premi�re victoire qui ait �t� acquise avec un mat�riel autre que le bois. Ces skis se composaient d�un noyau de bois pris entre deux lames m�talliques constitu�es par un alliage d�aluminium, le tout �tant coll� � forte pression dans un four.</p><p>Quelques ann�es plus tard, la ma-ti�re plastique (fibre de verre) faisait son apparition dans les skis de comp�tition et avec succ�s : � partir des jeux Olympiques de 1964, plus aucun des skieurs de l��lite ne skie avec des skis de bois. Comme dans le ski m�tallique, un noyau de bois figure toujours comme l�� �me � du ski. Il y aura d�s lors des skis m�talliques, des skis plastiques, puis des skis m�tallo-plastiques.</p><p>Depuis quelque temps, les recherches tendent � �liminer totalement le bois, le noyau �tant constitu� par une mati�re plastique.</p><p>Pour les fixations, l�attache de cuir d�autrefois a �t� remplac�e par un syst�me de c�ble et de ressorts.</p><p>Les n�cessit�s de la course et le nombre croissant d�accidents chez les touristes ont amen� � concevoir une</p><p>fixation de � s�curit� � capable de � li-b�rer � le pied en cas de torsion brutale.</p><p>Les fixations de s�curit� actuelles, qui downloadModeText.vue.download 229 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10184</p><p>sont, dans des bo�tiers �tanches, des m�caniques tr�s pr�cises (une collaboration �troite s��tant �tablie entre les fabricants et les sp�cialistes des accidents, qui d�finissent des normes de s�curit�), ont besoin d�un r�glage tr�s rigoureux et personnalis�. Les mod�les les plus r�cents visent surtout � �largir la marge �troite du r�glage entre le danger de fracture et le d�chaussage intempestif, qui peut provoquer des accidents tr�s s�rieux et, en course, des d�faites.</p><p>Les modifications les plus spectaculaires ont port� sur la chaussure. On est pass�, en quelques d�cennies, du cuir � la mati�re plastique ou au cuir plastifi� en cherchant � concilier (parfois vainement) la rigidit� � afin qu�il n�y ait aucun jeu dans la transmission d�une impulsion de la jambe au ski (surtout dans les m�thodes modernes, o� c�est le bas du corps qui conduit le mouvement) � et le confort. Les chaussures modernes sont enti�rement moul�es : elles peuvent �tre constitu�es par un chausson int�rieur et une coque externe.</p><p>Si les b�tons ont gagn� en l�g�ret� gr�ce aux alliages l�gers (on concilie la l�g�ret� et la r�sistance), le reste de l��quipement du skieur est plut�t affaire de mode, sauf, bien s�r, pour la comp�tition, o� l�on utilise des collants dont les tissus m�mes ont �t� soumis � des tests de moindre r�sistance � la p�n�tration dans l�air.</p><p>La comp�tition</p><p>et le tourisme</p><p>Les objectifs de la comp�tition et ceux du tourisme sont fondamentalement diff�rents. L��volution de la technique de course, surtout en slalom et en slalom g�ant, devient tr�s subtile. Il y a eu la finesse de Marielle Goitschel, sa mani�re de garder le plus possible les</p><p>skis � plat pour un meilleur glissement, puis le � ski sauvage � de Jean-Claude Killy, o� toutes les mani�res de tourner �taient utilis�es gr�ce � une condition athl�tique peu commune et � un sens de l�anticipation, qui �tait la qualit� majeure de ce tr�s grand champion.</p><p>Puis nous avons assist� � des d�monstrations d�� avalement � avec les Autrichiens (l��tonnant Alfred Matt</p><p>[n� en 1948] avant son accident) et le Fran�ais Patrick Russel (n� en 1946) : l�avalement est caract�ris� par une attitude tr�s assise du skieur, o� la mont�e des cuisses devant le skieur provoque une flexion tr�s importante au niveau du buste, donnant l�impression de recul de la position du corps.</p><p>� la technique du cramponnage du ski amont (appui sur le ski int�rieur), dans laquelle s�illustr�rent Guy P�-</p><p>rillat et Jean-No�l Augert, a succ�d�, en cours d�ex�cution du virage, l�appui continu sur le ski ext�rieur, qui donne un glissement plus efficace et plus rapide (Gustavo Thoeni, Patricia Emonet [n�e en 1956]) ; d�une mani�re g�n�rale, les skieurs d��lite poss�dent l�� ind�pendance des jambes � (voil� qui est loin du ski monolithe de la m�thode fran�aise d��mile Allais, qui, personnellement, a beaucoup �volu� et demeure un novateur) ; tous les skieurs de premier plan utilisent leurs skis comme de v�ritables patins.</p><p>Il est ais� de comprendre que, dans ces conditions, la diff�rence entre le ski de comp�tition et le ski de tourisme devient de plus en plus grande. Les moniteurs charg�s de l�enseignement ont �tabli une progression qui conduit tout le monde au virage parall�le de base (un virage aval en trace large ou serr�e, facile � ex�cuter par all�gement et transport du poids du corps d�un ski sur l�autre), progression d�ailleurs adopt�e sur le plan international ; ensuite, chacun choisit selon ses possibilit�s.</p><p>Le fait le plus significatif de cette tendance est le succ�s rencontr� par une nouvelle mani�re d�enseigner : le ski �volutif.</p><p>L�id�e de base est de diminuer la difficult� de l�apprentissage du ski</p><p>en utilisant des skis courts, dont on a normalis� les tailles � 1,35 m et � 1,60 m (certains �ducateurs commen-</p><p>�aient avec des skis de 1 m), respectivement pour les d�butants et pour les d�butants avanc�s. On arrive ainsi en une semaine environ au virage aval de base, et ensuite les �l�ves prennent des skis de taille normale. Un certain nombre d�entre eux, qui limitent leurs ambitions au ski de piste, conservent les skis courts.</p><p>La vogue, aupr�s du grand public, du ski de fond, dont l�appellation n�est pas tr�s exacte, car il s�agit, en fait, d�un ski de promenade sur terrain plat ou vallonn�, est un autre signe des aspirations des skieurs de tourisme ; elle oblige d�sormais les moniteurs de ski � poss�der une bivalence (ski alpin et ski de fond).</p><p>Le terrain de jeu</p><p>Une � station de ski �, de nos jours, qu�est-ce que cela repr�sente exactement ? Essentiellement un centre urbain en montagne d�o� partent des remont�es m�caniques qui conduisent facilement les skieurs au point de d�-</p><p>part des pistes, d�o� ils redescendront vers le coeur de la station pour remonter ensuite. Des vieux villages qui se sont �quip�s pour la pratique du ski aux grands ensembles modernes, le choix est vari�.</p><p>Une tradition, cependant, s��tait cr��e gr�ce � l�utilisation des t�l�ph�-</p><p>riques dans les centres situ�s en Autriche ou en Suisse, o� le climat assure g�n�ralement un enneigement suffisant � une altitude relativement basse et dans les vall�es peupl�es, qui ont d�j� une saison estivale et qui sont dot�es de voies d�acc�s faciles (l�Arlberg Express, en particulier, fut le premier grand � train de neige �).</p><p>En Suisse et en France, les centres d�j� �quip�s pour l�alpinisme et le tourisme en montagne d��t� furent les premiers b�n�ficiaires de la vogue du ski.</p><p>L�admirable r�seau de chemins de fer de montagne en Suisse fut � l�origine du succ�s d�un tourisme hivernal qui ne s�est jamais d�menti.</p><p>C�est d�abord en France, pour des raisons g�ographiques et m�t�oro-logiques, que des centres sp�cifiques pour le ski se d�velopp�rent de fa�on syst�matique. Le premier t�l�ph�rique � usage de skieurs fut ouvert en 1933</p><p>� Meg�ve-Rochebrune ; le premier remonte-pente (t�l�ski) date de 1935, � Meg�ve-Rochebrune, tandis que le premier t�l�si�ge fut am�nag� aux Gets en 1947.</p><p>La politique de l��quipement de la montagne, men�e par les collectivit�s locales, l��tat et les soci�t�s priv�es, a comport� trois p�riodes : la premi�re g�n�ration a vu s�affirmer la vocation pour le ski de villages de montagne traditionnels ; la deuxi�me g�n�ration a enregistr� des am�nagements nouveaux, qui se greffaient sur un village existant ; la troisi�me est celle des cr�ations.</p><p>Pour �tre class�e, une station doit r�pondre � certaines normes concernant l�altitude, la capacit� h�teli�re, les voies d�acc�s, le service d�accueil, l��quipement sanitaire et m�dical, le nombre de remont�es m�caniques.</p><p>Un Comit� des stations fran�aises de sports d�hiver regroupe toutes les stations class�es.</p><p>Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale et en pr�vision de l�expansion du ski (10 p. 100 en moyenne par an), les efforts les plus importants ont port� sur la recherche et l��quipement de sites vierges � haute altitude (environ 2 000 m), et ces efforts ont abouti � des cr�ations originales.</p><p>La sp�culation sur l�avenir �conomique du ski, le � mythe de l�or blanc �</p><p>et le fait que de telles r�alisations ne pouvaient aboutir que par le moyen de la promotion immobili�re ont, au d�-</p><p>part, affect� les stations modernes d�un coefficient p�joratif. Il y eut certes des exc�s ; on parla de � Sarcelles des neiges �, mais, si certains types de construction peuvent surprendre en haute montagne, on est revenu dans ce domaine � des conceptions plus raisonnables ; la capacit� moyenne des stations n�es entre 1960 et 1970 est de l�ordre de 8 000 lits.</p><p>Les stations modernes pr�sentent de nombreux avantages. L�acquisition des terrains et, partant, la possibilit� de les modeler selon les besoins des skieurs, la possession d�un r�seau unique de remont�es m�caniques, dont l�implantation par une seule soci�t� permet l�utilisation optimale des champs de neige, et la situation des centres l� o� le ski est possible six mois par an environ gr�ce � l�enneigement de la tr�s haute montagne, tous ces �l�ments, auxquels s�ajoute le souci du confort du skieur, qui chausse pratiquement les skis � la sortie de son appartement, ont fait de ces stations des r�alisations types pour la pratique du ski. Ces progr�s inspirent d�ailleurs les am�nagements qui se font dans des stations plus anciennes, incit�es par la concurrence � perfectionner leur �quipement.</p><p>Pour d�mocratiser le mouvement</p><p>vers le ski, au demeurant fort concurrenc� par les voyages au soleil l�hiver gr�ce aux prix relativement peu �lev�s des charters, l�id�e se fait jour de cr�er des stades de neige (comme il en existe d�j� aux �tats-Unis) o� il n�y aurait pratiquement pas de logements dans les environs imm�diats, mais seulement des moyens de remont�e m�canique et des structures d�accueil pour le ski � � la journ�e �.</p><p>Vieux villages, stations modernes, �quipement moderne greff� sur de vieux villages, stades de neige, le skieur, � l�heure actuelle, a l�embar-ras du choix selon ses aspirations, ses go�ts et ses capacit�s.</p><p>M. C.</p><p>A. Lunn, Histoire du ski (Payot, 1953).</p><p>/ M. Clare, le Ski (la Table ronde, 1962). /</p><p>J. Franco, le Ski (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1967). / G. Joubert et J. Vuarnet, Comment se perfectionner � ski (Arthaud, 1967). / S. Lang, le Ski et autres sports d�hiver (Larousse, 1967). /</p><p>A. Methiaz et coll., le Ski de fond (Vigot, 1975).</p><p>downloadModeText.vue.download 230 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10185</p><p>Les comp�titions</p><p>LE SKI NORDIQUE</p><p>Le plus traditionnel, il comprend la course de fond � travers la campagne, le saut sur des tremplins sp�cialement am�nag�s, le biathlon.</p><p>y Le fond se d�roule sur un parcours comprenant un tiers de plat, un tiers de mont�e et un tiers de descente, mais sur de faibles d�nivellations. Les distances classiques sont : pour les hommes, les 15, 30, 50 km et un relais de 4 � 10 km ; pour les dames, les 5, 10 km et un relais de 3 � 5 km.</p><p>Les courses se disputent contre la montre, chaque coureur partant toutes les minutes ou toutes les trente secondes.</p><p>y Le saut (dit parfois saut sp�cial pour le distinguer du combin�) a lieu sur trois sortes de tremplins : un moyen tremplin (commun�ment appel� tremplin de 70 m), un grand tremplin (de 90 m) et un tremplin de vol � ski, c�est-�-dire un tremplin dont la construction (profil de la piste d��lan et profil de la piste de r�ception) permet des sauts sup�rieurs � 150 m de longueur.</p><p>y Le combin� nordique est une �preuve dans le classement de laquelle interviennent, selon un bar�me �tabli par la F�-</p><p>d�ration internationale de ski, o� les temps et les distances sont transform�s en points, les r�sultats obtenus par le m�me concurrent en saut (sur un tremplin de 70 m) et en fond (sur un parcours de 15 km).</p><p>En saut, comp�tition r�serv�e aux hommes, le classement s�effectue sur deux manches et � la fois sur la qualit� du style (nettet� de l��lan, position en vol et s�ret� � la r�ception) et sur la distance parcourue.</p><p>y Le biathlon est une comp�tition qui comporte au cours d�une course de fond (g�n�ralement de 20 km) quatre tirs au fusil de guerre (deux tirs debout et deux tirs couch�) avec cinq cartouches chaque fois ; tout tir manqu� entra�ne des p�nalit�s de temps.</p><p>LE SKI ALPIN</p><p>Il comprend la descente, le slalom sp�cial et le slalom g�ant.</p><p>y La descente est une �preuve de vitesse pure sur un parcours jalonn� repr�sentant l�itin�raire � symbolique � conduisant des sommets � la vall�e (en fait, � l�heure ac-</p><p>tuelle, on � gomme � de plus en plus les difficult�s, les bosses, pour des raisons de s�curit�), soit une d�nivellation de 700 � 1 000 m, et sur une distance qui peut varier de 2,5 � 4 km (ces normes sont r�duites pour les dames). Une piste de descente est class�e, homologu�e par la F�d�ration internationale de ski, et, d�une mani�re g�-</p><p>n�rale, la vitesse moyenne ne doit pas ex-c�der 95 km � l�heure pour les hommes et 75 km pour les dames. Le port d�un casque protecteur est obligatoire.</p><p>y Le slalom sp�cial est une descente courte sur une pente � tort pourcentage et qui consiste en un parcours impos�, jalonn� de portes, repr�sent�es par deux fanions espac�s, entre lesquelles les concurrents doivent passer. Chaque slalom comporte des dispositions diff�rentes des portes (figures). Un slalom sp�cial a deux manches, toutes deux comptant pour le classement. Comme pour la descente, mais c�est beaucoup plus important ici, car la neige se creuse au fur et � mesure du passage des concurrents, les coureurs sont class�s en s�ries selon les r�sultats obtenus ant�rieurement ; une s�rie comporte quinze coureurs, et les meilleurs partent en premier suivant un tirage au sort effectu� la veille ou l�avant-veille de la course. Pour rendre la course plus r�guli�re, on inverse l�ordre des d�parts, � l�int�rieur de chaque s�rie, dans la seconde manche.</p><p>y Le slalom g�ant est une descente slalom�e tr�s rapide, sur un terrain tr�s vari� avec des creux, des bosses, des ruptures de pente, des d�vers. Le skieur doit y n�gocier des virages � grande vitesse. Le parcours est jalonn� de portes (de 50 � 60 portes chez les hommes et moins chez les dames), figur�es par de larges fanions rectangulaires. Un slalom g�ant masculin se court en deux manches avec addition des temps, selon le m�me principe qu�un slalom sp�cial.</p><p>y Le combin� alpin est le classement obtenu selon les r�sultats acquis dans deux ou trois �preuves, mais, � l�inverse du combin� nordique, il ne figure pas dans les programmes de comp�titions comme une �preuve sp�cifique.</p><p>Les championnats du monde ont lieu tous les quatre ans et g�n�ralement dans des endroits diff�rents pour le ski nordique et le ski alpin. Chaque ann�e se d�roule un</p><p>championnat du monde de vol � ski. Tous les quatre ans, le ski nordique et le ski alpin figurent au programme des jeux Olympiques d�hiver.</p><p>Depuis 1967 a �t� cr��e la Coupe du monde de ski (pour le ski alpin exclusivement). Chaque ann�e, le Comit� de la Coupe du monde retient un certain nombre d��preuves qui figurent au calendrier dans les courses de premi�re cat�-</p><p>gorie et dans les trois disciplines du ski (de sept � neuf en moyenne). Selon les ann�es, les meilleurs r�sultats sont retenus dans chaque sp�cialit� (trois, quatre ou cinq) ou dans une p�riode de temps, la saison �tant divis�e en plusieurs p�riodes.</p><p>� chaque place sont attribu�s des points (25 au premier, 20 au deuxi�me, etc.), et le total d�signe le meilleur skieur de l�ann�e, le vainqueur de la Coupe du monde ; les vainqueurs par sp�cialit� sont �galement r�compens�s.</p><p>Slaves</p><p>Groupe ethnique de la branche orientale de la famille indo-europ�enne, parlant des langues de m�me origine, les langues slaves, et occupant la majeure partie de l�Europe centrale et orientale (un tiers de la superficie du continent et un quart de sa population) et du nord de l�Asie.</p><p>Les Slaves</p><p>Forts de 260 millions d�hommes environ, les Slaves repr�sentent l�ethnie la plus nombreuse d�Europe ; il faut y ajouter les 10 millions de Slaves �migr�s soit � l�ouest du continent, soit en Am�rique. On distingue les Slaves orientaux (118 millions de Russes, ou Grands-Russiens, 48 millions d�Ukrainiens, ou Petits-Russiens, 9,2 millions de Bi�lorusses, ou Blancs-Russiens), les Slaves occidentaux (33 millions de Polonais, 10 millions de Tch�ques, 4,5 millions de Slovaques et 100 000 Serbes de Lusace) et les Slaves m�ridionaux (9,2 millions de Serbes, 8,6 millions de Bulgares, 5,2 millions de Croates, 1,7 million de Slov�nes, 1,1 million de Mac�doniens et 1,2 million de Slaves musulmans yougoslaves). Le taux d�accroissement d�mographique est le plus fort chez les Slaves m�ridionaux ; viennent ensuite les Polonais, les Slaves orientaux et les</p><p>Slovaques, les Tch�ques, �l�ment le plus occidentalis�, �tant � la limite de la d�natalit�. Quant aux �lots dispers�s de Slaves pom�raniens, repr�sent�s par les Serbes de Lusace (�tablis sur la haute Spr�e, au nord-ouest de Dresde) et par les derniers Kachoubes et Slo-vinces de la c�te balte (au nord-ouest de Gda&#x144;sk), ils sont en voie d�assimilation par le milieu est-allemand ou polonais.</p><p>Les Slaves ne repr�sentent pas un type anthropologique et, a fortiori, une nation unique. On peut retenir des controverses sans fin au sujet de leur � patrie d�origine �, qu�une partie constitutive des Slaves d�aujourd�hui se rattache � la civilisation � lusa-cienne �, qui fleurit pr�s de Gniezno quelques si�cles avant l��re chr�tienne.</p><p>Leur premier habitat semble se situer au nord des Carpates, entre le cours moyen de la Vistule et le Dniepr au nord et au sud de Kiev. Les Protos-laves, peuples du Nord, devaient �tre des dolichoc�phales, type minoritaire chez les Slaves d�aujourd�hui.</p><p>Ils �taient s�par�s de la mer par les Baltes et les Finnois, qui ont influenc� notablement le vieux-slave (certains parlent de groupe � balto-slave �).</p><p>Quoi qu�il en soit, il est �vident que cette ethnie n��tait pas nomade alors.</p><p>�leveurs, chasseurs, p�cheurs, auteurs de constructions en rondins, les Slaves, s�ils ne s�adonnaient plus gu�re � la cueillette, n�en �taient pas pour autant de vrais agriculteurs, du fait d�un relief ingrat : for�ts, terres pauvres et marais.</p><p>(Certains auteurs font d�river le terme de slave de la racine indo-europ�enne signifiant � marais �.) D�s le Ier s. apr.</p><p>J.-C., Pline l�Ancien et Tacite parlent de Veneti (V�n�tes), voisins orientaux des Germains. Le terme se retrouve plus tard avec celui d�Antes chez les Goths (chez leur historien Jordan�s) et les Finnois (Vene�).</p><p>Au IIe s., Claude Ptol�m�e, tirant ses informations des voisins m�ridionaux des Slaves, parle de Suoveno�, premi�re apparition de la racine du mot slave. Sous la pression des Huns et des Avars, les Sklaveno� entament au IVe s.</p><p>et surtout au VIe leur grande migration, qui les transportera vers le sud-ouest jusqu�� Trieste et au P�loponn�se. Ils</p><p>ne seront assimil�s ou repouss�s qu�audel� de l�Elbe et qu�en Gr�ce. Ailleurs, ils s��tabliront d�finitivement dans des villages rassemblant les tribus protos-laves m�l�es � des �l�ments h�t�ro-g�nes, tels les Bulgares turco-tatars.</p><p>Leur expansion vers l�est, elle, ne sera pas arr�t�e et gagnera la mer Noire. Un peuplement trop dispers� et une forme trop l�che d�organisation en union provisoire de tribus autour d�un prince (kniaz, du goth konung), union vite dissoute par les dissensions internes, les laisseront sans d�fense devant les invasions : croisades officielles allemandes et surtout arriv�e des Hongrois (Xe et XIe s.), qui enfoncent un coin entre Slaves de l�Ouest et de l�Est et Slaves du Sud en Pannonie. La romanisation des Slaves de Roumanie par les Daces consolide les arri�res de cette perc�e des non-Slaves jusqu�� la mer Noire.</p><p>� Les Slaves sont une nation anarchique. � Ainsi s�exprimait un �crivain grec du Moyen �ge. Et il est s�r qu�ils ont rarement r�ussi � s�organiser sur le type des grands empires m�di�vaux.</p><p>Un marchand franc, Samo (qui r�gne de 623 � 658), unit momentan�ment les diverses tribus tch�ques et wen-des contre les Avars et contre Dagobert Ier lui-m�me. De la m�me fa�on, les Khazars et les Var�gues unifient partiellement les tribus russes (du Ve au VIIIe s.). Les Bulgares, d�ailleurs, doivent leurs premiers succ�s face � Byzance � leur organisation de type mongol sous Krum kh&#x101;n (803-814).</p><p>Exception remarquable au IXe s., l�empire de Grande-Moravie* unifie les Slaves occidentaux de l�Europe centrale pour s��crouler ensuite sous les coups de boutoir des Allemands et des Hongrois. L�empereur Rostislav (846-870) a n�anmoins le temps d�appeler en 863 les ap�tres grecs Cyrille et M�thode, qui christianisent le pays et donnent aux Slaves leur premier alphabet (glagolithique, matrice du cyrillique) et une langue enfin �crite. � la downloadModeText.vue.download 231 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10186</p><p>m�me �poque, Bulgares et Serbes se convertissent �galement � l�orthodo-</p><p>xie. Au Xe s., c�est le tour des Croates et des Polonais, qui adoptent, quant � eux, le rite romain. L�empire de Tomislav de Croatie (925-928) s��tend jusqu�au Mont�n�gro et en Serbie, repoussant l�orthodoxie en faisant reculer les Bulgares. De la m�me fa�on, Boleslav le Preux, roi de Pologne, en s�appropriant la Boh�me, catholicise ce pays, aid� en cela par l�action des clercs allemands (1003). Or, au m�me moment, l�expansion polonaise en Ukraine ne parvient pas � y supplanter le rite orthodoxe, �tabli par Vladimir Ier vers 988.</p><p>C�est de cette p�riode que date la grande coupure entre Slaves orthodoxes d��criture cyrillique et Slaves catholiques d��criture latine. L�orthodoxie ne touche que les Slaves orientaux et les Slaves du Sud d�au-del� de la Save (Serbes, Bulgares, Mont�n�-</p><p>grins, Mac�doniens, qui s�ajoutent aux Russes ukrainiens et Bi�lorusses). Les autres suivront Rome et seront impr�-</p><p>gn�s de culture occidentale. Cette tendance sera renforc�e par la mainmise des Hongrois sur la Croatie et la Slovaquie au XIe s. et par la vassalisation de la Boh�me, incluse, ainsi que les Slov�nes, dans le Saint Empire romain germanique. Du XIIIe au XVe s., les Russes seront domin�s par les Tatars, qui g�leront leur �volution. Ils ne s�en lib�reront que pour voir leurs fr�res balkaniques tomber sous le joug turc (d�faite de Kosovo en 1389).</p><p>� partir de la Renaissance et</p><p>jusqu�au troisi�me partage de la Pologne (1795), on voit s�affronter dans une lutte incessante les deux derniers peuples slaves ind�pendants, Polonais et Russes.</p><p>� cela vient s�ajouter un troisi�me mod�le culturel, la R�forme, auquel s�identifient les Tch�ques et une partie des Slovaques, d�finitivement �cras�s en 1620 (bataille de la Montagne Blanche), sans compter les Serbes de Lusace. Ajoutons � cela le cloisonnement socio-�conomique de l�Europe slave, Boh�me exclue, qui aboutit aux XVIIe et XVIIIe s. � un renforcement du servage direct et indirect, anachronique par rapport � l��volution de l�Occident, qui s�effectue en sens inverse.</p><p>Les slavismes</p><p>les id�ologies slavistes Le slavisme en tant que conscience ethnique a, d�s l�origine, un caract�re double : sentiment d�un h�ritage historique panslave fortifi� par la proximit� g�ographique et la parent� linguistique et raciale ; volont� de renouer avec les traditions nationalo-�tatiques d�un pass� glorieux volontiers mythifi�.</p><p>Ainsi, le slavisme positif, appelant � la r�ciprocit� (tch�que, vz�jem-nost), � la solidarit� et � la communaut� (russe, sodroujestvo), sera per�u chez les peuples slaves faibles et opprim�s comme un moyen d�atteindre l�objectif de l��tat-nation. Chez les Russes et chez les Polonais, il constituera, au contraire, le plus souvent un aspect secondaire de l�id�ologie de grande puissance.</p><p>Le sentiment d�appartenance � un ensemble unique semble �vident aux Slaves latinis�s (Slaves de l�Ouest, Slov�nes et Croates). Leurs chroniqueurs respectifs emploient indiff�-</p><p>remment le terme slave et les termes tch�que, polonais, slov�ne ou dalmate pour nommer leur peuple, et ce du XIIe au XVIIIe s. Pour eux, slave est un mot d�riv� du terme signifiant � gloire �</p><p>(sl�va) plut�t que du terme, pourtant plus probable, signifiant � mot �,</p><p>� verbe � (slovo). Essentiellement an-tigermanique et antiturc, le slavisme constitue d�j� un syst�me id�ologique �labor� chez le Croate moscovite Juraj Kri&#x17E;ani&#x107; (1618-1683). Celui-ci esp�re, dans ses �crits affubl�s post mortem du titre trompeur de l�Empire russe au XVIIe s., qu�en se pla�ant sous l��gide des Russes les Slaves retrouveront avec leur dignit� humili�e (le terme d�esclave provient du nom g�n�rique des Slov�nes, ou Esclavons, vendus sur les quais de Venise), � leur royaume, leur langue et leur raison �. Ce panslavisme, qui �volue en russo-centrisme, se renforce apr�s la disparition de l��tat polonais et l�entr�e de la Russie dans la Sainte-Alliance en 1815.</p><p>Le slavisme culturel est n� en Bo-h�me et en Slovaquie, dont les �lites slaves furent le plus en contact avec l��ge des lumi�res et l�historicisme romantique de Johann Gottfried Herder (1744-1803) et de Hegel*. Le philo-</p><p>logue Josef Dobrovsk&#xFD; (1753-1829) et surtout le po�te Jan Koll�r (1793-1852)</p><p>[auteur de la Fille de Sl�va (1824) et de De la r�ciprocit� litt�raire entre les diverses tribus et les divers dialectes de la nation slave (1836)] opposent au royaume perdu le peuple jeune, qui a su conserver son particularisme, surtout s�il est teint� d�archa�smes. Ils insistent sur le renouveau de la langue et de la litt�rature sans pour autant remettre en cause les cadres imp�-</p><p>riaux. Plus politiques, les slavophiles et les d�mocrates russes (d�cabristes) d�avant 1848 ne visent pas non plus � la constitution d�un �tat slave unique, mais plut�t � une communaut� d�mocratique �ventuellement f�d�raliste (Soci�t� des Slaves unis de 1823 � 1825, Association Cyrille-et-M�thode de 1846 � 1947). Ainsi naissent �galement des slavismes r�gionalistes : l�illyrisme de Ljudevit Gaj (1809-1872), le yougoslavisme de Josip Juraj �trosmajer (1815-1905) et, au congr�s slave, ou plut�t tch�coslave, de juin 1848, l�austro-slavisme de l�historien Franti�ek Palack&#xFD;*. Ces slavistes lib�raux condamneront les tentatives r�volutionnaires du � printemps des peuples � (soul�vements de Cracovie en 1846, de Prague et de la Hongrie en 1848), se laissant d�border par les conflits entre ultra-nationalismes et la contestation de classe. Les Polonais et les Ukrainiens, dont plus de la moiti� est opprim�e par le tsarisme, identifie-ront slavisme et russification, le foss� s��largissant apr�s chaque soul�vement antirusse.</p><p>Il en va autrement des Slaves balkaniques, Mont�n�grins et Serbes nouvellement ind�pendants (1799 et 1830) ainsi que Bulgares. Ceux-ci se d�gagent progressivement de la tutelle du patriarcat grec. Ne voisinant pas avec leurs coreligionnaires russes, ils conservent au contraire leur espoir en leur grand fr�re de l�Est, centre de l�orthodoxie depuis la chute de Constantinople. � Saint-P�tersbourg, Mikha�l Petrovitch Pogodine (1800-1875), les fr�res Aksakov (Ivan Sergue�evitch [1823-1886] et Konstantine Sergue�evitch [1817-1860]), et Nikola� Iakovlevitch Danilevski (1822-1885)</p><p>[la Russie et l�Europe, 1871] veulent habiller aux couleurs d�un pansla-</p><p>visme anti-occidental la politique de puissance de l�Empire en direction des D�troits. D��us par l��chec de 1848</p><p>(Ljudovit �t�r [1815-1856]) ou par le Compromis austro-hongrois (Palack&#xFD; et les Jeunes-Tch�ques), Tch�ques et Slovaques font en 1867 un � p�lerinage slave � � l�exposition ethnographique de Moscou. Ils esp�rent y trouver des alli�s dans leur lutte pour l��galit� des droits en Autriche-Hongrie, o� les Slaves sont d�ailleurs num�riquement majoritaires. Cependant, la Russie, �prouv�e par la guerre de Crim�e, ne compte plus s��tendre au d�triment de l�Occident. Or, l�autocratie, fig�e dans ses structures m�di�vales et confront�e � la gauche populiste, donne une image d�oppression des nationalit�s et d�application de la Machtpolitik pure.</p><p>Malgr� l�enthousiasme cr�� chez les Slaves par la guerre russo-turque de 1877-78, aboutissant � la lib�ration de la Bulgarie, les n�o-panslavistes, rus-sificateurs eux-m�mes (Vladimir Ivanovitch Lamanski [1833-1914], Anton Semjonovi&#x10D; Budilovi&#x10D; [1846-1908] et leur comit� de bienfaisance slave de Moscou, fond� en 1857), ne peuvent convaincre le tsar de poursuivre la croisade slave (occupation de la Bosnie-Herz�govine par l�Autriche en 1878</p><p>avec l�aval du tsar et... de Palack&#xFD;). Le lib�ralisme russe (Aleksandr Nikola�evitch Pypine [1833-1904]) ainsi que le courant r�volutionnaire (bakouniniens et marxistes) rompent leurs derni�res attaches avec le slavisme, d�consid�r�.</p><p>Ce dernier, perdant ses traits populistes, est devenu en Russie une contestation �tatiste de droite du gouvernement tsariste.</p><p>Apr�s 1905, les nationalistes</p><p>tch�ques (Karel Kram�&#x159; [1860-1937]), polonais (Roman Dmowsky [1864-1939]) ou bulgares (Stefan Savov Bob&#x10D;ev [1853-1940]) esp�rent un</p><p>moment utiliser la Russie, alli�e de la France amie et en marche vers la monarchie constitutionnelle, dans leur combat contre les Empires centraux.</p><p>Ces bourgeois, li�s aux jeunes milieux industriels et bancaires concurrenc�s par les int�r�ts germaniques, r�unissent � Prague en 1908 et � Sofia en 1910 des congr�s slaves sans lendemain. Cette initiative est condamn�e par les lib�-</p><p>raux � r�alistes � (T. G. Masaryk*), les</p><p>socialistes occidentalistes ou partisans de la F�d�ration balkanique intereth-nique et les gouvernements en place, aux int�r�ts contradictoires.</p><p>Malgr� la nouvelle euphorie anti-turque de 1912, en 1913 (deuxi�me guerre balkanique), en 1914 et dans l�entre-deux-guerres, les Slaves se trouvent dans les deux camps en pr�-</p><p>sence. Ce n�est qu�en 1941, apr�s que le IIIe Reich eut �cras� les �tats slaves de 1918, h�t�rog�nes sur le plan national et ethnique, que la r�sistance prendra la forme du rapprochement slaviste, sous le signe de l�antinazisme socialisant : Comit� de tous les Slaves � Moscou, comit�s interslaves, meetings et congr�s slaves de 1941 � 1948. En 1948, la rupture entre l�U. R. S. S. et la Yougoslavie portera un coup fatal au panslavisme et au sud-slavisme, qui re-pr�sentaient alors, et pour la premi�re fois, un �l�ment de la politique d��tat des � d�mocraties slaves �.</p><p>V. F.</p><p>J. Bidlo, les Slaves d�hier et d�aujourd�hui (en tch�que, Prague, 1912). / L. Niederle, Manuel de l�antiquit� slave (Champion, 1923-1926 ; 2 vol.). / L. I. Strakhovsky, A Handbook of Slavic Studies (Cambridge, Mass., 1945). /</p><p>A. Mousset, le Monde slave (Soc. d��d. fr. et internat., 1946). / E. Bene�, O� vont les Slaves ?</p><p>(trad. du tch�que, �d. de notre Temps, 1948). /</p><p>downloadModeText.vue.download 232 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10187</p><p>H. Kohn, Panslavism, its History and Ideology (Notre-Dame, Indiana, 1953, 2e �d., New York, 1960 ; trad. fr. le Panslavisme, son histoire et son id�ologie, Payot, 1963). / S. Kolejka, les Programmes slaves et les id�es de solidarit� slave au XIXe et au XXe si�cle (en tch�que, Brno, 1964). / R. Portal, les Slaves. Peuples et nations (A. Colin, 1965). / J. Fisera, Agriculture et industrie � la recherche d�un �quilibre, Yougoslavie, Tch�coslovaquie, Pologne (th�se, Paris, 1968).</p><p>/ V. C. Fisera, le Mouvement socialiste et les slavismes, des origines � 1945 (th�se, Paris, 1973).</p><p>Slodtz (les)</p><p>Famille de sculpteurs fran�ais.</p><p>S�bastien Slodtz (Anvers 1655 - Paris 1726) appara�t comme disciple de Girardon et re�oit d�s 1686 des commandes importantes : Hannibal, pour les jardins des Tuileries, et Arist�e et Prot�e, grand groupe monumental dans le parc de Versailles. Il manifeste dans cet ouvrage, dont Girardon a donn� l�esquisse, une souplesse dans le travail du marbre qui l��gale aux meilleurs et le range parmi les artistes qui apport�rent � l�art du relief, � la fin du si�cle, plus de libert� par rapport au classicisme ant�rieur ainsi qu�un go�t du mouvement et de l�expression ressortissant � l�influence du baroque.</p><p>Il collabora aussi � la sculpture du d�me des Invalides et de la chapelle de Versailles. Il d�cora plusieurs �glises parisiennes, fit le grand ma�tre-autel � baldaquin de Saint-Germain-des-Pr�s.</p><p>Enfin, il fut employ� dans l�administration des Menus Plaisirs, surtout pour les pompes fun�bres, et il ouvrait l� une voie f�conde � ses fils.</p><p>Il avait �pous� la fille du c�l�bre �b�niste Domenico Cucci, qui lui donna de nombreux enfants, dont</p><p>nous ne retiendrons que les trois fils sculpteurs. L�a�n�, S�bastien Antoine (Paris 1695 - id. 1754), est surtout un dessinateur, un cr�ateur de formes, disciple d�Oppenordt* et rival de Meis-sonnier ; il a compt� dans la mise au point du style rocaille*. Sa charge de dessinateur de la chambre et du cabinet du roi, qu�il transmit � ses deux fr�res, lui conf�rait un r�le pr�dominant dans les f�tes et les spectacles de la Cour.</p><p>S�bastien Antoine travaillait en �troite collaboration avec son fr�re cadet, Paul Ambroise (Paris 1702 -</p><p>id. 1758). Celui-ci, sculpteur statuaire, fit partie de l�Acad�mie royale sur un morceau de r�ception, la Chute d�Icare (Louvre), o� se r�v�le l�influence du baroque chez un homme qui, pourtant, ne connut pas l�Italie. Parmi les nombreux d�cors d��glises qu�il ex�cuta, le plus complet reste celui de Saint-Merri � Paris, avec une ample gloire rayonnante, une chaire orn�e de palmiers exub�rants et, dans la chapelle de la Communion, deux beaux anges en bas relief au grand envol d�ailes et de draperies.</p><p>Le plus dou�, le plus complexe aussi des fils de S�bastien, fut le dernier, Ren� Michel, dit Michel-Ange (Paris 1705 - id. 1764). D�s 1728, il fut pensionnaire � l�Acad�mie de France � Rome, prot�g� par son directeur, Nicolas Vleughels, dont Slodtz devait sculpter un buste saisissant (mus�e Jacquemart-Andr�) ainsi que le tombeau � Saint-Louis-des-Fran�ais.</p><p>Dans la Ville �ternelle, le jeune Slodtz s�engoua � la fois de l�Antiquit� et du grand ma�tre du baroque, le Bernin*, dont il devint l��mule. Il prolongea pendant presque vingt ans son s�jour outre-monts et occupa une place pr�-</p><p>pond�rante dans la sculpture romaine.</p><p>Il y laissa des chefs-d�oeuvre : la Transverb�ration de sainte Th�r�se (� Santa Maria della Scala), qui tentait de traduire en bas relief le chef-d�oeuvre du Bernin ; le colossal saint Bruno de Saint-Pierre-du-Vatican, qui essaie de concilier la vitalit� baroque avec une recherche de gr�ce et de profondeur. Il sculpta � Rome plusieurs monuments fun�raires qui t�moignent de sa ma�-</p><p>trise et constituent peut-�tre le meilleur de son oeuvre ; dans le tombeau de Gregorio Capponi (San Giovanni dei Fiorentini), il fait pressentir le retour � l�antique. Rentr� en France en 1746, il se heurta aux cabales de Caylus, protecteur de Bouchardon*, qui craignait un rival, et eut du mal � s�affirmer. La mise en sc�ne berninienne du mausol�e de Languet de Gergy, � Saint-Sulpice, re�ut des critiques. � la suite de ses fr�res, il se cantonna finalement dans les t�ches absorbantes des Menus Plaisirs, avec, semble-t-il, l�amertume de ne s��tre point impos� comme le grand sculpteur du r�gne de Louis XV.</p><p>F. S.</p><p>F. Souchal, les Slodtz, sculpteurs et d�corateurs du Roi, 1685-1764 (De Boccard, 1967).</p><p>Slovaquie</p><p>En tch�que SLOVENSKO, partie orientale de la Tch�coslovaquie.</p><p>La Slovaquie regroupe environ</p><p>31 p. 100 de la population de la R�publique tch�coslovaque sur 38 p. 100 du territoire national.</p><p>La langue slovaque, qui se diff�-</p><p>rencie de la langue tch�que, poss�de sa litt�rature, son folklore, son th��tre et sa presse. Sur le plan religieux, les Slovaques sont, pour un grand nombre, catholiques, � l�inverse des Tch�ques et des Moraves.</p><p>L�histoire</p><p>Les Slovaques sont parfois class�s par les historiens comme un � peuple sans histoire �, car, ayant 1939, ils n�ont jamais form� un �tat ind�pendant.</p><p>Avant l��tat de Grande-Moravie</p><p>Jusqu�au Xe s., l�histoire de la Slovaquie est tr�s proche de celle de la Boh�me et de la Moravie. Sur les bords des fleuves Hron et V�h, on trouve des traces d�une occupation par les Celtes datant des IVe et IIIe s. av. J.-C. Cette civilisation est d�truite par des Germains, les Quades et les Marcomans vers 9 et 8 av. J.-C. Voisine du limes danubien, l�actuelle Slovaquie est une zone de contacts avec le monde romain.</p><p>Des postes avanc�s sont construits sur la rive gauche du Danube, � I&#x17E;a, pr�s de Kom�rno, et � Dev�n, pr�s de Bratislava. Les contacts se maintiennent pendant les deux premiers si�cles, et, en 179, Marc Aur�le m�ne une exp�-</p><p>dition dans les confins danubiens.</p><p>L�influence romaine conna�t ensuite un d�clin, malgr� une tentative de reconqu�te sous Valentinien Ier (364-375).</p><p>Lors des grandes invasions, de nombreux peuples, comme les Lombards au VIe s., traversent le pays sans s�y fixer. L�arriv�e des Slaves*, de la fin du IVe au IXe s., va marquer durablement le peuplement. Rien ne distingue alors les Tch�ques des Slovaques, et la c�ramique de type pragois couvre aussi bien la Boh�me que l�actuelle Slovaquie.</p><p>La Grande-Moravie*</p><p>La cr�ation de ce grand Empire slave au IXe s. apporte aux populations une civilisation avanc�e. Des villes apparaissent, comme Nitra, premier centre du christianisme apr�s l�arriv�e de Cyrille* et de M�thode. Urbanis�e, christianis�e, la population slave conna�t une p�riode de prosp�rit�.</p><p>L�installation de la domination hongroise</p><p>Au d�but du Xe s., un peuple de cavaliers finno-ougriens, les Hongrois, d�truit la Grande-Moravie et s�empare de la d�pression danubienne. Certes, la conqu�te sera lente : les Carpates ne sont vraiment conquises qu�aux XIIe et XIIIe s. Mais le Xe s. est une date fondamentale : d�sormais, tout en conservant une langue commune, Tch�ques et Slovaques vont suivre une �volution distincte.</p><p>La Hongrie int�gre la nouvelle r�-</p><p>gion en une marche confinium, puis, pour lutter contre les invasions des P&#x159;emyslides tch�ques et des Piast polonais, elle la constitue en une unit�, que les sources du XIe s. appellent tertia pars regni. Mais les villes anciennes d�clinent, comme Nitra. La propri�t� du sol passe au roi de Hongrie (85 p. 100 du sol) ou � l�archev�que d�Esztergom, primat de Hongrie. Il se constitue une nouvelle noblesse. Les petits nobles sont souvent des Slaves, mais ils se trouvent soumis � une magyarisation croissante.</p><p>La Slovaquie m�di�vale</p><p>En 1241-42, les Mongols ravagent la Hongrie. Seuls r�sistent les ch�-</p><p>teaux forts, � Nitra, � Bratislava et � Kom�rno. Aux XIe et XIIe s. se d�veloppent des villes nouvelles, parfois avec des privil�ges royaux, comme Trnava et Zvolen. D�s le XIIe s., les mines de cuivre et d�argent de la Haute-Hongrie sont mises en exploitation par des ouvriers venus d�Allemagne.</p><p>Les grandes villes mini�res de Bansk� �tiavnica et de Bansk� Bystrica sont les centres de cette intense activit� �conomique.</p><p>Apr�s la dynastie des Arp�d, la dynastie d�Anjou s�empare du tr�ne de Hongrie. Mais elle �prouve de grandes difficult�s � dominer la Haute-Hongrie, que contr�lent de grandes familles de magnats : Mat�� &#x10C;�k de Tren&#x10D;in � l�ouest, les Omodej � l�est. Mat�� reste ind�pendant jusqu�� sa mort en 1321. En conflit avec l��v�que de Nitra, il pille et br�le la ville en 1311</p><p>et en 1317.</p><p>Le XIVe s. voit un grand essor de l�artisanat et des mines, encore renforc� par un nouvel afflux de colons allemands, qui, gr�ce � un riche patriciat, dominent la vie municipale � Bratislava et dans les r�gions mini�res. Le commerce de transit est prosp�re. La Hongrie du Nord exporte le cuivre vers Nuremberg, vers la Flandre et importe des �toffes. Par Trnava et par Bratislava, elle commerce avec la Boh�me ; par Ko�ice, � l�est, elle est en relation avec la Pologne et la Moscovie.</p><p>Le XIVe s. est une grande p�riode d�essor pour l�architecture gothique civile et religieuse. Depuis l�attaque des Mongols, le roi et les seigneurs �l�vent de puissants ch�teaux de pierre. Les influences italiennes se font surtout sentir sur la peinture.</p><p>downloadModeText.vue.download 233 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10188</p><p>� la fin du XIVe s. et au cours du XVe, la Hongrie et la Boh�me ont les m�mes souverains ; Sigismond de Luxembourg, fils de Charles IV, devient roi de Hongrie en 1387. En 1440, c�est Vladislas Ier Jagellon* II qui est roi de Hongrie ; il conserve le tr�ne jusqu�en 1444. L�influence de l�art de la Bo-h�me marque alors l�art de la Hongrie.</p><p>La grande vague religieuse du hussi-tisme n�atteint que faiblement les Slovaques. La noblesse se veut hongroise, �trang�re aux r�formes religieuses de la Boh�me ; elle fournit m�me des troupes aux croisades, qui tentent en vain d��craser les r�volt�s. Les hussites lancent en 1428 et en 1431 des exp�-</p><p>ditions sur Bratislava et sur Nitra, et pillent les domaines des seigneurs crois�s. Certaines garnisons hussites sont install�es en avant-postes dans le nord du pays.</p><p>Mais la fin du XVe s. et le d�but du XVIe sont marqu�s par d�intenses luttes sociales. Les Fugger*, alli�s � une grande famille de magnats, les Thurz�, contr�lent les mines de cuivre et d�argent, et, de 1495 � 1525, en tirent des b�n�fices d�un million de ducats. Ils</p><p>voudraient �galement diriger tout le commerce et toute la vie �conomique de la Haute-Hongrie. Apr�s la r�gence de Jean Hunyadi* (1446-1453) et</p><p>le r�gne de son fils Mathias* Corvin (1458-1490), le jeune Louis II Jagellon, roi de Hongrie et de Boh�me � partir de 1516, doit faire face � des r�voltes paysannes et surtout � l�insurrection des villes mini�res en 1525 et en 1526. Depuis 1521, le luth�ranisme se r�pand dans les villes allemandes et double le conflit social d�un conflit religieux. La confiscation des biens des Fugger, ordonn�e en mai 1525 par la di�te de Hongrie, satisfait les jalousies de la noblesse. Mais elle ne d�sarme pas le m�contentement des mineurs.</p><p>Apr�s des gr�ves et des revendications de salaires, les ouvriers de Bansk� Bystrica s�insurgent et s�emparent de la ville en f�vrier 1526. La r�volte gagne les autres villes et n�est �cras�e qu�en ao�t 1526. Tandis qu�il affronte les troubles sociaux, Louis II de Hongrie doit faire face � un autre danger, plus grave : l�invasion turque. Avec la d�faite et la mort du roi � Moh�cs en 1526, le destin de la Hongrie prend un cours nouveau.</p><p>� la fin du XVe s. et au d�but du XVIe, la vie intellectuelle en Haute-Hongrie est brillante. Pour remplacer l�influence de Prague, il a �t� ouvert � Bratislava, en 1467, une universit� qui enseigne surtout la th�ologie, les sciences naturelles et les math�matiques : l�Acad�mie istropolitaine.</p><p>Surtout, c�est la grande p�riode de l�art hongrois. Comme les Turcs d�-</p><p>truiront au XVIe et au XVIIe s. la plupart des �glises de Hongrie, l�art m�di�val hongrois n�est presque connu que par les �glises de Haute-Hongrie : grandes peintures religieuses du ma�tre M. S.</p><p>de Bansk� �tiavnica vers 1506 ; grands retables du ma�tre Pavel de Levo&#x10D;a vers 1508. En m�me temps, toutes les sources attestent la vitalit� de l��l�-</p><p>ment slovaque, qui utilise toujours le tch�que comme langue �crite.</p><p>La domination des Habsbourg</p><p>Apr�s Moh�cs, la domination des</p><p>Habsbourg* s�installe en Hongrie jusqu�en 1918. Ferdinand de Habsbourg (de 1526 � 1564) fait reconna�tre</p><p>son autorit�, mais le magnat Jean Z�-</p><p>polya (de 1526 � 1540), puissant en Haute-Hongrie et soutenu en Pologne est choisi par le parti � national �. En 1538, les deux rois se reconnaissent mutuellement et partagent la Hongrie en deux sph�res d�influences.</p><p>L�invasion turque de la plaine hongroise transforme la Haute-Hongrie, plus montagneuse, en zone de refuge.</p><p>En 1529, apr�s la chute de Buda, la Chambre de Hongrie s�installe � Bratislava ; en 1543, lorsque les Turcs occupent Esztergom, le primat de Hongrie et son chapitre se r�fugient � Bratislava, puis s��tablissent en 1683</p><p>� Trnava, qui va devenir le grand centre spirituel du catholicisme. Cette r�gion rassemble un cinqui�me de la population, mais plus de la moiti� de la noblesse hongroise. Le sol a �t� redistribu� entre les mains d�une nouvelle noblesse. La paysannerie souffre d�une aggravation de son sort, que l�on appelle parfois le � second servage �.</p><p>De nouvelles corv�es sont institu�es pour l�entretien des ch�teaux de Nov� Z�mky et de Kom�rno, afin de s�opposer aux incursions des Turcs. Avec l�invasion de la Hongrie, les routes commerciales sont coup�es. La ville de Ko�ice, � l�est du pays, perd toute importance, et le commerce passe d�sormais � l�ouest par Trnava. La noblesse s�empare peu � peu du commerce ext�rieur. En 1546, les Fugger cessent de louer les mines de Haute-Hongrie, qui passent sous le contr�le du Tr�sor royal � Vienne. Le d�clin des mines s�accentue apr�s 1560.</p><p>La R�forme fait d�immenses progr�s au XVIe s., gagnant d�abord les villes mini�res allemandes, puis les villes slovaques. La mort des deux archev�ques hongrois � Moh�cs a d�sorganis� la hi�rarchie catholique. Lors du conflit entre Ferdinand de Habsbourg et Jean Z�polya, chacun des deux pr�-</p><p>tendants s�abstient de lutter contre les h�r�tiques, que prot�gent des magnats et des patriciens. Au d�but du XVIIe s., le cardinal P�zm�ny, archev�que d�Esztergom, estime que la Hongrie est aux neuf dixi�mes protestante. La R�forme accro�t l�importance des Slovaques, car le tch�que est alors employ� comme langue d��glise. Le XVIe s. est l��ge d�or</p><p>de la culture slovaque, qu�illustrent les humanistes, tel Martin Rakovsk&#xFD;, po�te et philosophe, partisan de la monarchie absolue.</p><p>Le XVIIe s. est pour la Hongrie le si�cle de la reconqu�te. D�abord celui de la reconqu�te catholique sur le protestantisme, Trnava devient le grand centre de la Contre-R�forme*. Le cardinal P�zm�ny y fonde un coll�ge des J�suites, puis en 1636 un studium g�n�ral, une universit� j�suite. Il cr�e aussi un gymnase � Bratislava, et, en 1657, une seconde universit� s�ouvre � Ko�ice. P�zm�ny lui-m�me convertit les magnats protestants, les Thurz�, les Revay, les P�lffy. Commenc�e par les classes dirigeantes, la reconqu�te s��tend aussi au peuple. Sous le r�gne de L�opold Ier (1657-1705), on passe � la pers�cution active des protestants, dont de nombreux temples sont d�truits vers 1671-1673 ; beaucoup de fid�les sont contraints � l��migration.</p><p>Mais c�est aussi la reconqu�te contre les Turcs, qu�entravent des r�voltes incessantes de la noblesse hongroise de Transylvanie contre les Habsbourg, comme celle de Gabriel Bethlen, qui, de 1618 � 1626, transforme la Haute-Hongrie en champ de bataille : les villes sont pill�es, les villages incendi�s. En 1663, les Turcs lancent une offensive contre la Slovaquie occidentale et s�emparent de la forteresse de Nov� Z�mky, clef de la Moravie et de Vienne. En 1683, Kara Mustafa attaque Vienne : la d�faite turque est d�cisive.</p><p>Elle entra�ne la reconqu�te rapide de Buda (d�s 1686) et de l�ensemble de la Hongrie. La Slovaquie cesse d��tre une zone refuge. Mais, si l�archev�que d�Esztergom regagne son si�ge �piscopal, la di�te de Hongrie reste jusqu�en 1848 � Bratislava, o� les empereurs se font couronner rois de Hongrie. La paix para�t donc revenir en Slovaquie.</p><p>Mais en 1703-04, lors de la r�volte de Fran�ois II R�k�czi, le pays devient le th��tre de combats avec les troupes imp�riales.</p><p>Le XVIIIe si�cle</p><p>C�est un si�cle de paix, car, pour la premi�re fois depuis longtemps, la Haute-Hongrie cesse d��tre une zone fronti�re. L�apaisement n�est pas im-</p><p>m�diat. En 1715, la Contre-R�forme culmine. Les lois de 1681 et de 1687</p><p>contre les protestants sont strictement appliqu�es ; les temples sont transform�s en �glises catholiques. Les paysans, exploit�s par les seigneurs, se r�-</p><p>voltent contre leurs charges excessives.</p><p>En 1713 est ex�cut� le paysan slovaque J�no��k, qui � prenait aux riches et donnait aux pauvres �, et qu�id�alisera la l�gende populaire. De nombreux paysans prennent la fuite vers le sud dans l�espoir de trouver des terres nouvelles dans les r�gions reconquises. Le poids �conomique de la Hongrie se d�-</p><p>place vers le sud. Les villes slovaques survivent difficilement : Bratislava n�a que 10 000 habitants, Bansk� �tiavnica que 7 000, Ko�ice que 4 000.</p><p>Mais la reprise �conomique est</p><p>rapide. Les usines sont remises en exploitation et, dans la mine de Nov� Ba&#x148;a, pr�s de Bansk� �tiavnica, on emploie d�s 1722 une machine � vapeur, la premi�re sur le continent, pour le pompage de l�eau. Montesquieu viendra l�admirer lors de son voyage en Hongrie. Des manufactures textiles se d�veloppent, fond�es par l�archev�que d�Esztergom ou par Fran�ois de Lorraine, �poux de Marie-Th�r�se. Le rythme de cr�ation s�acc�l�re au milieu du si�cle, mais se ralentit apr�s 1770.</p><p>Pour la nation slovaque, le XVIIIe s.</p><p>est d�j� une p�riode d��veil. On s�interroge sur son avenir. La langue que parlaient les Slovaques s��loignait, depuis le XVIIe s., du tch�que �crit et �voluait selon des dialectes locaux.</p><p>En 1787, l�abb� Bernol�k (1762-1813) tente, pour la premi�re fois, de codifier une langue slovaque �crite � partir de dialectes de la Slovaquie de l�Ouest.</p><p>Cette tentative, encore pr�matur�e, �choue. En 1793, il se cr�e une Soci�t� des sciences de Slovaquie, qui exalte le pass� slave du pays et l�importance de l��tat de Grande-Moravie.</p><p>Les luttes du XIXe si�cle</p><p>Au cours du XIXe s., les diff�rences avec les pays tch�ques vont augmenter. Le mouvement national slovaque, qui a une certaine avance sur le renouveau tch�que � la fin du XVIIIe s., conna�t, comme tous les mouvements des nationalit�s en Europe, de nets progr�s au</p><p>cours du si�cle. Mais l�intol�rance de la Hongrie l�emp�che de se d�velopper, de s�organiser en un mouvement downloadModeText.vue.download 234 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10189</p><p>politique puissant et coh�rent. En m�me temps, comme toute la moiti� hongroise de l�Empire, la Slovaquie n�est pas transform�e par le grand mouvement de la r�volution industrielle, qui fait des pays tch�ques une r�gion moderne, urbanis�e et techniquement avanc�e. Pourtant, la Haute-Hongrie, avec l�industrie du bois, un peu d�industrie chimique, est la r�gion la plus industrialis�e de la Hongrie avec l�agglom�ration de Budapest.</p><p>Ainsi s�amorce un retournement des valeurs : jusqu�au XVIIIe s., la Haute-Hongrie �tait un pays plut�t riche, � partir du XIXe s., la Slovaquie devient un pays pauvre, � l�agriculture arri�r�e, et cette situation persistera jusqu�� nos jours (retard politique, retard �conomique, retard social).</p><p>Les rares repr�sentants des classes dirigeantes, qui �taient d�origine slovaque, se magyarisent : ils vont rejoindre le groupe de ceux que les Slovaques appellent avec m�pris les Magyarons. L�aristocratie d�origine slovaque ne prend pas la t�te du mouvement national, qui ne peut faire entendre sa voix � la di�te de Bratislava, domin�e presque exclusivement par la haute et la basse noblesse. Les chefs du mouvement national seront donc des intellectuels d�origine populaire ou des pasteurs protestants et des cur�s de campagne catholiques. Pour un fils de paysan dou�, le s�minaire ou l��cole �vang�lique est la seule chance de promotion sociale. Aussi la premi�re manifestation slovaque est-elle une p�tition des protestants de Slovaquie � la cour de Vienne en 1842.</p><p>Le renouveau intellectuel du monde slave se marque aussi en Slovaquie. Les grands �crivains romantiques �crivent en tch�que. C�est dans cette langue que Jan Koll�r (1793-1852) publie en 1824</p><p>son recueil de po�mes la Fille de Slava, que l�historien Pavel Josef �afa&#x159;ik</p><p>(1795-1861) �crit en 1837 ses Antiquit�s slaves. Mais, apr�s la tentative manqu�e de l�abb� Bernol�k, certains intellectuels souhaiteraient adopter une langue nationale et proposent d�utiliser une forme archa�que de la langue tch�que, employ�e d�abord dans les traductions de la Bible.</p><p>Alors appara�t le personnage central du nationalisme slovaque, L�udov�t �t�r (1815-1856), fils d�un instituteur �vang�liste, qui a fait ses �tudes au coll�ge de Tren&#x10D;in, puis en Allemagne, � l�universit� de Halle. Publiciste et �crivain, �t�r codifie en 1843 la langue slovaque � partir des dialectes de la Slovaquie centrale. Bien qu�il se d�fende de vouloir se couper du mouvement tch�que, et malgr� l�opposition de Koll�r, la rupture entre la langue tch�que et la langue slovaque est consomm�e.</p><p>En 1845, �t�r publie le Journal national slovaque (Slovenskje N�rod&#x148;je Novini), qui s�adresse aux masses paysannes et � l�intelligentsia. Il veut lutter contre la mis�re slovaque par le d�veloppement �conomique, mais aussi s�engager dans les combats politiques.</p><p>Dans les ann�es 20 et 30, des �crivains, comme Koll�r et �afa&#x159;�k, avaient exalt� l�id�e de solidarit� slave, mais leur action avait surtout concern� le domaine litt�raire. �t�r, dans les ann�es 40, va l��laborer en un programme politique, russophile et nationaliste. En 1847-48, il se fait �lire � la di�te de Hongrie.</p><p>Mais il doit compter avec une aile droite, anim�e par Jan Koll�r, hostile � la d�mocratisation et � une langue slovaque autonome.</p><p>La r�volution* de mars 1848 en</p><p>Hongrie surprend le mouvement national slovaque alors qu�il n�est pas encore organis�. Les 10 et 11 mai 1848, une r�union des dirigeants slovaques �labore � Liptovsk&#xFD; Mikul� les � demandes de la nation slovaque �, le premier programme national officiellement proclam� : la Slovaquie doit avoir son propre Parlement ; le slovaque sera la langue officielle d�enseignement.</p><p>Par ailleurs, le programme r�clame le suffrage universel et la disparition des derni�res survivances du servage.</p><p>Mais les dirigeants de la r�volution</p><p>hongroise refusent d�admettre des re-pr�sentants slovaques aux �lections de juin 1848. Ils lancent un mandat d�amener contre les chefs du mouvement : L. �t�r, J. M. Hurban (1817-1888) et M. M. Hod&#x17E;a (1811-1870). �t�r et ses amis trouvent refuge en Boh�me et participent en juin 1848 au congr�s slave de Prague. Contrairement � Franti�ek Palack&#xFD; (1798-1876), �t�r se montre hostile � l�austroslavisme et d�clare que � la chute de l�Autriche ne signi-fierait pas la n�tre �.</p><p>Lorsque le gouvernement autrichien entre en guerre contre les Hongrois, les Slovaques combattent � ses c�t�s. L�insurrection nationale slovaque contre la Hongrie commence d�s septembre 1848 ; elle est dirig�e de Vienne par un Conseil national slovaque, o� si�gent les trois chefs politiques. Elle contr�le d�s l�automne de 1848 la Slovaquie de l�Ouest et esp�re, en �change de son aide, l�autonomie de la Slovaquie. Ces espoirs seront d��us. Apr�s l��crasement des r�volutions de 1848, le gouvernement de Vienne adopte de 1849 � 1860 une politique centraliste, dont les Slovaques comme les autres peuples sont victimes. Les troupes slovaques sont d�mobilis�es ; la presse, censur�e, doit �tre publi�e en langue tch�que slovaquis�e. �t�r, plac� en r�sidence surveill�e, �crit alors les Slaves et le monde du futur, qui sera publi� en 1867</p><p>en Russie apr�s sa mort. Il ne croit plus en l�Autriche, et c�est d�sormais dans la Russie qu�il met sa confiance. Dans ce climat de d�sillusion g�n�rale, les querelles religieuses s�att�nuent dans le mouvement slovaque. Les luth�-</p><p>riens comme Jozef Miloslav Hurban et �. M. Daxner se rapprochent des catholiques tels A. Radlinsky et J�n Pal�rik Beskydov (1822-1870).</p><p>Les ann�es 1860-1875 marquent</p><p>un brusque r�veil politique. Apr�s la publication du � Dipl�me d�octobre �</p><p>(1860), le gouvernement autrichien semble favorable � un r�gime f�d�ral.</p><p>Certains catholiques slovaques se rapprochent des lib�raux hongrois contre Vienne et forment la Nouvelle �cole (Nov� �kola). Mais, les 6 et 7 juin 1861, une Assembl�e nationale est convoqu�e � Tur&#x10D;iansky Sv�t&#xFD; Martin, une petite ville de 3 000 habitants qui</p><p>sera jusqu�en 1918 le centre du mouvement national. Le m�morandum de la nation slovaque de 1861 demande que l�on d�finisse officiellement la nation et la langue slovaques, et que l�on d�limite une r�gion slovaque, l�Okolie, qui b�n�ficierait de l�autonomie. Plus prudents qu�en 1848, les repr�sentants slovaques ne r�clament plus une di�te particuli�re.</p><p>Dans l�application de ce programme, deux tendances se heurtent : les uns, l�Ancienne �cole (Star� �kola), sont intransigeants sur la d�limitation de la Slovaquie ; les autres seraient pr�ts � l�abandonner en �change de concessions sur les �coles et l�usage du slovaque dans la basse administration.</p><p>Mais les Hongrois refusent toute r�forme. Alors, les Slovaques se tournent vers la cour de Vienne. Le 12 d�cembre 1861, un m�morandum</p><p>approuv� � Tur&#x10D;iansky Sv�t&#xFD; Martin est remis � l�empereur Fran�ois-Joseph par l��v�que catholique �tefan Moyses et par le pasteur Karol Kuzm�ny, mais sans r�sultats.</p><p>En 1863 est cr��e � Tur&#x10D;iansky</p><p>Sv�t&#xFD; Martin la Slovenska Matice, organisme culturel inspir� du mod�le tch�que, qui doit � la fois encourager les publications en langue slovaque et aider le d�veloppement d��coles secondaires slovaques.</p><p>Mais le Compromis de 1867 apporte une terrible d�ception : dans l�Autriche-Hongrie, les Hongrois seront ma�tres de leurs nationalit�s sans que Vienne puisse intervenir pour les mo-d�rer. Une loi des nationalit�s vol�e en 1868 par le Parlement hongrois promet le respect des langues nationales, mais elle n�est pas appliqu�e. Le mouvement slovaque se divise : la Nouvelle �cole, qui �dite en 1868 le journal Slovenskje Novini, veut collaborer avec les Hongrois et attaque les partisans du m�morandum de 1861. Le sort des Slaves de Haute-Hongrie ne cesse de se d�t�riorer. En 1865-1868, ceux-ci n�ont qu�un seul repr�sentant � la di�te, un Ruth�ne, Adolf Dobrjanszkij ; en 1869 s�y ajoute un d�put� slovaque, Viliam Pauliny-T�th.</p><p>� partir de 1875, le gouvernement</p><p>hongrois de K�lm�n Tisza m�ne une politique de magyarisation � outrance.</p><p>� ses yeux, � le Slovaque n�est pas un homme �, la nation slovaque n�existe pas. Cette m�me ann�e, la Slovenska Matice est ferm�e par les autorit�s.</p><p>Les Hongrois cr�ent la Femke, � Association d��ducation de la Haute-Hongrie �, pour acc�l�rer la magyarisation des �coles. L��glise �vang�lique m�me est soumise au contr�le de l��tat. Le parti national slovaque ne peut agir : en 1884, il d�cide le boycottage des �lections tant que la Hongrie ne respectera pas la loi des nationalit�s de 1868.</p><p>Au seuil du XXe s., les Slovaques cherchent des appuis � l�ext�rieur, d�abord parmi les �migr�s aux �tats-Unis, qui forment une colonie active, puis parmi les intellectuels occidentaux, tels l�Anglais R. W. Seton-Watson, le Fran�ais Ernest Denis, l��crivain norv�gien Bj�rnson. En m�me temps, des courants politiques nouveaux apparaissent. Dans le peuple des campagnes, c�est le parti populiste, catholique, de l�abb� Andrej Hlinka (1864-1938).</p><p>Parmi les intellectuels catholiques, le groupe Hlas (la Voix), de 1898 � 1904, avec Vavro �rob�r (1867-1950) et Pavol Blaho (1867-1927), critique les politiciens slovaques et appelle � une action commune avec les nationalistes tch�ques, notamment avec Tom� Garrigue Masaryk*, qui, demi-slovaque lui-m�me, veut renforcer les contacts entre les deux mouvements nationaux.</p><p>D�ailleurs, l�int�r�t des Tch�ques pour la Slovaquie se montre plus intense � la veille de la Premi�re Guerre mondiale : les banques de Prague investissent des capitaux dans la banque slovaque ou dans les industries du bois.</p><p>downloadModeText.vue.download 235 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10190</p><p>En 1901, le parti national slovaque reprend son activit� et sa propagande, surtout gr�ce � son aile gauche, que forment �rob�r et l�agrarien Milan Hod&#x17E;a (1878-1944).</p><p>La Premi�re Guerre mondiale</p><p>et la naissance de l��tat</p><p>tch�coslovaque</p><p>Les Slovaques se trouvent mobilis�s dans la guerre avec les arm�es austro-hongroises. Lorsque les �migr�s de Paris et de Londres commencent � �laborer leurs revendications, ils r�clament d�abord l�ind�pendance des pays tch�ques au nom du droit historique ; plus tardivement, ils d�cident d�adjoindre au nouvel �tat la Slovaquie au nom du droit naturel. �</p><p>c�t� du Tch�que Edvard Bene� et du Morave Masaryk, la puissante personnalit� du Slovaque Milan Rastislav �tef�nik (1880-1919) exerce son influence apr�s f�vrier 1916. Ce fils de pasteur, naturalis� fran�ais, astronome, capitaine d�aviation dans l�arm�e fran-</p><p>�aise, �veille les sympathies en France et en Italie en faveur de l��tat tch�coslovaque. Ministre de la Guerre dans le gouvernement provisoire, il se tue malheureusement dans un accident d�avion le 4 mai 1919, lors de son retour dans sa patrie.</p><p>Le mouvement d�ind�pendance</p><p>a trouv� un appui en argent et en hommes dans la colonie slovaque des �tats-Unis ; le 30 mai 1918, lors de son voyage aux �tats-Unis, Masaryk signe avec les organisations slovaques en Am�rique les accords de Pittsburgh, qui pr�voient l�autonomie de la Slovaquie et la reconnaissance du slovaque comme langue officielle. Mais ces accords, consid�r�s comme des engagements priv�s, ne seront pas appliqu�s par le nouveau gouvernement.</p><p>La Slovaquie tient � exprimer</p><p>elle-m�me sa volont� d�union avec les Tch�ques. Le 30 octobre 1918, le Conseil national slovaque, r�uni � Tur&#x10D;iansky Sv�t&#xFD; Martin, se prononce en faveur du nouvel �tat. Mais, en fait, dans la situation confuse de l�automne de 1918, le pouvoir r�el se situe � Prague, qui prend toutes les d�cisions.</p><p>Les l�gionnaires tch�coslovaques doivent conqu�rir la Slovaquie, qu�occupent encore les troupes hongroises.</p><p>Bratislava n�est lib�r�e qu�en f�vrier 1919. La question la plus br�lante est celle des fronti�res d�une Slovaquie dont les limites n�ont jamais �t� d�finies. Seront-elles ethnographiques ?</p><p>En fait, mettant � profit la guerre contre la r�publique des Conseils hongrois,</p><p>d�avril � juin 1919, la Tch�coslovaquie se fait reconna�tre le 12 juin par les grandes puissances une fronti�re plus au sud que la fronti�re ethnique, qui lui permet le contr�le des voies ferr�es d�ouest en est. La Slovaquie englobe donc une forte minorit� hongroise (745 000 personnes en 1921) dans la Tch�coslovaquie de l�entre-deux-guerres (1918-1939).</p><p>Ainsi se trouvent unis deux peuples s�par�s par l�histoire depuis le Xe s. Il y a un profond d�s�quilibre �conomique entre les pays tch�ques industrialis�s (35 p. 100 de population active agricole, 40 p. 100 d�ouvriers d�industrie) et la Slovaquie agricole (60 p. 100</p><p>d�agriculteurs, 19 p. 100 d�ouvriers).</p><p>� cela s�ajoute une totale incompr�-</p><p>hension psychologique. Les Tch�ques imposent le � tch�coslovaquisme �, l�id�e d�une nation unique et centralis�e dirig�e de Prague. Le tch�que est la seule langue d��tat. De 1918 � 1920, 70 000 Tch�ques ont �t� envoy�s en Slovaquie pour y servir comme militaires et comme employ�s des services publics. Ils sont 120 000 en 1930. La part des Slovaques est tr�s faible dans la haute administration, et l�intelligentsia slovaque se sent d�favoris�e.</p><p>Dans la vie politique slovaque, on trouve d�abord les centralistes, partisans du gouvernement de Prague.</p><p>Leurs chefs sont Vavro �rob�r (parti national slovaque et agrarien), qui dissout le Conseil national slovaque d�s janvier 1919, et le social-d�mocrate Ivan D�rer. Les centralistes se recrutent surtout dans la minorit� luth�-</p><p>rienne, qui repr�sente � peine 20 p. 100</p><p>de la population : d�o� un sentiment de frustration de la majorit� catholique.</p><p>Le parti populiste (L�dov� strana) de l�abb� Hlinka se r�organise en d�-</p><p>cembre 1918. Sa direction id�ologique est entre les mains d�intellectuels hostiles aux Tch�ques, soup�onn�s par leurs adversaires d��tre des Magyarons, de tendance probourgeoise. Le programme officiel du parti, pr�sent� dans le m�morandum de Vojtech Tuka (1880-1946) en janvier 1922, r�clame l�autonomie au nom des accords de Pittsburgh. De 1920 � 1935, le parti obtient environ 32 p. 100 des voix aux �lections, plus que le parti natio-</p><p>nal de �rob�r. En automne 1925, apr�s un succ�s �lectoral, il entre dans le gouvernement de l�agrarien tch�que Anton�n �vehla (1873-1933) avec</p><p>deux ministres ; il se montre loyaliste en 1927 lors des revendications irr�-</p><p>dentistes de la Hongrie. Mais Tuka est condamn� le 5 octobre 1929 � quinze ans de prison pour avoir r�clam� l�in-d�pendance de la Slovaquie. En protestation, le 8 octobre 1929, le parti populiste se retire de la coalition et fait �chouer le projet de formation d�un vaste bloc catholique, ce qui lui vaut l�hostilit� du Vatican.</p><p>Les ann�es 1930 accentuent les</p><p>d�saccords. D�s 1920, l�industrie slovaque avait recul� devant la concurrence tch�que, et le quart des usines avait d� fermer. La crise �conomique provoque la m�vente des produits agricoles : de 1931 � 1936, la vente des produits agricoles baisse de 70 p. 100.</p><p>Il y a 300 000 ch�meurs recens�s, mais surtout une forte surpopulation agricole. Apr�s 1935, l�industrialisation reprend gr�ce � l��vacuation en Slovaquie des industries de guerre.</p><p>Mais, en 1937, la Slovaquie compte seulement 15 p. 100 d�ouvriers de plus qu�en 1914.</p><p>Le m�contentement �conomique se</p><p>marque sur le plan politique. Le parti communiste recrute surtout ses adh�-</p><p>rents parmi les travailleurs agricoles et dans les minorit�s hongroise et ruth�ne.</p><p>Il ne contr�le que de 6 � 10 p. 100 des �lecteurs dans les r�gions purement slovaques. Une nouvelle g�n�ration de jeunes intellectuels anime apr�s 1924</p><p>la revue Dav, avec Vladimir Clementis (1902-1952), mais elle se montre hostile � l�ind�pendance, qui livrerait la Slovaquie � la r�action. Le parti communiste �labore en 1937 � Bansk� Bystrica un programme de r�formes �conomiques pour la Slovaquie, mais ne rencontre gu�re d�audience.</p><p>Le m�contentement joue en faveur de l�autonomisme. Un bloc autonomiste r�unit les populistes et le parti national slovaque du pasteur M. R�zus.</p><p>Le 13 ao�t 1938, les autonomistes troublent des c�r�monies officielles organis�es � Nitra pour le onzi�me centenaire de la christianisation de la</p><p>Slovaquie. Une tr�ve semble intervenir en 1935 lors de l��lection de Bene� � la pr�sidence de la R�publique. Un agrarien slovaque, Milan Hod&#x17E;a, occupera jusqu�aux accords de Munich (1938) la pr�sidence du Conseil.</p><p>Mais, dans le parti populiste, la nouvelle g�n�ration est plus nationaliste que cl�ricale. Avec K. Sidor, certains recherchent l�appui financier et politique de la Pologne de J�zef Beck. En 1936, les jeunes, enthousiastes des r�gimes autoritaires, �cartent les motions des pr�lats mod�r�s (Mgr Tiso).</p><p>Ils sont pr�ts � former, avec les Sud�tes de Konrad Henlein (1898-1945), un front uni des minorit�s contre le gouvernement de Prague. Apr�s la mort de l�abb� Hlinka en ao�t 1938, la direction du parti passe � Mgr Tiso. Le 22 septembre 1938, le projet d�autonomie propos� par Bene� renforce les mod�r�s.</p><p>L��tat slovaque (1939-1944)</p><p>Apr�s les accords de Munich, le parti populiste r�clame les 5 et 6 octobre 1938, � &#x17D;ilina, un projet plus avanc�.</p><p>Le gouvernement tch�que c�de le 7 octobre, et Mgr Tiso pr�side le premier gouvernement slovaque autonome.</p><p>Mais la Hongrie menace l�int�grit� nationale slovaque. Le 2 novembre 1938, par l�arbitrage de Vienne, elle annexe Kom�rno � l�ouest, et Ko�ice � l�est. Le 8 novembre se forme un parti unique, le parti de l�unit� nationale slovaque, qui, aux �lections de d�cembre 1938, a 97,5 p. 100 des voix.</p><p>Le gouvernement de Prague tente</p><p>de r�agir. Les 9 et 10 mars 1939, il chasse le gouvernement Tiso pour le remplacer par un gouvernement Sidor, plus mod�r�. Mais Hitler intervient : le 13 mars, il convoque Tiso � Berlin et lance un ultimatum. La Slovaquie devra se d�clarer ind�pendante avant le 14 mars � midi, sinon elle sera annex�e � la Hongrie. Ainsi, la Slovaquie devient, par un diktat hitl�rien, un �tat ind�pendant. Cette ind�pendance est toute th�orique, car un accord du 23 mars 1939 fait passer l��tat slovaque nouvellement cr�� sous protectorat allemand.</p><p>L��tat slovaque est plus autoritaire, cl�rical et traditionaliste que fasciste.</p><p>Son aile fascisante, l�organisation paramilitaire qui porte le nom de garde de Hlinka, est tenue � l��cart du pouvoir.</p><p>Au d�but, le nouveau r�gime trouve un �cho favorable dans l�opinion. Les fonctionnaires tch�ques sont expuls�s, la slovaquisation de l�administration permet de distribuer des places ; l�arya-nisation des biens appartenant � la communaut� juive (136 000 en 1930) donne aux Slovaques le contr�le du commerce et des affaires. L��tal slovaque profite � ses d�buts d�une prosp�rit� �conomique inattendue. Pays en paix dans une Europe en guerre, il peut exporter � haut prix ses produits agricoles et ses mati�res premi�res. L�industrie se d�veloppe, et les travailleurs slovaques vont travailler dans le Reich.</p><p>Le ch�mage dispara�t. Le r�gime n�est pas brutal : il n�y a pas de terreur et on ne conna�t aucune ex�cution d�opposants avant ao�t 1944. Seule la minorit� juive, touch�e par la loi du 10 mai 1939, est expuls�e vers le Reich. Cette downloadModeText.vue.download 236 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10191</p><p>politique reste mod�r�e jusqu�en 1942 ; elle ne s�aggravera qu�avec le gouvernement Tuka.</p><p>Mais la situation se d�t�riore apr�s 1941. L��tat slovaque a �t� contraint d�entrer en guerre contre l�U. R. S. S., ce qui provoque de nombreuses d�sertions sur le front et le m�contentement des cadres dirigeants de l�arm�e. En m�me temps, la pression allemande fait dispara�tre les derni�res illusions d�ind�pendance. En 1942, l�Allemagne contr�le 51 p. 100 des entreprises slovaques.</p><p>Le gouvernement tch�coslovaque</p><p>de Londres pourrait utiliser ce m�contentement. Mais il reste fid�le au tch�-</p><p>coslovaquisme et se donne pour programme la restauration de l��tat dans la situation et les fronti�res d�avant 1938.</p><p>� la fin de 1943, un Conseil natio-</p><p>nal slovaque est cr�� par diff�rents groupes : protestants du parti d�mocrate, socialistes et communistes.</p><p>Certains de ces communistes sont des d�l�gu�s de la direction du parti � Moscou, comme Karol �midke ; d�autres sont des communistes locaux, comme l�avocat Gust�v Hus�k ou le po�te Laco Novomesk&#xFD;. Le Conseil a confi� la direction militaire au colonel Jan Golian.</p><p>En ao�t 1944, lorsque les Russes approchent des Carpates, l�insurrection slovaque �clate. Aux forces de la r�sistance int�rieure se joint la plus grande partie de l�arm�e r�guli�re, avec le g�n�ral F. &#x10C;atlo�. Bene� envoie de Londres le g�n�ral R. Viest pour prendre la t�te de l�insurrection.</p><p>Mais, d�s le 29 ao�t, les Allemands p�-</p><p>n�trent en Slovaquie et, en deux mois, ils r�occupent le pays, s�emparant le 27 octobre de Bansk� Bystrica, capitale de l�insurrection. La r�pression est brutale. Seules subsistent des unit�s isol�es de partisans, qui aident, au printemps de 1945, les troupes sovi�tiques � lib�rer la Slovaquie.</p><p>La R�publique tch�coslovaque</p><p>de 1945 � 1948</p><p>Par le programme du gouvernement publi� � Ko�ice, en Slovaquie orientale, le 5 avril 1945, Bene� abandonne le tch�coslovaquisme. Le Conseil national slovaque aura le pouvoir l�gislatif pour la Slovaquie ; l�ex�cutif sera exerc� par les commissaires slovaques.</p><p>� l�origine, le parti communiste souhaite utiliser � son profit l�autonomie slovaque, mais les �lections de 1946</p><p>sont pour lui une d�ception ; il n�obtient que 30 p. 100 des voix, alors que le parti d�mocrate (Jan Ursiny, Josef Lettrich) rassemble 62 p. 100 des suffrages. D�s lors, le parti communiste se montre m�fiant envers l�autonomie slovaque.</p><p>En novembre 1947, il profite des d�saccords entre l�aile catholique et l�aile luth�rienne du parti d�mocrate pour r�aliser un coup d��tat. Par des manifestations ouvri�res et paysannes, il impose le remaniement du Conseil des commissaires slovaques. Le parti d�mocrate perd la majorit� par l�en-</p><p>tr�e de sp�cialistes et de membres de petits partis. Mais les communistes ne contr�lent pas avant f�vrier 1948 la situation en Slovaquie.</p><p>La p�riode stalinienne</p><p>Le triomphe du parti communiste tch�-</p><p>coslovaque en 1948 entra�ne un d�clin rapide des institutions slovaques.</p><p>Klement Gottwald* introduit dans le pays un mod�le stalinien centralis�.</p><p>La Constitution de mai 1948 enl�ve aux organismes slovaques tout pouvoir r�el, ne leur laissant plus qu�un vague droit de contr�le sur les affaires scolaires et l�organisation de la sant�.</p><p>Les commissaires slovaques sont d�-</p><p>sormais nomm�s et remplac�s par le gouvernement de Prague. Le 26 juillet 1948, le parti communiste slovaque perd toute autonomie.</p><p>Gottwald est tr�s m�fiant envers les Slovaques. Il accorde une pleine confiance � Viliam �irok&#xFD; (1902-1971), qui, d�s septembre 1948, critique le � nationalisme bourgeois � slovaque. Il est hostile aux communistes slovaques qui ont �migr� � Londres pendant la guerre, comme d�mentis, ou aux hommes de la r�sistance int�rieure, comme Gust�v Hus�k (n� en 1913).</p><p>D�s mars 1950, des attaques sont lanc�es contre Clementis, qui est ministre des Affaires �trang�res ; en avril 1950, la liste des � nationalistes bourgeois slovaques � est pr�te. Le IXe Congr�s du parti communiste slovaque les exclut de leurs fonctions en mai 1950.</p><p>Clementis est condamn� � mort avec Sl�nsk&#xFD; et tous deux sont ex�cut�s en 1952. En avril 1954, c�est la condamnation des � nationalistes bourgeois � : Hus�k est condamn� � la prison � vie, Novomesk&#xFD; � seize ann�es. Tout le pass� de la Slovaquie est condamn� avec eux. Le mouvement communiste Dav de l�entre-deux-guerres, l�insurrection slovaque de 1944 ne peuvent �tre que trahisons puisque leurs chefs �taient des tra�tres.</p><p>La lutte des Slovaques</p><p>contre Novotn&#xFD;</p><p>En 1960, la Constitution nouvelle qu�a fait adopter Anton�n Novotn&#xFD;* aggrave encore l�impuissance des organes slovaques, qui n�existent plus que sur</p><p>le papier. Apr�s 1963, les Slovaques entreprennent la lutte contre Novotn&#xFD;.</p><p>Clementis et les autres condamn�s �taient profond�ment populaires, et les Slovaques voient dans leur condamnation une forme d�oppression nationale. D�s le d�but de 1963, �crivains et historiens critiquent la d�formation du pass�. � Prague, une commission sp�cialement constitu�e par le parti, la Commission des Barnabites, r�clame la r�habilitation des � nationalistes bourgeois �. En avril 1963, Novotn&#xFD; doit accepter le remplacement du premier secr�taire du parti slovaque, Karol Bac�lek, par Alexander Dub&#x10D;ek*. Toutefois, en juin 1963, dans un discours prononc� � Ko�ice, Novotn&#xFD; r�affirme la justesse des condamnations prononc�es pour le nationalisme bourgeois.</p><p>Mais, le 21 septembre 1963, il doit se s�parer de son Premier ministre, �irok&#xFD;, d�test� par les Slovaques, et le remplacer par Jozef Len�rt (n� en 1923), qui est le pr�sident du Conseil national slovaque. En ao�t 1964, le vingti�me anniversaire de l�insurrection slovaque est marqu� par des c�r�-</p><p>monies officielles et par le r�tablissement de la v�rit� historique.</p><p>Le m�contentement des Slovaques</p><p>n�est pas seulement politique ; le d�s�-</p><p>quilibre �conomique subsiste. L��conomie slovaque a fait des progr�s � en 1965, elle pr�sente 20,7 p. 100 du total de l��conomie tch�coslovaque (contre 13 p. 100 en 1948) �, mais les revenus slovaques de 1968 sont l��quivalent du revenu tch�coslovaque en 1958. Des critiques s��l�vent contre la gestion trop centralis�e de l��conomie.</p><p>Le conflit avec Novotn&#xFD; s�aggrave brusquement lors de l��t� 1967. Au cours d�une visite � la Slovenska Matice, � Tur&#x10D;iansky Sv�t&#xFD; Martin, Novotn&#xFD; offense ses h�tes par son m�pris envers la culture slovaque. Il �carte ca-t�goriquement toute id�e de f�d�ration.</p><p>Aussi, � la fin de 1967, une coalition des Slovaques (Bil�k, Dub&#x10D;ek) avec des lib�raux tch�ques met Novotn&#xFD; en minorit� au Comit� central. � la surprise g�n�rale, c�est un Slovaque, Alexander Dub&#x10D;ek, qui devient le 5 janvier 1968 premier secr�taire du parti communiste tch�coslovaque.</p><p>Le � printemps de Prague �</p><p>Dub&#x10D;ek fait �lire comme successeur � la t�te du parti slovaque son ami Vasil Bil�k (n� en 1917), un Slovaque d�origine ukrainienne. L�atmosph�re � Bratislava est diff�rente de celle de Prague : les revendications nationales passent avant la lib�ralisation, et il y a peu de changements dans les organisations du parti et des syndicats. En avril 1968, Gust�v Hus�k fait sa rentr�e politique comme vice-pr�sident du gouvernement tch�coslovaque.</p><p>Satisfactions sont donn�es aux revendications slovaques. Le 28 f�vrier 1968, une loi reconna�t officiellement Bratislava comme la capitale de la Slovaquie. En mai, le Parlement d�cide que la f�d�ralisation de l��tal sera r�alis�e avant le 28 octobre 1968, date anniversaire du cinquantenaire de la fondation de l��tat tch�coslovaque.</p><p>Lors de l�invasion russe d�ao�t</p><p>1968, les Slovaques sont comme les Tch�ques unanimes dans la r�sistance.</p><p>La normalisation</p><p>D�s la conclusion des accords de Moscou, le 26 ao�t 1968, Gust�v Hus�k appara�t comme l�homme d��tat du nouveau r�gime. Le 28 octobre 1968, l�Assembl�e nationale tch�coslovaque approuve la f�d�ralisation. D�sormais, il y aura deux gouvernements, deux Parlements pour les pays tch�ques et pour la Slovaquie ; au-dessus d�eux, un gouvernement et un Parlement f�d�-</p><p>ral. La f�d�ralisation, pr�par�e par le</p><p>� printemps de Prague �, r�alise une �galit� apparente entre les peuples tch�que et slovaque.</p><p>En avril 1969, Hus�k remplace</p><p>Dub&#x10D;ek comme premier secr�taire</p><p>du parti communiste tch�coslovaque.</p><p>Mais, m�me dans une atmosph�re de dure normalisation, l��puration est plus mesur�e � Bratislava qu�� Prague.</p><p>Les hommes mis en place dans les ann�es 60 gardent en g�n�ral leurs fonctions.</p><p>B. M.</p><p>L�industrialisation</p><p>Pendant longtemps, la part de la Slo-</p><p>vaquie dans l�ensemble de l��conomie tch�coslovaque a �t� �lev�e dans les domaines des minerais (80 p. 100 du total), du textile (35 p. 100), du bois (30 p. 100), mais elle restait tr�s faible dans la population industrielle globale (8 p. 100 seulement en 1937 ; 16 p. 100</p><p>en 1956).</p><p>Ces conditions ont chang�. Depuis 1945 et surtout depuis 1968, la cr�a-downloadModeText.vue.download 237 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10192</p><p>tion d�emplois, la fondation d�usines, le traitement des minerais sur place, la</p><p>� d�ruralisation � de la population des campagnes constituent les leitmotive des transformations �conomiques du pays. C�est ainsi qu�en 1970 la Slovaquie concentrait plus de 40 p. 100</p><p>des investissements industriels de la Tch�coslovaquie et de la valeur de la production chimique d�ensemble : son indice de d�veloppement �conomique est pass� de 100 en 1967 � 144,6 en 1971. Le plan 1971-1975 tend encore � acc�l�rer ce d�marrage assez rapide, puisque l�ensemble du territoire se trouve travers� par l�ol�oduc Amiti� et le gazoduc Fraternit�, le long desquels s�implantent des usines nombreuses (utilisant le gaz naturel) de caoutchouc synth�tique, d�engrais, de mati�res plastiques et de r�sines synth�tiques.</p><p>Des d�veloppements plus clas-</p><p>siques ont suivi d�autres voies depuis 1945. Ils pr�sentent des aspects va-ri�s. Souvent, il y a eu d�doublement d�usines existant en territoire tch�que et morave, ainsi pour le textile, le bois, la papeterie et la cellulose, l�exemple le plus probant �tant la fondation � Par-tiz�nske d�un doublet de l�entreprise Bat�a de Gottwaldov, fabriquant surtout des articles de caoutchouc.</p><p>Une industrie �nerg�tique locale a �t� d�velopp�e, d�abord gr�ce � l�utilisation sur place du lignite � m�diocre teneur de Nov�ky et de Handlov� (utilis� par la carbochimie et les centrales donnant environ 2 TWh), mais surtout par la construction de petites centrales au fil de l�eau sur les rivi�res carpa-</p><p>tiques et d�un escalier d�une vingtaine de centrales de puissance moyenne sur la rivi�re V�h, fournissant � lui seul plusieurs t�rawatts-heures.</p><p>La cr�ation de combinats de types nouveaux a �t� due pr�cis�ment � la proximit� de l��nergie �lectrique, comme � &#x17D;iar nad Hronom, le plus important de ces combinats, qui transforme en alumine les bauxites de Hongrie (du Bakony), mati�re premi�re dont manque la Tch�coslovaquie.</p><p>De nombreux combinats et usines</p><p>d�importance moyenne ont �t� cr��s : textiles, bois, cimenteries, m�canique lourde et l�g�re, � partir d�anciennes petites industries artisanales et manufacturi�res (cimenterie de Nitra).</p><p>Un d�veloppement a �t� imprim� au tourisme dans les Hautes et les Basses Tatry, qui a cr�� sur place de nombreux emplois.</p><p>La premi�re centrale nucl�aire tch�-</p><p>coslovaque a �t� construite au nord-est de Bratislava ; le � combinat sid�rurgique � de Slovaquie orientale, autour de Ko�ice, utilise des minerais de fer voisins, mais surtout sovi�tiques (Kri-vo�-Rog), et du coke du m�me pays.</p><p>Bratislava*, qui s�est beaucoup accrue, fait figure de capitale.</p><p>Ce d�collage industriel provoque deux s�ries de ph�nom�nes sociaux qui comptent parmi les plus caract�ristiques de l�Europe orientale.</p><p>Les mutations industrielles sur place, au village, accompagn�es de vastes migrations pendulaires, affectent les jeunes, une partie de la population f�-</p><p>minine, d�autant plus que, dans la R�-</p><p>publique tch�coslovaque, la Slovaquie a le plus faible pourcentage de terres collectivis�es et que les coop�ratives agricoles ne retiennent qu�une faible partie de la population.</p><p>Des migrations d�finitives ont profit� aux villes les plus industrialis�es, les unes r�nov�es, les autres agrandies par des villes nouvelles de moyenne importance (� part Ko�ice) : les unes au milieu de bassins (Poprad), d�autres</p><p>en bordure de la plaine pannonienne (Nitra), certaines tr�s rapproch�es et formant une v�ritable rue de villes neuves et d�usines, comme dans la vall�e du V�h (fibres synth�tiques, armes l�g�res, tissus, appareillage �lectrique, etc.).</p><p>Dans une grande mesure, le d�collage est r�ussi : en 1970, la part de la production industrielle s��levait � 30 p. 100 (ce qui correspond presque � la part de la population). Mais le niveau de vie moyen reste plus faible que dans les autres pays de la f�d�ration, et le pourcentage de la population industrielle dans la population totale demeure faible, m�me si le niveau des salaires est � peu pr�s le m�me que dans les autres r�gions de la R�publique ; le d�veloppement reste in�gal d�une r�gion � l�autre, d�un village � l�autre.</p><p>Les r�gions</p><p>Rarement le d�coupage purement g�ographique, reposant d�ailleurs sur la g�ographie physique, s�oppose autant au d�coupage administratif.</p><p>Les r�gions g�ographiques</p><p>Elles peuvent �tre simplement d�finies : la Slovaquie est le pays de l�arc carpatique dont la convexit� et le versant abrupt sont tourn�s vers la Pologne. Les Carpates* commencent aux portes de Bratislava avec les Petites Carpates, se poursuivent avec les cha�nons de flysch des Carpates Blanches et des Beskides polono-tch�-</p><p>coslovaques. Elles sont divis�es par la profonde vall�e sup�rieure du V�h et ses bassins entre, au nord, les Hautes Tatry, qui forment la fronti�re avec la Pologne, o� s�observent les pics et cirques glaciaires garnis de lacs et o� se situe le point culminant de la cha�ne, la Gerlachovka (plus de 2 600 m) et, au sud, les Basses Tatry, compos�es d�une part de cha�nes et de causses jurassiens calcaires (o� s�observent de belles grottes, comme celle de Dob�in�) et d�autre part des monts M�tallif�res, en partie volcaniques, se raccordant en gros � la partie carpatique hongroise.</p><p>Les rivi�res issues des Carpates tracent de beaux rubans alluviaux au milieu</p><p>de golfes, de la plaine pannonienne jusqu�au Danube, o� les villages ont l�aspect de tous les villages magyars.</p><p>La division �conomique</p><p>Elle est diff�rente. Elle m�le autour de grands p�les les diff�rents �l�ments naturels d�crits.</p><p>La Slovaquie du Sud-Ouest est compos�e de basses cha�nes. Gravitant autour de Bratislava (340 000 hab.), tr�s industrialis�e, elle comprend en particulier les villes de Trnava (44 000 hab.), de Kom�rno</p><p>(27 000 hab.), de Nitra (44 000 hab.).</p><p>La Slovaquie du Nord-Ouest en-</p><p>globe surtout la partie montagneuse, suivant essentiellement l�axe de la vall�e du V�h dans ses deux directions. La polarisation est moins forte que dans la r�gion pr�c�dente, l�agriculture tient une place au moins aussi grande que l�industrie. Les seules villes importantes � caract�re r�gional sont Tren&#x10D;�n (35 000 hab.), &#x17D;ilina (45 000 hab.), Martin (41 000 hab.) ainsi que Ru&#x17E;omberok (23 000 hab.).</p><p>La Slovaquie moyenne est ax�e autour des vall�es du Hron et de l�Ipel�: Bansk� Bystrica a 44 000 habitants ; les autres villes atteignent � peine 25 000 habitants.</p><p>La Slovaquie orientale, la plus �tendue, comprend la vall�e sup�rieure du Poprad et les vall�es pannoniennes s��talant dans de larges plaines, le Horn�d, l�Ondava, le Laborec. Elle est domin�e par le combinat et la ville de Ko�ice (qui d�passe 140 000 hab.).</p><p>A. B.</p><p>F Autriche / Bene� / Boh�me / Bratislava /</p><p>Dub&#x10D;ek / Gottwald / Hongrie / Masaryk / Moravie (Grande-) / Novotn&#xFD; / Slaves / Tch�coslovaquie.</p><p>J. M. Kirschbaum, Slovakia, Nation at the Crossroads of Central Europe (New York, 1960).</p><p>/ G. L. Oddo, Slovakia and its People (New York, 1960). / Histoire de la Slovaquie (en slovaque, Bratislava, 1961-1968 ; 2 vol.). / P. Tur&#x10D;an, le D�veloppement �conomique de la Slovaquie au sein de la Tch�coslovaquie socialiste (trad.</p><p>du slovaque, Bratislava, 1963). / L. Liptak, la</p><p>Slovaquie au XXe si�cle (en slovaque, Bratislava, 1969). / E. Steiner, The Slovak Dilemma (Cambridge, Mass., 1973).</p><p>Slov�nie</p><p>En slov�ne SLOVENIJA, r�publique f�d�-</p><p>r�e de la Yougoslavie ; 20 215 km 2 ; 1 725 000 hab. Capit. Ljubljana.</p><p>La g�ographie</p><p>L��volution d�mographique de cette r�publique est l�une des plus lentes de la Yougoslavie. La population s�accro�t seulement d�un peu moins de 1 p. 100</p><p>par an depuis un quart de si�cle.</p><p>La Slov�nie est un des pays les</p><p>moins � balkaniques � et les plus d�velopp�s de la f�d�ration. Son identit� est de caract�re linguistique : les limites de la langue slov�ne, diff�rente du serbo-croate, co�ncident exactement avec celles de la R�publique. Cette r�publique fit partie sous la double monarchie austro-hongroise du duch� de Carniole et, pour une certaine partie, de celui de Carinthie. Elle a donc �t� � austrianis�e � et reste proche de l�Autriche, o� subsistent quelques minorit�s de langue slov�ne, ainsi que dans les environs de Trieste. Les taux moyens de productivit� y sont plus �lev�s qu�ailleurs. La Slov�nie produit plus de 4 TWh d��lectricit�, 6 Mt de charbon, 6 Mt de lignite. Elle est r�pu-t�e par la qualit� de ses produits (appareillage �lectrique, cellulose et papier, chimie et alimentation). Des cadres slov�nes vont aider les r�publiques ou les r�gions moins avanc�es, Mac�doine, Bosnie-Herz�govine, Kosovo. En</p><p>outre, plusieurs dizaines de milliers de Slov�nes �migrent temporairement en Autriche et en Allemagne f�d�rale. La R�publique se compose d�ensembles g�ographiques d�importance in�gale.</p><p>Les Alpes slov�nes, souvent encore appel�es Alpes Juliennes, forment les derni�res cha�nes et les derniers massifs des Alpes orientales : blocs d�altitude et de composition variables, d�orientation ouest-est ou nord-ouest-sud-est, domin�s par le Triglav, dont le sommet n�atteint pas 2 900 m et dont les hautes pentes seulement portent l�empreinte glaciaire (cirques, pyramides, mais pas de n�v�s). Des mouvements de remues</p><p>ou de transhumance ont encore lieu, mais la majeure partie de la population est partie dans les stations de vill�gia-downloadModeText.vue.download 238 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10193</p><p>ture et d�altitude comme Bled, au bord de son lac cern� par des vallums.</p><p>Ces Alpes pr�sentent deux traits originaux. D�une part, � l�est de Ljubljana, entre Drave et Save, s��tend un avant-pays alpin o� se dressent quelques hauteurs, fort peupl�, o� l��conomie de l�herbe et du foin l�emporte, dans les exploitations dispers�es, sur celle des c�r�ales. D�autre part, des sillons d�importance in�gale d�coupent la montagne. Celui de la So&#x10D;a (l�Isonzo italien) souffre d�une situation d�impasse.</p><p>L�am�nagement porte sur l�am�lioration de la vie pastorale, la construction de petites centrales hydro-�lectriques, mais la Nova Gorica slave ne peut concurrencer la Gorizia italienne. Le sillon de la Drave est anim� par la production, en liaison avec l�Autriche, d��nergie hydraulique, par la pr�sence de champs de neige et l�activit� d�une ville de plus de 100 000 habitants, Ma-ribor, o� l�artisanat local a fait place � la construction de camions. Le sillon de la Save repr�sente une belle voie de p�n�tration entre Triglav et Karavanke (Karawanken). Verreries, industries du bois, textiles et articles m�nagers animent la ville de Kranj. La capitale, Ljubljana, s��tale dans la partie du sillon qui assure la transition avec l�avant-pays alpin : elle reste un centre de services et d�industries �lectriques.</p><p>La Slov�nie comprend �galement</p><p>la partie du Karst de l�arri�re-pays de Trieste ; Postojna, avec ses grottes c�l�bres, am�nag�es � l��poque autrichienne, est devenue un des hauts lieux de tourisme � int�rieur � de la Yougoslavie.</p><p>Enfin, la Slov�nie poss�de un littoral qui se compose de la mince frange disput�e aux Italiens et o� s��gr�nent des stations touristiques ; la ville de Koper monte des automobiles.</p><p>A. B.</p><p>L�histoire</p><p>Les tribus slov�nes viennent s��tablir dans les r�gions du nord-ouest de l�actuelle Yougoslavie au VIe s. ; elles sont soumises alors � des dominations �trang�res diverses : Avars, Bavarois et surtout Francs. Au d�but du VIIIe s., les Slov�nes r�sistent aux Francs de Dagobert, puis sont inclus dans l��tat de Samo, dont le centre est en Grande-Moravie.</p><p>Sous la pression renouvel�e des</p><p>Avars se constitue ensuite une principaut� autonome avec un prince slov�ne � sa t�te, l��tat de Karantanija, dont le centre est Krnski Grad (auj. Karnburg, Carinthie). Les princes de Karantanija sont intronis�s par une assembl�e populaire qui se tient selon un c�r�monial traditionnel sur le champ de Gospos-vetsko polje (auj. plaine de Zollfeld). �</p><p>cette �poque, la soci�t� slov�ne compte encore des paysans libres et dispose d�une arm�e princi�re sp�ciale, les kosezi. Incorpor�s en 788 � l�empire de Charlemagne, les Slov�nes participent, mais sans succ�s, � la r�volte des Croates contre les Francs en Pannonie sous la conduite du Ljudevit Posavski (d�but du IXe s.). En 843, au trait� de Verdun, qui partage l�Empire carolingien, ils sont rattach�s � la Marche de l�Est, qui revient � la Lotharingie ; le prince slov�ne est remplac� par un comte franc ; les nobles Slov�nes perdent leurs privil�ges, leurs terres sont attribu�es � des f�odaux francs.</p><p>Les r�gions Slov�nes ne sont pas occup�es par les Hongrois lors de leur installation en Europe centrale ; la progression de ceux-ci vers l�ouest est d�ailleurs arr�t�e par l�empereur Otton Ier, qui forme une Grande-Karantanija dans les r�gions fronti�res de l�est, mais au XIe s., cette Grande-Karantanija est divis�e en plusieurs r�gions : Carinthie, Styrie, Carniole.</p><p>En 1278, quand les Habsbourg</p><p>s�implantent en Autriche, les Slov�nes passent sous leur domination, sous laquelle ils resteront jusqu�en 1918 ; la r�volte du comte de Celje contre leur pouvoir au XIVe s. �chouera. Les</p><p>r�gions Slov�nes seront les seules dans les terres yougoslaves � rester hors de la domination ottomane, en d�pit de multiples incursions des Turcs. Elles sont d�ailleurs soumises � une forte germanisation : les colons allemands s��tablissent au sud des Alpes, tandis que la noblesse est germanis�e, la langue slave demeurant surtout dans le peuple.</p><p>Les Slov�nes ont �t� christianis�s au VIIIe s. par des missionnaires envoy�s par le patriarcat d�Aquil�e, mais surtout par l�archev�ch� de Salzbourg et aussi par des moines irlandais. Au XVIe s., la R�forme prend une extension importante en Slov�nie, propag�e en particulier par le pasteur Primo&#x17E; Tru-bar (1508-1586), en liaison avec des centres allemands tels que l�universit� de T�bingen. Mais les Habsbourg et l��glise catholique, en la personne de l��v�que de Ljubljana Toma&#x17E; Hren (1560-1630), s�opposent au mouvement ; les nobles devront adh�rer � la foi catholique pour conserver leurs terres, les communaut�s protestantes dispara�tront et la majorit� de la population revient au catholicisme.</p><p>Cependant, la R�forme contribue au d�veloppement de la langue slov�ne, les r�formateurs comme les contre-r�-</p><p>formateurs ayant publi� des textes en slov�ne pour r�pandre leurs id�es ; une presse slov�ne est install�e � Urach, pr�s de T�bingen.</p><p>D�autre part, � cette �poque, les paysans slov�nes se r�voltent contre leur asservissement et r�clament le retour aux � droits anciens � : c�est l�Union paysanne de 1478, la r�bellion de 1515, la participation � la r�volte de Matija Gubec en Croatie en 1573. Au XVIIIe s., la germanisation se poursuit, mais, dans la p�riode de despotisme �clair� de Marie-Th�r�se et de Joseph II, un effort est fait pour d�velopper l��conomie et l��ducation ; des pr�tres, des intellectuels amorcent un renouveau de la conscience slov�ne : le baron &#x17D;iga Zois est un m�c�ne pour l�historien Anton Toma&#x17E; Linhart, le po�te Valentin Vodnik, le philologue Jernej Kopitar ; � la fin du XVIIIe s. para�t le premier journal en slov�ne, les Ljubljanske novice.</p><p>En 1809, les r�gions Slov�nes sont</p><p>incorpor�es dans les Provinces Illy-riennes, cr��es par Napol�on ; leur capitale est Ljubljana ; des r�formes sont entreprises, la langue populaire est affirm�e, mais la population demeure r�ticente, m�me si un po�te comme Vodnik fait un po�me de gratitude envers Napol�on (Illyrie ressuscit�e).</p><p>Apr�s la d�faite napol�onienne, les Autrichiens reprennent le pouvoir ; l�illyrisme, mouvement de renaissance nationale slave, qui se d�veloppe en Croatie, a peu d�importance en Slov�nie, mais, sous l�influence du grand po�te slov�ne France Pre�eren (1800-1849), le dialecte de Carniole est adopt� comme base de la langue slov�ne, et son emploi officiel est revendiqu� tout au cours du XIXe s.</p><p>La r�volution de 1848 entra�ne des r�voltes paysannes, tandis que la So-ci�t� slov�ne, cr��e � Vienne, r�clame la formation d�un royaume autonome de Slov�nie et l�utilisation de la langue slov�ne ; mais la r�volution est r�prim�e, et seule reste acquise l�abolition du servage ; les Slov�nes demeurent divis�s en plusieurs r�gions autonomes, chacune avec sa propre di�te � l�int�-</p><p>rieur de l�Autriche.</p><p>De 1849 � 1859, c�est le r�gime</p><p>absolutiste du ministre A. von Bach.</p><p>Mais, dans les ann�es 1860, les Jeunes-Slov�nes s��l�vent contre l�opportunisme des conservateurs et relancent le programme de la � Slov�nie unifi�e �, en particulier lors d�assembl�es de la population r�unies dans les champs �</p><p>les tabors.</p><p>� la fin du XIXe s., on voit se d�velopper un parti cl�rical catholique qui impr�gnera toute la vie sociale ; � l�instigation du socialiste chr�tien Janez Krek (1865-1917), tout un r�seau de coop�ratives sera institu�. Au d�but du XXe s., des Slov�nes, les Preporodovci, s�opposent ouvertement � la domination autrichienne ; l��crivain Ivan Can-kar (1876-1918) se d�clare favorable � l�union de tous les Slaves du Sud.</p><p>Celle-ci se r�alise en 1918, quand la Slov�nie entre dans le royaume des Serbes, des Croates et des Slov�nes, dans lequel le parti du peuple slov�ne de Mgr Anton Koro�ec joue un r�le</p><p>assez important.</p><p>Pendant la Seconde Guerre mon-</p><p>diale, la Slov�nie est divis�e en zones d�occupation allemande, italienne et hongroise. En 1945, elle devient une r�publique f�d�r�e au sein de la Yougoslavie socialiste.</p><p>M.-P. C.</p><p>F Yougoslavie.</p><p>S&#x142;owacki (Juliusz)</p><p>Po�te et dramaturge polonais (Krze-mieniec, en Volhynie [auj. Kremenets, Ukraine], 1809 - Paris 1849).</p><p>Po�te romantique, S&#x142;owacki est � l�origine du drame moderne polonais.</p><p>Cr�ateur virtuose d�un langage de m�taphores et de symboles, exil� et incompris, il d�sirait surpasser l�oeuvre de son rival, Mickiewicz*, reconnu pour guide de la nation polonaise.</p><p>L�une de ces deux figures est-elle plus grande que l�autre ? Le probl�me n�est pas r�solu.</p><p>Issu d�une famille de petite noblesse, Juliusz S&#x142;owacki est l�unique enfant d�un professeur du lyc�e de Krzemie-niec, puis de l�universit� de Wilno, po�te, critique et traducteur. Orphelin � l��ge de cinq ans, Juliusz est �lev� par une m�re romantique et sentimentale, avec laquelle il poursuivra une correspondance litt�raire durant pr�s de vingt ans. Il fait des �tudes de droit � l�universit� de Wilno, puis s�installe � Varsovie. Sous l�influence des romantiques Mickiewicz et Byron surtout, il d�bute par des drames (Marie Stuart, 1830) et des po�mes orientaux ou historiques : le Moine, Jan Bielecki, l�Arabe, &#x17B;mija.</p><p>Lors de l�insurrection nationale de 1830-31, il compose Hymne, po�me downloadModeText.vue.download 239 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10194</p><p>lyrique � la Vierge, qui conna�t aussit�t un grand succ�s. Envoy� en mission diplomatique � Londres, il voyage un</p><p>moment avant de s��tablir en France.</p><p>En 1832, ses oeuvres de jeunesse sont rassembl�es dans les deux volumes du recueil Po�sies. Il exprime cependant ses sentiments patriotiques dans des po�mes (l�Emir Venceslas Rzewuski) qui paraissent en 1833 dans le troisi�me volume des Po�sies.</p><p>En 1832, S&#x142;owacki se rend � Gen�ve, o� il entreprend un grand drame national (Kordian, publi� en 1834), r�plique aux A�eux de Mickiewicz et �tude psychologique de l��me romantique du h�ros luttant pour l�ind�pendance.</p><p>Il nourrit le projet d�un cycle de six grandes trag�dies traitant de l�histoire de la Pologne, des origines au XIXe s. : il ne l�accomplira qu�en partie. La premi�re de ces trag�dies, Balladyna (1834, publi�e en 1839), qui r�v�le l�influence de Shakespeare, se d�roule dans le monde f�erique des temps l�gendaires du roi Popiel. En 1835, Horszty&#x144;ski est un drame en prose sur le Hamlet polonais du XVIIIe s. Avant de quitter Gen�ve, S&#x142;owacki compose En Suisse (1839), �glogue sur l�amour et la mort.</p><p>Un long voyage le m�ne par l�Italie (1836), en Gr�ce, en �gypte et en Terre sainte ; de l� datent le bel hymne de l�exil�, Je suis triste, � Seigneur, ainsi que le cycle des lettres po�tiques sur les cultures anciennes : Voyage de Naples � la Terre sainte. Dans les monts du Liban na�t le po�me symbolique, �crit en prose biblique, Anhelli (1838), satire contre l��migration, profession de foi en la victoire d�un peuple. Revenu en Italie en 1837, S&#x142;owacki compose des po�mes o� l�on trouve un �cho de Dante (la Peste au d�sert, Venceslas, Po�me de Piast Dantyszek, 1839), puis se fixe, en 1838, � Paris. Son oeuvre t�moigne alors � la fois de ses sentiments patriotiques (le Tombeau d�Agamemnon, 1840) ou intimes (Mon testament) ; plusieurs drames, dont Lilla Weneda (1840), trag�die mythique sur les origines de la Pologne, expriment la fatalit� de la lutte pour l�ind�pendance. Mazepa (1840), tableau r�aliste de la noblesse polonaise du XVIIe s., est la seule pi�ce qui sera repr�sent�e de son vivant � Budapest. Entour� d�hostilit� et d�incompr�hension, S&#x142;owacki d�clare une v�ritable guerre � ses ennemis litt�raires dans le po�me historique</p><p>Beniowski (1841), autobiographie-confession du po�te, attaque violente contre ses compatriotes, responsables du sort tragique de leur patrie, et d�fi lanc� � Mickiewicz. Le drame Fantazy (1842), peinture de la soci�t� polonaise au lendemain de l�insurrection, pr�c�de une p�riode mystique, d�abord sous l�influence d�Andrzej Towia&#x144;ski (le P�re Marc, 1843 ; le Songe d�argent de Salom�, 1844), puis marqu�e par la cr�ation d�une philosophie personnelle que S&#x142;owacki expose dans le po�me-trait� la Gen�se par l�esprit (1844), r�ve sur l�histoire de l�univers, et dans l��pop�e visionnaire le Roi-Esprit (1847), qu�il ne pourra achever. En 1848, apr�s un bref retour en Pologne, S&#x142;owacki, malade, retourne � Paris, o� il ach�ve ses jours. Ses cendres, ramen�es en 1927 � Cracovie, reposent dans la crypte royale du Wawel aux c�t�s de celles de Mickiewicz.</p><p>K. S.</p><p>J. Kleiner, S&#x142;owacki (en pol., Varsovie, 1969). / J. Krzy&#x17C;anowski, Histoire de la litt�rature polonaise (en pol., Varsovie, 1969).</p><p>Sluter (Claus)</p><p>Sculpteur n�erlandais au service des ducs de Bourgogne (Haarlem</p><p>v. 1340/1350 - Dijon 1405 ou 1406).</p><p>Son nom appara�t pour la premi�re fois dans les comptes de la corporation des sculpteurs de Bruxelles en 1379-80. En 1385, Sluter est � Dijon*, au service du duc de Bourgogne Philippe le Hardi. Il y demeure jusqu�� sa mort, avec de brefs voyages � Paris en 1392, au ch�teau du duc de Berry � Mehun-sur-Y�vre en 1393 (il rend alors visite � Andr� Beauneveu*), � Malines et � Dinant en 1395. Simple artisan dans l�atelier de Jean de Marville en 1385, il lui succ�de comme sculpteur officiel du duc � sa mort, survenue en 1389. En 1396, il fait venir � Dijon son neveu Claus de Werve (Klaas Van de Werve, v. 1380-1439), qui prend part � ses travaux, surtout apr�s 1399, �poque � laquelle Sluter tombe malade.</p><p>Les comptes ducaux mentionnent</p><p>de nombreuses oeuvres de Sluter, mais beaucoup, comme les d�cors du</p><p>ch�teau de Germolles, ont disparu. Il reste trois ensembles auxquels Sluter a particip�. Le premier est le portail de l��glise de la chartreuse de Champmol, fond�e par Philippe le Hardi et destin�e � servir de n�cropole ducale. Le portail a �t� con�u en 1386 par l�architecte Drouet de Dammartin (� 1413) et commenc� par Jean de Marville, mais la Vierge du trumeau, les statues du duc, de la duchesse et de leurs saints patrons aux �brasements sont l�oeuvre de Sluter et datent des ann�es 1390-1393. Elles r�v�lent le g�nie propre de Sluter, son ind�pendance vis-�-vis de l�architecture, caract�re nouveau � cette �poque, son sens dramatique du mouvement et du gonflement des v�tements, son interpr�tation r�aliste et sans flatterie des portraits, son traitement vigoureux et puissant du relief.</p><p>� partir de 1395, Sluter travaille au calvaire du grand clo�tre de Champmol, plus connu sous le nom de puits de Mo�se. Le Christ en croix, conserv� en partie au mus�e arch�ologique de Dijon, est son oeuvre. L�ensemble du socle hexagonal, avec six statues de proph�tes et pr�curseurs du Christ, Mo�se, David, J�r�mie, Zacharie, Daniel et Isa�e, et six anges, a �t� con�u par lui, mais une grande part dut �tre ex�cut�e par Claus de Werve, car les sculptures n�ont pas �t� termin�es avant 1406. La puissance qui se d�gage de la figure de Mo�se, la grandeur tragique de son visage ont fini par donner son c�l�bre surnom � cet ensemble dress� au milieu d�une citerne.</p><p>Sluter a enfin particip� au tombeau de Philippe le Hardi, d�pos� au mus�e des Beaux-Arts de Dijon. Entrepris par Jean de Marville, cet ouvrage fut repris par Sluter, abandonn�, puis achev� par Claus de Werve apr�s la mort de Philippe le Hardi. La part de Sluter se devine dans la disposition des pleurants, plac�s dans les arcades du socle, mais ind�pendants de ce cadre architectural.</p><p>Deux d�entre eux sont certainement de sa main, la plupart des autres ont d� �tre dessin�s par lui. Comme dans le portail de Champmol et dans le puits de Mo�se, le r�alisme dramatique des attitudes, le caract�re accentu� des expressions, qui devaient influencer et renouveler tout l�art gothique du XVe s., s�y</p><p>affirment avec une magistrale vigueur.</p><p>A. P.</p><p>A. Liebrich, Recherches sur Claus Sluter (Dietrich, Bruxelles, 1936). / G. Troescher, Die burgundische Plastik des ausgehenden Mitte-lalters und ihre Wirkungen auf die europ�ische Kunst (Francfort, 1940). / H. David, Claus Sluter (Tisn�, 1951).</p><p>Smetana</p><p>(Bed&#x159;ich)</p><p>Compositeur tch�que (Litomy�l 1824 -</p><p>Prague 1884).</p><p>Bed&#x159;ich Smetana est le p�re fon-</p><p>dateur de l��cole nationale tch�que, le premier en date des quatre grands</p><p>� classiques � de cette �cole (les trois autres �tant Dvo&#x159;�k*, Jan�&#x10D;ek* et Martin&#x16F;*).</p><p>Issu d�un milieu ais� (son p�re �tait brasseur du ch�teau de Litomy�l), il put b�n�ficier d�une �ducation musicale lui permettant de d�ployer tr�s vite ses dons : � huit ans, il composa une polka, et deux ans plus tard il se fixa � Prague pour y poursuivre ses �tudes.</p><p>Prague �tait encore tout impr�gn�e du souvenir de Mozart, dont l�oeuvre lyrique, en particulier, demeura toujours l�une des sources essentielles de l�art de Smetana. Celui-ci, progressiste ouvert aux id�es nouvelles et fervent patriote, prit parti lors des �v�nements de 1848, mais la r�pression qui suivit, �touffant les aspirations nationales, le plongea dans un d�couragement tel qu�il d�cida de s�exiler en Su�de, o�, de 1856 � 1861, il dirigea une soci�t� de musique (Harmoniska S�llskapet) � G�teborg. � cette �poque, il fit �galement la connaissance de Liszt, dont l�influence, de pair avec celle de Berlioz (rencontr� � Prague en 1846), fut d�terminante pour la formation de son style de maturit�. En 1861, les milieux lib�raux reprenant l�initiative, il rentra d�finitivement � Prague, dont il organisa d�s lors la vie musicale dans un sens r�pondant � son id�al : culture nationale ouverte et accessible aux couches populaires.</p><p>Les premiers grands triomphes de Smetana se situent en 1866, avec les repr�sentations des Brandebourgeois</p><p>en Boh�me, op�ra historique, et surtout de la Fianc�e vendue, op�ra-comique qui �tablissait la musique nationale sur des bases in�branlables et lui valut rapidement une gloire internationale.</p><p>� la suite de ces succ�s, on lui confia la direction du Th��tre national, log� encore � cette �poque dans des locaux provisoires. Mais des oppositions ne tard�rent pas � s��lever dans les milieux conservateurs, la jalousie professionnelle s�ajoutant aux objections politiques, et son troisi�me ouvrage lyrique, Dalibor, fut aprement discut� et tax� de wagn�risme. Devant la duret� des luttes qu�il devait mener, sa sant� s�effondra, ses nerfs craqu�rent et, catastrophe supr�me, il devint sourd en octobre 1874. Tout en continuant � assurer ses fonctions, il se replia alors dans la musique de chambre (quatuor De ma vie), puis entreprit son grand cycle de po�mes symphoniques d�inspiration nationale, Ma patrie, achev� en 1879. Devant l�aggravation de son �tat de sant�, il dut finalement se retirer de la vie publique, tout en continuant � composer.</p><p>Il connut un dernier triomphe public lors de la cr�ation de son op�ra Libu�e, downloadModeText.vue.download 240 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10195</p><p>termin� depuis 1872 mais tenu en r�-</p><p>serve pour l�inauguration du Th��tre national, en 1881. Au d�but de 1884, sa raison sombra, et il passa ses derni�res semaines dans une maison de sant�.</p><p>Par la perfection de la facture, le go�t de la concision, de la clart� et de la pr�cision du trait, Smetana est un pur classique mozartien. Mais c�est aussi un novateur audacieux, harmo-niste hardi, s�inspirant des conqu�tes formelles et instrumentales d�un Berlioz et d�un Liszt. S�il n�a pas abord� les grandes formes symphoniques, ni l�oratorio ou la musique sacr�e, si sa musique de chambre est restreinte en nombre (son cadet Dvo&#x159;�k f�condera tous ces sillons-l�), Smetana vit avant tout par ses huit op�ras, qui vont de la com�die paysanne � l��pop�e mytho-</p><p>logique. Par de tout autres moyens, Libu�e atteint � la souveraine grandeur des Nibelungen. Deuxi�me domaine : le po�me symphonique, que domine le monument de Ma patrie.</p><p>On citera ensuite une abondante</p><p>production pianistique, de tr�s belle qualit� (il �tait virtuose lui-m�me) : les derniers cahiers de Danses tch�ques avec les polkas, qui sont � la Boh�me ce que les mazurkas et polonaises de Chopin sont � la Pologne. En dehors des quelques admirables pages de musique de chambre, d�essence autobiographique, on citera encore de tr�s beaux choeurs d�hommes. � l�exception de la Moldau (Vltava), deuxi�me partie de Ma patrie, et de l��blouissante ouverture de la Fianc�e vendue, toute cette production est malheureusement m�connue en France.</p><p>Les oeuvres principales de</p><p>Smetana</p><p>y op�ras : les Brandebourgeois en Boh�me (1862-63, cr��s en 1866) ; la Fianc�e vendue (1863-1866) ; Dalibor (1866-67, cr�� en 1868) ; Libu�e (1872, cr�� en 1881) ; les Deux Veuves (1873, cr��es en 1874) ; le Baiser (1875-76) ; le Secret (1877-78) ; le Mur du Diable (1879-1882).</p><p>y orchestre : Symphonie triomphale (1853-54) ; po�mes symphoniques : Richard III (1858) ; le Camp de Wallenstein (1859) ; Haakon Jarl (1861) ; Ma patrie (Vy�ehrad, Vltava [la Moldau], ��rka, Des pr�s et des bois de Boh�me, T�bor, Blan�k, 1874-1879) ; Carnaval de Prague (1883).</p><p>y musique de chambre : 1 trio (1855) ; 2</p><p>quatuors (1876-1882).</p><p>y piano : nombreux recueils et pi�ces isol�es, dont : R�ves (1875) ; Danses tch�ques (comprenant des polkas) [1877-1879].</p><p>y choeurs d�hommes et cantates.</p><p>H. H.</p><p>J. Tiersot, Smetana (Laurens, 1926). /</p><p>J. Teichman, Bed&#x159;ich Smetana (en tch�que, Prague, 1946). / Z. Nejedl&#xFD;, Bed&#x159;ich Smetana (en tch�que, Prague, 1950-1954 ; 7 vol.). /</p><p>M. O&#x10D;adlik, le Destin de Bed&#x159;ich Smetana (en</p><p>tch�que, Prague, 1950). / F. Barto�, S. Smetana d�apr�s les souvenirs de ses contemporains et d�apr�s ses lettres (en tch�que, Prague, 1954).</p><p>/ B. Karasek, Bed&#x159;ich Smetana (en tch�que, Prague, 1966). / B. Large, Smetana (Londres, 1970). / J. Clapham, Smetana (Londres, 1974).</p><p>Smith (Adam)</p><p>�conomiste �cossais (Kirkcaldy 1723 -</p><p>�dimbourg 1790).</p><p>L�oeuvre �conomique d�Adam Smith appara�t tout � la fois comme l�aboutissement d�une phase d��volution de la pens�e mercantiliste et comme le point de d�part de l��cole classique anglaise.</p><p>En ajoutant un apport personnel � celui de ses devanciers, A. Smith a d�pass� la pens�e mercantiliste. Aussi, l�action qu�il exercera sur ses successeurs sera-t-elle profonde. En effet, il termine un cycle et pr�sente sous une forme achev�e des conceptions imparfaitement �labor�es avant lui, en en corrigeant le caract�re partiel ou excessif et en en comblant les lacunes.</p><p>De la philosophie</p><p>� l��conomie</p><p>�cossais, Adam Smith est �l�ve de Francis Hutcheson (1694-1746) �</p><p>l�universit� de Glasgow. Il passe ensuite � Oxford, puis revient en �cosse, o� il se lie d�amiti� avec David Hume*.</p><p>En 1752, il remplace Hutcheson dans la chaire de philosophie morale de l�universit� de Glasgow ; il occupera cette chaire jusqu�en 1764. Durant cette p�riode, il �crit Theory of Moral Sentiments (Th�orie, des sentiments moraux, 1759), dans laquelle il d�veloppe une th�orie de la sympathie. Il affirme que le r�le de la raison est consid�-</p><p>rable, mais qu�il est soumis � la r�gle de � bienveillance universelle �, aux lois de sympathie. Cet ouvrage lui vaut la c�l�brit�. En 1764, A. Smith quitte son enseignement pour entreprendre un long voyage sur le continent, accompagnant le duc de Buccleugh, � titre de conseiller. Il s�arr�te une dizaine de mois � Paris et se lie avec les physiocrates Turgot* et Quesnay*, puis s�-</p><p>journe un an et demi � Toulouse, ville dans laquelle il commence � travailler � son deuxi�me ouvrage, qui traitera de la vie �conomique. Son oeuvre sera largement influenc�e par les conceptions</p><p>des �conomistes fran�ais.</p><p>Rentr� � Kirkcaldy, A. Smith partage son temps entre des contacts avec les grands du jour (il ne se trouve pas ainsi coup� de la vie de son temps) et des activit�s studieuses. Il publie, en 1776, son grand ouvrage An Inquiry into the Nature and Causes of the Wealth of Nations (Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations), qui demeure un des monuments de la science �conomique, et, bient�t, sera le</p><p>� chemin de Damas � de J.-B. Say*. Le succ�s est moins grand qu�il ne l�avait �t� pour la Th�orie des sentiments moraux. Cependant, cinq �ditions de l�ouvrage paraissent en anglais avant la mort de son auteur. Celui-ci est nomm� commissaire des douanes en �cosse, titre honorifique qui lui vaut un traitement consid�rable. En 1787, il devient recteur de l�universit� de Glasgow. Il meurt en 1790 apr�s avoir ordonn� � ses amis de br�ler tous ses manuscrits in�dits.</p><p>Modernit� d�Adam Smith</p><p>L�oeuvre d�Adam Smith a �t� tr�s vite connue et la Richesse des nations a b�n�fici� d�une telle r�putation que rapidement son auteur a �clips� les physiocrates. C�est pratiquement sur son oeuvre et non sur celle des physiocrates que s��difiera la th�orie �conomique en Angleterre et m�me sur le continent.</p><p>Jean-Baptiste Say popularisera la pens�e de Smith en m�me temps qu�il la modifiera. La premi�re �dition fran-</p><p>�aise de Smith est celle de Germain Garnier en 1843.</p><p>La Richesse des nations porte la marque du temp�rament de Smith.</p><p>Comme les physiocrates, l��conomiste �cossais est � la fois d�ductif et observateur, mais il est cependant moins syst�matique qu�eux. S�il loue les avantages des relations entre nations, il sait toujours rappeler l�importance des int�r�ts nationaux. Il est lib�ral, mais ne veut pas sacrifier les int�r�ts de son pays. Son oeuvre est celle d�un auteur britannique, empirique, assez peu soucieux de logique, mais tr�s pr�occup� des int�r�ts britanniques et ayant tendance � juger des situations mondiales d�apr�s les probl�mes de la</p><p>Grande-Bretagne. Ren� Gonnard a pu �crire que l�oeuvre de Smith manifeste</p><p>� un cosmopolitisme de doctrine, corrig� par un assez vif nationalisme de temp�rament �.</p><p>Robert Goetz-Girey a montr� com-</p><p>bien les id�es de Smith se situent dans une perspective contemporaine. � Il est remarquable, �crit Goetz-Girey, que les auteurs du XIXe s. plus proches d�A. Smith aient mieux soulign�, semble-t-il, la contribution de Smith aux probl�mes de la croissance* que les auteurs de la fin du XIXe s. et du d�but du XXe s. Ainsi, Garnier, dans sa pr�face de 1843, insiste plus que ne le feront Charles Gide et Charles Rist ou Ren� Gonnard sur l�importance, dans l�oeuvre d�A. Smith, de la notion de progr�s. Pour Garnier, le fondement m�me de toute la conception de Smith est � progressif �. �</p><p>L�ensemble de l��volution �cono-</p><p>mique d�pend du travail*, alors que les physiocrates attribuaient ce r�le � la terre. Comme cette derni�re �chappe en grande partie au pouvoir de l�homme, Adam Smith la consid�re comme un �l�ment limit�. Au contraire, le travail est une puissance presque illimit�e : � partir de ce moment, on a fond� le progr�s de l�humanit� sur une puissance pratiquement sans bornes. Smith fait donc l�apologie du travail : � Le travail annuel d�une nation est le fonds primitif qui fournit � sa consommation annuelle toutes les choses n�cessaires et commodes � la vie ; et ces choses sont toujours, ou le produit imm�diat de ce travail, ou achet�es des autres nations avec ce produit. � Mais, s�il fait du travail le v�ritable �l�ment d�terminant de la croissance, Smith essaie d�en pr�ciser le r�le par l�adjonction d�autres facteurs (division du travail, march�, libert� �conomique).</p><p>� partir d�observations concr�tes (le travail dans une manufacture d��pingles), il montre l�influence de la division du travail sur la croissance par plusieurs voies. Gr�ce � la division du travail, l�habilet� et la dext�rit� des ouvriers augmentent, et l�on obtient dans les entreprises une �conomie de temps ; de plus, la division du travail provoque l�emploi de machines.</p><p>En outre, le march� r�sulte de la division du travail. En effet, celle-ci a pour origine un penchant, une propension : le penchant des hommes � trafiquer, � faire des �changes. Les �changes se mat�rialisent sur un march�. Celui-ci est facteur de croissance :</p><p>� La certitude de pouvoir troquer tout le produit de son travail qui exc�de sa propre consommation, contre un pareil surplus du produit du travail des autres qui peut lui �tre n�cessaire, encourage chaque homme � s�adonner � une occupation particuli�re et � cultiver et perfectionner tout ce qu�il peut avoir de talent et d�intelligence pour cette esp�ce de travail. � Ainsi, la division du travail sera d�autant plus grande que le march� sera plus �tendu. Si le march� est �troit, il n�y a pas de place pour les �changes et par cons�quent pour la division du travail. Par contre, au fur et downloadModeText.vue.download 241 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10196</p><p>� mesure que le march� s��tend, il y a place pour les �changes et donc pour la division du travail.</p><p>L��loge de la libert�</p><p>C�est � la suite d�une critique du mercantilisme ou du syst�me corporatif que Smith d�couvre que la libert� favorise la croissance. Gr�ce � la libert�, les individus peuvent poursuivre leur propre int�r�t ou � tendance de chaque homme � am�liorer sans cesse son sort �. Lorsque l�individu conforme sa conduite �conomique � la libre recherche de l�am�lioration du sort individuel, il s��tablit des institutions et des comportements qui r�alisent spontan�ment un ordre conforme � la nature (conception de la main invisible).</p><p>Ainsi, en poursuivant son propre int�r�t, il sert souvent d�une mani�re bien plus efficace l�int�r�t de la soci�t� que s�il avait r�ellement pour but de le servir. Pour que le plus grand int�r�t de la soci�t� soit r�alis�, il convient de s�abstenir de toute r�glementation, de toute mesure pr�f�rentielle en faveur d�une activit� ou d�une cat�gorie quel-</p><p>conque d�individus. Dans ce syst�me o� l�homme suit son int�r�t, le souverain (c�est-�-dire l��tat) n�a que trois devoirs � remplir : il d�fend la soci�t� contre les actes malveillants d�autres soci�t�s ind�pendantes ; il prot�ge chaque membre de la soci�t� contre l�injustice ou l�oppression de tout autre membre ; il �rige certains ouvrages publics en institutions dans le cas o� ces ouvrages ne peuvent pas procurer de profit � un particulier. Ainsi, Smith �volue vers une conception beaucoup plus abstentionniste de l��tat qui annonce l�� �tat-gendarme � des lib�raux absolus.</p><p>G. R.</p><p>F �conomique (science).</p><p>G. H. Bousquet, Adam Smith (Dalloz, 1950).</p><p>/ R. Goetz-Girey, Croissance et progr�s � l�origine des soci�t�s industrielles (Montchrestien, 1966).</p><p>Smith (David)</p><p>Sculpteur am�ricain (Decatur, Indiana, 1906 - Bolton Landing, �tat de New York, 1965).</p><p>Rien ne pouvait faire pr�voir que ce descendant d�une famille de pionniers, n� dans un milieu totalement � l��cart des courants artistiques, deviendrait, avec Calder*, l�un des premiers sculpteurs des �tats-Unis � jouir d�une renomm�e internationale. En 1921, sa famille s�installe dans l�Ohio et il fr�-</p><p>quente pendant une ann�e l�universit� avant de revenir dans l�Indiana, o� il est riveur dans une usine Studebaker.</p><p>Sa formation artistique commence � Washington et se poursuit dans des conditions difficiles � New York, o� il s�installe en 1926. Il suit les cours du soir de l�Art Students League en faisant tous les m�tiers : marin, charpentier, chauffeur de taxi, etc. Il �tudie la peinture avec John Sloan (1871-1951) et surtout Jan Matulka, qui lui fait conna�tre l�art europ�en d�avant-garde, en particulier Kandinsky, Mondrian et Picasso. En 1930, il est un peintre aux confins du surr�alisme, du cubisme et de l�abstraction et fr�quente Jean Xce-ron (1890-1967), John Graham (1881-1961) et Stuart Davis (1894-1964).</p><p>C�est alors qu�il commence � introduire des morceaux de bois dans ses surfaces peintes, puis r�alise des assemblages o� entrent du bois peint, du corail, du plomb fondu. L�h�t�roclite des �l�ments risquait de l�amener � des effets faciles, mais, en 1933, il adopte ce qui deviendra son mat�riau de pr�dilection : le m�tal soud�, fer puis acier.</p><p>� Il n�y avait pas tellement longtemps que je peignais lorsque je tombai, dans les Cahiers d�art, sur des reproductions d�oeuvres de Picasso* et de Gonz�lez*</p><p>qui me firent prendre conscience que l�artiste pouvait utiliser le fer � (David Smith, � Julio Gonz�lez, First Master of the Torch �, article paru dans Arts, f�vrier 1956). En 1936, Head as a Still Life combine la fonte, l�acier et le bronze et pr�sente toutes les caract�-</p><p>ristiques formelles que l�artiste d�veloppera dans ses oeuvres ult�rieures.</p><p>De 1937 � 1940 se place une incursion dans le domaine de la m�daille : les quinze � M�dailles du d�shonneur �</p><p>refl�tent son go�t pour les antiquit�s du Moyen-Orient ainsi que ses pr�occupations concernant certains aspects de la soci�t� am�ricaine. Mais c�est apr�s 1945, pendant les vingt ann�es qui pr�-</p><p>c�dent sa mort, que David Smith produit ses oeuvres les plus significatives, certaines atteignant une dimension monumentale.</p><p>Les �l�ments m�talliques se rac-</p><p>cordent entre eux avec une franchise et une d�cision impressionnantes, l�ensemble se composant tant�t en largeur, tant�t en hauteur, mais le plus souvent selon la dominante d�un plan vertical (Zig IV de 1961 est l�un des rares exemples d�agencement selon un plan oblique). M�me dans la s�rie des � Cubi �, l�empilement des parall�l�pip�des m�talliques, juch�s sur un haut pi�destal, ob�it � cet imp�ratif (Cubi XVIII) ; s�il y a des dissonances, comme dans Cubi XIX ou Zig VIII, elles se d�terminent par rapport � l�orientation dominante. Les �l�ments utilis�s sont des plaques et des tiges de fabrication industrielle, des �l�ments standard d�coup�s et soud�s. David Smith est en effet rarement un � assembleur � au sens strict du terme, c�est-</p><p>�-dire un cr�ateur d�objets nouveaux par amalgames d�autres objets ou de</p><p>fragments significatifs pr�existants, ce que sont beaucoup plus souvent ses homologues europ�ens, un Ettore Colla (1899-1968) ou un Robert Jacobsen (n� en 1912). La d�marche de David Smith a fait de lui un pr�curseur du minimal*</p><p>art.</p><p>M. E.</p><p>David Smith, catalogue de la r�trospective du Museum of Modern Art (New York, 1957).</p><p>Snijders (Frans)</p><p>Peintre flamand (Anvers 1579 - id.</p><p>1657).</p><p>Fils du tenancier d�une taverne que fr�quentaient les artistes, il entre en 1592 dans l�atelier de Pieter II Bruegel*, dit Bruegel d�Enfer, et poursuit son apprentissage chez Hendrik Van Balen (1575-1632). En 1602, il est re�u franc-ma�tre � la gilde de Saint-Luc (o� il est inscrit sous le nom de Fran�ois Snyers) et, en 1608, il entreprend le traditionnel voyage d�Italie. De retour en 1609, il ne quittera plus sa ville natale. En 1611, il �pouse Margaretha de Vos, soeur des peintres Cornelis et Paul de Vos*, et, en 1619, devient membre de la � Soci�t� des romanistes � ; il est nomm� premier peintre de la cour par les archiducs Albert et Isabelle.</p><p>Durant toute sa carri�re, il restera fid�le aux m�mes th�mes : les natures mortes, les animaux, les sc�nes de chasse. Nullement influenc� par ses deux ma�tres, son art plein de fougue se rattache au style rub�nien tel qu�il s�impose � Anvers* dans la premi�re moiti� du XVIIe s. �vocations de la gourmandise, ses natures mortes, souvent de grandes dimensions, sont dans la tradition de Joachim Beuckelaer (1535-1574, �l�ve de Pieter Aertsen*), mais d�passent celui-ci par l�importance accord�e aux victuailles, qui repoussent � l�arri�re-plan les personnages si, d�aventure, ils sont pr�sents.</p><p>Ses pr�f�rences vont aux pelages, aux plumages, aux carapaces et aux reflets iris�s des poissons, sans oublier les fruits et les fleurs, toujours traduits en couleurs subtiles et volontiers chatoyantes. Il les assemble en une profu-</p><p>sion pleine de mouvement, qui pr�figure le tumulte de ses sc�nes de chasse.</p><p>Sangliers, ours, cerfs, il n�importe, Snijders les peint dans un mouvement plus d�coratif que sauvage, � la mani�re de Rubens*, avec qui il collabore r�guli�-</p><p>rement apr�s son retour d�Italie et dont il est sans doute, par le style, le peintre qui se rapproche le plus.</p><p>Frans Snijders, selon la coutume de l��poque, collabore aussi avec d�autres peintres, tel Abraham Janssens (1575-1632), pr�curseur � Anvers de la peinture baroque. De son c�t�, il recourt � des confr�res pour �toffer telle de ses propres oeuvres. C�est ainsi qu�il a fait appel, pour peindre des figures, � Van Dyck* ou � Cornelis de Vos et, pour le paysage, � Jan Wildens (1586-1653), le paysagiste habituel de Rubens.</p><p>Vivant � l��poque du grand �pa-</p><p>nouissement de l��cole d�Anvers, qui fournissait inlassablement de grandes compositions pour servir la ContreR�forme*, Snijders a p�ti quelque peu des th�mes auxquels il est rest� fid�le et qui �taient consid�r�s comme secondaires en son temps. Ses oeuvres n�en �taient pas moins fort demand�es. On en conna�t une soixantaine portant sa signature et bien d�autres qui lui sont attribu�es, conserv�es dans les mus�es d�Anvers (Fleurs et fruits, le Vieux March� d�Anvers), de Bruxelles (le Garde-manger, Chasse au daim), de Dresde (Nature morte � la dame au perroquet), de Copenhague (Corbeilles et plats de fruits), de Berlin, de Vienne, de Paris, etc.</p><p>R. A.</p><p>E. Greindl, les Peintres flamands de nature morte au XVIIe s. (Elsevier, 1957). / C. R. Bordley, Rubens ou Snijders ? (la Nef de Paris, 1959).</p><p>Snorri Sturluson</p><p>ou Snorre</p><p>Sturlasson</p><p>�crivain islandais (Hvamm v. 1179 -</p><p>Reykjaholt 1241).</p><p>Snorri Sturluson est le plus c�l�bre �crivain islandais de l��poque m�di�-</p><p>vale, auteur de sagas et scalde, mais aussi homme politique influent.</p><p>N� sur la c�te nord-ouest de l�Islande, Snorri est issu d�une famille ambitieuse : les Sturlungs. Il est �lev� � Oddi, vieux centre de la culture islandaise fond� par Saemundr inn Fr�&#xF0;i (Saemund le Sage). Son p�re adoptif, J�n Loptsson, est le plus puissant des downloadModeText.vue.download 242 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10197</p><p>chefs de l��poque. Tr�s t�t, Snorri s�int�resse � la po�sie, � l�histoire, � la mythologie, mais il est �galement avide de pouvoir et de richesses. �</p><p>vingt ans, il �pouse Herdis Bersad�ttir, puis il s��tablit dans la grande ferme de Reykjaholt. De 1215 � 1218 et de 1222</p><p>� 1231, il est �lu � l�gs�guma&#xF0;r � (pr�-</p><p>sident de l�Assembl�e l�gislative) et occupe ainsi par deux fois le plus haut poste en Islande. Cependant, sa po�-</p><p>sie lui assure sans tarder une certaine gloire : il �crit un po�me en l�honneur du roi Sverre et un autre qu�il destine au jarl Haakon Galinn.</p><p>Il part pour la Norv�ge en 1218 ; le roi Haakon IV Haakonsson, alors �g� de quatorze ans, et surtout le jarl Sk�li lui r�servent un accueil chaleureux. Il rend visite, en Su�de, � la veuve de Haakon Galinn, pour qui il compose le po�me intitul� Andvaka. Lorsqu�il rentre en Islande, en 1220, avec le titre de � lendrma&#xF0;r �, il a promis � Sk�li de convaincre les Islandais d�accepter la suzerainet� du roi de Norv�ge, mais il ne tient gu�re sa promesse. Par contre, il adresse au jarl un long po�me d�une centaine de strophes en son honneur et en celui du roi, le H�ttatal.</p><p>C�est aussi � cette �poque que Snorri r�dige ce que l�on pourrait appeler son manuel de po�sie scaldique : l�Edda.</p><p>La premi�re partie, la Gylfaginning, nous enseigne tout ce qu�un scalde doit conna�tre de la mythologie nordique, qui tend d�j� � dispara�tre. La seconde partie, intitul�e Sk�ldskaparm�l, se propose de d�finir, � l�aide de nombreux exemples, les termes techniques propres � cette forme de po�sie : notamment les � kenning �, expressions po�tiques et figur�es dont les scaldes</p><p>usent et parfois abusent pour d�signer les objets les plus simples. Dans une troisi�me partie, l�auteur commente le H�ttatal, qu�il utilise comme exemple, �tant donn� que chaque strophe de ce po�me est en m�tres diff�rents. Snorri �choue dans son intention de faire revivre la po�sie scaldique, mais gr�ce � son Edda nous sont parvenus mythes et l�gendes qui seraient sans cela rest�s vou�s � l�oubli.</p><p>Il est probable que Sk�li, entre autres, l�a incit� � �crire la biographie des rois norv�giens. Snorri compose tout d�abord une Saga de saint Olav ; il s�appuie sur les r�cits ant�rieurs et les traditions orales, mais il reconstruit le pass� selon une interpr�tation personnelle et s�re. Le r�sultat est une oeuvre structur�e et riche qui concilie naturellement les deux aspects du roi Olav : le guerrier ambitieux et le saint.</p><p>Par la suite, Snorri ins�re cette longue saga parmi celles de son Histoire des rois de Norv�ge, que l�on d�signe aujourd�hui sous le nom de Heimskringla, d�apr�s les deux premiers mots de l�oeuvre : � kringla heimsins � (le cercle du monde). Il suit le cours de l�histoire norv�gienne, remontant aux temps mythiques et � la dynastie des Ynglings (Ynglinga saga), puis retra�ant l�histoire de tous les souverains, de Halfdan le Noir (� v. 880) � Magnus V Erlingsson. Le r�cit prend fin en 1177, avant que s�engage vraiment la lutte entre Magnus et celui qui lui succ�dera, Sverre.</p><p>Snorri r�dige ses sagas avec le plus grand soin, m�nage l�int�r�t du r�cit, qui culmine en sc�nes dramatiques, caract�rise en quelques traits un personnage ou une situation. Il a surtout un sens critique remarquable, il sait non seulement estimer la valeur historique des vieilles strophes scaldiques</p><p>� c�est ce qu�il explique lui-m�me, en nommant ses sources, dans le prologue de la Heimskringla �, mais poss�de aussi le don de s�en servir pour compl�ter et au besoin corriger d�autres sources. C�est ainsi qu�il op�re un vaste tri dans la mati�re dont il dispose pour �crire la Saga d�Olav Tryggves-son. Ce qui ne signifie pas pour autant</p><p>que les sagas soient enti�rement historiques : on y trouve aussi une part de l�gende, comme par exemple dans la Saga d�Harald H�rfager.</p><p>On peut aussi vraisemblablement</p><p>attribuer � Snorri la Saga d�Egill, dont le h�ros, Egill Skallagr�msson, compte parmi les meilleurs scaldes islandais et m�ne la vie d�un Viking du Xe s. La charni�re du r�cit est l�inimiti� entre Egill et Erik � � la hache ensanglan-t�e �, fruit des hostilit�s entre le roi Harald H�rfager et les chefs norv�giens de la g�n�ration pr�c�dente.</p><p>En 1237, Snorri repart en Norv�ge, o� il s�journe jusqu�en 1239, en compagnie de Sk�li. Or, le roi Haakon, qui n�a plus confiance en Snorri, lui interdit de retourner en Islande. Celui-ci ne tient pas compte de l�ordre du roi, qui commande alors � Gissur &#xDE;�rvaldsson de le capturer ou de le tuer. Dans la nuit du 22 au 23 septembre 1241, Snorri est assassin� dans sa cave � Reykjaholt.</p><p>Si la Sturlunga saga retrace sa carri�re politique, l�oeuvre qu�il nous laisse t�-</p><p>moigne de ses talents de conteur et de ses dons d�historien.</p><p>J. R.</p><p>F Edda / Saga.</p><p>G. Storm, Snorri Sturluson historien, �tude critique (en danois, Copenhague, 1873). /</p><p>S. J. Nordal, Snorri Sturluson (en danois, Copenhague, 1920). / F. Paasche, Snorri Sturluson et les Sturlunga (en norv�gien, Oslo, 1922).</p><p>downloadModeText.vue.download 243 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10198</p><p>Soane (sir John)</p><p>Architecte anglais (Goring-on-Thames 1753 - Londres 1837).</p><p>Il est, avec John Nash* � en d�pit de l�opposition de leur caract�re et de leur art �, la figure dominante du n�o-classicisme anglais. Autant Nash est compr�hensif, port� � traiter des volumes enveloppants en un style tr�s �clectique, autant son contemporain semble anxieux, particulariste et</p><p>r�serve le meilleur d�un art tr�s personnel aux espaces int�rieurs.</p><p>Fils d�un constructeur du Berkshire et entr� � quinze ans chez George Dance le Jeune (1741-1825), Soane resta quatre ann�es chez ce r�volutionnaire avant de perfectionner sa technique chez Henry Holland (1745-1806), tout en suivant les conf�rences de la Royal Academy (o� un projet de pont lui vaudra une m�daille d�or en 1776). Une bourse de voyage, obtenue gr�ce � William Chambers*, va lui permettre de conna�tre � son tour l�Italie, le cinquecento, Piran�se*, le Fran�ais Joseph Peyre et les ouvrages de l�abb� Marc Antoine Laugier (v. classicisme).</p><p>Ses premi�res oeuvres, des demeures qui montrent une riche imagination, d�-</p><p>notent d�j� un esprit inquiet. Le cas de Tyringham house (Berkshire) [1793-1796] est typique : c��tait un � objet �</p><p>pos� sur le sol avant que d�autres en aient assur� plus tard l�assiette par des balustrades et �quilibr� les masses par un d�me.</p><p>� la mort de Robert Taylor (1714-1788), Soane lui succ�de � la Banque d�Angleterre. Trente ann�es de travaux vont lui permettre de donner son caract�re � ce vaste ensemble (d�truit en 1925-1927). Dans ses fa�ades, il exploite avec bonheur des th�mes connus ; ainsi, en 1804, � Tivoli �, l�angle nord-est, est trait� en � avanc�e circulaire �. Mais, pour les int�rieurs, la n�cessit� d�un �clairage z�nithal lui fournit le moyen d�obtenir des espaces solides et pleins, selon un purisme abstrait et inerte dont il usera en d�autres occasions avec une ma�trise sans �gale.</p><p>Encore faut-il noter les influences : celle des Adam* (Pitshanger manor, � Ealing, en 1802, reprend la partie centrale de Kedleston hall) et celle de John Vanbrugh*, particuli�rement nette � la galerie d�art du Dulwich college, pr�s de Londres (1811-1814). Il en est d�autres plus diffuses, n�es d�une recherche historique approfondie dans le cadre de l�enseignement confi� en 1806 � Soane par la Royal Academy.</p><p>Elles se traduisent par un primitivisme voulu, mais non dogmatique, car il emprunte autant aux Romains qu�� la</p><p>Gr�ce. Appara�t aussi le go�t du pittoresque dans une d�marche gothicisante (biblioth�que du duc de Buckingham, � Stowe house [Buckingham], 1805), d�marche commune aux contemporains, John Nash ou Robert Smirke (1781-1867).</p><p>L��tonnante r�alisation de la maison de l�artiste (13 Lincoln�s Inn Fields � Londres, 1792 et 1812), o� une crypte romantique voisine avec une biblioth�que et un salon vo�t�s de baldaquins sans poids apparent, t�moigne d�une volont� opini�tre de reprendre les m�mes th�mes (comme aux Courts de Westminster, en 1820-1824, ou � Pellewell house en 1822) ; mais, plus encore, de l�ambigu�t� d�une d�marche r�volutionnaire �touff�e par le respect du pass�.</p><p>� juste titre, Soane est souvent pr�sent� comme un visionnaire*, � l�instar de Claude Nicolas Ledoux ou de Karl Friedrich Schinkel*. De fait, il avait une mani�re toute personnelle de conserver leur massivit� � ses structures de brique, de r�duire les rev�tements � des plans rigides, sans autre model� que des baguettes ou des filets creus�s ou rapport�s, et de parvenir ainsi � un traitement d�pouill� et massif qui s�apparente aux r�alisations de notre si�cle.</p><p>H. P.</p><p>J. Summerson, Sir John Soane (Londres, 1952). / D. Stroud, The Architecture of Sir John Soane (Londres, 1961).</p><p>social-d�mocratie</p><p>Terme qui a d�sign�, selon les �poques, des organisations ou des tendances socialistes de types divers.</p><p>Historique</p><p>Dans une premi�re phase, qui correspond grosso modo � la p�riode d�avant 1914, o� les partis socialistes subissent fortement l�influence du marxisme*, il s�applique � des partis et � des mouvements qui se fondent dans un esprit marxiste et consid�rent le socialisme tel qu�il est d�fini dans les oeuvres de Marx comme la meilleure expression du socialisme scientifique auquel ils</p><p>croient.</p><p>Dans une seconde phase, qui s�ouvre en octobre 1917, L�nine* et ses amis communistes d�signent par le nom de sociaux-d�mocrates tous ceux qui en Russie et en Europe centrale ont fait barrage contre le communisme et parfois ont r�prim� avec violence les tentatives qu�il multipliait pour arriver au pouvoir.</p><p>Dans une troisi�me phase, qui commence apr�s la Seconde Guerre mondiale, le terme de social-d�mocrate recouvre des partis qui, sans r�pudier le marxisme et sans pr�tendre aller au-del�, ont consid�rablement assoupli leurs m�thodes de propagande et d�action. Ils sont de moins en moins des partis de classe ; ils ne croient pas que le plus urgent soit de pratiquer une politique de nationalisations �tendues.</p><p>La social-d�mocratie allemande (Sozialdemokratische Partei Deutschlands en abr�g� SPD) et la social-d�mocratie autrichienne sont pass�es par ces trois phases : marxistes avant 1914, fonci�-</p><p>rement anticommunistes en 1918 et dans les ann�es suivantes, elles sont pratiquement r�visionnistes depuis qu�elles se sont reconstitu�es apr�s l��croulement de Hitler.</p><p>C�est au premier congr�s d�unification de Gotha en 1875 que se constitue le parti social-d�mocrate allemand. Au congr�s de Hainfeld, les Autrichiens s�organisent en un parti social-d�mocrate (1888-89), qui, sous l�influence de Victor Adler (1870-1937), devient v�ritablement marxiste. Dans les Balkans, en Serbie, en Bulgarie, en Roumanie se constituent pareillement des partis sociaux-d�mocrates. Il s�en forme aussi dans les pays Scandinaves (Su�de [1889], Danemark [1871],</p><p>Norv�ge [1887]) et en Grande-Bretagne m�me, o� la F�d�ration sociale d�mocratique (SDF) fond�e en 1884</p><p>par Henry Mayers Hyndman (1842-</p><p>1921) est l�embryon d�un parti social-d�mocrate qui finira par avorter, au profit d�un travaillisme beaucoup plus empirique.</p><p>En Russie, le parti ouvrier sociald�mocrate de Russie (P. O. S. D. R.),</p><p>constitu� en 1898 � Minsk, se scinde en 1905 en deux formations rivales, celle des mencheviks et celle des bolcheviks.</p><p>Dans les pays latins (France, Espagne, Italie), l�expression social-d�-</p><p>mocratie, au contraire, n�a gu�re cours lorsqu�il s�agit de d�signer les partis socialistes qui s�y constituent. Mais on la retrouve un temps aux �tats-Unis lorsque Eugene Debs (1855-1926) et Victor L. Berger (1860-1929) fondent en 1897 le parti social-d�mocrate ; toutefois, en 1901, � la suite de sa fusion avec une fraction du parti socialiste travailliste, le parti abandonne cette d�nomination pour prendre celle de parti socialiste.</p><p>Les partis</p><p>sociaux-d�mocrates</p><p>face au bolchevisme</p><p>L�attitude des leaders de la social-d�-</p><p>mocratie allemande face � la guerre en juillet-ao�t 1914 et, par la suite, leurs complaisances � l��gard de la politique de Guillaume II ont suscit� une vive r�action dans les partis de l�ancienne Internationale socialiste, disloqu�e, et dans le parti social-d�mocrate allemand lui-m�me. Les socialistes ind�-</p><p>pendants et les spartakistes se sont dress�s contre la politique suivie.</p><p>Le destin de la social-d�mocra-</p><p>tie autrichienne dans le m�me temps n�a gu�re �t� plus glorieux, malgr� la valeur des th�oriciens � austro-marxistes � et l�importance des r�alisations municipales de Vienne. �cart�s du gouvernement par les chr�tiens sociaux, les sociaux-d�mocrates d�Autriche voient leur force politique bris�e par Engelbert Dollfuss en f�vrier 1934, puis par Hitler lors de l�Anschluss en 1938.</p><p>Dans toute cette p�riode, les communistes ont consid�r� les sociaux-d�mocrates soit comme le dernier rempart de la bourgeoisie, soit m�me comme des � sociaux-fascistes �. L��volution qui s�est produite � partir de 1935 et qui s�est traduite par l�adh�sion des communistes � la formule du Front populaire n�a pas concern� r�ellement l�Europe centrale.</p><p>Cependant, dans les pays scandinaves, les sociaux-d�mocrates, plus libres de leurs mouvements, sont parvenus � constituer des gouvernements dont l�action, sans �tre r�volutionnaire, n�est pas socialement n�gligeable.</p><p>En Su�de, Hjalmar Branting*</p><p>(1920), puis Per Albin Hansson (1932), au Danemark, Thorwald Stauning</p><p>(1924) ont inaugur� cette politique � laquelle les socialistes norv�giens ne viendront vraiment qu�en 1935, sous une �tiquette socialiste travailliste.</p><p>G. L.</p><p>La social-d�mocratie</p><p>allemande</p><p>Le socialisme allemand est n� d�une triple influence : la pens�e individualiste d�velopp�e en Allemagne par Luther*, les pi�tistes (v. pi�tisme), l�Aufkl�rung et Kant* ; l�accent mis sur le r�le m�diateur de l��tat par Fichte*, downloadModeText.vue.download 244 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10199</p><p>Friedrich List (1789-1846) et Hegel* ; enfin le mat�rialisme marxiste.</p><p>C�est en 1863 que Ferdinand Las-</p><p>salle fonde � Leipzig l�Association g�-</p><p>n�rale des ouvriers allemands. Ancien disciple de Marx*, Lassalle en a retenu le mat�rialisme historique et l�id�e de lutte des classes. Il est � l�origine de ce qu�on a appel� la � loi d�airain � du salaire, mais il est aussi tr�s marqu� par Fichte et Hegel et d�veloppera d�s le d�but l�id�e du socialisme d��tat en m�me temps qu�il marquera son attachement � une Petite Allemagne, unifi�e et domin�e par la Prusse.</p><p>Tr�s hostile � la bourgeoisie lib�rale et favorable au suffrage universel, il se rapproche de Bismarck. Il fait adopter le programme dit � de Leipzig �, qui met l�accent sur trois th�mes : l�autonomie du mouvement ouvrier, le suffrage universel, l�essor des coop�ratives ouvri�res, aid�es par l��tat.</p><p>En face des socialistes lassalliens,</p><p>d�sempar�s tr�s vite par la mort tragique de Lassalle, se constitue �galement en 1863 une Union des associations de travailleurs allemands (Verband deutscher Arbeitervereine), fond�e par August Bebel* et Wilhelm Liebknecht (1826-1900).</p><p>Pendant de nombreuses ann�es,</p><p>lassalliens et autres socialistes vont se combattre. Les uns sont de tendance nationale et unitaire ; les autres adh�rent � l�Internationale, appuient les tendances particularistes et sont hostiles aux solutions prussiennes de Petite Allemagne.</p><p>En 1869, Bebel et W. Liebknecht</p><p>fondent le parti ouvrier social-d�mocrate (Sozialdemokratische Arbeiter-partei) � Eisenach, qui n�a r�ellement d�influence qu�en Saxe, tandis que les lassalliens sont implant�s en Rh�nanie, � Francfort, � Berlin et � Hambourg.</p><p>Lorsque �clate la guerre de 1870, les lassalliens lui sont favorables, tandis que les eisenachiens sont contre, malgr� Marx, qui �crit alors � Engels que</p><p>� les Fran�ais ont besoin d�une racl�e</p><p>[...] cela servira la centralisation de la classe ouvri�re allemande [...] et cela permettra l��limination des conceptions de Proudhon �. Toutefois, apr�s le 4 septembre, tous les marxistes font bloc contre la guerre � la jeune R�publique fran�aise. Bebel protestera contre le trait� de Francfort et l�annexion de l�Alsace-Lorraine.</p><p>De 1871 � 1874, les deux tendances cherchent � se rapprocher et, peu avant la mort de Johann Baptist von Schweitzer (1833-1875), successeur de Lassalle, elles r�unissent � Gotha (mai 1875) un congr�s commun qui unifie le socialisme allemand et lui donne un programme au vocabulaire marxiste, mais au contenu lassallien.</p><p>On y retrouve en effet la loi d�airain du salaire, le socialisme d��tat et l�id�e que la lutte sociale doit se d�rouler dans un cadre national. On comprend que Marx et Engels se soient insurg�s contre ce programme et aient dit de lui qu�il �tait � confus, incoh�rent, illo-gique et bl�mable �.</p><p>Mais le nouveau parti, s�il est plus</p><p>lassallien que marxiste, n�en remporte pas moins de grands succ�s. D�s 1871, la social-d�mocratie allemande (Sozialdemokratische Partei Deutschlands ou SPD) obtient 100 000 voix ; en 1874, elle en a 350 000 et, en 1877, elle atteint pratiquement 500 000 suffrages, soit 9 p. 100 du total des �lecteurs. � Berlin et en Saxe, elle avoisine 40 p. 100.</p><p>Ces succ�s inqui�tent Bismarck*, qui profite d�une vague d�attentats anarchistes pour faire adopter en 1878</p><p>par le Reichstag la loi d�exception du 21 octobre, valable pour deux ans mais qui sera renouvel�e jusqu�en 1890.</p><p>Cette loi permet d�interdire les groupements qui servent � d�truire l��tat ou l�ordre social tels qu�ils existent, les rassemblements et la presse de ces groupements ainsi que la r�sidence de leurs chefs. La SPD va �tre profond�-</p><p>ment touch�e par ces mesures, que l�on pallie par la cr�ation de nombreuses associations sportives, musicales et de caisses de secours. Tout cela contribuera plus tard � faire de la SPD un parti mod�le pour tous les partis de la IIe Internationale*.</p><p>En m�me temps, les pers�cutions</p><p>donnent d�excellents pr�textes pour �purer le parti des anarchistes ou des �l�ments anarchisants ou pour renforcer l�orthodoxie doctrinale du parti. C��tait d�ailleurs d�autant plus n�cessaire que, entre 1874 et 1877, le parti subit l�influence de Karl Eugen D�hring (1833-1921), un universitaire socialiste et antis�mite qui accepte le capitalisme et veut seulement en supprimer les contradictions ; Engels* lui reprochera avec v�h�mence dans son Anti-D�hring sa phras�ologie radicale et pseudo-r�volutionnaire.</p><p>La politique bismarckienne a plusieurs cons�quences :</p><p>� elle renforce momentan�ment l�emprise marxiste sur le parti, d�autant plus que ses chefs sont � l��tranger, surtout en Suisse et en Grande-Bretagne, sous le contr�le direct de Marx ;</p><p>� sous l�influence des socialistes de la chaire (Kathedersozialisten), elle permet la mise en place d�une politique sociale marqu�e par la promulgation</p><p>de lois instituant l�assurance maladie dans l�industrie et l�artisanat en 1883, l�assurance contre les accidents du travail en 1884 et l�assurance vieillesse en 1889 ;</p><p>� elle va favoriser � plus long terme le d�veloppement du r�visionnisme.</p><p>En 1890, Guillaume II* met fin</p><p>� la pers�cution antisocialiste et, en 1891, se tient � Erfurt un congr�s qui va donner � la SPD un programme</p><p>dont le pr�ambule est incontestablement marxiste, mais dont les articles particuliers �noncent des id�es essentiellement opportunistes. Malgr� les efforts de Marx et d�Engels, qui souhaitent raffermir les bases th�oriques du parti, tout est en place pour faciliter l�essor du r�visionnisme : c�est la forme qu�Eduard Bernstein* va donner au socialisme allemand. Disciple d�Engels, l�ancien r�dacteur de l�organe Der Sozialdemokrat �dite une vie et les oeuvres de Lassalle. En 1899, il publie un ouvrage fondamental : Die Voraussetzungen des Sozialismus und die Aufgaben der Sozialdemokratie (Pr�misses du socialisme et devoirs de la social-d�mocratie). D�s 1891, Bernstein estimait : � La r�volution sociale ne d�pend pas de coups de main violents et de r�voltes sanglantes.</p><p>Avec le droit de r�union et la libert� de la presse, les ouvriers peuvent exprimer leurs revendications [...] d�une mani�re si �nergique qu�elles devront t�t ou tard se transformer en lois. � Il a �t� fortement influenc� par la pens�e lassallienne et par les � socialistes de la chaire �, qui sont profond�ment marqu�s par la pens�e des luth�riens sociaux et des socialistes anglais. Avec la Ligue des industriels, les socialistes de la chaire pr�conisent des r�formes sociales hardies, la participation de la classe ouvri�re aux profits que permet la croissance �conomique, l��tatisation des entreprises monopolistiques et une politique fiscale sociale favorisant les petits revenus.</p><p>Bernstein critique donc s�v�rement l�orthodoxie marxiste, incapable, selon lui, de r�soudre le probl�me de la soci�t� allemande. Les positions marxistes sur la lutte des classes sont insuffisantes, car Marx et Engels ont n�glig� le renforcement des classes</p><p>moyennes. Le socialisme n�est plus domin� par la lutte des classes, mais il est une confiante aspiration au progr�s. � La d�mocratie, dira-t-il, est un moyen et un but. Elle est le moyen pour r�aliser le socialisme. � Comme les lassalliens, Bernstein attache une grande importance � l��tat, qui doit jouer un r�le essentiel dans l�organisation de la production.</p><p>Il rejoint d�ailleurs partiellement au moins la pens�e d�Engels, qui estime que les socialistes n�ont pas int�r�t � se laisser entra�ner dans une bataille de rue et pense que, dans une nation � niveau �lev�, l�invocation de la r�volution est une phrase vide de sens.</p><p>Karl Kautsky, soutenu par la majorit� du parti, rappelle Bernstein � l�ordre et montre le caract�re scientifique et toujours valable du marxisme.</p><p>Il pr�cise que celui-ci n�est pas la r�volution, mais la science du d�veloppement de la soci�t�. Selon lui, afin d��viter le chaos, le prol�tariat utilisera toutes les ressources offertes pour obliger l�adversaire � reculer et organiser la r�volution.</p><p>Le conflit entre les deux tendances se d�veloppe autour de deux journaux (Die neue Zeit, organe de Kautsky, et Sozialistische Monatshefte). La SPD</p><p>semble soutenir Kautsky, mais en fait les socialistes et les syndicalistes allemands sont profond�ment marqu�s par la pens�e de Bernstein et, rejetant, lors du congr�s de Mannheim, l�id�e de la gr�ve r�volutionnaire (1906), ils conduisent le parti dans la voie du socialisme d��tat ; ils approuvent l�ouverture de la SPD vers une partie des classes moyennes, qui lui apportent une influence certaine dans la vie politique allemande ; ils soutiennent peu ou prou l�expansionnisme national et colonial et, justifiant les craintes que Charles Andler (1866-1933) �met vers 1912, ils seront en 1914 favorables � la guerre.</p><p>En 1916, la SPD conna�t une scission. Karl Liebknecht*, le fils de Wilhelm et Rosa Luxemburg* cr�ent, en 1917, la SPD ind�pendante (Unab-h�ngige Sozialdemokratische Partei Deutschlands ou USPD), qui sera en</p><p>1919 � l�origine de la fondation du parti communiste allemand (Kom-munistische Partei Deutschlands, ou KPD).</p><p>La d�faite de 1918 est un grand moment dans l�histoire de la social-d�mocratie allemande, qui prend le pouvoir.</p><p>Elle va promouvoir alors la d�mocratisation des institutions politiques et socio-�conomiques du Reich. Elle veut emp�cher la r�volution sociale par le suffrage universel et par les r�formes.</p><p>C�est ainsi qu�elle fait organiser des communaut�s de travail, accordant pleine libert� aux syndicats, mettant downloadModeText.vue.download 245 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10200</p><p>en oeuvre la journ�e de huit heures.</p><p>Mais les membres du Spartakusbund de Liebknecht et Luxemburg se refusent � ce r�formisme. Aussi Gustav Noske (1868-1946) r�primera-t-il avec brutalit� dans le cadre de l�alliance entre l�arm�e et la SPD les mouvements que les spartakistes suscitent en liaison avec les conseils de soldats et d�ouvriers.</p><p>La SPD avait anim� nombre de gouvernements de la r�publique de Weimar* avec les lib�raux et le Zentrum.</p><p>Elle d�fend peu � peu une nouvelle th�orie, celle du � capitalisme organis� �, qui est d�fendue par Rudolf Hilferding (1877-1941) et qui est adopt�e par le congr�s de Kiel en 1927. Mais le parti socialiste ne parvient pas � remonter la d�faveur que lui ont value la participation � des gouvernements impopulaires et son accord � la politique qui a conduit au trait� de Versailles. S�appuyant sur les syndicats, sur de nombreuses coop�ratives, sur les organisations d�anciens combattants (Reichsbanner Schwarz-Rot-Gold), la SPD joue un r�le non n�gligeable dans la vie allemande, m�me si, apr�s la mort de Friedrich Ebert (1871-1925), elle ne participe plus au gouvernement de 1925 � 1928. Lors des �lections de 1928, elle remporte un grand succ�s �lectoral et elle est l�axe du gouvernement de coalition du chancellier socialiste Hermann M�ller (1876-1931),</p><p>mais les pacifistes et les syndicats s�opposent � la politique de ce dernier, qui, d�contenanc� par la crise de 1929, est incapable d�apporter une solution.</p><p>La SPD se r�fugie � partir de 1930 dans une attitude de repli et elle ne saura pas emp�cher la mont�e du nazisme.</p><p>Le parti refusera la confiance � Hitler et sera dissous en juin 1933. Nombre de ses chefs se r�fugient alors � l��tranger, soit en Europe occidentale (� Prague, en France et en Grande-Bretagne), soit en U. R. S. S. ; certains restent en Allemagne et seront pers�cut�s, comme Kurt Schumacher (1895-1952).</p><p>Apr�s la guerre, le parti socialiste rena�t dans les diff�rentes zones, mais tr�s vite, en zone sovi�tique, il constitue avec les communistes un parti socialiste unifi� (Sozialistische Ein-heitspartei Deutschlands, ou SED), dans lequel les communistes se taille-ront la part du lion (avr. 1946).</p><p>Dans les zones occidentales, apr�s la rupture de 1946, la SPD se reconstitue sous la direction de Kurt Schumacher et devient un parti important d�fendant de nouveau certaines th�ses marxistes (nationalisation des moyens de production) et en m�me temps nationalistes (Adenauer sera appel� par eux le � chancelier des Alli�s �) et antieurop�ennes. Mais cette politique conduit le parti � perdre peu � peu de son audience nationale. Aussi commence-t-il � r�agir et, en novembre 1959, la SPD adopte � Bad Godesberg un programme franchement r�formiste, rejetant la notion de parti de classe pour se proclamer parti du peuple, affirmant l�importance du christianisme dans le d�veloppement de la pens�e occidentale, rejetant nationalisation et �tatisation, pr�nant, comme la CDU</p><p>(Christlich-Demokratische Union), l��conomie sociale de march�. Ce programme a un tr�s grand retentissement en Europe centrale et septentrionale. Il permet une remont�e rapide des socialistes, qui n�apparaissent plus comme des r�volutionnaires et qui attirent � eux une partie de la classe moyenne.</p><p>Les socialistes profitent aussi de l�usure au pouvoir de la CDU et surtout du dynamisme de leur nouveau chef, Willy Brandt*, bourgmestre de Berlin-</p><p>Ouest avant de devenir vice-chancelier et ministre des Affaires �trang�res du gouvernement de grande coalition de d�cembre 1966, puis chancelier de 1969 � 1974.</p><p>Brandt s�engage dans une politique d�ouverture vers les pays socialistes qui culmine avec le trait� fondamental de novembre 1972. Mais le programme �conomique et social se heurte � une certaine opposition des lib�raux et aiguise l�opposition des jeunes socialistes (Jungsozialisten, ou Juso), qui ont red�couvert une voie plus r�volutionnaire d�inspiration marxisto-proud-honienne teint�e de mao�sme. Cependant la masse de l��lectorat socialiste reste fid�le aux traditions r�formistes de la SPD. En mai 1974, le social-d�-</p><p>mocrate Helmut Schmidt succ�de � W. Brandt comme chancelier.</p><p>Ferdinand Lassalle</p><p>Socialiste allemand (Breslau, auj. Wroc&#x142;aw, 1825 - Gen�ve 1864).</p><p>Les ann�es de jeunesse</p><p>Ferdinand Lassalle est le fils d�un commer-</p><p>�ant en gros. Contre le souhait de son p�re, qui veut qu�il lui succ�de, il quitte l��cole commerciale de Leipzig pour suivre les cours de diverses universit�s, notamment celles de Breslau et de Berlin. Il se passionne alors pour le grec et pour les auteurs grecs (plus tard, il publiera une �tude sur H�raclite). En 1845, il vient � Paris, il y rencontre Marx et Heine, qui nourrit pour lui une grande admiration. En 1848, Lassalle se jette dans la r�volution et, hostile au pouvoir, il va jusqu�� pr�coniser � D�sseldorf la r�sistance arm�e � la volont� royale, ce qui lui vaut un s�jour en prison.</p><p>Il continue ses �tudes de droit et de philosophie et �crit une � trag�die historique �, Franz von Sickingen (1859).</p><p>Le syst�me des droits acquis</p><p>En 1861 para�t son oeuvre ma�tresse : Das System der erworbenen Rechte (le Syst�me des droits acquis), dont Charles Andler (1866-1933) dira qu�il est, avec le livre de Proudhon* De la justice dans la R�volution et dans l��glise (1858), le seul � essayer de d�finir ce que peut �tre la pens�e juridique du socialisme.</p><p>Lassalle observe que, depuis le d�but du XIXe s., deux �coles s�opposent au point de vue du droit ; l��cole historique, avec Friedrich Karl von Savigny (1779-1861), professe le respect de tout ce qui est historiquement �tabli : le droit est toujours issu du fait ; l��cole rationaliste avec Kant et les h�g�liens de gauche, pour qui il n�y a jamais de droits acquis : ce qui importe, c�est ce qui vit dans la conscience humaine.</p><p>Entre ces deux �coles, Lassalle tente une conciliation ; il veut saisir l�id�e concr�te qui vit dans les institutions et reconstituer l�esprit dont chacune est issue ; il �tudie ce qui vient des Romains et des anciens Germains. Un droit ne se cr�e que par une action individuelle, mais celle-ci doit �tre conforme au vouloir traditionnel ou l�gal de la collectivit�. La r�volution sociale modifiera le syst�me des droits acquis.</p><p>Par la suite, on adressera � Lassalle des critiques : il ignore la gens ; sa sociologie est embryonnaire. Les marxistes lui reprochent, en outre, de croire � l�existence d�une �me populaire susceptible de transformer le droit. De fait, Lassalle, avec Marx, estime que la r�alit� �conomique est assez puissante pour faire fl�chir le syst�me des croyances religieuses. Mais il admet que le droit peut parfois retarder sur le fait �conomique et parfois le pr�c�der. Il ne croit donc pas � un d�terminisme absolu par l�infrastructure �conomique.</p><p>L��tat, la bourgeoisie, le prol�tariat L�aube se l�ve d�un r�gime nouveau qui sera la solidarit� dans la libert�. Mais cette libert� ne peut �tre r�alis�e que par l��tat. Or, la bourgeoisie d�teste l��tat, qui incarne une solidarit� qu�elle a bris�e. La bourgeoisie veut un �tat qui prot�gerait la propri�t�. Ainsi, peu � peu, se forme en Lassalle la conception d�un socialisme qui, appuy� sur le suffrage universel, travaille-rait � l��mancipation sociale, au besoin par les moyens dictatoriaux.</p><p>Dans sa pens�e, il subsiste et il subsistera toujours quelque ambigu�t� � l��gard de la monarchie prussienne. Lassalle l�a combattue en 1848. Il semble lui demeurer fonci�-</p><p>rement hostile jusque vers 1861. Dans son �tude �ber Verfassungswesen, en 1862, il affirme que les constitutions �crites n�ont de valeur que � si elles sont l�expression</p><p>exacte des rapports effectifs de force tels qu�ils sont dans la soci�t� �. Au lieu de se battre pour changer la constitution, mieux vaut essayer de changer les rapports de force. C�est ce qu�il essaie de faire en tra-</p><p>�ant devant une soci�t� ouvri�re de la r�gion berlinoise � Oranienburg, le 12 avril 1862, le programme de ce que pourrait �tre un parti ouvrier.</p><p>Le discours, publi� en brochure sous le nom de Programme des ouvriers (Arbeiter-programm), entra�ne des poursuites et une condamnation � quatre mois de prison.</p><p>Mais Lassalle combat la bourgeoisie avec plus de v�h�mence que la monarchie :</p><p>� La bourgeoisie constitue l�ennemi irr�-</p><p>ductible du socialisme. C�est contre elle qu�il faut se battre en toute occasion... �</p><p>L��tat ne sera pas seulement transform� par l�usage que le parti ouvrier fera du suffrage universel ; il le sera �galement par la r�alisation de l�unit� allemande � laquelle Lassalle croit. Sans postuler une r�volution pr�alable, Lassable en vient � assigner � l��tat un r�le �ducateur et lib�rateur.</p><p>Face aux coop�ratives de production En Allemagne s�est d�velopp� un mouvement qui fait confiance aux coop�ratives de cr�dit et qui est anim� par Hermann Schulze-Delitzch (1808-1883). Lassalle ne croit pas en leur avenir. Il croirait davantage dans les coop�ratives de production, mais il faudrait qu�elles pussent s��tendre � la grande production. Faire de la classe ouvri�re son propre patron, c�est le seul moyen de jeter bas cette � loi d�airain �</p><p>des salaires qu�il d�nonce comme inique.</p><p>Mais pour briser la � loi d�airain �, les coop�ratives ont besoin de l�appui financier de l��tat. Selbsthilfe, mais aussi Staatshilfe : s�aider soi-m�me, mais aussi accepter l�aide de l��tat.</p><p>Le 23 mai 1863, Lassalle fonde l�Association g�n�rale des ouvriers allemands (Allgemeiner deutscher Arbeiterverein), dont il est pr�sident. Orateur infatigable, il sait allier la v�h�mence et l�ironie ; mais il n��vite pas toujours une grandiloquence apocalyptique.</p><p>Son action de propagande touche surtout la Rh�nanie, o� il recrute � Francfort, downloadModeText.vue.download 246 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10201</p><p>� Mayence, � Barmen-Elberfeld, � Solingen, � D�sseldorf. L�Allemagne du Nord, au contraire, semble r�fractaire � ses id�es et � sa propagande.</p><p>Mais, alors que Lassalle para�t devoir jouer un r�le politique de plus en plus grand, un drame passionnel met fin � sa carri�re ; il meurt � la suite d�un duel, le 31 ao�t 1864.</p><p>G. L.</p><p>F. G. D.</p><p>F Allemagne (R�publique f�d�rale d�) / Bebel (August) / Bernstein (Eduard) / Brandt (Willy) /</p><p>Communisme / Internationales (les) / Liebknecht (Karl) / Luxemburg (Rosa) / Marxisme / Weimar (r�publique de).</p><p>F. Mehring, Geschichte der deutschen Sozialdemokratie (Stuttgart, 1897-98, 2 vol. ; nouv. �d. 1922, 4 vol.). / P. Angel, Eduard Bernstein et les d�buts du socialisme allemand (Didier, 1961). / F. G. Dreyfus (sous la dir. de), le Syndicalisme allemand contemporain (Dalloz, 1968). / F. Erber, Politik f�r Deutschland (Stuttgart, 1968). / Cent Ans de socialisme allemand, num�ro sp�cial de la Revue d�Allemagne (A. Colin, 1969). / G. Sandoz, la Gauche allemande (Julliard, 1970).</p><p>socialisme</p><p>L�un des grands courants id�ologiques contemporains.</p><p><strong>INTRODUCTION</strong></p><p>Il semble que, si le terme a �t� employ� pour la premi�re fois en anglais en 1822 par un correspondant de Robert Owen, Edward Cowper, l�usage du mot mit une dizaine d�ann�es � se g�n�raliser. On le trouve employ� en 1833 dans la R�forme industrielle de Charles Fourier et chez Pierre Leroux ; mais ce dernier entend surtout opposer le socialisme catholique � l�individualisme protestant. C�est un sens que ne retiendra pas l�avenir. D�ao�t 1836 � avril 1838, Louis Reybaud publie dans la Revue des Deux Mondes une s�rie d��tudes consacr�es aux � socialistes</p><p>modernes � o� il analyse la pens�e de Saint-Simon, de Fourier, d�Owen et de leurs disciples respectifs.</p><p>Que faut-il entendre par socialisme ?</p><p>On ne saurait se contenter d�une d�finition d�clarant � socialiste � toute doctrine tendant � r�organiser la soci�t� pour la rendre plus conforme � un id�al de justice, comme le proposait le philosophe Edmond Goblot. Mieux vaut se rallier � la d�finition du sociologue �mile Durkheim, pour qui � est socialiste toute doctrine qui r�clame le rattachement de toutes les fonctions �conomiques ou de certaines d�entre elles, qui sont actuellement diffuses, aux centres directeurs et conscients de la soci�t� �. Conception voisine de celle de l�historien �lie Hal�vy : le socialisme, � ses yeux, se caract�rise par le fait qu�il croit � possible de remplacer la libre initiative des individus par l�action concert�e de la collectivit� dans la production et dans la r�partition des richesses �. Plus pr�cise est la conception de Jean Jaur�s ; selon lui : � Il n�y a de socialisme que l� o� il y a volont� d�lib�r�e, m�thodique de transf�rer � la collectivit� la propri�t� du capital de production. �</p><p>De ces d�finitions, qui ne convergent qu�en partie sans doute, il faut retenir d�abord que la conception du socialisme a notablement vari� selon les �poques : de la lente prise de conscience d�avant 1848 aux notions plus rigides du marxisme, auquel Jaur�s ne se rallie ni sans r�ticence ni sans r�serve, et, � partir de 1917, aux conceptions en grande partis oppos�es que repr�sentent le l�ninisme et l�action des partis englob�s sous le nom de sociaux-d�mocrates.</p><p>Aujourd�hui, le probl�me de la propri�t�, pour certains socialistes, le c�de en importance devant le probl�me de la gestion. Par ailleurs, la pens�e socialiste para�t presque toujours aimant�e par deux p�les antith�tiques : l�ordre et la libert�. Dans la mesure o� la priorit� est donn�e � l�ordre, le socialisme a souvent une tendance � prendre un caract�re �tatique ou technocratique.</p><p>Dans la mesure o� la libert� est consid�r�e comme la valeur supr�me, on refuse au contraire � l��tat le mono-</p><p>pole de la repr�sentation de la collectivit� ; de ce c�t�, les id�es socialistes tendent la main au courant libertaire (que d�autres socialistes combattent au contraire comme confus et dangereux) et d�bouchent vers l�autogestion.</p><p>LE SOCIALISME</p><p>FRAN�AIS</p><p>Les socialistes fran�ais</p><p>avant le Manifeste</p><p>du parti communiste</p><p>de 1848</p><p>� part Babeuf, pour qui il professait le plus grand respect, Marx* a englob� ces th�oriciens sous le nom commun de socialistes utopiques, qui s�applique aussi au socialiste anglais Robert Owen*. Pour un historien de la pens�e socialiste comme le fut C�lestin Bougl� (1870-1940), jamais la pens�e socialiste fran�aise ne fut au contraire aussi vivante qu�� l�aube de la grande industrie, o�, avec une sorte d�ivresse, elle posait tous les probl�mes de civilisation sans se limiter � un point de vue dogmatique comme le feront plus tard certains disciples de Marx. La publication relativement r�cente des �crits du jeune Marx ne prouve-t-elle pas que lui-m�me ne se refusait pas alors � cette ouverture ?</p><p>Apr�s Gracchus Babeuf* (1760-</p><p>1797), qui fut plus un homme d�action qu�un th�oricien, deux noms dominent cette p�riode : celui de Claude Henri de Saint-Simon* (1760-1825), qui s�oriente vers un socialisme que nous dirions aujourd�hui technocratique et dont les disciples renforcent notablement la tendance socialiste, et Charles Fourier* (1772-1837), qui, lui, r�ve de dissoudre l��tat dans la collectivit� de communaut�s � l��chelle humaine.</p><p>Sous la monarchie de Juillet*, tandis qu��tienne Cabet (1788-1856) pousse sa pens�e jusqu�au communisme, Philippe Buchez (1796-1865), plus modeste, croit avoir trouv� dans l�association ouvri�re de production la formule lib�ratrice. Auguste Blanqui* (1805-1881) ne pense pas que la transformation sociale soit possible sans une p�riode de dictature, et l��chec de la</p><p>r�volution* de f�vrier 1848 le confirme dans cette id�e ; il paiera de longues ann�es de prison sous tous les r�gimes qui se succ�dent en France au XIXe s.</p><p>l�obstination qu�il apporte � essayer de conqu�rir le pouvoir.</p><p>Plus mod�r�, mais � peine plus heureux dans la r�alisation de ses desseins, Louis Blanc* (1811-1882) con�oit une �conomie mixte dans laquelle un secteur �tatis� coexistera avec un secteur priv� o� les ateliers sociaux � plus ou moins inspir�s des associations de P. Buchez � accepteront la loi de la concurrence, dont il esp�re qu�ils ne seront pas victimes. Dans l�histoire du socialisme fran�ais, Louis Blanc occupe une place � part : membre du gouvernement provisoire de 1848, il a �t� le premier socialiste � assumer des responsabilit�s gouvernementales.</p><p>La t�che d�passait-elle ses forces ? La mission reposait-elle sur une utopie ?</p><p>On en peut discuter ; mais on ne peut dissimuler la gravit� de cet �chec. Il faudra attendre un demi-si�cle pour qu�un autre socialiste, Alexandre Millerand, participe en 1899 � un gouvernement ; il sera aussi fort contest�, et bient�t rompra avec le socialisme.</p><p>Faut-il consid�rer P. J. Proudhon*</p><p>(1809-1865) comme un socialiste ?</p><p>On s�y risque parfois. Mais c�est aller contre sa pens�e clairement exprim�e.</p><p>Aux communistes, il lance : � Loin de moi ! communistes, votre pr�sence m�est une puanteur et votre vue me d�go�te. � Il n�est gu�re plus indulgent pour les socialistes : � Le socialisme n�est rien, n�a jamais rien �t�, ne sera jamais rien. � Il d�nonce le saint-si-monisme comme une mascarade, le</p><p>fouri�risme comme une mystification.</p><p>On peut le consid�rer comme une des sources de la pens�e libertaire ; ses id�es seront ult�rieurement utilis�es par des syndicalistes comme un point d�appui contre le marxisme. Mais son influence sur la pens�e socialiste demeure faible, peut-�tre parce qu�il est plus le porte-parole des classes moyennes, qui se raidissent contre la d�cadence, que l�annonciateur d�une classe en ascension num�rique et sociale.</p><p>Les socialistes fran�ais</p><p>devant Marx</p><p>Les socialistes fran�ais d�avant 1848</p><p>constituent un ensemble disparate d�id�es et de syst�mes que n�unit aucun mouvement organis�. Les trente ann�es qui vont de 1848 � 1877 sont caract�ris�es par une atonie certaine du socialisme fran�ais, �cras� par la r�pression de la Commune* en 1871, sans autre penseur original que ceux dont nous avons d�j� cit� les noms et dont l�action parfois s��teint ou s�amenuise. En r�alit�, dans ces ann�es, l�action profonde qui s�exerce se fait en dehors de toute doctrine, dans les profondeurs des masses ouvri�res, o� associations, mutuelles et fraternelles, transform�es en soci�t�s de r�sistance puis en chambres syndicales, pr�parent des assises ouvri�res au mouvement socialiste.</p><p>Dans les derni�res ann�es du second Empire, la rencontre s�op�re entre certains de ces militants syndicalistes, dont le plus c�l�bre est Eug�ne Varlin (1839-1871), et la pens�e marxiste, comme � travers l�Association internationale des travailleurs (Ire Internationale*). Mais le mouvement socialiste, qui s�affirme � partir de 1877 et qui op�re une trou�e aux �lections de 1893, reste singuli�rement divis� (v. R�publique [IIIe]).</p><p>On y trouve, certes, un courant</p><p>marxiste ou qui se pr�tend tel. Il est repr�sent� par Jules Guesde* (1845-1922) et Paul Lafargue (1842-1911).</p><p>Du marxisme, ces hommes n�ont retenu que quelques notions sommaires : ils r�clament la collectivisation des moyens de production et d��change, pr�conisent une action de classe et downloadModeText.vue.download 247 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10202</p><p>jugent primordiale la prise du pouvoir. Pour eux, l�action syndicale et l�action coop�rative n�ont de sens que subordonn�es � l�action du parti et des groupes qu�il tente de constituer sur le mod�le de la social-d�mocratie* allemande et dans l�esprit qu�elle affirme alors.</p><p>Mais cette greffe est loin de r�ussir socialisme dans l�imm�diat. Le guesdisme se heurte � la r�sistance des blanquistes, dont le chef de file est �douard Vaillant (1840-1915). Si le guesdisme conquiert de solides bastions dans le textile du Nord et dans les bassins houillers du Massif central, le blanquisme se maintient, � Paris, parmi les ouvriers des ateliers de type plus traditionnel. Paul Brousse (1844-1912), beaucoup plus mod�r�, sugg�re de fractionner le socialisme jusqu�� le rendre possible (d�o� le nom de possibilisme donn� � cette tendance). Il formule une th�orie des services publics qui est � l�origine de l�id�e de nationalisation et accorde une grande valeur � l�action municipale.</p><p>Du possibilisme se d�tache un courant dont Jean Allemane (1843-1935) est le chef de file. Ancien condamn� de la Commune, revenu de la Nouvelle-Cal�donie, Jean Allemane est un ouvrier authentique, ce qui est rare parmi les chefs de file du socialisme fran�ais. Il accorde au syndicalisme*</p><p>une valeur primordiale et popularise l�id�e de gr�ve g�n�rale. C�est � un groupe allemaniste qu�adh�re Lucien Herr (1864-1926), biblioth�caire de l��cole normale sup�rieure, lequel, � quelques mois d�intervalle, convertit au socialisme Jean Jaur�s, puis L�on Blum*.</p><p>Sous la d�nomination de socialistes ind�pendants, on englobe � ce moment un certain nombre d�hommes qui n�ont pas voulu choisir entre les tendances rivales et souvent �prement affront�es : Beno�t Malon (1841-1893), qui d�finit le Socialisme int�gral (1891), Alexandre Millerand* (1859-1943), venu du radicalisme et � qui un travail m�thodique assure alors une grande audience � la Chambre des d�put�s ; Jean Jaur�s* (1859-1914) surtout, venu, lui, des bancs des opportunistes ; plus tard Aristide Briand* (1862-1932), Marcel Sembat (1862-1922), Ren� Viviani (1863-1925).</p><p>Comment, de cette division, est-</p><p>on pass� � l�unit� ? � la suite d�une lente impr�gnation de la masse des militants par cette pens�e, d�origine marxiste, qu�� une seule classe ne doit</p><p>correspondre qu�un seul parti. Sous la pression aussi de la social-d�mocratie allemande, qui domine alors de son poids num�rique et de son autorit� doctrinale tout le mouvement socialiste international.</p><p>Mais la constitution d�un parti socialiste unifi� est retard�e par la s�rieuse crise qui �clate au sein du mouvement socialiste fran�ais en 1899 et dont la cause est la participation minist�rielle de Millerand dans le gouvernement Waldeck-Rousseau.</p><p>La IIe Internationale se saisit de la question au congr�s d�Amsterdam (14-20 ao�t 1904), o� elle impose aux socialistes fran�ais l�unit�, qui est r�alis�e au congr�s de Paris (23-25 avr. 1905), salle du Globe. L�unit� se fait sur des positions beaucoup plus marxistes que ne l�aurait souhait� Jaur�s, et en 1905</p><p>c�est le guesdisme qui l�emporte sur les autres tendances socialistes.</p><p>Jaur�s l�accepte, mais, en l�acceptant, il perd le concours d�un certain nombre de socialistes ind�pendants, qui essaient de se grouper dans une autre formation � laquelle ne seraient interdits ni le vote du budget ni la participation minist�rielle, comme ils le sont au parti socialiste, devenu Section fran�aise de l�Internationale ouvri�re (S. F. I. O.).</p><p>Extraits de</p><p>la charte d�unit�</p><p>du parti socialiste (1905)</p><p>Le parti socialiste est fond� sur les principes suivants :</p><p>� entente et action internationale des travailleurs ;</p><p>� organisation politique et �conomique du prol�tariat en parti de classe pour la conqu�te du pouvoir et la socialisation des moyens de production et d��change, c�est-�-dire la transformation de la soci�t� capitaliste en une soci�t� collectiviste ou communiste.</p><p>Le titre du parti est parti socialiste, Section fran�aise de l�Internationale ouvri�re.</p><p>Les membres adh�rents acceptent les</p><p>principes, le r�glement et la tactique du parti.</p><p>[...] Le groupe socialiste au Parlement est distinct de toutes les tractions politiques bourgeoises et compos� exclusivement des �lus membres du parti d�sign�s par leurs f�d�rations.</p><p>[...] Tout candidat doit signer un engagement par lequel il promet d�observer les principes du parti et les d�cisions des congr�s nationaux et internationaux.</p><p>[...] Nul ne peut �tre candidat aux �lections s�il n�est membre du parti depuis trois ans au moins.</p><p>L��ph�m�re</p><p>unit� socialiste</p><p>(1905-1920)</p><p>Nous savons aujourd�hui que cette unit� ne durera que quinze ans. Mais les socialistes qui l�ont r�alis�e l�ont crue indestructible.</p><p>De 1905 � 1914, le socialisme fran-</p><p>�ais est de plus en plus domin� par la pens�e synth�tique et la puissance oratoire de Jaur�s. En face d�un Guesde vieilli, Jaur�s, souvent appuy� par �. Vaillant, essaie de rassembler autour du parti socialiste S. F. I. O. toutes les forces de transformation sociale, qu�elles se donnent ou non l��tiquette de socialiste. De ce rassemblement, le quotidien l�Humanit� est � la fois le moyen et le symbole. Mais, en face de lui, Jaur�s voit se dresser une extr�me gauche turbulente dont le leader est Gustave Herv� (1871-1944), qui fait profession d�antimilitarisme et d�anti-patriotisme, veut mettre � le drapeau dans le fumier � et pr�conise l�action violente de � Mamzelle Cisaille � et du � citoyen Browning �. Condamnant cette attitude, Jaur�s ne s�en �l�ve pas moins contre le colonialisme lors des crises marocaines, contre l�alliance franco-russe, qui lui para�t grosse de p�rils, et souhaite dans l�Arm�e nouvelle (1911) une meilleure organisation de l�arm�e fran�aise. La tyrannie de l�actualit� ne lui laisse gu�re le loisir de pr�ciser la physionomie de l�organisation socialiste qu�il souhaite et qu�il n�avait qu�esquiss�e dans des articles de la Revue socialiste (1895-96). Edgar Milhaud et surtout Albert Thomas*</p><p>(1878-1932) s�y emploient avec plus de libert� d�esprit et, par diverses publications, essaient de d�finir ce que peut �tre une �conomie collective laissant toute sa place � la libert� individuelle. C�est alors que s��bauchent les premiers lin�aments d�une th�orie des nationalisations.</p><p>L�assassinat de Jaur�s, le 31 juillet 1914, laisse les socialistes fran�ais d�sempar�s et sans chef. La majorit�, avec Guesde et Sembat, qui entrent au gouvernement, avec Pierre Renaudel (1871-1935), qui prend en 1915</p><p>la direction de l�Humanit�, avec L�on Blum, chef de cabinet de Sembat, acceptent la d�fense nationale, comme le fait aussi Albert Thomas, devenu en 1916 ministre de l�Armement.</p><p>Mais d�autres, comme Paul Faure</p><p>(1878-1960) et Jean Longuet (1876-1938), petit-fils de Karl Marx, souhaitent la paix la plus rapide possible et deviendront de plus en plus nombreux � mesure que le conflit se prolonge. Apr�s le conseil national de juillet 1918 et apr�s le congr�s d�octobre 1918, la majorit� est renvers�e.</p><p>Ludovic Oscar Frossard (1889-1946) devient secr�taire g�n�ral du parti, et Marcel Cachin (1869-1958) prend la direction de l�Humanit�. Il en r�sulte un peu plus tard une scission de parlementaires et de militants qui ne veulent pas r�pudier la d�fense nationale et qui se groupent autour du journal la France libre (Fr�d�ric Brunet, Victor Dejeante, Veber et Charles Andler) ; ils forment un � parti socialiste fran�ais �.</p><p>C�est dans la p�riode effervescente qui suit l�armistice qu�Albert Thomas et quelques-uns de ses amis font conna�tre en France la th�orie des nationalisations �labor�e en Autriche par Otto Bauer, alors pr�sident de la Commission de socialisation de la jeune r�publique. Si la C. G. T. s�y rallie avec empressement au congr�s de Lyon (1919), L�on Blum para�t singuli�rement plus r�ticent : pour lui, la nationalisation reste tr�s en de�� du socialisme.</p><p>Mais l�attention est ailleurs. La guerre a fait voler en �clats la IIe Internationale, constitu�e en 1889. Faut-il</p><p>la reconstituer ? Albert Thomas, Pierre Renaudel, L�on Blum le pensent, tout en voulant en exclure la social-d�mocratie allemande. Mais d�autres, � l�ex-tr�me gauche, pr�conisent l�adh�sion � l�Internationale cr��e en 1919 � Moscou, � la IIIe Internationale. Entre les deux, Paul Faure et Jean Longuet souhaitent la constitution d�une nouvelle Internationale, qui tente de se former � Vienne (f�vr. 1921) en s�appuyant sur la social-d�mocratie autrichienne.</p><p>Les socialistes fran�ais partisans de la reconstitution de la IIe Internationale se retrouvent avec les travaillistes et avec le parti ouvrier belge. Les partisans de l�Internationale nouvelle sont d�accord avec les ind�pendants d�Allemagne.</p><p>Finalement, Cachin et Frossard, en se ralliant � la IIIe Internationale � la suite d�un voyage � Moscou, contribuent fortement � faire pencher la balance en faveur de cette adh�sion.</p><p>Celle-ci est vot�e au congr�s de Tours en d�cembre 1920 : la motion Cachin-Frossard l�emporte par 3 208 voix contre 1 022 � la motion Longuet-Paul Faure, la tendance L�on Blum, qui pr�-</p><p>conise l�abstention, ayant �t� suivie par 397 mandats.</p><p>Malgr� la tentative de quelques-</p><p>uns des majoritaires, l�exclusion des leaders minoritaires est vot�e par 3 247 voix contre 1 398 � une motion downloadModeText.vue.download 248 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10203</p><p>Mistral qui n�acceptait aucune exclusion (v. communisme).</p><p>L�unit� socialiste a v�cu. Bien qu�on n�ait gu�re cess� de parler d�une reconstitution de l�unit� organique, elle ne s�est jamais op�r�e depuis lors.</p><p>Tout au plus peut-on distinguer dans les rapports entre socialistes et communistes (c�est le nom que prennent les membres du nouveau parti) les p�riodes d�affrontement brutal et les p�riodes de collaboration relative.</p><p>Mais il convient de noter qu�au lendemain de la scission on a cru sans doute de part et d�autre que celle-ci</p><p>serait �ph�m�re ou provisoire. L�on Blum et ses amis ont pens� que le parti communiste ne durerait pas et que, les uns apr�s les autres, ses militants reviendraient � la � vieille maison �</p><p>qu�ils s�efforceraient de reb�tir sur les statuts de 1905, pieusement conserv�s.</p><p>Les dirigeants du parti communiste, form� en Section fran�aise de l�Internationale communiste (S. F. I. C.), ont cru, eux, que les � dissidents � n�arri-veraient pas adonner � leur parti une consistance durable et qu�ils se d�com-poseraient comme le parti r�publicain socialiste constitu� apr�s 1905 et le parti socialiste fran�ais constitu� apr�s 1919.</p><p>Les uns et les autres se sont tromp�s.</p><p>Le parti socialiste n�est pas venu � bout des communistes. Les communistes ne sont pas venus � bout des socialistes.</p><p>Extraits des 21 conditions</p><p>pos�es pour l�adh�sion</p><p>� la IIIe Internationale et</p><p>accept�es par la majorit�</p><p>du congr�s de Tours (1920)</p><p>La propagande et l�action quotidienne doivent avoir un caract�re effectivement communiste et se conformer</p><p>au programme et aux d�cisions de la IIIe Internationale.</p><p>[...] Dans presque tous les pays de l�Europe et de l�Am�rique, la lutte de classe entre dans la p�riode de guerre civile. Les communistes ne peuvent, dans ces conditions, se fier � la l�galit� bourgeoise. Il est de leur devoir de cr�er partout, parall�lement � l�organisation l�gale, un organisme clandestin capable de remplir, au moment d�cisif, son devoir envers la r�volution...</p><p>Le devoir de propager les id�es communistes implique la n�cessit� absolue de mener une propagande et une agitation syst�matique et pers�v�rante parmi les troupes. L� o� la propagande ouverte est difficile, par suite des lois d�exception, elle doit �tre men�e ill�galement.</p><p>[...] Tout parti d�sireux d�appartenir � l�Internationale communiste doit poursuivre une propagande pers�v�rante et syst�matique au sein des syndicats, des</p><p>coop�ratives et des autres organisations des masses ouvri�res. Des noyaux communistes doivent �tre form�s dont le travail opini�tre et constant conquerra les syndicats au communisme...</p><p>Les partis appartenant � l�Internationale communiste doivent �tre �difi�s sur le principe de la centralisation d�mocratique. � l��poque actuelle de guerre civile acharn�e, le parti communiste ne pourra remplir son r�le que s�il est organis� de la fa�on la plus centralis�e, si une discipline de fer, confinant � la discipline militaire, y est introduite, et si son organisme central est muni de larges pouvoirs, exerce une autorit� incontest�e, b�n�ficie de la confiance unanime des militants.</p><p>Premi�re p�riode</p><p>d�affrontement</p><p>entre socialistes</p><p>et communistes</p><p>(1920-1934)</p><p>Lorsque le parti socialiste se d�sunit � Tours, il compte environ 130 000 adh�-</p><p>rents ; 100 000 demeurent au parti, qui adh�re � l�Internationale communiste, avec Marcel Cachin, L. O. Frossard, Paul Vaillant-Couturier (1892-1937).</p><p>Les deux minorit�s exclues � l�une derri�re L�on Blum, Alexandre Bracke (1861-1955) et Pierre Renaudel, l�autre derri�re Paul Faure, Jean Longuet et Adrien Pressemane (1879-1929) � se r�unissent pour essayer de reconstituer un parti socialiste ; ces leaders ne disposent au d�but que de 30 000 adh�-</p><p>rents ; mais la majorit� du groupe socialiste � la Chambre des d�put�s et les grandes municipalit�s conserv�es ou acquises lors des pr�c�dentes �lections municipales sont demeur�es avec eux.</p><p>En revanche, l�audience de l�Humanit�, rest�e entre les mains des leaders du parti communiste, est, au d�part, plus large que celle du Populaire de Paris, dirig� par L�on Blum.</p><p>Au bout de quelques ann�es, le</p><p>rapport des forces se trouve invers�.</p><p>Affect� par diverses scissions, le parti communiste tombe � 30 000 adh�-</p><p>rents ; le parti socialiste monte � 100 000.</p><p>Aux �lections de mai 1924, le parti communiste rassemble 876 000 voix ; on peut �valuer les voix du parti so-</p><p>cialiste � 1 500 000 environ. En avril 1928, le nombre des suffrages communistes est de 1 069 000 ; celui des voix socialistes de 1 700 000. L��cart se creuse en 1932 ; les socialistes montent � 1 932 000 voix, alors que les communistes retombent � 763 000. D�-</p><p>clin d�autant plus notable que la crise �conomique a commenc� d�affecter la France. Il semble que le parti communiste ait subi le contrecoup de la tactique �lectorale, dite � classe contre classe �, qui l�am�ne � maintenir au second tour son candidat contre un candidat socialiste mieux plac� pour battre le candidat de droite.</p><p>Le rapprochement</p><p>des socialistes et des</p><p>communistes dans</p><p>le Front populaire</p><p>En novembre 1933, le parti socialiste est affaibli par le d�part d�un certain nombre de socialistes, partisans d�une �ventuelle participation minist�rielle, qui fondent le parti socialiste de France. Si, parmi les leaders de ce dernier parti, certains peuvent � bon droit se r�clamer de Jaur�s, comme Pierre Renaudel et Paul Ramadier (1888-1961), d�autres, comme Marcel D�at (1894-1955), sont tent�s par un</p><p>� n�o-socialisme � influenc� par le climat europ�en de l��poque et cherchent � mettre sur pied un socialisme autoritaire o� les classes moyennes auraient sans doute une place plus importante que la classe ouvri�re traditionnelle.</p><p>L�av�nement de Hitler en janvier 1933 et les �v�nements de f�vrier 1934</p><p>en France am�nent le parti communiste � reconsid�rer sa tactique dans la strat�gie internationale du communisme.</p><p>Jusque-l�, il parlait volontiers du social-fascisme que constituait � ses yeux la social-d�mocratie, et le front unique qu�il offrait ne s�adressait qu�aux ad-h�rents de base. � partir du 27 juillet 1934, le pacte d�unit� d�action conclu entre S. F. I. O. et S. F. I. C. unit, dans une commune volont� de lutte contre le fascisme, les chefs des deux formations nagu�re si violemment dress�es l�une contre l�autre. En octobre 1934, l�union s��tend aux radicaux et aux</p><p>socialistes ind�pendants (Union socialiste r�publicaine), dans le Front*</p><p>populaire. Une centaine d�organisations de gauche participent aux manifestations du 14 juillet 1935. Un programme commun est �tabli ; sur la base de ce programme, les gauches unies emportent la majorit� au soir du 3 mai 1936.</p><p>Socialistes et communistes vont-ils associer leur action au gouvernement ?</p><p>Non. Le parti communiste d�cline l�offre de participation que lui adresse L�on Blum, leader du parti socialiste S. F. I. O., charg� de former le gouvernement. Il se bornera � pratiquer le soutien.</p><p>Peu � peu, l�atmosph�re de collaboration entre socialistes et communistes se d�grade ; � partir de juillet, la guerre civile d�Espagne* oppose plus ou moins nettement les deux partis, tandis que m�rit peu � peu une nouvelle scission du parti socialiste, que ses gauchistes quittent apr�s le congr�s de Royan (juin 1938) pour constituer avec Marceau Pivert le parti socialiste ouvrier et paysan qui, devant la guerre qui vient, entend se r�server pour un nouveau Zimmerwald.</p><p>Une nouvelle rupture,</p><p>br�ve mais brutale :</p><p>1939</p><p>La conclusion � Moscou, dans la nuit du 23 au 24 ao�t 1939, du pacte Rib-bentrop-Molotov d�termine une nouvelle rupture entre socialistes et communistes. Celle-ci est marqu�e par la dissolution du parti communiste (26 sept.), d�cid�e par le gouvernement Daladier, par la lev�e de l�immunit� parlementaire de onze d�put�s communistes, mesure � laquelle s�associent les socialistes, et par le vote de la d�ch�ance de tous les parlementaires communistes qui n�auront pas d�savou� le pacte germano-sovi�tique, un d�put� socialiste �tant rapporteur.</p><p>Si le d�saccord est redevenu total entre socialistes et communistes, l�unit�, depuis les accords de Munich (sept. 1938), est loin d��tre r�alis�e � l�int�rieur du parti socialiste, o� s�est reform� le clivage de la Premi�re</p><p>Guerre mondiale entre ceux qui jugent la guerre in�vitable, avec toutes ses cons�quences, et ceux qui veulent l�emp�cher ou l�arr�ter : d�un c�t�, L�on Blum, pr�sident du groupe parlementaire, et de l�autre, Paul Faure, secr�taire g�n�ral du parti. Alors que, dans les derniers congr�s d�avant guerre, les forces oppos�es se neu-tralisaient en un �quilibre instable, la d�b�cle militaire de mai-juin 1940 fait basculer la majorit� du groupe socialiste dans l�acceptation de l�armistice et du gouvernement de Vichy* : 7 s�nateurs et 29 d�put�s S. F. I. O.</p><p>seulement votent non. D�chus de leur mandat, les �lus communistes n�ont pu prendre part au vote.</p><p>La collaboration des</p><p>socialistes et des</p><p>communistes dans la</p><p>R�sistance (1941-1944)</p><p>et dans les ann�es qui</p><p>suivent (1944-1946)</p><p>� partir de juin 1941, les communistes s�engagent dans la R�sistance* ; il en est de m�me d�un certain nombre de socialistes. C�est l��poque o� L�on downloadModeText.vue.download 249 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10204</p><p>Blum, arr�t� et d�tenu sur l�ordre du gouvernement de Vichy, �crit dans sa cellule l�ouvrage � l��chelle humaine, o� il se demande si, sous la pression des �v�nements, l�U. R. S. S. va s�in-t�grer � la communaut� des nations europ�ennes, et le parti communiste fran�ais cesser d��tre � un parti nationaliste �tranger �. Reconstitu� dans la clandestinit� sous la direction de Daniel Mayer (n� en 1909), le parti socialiste r�nov� exclut tous ceux des parlementaires S. F. I. O. qui ne se sont pas rachet�s par des actes effectifs de r�sistance.</p><p>Apr�s la Lib�ration, sous l��gide du g�n�ral de Gaulle*, s�amorce une collaboration au gouvernement dit � du tripartisme � qui associe Mouvement r�publicain populaire (M. R. P.) socialistes et communistes. Bien qu�une tentative s�amorce pour r�aliser l�unit�</p><p>organique entre socialistes et communistes, il semble que dans cette p�riode les socialistes �vitent le t�te-�-t�te avec les communistes, peut-�tre parce que les �lections successives ont montr� que les communistes surclassaient �lectoralement et de plus en plus les socialistes (v. R�publique [IVe]).</p><p>Finalement, le 4 mai 1947, Vin-</p><p>cent Auriol, socialiste, pr�sident de la R�publique, et Paul Ramadier, rentr� au parti socialiste, pr�sident du Conseil, excluent du gouvernement les ministres communistes, qui retournent avec leur parti dans l�opposition.</p><p>Communistes et</p><p>socialistes au temps</p><p>de la guerre froide</p><p>D�s lors s�ouvre une p�riode de plusieurs ann�es marqu�e en particulier par l�opposition U. R. S. S.-�tats-Unis ; la France a accept� le plan Marshall ; les socialistes S. F. I. O. ont �t� partisans de ce plan, dont un voyage de L�on Blum aux �tats-Unis a peut-�tre contribu� � donner l�id�e ; ils sont favorables aussi � la constitution de l�Organisation du trait� de l�Atlantique* Nord et � la construction europ�enne amorc�e par le pool charbon-acier sugg�r� en 1950 par Robert Schuman*. Dans la guerre froide parfois latente et parfois ouverte, les socialistes ont choisi les uns diront l�Occident, les autres diront le camp capitaliste. Tout au contraire, malgr� la dissolution de l�Internationale communiste (mai 1943) et le peu d�efficacit� du Kominform, constitu� en septembre 1947, les communistes tournent plus que jamais leurs yeux vers l�U. R. S. S., qui continue � �tre le meilleur mod�le de socialisme r�alis�.</p><p>L�affrontement entre socialistes et communistes est particuli�rement vif lors des gr�ves de novembre-d�-</p><p>cembre 1947 et d�octobre-novembre 1948, lorsque des socialistes � tels Jules Moch (n� en 1893) au minist�re de l�Int�rieur et Robert Lacoste (n� en 1898) au minist�re de la Production industrielle � travaillent � maintenir ou � r�tablir l�ordre, tandis que les communistes sont au premier plan de mouvements revendicatifs, que beaucoup jugent avoir un but politique.</p><p>Aux �lections de janvier 1956, le parti communiste obtient 5 454 000 voix (25,4 p. 100 des suffrages exprim�s), gagnant 544 000 voix sur le pr�c�dent scrutin. La S. F. I. O., qui en gagne 436 000, n�atteint que 3 180 000 voix (14,8 p. 100 des suffrages exprim�s) ; il y a 95 �lus socialistes et 150 communistes. Mais, contrairement � ce qu�on pense, la S. F. I. O. conserve une base ouvri�re : si le P. C. recueille 38 p. 100</p><p>des suffrages ouvriers, la S. F. I. O. en conserve 27 p. 100. Il n�en reste pas moins vrai que les cadres dirigeants de la S. F. I. O. se recrutent alors pour la plus grande proportion parmi les enseignants. Guy Mollet (1905-1975), professeur de lyc�e, secr�taire g�n�ral de la S. F. I. O. depuis ao�t 1946, plusieurs fois ministre, est appel� � former le gouvernement, que le parti communiste soutient comme il avait soutenu en 1954 le gouvernement Mend�s</p><p>France.</p><p>Ainsi s�amorce un rapprochement</p><p>que facilite dans une certaine mesure la disparition de Staline, survenue en 1953. Mais, en 1956, les socialistes s��l�vent contre l�intervention des troupes sovi�tiques en Hongrie.</p><p>En 1958, devant l��croulement de la IVe R�publique et le retour au pouvoir du g�n�ral de Gaulle, les socialistes se divisent et les communistes, eux, restent unanimement hostiles ; aux �lections de novembre 1958, les socialistes ne perdent que 1 p. 100 des suffrages (les communistes, 5 p. 100).</p><p>Le programme commun</p><p>de juin 1972</p><p>La coexistence pacifique a succ�d� � la guerre froide, et cette nouvelle conjoncture internationale ne peut pas ne pas r�agir sur les rapports entre socialistes et communistes. Le parti communiste n�est plus le m�me qu�� l��poque de Staline. Mais le parti socialiste a chang�, lui aussi, dans son contenu et dans ses �quipes dirigeantes, par l�afflux apr�s le congr�s d��pinay (juin 1971) de jeunes intellectuels et d�adh�rents venus des milieux chr�-</p><p>tiens et ruraux. En 1969, Guy Mollet est remplac� par Alain Savary (n� en 1918), qui d�missionne en 1971. La</p><p>charge de premier secr�taire du parti est alors confi�e � Fran�ois Mitterrand, venu du groupe charni�re de l�Union d�mocratique et socialiste de la R�sistance (U. D. S. R.), constitu� en mai 1945 et qui a pris la t�te d�une coalition d�sireuse d�un renouvellement ax� sur la gauche.</p><p>C�est dans cette conjoncture que, le 26 juin 1972, socialistes et communistes, apr�s de longues n�gociations, aboutissent � la signature d�un programme commun de gouvernement, auquel adh�rent les radicaux de gauche. Socialistes, communistes et radicaux de gauche pr�sentent ensemble un programme de gouvernement aux �lections de mars 1973, en un rassemblement qui n�est pas sans rappeler par certains c�t�s celui de 1936. Mais ils ne peuvent parvenir � renverser la majorit� sortante. Le grand fait de la consultation �lectorale est la remont�e �lectorale du parti socialiste, qui, par le nombre de voix recueilli au premier tour, talonne d�sormais le parti communiste. S�il en r�sulte aussi une mont�e du nombre des adh�rents du parti socialiste, le parti communiste, qui d�clare 400 000 adh�rents, surclasse toujours en ce domaine le parti socialiste, auquel on en attribue 150 000.</p><p>Aux �lections pr�sidentielles de mai 1974, F. Mitterrand, soutenu par l�ensemble des forces de gauche, fr�le de peu la victoire. Enfin, les �lections municipales de mars 1977 sont marqu�es par des succ�s consid�rables pour les socialistes, comme, d�ailleurs, pour leurs alli�s communistes : les uns et les autres emportent de nombreuses et importantes municipalit�s.</p><p>Au cours des derni�res ann�es,</p><p>deux faits nouveaux se sont produits.</p><p>Depuis 1920, les socialistes et les communistes s��taient rassembl�s en deux partis. Aucune tierce formation n�avait pu constituer une force v�ritable, ni l�union socialiste-communiste de L. O. Frossard, apr�s son d�part du parti communiste en 1923, ni le parti socialiste d�unit� prol�tarienne de Jean Garchery apr�s 1929, ni le parti socialiste de France de Marcel D�at en 1933, ni le parti socialiste ouvrier et paysan de Marceau Pivert en 1938. Cependant, en 1960, sous la direction d��douard</p><p>Depreux, qui a quitt� la S. F. I. O., se constitue un parti socialiste unifi� (P. S. U.) qui va repr�senter une tendance originale. On le croyait d�abord destin� � s�ins�rer entre parti communiste et parti socialiste. Son attitude lors des �v�nements de mai 1968</p><p>am�ne � penser qu�il tend au contraire � se situer � gauche du parti communiste. Son programme affirme une sympathie marqu�e pour le socialisme autogestionnaire. En 1974, cependant, certains de ses membres (dont Michel Rocard et Robert Chapuis) ont rejoint le parti socialiste.</p><p>L�autre fait est, � partir de 1968, la pr�sence active d��l�ments gauchistes.</p><p>Certains ne sont pas socialistes, tels les anarchistes. Mais d�autres continuent � se r�clamer du socialisme, ainsi les diff�rents mouvements trotskistes et les groupes mao�stes.</p><p>Cet �miettement, tr�s sensible parmi les jeunes, n�emp�che pas les perspectives unitaires auxquelles nombre de socialistes demeurent sentimentale-ment attach�s.</p><p>Extrait du programme</p><p>de gouvernement</p><p>du parti socialiste (1972)</p><p>Le but des socialistes est que cesse l�exploitation de l�homme par l�homme. Pour eux, le socialisme est une lib�ration. Ils savent qu�avant eux, dans le cours de l�histoire, il y eut d�autres justes causes. Mais ils consid�rent qu�� notre �poque il est vain de lib�rer l�homme si l�on ne brise pas d�abord les structures �conomiques qui ont fait du grand capital le ma�tre absolu de notre soci�t�.</p><p>La R�volution de 1789 a fond� la d�mocratie politique en France. Le socialisme de 1973 jettera les bases de la d�mocratie �conomique.</p><p>La d�mocratie �conomique existera quand les richesses appartiendront � ceux qui les cr�ent, quand les hommes partout o� ils se trouvent seront ma�tres des d�cisions qui les concernent, quand la satisfaction des besoins de tous primera le profit de quelques-uns.</p><p>[...] Un vaste secteur priv� poursuivra</p><p>librement ses activit�s et se d�veloppera.</p><p>Un secteur mixte (qui existe d�j� dans toute �conomie moderne, capitaliste ou socialiste) sera nettement d�fini. Quant aux grands moyens de production, ils feront l�objet d�appropriations collectives tandis qu�un plan d�mocratique exprimera l�ensemble des besoins sociaux et des choix �conomiques.</p><p>Fran�ois Mitterrand</p><p>Il na�t � Jarnac en 1916. Ses �tudes (lettres, droit et sciences politiques) le destinent au journalisme et au barreau. Prisonnier de guerre, il s��vade � trois reprises et participe activement � la R�sistance.</p><p>downloadModeText.vue.download 250 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10205</p><p>Fondateur du � Mouvement national des prisonniers �, il est, en ao�t-septembre 1944, secr�taire g�n�ral aux Prisonniers de guerre dans le gouvernement Charles de Gaulle. D�put� (1946-1958 et depuis 1962) ou s�nateur (1959-1962) de la Ni�vre, conseiller g�n�ral de Montsauche (1949-1967), maire de Ch�teau-Chinon depuis 1959, F. Mitterrand devient pr�sident de l�Union d�mocratique et socialiste de la R�sistance (U. D. S. R.) en 1953. Plusieurs fois ministre sous la IVe R�publique (1947-1957), il est, en 1958, l�un des hommes de la gauche non communiste � contester la l�gitimit� du r�gime instaur� par le g�n�-</p><p>ral de Gaulle. Adversaire de ce r�gime, il pose sa candidature � la pr�sidence de la R�publique le 9 septembre 1965 et fonde le 10 septembre la F�d�ration de la gauche d�mocrate et socialiste (F. G. D. S.).</p><p>Soutenu par la F. G. D. S. et le parti communiste, il est le � candidat unique de la gauche �, et met le g�n�ral de Gaulle en ballottage, obtenant au premier tour de scrutin (5 d�c.) 31,72 p. 100 des suffrages exprim�s. Au second tour (19 d�c.), il s�incline devant son prestigieux adversaire, mais obtient 44,80 p. 100 des suffrages exprim�s.</p><p>�lu le 5 mai 1966 chef du � contre-gouvernement � form� par la F. G. D. S., il amorce un rapprochement entre celle-ci, le parti communiste fran�ais et le parti socialiste unifi� : ainsi est �tablie une plateforme �lectorale en vue des �lections l�gis-</p><p>latives de mars 1967. Si celles-ci marquent un progr�s des socialistes et des communistes, les �v�nements de mai 1968 et les �lections de juin d�mant�lent l�opposition de gauche.</p><p>Absent du congr�s d�Alfortville (4 mai 1969) qui donne naissance au nouveau parti socialiste (P. S.), F. Mitterrand prend en 1970 la pr�sidence de la Convention des institutions r�publicaines (C. I. R.), qui avait �t� � l�origine de la F. G. D. S.</p><p>� l�issue du congr�s socialiste d��pinay (11 juin 1971), il appara�t comme le leader d�un parti socialiste plus orient� � gauche, qui exclut � toute strat�gie de troisi�me force � et pr�conise la mise au point d�un programme de gouvernement qui serait � discuter avec les communistes. �lu le 16 juin 1971 premier secr�taire du P. S., il est r��lu le 27 juin 1973 au lendemain des �lections l�gislatives, qui marquent un net progr�s de la gauche (P. S. - P. C. F. -</p><p>radicaux de gauche), unie autour d�un programme commun de gouvernement.</p><p>Leader de cette gauche, F. Mitterrand se pr�sente aux �lections pr�sidentielles de mai 1974 : le 19 mai, il �choue de justesse, avec 49,19 p. 100 des suffrages exprim�s, devant Val�ry Giscard d�Estaing.</p><p>P. P.</p><p>G. L.</p><p>F Blanc (L.) / Blanqui (A.) / Blum (L.) / Communisme / Fourier (C.) / Guesde (J.) / Internationales (les) / Jaur�s (J.) / Marx (K.) / Marxisme / Ouvri�re (question) / Proudhon (P. J.) / R�publique (IIIe) /</p><p>R�publique (IVe) / R�publique (Ve) / Saint-Simon (C. H. de) / Social-d�mocratie / Syndicalisme.</p><p>P. Louis, Histoire du socialisme en France, 1789-1945 (Rivi�re, 1946) ; Cent Cinquante Ans de pens�e socialiste (Rivi�re, 1947). / A. Z�va�s, Histoire du socialisme et du communisme en France de 1871 � 1947 (France-Empire, 1948).</p><p>/ G. Bougl�, Socialisme fran�ais, du socialisme utopique � la d�mocratie industrielle (A. Colin, 1952). / D. Gu�rin, Jeunesse du socialisme libertaire (Rivi�re, 1959). / D. Ligou, Histoire du socialisme en France, 1871-1961 (P. U. F., 1962).</p><p>/ G. Lefranc, le Mouvement socialiste sous la IIIe R�publique (Payot, 1963). / C. Willard, le Mouvement socialiste en France (1893-1905).</p><p>Les guesdistes (�d. sociales, 1965) ; Socialisme et communisme fran�ais (A. Colin, 1967). /</p><p>M. Perrot et A. Kriegel, le Socialisme fran�ais et le pouvoir (�tudes et documentation internat.,</p><p>1966). / C. Hurtig, De la S. F. I. O. au nouveau parti socialiste (A. Colin, coll. � U 2 �, 1971). /</p><p>G. Lefranc, le Socialisme r�formiste (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1971). / M. Rocard, Parti socialiste unifi� (�pi, 1971). / J. Droz, Socialisme et syndicalisme de 1914 � 1939 (C. D. U., 1972).</p><p>/ J. Droz (sous la dir. de), Histoire du socialisme (P. U. F., 1972-1974 ; 2 vol.). / R. Quilliot, la S. F. I. O. et l�exercice du pouvoir, 1945-1958</p><p>(Fayard, 1972). / P. Joxe, le Parti socialiste (�pi, 1973). / F. Mitterrand, la Rose au poing (Flammarion, 1973).</p><p>LE SOCIALISME</p><p>ITALIEN</p><p>Le socialisme en Italie s�est d�velopp� selon des normes tr�s diff�rentes de celles qui pr�valurent en Grande-Bretagne (v. travailliste [parti]), en Allemagne (v. social-d�mocratie) ou m�me en France, en raison de conditions historiques et culturelles propres � la p�ninsule.</p><p>Lorsque l�id�ologie socialiste commence � se r�pandre en Europe, les hommes de gauche qui entra�nent derri�re eux la jeunesse en vue de rendre l�Italie ind�pendante de l��tranger, G. Mazzini* et G. Garibaldi*, sont avant tout des patriotes qui ne s�parent pas le souci des int�r�ts populaires de celui de l��mancipation nationale et r�pugnent profond�ment � la lutte des classes. Cela appara�t m�me dans le testament politique du combattant de 1848 que l�on peut regarder comme le v�ritable pr�curseur du socialisme italien, Carlo Pisacane, c�est-�-dire dans ses Essais historiques, politiques et militaires sur l�Italie (Saggi storici, politici, militari sull�Italia), �crits en exil et publi�s en 1858-1860 apr�s qu�il eut �t� fusill� � Sanza (province de Salerne) en 1857. Dans sa correspondance et ses articles, Mazzini s�oppose nettement aux conceptions de Louis Blanc, d��tienne Cabet, de Pierre Leroux et plus encore � celles de Karl Marx, qu�il juge avilissantes par leur souci pr�dominant d�avantages mat�riels pour le prol�tariat, en sorte que les groupements ouvriers, les coop�ratives, les soci�t�s de secours mutuels, qui commencent � s�organiser en Italie, les journaux qui prennent l��tiquette � socialiste �, en liaison plus</p><p>ou moins �troite avec le mouvement mazzinien et garibaldien, n�accordent � l�Internationale de Londres qu�une adh�sion de pure forme reposant sur une �quivoque.</p><p>Il faudra attendre l�arriv�e de Bakounine* en Italie en 1864 et sa prise de contact avec Garibaldi pour qu�une coloration plus sp�cifiquement socialiste caract�rise les revendications ouvri�res. Le Russe Bakounine comme l�Allemand K. Marx jugent d�ailleurs avec le plus grand d�dain l�effort des Italiens. Tandis que le premier stig-matise � cette abominable rh�torique patriotique bourgeoise aliment�e par Garibaldi et Mazzini �, Marx �crit que l�Alliance internationale de la d�mocratie socialiste, cr��e en 1868 par Bakounine, � n�est pas un groupement ouvrier, mais une troupe de d�class�s, le rebut de la bourgeoisie �.</p><p>En r�alit�, les premiers leaders du socialisme italien demeurent indiff�-</p><p>rents aux querelles d��cole s�parant les diverses ob�diences socialistes ; s�ils s�inspirent plus particuli�rement de Bakounine, c�est que celui-ci est pr�sent parmi eux ; s�ils appartiennent pour la plupart par leur naissance aux classes sup�rieures cultiv�es, comme Carlo Cafiero (1846-1892), attach� d�ambassade, qui en 1865 donne sa d�-</p><p>mission, vend ses biens patrimoniaux et en met le produit � la disposition du parti naissant, c�est que dans un pays alors presque purement agricole, o� la classe ouvri�re est en grande partie analphab�te et o� le prol�tariat ouvrier manque d�effectifs et de chefs, le mouvement socialiste aurait connu longtemps la stagnation s�il n�avait trouv� dans les milieux intellectuels et dans la bourgeoisie des pionniers d�sint�ress�s, sinc�rement d�vou�s aux int�r�ts du peuple.</p><p>Avec Cafiero, il faut citer pour cette premi�re p�riode le professeur de sciences sociales Emilio Covelli, le d�-</p><p>put� napolitain Giuseppe Fanelli, dont le passage au socialisme fournit au gouvernement en 1870 l�occasion de casser son mandat parlementaire, l��tudiant en m�decine Errico Malatesta, l�avocat Francesco Saverio Merlino, fils d�un conseiller � la cour d�appel de Naples, le philosophe Tito Zanardelli,</p><p>etc. Tous seront pers�cut�s, plusieurs contraints d��migrer ou, vaincus par la maladie et la pauvret�, feront alors effectivement figure de � d�class�s �.</p><p>Des congr�s ouvriers ont lieu n�anmoins assez r�guli�rement. Au dou-zi�me, qui se tient � Rome en 1872, une scission d�finitive se produit entre les soci�t�s ouvri�res fid�les � l�id�al de Mazzini et celles qui sont d�inspiration bakouniste (inclin�es vers l�anarchie) ou marxiste, en tout cas internationa-liste, qui prennent alors le nom de Fasci operai et se d�veloppent surtout en Toscane et en Romagne. Le Fascio de Florence compte alors 5 000 membres (ma�ons, m�caniciens, etc.). Engels*</p><p>est le secr�taire pour l�Italie au Conseil g�n�ral de l�Internationale � Londres, et E. Covelli publie un aper�u du Capital dans une revue napolitaine, en attendant l��dition abr�g�e qu�en donnera C. Cafiero en 1879. La mort de Mazzini en 1872 ach�ve de disperser ses fid�les, mais, lors de la rupture d�finitive entre Marx et Bakounine la m�me ann�e au congr�s de La Haye, la section italienne se range du c�t� du second, ce qui peut expliquer l�importance que le mouvement anarchisant conservera longtemps en Italie.</p><p>Les ann�es 1880 voient passer �</p><p>Milan et dans la vall�e du P� l�essor du courant proprement marxiste au d�triment du bakounisme, discr�dit� par l��chec de tentatives insurrection-nelles � Bologne en 1874 et � B�n�vent en 1877. Un nouveau leader, Andrea Costa (1851-1910), fonde � Milan en 1880 la Rivista internazionale del socialismo, et en 1881 para�t � Imola le premier num�ro de l�Avanti !, hebdomadaire de petit format, �galement dirig� par Costa. En 1882 se cr�e le parti ouvrier italien (Partito operaio italiano), et dix de ses membres se pr�-</p><p>sentent comme candidats aux �lections l�gislatives, obtenant dans l�ensemble 4 p. 100 des voix exprim�es (au suffrage encore censitaire) avec deux �lus, Andrea Costa et Antonio Maffi, fondeur de caract�res � Milan. En 1885, le parti ouvrier tient � Mantoue son premier congr�s ; son comit� central est alors compos� uniquement de travailleurs manuels, mais d�s l�ann�e suivante il se rend compte de l�erreur</p><p>qu�il y aurait � se couper des intellectuels et se montre accueillant envers eux. Son journal, Il Fascio operaio, publi� � Mantoue, est plusieurs fois saisi et ses r�dacteurs condamn�s � de longs emprisonnements. Les gr�ves, toujours tenues pour ill�gales, se d�veloppent parall�lement ; en 1886, on en comptera 96, et 126 en 1889, int�ressant 23 000 ouvriers. En 1892, le nombre des d�put�s socialistes s��l�ve � 5, dont 4 dans la vall�e du P� et 1 � Naples.</p><p>Parmi eux, Andrea Costa et Camillo Prampolini (1859-1930), l�ap�tre du r�formisme �milien. La diffusion doctrinale du marxisme s��tend en Italie.</p><p>On traduit Marx, Engels, Karl Kautsky, downloadModeText.vue.download 251 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10206</p><p>Paul Lafargue, G. V. Plekhanov, et � l�universit� de Naples le professeur Antonio Labriola (1843-1904) inaugure un cours sur le mat�rialisme historique. Le congr�s de G�nes en 1892</p><p>voit la transformation du parti ouvrier en parti des travailleurs italiens (Partito dei lavoratori italiani), qui changera son titre en 1895, au congr�s de Parme, en parti socialiste italien (PSI). La direction du parti passe � Milan et adopte pour organe central un nouvel hebdomadaire, La Lotta di classe. Parmi les leaders apparaissent Filippo Turati (1857-1932), directeur de la doctrinaire Critica sociale, Leonida Bissolati (1857-1920), Angiolo Cabrini (1869-1937), Costantino Lazzari (1857-</p><p>1927), Pietro Chiesa (1858-1915), tous partisans d�une lutte sociale � l�galitaire �, mais sans aucune compromission avec les partis bourgeois, m�me dans les �lections municipales.</p><p>Les derni�res ann�es du si�cle seront cruciales dans l�histoire du socialisme italien. La mis�re des paysans et des ouvriers siciliens d�termine en d�cembre 1893 - janvier 1894 un vaste soul�vement auquel participent 300 000 travailleurs des Fasci, unissant le cri de</p><p>� Vive le socialisme � � celui de � Vive le roi �. Une r�pression impitoyable sous F. Crispi* fait 200 morts parmi les manifestants, un seul dans la troupe.</p><p>Aux proc�s institu�s contre les chefs</p><p>bourgeois du mouvement, notamment le docteur Nicola Barbato (1856-1923) et l�avocat de Catane Giuseppe De Felice Giuffrida (1859-1920), se r�v�le parmi les t�moins, m�me militaires, une ind�niable sympathie pour les victimes d�un r�gime social inhumain. En 1895, le nombre des d�put�s socialistes s��l�ve � 15, et Milan �lit le Sicilien Nicola Barbato, tandis que des candidats du Nord, comme Andrea Costa, se pr�sentent � Palerme. Le 25 d�cembre 1896, l�Avanti ! devient quotidien, et le nombre des suffrages socialistes aux �lections atteint presque 9 p. 100 du total.</p><p>En mai 1898, enfin, apr�s de longues gr�ves de journaliers agricoles en �milie, �clate � Milan une v�ritable insurrection r�prim�e au canon par le g�n�ral Fiorenzo Bava-Beccaris et qui fait 90 tu�s dans la population, un seul � accidentellement � chez les soldats. Des arrestations massives s�ensuivent, �tendues m�me aux premiers d�mocrates-chr�tiens et aux r�-</p><p>publicains ; la loi martiale est instaur�e � Milan, � Florence et � Naples, le parti socialiste est dissous, les Bourses du travail sont ferm�es, 89 journaux sont supprim�s ou suspendus. L�assassinat du roi Humbert Ier par l�anarchiste toscan Gaetano Bresci le 29 juillet 1900</p><p>appara�tra comme une cons�quence des faits de 1898 et de la r�action qui se poursuit les ann�es suivantes, malgr� de nombreuses r�ductions de peines et lib�rations de prisonniers politiques.</p><p>Le nouveau souverain, Victor-Em-</p><p>manuel III*, suit des directives tr�s diff�rentes et fait appel � des chefs de gouvernement compr�hensifs �</p><p>l��gard des revendications ouvri�res, principalement G. Giolitti*, qui non seulement r�tablit la paix sociale par une l�gislation attentive aux besoins populaires et de larges concessions �conomiques aux coop�ratives socialistes, mais obtient le soutien, ou, au moins, la bienveillante neutralit� au Parlement des �lus socialistes, devenus 33 en 1900, pour la plupart universitaires d�origine bourgeoise souvent fortun�s (28 en Italie, soit 84 p. 100, contre 13 en Allemagne en 1903, soit 16 p. 100 sur 81 d�put�s au Reichstag, les autres �tant 55 ouvriers et 15 petits-</p><p>bourgeois). Mais l�embourgeoisement du parti socialiste italien va provoquer d�s son VIe Congr�s (Rome, 8-11 sept.</p><p>1900) la formation d�une fraction dite</p><p>� syndicaliste r�volutionnaire � autour d�Arturo Labriola (1873-1959), tr�s influenc�e par Georges Sorel*, mais nettement minoritaire jusqu�� la veille de la Premi�re Guerre mondiale, o� B. Mussolini* en devient le chef. Au XIIIe Congr�s national (Reggio nell�</p><p>Emilia, juill. 1912), ce dernier fait approuver un ordre du jour de bl�me au groupe parlementaire socialiste, � qui a contribu� � d�moraliser les masses �, et provoque l�expulsion des principaux d�put�s r�formistes (Leonida Bissolati Bergamaschi, Ivanoe Bonomi, Angiolo Cabrini, etc.), pour avoir f�licit� le roi d�avoir �chapp� � un attentat, et encore d�autres �lus de tendance nationaliste (Guido Podrecca, etc.) pour s��tre montr�s favorables � la conqu�te de la Libye*. Mussolini remplace Claudio Treves � la direction de l�Avanti !, et Costantino Lazzari (1857-1927) devient secr�taire du parti, qui sera commun�ment appel� celui des � socialistes officiels �, tandis que les r�formistes expuls�s forment le parti social-r�formiste, qui, malgr� un �tat-major de grande valeur, restera sans action profonde sur le prol�tariat ouvrier ou paysan. Il aura cependant � la Chambre en 1913, apr�s instauration en 1912 du suffrage presque universel, 19 �lus, les syndicalistes r�volutionnaires 8, et les</p><p>� officiels � 52, r�unissant ensemble plus d�un million de voix.</p><p>Malgr� l�impressionnant d�velop-</p><p>pement �conomique qu�avait connu l�Italie au cours de la premi�re d�cennie du XXe s., les gr�ves n�y avaient jamais compl�tement cess�, surtout pendant l�ann�e de crise provoqu�e par la guerre italo-turque en Libye (sept.</p><p>1911 - oct. 1912). Au congr�s d�An-c�ne (avr. 1914), le courant de gauche accentue son emprise, d�clare incompatibles l�appartenance � la franc-ma-</p><p>�onnerie et la qualit� de socialiste, fait voter une motion violemment antimilitariste et approuver le principe du suffrage f�minin. Puis vient en juin la</p><p>� semaine rouge � des Marches et de Romagne, avec une gr�ve g�n�rale, o� l�excitation atteint son comble, et des charges de police qui font une centaine de morts.</p><p>La guerre d�clar�e, les socialistes officiels prennent aussit�t pour la neutralit� une position qui demeurera inchang�e jusqu�� la fin du conflit. Les r�formistes inclinent � soutenir le gouvernement ; L. Bissolati Bergamaschi deviendra m�me ministre du cabinet Orlando en 1917, et I. Bonomi Premier ministre en 1921. Les syndicalistes se divisent entre une tendance pro-Alli�s (Alceste De Ambris, Filippo Corridoni, Michele Bianchi, Italo Balbo, etc.), � laquelle adh�rera Mussolini, et une tendance antimilitariste. Apr�s l�expulsion de Mussolini hors du parti, la direction de l�Avanti ! passe � Giacinto Menotti Serrati, un � maximaliste �, qui la conservera jusqu�en 1923.</p><p>Les luttes de tendances continuent, en effet, � l�int�rieur du gros des forces socialistes, surtout au lendemain de la r�volution russe et malgr� la sourdine n�cessairement mise � leurs manifestations ext�rieures, entre une aile droite d�intellectuels bourgeois (F. Turati, C. Treves, Giuseppe Emanuele Modigliani, etc.), un centre pl�thorique dit</p><p>� maximaliste � et une aile gauche com-munisante (Amadeo Bordiga, Nicola Bombacci, etc.), qui se d�tachera en 1921 au congr�s de Livourne pour former le parti communiste italien (PCI), Section italienne de l�Internationale communiste, la IIIe Internationale, dont Antonio Gramsci* prendra plus tard � Turin la direction id�ologique, pr�parant son orientation l�niniste future.</p><p>D�s 1917, l�ann�e o� la lassitude de la guerre envahit les masses ouvri�res et p�n�tre jusqu�au front, une gr�ve g�n�rale � Turin d�g�n�re en insurrection avec barricades et connivence d�une partie des troupes envoy�es pour la combattre ; mais d�autres troupes prennent la rel�ve, et la r�pression fait 500 morts et 2 000 bless�s parmi les insurg�s.</p><p>Moins en vue, quoique plus vio-</p><p>lents, les �l�ments d�extr�me gauche acqui�rent une influence pr�pond�-</p><p>rante au sein du parti, qui provoquera de nouveaux troubles apr�s la fin de la guerre et, par choc en retour, favorisera la mont�e du fascisme*, notamment apr�s l��chec en 1920 de l�occupation des usines en Pi�mont et en Lombardie.</p><p>Les socialistes, aux �lections du 16 novembre 1919, faites au scrutin de liste avec repr�sentation proportionnelle, obtiennent 32 p. 100 des voix et 156 �lus sur 508 si�ges ; ils deviennent ainsi le premier parti au Parlement.</p><p>Mais la tendance maximaliste qui pr�-</p><p>vaut dans ses rangs lui fait d�cliner toute participation au pouvoir en collaboration avec des partis du centre, malgr� l�offre qui en est pr�sent�e plusieurs fois � F. Turati, son chef le plus en vue. Apr�s l��chec de la gr�ve g�n�-</p><p>rale de juillet-ao�t 1922, le triomphe du fascisme appara�t in�luctable, et, pendant une vingtaine d�ann�es, le socialisme italien n�aura plus qu�une vie clandestine ; ses principaux leaders passent � l��tranger ou, comme le secr�taire de la Conf�d�ration g�n�rale du travail (CGL), Bruno Buozzi (1881-1944), seront abattus par les Allemands � la fin de leur occupation de l�Italie.</p><p>Le r�le des socialistes sera n�anmoins tr�s important dans la R�sistance, et le parti socialiste formera avec Pietro Nenni, Umberto Elia Ter-racini, Giuseppe Saragat, Mauro Scoc-cimarro, etc., l�un des rameaux principaux de l�� hexarchie � qui, apr�s la chute du fascisme en 1945, occupera le pouvoir et jusqu�en 1947 collaborera avec De Gasperi* dans les minist�res pr�sid�s par celui-ci. Une seule centrale syndicale, la Conf�d�ration g�n�rale italienne du travail (CGIL), groupant communistes, socialistes et d�mocrates-chr�tiens, est cr��e en 1944. La scission advenue entre Nenni et Saragat en janvier 1947 aura pour cause la trop �troite alliance �lectorale du premier avec les communistes aux yeux du second, dont le groupe �</p><p>minoritaire mais encore tr�s important sur l��chiquier politique italien et commun�ment appel� social-d�mocrate (PSDI) � deviendra l�un des associ�s au gouvernement De Gasperi dans un nouveau quadripartisme, avec lib�raux et r�publicains historiques, jusqu�en 1953.</p><p>Les rapports des deux branches</p><p>du socialisme italien connaissent d�s lors des alternances d��loignement et downloadModeText.vue.download 252 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10207</p><p>de rapprochement, surtout tactiques, jusqu�� cette � ouverture � gauche �</p><p>longtemps discut�e, seule susceptible de donner au parti d�mocrate-chr�-</p><p>tien, d�sormais dominant en Italie, une large majorit� dans les deux branches du Parlement entre le centre droit et les communistes. Le 5 d�cembre 1963, Aldo Moro peut pr�senter un cabinet de centre gauche o� P. Nenni est vice-pr�sident et Saragat ministre des Affaires �trang�res. Le 28 d�cembre 1964, Saragat est �lu pr�sident de la R�publique ; en 1966 la r�unification socialiste se r�alise, n�e officiellement de la Constituante socialiste du 30 octobre. Mais d�s le 5 juillet 1969 est cr�� le parti socialiste unitaire (PSU) � la suite d�une scission survenue au sein du parti socialiste unifi�. Il regroupe la quasi-totalit� des cadres de l�ancien PSDI de Saragat, hostiles � toute ouverture vers les communistes. En 1972, Francesco De Martino est �lu secr�-</p><p>taire g�n�ral du parti socialiste italien (PSI), dont le pr�sident est P. Nenni.</p><p>En juin 1976, le parti socialiste qui, en mars 1976, lors de son 40e congr�s a renonc� � la coalition de centre gauche et s�est prononc� pour une alliance avec les communistes, s�av�re �tre le grand perdant des �lections. En juillet, Bettino Craxi remplace De Martino au secr�tariat g�n�ral.</p><p>Pietro Nenni</p><p>Il na�t � Faenza en 1891. Fils de paysans, orphelin de p�re � cinq ans, il se r�volte tr�s t�t contre les injustices sociales et participe aux luttes r�volutionnaires aux c�t�s de B. Mussolini. Combattant de la Premi�re Guerre mondiale, il s�engage ensuite dans le socialisme le plus radical (1921).</p><p>R�dacteur en chef (1922), puis directeur (1923-1925) de l�Avanti !, il est contraint d��migrer en France o� il devient, en 1931, secr�taire g�n�ral du parti socialiste italien (PSI). Commissaire politique de la brigade Garibaldi durant la guerre d�Espagne (1936-1938), il est d�port� par Mussolini en 1943. Apr�s la lib�ration, il devient officiellement secr�taire g�n�ral du PSI ; un moment ministre des Affaires �trang�res, il entre dans l�opposition avec les communistes ; son alliance avec ces derniers pro-</p><p>voque la s�cession du PSDI de G. Saragat (janv. 1947). Mais, apr�s la crise hongroise de 1956, Pietro Nenni se rapproche peu � peu de l�aile gauche des d�mocrates-chr�-</p><p>tiens. Cette � ouverture � droite � se heurte � l�aile gauche du PSI (Tullio Vecchietti), partisan d�un front populaire, mais finit par s�imposer. Le 5 d�cembre 1963, dans le cabinet de centre gauche pr�sid� par Aldo Moro, P. Nenni, qui abandonne le poste de secr�taire g�n�ral du PSI, devient vice-pr�-</p><p>sident du conseil, titre qu�il garde dans les deux formations gouvernementales suivantes. Le 30 octobre 1966, P. Nenni est �lu pr�sident du parti r�unifi� (PSU). Une crise �clate apr�s les �lections de 1968, quand le PSU perd un million et demi de voix ; P. Nenni joue les conciliateurs entre les fractions du parti ; mais il ne peut �viter une nouvelle scission en juillet 1969. Ministre des Affaires �trang�res de juin 1968</p><p>� juillet 1969, P. Nenni assure la pr�sidence du PSI maintenu.</p><p>P. P.</p><p>Giuseppe Saragat</p><p>Issu d�une famille ais�e, il na�t � Turin en 1898. Il milite dans le parti socialiste italien d�s 1922. Membre du bureau du parti en 1925, il doit s�exiler l�ann�e suivante, en Autriche puis en France o� il exerce plusieurs activit�s au service de ses id�es.</p><p>Rentr� en Italie en 1943, arr�t� par les Allemands, il �chappe miraculeusement � la mort. Directeur, avec P. Nenni, de l�Avanti !, ambassadeur en France (1945-1946), il s�oppose ensuite aux dirigeants de son parti qui, sous l�impulsion de P. Nenni, s�engagent dans une collaboration �troite avec les communistes. Pr�sident de l�Assembl�e constituante (1946-47) puis s�-</p><p>nateur, il rompt avec P. Nenni et fonde le parti socialiste d�mocratique italien (PSDI), hostile � l�alliance communiste (janvier 1947) et dont il est le secr�taire g�n�ral.</p><p>Vice-pr�sident du conseil de 1947 � 1949</p><p>puis de 1954 � 1957, il devient, avec son groupe, l�arbitre de la politique italienne ; c�est lui qui, � partir de 1958, entra�ne A. Fanfani vers � l�ouverture � gauche �. Le 5 d�cembre 1963, Aldo Moro peut former un cabinet de centre gauche o� G. Saragat a le portefeuille des Affaires �trang�res. Le 28 d�cembre 1964, G. Saragat, au 21e tour de scrutin, est �lu pr�sident de la R�publique italienne ; deux ans plus tard (30 oct. 1966), la Constituante socialiste</p><p>r�alise officiellement la r�unification socialiste. Le 24 d�cembre 1971, G. Saragat est remplac� � la magistrature supr�me par Giovanni Leone.</p><p>P. P.</p><p>M. V. et P. P.</p><p>F Communisme / Italie.</p><p>LE SOCIALISME</p><p>BELGE</p><p>Le parti socialiste belge est fond� le 5 avril 1885, � Bruxelles, par une centaine d�ouvriers repr�sentant 59 associations diverses : ligues politiques, syndicats, coop�ratives, etc. Appel� parti ouvrier belge (P. O. B.), titre qu�il portera jusqu�au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, il voit ses statuts et son programme fix�s par le congr�s d�Anvers des 15 et 16 ao�t de la m�me ann�e. Le 13 d�cembre 1885, le P. O. B. lance un quotidien, le Peuple, vendu au prix de deux centimes.</p><p>Toutefois, ce n�est qu�au congr�s de Quaregnon, en 1894, que le P. O. B.</p><p>recevra sa charte (connue sous le nom de � charte de Quaregnon �, confirm�e au congr�s de la Victoire, en 1945).</p><p>Celle-ci r�clame la socialisation des moyens de production, la suppression des classes sociales, l��mancipation �conomique, morale et politique du prol�tariat.</p><p>Pendant les quelque trente ann�es qui s��coulent entre sa fondation et la Premi�re Guerre mondiale, le P. O. B.</p><p>combat pour l�am�lioration des conditions de travail, le rel�vement du niveau de vie d�une classe ouvri�re fort mis�rable. Sa lutte principale porte cependant sur l�obtention, pour les travailleurs, des droits politiques par l�instauration du suffrage universel.</p><p>Le P. O. B. prend la t�te de manifestations de masses dans les principales villes du pays (80 000 manifestants au grand serment de Saint-Gilles en ao�t 1890 ; 160 000 manifestants dans les rues de Bruxelles le 15 ao�t 1911) ; il organise des gr�ves importantes qui</p><p>d�g�n�rent parfois en �meutes (Charle-roi en 1885 et la gr�ve g�n�rale d�avril 1913, qui immobilise 450 000 travailleurs). La r�pression sera sanglante.</p><p>Sous la pression du P. O. B. et des masses qu�il manoeuvre, le gouvernement conservateur de l��poque est contraint, en 1892, � une premi�re r�vision constitutionnelle. Le suffrage universel est acquis, mais avec des modalit�s qui en �dulcorent la port�e.</p><p>Une voix suppl�mentaire est accord�e aux �lecteurs censitaires, une autre encore aux p�res de famille et aux porteurs de dipl�mes (loi Nyssens, 1893).</p><p>La Belgique passe de 137 772 �lecteurs censitaires � 1 370 887 exprimant 2 111 217 suffrages. 28 d�put�s socialistes entrent au Parlement apr�s les �lections d�octobre 1894.</p><p>En 1901, le leader socialiste �mile Vandervelde (1866-1938), pr�sident du Bureau socialiste international (B. S. I.), r�clame l�adoption du suffrage universel pur et simple. Le gouvernement s�y oppose. Il y a de nouveaux troubles qui font encore des morts.</p><p>Une nouvelle r�vision constitutionnelle doit avoir lieu en 1914 lorsque �clate la Premi�re Guerre mondiale, qui met fin aux luttes int�rieures. D�s ao�t 1914, �mile Vandervelde devient downloadModeText.vue.download 253 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10208</p><p>ministre d��tat dans le cabinet d�Union nationale.</p><p>Au lendemain de la guerre, le suffrage universel est d�finitivement acquis sous la pression socialiste (1918-19) ; il sera �tendu aux femmes en 1949.</p><p>Les socialistes, qui ont particip� aux premiers gouvernements d�Union nationale, font voter d�importantes r�formes sociales : journ�e des huit heures (1921), pension de retraite � soixante-cinq ans (1920), interdiction de la vente de l�alcool au d�tail.</p><p>� deux ou trois reprises, pendant l�entre-deux-guerres, le P. O. B. est repr�sent� � la Chambre par le plus important groupe parlementaire. En 1925, une tentative de gouvernement</p><p>� travailliste � est combattue par la haute finance, et le gouvernement doit capituler devant la fuite des capitaux et la chute verticale du franc belge.</p><p>Pendant la terrible crise des ann�es 1930, le P. O. B. met sur pied un plan de travail destin� � sauver l��conomie du pays et � r�sorber le ch�mage (1933). En 1935, apr�s une exp�rience durement d�flationniste du � gouvernement des banquiers �, le P. O. B. est appel� � participer de nouveau � un gouvernement d�Union nationale pour consolider le franc, gravement menac� (Paul Henri Spaak* y est ministre des Travaux publics).</p><p>Lorsqu�il f�te son cinquanti�me</p><p>anniversaire, en 1935, le P. O. B. peut s�enorgueillir de magnifiques r�alisations : coop�ratives, mutualit�s, polycliniques, lois sociales dues � son initiative et qui, selon l�expression de l�historien Henri Pirenne, ont contribu� � � affermir la coh�sion du pays en associant en un m�me effort le prol�tariat tout entier �.</p><p>Dans les ann�es qui suivent, le</p><p>P. O. B. arme ses milices et ses jeunes gardes pour faire front � la mont�e du fascisme rexiste.</p><p>Quand survient l�invasion de mai 1940, le P. O. B. est dissous par son pr�sident, Henri de Man (1886-1953), qui se range au c�t� de L�opold III*.</p><p>De nombreux socialistes reconstituent le parti dans la clandestinit�, et des dizaines d�entre eux paient de leur vie leur action militante antinazie.</p><p>En 1945, le vieux P. O. B. fait place au parti socialiste belge (P. S. B.). �</p><p>plusieurs reprises, les socialistes participent au gouvernement du pays et ils instaurent la S�curit� sociale (loi Van Acker, 1945).</p><p>En 1950, le parti socialiste s�oppose violemment au retour du roi L�opold III. Celui-ci �tant rentr� au pays en juillet, apr�s un r�f�rendum qui lui a</p><p>apport� 57 p. 100 de oui, une gr�ve de caract�re insurrectionnel immobilise le pays. Le roi doit abdiquer et c�der la place � son fils a�n�, Baudouin.</p><p>En 1955, sous le gouvernement so-cialo-lib�ral d�Achille Van Acker, le ministre de l�Instruction publique, L�o Collard (futur pr�sident du P. S. B.), fait pr�valoir une l�gislation de d�-</p><p>fense de l��cole publique qui soul�ve de vives oppositions dans les masses catholiques. Apr�s de nouvelles journ�es de troubles, un � pacte scolaire �</p><p>est sign� le 20 novembre 1958 par une commission institu�e par le gouvernement Eyskens et form�e de repr�sentants des trois grands partis nationaux ; ce pacte met fin � la lutte scolaire en pla�ant l��cole confessionnelle sur un pied d��galit� avec l��cole officielle.</p><p>En 1960, un gouvernement des</p><p>droites, pr�sid� par Gaston Eyskens (social-chr�tien), veut faire passer une loi des finances qui provoque de nouveau la col�re des ouvriers et d�-</p><p>clenche les gr�ves de janvier 1960 et de janvier 1961.</p><p>Apr�s les �lections de mars 1961, le parti socialiste participe de nouveau � un gouvernement de type</p><p>� travailliste � avec l�aide d�mocrate du parti social-chr�tien. Ce gouvernement est confront� avec des difficult�s d�ordre linguistique entre Flamands et Wallons et avec une pouss�e de fi�vre f�d�raliste. Par la suite, le P. S. B. entre dans la plupart des gouvernements belges.</p><p>De tous les partis traditionnels, le P. S. B. est celui qui a le mieux r�sist� � l��clatement en tendances linguistiques. La pression des nationalismes flamand et wallon s�accommode d�une direction bic�phale du parti, l�aile n�erlandophone �tant dirig�e par Jos Van Eynde, l�aile francophone par Edmond Leburton, Premier ministre en 1973, puis par Andr� Cools. Sur le plan id�ologique, le P. S. B. ne garde plus dans son vocabulaire que de vagues r�f�rences au marxisme. Sous l�impulsion de L�o Collard, il s�est orient� vers une entente avec la d�mocratie chr�tienne qui devrait donner forme � un travaillisme belge.</p><p>P. D. et P. P.</p><p>F Belgique.</p><p>soci�t�</p><p>La tradition philosophique, depuis Platon et Aristote, caract�risait la so-ci�t� par sa seule dimension politique et l�identifiait � l��tat. La sociologie, d�s ses d�buts, a proc�d� � une analyse plus fine. Renon�ant � ne voir dans la soci�t� qu�une unification de volont�s, elle d�finira ce qui constitue le champ de ses investigations comme une totalit� complexe englobant, selon une logique qui lui serait propre, les ph�no-m�nes politiques, �conomiques, d�mographiques, culturels, etc. � l�analogie que faisait le philosophe entre � so-ci�t� � et � contrat � se substitue l�analogie du sociologue entre � soci�t� � et</p><p>� organisme �.</p><p><strong>Introduction</strong></p><p>Peut-�tre faut-il voir l� l�effet de la conjoncture historique qui a pr�sid� � la naissance de la r�flexion sociologique. La sociologie* s�est d�velopp�e</p><p>� au tout d�but du XIXe s. � en riposte aux diverses d�sorganisations que connaissait alors le monde europ�en et dont la plus radicale avait �t� la R�volution fran�aise. Alors que se d�font les �difices politiques s�culaires et que s�engendrent de nouvelles formes de serment collectif, la sociologie questionne le r�el pour comprendre comment l�organisation sociale se d�finit et comment elle assure sa p�rennit� par-del� les mutations politiques. Elle d�finit alors un lieu auquel rapporter les divers ph�nom�nes (�conomiques, politiques, culturels), un lieu dont la seule r�alit� est cette fonction de totalisation des diff�rents niveaux qui s�y entrelacent : une totalisation qui impose sa l�gislation � ces niveaux.</p><p>Mais il est difficile d��chapper � une inqui�tude �pist�mologique quant � la pertinence d�un tel concept. Comment d�finir cet objet-carrefour, cet objet-r�sultante dont, par ailleurs, les agents sociaux ont une conscience aigu� de l�existence ?</p><p>Confront� � une mati�re sociale qui est � la fois complexe et prise dans le</p><p>flux de l�histoire, le sociologue s�oblige � une d�marche boiteuse, conjuguant permanence et devenir, cl�ture et ouverture, ach�vement et inach�vement, se donnant des totalit�s imparfaites puisque ouvertes au changement.</p><p>Comme l��crit Michel Foucault* :</p><p>� On suppose qu�entre tous les �v�-</p><p>nements d�une aire spatio-temporelle bien d�finie [...] on doit pouvoir �tablir un syst�me de relations homog�nes : r�seau de causalit�s permettant de d�river chacun d�eux, rapports d�analogie montrant comment ils se symbolisent les uns les autres ou comment ils expriment tous un seul et m�me noyau central ; on suppose, d�autre part, qu�une seule et m�me forme d�historicit� emporte les structures �conomiques, les stabilit�s sociales, l�inertie des mentalit�s, les habitudes techniques, les comportements politiques et les soumet tous au m�me type de transformations ; on suppose enfin que l�histoire elle-m�me peut �tre articul�e en grandes unit�s � stades ou phases</p><p>� qui d�tiennent en elles-m�mes leur principe de coh�sion � (l�Arch�ologie du savoir, 1969).</p><p>Quatre types</p><p>de soci�t�</p><p>Soci�t� de consommation</p><p>ou soci�t� de l�opulence</p><p>Le niveau �lev� de d�veloppement et de croissance �conomique dans les soci�-</p><p>t�s industrielles contemporaines les plus avanc�es met au premier plan la surabondance des biens produits. Il en r�sulte une n�cessit� d�organiser le gaspillage et la surconsommation. Ce que note Vance Packard (l�Art du gaspillage) : � Les Am�ricains doivent apprendre � consommer de plus en plus ou bien leur magnifique machine �conomique se retournera et les d�vo-rera. � Et J. Kenneth Galbraith (The Affluent Society) �crit : � Au fur et � mesure que l�abondance augmente dans une soci�t�, de nouveaux besoins sont sans cesse cr��s par le processus m�me qui les satisfait. �</p><p>(V. consommation.)</p><p>Soci�t� industrielle</p><p>C�est un type social construit � partir des points communs aux soci�t�s am�ricaine,</p><p>europ�enne, sovi�tique et des diff�rences qu�elles ont ensemble avec les soci�t�s du tiers monde. Quatre grands traits (selon Raymond Aron*) : l�activit� productrice ext�rieure au cadre familial, la concentration de la main-d�oeuvre, l�accumulation du capital et l�orientation vers la croissance, le calcul �conomique rationnel.</p><p>(V. industrialisation.)</p><p>Soci�t� des loisirs</p><p>ou civilisation des loisirs</p><p>Le progr�s technique entra�ne la diminution des heures de travail (diff�rence radicale avec la soci�t� industrielle naissante, qui connaissait des semaines de travail ouvrier de 80 heures). � cela s�ajoutent l��l�vation du niveau culturel g�n�ral et le d�veloppement de la consommation. Il en r�sulte une civilisation du loisir avec l�apparition d�un commerce des loisirs de masse et avec les probl�mes qui r�sultent de la mutation psychologique �norme qu�implique pour l�humanit� de ne plus voir dans le travail la fin supr�me.</p><p>(V. loisirs.)</p><p>downloadModeText.vue.download 254 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10209</p><p>Soci�t� de masse</p><p>Elle r�sulte du d�veloppement des techniques nouvelles de communication*</p><p>(mass media) : radio, cin�ma, t�l�vision, etc. L�individu y est suppos� bombard� par les messages et les images des mass media, soumis aux agressions de la publicit� et de la propagande et, de ce fait, ouvert � tous les totalitarismes et � toutes les manipulations. C�est l� une analyse li�e aux d�buts de la civilisation des media �lectroniques. Aujourd�hui, on sait que l�action des media n�est pas cet imp�rialisme et ce viol des foules dont on lui pr�tait le r�le.</p><p>(V. culture de masse.)</p><p>De la philosophie</p><p>� la sociologie</p><p>Le concept de totalit� tel qu�il s�exprime dans la notion de soci�t� n�est pas un concept neuf, forg� par la sociologie. Il a un pass� et on ne peut pas ne pas voir la parent� de fonction qu�il a dans le discours sociologique et dans le</p><p>discours philosophique h�g�lien.</p><p>Philosophe de l�histoire, Hegel*</p><p>est sensible � la sp�cificit� de chaque figure historique. � Monde grec �,</p><p>� monde romain �, etc., chaque moment du devenir se pr�sente comme une totalit� coh�rente dans laquelle chacun des niveaux � exprime � en son lieu et en sa forme le m�me sens que tous les autres niveaux, le sens du tout. �conomie, politique, religion, art, philosophie sont en correspondance r�ciproque et manifestent l�esprit d�un peuple, la � v�rit� � d�un type de so-ci�t�. Ajoutons que, dans la mesure o� chaque � monde � est une �tape dans le parcours de l�esprit devenant conscient de soi, c�est-�-dire (si on nous accorde la transposition anthropologique) de l�humanit� r�alisant sa r�conciliation avec elle-m�me, le mode de totalisation h�g�lien fonctionnera � deux de-gr�s : en premier lieu, une totalisation des diff�rents niveaux homog�nes les uns aux autres dans le tout d�une figure historique ; en second lieu, une totalisation des diverses figures historiques dans une Grande Histoire qui r�v�le son sens � la fin. Or, il est difficile de ne pas voir que les totalisations auxquelles proc�de le sociologue sont passibles de la m�me analyse.</p><p>On pourrait objecter que le sociologue, lorsqu�il parle de la soci�t� globale, souligne le d�calage que les diff�rents champs ph�nom�naux entretiennent les uns par rapport aux autres du fait m�me que d�anciennes formes, tributaires de la soci�t� d�hier, coexistent avec les formes nouvelles.</p><p>Mais, � la v�rit�, jamais le mod�le construit pour rendre intelligible le social ne prend en charge ces d�calages, r�duits � n��tre pas signifiants, fonctionnant comme des r�sidus, des impuret�s du devenir historique et manifestant au mieux la distance in�vitable qu�il y a entre l�appareil conceptuel et un r�el empirique plus � embrouill� �, ou plut�t plus brouill�.</p><p>L��volution des recherches historiques contemporaines (en particulier celles de Fernand Braudel) indique d�autres perspectives m�thodologiques. Il s�agit d�organiser la mati�re historico-sociale en s�ries ayant leur</p><p>temps propre, des points de rupture et de mutation sp�cifiques, car � il n�y a pas un temps social d�une seule et simple coul�e mais des temps sociaux � mille vitesses, � mille lenteurs qui n�ont presque rien � voir avec le temps journalistique de la chronique et de l�histoire traditionnelle �. Et Braudel distinguera, dans son analyse du monde m�diterran�en � l��poque de Philippe II, une histoire quasi immobile (celle de l�homme dans ses rapports avec le milieu), une histoire lentement rythm�e (celle des groupes et des groupements) et enfin une histoire �v�nementielle (� � la dimension non de l�homme mais de l�individu �).</p><p>Mais le sociologue peut-il renoncer � la construction de mod�les rendant compte du mode selon lequel les s�-</p><p>ries s�organisent en totalit�s ? Peut-il renoncer � d�finir des types de soci�t� et � en faire la th�orie ? Deux voies semblent m�riter d��tre retenues. En premier lieu, une voie proprement historique, renon�ant � une typologie, posera qu�il ne peut y avoir de th�orie g�n�rale des soci�t�s, mais seulement l�analyse de r�alit�s individualis�es hic et nunc (par exemple la soci�t� fran�aise contemporaine), c�est-�-dire l�analyse du mode particulier d�imbrication et d�articulation, � un moment donn�, de s�ries sociales � historicit�s diff�rentes. En second lieu, une voie plus sociologique, ayant � expliquer le v�cu des agents sociaux � lesquels unifient leurs diff�rentes pratiques en les rapportant � un champ unique, leur soci�t� �, y verra un effet de l�imaginaire social.</p><p>Typologie des soci�t�s</p><p>Mais � Durkheim* le soulignait dans ses R�gles de la m�thode sociologique (1894) � le sociologue se satisfait mal d�une analyse des soci�t�s dans leur individualit�, leur unicit�. Il exige, commodit� incontestable et effet heu-ristique, la construction de types et la classification. Ainsi parlera-t-il, selon le d�terminant qu�il privil�giera, de</p><p>� soci�t� industrielle �, de � soci�t� de masse �, de � soci�t� de consommation �, etc.</p><p>Les typologies sont nombreuses et</p><p>rel�vent de crit�res extr�mement va-ri�s. On peut en donner deux exemples significatifs : la typologie de Marx* et celle de Gurvitch*.</p><p>On trouve chez Marx (et plus encore chez Engels*) une typologie qui ordonne les formations sociales � partir de la structure de leur instance �conomique (leur mode de production). On a ainsi, distribu�s sur un axe historique ascendant, les types suivants :</p><p>� la communaut� primitive, fond�e sur la possession commune du sol (ou son absence de possession), sur les liens de parent� et sur une �conomie d�occupation de la nature (p�che, chasse, cueillette) ;</p><p>� le mode de production asiatique, qui caract�rise les soci�t�s constitu�es en empires, unies dans les grands travaux d�irrigation et qui sont ainsi la premi�re forme du despotisme bureaucratique ;</p><p>� le mode de production antique, qui ach�ve le passage de la communaut� primitive aux soci�t�s fond�es sur la propri�t� priv�e des moyens de production.</p><p>Suivent le mode de production germanique, le mode de production f�odal, le mode de production capitaliste, le mode de production socialiste.</p><p>G. Gurvitch propose une classi-</p><p>fication qu�il veut plus exhaustive et int�grant une plus grande diff�renciation entre les soci�t�s. Ainsi, distinguant les soci�t�s archa�ques (dont s�occupe l�ethnologue) et les soci�t�s historiques, il d�crit les types constituant cette seconde cat�gorie : les th�ocraties charismatiques (pr�dominance de l��tat-�glise sur les autres groupements ; exemple : l��gypte pharaonique), les soci�t�s patriarcales (pr�dominance du groupe domestico-familial ; exemple : la soci�t� fran�aise du pr�-Moyen �ge), les soci�t�s f�odales, les soci�t�s dirigistes, les soci�-</p><p>t�s fascites techno-bureaucratiques, les soci�t�s du collectivisme �tatique centralisateur, les soci�t�s du collectivisme pluraliste d�centralisateur, etc.</p><p>Caract�ristiques</p><p>d�une soci�t�</p><p>En dehors de cette entreprise, qu�on peut contester et qui consiste � b�tir des typologies, le sociologue peut, par analyse, cerner les caract�ristiques essentielles de toute soci�t�. Quelles sont-elles ?</p><p>Une mentalit� collective</p><p>Les hommes membres d�une soci�t� entretiennent entre eux des relations dont l�intensit� est sup�rieure � celle de leurs relations avec l�ext�rieur. Ils reconnaissent leur commune identit� et la fondent soit dans un mythe expliquant les origines de la tribu et des hommes qui la composent, soit dans d�autres syst�mes symboliques qui l�gitiment les pratiques communes, ou bien � c�est l� ce qui domine dans les soci�t�s modernes � dans une histoire commune, un pass� partage et des symboles collectifs charg�s d�affect (le drapeau, telle petite musique, etc.). Ils ont une langue commune.</p><p>Comme l��crit R. K. Merton (�l�-</p><p>ments de th�orie et de m�thode sociologique) : � C�est bien parce que le comportement des individus est model� sur les valeurs fondamentales de la soci�t� que l�on peut parler d�une masse d�hommes comme d�une soci�t�. Sans un fonds de valeurs communes � un groupe d�individus, il peut y avoir des relations sociales, des �changes d�sordonn�s entre les hommes, mais pas de soci�t�. �</p><p>Une unit� sociale globale</p><p>Au niveau politique, la soci�t� exerce le pouvoir d�administration des</p><p>groupes et des individus qui la composent. Elle est source du droit (ou du moins son seul porte-parole l�gitime) et, surtout, seule d�tentrice de la violence l�gitime (police et guerre). Au niveau �conomique, la soci�t� affirme son autonomie en organisant la production, la circulation et la consommation des biens. Au niveau culturel, elle est cr�atrice des mod�les de comportements et organisatrice des syst�mes d��ducation.</p><p>Tout indique que, lorsque la pen-s�e philosophique d�finissait la so-ci�t� comme une unit� de volont�,</p><p>c�est-�-dire comme l�effort explicite pour int�grer dans un tout la diversit� sociale et donc comme de nature fondamentalement politique, elle visait juste. La soci�t� se situe au niveau du</p><p>� conscient � social. Elle est l�incarnation d�une image : celle qui transforme des d�terminismes h�t�roclites et divergents en des fonctions sociales constitutives d�un � organisme �.</p><p>Pour le sociologue, la notion de soci�t�, en dehors de son usage contingent pour une classification utile mais sans rigueur, est le simple index d�une downloadModeText.vue.download 255 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10210</p><p>cat�gorie de probl�mes : comment interf�rent des champs ph�nom�naux soumis � des lois structurales et des temporalit�s diff�rentes pour produire l�illusion (ou la r�alit�) d�une unit� globale.</p><p>A. A.</p><p>soci�t�</p><p>Au plan juridique, l�article 1832 du Code civil d�finit la soci�t� comme</p><p>� un contrat* par lequel deux ou plusieurs personnes conviennent de mettre quelque chose en commun dans le but de partager le b�n�fice qui pourra en r�sulter �. Cette d�finition est incompl�te, car la soci�t� n�est pas seulement un contrat, mais aussi un �tre moral auquel le contrat donne naissance.</p><p>Les biens apport�s par chaque associ� sont r�unis pour former un patrimoine s�par� de celui des associ�s ; ce patrimoine est affect� � l�exploitation convenue et devient la propri�t� de la soci�t�, personne morale.</p><p>Historique</p><p>Le concept de soci�t� est tr�s ancien, car de tout temps les hommes se sont r�unis afin de parvenir � r�aliser des entreprises durables et importantes.</p><p>Certains types de soci�t�s existaient d�j� en droit babylonien, en droit grec et surtout en droit romain. En France apparaissent, au cours du Moyen �ge,</p><p>la soci�t� en nom collectif et la commandite ; au XVIIe s., les compagnies royales au capital divis� en actions ; et, enfin, au XVIIIe s., les compagnies priv�es par actions.</p><p>La libert� absolue du commerce et de l�industrie, consacr�e par la loi du 2 mars 1791, en permettant la constitution sans contr�le des soci�t�s par actions, engendre des abus que le Code de commerce tente de refr�ner au moyen d�une distinction entre deux types de soci�t�s par actions : les soci�t�s en commandite par actions, qui peuvent se constituer librement, et les soci�t�s anonymes, soumises � une autorisation gouvernementale. Ce syst�me n�aura d�autre r�sultat que de provoquer la</p><p>� fi�vre des commandites � et de nouveaux abus. C�est pourquoi, en 1856, une loi soumet les soci�t�s en commandite par actions � une r�glementation s�v�re, cependant qu�une autre loi, de 1863, admet la constitution sans autorisation de soci�t�s anonymes dont le capital ne d�passe pas 20 millions.</p><p>La loi du 24 juillet 1867 r�glemente de fa�on g�n�rale les soci�t�s anonymes et les soci�t�s en commandite par actions ; elle supprime la n�cessit� d�une autorisation pour la constitution des soci�t�s anonymes, quel que soit le montant de leur capital, et permet ainsi � ce type de soci�t�s son extraordinaire d�veloppement. Malgr� de nombreuses r�formes fragmentaires, cette loi va demeurer pour pr�s d�un si�cle la charte des soci�t�s par actions.</p><p>En effet, il faut attendre la loi du 24 juillet 1966, compl�t�e principalement par le d�cret du 23 mars 1967, pour que l�ensemble de la mati�re des soci�t�s commerciales se trouve remis en ordre. Cette nouvelle r�glementation se limite aux soci�t�s commerciales de droit commun et laisse en vigueur les textes (y compris ceux de la loi de 1867) relatifs aux soci�t�s soumises � un r�gime particulier (exemple : so-ci�t� � capital variable). Elle op�re une remise en ordre en consacrant certaines positions ant�rieures, tant l�gales que jurisprudentielles, mais aussi en mettant fin � des controverses. Elle apporte de nombreuses innovations, dans le but principalement de renforcer la protection des associ�s et celle des tiers. Par</p><p>contre, elle ne r�vise pas la notion de soci�t�, qui reste paradoxalement r�gie par le Code civil, et ne pr�voit aucune r�glementation des groupes de soci�-</p><p>t�s. Enfin, certaines dispositions de cette loi sont difficilement applicables dans la pratique des affaires : depuis sa promulgation, les modifications se succ�dent � un rythme acc�l�r�, de nouveaux projets �tant encore � l��tude.</p><p>Ces modifications cr�ent une instabilit�, due en grande partie � l�importance du droit des soci�t�s, droit qui, se trouvant � la base du commerce*, de l�entreprise et des rapports au sein de l�entreprise, est actuellement soumis � des controverses continuelles.</p><p>De la formation de petites associations groupant quelques hommes pour une entreprise ou une exploitation commune, on est parvenu � la constitution d��normes organismes destin�s � drainer l��pargne* et dont la puissance, tant nationale qu�internationale, est consid�rable. Le concept de soci�t�s de capitaux a donc �t� l�instrument et le support du capitalisme* moderne.</p><p>La puissance �conomique des soci�t�s a entra�n� une intervention de l��tat, d�une part sous forme de mesures de contr�le d�int�r�t g�n�ral r�glementant (comme le fait la loi de 1966) la constitution et le fonctionnement de certaines soci�t�s dans les moindres d�tails, et multipliant les r�gles imp�ratives et les sanctions p�nales, d�autre part par des mesures proches de la participation ou m�me par des nationalisations*.</p><p>Le contrat de soci�t�</p><p>Malgr� l��volution de l�id�e de soci�t�, le contrat reste � l�origine de toute so-ci�t�. Ce contrat (les � statuts �) doit �tre constat� par �crit, sauf pour les soci�t�s en participation, et contenir certaines mentions obligatoires.</p><p>Il doit, pour �tre valable,</p><p>satisfaire aux conditions</p><p>essentielles de validit�</p><p>de toute convention</p><p>Ces conditions sont le consentement non vici� de chaque associ� et la capacit�* de chaque associ�.</p><p>Le mineur peut devenir actionnaire</p><p>d�une soci�t� de capitaux par l�interm�diaire de son repr�sentant l�gal, mais il ne peut jamais �tre associ� d�une soci�t� en nom collectif ni associ� commandit�, car il lui est interdit d��tre commer�ant. La femme mari�e peut aujourd�hui entrer dans n�importe quel type de soci�t� sans autorisation du mari ; par contre, les droits et les pouvoirs de chacun des �poux peuvent �tre limit�s par l�effet du r�gime matrimonial lorsqu�il s�agit d�engager des biens* pour entrer dans la soci�t�.</p><p>Enfin, deux �poux ne peuvent, seuls ou avec d�autres, �tre associ�s dans une soci�t� s�ils se trouvent ind�finiment et solidairement responsables des dettes sociales (cas des soci�t�s en nom collectif).</p><p>Les personnes morales peuvent devenir librement associ�es d�une soci�t� � la condition, en ce qui concerne les associations et les syndicats*, que leur entr�e dans la soci�t� ne leur fasse pas prendre la qualit� de commer-</p><p>�ant. Les personnes morales de droit public peuvent sous certaines conditions devenir associ�es : l��tat doit b�n�ficier d�une autorisation par d�cret pour prendre une participation minoritaire, ou d�une autorisation l�gale pour prendre une participation majoritaire ou nationaliser une entreprise.</p><p>Les �trangers* peuvent souscrire ou acqu�rir des parts ou actions d�une so-ci�t� fran�aise, mais actuellement toute participation entra�nant un certain contr�le doit �tre autoris�e par le minist�re de l��conomie et des Finances, y compris pour les ressortissants des pays membres de la Communaut� �conomique europ�enne.</p><p>Il doit avoir un objet certain</p><p>et licite</p><p>L�objet de la soci�t� est d�termin� par les statuts en des termes g�n�ralement tr�s larges. Certaines soci�t�s sont soumises � une r�glementation particuli�re du fait de leur objet (banques*, soci�-</p><p>t�s d�assurances*, soci�t�s d�investissement, etc.). L�objet de la soci�t� peut �tre modifi� selon une proc�dure particuli�re. La d�termination du caract�re civil ou commercial de l�objet est essentielle, car elle permettra � la soci�t� de se constituer sous forme civile ou</p><p>commerciale. Cependant, cette distinction a perdu de son importance depuis la loi de 1966, qui stipule que � sont commerciales � raison de leur forme et quel que soit leur objet, les soci�t�s en nom collectif, les soci�t�s en commandite simple, les soci�t�s � responsabilit� limit�e et les soci�t�s par actions �.</p><p>Enfin, la soci�t� dont l�objet est illicite est frapp�e d�une nullit�* absolue, laquelle ne peut donc �tre couverte et peut �tre demand�e par tout int�ress�.</p><p>Le contrat de soci�t� est</p><p>caract�ris� en outre par</p><p>trois �l�ments sp�cifiques</p><p>y L�apport de chaque associ�. C�est un �l�ment essentiel, quel que soit le type de soci�t�. Trois formes d�apport sont possibles.</p><p>L�apport en esp�ces est r�alis� par le versement d�une certaine somme d�argent dans la caisse sociale. Ce versement peut �tre effectu� en une ou plusieurs fois selon le type de soci�t�.</p><p>L�apport en nature est r�alis� par un apport de biens immobiliers (terrains, b�timents) ou de biens mobiliers corporels (marchandises, mat�riel) ou incorporels (fonds de commerce, droit au bail, marques, brevets, cr�ances...).</p><p>L�apport en nature est strictement r�glement� et soumis � une proc�-</p><p>dure de v�rification dans les soci�t�s � responsabilit� limit�e et les soci�t�s par actions, car, les associ�s n��tant responsables des dettes sociales qu�� concurrence de leurs apports, la ficti-vit� ou la surestimation d�un apport en nature pourrait nuire gravement aux apporteurs de num�raire et aux cr�anciers sociaux. Le co�t fiscal d�un apport en nature est plus �lev� que celui d�un apport en num�raire, tant en raison des droits d�enregistrement plus forts, qui devront �tre pay�s par la soci�t� b�n�ficiaire de l�apport si l�apporteur est une personne physique ou une personne morale non soumise � l�imp�t sur les soci�t�s, que pour l�apporteur, qui peut, dans certains cas, se downloadModeText.vue.download 256 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10211</p><p>voir taxer sur les plus-values d�gag�es lors de la r�alisation de l�apport.</p><p>L�apport en industrie consiste en un travail que l�apporteur effectue ou promet d�effectuer ou dans les services qu�il rend ou promet de rendre � la so-ci�t�. Ce type d�apport est interdit dans les soci�t�s o� la responsabilit� des associ�s est limit�e au montant de leurs apports et dans lesquelles, en cons�-</p><p>quence, seul le capital social constitue le gage des cr�anciers sociaux.</p><p>L�ensemble des apports, tels qu�ils auront �t� �valu�s, constitue le capital social, valeur fixe inscrite au passif du bilan* de la soci�t�, qui ne peut �tre modifi�e qu�en suivant une proc�dure particuli�re. Le capital social peut �tre tr�s diff�rent de l�actif r�el de la soci�t� et ne peut donc, au cours de la vie de la soci�t�, renseigner � lui seul les tiers sur la v�ritable situation de la soci�t�.</p><p>y La recherche des b�n�fices et la participation de tous les associ�s aux b�n�fices et aux pertes. La notion de recherche des b�n�fices est importante, car elle permet de distinguer la soci�t� de l�association. Cependant, la distinction est quelquefois malais�e pour les personnes morales dont le but est de procurer des avantages � leurs membres ou de leur �viter des pertes.</p><p>Le statut est alors g�n�ralement r�glement� sp�cialement par la loi (coop�-</p><p>ratives, soci�t�s mutualistes, groupements d�int�r�t �conomique...).</p><p>La r�partition des b�n�fices et des pertes est une notion essentielle du contrat de soci�t�. Cette r�partition est g�n�ralement fix�e par les statuts proportionnellement au montant des apports de chaque associ�. En cas d�absence de disposition statutaire, la m�me r�gle est pr�vue par le Code civil � titre suppl�tif. Une r�partition diff�rente peut �tre fix�e par les statuts de la soci�t�, � la condition qu�elle ne limite pas totalement ou d�une fa�on excessive la part d�un ou de plusieurs associ�s dans les b�n�fices ou leur contribution aux pertes. Dans le cas contraire, la clause serait nulle et pour-</p><p>rait entra�ner la nullit� de la soci�t� si celle-ci �tait une soci�t� civile, en nom collectif ou en participation.</p><p>En pratique, la vie de la soci�t� est divis�e en exercices (d�une dur�e d�une ann�e chacun), et les b�n�fices sont r�partis chaque ann�e entre les associ�s apr�s cl�ture de l�exercice ou mis en r�serve. Dans ce dernier cas, les associ�s poss�dent sur les r�serves des droits �gaux � ceux qu�ils poss�dent sur les b�n�fices sociaux. � la liquidation de la soci�t�, si les op�rations de liquidation laissent appara�tre, apr�s remboursement du passif social et du montant des apports, un � boni �, celui-ci sera r�parti dans les m�mes proportions entre les associ�s.</p><p>Chaque associ� doit �galement</p><p>contribuer aux pertes. Mais, lorsque les pertes viennent � d�passer le capital social et les r�serves, se pose le probl�me de la contribution aux dettes sociales, probl�me r�gl� tout diff�remment dans les soci�t�s dites � de personnes � et celles qui sont dites � de capitaux �. Ainsi, les associ�s d�une soci�t� en nom collectif et les associ�s commandit�s des soci�t�s en commandite sont ind�finiment et solidairement responsables des dettes de la soci�t�, et chaque associ� peut �tre amen� � d�sint�resser la totalit� des cr�anciers sociaux sur son propre patrimoine, � charge ensuite pour lui d�exercer un recours contre ses coassoci�s � l�effet de se faire rembourser les sommes qu�il a pay�es aux cr�anciers en exc�dent de la fraction du passif mise � sa charge par les statuts.</p><p>Par contre, les associ�s d�une soci�t� � responsabilit� limit�e, les associ�s commanditaires des soci�t�s en commandite et les actionnaires d�une so-ci�t� anonyme ne peuvent jamais �tre engag�s au-del� de leurs apports vis-�-</p><p>vis des cr�anciers sociaux. Cette r�gle se trouve cependant s�rieusement entam�e en pratique, en ce qui concerne les associ�s dirigeants de ces soci�t�s, par le jeu des cautionnements personnels qui leur sont fr�quemment r�clam�s et par les graves responsabilit�s encourues en cas de liquidation des biens de la soci�t�.</p><p>y L�� affectio societatis �. C�est la volont� de collaborer d�une mani�re active � la r�alisation de l�objet social. Cet �l�ment psychologique, essentiel dans les soci�t�s en nom collectif, tend � dispara�tre totalement dans les soci�t�s par actions, du fait de l�absent�isme des actionnaires et de la pratique des pouvoirs en blanc aux assembl�es g�n�rales ; la loi et la jurisprudence tentent cependant de conserver une certaine valeur � cette notion en renfor�ant les possibilit�s de contr�le des actionnaires et en cr�ant de nouveaux droits pour la minorit� (nomination d�experts, possibilit� de pr�senter des r�solutions aux assembl�es g�n�rales, etc.).</p><p>La soci�t� en</p><p>commandite simple</p><p>Forme tr�s rare en pratique, elle peut cependant �tre utilis�e pour r�gler le probl�me du d�c�s d�un associ� d�une soci�t� en nom collectif laissant des h�ritiers mineurs, la soci�t� �tant alors transform�e en commandite et les mineurs prenant la position de commanditaires.</p><p>y Caract�ristiques :</p><p>� existence d�associ�s commandit�s �</p><p>qui ont le statut d�associ�s en nom collectif (responsabilit� ind�finie et solidaire du passif social) � et d�associ�s commanditaires assimilables aux associ�s de la so-ci�t� � responsabilit� limit�e (responsabilit� � concurrence des apports) ;</p><p>� raison sociale analogue � celle de la soci�t� en nom collectif ;</p><p>� absence d�exigence de capital minimal ;</p><p>� au regard de l�imp�t sur le revenu, la part de b�n�fices revenant aux associ�s commandit�s est directement imposable au nom personnel de chaque associ� ; par contre, la part des commanditaires est soumise � l�imp�t sur les soci�t�s.</p><p>y Constitution. M�mes r�gles que pour les soci�t�s en nom collectif.</p><p>y Parts sociales. Elles suivent le m�me r�gime que les parts de soci�t� en nom collectif, mais les statuts peuvent �carter, dans certaines conditions, le consente-</p><p>ment unanime des associ�s � leur cession.</p><p>Administration.</p><p>1. La g�rance peut �tre exerc�e soit par des associ�s commandit�s, soit par des �trangers � la soci�t�.</p><p>Les associ�s commanditaires ne</p><p>peuvent participer � la gestion, m�me � titre de mandataires, sauf � engager leur responsabilit� solidaire avec celle des associ�s commandit�s.</p><p>Le fonctionnement de la g�rance suit les m�mes r�gles qu�en mati�re de soci�t� en nom collectif.</p><p>2. Les d�cisions des associ�s sont prises � des conditions de quorum et de majorit� librement fix�es par les statuts, qui ne peuvent pr�voir, sauf pour le changement de nationalit� (qui exige l�unanimit�), une majorit� plus stricte que le consentement de tous les commandit�s et de la majorit� en nombre et en capital des commanditaires pour les modifications de statuts.</p><p>L�approbation des comptes se fait dans les m�mes conditions que pour les soci�t�s en nom collectif.</p><p>y Dissolution. Les causes en sont l�arriv�e du terme, la d�cision des associ�s ou une d�cision judiciaire et, sauf clause contraire des statuts, le d�c�s, l�interdiction ou l�incapacit� d�un associ� commandit�.</p><p>M. B.</p><p>La soci�t� en</p><p>commandite par actions</p><p>C�est une survivance historique, et les so-ci�t�s existant sous cette forme se transforment peu � peu en soci�t�s anonymes.</p><p>y G�n�ralit�s :</p><p>� r�gles relatives � la constitution, au capital, aux actions des commanditaires et au commissariat aux comptes identiques � celles des soci�t�s anonymes ;</p><p>� r�glementation sur les parts d�int�r�ts des associ�s commandit�s identique � celle des parts dans les soci�t�s en commandite simple.</p><p>y Administration :</p><p>� les g�rants sont d�sign�s par l�assembl�e ordinaire avec accord de tous les associ�s commandit�s et ont tous pouvoirs de gestion ;</p><p>� le conseil de surveillance est compos� de trois actionnaires commanditaires au moins, nomm�s par une d�cision de l�assembl�e ordinaire � laquelle ne participent pas les commandit�s ; il assume le contr�le permanent de la gestion ;</p><p>� les assembl�es sont soumises � la m�me r�glementation que pour les soci�t�s anonymes, sauf en ce qui concerne les d�cisions relatives � la modification des statuts, qui n�cessitent le consentement unanime des commandit�s.</p><p>M. B.</p><p>La soci�t� en</p><p>participation</p><p>C�est une soci�t� qui n�existe que dans les rapports entre associ�s et qui ne se r�v�le pas aux tiers. Elle n�a donc pas de personnalit� morale et est civile ou commerciale selon la nature de son objet, chaque associ� contractant avec les tiers en son nom et �tant seul engag� � leur �gard.</p><p>Elle n�est soumise � aucune r�glementation de fonctionnement, et les statuts l�organisent librement. Ce type de soci�t� se rencontre dans les secteurs les plus vari�s de la vie des affaires, mais il est d�utilisation d�licate, car il faut prendre soin de conserver le caract�re occulte vis-�-vis des tiers et de pr�ciser tr�s exactement les droits de chaque associ�.</p><p>M. B.</p><p>La personnalit� morale</p><p>La dur�e de</p><p>la personnalit� morale</p><p>Depuis 1966, les soci�t�s commerciales jouissent de la personnalit� morale � dater de leur immatriculation au registre du commerce. Cette disposition repr�sente une innovation importante par rapport au droit ant�rieur, qui faisait na�tre la personnalit� morale lors de la signature du contrat de so-ci�t�, r�gle toujours en vigueur pour les soci�t�s civiles. Cette disposition, dont</p><p>le but est de renforcer la s�curit� des downloadModeText.vue.download 257 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10212</p><p>tiers et de rapprocher le droit fran�ais des l�gislations europ�ennes, cr�e en pratique de nombreuses difficult�s, car la p�riode de constitution d�une soci�t� est assez longue et les fondateurs se trouvent amen�s � passer, sous leur responsabilit�, un certain nombre d�engagements. Ces engagements doivent �tre repris r�troactivement au compte de la soci�t�, apr�s son immatriculation, afin d��viter une double taxation sur les acquisitions r�alis�es durant la p�riode de constitution de la soci�t�.</p><p>Au cours de la vie sociale, la personnalit� de la soci�t� survit malgr� les modifications qui peuvent intervenir dans son capital, son objet et son si�ge ou sa transformation d�une forme en une autre. En ce qui concerne les cessions de parts ou d�actions, une distinction doit �tre faite entre soci�t�s dites</p><p>� de personnes � et soci�t�s de capitaux. La cession simultan�e de toutes les parts d�une soci�t� de personnes est consid�r�e comme constituant une dissolution de soci�t� suivie de la formation d�une soci�t� nouvelle. La cession simultan�e ou rapproch�e de toutes les actions d�une soci�t� de capitaux n�est pas consid�r�e comme constituant une dissolution de la soci�t� au point de vue juridique, mais elle peut l��tre par l�administration fiscale par application de la th�orie de l�abus de droit, ce qui entra�ne alors des taxations consid�rables. Enfin, la personnalit� de la soci�t� survit, pour les besoins de sa liquidation, jusqu�� cl�ture de celle-ci.</p><p>Les effets de</p><p>la personnalit� morale</p><p>y La soci�t� a une capacit� g�n�rale et poss�de un patrimoine*, constitu� � l�origine par les apports des associ�s et distinct de celui des associ�s.</p><p>Ce principe est enti�rement appliqu� dans les soci�t�s de capitaux, mais s�estompe pour les soci�t�s dans lesquelles les associ�s sont solidairement et ind�finiment responsables</p><p>des dettes sociales, car la liquidation des biens de la soci�t� entra�ne celle des associ�s. La gestion de ce patrimoine est assur�e par les dirigeants sociaux, qui engagent leur responsabilit�, tant p�nale que civile, en cas d�abus, de fraude ou de d�tournement.</p><p>La jurisprudence tente �galement de sanctionner une gestion trop favorable � la majorit� et qui l�serait les minoritaires, en annulant comme abus de majorit� des d�cisions m�me r�gu-li�res de l�assembl�e g�n�rale ou du conseil d�administration. Certains ar-r�ts ont �t� encore plus loin en faisant pr�valoir l�int�r�t g�n�ral de l�entreprise sur les int�r�ts des actionnaires majoritaires (arr�t Fruehauf, Paris, 22 mai 1965).</p><p>y La soci�t� poss�de �galement un nom*, raison sociale compos�e des noms patronymiques des associ�s</p><p>responsables des dettes sociales, ou d�nomination particuli�re pour les soci�t�s de capitaux, o� l�anonymat des actionnaires est de r�gle.</p><p>y Enfin la soci�t� poss�de un si�ge, qui ne doit pas �tre fictif, qui est fix� par les associ�s et dont le transfert ne peut �tre d�cid� qu�en conformit� avec la proc�dure l�gale. Ce si�ge d�-</p><p>termine la comp�tence territoriale des tribunaux en cas de litige et la nationalit�* de la soci�t� ainsi que le droit applicable � sa formation. Cependant, en cas de guerre ou lorsqu�un �tat veut soustraire certaines activit�s � l�influence �trang�re, le crit�re de la nationalit� des associ�s ou de l�origine des capitaux peut venir se superposer � celui du si�ge social pour la d�termination de la nationalit� de la soci�t�.</p><p>Les principaux types</p><p>de soci�t�s</p><p>La soci�t� civile</p><p>Une soci�t� est dite � civile � lorsque son objet est purement civil et qu�elle n�emprunte pas une forme conf�rant la qualit� commerciale. En dehors de certains types particuliers et d�appel public � l��pargne, la soci�t� civile n�est soumise � aucune r�glementation, � l�exception des r�gles g�n�rales</p><p>fix�es par le Code civil de 1804. Les soci�t�s civiles ont la personnalit� morale et sont tr�s utilis�es dans la vie des affaires, mais l�absence de r�glementation, tant juridique que comptable, dont elles jouissent a �t� la source de nombreux abus.</p><p>y Les caract�ristiques. Elles r�sident en : la n�cessit� d�un objet et d�une forme non commerciaux ; l�existence de deux associ�s au moins ; la non-exigence d�un capital minimal ; le fait que l�administration est librement d�termin�e dans les statuts ; la responsabilit� par part civile et non solidaire des associ�s aux dettes sociales, ce qui signifie que la r�partition du passif se fera par t�te, quel que soit le montant du capital d�tenu par chaque associ� ; au regard de l�imp�t sur le revenu, la transparence fiscale de la soci�t�, dont les b�n�fices sont impos�s au nom personnel de chaque associ� ; l�interdiction de faire appel public � l��pargne, sauf pour les soci�t�s civiles dot�es d�un statut particulier.</p><p>y La constitution. Elle se fait par : la souscription du capital social, dont la lib�ration n�est pas exig�e (il n�y a pas de proc�dure de v�rification des apports en nature) ; la signature des statuts et la d�signation de la g�-</p><p>rance ; l�enregistrement des statuts.</p><p>Aucune publicit� l�gale n�est exig�e.</p><p>Depuis que les cessions de parts sociales des soci�t�s civiles ont �t� soumises � la formalit� de l�enregistrement*, la pratique a renonc� � la transmission par simple voie de transfert inscrit sur un registre de la soci�t�.</p><p>En cons�quence, les cessions de parts sociales se font par actes sous seings priv�s enregistr�s puis signifi�s � la soci�t� par huissier, sauf si celle-ci intervient dans un acte notari�. Les parts ne peuvent �tre c�d�es qu�avec le consentement de tous les associ�s, sauf clause des statuts pr�voyant une simple majorit� ou d�l�guant aux organes de gestion la facult� d�agr�er des tiers.</p><p>y L�administration. Les r�gles</p><p>s�appliquant � l�administration de la soci�t� sont fix�es librement par les statuts ; � d�faut, tous les associ�s sont g�rants.</p><p>y La dissolution. Elle intervient par arriv�e du terme de la soci�t�, la d�cision des associ�s ou la d�cision judiciaire. En outre, et sauf disposition contraire des statuts, la soci�t� est dissoute du fait du d�c�s, du retrait ou de l�incapacit� d�un associ�.</p><p>La soci�t� en nom collectif</p><p>C�est la soci�t� dite � de personnes �</p><p>par excellence. Mais, malgr� ses avantages au regard de l�imp�t sur le revenu, elle est assez peu utilis�e du fait de la responsabilit� qu�elle entra�ne pour chaque associ�.</p><p>y Les caract�ristiques. Elles impliquent : l�existence de deux associ�s au moins ; la qualit� de commer�ant*</p><p>des associ�s, qui sont responsables ind�finiment et solidairement des dettes sociales, mais qui ne peuvent �tre poursuivis qu�apr�s une mise en demeure de la soci�t� rest�e sans effet ; une raison sociale comprenant les noms d�un ou de plusieurs associ�s suivis des mots � et compagnie �</p><p>(un nom commercial pouvant �tre distinct de la raison sociale). Il n�existe pas d�obligation de capital minimal ni de valeur minimale pour les parts sociales ; la soci�t� en nom collectif ignore les titres n�gociables ; elle jouit, enfin, de la transparence fiscale, � l��gard des associ�s, au regard de l�imp�t sur le revenu.</p><p>y La constitution. Elle suppose : la souscription du capital sans obligation de lib�ration imm�diate ; la signature des statuts par les associ�s et la d�signation de la g�rance ; l�enregistrement des statuts ; la publication dans un journal d�annonces l�gales ; le d�p�t au greffe des pi�ces constitutives de la soci�t� et de la d�claration de conformit� ; l�immatriculation de la soci�t� au registre du commerce dont d�pend le si�ge de la soci�t�.</p><p>y Les parts sociales. La cession des parts sociales se fait dans les m�mes conditions que dans les soci�t�s civiles, mais en outre deux exemplaires de l�acte doivent �tre d�pos�s au greffe du tribunal de commerce. Les parts ne peuvent �tre c�d�es qu�avec</p><p>le consentement de tous les associ�s.</p><p>y L�administration. La g�rance appartient � tous les associ�s, sauf d�signation d�un ou de plusieurs g�rants, qui peuvent �tre des personnes physiques ou morales. La r�vocation des g�rants exige l�unanimit� des autres associ�s si ces g�rants sont associ�s et d�sign�s dans les statuts ; s�ils sont seulement associ�s, les statuts peuvent pr�voir d�autres conditions de r�vocation. Les g�rants non associ�s peuvent �tre r�voqu�s dans les conditions statutaires ou par d�cision des associ�s prise � la majorit�. Toute r�vocation d�cid�e sans juste motif peut donner lieu � dommages-int�r�ts.</p><p>Chacun des g�rants a tous les pouvoirs � l��gard des tiers pour engager la soci�t�, sans qu�aucune limitation statutaire ne puisse leur �tre oppos�e.</p><p>Les d�cisions des associ�s sont</p><p>prises par consultations �crites ou en assembl�e � des conditions de quorum et de majorit� librement d�termin�es par les statuts. En l�absence de clause statutaire, les d�cisions sont prises � l�unanimit�. Les comptes doivent �tre approuv�s, en assembl�e, dans les six mois de la cl�ture de l�exercice, et l�affectation des r�sultats est faite conform�ment aux statuts, sous r�serve de la constitution du fonds de r�serve l�gale.</p><p>y La dissolution. La soci�t� prend fin avec l�arriv�e de son terme, la d�cision des associ�s ou une d�cision judiciaire, ainsi que, sauf clause contraire des statuts, par le d�c�s, la liquidation de biens, l�interdiction d�exercer une downloadModeText.vue.download 258 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10213</p><p>profession commerciale ou l�incapacit� d�un associ�.</p><p>La soci�t� � responsabilit� limit�e Elle a �t� introduite en France par la loi du 7 mars 1925, � l�imitation du droit allemand, qui l�avait cr��e en 1892. Elle se trouve � la zone fronti�re entre les soci�t�s de personnes</p><p>(puisque la part de chaque associ� n�est pas n�gociable et ne peut �tre cessible qu�avec le consentement des coassoci�s) et les soci�t�s de capitaux (car la responsabilit� de chaque membre est limit�e au montant de son apport). Elle a connu d�s sa cr�ation en France un vif succ�s, car elle permet � de petites entreprises de se constituer en soci�t�, de limiter la responsabilit� de leurs membres et d��viter la lourdeur des soci�t�s anonymes. Sa r�glementation a �t� modifi�e, notamment par la loi de 1966, dans le sens d�une protection accrue des tiers et des associ�s et d�un assouplissement du r�gime de la cession des parts sociales.</p><p>y Les caract�ristiques de la</p><p>S. A. R. L. Elles impliquent : l�existence de deux associ�s au moins et de cinquante au plus ; un capital minimal de 20 000 F, divis� en parts de 100 F</p><p>au minimum devant �tre imm�diatement lib�r�es � la constitution de la soci�t� ; en cas d�apport en nature, la responsabilit� des associ�s pendant cinq ans pour la valeur donn�e aux apports ; l�interdiction d��mission de valeurs mobili�res ; la soumission des b�n�fices � l�imp�t sur les soci�t�s.</p><p>y La constitution. Elle n�cessite : la souscription de la totalit� du capital et le d�p�t des fonds dans une banque, chez un notaire ou � la Caisse des d�p�ts et consignations ; en cas d�apports en nature, le rapport d�un commissaire aux apports d�sign� par les associ�s et le d�p�t des statuts chez un notaire s�il existe des apports immobiliers ; la signature, par les associ�s, des statuts, g�n�ralement �tablis par acte sous seings priv�s ; la nomination de la g�rance et d�un commissaire aux comptes, si le capital est de plus de 300 000 F ; l�enregistrement, la publication, le d�p�t au greffe et l�immatriculation au registre du commerce comme pour les soci�t�s en nom collectif.</p><p>y Les parts sociales. La cession des parts sociales se fait dans les m�mes conditions de forme que pour les parts de soci�t� en nom collectif. Toute cession � un tiers doit �tre autoris�e par la majorit� des associ�s repr�sentant au moins les trois quarts du capi-</p><p>tal social.</p><p>y L�administration. Les g�rants sont nomm�s par l�assembl�e ou dans les statuts et doivent �tre des personnes physiques, associ�s ou non. Ils ont, � l��gard des tiers, tous pouvoirs de gestion. Ils peuvent �tre r�voqu�s par d�cision des associ�s repr�sentant plus de la moiti� du capital et ont droit � des dommages-int�r�ts s�il n�existe pas de justes motifs � leur r�vocation.</p><p>Les d�cisions des associ�s peuvent �tre prises par consultation �crite ou en assembl�e, la r�union d�une assembl�e �tant obligatoire pour l�approbation des comptes. Les assembl�es sont convoqu�es par la g�rance quinze jours � l�avance par lettre recommand�e. Les assembl�es ordinaires statuent sur la gestion de la soci�t�, l�approbation des comptes et l�affectation des r�sultats et doivent �tre r�unies dans les six mois de la cl�ture de l�exercice ; leurs d�cisions sont adopt�es par des associ�s repr�sentant plus de la moiti� du capital sur premi�re consultation et � la majorit� des votes �mis sur seconde consultation. Les assembl�es extraordinaires statuent sur toutes les d�cisions relatives � la modification des statuts. Leurs d�cisions doivent �tre prises par des associ�s repr�sentant au moins les trois quarts du capital social.</p><p>y La dissolution. Elle intervient avec l�arriv�e du terme ou sur d�cision de l�assembl�e g�n�rale extraordinaire, qui nomme un liquidateur.</p><p>La soci�t� anonyme</p><p>Elle est le type m�me de la soci�t� de capitaux groupant des associ�s souvent anonymes et dont la participation � la soci�t� est essentiellement fond�e sur les capitaux qu�ils ont investis. En pratique, � c�t� des soci�t�s anonymes groupant des capitaux consid�rables, il existe de tr�s nombreuses entreprises familiales qui, pour des raisons principalement fiscales, on pr�f�r� adopter cette forme de soci�t�. La loi de 1966 a notablement modifi� les r�gles de constitution, d�administration et de contr�le des soci�t�s anonymes. Elle a affirm� et renforc� les droits des actionnaires et a cr��, en s�inspirant du droit allemand, un nouveau type</p><p>d�administration par un directoire et un conseil de surveillance, ce qui permet de distinguer plus nettement les fonctions de direction et celles de contr�le.</p><p>y Les caract�ristiques. La soci�t� anonyme n�cessite : l�existence de sept actionnaires au moins, responsables � concurrence de leurs apports ; un capital minimal de 100 000 F (ce capital minimal est de 500 000 F si la soci�t� fait publiquement appel � l��pargne) ; des actions d�un nominal de 100 F au moins, nominatives ou au porteur, n�gociables d�s l�inscription de la soci�t� au registre du commerce, exception faite pour certaines cat�gories d�actions d�apport ; si toutes les actions sont nominatives, il peut �tre stipul� l�agr�ment des cessionnaires par un organe de la soci�t�. La S. A.</p><p>voit, enfin, ses b�n�fices passibles de l�imp�t* sur les soci�t�s.</p><p>y La constitution. Elle s�effectue par : la souscription de l�int�gralit� du capital et la lib�ration des actions d�un quart au moins de leur valeur nominale ; le d�p�t des fonds dans une banque, chez un notaire ou � la Caisse des d�p�ts et consignations ; la d�claration de souscriptions et de versements faite par un actionnaire par devant notaire ; en cas d�apports en nature, le rapport d�un commissaire aux apports d�sign� par le pr�sident du tribunal de commerce et le d�p�t des statuts chez un notaire s�il s�agit d�apports immobiliers ; la signature par les actionnaires des statuts (qui peuvent �tre �tablis par acte sous seing priv�) ; la d�signation des administrateurs ou des membres du conseil de surveillance et des commissaires aux comptes ; l�enregistrement, la publication, le d�p�t au greffe et l�immatriculation au registre du commerce.</p><p>y L�administration. Elle peut se faire selon deux types diff�rents.</p><p>Syst�me du conseil d�administra-</p><p>tion. Le conseil est compos� de trois administrateurs au moins et de douze au plus, nomm�s parmi les actionnaires par l�assembl�e ordinaire pour une dur�e maximale de six ans et r�vocables � tout moment par elle en raison de leur qualit� de mandataire. Une</p><p>personne morale administrateur doit d�signer un repr�sentant permanent personne physique. Le conseil d�administration est un organe coll�gial qui d�lib�re avec un quorum de la moiti� au moins de ses membres et d�cide � la majorit� de la moiti� pr�sente ou repr�sent�e, les statuts pouvant pr�voir une majorit� plus forte. Il est investi de tous les pouvoirs pour agir au nom de la soci�t� sans que des limitations statutaires puissent �tre oppos�es aux tiers. Le pr�sident du conseil d�administration est d�sign�, parmi les administrateurs personnes physiques, par le conseil d�administration, qui, sur sa proposition, peut nommer un directeur g�n�ral (actionnaire ou non) personne physique. L�un et l�autre ont tous les pouvoirs � l��gard des tiers sans que puissent leur �tre oppos�es des limitations par les statuts ou par le conseil.</p><p>Ils sont mandataires sociaux et peuvent �tre r�voqu�s � tout moment par le conseil sans indemnit�.</p><p>Syst�me du conseil de surveillance et du directoire. Le conseil de surveillance comprend trois membres au moins et son r�gime est le m�me que celui du conseil d�administration. Il exerce un contr�le permanent sur la gestion de la soci�t�, effectu�e par le directoire, dont il nomme les membres.</p><p>Le directoire est compos� de cinq membres au plus nomm�s pour quatre ans par le conseil de surveillance, qui d�signe aussi son pr�sident. Les membres du directoire sont r�vocables par l�assembl�e g�n�rale sur proposition du conseil de surveillance. Le directoire a les pouvoirs les plus �tendus pour agir au nom de la soci�t�, et son pr�sident repr�sente la soci�t� dans ses rapports avec les tiers, vis-�-vis desquels il a tous les pouvoirs.</p><p>Les assembl�es r�unissent tous les actionnaires et sont convoqu�es par le conseil d�administration ou le directoire au moins quinze jours � l�avance, d�lai pendant lequel les actionnaires ont un droit de communication sur les documents objets des d�lib�rations.</p><p>L�assembl�e ordinaire doit r�unir sur premi�re convocation le quart du capital social, aucun quorum n��tant requis sur seconde convocation ; elle d�cide � la majorit� des voix exprim�es. Elle</p><p>doit �tre r�unie au moins une fois par an dans les six mois de la cl�ture de l�exercice pour approuver les comptes et affecter les r�sultats de l�exercice.</p><p>Elle est comp�tente pour toutes les d�cisions ne visant pas � modifier les statuts. L�assembl�e extraordinaire doit r�unir sur premi�re convocation la moiti� du capital, et le tiers sur seconde convocation. Elle d�lib�re, � la majorit� des deux tiers des voix, sur toutes d�cisions visant � modifier les statuts et n�entra�nant pas une augmentation des engagements des actionnaires.</p><p>y Commissariat aux comptes. Il</p><p>comprend deux commissaires si le capital* est d�au moins 5 millions de francs ou si la soci�t� fait appel public � l��pargne, et un commissaire dans les autres cas. Ces commissaires aux comptes sont d�sign�s pour six exercices par l�assembl�e ordinaire et doivent �tre inscrits sur une liste �tablie par les cours d�appel. Ils ne peuvent �tre r�voqu�s par l�assembl�e que pour faute ou emp�chement. Ils downloadModeText.vue.download 259 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10214</p><p>ont une mission de contr�le, doivent certifier le bilan et les comptes et faire leurs rapports � l�assembl�e annuelle.</p><p>y La dissolution. Elle survient par arriv�e du terme ou sur d�cision de l�assembl�e extraordinaire, qui nomme un ou plusieurs liquidateurs.</p><p>y Appel public � l��pargne. Sont r�put�es faire publiquement appel � l��pargne les soci�t�s dont les titres sont inscrits � la cote officielle d�une Bourse* de valeurs, � dater de cette inscription, ou qui, pour le placement de titres, quels qu�ils soient, ont recours soit � des banques, �tablissements financiers ou agents de change, soit � des proc�dures de publicit� quelconques. Les formalit�s de constitution sont alors plus complexes, mais, en pratique, les soci�t�s ne se constituent jamais directement avec appel public � l��pargne : au cours de leur existence, elles proc�dent � l�introduction de leurs titres en Bourse,</p><p>soit hors cote, soit � la cote officielle.</p><p>Les convocations aux assembl�es sont plus longues et plus complexes (avis de r�union au B. A. L. O., puis convocation au B. A. L. O. et dans un journal d�annonces l�gales). Enfin, ces soci�-</p><p>t�s sont astreintes � diverses publications financi�res et sont soumises � la surveillance de la commission des op�rations de Bourse.</p><p>R�glementations</p><p>particuli�res</p><p>� c�t� de la l�gislation g�n�rale sur les so-ci�t�s existent de tr�s nombreuses r�glementations s�appliquant � certaines soci�-</p><p>t�s de type particulier, dont les principales sont les suivantes.</p><p>La soci�t� � capital variable</p><p>C�est une soci�t� dont les statuts pr�voient que le capital pourra varier sans les formalit�s requises pour les autres types de soci�t�s. Elle a �t� autoris�e par la loi du 24 juillet 1867 pour faciliter le d�veloppement des coop�ratives et permettre l�entr�e et la sortie incessantes des associ�s. Ce n�est pas, � proprement parler, une forme de soci�t�, mais une modalit� pouvant affecter toute forme de soci�t�.</p><p>La soci�t� coop�rative</p><p>C�est une soci�t� � capital et � personnel variables, qui a pour objet essentiel la fourniture de produits ou de services meilleurs et moins chers. Chaque associ� est �galement client ou fournisseur et b�n�-</p><p>ficie d�une � ristourne � sur les b�n�fices r�alis�s en cours d�exercice au prorata des op�rations effectu�es avec la coop�rative.</p><p>Il existe de nombreuses coop�ratives � statut particulier (coop�ratives agricoles, artisanales, de commer�ants d�taillants, de construction...) [v. coop�ration].</p><p>La soci�t� civile de</p><p>placement collectif immobilier</p><p>C�est une soci�t� civile qui a uniquement pour objet l�acquisition et la gestion d�un patrimoine immobilier locatif et qui fait publiquement appel � l��pargne. Ce type de soci�t� n��tait r�gi auparavant que par les r�gles g�n�rales applicables aux soci�t�s civiles, et le caract�re sommaire de ce droit avait permis de nombreux abus. La loi du</p><p>31 d�cembre 1970 et le d�cret du 1er juillet 1971 sont venus r�glementer strictement le fonctionnement et le contr�le de cette soci�t� et ont tent� d�assurer la protection des associ�s par des mesures d�information et de limitation de leur responsabilit�.</p><p>La soci�t� immobili�re pour</p><p>le commerce et l�industrie (S. I. C. O. M. I.) C�est une soci�t� anonyme dont l�objet exclusif est de louer des immeubles � usage professionnel et d�effectuer des op�rations de cr�dit-bail* immobilier. Ses statuts sont soumis � approbation minist�rielle et elle b�n�ficie d�un r�gime fiscal particulier.</p><p>Les soci�t�s d�investissement</p><p>et de placement</p><p>Ce sont des soci�t�s de statut sp�cial ayant pour objet la gestion d�un portefeuille de valeurs mobili�res. On distingue : y les soci�t�s nationales d�investissement, form�es sur l�initiative du ministre des Finances pour la gestion des valeurs appartenant � l��tat ;</p><p>y les soci�t�s priv�es d�investissement � capital fixe ; ce sont des soci�t�s anonymes b�n�ficiant, sous certaines conditions, d�un r�gime fiscal de faveur et soumises � des r�gles strictes quant � la nature et � la r�partition de leurs investissements ; y les soci�t�s d�investissement � capital variable (S. I. C. A. V.) ; ce sont des soci�t�s anonymes dont la constitution est soumise � l�autorisation pr�alable du ministre des Finances apr�s consultation de la commission des op�rations de Bourse. Ces soci�t�s d�investissement doivent avoir un capital initial de vingt millions au minimum et sont soumises � des r�gles strictes quant � la r�partition de leur portefeuille de titres ; elles b�n�ficient d�un r�gime fiscal de faveur.</p><p>M. B.</p><p>Le groupement d�int�r�t</p><p>�conomique [G. I. E.]</p><p>� Deux ou plusieurs personnes physiques ou morales peuvent constituer entre elles, pour une dur�e d�termin�e, un groupement d�int�r�t �conomique en vue de mettre en oeuvre tous les moyens propres</p><p>� faciliter ou � d�velopper l�activit� �conomique de ses membres, d�am�liorer ou d�accro�tre les r�sultats de cette activit�. �</p><p>Ainsi le d�finit l�article premier de l�ordonnance du 23 septembre 1967, qui cr�e cette nouvelle forme de personne morale.</p><p>Caract�ristiques</p><p>y Responsabilit� des membres ind�finie et solidaire, analogue � celle des associ�s des soci�t�s en nom collectif.</p><p>y Objet : d�veloppement de l�activit� �conomique des membres du groupement.</p><p>y Capital non obligatoire, pas de titres n�gociables.</p><p>y Admission et retrait des membres dans les conditions pr�vues aux statuts.</p><p>Constitution</p><p>M�me r�glementation que pour la soci�t� en nom collectif, mais pas de publicit� dans un journal d�annonces l�gales.</p><p>Administration</p><p>Un ou plusieurs administrateurs sont nomm�s dans les conditions pr�vues aux statuts, qui fixent �galement les conditions de leur r�vocation ; chaque administrateur a tous les pouvoirs, aucune limitation n��tant opposable aux tiers. Les d�cisions des membres sont prises dans les conditions fix�es aux statuts ; � d�faut, l�unanimit� est requise. Il est nomm� un contr�-</p><p>leur de la gestion et un commissaire aux comptes.</p><p>Dissolution</p><p>La r�glementation est similaire � celle de la dissolution des soci�t�s en nom collectif.</p><p>La Commission de la C. E. E. a mis au point un projet de � groupement europ�en de coop�ration � qui s�inspire du groupement d�int�r�t �conomique fran�ais, en l�adaptant aux besoins propres de la coop�ration intracommunautaire.</p><p>M. B.</p><p>Le groupe de soci�t�s</p><p>C�est un ensemble constitu� par plusieurs soci�t�s ayant chacune leur existence juri-</p><p>dique propre, mais unies entre elles par des liens divers (participations, contrats de coop�ration) en vertu desquels l�une d�elles � dite � soci�t� m�re � � en exerce le contr�le et la direction. La soci�t� m�re peut �tre une soci�t� purement financi�re : elle est alors d�nomm�e holding. Le groupe de soci�t�s n�a pas la personnalit� morale, mais son importance �conomique est consid�rable, car la concentration des entreprises a donn� naissance � des ensembles multinationaux de soci�t�s dont la puissance d�passe celle de nombreux �tats.</p><p>La notion de groupe est difficile � cerner du fait de l�extr�me vari�t� du contenu et des modes de transmission de l�influence de la soci�t� m�re. C�est pourquoi, malgr� plusieurs projets, il n�existe pas en France de r�glementation g�n�rale des groupes de soci�t�s, mais seulement de nombreux textes �pars destin�s � �viter les abus et � prot�ger les tiers et les minoritaires (r�glementation des participations r�ciproques, information particuli�re des actionnaires en cas de filiales et de participations, r�glementation des contrats pass�s entre so-ci�t�s ayant des dirigeants communs). La jurisprudence a fait �galement une large application de cette notion pour la d�fense des minoritaires, des salari�s et des cr�anciers en cas de faillite.</p><p>La cr�ation d�un groupe de soci�t�s peut constituer une entente ou conduire � un abus de position dominante, ce qui est prohib� par l�ordonnance du 30 juin 1945</p><p>et par le trait� de Rome si le jeu normal de la concurrence se trouve fauss�.</p><p>M. B.</p><p>Les droits �trangers</p><p>Les diff�rentes l�gislations des six pays membres fondateurs du March� commun (ainsi que de la Suisse) pr�sentent certaines similitudes. Le droit anglo-am�ricain est, au contraire, tr�s diff�rent et peu codifi� ; il tend cependant, quant � ses r�sultats, � se rapprocher des autres l�gislations.</p><p>La constitution des soci�t�s en France est en g�n�ral plus formaliste qu�� l��tranger, mais, contrairement � l�Allemagne, � l�Italie et aux Pays-Bas, elle n�est pas soumise � un contr�le administratif ou judiciaire pr�ventif.</p><p>Allemagne</p><p>La soci�t� civile, la soci�t� en nom collectif et la soci�t� en commandite simple existent et pr�sentent des caract�ristiques proches du droit fran�ais, mais ne sont pas consid�r�es pleinement comme des personnes morales. La G. m. b. H. et la soci�t� anonyme sont respectivement tr�s semblables � notre soci�t� � responsabilit� limit�e et � notre soci�t� anonyme � directoire et conseil de surveillance, puisque le droit fran�ais a cr�� ces derni�res sur imitation du droit allemand. Mais la r�union des parts ou actions de ces soci�t�s entre les mains d�une seule personne est admise, et le conseil de surveillance des soci�t�s anonymes allemandes doit comprendre des repr�sentants du personnel. Enfin, le droit allemand a �dict�, en 1965, une r�glementation g�n�rale des groupes de soci�t�s.</p><p>Italie</p><p>La soci�t� civile, la soci�t� en nom collectif et la soci�t� en commandite simple existent et ont la personnalit� morale, mais sont peu usit�es. La soci�t� � responsabilit� limit�e est consid�r�e comme une soci�t� de capitaux et pr�sente des caract�ristiques proches du droit fran�ais.</p><p>La soci�t� anonyme est dirig�e par un ou plusieurs administrateurs et peut ne comprendre lors de sa constitution que deux actionnaires. La r�union de toutes les parts ou actions dans une seule main est �galement admise, mais l�associ� unique r�pond alors sans limitation des engagements de la soci�t�.</p><p>Grande-Bretagne</p><p>Une premi�re distinction doit �tre faite entre les groupements d�pourvus de la personnalit� morale (unincorporated associations), assez proches de la soci�t� de personnes (Partnership) ou de la soci�t� en participation (syndicate), et les groupements poss�dant la personnalit� morale (corporations ou companies), parmi les-downloadModeText.vue.download 260 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10215</p><p>quels la forme la plus utilis�e est la � com-pany limited by shares �.</p><p>Cette soci�t� est compos�e de deux associ�s au minimum, dont la responsabilit� est limit�e au montant nominal de leurs titres, et est dirig�e par un ou plusieurs directeurs. Elle peut �mettre diverses cat�-</p><p>gories d�actions (privil�gi�es ou non) et, sous certaines conditions, peut faire appel public � l��pargne.</p><p>Une tentative de rapprochement des droits des soci�t�s est en cours dans le cadre du March� commun, mais une seule directive a �t� d�finitivement adopt�e le 9 mars 1968. Une proposition de r�glement portant statut de la soci�t� anonyme europ�enne a �galement �t� pr�sent�e au Conseil des communaut�s le 30 juin 1970. Elle pr�voit la constitution de soci�-</p><p>t�s enti�rement r�gies par un droit unique applicable dans tous les pays membres du March� commun.</p><p>M. B.</p><p>M. B.</p><p>F Association / Personne morale / Entreprise /</p><p>Valeurs mobili�res.</p><p>A. Dalsace, Manuel des soci�t�s anonymes (Delmas, 1947 ; nouv. �d., avec la coll. de C. Dalsace et N. Bernard, 1967). / F. Lemeunier, Principes et pratique du droit des soci�t�s (Delmas, 1962 ; 6e �d., 1974) ; Droit des soci�t�s dans le march� commun (Delmas, 1972) ; S. A. R. L.</p><p>(Delmas, 1973). / P. Didier, les Soci�t�s commerciales (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1965 ; 3e �d., 1974). / C. Reynaud et J. Bardoul, Statut des soci�t�s commerciales (Dalloz, 1967). /</p><p>J. Richard, le Droit des soci�t�s commerciales (Libr. techniques, 1967). / J. H�mard, F. Terr� et P. Mabilat, Soci�t�s commerciales (Dalloz, 1972-1974 ; 2 vol.). / Droit des groupes de soci�-</p><p>t�s (Libr. technique et libr. de la Cour de cassation, 1973). / P. Bezard et coll., les Groupes de soci�t�s (Libr. techniques, 1975).</p><p>Soci�t� des</p><p>Nations (S. D. N.)</p><p>F ORGANISATIONS INTERNATIO-</p><p>NALES.</p><p>sociolinguistique</p><p>Partie de la linguistique qui cherche � d�couvrir selon quelles constantes les facteurs sociaux et, d�une mani�re g�n�rale, la vie en collectivit� d�ter-</p><p>minent des diff�rences dans la langue et dans l�utilisation qu�en font les personnes qui la parlent.</p><p>De ce fait, l�un des buts de la sociolinguistique est de mettre en �vidence les relations de cause � effet qui existent entre les divisions de la soci�t� en classes et en groupes d�un c�t�, les vari�t�s de langue et d�utilisation de la langue de l�autre. On peut, parmi les facteurs sociaux, faire intervenir l��tat social de celui qui parle et l��tat social de celui � qui on parle, les conditions sociales de la communication (genre de discours), la mani�re dont on utilise la langue dans la vie en soci�t�, ce qu�on pense du comportement verbal, etc.</p><p>On peut ajouter comme faisant partie de la sociolinguistique les �tudes portant sur la variation g�ographique de la langue (v. dialecte) ainsi que celles qui tendent � planifier la langue, quand on recherche les moyens de freiner, de contr�ler, d�att�nuer les variations linguistiques.</p><p>Fondements historiques</p><p>de la sociolinguistique</p><p>Humboldt</p><p>Ce sont les philosophes qui ont d�abord pos� les probl�mes touchant aux rapports existant entre une langue et le peuple qui la parle : Johann Gottfried Herder au XVIIIe s. et Wilhelm von Humboldt* au XIXe. Ce dernier a pouss� � l�extr�me les pr�misses du romantisme allemand. Pour lui, la culture vient du peuple et la langue exprime et fa�onne l�esprit du peuple, l��me de la nation dans ce qu�ils ont de plus sp�cifique. La diversit� des langues doit �tre mise en rapport avec la diversit� des mentalit�s. Les principes de la doctrine de Humboldt, qui durcit radicalement la th�orie de Herder, sont les suivants : 1o la langue a une forme int�rieure propre, ind�pendante du monde, organisatrice du monde ;</p><p>2o la notion, implicite chez Herder, de communaut� linguistique est remplac�e par celle de nation ;</p><p>3o la notion de mode de pens�e d�une collectivit� est remplac�e par celle d�esprit de la nation.</p><p>La position de Humboldt est donc la combinaison d�une r�ponse id�aliste au probl�me de la connaissance et du monde, d�une certaine conception historico-sociale et d�un certain vitalisme.</p><p>Sous cette forme, elle fut exploit�e par tous les nationalismes linguistiques, en particulier par le pangermanisme.</p><p>Sapir et Whorf</p><p>C�est aux recherches d�une certaine anthropologie sociale qu�ont �t� constamment li�s les travaux de la linguistique am�ricaine, et c�est souvent dans des ouvrages intitul�s Ethnography, An-thropology qu�il faut rechercher des descriptions linguistiques. Sapir*</p><p>a tir� sa probl�matique du livre de Franz Boas*, Handbook of American Indian Languages, recueil de travaux entrepris pour permettre la transcription et l�analyse des langues indiennes d�Am�rique. Selon l�hypoth�se de Sapir, reprise par Benjamin Lee Whorf (1897-1941), la langue d�une communaut� organise sa culture, c�est-�-</p><p>dire l�appr�hension que ce peuple a de la r�alit� et la repr�sentation qu�il se forme du monde. La diff�rence de langue a pour cons�quence une structuration intellectuelle et affective diff�rente ; il s�agit ainsi de deux mondes diff�rents et non plus du m�me monde sous deux �tiquettes diff�rentes.</p><p>N. Marr et ses disciples</p><p>Il faut placer � l�oppos� de ces orientations les th�ories du linguiste sovi�-</p><p>tique Nikola� Iakovlevitch Marr (1864-1934), qui a pr�sent� la langue comme une superstructure et un ph�nom�ne de classe.</p><p>On ne parle plus d��volution linguistique, mais de bonds (ou de r�volutions) ; la dialectique du changement linguistique est marqu�e constamment par la naissance et la r�solution de contradictions, ce qui a pour effet la liquidation des syst�mes anciens et l�apparition de syst�mes nouveaux. C�est ainsi que se manifeste dans la langue le passage du quantitatif (accumulation de changements mineurs) au qualitatif (apparition d�une nouvelle langue).</p><p>Le corollaire de l�hypoth�se des bonds</p><p>linguistiques est la th�orie des stades.</p><p>Le d�veloppement de la langue peut �tre consid�r� comme lin�aire et parall�le � la succession des formations socio-�conomiques ; � une formation �conomique et sociale d�termin�e correspond un type d�termin� de langue.</p><p>Apr�s l��clatement de la communaut� primitive, on peut esquisser un classement des langues en tenant compte de certaines survivances, car il existe des interf�rences entre langues d�une m�me �poque correspondant � des formations �conomiques diff�rentes ; le premier stade �tait celui du chinois et de certaines langues africaines, le second celui du finno-ougrien, du turc et du mongol, le troisi�me celui des langues caucasiennes et chamitiques, le quatri�me celui des langues s�mitiques et indo-europ�ennes. D�o� la notion, en linguistique, de � progr�s � au sens de � progression dans un certain sens �.</p><p>Le principe est que, si une communaut� linguistique s��carte du courant de progr�s mondial, sa langue d�vie de la m�me mani�re en s��loignant du syst�me auquel elle appartenait � l�origine, et, � partir de l�, les modifications intervenues subsistent m�me si la communaut� rattrape le courant principal du progr�s. C�est � la suite notamment de changements brusques dans l�organisation sociale des tribus que certaines formes de langues japh�tiques auraient donn� naissance aux langues indo-europ�ennes, � prom�th�ennes � dans la terminologie de Marr.</p><p>Ainsi, ce sont les changements dans la base qui produisent les changements dans la superstructure. Celle-ci n�est plus seulement constitu�e par les conceptions et les institutions politiques, juridiques, religieuses, artistiques et philosophiques de la soci�t�, mais aussi par la langue.</p><p>La langue est aussi un ph�nom�ne de classe. La combinaison en mots des sons utilis�s par les pr�tres aurait eu pour but d�assurer tout le pouvoir � cette caste. Ainsi, le langage a �t� d�abord li� � des pratiques magiques, puis � des moyens de production : il permettait de maintenir en esclavage ceux qui ne le connaissaient pas, d�o� son caract�re de classe ; de nos jours encore, ce serait un instrument</p><p>utilis� bien plus largement qu�on ne le pense par les classes dominantes pour asseoir leur pr�pond�rance. On a montr� l�insuffisance de ces th�ses du point de vue m�me du mat�rialisme historique : elles m�connaissent les caract�res propres � la langue, qui, historiquement, n��volue jamais comme une superstructure ni comme un ph�-</p><p>nom�ne de classe, m�me si certains de ses �l�ments sont superstructurels ou enjeux de luttes de classe.</p><p>Sociolinguistique,</p><p>ethnolinguistique,</p><p>sociologie du langage</p><p>La d�limitation rigoureuse entre l�ethnolinguistique, la sociologie du langage et la sociolinguistique n�est pas facile � faire. Certains consid�rent ces termes comme � peu pr�s synonymes.</p><p>Cependant, il faut distinguer les �tudes portant sur la langue et le discours mis en rapport avec la soci�t� globale (ethnolinguistique) et les recherches s�occupant des groupes sociaux, � l�int�-</p><p>rieur d�une soci�t� donn�e, et prenant en consid�ration le rapport qui existe entre leurs diff�rences et leurs contradictions d�un c�t�, leur comportement linguistique de l�autre.</p><p>� la question : la sociologie du langage, la sociolinguistique s�occupent-elles de la langue comme objet ou comme moyen, comme cl� pour atteindre d�autres faits ?, on peut donner diverses r�ponses. Il y a en effet une sociolinguistique des sociologues ; il y a aussi une sociolinguistique qui s�occupe des rapports interpersonnels, downloadModeText.vue.download 261 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10216</p><p>des � r�les � (Joshua Fishman l�appelle sociolinguistique interactionnelle). Si bien qu�est parfois noy� le probl�me fondamental, celui qui touche � la d�termination des constantes sociales dans les conduites linguistiques. On distinguera donc sociologie du langage et sociolinguistique : la premi�re, sous-discipline de la sociologie, ajoute en effet � l�analyse linguistique pro-</p><p>prement dite l�effort pour d�terminer quelle valeur symbolique ont les vari�-</p><p>t�s linguistiques pour leurs usagers.</p><p>De m�me, la linguistique sociale, pratique d�j� ancienne mais de d�finition th�orique assez r�cente, est un secteur de la sociolinguistique : elle s�occupe plus particuli�rement des diff�rences linguistiques en tant qu�elles sont caract�ristiques de groupes sociaux d�termin�s.</p><p>La sociolinguistique et la linguistique ne se diff�rencient pas par leur objet : leurs oppositions sont au niveau des orientations et des perspectives.</p><p>Tout syst�me de langue peut �tre r�f�r� � un groupe social d�termin� (historiquement ou g�ographiquement). D�s qu�on �prouve le besoin de dire qui parle la langue qu�on �tudie, on est d�j� dans une perspective sociolinguistique. En sens inverse, toute recherche tendant � synth�tiser ce qui est commun � des vari�t�s partiellement diff�rentes de la langue s�oriente vers la linguistique proprement dite.</p><p>Concepts de</p><p>la sociolinguistique</p><p>Les principaux concepts de la sociolinguistique sont ceux d�individuation, de covariance et de contraste. L�individuation implique une cr�ation, dans les �l�ments de langue utilis�s, de formes, de combinaisons ou d�emplois nouveaux. Elle rel�ve donc des ph�-</p><p>nom�nes d�innovation par lesquels on introduit des unit�s lexicales ou grammaticales � l�int�rieur de la phrase ou du discours. Le changement peut �tre un changement par rapport � une forme ant�rieure du discours de la m�me personne ou par rapport � d�autres personnes. Et l�innovation peut �tre d�lib�r�e, simplement constat�e ou inconsciente.</p><p>L�individuation se manifeste, notamment, par les marques de rejet : par son discours, celui qui parle indique que les mots qu�il emploie entrent ou n�entrent pas normalement dans le discours, qu�ils sont assum�s ou non assum�s, rejet�s ou pr�sent�s comme particuliers au discours d�autres groupes.</p><p>Le concept de covariance n�a pas</p><p>dans la pratique des chercheurs fran-</p><p>�ais, notamment dans le domaine de l��tude du discours politique, la m�me signification que dans l��cole sociolinguistique am�ricaine. Dans cette derni�re et chez les chercheurs fran-</p><p>�ais qui s�en inspirent, on a pens� que la variation li�e de la langue et de la soci�t� pouvait �tre �tudi�e point par point, coup par coup.</p><p>Dans l��cole fran�aise proprement dite, au contraire, � la covariance est l�hypoth�se que les ph�nom�nes linguistiques sont li�s aux facteurs historiques selon le principe d�une correspondance g�n�rale. Aussi replacera-t-on le champ consid�r� dans l�histoire � (Jean Dubois). Cette perspective implique ainsi l�unit� des contraires que sont les faits sociaux non linguistiques et les faits sociaux linguistiques.</p><p>La m�thode contrastive peut s�appliquer � tous les �l�ments de la langue ou du discours. Th�oriquement la comparaison peut se faire entre le syst�me propre � un groupe et le syst�me standard. Cependant, il n�existe pas de fran�ais technique qui ne soit d�une certaine mani�re un fran�ais propre � un groupe. Il n�existe pas non plus de vocabulaire politique d�une langue dont tous les �l�ments soient communs. En cons�quence, le contraste doit plut�t �tre �tudi� par comparaison entre deux ou plusieurs s�ries de textes ou de discours : ceux du m�me groupe � deux �poques diff�rentes de son existence, ceux de deux ou plusieurs groupes diff�rents.</p><p>Quelques orientations</p><p>actuelles en</p><p>sociolinguistique</p><p>Moins ambitieuses que les r�flexions anciennes, les recherches actuelles portent sur des points pr�cis. Tous les �l�ments et tous les domaines linguistiques peuvent �tre pris comme objets : la sociolinguistique de l�Am�ricain William Labov porte sur les r�alisations phon�tiques et leurs diff�renciations sociales ; ainsi, une enqu�te faite � New York sur les diff�rences de prononciation de l�anglais am�ricain d�un magasin � un autre, d�un vendeur � un autre a fait ressortir les corr�la-</p><p>tions existant entre certaines couches sociales, la repr�sentation id�ologique qu�un groupe se fait de la place qu�il occupe dans la soci�t�, et la mani�re dont on prononce � ou ne prononce pas � tel ou tel phon�me selon que l�on est de tel ou tel groupe. En France, les travaux sociolinguistiques ont port� beaucoup plus sur le lexique ou sur la combinaison des mots en phrases (analyse de discours).</p><p>Cette situation s�explique par la tradition fran�aise, surtout lexicologique.</p><p>Le premier travail sociolinguistique pertinent est l��tude de Paul Lafargue sur le vocabulaire de la R�volution fran�aise, qui date de la fin du si�cle dernier : c�est dire qu�en France la pratique sociolinguistique a pr�c�d� la naissance du mot qui l�a d�sign�e. Depuis, les principales �tudes ont montr� en quoi la langue �tait le reflet de l�histoire, que ce soit dans le domaine du lexique politique (Jean Dubois, Jean-Baptiste Marcellesi) ou du vocabulaire des techniques nouvelles (Louis Guilbert). D�autres travaux, li�s � la p�dagogie du fran�ais, ont fait ressortir quelle id�e, dans un milieu donn�, on se fait de la langue parl�e et de la langue � enseigner.</p><p>Moins en avance du point de vue de la rigueur, certaines �tudes d�analyse de discours mettent en rapport l�id�ologie d�un groupe et le discours qu�il tient. Ces recherches ont pour but de d�passer les insuffisances de l�analyse*</p><p>de contenu, qui est tr�s intuitive. Les insuffisances (du moins au stade actuel) de la s�mantique ont emp�ch� jusqu�ici la constitution de l�analyse de contenu en discipline de statut scientifique.</p><p>La sociolinguistique peut donc �tre caract�ris�e comme un d�veloppement n�cessaire, in�vitable de la linguistique proprement dite. Il lui reste � atteindre dans toutes ses sous-disciplines le degr� de rigueur de cette derni�re.</p><p>J.-B. M.</p><p>J. Dubois, le Vocabulaire politique et social en France de 1869 � 1872 (Larousse, 1963). /</p><p>L. Guilbert, la Formation du vocabulaire de l�aviation (Larousse, 1965) ; le Vocabulaire de l�astronautique (Universit� de Rouen, 1967). /</p><p>W. Labov, The Social Stratification of English in New York City (Washington, 1966). / J. A. Fishman (sous la dir. de), Readings in the Sociology of Language (La Haye, 1968) ; Advances in the Sociology of Language (La Haye, 1971).</p><p>/ J. A. Fishman, Sociolinguistics : a Brief Introduction (Rowley, Mass., 1971 ; trad. fr. Sociolinguistique, Labor, Bruxelles et Nathan, 1971).</p><p>/ J.-B. Marcellesi, le Congr�s de Tours, �tudes sociolinguistiques (�d. du Pavillon, 1971). /</p><p>L. Guespin, J.-B. Marcellesi, D. Maldidier et D. Slatka, le Discours politique, num�ro sp�cial de Langages (Larousse, 1971). / F. Marchand, le Fran�ais tel qu�on l�enseigne � l��cole �l�-</p><p>mentaire (Larousse, 1971). / J.-B. Marcellesi et B. Gardin, Introduction � la sociolinguistique : la linguistique sociale (Larousse, 1974).</p><p>sociologie</p><p>Baptis�e en 1836 par Auguste Comte*, renouvel�e aujourd�hui par l�introduction des sondages* et des mod�les*</p><p>math�matiques, la sociologie tente de mettre au jour, par la compr�hension ou l�explication, les diverses interactions qui pr�sident � la conservation et au changement des soci�t�s*.</p><p>HISTOIRE DE</p><p>LA SOCIOLOGIE</p><p>Tous les quatre ans, l�Association internationale de sociologie organise un congr�s mondial ; des milliers de sociologues s�y retrouvent, capables de se comprendre, sinon de s�accorder.</p><p>Ils emploient (plus ou moins) le m�me langage, usent du m�me vocabulaire, discutent des m�mes probl�mes ou se posent les m�mes questions ; pour parler plus pr�cis�ment, ceux qui situent leurs travaux dans la m�me subdivision de leur discipline parviennent � constituer des comit�s auxquels s�appliquent les propositions pr�c�dentes.</p><p>La sociologie constitue d�sormais une r�alit� sociale ; elle figure, � titre d�objet d��tudes et de connaissance, dans la plupart des universit�s ; les administrations publiques et priv�es font appel, dans certaines circonstances, au concours des sociologues.</p><p>� la fin du si�cle dernier, dans un article fameux de la Grande Encyclop�die (dirig�e par Marcelin Berthelot, 1885-1892), Marcel Mauss* et Paul Fauconnet d�finissaient la sociologie en fonction des id�es majeures de</p><p>l��cole durkheimienne. � l�heure pr�-</p><p>sente, il para�t pr�f�rable de la d�finir par les caract�res propres aux travaux de ceux qui s�appellent eux-m�mes sociologues et se reconnaissent r�ciproquement comme tels. D�finition � coup s�r p�rilleuse, puisque les m�decins de Moli�re formaient eux aussi une communaut� jalouse de ses secrets et assur�e d�elle-m�me. Aussi bien, aucun sociologue n�attribuerait � tous les �crits qui se donnent pour sociologiques la dignit� de contribuer � la science.</p><p>Si l�on parcourt un programme de congr�s mondial de sociologie, un premier fait frappe. Il n�est pour ainsi dire aucune oeuvre, aucune activit� caract�-</p><p>ristique de l�humanit� qui ne s�y trouve, pr�c�d�e de la formule � sociologie de � : la politique, le sport, la religion, le temps libre, l�art, la science, etc.</p><p>On a pris volontairement des concepts h�t�rog�nes pour sugg�rer une id�e qui downloadModeText.vue.download 262 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10217</p><p>para�t � la fois banale et importante. La division du travail entre les sociologues, la division de la sociologie entre les diff�rents chapitres ne semblent pas encore rigoureuses ou syst�matiques.</p><p>Les sociologues t�chent de comprendre ou d�expliquer n�importe quelle r�alit� humaine d�un certain point de vue ou selon une certaine m�thode.</p><p>y Point de vue. Les sociologues</p><p>consid�rent la r�alit� � sport ou politique � en tant que sociale, autrement dit en tant qu�elle ne se r�duit pas � une collection de conduites individuelles ou � des mod�les invariants � travers le temps et l�espace, en tant qu�elle exprime ou refl�te la sp�cificit� des collectifs, famille, classe, nation, en tant qu�elle r�sulte de l�action r�ciproque des individus et de l�influence qu�exercent les collectifs sur les individus.</p><p>y M�thode. Les sociologues ou du moins la plupart d�entre eux aspirent � une certaine sorte de scientificit�, bien qu�ils n�entendent pas tous ce mot de la m�me mani�re. Les uns mettent</p><p>l�accent sur l�un des traits sp�cifiques des sciences avanc�es : l�existence d�un vocabulaire ou d�un syst�me conceptuel admis et employ� par tous les membres de la communaut�. Ils s�efforcent donc de donner � la sociologie un r�pertoire universellement accept� de concepts : le plus c�l�bre, � notre �poque, de ces producteurs de syst�mes conceptuels, est Talcott Parsons*, qui a probablement r�alis� ses ambitions, mais sans obtenir pour autant l�assentiment de ses coll�gues.</p><p>Certes, ceux-ci se servent commun�-</p><p>ment de concepts (ou de mots) tels que r�le, statut, voire universaliste, particulariste, accomplissement, gratification, que Parsons a forg�s ou r�pandus. Mais ces sociologues ne les prennent pas tous au m�me sens et ils y voient plut�t une mani�re rapide de parler que l��quivalent des concepts de la physique, qui renvoient � des �quations ou d�signent des r�alit�s progressivement �labor�es ou d�couvertes par le progr�s m�me de la science.</p><p>D�autres mettent l�accent non sur les concepts ou la th�orie, mais sur les n�cessit�s de l�� empirie � : d�s lors, le sociologue devient celui qui, au lieu de se contenter de la sociologie impressionniste qui passe en revue tous les facteurs sociaux, veut observer rigoureusement et compter ; d�o� les enqu�tes* sous diverses formes, par questionnaires, par questions ouvertes ou ferm�es, par sondages* superficiels (les opinions) ou par interviews en profondeur.</p><p>Bien entendu, point de vue et m�-</p><p>thode se compl�tent et ne s�opposent pas. Le sociologue vise la sp�cificit� sociale des oeuvres et des activit�s humaines, avec l�espoir de les saisir et de les expliquer scientifiquement. Le lecteur, partag� entre les jugements contradictoires que professionnels et amateurs portent sur la sociologie, demandera : parvient-il � ses fins ? La r�ponse � une telle interrogation ne peut se ramener � un oui ou � un non.</p><p>Les sociologues expliquent de mani�re scientifique certains aspects des soci�-</p><p>t�s qu�ils connaissent le mieux. Mais les r�alit�s sociales pr�sentent une richesse, une ambigu�t� intrins�que qui</p><p>pr�tent � des interpr�tations multiples ; si le sociologue, � une extr�mit�, se veut, tel le biologiste (ou faut-il dire tel le m�decin ?), strictement neutre, il se veut aussi, � l�autre extr�mit�, politiquement engag�, au moins en ce sens qu�il ne peut ni ne veut expliquer sans juger ; le biologiste devient m�decin, et le sociologue engag� critique social.</p><p>L�ambigu�t� du fait social tient � une double antith�se ; celle du v�cu et de l�ext�riorit� ; celle du micro et du macro. Il n�y a gu�re de concept sociologique qui aurait un sens abstraction faite des consciences. Que signifie-raient l��tat, la religion, le sport sans individus capables d�ob�ir aux lois, de croire � des �tres sup�rieurs, de rivaliser avec d�autres ou avec le chronom�tre ? Mais, si la soci�t� se confond d�une certaine mani�re ou au point de d�part avec le v�cu, elle appara�t toujours autre aux sociologues et aux acteurs sociaux, autre aux diff�rents acteurs sociaux. Une crise �conomique est v�cue par une collectivit�, elle n�est voulue comme telle par personne. Une classe sup�rieure tient sa situation privil�gi�e pour normale, elle la justifie : le sociologue tend � diff�rencier le fait et la justification qu�en donnent avec bonne conscience ceux qui en profitent.</p><p>� cette dualit� du v�cu et du m�me fait per�u ou expliqu� de l�ext�rieur se joint la dualit� des relations interindi-viduelles dans un collectif �l�mentaire</p><p>� une famille, une entreprise � et des rapports sociaux qui structurent la soci�t� globale. Nulle part cette dualit� n�appara�t aussi nette et aussi �quivoque � la fois que dans le domaine le plus caract�ristique des soci�t�s complexes, celui de la division en castes, ordres, �tats ou classes. La fascination qu�exerce le marxisme*, en dehors de raisons proprement politiques, tient � l�affinit� �lective entre th�orie des classes et th�orie de la soci�t�. Le mot th�orie, que l�on vient d�employer pour la premi�re fois, prend ici un triple sens : d�termination des concepts majeurs de la macrosociologie (ou �tude de la soci�t� globale), propositions les plus g�n�rales valables �ventuellement pour toutes les soci�t�s connues, enfin repr�sentation de l�ensemble, comparable au sch�ma �pist�mologique de</p><p>toute science, qui commande l�organisation du savoir.</p><p>Le va-et-vient entre le v�cu et le construit ne permet gu�re l��laboration d�un syst�me conceptuel auquel se soumettraient tous les sociologues.</p><p>La th�orie au sens de � repr�sentation originelle de l�objet total � prend, selon les �coles et les pr�f�rences politiques, une figure tout autre, tant�t proche d�une lutte permanente des classes et d�un ordre maintenu par la force et la ruse des puissants, tant�t proche d�un consensus, fond� sur la communaut� des valeurs et croyances. Pour une part, les m�mes faits bruts peuvent peut-�tre s�ins�rer dans des sch�mas contradictoires : les �crits sociologiques nous offrent un m�lange indissociable de ces faits et de ces � images �, th�ories ou pseudo-th�ories.</p><p>Encore n�avons-nous pas mentionn� une derni�re dimension, qui ajoute � l��quivoque de la soci�t� moderne, � laquelle s�int�ressent aujourd�hui de pr�f�rence les sociologues : l�avenir. Le marxisme, en ce qu�il se veut scientifique, est avant tout une analyse �conomico-sociologique du r�gime capitaliste, avec une perspective escha-tologique. Un marxisme, en ce dernier tiers du XXe s., devrait �tre une analyse �conomico-sociologique des divers r�gimes entre lesquels se sont divis�s le monde dit � capitaliste � et le monde qui se dit � socialiste �. Les sociologues qui viennent du monde capitaliste et ceux qui se r�clament du marxisme-l�ninisme se rencontrent en nombre de leurs �tudes et de leurs r�sultats : ils n�en d�montrent pas moins, par leur dialogue toujours recommenc�, que la sociologie, en tant qu�elle se veut macro-interpr�tative, tourn�e vers l�avenir ou critique, se charge des id�ologies qu�elle ne cesse de d�noncer chez les acteurs sociaux. Conclusion logique et presque triviale puisque, nous l�avons dit au point de d�part, la sociologie, r�alit� sociale, complexe et �quivoque, pr�sente les m�mes caract�res que les autres r�alit�s sociales.</p><p>R. A.</p><p>Les initiateurs de</p><p>la sociologie</p><p>Les pr�curseurs Si la sociologie pouvait �tre d�finie simplement comme l��tude de la so-ci�t� ou des soci�t�s, on pourrait faire remonter ses origines fort loin, � savoir aux premi�res r�flexions sur les communaut�s et groupes humains consid�-</p><p>r�s en tant que tels. Mais si l�on parle de la sociologie dans le sens o� on l�entend aujourd�hui, comme science positive des faits sociaux, sans d�ailleurs supposer n�cessairement qu�il s�agisse d�une science de m�me type que les sciences physiques ou naturelles, alors on aura int�r�t � �tablir une distinction entre les pr�curseurs, les pionniers, puis les fondateurs de cette discipline relativement r�cente.</p><p>Parmi les pr�curseurs et par cons�-</p><p>quent les penseurs qui se sont int�ress�s � l��tude des soci�t�s � des titres divers, on peut ranger de nombreux philosophes, juristes, politicologues, historiens depuis l�Antiquit� jusqu�au milieu du XIXe s. environ. Il faudrait, entre autres, citer Platon*, qui aper�ut l�importance de la division du travail et des conditions �conomiques, g�ographiques, d�mographiques de la vie sociale, Aristote*, attentif aux facteurs de la vie en soci�t�, aux formes de l��change et au passage de l��conomie naturelle � l��conomie mon�taire, puis, dans les d�buts de notre �re, les P�res de l��glise, notamment saint Augustin*, saint Thomas* d�Aquin, et, dans le monde islamique, ibn Khald&#x16B;n*, qui, au XIVe s., d�celait les rapports entre l�organisation de la production, les structures sociales et la psychologie collective. � partir de la Renaissance, � travers l��poque classique et au Si�cle des lumi�res, quelques grands noms m�ritent d��tre retenus �</p><p>entre beaucoup d�autres � qui offrent l�approche de plus en plus d�lib�r�e des ph�nom�nes sociaux. Les uns</p><p>furent guid�s par la th�orie politique ou historique, comme Machiavel*, Jean Bodin*, Hobbes*, Locke*, Bossuet*, Jean-Jacques Rousseau*, Vico*, Condorcet* ; d�autres, par la m�thode statistique ou d�mographique, comme Malthus* et A. Qu�telet ; d�autres encore, par l��conomie politique, comme les physiocrates, Adam Smith*, Jean-Baptiste Say* ; d�autres enfin, par les �tudes juridiques, tels Grotius et</p><p>Montesquieu*.</p><p>Cette �volution, ainsi nourrie par des impulsions et des courants divers, conduisit aux approches de la sociologie proprement dite avec certaines downloadModeText.vue.download 263 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10218</p><p>parties de l�oeuvre de Claude Henri de Saint-Simon*, qui, sous le nom de physique sociale, projeta la cr�ation d�une science positive des faits politiques et sociaux et � qui Durkheim devait attribuer un grand r�le dans la cr�ation de la sociologie.</p><p>Les pionniers</p><p>Cependant, c�est Auguste Comte* qui non seulement inventa le mot de sociologie, d�finie par lui comme l�� �tude positive de l�ensemble des lois fondamentales propres aux ph�nom�nes sociaux �, mais aussi en marqua la place �minente au sommet de la hi�rarchie des sciences. Ancien secr�taire et collaborateur de Saint-Simon, il abandonna la � physique sociale � de celui-ci et s�effor�a de d�limiter pour la � sociologie � un domaine v�ritablement sp�-</p><p>cifique, en caract�risant son objet par les notions, fondamentales selon lui, de</p><p>� consensus social � et d�� existence sociale �. Quant � la m�thode de cette nouvelle science, elle devait �tre, dans le dessein de son fondateur, positive, � la fois inductive et d�ductive, orient�e vers la recherche des lois, fond�e sur l�observation, mais sans �carter la th�orie et les hypoth�ses a priori.</p><p>Enfin, sans briser pour autant l�unit� de la sociologie, Comte y distinguait deux parties : d�une part, la statique sociale, qui est � th�orie de l�ordre �, � �tude fondamentale des conditions d�existence de la soci�t� �, � analyse approfondie et d�velopp�e de l�ensemble des conditions d�existence communes � toutes les soci�t�s humaines, et des lois d�harmonie correspondantes � ; d�autre part, la dynamique sociale, qui est</p><p>� th�orie du progr�s �, explication du d�veloppement de la soci�t�, � �tude des lois de son mouvement continu �.</p><p>Apr�s avoir �tabli dans son Cours de</p><p>philosophie positive une distinction entre statique et dynamique analogue � celle qui existe en biologie entre anatomie et physiologie, Comte, dans son Syst�me de politique positive, pr�f�ra insister sur leur compl�mentarit�, la r�alit� sociale apparaissant sous son aspect invariable dans la statique et sous son aspect modifiable, historique, dans la dynamique.</p><p>Partiellement contemporain du fondateur du positivisme, Karl Marx* est consid�r� lui aussi comme l�un des pionniers de la sociologie, bien qu�il n�ait pas contribu� � consacrer ce terme et qu�il n�ait pas d�ailleurs d�limit� la science des faits sociaux, qui appara�t dans son oeuvre comme ins�-</p><p>parable d�une philosophie de l�histoire et d�une conception de l��conomie politique, et finalement comme un des aspects du mat�rialisme historique et dialectique. Cependant, son oeuvre apporte plusieurs contributions majeures � la sociologie. D�abord, en adaptant la m�thode dialectique de Hegel � l��tude du devenir des soci�t�s, Marx a dot� la sociologie d�un instrument d�analyse remarquable. Cependant, ainsi que l�a signal� Henri Lefebvre, ce serait limiter la port�e de cette innovation que d�identifier m�me implicitement sa mise en oeuvre � une sociologie g�n�-</p><p>rale �tablissant une fois pour toutes les lois de l��volution de l�humanit�, alors que le marxisme a con�u une science historique du d�veloppement de l��tre humain � tous les niveaux de son activit� pratique. C�est pourquoi, selon le m�me commentateur : � Marx n�est pas un sociologue, mais il y a une sociologie dans le marxisme. � D�autre part, Marx a montr� que � le tout social est quelque chose d�autre que la somme de ses parties �, et Georges Gurvitch porte aussi � son cr�dit l�int�gration de l�activit� �conomique dans le ph�nom�ne total de la soci�t�, l��tude des classes sociales et celle des id�ologies.</p><p>Parmi les pionniers, il faudrait citer encore Fr�d�ric Le Play (1806-1882), qui a orient� les m�thodes de la science sociale vers les recherches concr�tes, Alexis de Tocqueville*, que Raymond Aron*, � juste titre, place au nombre des grands inspirateurs de la sociologie moderne pour sa mani�re d�aborder les</p><p>ph�nom�nes d�institutions politiques, et surtout Herbert Spencer*, qui, malgr� son �volutionnisme simplifi� fond� sur le passage de l�homog�ne � l�h�t�-</p><p>rog�ne, et malgr� sa th�orie animiste de la religion aujourd�hui d�pass�e, a influenc� la sociologie anglo-saxonne par ses efforts pour rapprocher les sciences humaines des sciences de la nature, par ses analyses de la soci�t� industrielle, par son empirisme constructif et par sa recherche des fonctions et des structures.</p><p>L��cole durkheimienne</p><p>Il n�est sans doute pas exag�r� de d�signer �mile Durkheim* comme le principal fondateur de la sociologie moderne et comme celui qui, le premier, donna � cette discipline sa coh�-</p><p>rence scientifique, son domaine pr�cis, ses m�thodes les plus s�res, en m�me temps qu�il la faisait entrer dans la voie des r�alisations. Son livre intitul� R�gles de la m�thode sociologique (1894) a �t� pendant longtemps et reste encore, � bien des �gards, le manifeste de la sociologie scientifique. Durkheim y d�finit d�abord le fait social par son ext�riorit� � l��gard des consciences individuelles, par l�action coercitive qu�il est susceptible d�exercer sur elles, par sa g�n�ralit� et son objectivit�. Il exige pour la sociologie qu�elle exprime les faits sociaux par des faits sociaux et soit ainsi ind�pendante des autres sciences. Il met en lumi�re l�importance de la notion de milieu social et le r�le de la typologie sociale.</p><p>Dans ses autres ouvrages, Durkheim a mis en oeuvre ces principes, par exemple en utilisant les statistiques et en d�couvrant des explications proprement sociologiques aux divers types de suicide, en �tablissant une distinction entre d�une part la solidarit� m�canique qui impose la coh�sion sociale sans beaucoup diff�rencier les fonctions et d�autre part la solidarit� organique, fond�e sur la division des t�ches sociales, produisant un nouveau type de valeurs et d�veloppant la personne humaine. Enfin, il a voulu, � partir de l��tude des soci�t�s primitives, montrer comment la religion se d�veloppe � partir du principe sacr�, qui, lui-m�me, prend racine dans l�ascendant</p><p>qu�exerce le groupe social sur l�individu, et il s�est efforc� de fonder un nouveau rationalisme sur l�universalit� du fait social en montrant comment les principes de notre logique sont pr�figur�s par les formes �l�mentaires de la vie sociale.</p><p>Autour de Durkheim s��tait consti-tu�e une �cole sociologique fermement attach�e � cette conception de la sociologie scientifique et group�e au sein de la r�daction de l�Ann�e sociologique, qui comprenait notamment Paul Fauconnet, Maurice Halbwachs, Georges Davy, auteur d�une �tude sur les origines sociales du droit contractuel, et Marcel Mauss*, chez qui Claude L�vi-Strauss* a trouv� un pressentiment de la m�thode qu�il allait lui-m�me d�velopper sous le nom de structuralisme*</p><p>et d�anthropologie* structurale.</p><p>L��cole durkheimienne a exerc� une influence consid�rable dans le monde, et c�est elle qui a contribu� � donner � la sociologie son statut d�finitif parmi les sciences humaines et qui a maintenu, face � un empirisme � courte vue ou � une divagation �loign�e des r�alit�s, la n�cessit� d�une �troite union entre la th�orie et la recherche exp�-</p><p>rimentale. Cependant, certains de ses disciples, notamment Georges Davy, ont mis en garde contre une interpr�tation trop � sociologiste � de la doctrine, en montrant que la fondation de la sociologie comme science n�implique pas que tout le ph�nom�ne humain soit r�ductible � des faits sociaux ; et, parmi les repr�sentants des autres sciences humaines, des critiques se sont �lev�es contre l�imp�rialisme sociologique de la doctrine durkheimienne �troitement interpr�t�e, ou contre une trop grande tentation d�assimiler la m�thode sociologique � celle des sciences de la nature, ou encore contre un rationalisme trop r�ducteur.</p><p>Les autres fondateurs</p><p>C�est pourquoi, parmi les fondateurs de la sociologie, il faut ranger aussi ceux qui ont le plus contribu� � �viter des exc�s et � maintenir des ouvertures. Ainsi, V. Pareto*, � partir d�une r�flexion sur l��conomie politique, a d�fini la sociologie comme la science</p><p>des actions humaines et �tabli une distinction classique entre les actions logiques et les actions non logiques, dans lesquelles le but objectif diff�re du but subjectif et qui comportent un �l�ment constant (le r�sidu) et des justifications (les d�rivations). B. Malinowski* peut �tre consid�r� comme le p�re du fonctionnalisme* : il pose en effet en principe que toute culture li�e � un syst�me social donne � celui-ci un sens qui permet d�interpr�ter les ph�-</p><p>nom�nes sociaux, notamment les institutions, comme des �l�ments ayant une fonction par rapport � cet ensemble.</p><p>C�est probablement Max Weber* qui, avec Durkheim, a exerc� l�influence la plus consid�rable sur les orientations de la sociologie moderne. Non seulement il a donn� l�exemple d�analyses sociologiques en �tudiant les rapports entre l��thique protestante et l�esprit du capitalisme*, en d�finissant le pouvoir charismatique ou la bureaucratie*</p><p>et en posant la distinction, que devait ensuite approfondir Ferdinand T�nnies (1855-1936), entre le lien soci�taire et le lien communautaire, mais surtout il a montr� les diff�rences entre les sciences humaines et les sciences de la nature, les premi�res ayant � examiner des faits singuliers qu�il n�est pas possible d�expliquer par le recours � la causalit� et qu�il s�agit plut�t de comprendre en d�couvrant leur sens et leur rationalit�. Cette sociologie compr�hensive suppose la construction de</p><p>� types id�aux � (comme par exemple celui du � capitalisme �) qui sont des sch�mas d�interpr�tation exprimant la coh�rence de la r�alit� sans la reproduire int�gralement, mais en en d�gageant les traits significatifs.</p><p>Enfin, il faudrait peut-�tre ajouter au nombre des fondateurs de la sociologie, dans une p�riode un peu plus r�cente, Georges Gurvitch*, qui downloadModeText.vue.download 264 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10219</p><p>a insist� sur la n�cessit� d�allier la th�orie et la recherche empirique, de concilier le d�terminisme social avec la libert� humaine et qui a surtout affin� et class� les concepts sociologiques</p><p>en multipliant les distinctions typologiques pour saisir sous tous ses aspects une totalit� complexe, �tag�e selon des paliers en profondeur et perm�able � la dialectique.</p><p>Telle qu�elle est sortie de l�oeuvre de ces pr�curseurs, de ces pionniers, de ces fondateurs, marqu�e tout particuli�rement par le d�sir qu�avait Durkheim de l��riger comme science et par le souci qu�avait Max Weber de respecter la singularit� du ph�no-m�ne humain, la sociologie, travaill�e par des courants souvent divergents, �cartel�e entre des sp�cialisations de plus en plus nombreuses, sollicit�e par des arri�re-pens�es syst�matiquement critiques ou justificatrices de la soci�t� existante, poursuit l�accomplissement d�une vocation multiple ; tout en cherchant encore sa voie, elle a suffisamment d�montr� sa n�cessit� pour s�imposer maintenant comme l�un des �l�ments indispensables de toute culture moderne.</p><p>J. C.</p><p>�. Durkheim, De la division du travail social (Alcan, 1893 ; nouv. �d., P. U. F., 1967) ; le Suicide (Alcan, 1897 ; nouv. �d., P. U. F., 1967) ; les Formes �l�mentaires de la vie religieuse.</p><p>Le syst�me tot�mique en Australie (Alcan, 1912 ; nouv. �d., P. U. F., 1960). / G. Davy, la Foi jur�e (Alcan, 1922). / M. Weber, Gesammelte Aufs�tze zur Wissenschaftslehre (Tubingen, 1922, 2e �d., 1951 ; trad. fr. partielle Essais sur la th�orie de la science, Plon, 1965). / G. Gurvitch, la Vocation actuelle de la sociologie (P. U. F., 1949 ; nouv. �d., 1960-1963, 2 vol.). /</p><p>G. Gurvitch (sous la dir. de), Trait� de sociologie, t. I (P. U. F., 1958). / H. Lefebvre, Sociologie de Marx (P. U. F., 1966). / M. Mauss, Sociologie et anthropologie (P. U. F., 1950 ; nouv. �d., 1966). / G. Perrin, Sociologie de Pareto (P. U. F., 1966). / R. Aron, les �tapes de la pens�e sociologique (Gallimard, 1967). / J. Cazeneuve, la Sociologie de Marcel Mauss (P. U. F., 1968). /</p><p>P. Arnaud, Sociologie de Comte (P. U. F., 1969). /</p><p>Encyclop�die de la sociologie (Larousse, 1975).</p><p>LA SOCIOLOGIE ET</p><p>LES SOCIOLOGIES</p><p>Les initiateurs de la sociologie cares-saient l�espoir de d�gager les lois les plus g�n�rales, celles de l�ordre collectif aussi bien que celles de l��volution historique. Auguste Comte, Karl Marx,</p><p>Max Weber, �mile Durkheim et Vilfredo Pareto ont nourri la m�me ambition, alors m�me qu�ils conf�raient � l�aventure humaine des significations diff�rentes, sinon oppos�es. � tout le moins s�accordaient-ils pour reconna�tre � la sociologie une vocation de synth�se, malgr� leurs dissensions � propos de l�objectivit� et des m�rites de l�analyse.</p><p>Aujourd�hui, la pens�e sociologique reste domin�e par la tradition qu�ils ont ouverte. Les inqui�tudes, les obses-sions et les probl�mes demeurent identiques. � cet �gard, le regard du sociologue ne se confond ni avec celui de l�historien, ni avec celui du philosophe.</p><p>Il reste que la sociologie est confront�e � un double d�fi. Le premier occupe depuis longtemps le devant de la sc�ne.</p><p>Les proc�dures de la sociologie sont tr�s diverses, et aucune ne s�est impos�e de fa�on indiscut�e. Chacune pa-ra�t solidaire d�une certaine image � la fois de la soci�t� et de la place qu�y occupent ses membres. La question surgit alors de savoir ce qu�il reste de commun entre une sociologie � base d�enqu�tes, interrogatrice de l�opinion, et celle, non moins importante, qui est soucieuse d��tablir un diagnostic global sur la soci�t� et capable de laisser entrevoir son devenir.</p><p>Le second d�fi, au moins aussi</p><p>important que le pr�c�dent, r�sulte de l�actuelle division de la discipline.</p><p>Aujourd�hui vou�e � l�analyse autant qu�� la synth�se, la sociologie a �clat� en un grand nombre de secteurs tr�s diff�rents les uns des autres. Au demeurant, la liste des questions qui lui sont pos�es ne cesse de s�allonger. Elle para�t d�autant plus in�puisable que, le plus souvent, on suppose la sociologie capable de combler les vides laiss�s par l�ignorance ou l�incomp�tence d�autres disciplines comme la d�mographie, l��conomie politique et m�me l�histoire.</p><p>Ainsi, la sociologie peut faire aujourd�hui songer � l�image du manteau d�Arlequin. Elle est �cartel�e entre l�id�al d�objectivit�, que symbolisent les enqu�tes par sondages, et l�ambition de proph�tiser, qui transfigure le savant</p><p>en nouveau devin. Quelles sont les caract�ristiques communes � ces multiples recherches qui, faute de mieux parfois, se disent sociologiques ?</p><p>Les divisions de</p><p>la sociologie</p><p>Les faits sociaux s�inscrivent dans des cadres plus ou moins larges ; les types d�analyse choisis pour les appr�hender sont divers ; enfin, les questions soulev�es par le sociologue d�finissent un certain nombre de grandes orientations.</p><p>Cette diversit� des cadres, des proc�-</p><p>dures et des questions soulev�es permet de d�gager les principaux crit�res autorisant la classification des recherches sociologiques contemporaines.</p><p>La classification par le cadre du fait social observ� fait appara�tre, selon Raymond Boudon, trois cat�gories principales de recherches. Dans une premi�re cat�gorie, on trouve par exemple l��thique protestante et l�esprit du capitalisme, de Max Weber, aussi bien que De l�esprit des lois, de Montesquieu. Dans le cadre de la soci�t� globale consid�r�e dans son ensemble, l�un et l�autre se hasardent � expliquer la coh�sion d�un cadre social ainsi que les m�canismes de son changement permanent. Une deuxi�me cat�gorie se donne pour cadre ce que le sociologue fran�ais appelle des � segments sociaux �. Ainsi, par exemple, l��tude par sondage des comportements �lectoraux. En ce cas, l�attention du chercheur se concentre sur les attitudes individuelles face � certaines questions sociales. Enfin, une derni�re cat�gorie de recherches choisit pour cadre des unit�s sociales � naturelles �</p><p>telles que la famille, le village, une administration publique ou une entreprise priv�e. Chacune de ces collectivit�s est justiciable d�une observation scrupuleuse o� se m�lent les entretiens, l�analyse de documents, le contact avec la l�exp�rience v�cue des principaux acteurs sociaux.</p><p>La classification par les types d�analyse est assur�ment plus malais�e. Elle trahit incroyablement les pr�f�rences du sociologue et marque par cons�-</p><p>quent sa solidarit� avec la signification qu�il pr�te � l�aventure humaine et</p><p>au destin collectif. Ainsi le fonctionnalisme, m�me sous sa forme la plus att�nu�e, tend � expliquer les faits sociaux � une institution, un rite social, un comportement de groupe � par le r�le qu�ils jouent dans le devenir de la collectivit� et par la mani�re dont ils sont reli�s les uns aux autres. L�analyse fonctionnaliste explique la famille par les diverses fonctions qu�elle assume, comme elle contribue � comprendre l�action des partis politiques par le r�le qu�ils remplissent dans la conqu�te ou la conservation du pouvoir. De la m�me mani�re, le marxisme et les n�o-marxistes recommandent, pour comprendre l��volution des soci�t�s, de concentrer l�attention sur les divers conflits, source de renouvellement des valeurs collectives et du rapport de force entre les classes sociales.</p><p>Issu de l�ethnologie et de la linguistique, le structuralisme sugg�re au sociologue de consid�rer les institutions et les relations sociales comme les expressions analogiques et convergentes d�une m�me logique, d�un m�me principe, d�une structure identique ou d�un mod�le unique. Cet effort est nourri par l�espoir de trouver une certaine coh�sion de structures dans l�apparente incoh�rence des r�alit�s sociales et des �v�nements.</p><p>L�entreprise de Talcott Parsons</p><p>vise � d�passer � la fois le fonctionnalisme et le structuralisme. Baptis� un peu h�tivement structuro-fonctionnaliste, l�effort du sociologue am�ricain consiste � consid�rer la soci�t� comme un syst�me dont la survie et le changement d�pendent d�un certain nombre de conditions qu�il convient pr�cis�-</p><p>ment de mettre en lumi�re.</p><p>On peut �galement classer les recherches en prenant en consid�ration le type de question pos� par le sociologue. Ce crit�re permet de distinguer, � la suite de Guy Rocher, trois orientations principales. La premi�re est celle de l�action sociale : elle r�-</p><p>pond � la question de savoir pourquoi les collectivit�s humaines existent et se maintiennent. Corr�lativement, elle envisage les m�canismes qui permettent l�insertion de l�individu dans les diverses collectivit�s. La seconde</p><p>orientation soul�ve la question de l�organisation* sociale : comment s�organisent et se structurent les cadres proprement sociaux de la vie humaine ? La troisi�me orientation correspond � la probl�matique du changement* social et de l�action historique : comment les soci�t�s �voluent-elles ? � la faveur de quels m�canismes le changement peut-il surgir ?</p><p>La signification de</p><p>cette division</p><p>Les trois crit�res qui permettent de rendre compte de la division du travail sociologique se combinent et font appara�tre un certain nombre de domaines de recherches, de champs d�investigation, in�galement explor�s aux diff�rentes �poques historiques.</p><p>Les p�rip�ties de la sociologie politique* trahissent cet enracinement de la discipline dans la soci�t�. Son ambition � la fois la plus ancienne et la plus c�l�bre fut d��tablir une typologie g�n�rale des r�gimes politiques. Les institutions �taient d�crites dans leur agencement ou bien dans leur fonctionnement. Devenue moins ambitieuse, la sociologie politique concentre l�attention sur les partis, les groupes organis�s et les groupes de pression qui rivalisent pour conqu�rir le pouvoir ou pour l�influencer. Ce n�est pas un hasard si les downloadModeText.vue.download 265 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10220</p><p>�tudes de sociologie �lectorale se sont d�velopp�es avec la mode des enqu�tes par sondages.</p><p>L�histoire r�cente de la sociologie du travail* atteste �galement l�enracinement de la recherche. Tr�s longtemps, l�attention des sociologues fut essentiellement retenue par cette organisation scientifique du travail � laquelle F. W. Taylor attacha le premier son nom. Il s�agissait principalement de r�pondre aux exigences de rationalisation sociale n�es des r�actions des travailleurs au nouvel ordre industriel. La recherche �tait donc strictement inf�o-d�e � une certaine demande sociale. �</p><p>cet �gard, elle semble issue du mouvement ouvrier et de l�interventionnisme de l��tat plut�t que du d�veloppement industriel lui-m�me.</p><p>Au cours des vingt derni�res ann�es, la vogue des relations humaines et les contraintes diverses du changement ont permis d�envisager l�entreprise* comme organisation sociale, et non plus seulement comme une entit� �conomique. Ce changement des perspectives invitait � mettre l�accent sur les diff�rents groupes constitutifs de l�entreprise et sur leurs relations respectives avec les objectifs et l�am�nagement de l�ensemble.</p><p>Enfin, la sociologie du travail �largit progressivement son champ de vision jusqu�� constituer une r�ponse ou une tentative de r�ponse aux d�fis de la soci�t� industrielle. Le travail salari� cesse d��tre �tudi� isol�ment pour devenir un �l�ment parmi d�autres du genre de vie nouveau, n� de la civilisation industrielle.</p><p>Ainsi, la sociologie s�ouvre � des champs nouveaux d�investigation : le logement*, les loisirs* et surtout les communications* de masse (grande presse, radiodiffusion et cin�ma).</p><p>Avec la sociologie de l��ducation, on a sans doute l�exemple le plus convaincant d�un domaine explor� sous la pression d�une inqui�tude collective � la fois br�lante et �quivoque.</p><p>Les sp�cialit�s de la sociologie sont donc nombreuses. Affaire de professionnels patent�s ou de professeurs d�sint�ress�s, la sociologie appara�t d�sormais � travers des divisions � la fois conventionnelles et relatives.</p><p>Conventionnelles ou, si l�on pr�f�re,</p><p>� op�ratoires �, comme l�attestent les variations de la division du travail sociologique. Relatives � plusieurs titres.</p><p>D�abord en raison de l�historicit� de la discipline, ce qui constitue un obstacle suppl�mentaire sur la voie du d�sint�-</p><p>ressement scientifique. Ces divisions sont relatives �galement au regard des progr�s de l�analyse scientifique : bien qu�aucune th�orie g�n�rale ne fasse aujourd�hui l�unanimit�, la technologie sociologique n�a pas cess� de se per-</p><p>fectionner depuis les vingt ou trente derni�res ann�es.</p><p>� d�faut d�une th�orie g�n�rale de la soci�t� et de son devenir, la sociologie semble paralys�e par la diversit� de ses approches, de ses types d�observation et de ses proc�dures de v�rification ou de falsification. Fatalit� providentielle ou immaturit� provisoire ?</p><p>F. B.</p><p>L. Festinger et D. Katz (sous la dir. de), Research Methods in the Behavioral Sciences (New York, 1953 ; trad. fr. les M�thodes de recherche dans les sciences sociales, P. U. F., 1959, 2e �d., 1963, 2 vol.). / G. Gurvitch (sous la dir. de), Trait� de sociologie (P. U. F., 1958 ; 2 vol.). / F. Bourricaud, Esquisse d�une th�orie de l�autorit� (Plon, 1961). / A. Inkeless, What is Sociology ; an Introduction to the Discipline and Profession (Londres, 1964). / R. Boudon et P. Lazarsfeld, le Vocabulaire des sciences sociales (Mouton, 1965). / J. Duvignaud, Introduction � la sociologie (Gallimard, 1966). / R. Aron, les �tapes de la pens�e sociologique (Gallimard, 1967). / R. Boudon, l�Analyse math�matique des faits sociaux (Plon, 1967). / P. Bour-dieu, J.-C. Passeron et J.-C. Chamboredon, le M�tier de sociologue (Mouton et Bordas, 1968).</p><p>/ J. Cazeneuve et D. Victoroff (sous la dir. de), la Sociologie (Deno�l, 1970). / P. Lazarsfeld, Philosophie des sciences sociales (trad. de l�am�ricain, Gallimard, 1970). / J. Cazeneuve, A. Akoun et F. Balle, Guide de l��tudiant en sociologie (P. U. F., 1971). / J. Golfin, les Cinquante Mots cl�s de la sociologie (Privat, Toulouse, 1972). /</p><p>J. Sumpf et M. Hugues, Dictionnaire de sociologie (Larousse, 1973).</p><p>LE SOCIOLOGUE</p><p>ET LA CIT�</p><p>Dans la soci�t� industrielle avanc�e, les sociologues semblent r�gner partout, partageant leur pouvoir avec leurs confr�res en sciences humaines, les psychologues. Mais, devant le peu de poids r�el qu�ils ont dans la conduite des affaires du monde, il faut bien soup�onner un immense malentendu, comme si le go�t des mass media � tout expliquer � partir du � social � entra�-</p><p>nait un glissement associatif au profit (ou aux d�pens) du sociologue. Pour mesurer la place, dans la cit� moderne, de la sociologie et des sociologues, il n�est donc pas inutile d�analyser</p><p>l�image qui en circule.</p><p>Dans la soci�t� moderne, le sociologue tend � prendre en charge les mythes qui s�agglutinaient auparavant dans l�image du philosophe ou dans celle, plus lointaine, du chaman.</p><p>Accr�dit� d�un savoir scientifique et de capacit�s d�interventions techniques, le sociologue se voit promu � la fonction de � grand gu�risseur �</p><p>des mal�dictions sociales que suscite le progr�s : le mal des grands ensembles, celui des transports en commun, les maladies du monde de la politique ou celles du monde du travail. Le directeur d�usine lui demandera les moyens de r�gler les tensions et conflits qui affaiblissent le rendement de son entreprise et de faire accepter par ceux qui auront � la supporter la rationalisation technique, source de nouveaux profits.</p><p>Le promoteur et l�architecte qu�man-deront des conseils afin de donner � la ville, au quartier, � l��lot d�habitation des dimensions humaines, etc.</p><p>Dans le m�me temps o� s�institue cette image du sociologue � grand sorcier � s�en forge une autre qui est l�ombre port�e n�gative. Le sociologue, h�ritier du sophiste, dont on sait qu�il avait, dans la cit� grecque, la fonction politico-p�dagogique d�enseigner au d�magogue son art, est d�fini comme le grand distributeur de mots (et donc de maux). Il transpose au niveau du discours les probl�mes de la communaut� et les soumet, ainsi, � un imperium : celui de la rationalisation id�ologique. Id�ologue, le sociologue �rige n�importe quelle difficult� de seconde importance, dans le fonctionnement de la communaut�, en pro-</p><p>bl�me d�ordre g�n�ral ayant la dignit� d�un sympt�me r�v�lateur de la nature cach�e du social. Au sociologue technicien muet et efficace, sorte d�assis-tante sociale de la soci�t� industrielle, r�pond ainsi un sociologue id�ologue qui construit une image doctrinale du tout social et en induit des conduites collectives.</p><p>Il est difficile de ne pas voir que cette opposition se retrouve tout au long de l�histoire de la sociologie, depuis ses origines, dans la dualit� sociologie empirique (sociologie d�enqu�tes) �</p><p>sociologie synth�tique (construction de doctrines) : faut-il le rappeler, la sociologie est n�e du double besoin de comprendre la r�volution industrielle (de lui donner une signification) et de lui fournir les instruments collectifs n�cessaires � son fonctionnement.</p><p>D�une part, en r�ponse aux profondes modifications que conna�t le paysage social en ces d�buts du XIXe s., donner le syst�me de repr�sentations et de valeurs dont les nouvelles soci�t�s ont besoin pour organiser la pratique des agents sociaux ; d�autre part, en fonction du besoin de rationalisation dans une soci�t� de masse, d�velopper des techniques d�information administratives : les enqu�tes.</p><p>Et cette dualit�, qui oppose au fond la finalit� philosophique et la finalit� administrative et gestionnaire, se retrouve encore dans ce qui diff�rencie aujourd�hui sociologie am�ricaine et sociologie europ�enne. Aux �tats-Unis, la sociologie est d�abord et avant tout une profession. Les sociologues am�ricains ne se r�fugient pas dans des constructions intellectuelles d�autant plus grandioses qu�elles naissent et se d�veloppent dans l�aire aseptis�e et gratuite de l�universit� et des instituts de recherche. Ils se veulent hommes de m�tier, profond�ment engag�s dans la vie sociale r�elle et organisant la d�-</p><p>fense de leurs int�r�ts professionnels.</p><p>� l�oppos�, les sociologues euro-p�ens ont longtemps d�velopp� une</p><p>� sociologie de professeurs �, s�pa-r�s qu�ils �taient (et pas toujours de leur fait) de l�ar�ne sociale et cantonn�s dans les monast�res de la vie intellectuelle, disputant la supr�matie � d�autres docteurs en id�ologie.</p><p>Dans le cas am�ricain, le sociologue tend � se faire myope quant au sens politique de ses pratiques, se souciant avant tout de savoir-faire et de r�ussite dans des interventions ponctuelles.</p><p>Dans le cas europ�en, le sociologue se targue d�une relation claire et pure avec la soci�t� � laquelle il appartient.</p><p>Il s�en fait � librement � la conscience, l�gitimatrice et conservatrice ou critique et r�volutionnaire, mais se d�-</p><p>sole de pr�cher dans le d�sert. Si les exemples de cette attitude d�une sociologie juge et l�gislatrice ne manquent</p><p>pas, on conna�t moins la situation des sociologues am�ricains. Aussi des exemples peuvent-ils se justifier.</p><p>En 1963, des officiers du Service de recherche et de d�veloppement de l�arm�e am�ricaine con�oivent le projet connu sous le nom de � projet Camelot �. Il s�agit d�envoyer, notamment en Am�rique latine, des chercheurs en sciences sociales avec pour mission de rep�rer les sympt�mes de mauvais fonctionnement des nations de cette r�gion et de d�terminer les actions capables d�enrayer les maux constat�s. Le scandale �clate au Chili, dont le gouvernement proteste aupr�s de l�ambassade am�ricaine contre une entreprise qu�il assimile � une intervention contre-r�volutionnaire � l�int�-</p><p>rieur d�un pays � l�insu des autorit�s l�gales. Le S�nat am�ricain cr�e une commission d�enqu�tes, et l�arm�e, en ao�t 1965, annule un projet qui portait sur plusieurs millions de dollars.</p><p>Comme l��crit le sociologue am�ricain Irving Louis Horowitz dans un article downloadModeText.vue.download 266 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10221</p><p>de novembre 1965 paru dans Action Magazine : � [...] En ne s�interrogeant pas sur les buts de son client et sur son client lui-m�me, le professionnel de la sociologie [...] ne fonctionne pas seulement comme professionnel des recherches appliqu�es, mais tout simplement comme espion. �</p><p>Les choses ne sont pas, la plupart du temps, aussi spectaculaires que le donne � croire notre exemple. Mais il est de fait que le sociologue est soumis aux puissances financi�res dans la mesure m�me o� il d�pend d�une client�le. Comme l��crit P. Lazarsfeld : � Il est exact qu�il y a beaucoup de choses qu�on n��tudie pas aux �tats-Unis parce qu�on ne trouve pas l�argent pour les financer. Des sujets, par exemple, comme le probl�me de la corruption, les rapports entre le Congr�s et l�industrie ou la participation des ouvriers aux d�cisions de l�entreprise. � Il est vrai qu�il ajoute : � Si un sociologue voulait consacrer sa vie � de telles recherches,</p><p>il finirait bien par trouver quelqu�un pour les financer [...]. Il est vrai que cela risque d��tre long et difficile. Il y a de fortes chances qu�il se d�courage avant et pr�f�re devenir professeur... �</p><p>Depuis une d�cennie, on assiste � une mutation de la sociologie am�ricaine, une sorte de � crise de conscience � qui aboutit � faire de certains sociologues des � sociologues-critiques �, militant avec les � radicaux �, mais plus souvent des sociologues � critiques de la sociologie � et qui s�enferment dans la � sociologie de la sociologie � (en France, on pr�f�re l��pist�mologie de la sociologie). Par une sorte de chass�-</p><p>crois� insolite, les sociologues europ�ens se veulent de plus en plus des techniciens capables d�interventions limit�es, mais r�elles.</p><p>Il faut voir, dans tout cela, la confirmation que la sociologie est tributaire de la double demande qui est � ses origines : demande technique d�int�-</p><p>gration des agents sociaux et de rationalisation, demande id�ologique de discours qui relaient les anciennes rh�-</p><p>toriques sacr�es (celles du mythe, de la religion, de la philosophie, etc.).</p><p>Par-del� ces images, par-del� ces difficult�s du m�tier de sociologue, quelle est aujourd�hui la situation en France ?</p><p>Quelques donn�es de fait : on</p><p>compte entre mille et quinze cents personnes qui tirent la totalit� de leurs ressources d�un emploi de sociologue, auxquelles doit s�ajouter le contingent des enqu�teurs vacataires, des enseignants auxiliaires temporaires, etc.</p><p>Sur ces quinze cents emplois, plus de la moiti� sont constitu�s par des enseignants ou par des chercheurs du C. N. R. S. On peut ainsi mesurer la place (au moins quantitative) des sociologues en France. On voit qu�elle n�est pas � la mesure de ce qu�on croit (et peut-�tre pas non plus � la mesure des besoins). Ajoutons que l�explosion de Mai 1968, qui a fait accuser le sociologue de deux fautes contraires : ne rien avoir pr�vu (ce qui est faux) ; avoir �t� l�agent principal et le fournisseur des troupes et des id�ologies du gauchisme (ce qui est tout aussi faux), a encore r�duit notablement l�influence</p><p>de la sociologie et du sociologue tout en accentuant les mythes le concernant. Quand il r�fl�chit � sa propre pratique dans la soci�t� d�aujourd�hui, le sociologue ne peut manquer de se poser cette question : � La sociologie est-elle un instrument au service de l�ordre �tabli (donc un instrument d�oppression) ou, tout au contraire, un instrument de d�voilement de la r�alit� sociale (donc un instrument de lib�ration) ? � Il est certain que la sociologie contribue � l�am�lioration de l�organisation sociale. Par l� m�me, elle porte la soci�t� � changer et d�samorce les forces explosives de la destruction. En ce sens, elle est fondamentalement une pratique r�formiste. Mais la difficult� qu�il y a � �tre sociologue dans des so-ci�t�s totalitaires montre que la sociologie � tol�r�e, voire exig�e par des soci�t�s qui assument leur historicit� et leur perfectibilit� � est re�ue comme une menace par les soci�t�s bloqu�es, grosses, en fait, d�explosions brutales, brutalement contenues. Dans une so-ci�t� (la soci�t� industrielle avanc�e) qui conna�t une perp�tuelle transformation de son sol et de ses mentalit�s ; dans une soci�t� de la massification o� les agents sociaux sont de plus en plus menac�s dans leur identit� par la perte ou l�affaiblissement des anciens cadres int�grateurs, la sociologie, qu�elle soit science ou qu�elle soit technique, est une n�cessit�, et le sociologue, qu�il soit le m�decin ou simplement le gu�-</p><p>risseur des m�faits du temps, est appel� � prolif�rer.</p><p>A. A.</p><p>La sociologie am�ricaine</p><p>depuis 1945</p><p>Le d�veloppement de la sociologie aux �tats-Unis depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale est certainement remarquable. Pendant les ann�es 1950 et m�me pendant les premi�res ann�es 1960 �</p><p>jusqu�� la renaissance de ce que l�on a appel� la sociologie critique, dont les th�mes d�inspiration constituaient un retour aux</p><p>� penseurs � europ�ens du XIXe s. et une mise en accusation non seulement de la soci�t� am�ricaine, mais de l�id�ologie r�-</p><p>put�e, dominante aux �tats-Unis �, la pr�-</p><p>dominance des sociologues am�ricains a</p><p>�t� � peu pr�s totale, � l�int�rieur des pays occidentaux bien entendu.</p><p>Il y a bien des mani�res d�expliquer cette situation au lendemain de la guerre.</p><p>L��puisement de la pens�e europ�enne r�sulte d�une part d�une fixation obses-sionnelle, et probablement in�vitable, sur une actualit� sinistre. Il trouve aussi son origine dans la grande migration qui attire vers l�Am�rique, puis y retient, � cause des pers�cutions des ann�es 1930-1945, quelques-uns des esprits les plus originaux d�Europe, qui renouvellent radicalement l�atmosph�re intellectuelle aux �tats-Unis.</p><p>Longtemps, la vie intellectuelle am�ricaine �tait rest�e provinciale. En 1945, elle a acquis l�importance qui va, dans beaucoup de domaines, faire de l�Am�rique un centre mondial de recherche et de cr�ation.</p><p>� cette mont�e au z�nith a contribu� d�une mani�re probablement d�cisive, au moins dans le domaine des sciences sociales, le d�veloppement de l�institution universitaire. Le succ�s de la sociologie am�ricaine est �troitement li� � l��panouissement des grandes universit�s. Celles-ci sont devenues un foyer extraordinairement actif, o� les t�ches d�enseignement et de transmission culturelle ont �t� pour ainsi dire organiquement associ�es aux responsabilit�s de l�innovation dans le domaine de la recherche aussi bien que dans le domaine de l�expertise et du conseil.</p><p>Les universit�s ont r�ussi, non sans de tr�s graves difficult�s (dont la chasse aux sorci�res maccartiste � la fin de la guerre froide et l�agitation radicale de la fin des ann�es 1960, qui exprime la protestation d�un large secteur d��tudiants et de professeurs contre l�engagement am�ricain au Vi�t-nam, sont des �pisodes en apparence oppos�s, mais fondamentalement sym�-</p><p>triques), � maintenir une certaine libert� � l��gard des pressions venant de l�ext�rieur et � conduire d�une mani�re relativement autonome leurs entreprises intellectuelles.</p><p>� bien des �gards, le sort de la sociologie comme discipline scientifique et le sort de l�institution universitaire sont indissoluble-ment li�s. L��panouissement de la seconde d�pend de la s�curit� de la premi�re. Cette liaison est probablement plus vraie pour la sociologie que pour n�importe quelle autre discipline, dans la mesure o� la sociologie, en raison de sa relation ambigu� avec le milieu social et l�actualit�, a besoin d�un environnement institutionnel protecteur qui la d�fende contre l�interf�rence meur-</p><p>tri�re des int�r�ts, des pr�jug�s conservateurs, des passions et du tohu-bohu id�ologiques.</p><p>NAISSANCE D�UNE TRADITION</p><p>Le succ�s d�une discipline intellectuelle comme la sociologie am�ricaine ne s�explique pas seulement par la position mondialement dominante du pays o� elle s�est d�velopp�e ni par les conditions relativement favorables de l�institution universitaire qui lui a servi de milieu d�accueil. Il faut aussi tenir compte de ce qu�on peut appeler le degr� de congruence entre l�esprit du temps et la pratique de la discipline consid�r�e. La sociologie am�ricaine a introduit dans l��tude des faits sociaux une attitude tr�s complexe, qui n�est rendue que d�une mani�re grossi�re et caricaturale quand on parle d�empirisme. Il est vrai que la quantit� et la vari�t�, pour ne pas dire l�h�t�rog�n�it� des informations qu�elle traite, est sans pr�c�dent dans l�histoire de la discipline. Les sociologues am�ricains ont �t� amen�s � prendre en compte une foule de donn�es que leurs pr�d�cesseurs europ�ens n�gligeaient ou d�daignaient. Le d�veloppement des �tudes d�opinion y a largement contribu�.</p><p>Mais la curiosit�, une grande libert� dans la s�lection des th�mes de recherche y sont pour beaucoup : l�observation minutieuse de tout petits groupes, de situations marginales �largissait le terroir du sociologue.</p><p>En outre, les fronti�res entre son domaine, celui du psychologue et celui de l�ethnologue �taient d�finies d�une mani�re beaucoup moins d�fensive que chez les Europ�ens, et en particulier chez Durkheim, si obs�d� de ne pas laisser se perdre la � sp�-</p><p>cificit� � du � fait social � dans le � r�duc-tionnisme � psychologique. � l��gard des donn�es de l�exp�rience, les sociologues am�ricains �taient donc disponibles �</p><p>au risque d��tre parfois insuffisamment s�lectifs � et, vis-�-vis de leurs coll�gues des disciplines voisines, ils se montraient relativement coop�ratifs. La coop�ration interdisciplinaire �tait peut-�tre facilit�e par l�organisation des universit�s am�ricaines, o� les � d�partements � ont �t� longtemps plus souples et mieux articul�s que nos facult�s. Si elle a port� ses fruits, c�est surtout qu�elle �tait construite autour des � secteurs de pointe �, o� la probabilit� d�une d�couverte ou du moins d�une</p><p>� perc�e � significative apparaissait la plus prometteuse. Comme l�innovation, ou du</p><p>moins l�id�e nouvelle, est appr�ci�e par un public plus large que les � sp�cialistes �, les sociologues �taient aussi pouss�s � donner � leurs recherches un caract�re</p><p>� op�rationnel �. De cette exigence diffuse r�sultaient deux contraintes. D�abord une pression vers la formalisation quantitative s�imposait, qui devenait irr�cusable non seulement aux � chercheurs � mais aux</p><p>� th�oriciens �. M�me ceux des sociologues am�ricains les plus enclins � s�installer dans des sp�culations de fauteuil (arm-chair theorizing) ont d�, et en g�n�ral plus d�une fois dans leur carri�re, accepter la confrontation avec un � terrain � ou une recherche empirique comportant un contact �troit et prolong� avec un groupe de statisticiens et de praticiens de l�enqu�te empirique. En deuxi�me lieu, le sociologue am�ricain se trouvait et se sentait dans un contact �troit avec les � utilisateurs � �</p><p>priv�s ou publics � de sa recherche. Les conditions �taient ainsi r�alis�es pour que la sociologie en vienne � constituer un champ magn�tique assez puissant, capable non seulement d�attirer, mais de retenir et de coordonner des r�flexions et des recherches venant d�horizons tr�s diff�rents (et par cons�quent d�entrer dans un circuit d��changes non seulement avec des disciplines voisines, mais encore avec downloadModeText.vue.download 267 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10222</p><p>des sp�cialit�s relativement �loign�es, comme la linguistique, la biologie, la cybern�tique et la th�orie de l�information), et parvienne ainsi � �viter la N�m�sis de la pens�e sociale, qui n��chappe que rarement au ghetto d�une intelligentsia arrogante, tapageuse et st�rile.</p><p>Dans l��laboration de cette tradition, plusieurs circonstances tout � fait ind�pendantes ont �t� d�un grand poids. D�abord, il n�est pas indiff�rent qu�� la diff�rence de ce qui s��tait pass� un peu plus t�t en Europe la sociologie am�ricaine ait pris naissance dans un contexte id�ologiquement ouvert, et qui ne pouvait pas peser trop lourdement sur le d�veloppement de la jeune discipline. Sans prendre cette expression en toute rigueur, la sociologie est un peu partout en Europe une r�ponse au d�fi de la r�volution industrielle ou de la r�volution d�mocratique, et accessoire-</p><p>ment elle se pr�sente comme une r�ponse alternative � la r�ponse marxiste � ce d�fi.</p><p>En Am�rique, l�industrialisation prend des formes tr�s sp�cifiques, et la r�volution d�mocratique est d�autant moins ressentie comme un d�fi ou comme une menace que � the first New Nation �, pour parler comme S. M. Lipset, justifie sa s�cession d�avec l�Angleterre de George III au nom de l�id�al d�mocratique d�autod�termination. L�Am�rique du d�but de ce si�cle, o� la sociologie fait son apparition, n��tait pas comme l�Allemagne, l�Italie ou la France impliqu�e dans un d�bat id�ologique o� le passage de la soci�t� traditionnelle � la soci�t� industrielle apparaissait hautement probl�matique, o� la pertinence des solutions socialistes �tait �prement discut�e. Elle �tait d�j�, et de plein droit, install�e dans la soci�t� industrielle ; quant au marxisme et au socialisme, ils n�int�ressaient pas grand monde dans les milieux intellectuels, ni m�me parmi les dirigeants du mouvement ouvrier. Les premiers sociologues am�ricains �taient donc conduits � chercher dans l�observation sociographique les objets de leur int�r�t imm�-</p><p>diat. Ce que l�on a appel� d�une mani�re quelque peu abusive l��cole de Chicago illustre assez bien cette d�marche. La pauvret� des relations raciales, le � zoning �</p><p>�cologique dans des agglom�rations en rapide expansion, qui juxtaposaient des groupes socialement et culturellement tr�s h�t�rog�nes, proposaient des sujets d��tudes o� les grandes g�n�ralisations �taient de peu de secours. Le sociologue qui regardait au microscope la constitution d�un gang ou la transformation d�un quartier acqu�rait � la fois une sensibilit� sociale, une familiarit� aux � social issues �</p><p>qui, vers la m�me �poque, faisaient cruellement d�faut aux sociologues europ�ens.</p><p>Dans la constitution de la tradition sociologique am�ricaine, Chicago a jou� un r�le consid�rable. Mais le livre de Talcott Parsons* The Structure of Social Action, publi� en 1937, juste � la veille de la Seconde Guerre mondiale, en proposant une vue certes discutable de la sociologie europ�enne, non seulement jetait un pont entre les deux rives de l�Atlantique, mais encore engageait les sociologues am�ricains dans les voies de la r�flexion th�orique et syst�matique. Sorokin* avait, d�s le d�but des ann�es 1930, attir� l�attention du public am�ricain sur les grands courants de la pens�e sociologique euro-</p><p>p�enne. Mais il l�avait fait d�une mani�re � la fois dogmatique et encyclop�dique.</p><p>Les principales doctrines y �taient trait�es ou du moins mentionn�es, et dans tous les cas jug�es au nom des opinions tranchantes de l�auteur. L�esprit et les objectifs de The Structure of Social Action sont bien diff�rents. Le livre de Parsons constituait en premier lieu une mise en garde contre l�empirisme sociographique. La science, disait Parsons, n�est pas une pure et simple accumulation de donn�es, mais la mise en rapport de faits, gr�ce � l��tablissement d�un cadre de r�f�rences conceptuel. Il faut que le sociologue apprenne � se poser un petit nombre de questions qui aient un sens et si possible le m�me pour toutes les soci�t�s sur lesquelles il fait porter son observation. Or, dans cette d�marche, trois Europ�ens, Durkheim, Weber et Pareto avaient, selon Parsons, r�alis� quelques progr�s d�cisifs. Bien entendu � et ce fait ajoutait encore � l�importance de leur d�couverte �, chacun avait travaill� dans l�ignorance de ce qu�entreprenaient les deux autres. Mais sans le savoir, et bien qu�en gros ces trois hommes, sensiblement contemporains, eussent relev� d�id�ologies fort diff�rentes sinon oppos�es, ils �taient parvenus � des vues remarquablement convergentes. D�abord, chacun � sa mani�re �tait arriv� � �tablir la sp�cificit� du social, � la fois par rapport � ses d�terminants externes et par rapport � certaines dimensions ou expressions (comme l��conomique, le religieux) avec lesquelles un r�alisme na�f s�obstinait � confondre la soci�t�. Celle-ci n��tait r�ductible ni � son milieu, ni � son pass�, ni aux individus qui la composent, ni aux forces ou aux composantes qui entrent dans la d�termination de son �quilibre. N��tant en aucune fa�on une chose (� mat�rielle � ou � spirituelle �), il reste qu�elle est, qu�elle ne peut �tre qu�un syst�me de rapports. Cette orientation syst�matique, Parsons en signalait toute l�importance en employant dans le titre de son premier livre le terme d�action, qui visait � �viter toute � r�ification � de la soci�t�, et le terme de structure, qui marquait la subordination des �l�ments aux caract�ristiques de l�ensemble dans lequel ils se trouvent inclus.</p><p>La contribution de Parsons est double.</p><p>D�abord, il engage les sociologues � replacer les faits sociaux par rapport � ceux qui leur servent de concomitants ou d�ant�c�-</p><p>dents. Parsons invite ainsi le sociologue � ouvrir son champ de vision. Mais sa m�-</p><p>fiance � l��gard de l�empirisme cru des collectionneurs et des sociographes l�engage � �laborer une esp�ce de grille fondamentale, � la confection de laquelle il consacrera beaucoup de son temps et qui pour beaucoup de ses �l�ves continue � briller dans la nuit comme une esp�ce d�Orient lumineux. Une cons�quence de l�influence consid�rable de Parsons, de son souci persistant de d�gager les conditions de fonctionnement de tout syst�me social, fut de d�tourner les sociologues am�ricains des grands sch�mas �volutionnistes, desquels les grandes sociologies europ�ennes du d�but du si�cle n��taient que tr�s imparfaitement d�gag�es. Et lorsque, relativement tard, autour de 1965, Parsons s�attachera au probl�me du changement social, des conditions qui pr�sident � l�av�nement de formes sociales et culturelles de plus en plus complexes, et nous pr�sentera tr�s explicitement la soci�t� am�ricaine � la mani�re de l��tat prussien dans la philosophie politique de Hegel, comme le terme sinon d�finitif, du moins durable de l�histoire universelle, il essaiera de conduire son analyse � l�aide des cat�gories analytiques qu�il avait pr�alablement �labor�es.</p><p>La tradition sociologique am�ricaine n�a �t� que tr�s peu sensible � l�influence de la pens�e marxiste. On peut y voir au moins trois raisons. D�abord la probl�matique marxiste apparaissait difficilement acceptable � des Am�ricains, m�me radicaux, respirant dans une atmosph�re intellectuelle o� la critique sociale s�alimente davantage aux sources de Stuart Mill, de Henry George, du populisme et du fonda-mentalisme qu�� celles du socialisme europ�en. En deuxi�me lieu, les grands sch�-</p><p>mas marxistes n��taient que de bien peu de secours pour l�analyse des probl�mes sociaux sp�cifiquement am�ricains, comme les relations raciales et ethniques, et ils n�apprenaient pas grand chose sur les questions auxquelles s�int�ressaient les sociologues � partir des ann�es 1940, comme la radio, la t�l�vision, les communications et la culture de masse. Il est vrai que, pendant les ann�es 1930 et la p�riode du New Deal, les intellectuels am�ricains adh�r�rent pour la plupart � une id�ologie progressiste, o� les dogmes marxistes tenaient leur place. Mais cette influence, en d�pit de son extension et de son intensit�, au moins pendant la br�ve alliance des</p><p>� d�mocraties � avec la Russie sovi�tique, si elle p�n�tra profond�ment les journa-</p><p>listes et les gens des media, ne semble avoir laiss� que bien peu de traces dans la sociologie proprement dite. Le fameux Middletown des Lynd ne peut �tre qualifi� de � marxiste � qu�� cause de l�importance qu�attachent les deux auteurs aux relations de production et � la division qu�ils croient reconna�tre, dans une ville moyenne du Middle West de la fin des ann�es 1920, en deux classes, celle des gens qui travaillent de leurs mains et celle des gens qui font travailler les autres. Mais cette opposition rel�ve beaucoup plus chez les Lynd d�une conviction que d�une r�flexion th�orique tr�s serr�e. Le seul domaine o� une certaine influence marxiste, ou plut�t post-marxiste, est perceptible concerne les questions touchant � l�objectivit� dans les sciences sociales. Ideologie und Utopie de Mannheim est traduit avant la Seconde Guerre mondiale par Edward Shils, et la discussion sur les possibilit�s d�une</p><p>� science de la soci�t� � reprendra avec l�ardeur que l�on sait � la fin des ann�es 1960, constituant le th�me central de la sociologie � critique �. Le marxisme n�est pas une doctrine comme les autres ; c�est en quelque sorte la mauvaise conscience de la sociologie am�ricaine.</p><p>LES AMBIGU�T�S DU</p><p>FONCTIONNALISME</p><p>Autour du fonctionnalisme s�est d�roul�e une esp�ce de guerre picrocholine. Pour un certain nombre de gens press�s, toute la sociologie am�ricaine est domin�e par le</p><p>� fonctionnalisme � et s�y r�duit. Le � fonctionnalisme � est � conservateur � � tel n�est pas son moindre d�faut ; il est aussi</p><p>� statique �, indiff�rent � l�histoire, � la diversit� des peuples, de leur culture et de leur d�veloppement. Il sera peut-�tre utile de rappeler aux amateurs de simplification que les deux p�res putatifs du monstre d�clinent toute responsabilit�. Robert K. Merton d�clare que le mot de fonctionnalisme n�a pas de sens, et qu�il suffit de parler d�� analyse fonctionnelle �. Quant � Parsons, il rejoint cette position � quelques nuances pr�s et rejette en tout cas, et de la mani�re la plus expresse, la d�nomination de structuro-fonctionnalisme que certains ont attach�e � son oeuvre.</p><p>Au coeur de l�attitude fonctionnaliste, il y a le parti pris de traiter la soci�t� comme un tout, ou mieux, comme un syst�me. En r�alit�, les deux mots ne sont pas �quivalents, et c�est sans doute pour les avoir confon-</p><p>dus que bien des fonctionnalistes se sont fourvoy�s. C�est d�abord comme tout qu�ils ont vu la soci�t�, en croyant abusivement que le sch�ma d�interd�pendance tenu par eux comme une esp�ce d��vidence m�thodologique les y conduisait n�cessairement. Le sch�ma de l�interd�pendance a diverses sources. L�id�e d�un �quilibre g�n�ral provient de Walras et de Pareto ainsi que des �conomistes n�o-classiques.</p><p>L�id�e d�hom�ostasie est emprunt�e � la biologie. Les ethnologues, Malinowski d�un c�t�, Radcliffe-Brown de l�autre, ont accr�dit� l�id�e que les soci�t�s, parce qu�elles ont � faire face � des exigences � peu pr�s constantes et universelles et parce qu�elles �laborent un ensemble de r�gles � peu pr�s stables, tendent � pr�server et � reproduire leurs mod�les de fonctionnement et d�organisation. Tous ces emprunts, toutes ces assimilations forc�es engendrent des m�taphores, parfois des paradigmes, mais ils ne conduisent pas n�-</p><p>cessairement � l��laboration d�une th�orie ad�quate. Mais ils poussent le sociologue � traiter les faits sociaux sous l�aspect de l�int�gration, c�est-�-dire � les consid�rer principalement, sinon exclusivement, sous le rapport de la contribution qu�ils apportent au maintien de l�unit�, de la coh�-</p><p>sion sociale. La soci�t� est saisie comme un consensus, comme un ensemble d�attentes r�ciproques et stables ; expliquer un fait particulier consiste � montrer comment il constitue une condition n�cessaire � la perp�tuation de cet ensemble.</p><p>George Homans a tr�s bien montr� les ambigu�t�s de cette conception. S�il s�agit d�affirmer qu�un fait social particulier, une institution comme la famille nucl�aire dans les soci�t�s industrielles par exemple, ne prend tout son sens, pour l�observateur au moins, que par rapport � d�autres institutions, et tout sp�cialement celles qui r�gissent les conditions de travail et de r�-</p><p>sidence, et plus g�n�ralement par la place qu�il occupe dans la totalit� sociale, tout le monde sera d�accord. Mais de l� � dire que downloadModeText.vue.download 268 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10223</p><p>l�institution familiale en question a pour fonction de satisfaire les besoins biologiques et psychologiques des couples qui cherchent � �tablir des rapports sexuels</p><p>durables, � engendrer, puis � �lever des enfants, c�est une tout autre affaire. Quant � dire que la famille nucl�aire assure le</p><p>� maintien de la continuit� structurelle �</p><p>caract�ristique des soci�t�s industrielles avanc�es, cette proposition n�est pas plus satisfaisante que la pr�c�dente. En d�autres termes, le fonctionnalisme ne semble pas �tre all� au-del� de l�affirmation d�un principe tr�s g�n�ral, celui de l�interd�pendance g�n�ralis�e. Mais, au moment de sp�cifier comment s�exerce cette interd�pendance, on en serait rest� � des redondances ou � des p�titions de principe.</p><p>En tout cas, ce qui n�a jamais �t� �tabli, c�est que telle institution dans ses particularit�s concr�tes constitue une condition n�cessaire de fonctionnement pour une soci�t� donn�e. De ce r�sultat n�gatif, on peut conclure � l��chec du fonctionnalisme, mais il n�y a pas de raison de renoncer du m�me coup � l�id�e d�une interd�-</p><p>pendance g�n�ralis�e. On peut d�abord, avec Parsons, chercher � �noncer quelles sont les conditions de fonctionnement les plus g�n�rales pour un syst�me social : on s�aper�oit alors que ces conditions sont en petit nombre, mais qu�en aucun cas elles ne peuvent �tre r�duites � une seule � � peine de tautologie. � quoi servirait-il en effet de dire que, pour qu�un syst�me social � fonctionne �, il faut qu�il ait un minimum ? Mais, si nous stipulons que le syst�me doit �tablir avec son milieu externe deux types de relations que nous appelons l�un d�adaptation, l�autre d�atteinte (� goal achievement �), qu�avec son milieu interne, c�est-�-dire avec les individus qui constituent ses �l�ments, et avec lui-m�me consid�r� comme unit� dans une dur�e il doit �tablir des relations que nous appellerons d�int�gration � en ce qui concerne la coh�sion des composantes individuelles � et de conservation culturelle � en ce qui concerne sa propre identit� � travers le temps �, nous avons, par rapport au vieux sch�ma fonctionnaliste, gagn� deux avantages. D�abord, la soci�t� n�est plus pens�e comme totalit� close qui assure l�int�gration rigoureuse de ses parties. En deuxi�me lieu, et peut-</p><p>�tre surtout, elle n�est plus pens�e comme une totalit� concr�te faite d�� individus �</p><p>et de � groupes �, auxquels le r�alisme spontan� de notre imagination nous fait attribuer une esp�ce de substantialit�. La soci�t� est un syst�me ouvert, c�est-�-dire un ensemble de rapports entre des �l�-</p><p>ments (termes irr�ductibles de l�analyse et non pas individualit�s concr�tes livr�es dans l�intuition) qui ne sont rien de plus que les conditions de coexistence desdits �l�ments.</p><p>Robert K. Merton avait tr�s bien vu que les trois postulats du fonctionnalisme �</p><p>qui affirme l�unit� de la soci�t�, qui postule l�universalit� du principe d�interd�-</p><p>pendance fonctionnelle, qui soutient que chaque institution est une pi�ce n�cessaire au fonctionnement de l�ensemble social � sont largement arbitraires et qu�ils conduisent � des difficult�s inextri-cables. Tout en maintenant le primat de la m�thode d�interd�pendance, Merton lui-m�me a ouvert la voie � une conception beaucoup plus raisonnable de la soci�t�.</p><p>D�une part, il insiste sur l�importance de la d�viance et de l�anomie, qu�il rattache directement au conflit entre les syst�mes de valeurs et les proc�dures normatives que la soci�t� met � la disposition des individus pour r�aliser les objectifs qu�elle leur recommande et qu�elle leur prescrit. D�autre part, la th�orie du groupe de r�f�rence sugg�re une vue pluraliste des rapports entre l�individu et les diverses instances sociales auxquelles il participe.</p><p>L�analyse fonctionnelle comme m�-</p><p>thode est donc fort �loign�e du fonctionnalisme comme doctrine. Elle pourrait �tre utilement compar�e aux diverses tentatives qu�en France on a plus ou moins abusivement baptis�es structuralisme. �</p><p>premi�re vue, elle para�t beaucoup moins rigoureuse, mais, en adoptant la perspective d�un syst�me ouvert, elle est mieux arm�e que les pseudo-structuralismes, surtout d�inspiration n�o-marxiste, qui pr�-</p><p>tendent traiter la soci�t� comme si toutes les institutions et tous les rapports sociaux n��taient que des expressions analogiques et convergentes d�une m�me logique ou d�un m�me principe. Au point que, par un paradoxe tr�s significatif, la sociologie critique, qui avait trouv� dans un fonctionnalisme de fantaisie une t�te de Turc providentielle, en vient � attribuer � nos soci�t�s qualifi�es de � capitalistes �, ou dites � de consommation �, une coh�rence de propos et une esp�ce de mono�d�isme pervers dans ses vis�es. � bien des �gards, la sociologie critique n�est qu�un hyper-fonctionnalisme retourn�.</p><p>SOCIOLOGIE ET SOCI�T�</p><p>L�analyse fonctionnelle n�est pas parvenue, � la diff�rence de ce qui, avec Walras et Pareto, s�est produit en �conomie, � l��laboration d�une th�orie g�n�rale de l��quilibre susceptible de prendre la forme d�un syst�me d��quations. Tout au plus a-t-elle rappel� que les conflits et les oppositions ne sont pas le tout de la vie sociale, que celle-ci suppose un minimum de coh�sion et de concert qui d�pend de l��tablissement de relations d��change sinon justes intrins�quement, du moins �quitables ou tol�rables. C�est ce que Georges Homans rappelle tr�s opportun�ment quand il parle de � pratical equilibrism �. L�analyse fonctionnelle a eu le m�rite d�explorer diff�rents secteurs de la soci�t� am�ricaine, mais elle n�a pas r�ussi � dresser un tableau exhaustif de ses � entr�es � et de ses � sorties �, comme Leontief l�avait fait d�s les premi�res ann�es 1940 dans le cas de l��conomie am�ricaine.</p><p>Les sociologues am�ricains sont moins enclins � caract�riser leur soci�t� par un seul qualificatif ou par un seul ensemble de traits, que ce n�est le cas en France. Il est vrai que les discussions sur la constance du</p><p>� caract�re am�ricain �, sur la persistance du syst�me de valeurs o� Tocqueville avait si judicieusement reconnu la primaut� de l�individualisme, la r�pugnance � toute autorit� politique centralis�e, la confiance, h�rit�e du puritanisme, dans l�efficacit� de l�initiative, de l�effort, de l�affirmation de soi, comme conditions de r�ussite et de mobilit�, ont amen� des sociologues comme David Riesman, Seymour M. Lipset et Parsons � proposer des interpr�tations globales de la soci�t� am�ricaine, de son pass� comme de son futur prochain. Mais, pour l�essentiel, la sociologie am�ricaine s�est consacr�e � des �tudes sectorielles dans des domaines qui �taient quelque peu n�glig�s par les Europ�ens, soit en raison des particularit�s de la soci�t� am�-</p><p>ricaine, soit en raison des int�r�ts caract�ristiques des Am�ricains. � la premi�re cat�gorie appartiennent les �tudes sur les relations raciales. De la seconde rel�vent les �tudes sur les professions lib�rales, et en particulier sur la profession m�dicale, sur laquelle Parsons a fourni une contribution classique. Tandis que les Europ�ens �taient fascin�s par les conflits de classes et la lutte pour le pouvoir, ce qui les conduisait d�abord � concentrer leur attention sur l��tude du milieu technique,</p><p>de son impact sur la division du travail, sur l��volution des formes de contr�le et sur les modalit�s de l�exercice du pouvoir dans les diverses organisations, les Am�ricains s�int�ressaient aussi aux probl�mes de la professionnalisation, � la nature de l�autorit� qu�exerce le m�decin ou l�avocat sur ses clients � et qui ne peut pas �tre r�-</p><p>duite au commandement du bureaucrate sur son subordonn� ou � l�exploitation du prol�taire par le capitaliste.</p><p>Ce que nous avons appel� plus haut le pluralisme de la sociologie am�ricaine doit �tre appr�ci� � la fois du point de vue th�orique et du point de vue de la conception de la soci�t� ; � ce niveau, l�orientation pluraliste conduit � traiter la soci�t� comme un syst�me, c�est-�-dire non pas comme une totalit� ou une individualit� concr�te</p><p>� chose ou substance �, mais comme un r�seau de rapports entre des �l�ments qui ne sont rien de plus que des conditions d�intelligibilit�, aussi bien pour l�acteur que pour l�observateur. Cette orientation serait mise en �chec si la soci�t� �tait d�une seule pi�ce ou d�un seul tenant, centralement command�e ou tendue par le jeu des pulsions inconscientes de ses membres vers un m�me but et un seul r�sultat. La conception syst�mique est la seule formulation dont au plan th�orique le pluralisme est justiciable, tout comme le pluralisme d�finit le type de situation o� l�analyse syst�mique est le plus imm�diatement applicable. Une pluralit� de groupes, sortes de noyaux qui �changent de l�influence, du pouvoir et des d�cisions, dont aucun n�est une unit� en soi et par soi, qui n�existent que par leur interd�pendance : une telle situation ne peut �tre ad�quatement trait�e ni en termes de d�terminisme ni en termes de finalit� consciente ou inconsciente.</p><p>L�analyse fonctionnelle, � condition qu�on veuille bien la distinguer du fonctionnalisme grossier avec lequel on affecte de la confondre, nous fournit peut-�tre l�outil le moins inad�quat pour entreprendre l��tude des soci�t�s industrielles avanc�es.</p><p>Ajoutons pour conclure deux pr�cisions.</p><p>Cette d�marche, pour le moment, est fructueuse quand elle se limite � la consid�-</p><p>ration de syst�mes partiels et ouverts. En d�autres termes, aucune soci�t� concr�te ne constitue � proprement parler un syst�me social : elle n�est que lieu non point vide, mais actif et mobile, o� interagit une pluralit� de syst�mes. En outre, chacun</p><p>de ces syst�mes est lui-m�me ouvert sur d�autres syst�mes, �ventuellement non sociaux. L�analyse y perd en simplicit�, mais elle y gagne en pertinence. Mais la validit� de cette conception est li�e � un ensemble de conditions qui concernent l��tat de la soci�t�. Si les �changes ne sont plus possibles, si les media symboliques, pouvoirs, argent, ne circulent plus, les groupes se refermeront sur eux-m�mes</p><p>� et il n�est plus d�raisonnable de les traiter comme des en-soi, qui ne peuvent plus d�s lors communiquer, et de d�nier toute port�e aux attentes r�ciproques sur lesquelles Parsons pr�tend fonder l�objectivit� et la pr�visibilit� des r�les sociaux</p><p>� et ne peuvent se reconna�tre que par l�affrontement et la violence. Dans cette perspective, l�insistance de la sociologie</p><p>� critique � sur toutes les formes d�incongruence, d�incompr�hension entre partenaires, d�exploitation et d�extorsion est non seulement compr�hensible, mais justifi�e, dans la mesure o� elle fait appara�tre tr�s opportun�ment les limites du mod�le qui avait �t� progressivement �labor� dans les ann�es 1950.</p><p>F. B.</p><p>La sociologie</p><p>dans les pays de l�Est</p><p>Le taux de croissance sociologique, s�il �tait mesurable, mettrait sans doute en �vidence le spectaculaire d�veloppement, dans l�ensemble des pays de l�Est, de la recherche dans les sciences humaines.</p><p>Depuis une dizaine d�ann�es, le rythme va s�acc�l�rant, et les travaux sont aujourd�hui si nombreux que leur sens g�n�-</p><p>ral en est chang� aux yeux de l�observateur ext�rieur. La sociologie de ces pays nous met d�s maintenant en pr�sence d�une science et d�un m�tier qui veulent s�imposer comme tels. En s�approchant de la situation dans les pays occidentaux, la sociologie de l�Europe de l�Est rencontre des obstacles et se pose des probl�mes comparables � ceux que nous avons connus.</p><p>Les attentes vis-�-vis de la sociologie en Europe de l�Est sont sans doute plus fortes qu�en Occident. Il est courant que le sociologue soit gard� en r�serve comme ultime recours : on fera appel � lui quand les �conomistes auront d�sarm�, les urbanistes baiss� les bras, l��tat-major de l�entreprise avou� son impuissance � r�soudre un pro-</p><p>bl�me pr�cis. Autrement dit, la sociologie semble avoir acquis droit de cit� non seulement aux yeux de ses utilisateurs directs, mais aussi bien aupr�s des dirigeants comme de l�opinion publique en g�n�-</p><p>ral. Il n�est pour s�en convaincre que de constater le succ�s des rubriques traitant de sociologie dans les quotidiens et les hebdomadaires, ou de voir comment des ouvrages pourtant sp�cialis�s sont �puis�s en librairie quelques heures seulement apr�s leur parution.</p><p>downloadModeText.vue.download 269 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10224</p><p>Faute de place, nous ne pouvons pas d�crire la sociologie dans tous les pays qui se trouvent r�unis sous le d�nominateur commun des � pays de l�Est � ou encore du</p><p>� camp socialiste �, et nous sommes amen� � nous borner au seul cas de la sociologie sovi�tique. Nous tenons cependant � signaler d�embl�e ce que les diff�rentes sociologies des pays de l�Est ont en commun et ce qui les s�pare.</p><p>Il est caract�ristique que, dans tous les pays de l�Est europ�en, la sociologie soit n�e d�une protestation contre la soci�t� et ait �t� nourrie par la r�volte contre l�oppression. Elle y appara�t relativement t�t, car d�j� � la fin du XIXe s. il existe des travaux tr�s importants, pour ne citer que ceux de Dimit&#x103;r Blagoev (v. 1856-1924) en Bulgarie, de Constantin Dobrogeanu-Gherea (1855-1920) et de Dimitrie Gusti (1880-1955) en Roumanie, de Ludwik Gumplowicz (1838-1909), de Ludwik Krzywicki (1859-1941), de Kazimierz Kelles-Krauz (1872-1905) et de Boles&#x142;aw Limanowski (1835-1935) en Pologne, de T. G. Masaryk* et d�Arno�t Bl�ha (1879-1960) en Tch�coslovaquie. Les institutions universitaires apparaissent au XXe s. : tels la chaire de � sciences sociales et de criminologie � � Zagreb en 1905 ou l�Institut polonais de sociologie � Pozna&#x144; en 1921, des nombreuses chaires de sociologie en Pologne, en Tch�coslovaquie, en Roumanie, en Bulgarie, etc.</p><p>� l�heure actuelle, trois facteurs au moins font l�union entre toutes les sociologies particuli�res pratiqu�es dans l�Europe de l�Est :</p><p>� l�orientation pratique des recherches, le</p><p>sociologue devant avant tout r�pondre � la demande pr�cise et tirer de ses �tudes des conclusions ayant une utilit� pratique ;</p><p>� la priorit� donn�e aux �tudes sur la transformation des rapports sociaux sous l�influence de la nouvelle r�alit� ;</p><p>� la subordination � la doctrine marxiste et plus exactement � la th�orie unificatrice dans le domaine de la croissance sociale, qu�est le mat�rialisme historique.</p><p>Les diff�rences cependant sont elles aussi au nombre de trois et d�coulent de :</p><p>� diff�rences dans les traditions th�oriques auxquelles se r�f�rent les sociologies particuli�res ;</p><p>� diff�rences dans la perception de la fonction de la sociologie, dans la formation des sociologues et dans la conception de la sociologie en tant que discipline scientifique ;</p><p>� diff�rences dans le d�veloppement des rapports sociaux de chacun de ces pays en particulier, et par l� m�me dans l�objet de l�analyse sociologique.</p><p>LES AVATARS DE</p><p>LA SOCIOLOGIE SOCIALISTE</p><p>La Russie tsariste avait d�j� une tradition sociologique : les �crits du populiste Nikola� Konstantinovitch Mikhailovski (1842-1904), du positiviste Maksim Mak-simovitch Kovalevski (1851-1916), sans parler des marxistes Plekhanov, Boukharine* ou L�nine*, gardent leur importance aujourd�hui. C�est en 1916 que se constitue en Russie l�association sociologique dont le secr�taire �tait P. A. Sorokin*. Jusqu�aux ann�es 1930, la r�volution sovi�tique non seulement reconnut le droit � l�existence des sociologues, mais pla�a en eux de grands espoirs. Les ann�es 1920 voient �clore une floraison d�enqu�tes dont le sens g�n�ral est d�appr�cier la port�e des bouleversements apport�s par la r�volution dans la plupart des domaines de la vie �conomique, politique et culturelle. D�j� on voit l�analyse sociologique adopter des orientations pratiques : � Aucune d�cision politique ou �conomique ne doit �tre prise sans �tude pr�alable. L�objectif de toute recherche est d�aider les dirigeants et les planificateurs � bien accomplir leurs t�ches. � Ainsi le sociologue se voit-il investi d�une double mission : d�une part,</p><p>il doit faire le bilan des r�sultats sociaux obtenus par la transformation radicale introduite dans les modes de propri�t� et de gestion ; d�autre part, il est suppos� fournir des conseils avis�s sur les mesures � prendre pour que la nouvelle soci�t� fonctionne harmonieusement.</p><p>Les plus connus parmi les travaux de cette p�riode sont sans doute : la grande recherche de Sorokin sur la famille ; l��tude des transformations des modes de vie men�e sous la direction de S. G. Stroumi-line ; les �tudes de A. I. Todorski sur les changements sociaux dans la r�gion de Vessiegonsk ; les travaux sur les probl�mes sociaux de la collectivisation de V. S. Nemt-chinov, A. V. Ga�ster et N. A. Ianissimov ; les recherches de psychologie sociale de Lev Semenovitch Vygotski ; enfin les �tudes sur les m�thodes et les techniques de recherches sociales de E. G. Vassilevski.</p><p>� partir de 1926, le domaine ouvert � l�investigation sociologique s�amenuise comme une peau de chagrin. Tout se passe comme si les effets de cette prise de conscience r�flexive par la soci�t� �taient apparus trop dangereux. Encore quelques enqu�tes sur les budgets-temps et sur les premiers effets de la collectivisation, et puis plus rien.</p><p>Les ann�es 1930 voient dispara�tre presque totalement la recherche proprement sociologique, laquelle c�de la place � une pure et simple diffusion de la doctrine.</p><p>Il faut attendre les secousses politiques de 1956 pour que la sociologie puisse sortir de cette l�thargie, mais ce n�est qu�apr�s quelques ann�es qu�elle retrouva l�gitimit� et cr�dibilit�. (Notons que, en cela, la situation polonaise, par exemple, est bien diff�rente : les sociologues de ce pays r�-</p><p>cup�r�rent une place privil�gi�e d�s l�automne de 1956 ; cela s�explique sans doute par le fait que la lib�ralisation du r�gime fut plus nettement pouss�e par l�� octobre polonais � qu�elle ne le fut ailleurs ; mais cela tient aussi � d�autres facteurs, particuliers � la Pologne : un ostracisme plus court [de 1949 � 1955] et l�existence d�une �cole sociologique coh�rente, dont les membres, souvent de renomm�e internationale, �taient imm�diatement disponibles pour prendre en main les laboratoires de recherche et y former des �quipes de chercheurs.) Il faut en fait attendre les ann�es 60 pour voir se d�velopper substantiellement la vague de la recherche</p><p>empirique.</p><p>Les possibilit�s r�elles, car institutionnelles, sont offertes � la sociologie sovi�-</p><p>tique lors de la cr�ation en 1960, dans l�Institut de philosophie de l�Acad�mie de sciences de l�U. R. S. S., d�un premier Institut central de sociologie ainsi que d�une multitude de laboratoires sociologiques et psychosociologiques dans les universit�s de Moscou, de Leningrad, de Novossibirsk, de Sverdlovsk, de Perm, d�Oufa. En 1966, on cr�e dans le pr�sidium de l�Acad�mie des sciences un conseil scientifique sous la direction d�un membre de l�Acad�mie, Alekse� Matve�evitch Roumiantsev. Ce conseil a pour t�che la coordination des recherches r�alis�es dans les instituts de l�Acad�mie des sciences et la coop�ration �troite avec les laboratoires sociologiques du minist�re de l��ducation sup�rieure et celui de l��ducation secondaire professionnelle ainsi qu�avec les divers organismes sociaux. C�est apr�s le XIIIe Congr�s du parti communiste de l�Union sovi�tique que les recherches sociologiques acqui�rent la b�-</p><p>n�diction officielle des diverses instances de l��tat et du parti.</p><p>En 1968 est cr�� � Moscou l�IKSI (Institut des recherches sociologiques concr�tes) avec une section � Leningrad.</p><p>La direction de cet institut est anim�e par A. M. Roumiantsev. L�institut remplit une double fonction : recherche et enseignement de doctorat. Il comporte plusieurs d�partements.</p><p>En 1973, l�IKSI se transforme en ISI (l�Institut de recherches sociologiques) et change de direction : des centres sociologiques tr�s actifs fonctionnent � travers l�Union sovi�tique et surtout dans des villes telles que Sverdlovsk, Gorki, Kazan, Perm, Oufa, Kiev, Minsk, Tbilissi, Tallin, Tachkent, Leningrad, Novossibirsk. Outre les institutions universitaires ou acad�-</p><p>miques, il existe de nombreux laboratoires de sociologie aupr�s des organismes sociaux et politiques (dans les syndicats, au comit� central du Komsomol ou dans le comit� central du parti).</p><p>FINANCEMENT DE LA RECHERCHE</p><p>En U. R. S. S., la recherche est financ�e soit par l��tat, si elle entre dans le programme d�un institut d�pendant de l�Acad�mie des sciences, soit par un commanditaire si elle fait l�objet d�une demande sp�ciale,</p><p>�manant par exemple d�une entreprise ou d�une administration. D�une mani�re g�n�rale, les moyens mis � la disposition des chercheurs sont consid�rables, et cela d�autant plus que l��tude demand�e se trouve dans le programme de recherches pr�vu par le Plan.</p><p>LES TH�MES DE RECHERCHES</p><p>ET LES HOMMES</p><p>Bien qu�aujourd�hui on puisse constater que la recherche a commenc� de s�attaquer � la plupart des domaines, depuis la sociologie �conomique jusqu�� celle du th��tre, il y a des secteurs privil�gi�s par les chercheurs.</p><p>Plusieurs �tudes concernent le travail industriel, l�organisation de l�entreprise et la mobilit� de la main-d�oeuvre, le d�veloppement des relations sociales dans la ville et � la campagne, la diff�renciation sociale, la sociologie de la famille et des groupes, du budget-temps et enfin les modes de vie. C�est sans doute la sociologie de la science qui se taille la part du lion.</p><p>Par contraste, certains domaines d��tudes</p><p>� ceux de la personnalit�, des loisirs ou de la culture � commencent seulement � �tre d�frich�s : on peut en dire � peu pr�s autant du vaste champ de la sociologie de l��ducation. Il y a m�me des secteurs qui restent encore quasiment inexplor�s, soit que nulle demande ne vienne susciter la curiosit� des chercheurs, soit que certains sujets tabous ne puissent faire l�objet d�une probl�matique sociologique (c�est le cas d�une partie de la sociologie politique).</p><p>La grande majorit� des chercheurs actuellement en activit� sont venus � la sociologie secondairement apr�s avoir �t� form�s dans le cadre d�une autre discipline et plus particuli�rement de l�histoire, de l��conomie ou de la philosophie. Cela s�explique ais�ment, compte tenu du fait qu�on ne trouve en U. R. S. S. m�me � pr�sent que trois chaires de sociologie ; cette discipline ne dispose en propre ni d�une facult� ni m�me d�une section : c�est seulement en 1972, lors d�une r�union des sections de philosophie et de droit de l�Acad�mie des sciences, qu�on a d�cid� :</p><p>� d�introduire dans les facult�s de philosophie et autres sections sp�cialis�es</p><p>� dans le communisme scientifique � une sp�cialisation de recherches appliqu�es en</p><p>sociologie ;</p><p>� de cr�er les chaires de m�thodologie et recherches sociologiques techniques ainsi que de former un certain nombre de sociologues �conomistes dans certaines institutions d��tudes �conomiques sup�-</p><p>rieures comme l�Institut d�ing�nieurs-�conomistes de Moscou, l�Institut d��conomie et finances de Leningrad, etc.</p><p>La grande arm�e de sociologues en activit� actuellement (signalons que l�Association des sociologues comptait, en 1972, 1 500 membres individuels et 500 membres collectifs) a �t� form�e sur le tas.</p><p>On signalera quelques noms parmi d�autres : G. V. Ossipov (sociologie g�n�-</p><p>rale, organisation et propagation de la sociologie), Y. A. Levada (sociologie g�n�-</p><p>rale), V. N. Choubkine (sociologie de l��ducation), I. S. Kon (histoire de la sociologie et personnalit�), B. A. Grouchine (sociologie des loisirs et de l�opinion publique), F. M. Bourlatski (sociologie politique), A. G. Khartchev (sociologie de la famille), O. I. Chkaratan (sociologie de la science et des classes sociales), I. V. Aroutiou-nian (sociologie rurale), V. A. Iadov (psychosociologie et sociologie du travail), M. N. Routkevich (mobilit� sociale et stratification), T. I. Zaslavska�a (sociologie rurale et migration), G. M. Andre�eva (sociologie g�n�rale), F. I. Borodkine (migration et m�thodes math�matiques), A. G. Zdravo-myslov (sociologie industrielle et th�orie sociologique), Bestoujevlada.</p><p>downloadModeText.vue.download 270 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10225</p><p>LA SP�CIFICIT� DE</p><p>LA SOCIOLOGIE SOVI�TIQUE</p><p>Il est de premi�re n�cessit� pour une sociologie qui se veut socialiste de se poser en s�opposant � la pratique sociologique telle qu�elle existe dans les pays capitalistes, et cela pour la raison simple que, dans un r�gime �conomique qui r�cuse le marxisme, toute sociologie est fatalement l�expression id�ologique des rapports r�els entre classes antagonistes. En quoi la sociologie socialiste diff�re-t-elle de la sociologie bourgeoise ? Elle n�en diff�re</p><p>pas par ses m�thodes, car ici et l� on se sert des m�mes outils en ce qui concerne la recherche empirique. Cette diff�rence, elle doit �tre cherch�e dans les bases th�oriques de cette discipline et dans son application.</p><p>En effet, la premi�re caract�ristique de la sociologie sovi�tique, c�est son � empirisme pratique �. D�une mani�re g�n�rale, la sociologie empirique travaille pour r�pondre � une demande sociale pr�cise.</p><p>Ce souci est si conscient chez le chercheur qu�on voit couramment des livres se terminer en ordonnance, et il est de fait que le sociologue travaillant en U. R. S. S. peut voir les conclusions de son travail directement traduites en r�formes (il faut signaler par ailleurs que ce n�est pas une simple co�ncidence qui fait que la recherche empirique bat son plein au moment m�me o� on se met � exalter la rationalit� �conomique, � pr�ner la gestion scientifique de tous les secteurs d�activit�, sociale et politique).</p><p>La deuxi�me caract�ristique, et c�est m�me celle-ci qui fait toute la diff�rence entre la sociologie sovi�tique et la sociologie occidentale, concerne les deux fondements th�oriques de la premi�re, qui sont d�ailleurs constamment invoqu�s pour justifier la distinction entre l�empirisme aveugle (c�est-�-dire occidental) et l�empirisme raisonn� (c�est-�-dire celui qui est pratiqu� en U. R. S. S.).</p><p>La pierre sur laquelle est b�tie la th�orie sociologique reste en Union sovi�tique cette philosophie de l�histoire qu�est le mat�rialisme historique et, malgr� le d�veloppement des recherches empiriques, il reste inconcevable qu�une th�orie sociologique soit �labor�e dans un pays socialiste sinon par r�f�rence explicite � la doctrine marxiste et en accord avec ses pr�suppos�s philosophiques. Le probl�me auquel les sociologues doivent, depuis plusieurs ann�es, trouver r�ponse peut donc �tre formul� grossi�rement comme suit : comment assurer un minimum de coexistence pacifique, dans le champ intellectuel d�un pays socialiste, entre un mat�rialisme historique intouchable et une pratique sociologique empirique. Il semble que les sociologues sovi�tiques se trouvent en fait partag�s pour donner une r�ponse � cette question.</p><p>1. On peut trouver, dans des cercles aca-</p><p>d�miques gardiens de la puret� id�ologique, des hommes dont la critique de la sociologie est rest�e radicale et qui reprennent la distinction, seule l�gitime dans les ann�es 50, entre un mat�rialisme historique � l�usage de l�U. R. S. S. et une sociologie bourgeoise appropri�e aux pays capitalistes : l�influence de ces penseurs est n�cessairement marginale, puisqu�ils se condamnent eux-m�mes � ne pas pratiquer la sociologie et qu�ils ne sont pas en mesure d�entraver son d�veloppement.</p><p>2. Les sociologues eux-m�mes essaient de sortir du dilemme en pla�ant le mat�rialisme historique sur le plan des g�n�ralit�s th�oriques (c�est le syst�me global qui donne les cl�s du fonctionnement de la soci�t�) et la sociologie sur le plan instrumental des diversit�s causales : la pratique empirique se justifie alors comme outil de description et d�analyse de chaque secteur d�activit� humaine dans sa sp�cificit�. La distinction peut �tre satisfaisante aux yeux de la doctrine dans la mesure o� les liens logiques entre les deux plans sont assez forts pour que chacun appelle l�autre comme son compl�mentaire.</p><p>3. Certains s�efforcent de cantonner le mat�rialisme dans son domaine strictement philosophique. � ce titre, ils lui reconnaissent volontiers toute comp�tence pour d�couvrir le sens de l��volution historique et les lois de passage d�un grand</p><p>type de formation socio-�conomique � un autre. La sociologie est alors, pour eux, ni plus ni moins qu�une discipline parmi les autres, dont la m�thode se veut tout aussi scientifique et qui borne ses perspectives � l��tude d�un secteur particulier des activit�s humaines, le secteur social.</p><p>4. Enfin, la sociologie sovi�tique commence � avoir dans ses rangs quelques radicaux qui osent dire que le roi est nu et veulent construire la sociologie en soi et pour soi. � Nos th�ories et nos m�thodes en sont encore � �tre �labor�es. Plus on conna�t de recherches empiriques, plus on manque de th�orie de la recherche. Et nous d�plorons que la recherche soit mal organis�e chez nous, qu�elle manque de cadres qualifi�s, mais la th�orie des processus sociaux qui fonde nos �tudes est encore plus inexistante, et les cadres qualifi�s pour la faire sont encore moins nombreux. �</p><p>Le grand essor de la sociologie sovi�-</p><p>tique poss�de deux aspects diff�rents :</p><p>� il est ind�niable que la sociologie permet une meilleure connaissance de la soci�t� ;</p><p>� mais il faut y ajouter le fait que, sous un r�gime rest� m�fiant envers la libert� d�expression, l��crit sociologique permet,</p><p>quasi exclusivement, l��mergence d�une critique sociale plus ou moins voil�e. Il ne s�agit pas, bien �videmment, d�une critique de la soci�t�, qui serait irrecevable, mais d�une critique du fonctionnement de la soci�t�, ce qui fut et reste parfaitement admis en U. R. S. S.</p><p>J. L.</p><p>sociom�trie</p><p>Technique de mesure des sentiments qu��prouvent les uns pour les autres les membres d�un petit groupe.</p><p>Objectifs et m�thodes</p><p>L�origine de la sociom�trie se rattache historiquement au nom et aux id�es de J. L. Moreno, bien qu�ult�rieurement les techniques sociom�triques se soient d�velopp�es ind�pendamment des sp�culations doctrinales de leur promoteur. L�objectif majeur de la sociom�trie consiste dans une mesure de la sociabilit� au sein des groupes restreints ; plus pr�cis�ment, il s�agit de d�gager les processus d�attraction</p><p>� ou d�indiff�rence ou de rejet � qui se produisent spontan�ment entre les membres d�un groupe r�el au cours de l�histoire de celui-ci : classe d��l�ves, �quipe de travail, club de loisirs, etc.</p><p>� cette fin, la sociom�trie va demander aux sujets avec lesquels de leurs compagnons ils pr�f�reraient s�associer � ou, �ventuellement, lesquels ils souhaiteraient �viter � pour telle activit� ou dans telle situation prochaine.</p><p>Il convient donc d�obtenir non point des options g�n�rales et abstraites, mais des choix concrets en fonction de crit�res d�termin�s : jeux, travaux, installations locales, voyages, confi-dences, etc. En outre, il importe, selon Moreno, de tenir compte, dans toute la mesure possible, des pr�f�rences exprim�es pour l�am�nagement ult�rieur des activit�s collectives. Ces deux points conf�rent au test sociom�trique sa signification et sa port�e, car les choix peuvent varier selon la nature du cri-</p><p>t�re : tel compagnon �tant pr�f�r� pour le travail, tel autre pour le jeu ; d�autre part, les sujets ne sont vraiment motiv�s � r�pondre � une question pr�f�rentielle que s�ils ont la perspective d�une application prochaine.</p><p>Apr�s leur d�pouillement, les choix effectu�s par les sujets sont report�s sur des tableaux carr�s, ou socioma-trices, les �missions de choix figurant en abscisse, de sorte que les r�ceptions apparaissent en ordonn�e (fig. 1).</p><p>L�examen attentif de ces tableaux permet au sociom�triste de d�gager plusieurs ordres d�informations.</p><p>Jacob Levy Moreno</p><p>Psychologue am�ricain d�origine roumaine (Bucarest 1892 - Beacon, �tat de New York, 1974).</p><p>J. L. Moreno fit des �tudes m�dicales et psychologiques � Vienne, o� il r�sida et exer�a la psychiatrie jusqu�en 1925, date de son d�part pour les �tats-Unis.</p><p>Selon son propre t�moignage, ce serait l�observation du jeu des enfants dans les squares viennois qui lui aurait sugg�r� ses hypoth�ses majeures : celle du primat de la spontan�it� et des ressources du jeu dramatique (son premier ouvrage s�intitule Stegreiftheater [le Th��tre de l�improvisation]) ; celle aussi du groupe comme syst�me de pr�f�rences, hypoth�se dont la m�thode du test sociom�trique est directement issue.</p><p>Huit ans apr�s son installation aux �tats-Unis, � Beacon House, Moreno publie son ouvrage capital, Who shall survive (1934) ; il fonde bient�t la revue Sociometry, a Journal of Interpersonnal Relations (1937-1955). Dans la pr�face � l��dition fran�aise, publi�e sous le titre de Fondements de la sociom�trie (1954), il souligne combien fut d�cisive sa rencontre avec la soci�t� downloadModeText.vue.download 271 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10226</p><p>am�ricaine ; � cet homme positif qu�est l�Am�ricain, il aurait apport� le moyen de satisfaire un souci latent, mais non moins urgent de communication affective. Aussi bien les �tats-Unis offraient-ils alors un</p><p>champ d�intervention id�al, car les petits groupes de toutes sortes y jouissaient d�une plus large autonomie que partout ailleurs ; en outre, l�absence d�id�ologie massive et une grande disponibilit� envers toute innovation de caract�re pragmatique favorisaient les exp�riences sociales et l�expression de la spontan�it�.</p><p>Pour �tudier les relations interpersonnelles, il convient d�appliquer la mesure (metrum) � l��tre social (socius). La sociom�trie doit recourir � des m�thodes capables � la fois de lib�rer les attraits spontan�s des individus (souvent entrav�s par des mod�les ou des routines que Moreno nomme � social conserves � [les conserves sociales]) et de mesurer leurs rapports � l�aide d�indices num�riques appropri�s. Se fondant sur une id�e d�j� pr�sente chez Marx comme chez Freud, Moreno estime que la science est ins�parable d�une praxis ; la mise en jeu des proc�dures sociom�triques, comme celle des divers processus dramatiques (psychodrame, socio-drame, jeu de r�les), implique une certaine forme d�intervention, visant � favoriser la sociabilit�, l�expression de la spontan�it�, l�imagination cr�atrice.</p><p>Outre ses travaux proprement sociom�triques, il a puissamment contribu� � d�gager les implications de la notion de r�le. Toute soci�t�, toute culture constitue un syst�me de r�les impos�s ou propos�s aux individus ; de m�me, c�est � travers les r�les que se nouent les interactions entre les sujets et que s�exprime toute personnalit�. Cette conception � la fois sociologique et clinique, jointe � son temp�rament d�acteur-n� et � ses aspirations d�miurgiques, a conduit Moreno � promouvoir une forme nouvelle de th�rapie active et collective,</p><p>� psycho- ou socio-dramatique �, qu�il oppose � la situation, selon lui plus artificielle, du divan psychanalytique.</p><p>Moreno a d�velopp� ses id�es et surtout rapport� ses exp�riences dans une imposante s�rie d�articles, Psychodrame Monographs, publi�s entre 1944 et 1954. Une synth�se de ses travaux a �t� regroup�e et traduite en fran�ais sous le titre de Psychoth�rapie de groupe et psychodrame (1965).</p><p>Personnalit� vigoureuse, plut�t que rigoureuse, passionn� d�exp�riences, mais aux antipodes de la componction acad�mique, Moreno a probablement �t� avec Kurt Lewin* le principal novateur contempo-</p><p>rain en mati�re de psychologie sociale et de recherche-action (action research). Il a �t� aussi � l�origine d�un double courant sociom�trique et socioth�rapique pris au sens le plus large : c�est-�-dire qu�il a d�-</p><p>velopp� simultan�ment les domaines de l��tude des communications*, de la dynamique des groupes*, de la formation et de l�intervention psychosociologiques.</p><p>Dans une perspective</p><p>individuelle</p><p>Deux dimensions psychosociales retiendront l�attention. Pour autant que le nombre de choix �mis reste libre (variant donc de 0 � n), les sujets peuvent manifester une expansivit� variable, dont le cas limite est repr�sent� par le</p><p>� solitaire �. D�autre part, eu �gard au nombre des choix re�us, certains sujets sont in�galement � populaires � ; des diff�rences statistiquement significatives apparaissent souvent entre les statuts sociom�triques, depuis les pr�f�r�s (ou �toiles) jusqu�aux n�glig�s et aux isol�s complets. Dans le cas o� des rejets sont sollicit�s, un indice plus complexe peut �tre �tabli, compte tenu des vecteurs positifs et n�gatifs du statut. Le statut sociom�trique est le type m�me d�une notion � op�rationnelle � en psychologie sociale ; il se d�finit en effet par le nombre de choix (et, �ventuellement, de rejets) re�us par tel membre d�un groupe selon un crit�re plus ou moins �troitement sp�ci-fi�. Soulignons qu�en g�n�ral le statut sociom�trique d�une m�me personne varie selon les crit�res de s�lection et qu�en outre il peut �voluer plus ou moins notablement avec la dur�e et les avatars de la vie collective. Dans un cadre scolaire ou r��ducatif, cette stabilit� ou cette �volution pr�senteront �videmment un vif int�r�t pour le responsable du groupe.</p><p>Dans une perspective</p><p>interpersonnelle</p><p>Ce jeu des r�ponses fait ressortir une pluralit� de relations � dyadiques �</p><p>entre les sujets pris deux � deux. Ici, les attitudes sym�triques (choix, indiff�rence ou rejet mutuels) s�opposent aux attitudes unilat�rales.</p><p>Alors que l�enqu�te sociom�trique classique se borne � une question s�-</p><p>lective, une analyse relationnelle plus pouss�e lui adjoint une question perceptive, visant � d�gager la mani�re dont les sujets per�oivent leur propre situation sociom�trique. Pratiquement, cela consiste � demander � chacun non seulement � qui il choisit � (ou rejette), mais � par qui il s�attend � �tre lui-m�me choisi � (ou rejet�). Divers travaux (notamment ceux de R. Tagiuri, promoteur de ce type de recherches) se sont attach�s � cette mesure de l�empathie, c�est-�-dire de la sensibilit� aux attitudes d�autrui. Les r�sultats permettent, d�une part, d�appr�cier le degr� d�acuit� perceptive des sujets, c�est-�-dire le r�alisme dont ils font preuve dans leurs pr�somptions (cela en comparant leurs attentes de choix � l�attitude effective des autres envers eux), et, d�autre part, de rep�rer la congruence subjective qui peut exister ou non entre les s�lections et les perceptions (cela en comparant les choix �mis et les esp�rances de choix re�us).</p><p>Signalons que les cas de pr�somptions fallacieuses de r�ciprocit� sont, en fait, fort nombreux.</p><p>En combinant les r�ponses s�lectives aux r�ponses perceptives, on d�gage dix cat�gories possibles de dyades (ou paires), dont la fr�quence relative est tr�s in�gale, mais dont l��quilibre au sein des groupes para�t ob�ir � certaines lois de distribution et de substitution. On trouvera � la page suivante la liste de ces dix modes de relations dyadiques avec leurs repr�sentations vectorielles sous forme de tableau.</p><p>Dans la perspective</p><p>du groupe pris comme un tout</p><p>L�analyse sociom�trique permet de d�-</p><p>couvrir certaines structures collectives et d�appr�cier, du moins partiellement, le degr� de coh�sion. Il s�agit, notamment, de d�gager au sein du groupe l�absence ou la pr�sence de clivages pouvant engendrer des � clans � �trangers ou rivaux.</p><p>Cette recherche peut �tre conduite de deux mani�res :</p><p>� soit � partir d�une hypoth�se pr�-</p><p>alable, pr�sumant une tendance des sujets � s�attirer en fonction de cer-</p><p>taines caract�ristiques communes (par exemple, dans des groupes non homog�nes, en fonction du sexe ou de l��ge, ou encore des int�r�ts ou des id�ologies) ;</p><p>� soit en l�absence d�hypoth�se et dans des groupes apparemment homog�nes, en recourant � des proc�d�s matriciels complexes, visant � d�gager des pr�f�rences au deuxi�me ou au troisi�me degr�. � ce niveau, la sociom�trie tend � se prolonger en une analyse plus large des structures de communication et des syst�mes d�ordination. Divers travaux ont montr� que plus l�interaction est harmonieuse au sein d�un groupe, plus la distribution des choix (et des rejets) appara�t homog�ne ; inversement, la concentration de ceux-ci sur un petit nombre d�individus correspond � un degr� de faible coh�sion, car de fortes in�galit�s dans les statuts sociom�triques tendent � susciter des tensions entre pr�f�r�s et n�glig�s. L��tablissement de courbes de distribution des statuts pourrait donc constituer une mesure significative de la coh�sion. Par ailleurs, il ne faut pas confondre le degr� de coh�sion globale et le nombre de choix r�ciproques. � la limite, tous les membres d�un groupe pourraient �tre impliqu�s dans des associations par paires simplement juxtapos�es, sans qu�il y ait entre elles aucune relation transversale.</p><p>Les sociogrammes</p><p>La plupart des facteurs et des r�sultats pr�c�demment �voqu�s se pr�tent � des repr�sentations graphiques : les sociogrammes. Selon que l�on s�int�resse � la situation sociom�trique de tel ou tel sujet ou � celle de l�ensemble du groupe, on �tablira des sociogrammes individuels ou collectifs.</p><p>Les premiers consistent en une</p><p>sorte de constellation o� chaque sujet appara�t au centre d�une roue poss�-</p><p>dant autant de rayons qu�il existe de compagnons ; chaque rayon contient les symboles vectoriels appropri�s, et l�ordre des sujets est standardis� (m�thode de la � roue �, �tablie par Jean Maisonneuve en 1962). Ce mode de repr�sentation, qui correspond � la notion mor�nienne d�� atome social �,</p><p>constitue la base m�me d�un diagnostic de sociabilit�.</p><p>downloadModeText.vue.download 272 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10227</p><p>Il permet, en effet, une comparaison syst�matique des constellations personnelles et de leur �volution dans le temps (fig. 2).</p><p>Les sociogrammes collectifs per-</p><p>mettent de repr�senter � la fois la va-ri�t� des statuts, les choix r�ciproques et toute la cha�ne des relations avec ses clivages �ventuels. La m�thode graphique est celle de la � cible �.</p><p>Cette m�thode est due � M. Nor-</p><p>thway (1952). Il s�agit de r�partir les sujets dans quatre zones concentriques, selon leurs scores sociom�triques, en tenant compte des seuils de probabilit� d�occurrence pour la popularit� et l�isolement. Ce proc�d� fournit en quelque sorte la radiographie socio-affective du groupe, qu�il s�agira ensuite d�interpr�ter (fig. 3).</p><p>R�sultats et probl�mes</p><p>d�interpr�tation</p><p>S�il para�t abusif de suivre Moreno dans sa conception d�un syst�me sociom�trique quasi coextensif � l�ensemble de la psychosociologie, on doit admettre que le bilan de la sociom�trie est important.</p><p>D�une part, en tant qu�apport intrins�que � la connaissance de l�homme en groupe, non seulement la sociom�trie permet l��tude clinique approfondie de collectivit�s particuli�res, mais elle d�gage certains � mod�les � de port�e g�n�rale en recourant � des proc�dures statistiques plus ou moins raffin�es.</p><p>Parmi les normes les plus frappantes, il faut citer celles qui concernent la r�-</p><p>partition et la fr�quence des diff�rents types de dyades indiqu�s sur le tableau.</p><p>Les recherches, effectu�es sur un tr�s grand nombre de groupes, r�v�lent, en effet :</p><p>� que l�ensemble des trois dyades</p><p>unilat�rales, choix sans espoir, attente de choix illusoire et choix avec attente illusoire (consistant � projeter chez autrui sa propre attitude), constitue toujours � peu pr�s les deux tiers du nombre total de relations dyadiques au sein d�un groupe ;</p><p>� que la proportion de dyades harmoniques parfaites (choix et attentes r�ciproques des partenaires) varie entre 10</p><p>et 20 p. 100 de ce total ; mais, m�me grossie par les deux autres types de dyades denses, cette proportion n�ex-c�de presque jamais 30 p. 100, soit un tiers.</p><p>Quant aux dyades bipartielles, leur montant reste toujours tr�s faible (de 0</p><p>� 10 p. 100 du total).</p><p>Ces normes paraissent bien, h�las !, confirmer les difficult�s de la communication affective entre les �tres si souvent �voqu�es par les romanciers.</p><p>En outre, il faut souligner la relative instabilit� de la composition des dyades au cours du temps, puisque 20 p. 100 seulement d�entre elles subsistent int�gralement d�un test � l�autre (essentiellement il est vrai, les dyades denses), tandis que d�autres relations surgissent ou s�effacent.</p><p>D�autre part, en dehors de ces</p><p>r�sultats, l�enqu�te sociom�trique intervient tr�s fr�quemment au cours de recherches d�ensemble sur les processus de sociabilit� pour mettre en relation ses r�sultats avec diverses variables d�ordre sociologique ou psychologique ; mais, au-del� des corr�-</p><p>lations observ�es, l�objectif ultime est l�interpr�tation du jeu des affinit�s, des distances ou des conflits qui r�gissent l�int�gration des sujets et la coh�sion des groupes.</p><p>Citons deux exemples de tels pro-bl�mes d�interpr�tation : le d�terminant sociologique le plus prosa�que des affinit�s est constitu� par la vicinit� (proximit� spatiale) ; les corr�lations entre ce facteur et les pr�f�rences sociom�-</p><p>triques sont tr�s significatives ; mais on ne saurait expliquer une influence sans se demander pourquoi la vicinit� suscite un attrait entre ceux qu�elle</p><p>rapproche mat�riellement ; cette question conduit � formuler plusieurs hypoth�ses : soit celle d�un simple facteur de facilitation, notre attrait pour autrui variant en fonction des satisfactions que nous attendons et celles-ci �tant plus ais�es � obtenir de ceux avec lesquels nous communiquons fr�quem-</p><p>ment ; soit l�hypoth�se d�une v�ritable motivation, impliquant une participation aux m�mes valeurs (sentiment d�appartenance � un groupe, solidarit� de destin...).</p><p>Un autre exemple concerne l�in-</p><p>fluence des variables personnelles.</p><p>Les r�sultats montrent que la similitude entre des personnes qui s�attirent mutuellement ou se d�signent comme</p><p>� amies � varie notablement selon les groupes (tant pour la nature des caract�ristiques que pour le niveau des corr�lations). Pour interpr�ter ces diff�rences, il faut tenir compte du climat collectif et des valeurs ressenties comme urgentes dans les groupes consid�r�s. Dans les situations de m�diocre solidarit� locale, les facteurs dominants d�association correspondent � des mod�les traditionnels (�ge, classe sociale, profession) renforc�s par des congruences caract�rielles singuli�res.</p><p>En revanche, dans des situations de forte solidarit�, des relations �troites sont possibles entre des sujets poss�-</p><p>dant des caract�ristiques et des traits h�t�rog�nes, mais anim�s par des soucis communs.</p><p>La sociom�trie n�intervient donc dans ces recherches que pour fournir des donn�es de base, qu�il convient ensuite de relier et d�interpr�ter.</p><p>Champ d�application et</p><p>port�e de la sociom�trie</p><p>Dans l�esprit de Moreno, son promoteur, la recherche sociom�trique �tait ins�parable d�une intervention ; l�objectif ultime consiste, en effet, downloadModeText.vue.download 273 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10228</p><p>� �panouir la sociabilit� individuelle</p><p>et � reconstituer des groupes plus harmonieux.</p><p>Aussi les premiers travaux ont-ils port� sur des institutions p�dagogiques ou th�rapeutiques et sur des collectivit�s requ�rant de leurs membres une grande coh�sion face au danger (�quipes d�aviateurs, d�explorateurs, etc.). Certains psychosociologues ont pr�conis� en cons�quence une extension quasi g�n�rale des proc�dures sociom�triques � tous les groupements et situations � notamment aux collectivit�s r�sidentielles et professionnelles.</p><p>Cette question m�rite en v�rit� un examen attentif, car toute intervention sur les relations humaines met en jeu des syst�mes d��quilibre et de valeurs, et soul�ve des probl�mes d�ontologiques.</p><p>Il ne para�t pas douteux que la sociom�trie puisse rendre d��minents services dans le domaine de l��ducation et de la r��ducation, pris au sens le plus large. Elle permet, en effet, d��tablir une sorte de diagnostic de sociabilit� au niveau des relations et des perceptions interpersonnelles, en r�v�lant notamment l�isolement de certains sujets, les clivages ou les tensions propres � certains groupes. En fonction de ces informations, souvent difficiles � d�-</p><p>celer par d�autres approches, on peut proc�der � des interventions diverses (socioth�rapie, r�affectations, changements institutionnels) susceptibles de modifier le degr� ou le style de sociabilit�. Et c�est encore le recours � des</p><p>� retests � sociom�triques, pertinem-ment situ�s et espac�s, qui permettra d�appr�cier l��volution �ventuelle.</p><p>D�autre part, en mati�re d�urba-</p><p>nisme et d�architecture, la sociom�trie comparative r�v�lera de grandes diff�-</p><p>rences de communications potentielles selon la structure des syst�mes r�sidentiels, tant au niveau des ensembles globaux qu�� celui des r�seaux de circulation internes et des unit�s de logement.</p><p>On notera, d�ailleurs, que les insatisfactions peuvent tenir soit � l�insuffisance, soit � l�exc�s des interactions suscit�es par le syst�me. L�intervention ne saurait donc �tre standardis�e, mais devra tenir compte des frustrations et des aspirations des r�sidents, processus que la sociom�trie ne saurait d�gager � elle seule.</p><p>L�extension de l�enqu�te sociom�-</p><p>trique au domaine professionnel pose des probl�mes d�ordre d�ontologique beaucoup plus d�licats ; s�il est patent que, par leur fonction m�me, le formateur, le th�rapeute, l�urbaniste visent � un d�veloppement plus harmonieux de la sociabilit�, il n�en va pas forc�ment de m�me de tous les d�tenteurs d�une autorit� professionnelle, notamment s�ils sont anim�s essentiellement par des soucis de rendement ou de pouvoir. En ce cas, le test sociom�trique, in�vitablement nominal, peut devenir, consciemment ou non, un instrument d�emprise et de manipulation. Le jeu des s�lections risque, en effet, d��tre d�tourn� de sa signification expressive et spontan�e pour servir une politique instrumentale de mutation et de promotion. En outre, il peut susciter entre compagnons et coll�gues de travail certains sentiments de rivalit� et d�anxi�t�, puisqu�il implique des pr�-</p><p>f�rences et des risques de non-r�ciprocit� ; ce dernier �cueil subsiste lors m�me que le test serait effectu� par un psychologue ind�pendant de l�autorit�.</p><p>Notre position personnelle tend donc � exclure l�usage de la sociom�trie dans les situations quotidiennes o� elle ne s�impose point et o�, d�ailleurs, elle ne manquerait pas de susciter de l�gitimes r�sistances. Tout au plus pourrait-on y recourir � avec l�accord des int�ress�s</p><p>� lorsqu�il s�agirait d�implanter ailleurs de nouvelles �quipes compos�es d��l�ments pr�lev�s dans un ensemble ant�rieur. Mais l�, au lieu d�une restructuration � � chaud � et � sur le tas �, on recourrait � une d�marche li�e � une mutation globale du contexte, le processus d�association se fondant alors non seulement sur les affinit�s personnelles, mais sur un projet d�action collective ; et les conditions optimales de coh�sion � en v�rit� assez rares � se trouvent, en ce cas, r�unies. Dans tout autre cas, la seule d�marche saine et pertinente serait le d�veloppement de ce qu�on pourrait appeler la � sensibilit� sociom�trique �</p><p>des responsables. En s�appliquant aussi bien � eux-m�mes qu�� leur entourage, elle pourrait affiner leur perception psychosociale et orienter plus valablement certaines conduites et certaines d�cisions.</p><p>Ainsi en irait-il sur le plan pratique comme sur celui de la connaissance. Le myst�re de l�attirance et des affinit�s �lectives, souvent reli� par les po�tes � une sorte de pr�destination, serait progressivement �lucid� gr�ce � la contribution de la sociom�trie.</p><p>J. M.</p><p>H. Jennings, Leadership and Isolation (New York, 1943 ; 2e �d., 1950). / P. H. Maucorps et R. Bassoul, Empathies et connaissance d�autrui (C. N. R. S., 1950). / M. L. Northway, A Primer of Sociometry (Toronto, 1952 ; trad. fr. Initiation � la sociom�trie, Dunod, 1963). / R. Tagiuri et L. Petrullo (sous la dir. de), Person Perception and Interpersonal Behavior (Stanford, Calif., 1958). / J. Maisonneuve, Psychosociologie des affinit�s (P. U. F., 1966). / A. Analin-Sch�t-zenberger, la Sociom�trie (�d. universitaires, 1972). / Y. Toesca, la Sociom�trie � l��cole primaire (E. S. F., 1972).</p><p>socle</p><p>Portion consolid�e de la cro�te terrestre sur l�emplacement d�anciennes cha�nes de montagnes dont l�orogen�se est achev�e depuis tr�s longtemps et qui ont �t� compl�tement aras�es par l��rosion.</p><p>Leur rigidit� rend les socles peu aptes � se d�former. Les r�gions de socle sont donc tectoniquement stables ; elles ne sont affect�es que par des d�formations de type �pirog�nique, qui les individualisent en bombements plus ou moins failles (ant�clises de la terminologie sovi�tique), s�par�s par des cuvettes s�dimentaires (syn�clises).</p><p>Du point de vue g�omorphologique, les socles se caract�risent par la monotonie de leur relief : des surfaces planes s�y �tendent � perte de vue ; les seuls accidents notables sont des rebords de plateaux et des vall�es en gorges.</p><p>Formes de relief</p><p>des socles</p><p>Les plates-formes sont le th�me dominant du relief des socles. Tranchant des structures complexes, essentiellement cristallines, ce sont des surfaces d�aplanissement dont l�importance</p><p>dans le relief s�explique � la fois par la tr�s longue histoire g�omorphologique des socles, qui ont �t� aras�s � plusieurs reprises le plus souvent, et par la grande r�sistance des roches qui les constituent et qui conservent bien les formes.</p><p>Les diverses surfaces d�aplanis-</p><p>sement s�agencent dans l�espace de fa�ons diverses. Tant�t elles se recoupent sous des angles tr�s faibles en facettes, ce qui t�moigne de d�formations de faible amplitude n�entra�nant que d�infimes retouches � un aplanissement primordial. Tant�t elles s��tagent en gradins s�abaissant du centre du massif vers sa p�riph�rie. Le premier cas s�observe par exemple en Su�de m�ridionale, o�, apr�s la r�alisation d�un aplanissement pr�cambrien nivelant le socle de l�Urberg, l��rosion n�a fait que d�blayer la couverture cambro-silurienne qui l�avait fossilis� et a seulement �gratign� le socle dans le Sm�land en y fa�onnant une facette postsilurienne elle-m�me recoup�e par la surface pal�ique (Cr�tac� ?).</p><p>Au contraire, en Su�de septentrionale, c�est le second type d�agencement des surfaces qui est r�alis� : dans le V�sterbotten, on a d�nombr� jusqu�� treize gradins d��rosion �tages depuis la fronti�re norv�gienne jusqu�au golfe de Botnie ; ces gradins t�moignent d�un soul�vement par saccades du massif, au total beaucoup plus prononc� qu�en Su�de m�ridionale.</p><p>Le rythme et le style du soul�vement sont, en effet, d�terminants dans le mode d�agencement des surfaces. Si le socle se soul�ve par pulsations att�-</p><p>nu�es, l�ablation reste faible, de sorte qu�� la surface primordiale se substitue une surface de r�gradation ; dans la zone charni�re, le long de laquelle le socle tend � se soulever par d�infimes basculements, le bilan de l��rosion est pratiquement nul, chaque vague d�aplanissement ne faisant que perfectionner l�aplanissement primordial par des retouches de d�tail et contribuant � la r�alisation d�une surface polyg�-</p><p>nique. Si le socle se soul�ve par pulsations accus�es, il offre un volume dans lequel le r�seau hydrographique s�encaisse ; par �rosion r�gressive, ce volume tend � �tre effac� � partir de</p><p>la p�riph�rie ; l�ablation est donc plus consid�rable, et il en r�sulte un embo�-</p><p>tement de surfaces.</p><p>La monotonie des surfaces planes est rompue par divers types d�accidents.</p><p>Ce sont, en premier lieu, des escarpements de faille. La rigidit� des socles explique que ce type d�accidents tectoniques soit fr�quent. Ce sont parfois des accidents majeurs, comme les grandes failles de l�Afrique orientale, qui ont engendr� de profonds foss�s d�effondrement et cr�� des reliefs d�autant plus consid�rables qu�� la faveur des cassures du socle des mont�es �ruptives ont surajout� des �difices volcaniques. C�est le m�me ph�nom�ne qui accidente, mais � une plus petite �chelle, le coeur du Massif central fran-</p><p>�ais avec le foss� de la Limagne et les volcans �teints d�Auvergne.</p><p>Il existe aussi une infinit� de failles modestes qui d�bitent le socle en panneaux d�nivel�s. Leur identification n�est pas toujours ais�e, et on les a parfois confondues avec des gradins d��rosion : ainsi, le relief du Limousin a �t� classiquement interpr�t� comme le type parfait d�un socle � aplanissements embo�t�s, alors qu�on consid�re aujourd�hui que les diff�rents plateaux ne sont que des fragments d�nivel�s par des failles d�une m�me surface.</p><p>Tous les escarpements de faille ne sont cependant pas originels ; d�anciennes downloadModeText.vue.download 274 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10229</p><p>dislocations peuvent avoir �t� rajeunies par le d�gagement du plan de faille par l��rosion diff�rentielle.</p><p>Les reliefs d��rosion diff�rentielle constituent en effet le second type de formes capables de rompre l�uniformit� g�omorphologique des socles. Ils sont, cependant, peu d�velopp�s, car les socles, par leur nature lithologique, sont peu propices au jeu de l��rosion diff�rentielle. Les roches cristallines y sont largement pr�pond�rantes : roches m�tamorphiques, qui, des</p><p>schistes cristallins aux micaschistes et aux gneiss, montrent des transitions</p><p>m�nag�es d�favorables � la mise en valeur de forme d�ablation s�lective ; roches plutoniques, qui sont mont�es des profondeurs sous forme de batholites plus ou moins circonscrits et ayant m�tamorphis� les roches encaissantes � leur contact. Les diff�renciations lithologiques ne sont donc, g�n�ralement, pas tranch�es, ce qui explique le faible r�le qu�elles jouent dans le relief. Tout au plus note-t-on d�une roche � une autre des modalit�s de dissection un peu diff�rentes, qui n�introduisent que des nuances peu sensibles. Pourtant, dans certains cas, des contrastes nets peuvent �tre exploit�s par l��rosion : ce sont tant�t des plans de faille qui juxtaposent des roches de r�sistance tr�s in�gale, tant�t des batholites, qui surgissent en d�me d�un moutonne-ment de collines, comme on en voit de nombreux exemples en Afrique occidentale, o� des batholites tardifs, peu fissur�s, puisqu�ils ont �chapp� aux efforts tectoniques les plus violents, sont mis en relief par rapport aux granites pr�cambriens, intens�ment fractur�s.</p><p>� l�inverse, les batholites peuvent �tre moins r�sistants que les roches encaissantes et appara�tre en creux ; plusieurs exemples en ont �t� d�crits dans le Bouclier canadien. Parfois encore, c�est l�aur�ole de m�tamorphisme de contact qui r�siste le mieux et qui est mise en saillie par rapport aussi bien au batholite qu�aux roches encaissantes.</p><p>Cependant, les socles ne sont pas exclusivement constitu�s de roches cristallines. Des structures s�dimentaires pliss�es y ont �t� parfois conserv�es, dans lesquelles les roches les plus fr�quentes sont des schistes, des gr�s, des quartzites et, plus rarement, des calcaires. L��rosion diff�rentielle trouve l� des conditions tr�s favorables au d�gagement de formes structurales.</p><p>Excavant les roches tendres, elle met en valeur des barres de roches dures, dont les altitudes concordantes t�-</p><p>moignent de l�aplanissement dont elles d�rivent. Ce type de relief est dit � appalachien �, l�exemple le plus caract�ristique �tant en effet situ� dans les Appalaches, dans l�est des �tats-Unis.</p><p>Dans certains cas, les barres rocheuses sont en partie des reliefs r�siduels que l��rosion n�a jamais r�ussi � niveler : tel est le cas des barres de quartzites</p><p>de la r�gion de Falaise, en Normandie, qui peut servir de type � ces reliefs dits</p><p>� pseudo-appalachiens �.</p><p>L�uniformit� du relief des socles est rompue enfin par l�encaissement des r�seaux hydrographiques, qui en morcellent les surfaces planes. Ces r�seaux montrent tr�s g�n�ralement un d�saccord flagrant avec les accidents structuraux.</p><p>S��tablissant sur des topographies nivel�es et parfois masqu�es par des couvertures s�dimentaires, les rivi�res s��coulent suivant les lignes de plus grande pente, en conformit� avec les d�formations en ant�clise. En creusant, elles se surimposent ainsi sur les structures plus ou moins complexes du socle.</p><p>Types</p><p>g�omorphologiques</p><p>de socles</p><p>Suivant l�ampleur des ant�clises et l�intensit� de leur soul�vement, suivant aussi le rythme des d�formations qui leur ont donn� naissance et la nature des mat�riaux rocheux qu�ils offrent � l��rosion, les socles pr�sentent des paysages vari�s, quoique d�une incontestable parent�. Sch�matiquement, on peut les classer en deux grands types.</p><p>Les massifs anciens</p><p>L�exemple type est celui de l�Europe hercynienne, dont l��volution en plateforme a d�but� avec l�aplanissement de la cha�ne hercynienne � l�aube de l��re secondaire. Au cours du Secondaire, ce socle a �t� gauchi, et des cuvettes ont �t� envahies par des mers qui tant�t transgressaient, tant�t r�gressaient.</p><p>Au Tertiaire, une tendance g�n�ralis�e � la surrection se manifesta, plus accus�e dans les zones qui �taient rest�es �merg�es ou qui n�avaient connu qu�une subsidence mod�r�e. Ainsi, des massifs se sont individualis�s l� o� le socle, d�barrass� de la couverture s�dimentaire qui l�avait partiellement ou totalement fossilis�, a �t� de nouveau rabot� par l��rosion, qui y a fa�onn� de nouveaux aplanissements. Ces massifs pr�sentent en plan une forme plus ou moins circulaire ou l�g�rement ovale,</p><p>d�un diam�tre variant de quelques dizaines � quelques centaines de kilom�tres ; l��nergie de relief, mesur�e entre les parties culminantes et les bassins p�riph�riques, y est comprise entre quelques centaines de m�tres et 1 500 m, ce qui correspond � des bombements � grand rayon de courbure.</p><p>� ces d�formations d�ensemble se combinent des accidents localis�s qui d�terminent des jeux de blocs limit�s par des abrupts de faille. Il en r�sulte un relief compartiment� comme celui du nord-est du Massif central fran�ais, o� horsts et foss�s sont d�coup�s par des failles hercyniennes qui ont rejou� au Tertiaire. Ces d�formations assez vigoureuses permettent aux rivi�res de s�inciser fortement en gorges pittoresques. Si, enfin, la lithologie s�y pr�te, l��rosion diff�rentielle peut d�gager des formes appalachiennes comme on en trouve dans le Massif armoricain.</p><p>Au total, si les plates-formes sont bien le th�me dominant de la g�omorphologie de ces massifs anciens, une certaine diversit� de formes n�en est pas absente.</p><p>Les boucliers</p><p>Ils sont caract�ris�s, au contraire, par une extr�me platitude et une plus grande uniformit�. Si quelques rebords de plateaux peuvent y pr�senter des d�nivellations notables, l��nergie des reliefs, dans l�ensemble, y est plus faible que dans les massifs anciens, car les d�formations tectoniques qui ont engendr� ces reliefs ont des rayons de courbure beaucoup plus grands. Cela r�sulte de l�extr�me rigidit� des boucliers, elle-m�me due � une consolidation beaucoup plus ancienne.</p><p>Les boucliers se sont, en effet, consolid�s d�s le Pr�cambrien. Au cours du Pal�ozo�que, ils ont connu une �volution semblable � celle des massifs anciens : le socle de l�Afrique nord-occidentale, par exemple, a �t� envahi par des mers qui ont d�pos� des s�diments assez �pais dans le bas Sahara et dans le Sahara occidental. Mais, � la suite des d�formations tectoniques primaires (cadomienne, cal�donienne et hercy-</p><p>nienne), les boucliers ont connu une longue �volution presque exclusivement continentale, au cours de laquelle l��rosion n�a cess� d�user les parties en saillie, accumulant les d�bris ainsi arrach�s dans des aires l�g�rement sub-sidentes. On comprend, de ce fait, la grande monotonie de leur relief, d�autant que les d�formations tectoniques y ont �t� de plus en plus att�nu�es.</p><p>Ce sont pr�cis�ment les modalit�s et le rythme de ces d�formations qui servent de base � une classification des boucliers. Certains, comme le bouclier scandinave, ont connu tout au long de leur histoire postpal�ozo�que une tendance continue � la surrection. Ils ont donc �t� constamment soumis � une ablation qui a multipli� les surfaces d�aplanissement. Hormis leurs dimensions, tr�s importantes, puisque d�passant largement le millier de kilom�tres, ils s�apparentent quelque peu aux massifs anciens ; mais ils sont plus aplatis, au point qu�en Finlande, par exemple, ce sont les bourrelets morainiques glaciaires qui cr�ent les reliefs les plus notables.</p><p>Tout autre est le cas des � tables �, o� la diff�renciation du relief est � peine marqu�e. L�Afrique nord-occidentale en est un exemple caract�ristique : ici, le socle a subi des gondolements de faible amplitude, mais dont les p�les de soul�vement et de subsidence ont migr� � plusieurs reprises.</p><p>Ainsi, la plaine des Eglab, au sud du bassin de Tindouf, est une boutonni�re de socle qui a �t� tour � tour fossilis�e et exhum�e de d�p�ts infracambriens, cambro-siluriens, cr�tac�s et tertiaires, chaque coup de rabot de l��rosion n�enlevant, outre la couverture fossi-lisante, qu�un mince copeau de socle, dont la surface polyg�nique est d�une rare perfection, quoique accident�e de quelques inselbergs (les � eglab �). Finalement, ant�clises et syn�clises sont si faiblement marqu�es que le relief est d�une tr�s grande platitude. Les reliefs les plus notables sont les rebords des couvertures gr�seuses, qui, sous les climats chauds, restent en saillie par rapport au socle. Leur d�nivellation, cependant, est assez faible, elle n�ex-c�de pas une centaine de m�tres.</p><p>On observe que, bien souvent, le relief des boucliers pr�sente une plus grande �nergie en bordure des continents, constituant des bourrelets marginaux qui isolent les platitudes int�rieures de la mer. Il s�agit parfois de modestes renflements � peu pr�s sym�triques, comme la dorsale du bas Congo, qui ferme la cuvette congolaise � l�aval sans d�passer 870 m d�altitude. Mais, plus souvent, c�est un relief dissym�trique tournant un abrupt vers la mer. La cause en est parfois une flexure marqu�e de la bordure du continent, comme dans le massif de la Borborema, dans le Nord-Est br�silien.</p><p>Plus souvent, ce sont des failles qui ont relev� la marge du continent. Suivant qu�elles ont jou� � une �poque plus ou moins r�cente, le relief offre une vigueur variable.</p><p>downloadModeText.vue.download 275 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10230</p><p>Les escarpements par lesquels le socle de l�Arabie s�effondre sous la mer Rouge et le golfe d�Aden sont certainement les plus frais qui se puissent observer ; la r�gion littorale du Sud-Est br�silien montre, au contraire, un relief d�rivant de failles plus anciennes : une c�te sinueuse y d�note un recul in�-</p><p>galement rapide des escarpements en rapport avec la r�sistance des roches.</p><p>� la diff�renciation structurale des socles qui vient d��tre esquiss�e se superpose une diff�renciation morphoclimatique.</p><p>Les paysages des socles sont, en effet, fortement influenc�s par les syst�mes morphog�n�tiques qui les fa-</p><p>�onnent. � cet �gard, les boucliers septentrionaux (Canada, Scandinavie), qui ont �t� racl�s par les glaciers quaternaires et qui sont soumis aujourd�hui � des climats p�riglaciaires, pr�sentent des model�s fondamentalement diff�-</p><p>rents de ceux des boucliers tropicaux, qui sont fa�onn�s depuis tr�s longtemps sous des climats chauds tant�t plus humides, tant�t plus secs.</p><p>R. L.</p><p>P. Birot, Morphologie structurale, t. II (P. U. F., 1958). / J. Tricart et A. Cailleux, Cours de g�omorphologie, fasc. 2, 1re partie : G�omorphologie des r�gions de plateformes (Sedes, 1958).</p><p>Socrate</p><p>En gr. S�KRAT�S, philosophe grec (Al�-</p><p>pek�, Attique, v. 470 - Ath�nes 399 av.</p><p>J.-C.).</p><p>Peu de choses sont s�res concernant Socrate en dehors de l�importance des effets que sa vie et, par cons�quent, sa mort ont engendr�s, effets qui, � peu de choses pr�s, constituent toute la philosophie. Entre la po�sie qui le pr�c�de et la prose qui le suit, Socrate repr�sente le moment de l�agraphie : il n��crit pas.</p><p>Sa pr�sence a �t� celle d�une parole vive : il a pay� de sa personne plut�t que de sa plume. Il n��crivait pas : la mort l�a r�duit au silence. Mais, assurant le relais de son discours ironique, ce silence posthume continue de faire de lui l�accoucheur des esprits : c�est � partir de lui que parle toute la philosophie.</p><p>Trois de ses contemporains ont parl� de Socrate. Aristophane* le ridiculise dans les Nu�es (423 av. J.-C.). Platon*</p><p>a vingt ans quand il rencontre Socrate.</p><p>Des huit ann�es qu�il passe pr�s de lui, tous les dialogues portent sans doute la trace, mais les premiers sont plus riches en informations. Quant � X�nophon*, s�il a fr�quent� Socrate vers la m�me �poque, il l�a fait moins assid�ment ; l�int�r�t de ses M�morables s�en ressent. Entre ces trois portraits, l�accord est loin de r�gner. Sans doute, le Socrate d�Aristophane est-il plus jeune, mais, pour avoir le m�me �ge, celui de Platon et celui de X�nophon ne se ressemblent pas. Qu�y a-t-il de commun entre le personnage quelconque �voqu� par ce dernier et la figure qui devait, � travers les dialogues de Platon, dominer toute la philosophie ?</p><p>D�aucuns, pourtant, font davantage cr�dit � X�nophon au vu de sa m�diocrit�, garante, pensent-ils, de fid�lit�.</p><p>Quant aux autres, condamn�s � chercher Socrate dans Platon, ils sont aux prises avec le probl�me insoluble de fixer dans les dialogues la part de leur</p><p>� h�ros � et celle de leur auteur.</p><p>� partir de l�, les anecdotes les plus contradictoires s�accumulent, parmi lesquelles, toutefois, la critique est parvenue � retenir quelques �l�ments fortement probables. Socrate est n� dans le d�me d�Al�pek� vers 470. Sa m�re �tait sage-femme, et son p�re sculpteur. Lui-m�me aurait quelque temps exerc� la profession de son p�re.</p><p>D�un ou de trois mariages, il eut trois enfants (Lamprocl�s, Sophonisque et M�n�x�ne). Il sortit quatre fois de sa cit� : en 432-429 pour le si�ge de Poti-d�e, en 424 pour la bataille de D�lion, en 422 pour l�exp�dition d�Amphipolis et � une date incertaine pour consulter l�oracle de Delphes. Les traits le plus souvent �voqu�s sont sa patience, sa laideur et le d�mon dont il se pr�tendait parfois inspir�. En 399, Anytos (un tanneur), assist� du po�te M�l�tos et du rh�teur Lycon, l�accuse de ne pas respecter les dieux et de corrompre la jeunesse. Au proc�s, Socrate assure lui-m�me sa d�fense. Par 281 voix contre 278, il est condamn� � mort. Il boira la cigu� un soir de mars 399.</p><p>Qu�en est-il maintenant de la philosophie de Socrate ? Cette question renvoie � une autre : o� est la philosophie de Socrate ? Nous avons vu qu�elle reste ouverte. La majorit� des r�ponses qui ont �t� risqu�es consistent en commentaires plus ou moins convergents, plus ou moins hypoth�tiques du</p><p>� Connais-toi toi-m�me �, dont la lecture au fronton du temple de Delphes aurait r�v�l� Socrate � lui-m�me, ainsi que de la formule de l�oracle selon laquelle � Socrate est le plus sage des hommes � et de l�interpr�tation que Socrate en aurait propos�e : � En effet, je sais que je ne sais rien. �</p><p>En ce sens, tout discours sur Socrate est-il vou�, comme le disait L�on Brunschvicg, � rester de quelque ma-ni�re socratique, car ce que l�on sait de lui vraiment n�est rien.</p><p>D. H.</p><p>F Platon.</p><p>�. Boutroux, �tudes d�histoire de la philosophie (Alcan, 1897). / A. E. Taylor, Varia socratica (Oxford, 1911) ; Socrates (Londres,</p><p>1932 ; 2e �d., 1939). / J. Burnet, Greek Philosophy (Londres, 1914). / E. Dupr�el, la L�gende socratique et les sources de Platon (R. Sand, Bruxelles, 1922). / G. Rodier, �tudes de philosophie grecque (Vrin, 1926). / O. Gigon, Sokrates (Berne, 1947). / V. de Magalhaes-Vilhena, le Probl�me de Socrate, le Socrate historique et le Socrate de Platon (P. U. F., 1952) ; Socrate et la l�gende platonicienne (P. U. F., 1952). /</p><p>J. Brun, Socrate (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1960 ; 5e �d., 1973). / J. Humbert, Socrate et les petits socratiques (P. U. F., 1967). / E. Callot, la Doctrine de Socrate (Rivi�re, 1970).</p><p>sodium</p><p>F ALCALINS (�l�ments et compos�s).</p><p>Sofia</p><p>Capit. de la Bulgarie ; 848 000 hab.</p><p>Permanence du site</p><p>et tradition urbaine</p><p>La ville a connu un d�veloppement tr�s lent jusqu�� l��re socialiste. Au d�part des Turcs (1878) � un peu comme</p><p>Ath�nes dans les ann�es 1830 �, elle ne comptait plus que quelques milliers d�habitants. Des fouilles ont permis d�attester la pr�sence d�une ville romaine fond�e sur une cit� thrace, Serdica, au pied du massif de la Vito�a (qui se dresse, limit� par des failles, au-dessus d�un bassin de remblaie-ment n�og�ne coinc� entre les avant-postes du Rila et du Rhodope et l�arc de la Stara Planina). Dans le bassin se croisaient de grandes routes de l�Antiquit�, demeur�es de grandes voies modernes : du sud au nord, une route m�ne des plaines de la mer �g�e au Danube par la perc�e de l�Isk&#x103;r � travers la cha�ne de la Stara Planina, que les Turcs appelaient Balkan ; de l�ouest � l�est, une grande diagonale conduit de Belgrade et des plaines pannoniennes en direction des bassins de la Marica, de la ville de Plovdiv, enfin d�Istanbul.</p><p>Sofia est un des grands carrefours entre l�Europe centrale et l�Europe m�diterran�enne et orientale.</p><p>D�truite par les Huns, la cit� est reconstruite lors des � grandes migrations des peuples �, lorsque les Bulgares, pasteurs et agriculteurs, se s�-</p><p>dentarisent sur des terres relativement</p><p>fertiles, en tout cas assez bien arros�es.</p><p>Les Bulgares �difient alors une forteresse (grad), qui abrite une population de paysans, des colonies grecques, ar-m�niennes, ragusaines, italiennes, auxquelles viennent se joindre au XIXe s.</p><p>d�autres populations m�diterran�ennes.</p><p>M�me sous l�occupation turque et, plus tard, lors de la r�novation de la ville, cette permanence d�une vie de symbiose entre citadins et ruraux, ainsi que la pr�sence d�une cit� commerciale, le bazar, se sont perp�tu�es, comme dans tous les Balkans.</p><p>Le plan de la ville ancienne est encore mal d�gag�. Il regroupe des �choppes et des boutiques t�moignant de la fonction de bazar ainsi que l�ancienne mosqu�e et le vieil h�tel du Balkanturist ; des noyaux forment des places, l�une encadrant la cath�drale orthodoxe Alexandre Nevski, l�autre bord�e de monuments d�architecture n�o-classique, d�inspiration stalinienne, comme l�immeuble du parti communiste et le mausol�e de Georgi Dimitrov. � partir de ce centre s��tirent des quartiers r�sidentiels au plan en damier le long des radiales qui divergent de la crois�e des routes : les maisons, basses et au toit � quatre pans, sont entour�es d�un jardin ou d�un verger. Dans les faubourgs, d�allure plus ou moins paysanne, se maintient une bonne partie de la population, surtout d�origine rurale. La gare et la voie ferr�e, au nord, ont longtemps limit� l�extension urbaine, mais l�ensemble urbain et le bassin lui-m�me peuvent accueillir une population beaucoup plus nombreuse.</p><p>Malgr� les revers dus � la participation de la Bulgarie � la Premi�re Guerre mondiale, la volont� de construire une capitale de type europ�en se manifesta apr�s le conflit : destruction des mosqu�es et du ghetto, �dification des principales �glises, fondation d�un mus�e ethnographique. La r�union de la principaut� autonome de Bulgarie et de la r�gion autonome de la Roum�lie orientale (avec comme capitale Plovdiv) donna sans conteste la pr��minence � Sofia. Mais les grandes modifications ne sont intervenues que dans les ann�es 50 et m�me 60 : au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, Sofia ressemble encore plus � une ville de</p><p>la fin du XIXe s. qu�� une cit� moderne.</p><p>downloadModeText.vue.download 276 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10231</p><p>L�histoire de la ville</p><p>Sofia, l�antique cit� thrace de Serdica, appara�t dans l�histoire un peu avant l��re chr�tienne. Au d�but du IIe s., l�empereur Trajan fonde la colonie d�Ulpia Serdica, et, � la fin du si�cle suivant, Aur�lien en fait la capitale de la province de Dacia Mediterra-nea. Au temps de l�empire chr�tien, en 343, un grand concile se tient � Serdica dans le dessein de mettre un terme aux troubles occasionn�s par l�h�r�sie arienne.</p><p>Sous le r�gne de Constantin Ier le Grand, la ville joue le r�le d�un important centre commercial, � la rencontre des trafics orientaux et occidentaux. Elle subit les assauts des Barbares, Ostrogoths et Wisigoths ; et, de 441 � 447, elle est d�vast�e par les hordes d�Attila. Elle ne reprend de l�importance que sous le r�gne de l�empereur Justinien Ier (527-565), qui rel�ve ses remparts.</p><p>En 809, elle tombe aux mains des Bulgares, lorsque leur tsar l�enl�ve aux troupes byzantines de l�empereur Nic�phore Ier.</p><p>Serdica, baptis�e Sredec par les Slaves, est �prement disput�e du IXe au XIe s. entre Grecs et Bulgares.</p><p>D�finitivement bulgare, elle n�est pourtant pas la capitale des tsars, ce r�le �tant d�volu successivement � Pliska, � Preslav et � T&#x103;rnovo. C�est au XIVe s. qu�elle devient Sofia. � cette �poque, les Turcs ravagent le plat pays autour de la ville, qui, en 1382, tombe en leur pouvoir. � part un court interm�de en 1443-44, lorsque le roi Ladislas III de Pologne parvient � s�en emparer pour quelque temps, Sofia demeure une petite ville turque.</p><p>Elle ne rentre dans l�histoire que le 4 janvier 1878, lorsqu�elle est lib�r�e par les troupes russes du g�n�ral Iossif Vladimi-rovitch Gourko (1828-1901). En 1908, elle devient la capitale du royaume ind�pendant de Bulgarie.</p><p>P. R.</p><p>Le d�but d�une centralisation excessive</p><p>La croissance de la capitale se manifeste par un des taux d�accroissement d�mographique les plus �lev�s dans l�Europe du Sud-Est et par le d�passement d�un plan de croissance limitant l�entr�e dans la ville et l�octroi d�un emploi. Sofia assure ainsi plus du quart de la production industrielle nationale, avec 26 p. 100 des textiles, 35 p. 100 du cuir, 34 p. 100 de la production m�canique, 38 p. 100 de la production chimique, 43 p. 100 de la papeterie. Elle est devenue le grand centre de distribution des denr�es de d�tail. Elle rassemble plus de la moiti� des �tudiants et des cadres administratifs d�un pays r�put� par sa centralisation bureaucratique. Elle participe � la construction d�usines avec l�aide des pays occidentaux, mais elle est surtout en liaison avec les �tats du Comecon.</p><p>Elle est la principale productrice du Comecon pour les engins de manutention et de levage. Une grande partie des usines nouvelles ou agrandies en Bulgarie se localisent sur le territoire de Sofia : Ernst Th�lmann pour les tissages, Vasil Kolarov pour le mat�riel �lectrique ; Vorochilov pour l��quipement �lectrique, les chariots et tous les engins de levage ; Kirkov pour la chaudronnerie. L��nergie de ces ensembles, dont certains emploient plus de 5 000 salari�s, est fournie non seulement par les centrales de la Stara Planina et du Rhodope, mais aussi par une grande centrale thermique situ�e dans la ville m�me. Sofia compte plus de 200 000 salari�s dans l�industrie (contre 120 000 � Plovdiv), la majeure partie des ouvriers dans la branche</p><p>� construction �, une forte proportion de population f�minine travaillant dans le textile et les industries alimentaires, enfin cinq fois plus d��tudiants que l�ensemble de toutes les autres villes.</p><p>Par son a�roport, et son r�le d��tape sur la diagonale touristique Belgrade-Istanbul, elle est un lieu de concentration et de redistribution des touristes (par voie a�rienne ou par route). Comme � Bucarest et � Budapest, une cha�ne h�-</p><p>teli�re am�ricaine a construit un h�tel de 450 chambres au centre de Sofia.</p><p>L�exc�dent de la population ne pro-</p><p>vient qu�en partie de la croissance naturelle (5,2 p. 1 000 contre 7,2 p. 1 000</p><p>pour l�ensemble de la Bulgarie). De nombreux immigr�s, plus ou moins autoris�s et logeant � la p�riph�rie de la ville, sont venus s�employer dans la construction : Tsiganes instables, paysans des montagnes entourant la ville, musulmans du district frontalier de K&#x103;rd&#x17E;ali.</p><p>Probl�mes d��quipement</p><p>Cette expansion rapide a provoqu� une prise de conscience des probl�mes d�am�nagement, et, en 1968, la Direction au plan g�n�ral de Sofia a �t� mise en place. Elle pr�voit, entre autres objectifs : une restructuration du centre �liminant les traits encore ruraux ; une extension de cit�s nouvelles (le rythme de construction est pass� de 1 200 logements par an vers 1960 � pr�s de 10 000</p><p>actuellement) ; la cr�ation d�une agglom�ration avec zonage s��tendant � peu pr�s sur le district actuel de la ville et unissant les deux centres sid�rurgiques de Pernik � l�ouest et de Kremikovci � l�est. Mais il s�agit l� de projets � long terme. Il serait alors cr�� un district urbain g�ant d�une cinquantaine de kilom�tres de rayon, une sorte de � Grand Sofia �, o� la part de la population agricole resterait encore �lev�e, et o� celle des services pourrait encore s�accro�tre aux d�pens des secteurs primaire et secondaire. Deux grands ensembles seraient ainsi cr��s : au nord du centre actuel et du trac� de la voie ferr�e, les quartiers industriels ; au sud, des quartiers r�sidentiels avec espaces verts sur les flancs de la montagne Vito�a, qui vient d��tre am�nag�e sous forme d�une r�serve naturelle de v�g�tation, d�animaux et d�eaux, et qui resterait le</p><p>� poumon � de Sofia. Il est certain que, m�me spontan�ment, l�agglom�ration a tendance � s�allonger du N.-N.-O. au S.-S.-E., le long de la route nationale qui dessert pratiquement les nouveaux ensembles. On peut se demander dans quels d�lais, en fonction du rythme de l��conomie bulgare, ces projets peuvent �tre r�alis�s. Il est possible qu�on assiste � un ralentissement, � un essoufflement de la construction dans la seule ville balkanique avoisinant le million d�habitants.</p><p>A. B.</p><p>soie</p><p>Mati�re textile fil�e par la chenille du Bombyx du M�rier, ou Bombyx mori ou Ver � soie.</p><p>Les origines du Ver � soie se perdent dans la nuit des temps pr�historiques. La soie existait bien avant que l�Homme n�exist�t lui-m�me. Lorsque l�on parle des origines de la soie, il faut s�en tenir aux origines de l�utilisation de la soie et rappeler la tradition selon laquelle, vers l�an 2640 av. J.-C., une jeune princesse chinoise aurait d�vid�, la premi�re, ce fil merveilleux d�un cocon sauvage trouv� sous un M�rier.</p><p>downloadModeText.vue.download 277 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10232</p><p>Et, pendant trente si�cles, les Chinois conserveront ce secret biologique, en m�me temps que le monopole fructueux de la production et du commerce de la soie. Il faut, en effet, attendre le VIe s. de notre �re pour que la production et le tissage de la soie s�implantent au Moyen-Orient. Enfin, au XVIe s., cet artisanat p�n�tre en France, pour se fixer dans la r�gion lyonnaise.</p><p>Fabrication</p><p>L�Insecte du Bombyx mori appartient � la cat�gorie des Papillons de nuit (ou H�t�roc�res). Ses oeufs donnent naissance � des chenilles qui, se nourrissant exclusivement de feuilles fra�ches de M�rier blanc, atteignent en trente jours leur d�veloppement maximal. Les</p><p>chenilles commencent alors � s�cr�ter leur filament soyeux produisant les cocons, dans lesquels elles s�enferment pour effectuer leur m�tamorphose en chrysalides.</p><p>�touffage</p><p>Sur la majeure partie des cocons provenant d�une r�colte, on proc�de � un traitement, l��touffage, afin de tuer les chrysalides dans les cocons, avant leur m�tamorphose en Papillons. Seule,</p><p>en effet, une partie de la cueillette de cocons est destin�e � la reproduction.</p><p>Ces cocons perc�s par le Papillon ne sont plus propres au d�vidage et constituent des d�chets de s�ricicul-ture, utilisables pour la fabrication de la schappe.</p><p>Filature</p><p>La filature de soie consiste � d�vider les filaments des cocons. Ces filaments sont constitu�s de deux �l�ments de fibro�ne accol�s par le gr�s, ou s�ricine (de 20 � 25 p. 100 en poids du filament de gr�ge). On r�unit plusieurs filaments issus de cocons diff�rents de fa�on � constituer une gr�ge de titre voulu, qui se pr�sente sous la forme d�un v�ritable crin.</p><p>La fibro�ne est une prot�ine fibril-laire constitu�e de macromol�cules lin�aires, elles-m�mes form�es par l�union de quelque 400 � 500 mol�-</p><p>cules d�aminoacides. On compte dix-sept aminoacides principaux. La glycine repr�sente 38 p. 100 de la totalit� de la fibro�ne, l�alanine 25 p. 100, la serine 13 p. 100 et le tyrosine 12 p. 100.</p><p>Le restant, soit 12 p. 100, est constitu� des treize autres aminoacides. La structure de la macromol�cule de fibro�ne est s�quenc�e, c�est-�-dire qu�elle est form�e de segments d��l�ments macromol�culaires. Ces portions de macromol�cules diff�rent entre elles par leur constitution. Les unes renferment uniquement des aminoacides de faible poids mol�culaire (glycine, alanine, serine), ce qui leur conf�re une tr�s grande uniformit� de structure et les rend aptes � s�associer en r�seaux parall�les constituant de v�ritables micro-cristaux, responsables, entre autres propri�t�s, de la haute t�nacit� de la fibro�ne. Les autres portions des macromol�cules renferment des aminoacides de poids mol�culaire variable, mais g�n�ralement �lev�, tels que tyrosine, ph�nylalanine, tryptophane, etc. Ces portions de macromol�cules s�arrangent selon une r�partition purement statistique, constituant les domaines amorphes de la mati�re, et assurent de ce fait � la fibro�ne sa souplesse, sa r�silience, son �lasticit�.</p><p>La s�ricine est une prot�ine consti-</p><p>tu�e par les m�mes aminoacides que ceux de la fibro�ne, mais dans des proportions diff�rentes. C�est une prot�ine du type globulaire d�une structure amorphe analogue � celle de la g�latine.</p><p>D�creusage</p><p>L�op�ration de d�creusage consiste � �liminer la s�ricine. La fibro�ne et la s�ricine sont des mati�res prot�iques, mais la s�ricine est plus facilement attaquable, hydrolysable que la fibro�ne.</p><p>Tout le probl�me, sur le plan technologique, consiste � assurer une bonne dispersion du gr�s sans d�grader la fibro�ne. Le savon est la base de l�op�-</p><p>ration de d�creusage. Soumise de fa�on contr�l�e � l�action d�un bain de savon, la soie est d�pouill�e de son gr�s, par dispersion de celui-ci sans que la fibro�ne soit alt�r�e. Le d�faut d�exfoliation, ou lousiness ou duvet originel, est caract�ris� par l�existence de tr�s fines fibrilles qui, au moment du d�creusage, se d�tachent du brin de fibro�ne et conf�rent � la soie un aspect duve-teux. Par microscopie �lectronique, le docteur Jean Gallois a montr� que, dans une soie gr�ge pr�sentant le d�-</p><p>faut d�exfoliation, des brins de fibro�ne apparaissent comme �clat�s en de multiples fibrilles. Ces fibrilles, entour�es de s�ricine, ne sont lib�r�es qu�au moment du d�creusage, qui r�v�le ainsi le d�faut d�exfoliation. Ce d�faut est la cons�quence d�un d�sordre qui se produit dans les glandes s�rig�nes.</p><p>Traitements de charge</p><p>Ceux-ci apportent � la soie des qualit�s d�aspect, de tombant, de toucher, de main. La charge appliqu�e actuellement est toujours � base de phosphosi-licate d��tain.</p><p>Blanchiment</p><p>Le blanchiment de la soie est effectu� uniquement � l�eau oxyg�n�e. L�azu-rage fait appel � des azurants optiques du type laine.</p><p>Teinture</p><p>Le mat�riel de teinture en fil est rest� traditionnel dans la plupart des cas,</p><p>mais la mise sur le march� de soie pr�sent�e en g�teaux permet d�utiliser le mat�riel de teinture des textiles artificiels ou synth�tiques : teinture par empaquetage ou par embrochage sur tubes perfor�s.</p><p>Le mat�riel de teinture en pi�ces des articles en soie a peu �volu�. On doit, en effet, �viter toutes causes de cassures, �raillages, d�placements de fils, toute tension excessive, ce qui ne permet pas de travailler � la continue.</p><p>Impression</p><p>L�impression reste un des domaines les plus importants de l�industrie de la soie. C�est, en effet, un moyen qui permet de conf�rer aux articles de soie toute leur personnalit�, en tenant compte des influences �ph�m�res de la mode et de l��volution artistique.</p><p>Appr�t</p><p>Pour les articles de soie, on utilise encore le plus souvent les appr�ts classiques. On a tent� de faire appel � des appr�ts infroissables ou � des appr�ts antitaches, mais les propri�t�s nouvelles conf�r�es � la soie ne doivent pas l��tre au d�triment de ses propri�-</p><p>t�s initiales : souplesse, brillant, qui sont sa raison d��tre. Ce compromis, difficile � r�aliser, a limit� l�application des r�sines aminoplastes et fluor�es. Les appr�ts imperm�ables, � base de silicones, sont, au contraire, utilis�s couramment, en particulier pour les foulards, carr�s, �charpes.</p><p>En 1971, la France a import� 407 t de soie gr�ge, dont la majeure partie �tait en provenance de la Chine. Le probl�me essentiel qui se pose aujourd�hui pour cette mati�re est celui de la production s�ricicole, qui doit �tre maintenue � son niveau actuel.</p><p>S. P.</p><p>F Blanchiment / Bobinage / Filature / Impression / Teinture et appr�ts / Textiles (industries) /</p><p>Tissage.</p><p>J. Vaschalde, les Industries de la soierie (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1962 ; 2e �d., 1972).</p><p>soif</p><p>Sensation que produit le besoin de liquides.</p><p>La soif d�termine un comportement sp�cifique qui est celui de boire. En tant que sensation, la soif est une exp�-</p><p>rience subjective qui ne peut �tre analys�e que chez l�homme. En revanche, la cons�quence de la soif, c�est-�-dire l�ingestion de liquide, est un ph�no-m�ne objectif et quantifiable que l�on peut �tudier chez l�animal et chez l�homme.</p><p>Physiologie</p><p>Plusieurs facteurs peuvent d�clencher la sensation de soif.</p><p>Facteurs humoraux</p><p>La soif appara�t normalement lorsque l�organisme se trouve dans un �tat de d�ficit hydrique, que ce soit par manque r�el de liquide (insuffisance d�apport ou pertes trop abondantes) ou par surcharge osmotique (quantit� trop importante d�ions [de sel] dans les liquides de l�organisme et surtout dans les cellules, essentiellement dans les �tats dits � de d�shydratation cellulaire �).</p><p>Facteurs locaux</p><p>La conception traditionnelle de la soif est celle d�une sensation prenant naissance dans la r�gion bucco-pharyng�e.</p><p>L�exp�rience de chacun montre bien l�importance de ce facteur local, la soif �tant per�ue comme une sensation de s�cheresse bucco-pharyng�e d�sa-gr�able motivant l�ingestion de liquide qui la soulage imm�diatement, avant toute absorption intestinale. Le stimulus local d�clenchant la sensation de soif para�t bien �tre cette s�cheresse de la muqueuse bucco-pharyng�e qui r�sulte d�une r�duction du d�bit salivaire refl�tant le d�ficit hydrique de l�organisme. Les informations partant de la bouche vers le syst�me nerveux ont un r�le tr�s important dans le ph�-</p><p>nom�ne de la sati�t�. Chez l�animal, dont l�oesophage est abouch� � l�ext�-</p><p>rieur de telle sorte que les ingestions hydriques ne peuvent plus corriger le d�ficit hydrique, l�absorption de li-</p><p>quide entra�ne une sensation de sati�t�.</p><p>Mais cela est bref, et l�animal recommence � boire toutes les dix � quinze downloadModeText.vue.download 278 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10233</p><p>minutes. De toute fa�on, la s�cheresse de la bouche n�est pas un facteur d�terminant de l��quilibre hydrique de l�organisme. Ainsi, certains malades chez qui manquent les glandes salivaires ont une consommation de liquide normale bien qu�ayant une bouche tr�s s�che.</p><p>R�gulation centrale de la soif</p><p>Actuellement, tous les travaux tendent � d�montrer l�existence d�une mise en jeu centrale (au niveau du cerveau) des m�canismes de la soif � partir d�informations r�flexes venant de r�cepteurs osmotiques situ�s dans l�hypothalamus. Des injections directes de s�rum sal� hypertonique dans l�hypothalamus, de la ch�vre provoquent des ingestions hydriques consid�rables.</p><p>Anatomiquement, les centres hypothalamiques de la soif se trouveraient entre l�hypothalamus dorsal et l�hypothalamus ventral. La stimulation �lectrique de cette zone d�termine, selon le lieu d�excitation, soit une diminution de la quantit� d�urines �mises avec apparition d�une soif vive, soit une soif vive seulement. Chez le rat, la destruction de ces r�gions d�termine une adipsie (absence de soif). Il faut noter que c�est dans l�hypothalamus que se situe la zone de s�cr�tion de l�hormone antidiur�tique et que celle-ci intervient dans les �tats de d�shydratation pour bloquer la diur�se.</p><p>D�autre part, la r�gulation de la soif s�int�gre dans un ensemble physiologique complexe, o� interviennent par exemple la faim et la r�gulation thermique. Finalement, il existe une r�gulation locale de la soif, qui joue chez l�individu normal un r�le important, mais qui n�est ni indispensable, ni suffisante. Il n�en est pas de m�me de la r�gulation hypothalamique, qui est seule capable d�adapter pr�cis�ment les ingestions hydriques en fonction de la concentration du plasma, de la tem-</p><p>p�rature corporelle et, sans doute, du volume sanguin circulant.</p><p>Pathologie de la soif</p><p>Soif excessive</p><p>Le syndrome polyurie-polydipsie est l�association d�une �mission d�urines abondantes et d�une soif intense.</p><p>Il peut s�agir soit d�un diab�te* insipide, soit d�une polydipsie primaire.</p><p>Le diab�te insipide est d� � un manque d�hormone antidiur�tique. Le sujet urine abondamment (parfois plus de 15 litres par jour) et compense cela en buvant l��quivalent. La polydipsie primaire est un trouble primitif de la soif, qui se voit chez certains n�vropathes atteints de potomanie. N�anmoins, il existe quelques observations de polydipsies primaires au cours de l�sions de l�hypothalamus.</p><p>Il existe encore d�autres maladies o� il y a polydipsie : le diab�te sucr� (ici la perte de sucre entra�ne une perte d�eau) et les diab�tes insipides n�ph-rog�niques (d�origine r�nale), o� le rein ne peut plus retenir l�eau. Dans les deux cas, le sujet compense ses pertes en buvant.</p><p>y �preuve de la soif. C�est une</p><p>�preuve utilis�e en milieu hospitalier pour faire la diff�rence entre un potomane et un sujet atteint de diab�te insipide vrai. Elle consiste � priver le sujet d�eau. Au bout d�un certain temps, le potomane cesse d�uriner.</p><p>Par contre, le sujet atteint de diab�te insipide continue � perdre son capital hydrique. Des pr�cautions sont � prendre pour �viter les cons�quences d�une perte d�eau trop abondante.</p><p>Soif insuffisante</p><p>L�adipsie peut s�observer chez des sujets normaux qui boivent des quantit�s minimes de liquides pendant des jours, voire des semaines. Chez le vieillard, o�, fr�quente et en rapport avec des perturbations de l�hypothalamus dues � l�art�rioscl�rose, elle entra�ne une d�shydratation n�faste pour le fonctionnement du rein.</p><p>On observe �galement des adipsies au cours des n�vropathies et dans les cas d�anorexie mentale, perte grave de l�app�tit sous la d�pendance de troubles nerveux o� l�hypothalamus joue un r�le important.</p><p>J. C. D.</p><p>A. V. Wolf, Thirst (Sprinfield, Illinois, 1958). / J. Bachy, la Soif (Impr. Foulon, 1960). /</p><p>J. Cotte �, la Soif (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1976).</p><p>soins</p><p>Ensemble des gestes m�dicaux ou infirmiers destin�s � faire b�n�ficier les malades ou les bless�s des traitements convenables permettant de pallier tous les d�sordres, petits ou grands, qu�ils pr�sentent avant que le diagnostic pr�-</p><p>cis soit pos� et apr�s qu�il ait �t� affirm� et confirm�.</p><p>Les principes sur lesquels les soins sont fond�s sont pratiquement uni-voques, mais les modalit�s d�application sont aussi vari�es que les l�sions ou les affections pathologiques rencontr�es chez l�homme ou chez l�animal.</p><p>Soins m�dicaux</p><p>Ils vont du comprim� ou des gouttes qu�il faut administrer aux malades � heure fixe aux traitements plus d�licats (nursing) des maladies visc�rales graves ou � l�entretien des grabataires, des handicap�s, etc. Si les premiers sont affaire de bonne surveillance et de respect des prescriptions, les derniers sont parfois compliqu�s par de grandes difficult�s pratiques, par exemple lorsqu�il s�agit de soigner de grands cardiaques ou des urinaires, ou des malades mentaux. Il y faut plus, alors, que des gestes m�caniques, et le traitement psycho-affectif est tr�s important.</p><p>L�activit� des soignants ne se limite pas � la conservation des fonctions les plus naturelles ; elle englobe petit � petit des actes tr�s efficaces, mais dont le risque n�est pas n�gligeable, tels que ceux qui sont pratiqu�s quotidienne-ment dans les h�pitaux : perfusions, soins oculaires, sondages, pansements superficiels, soins dermatologiques, physioth�rapie, ergoth�rapie, soins dentaires, etc.</p><p>Les soins aux malades inconscients, quelle que soit la cause de cet �tat, rel�vent d�abord du r�animateur, mais la majorit� d�entre eux, sinon les plus essentiels, ont pour objet l�hygi�ne g�n�rale, la satisfaction des besoins �nerg�tiques et m�taboliques du grand malade. Dans les cas de coma prolong�, les soins sont tr�s complexes, puisqu�il s�agit de surveiller les fonctions vitales, notamment lorsque la respiration elle-m�me est tributaire d�un artifice m�canique plus ou moins permanent. Les pr�ceptes g�n�raux applicables � tous les grands invalides doivent �tre suivis avec pers�v�rance : changements de position r�guliers ; massages des parties du corps qui supportent le poids principal ; aspiration des mucosit�s si la toux et l�expectoration ne peuvent pas �tre stimul�es ; alimentation ad�quate en principes �nerg�tiques et inoffensive pour la trach�e, o� des particules peuvent se fourvoyer ; surveillance des muqueuses les plus fragiles (yeux, bouche, orifices g�nito-urinaires) ; surveillance et ajustement de la temp�rature ambiante afin d�en �viter les exc�s dans un sens ou dans l�autre ; surveillance classique de la temp�rature corporelle ; etc.</p><p>Nomenclature officielle</p><p>des soins infirmiers</p><p>aux assur�s sociaux</p><p>Sans �tre une liste d�finitive ni surtout un aper�u de la grande vari�t� des soins quotidiennement dispens�s aux personnes souffrantes de toute sorte, la rubrique</p><p>� soins infirmiers � de la Nomenclature g�n�rale des actes professionnels des m�decins, des chirurgiens-dentistes, des sages-femmes et des auxiliaires m�dicaux, �labor�e par le minist�re de la Sant� publique et la S�curit� sociale, en France, et en vigueur au 1er janvier 1974, donne des indications utiles. Sont cot�s les actes suivants :</p><p>injection vaginale ;</p><p>cath�t�risme ur�tral ;</p><p>lavage v�sical ;</p><p>injection intraveineuse, pr�l�vement de sang veineux ;</p><p>injection sous-cutan�e, intramusculaire ou intradermique ;</p><p>lavage, tubage d�estomac ; pansements, petits, moyens ou grands ; pansement d�anus artificiel ;</p><p>alimentation par sonde ;</p><p>pulv�risations.</p><p>Soins chirurgicaux</p><p>La pr�paration aux op�rations chirurgicales comporte un type de soins un peu particulier : ceux-ci sont dispens�s souvent � des sujets en apparence bien portants. En dehors des divers pr�l�vements exig�s par les contr�les de s�curit� (concernant le fonctionnement des principaux appareils, les anomalies sanguines ou humorales possibles, etc.), il convient de pr�parer les t�guments de la r�gion op�ratoire, d�exercer le malade en vue d�une certaine r�cup�ration des activit�s musculaires ou articulaires, de lui expliquer clairement, mais sans dramatiser, les principales �tapes de l��volution de son �tat. Si la surveillance, � la p�riode pr�op�ratoire, n�est qu�intermittente, les soins, pour peu que l��tat du patient soit jug� silencieusement pr�caire, se multiplient afin de pourvoir celui-ci d�un dossier complet avant son transfert � la salle d�op�ration. En chirurgie majeure, tous les efforts tendent � augmenter les d�fenses de l�organisme contre l�agression instrumentale. En dehors de l�oxyg�nation, qui a priorit� absolue, cela signifie, en g�n�ral, que tout d�lai est mis � profit pour redresser les principaux d�fauts humoraux d�cel�s : d�o� les perfusions adapt�es � chaque cas particulier, donc variables � l�infini. Ces perfusions apportent toujours un compl�ment d�eau, mais celle-ci v�hicule les diverses substances consid�r�es comme n�cessaires, sel, sucre, acides amin�s, lipides, insuline, sang total ou non, et les m�dicaments appropri�s, diur�tiques, cardiotoniques ou cardior�gulateurs, tranquillisants, etc.</p><p>L�op�r� r�cent est un type de malade inconscient, mais tr�s transitoirement, downloadModeText.vue.download 279 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10234</p><p>car, aujourd�hui, il n�est que rarement</p><p>� autoris� � � passer hors de la salle de r�veil avant d��tre bien r�veill�. Pendant toute la dur�e de l�inconscience, autrement dit de l�anesth�sie g�n�rale, il est veill� par le sp�cialiste, qui suit son �volution de tr�s pr�s et � tous les points de vue. Ce dernier est assist� d�infirmi�res qualifi�es.</p><p>Dans la p�riode suivante, les op�-</p><p>r�s re�oivent les soins chirurgicaux et �ventuellement m�dicaux (h�matologiques, anti-infectieux, di�t�tiques) ordinaires ; dans certains services hautement sp�cialis�s, tels que ceux o� se pratiquent les transplantations d�organes ou les interventions complexes sur le cerveau, sur le coeur ou sur le poumon, les soins sont d�une infinie vari�t�, allant du simple pansement des plaies op�ratoires aux administrations de produits biologiques ou chimiques � vis�e immunologique les plus �labor�s.</p><p>Tout acte est ici longuement pes�.</p><p>La surveillance est tr�s stricte, sans la moindre faille. Tous les param�tres significatifs sont capt�s par des appareils enregistreurs ; les examens m�dicaux sont multipli�s et contr�l�s par recoupements ; les th�rapeutiques accessoires sont mesur�es et v�rifi�es minutieusement. Rien ne peut �tre laiss� au hasard, ni � la bonne nature. Les locaux sont assez semblables � ceux dont nous verrons la justification au paragraphe des br�lures.</p><p>Petits soins</p><p>Les petits soins ne sont plus aussi �loign�s de la biologie que jadis ; ils se sont finalement simplifi�s en devenant plus rationnels et plus efficaces.</p><p>La d�sinfection des petites plaies, qui a longtemps �t� illusoire, est aujourd�hui moins agressive pour les tissus, moins douloureuse, mais plus directement bact�ricide. Les petites br�lures ne sont plus perc�es � l�aide d�une aiguille flamb�e ; elles ne sont pas � graiss�es �</p><p>avec du beurre de cuisine ; les �corchures du visage ne sont pas dissimul�es sous des paquets de gaze ; m�me les petites coupures qui ne d�passent pas le derme sont plus simplement ferm�es par rapprochement des l�vres sans suture proprement dite ; les en-torses ne sont plus comprim�es par de savants bandages, mais sont mainte-</p><p>nues par des bandes �lastiques.</p><p>Soins aux br�l�s</p><p>Les soins aux br�l�s sont domin�s par la crainte de l�infection secondaire.</p><p>Apr�s une longue p�riode o� il n��tait gu�re possible de faire plus que d�� oc-clure � les plaies, � la fois en les en-duisant d�onguents et en les entourant de pansements, est venu le temps des d�sinfectants et des antibiotiques. Mais la pr�vention de l�infection demande encore plus de soin et para�t bien �tre la mesure la plus f�conde. Aussi a-t-on construit dans plusieurs h�pitaux sp�-</p><p>cialis�s des salles o� la combinaison de sas, d�air st�rilis� puls�, de st�rilisation continue (ultraviolets par exemple) assure aux br�l�s le maximum de chances de voir la peau d�truite se reconstituer, avec ou sans l�aide des greffes de peau mince (autogreffes), presque toujours efficaces. Certains soins auxquels on accorde alors la plus grande importance sont en quelque sorte n�gatifs : interdiction d�approcher des br�l�s des objets suspect�s de v�hiculer des germes microbiens, interdiction de communiquer avec eux autrement qu�� l�interphone et de les voir autrement qu�� travers une baie vitr�e �tanche, interdiction aux m�decins et aux soignants de porter des v�tements de ville ou des cheveux longs flottants � d�couvert, etc.</p><p>Soins d�urgence</p><p>Les soins d�urgence diff�rent consid�-</p><p>rablement selon que l�affection qui les suscite rel�ve de la m�decine interne ou de la chirurgie, mais, l� aussi, les principes demeurent imp�ratifs : l�asepsie de tout geste qui comporte l�effraction des t�guments, quelle que soit son �tendue ou son volume (toutes les piq�res par exemple), doit �tre rigoureuse. Le diagnostic en chirurgie d�urgence est g�n�ralement moins exigeant en soins de v�rification (examens paracliniques, investigations indirectes chimiques ou biologiques) que dans les affections chirurgicales courantes (qui font appel � la radiologie et aux contr�les histo-bact�riologiques � grande �chelle). La surveillance est, par contre, plus minutieuse : les cardiaques sous moniteur ne sont pas isol�s un seul instant ; les grands insuffisants respiratoires sont</p><p>veill�s sans interruption.</p><p>En chirurgie, l�intervention du m�-</p><p>decin peut s�imposer s�ance tenante, sans aucun des d�lais n�cessaires � la lecture des r�sultats d�explorations, parfois longues en elles-m�mes. Apr�s l�op�ration � vis�e salvatrice, l�op�r� est souvent confi� aux unit�s de soins intensifs.</p><p>En m�decine d�urgence, les premiers soins sont appliqu�s par le m�decin appel� au chevet du malade ; ils ne constituent que la premi�re �tape de l�hospitalisation.</p><p>Soins dentaires</p><p>Ce sont tous les actes effectu�s en vue d�am�liorer, de traiter ou de remplacer tout ou partie de la denture. Ils recouvrent donc aussi bien les obturations, les extractions chirurgicales que la chirurgie pr�proth�tique, le d�tartrage, les extractions simples ou le traitement des dents porteuses de kystes, sans oublier les soins accompagnant les appareillages, les poses de couronnes, de dents � tenon, etc. De plus, des conseils sont donn�s par le praticien sur la meilleure fa�on de laver les dents, d��viter l�agression par les acides alimentaires (boissons citriques et autres), par la chaleur (plus nocive que le froid), par les abrasifs, etc.</p><p>Soins intensifs</p><p>Ces soins indispensables dans les maladies tr�s graves, sont donn�s dans des salles sp�cialement organis�es par des personnels hautement qualifi�s, capables d�appliquer sans retard et sans d�faillance les techniques de pointe et d�exercer une surveillance sans rel�che. En g�n�ral, les malades ne s�journent pas longtemps dans les services de soins intensifs ; ils y sont remis dans un �tat physiologique suffisamment consolid� pour qu�ils puissent ensuite supporter une maladie s�v�re ou une convalescence prolong�e.</p><p>La place des soins en m�decine est donc grande, et leur �tude repr�sente, au m�me titre que le diagnostic, une grande partie de l�emploi du temps des futurs m�decins ou des futures infirmi�res. Mais il faut insister sur</p><p>l�opportunit� constante de donner � tout sujet � qui des soins sont dispens�s des conseils d�hygi�ne g�n�rale et de notions de biologie �l�mentaire, qui se r�v�leront fort utiles par la suite et qui sont le plus volontiers accept�s lorsqu�ils viennent d�un soignant, m�me occasionnel. En m�me temps, celui-ci peut jouer un r�le d�informateur et d�enseignant non formel en re-dressant les erreurs les plus enracin�es et les plus dangereuses pour la sant�, h�ritage fr�quent d�habitudes et m�me de superstitions ancestrales.</p><p>J. V.</p><p>J. A. N�ret, Nous saurons donner des soins.</p><p>Guide pratique � l�usage des familles (N�ret, 1959). / B. Abel-Smith, A History of the Nursing Profession (Londres, 1960). / A. Molinier, Pratique m�dicale � l�usage des infirmi�res (Doin, 1971).</p><p>Soissons</p><p>V. de l�Aisne*.</p><p>La g�ographie</p><p>La ville n�est qu�un des chefs-lieux d�arrondissement du d�partement.</p><p>Mais elle en est la deuxi�me agglom�ration (48 586 hab.) et la deuxi�me ville (32 112 hab. ; pr�c�dant le chef-lieu, Laon*). Situ�e dans la vall�e de l�Aisne, � 40 km de sa confluence avec l�Oise et � 60 km de Reims, elle rayonne sur une partie de cette vall�e et sur le bord des plateaux calcaires encadrant vall�e et agglom�ration.</p><p>Vieille ville �piscopale et administrative sous l�Ancien R�gime, elle a pris depuis le XIXe s. une importance industrielle croissante, au point que le secondaire l�emporte largement (60 p. 100) sur le tertiaire (35 p. 100).</p><p>L�industrie est domin�e par la m�tallurgie (47 p. 100), avec surtout deux firmes parisiennes de chauffage (So-ci�t� g�n�rale de fonderie, �tablissements Bignier-Schmid-Laurent). Le reste se partage entre les industries alimentaires (sucrerie, minoterie, conserverie), la verrerie (Saint-Gobain � Vau-xrot), le papier-carton (Cartonneries de Saint-Germain � Villeneuve-Saint-Germain), la chimie (Soci�t� A. Wol-</p><p>ber [pneumatiques]). � la transformation d�j� ancienne de produits locaux se sont ajout�es des implantations de l�ext�rieur, surtout de Paris, Soissons disposant de liaisons faciles par rail et par eau avec la r�gion parisienne.</p><p>La fonction tertiaire reste en retard sur le d�veloppement industriel, surtout pour l�encadrement moyen et su-p�rieur, voire le commerce (le rayon d�action est limit� � 15 ou 20 km par Compi�gne, Saint-Quentin, Laon,</p><p>Reims et Ch�teau-Thierry, ou m�me Paris).</p><p>Cependant, l�agglom�ration est en plein essor �conomique (taux de croissance industrielle de 3 p. 100 par an et net d�veloppement d�un emploi f�minin longtemps tr�s r�duit) et d�-</p><p>mographique : son accroissement de 1962 � 1975 est le plus fort des villes de l�Aisne (pr�s de 2 p. 100 par an), d� � �galit� au cro�t naturel et � un solde migratoire positif, la ville m�me continuant � cro�tre et � attirer les immigrants. Soissons devient ainsi le centre directeur d�une vall�e o� affluent les downloadModeText.vue.download 280 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10235</p><p>industries parisiennes le long de l�axe de l�Aisne canalis�e, en cours d��quipement au gabarit europ�en dans la perspective d�une liaison Seine-Est.</p><p>J.-P. M.</p><p>L�histoire</p><p>La cit� romaine d�Augusta Suessionum, capitale des Suessions, s��levait au nord-ouest de la ville actuelle, sur la rive droite de l�Aisne.</p><p>La religion chr�tienne y fut pr�ch�e d�s le IIIe s. et illustr�e par le martyre, vers 287, des saints Cr�pin et Cr�pinien, cordonniers de leur �tat, qui devinrent plus tard les patrons de cette corporation. D�s 290, un �v�que y �tait �tabli. En 486, Clovis y remporta une victoire sur Syagrius, chef de l�arm�e romaine ; en 511, la ville devenait la capitale du royaume m�rovingien de</p><p>Neustrie. Le duc Hugues le Grand, p�re d�Hugues Capet, parvint � s�emparer de Soissons en 948.</p><p>Au Xe s. fut cr�� un comt� de Soissons, qui fut poss�d� successivement par les maisons de Bar, de Nesle, de Coucy et de Luxembourg. En 1487, le comt� passa aux Bourbons par le mariage de Marie de Luxembourg avec Fran�ois de Bourbon-Vend�me, et, au XVIe s., une partie du comt� revint � la Couronne. L�autre partie �chut en 1557</p><p>� Louis Ier de Bourbon, premier prince de Cond� et tige de cette maison, devint ensuite l�apanage de la branche cadette des Cond�s, les comtes de Soissons, puis, au XVIIe s., des Savoie-Carignan et enfin des Orl�ans.</p><p>Au XIIe s., le roi Louis VII avait octroy� � Soissons une charte communale. La commune fut abolie au d�but du XIVe s. et remplac�e par un r�gime pr�v�tal. Sous l�Ancien R�gime, Soissons, rattach�e � l�intendance de l��le-de-France, �tait le si�ge de nombreux services administratifs : baillage, g�n�-</p><p>ralit�, �lection, bureau des finances, ma�trise des eaux et for�ts, etc.</p><p>En 1814, puis en 1815, les arm�es coalis�es r�ussirent � neutraliser la ville et � franchir l�Aisne avant de marcher sur Paris. En 1870, Soissons opposa une vive r�sistance aux troupes allemandes et subit un violent bombardement avant de capituler.</p><p>Au cours de la Premi�re Guerre</p><p>mondiale, les Allemands s�en empa-r�rent d�s le 2 septembre 1914, mais ils en furent d�log�s quelques jours plus tard. Le front se fixa d�s lors au nord de la cit�, qui fut fr�quemment bombard�e. L�offensive de Ludendorff en mai 1918 provoqua de nouveau l�occupation de Soissons par les Allemands.</p><p>L�attaque de Mangin d�livra d�finitivement la ville le 2 ao�t 1918. Lors de l�armistice, Soissons �tait en grande partie d�truite.</p><p>P. R.</p><p>Soissons ville d�art</p><p>Les oeuvres d�art conserv�es � Soissons appartiennent � son pass� m�di�-</p><p>val. La plus v�n�rable par sa date est l�ancienne abbaye de Saint-M�dard, qui remonte � l��poque carolingienne.</p><p>C�est � cette abbaye que Louis le Pieux donna en 827 le c�l�bre �vang�liaire enlumin� dit � de Saint-M�-</p><p>dard de Soissons �, aujourd�hui � la Biblioth�que nationale. Les cryptes vo�t�es d�ar�tes de l�abbaye sont un rare t�moin de l�art carolingien. De l�ancienne �glise Saint-Pierre-au-Parvis subsistent la fa�ade et deux trav�es de la nef de la fin du XIIe s.</p><p>Le bras sud du transept de la ca-th�drale, qui pr�sente la particularit� d��tre arrondi, date de la m�me �poque.</p><p>Le reste de la cath�drale est du XIIIe s.</p><p>Commenc� un peu avant 1200, le chevet en �tait termin� en 1212. Contemporaine de la cath�drale de Chartres, la cath�drale Saint-Gervais-et-Saint-Protais est une oeuvre d�un gothique tr�s pur, proche de l�art chartrain dans ses proportions et dans son �l�vation, et plus �l�gante m�me dans ses arcs-boutants, mais la fa�ade a fait l�objet de remaniements et les vitraux ont �t� dispers�s. Le bras nord du transept est un peu plus r�cent que le reste de l��glise, et des chapelles lat�rales ont �t� ajout�es au cours des si�cles.</p><p>L��glise de l�ancienne abbaye de Saint-L�ger, aujourd�hui mus�e, poss�de un chevet, une crypte et un transept du d�but du XIIIe s., mais la nef a �t� refaite au XVIIe s. Le mus�e abrite des collections antiques et m�di�vales ainsi que des peintures et des sculptures fran�aises des XVIIe et XVIIIe s.</p><p>Enfin, � l�entr�e m�ridionale de la ville, se dresse la magnifique fa�ade de Saint-Jean-des-Vignes, �lev�e de la fin du XIIIe s. au d�but du XVIe s. L��glise elle-m�me a disparu, mais une partie du monast�re adjacent a �t� conserv�e : le cellier et le r�fectoire � deux nefs du XIIIe s., deux galeries du grand clo�tre du XIVe s., une partie du petit clo�tre et le logis de l�abb� du XVIe s.</p><p>A. P.</p><p>Soja ou Soya</p><p>Plante herbac�e annuelle de la famille des L�gumineuses*, de la sous-famille des Papilionac�es et de la tribu des</p><p>Phas�ol�es, dont le nom scientifique est Glycine max (L.) Merrill. (Certains botanistes l�appellent Soja max [L.]</p><p>Piper.)</p><p>La plante</p><p>La taille du Soja n�exc�de pas 1 m.</p><p>Chez certaines vari�t�s, la croissance s�arr�te � partir de la floraison, tandis qu�elle se poursuit chez d�autres va-ri�t�s. L�autof�condation est la r�gle chez le Soja, encore que le taux de f�condation crois�e puisse y atteindre 2 p. 100. Les gousses � dont la longueur ne d�passe pas 5 cm � sont d�hiscentes. Elles contiennent de deux � quatre graines, dont la taille, la forme et la pigmentation sont d�une extraordinaire diversit� si l�on passe en revue les quelque quatre mille vari�t�s que compte l�esp�ce.</p><p>L�ensemble des vari�t�s de Soja</p><p>t�moignent d�une tr�s nette sensibilit� au photop�riodisme, c�est-�-dire aux longueurs respectives du jour et de la nuit. Le Soja est une esp�ce de jours courts, ce qui se traduit par l�absence de floraison ou par une floraison tr�s retard�e dans le cas de la culture dans une r�gion � jours longs.</p><p>Il est exigeant en chaleur et en eau durant toute sa croissance v�g�tative.</p><p>Ses besoins en eau sont de l�ordre de 400 � 500 mm au cours de cette p�-</p><p>riode, mais de 150 mm seulement au cours de la maturation de la graine.</p><p>Comme toutes les L�gumineuses, le Soja est apte � utiliser l�azote atmosph�rique gr�ce aux nodosit�s qui se forment sur les racines infest�es par une Bact�rie du genre Rhizobium, Bact�rie fixant l�azote gazeux. Dans le cas du Soja, c�est l�esp�ce Rhizobium japonicum qui est en cause. Quand on se propose de cultiver le Soja dans un sol qui n�h�berge pas cette esp�ce, il est indispensable de pratiquer des inoculations massives dans le sol avec la souche de Rhizobium japonicum, qui a �t� reconnue comme convenant le mieux � la vari�t� de Soja cultiv�e. Les recherches poursuivies depuis 1967</p><p>par des agronomes fran�ais ont montr� qu�il faut que l�inoculum contienne un million de Bact�ries de la souche</p><p>en question par graine au semis (sans aucune impuret� bact�rienne ou fongique) pour que l�on puisse obtenir un rendement maximal en graines.</p><p>La graine</p><p>Les cotyl�dons, qui constituent, pond�-</p><p>ralement, la quasi-totalit� de l�amande, contiennent � la fois des prot�ines et de l�huile. Certaines vari�t�s poss�dent une quantit� tr�s faible d�amidon, mais celui-ci est totalement absent dans la plupart. Selon les vari�t�s et selon les diverses caract�ristiques du milieu o� le Soja est cultiv�, la teneur en huile de la graine oscille entre 11 et 25 p. 100, et la teneur en prot�ines entre 30 et 48 p. 100.</p><p>On sait que l�organisme animal est incapable de faire la synth�se de certains des acides amin�s constitutifs des prot�ines. Ces acides amin�s sont qualifi�s, pour cette raison, d�essentiels. La lysine est le plus indispensable d�entre eux (c�est le � facteur limitant � des nutritionnistes). Or, la teneur en lysine des prot�ines du Soja oscille entre 5,8 et 6,5 p. 100 ; c�est une teneur remarquable si on la compare � celle des prot�ines de l�oeuf entier (consid�r�es comme optimales par les nutritionnistes), qui est de 7,05 p. 100.</p><p>En revanche, la teneur en acides amin�s soufr�s des prot�ines de Soja, �galement essentiels, est assez faible (de 1,5 � 1,6 p. 100 en m�thionine ; de 1,5</p><p>� 1,8 p. 100 en cystine ; les teneurs en ces acides amin�s des prot�ines de l�oeuf entier sont, respectivement, de 3,65 et de 2,25 p. 100).</p><p>downloadModeText.vue.download 281 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10236</p><p>Le r�le alimentaire de</p><p>la graine de Soja</p><p>y La culture et l�utilisation alimentaire du Soja remonte, en Chine (en Mandchourie en particulier) et au Japon, � une antiquit� fort recul�e, comme en t�moignent la multitude des emplois de la graine dans ces r�gions ainsi que le nombre immense des vari�t�s de la plante. Les popula-</p><p>tions mongoles et cor�ennes figurent �galement parmi les plus anciens cultivateurs de Soja. En revanche, la culture du Soja dans les pays du sud de l�Asie n�est gu�re attest�e avant la fin du XVIIe s. Une esp�ce sauvage des r�gions montagneuses de la Mandchourie, le Glycine ussuriensis, d�crite en 1861, est vraisemblablement l�anc�tre de l�esp�ce cultiv�e, qui est mentionn�e, elle, dans les plus anciens textes litt�raires chinois.</p><p>Parmi les utilisations alimentaires traditionnelles de la graine de Soja dans l�Est asiatique, mention doit �tre faite de la fabrication d�un succ�dan� du lait de vache et d�une gamme �tendue de produits qui en d�rivent, notamment de caill�s, soumis � des fermentations vari�es.</p><p>y Jusqu�� la Seconde Guerre mon-</p><p>diale, la culture du Soja �tait pratiqu�e sur une assez grande �chelle dans les �tats du sud-ouest et de l�ouest des �tats-Unis en tant que plante � huile et � corollaire traditionnel � en tant que source de produits alimentaires (fourrages et tourteaux) pour les animaux. La superficie cultiv�e en Soja ayant �t� doubl�e pour obvier � la p�nurie d�Ol�agineux � partir de 1941, les tourteaux et la farine de Soja apparurent � ce point pr�cieux pour l�alimentation animale que, pour r�pondre � la demande pressante des �leveurs, la production de graine de Soja s�accrut encore et ce � une allure telle qu�elle atteignait 35 Mt en 1972 et 44,5 Mt en 1973, la production mondiale �tant, alors, estim�e � 60 Mt. (La production chinoise �tait de 6,70 Mt en 1973, et celle du Br�-</p><p>sil de 4,80 Mt [elle a atteint 6 Mt en 1974].) L�huile de Soja est, � pr�sent, de beaucoup l�huile la plus consomm�e dans le monde. Elle repr�sente le tiers des huiles alimentaires.</p><p>y D�s 1926, le biochimiste et botaniste fran�ais �mile Andr� montrait que la graine ol�agineuse de diverses plantes est, par priorit�, pour l�alimentation humaine, une source privil�gi�e de prot�ines comestibles quand l�huile en est extraite par solvant. Une trentaine d�ann�es plus tard, Aron Altschul, au Centre de recherches de</p><p>la Nouvelle-Orl�ans, s�inspirant des m�mes consid�rations scientifiques, organisa et dirigea des investigations approfondies qui d�bouch�rent sur la production, � l��chelle industrielle, de concentrais et d�isolats prot�iniques d�riv�s, notamment, des graines de Cotonnier, d�Arachide et de Soja.</p><p>Aujourd�hui, de tels produits alimentaires sont �galement extraits de la graine fra�che de Cocotier et de la graine de S�same.</p><p>Depuis une quinzaine d�ann�es,</p><p>les recherches scientifiques et technologiques, les congr�s nationaux et internationaux ainsi que les cr�ations industrielles relatifs aux produits alimentaires prot�iniques extraits de la graine de Soja et destin�s � l�alimentation humaine se sont consid�rablement multipli�s dans le monde entier. On peut en mesurer l�ampleur en consul-tant les comptes rendus de la Conf�-</p><p>rence mondiale sur les prot�ines de Soja qui s�est tenue � Munich du 11</p><p>au 14 novembre 1973 et au cours de laquelle cinquante-quatre communications ont �t� expos�es.</p><p>Des investigations tr�s pouss�es ont pour objet de conf�rer aux concentrats et aux isolais de Soja une texture et une apparence rappelant celles de divers aliments carn�s, afin d�en accro�tre l�app�tence et la digestibilit�. Des recherches non moins approfondies ont �t� poursuivies en vue d��liminer � notamment par des traitements thermiques appropri�s � les facteurs de toxicit� qui ont �t� mis en �vidence dans la graine de Soja ou pour en combattre les effets.</p><p>Les probl�mes fran�ais</p><p>relatifs au Soja</p><p>Les importations annuelles de graine, de tourteau et de farine de Soja destin�s � l�alimentation animale ont �t�, ces derni�res ann�es, de l�ordre de 1 400 000 tonnes, provenant principalement des �tats-Unis, mais aussi</p><p>� pour une part qui va croissant �</p><p>du Br�sil. Depuis peu, l�importation de graine se substitue, pour une part, � celle de farine et de tourteau, du fait que des huileries de Soja ont �t� implant�es en Bretagne et dans des r�gions voisines.</p><p>Des races de volaille aptes � utiliser avantageusement un m�lange de Soja et de Ma�s ont �t� cr��es.</p><p>Du Soja est cultiv� dans la vall�e du Rh�ne, � partir de Valence, dans la vall�e de la Garonne et au Pays basque, le tout sur quelque 5 000 ha, le rendement �tant de 30 quintaux � l�hectare (jusqu�� 50 quintaux en tr�s bonne culture).</p><p>G. N.</p><p>C. V. Piper et W. J. Morse, The Soybean (New York, 1923). / J. Bordas, le Soja et son r�le alimentaire (Hermann, 1937). / M. Blanchard, le Soja en France, ses possibilit�s culturales, ses d�bouch�s industriels, son int�r�t �conomique (Soc. d��d. g�ographiques, maritimes et coloniales, 1941). / Conference on Soybean Products in Human Foods. Proceedings (Washington, 1962). / A. G. Norman (sous la dir. de), The Soybean. Genetics, Breeding, Physiology, Nutrition, Management (New York, 1963). /</p><p>Conference on Soybean Protein Foods. Proceedings (Washington, 1966). / E. Orr et D. Adair, The Production of Protein Foods and Concentrates from Oilseeds (Londres, 1967). / Conference on Soybean Protein Foods. Proceedings (Washington, 1968). / Conference on Protein Rich Food-Products from Oilseeds. Proceedings (Washington, 1969). / G. Noachovitch, Graines ol�agineuses et probl�mes alimentaires, nu-m�ro sp�cial des Annales de l�Institut national agronomique (1969). / I. E. Liener (sous la dir.</p><p>de), Toxic Constituents of Plant Foodstuffs (New York, 1969). / W. O. Scott et S. R. Aldrich, Modern Soybean Production (Cincinnati, 1970).</p><p>/ S. S. De, Technology of Production of Edible Flours and Protein Products from Soybean (Rome, 1971). / World Soy Protein Conference.</p><p>Proceedings (New York, 1974).</p><p>sol</p><p>Formation superficielle g�n�ralement meuble et plus ou moins agr�g�e, qui r�sulte de l�action prolong�e de l�atmosph�re et de la biosph�re sur la lithosph�re.</p><p>Suivant les conditions bioclima-</p><p>tiques, lithologiques et g�omorphologiques qui pr�sident � leur gen�se, mais aussi en fonction de la dur�e de leur �volution, les sols offrent une grande diversit�. Divers crit�res per-</p><p>mettent d�en diff�rencier les profils et d�en �tablir une classification rationnelle qui peut servir de base � une cartographie objective.</p><p>La � vie � du sol</p><p>Naissance du sol</p><p>Le sol peut �tre utilement compar� � un v�ritable organisme vivant.</p><p>Comme tout organisme vivant, en</p><p>effet, le sol na�t � la vie (p�dogen�se).</p><p>La roche m�re originelle subit des ph�nom�nes d��rosion* : �rosion physique par le gel et le d�gel ou l�action du vent ; �rosion chimique, telle que l�attaque par les eaux charg�es de sels ou de gaz carbonique. De toute fa�on, cette roche est peu � peu fragment�e en morceaux de plus en plus petits et en particules de plus en plus fines. Mais il s�agit encore d�un substrat strictement min�ral ; le sol n�est pas encore n�. Dans ce substrat, des micro-organismes vont se d�velopper : Bact�ries � pouvoir de synth�se �lev�, Algues unicellulaires ou Lichens forment cette v�g�tation pionni�re ; celle-ci fait la synth�se de substances organiques, qui se � complexent � avec la mati�re min�rale provenant de la roche m�re. �</p><p>ce moment, le sol est v�ritablement n�.</p><p>Puis, � une vitesse variable �</p><p>quelques dizaines d�ann�es, quelques si�cles, quelques mill�naires parfois</p><p>�, le sol se d�veloppe, pour parvenir � l��tat adulte : sol en �quilibre � cli-macique �, en fonction de la nature de la roche m�re, du climat et de la v�g�tation.</p><p>Le sol adulte</p><p>Ce sol adulte a une structure non seulement p�dologique avec divers horizons, mais une structure fine, collo�dale, presque tissulaire : collo�des min�raux, essentiellement constitu�s par les argiles ; collo�des organiques, constitu�s par les substances humiques.</p><p>Ces deux types de collo�des sont �troitement unis pour former le complexe argilo-humique. Ce dernier a une importance consid�rable pour la vie du sol. En effet, sur les agr�gats qui le constituent, les micro-organismes vont</p><p>se d�velopper, y formant des microco-lonies, les p�n�trant plus ou moins intimement ; de fait, ils y sont beaucoup plus nombreux que dans l�eau libre du sol.</p><p>Le deuxi�me r�le important de ce complexe argilo-humique est justement la fa�on dont il r�gle le m�tabolisme de l�eau dans le sol, non pas l�eau de ruissellement ou d�infiltration, mais l�eau retenue au sein des micro-pores ou des macropores : ce pouvoir de r�tention d�eau du sol d�termine son potentiel d�oxydo-r�duction, donc la pr�dominance d�une microflore a�robie ou ana�robie, avec toutes les diff�-</p><p>rences que cela implique des points de vue m�tabolique et biochimique.</p><p>Respiration du sol</p><p>Comme tout organisme vivant, le sol respire : il absorbe de l�oxyg�ne et rejette du gaz carbonique. La mesure de la quantit� de gaz carbonique d�gag�e par lui (provenant � la fois des racines et des micro-organismes) est un des moyens de juger son activit� biologique globale. Au sein des pores laiss�s libres par l�eau, la teneur en CO2</p><p>peut �tre de 200 � 300 fois sup�rieure � celle qui est normalement trouv�e dans l�atmosph�re. L�interpr�tation downloadModeText.vue.download 282 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10237</p><p>est cependant toujours d�licate, car le CO2 provient �galement de la respiration des racines, et, si on �limine celles-ci, les manipulations n�cessaires perturbent la biologie et la respiration du sol. Aussi substitue-t-on le plus souvent � la mesure in situ la teneur obtenue au laboratoire dans des conditions pr�cises d�humidit� et de temp�rature, mais dont la signification n�est que comparative, apr�s homog�n�isation des �chantillons de sol par tamisage fin.</p><p>Nutrition du sol</p><p>Le sol adulte assimile et d�sassimile : � partir de la mati�re min�rale, il synth�tise des substances organiques ;</p><p>inversement, il min�ralise les substances organiques, soit qu�il en ait fait lui-m�me la synth�se, soit qu�elles proviennent des r�sidus v�g�taux et animaux faisant retour au sol lors de la mort de ces organismes. L��quilibre harmonieux de ces r�actions d�assimilation et de d�sassimilation assure celui du sol adulte.</p><p>Cependant, cet �quilibre est dynamique et instable. Mais une des derni�res propri�t�s de ce sol, organisme vivant, est de synth�tiser des mati�res de r�serve, humiques, dont la d�gradation est extr�mement lente et qui assurent par cons�quent un volant r�gulateur de l��quilibre biologique du sol.</p><p>La mort du sol</p><p>Enfin, le sol peut vieillir et m�me mourir. Si, pendant une longue p�riode, la min�ralisation l�emporte sur la synth�se organique, la teneur en humus va baisser, puis dispara�tre compl�tement, le sol faisant retour � l��tat de la roche m�re originelle. Les causes de cette disparition peuvent �tre des variations climatiques �chelonn�es sur des si�cles et des mill�naires (par exemple, le passage d�une zone humide et habit�e au N�olithique � ce qui est actuellement le d�sert saharien). Mais, le plus souvent, avec une vitesse beaucoup plus grande, ce sont des pratiques agricoles mal conduites qui aboutissent � ce r�-</p><p>sultat catastrophique et entra�nent une v�ritable mort du sol, avec perte totale de sa fertilit�*.</p><p>Populations du sol</p><p>Toutes les activit�s que nous venons d�envisager sont le fait de la vie des � populations � du sol. Elles contiennent une macrofaune, une</p><p>microfaune, des Champignons et des Bact�ries.</p><p>Macrofaune</p><p>Il s�agit essentiellement des Lombrics (Vers de terre), dont le poids par hectare de prairie peut �tre sup�rieur � celui des animaux mis � p�turer sur cette m�me surface. Par leur ingestion et leur �limination continue de sol au travers de leur tube digestif, les Lom-</p><p>brics modifient profond�ment la texture du sol et sa composition chimique, l�enrichissant en particulier de substances azot�es. Par leur d�placement vertical, ils interviennent dans le rapport des diff�rents horizons. Il faut aussi tenir compte du remaniement du sol superficiel par les animaux � terrier ou � galeries (Mulots, Taupes) et ne pas n�gliger le r�le important jou� par les Cloportes (Hemilepistus) dans les sols steppiques de l�Asie centrale.</p><p>Microfaune</p><p>Elle appartient aux groupes zoologiques les plus divers : Protozoaires, Turbellari�s, N�mertes, Gastrotriches, Rotif�res, N�matodes, Tardigrades, Mollusques, Arthropodes (Crustac�s, Arachnides, Oribates, Insectes, dont les plus importants sont les Collem-boles, les Myriapodes).</p><p>Cette microfaune a une part importante dans la d�gradation initiale des r�sidus v�g�taux bruts (par voie m�canique, chimique et biologique).</p><p>Champignons</p><p>L��tude des Champignons* (recon-</p><p>naissance et diagnose syst�matiques) est extr�mement complexe et sort du cadre de cet article. Au point de vue nutritionnel, ce sont des h�t�rotrophes utilisant azote et carbone organiques, et jouant un grand r�le dans la d�gradation des substances organiques ; ils les m�tabolisent partiellement ou compl�-</p><p>tement en CO2 et en NH4 pour la synth�se de leur myc�lium, dont le rapport carbone/azote est voisin de 10, donc de celui des horizons arables du sol.</p><p>En particulier, par la d�gradation de la lignine, ils participent � l�humification et sont en grande partie responsables de la formation d�agr�gats dans le sol.</p><p>Microfaune et Champignons sont</p><p>surtout importants, en masse et en action, dans l�horizon tout � fait superficiel du sol (liti�re), o� les r�sidus v�g�-</p><p>taux ont encore partiellement conserv� leur structure.</p><p>Enfin, les Champignons phytopa-</p><p>thog�nes ont fr�quemment une phase tellurique de leur cycle biologique, ou,</p><p>tout au moins, le sol est le r�servoir de leurs formes de r�sistance.</p><p>Bact�ries</p><p>Ce sont surtout elles qui seront envisag�es dans cet article. �videmment, on trouve dans le sol quelques germes pathog�nes (bacille t�tanique, par exemple). Mais, en fait, ils y sont � l��tat de vie ralentie voire latente (spores) et, par cons�quent, n�y exercent aucune activit� m�tabolique ou biochimique. Nous ne nous en occu-perons donc pas ici, mais nous �tudierons seulement des Bact�ries* qui sont en �tat de vie active et dont le sol est le milieu naturel. Elles y exercent une action physiologique et biochimique, et constituent la � microflore totale �.</p><p>Il faut d�ailleurs pr�ciser cette notion : si on laisse un sol en jach�re nue, c�est-�-dire sans v�g�tation naturelle ou implant�e, ni addition d�engrais, on voit peu � peu diminuer, en nombre et en vari�t�s, les Bact�ries. Apr�s quelques mois ou quelques ann�es, le ph�nom�ne se stabilise, et l�ensemble des Bact�ries restantes repr�sente la</p><p>� flore autochtone � de ce sol. Inversement, si l�on ajoute � un sol un substrat �nerg�tique, comme de la cellulose, le nombre des Bact�ries capables de vivre sur elle en la d�gradant augmente. Si, au lieu de cellulose, on ajoute de l�amidon, c�est un autre ensemble de micro-organismes qui est stimul�, ceux qui le m�tabolisent. Chacune de ces microflores, stimul�es par l�addition d�un substrat diff�rent, a re�u initialement le nom de flore zymog�ne. Actuellement, on d�signe plut�t ces microflores sous le nom de groupements fonctionnels, car elles exercent une v�ritable fonction au sein du sol. Il s�agit de groupements de type non pas syst�matique, mais physiologique, les esp�ces repr�sentant un m�me groupement se situant dans des familles tr�s diverses de la syst�matique ; ils ne travaillent pas isol�ment, mais en synergie ou en antagonisme et, le plus souvent, en cha�ne, c�est-�-dire qu�un groupement fonctionnel utilise les produits du m�-</p><p>tabolisme d�un autre. Ces cha�nes forment fr�quemment des cercles ferm�s, qui sont les � cycles* biologiques �.</p><p>L��tude de quelques-uns de ceux-ci va permettre, dans le chapitre suivant, de prendre une conscience plus nette de</p><p>ce qu�est essentiellement la vie du sol.</p><p>Les cycles biologiques</p><p>Cycle du carbone</p><p>La grande r�serve plan�taire du carbone est constitu�e par le gaz carbonique de l�atmosph�re (CO2). � partir de ce substrat, le cycle est double.</p><p>Dans le premier cycle n�inter-</p><p>viennent que les micro-organismes ; et si, quantitativement, l�importance de ceux-ci n�est pas consid�rable, elle est, qualitativement, essentielle. Certaines Bact�ries ou certaines Algues poss�-</p><p>dent � comme les v�g�taux sup�rieurs</p><p>� un pigment de type chlorophyllien qui leur permet de tirer de la lumi�re l��nergie n�cessaire � la r�duction du gaz carbonique pour en assimiler le carbone. D�autres Bact�ries tirent cette �nergie non pas de la lumi�re, mais d�une r�action obscure : l�oxydation d�une substance min�rale r�duite (v. bact�ries). Ces micro-organismes, les premiers appel�s phototrophes, les seconds chimiotrophes, prennent leur carbone dans le gaz carbonique de l�atmosph�re et, avec l�eau et les sels min�raux (en particulier azot�s) du sol, synth�tisent leurs constituants cellulaires. Organismes vivants, ils respirent, rejettent du gaz carbonique, et ce premier cycle du carbone, o� n�interviennent que des Bact�ries ou des Algues, se ferme de fa�on extr�mement simple.</p><p>Le second cycle du carbone est un cycle mixte, o� interviennent � la fois les micro-organismes et les v�g�taux sup�rieurs. Ces derniers, gr�ce � la synth�se chlorophyllienne, utilisent le carbone du gaz carbonique atmosph�-</p><p>rique. Ils trouvent dans le sol l�eau et l�azote min�ral dont ils ont besoin pour faire la synth�se de leurs tissus v�g�-</p><p>taux. Organismes vivants, ils respirent, rejettent du gaz carbonique, et le cycle se ferme ainsi une premi�re fois tr�s facilement. Cependant, la partie la plus int�ressante de ce cycle mixte est �videmment celle o� interviennent les micro-organismes du sol. Les v�g�taux vivants abandonnent dans celui-ci une partie de leurs constituants, en particulier les assises externes des racines et</p><p>leurs feuilles mortes. De toute fa�on, � leur mort, la totalit� de leurs tissus fait retour au sol, et ce sont les micro-organismes de celui-ci qui vont assurer la min�ralisation progressive de ces constituants tissulaires.</p><p>Nous prendrons comme exemple de</p><p>d�gradation celui de la cellulose*, qui constitue en effet 50 p. 100 environ du tissu v�g�tal et qui est la masse la plus importante de substances organiques carbon�es retournant au sol. Cette cellulose va �tre tout d�abord partiellement d�grad�e par un groupement fonctionnel cellulolytique gr�ce � un syst�me enzymatique complexe connu downloadModeText.vue.download 283 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10238</p><p>sous le nom de cellulase. Une pre-mi�re enzyme (C1) attaque la cellulose fibreuse, puis une s�rie d�enzymes (Cx, aux facteurs multiples) hydrolysent ces d�riv�s de la fibre jusqu�au stade de cellobiose et de glucose, imm�diatement utilis� pour la resynth�se de mol�cules polyosidiques. Si ce premier temps de la d�gradation se fait dans un sol de potentiel d�oxydor�duction �lev� � sol bien a�r� et en bon �tat �, il y a formation de polyosides, de poids mol�culaire encore �lev�, mais, cependant, partiellement solubles, alors que la cellulose, elle, �tait totalement insoluble. Les Bact�ries les plus actives dans cette fonction sont Cytophaga, Cellovibrio, Cellulomonas, etc.</p><p>Un deuxi�me groupement fonction-</p><p>nel va pousser plus loin la d�gradation ; � partir des polyosides se forment des acides organiques, des alcools et un peu de gaz carbonique. Enfin, un troisi�me groupement fonctionnel va reprendre ces acides et ces alcools pour les min�raliser totalement en eau et en gaz carbonique, ce qui ferme ainsi le cycle du carbone.</p><p>Si la d�gradation de la cellulose se fait, au contraire, dans un sol lourd, mal a�r�, de potentiel d�oxydor�duction bas, le premier cha�non de d�gradation aboutit directement aux acides, aux alcools, sans passer par le stade</p><p>interm�diaire des polyosides. Les Bact�ries cellulolytiques responsables sont des ana�robies, presque toujours sporul�s, dont la taxinomie est encore mal d�finie. Puis, comme pr�c�demment, ces acides et ces alcools sont min�ralis�s en eau et en gaz carbonique. Nous avons donc ici un parfait exemple de ces r�actions en cha�ne o� chaque groupement fonctionnel utilise les produits du m�tabolisme du groupement pr�c�dent.</p><p>Nous aurions pu prendre comme</p><p>exemple, au lieu de la cellulose, d�autres constituants de tissu v�g�tal, comme les h�micelluloses, la pectine, l�amidon, etc., et, ici encore, nous aurions trouv� des cycles de groupements fonctionnels sp�cifiques.</p><p>Il est, enfin, une substance capitale du tissu v�g�tal : la lignine, mais celle-ci sera retrouv�e un peu plus loin, lorsqu�il sera question de la synth�se des substances humiques.</p><p>Cycle de l�azote</p><p>Ici encore, la grande r�serve de l�azote plan�taire est constitu�e par l�azote mol�culaire de l�atmosph�re. Or, les plantes sont incapables de l�utiliser, de m�me que � tout au moins classiquement � l�azote organique de tissus v�g�taux faisant retour au sol ou celui qui est combin�, � immobilis� �, dans l�humus.</p><p>y Fixation de l�azote mol�culaire. Si l�on �tudie la balance azot�e des sols, c�est-�-dire la diff�rence entre les importations et les exportations (importations constitu�es par l�azote nitrique des pluies � presque n�gligeable �, les engrais azot�s que l�Homme incorpore ou les d�chets v�g�taux ; exportations constitu�es par les r�coltes agricoles, l�azote entra�n� par lixiviation ou ruissellement et celui qui fait retour � l�atmosph�re), on constate que, surtout dans les sols cultiv�s, cette balance azot�e est toujours d�-</p><p>ficitaire. Puisque la teneur du sol en azote se maintient constante malgr� ce d�ficit, il faut admettre qu�un processus biologique intervient, permettant � l�azote atmosph�rique d�entrer dans le cycle biologique et de s�incor-</p><p>porer au sol. Seuls des microorga-nismes sont les agents de ce premier cha�non du cycle de l�azote, appel� la fixation. Certains de ces micro-organismes peuvent vivre � l��tat libre dans le sol ; d�autres, au contraire, vivent en symbiose avec des v�g�taux sup�rieurs. Dans le premier cas, celui des Bact�ries libres, celles-ci sont soit a�robies, soit ana�robies. Sont en a�robiose essentiellement des Bact�-</p><p>ries h�t�rotrophes (Azotobacter sous nos climats, Beijerinckia sous les climats tropicaux, et en particulier dans les sols lat�ritiques) ou des Bact�ries autotrophes ainsi que des Algues unicellulaires (Algues bleu-vert).</p><p>Les Azotobacter se pr�sentent le plus souvent sous forme de gros cocci, remplis de granulations et capables de s�enkyster (forme de r�sistance) dans certaines circonstances d�favorables. Certains s�cr�tent un pigment jaune-vert. Les Beijerinckia sont des b�tonnets qui ni ne s�enkystent ni ne sporulent et qui sont caract�ris�s par des granules polaires. Les uns et les autres peuvent �tre isol�s et cultiv�s sur un milieu inerte (gel de silice) impr�gn� d�une solution saline contenant un substrat carbon� ad�quat, mais d�pourvu d�azote combin�.</p><p>En ana�robiose, les Clostridium �</p><p>et en particulier Clostridium pasto-rianum �, extr�mement ubiquitaires, rencontr�s dans presque tous les sols, sont les agents majeurs de la fixation de l�azote mol�culaire. Ils peuvent �tre cultiv�s dans les m�mes conditions que les pr�c�dents, mais en ana�robiose.</p><p>Les Bact�ries qui vivent en sym-</p><p>biose avec les v�g�taux sup�rieurs sont essentiellement les Rhizobium symbiotiques de certaines esp�ces de la famille des L�gumineuses*. Chacun des partenaires de cette symbiose est incapable d�utiliser � lui seul N2, et seuls les � nodules � form�s au niveau des racines par p�n�tration des Rhizobium prennent une forme sp�ciale, dite</p><p>� bact�ro�de �.</p><p>Une technique r�cente, la r�duction de l�ac�tyl�ne en �thyl�ne, a rendu beaucoup plus sensible la mesure du pouvoir fixateur d�azote des micro-organismes et a d�montr� que le ph�-</p><p>nom�ne �tait beaucoup plus r�pandu qu�on ne le pensait. Cette technique permet �galement d�appr�cier le pouvoir fixateur global d�un �chantillon de sol.</p><p>y Ammonification. Il est indispensable que l�azote organique provenant de la fixation ou encore des tissus v�g�taux morts ou des tissus animaux faisant retour au sol soit min�ralis�.</p><p>�tant donn� que le terme final de cette min�ralisation est l�ammoniac, ce deuxi�me cha�non du cycle de l�azote a re�u le nom l�ammonification. Alors qu�un nombre relativement restreint d�esp�ces bact�riennes �tait capable de fixer l�azote mol�culaire, c�est au contraire l�immense majorit� des Bact�ries du sol qui peut intervenir pour min�raliser l�azote organique.</p><p>En effet, rares sont celles qui, lors de l�attaque des prot�ines, des peptides ou des acides amin�s, ne lib�rent pas de l�ammoniac. Le sch�ma chimique est, apparemment, extr�mement</p><p>simple ; les plus grosses mol�cules sont attaqu�es par des exo-enzymes et rompues en mol�cules plus petites du type des prot�oses. Ces derni�res, par d�autres syst�mes enzymatiques, sont ramen�es � des mol�cules de poids mol�culaires encore plus</p><p>faible : polypeptides, peptides et enfin, acides amin�s. C�est au niveau de ces derniers que se produit, par des m�canismes chimiques classiques et multiples, la d�samination avec lib�-</p><p>ration d�ammoniac et de divers autres corps selon le processus chimique de cette d�samination. Quoi qu�il en soit, l�ammoniac va se trouver ainsi lib�r� dans le sol. Quel va �tre son devenir ? Une partie peut �tre utilis�e directement par les v�g�taux, et en particulier par ceux qui sont porteurs de mycorhizes, c�est-�-dire qui vivent en association avec certains Champignons. Une partie va �tre r�utilis�e imm�diatement par des Bact�ries et par des Champignons pour revenir � la forme organique, donc � immobilis�e �. Une partie est fix�e dans le sol par �change de bases. Une autre partie peut se d�gager dans l�atmosph�re, en particulier lorsque le processus d�ammonification est brutal, et dans les sols alcalins, surtout si certaines fa-</p><p>�ons agricoles sont mal utilis�es (ad-</p><p>dition massive de fumier, d�engrais verts � rapport C/N trop bas...). Enfin, une derni�re partie � et c�est celle qui est particuli�rement int�ressante dans la description du cycle de l�azote</p><p>� va �tre oxyd�e par le groupement fonctionnel suivant, c�est-�-dire celui de la nitrification.</p><p>y Nitrification. Ici, le processus est le fait d�un nombre de micro-organismes toujours faible dans les sols et d�esp�ces extr�mement sp�cialis�es.</p><p>Ce processus d�oxydation est essentiellement a�robie ; il est donc particuli�rement actif dans les sols bien a�r�s, de pH voisin de la neutralit�, car les germes qui sont responsables sont tr�s sensibles aux pH acides. Il se fait d�ailleurs en deux temps. Dans un premier temps, l�ammoniac provenant de l�ammonification est oxyd� en nitrite sous l�action des Nitrosomonas.</p><p>C�est le temps de la nitritation. Dans un second temps, les nitrites ainsi form�s sont oxyd�s jusqu�� la forme de nitrates sous l�action des Nitrobacter.</p><p>C�est le temps de la nitratation. Tous les organismes qui interviennent, qu�il s�agisse des Nitrosomonas ou des Nitrobacter, tirent leur �nergie de l�oxydation soit de l�ammoniac, soit du nitrite et sont donc des chimio-lithotrophes. Cependant, on a d�crit r�cemment un processus h�t�rotrophe de nitrification, mais on ignore encore son r�le effectif dans le milieu naturel.</p><p>Quel va �tre le devenir des nitrates ainsi form�s dans le sol par nitrification ? La majeure partie, tout au moins dans les sols en bon �tat et avec des fa�ons culturales correctes, va assurer la nutrition azot�e des v�g�taux, soit de la v�g�tation spontan�e, soit des cultures implant�es par l�Homme. Une partie va �tre perdue pour le sol, entra�-</p><p>n�e en profondeur par lixiviation lors des pluies ou encore vers les rivi�res et la mer par ruissellement, d�autant plus que, si l�ammoniac et les sels ammo-niacaux se fixent sur le sol par �change de bases, les nitrates, eux, restent en solution dans l�eau libre du sol ; c�est une des raisons pour lesquelles ils peuvent s��liminer aussi facilement.</p><p>On a propos�, il y a quelques ann�es, l�utilisation de substances chimiques freinant la nitrification pour diminuer</p><p>downloadModeText.vue.download 284 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10239</p><p>ces pertes. Une derni�re partie des nitrates va, dans certains sols mal a�r�s, �tre r�duite : c�est le quatri�me cha�-</p><p>non, celui de la d�nitrification.</p><p>y D�nitrification. Le processus est complexe et rempli d�ambigu�t�, car les sp�cialistes de la physiologie bact�rienne opposent les organismes qui assimilent simplement les nitrates et ceux, au contraire, qui les r�duisent par voie de dissimilation. De toute fa�on, un certain nombre d�enzymes sont en cause : les nitrates-r�ductases.</p><p>Si la d�nitrification peut aboutir, dans certaines conditions, � l�azote mol�-</p><p>culaire, rares sont, cependant, les Bact�ries qui ont un tel m�tabolisme, et, le plus souvent, les nitrates sont r�duits jusqu�au stade d�ammoniac, avec, d�ailleurs, de nombreux corps interm�diaires possibles. En fait, c�est seulement le cas o� l�azote mol�culaire est lib�r� qui int�resse ici le mi-crobiologiste du sol, puisque cet azote est perdu pour l�agronome, fait retour � l�atmosph�re et boucle le cycle de l�azote.</p><p>Le sch�ma qui vient d��tre donn� de celui-ci est plus didactique que pratique. En effet, dans la r�alit�, les diff�rents cha�nons sont coupl�s de fa�on assez �troite, et leur m�tabolisme est intriqu�. C�est ainsi que l�on peut grouper sous le nom de nitrammonification les cha�nons d�ammonification et de nitrification. L��quilibre de l�importance de ces deux processus est fonction � la fois du pH et du potentiel d�oxydor�duction du sol. En effet, les germes ammonifiants sont beaucoup plus to-l�rants que les germes nitrifiants aux variations de pH ou de potentiel d�oxydor�duction. C�est dire que, si le pH</p><p>est acide, par exemple, la nitrification se trouvera bloqu�e, alors que l�ammonification, elle, persistera. De m�me, si le potentiel d�oxydor�duction est bas, c�est-�-dire si l�a�ration du sol est mauvaise, la nitrification sera faible, alors que l�ammonification gardera toute son intensit�. Le niveau relatif du</p><p>taux d�azote sous forme ammoniacale et sous forme nitrique dans le sol est donc fonction, au sein du ph�nom�ne de nitrammonification, du pH du sol et de son a�ration. Dans les bons sols de culture, l�oxydation de NH3 form�e est si rapide que l�on n�en trouve pas de trace � l�analyse, alors que les nitrates sont abondants. Dans les sols de pelouses (tr�s denses) et dans ceux de tourbi�res (denses et acides), c�est NH3</p><p>qui domine.</p><p>De m�me, l��quilibre des r�actions de nitrification et de d�nitrification d�pend essentiellement du potentiel d�oxydor�duction. Dans les sols bien a�r�s � les sols de grandes culture en bon �tat �, la nitrification est intense, car il s�agit d�un ph�nom�ne essentiellement a�robie, et la d�nitrification est minime. Au contraire, dans des sols de potentiel d�oxydor�duction bas, satur�s d�eau � et en particulier dans certains sols, comme les sols de rizi�res</p><p>�, la d�nitrification est intense, et les nitrates disparaissent du sol au fur et � mesure de leur formation.</p><p>Cycle des �l�ments min�raux</p><p>� c�t� des cycles de l�azote et du carbone, qui viennent d��tre d�crits et qui sont de beaucoup les plus classiques, il en existe bien d�autres. On peut dire que tous les �l�ments min�-</p><p>raux du sol passent par un stade organique lorsqu�ils se trouvent incorpor�s dans les tissus v�g�taux ou animaux, ou encore dans des r�serves humiques du sol, et par un stade min�ral. On ne peut envisager ici tous les cycles biologiques de ces �l�ments min�raux ; les plus classiques sont ceux du phosphore, du soufre, du fer, mais on pourrait en d�crire �galement pour le molybd�ne, le mangan�se, le nickel, le cobalt, etc.</p><p>On donnera le sch�ma essentiel auquel ils peuvent presque tous �tre ramen�s et on en d�crira deux plus en d�tail.</p><p>Comme il vient d��tre dit, ces �l�-</p><p>ments se trouvent sous forme organique dans les tissus v�g�taux, animaux et l�humus. Des micro-organismes du sol sont capables de les min�raliser c�est-</p><p>�-dire de les amener � la forme de sels.</p><p>Si ce processus a lieu en a�robiose dans un sol bien a�r�, on obtiendra l��l�-</p><p>ment sous sa forme min�rale oxyd�e.</p><p>Si, au contraire, la min�ralisation se fait sous l�influence d�une microflore ana�robie, en sol lourd satur� d�eau, on obtiendra la forme min�rale r�duite.</p><p>Presque toujours, au sein du sol, on trouve des micro-organismes capables, en fonction des conditions variables du milieu, selon les saisons ou selon des variations climatiques de plus courte dur�e, d�oxyder la phase r�duite ou, au contraire, de r�duire la phase oxyd�e.</p><p>Selon l��l�ment min�ral consid�r�, c�est tant�t la phase oxyd�e, tant�t la phase r�duite qui est soluble. Or, il est bien �vident que le v�g�tal puisera dans le sol cet �l�ment lorsqu�il est sous sa forme soluble. Par cons�quent, c�est tant�t la phase r�duite, tant�t la phase oxyd�e qui sera utilis�e pour sa nutrition. On voit, par cons�quent, que l�ensemble de tous ces cycles peut �tre ramen� � un sch�ma triangulaire o� pratiquement toutes les r�actions sont r�versibles. Comme corollaire, il appara�t �galement que ce sont les micro-organismes du sol qui sont, par leur m�tabolisme, enti�rement responsables de la nutrition min�rale des v�g�taux.</p><p>� titre d�exemple, les cycles du soufre et du fer, dont l�importance agronomique est particuli�rement grande, vont �tre d�crits avec plus de pr�cision.</p><p>y Cycle du soufre. Les r�actions y sont beaucoup plus complexes et intriqu�es que dans les cycles du carbone et de l�azote. Tr�s sch�matiquement, trois grands types de r�actions doivent �tre envisag�s : la min�ralisation du soufre organique, l�oxydation des compos�s min�raux r�duits, la r�duction des compos�s min�raux oxyd�s.</p><p>Le soufre organique, li� aux tissus v�g�taux et animaux ainsi qu�aux r�serves humiques, est min�ralis� par un tr�s grand nombre de micro-organismes peu sp�cialis�s (de m�me que cela a �t� pour l�ammonification) ; si cette min�ralisation est r�alis�e en a�robiose (sols bien travaill�s et a�r�s de grande culture), elle aboutit � la forme sulfate qui peut �tre directement assimil�e par la plante ; en ana�robiose, au contraire (sols lourds,</p><p>tourbi�res), le terme final est SH2, apr�s une s�rie de corps interm�diaires du type des mercaptans ; tous peuvent �tre plus ou moins toxiques pour les v�g�taux. Le soufre m�tallo�dique, les hyposulfites, les sulfites sont oxyd�s en sulfate dans le sol essentiellement par les Thiobacilles, micro-organismes cocco-bacillaires, longtemps consid�-</p><p>r�s comme autotrophes stricts et dont on sait maintenant qu�ils ne le sont que de fa�on facultative. Les Thiobacilles sont extr�mement ubiquitaires : on les trouve dans tous les sols ; ils sont particuli�rement nombreux dans les sols trait�s par le soufre (bouillie bordelaise par exemple), employ� comme anticryptogamique. Les deux esp�ces les plus r�pandues sont Thiobacillus thiooxidans et T. thioparus. Les Thiobacilles tirent, en r�gle g�n�rale, leur �nergie de l�oxydation du soufre �l�-</p><p>mentaire ou, plus souvent, d�un compos� r�duit de ce corps, SH2, S2O3, SO, selon les formules suivantes :</p><p>�tant respectivement de � 137,6,</p><p>� 253,6 et 186,7 Kcal/moles.</p><p>On voit que la formation d�acide sulfurique est constante, ce qui, surtout pour T. thiooxydans, abaisse le pH du milieu de culture jusqu�� pH = 1 et peut amener celui des sols � 3, avec de graves cons�quences pour leur fertilit�.</p><p>� c�t� de ces sulfo-oxydants essentiellement telluriques, il faut, cependant, citer des germes aquatiques, qui ont la m�me propri�t�, mais qui sont des phototrophes poss�dant des pigments verts ou pourpres (Thiorhodaceae et Chlorobacteraceae) oxydant SH2 avec formation de granules de soufre dans leur cytoplasme (Beggiatoa, Chroma-tium, Chlorobium, Rhodomicrobium).</p><p>Le soufre oxyd� SO4� peut �tre r�-</p><p>duit, en ana�robiose, jusqu�au terme SH2 par des Bact�ries tr�s sp�cialis�es, les Desulfovibrio (esp�ce type : D. de-sulfuricans) ; ces Bact�ries gram �, que l�on a longtemps crues sporul�es (d�o� le nom ancien de Sporovibrio), sont tr�s ubiquitaires ; elles sont pr�sentes dans tous les sols (en particulier les sols humides et lourds) ainsi que dans les eaux. Leur m�tabolisme est souvent coupl� � celui des r�ducteurs du fer,</p><p>avec formation des � vases noires �, riches en sulfate de fer.</p><p>y Cycle du fer. Le cycle du fer pr�-</p><p>sente de nombreuses analogies avec celui du soufre.</p><p>Ici encore, on trouve de nombreuses Bact�ries, tr�s peu sp�cifiques, min�-</p><p>ralisant le fer organique li� aux tissus v�g�taux, animaux et � l�humus. De m�me, selon les conditions du milieu (et en particulier le potentiel d�oxydor�duction), le fer min�ral appara�t sous forme oxyd�e ou r�duite. Comme on l�a vu plus haut, s�il y a min�ralisation r�ductrice concomitante du soufre, c�est du sulfure de fer noir qui s�accumule. Sinon, c�est un sel ferreux soluble, jaune verd�tre, ou un oxyde de fer insoluble rouge�tre (horizon de gley, ou marmorisation de certains sols plus ou moins hydromorphes et � un niveau variable de la nappe phr�atique).</p><p>Les Bact�ries oxydantes du fer r�-</p><p>duit (et, assez souvent, du mangan�se) sont les plus int�ressantes. Ce sont classiquement des chimiotrophes tirant leur �nergie de cette oxydation : Les deux premiers groupes, Bact�ries filamenteuses (Chlamydo-</p><p>bact�riales, genres Sphaerotilus et Leptothrix) et Bact�ries p�dicul�es (Caulobact�riales, genre Gallionella), ne sont plus reconnus actuellement comme des chimiotrophes stricts. Il s�agit, d�ailleurs, plut�t de Bact�ries des eaux ; elles accumulent le fer (et souvent le mangan�se) oxyd� dans downloadModeText.vue.download 285 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10240</p><p>leurs graines (filamenteuses) et sur leurs p�dicules (Caulobact�riales), qui les fixent sur un support solide.</p><p>Le troisi�me groupe est constitu� de Bact�ries de petite taille, tr�s voisines des Thiobacilles et class�es sous les �tiquettes de Thiobacillus ferrooxidans et Ferrobacillus ferrooxidans. Les trois groupes ont de telles affinit�s que certains auteurs h�sitent � leur donner une</p><p>individualit� propre. De toute fa�on, ce sont essentiellement des Bact�ries du sol.</p><p>Les Bact�ries r�duisant le fer oxyd� agissent en ana�robiose ; elles sont fort peu sp�cifiques et appartiennent � de nombreux groupes de la syst�matique.</p><p>En fait, le r�le �cologique de toutes ces Bact�ries du cycle du fer est difficile � �tablir, car, aux pH normaux, oxydation et r�duction peuvent</p><p>relever de ph�nom�nes purement</p><p>physico-chimiques.</p><p>Les humus</p><p>La liti�re v�g�tale</p><p>Ainsi qu�il a �t� dit ant�rieurement, le sol � comme tout organisme vivant</p><p>� est capable de faire la synth�se de substances de r�serve, les substances humiques. Cette synth�se est extr�mement complexe et, pour la rendre compr�hensible, il est n�cessaire de rappeler quelques ph�nom�nes qui ont lieu en dehors du sol, car, en r�alit�, c�est tout le cycle de la mati�re organique dans la biosph�re qui se trouve impliqu�. Les feuilles des arbres, qu�il s�agisse des feuilles caduques, tombant annuellement, ou des feuilles persistantes, qui restent sur l�arbre pendant plusieurs ann�es, avant m�me de faire retour au sol, commencent � �tre attaqu�es par des micro-organismes, en particulier par des Champignons et quelques Bact�ries. Lorsqu�elles tombent sur le sol, elles forment avec les d�bris de branchages ou d��corces ce que l�on appelle la liti�re, l�horizon superficiel de tous les sols forestiers en particulier. Cette liti�re est encore une mati�re organique peu m�tabolis�e, ayant gard� une structure. D�un point de vue chimique, elle contient des fractions tr�s labiles, facilement m�tabolisables, comme les sucres solubles ou certaines h�micelluloses, et des fractions dont l�attaque est plus lente, comme la cellulose, qui nous a servi d�exemple dans le cycle du carbone. Enfin, on y trouve des fractions extr�mement r�sistantes � toute action chimique ou bact�riologique : au premier rang de celles-ci se trouvent les lignines et, accessoirement, les tanins. Quoi qu�il en soit, cette liti�re</p><p>va �tre peu � peu d�grad�e par des micro-organismes � Bact�ries, Champignons et Actinomyc�tes � et surtout par la faunule du sol, qui va broyer cette substance organique qui a encore sa structure, et, lors du passage dans le tube digestif de ces micro-animaux, l�attaque bact�rienne va se trouver beaucoup plus intense.</p><p>Formation de l�humus</p><p>C�est essentiellement la lignine qui joue un r�le dans la constitution et la synth�se de l�humus. Sans entrer dans le d�tail chimique de la structure de cette lignine, on peut la consid�rer essentiellement comme un noyau de polyph�nol. Lors de sa d�gradation lente par les Champignons, les noyaux vont se trouver partiellement d�polym�ris�s. Sur ces noyaux modifi�s vont venir se fixer, le plus souvent par voie chimique, des substances azot�es, et en particulier des polypeptides et des peptides de synth�se, qui se forment lors de la fixation de l�azote atmosph�rique.</p><p>� c�t� de ces substances azot�es, et toujours sur les m�mes noyaux ph�noliques, viennent �galement s�ins�rer des groupements glucidiques de poids mol�culaire relativement �lev�, et en particulier les polyosides, que l�on a vu plus haut se former lors de la d�gradation bact�rienne a�robie de la cellulose, c�est l��norme mol�cule constitu�e par la fixation de ces groupements azot�s et glucidiques sur le noyau polyph�nolique qui forme en r�alit� ce que l�on appelle l�humus. C�est l� le m�-</p><p>canisme le plus classique et le mieux connu de la formation de l�humus. En r�alit�, il en existe d�autres, peut-�tre accessoires quantitativement, mais d�un grand int�r�t th�orique, processus de synth�se directe de substances que l�on a d�abord appel�es para-humiques, mais dont on doit reconna�tre maintenant qu�elles sont presque identiques aux humus provenant de la mati�re organique des sols. En effet, � partir de sucres simples et surtout de noyaux benz�niques, donc de cycles d�j� ferm�s, de tr�s nombreux micro-organismes sont capables de faire la synth�se de ph�nols et de polyph�nols qui vont jouer le r�le des produits de d�gradation de la lignine dans la synth�se de l�immense mol�cule humique.</p><p>Fonctions de l�humus Quoi qu�il en soit et quel que soit son mode de formation, l�humus va, dans une large mesure, se complexer avec les argiles (ou les carbonates) pour donner le complexe argilo-humique, qui joue un si grand r�le r�gulateur dans la vie du sol. Ce complexe augmente la capacit� de r�tention d�eau du sol et, par ses cha�nons polyosidiques surtout, est le facteur essentiel de la formation des � agr�gats �, qui, par les pores (micro- et macropores) qui se m�nagent entre eux, assurent la tenue du sol et son a�ration.</p><p>L�humus appara�t ainsi comme le</p><p>facteur majeur de la conservation des sols.</p><p>Enfin, cette grosse mol�cule est difficilement attaquable par les microor-ganismes : aussi aura-t-elle tendance � s�accumuler dans le sol, tout au moins sous les climats temp�r�s et froids ; cependant, sa lente min�ralisation par la microflore � autochtone � va lib�-</p><p>rer tr�s progressivement les �l�ments min�raux qui lui sont li�s, assurant ainsi, dans les conditions �cologiques naturelles, la nutrition de la v�g�tation spontan�e (herbac�e ou foresti�re) ; elle lib�re �galement de petites mol�-</p><p>cules glucidiques et azot�es que l�on sait maintenant �tre utilis�es �galement par la plante (v�ritable � nutrition compl�mentaire �).</p><p>Les grands types d�humus</p><p>Il faut pr�ciser de nouveau qu�il n�y a pas � un � humus, mais de nombreux types, � propri�t�s fort diff�rentes, en fonction des types de v�g�tation, du climat et du profil p�dologique (v. plus loin).</p><p>Techniques modernes d��tude</p><p>de l�humus</p><p>Tels sont, sommairement expos�s, les caract�res des substances humiques in-t�ressant essentiellement l�agronomie.</p><p>Il est, n�anmoins, indispensable de dire un mot des recherches biochimiques et chimiques, qui ont fait de grands progr�s depuis la mise au point des</p><p>techniques modernes : radio-isotopes (lignine marqu�e 14 C) ; fractionnement par solubilit� ou pr�cipitation en milieux acides ou alcalins ; d�termination des groupements carboxyliques libres, des groupements �OH</p><p>ph�noliques des diff�rentes fractions pr�c�dentes (permettant de diff�rencier acides humiques � eux-m�mes subdivis�s en � bruns et gris �, ou encore en &#x3B1;, &#x3B2;, &#x3B3; humus �, acides fulviques, humines...) ; �tudes spectroscopiques, dont la plus int�ressante est celle qui est r�alis�e en infrarouge ; fractionnement en fonction des grosseurs mol�culaires par passage sur gel de S�phadex ; �lectrophor�se ; enfin chromatographie sur papier, apr�s hydrolyse (6 NHCl) pendant dix-huit heures � 100 �C, des fractions les plus polym�ris�es et les plus r�sistantes (humines).</p><p>Il faut retenir de ces travaux ce qui peut int�resser l�agronomie : temps de r�manence moyen de l�humus (�quilibre synth�se-d�gradation) ; action de l�humus sur l�agr�gation des sols (li�e � son degr� de polym�risation) et ses liaisons avec les argiles (complexe argilo-humique d�j� signal�) ainsi qu�avec les anions et les cations, pouvant � s�questrer � ceux-ci (Fe++, Cu++, PO4&#x2261; etc.).</p><p>Ainsi, ce que l�on appelle humus couvre un ensemble de substances de nature et d�origine tr�s diverses, qui joue un r�le capital dans la vie, la fertilit� et la conservation des sols.</p><p>L�eau et le sol</p><p>L�eau du sol se pr�sente sous diverses formes.</p><p>y L�eau de gravit� remplit plus ou moins (suivant le degr� de saturation) tous les interstices laiss�s i libres entre les diff�-</p><p>rentes particules ; solides. Lorsqu�elle est abondante, elle entra�ne la constitution d�un milieu asphyxique peu favorable � la vie (vase des marais).</p><p>y L�eau de capillarit� est retenue entre les particules fines dans les espaces �troits du sol ou constitue � la surface de ces m�mes particules un mince film d�eau maintenu par la tension capillaire.</p><p>y Les eaux d�imbibition et d�absorption sont fix�es aux complexes argilo-humiques.</p><p>y L�eau combin�e est engag�e dans des substances chimiques.</p><p>y Enfin, de l�eau � l��tat de vapeur subsiste dans les intervalles remplis d�air dans les sols tr�s secs.</p><p>L�eau disponible est essentiellement constitu�e par l�eau de capillarit� et par une partie de l�eau d�imbibition ; les autres formes ne sont pas utilisables par les v�g�-</p><p>taux, qui fanent lorsqu�ils n�ont pas d�autre ravitaillement. L�eau disponible est maintenue au sol par diverses forces de r�tention, que le v�g�tal doit vaincre pour attirer l�eau dans ses cellules.</p><p>J.-M. T. et F. T.</p><p>J. P. et H. F.</p><p>Le profil p�dologique</p><p>La gen�se d�un sol tend � faire appara�tre des horizons superpos�s dont l�ensemble constitue un profil. Ces horizons sont d�autant mieux individualis�s que le sol est plus �volu�. Outre sa couleur, d�finie � l�aide d�un code international, chaque horizon peut �tre caract�ris� par ses �l�ments constitu-downloadModeText.vue.download 286 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10241</p><p>tifs, sa texture, sa structure, ses propri�t�s chimiques et le type d�humus.</p><p>y Les �l�ments constitutifs. Les sols sont form�s essentiellement de mati�res min�rales, auxquelles se m�lent, en proportion variable suivant les horizons, des mati�res organiques provenant de la d�composition des d�bris v�g�taux (humus, au sens large). La phase min�rale comprend des min�raux non alt�r�s, r�sultant de la d�sagr�gation de la roche m�re, et des min�raux alt�r�s, en majorit� des argiles, qui constituent le complexe d�alt�ration.</p><p>y La texture. C�est la dimension des</p><p>�l�ments constitutifs. La fraction grossi�re consiste en limons et en sables, �ventuellement en graviers et en cailloux ; dans les horizons superficiels, elle peut aussi comporter des d�bris v�g�taux non encore d�compos�s. La fraction fine est form�e des collo�des min�raux et humiques (taille inf�rieure � 2&#x3BC;).</p><p>y La structure. Il s�agit de la mani�re dont les �l�ments sont group�s. Elle est li�e � l��tat des collo�des : s�ils restent dispers�s, la structure est particulaire, meuble quand ils sont grossiers, massive quand ils sont fins (sols compacts). Mais, s�ils floculent, ils forment des agr�gats qui peuvent cimenter des particules grossi�res et constituer des grumeaux, des poly-</p><p>�dres, des prismes... Texture et structure d�terminent la porosit�, qui a des cons�quences essentielles sur la vie dans le sol : les sols � structure particulaire sont mal a�r�s et, s�ils sont compacts, ils peuvent m�me �tre asphyxiants. En revanche, plus la teneur en �l�ments fins est �lev�e, plus le sol retient d�eau ; mais celle-ci n�est pas enti�rement disponible pour les plantes, car, au-del� d�un seuil, appel� point de fl�trissement permanent, les forces de r�tention exerc�es par les particules du sol exc�dent la force de succion des racines.</p><p>y Les propri�t�s chimiques. L�ensemble des collo�des du sol charg�s n�gativement ont la propri�t� de fixer des cations. On les appelle de ce fait complexe absorbant. Les cations absorb�s sont soit des ions H+, soit des cations m�talliques (Ca++, Mg++, K+, Na+) qui peuvent �tre �chang�s � tout moment de fa�on r�versible.</p><p>Les racines des plantes, notam-</p><p>ment, �changent des ions H+ contre les cations m�talliques du complexe absorbant ; ces ions H+ sont, � leur tour, �chang�s par les collo�des avec les cations m�talliques dissous par les eaux qui percolent dans le sol au contact de la fraction non alt�r�e contenue dans la phase grossi�re du sol et qu�on appelle de ce fait la r�-</p><p>serve min�rale. On caract�rise l��tat du complexe absorbant en d�finissant sa capacit� totale d��change (T), qui est la quantit� maximale de cations</p><p>m�talliques que le sol peut fixer, et la somme des cations m�talliques effectivement retenus (S) ; on en d�duit le taux de saturation V = 100 S/T. L��tat du complexe absorbant d�termine le pH du sol : plus il est d�satur�, plus le pH est faible (sol acide) ; au contraire, le pH est �lev� (sol basique) pour les sols � complexe satur�.</p><p>y Le type d�humus. Il intervient en ce qui concerne les horizons superficiels.</p><p>L�humus se diff�rencie en fonction de l�intensit� de l�activit� biologique, elle-m�me command�e principalement par le milieu bioclimatique.</p><p>Dans les milieux � activit� biologique intense, il se forme un humus doux, ou mull, qui s�incorpore bien � la fraction min�rale en constituant un complexe argilo-humique � structure grumeleuse. Dans les milieux biologiquement peu actifs, la mati�re organique se d�compose lentement : des d�bris v�g�taux incompl�tement d�compos�s surmontent un humus</p><p>acide, ou mor, qui s�incorpore mal aux collo�des min�raux, et la structure reste particulaire. Le moder est un humus interm�diaire entre le mull et le mor. Enfin, en milieu gorg� d�eau en permanence, la mati�re organique ne se d�compose que tr�s lentement et s�accumule sur de grandes �paisseurs en constituant une tourbe. Pour caract�riser l��tat de l�humus, on calcule le rapport de sa teneur en carbone � sa teneur en azote (C/N) : plus la mi-n�ralisation de la mati�re organique est rapide, plus la teneur en azote est �lev�e, donc plus le rapport C/N est faible.</p><p>Les principaux types</p><p>de sols</p><p>Diverses classifications des sols ont �t� propos�es. Les plus anciennes �taient fond�es sur les facteurs climatiques et ont introduit les notions de sol zonal, dont l��volution est command�e par le milieu bioclimatique, de sol intrazonal, dans lequel le facteur lithologique ou stationnel est pr�pond�rant, et de sol azonal. La classification sovi�tique reste inspir�e par ce principe, en privil�giant les conditions �cologiques.</p><p>En revanche, la plupart des classifications modernes sont fond�es sur la</p><p>gen�se du sol et son �volution, et elles prennent en consid�ration tous les caract�res du profil qui en d�coulent : morphologiques, physiques, chimiques et biologiques.</p><p>La classification fran�aise distingue dix classes de sols, en fonction du degr� d��volution, du mode d�alt�ration, du type et de la r�partition de la mati�re organique, et enfin de certaines conditions qui peuvent fortement influencer la p�dogen�se (hydromorphie par exemple). Chacune de ces classes se subdivise, en fonction du p�do-climat, en sous-classes, elles-m�mes divis�es en groupes, que diff�rencient des caract�res morphologiques li�s aux processus �volutifs. Enfin, des sous-groupes sont distingu�s en fonction de l�intensit� du processus fondamental d��volution du groupe ou de la manifestation d�un processus secondaire ; parfois, les diverses tendances �volutives d�un m�me sous-groupe permettent de d�finir des faci�s.</p><p>Les sols non �volu�s</p><p>Appel�s aussi sols bruts, ils sont tr�s proches de la roche m�re : l�alt�ration y est tr�s faible, et l�humus presque absent ; ils sont constitu�s de d�bris de roche et pr�sentent un profil de type (A)C. On range dans cette classe les sols polygonaux des r�gions polaires, qui pr�sentent une disposition g�om�-</p><p>trique des pierres due aux alternances de gel et de d�gel, ainsi que les sols des r�gions d�sertiques d�pourvues de v�g�tation. En dehors de ces sols li�s � des causes climatiques, on rencontre des sols non �volu�s sur des alluvions r�centes non colonis�es par la v�g�-</p><p>tation et sur des versants d�cap�s par l��rosion (r�gosols sur roche tendre, lithosols sur roche dure).</p><p>Les sols peu �volu�s</p><p>Ils pr�sentent un profil de type AC avec un horizon humif�re bien d�velopp�.</p><p>L�alt�ration y reste faible et superficielle. On peut distinguer plusieurs sortes de sols peu �volu�s.</p><p>y Les sols peu �volu�s � complexe d�satur�. Ces sols s�observent sur roche m�re siliceuse et sont caract�ris�s par un humus de type moder</p><p>ou mor. Ce sont donc des sols plus ou moins acides. On les d�signe du nom de rankers, en distinguant suivant leur origine : les rankers d��rosion, o� l��volution est ralentie du fait d�une faible infiltration des eaux sur les pentes et d�un certain d�capage des horizons superficiels ; les rankers d�apport, tels les rankers colluviaux en bas de pente, qui sont constamment recouverts de colluvions nouvelles ; les rankers climatiques, dont le d�veloppement est entrav� soit par le froid (sols de toundra, rankers alpins), soit par la s�cheresse (x�rorankers).</p><p>y Les sols peu �volu�s � complexe satur�. Ce sont des sols � humus biologiquement actif bien incorpor� � la mati�re min�rale et � structure grumeleuse. Ils pr�sentent un horizon A1</p><p>�pais et riche en calcium et en ma-gn�sium �changeables, de sorte que le complexe absorbant est satur� ou presque. Suivant leur origine, on peut distinguer les sols calcimorphes, les sols isohumiques et les vertisols.</p><p>Les sols calcimorphes se d�ve-</p><p>loppent sur une roche m�re carbonat�e et correspondent essentiellement aux rendzines. L�horizon A1 pr�sente un m�lange intime de calcaire finement divis� et de mati�re organique : c�est un mull calcique de teinte sombre � structure grumeleuse et dont le pH est couramment de l�ordre de 8. Cependant, sur calcaire dur se d�bitant en fragments grossiers, ce m�lange se fait mal : la mati�re organique est alors tr�s abondante, et on a plut�t affaire � un sol humique carbonat�. Inversement, sur les roches riches en argiles et moins riches en calcaire, le lessivage provoque une certaine d�carbonatation en surface et tend � faire appara�tre un horizon (B) : ce sont les rendzines brunifi�es, qui font transition aux sols bruns.</p><p>Les sols isohumiques se d�veloppent sous les climats continentaux � faibles pr�cipitations et sur les marges d�sertiques. La v�g�tation steppique de ces milieux fournit en grande abondance des d�bris v�g�taux riches en azote et en calcium, qui se d�composent en un humus calcique qui s�incorpore profond�ment � la mati�re min�rale. Le</p><p>plus typique de ces sols est le chernozem (tchernoziom), ou terre noire d�Ukraine, qui, sous un mince horizon A0, pr�sente un horizon A1 �pais de couleur noire et � structure en gros grumeaux ; le passage � la roche m�re est assur� par un horizon Ca jaune ocre plus compact, o� s�accumule le calcaire lessiv� dans les horizons superficiels. En milieu plus humide, comme dans la Prairie nord-am�ricaine, les horizons superficiels sont soumis � un lessivage plus intense et sont d�satur�s, tandis que se forme en profondeur un horizon B argilique � structure poly�drique : ce sont les brunizem. Au contraire, en milieu plus aride, la v�g�-</p><p>tation, plus maigre, livre une moindre downloadModeText.vue.download 287 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10242</p><p>quantit� de mati�re organique, et le lessivage des carbonates est plus restreint ; il se forme des sols ch�tains, caract�ris�s par un horizon A1 de couleur brun chocolat non d�carbonat�, et l�horizon Ca est � peine esquiss�. Sous climat m�diterran�en, le sol prend souvent une teinte ch�tain-rouge, li�e � la pr�sence d�oxydes de fer en partie h�rit�s de pal�oclimats plus humides ; l�accumulation calcaire en profondeur y a souvent une grande importance, et l�horizon Ca s�indure dans certaines conditions en formant une � cro�te �.</p><p>En marge des d�serts, la teneur en mati�re organique faiblit consid�rablement, et une cro�te gypso-calcaire appara�t souvent en surface, qui atteste l�absence de tout lessivage : ce sont les sols gris subd�sertiques.</p><p>Les vertisols sont des sols calcimorphes � argiles gonflantes, qui bloquent l�infiltration des eaux en saison humide et provoquent une hydromorphie de surface plus ou moins marqu�e. Ce sont des sols noirs bien connus dans les r�gions tropicales (regur indien) et subtropicales (tirs marocains), o� ils constituent de bons sols. Leur d�veloppement est li� � des conditions particuli�res, favorisant la synth�se d�argiles de type montmorillonite : roche m�re riche en bases</p><p>et d�pressions mal drain�es ; d�o� la distinction entre vertisols lithomorphes et vertisols topomorphes. Les argiles, tant�t gorg�es d�eau, tant�t dess�ch�es et fendill�es, brassent les agr�gats en engendrant une structure poly�drique � faces lustr�es et stri�es, et homog�-</p><p>n�isent le profil.</p><p>Les sols �volu�s</p><p>Ils pr�sentent un profil de type ABC, c�est-�-dire � horizons �luviaux et illu-viaux bien individualis�s par une p�dogen�se �volu�e. On peut les classer en trois grandes cat�gories.</p><p>y Les sols �volu�s � mor. Ce sont des sols qui se d�veloppent sous les climats froids et assez abondamment arros�s, dont la v�g�tation caract�ristique est la for�t de conif�res (taiga), g�n�ratrice d�humus brut. La pr�-</p><p>sence d�un humus acide provoque un processus particulier d�alt�ration : la podzolisation. Le mor produit en effet des compos�s organiques solubles ou pseudo-solubles, qui migrent en profondeur en entra�nant les oxydes de fer et d�alumine lib�r�s par la destruction de la partie min�rale du complexe absorbant. L�ensemble de ces �l�-</p><p>ments et de la silice sont accumul�s dans l�horizon B, ne laissant subsister dans l�horizon A2 que du quartz d�origine d�tritique.</p><p>Au d�but de cette �volution, l�horizon A2 n�est pas encore diff�renci� ; sous un horizon A0 de quelques centim�tres se trouvent un horizon A1 tr�s noir et non grumeleux, puis un horizon B ferrugineux ; c�est le sol ocre podzolique. Lorsque l�horizon A2, de couleur claire, est individualis� entre downloadModeText.vue.download 288 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10243</p><p>l�horizon A1, noir, et l�horizon B, de couleur ocre rouille, c�est un sol podzolique. Le v�ritable podzol pr�sente un mor tr�s �pais et tr�s acide (pH 3,5-4,5), un horizon cendreux A2 et un horizon B enrichi en fer et contenant</p><p>de la mati�re organique. Dans le podzol humo-ferrugineux, on distingue un horizon B1 sombre, o� s�accumulent les compos�s humiques collo�daux, et un horizon B2 de teinte rouille, riche en fer oxyd�. Ce dernier horizon est parfois ciment� par les collo�des et tend � former une masse durcie appel�e alios.</p><p>y Les sols �volu�s � mull. Ils sont caract�ris�s par un humus faiblement acide et se min�ralisant rapidement.</p><p>Les compos�s humiques se lient aux argiles dans les horizons superficiels en un complexe argilo-humique donnant des agr�gats assez peu compacts et relativement peu stables, dans lesquels le principal cation de liaison est le fer. Il en r�sulte une couleur brune caract�ristique. Ces sols, qui se forment dans les r�gions temp�r�es sans saison s�che marqu�e, subissent un lessivage dont l�importance permet de distinguer deux types de profils.</p><p>Les sols bruns ne sont que faiblement lessiv�s : l�entra�nement des collo�des est faible, voire nul, de sorte que l�horizon B est difficile � identifier. L�horizon A1, �pais d�une dizaine de centim�tres, est brun-noir et grumeleux ; il est enti�rement d�carbonat� et plus ou moins acide suivant la roche m�re (pH 4,5-5). L�horizon A2 a la couleur brune caract�ristique et une structure grumeleuse. L�horizon (B) a le m�me aspect, si ce n�est une texture un peu plus argileuse. Ces sols sont d�velopp�s dans les r�gions semi-continentales sous for�t de feuillus ainsi qu�en milieu m�diterran�en humide sous for�t de ch�nes verts ou de ch�nes-li�ges.</p><p>Les sols lessiv�s caract�risent les climats temp�r�s bien arros�s, o� le lessivage des collo�des, fer et argile, est accus�. L�horizon B, riche en argile, � structure fr�quemment poly�drique et de couleur ocre, se distingue clairement de l�horizon A2, � structure plus ou moins particulaire et de teinte plus claire. L�horizon A1 est plus acide (pH 4-5), et l�humus est interm�diaire entre le mull et le moder.</p><p>y Les sols �volu�s riches en sesquioxydes. Ce sont des sols d�velopp�s sous les climats chauds suffisamment humides (pluviosit� sup�rieure � 800 mm) o� l�alt�ration des roches</p><p>m�res est rapide et intense, et lib�re de grandes quantit�s d�oxydes de fer et d�alumine. La pr�sence des oxydes de fer leur donne des teintes vives, allant de l�ocre vif dans les sols constamment humides au rouge dans les sols qui connaissent une p�riode de dessiccation dans l�ann�e. Trois types de sols peuvent �tre distingu�s, qui correspondent � trois milieux climatiques.</p><p>Les sols fersiallitiques se forment sous les climats � longue saison s�che et sont principalement d�velopp�s dans les milieux m�diterran�ens. On les d�signait autrefois du nom de sols rouges m�diterran�ens. Ces sols sont fr�quents sur roche calcaire, mais s�observent aussi sur d�autres roches. Ils sont caract�ris�s par un complexe argileux � base d�illite et de montmorillonite, ce qui t�moigne d�une alt�ration m�nag�e. Les carbonates sont lessiv�s, mais le complexe absorbant reste satur� (pH 6-7,5). Le fer se fixe aux argiles et migre avec elles par lessivage.</p><p>Sous un horizon A appauvri en argile, l�horizon Bt est donc enrichi en argile et en fer, et pr�sente une structure po-ly�drique, parfois prismatique et une couleur rouge tr�s vive, dans la mesure o� le profil est soumis saisonni�rement � une profonde dessiccation. Il semble, cependant, que, si la rub�faction peut �tre actuelle et r�sulter d�une d�gradation des sols bruns m�diterran�ens apr�s d�boisement, la plupart des sols rouges des r�gions m�diterran�ennes soient h�rit�s de p�riodes plus chaudes du Quaternaire. En profondeur, un horizon Ca est fr�quent.</p><p>Les sols ferrugineux tropicaux</p><p>caract�risent les milieux tropicaux � longue saison s�che et dont la v�g�tation climax est la savane. Ils pr�sentent bien des traits communs avec les sols fersiallitiques, mais sont g�n�ralement plus profonds et plus riches en oxydes de fer ; ils sont aussi relativement pauvres en argiles, qui sont principalement des kaolinites, ce qui atteste une alt�ration beaucoup plus pouss�e, s�accompagnant d�un lessivage important de silice ; enfin, leur complexe absorbant est moins satur�. La liaison entre le fer et les argiles est faible ou nulle, et le fer libre tend � s�individualiser en</p><p>fines concr�tions ou en agr�gats durcis tr�s stables ; dans certaines conditions, il peut m�me y avoir induration g�n�ralis�e de l�horizon B, qui constitue une cuirasse.</p><p>Les sols ferrallitiques se d�veloppent en milieu tropical forestier � pluviosit� �lev�e (plus de 1 200 mm). Ils correspondent � une alt�ration encore plus intense, qui s�accompagne d�une importante perte en silice. De ce fait, des oxydes d�alumine (gibbsite) s�individualisent � c�t� des oxydes de fer, et les argiles sont tr�s pauvres en silice (kaolinite). La capacit� d��changes de ces sols est donc tr�s faible, et le taux de saturation en bases tr�s bas. D�autre part, chaleur et humidit� favorisent une d�composition tr�s rapide de la mati�re organique, ce qui acidifie les horizons superficiels, au point que la kaolinite elle-m�me est d�grad�e. � un horizon humif�re A1 mince succ�de donc un horizon A2 limoneux beige tr�s appauvri ; l�horizon B, argileux et compact, est enrichi en sesquioxydes et pr�sente une coloration rouge brique � taches ocre ; au-dessous, une zone tachet�e hydromorphe riche en kaolinite, � taches beiges, rouges et ocre, fait transition � la zone d�alt�ration C.</p><p>Cependant, les profils montrent</p><p>une plus ou moins grande abondance d�argile suivant les stations. Sur roche m�re pauvre en silice ou en site bien drain�, la perte en silice est presque totale, de sorte que la synth�se d�argile est tr�s faible : c�est la ferrallite vraie.</p><p>Au contraire, sur roche m�re acide ou dans les sites mal drain�s, la silice tend � se recombiner � l�alumine pour former de la kaolinite : ce sont les sols ferrallitiques (stricto sensu). Enfin, dans les milieux qui connaissent une saison s�che, les hydroxydes peuvent s�indurer et donner naissance � des cuirasses ferrugineuses ou bauxitiques.</p><p>Les sols dont l��volution est</p><p>conditionn�e par un facteur</p><p>particulier</p><p>y Les sols hydromorphes sont des sols dont la gen�se est domin�e par la pr�sence temporaire ou permanente d�une nappe d�eau qui engorge plus ou moins totalement le profil. Il en r�-</p><p>sulte l�absence d�oxyg�ne, qui permet la r�duction du fer et accro�t sa mobilit�, et une entrave � la vie biologique, ralentissant la d�composition de la mati�re organique. Les sols � pseudo-gley ne sont que temporairement engorg�s ; un horizon g y pr�sente un aspect bariol� (ph�nom�ne de marmorisation) du fait de la juxtaposition de taches ou de bandes gris�tres, pauvres en fer, et de taches de rouille, o� le fer oxyd� s�est concentr� ; les oxydes de mangan�se s�y individualisent en concr�tions noires. Les sols � gley sont engorg�s en permanence : l�horizon G ne contient que du fer ferreux, qui lui conf�re une teinte gris bleut� � verd�tre. Si l�engorgement est total, la mati�re organique reste � l��tat de tourbe.</p><p>y Les sols sodiques ont leur gen�se conditionn�e par l�ion sodium. Ils se d�veloppent dans les r�gions s�ches, notamment sur des roches tr�s riches en sodium, ou encore au voisinage de la mer. Suivant le taux de saturation en sodium du complexe absorbant et le degr� de lessivage, on distingue quatre types de sols sodiques. Les so-lontchaks, qui s�observent sous les climats � s�cheresse accus�e, r�sultent de l�apport de sel par une nappe phr�atique ; mais le complexe absorbant reste principalement satur� en ions Ca, �galement abondants dans les eaux des nappes, ce qui assure un pH</p><p>inf�rieur � 8,5 et une bonne structure ; des efflorescences salines blanches se forment souvent en surface. Les sols � alcali correspondent � une saturation plus grande en sodium ; lors des pluies, les argiles sodiques de surface se dispersent en donnant une structure particulaire compacte asphyxiante, tandis que le pH s��l�ve � plus de 8,5 ; en saison s�che, la mati�re organique remonte avec la soude et forme des efflorescences noires. Si, en plus, un certain lessivage entra�ne en profondeur les collo�des min�raux dispers�s, il se forme un horizon B compact � structure prismatique, satur� en ions Na et � pH �lev� (9) : c�est un solonetz. Enfin, si le lessivage est plus pouss� sous climat plus humide, les horizons sup�rieurs sont d�satur�s et deviennent acides, tandis qu�en profondeur l�horizon B atteint des pH de</p><p>l�ordre de 10 : c�est le soloth.</p><p>Les horizons des sols</p><p>(nomenclature et</p><p>d�signation)</p><p>(A) : horizon diff�rant de la roche m�re par une simple d�sagr�gation m�canique.</p><p>A : horizon situ� � la partie sup�rieure du sol, caract�ris� par la pr�sence, en g�n�ral, de mati�re organique et souvent appauvri en argile et en fer. Cet horizon peut �tre subdivis� de haut en bas en :</p><p>A00 : liti�re de d�bris v�g�taux identifiables ;</p><p>A0 : horizon organique � d�bris v�g�-</p><p>taux partiellement d�compos�s ;</p><p>A1 : horizon g�n�ralement sombre, form� d�un m�lange de mati�re organique et de mati�re min�rale ;</p><p>A2 : horizon pauvre en mati�re organique et souvent lessiv� en argile et en fer (teinte claire) ;</p><p>A3 ou A/B : horizon de transition � B.</p><p>On d�signe par Ap un horizon A perturb� par l�homme.</p><p>(B) : horizon diff�rant, d�une part, de A par sa structure (B � structural �), sa com-downloadModeText.vue.download 289 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10244</p><p>pacit� et sa couleur, li�e � l�absence de mati�re organique, et, d�autre part, de la roche m�re par un degr� d�alt�ration plus pouss�.</p><p>B : horizon d�accumulation caract�ris� par un enrichissement en collo�des (B � textural �), notamment en argile et en fer, parfois en humus. Cet horizon est parfois divis� de haut en bas en :</p><p>B1 : zone de transition entre A et B, mais plus proche de B ;</p><p>B2 : zone d�accumulation principale ; B3 : zone de transition � C, mais plus proche de B.</p><p>On pr�cise parfois la nature de l�accumulation : Bh : enrichissement en humus ;</p><p>Bfe : enrichissement en fer ;</p><p>Bt : enrichissement en argile.</p><p>C : horizon min�ral faiblement alt�r�.</p><p>R : roche m�re.</p><p>Horizons � caract�re particulier : G : horizon � gley gris verd�tre, riche en fer ferreux et � hydromorphie permanente.</p><p>g : horizon de pseudo-gley � hydromorphie temporaire, tachet� de gris sur fond ocre.</p><p>Ca : horizon enrichi en carbonate de calcium.</p><p>La cartographie des sols</p><p>Il existe plusieurs types de cartes p�-</p><p>dologiques suivant les buts qu�on leur assigne. Les cartes � petite �chelle (du 1/1 000 000 au 1/250 000) sont synth�tiques : elles figurent les classes et les sous-classes de sols, et mettent donc en valeur l�influence du climat et des roches m�res sur la p�dogen�se ; leur int�r�t est donc surtout scientifique et didactique. Les cartes � �chelle moyenne (du 1/50 000 au 1/200 000) repr�sentent les groupes et les sous-groupes de sols, et fournissent donc des donn�es sur les propri�t�s physiques et chimiques des sols ; elles descendent m�me au niveau des familles, qui pr�-</p><p>cisent � l�int�rieur des sous-groupes les donn�es lithologiques et texturales.</p><p>Elles font donc ressortir le r�le des facteurs locaux dans la p�dogen�se : microclimat, exposition, site g�omorphologique, variations dans la nature de la roche m�re... ; � c�t� de leur int�-</p><p>r�t scientifique, elles peuvent servir de base � une planification r�gionale de l�utilisation du sol. Les cartes � grande �chelle (du 1/5 000 au 1/25 000), souvent appel�es cartes d�utilisation du sol, ont avant tout un int�r�t pratique : elles renseignent en effet sur l��paisseur des horizons en introduisant � l�int�rieur des familles une unit� inf�-</p><p>rieure de classement, la s�rie. Elles</p><p>int�ressent donc principalement les agronomes, les forestiers, mais aussi divers techniciens (travaux publics, urbanisme, planification...).</p><p>La m�thode de repr�sentation varie suivant les cartes : les cartes analytiques figurent toutes les propri�t�s importantes du sol en recourant � un code d�taill� d�indices ou de signes.</p><p>Les cartes synth�tiques repr�sentent, au contraire, chaque unit� par un seul signe distinctif (couleur, trame...) ; les pr�cisions sont fournies dans une notice. Enfin, certaines cartes, comme la carte p�dologique de France au 1/100 000 en cours d��tablissement, adoptent un syst�me mixte de repr�-</p><p>sentation : les diff�rentes classes de sols sont figur�es par des couleurs auxquelles se superposent des trames pour introduire des subdivisions ; une notice renseigne sur les �l�ments qui ne sont pas fournis par la carte.</p><p>R. L.</p><p>F Agriculture / Bact�ries / Cycles biosph�riques</p><p>/ �rosion / Fertilit� / L�gumineuses / P�dologie.</p><p>G. W. Robinson, Soils (Londres, 1932 ; 3e �d., 1949). / S. Winogradsky, Microbiologie du sol (Masson, 1949). / G. Plaisance et A. Cailleux, Dictionnaire des sols (la Maison rustique, 1958). / J. Pochon et H. de Barjac, Trait� de microbiologie des sols (Dunod, 1958).</p><p>/ P. Duchaufour, Pr�cis de p�dologie (Masson, 1960 ; 3e �d., 1970) ; l��volution des sols. Essai sur la dynamique des profils (Masson, 1968) ; Atlas �cologique des sols du monde (Masson, 1976). / D. Parkinson et J. S. Waid (sous la dir.</p><p>de), The Ecology of Soil Fungi (Liverpool, 1960).</p><p>/ A. R. Pr�vot, Trait� de syst�matique bact�-</p><p>rienne (Dunod, 1961 ; 2 vol.). / S. Y. Kuznetsov, M. V. Ivanov et N. N. Lyalikova, Introduction to Geological Microbiology (en russe, Moscou, 1962 ; trad. angl., New York, 1963). F. Schef-fer et P. Schachtschabel, Bodenkunde (Stuttgart, 1966). / O. Verona, Microbiologia agra-ria (Turin, 1966). / G. Aubert et J. Boulaine, la P�dologie (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1967 ; 2e �d., 1972). / O. Graff (sous la dir. de), Progress in Soil Biology (Amsterdam, 1967). / A. D. McLaren et G. H. Peterson, Soil Biochemistry (New York, 1967). / T. R. G. Gray et D. Parkinson, The Ecology of Soil Bacteria (Liverpool, 1968).</p><p>/ Y. Dommergues et F. Mangenot, �cologie microbienne du sol (Masson, 1970). / E. A. Fitz-patrick, Pedology. A Systematic Approach to</p><p>Soil Science (�dimbourg, 1971). / T. P. Preece et C. H. Dickinson, Ecology of Leaf Surface Micro-Organisms (Londres, 1971). / H. Margulis, P�dologie descriptive (Privat, Toulouse, 1973).</p><p>sol (travail du)</p><p>Les fa�ons culturales de pr�paration du sol avant les ensemencements ont des objectifs multiples : ameublir le sol, d�truire les mauvaises herbes, enfouir les engrais et les d�bris v�g�taux de la r�colte pr�c�dente.</p><p>En m�me temps, elles assurent � la surface du sol une bonne germination des graines dans le lit de semences.</p><p>Celui-ci facilite la p�n�tration des socs du semoir ou l�enfouissement des semences � la herse ou au rouleau. Il abrite les semences des granivores et de la s�cheresse. Il dispose une quantit� de terre fine suffisante au contact des semences. Les agr�gats en seront d�autant plus fins que les graines seront petites. Le lit de semences prot�ge la structure superficielle des limons battants de la violence des pluies par la pr�sence de mottes en surface. Il �tablit une circulation de l�eau non saturante � proximit� des semences, qui doivent pouvoir s�en gonfler (gr�ce � un tassement suffisant � sa base).</p><p>Le sol ainsi pr�par� ne doit �tre ni trop compact (les racines l�explore-raient mal), ni trop creux (les contacts entre racines et sol seraient insuffisants). Il doit �tre homog�ne. Les semelles, couches horizontales compact�es dues aux passages des outils dans un sol humide et d�j� tass�, doivent �tre �vit�es. Les fa�ons culturales r�p�t�es et les outils qui lissent la base travaill�e (disques, cultivateurs rotatifs, etc.) accroissent les risques de formation de semelles.</p><p>Les fa�ons r�chauffent le sol d�autant plus vite qu�elles r�duisent son humidit� (labours tardifs de printemps, buttages, etc.).</p><p>Leur choix d�pendra de la texture des sols, de leur structure pr�alable et du climat. Le gel et la s�cheresse ou l�alternance s�cheresse-humidit� disloquent les terres compactes contenant assez d�argile et d�humus. La s�che-</p><p>resse durcit au contraire les mottes des sols trop riches en limons. Les terres, surtout les limons et les sables, se tassent sous l�effet du temps et de la pluie.</p><p>Les terres argileuses gagnent � �tre pr�par�es finement. Les terres limoneuses devront disposer de mottes de 1 � 10 cm selon les cultures et les saisons, en surface surtout. Les outils anim�s par la prise de force, les disques, les dents vibrantes ou rapproch�es, les outils roulants affinent la terre. La vitesse accro�t souvent l��miettement des sols.</p><p>La vitesse a cr� n�anmoins ces derni�res ann�es, tant pour les labours (de 5 � 6 km/h en hiver, de 7 � 8 km/h au printemps) que pour les fa�ons superficielles (de 8 � 10 km/h). Du temps de travail est �conomis�, la puissance des tracteurs est mieux utilis�e, le nombre des fa�ons est r�duit, mais, souvent, les risques agronomiques sont accrus.</p><p>L��tat d�humidit� du sol influe sur la qualit� des fa�ons. La coh�sion des terres s�ches et l�adh�sivit� des sols humides favorisent les mottes. Les dislocations seront d�autant plus pouss�es aux �tats interm�diaires que le sol sera pauvre en argile. Les sols humides favorisent alors le lissage et la compac-tion des sols ; les outils � dents agglom�rent la terre fine autour des mottes, donnant des sols creux ; les pneumatiques des tracteurs compactent la terre plastique et contribuent � la formation de semelles. La s�cheresse durcit les mottes des limons humides.</p><p>Pr�parations classiques</p><p>Les fa�ons culturales entre deux r�coltes se succ�dent de la mani�re suivante.</p><p>y Les d�chaumages (apr�s c�r�ales) ameublissent sur 3 � 15 cm de profondeur. Ils m�langent les pailles au sol.</p><p>Ils d�truisent les rhizomes. Ils font germer certaines semences d�adventices. Leur efficacit� varie suivant qu�ils sont r�alis�s avec d�chaumeurs � socs ou � disques, pulv�riseurs, cultivateurs lourds ou chisels. Les dents sont plus efficaces contre les</p><p>chiendents (de 5 � 8 passages r�p�t�s pendant l��t�).</p><p>y Les labours (de 15 � 35 cm) ont essentiellement un r�le d�ameublissement profond et d�enfouissement.</p><p>Pour des semis de printemps, ils se feront t�t avant l�hiver en terres argileuses et tard en limons battants.</p><p>Les labours pr�coces seront motteux (sans exc�s, toutefois, en argiles, en climat peu g�lif). Les labours tardifs de printemps seront �miett�s : pour cela, ils seront rapides et pr�c�d�s d�un ameublissement superficiel. En principe, les labours sont profonds pour betteraves, pommes de terre ou cultures mara�ch�res, superficiels pour c�r�ales et interm�diaires pour ma�s. Ils sont plus profonds en terres � structure instable (limons, sables fins, sols humides) que dans les argiles.</p><p>Les d�bris v�g�taux doivent �tre bien m�lang�s au sol et ne pas �tre enfouis profond par la charrue. La ra-sette doit �tre r�gl�e en cons�quence.</p><p>Il faut respecter un rapport convenable (au maximum 1,5) entre la largeur et la profondeur travaill�e par chaque corps de charrue. La vitesse (au-del� de 7 km/h), la forme des corps (charrue-losange) ou les intervalles entre corps permettent des tol�rances suppl�mentaires. Toutefois, un enfouissement des d�bris v�g�taux � plus de 10 cm de profondeur r�duit la virulence des attaques des Insectes ou des maladies l�ann�e suivante (fusariose, Ergot, Kabbatiella, Pyrale, etc.). Un broyage fin pr�alable am�liore l�enfouissement et facilite la downloadModeText.vue.download 290 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10245</p><p>lutte contre Insectes et Acariens (Bla-niule, Pyrale).</p><p>y Les fa�ons superficielles de reprises de labours se font aux disques en sols secs ou meubles et aux outils � dents (cultivateurs, herses) dans la plupart des cas. Elles nivellent les labours en �miettant la surface, localisent mottes et terre fine en un lit de semences, surtout avec des outils � dents rapproch�es (herses) ; parfois elles d�-</p><p>truisent les adventices.</p><p>Les roulages plus ou moins lourds alternent avec les passages d�outils � dents pour faire effondrer la structure des sols trop creux ou pour lasser la base du lit de semences � faible profondeur. Le tassement sera d�autant plus �nergique que le sol sera moins �miett� et la s�cheresse moins crainte.</p><p>Les cages roulantes remplacent parfois le roulage.</p><p>Par ailleurs, les rouleaux sont des outils pr�cieux pour cr�er de la terre fine (rouleaux lisses surtout) ou pour disloquer les mottes (rouleaux crosskills, crosskillettes ou cultipackers, etc., d�autant plus efficaces qu�ils sont lourds).</p><p>Diverses variantes sont � noter.</p><p>Une faible profondeur de reprise des labours suffit pour les sols argileux ou � bonne structure. Des roues-squelettes, des roues-cages ou des roues jumel�es sur le tracteur �vitent de nuire au nivellement et tassent plus r�guli�rement le sol. Elles s�imposent pour les reprises superficielles, sauf le cas exceptionnel de fa�ons en sols trop humides. Des reprises profondes sont n�cessaires en sols � structures instables, labour�s t�t ou dont la structure n�aurait pas �t� am�lior�e par le labour ainsi que dans certaines d�friches de prairies temporaires.</p><p>Les fa�ons culturales ont int�r�t � se succ�der rapidement. Toutefois, des d�lais entre elles laissent germer les mauvaises herbes, qui seront ainsi mieux d�truites et contr�l�es ; les mottes limoneuses, durciront et deviendront plus stables ; les mottes argileuses, au contraire, se disloqueront.</p><p>Les outils les plus �nergiques, ceux qui sont anim�s par la prise de force, permettent des pr�parations superficielles tr�s rapides en situations difficiles. Mais ils ne r�am�nagent pas toujours le sol en profondeur.</p><p>Les passages successifs de trac-</p><p>teurs seront crois�s et de pr�f�rence en oblique, si la forme de la parcelle le permet. L�efficacit� en sera accrue, et le compactage par les pneus mieux</p><p>r�parti. Toutefois, pour des cultures sensibles aux semelles (betteraves � sucre, tabac, etc.), des pr�parations</p><p>� en planches �, avec succession de passages dans les m�mes traces de roues, sont conseill�es.</p><p>Pr�parations minimales</p><p>ou simplifi�es</p><p>Le d�veloppement de l�emploi des herbicides r�duit l�importance de la lutte contre les mauvaises herbes. Il simplifie les pr�parations des sols et supprime m�me des labours. Ceux-ci, n�anmoins, restent indispensables, ne serait-ce que pour la lutte m�canique contre les chiendents ou contre certaines maladies et Insectes.</p><p>Les principaux types de pr�parations simplifi�es les plus pratiqu�s sont :</p><p>� les pr�parations simplement superficielles pour les c�r�ales d�hiver ;</p><p>� les fa�ons au chisel en l�absence de labours ;</p><p>� la r�duction au minimum des fa�ons entre labour et semis ;</p><p>� le semis direct sans aucun travail pr�alable du sol.</p><p>E. D.</p><p>F Machinisme agricole.</p><p>S. Henin, A. Feodoroff, R. Gras et G. Monnier, le Profil cultural (Soc. d��d. des ing�-</p><p>nieurs agricoles, 1960 ; 2e �d., Masson, 1969).</p><p>/ W. R. Gill et G. E. Van den Berg, Soil Dynamics in Tillage and Traction U. S. D. A. (Washington, 1967). / J. Duthil, �l�ments d��cologie et d�agronomie, t. II, 1re partie : Exploitation et am�lioration du milieu (Bailli�re, 1973). / S. H. Phillips et H. M. Young, No Tillage Farming Reinman Associates (Milwaukee, Wisconsin, 1973).</p><p>Solanales</p><p>Ordre qui ne comprend qu�une seule famille, les Solanac�es et qui, pour certains auteurs, est voisin des Pol�-</p><p>moniales (o� se rangent les Convolvulac�es) ainsi que des Personales. Nous en rapprocherons trois familles : les Verb�nac�es, les Plantaginac�es et les</p><p>Buddl�iac�es.</p><p>Solanac�es</p><p>C�est une famille de plus de 2 500 es-p�ces et d�une centaine de genres, des r�gions chaudes et temp�r�es du globe, en particulier d�Am�rique du Sud ; en France, une dizaine de genres et une trentaine d�esp�ces sont indig�nes ou subspontan�es. Ce sont des herbes, des arbustes ou des arbres glabres ou � poils mous, � feuilles alternes simples ou compos�es. Les inflorescences, ordinairement des cymes unipares, groupent des fleurs b�ties sur le type cinq (sauf l�ovaire) : le calice est persistant, � s�pales soud�s ; la corolle est gamop�tale ; elle forme un tube, plus ou moins long suivant les genres, sur lequel sont ins�r�es les cinq �tamines ; les fleurs ont deux carpelles � nombreux ovules ; le fruit est une baie ou une capsule. De nombreuses plantes de cette famille sont v�n�neuses, mais, cependant, quelques-unes sont tr�s utiles et donnent des l�gumes, des fruits, des substances utilis�es en pharmacop�e (nombreux alcalo�des) et des plantes ornementales.</p><p>Le genre Solanum est le premier � citer, car de beaucoup le plus consid�rable par le nombre de ses esp�ces (2 000), surtout am�ricaines (4 spontan�es en France), et par l�importance de la production agricole de quelques-unes. Il semble bien qu�une Pomme* de terre, Solanum tuberosum, tr�s voisine de celle que l�on cultivait en Europe il y a cinquante ans, �tait d�j� connue au XVe s., avant l�arriv�e des Europ�ens au Chili et au P�rou. L�introduction de la Pomme de terre en Europe s�est faite en deux fois : la premi�re en 1534</p><p>par les Espagnols qui auraient apport� une esp�ce � tubercules rouge�tres et � fleurs violettes, et la seconde par les Anglais en 1586 ; la vari�t� aurait �t� alors � tubercules jaun�tres et � fleurs blanches. La premi�re esp�ce s�est r�pandue d�Espagne en Italie, o� elle a �t� populaire d�s la fin du XVIe s. ; de l�, elle a gagn� la Belgique, l�Autriche, l�Allemagne, la Suisse et enfin l�est de la France ; ce n�est pourtant que vers le milieu du XVIIIe s., gr�ce � l�activit� d�Antoine Augustin Parmentier (1737-1813), qu�elle s�est largement r�pan-</p><p>due en France. Au cours du XIXe s., de tr�s nombreuses �tudes furent faites pour essayer de distinguer toutes les vari�t�s ; c�est une entreprise difficile, car les Pommes de terre ont une grande variabilit� suivant le climat et le sol o� elles sont cultiv�es ; on en connaissait pr�s de 2 000 vari�t�s en France vers 1920 ; leur nombre est certainement de plusieurs milliers actuellement.</p><p>R�cemment, on s�est aper�u que la dur�e du jour (photop�riode) jouait un r�le consid�rable dans la production des tubercules : une esp�ce chilienne (S. goniocalyx), vivant normalement dans les r�gions o� la dur�e d�illumination est courte, ne donne aucun tubercule sous nos latitudes (jours longs pendant la p�riode de culture), alors que S. andigenum et S. tuberosum du Chili (40e parall�le Sud) rencontrent en Europe les caract�ristiques photop�riodiques n�cessaires pour la tub�risation de leurs tiges souterraines. Ce sont des portions de stolons (tiges souterraines), enterr�es souvent artificiellement, qui constituent les tubercules de Pomme de terre remplis d�amidon. Ceux-ci, expos�s � la lumi�re, verdissent et produisent alors un alcalo�de v�n�neux, la solanine, qui rend ces organes impropres � la consommation humaine et animale s�ils ne sont pas cuits (la solanine est d�truite par la chaleur). La multiplication r�p�t�e par boutures (tubercules) entra�ne � la longue une d�-</p><p>g�n�rescence ; certains auteurs (Joseph Magrou) pensent que c�est un Champignon (mycorhize) qui provoque la tub�risation et que la multiplication v�g�tative att�nue progressivement l�action du myc�lium. Une r�g�n�-</p><p>ration par culture en montagne ou � partir de plantules permet de nouveau de retrouver un taux de tub�risation satisfaisant. D�autre part, la Pomme de terre poss�de de nombreux ennemis (Insectes, Champignons, Virus�), et il faut sans cesse rechercher des races et des clones de plus en plus r�sistants pour que la production soit suffisante, car c�est la plante des pays temp�r�s la plus importante apr�s le Bl� pour l�alimentation humaine. Une esp�ce europ�enne, S. dulcamara, une liane qui vit dans nos haies et qui poss�de de petites baies rouges, est encore employ�e parfois en pharmacop�e.</p><p>� c�t� de ce genre, il faut citer les Tomates : Lycopersicum, avec six es-p�ces, dont la Tomate cultiv�e (L. aes-culentum). La Tomate fut introduite en Europe (Espagne, Portugal) au XVIe s.</p><p>En France, d�abord plante ornementale, elle ne fut utilis�e comme l�gume qu�� partir de 1778. De nombreuses vari�t�s sont actuellement cultiv�es.</p><p>� c�t� de ces esp�ces, on placera : les Lycium, plantes sarmenteuses des haies (2 esp�ces en France), employ�es en horticulture ; les Belladones*, dont une esp�ce, Atropa belladona, est tr�s toxique, surtout par ses graines et ses racines (elle fournit des bases pyrro-liques utilis�es en m�decine comme narcotiques et stup�fiants) ; les Auber-gines, originaires de l�Inde et cultiv�es pour leurs fruits, depuis longtemps, dans le Bassin m�diterran�en ; les Jusquiames, plantes toxiques par leurs alcalo�des ; les Physalis (50 esp�ces), dont une esp�ce, P. alkekengi, est surtout remarquable par son calice rouge, tr�s renfl� et qui entoure le fruit, une baie (� amour en cage �) ; les Cap-sicum, ou Piments (30 esp�ces en Am�rique tropicale), avec le Piment doux (C. annuum et C. frutescens), le Piment de Cayenne, etc. Les Mandra-downloadModeText.vue.download 291 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10246</p><p>gores (4 esp�ces dans la r�gion m�diterran�enne) sont des plantes toxiques qui, par suite de la forme de leurs racines, ont jou� un r�le important dans la magie au Moyen �ge. Les Datura (20 esp�ces) contiennent de nombreux alcalo�des : D. stramonium sert pour des exp�riences de g�n�tique. Un genre encore plus important est le tabac* : Nicotiana (75 esp�ces en Am�rique du Sud). Les P�tunias (15 esp�ces en Am�rique du Sud) sont de tr�s belles plantes horticoles (ceux � grandes fleurs sont polyplo�des).</p><p>Verb�nac�es</p><p>Cette famille de pr�s de 3 000 esp�ces r�parties en 100 genres (en France 3 genres avec 1 esp�ce chacun) se localise surtout dans les r�gions chaudes du</p><p>globe. Elle est compos�e d�arbres ou d�herbes � rameaux jeunes quadrangulaires, � feuilles enti�res ou compos�es, habituellement oppos�es. Les fleurs sont construites sur le type quatre ou cinq ; le calice est gamos�pale ; la corolle, en tube, est le plus souvent bilabi�e ; les �tamines (2 paires in�gales) sont parfois r�duites en nombre par avortement ; l�ovaire est le plus fr�-</p><p>quemment � deux carpelles. Il est souvent difficile de s�parer cette famille de celle des Labi�es, et certains genres pourraient se placer dans l�une ou dans l�autre.</p><p>Comme genres importants, il faut citer les Verveines (100 esp�ces) ; la Verveine officinale, indig�ne, est une plante vivace des bords des chemins et des lieux incultes, employ�e en infusion. La Verveine hybride de nos jardins poss�de de nombreux cultivars aux fleurs rouges, ros�s ou blanches ; d�autres esp�ces horticoles (Verbena peruviana, V. platensis, V. rigidum) sont originaires du Br�sil. Les Lan-tana sont presque tous des arbustes des zones tropicales et subtropicales de l�Am�rique (50 esp�ces) ; ce sont d�excellentes plantes d�ornement ; on distingue les esp�ces inermes et celles qui sont pourvues d�aiguillons. Le genre Lippia (100 esp�ces, dont 1 en France, parfois cultiv�e) est surtout connu par L. citrodora (Chili), ou Citronelle, dont les feuilles froiss�es d�gagent un parfum agr�able ; on en obtient une essence par distillation des feuilles fra�chement cueillies. La culture industrielle en �tait essentiellement localis�e dans les r�gions m�diterran�ennes (Espagne).</p><p>Dans le genre Tectona (Teck, 3 esp�ces en Asie tropicale), T. grandis est un grand arbre qui fournit un bois tr�s dur, l�ger et imputrescible ; il sert de ce fait en construction navale ; T. grandis est plant� maintenant en Asie et en Afrique en vue de son exploitation. Les Vitex, ou Gattiliers (100 esp�ces), sont des arbres ou des arbustes ; V. agnus-castus, qui vit en France sur la C�te d�Azur, a des fruits aromatiques � parfum de poivre, qu�il rempla�ait autrefois. V. negundo, un arbre de Chine et de Mongolie, est parfois employ� dans les jardins. On peut citer aussi le genre Cl�rodendron (300 esp�ces), qui vit dans les r�gions intertropicales et dont</p><p>certaines esp�ces sont de tr�s belles plantes de serres. Enfin, une mention doit �tre faite pour le genre Avicenia, qui vit dans les r�gions tropicales, au bord de la mer et dans les estuaires au niveau de la zone de balancement des mar�es ; c�est une plante de la mangrove, qui poss�de une biologie particuli�re, li�e au milieu mouvant et asphyxi� o� elle vit. En effet, sur les parties souterraines de cette plante se d�veloppent des pneumatophores, racines respiratoires dress�es comme des asperges, qui sortent de la vase et de l�eau. Les graines germent sur l�arbre et, une fois la plantule bien d�velopp�e, l�embryon (15 cm), en forme de massue, se d�tache et s�enfonce dans la vase molle, o� il peut tr�s rapidement se fixer.</p><p>Plantaginac�es</p><p>Cette famille comprend 3 genres et environ 300 esp�ces ; il y a en France une vingtaine de Plantago et une Littorelle.</p><p>Ce sont ordinairement des plantes herbac�es � feuilles alternes, souvent en rosette ; les fleurs sont group�es en �pis denses plus ou moins allong�s ; les fleurs, du type quatre, poss�dent un calice tubuleux, une corolle scarieuse, quatre �tamines et un ovaire � deux carpelles ; elles sont protogynes, c�est-</p><p>�-dire que les organes femelles sont m�rs les premiers et qu�ils ne peuvent alors �tre f�cond�s que par le pollen d�une fleur plus avanc�e sexuellement.</p><p>C�est le genre Plantago, ou Plantain (300 esp�ces), qui constitue presque � lui seul la famille ; on peut lui adjoindre le genre Littorella, avec deux esp�ces, qui sont des plantes aquatiques vivant en Europe.</p><p>Buddl�iac�es</p><p>D�une dizaine de genres et pr�s de 150 esp�ces, cette famille est tr�s voisine des Scrofulariac�es, mais se place �galement non loin des Solanac�es.</p><p>Les Buddleia sont des arbustes � fleurs en grappes ou en panicules. Parmi les esp�ces rustiques, la plus connue est B. Davidii, originaire de Chine, dont on conna�t de nombreux cultivars tr�s utilis�s en horticulture, soit en pleine terre, soit en serres.</p><p>J.-M. T. et F. T.</p><p>F Belladone / Pomme de terre / Tabac.</p><p>Sole</p><p>Poisson T�l�ost�en marin de l�ordre des Pleuronectiformes, que caract�-</p><p>risent son aplatissement prononc� d�un flanc sur l�autre (� Poisson plat �), la migration, au cours d�une m�tamorphose, de l�oeil de la face cach�e, ou</p><p>� nadirale �, vers la face visible, ou</p><p>� z�nithale �, l�emplacement thoracique des pelviennes, l�absence de rayons �pineux aux nageoires et l�existence d�une vessie gazeuse close qui dispara�t chez l�adulte.</p><p>La Sole (Solea vulgaris), comme</p><p>toutes les esp�ces de la famille des Sol�id�s, est dite � dextre � ; cela signifie qu�elle est couch�e sur son flanc gauche, aveugle et d�pigment�, tandis que le flanc droit pr�sente les deux yeux. La bouche est dissym�trique ; la pectorale gauche est plus petite que la droite et peut manquer dans certains genres. La dorsale et l�anale, tr�s longues et uniquement form�es de rayons mous, bordent le contour ovalaire du corps, du dessus de la t�te � la caudale dorsalement et de l�anus (tr�s ant�rieur) � la caudale ventralement. Ce sont les ondulations de ces deux nageoires qui permettent � la Sole de nager au-dessus des fonds sableux, o� elle vit. Elle est s�dentaire et pr�datrice ; elle se nourrit de proies cach�es dans le sable.</p><p>L�homochromie de la face z�nithale est remarquable, et de nombreux Poissons plats peuvent adapter leur coloration � celle du fond. Au moment de la reproduction, les Soles gagnent les eaux plus profondes du plateau continental et pondent un grand nombre d�oeufs flottants, qui lib�rent � l��closion des larves p�lagiques et sym�triques, microphages ; ces derni�res s�enfoncent vers le plateau continental au moment de la m�tamorphose (ou � verse �), dont le fait le plus spectaculaire est la migration de l�oeil gauche vers le flanc droit. La croissance de la Sole est tr�s rapide.</p><p>Esp�ces voisines</p><p>Comme la Sole, tous les Pleuronectiformes sont couch�s sur un flanc droit</p><p>ou gauche suivant les familles et m�me parfois suivant les individus de la m�me esp�ce. Il semble que les Poissons plats proviennent de T�l�ost�ens Perciformes. Tous sont benthiques et pr�dateurs, et la plupart sont s�dentaires, mais on trouve des esp�ces mi-gratrices, et l�une d�elles, le Flet (Pla-tichthys flesus), remonte les rivi�res pour se nourrir.</p><p>On divise les Pleuronectiformes en trois sous-ordres et en cinq familles principales. Les Psettodo�des sont les plus primitifs, et leurs nageoires ont encore des rayons �pineux. Ce sous-ordre comprend une seule famille (Psetto-dides) et un seul genre (Psettodes) dont les individus des trois esp�ces connues se couchent indiff�remment sur le flanc gauche ou sur le flanc droit.</p><p>Les Pleuronecto�des ont des c�tes ; les pectorales de l�adulte sont celles de la larve. On distingue deux familles dans ce sous-ordre. Les Bothid�s, ou Turbots, sont s�nestres ; leur bouche est sym�trique, et leur corps souvent tr�s large. Citons sur nos c�tes le Turbot (Psetta maximus), mangeur de coquillages et de Crustac�s, la Barbue (Scophthalmus rhombus) et la fausse Limande (Arnoglossus laterna). Les Pleuronectid�s, ou Plies, sont dextres ; leur bouche est dissym�trique, et leur corps plus allong� que celui des Bothid�s. Citons sur nos c�tes le Carrelet (Pleuronectes platessa), la Limande (Limanda limanda), le Flet, aux migrations amphibiotiques, et le Fl�tan (Hippoglossus hippoglossus). Ce dernier, avec ses 4 m et ses 300 kg, est le g�ant des Poissons plats ; sa ponte a lieu en profondeur, au large des c�tes d��cosse, de Norv�ge ou du Gro�nland ; sa croissance, lente, donne des g�niteurs sexuellement m�rs vers douze ans ; sa long�vit� est d�une quarantaine d�ann�es. Les Fl�tans effectuent de longues migrations et sont activement p�ch�s, notamment pour l�huile de leur foie, tr�s riche en vitamines.</p><p>Les Sol�o�des n�ont pas de c�tes, et leurs pectorales sont des n�o-formations qui apparaissent au moment de la m�tamorphose. Ce sont des Poissons de faible taille. On y distingue les Sol�i-</p><p>d�s, dextres, et les Cynoglossid�s, s�-</p><p>nestres. Citons au voisinage de la Sole le S�teau (Dicologoglossa cuneata) et parmi les Cynoglossid�s l�esp�ce commune sur nos c�tes, surtout en M�diterran�e, Symphurus lacteus. Signalons qu�on vend en France sous le nom de Sole bien des Poissons plats qui n�appartiennent ni au genre Solea ni m�me � la famille des Sol�id�s.</p><p>R. B.</p><p>downloadModeText.vue.download 292 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10247</p><p>L. Bertin et C. Arambourg, � Syst�matique des Poissons �, dans Trait� de zoologie sous la dir. de P.-P. Grass�, t. XIII, fasc. 3 (Masson, 1958).</p><p>Soleil</p><p>�toile de la Voie lact�e, autour de laquelle gravite un cort�ge d�astres, dont l�un d�eux, la Terre, occupe une position privil�gi�e permettant la vie.</p><p>Pour les astronomes, le Soleil est une �toile naine de la s�rie principale de type spectral G2V. C�est la seule �toile assez proche de la Terre pour qu�on puisse �tudier de fa�on d�taill�e sa surface, ses enveloppes successives et les ph�nom�nes qui s�y d�roulent.</p><p>On peut ainsi y v�rifier les th�ories relatives aux atmosph�res stellaires, o� l�observation directe est encore impossible. Le Soleil se pr�sente comme un v�ritable laboratoire, et on lui doit notamment la d�couverte de l�h�lium, des tests de relativit� g�n�rale, des progr�s en spectroscopie, etc.</p><p>Un sp�cialiste de l��tude</p><p>du Soleil</p><p>Henri Deslandres</p><p>Astronome fran�ais (Paris 1853 - id. 1948).</p><p>Sorti de l��cole polytechnique en 1875 et entr� au corps d��tat-major, il donne sa d�mission en 1881, pouss� par une vocation irr�sistible vers l�astronomie. Astronome adjoint � l�observatoire de Paris (1889), il est charg� d�y organiser un ser-</p><p>vice de spectroscopie. En 1891, il �tudie, en m�me temps que Hale aux �tats-Unis, les deux raies H et K du calcium ionis� (Ca+) � la limite de l�ultraviolet dans la chromosph�re solaire. Il cherche alors � obtenir des photographies rigoureusement monochromatiques des protub�rances de la chromosph�re, ce qui avait �t� vainement tent� jusqu�alors. Il choisit justement les longueurs d�onde relatives � ces radiations particuli�res, apr�s avoir pr�cis� que ces radiations sont �mises par la chromosph�re tout enti�re. Il r�alise un appareil auquel il donne le nom de spectroh�liographe, qui permet de photographier r�guli�rement la chromosph�re. Nomm� astronome titulaire � l�observatoire de Meudon (1897), dont il assumera la direction de 1908 � 1929, il r�ussit, malgr� de grandes difficult�s exp�rimentales, � obtenir, au moment des �clipses, le spectre ultraviolet de la couronne et � constater ses variations en �tendue et en intensit�, qui d�pendent de l�activit� g�n�rale solaire.</p><p>L�un des premiers � supposer un rayonnement �lectromagn�tique de certaines couches du Soleil, il est amen� � examiner les cons�quences d�un rayonnement cathodique de cet astre, qui expliquerait les particularit�s de la couronne, des queues com�taires, des aurores bor�ales et des variations du magn�tisme terrestre.</p><p>Aussi �tudie-t-il longuement les taches du Soleil et les ph�nom�nes complexes qui accompagnent leur �volution, en particulier les �ruptions solaires, qui se manifestent � l�int�rieur de certaines plages faculaires. Il met en �vidence leurs relations avec les ph�nom�nes magn�tiques terrestres, particuli�rement avec les orages magn�tiques, les aurores polaires et certaines irr�gularit�s dans la transmission des ondes radiot�l�graphiques. Dans un autre ordre d�id�es, il r�ussit � mesurer la vitesse radiale de nombreux astres d�apr�s le principe de Doppler-Fizeau. Pour l��tude de la rotation des plan�tes, il imagine la m�thode de l�inclinaison des raies, qui lui permet de d�couvrir la rotation d�Uranus et de ses satellites dans le sens r�trograde.</p><p>En 1927, il est appel� � la direction de l�observatoire de Paris, qu�il assure jusqu�en 1929, conjointement avec celle de l�observatoire de Meudon.</p><p>J. D. et P. T.</p><p>Place dans l�Univers</p><p>Les �toiles sont group�es en gigantesques amas, appel�s galaxies*. Le Soleil fait partie d�une telle galaxie, la Galaxie*, �norme disque renfl� au centre, dont le plan �quatorial co�ncide avec la Voie lact�e et contenant environ 100 milliards d��toiles. Il se trouve l�g�rement excentr�, dans un bras spirale, aux deux tiers d�un rayon � partir du centre, un peu au nord du plan moyen. Il est � environ 10 000 parsecs du centre galactique, l��paisseur du disque galactique �tant d�environ 1 000 pc � cet endroit. Par comparaison, le diam�tre de la Galaxie est de 30 000 pc, et la galaxie la plus proche voisine, la N�buleuse d�Androm�de, est � 450 000 pc. La Galaxie est anim�e d�un mouvement propre, ce qui correspond � un d�placement apparent du Soleil vers un point, l�apex, situ� dans le voisinage de l��toile V�ga. Ce mouvement se fait avec une vitesse de l�ordre de 19 km/s. Le Soleil tourne autour du centre de la Galaxie en 230 millions d�ann�es, avec une vitesse lin�aire de 216 km/s. L��toile la plus proche du Soleil est Proxima Centauri, qui fait partie d�une constellation australe ; elle est � 4,3 al. Dans l�h�misph�re bor�al, l��toile la plus proche, Cygnus 61, est � 11 al ; la Polaire est � 1 087 al, et Antar�s, �toile g�ante du Scorpion, � 182 al, soit 56 pc.</p><p>Donn�es physiques</p><p>y Distance � la Terre. C�est aussi le demi-grand axe de l�orbite terrestre, qui vaut 149 598 845 km, soit, par d�-</p><p>finition, 1 unit� astronomique (UA).</p><p>Sa valeur a pu �tre d�termin�e avec pr�cision gr�ce aux lois de la m�canique c�leste et � la mesure du temps �coul� entre l��mission d�une impulsion radar sur V�nus et la r�ception de son �cho. � cette distance, un angle de 1&#x2033;, unit� couramment employ�e, correspond � 725 km.</p><p>y Dimensions propres. Consid�r�</p><p>comme sph�rique, le Soleil a un diam�tre apparent moyen de 32&#x2032;. En raison du mouvement de la Terre sur son orbite elliptique, le diam�tre solaire subit des variations de grandeur en fonction des in�galit�s de distance ; de 32&#x2032; 35&#x2033; au 1er janvier, il s�abaisse �</p><p>31&#x2032; 31&#x2033; au 1er juillet. Le rayon solaire qui est internationalement adopt� a pour valeur R = 695 500 km, c�est-</p><p>�-dire 109 rayons terrestres �quato-riaux. Le volume du Soleil est donc de 1 408.1015 km 3. Certains astronomes pensent que le Soleil est l�g�rement aplati, la diff�rence des rayons polaire et �quatorial n�exc�dant pas 40 km ; cette hypoth�se aurait des r�percussions cosmologiques importantes, mettant en doute la relativit� g�n�rale.</p><p>y Masse. La masse M du Soleil est de 199.1025 t, soit 333 432 fois la masse de la Terre. En prenant la densit� de l�eau pour unit�, celle du Soleil est d = 1,41. Cette valeur est faible, surtout si l�on songe que la densit� de certaines �toiles, telles les naines blanches, peut atteindre des valeurs de 100 000 � 1 000 000 par rapport � l�eau. La mati�re est alors d�g�n�-</p><p>r�e : noyaux et �lectrons sont entass�s p�le-m�le ; c�est ce qui risque d�arriver au Soleil au terme de sa combustion. L�intensit� de la gravitation � la surface est g = G (universel) M/R, soit 2,738.104 unit�s C. G. S., M �tant la masse du Soleil et R son rayon.</p><p>y Magnitude. Par comparaison entre le Soleil et Sirius, la magnitude photo-visuelle du Soleil est � 26,88. On en d�duit la magnitude bolom�trique absolue : 4,72. C�est la magnitude absolue du Soleil si celui-ci se trouvait � 10 pc de l�observateur terrestre.</p><p>y Parallaxe solaire. L�angle sous lequel on voit du centre du Soleil le rayon �quatorial terrestre est de 8&#x2033; 794. Cette valeur a une importance consid�rable, car elle permet de rattacher exactement les deux unit�s parsec (pc) et ann�e de lumi�re (al).</p><p>y Constante solaire et temp�rature effective. Une surface de 1 cm 2 dispos�e perpendiculairement aux rayons lumineux, plac�e hors de notre atmosph�re, � la distance moyenne de la Terre au Soleil (soit � 1 UA), re�oit 2 calories par minute. Cette quantit� est appel�e constante solaire, car on n�a jamais pu mettre en �vidence une quelconque variation de sa valeur avec le temps. Ce flux d��nergie est stable � mieux que 0,5 p. 100 et cor-</p><p>respond, par la loi de Lambert, � une �mittance �nerg�tique E = 622.105 W/</p><p>m 2. La loi de Stephan, E = &#x3C3;T 4 (avec &#x3C3; = 5,668.10� 8 unit�s MKSA), permet d��valuer la temp�rature effective du Soleil � 5 755 K, valeur sans doute l�-</p><p>g�rement sous-estim�e. La luminosit� totale L du Soleil est alors L = 4&#x3C0;R2E, soit 3,78.1023 kW.</p><p>Mouvements du Soleil</p><p>Mouvement apparent</p><p>Dans son mouvement apparent sur la sph�re c�leste, r�sultant du mouvement r�el de la Terre, le Soleil d�crit, dans le sens direct, un grand cercle, appel� �cliptique, inclin� de 23� 27&#x2032;</p><p>sur l��quateur c�leste. Cet angle est aussi celui que fait l�axe de la Terre sur le plan de l��cliptique ; de cette inclinaison r�sultent les saisons et les in�gales dur�es des jours terrestres.</p><p>La ligne des �quinoxes est l�intersection de l��quateur c�leste et de l��cliptique, le point vernal correspondant � l��quinoxe de printemps. Le temps que met le Soleil entre deux passages cons�cutifs au point vernal constitue l�ann�e tropique. Par suite de la pr�-</p><p>cession des �quinoxes, l�ann�e tropique est sensiblement plus courte que l�ann�e sid�rale, d�environ 20 mn 23 s.</p><p>La ligne perpendiculaire � la ligne des �quinoxes est la ligne des solstices. La zone de la sph�re c�leste qui s��tend de 8� 5&#x2032; de part et d�autre de l��cliptique s�appelle le zodiaque ; elle est divis�e en douze cases portant chacune le nom de la constellation d��toiles qu�elles contiennent et correspondant sensiblement aux douze mois de l�ann�e.</p><p>Rotation</p><p>Le Soleil tourne sur lui-m�me autour d�un axe inclin� de 7� 15&#x2032; sur l��cliptique. Cependant, il ne tourne pas uniform�ment ; la p�riode de rotation si-d�rale, c�est-�-dire le temps n�cessaire pour que la longitude d�un m�ridien solaire, compt�e � partir d�un point fixe, s�accroisse de 360�, varie avec la latitude : de 25,2 jours � l��quateur, cette valeur passe � 32,2 jours � la latitude de 70� et atteint 34 jours au voisinage des p�les. On d�signe ce ph�nom�ne sous le nom de rotation diff�rentielle ; et l�on adopte la valeur moyenne de</p><p>25,38 jours pour la rotation sid�rale (valeur utilis�e pour le calcul des �ph�-</p><p>m�rides solaires). Cependant, du fait downloadModeText.vue.download 293 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10248</p><p>que l�observateur terrestre tourne aussi autour du Soleil, la p�riode de rotation synodique, c�est-�-dire le temps n�cessaire pour qu�un m�ridien donn� revienne en co�ncidence avec la distance Soleil-Terre, est d�environ 27 jours.</p><p>Composition chimique</p><p>Le Soleil est une sph�re principalement gazeuse, constitu�e de 72 � 76 p. 100 d�hydrog�ne et de 27 (ou 23) p. 100 d�h�lium, le reste comportant la quasi-totalit� des corps simples connus. L�analyse chimique est essentiellement spectrale. En effet, quand l�image du disque solaire est projet�e sur la fente d�un spectrographe, on obtient un spectre continu stri� d�un tr�s grand nombre de raies sombres, d�couvertes ind�pendamment en 1802 par William Hyde Wollaston (1766-1828) et en 1814 par Joseph von Fraunhofer (1787-1826). Le continu se pr�sente comme une juxtaposition de couleurs, passant progressivement du violet (vers 4 000 �) au rouge (vers 7 000 �), de la m�me fa�on qu�elles apparaissent dans un arc-en-ciel. Ces limites, artificielles, correspondent aux sensibilit�s extr�mes de l�oeil, et le spectre se prolonge dans l�ultraviolet et l�infrarouge.</p><p>Son intensit�, variable avec la longueur d�onde, pr�sente un maximum vers 5 000 � et s�annule vers 2 000 �. Ce spectre est d� principalement aux ions n�gatifs H� (proton entour� de deux �lectrons, dont l�un capt� au hasard des migrations de l�atome), absorbant principal de la mati�re, puisque, � chaque fois qu�il se d�barrasse de son �lectron suppl�mentaire, il absorbe un photon.</p><p>Le nombre des raies de Fraunhofer est consid�rable : on en a rep�r� 26 000</p><p>entre 2 932 � et 13 495 �. L�identification de ces raies, par comparaison avec des spectres d��l�ments connus sur Terre, permet de reconna�tre l��l�ment responsable de l�absorption. 59 corps simples de la chimie classique, parmi</p><p>lesquels l�hydrog�ne, l�h�lium, le carbone, l�azote, le fer, le cuivre, le zinc, etc., sont pr�sents de mani�re s�re ; deux existent sous forme de compos�, le bore et le fluor, et quelques �l�ments sont absents. En revanche, on d�c�le des compos�s (TiO), des mol�cules (CN) et des hybrides (CH, OH). Les proportions de ces �l�ments sont assez bien connues ; on appelle abondance le nombre d�atomes pr�sents dans le Soleil pour un nombre N d�atomes d�hydrog�ne, fix� par convention � 1 000 milliards (log N = 12) ; ces valeurs, donn�es dans des tables, montrent, par exemple, que le fer est assez abondant.</p><p>Physique interne</p><p>et �volution</p><p>Comme les autres �toiles, le Soleil tire son �nergie de r�actions thermonucl�aires, principalement par transformation d�hydrog�ne en h�lium. Au centre du Soleil, la temp�rature est sans doute de 14 millions de degr�s ; la pression atteint 2.1017 dyn.cm� 2, et la densit� vaut 100 fois celle de l�eau.</p><p>La transformation de l�hydrog�ne en h�lium peut se faire selon deux cycles distincts. L�un, appel� cycle de Bethe, met en jeu six r�actions successives selon la cha�ne 12C, 13N, 13C, 14N, 15O, 15N et 12C, qui se retrouve intacte et sert de catalyseur. L�autre, dit cha�ne proton-proton, ne comporte que trois �tapes. Le premier m�canisme est celui des �toiles chaudes, le second celui des �toiles froides. Dans le Soleil, � la jonction des deux types d��toiles, les deux r�gimes doivent fonctionner simultan�ment. Environ 638 millions de tonnes d�hydrog�ne sont transform�s par seconde, dont 0,6 p. 100 est lib�r� sous forme d��nergie ; � ce rythme, la perte de masse par seconde est de 3,83 millions de tonnes. Si aucun ph�-</p><p>nom�ne ne vient perturber la combustion r�guli�re d�hydrog�ne, la dur�e de vie du Soleil est estim�e � encore 5 milliards d�ann�es, autant que son �ge actuel.</p><p>Lorsque le Soleil aura transform� tout son hydrog�ne, sa luminosit� cro�tra, et l�astre grossira par dilatation de son noyau central. Puis celui-ci s�effondrera, en m�me temps que</p><p>le Soleil deviendra une �toile g�ante ; l�h�lium sera alors br�l� sur place, et notre astre �voluera vers le stade des naines blanches, �toiles mortes en voie de refroidissement et de disparition.</p><p>Structure</p><p>La photosph�re</p><p>C�est la partie du disque visible en lumi�re blanche, c�est-�-dire celle que l�on peut voir en regardant le Soleil � l�oeil nu, � travers un verre fum� par exemple. Les bords de la photosph�re apparaissent tr�s nets, en raison d�un gradient de densit� �lev� en cet endroit (le gradient d�une quantit� �tant le taux de variation de cette quantit� avec la distance). En une centaine de kilom�tres environ, l�opacit� des couches centrales diminue jusqu�� devenir pratiquement transparente ; les zones externes du Soleil sont alors noy�es dans un flot de lumi�re et deviennent ainsi invisibles. Une �tude plus approfondie montre un assombrissement centre-bord de la photosph�re, r�v�-</p><p>lant des modifications consid�rables du milieu au fur et � mesure que l�on</p><p>� s�enfonce � dans le Soleil : la temp�rature augmente de 2 600 K dans les premiers 330 km. De plus, le disque poss�de une structure compliqu�e, ayant l�aspect d�un r�seau complexe de mailles irr�guli�res, form� d�une multitude de cellules claires sur un fond plus sombre, un peu comme des grains de riz juxtapos�s, mais de 500</p><p>� 800 km de diam�tre, et qu�on appelle granulation. Dans cette couche s�observent, bien visibles sur les bords du disque, des facules, plages plus brillantes que le milieu environnant et de formes capricieuses. L�apparition d�une facule pr�lude � la naissance d�une tache qui en occupe la partie centrale ; parfois naissent des facules non suivies de taches, mais l�inverse n�a jamais lieu ; de plus, les facules disparaissent toujours avant les taches auxquelles elles ont donn� naissance.</p><p>Les taches offrent une grande diversit� de formes et d��tendues, pouvant atteindre plusieurs milliers de kilom�tres carr�s ; elles ont toujours l�aspect d�un noyau tr�s sombre, l�ombre, environn�e d�une large zone, la p�nombre, de structure filamenteuse convergeant</p><p>vers le noyau. Parfois, surtout dans la phase jeune de d�veloppement, elles sont peu visibles, r�duites � un pore. Il semble bien �tabli que la temp�rature de l�ombre est nettement plus froide que le milieu environnant. Les taches poss�dent un champ magn�tique important, de 100 � 3 000 G selon leurs tailles ; elles sont souvent associ�es deux par deux dans une m�me facule, la tache de t�te (dans le sens de la rotation) ayant une polarit� magn�tique oppos�e � celle de queue. Lorsqu�il n�y a qu�une seule tache, des champs de polarit� oppos�e sont quand m�me pr�-</p><p>sents � l�avant et � l�arri�re du centre actif, un centre actif �tant une perturbation durable d�une couche quelconque de l�atmosph�re solaire, dont les effets peuvent se prolonger jusqu�au niveau de la Terre et au-del�. Lorsqu�il y a des groupes de taches, les polarit�s peuvent �tre enchev�tr�es, mais la structure bipolaire domine en g�n�ral.</p><p>Les polarit�s sont toujours invers�es entre l�h�misph�re Nord et l�h�misph�re Sud. Par convention, le d�but d�activit� d�un cycle solaire commence lorsque, dans un h�misph�re donn�, naissent des taches de polarit� oppos�e � celle des taches existantes.</p><p>Le d�but d�un cycle est tr�s difficile � mettre en �vidence, car des taches de nouvelle polarit� commencent � appara�tre aux basses latitudes (pr�s de l��quateur), alors que d�anciennes taches subsistent aux hautes latitudes (pr�s du p�le). Les taches sont des ph�nom�nes temporaires, durant quelques jours ou quelques semaines.</p><p>Elles n�apparaissent jamais aux p�les, mais toujours dans les zones royales :</p><p>� 35�. L�activit� d�un cycle solaire se d�termine � partir du nombre de Wolf R = k (f + 10 g), k �tant un facteur empirique pour le raccordement des �chelles d�observation, f le nombre de taches et g le nombre de groupes de taches. Une autre fa�on consiste � mesurer l�aire des taches, qu�on exprime en millioni�mes de la surface d�un h�misph�re. On conna�t ainsi l�aire tach�e depuis 1750 environ. La d�couverte des taches, due � Galil�e*</p><p>et � Christoph Scheiner (1575-1650), et ce de mani�re ind�pendante, remonte � 1610. On a pu mettre en �vidence une p�riode de 11 ans (� 3 ans) dans l�indice d�activit� solaire ; pendant les</p><p>p�riodes de maximum (par exemple en 1958), de nombreux centres actifs naissent et disparaissent sur le disque, l�aire moyenne tach�e annuellement pouvant atteindre 1 500 millioni�mes ou plus. En p�riode de minimum, au contraire (par exemple en 1954), les taches sont rares, voire inexistantes ; la valeur du pr�c�dent indice peut tomber en de�� de 200 millioni�mes. Cette p�riodicit� und�cennale (certains pr�-</p><p>conisent des p�riodes plus amples, de 80 ou 400 ans) n�a pas encore d�explication satisfaisante ; elle est sans doute d�origine magn�tique.</p><p>Le limbe solaire</p><p>Le disque solaire poss�de un � bord �, parce qu�il existe un �quilibre entre les diverses pressions : gazeuse, de gravitation, de radiation, etc. La r�solution des �quations d��quilibre est formellement identique pour les autres �toiles et permet de conna�tre les param�tres physiques internes. La surface solaire correspond � la transition entre les parties � opaques � centrales et les r�gions externes transparentes. La profondeur optique (concept permettant de distinguer entre des zones opaques et transparentes), compt�e le long du rayon tangent au limbe, donc le d�finissant, est �gale � 1 et correspond � un point d�inflexion sur une courbe d�inten-downloadModeText.vue.download 294 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10249</p><p>sit� lumineuse trac�e en fonction de l�altitude.</p><p>L�hylosph�re</p><p>Elle est constitu�e de toutes les couches ext�rieures du Soleil, englobant la couronne, immense enveloppe dans laquelle nous baignons. L�hylosph�re est fortement coupl�e � la photosph�re, et l��quilibre thermodynamique est fortement perturb�.</p><p>Les r�gions spiculaires</p><p>et interspiculaires</p><p>Lors d�une �clipse, on peut percevoir, au moment du second et du troisi�me</p><p>contact, pendant un court laps de temps, une frange brillante, ros�e. La dominante rouge est due � l�hydrog�ne, principal constituant, dont on peut voir au spectrographe une raie intense H&#x3B1;, dans le rouge sombre (� 6 562,8 �).</p><p>D�autres �l�ments sont �galement pr�-</p><p>sents, tels Ca II, Mg II, etc., form�s, chacun d�eux, � des hauteurs bien d�termin�es ; leur observation permet donc de faire des coupes de la couche � une profondeur donn�e. � la cin�-</p><p>matographie, cette enveloppe donne l�impression d�une prairie en flammes.</p><p>Des colonnes de gaz hautes de 2 800</p><p>� 4 300 km s��lancent dans l�atmosph�re : ce sont des spicules, dont le r�le est essentiel pour le chauffage de la couronne. Ils ont de 500 � 800 km de diam�tre, une dur�e de vie de l�ordre de 15 mn et s��l�vent avec une vitesse moyenne de 20 � 40 km/s. Leur densit� est d�environ 1010 � 1011 �lectrons par centim�tre cube, tandis que la temp�rature voisine 10 000 K. Entre les spicules, le milieu est beaucoup plus froid et bien moins dense : seulement 107 �lectrons par centim�tre cube environ. Des mouvements oscillatoires de la mati�re ont �t� mis en �vidence, avec une p�riode de l�ordre de 300 s, l�amplitude moyenne de la vitesse �tant d�environ 0,81 km/s. Ces oscillations prennent certainement naissance dans la zone convective, sans doute induites par le mouvement des granules, sous l�effet du champ magn�tique, en un ph�nom�ne de supergranulation.</p><p>Les protub�rances</p><p>et �ruptions solaires</p><p>Les protub�rances sont d�immenses jets de mati�re, hauts parfois de 300 000 km, de formes extr�mement vari�es (arches, boucles, gerbes, etc.), tr�s esth�tiques, ayant un degr� d�activit� dynamique variable. On distingue les protub�rances actives et les protub�rances quiescentes, relativement plus stables temporellement. Vues par la tranche, elles se dessinent sur la photosph�re sous forme de filaments. La temp�rature est de l�ordre de 10 000</p><p>� 20 000 K, tandis que la densit� �lectronique est d�environ 1010 �lectrons par centim�tre cube. Tous les m�taux ainsi que l�hydrog�ne et l�h�lium ont �t� retrouv�s dans les spectres des pro-</p><p>tub�rances. La mati�re est guid�e par le champ magn�tique, mais on ignore encore de quelle mani�re exacte. Les �ruptions solaires sont de violents cataclysmes int�ressants une petite partie de la surface. Des particules peuvent �tre �ject�es � des vitesses relativistes de l�ordre de 30 000 km/s, constituant les rayons cosmiques solaires. Leur temps de transit Soleil-Terre est de quelques dizaines de minutes, et elles peuvent perturber les hautes couches de l�atmosph�re. Les �ruptions puisent leur origine dans l�instabilit� du champ magn�tique. Plusieurs types d�orages ou de sursauts radio�lectriques solaires sont enregistr�s dans les divers observatoires : ces perturbations, li�es � un certain type de structures de taches, sont probablement entretenues par des oscillations de plasma dans la couronne.</p><p>La couronne solaire</p><p>Du point de vue physique, la couronne, v�ritable plasma chaud et peu dense, est un milieu extr�mement riche, parce qu�on ne peut encore reproduire au sol cet �tat particulier de la mati�re. Jadis observ�e uniquement lors des �clipses, o� elle rayonne comme une gloire autour du Soleil, la couronne est, de nos jours, observ�e en ballons, par fus�es, par satellites et du sol radio�lectriquement et � l�aide du coronographe, qui permet de r�aliser des �clipses artificielles de Soleil. L�intensit� de la couronne est tr�s faible, environ 1 million de fois moins que celle de la photosph�re, ce qui correspond approximativement � la brillance de la pleine lune. Du point de vue morphologique, la couronne poss�de une profusion de structures dont chacune r�pond � des param�tres physiques intrins�ques.</p><p>Ainsi, dans les condensations sporadiques, au-dessus des centres actifs intenses, la densit� �lectronique est-elle tr�s �lev�e, au moins cinq ou six fois plus que la normale (soit l,5.109 �lectrons par centim�tre cube). Leur dur�e de vie est tr�s courte (quelques jours au plus) ; l�extension d�passe rarement 10 000 km, prenant l�aspect d�un bulbe dans lequel la spectroscopie r�v�le des raies dues � des atomes tr�s fortement ionis�s (Ca XV ou Fe XX par exemple). La temp�rature est donc tr�s</p><p>�lev�e, de l�ordre de 3 � 4 millions de degr�s. Mais plumes polaires, d�mes, cavit�s, houppes, trous, flammes, �ventails, arches et renforcements coronaux refl�tent tous des propri�t�s physiques tr�s distinctes du plasma coronal.</p><p>Toutes ces formes irr�guli�res sont dues � la pr�sence du champ magn�-</p><p>tique. En effet, la photosph�re peut �tre en �quilibre sous l�action du champ de gravitation ; au fur et � mesure qu�on s��l�ve en altitude, la mati�re est moins condens�e, et les forces �lectrom�caniques l�emportent sur les forces gravi-tationnelles. Les premi�res mettent en mouvement les particules charg�es du milieu sur des trajectoires diff�rentes, selon qu�il s�agit d��lectrons, d�ions positifs ou n�gatifs ; elles cr�ent donc � leur tour un champ magn�tique interf�rant avec le champ qui leur a donn� naissance : c�est ainsi que la couronne est coupl�e � la photosph�re. La composition chimique de la couronne est semblable � celle de la photosph�re, et les �l�ments qu�on y trouve ont une abondance � peu pr�s voisine ; seul un triage gravitationnel des �l�ments les plus lourds doit avoir lieu dans la basse hylosph�re. La couronne est le si�ge d��missions tr�s diverses, int�ressant toute la gamme spectrale connue : du rayonnement X, ultraviolet et visible (saut d�un �lectron d�un �tat li� vers un autre �tat li�), au rayonnement hertzien (saut d�un �lectron d�un �tat libre vers un autre �tat libre), en passant par le continu (capture d�un �lectron libre sur un �tat li�). Le probl�me le plus important est celui du chauffage de la couronne. Selon les meilleures hypoth�ses, la puissante �l�vation de temp�-</p><p>rature dans la zone de transition est due � la dissipation d�ondes (m�caniques et acoustiques coupl�es entre elles en mode rapide). L�hylosph�re se dilue dans l�espace interplan�taire, et ses manifestations peuvent se faire sentir non seulement au niveau de la Terre, mais beaucoup plus loin encore ; ce n�est sans doute qu�� plusieurs unit�s astronomiques que la couronne, sous forme de vent solaire, devenant instable, cesse de se manifester.</p><p>La zone de transition</p><p>Entre la photosph�re, � 5 755 K, et la couronne, � plusieurs millions de de-gr�s, doit n�cessairement exister une</p><p>zone o� se fait l��change thermique.</p><p>On consid�re actuellement que le flux conductif est constant dans cette zone, avec une valeur d�environ 6.105 erg/</p><p>cm2/s. Cela implique que la pression, qui est de l�ordre de 12 000 dyn.cm� 2</p><p>dans la haute photosph�re, d�cro�t � 8 dyn.cm� 2 dans cette r�gion, pour atteindre 0,2 dyn.cm� 2 dans la basse hylosph�re. Parall�lement, la densit� �lectronique passe de 1,2.1010 � 6.108 �lectrons par centim�tre cube (valeurs calmes). Si�geant � 1 000 km du limbe environ, cette zone tr�s fine, de quelques centaines de kilom�tres seulement, est �tudi�e activement dans l�ultraviolet proche et lointain au moyen de fus�es et de satellites.</p><p>Le vent solaire</p><p>La couronne n�est pas en �quilibre statique, mais en permanente expansion.</p><p>Cette id�e, �mise par Parker vers 1958, fut confirm�e par la sonde spatiale</p><p>� Mariner II � en 1962. Un flot de particules �lectris�es, notamment �lectrons et protons, en provenance de la couronne balaye continuellement le syst�me solaire, passant au voisinage de la Terre avec une vitesse moyenne de 300 � 400 km/s et une densit� moyenne de 8 particules par centim�tre cube. Ce courant, du nom de vent solaire, poss�de des r�percussions astronomiques, par exemple sur la queue des com�tes.</p><p>J.-P. R.</p><p>F Astronomie / Ciel / �clipse / �toile / Galaxie /</p><p>Lyot / Radioastronomie / Univers / Zodiaque.</p><p>J. C. Pecker et E. Schatzman, Astrophysique g�n�rale (Masson, 1959). / E. Schatzman (sous la dir. de), l�Astronomie (Gallimard, � Encycl.</p><p>de la Pl�iade �, 1962). / D. E. Billings, A Guide to Solar Corona (New York, 1966). / A. Bois-chot, le Soleil et la Terre (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1966). / R. Michard, le Soleil (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1966). / H. Zirin, The Solar Atmosphere (Waltham, Mass., 1966). / R. J. Bray et R. E. Loughead, The Solar Granulations (Londres, 1967). / E. Tandberg-Hanssen, Solar Activity (Waltham, Mass., 1967).</p><p>Principales dates de</p><p>la connaissance du Soleil</p><p>1611 L�Allemand Christoph Scheiner observe les taches solaires sans savoir que Galil�e les avait d�couvertes avant lui.</p><p>1630 Scheiner mesure la p�riode de rotation du Soleil.</p><p>1680 Le Fran�ais J. D. Cassini* mesure la parallaxe du Soleil. L�Anglais John Flams-teed calcule les �clipses de Soleil.</p><p>1698 Dans un ouvrage posthume, le Hollandais Christiaan Huygens* assimile le Soleil aux �toiles.</p><p>1738 Le Fran�ais Joseph Nicolas Delisle d�termine le p�le de rotation du Soleil.</p><p>1783 L�Anglais William Herschel reconna�t le mouvement propre du Soleil.</p><p>1802 L�Anglais William Hyde Wollaston d�couvre l�existence de raies noires dans le spectre solaire.</p><p>1814 Le Bavarois Joseph von Fraunhofer r�alise un des premiers spectroscopes et met en �vidence l�existence de raies downloadModeText.vue.download 295 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10250</p><p>sombres dans le spectre du Soleil. Il en d�nombre environ six cents. Ces raies portent encore le nom de raies de Fraunhofer. L�application de cette m�thode permet une premi�re classification spectrale des �toiles.</p><p>1824 L�Allemand Johann Franz Encke �tablit une valeur approch�e de la parallaxe solaire.</p><p>1837 L�Allemand Friedrich Argelander pr�cise le mouvement propre du Soleil.</p><p>Le Fran�ais Claude Pouillet mesure la constante solaire.</p><p>1840 Le Fran�ais Fran�ois Arago* pr�cise les caract�ristiques de la chromosph�re solaire.</p><p>1843 L�Allemand Samuel Heinrich</p><p>Schwabe d�couvre la p�riodicit� des taches solaires.</p><p>1845 Les Fran�ais Hippolyte Fizeau* et</p><p>L�on Foucault* obtiennent le premier da-guerr�otype du Soleil.</p><p>1852 Le Suisse Rudolf Wolf calcule la p�-</p><p>riode de l�activit� solaire.</p><p>1854 L�Allemand Hermann von Helmoltz*</p><p>croit pouvoir attribuer le rayonnement du Soleil � sa contraction.</p><p>1859 L�Anglais Richard Christopher Carrington d�couvre la rotation diff�rentielle du Soleil.</p><p>1863 Carrington �nonce la loi de variation de la p�riode de rotation des points de la surface solaire suivant leur latitude.</p><p>1865 Le Fran�ais Herv� Faye proclame la nature gazeuse du Soleil.</p><p>1868 Le Fran�ais Jules Janssen et l�Anglais Norman Lockyer d�couvrent l�h�lium dans les protub�rances solaires.</p><p>1869 Les Am�ricains William Harkness et Charles Augustus Young obtiennent un spectre de la couronne solaire lors d�une �clipse visible aux �tats-Unis.</p><p>1870 Young observe, le premier, le spectre de la chromosph�re lors d�une �clipse visible en Espagne.</p><p>1892 Le Fran�ais Henri Deslandres, � Meudon, et l�Am�ricain George Hale, � Chicago, r�alisent, ind�pendamment l�un de l�autre, le spectroh�liographe.</p><p>1904 Hale cr�e l�Union solaire</p><p>internationale.</p><p>1908 Hale d�couvre le magn�tisme des taches solaires.</p><p>1913 Hale effectue les premi�res mesures de champs magn�tiques dans les taches solaires.</p><p>1918 L�Am�ricain Harlow Shapley pr�cise la position excentrique du Soleil.</p><p>1931 Le Fran�ais Bernard Lyot* met au point le coronographe.</p><p>1935 Lyot obtient des films des protub�rances solaires. L�Am�ricain Robert Richardson note pour la premi�re fois la simultan�it� entre une �ruption solaire et un �vanouissement brusque dans la pro-</p><p>pagation des ondes courtes.</p><p>1942 Les Am�ricains James Stanley Hey et Stratton d�couvrent le rayonnement radio�lectrique du Soleil.</p><p>1948 Lyot r�alise un filtre</p><p>monochromateur.</p><p>1950 Lyot construit le spectrophotom�tre coronal.</p><p>1959 Une fus�e fournit la premi�re image du Soleil dans la radiation ultraviolette Lyman.</p><p>J. D.</p><p>solf�ge</p><p>Discipline contenant les principes �l�-</p><p>mentaires de la musique et qui est � la base de son enseignement.</p><p>L�enseignement du solf�ge</p><p>comprend :</p><p>� la lecture musicale chant�e et rythm�e ;</p><p>� la reconnaissance des sons par l�oreille d�apr�s leur hauteur ;</p><p>� la th�orie qui comporte � tout ce qui se rattache aux signes employ�s pour �crire la musique, et aux lois qui les coordonnent, tant sous le rapport du son (intonation) que sous celui de la dur�e (mesure) � [Danhauser].</p><p>Cet enseignement est loin d��tre uniquement th�orique. Il fait appel � la sensibilit� ainsi qu�� une forme de pens�e, et il ne faut surtout pas oublier que le solf�ge est � de la musique avant toute chose �. Un grand nombre de compositeurs de talent ont �crit des le�ons qui sont de v�ritables m�lodies dont on dit le nom des notes, au lieu de paroles, ces le�ons �tant �crites pour chant et piano. L��tude de cette discipline demande des ann�es de travail.</p><p>La notation</p><p>� l�origine, il est probable que les chants �taient transmis par la tradition orale. Lorsqu�ils s�enrichirent m�lodiquement, il devint n�cessaire de les noter. Cette notation fut d�abord em-</p><p>prunt�e au syst�me des Grecs, repr�-</p><p>sentant par des lettres les sept sons de la gamme :</p><p>Elle est tr�s pr�cise quant � la hauteur des sons, mais ne repr�sente visuellement aucune id�e musicale.</p><p>Primitivement, la m�lodie �tait donn�e par une ligne sinueuse (sans port�e) qui indiquait les inflexions de la voix.</p><p>� ce proc�d� impr�cis furent ajou-t�s, au VIIIe s., des accents aigus ou graves, appel�s neumes, qui figuraient un groupe de notes.</p><p>Au IXe s., on tra�a une ligne horizontale qui s�parait les sons les plus aigus, que l�on �crivait au-dessus de cette ligne, des sons les plus graves, �crits au-dessous.</p><p>Au Xe s., on se servit d�une deuxi�me ligne. C�est vers cette �poque que le nom actuel des notes fut fix�.</p><p>On attribue � Gui d�Arezzo</p><p>(� v. 1050) l�id�e de d�signer par une syllabe les sept premiers sons de l��chelle musicale, ainsi qu�il le d�finit dans une lettre adress�e au moine Michel. En prenant un appui sur la premi�re syllabe de chacun des vers d�une hymne � saint Jean-Baptiste, il obtient la s�rie ut r� mi fa sol la si. Voici cette hymne :</p><p>ut queant laxis</p><p>resonare fibris</p><p>mira gestorum</p><p>famuli tuorum</p><p>solve polluti</p><p>labii reatum</p><p>Sancte Joannes.</p><p>Ce n�est que beaucoup plus tard, au XVIe s., qu�on donna son nom � la derni�re note si, form�e des initiales de Sancte Johannes (S. J. prononc� si). La syllabe do fut substitu�e � ut, dont le son �tait trop sourd � chanter, do �tant la premi�re syllabe du nom du musi-</p><p>cien Giovanni Battista Doni (v. 1594-1647), qui en eut l�id�e.</p><p>Il est � noter que l�ancienne appellation alphab�tique est encore utilis�e dans certains pays, notamment en Allemagne et en Angleterre.</p><p>La notation usuelle doit servir aussi � la transcription moderne d�oeuvres remontant jusqu�� l�Antiquit�.</p><p>Nous savons que les s�m�iographies des peuples m�diterran�ens se sont prolong�es et transform�es de telle sorte que certains de leurs graphismes subsistent encore dans notre �criture musicale.</p><p>Les troubadours (fin du XIe s.) et les trouv�res (fin du XIIe s.) not�rent la plupart de leurs chansons. Au XIIIe s., on se servit d�une quatri�me ligne. Ce fut l� l�origine de notre notation musicale actuelle, �crite sur cinq lignes, qui sont appel�es port�e.</p><p>Les cl�s</p><p>On d�termine le nom des notes sur la port�e au moyen des cl�s. Au Moyen �ge, une lettre fut inscrite � cet effet au d�but de la port�e. La lettre c �crite sur la ligne du bas indiquait que la note plac�e sur cette m�me ligne prenait le nom de do.</p><p>Nous avons ainsi les cl�s (transform�es quant � leur apparence) :</p><p>� d�ut, 1re, 2e, 3e et 4e ligne ;</p><p>� de sol, 2e ligne ;</p><p>� de fa, 3e et 4e ligne.</p><p>La cl� donne son nom � la note plac�e sur la m�me ligne qu�elle.</p><p>Ces notes sont form�es par des</p><p>points inscrits sur la port�e ou bien, selon la hauteur du son, au-dessus ou au-dessous, au moyen de petites lignes dites � suppl�mentaires �.</p><p>Les alt�rations</p><p>Ce sont des signes se pla�ant soit devant la note qu�ils modifient (ils</p><p>prennent alors le nom d�alt�rations accidentelles ou passag�res et servent pour les notes de m�me nom dans la m�me mesure), soit apr�s la cl� (ils prennent alors le nom d�alt�rations constitutives et servent pour toutes les notes de m�me nom dans tout le morceau). Ces signes indiquent ainsi la tonalit�. Ils se nomment le di�se ( ), qui hausse le son de la note, le b�mol downloadModeText.vue.download 296 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10251</p><p>( ) qui le baisse, et le b�carre ( ), qui le remet dans son �tat naturel.</p><p>Les alt�rations ne proc�dent que par demi-ton.</p><p>Il existe �galement le double</p><p>di�se et le double b�mol</p><p>qui modifient la note de deux</p><p>demi-tons.</p><p>La reconnaissance des</p><p>sons</p><p>On d�signe le nom qu�il convient de donner � telle hauteur de son par rapport au la du diapason, qui est en quelque sorte notre mesure �talon et qui est fix� (apr�s diverses variations) par un accord international datant de 1953 � la fr�quence de 440 p�riodes.</p><p>L�espace qui s�pare deux sons se nomme un intervalle.</p><p>Exemple : do-r� est une seconde ; do-mi est une tierce ; etc.</p><p>Cependant, les intervalles portant le m�me nom ne poss�dent pas tous la m�me � qualit� �.</p><p>Exemple : do-mi est une tierce majeure ; do-mi   est toujours une tierce, mais plus petite : elle prendra donc le nom de tierce mineure.</p><p>S�il ne convient pas d��noncer ici le m�canisme de toutes les transformations que peut subir un intervalle, on</p><p>peut simplement indiquer que, si un intervalle prend la qualification de majeur lorsqu�il est normal, il prend celle de mineur lorsqu�il est plus petit d�un demi-ton, et celle de diminu� lorsqu�il est encore plus petit d�un demi-ton. S�il est plus grand d�un demi-ton, il sera dit augment�. D�autres sont appel�s justes.</p><p>Cet exercice de reconnaissance</p><p>des sons s�appelle dict�e musicale et comporte, outre l��tude de cette reconnaissance des sons, leur organisation rythmique, comprise dans une mesure elle-m�me divis�e en temps.</p><p>Les sons ont chacun une dur�e :</p><p>temps attribu� � chaque son ou � chaque silence, lesquels diff�rent par leur forme. Les dur�es consistent dans la division de la ronde en fractions. Chaque valeur a son silence correspondant.</p><p>Le style des dict�es musicales a �volu�. Si, � la fin du XIXe s. et dans des textes s�adressant � des �l�ves d�j� avanc�s dans leurs �tudes, les dict�es �taient relativement faciles � transcrire m�lodiquement, leur difficult� �tait cependant r�elle, car le nombre de notes contenues dans un fragment �tait tel qu�il fallait une grande habitude pour arriver � les �crire dans leur totalit� � la premi�re audition. Il s�ensuivait donc des combinaisons rythmiques tr�s difficiles. Ce grand nombre de notes, de grupettos et de fioritures suppl�ait � la simplicit� harmonique.</p><p>De nos jours, l�accent est mis au contraire sur les difficult�s m�lodiques, les difficult�s rythmiques faisant, au conservatoire, l�objet d�une �tude dissoci�e.</p><p>Le rythme</p><p>� Le rythme est l�ordre et la proportion dans l�espace et dans le temps � (Vincent d�Indy).</p><p>L��criture musicale, en s�enrichissant gr�ce � la polyphonie, a incit� les compositeurs � l�organiser, d�s l�Antiquit�, et le premier �l�ment de la th�orie de la musique fut le rythme.</p><p>� l�origine, il y eut :</p><p>� le dactyle (une longue, deux br�ves) et le sponde (deux longues), ces deux rythmes correspondant � notre mesure � deux temps ;</p><p>� l�anapeste, appel� aussi antidactyle, puisque son rythme comportait deux br�ves et une longue ;</p><p>� l�iambe (une br�ve, une longue), correspondant � notre mesure � trois temps ;</p><p>� le p�on (une longue, trois br�ves), origine de la mesure � cinq temps.</p><p>Cette notation proportionnelle est � peu pr�s d�finitivement fix�e � partir du XVe s., o� � le rythme se trouve soumis � la discipline de la mesure � (Paul Bertrand).</p><p>La barre de mesure sera employ�e vers la fin du XVIe s.</p><p>Si le rythme est la base de toute musique et s�il est � une des principales richesses de la musique moderne �</p><p>(Danhauser), il n�est pas n�cessairement enferm� dans la rigidit� d�une mesure qui implique l�emploi de du-r�es conventionnelles et dont l�ordre est artificiel.</p><p>� Le rythme est l�organisation de la dur�e �, disait Maurice Emmanuel. Il faut donc faire une grande diff�rence entre le rythme et la mesure.</p><p>Il y a des moments o� l�interpr�te doit oublier la mesure pour ne servir que la pens�e rythmique du compositeur. Si cette relation n�existe pas, la mesure peut tuer le rythme musicalement.</p><p>Claude Debussy donne de magni-</p><p>fiques exemples de ce qui vient d��tre dit. Comment ne pas ressentir que, souvent, dans une apparente absence de rythme pr�cis, une magnifique ordonnance, qui est la base de la compr�hension, s��tablit subtilement entre l�interpr�te et l�auditeur ? De m�me que dans la po�sie o� aucune indication ne pr�cise la rapidit� de sa transmission orale, un rythme souverain doit s�installer. S�il n�existe pas, le po�me perd son v�ritable sens, et l�auteur est trahi.</p><p>Le mouvement</p><p>Les indications relatives au mouvement dans lequel un morceau devait �tre ex�cut� laissaient � l�interpr�te une tr�s grande marge d�appr�ciation.</p><p>Nous avons maintenant un instru-</p><p>ment qui permet au compositeur de donner le mouvement exact dans lequel il d�sire l�ex�cution de son oeuvre.</p><p>Cet instrument, d�origine relativement r�cente, est le m�tronome, invent� par Johann Nepomuk Maelzel (1772-1838), m�canicien autrichien qui le construisit en 1816 sur le principe de Winkel.</p><p>Le m�tronome est r�gl� sur la minute. Exemple :   = 60 veut dire qu�il y aura 60 battements dans une minute. Il est gradu� de 44 � 184. Chaque graduation correspond toujours au nombre de battements effectu�s dans une minute.</p><p>Ces diff�rents signes et indications ne satisfaisant plus nombre de nos contemporains, ces derniers ont cherch� et cherchent encore de nouvelles notations pour fixer l�expression musicale de la masse sonore.</p><p>Depuis quelques ann�es, la notation �volue, mais elle n�est pas encore codifi�e, chaque compositeur ayant recours � des signes qui, souvent, lui sont personnels.</p><p>Des essais de solmisations diff�-</p><p>rentes ont �t� tent�s, mais sans aboutir.</p><p>Certains donnent, en effet, une pr�cision plus grande quant aux alt�rations, mais, la solmisation en vigueur ne pr�-</p><p>downloadModeText.vue.download 297 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10252</p><p>sentant pas de difficult�s particuli�res, l�usage, jusqu�� nos jours, a pr�valu en ce domaine.</p><p>De ce qui vient d��tre dit, il ressort que l��tude du solf�ge sert � mieux comprendre les m�andres de l��criture musicale, exactement comme l��tude</p><p>du latin permet de mieux appr�cier les subtilit�s du langage litt�raire.</p><p>Il est donc �vident que le solf�ge est un moyen et non pas un but. Il est le langage �crit de la pens�e musicale, et ces diff�rentes recherches de notation, anciennes ou modernes, m�lodiques ou rythmiques, ne sont destin�es qu�� permettre au compositeur de s�exprimer avec le plus de pr�cision possible en voyant � au-del� du solf�ge � et de se faire mieux comprendre de ceux qui interpr�teront sa pens�e musicale.</p><p>Les auteurs</p><p>D�s 1786 furent publi�s � Paris les Solf�ges d�Italie, qui contiennent des textes de A. Scarlatti, de N. Porpora et de P. Cafaro. En 1795, L. Cherubini* fit appara�tre un solf�ge officiel du Conservatoire, ouvrage d� � la collaboration des professeurs du Conservatoire.</p><p>De nos jours, de nombreux musi-</p><p>ciens se sont pench�s sur ces �tudes et ont �crit des textes remarquables, dans lesquels les professeurs peuvent trouver, � quelque niveau que ce soit, les bases de leur enseignement. Citons parmi eux : Adolphe L�opold Danhauser (1855-1896), surtout connu pour sa Th�orie de la musique ; Albert Lavi-gnac (1846-1916), auteur de solf�ges manuscrits ainsi que d�un Cours complet th�orique et pratique de dict�e musicale ; No�l Gallon (1891-1966), qui a publi� de nombreux recueils de le�ons.</p><p>B. D.-D.</p><p>F Intervalle / Rythme / Son.</p><p>Soliman le</p><p>Magnifique</p><p>En turc S�LEYMAN KANUN� (Trabzon</p><p>[Tr�bizonde] 1494 - Szigetv�r,</p><p>auj. Szeged, 1566), sultan ottoman (1520-1566).</p><p>L��ducation de Soliman, fils du</p><p>sultan Selim Ier, est tr�s soign�e et influenc�e par les moeurs occidentales. � la mort de son p�re en 1520, Soliman devient sultan. Il a une haute conscience de sa fonction, � laquelle s�ajoute celle, religieuse, de calife. Il</p><p>est second� jusqu�en 1536 par Ibrahim Pa�a (1493-1536), qui a partag� son �ducation et qu�il nomme grand vizir en 1523. La premi�re r�bellion foment�e sous le r�gne de Soliman est celle des Mamelouks, dirig�e par Canberdi Gazal� et qui n�aboutit pas : apr�s avoir assi�g� Alep, les Mamelouks sont �cras�s pr�s de Damas en 1521. C�est ensuite au tour du vizir Ahmed Pa�a d��u de n�avoir pas �t� nomm� gouverneur d��gypte, de se r�volter au Caire ; il est d�capit� en 1524.</p><p>Puis Soliman affronte les Iraniens ; et son arm�e conquiert l�Azerba�djan, puis s�empare de Tabriz (1533) et de Bagdad (1534), qu�il donne l�ordre d��pargner en souvenir des anciens califes. Sous son impulsion, les Ottomans font sentir leur pr�sence jusque dans les lointaines colonies portugaises des Indes, o� ils soutiennent la r�volte des indig�nes et occupent pendant trois mois, en 1538-39, le comptoir portugais de Diu.</p><p>En m�me temps, Soliman entre</p><p>en conflit avec l�Occident ; gr�ce au jeu subtil des alliances, il va jouer un r�le de premier plan dans les guerres qui opposent entre eux les princes chr�tiens.</p><p>Charles Quint* �tant l�alli� de</p><p>l�ennemi mortel de Soliman, le souverain iranien (Ism&#x101;�&#x12B;l [1502-1524], puis &#x1E6C;ahm&#x101;sp [1524-1576]), le Sultan r�pond favorablement aux avances du roi de France Fran�ois Ier. Il engage la guerre contre la Hongrie, prend Belgrade en juillet-ao�t 1521 et Petrova-radin avant de battre et de tuer le roi Louis II de Hongrie � la bataille de Moh�cs (29 ao�t 1526).</p><p>L�envoy� de Fran�ois Ier, Antonio Rincon, un ancien � comunero � espagnol pass� au service du roi de France, n�gocie en 1528 un avantageux trait� commercial avec la Porte, qui sera compl�t� en 1536 par les fameuses</p><p>� capitulations �.</p><p>En Hongrie, la France soutient Jean Z�polya, le vo�vode de Transylvanie, vassal de Soliman II, contre les Habsbourg. Au cours de l��t� 1529, le Sultan s�empare de Buda (Budapest), dont</p><p>la chute pr�lude � la mainmise des Turcs sur toute la Hongrie. Il songe m�me � un moment � s�emparer de</p><p>Vienne, qu�il assi�ge, mais sans succ�s (sept.-oct. 1529).</p><p>Apr�s la mort de Jean Z�polya en 1540, il se heurte au roi de Boh�me et de Hongrie Ferdinand Ier de Habsbourg (1526-1564) et annexe la Hongrie � son empire, la Transylvanie �tant laiss�e au fils de Jean Z�polya, Jean-Sigismond.</p><p>En 1547, un accord est conclu entre lui et Ferdinand, qui laisse � l�empereur la Hongrie occidentale moyennant le versement d�un lourd tribut annuel au Sultan. Plus tard, des contestations s��tant �lev�es � ce sujet, la guerre reprend entre les Turcs et le nouvel empereur d�Allemagne, Maximilien II. Soliman II se rendra de nouveau en Hongrie, mais, au cours de la campagne, la maladie l�emportera.</p><p>Non content de mener la lutte sur terre, le Sultan s�efforce d��tablir sa domination sur tout le bassin m�diterran�en. Pour arriver � ses fins, il entretient � Pera, le port de la capitale, � l�imitation de Venise, un arsenal de plus de cent gal�res munies d�une imposante artillerie. Il prend � son service des pirates des archipels grecs, qui fournissent l�Empire d�esclaves chr�tiens enlev�s sur les c�tes de la M�diterran�e.</p><p>L�objectif militaire le plus important que se fixe Soliman, c�est Rhodes, v�ritable forteresse qui commande la M�diterran�e orientale et d�o� les chevaliers hospitaliers de Saint-Jean-de-J�rusalem menacent p�lerins et marchands musulmans. D�s la seconde ann�e de son r�gne, en juillet 1522, le Sultan vient mettre le si�ge devant Rhodes � la t�te d�une flotte et d�une arm�e consid�rables. Malgr� la r�sistance du grand ma�tre Philippe de Villiers de L�Isle-Adam (1464-1534), les chevaliers doivent capituler ; le 29 d�-</p><p>cembre 1522, Soliman fait son entr�e dans la ville de Rhodes.</p><p>En M�diterran�e occidentale, des corsaires turcs soutenus par Soliman luttent contre les Espagnols. Ils r�ussissent � contr�ler les ports d�Afrique du Nord, � l�exception de Tunis, repris</p><p>aux Turcs par Charles Quint en 1535.</p><p>Lorsque Soliman le Magnifique disparut en 1566, il avait fait de l�Empire ottoman la puissance pr�pond�rante en Europe. Il avait donn� � ses possessions, qui s��tendaient des fronti�res de l�Autriche au golfe Persique et de la mer Noire au Maroc, un code de lois communes, le Kanunname, qui lui valut le surnom de Kanun� (le � L�gislateur �). Lettr� et artiste, il r�digea un Divan, recueil de po�sies, et embellit Istanbul et Andrinople (�dirne).</p><p>P. P. et P. R.</p><p>F Ottomans.</p><p>A. H. Lybyer, The Government of the Ottoman Empire in the Time of Suleiman the Magnificent (Cambridge, Mass., 1913). / F. Downey, The Grande Turke. Suleiman the Magnificent, Sultan of the Ottomans (New York, 1929 ; trad.</p><p>fr. Soliman le Magnifique, Payot, 1930).</p><p>Soljenitsyne</p><p>(Aleksandr</p><p>Issa�evitch)</p><p>�crivain sovi�tique (Kislovodsk, Caucase, 1918).</p><p>La vie jusqu�en 1962</p><p>Aleksandr Issa�evitch Soljenitsyne na�t le 11 d�cembre 1918. Son p�re, �tudiant issu d�une famille paysanne du sud de la Russie, engag� volontaire devenu officier au cours de la Premi�re Guerre mondiale, �tait mort des suites d�un accident de chasse quelques mois avant sa naissance. Sa m�re, fille d�un riche propri�taire terrien d�poss�d� par la r�volution, s�installe en 1924 � Rostov, o� elle vit mis�rablement d�un emploi de st�nodactylo. Fils unique, Aleksandr Soljenitsyne doit, pour ne pas avoir � la quitter, sacrifier son go�t pour les lettres � des �tudes de math�-</p><p>matiques � la facult� des sciences de Rostov (1936-1941). De 1939 � 1941, il parvient, cependant, � suivre aussi par correspondance les cours de l�institut d�histoire, de philosophie et de litt�rature de Moscou.</p><p>Mobilis� en octobre 1941, il est</p><p>d�abord affect� � l�entretien des chevaux dans un r�giment du train, puis, sur sa demande, il est dirig� vers une �cole d�artillerie, d�o�, en novembre 1942, on l�envoie sur le front comme commandant d�une batterie de reconnaissance. En f�vrier 1945, le capitaine Soljenitsyne, d�cor� � deux reprises, est arr�t� sur le front de Prusse-Orientale � la suite de l�interception de lettres priv�es contenant des jugements d�favorables sur Staline. Le 7 juillet, un comit� sp�cial de la S�ret� d��tat le condamne � huit ans de d�tention dans un camp de redressement par le travail sous l�inculpation de complot antisovi�tique. Il est successivement d�tenu dans un camp � mixte � (qui lui servira de mod�le dans sa pi�ce la Fille d�amour et l�innocent), puis, comme physicien nucl�aire, dans un institut de recherches d�pendant de la S�ret� d��tat (qu�il peindra sous le nom de � charachka � de Mavrino dans le Premier Cercle), enfin, comme terrassier, ma�on et fondeur, dans divers</p><p>� camps sp�ciaux � pour d�tenus politiques, notamment celui d�Ekibastouz downloadModeText.vue.download 298 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10253</p><p>(Kazakhstan), qu�il d�crira dans Une journ�e d�Ivan Denissovitch.</p><p>En mars 1953, un mois apr�s l�expiration de sa peine, il est lib�r�, mais aussit�t condamn� par voie administrative � l�� exil perp�tuel � et envoy� au village de Kok-Terek (Kazakhstan), o� il enseigne les math�matiques, la physique et l�astronomie dans une �cole secondaire. D�j� op�r� d�un cancer au camp d�Ekibastouz en 1952, il sera de nouveau soign� et gu�ri en 1954 � l�h�-</p><p>pital de Tachkent, o� l�a conduit l�aggravation de son mal (c�est cet �pisode de sa vie qu�il retrace dans le Pavillon des canc�reux). La � d�stalinisation �</p><p>met fin � son exil ; en juin 1956, Soljenitsyne est autoris� � revenir en Russie d�Europe et, en f�vrier 1957, il est officiellement r�habilit� par d�cision du Tribunal supr�me de l�U. R. S. S.</p><p>Jusqu�en 1962, il continue � exercer la profession d�instituteur, d�abord dans un village de la r�gion de Vladimir (qui</p><p>servira de cadre au r�cit la Maison de Matriona), puis dans la ville de Riazan.</p><p>L�oeuvre litt�raire</p><p>Poss�d� tr�s t�t par l�id�e de devenir �crivain, Soljenitsyne a, d�s avant la guerre, tent�, sans succ�s, de faire publier ses premiers essais, qu�il jugera plus tard pr�matur�s. Au bagne, il compose de m�moire un po�me narratif, Doroga (la Route), qui est perdu, et un drame en vers, Pir pobeditele� (le Festin des vainqueurs, 1950), qu�il d�savouera. D�s la fin de sa d�tention, il commence � travailler en secret aux oeuvres qui le rendront c�l�bre ; il �crit successivement le drame Olen i cha-lachovka (la Fille d�amour et l�innocent, 1954), le roman V krougue per-vom (le Premier Cercle, 1955-1958), les r�cits Odine den Ivana Denisso-vitcha (Une journ�e d�Ivan Denissovitch) et Matrenine Dvor (la Maison de Matriona, 1959), la pi�ce Svetcha na vetrou (Petite Flamme dans la tourmente, 1960), puis, apr�s la publication de sa premi�re oeuvre, en 1962, les r�-</p><p>cits Sloutcha� na stantsii Kretchetovka (l�Inconnu de Kretchetovka) et Dlia polzy dela (Pour le bien de la cause), et le roman le Pavillon des canc�reux (1963-1966).</p><p>Directement inspir�s par son exp�-</p><p>rience du bagne, de l�exil et de la maladie, les romans et les r�cits qui forment l�essentiel de l�oeuvre de Soljenitsyne ont une structure plus documentaire que romanesque. Leur unit� repose moins sur une intrigue que sur la concentration spatiale et temporelle de l�action, qui se d�roule en g�n�ral dans un lieu clos (le camp de travail, la prison-institut de recherches, l�h�pital) et dans un laps de temps tr�s court (une journ�e, deux jours dans le Premier Cercle, deux p�riodes de deux jours dans le Pavillon des canc�reux).</p><p>L�art tr�s personnel de Soljenitsyne peut se ramener � trois composantes principales : un style qui emprunte � la langue parl�e son vocabulaire, ses proc�d�s de cr�ation verbale et sa syntaxe expressive pour se lib�rer des st�r�otypes et se plier � une intonation qui exprime tant�t l�identification de l�auteur avec son personnage, tant�t, au contraire, une distance ironique ou</p><p>sarcastique � son �gard ; une d�marche narrative qui �pouse minutieusement la dur�e concr�te et qui, s�enracinant dans un sens aigu du r�el, s��panouit en un sentiment po�tique, parfois quasi religieux, de la valeur de l�instant et de l�immanence du sens de la vie (sentiment que Soljenitsyne a exprim� plus particuli�rement dans une s�rie de courts po�mes en prose, Etioudy i krokhotnye rasskazy [�tudes et miniatures]) ; enfin une p�n�tration psychologique qui lui permet de s�identifier � des personnages tr�s divers, depuis le paysan Ivan Denissovitch Choukhov jusqu�au bureaucrate stalinien Rous-sanov, tout en gardant vis-�-vis d�eux la distance qui lui permet de les juger et en privil�giant dans chacune de ses oeuvres un personnage central (Nerjine dans le Premier Cercle, Kostoglotov dans le Pavillon des canc�reux), dont la qu�te et le choix devant une alternative cruciale �largissent la d�nonciation de l�univers concentrationnaire en une r�flexion sur le mal historique et la condition humaine qui d�bouche sur l�affirmation d�un principe moral absolu.</p><p>Le conflit avec le pouvoir</p><p>La premi�re oeuvre publi�e de Soljenitsyne, Une journ�e d�Ivan Denissovitch, parue en novembre 1962 dans la revue lib�rale Novy� Mir, marque une date dans l�histoire litt�raire et politique de la Russie post-stalinienne : n�ayant pu para�tre qu�avec l�agr�ment du premier secr�taire du parti, Khrouchtchev, cette peinture sans concessions du bagne stalinien se trouve ainsi plac�e � l�abri de toute critique id�ologique, cependant que ses �minentes qualit�s litt�raires sont salu�es comme la r�v�-</p><p>lation d�un grand �crivain. Cependant, les r�serves de la critique conservatrice se manifestent de plus en plus nettement � l�occasion de la publication, par la revue Novy� Mir, de trois autres r�cits : la Maison de Matriona (janv. 1963), image d�une vieille paysanne pleine d�abn�gation, incarnation moderne du personnage traditionnel du � juste � ; l�Inconnu de Kretchetovka (janv. 1963), portrait d�un jeune officier sovi�tique que sa na�vet� et sa rigueur id�ologique rendent complice de l��tat policier ; Pour le bien</p><p>de la cause (juill. 1963), o� l�on voit des bureaucrates staliniens continuer � imposer leur loi sous le couvert des grands principes. La candidature de Soljenitsyne au prix L�nine de litt�rature pour l�ann�e 1964, propos�e par la revue Novy� Mir, est l�occasion d�un vif affrontement entre l�aile lib�rale de l�opinion publique et l�aile conservatrice, qui reproche � Soljenitsyne de vouloir substituer des valeurs id�alistes � l�id�ologie marxiste.</p><p>Le courant conservateur triomphe apr�s l��viction de Khrouchtchev (oct.</p><p>1964), qui prive Soljenitsyne de tout appui politique. La revue Novy� Mir, qui continue � soutenir l��crivain et publie encore en janvier 1966 le r�cit Zakhar-Kalita (Zacharie l�escarcelle), n�obtient pas le visa de la censure pour le roman le Pavillon des canc�reux.</p><p>Une campagne orale de d�nigrement et de calomnies est d�clench�e contre Soljenitsyne par les services de propagande du parti, tandis que la S�ret� (KGB) s�empare de certains de ses manuscrits et tente d�utiliser le Festin des vainqueurs (qu�il a d�savou�) pour le discr�diter aupr�s des milieux litt�raires. �cart� de la tribune du IVe Congr�s de l�Union des �crivains sovi�tiques (mai 1967), Soljenitsyne tente d�y faire entendre sa voix par une lettre adress�e � tous les d�l�gu�s et qui n�est publi�e que par la presse occidentale ; �voquant les vexations et les pers�cutions dont il est l�objet et rappelant le martyre des �crivains russes victimes de la terreur stalinienne, il invite l�Union des �crivains � r�clamer l�abolition de la censure et � d�fendre ses membres face � l�arbitraire du pouvoir. Le conflit ainsi engag� entre Soljenitsyne et l�Union des �crivains sovi�tiques aboutit en novembre 1969</p><p>� l�exclusion de l��crivain. Cependant, les deux grands romans de Soljenitsyne, interdits en U. R. S. S., sont accueillis en Occident comme la r�v�-</p><p>lation d�un ma�tre du roman �pique et philosophique dans la tradition russe.</p><p>Le 8 octobre 1970, l�Acad�mie royale de Su�de d�cerne � Soljenitsyne le prix Nobel de litt�rature � pour la force �thique avec laquelle il a perp�tu� les traditions indispensables de la litt�rature russe �.</p><p>La r�flexion historique</p><p>et politique</p><p>Rompant avec l�inspiration autobiographique des oeuvres qui l�ont rendu c�-</p><p>l�bre, Soljenitsyne revient au � grand projet de sa vie �, n� en m�me temps que sa vocation d��crivain : un � roman historique sur l��poque de la r�volution �. Cependant, ses recherches et ses r�flexions sur le pass� sont � pr�sent domin�es par le souci de remonter aux origines du fl�au concentrationnaire et de r�tablir une continuit� nationale bris�e par la violence r�volutionnaire.</p><p>Premi�re �tape de ce vaste projet, le roman Avgoust Tchetyrnadtsatogo</p><p>(Ao�t quatorze, Paris, 1971) est le r�cit de plusieurs jours du premier mois de la Grande Guerre, v�cus sur le front de Prusse-Orientale et en plusieurs points de l�arri�re par une dizaine de personnages repr�sentant diff�rentes classes, g�n�rations et familles d�esprits de la Russie pr�r�volutionnaire. Centr� sur les sc�nes de batailles qui retracent le d�sastre de Mazurie, r�v�lateur des tares de l�ancien r�gime et signe avant-coureur de la r�volution, ce � premier noeud � est domin� par la figure massive du g�n�ral Sansonov, incarnation d�une Vieille Russie dont l��l�vation spirituelle a pour contrepartie une totale impuissance � conjurer la catastrophe pressentie. Certains artifices de montage, tels les � chapitres-�crans �, dont la disposition graphique doit sugg�rer les effets audio-visuels du cin�ma, trahissent des influences occidentales modernes (notamment celle de Dos Passos). Mais l�ampleur du champ de l�action, la multiplicit� des h�ros, la pr�sentation, sur un m�me plan, de personnages historiques (tels Sansonov et la plupart des g�n�raux russes et allemands) et des personnages imaginaires rappellent surtout Tolsto�, � qui Soljenitsyne se r�f�re explicitement, mais pour prendre le contre-pied de sa vision fataliste de l�histoire et souligner en la personne du h�ros central, le colonel Vorotyntsev (qui, avec les ing�nieurs Arkhangorodski et Obodov-ski, repr�sente l��l�ment dynamique de la soci�t� russe de 1914), le r�le d�terminant de la volont� individuelle.</p><p>Parall�lement � ses recherches historiques, Soljenitsyne r�unit un immense dossier sur la r�pression politique et la formation en U. R. S. S., depuis la r�vo-</p><p>lution, d�un v�ritable continent concentrationnaire, qu�il appelle l�� Archipel Goulag � (abr�viation d�signant la</p><p>� Direction principale des camps �).</p><p>Sous ce titre, il r�dige un acte d�accusation monumental, dont chacune des downloadModeText.vue.download 299 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10254</p><p>sept parties est centr�e sur l�une des �tapes du calvaire des prisonniers politiques. La publication, en d�cembre 1973 � Paris, des deux premi�res parties de cet ouvrage Arkhipelag Goulag (l�Archipel du Goulag) provoque en U. R. S. S. une violente campagne de presse, suivie, le 12 f�vrier 1974, par l�arrestation de l��crivain qui est d�chu de la nationalit� sovi�tique et expuls� d�U. R. S. S.</p><p>Persuad�, comme il l�a �crit en 1970</p><p>dans le discours r�dig� � l�occasion de la r�ception du prix Nobel, que c�est en faisant oeuvre d�artiste que l��crivain remplit sa mission envers la soci�t� et lutte le plus efficacement contre le mal et le mensonge (le Ch�ne et le Veau, 1974), Soljenitsyne est cependant amen�, par ses r�flexions sur le r�gime sovi�tique et la civilisation occidentale, � �laborer un v�ritable programme politique, qu�il expose en septembre 1973 dans une Lettre aux dirigeants de l�U. R. S. S. (Pismo vojdiam Sovetskogo So�ouza), rendue publique en mars 1974 : il invite ceux-ci � substituer un id�al national � l�id�ologie marxiste, � laisser se d�velopper aupr�s de celle-ci d�autres courants philosophiques et religieux, et � renoncer � une croissance �conomique sans issue au profit d�une mise en valeur des terres sib�riennes, ax�e sur le progr�s moral de la soci�t�.</p><p>M. A.</p><p>G. Luk�cs, Solschenizyn (Neuwied, 1970 ; trad. fr. Soljenitsyne, Gallimard, 1970). / Soljenitsyne (l�Herne, 1971). / A. Bosquet, Pas d�accord Soljenitsyne (Filipacchi, 1973). / D. Burg et G. Feifer, Solzhenitsyn (Londres, 1973 ; trad. fr.</p><p>Soljenitsyne, sa vie, Laffont, 1973). / P. Daix, Ce que je sais de Soljenitsyne (�d. du Seuil, 1973).</p><p>/ O. Cl�ment, l�Esprit de Soljenitsyne (Stock, 1974). / J. Medvedev, Dix Ans de la vie de Solje-</p><p>nitsyne (trad. du russe, Grasset, 1974). / Album Soljenitsyne (�d. du Seuil, 1974). / D. Panine, Soljenitsyne et la r�alit� (la Table ronde, 1976).</p><p>Solomos</p><p>(Dionysios)</p><p>Po�te grec (Zante 1798 - Corfou 1857).</p><p>Fils naturel d�un comte de Zante et de sa servante, il se rend d�s son plus jeune �ge en Italie pour y faire ses �tudes. Il y �crit ses premiers vers en langue italienne : la po�sie italienne de l��poque, notamment celle de Vincenzo Monti et de Manzoni*, lui sert de mod�le pour ses premiers essais.</p><p>De retour � Zante en 1818, il se lie au c�nacle de po�tes et d��rudits qui perp�tuent la tradition culturelle des �les Ioniennes : ces derni�res constituent la seule r�gion de Gr�ce qui ait �chapp� au joug ottoman pour demeurer sous la tutelle de Venise ; de ce fait, elles ont subi d�s le XVIe s. l�influence de la Renaissance italienne. En outre, Zante est devenue un refuge des �lites de Cr�te apr�s l�occupation de la grande �le par la Turquie en 1669. � ce titre, elle a h�rit� de cet important foyer de l�hell�nisme.</p><p>Quand Solomos retrouve Zante, une po�sie d�inspiration jacobine y est en plein essor, autour de th�mes de satire sociale, de proclamations patriotiques et sous une forme populiste qui rel�ve surtout de l�improvisation.</p><p>Solomos commence � �crire en grec, ob�issant aux r�gles et � l�esprit de ce genre local. Pourtant, d�s ses premiers po�mes, on ressent chez lui le besoin d�aller au-del� de cette facilit� formelle. De m�me, s�il h�rite de la tradition du pr�romantisme et de celle, tr�s ancienne, de la po�sie populaire, Solomos a le souci de les d�passer pour parvenir � une synth�se de tous les �l�-</p><p>ments de la culture nationale.</p><p>Ses premi�res oeuvres sont encore loin d�une telle r�ussite, mais elles ont d�j� un niveau tr�s sup�rieur � celui qui est jusque-l� atteint par la po�sie n�o-hell�nique. L�Hymne � la libert� (1823), long po�me divis� en quatrains, scelle cette premi�re p�riode</p><p>de son oeuvre (les premi�res strophes deviendront plus tard les couplets de l�hymne national grec).</p><p>On peut y rattacher, tant pour la forme que pour l�inspiration, un autre po�me, Sur la mort de lord Byron (1824) : ces oeuvres, o� passe le souffle de la R�volution fran�aise, glorifient la libert�, prise depuis son acception sociale et nationale jusqu�� sa valeur universelle de � libert� morale �.</p><p>Dans son Dialogue � propos de la langue (1823-1825), Solomos, qui a subi l�influence de l�Aufkl�rung, d�-</p><p>fend avec vigueur sa conception d�une langue vivante. Il amorce ainsi un combat qui va se poursuivre jusqu�� nos jours en faveur du grec � d�motique �</p><p>ou populaire, par opposition au grec</p><p>� puriste �, qui est la langue officielle.</p><p>Les dix ann�es suivantes sont les plus riches et les plus f�condes de sa vie. Elles donnent naissance � des po�mes lyriques et � des �pigrammes d�un art consomm�. En 1826, Solomos publie son unique ouvrage de prose, la Femme de Zante, de facture byro-nienne, o� il utilise avec bonheur le genre des chroniques populaires, qu�il �l�ve au rang d�un grand art.</p><p>� partir de 1828, il s�installe � Corfou, o� il va demeurer jusqu�� sa mort.</p><p>Sa profonde inqui�tude intellectuelle ainsi que sa difficult� � se situer entre le romantisme et le classicisme sont � l�origine de l�int�r�t qui le porte alors vers l�id�alisme germanique, dont il prend connaissance � travers des traductions que lui procurent des amis.</p><p>C�est � cette �poque que Solomos commence � composer ses vastes po�mes synth�tiques : le Cr�tois (1833), les Libres Assi�g�s (1834-1844) et le Squale (1849). Ceux-ci resteront tous inachev�s. Solomos r�digera notamment trois versions successives des Libres Assi�g�s, sans se r�soudre, pour aucune d�elles, � un �tat d�finitif : les</p><p>� r�flexions � qui accompagnent ce po�me r�v�lent son obsession d�une perfection formelle, o� le romantisme et le classicisme fusionneraient en � un genre mixte mais l�gitime � ; elles r�-</p><p>v�lent aussi son ambition de trouver un �quilibre id�ologique entre l��l�ment national et social concret et l�id�alisa-</p><p>tion absolue.</p><p>Le morcellement de son oeuvre en fragments g�niaux, versions h�sitantes et nouveaux essais, t�moigne de son impuissance � r�aliser enti�rement son dessein. En se fondant sur son oeuvre achev�e, on peut dire que Solomos n�a pas rempli ses ambitions, mais, par r�f�rence � ses admirables r�ussites partielles, on peut avancer qu�il est un po�te bien sup�rieur � son oeuvre.</p><p>Au regard de l�histoire de la litt�rature n�o-hell�nique, les fragments de cette oeuvre dispers�e constituent une conqu�te d�finitive ; ils r�cup�rent les �l�ments de la tradition pr�c�dente en parvenant � une synth�se et ouvrent le chemin � la litt�rature grecque d�aujourd�hui. Mais, sous le morcellement de cette oeuvre et au-del� des raisons subjectives, nous d�couvrons le foss� qui existe entre l�ambition individuelle d�un cr�ateur et le niveau culturel d�une nation � peine �chapp�e � un esclavage s�culaire.</p><p>La tentative et l�oeuvre de Solomos restent caract�ristiques d�une litt�-</p><p>rature qui n�a pu progresser que par bonds brusques et succ�s isol�s, faute d�un niveau de culture qui e�t permis la continuit� d�un d�veloppement organique.</p><p>D. H.</p><p>P. Lascaris, Solomos (Les Belles Lettres, 1946). / L. Coutelle, Formation po�tique de Solomos, 1815-1833 (th�se, Aix-en-Provence, 1965).</p><p>Solon</p><p>Homme politique ath�nien (v. 640 -</p><p>v. 558 av. J.-C.).</p><p>La fin du VIIe s. av. J.-C. fut extr�-</p><p>mement difficile pour Ath�nes. L�aristocratie qui tenait le pouvoir n��tait plus capable d�assurer par ses privil�ges l��quilibre de la cit�, des ambitions tyranniques s��taient fait jour, les factions se d�chiraient, les mesures prises par Dracon, vers 621 av. J.-C., ne suffisaient pas � garantir � la cit� la coh�sion entre ses membres. L�homme providentiel fut Solon, que l�on nomma archonte en 594 av. J.-C.</p><p>Il appartenait sans doute � l�une des grandes familles d�Ath�nes. Il n��tait pourtant gu�re riche (au sens o� on l�entendait � l��poque, les v�ritables fortunes �taient terriennes) ; il passa sa jeunesse � voyager pour affaires dans l�ensemble du bassin oriental de la M�-</p><p>diterran�e. Dans la guerre qu�Ath�nes mena contre M�gare pour la possession de l��lot de Salamine, il commen�a � jouer un r�le politique. Ses po�mes, r�cit�s sur l�Agora, persuad�rent ses compatriotes de faire preuve d��nergie dans la lutte et les convainquirent de ses talents. Quant il eut re�u la charge d�� archonte autocrator �, dot� des pleins pouvoirs, il affirma que seule la loi permet d�� unir la contrainte avec la justice � ; loin de vouloir instaurer une tyrannie, il tenta d��tablir dans la cit� l�eunomia, �tat des lois qui permet � chacun de vivre dans une cit� exempte de luttes civiles.</p><p>Son ann�e de charge fut marqu�e par la mise en place d�un corps de l�gislation, dont les �l�ments �taient encore admir�s au cours du IVe s. av. J.-C., ainsi que par la d�finition d�un nouveau syst�me pond�ral et mon�taire.</p><p>Les deux mesures les plus importantes qu�il prit furent la division du groupe des citoyens en cat�gories fond�es sur la fortune et l�abolition des dettes.</p><p>Les citoyens, jusqu�alors, se diff�-</p><p>renciaient par leur naissance, les nobles (eupatrides) poss�dant l�exclusivit� des charges publiques. D�sormais, les citoyens se r�partiraient en quatre classes, d�finies selon des crit�res �conomiques : au bas de l��chelon, les th�tes, dont les revenus �taient nuls ou n�gligeables et qui n�avaient aucune obligation militaire ; au-dessus, les zeugites, qui poss�daient un attelage d�animaux de trait et qui, pouvant faire les frais d�un �quipement d�hoplite, devaient servir dans l�infanterie lourde en cas de guerre ; puis les hippeis (cava-downloadModeText.vue.download 300 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10255</p><p>liers), qui avaient la charge d�entretenir un cheval de guerre, l��lite des cava-</p><p>liers �tant constitu�e par les pentacosiom�dimnes, qui, comme leur nom l�indique, pouvaient r�colter sur leurs terres plus de 500 mesures de c�r�ales (ce n�est que peu � peu que les �valuations en mesures de froment c�d�rent la place � celles qui tiennent compte des biens mobiliers). La r�forme �tait capitale, non tant dans l�imm�diat, car il est bien �vident qu�au d�but du VIe s. av. J.-C. les plus riches �taient bien souvent (sinon toujours) les plus nobles, mais surtout pour l�avenir, car un principe nouveau d��galit� s�introduisait dans la cit�, chacun pouvant esp�rer s�enrichir plus facilement qu�il ne changerait les conditions de sa naissance.</p><p>Les institutions se model�rent sur cette nouvelle organisation. Seuls les riches (pentacosiom�dimnes, hippeis) pouvaient acc�der aux magistratures �lectives et � l�Ar�opage, o� si�geaient les anciens archontes et dont le pouvoir fut pr�cis� : Solon d�finit la capacit� juridique de l�Ar�opage en lui donnant la responsabilit� de juger les crimes de sang, en faisant de lui l�arbitre en mati�re de droit constitutionnel. Les th�tes avaient, eux, le pouvoir de si�ger � l�assembl�e du peuple (boul�), qui �lisait les magistrats, mais surtout, d�-</p><p>sormais, ils poss�daient, avec la cr�ation de l�H�li�e, tribunal populaire si�-</p><p>geant au civil, le droit d�intervenir en tant que jur�s ou accusateurs dans les affaires judiciaires, que les eupatrides avaient jusqu�alors trait�es comme � leur guise : chacun des citoyens pouvait saisir le tribunal chaque fois qu�il l�estimait n�cessaire pour lui-m�me, pour la d�fense d�une loi, s�il jugeait que l�attitude de qui que ce soit (m�me celle d�un magistrat) la violait.</p><p>Sur le plan social, l�essentiel de son action fut la seisakhtheia (la � lev�e du fardeau �), par laquelle il abolit les dettes de tous ceux qui, s��tant laiss� aller par n�cessit� � hypoth�quer leurs terres, �taient devenus des hect�mores (sizeniers) oblig�s de verser � leurs cr�anciers une partie de leurs r�coltes ou m�me des esclaves de traite que l�on pouvait vendre jusqu�� l��tranger. Par l�institution d�une sorte d�Habeas corpus fut mis fin d�sormais � la contrainte par corps ; nul Ath�nien ne put �tre l�esclave d�un de ses conci-</p><p>toyens. La r�forme �tablit ainsi l��galit� compl�te entre tous les habitants de l�Attique, situation qui, si l�on en juge par ce qui se passait alors � Lac�d�-</p><p>mone ou en Thessalie, ne manquait pas d�originalit�.</p><p>L�oeuvre de Solon fut, n�anmoins, incompl�te, la libert� individuelle qu�il accorda ne s�accompagnant pas d�une v�ritable ind�pendance �conomique.</p><p>Si tant est que les hect�mores purent r�cup�rer, apr�s l�avoir perdue, leur te-nure, il est �vident qu�ils se trouv�rent devant un terroir profond�ment transform� : beaucoup de terres �taient devenues des olivettes, auxquelles une loi dut interdire que l�on touche, preuve que les petits exploitants auraient pr�-</p><p>f�r� les remplacer par une polyculture vivri�re. Solon, qui s��tait attir� l�opposition des grands propri�taires, ne gagna pas l�estime des pauvres. Quand il quitta le pouvoir, la cit� se d�chira de nouveau dans les luttes civiles, qui ne trouv�rent leur fin qu�avec l�av�nement de Pisistrate.</p><p>Pourtant, l� encore, et sans doute sans que cela f�t le r�sultat d�une politique r�fl�chie, Solon fut � l�origine de la constitution d�une classe nouvelle de petits artisans et ouvriers � Ath�nes, les anciens hect�mores ayant souvent pr�-</p><p>f�r� abandonner leurs droits fonciers pour s�installer � la ville. Le prol�tariat d�racin� qu�ils form�rent fut sans doute instable, manquant de pond�ration et de sens politique, mais il fut le moteur de l��volution d�Ath�nes vers la d�mocratie.</p><p>Solon ne transforma gu�re la cit� qu�en apparence. Combien d�esclaves revinrent des lointains pays o� ils avaient �t� vendus ? Le personnel politique resta le m�me. Mais Solon rendit par ses lois toute �volution possible et naturelle : ce fut son grand m�rite et la chance d�Ath�nes.</p><p>J.-M. B.</p><p>E. Homann-Wedeking, la Gr�ce archa�que (en n�erlandais, Amsterdam, 1967 ; trad. fr., A. Michel, 1968). / V. Ehrenberg, Front Solon to Sacrales (Londres, 1968).</p><p>solution</p><p>Tout m�lange homog�ne solide, liquide ou gazeux, dont les constituants sont eux-m�mes, suivant les cas, solides, liquides ou gazeux.</p><p>L��tude des solutions est donc un probl�me tr�s g�n�ral. Toutefois, l��tude des solutions solides porte essentiellement sur la connaissance de la structure � l��chelle atomique. Quant aux m�langes gazeux, ils ob�issent aux lois des gaz (de Mariotte, de Gay-Lussac, etc.).</p><p>Les solutions liquides (auxquelles se bornera cette �tude) nous sont famili�res, du fait que, tr�s souvent, elles sont obtenues facilement en dissolvant dans un liquide � eau, alcool, benz�ne, etc. �, qui constitue le solvant, un solide, un liquide ou un gaz, lequel est le corps dissous, ou solut�. Remarquons, toutefois, que, si la pratique journali�re de ces solutions � deux constituants (solutions binaires) am�ne � distinguer souvent sans ambigu�t�, d�une part, le solvant et, d�autre part, le corps dissous, l��tude physique de ces m�langes fait appara�tre une grande analogie entre les r�les du solvant et du solut�, de sorte que, dans un certain nombre de cas, la distinction entre solvant et corps dissous est purement conventionnelle.</p><p>Les solutions liquides binaires sont d�une grande diversit� : d�abord en raison du grand nombre de solvants et de corps dissous, en ce qui concerne leur nature et leur �tat physique ; ensuite parce qu�il arrive que la dissolution s�accompagne, souvent � la faveur d�une v�ritable r�action chimique entre les corps m�lang�s, d�une ionisation partielle ou totale du corps dissous, qui conduit � une solution ionique, dont les propri�t�s sont, en raison de la charge �lectrique des ions, particuli�res et m�ritent, de certains points de vue, une �tude sp�ciale (v. acide, base, �lectrochimie, hydrolyse, oxydor�duction, pH, sel).</p><p>La connaissance de la composition d�une solution est une base n�cessaire � toute �tude. Elle peut �tre fix�e par diverses grandeurs : concentration ou titre. Pour une solution renfermant dans un volume v des masses m0 du sol-</p><p>vant et m du solut�, on d�finit le titre pond�ral de ce dernier,</p><p>grandeur sans dimensions, et aussi sa concentration, ordinairement</p><p>en grammes par litre. Cependant, pour une �tude th�orique, il vaut mieux, n0</p><p>et n �tant les nombres de moles du solvant et du solut�, fixer la composition par le titre (ou fraction) molaire du solut�, ou par sa concentration molaire, ou molarit�, en moles par litre.</p><p>Solution satur�e</p><p>Dans un grand nombre de cas, la masse d�un corps que l�on peut dissoudre dans une masse donn�e d�un solvant liquide est limit�e par le ph�nom�ne de la saturation ; la valeur s que prend la concentration pour la solution satur�e d�finit la solubilit� du corps dissous dans les conditions (t, p) o� l�on op�re.</p><p>Si le corps dissous est un gaz, s d�pend de la temp�rature et de la pression : la loi de Henry (1803) exprime que le titre molaire du solut� gazeux est, pour la solution satur�e � temp�rature donn�e, proportionnel � la pression du solut� (pression partielle) dans la phase gazeuse qui surmonte la solution. Par contre, si le solut� est solide ou liquide, l�influence de la pression sur la solubilit� est faible en g�n�ral.</p><p>William Henry</p><p>Physicien et chimiste anglais (Manchester 1775 - Pendlebury 1836). Il a �tudi� l�action du carbone sur la vapeur d�eau et les propri�t�s catalytiques du platine divis�. En 1803, il a �nonc� la loi de solubilit� des gaz.</p><p>Chaleur de dissolution</p><p>La dissolution est, en g�n�ral, accompagn�e d�un effet thermique, absorption ou d�gagement de chaleur suivant les cas. Pour une solution de titre x, on d�finit une chaleur diff�rentielle de dissolution &#x39B;x : si, � la solution de titre x, on ajoute, � p et t constants, dn moles de solut�, on pose dH = &#x39B;x dn, o� dH est l�accroissement d�enthalpie de la solution correspondant � cette op�ration ; on d�finit d�une mani�re analogue une chaleur diff�rentielle de dilution. &#x39B;x d�pend en principe de x ; en particu-</p><p>lier pour la solution (presque) satur�e, on d�finit &#x39B;s, chaleur de dissolution � saturation. D�apr�s les lois du d�placement de l��quilibre, la solubilit� est, � p constant, une fonction croissante de la temp�rature si &#x39B;s est positif, c�est-�-</p><p>dire s�il y a absorption de chaleur par dissolution au voisinage de la saturation ; c�est le cas de nombreux sels, tels KCl, KNO3, Na2S2O3... Dans le cas contraire, la solubilit� d�cro�t quand t augmente, comme c�est le cas pour Na2SO4 si la temp�rature est sup�rieure � 32,4 �C. Enfin, si la dissolution est presque athermique (NaCl), la temp�-</p><p>rature a peu d�effet sur la solubilit� ; la dissolution est seulement plus rapide.</p><p>Sursaturation</p><p>Une solution satur�e d�un sel, pour laquelle &#x39B;s est positif, laisse d�poser du sel par refroidissement, tout en restant satur�e. Il est cependant fr�quent, si le refroidissement est effectu� � l�abri des poussi�res de l�air ainsi que des vibrations et des chocs, qu�aucun d�p�t de sel n�apparaisse : la solution est dite alors sursatur�e ; elle est dans un �tat m�tastable analogue � l��tat de surfusion d�un corps pur (v. fusion).</p><p>Cet �tat peut persister ind�finiment, mais l�introduction d�un cristal, si petit soit-il, du corps dissous ou d�un cristal downloadModeText.vue.download 301 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10256</p><p>isomorphe fait cesser imm�diatement la sursaturation, avec d�gagement de chaleur et remont�e de la temp�rature.</p><p>Application de la r�gle</p><p>des phases aux �quilibres</p><p>des solutions binaires</p><p>La r�gle des phases, v = c + 2 � &#x3C6;, indique que l��quilibre d�une solution binaire consid�r�e seule est trivariant (2 constituants, 1 phase), les facteurs �tant la temp�rature, la pression et le titre ; si la solution est satur�e, donc en pr�sence d�un exc�s de solut� solide, l��quilibre est bivariant, et le titre de la solution satur�e est fonction de la pression et de la temp�rature ; il en serait de m�me pour une solution en pr�sence</p><p>d�un exc�s de solvant solide ou encore en pr�sence d�une phase vapeur, etc. ; nous rencontrerons plus loin quelques applications.</p><p>Refroidissement des</p><p>solutions, point d�eutexie</p><p>Prenons l�exemple des solutions</p><p>aqueuses de chlorure de potassium KCl ; la pression est suppos�e constante et �gale � 1 atmosph�re. D�une mani�re g�n�rale, et quel que soit le titre initial de la solution, un refroidissement suffisant fait appara�tre des cristaux, mais la nature de ceux-ci ainsi que la temp�-</p><p>rature d�apparition d�pendent du titre initial de la solution. Le diagramme de la figure 1 rassemble les ph�nom�nes observ�s.</p><p>1. On refroidit une solution non satur�e de titre &#x3C4; = 0,3, de point figuratif M0 ; rien ne se d�pose jusqu�en M1, o� la solution devient satur�e en KCl ; par refroidissement (on �vite la sursaturation), des cristaux de KCl se s�parent de la solution, dont le titre en KCl diminue et dont le point figuratif d�crit la courbe de solubilit� du sel jusqu�en E, o� l�on constate que la solution restante se prend en masse.</p><p>2. On refroidit une solution de titre 0,1</p><p>en KCl, de point figuratif N0 ; des cristaux de glace apparaissent � une temp�rature inf�rieure � 0 �C ; par refroidissement, de la glace se s�pare, et le point figuratif de la solution (satur�e en glace) suit la courbe de cong�lation commen�ante ; on atteint de nouveau le point E, o� la solution restante se prend en masse.</p><p>Le point E (t = � 11 �C, &#x3C4; = 0,2) est le point d�eutexie des solutions eau-KCl ; une solution de titre 0,2, refroidie, ne pr�sente aucun d�p�t jusqu�� � 11 �C, o� elle se solidifie enti�rement, � la mani�re d�un corps pur, car l�analyse thermique r�v�le un palier dans le refroidissement des solutions KCl, pour t = � 11 �C ; le d�p�t obtenu � cette temp�rature n�est cependant pas un corps pur, mais un fin m�lange de cristaux de glace et de KCl bien reconnaissables au microscope ; c�est le m�lange eutectique, qui fond bien, mais qui ne peut �tre pris pour un corps pur, car</p><p>ses deux coordonn�es, temp�rature et titre, d�pendent de la pression, comme l�indique d�ailleurs la r�gle des phases (2 constituants, 3 phases, v = 1) ; d�o�, pour cet �quilibre univariant, t = f (p) et &#x3C4; = g (p).</p><p>La courbe � deux branches</p><p>ON1EM1V est le lieu des points figuratifs de la phase liquide en �quilibre avec des cristaux : c�est le liquidus.</p><p>Quant au solidus, lieu des points figuratifs des phases solides en �quilibre avec le liquide, il est ici constitu� de deux segments de droites parall�les � l�axe des temp�ratures et correspondant � &#x3C4; = 0 et &#x3C4; = 1.</p><p>Le diagramme pr�c�dent fait res-</p><p>sortir une certaine analogie de comportement entre l�eau et le chlorure de potassium. Cette analogie est plus marqu�e encore dans le refroidissement de m�langes organiques ou de sels fondus, ou d�alliages m�talliques, dont les figures 2, 3 et 4 donnent des exemples, sur lesquels on voit qu�une distinction entre solvant et solut� ne peut �tre que conventionnelle.</p><p>Des diagrammes plus compliqu�s</p><p>correspondent aux cas o� les deux constituants peuvent s�unir pour donner naissance � un ou plusieurs compos�s d�finis ; tel est, par exemple, le diagramme Si-Mg (fig. 5) ; c�est aussi le cas de nombreux sels (FeCl3</p><p>par exemple), ou d�acides (HNO3 ou H2SO4 par exemple), qui donnent avec l�eau des hydrates stables � leur point de fusion (point de fusion congruent).</p><p>Au point I du diagramme, que l�on appelle point indiff�rent, la temp�rature d��quilibre solution-solide passe par un maximum, en lequel, par suite d�une l�g�re dissociation au sein du liquide, la pente de la tangente ne subit pas de discontinuit�.</p><p>Dans d�autres cas, non moins importants, un compos�, un hydrate dans le cas des solutions aqueuses, existe, mais se d�compose, sous la pression consid�r�e, � une temp�rature qui reste inf�rieure � son point de fusion. Le diagramme traduit ce fait par l�existence d�un point T, que l�on appelle point de transition ou p�ritectique. C�est le</p><p>cas, par exemple, du diagramme eau-NaCl (fig. 6), pour lequel la stabilit� de l�hydrate NaCl, 2H2O est limit�e � 0,2 �C (p = 1 atm), NaCl anhydre �tant seul stable au-del�.</p><p>Le refroidissement de certains m�-</p><p>langes binaires offre des diagrammes diff�rents des pr�c�dents lorsque les deux constituants sont miscibles � l��tat solide, soit totalement, soit dans certaines limites de composition : par refroidissement des liquides, il se d�pose des cristaux mixtes, solutions solides homog�nes des deux constituants ; la forme du diagramme, celle du liquidus et celle du solidus s�en trouvent modifi�es ; les figures 7, 8 et 9 montrent des formes caract�ristiques.</p><p>M�langes r�frig�rants</p><p>Ils sont une application directe des diagrammes � eutectique, eau-NaCl par exemple. M�langeons, dans un r�cipient imperm�able � la chaleur, de la glace et des cristaux de chlorure de sodium, pris l�un et l�autre � 0 �C. Le diagramme nous enseigne qu�� cette temp�rature tous les m�langes stables downloadModeText.vue.download 302 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10257</p><p>comportent obligatoirement une phase liquide : de la glace fond, et du sel se dissout dans l�eau de fusion. Ces ph�-</p><p>nom�nes, surtout le premier, sont en-dothermiques, et le m�lange, isol� thermiquement de l�ext�rieur, se refroidit.</p><p>On aboutit finalement � un �quilibre stable � une temp�rature inf�rieure � 0 �C et comportant la solution en pr�-</p><p>sence : d�un exc�s de sel si l�on avait mis peu de glace ; d�un exc�s de glace si l�on avait mis peu de sel ; d�un exc�s de glace et de sel � la temp�rature d�eutexie (� 22 �C), et cela dans certaines limites de composition initiale.</p><p>On a pratiquement int�r�t, en raison, en particulier, des �changes in�vitables de chaleur avec l�ext�rieur, � effectuer le m�lange de glace et de sel dans des proportions voisines de l�eutectique (300 g de sel pour 1 kg de glace). Bien d�autres m�langes r�frig�rants analogues peuvent �tre r�alis�s : le m�lange</p><p>de glace et de CaCl2, 6H2O permet th�oriquement d�atteindre une temp�-</p><p>rature de l�ordre de � 50 �C.</p><p>Solutions dilu�es,</p><p>lois de Raoult</p><p>Pour les solutions dilu�es dont le refroidissement fait appara�tre des cristaux du solvant pur, on observe un abaissement du point de cong�lation commen�ante de la solution, par rapport au point de fusion du solvant. De m�me, pour les solutions dilu�es dont le solut� est peu volatil et o�, par cons�quent, la vapeur qui surmonte la solution est form�e du seul solvant, on observe une �l�vation du point d��bullition commen�ante sous une pression donn�e par rapport � celui du solvant pur sous cette m�me pression ; corr�lativement, � temp�rature donn�e, la pression de la vapeur du solvant en �quilibre avec la solution est inf�rieure � la pression de vapeur saturante du solvant.</p><p>F. Raoult a �nonc� (1883) les lois exp�rimentales de ces ph�nom�nes.</p><p>En dehors des r�serves pr�c�dentes concernant la composition de la phase, solide ou gazeuse, en �quilibre avec la solution, les lois de Raoult ne sont applicables qu�aux solutions dilu�es non �lectrolytes, dans lesquelles, par cons�-</p><p>quent, le corps dissous se trouve exclusivement � l��tat de mol�cules neutres.</p><p>Pour de telles solutions, l�abaissement du point de cong�lation, l��l�vation du point d��bullition, l�abaissement relatif de tension de vapeur sont proportionnels au titre pond�ral de la solution et inversement proportionnels � la masse molaire du solut�. On �crit :</p><p>expressions qui traduisent respectivement les lois de la cryom�trie, de l��bulliom�trie et de la tonom�trie. Kc, Ke, Kt d�pendent du solvant. La th�orie, en accord avec l�exp�rience, leur attribue les valeurs suivantes : R �tant la constante des gaz parfaits relative � la mole, TF et Te les temp�-</p><p>ratures Kelvin de fusion et d��bullition du solvant, LF et LV les chaleurs latentes (enthalpies massiques) de fusion et de vaporisation du solvant, M0 la masse molaire du solvant ; on voit que</p><p>Kc et surtout Ke d�pendent de la pression. Quelques valeurs de Kc et de Ke sont donn�es ci-contre pour quelques solvants (p = 1 atm).</p><p>Applications des</p><p>lois de Raoult</p><p>Ces lois ont �t� � la base de m�thodes efficaces de d�termination exp�rimentale approch�e de masses molaires � l��tat dissous, par la mesure des effets cryom�trique, �bulliom�trique, et tonom�trique.</p><p>La cryom�trie, facile � mettre en oeuvre, a �t� la plus utilis�e, souvent � l�aide d�un appareillage rudimentaire (fig. 10), une �prouvette progressivement refroidie, mais prot�g�e des brusques variations de temp�rature, et dans laquelle on d�termine successivement, � l�aide d�un thermom�tre � mercure de pr�cision (Beckmann) gradu� en centidegr�s, le point de cong�lation du solvant pur, puis la temp�rature d�apparition des premiers cristaux du solvant dans une solution dilu�e, de titre connu, du corps dont la masse molaire est inconnue. La pr�cision, bien qu�assez m�diocre, est n�anmoins suffisante en g�n�ral pour l�identification de la substance.</p><p>Des progr�s importants ont �t� faits en cryom�trie par l�emploi d�appareils plus �labor�s (fig. 11), d�un couple thermo�lectrique permettant de d�terminer � chaque instant l�abaissement cryom�trique avec une incertitude inf�-</p><p>rieure � 10� 5 �C, d�une technique diff�-</p><p>rente de celle de Raoult et consistant en l�observation, dans un calorim�tre adiabatique, d�un �quilibre solvant solide-solution, �quilibre pour lequel on mesure avec pr�cision, par pr�l�-</p><p>vement ou par toute autre m�thode, le titre actuel de la solution correspondant au &#x394;t observ� ; dans ces conditions et compte tenu de l�aspect � limite � des lois de Raoult (v. plus loin), les r�sultats sont pr�cis, et la cryom�trie est devenue, plus qu�un simple proc�d� de d�termination de masses molaires, un instrument efficace et d�une port�e g�n�rale pour l��tude de la structure des solutions.</p><p>L��bulliom�trie est la mesure exp�rimentale de l��l�vation du point d��bullition d�une solution par rapport au solvant pur sous la m�me pression. La pression ayant beaucoup d�influence sur les temp�ratures d��bullition, il est avantageux que les deux d�terminations soient simultan�es, ce qu�on r�alise � l�aide d�un �bulliom�tre diff�rentiel (fig. 12) : pour une mesure, le ballon est compl�tement empli de solution, de sorte que l��bullition entra�ne du liquide en m�me temps que de la va-downloadModeText.vue.download 303 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10258</p><p>peur du solvant vers l�une des soudures du couple thermo�lectrique, dont la temp�rature est par cons�quent celle de l��quilibre solution-vapeur du solvant ; par contre, seule la vapeur du solvant vient au contact de l�autre soudure ; se condensant en partie, elle communique � celle-ci la temp�rature d��bullition du solvant ; le couple mesure donc la diff�rence. On peut d�duire d�une telle mesure, comme pour la cryom�-</p><p>trie, une valeur approch�e de la masse molaire du solut�.</p><p>La tonom�trie peut, en principe, servir � des mesures analogues ; elle n�est, cependant, gu�re employ�e, car les mesures sont d�licates et peu pr�cises.</p><p>Pression osmotique</p><p>des solutions dilu�es,</p><p>loi de Van�t Hoff</p><p>La pression osmotique fut mise en �vidence par Dutrochet (1826). Un tube de verre (fig. 13), ferm� en bas par une vessie de porc, ouvert en haut, contient de l�eau sucr�e et plonge dans l�eau.</p><p>Un �quilibre s��tablit par passage d�eau � travers la membrane. Quand il est r�alis�, la pression hydrostatique exerc�e par la solution sur un c�t� de la membrane d�passe celle qui est exerc�e par l�eau de l�autre c�t� de la valeur &#x3C0; = h � &#x3C1; � g, o� h est la d�nivellation et &#x3C1; la masse volumique de la solution ; &#x3C0; est la pression osmotique de la solution. Le sucre ne traverse pas la membrane. Celle-ci est dite semi- (ou</p><p>h�mi-) perm�able.</p><p>La pression osmotique des solutions de saccharose fut syst�matiquement d�termin�e (1877) par le botaniste W. Pfeffer, qui utilisait comme paroi semi-perm�able un pr�cipit� collo�dal de ferrocyanure de cuivre, form� dans les parois d�un vase de porcelaine poreuse par la rencontre d�une solution de ferrocyanure de potassium et d�une solution de sulfate de cuivre, plac�es l�une � l�ext�rieur, l�autre � l�int�rieur du vase.</p><p>Les r�sultats de Pfeffer furent expliqu�s par Van�t Hoff, qui �non�a (1885) la loi de la pression osmotique : la pression osmotique d�une solution dilu�e non �lectrolysable est �gale � la pression qu�exercerait le corps dissous s�il occupait, � la m�me temp�rature, � l��tat de gaz parfait, le volume de la solution. On �crit n �tant le</p><p>nombre de moles du corps dissous dans le volume v de solution.</p><p>Comme les lois de Raoult, la loi de Van�t Hoff est utilisable, par mesure de la pression osmotique, pour calculer la masse molaire M du solut� ; en particulier, l�emploi d�osmom�tres pr�cis et le choix de la membrane permettent une bonne d�termination de M pour des compos�s macromol�culaires, jusqu�� M = 106 environ.</p><p>On peut ais�ment montrer que l�existence de la pression osmotique entra�ne pour une solution les effets tonom�-</p><p>trique, �bulliom�trique et cryom�trique pr�vus par les lois de Raoult. De fa�on plus pr�cise, on peut, pour en d�duire les autres lois, prendre comme point de d�part la loi de Van�t Hoff ou la loi tonom�trique de Raoult. Il n�est donc pas �tonnant que toutes ces lois pr�sentent les m�mes caract�res, dont l�un des plus importants est celui de lois limites, rigoureuses seulement pour des solutions infiniment dilu�es ; l�obtention de r�sultats pr�cis � l�aide de ces lois oblige � effectuer des mesures pour diverses concentrations, puis � passer � la limite par extrapolation des r�sultats obtenus.</p><p>Une th�orie thermodynamique des</p><p>solutions dilu�es fond�e sur la notion de potentiel chimique (v. �quilibre</p><p>chimique) permet d��tablir les lois de Van�t Hoff et de Raoult. Elle suppose cependant les solutions parfaites ou id�ales, analogues aux m�langes de gaz parfaits, en ce sens que les actions entre mol�cules du solvant A et du solut� B y sont les m�mes qu�entre mol�cules du solvant, ou du solut�.</p><p>Dans la vapeur en �quilibre avec une telle solution, la pression partielle de chaque constituant est proportionnelle � son titre molaire dans le liquide si la vapeur se comporte comme un gaz parfait :</p><p>et, puisque xA + xB = 1,</p><p>dans le diagramme isotherme (titres molaires, pression), la courbe qui repr�sente la pression d��quilibre liquide-vapeur en fonction du titre xB</p><p>du liquide est une droite ; quant � la courbe qui traduit la composition de la vapeur en �quilibre avec le liquide, on a, si yB d�signe le titre molaire de B</p><p>dans la phase vapeur,</p><p>c�est un arc d�hyperbole (fig. 14) situ� au-dessous de la droite, car, pour p donn�, yB &lt; xB, comme il est ais� de le v�rifier dans les expressions pr�c�dentes.</p><p>En fait, bien peu de solutions peuvent �tre consid�r�es comme id�ales, et les �carts � l�id�alit� augmentent rapidement avec le titre en solut�, ce qui oblige, dans la pratique, � ne consid�-</p><p>rer que des solutions dilu�es et, mieux, � passer � la limite.</p><p>Cas des �lectrolytes</p><p>L�exp�rience montre que l�ionisation partielle ou totale du solut� entra�ne dans la solution un accroissement des effets osmotique, cryom�trique, etc. ; comme ces effets sont, pour une solution mol�culaire, proportionnels au nombre de mol�cules dissoutes, on doit penser que, dans une solution ionique, ils seront proportionnels au nombre de particules dissoutes, mol�cules ou ions. C�est bien ce que l�on observe pour les solutions tr�s dilu�es d��lectrolytes faibles ; pour les �lectrolytes forts, dont l�ionisation est totale, des �carts importants apparaissent m�me en solution dilu�e ; ils sont dus aux actions interioniques (v. �lectrochimie).</p><p>M�lange de deux liquides ; �bullition</p><p>Deux liquides peuvent pr�senter une miscibilit� nulle, partielle ou totale.</p><p>Dans le cas limite o� la miscibilit� est nulle, chaque liquide se vaporise comme s�il �tait seul ; cons�quence : sous pression donn�e, la temp�rature d��bullition du m�lange est inf�rieure � celle de chaque constituant ; la vapeur qui s��chappe est un m�lange des deux corps, lesquels se s�parent lors de la condensation ; une application est le proc�d� d�analyse imm�diate dit d�entra�nement � la vapeur.</p><p>La miscibilit� totale est r�alis�e pour certains liquides (eau-�thanol) � toute temp�rature. Pour d�autres (eau-ph�-</p><p>nol), la miscibilit� n�est totale qu�au-dessus d�une certaine temp�rature, dite temp�rature critique sup�rieure de miscibilit� ; au-dessous de cette temp�-</p><p>rature, il y a opalescence, d�mixtion et miscibilit� partielle. Certains liquides pr�sentent au contraire une temp�rature critique inf�rieure de miscibilit� ; d�autres (eau-nicotine), enfin, ont deux temp�ratures critiques de miscibilit� : downloadModeText.vue.download 304 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10259</p><p>l�une inf�rieure, l�autre sup�rieure ; dans ce cas, le domaine des �tats diphas�s est ferm�.</p><p>�bullition d�un</p><p>m�lange homog�ne de</p><p>deux liquides volatils</p><p>C�est une loi tr�s g�n�rale de l��bullition d�un liquide, corps pur ou m�lange, qui affirme que l��bullition se produit � la temp�rature pour laquelle la pression de la vapeur issue du liquide est �gale � la pression de l�atmosph�re (air par exemple) avec laquelle le liquide est en communication.</p><p>L��bullition se pr�sente donc �</p><p>la limite, c�est-�-dire si la vapeur ne s��chappe pas, comme un �quilibre liquide-vapeur sous la pression impos�e par l�atmosph�re ext�rieure. Un tel</p><p>�quilibre est, par application de la r�gle des phases, bivariant quand le m�lange liquide est homog�ne : sous pression donn�e et pour un m�lange liquide de composition donn�e, la temp�rature d��quilibre est d�termin�e, ainsi que la composition de la vapeur ; l�exp�rience montre que, de fa�on g�n�rale, la composition de la vapeur est diff�rente de celle du liquide en �quilibre avec elle.</p><p>La courbe qui repr�sente sur un diagramme isobare la temp�rature d��bullition du m�lange liquide en fonction de sa composition (courbe d��bullition) est distincte de celle (courbe de ros�e) qui traduit la composition de la vapeur en �quilibre avec le liquide. Ces deux courbes ont �videmment toujours deux points communs � leurs extr�mit�s, correspondant � l��bullition de chacun des liquides purs. Entre ces deux points, trois formes de courbes peuvent �tre observ�es suivant la nature des constituants (fig. 15, 16 et 17) : a) courbes � variation monotone, formant un seul fuseau (exemples : oxyg�ne-azote [liquides], eau-m�thanol) ; b) courbes � maximum commun (c�est le cas des solutions aqueuses de certains acides min�raux ou organiques) ; c) courbes � minimum commun</p><p>(exemple : eau-�thanol).</p><p>Dans les trois cas et compte tenu de la disposition des axes de ces diagrammes isobares (p = 1 atm), la courbe de ros�e est au-dessus de la courbe d��bullition. Le maximum de la courbe b et le minimum c correspondent � des cas particuliers remarquables : un liquide qui a la composition indiqu�e par cet extr�mum �met en bouillant une vapeur de m�me composition que lui ; il bout donc sans changement, � la mani�re d�un corps pur ; c�est cependant un m�lange, dit az�otrope (ou az�otropique) ; en effet, ses deux coordonn�es, temp�rature et titre, sont fonctions de la pression.</p><p>Que se passe-t-il si l�on poursuit pendant un certain temps l��bullition d�un m�lange liquide, en �loignant la vapeur au fur et � mesure de sa production ? La r�ponse est fournie par l�examen des diagrammes : dans le cas a, du liquide dont le point figuratif est M s��chappe une vapeur figur�e en N, plus riche que</p><p>le liquide en le corps le plus volatil ; le liquide restant s�enrichit en le corps le moins volatil et bient�t ne renferme plus que ce dernier, qui bout � point fixe ; dans le cas b, le liquide restant, quel que soit le titre initial, tend vers le m�lange az�otrope ; il s�en �loigne au contraire, quel que soit le titre initial, dans le cas c.</p><p>Une distillation fractionn�e est assimilable du point de vue th�orique � une succession de vaporisations et de condensations portant � chaque instant sur de petites quantit�s de liquide, suite d�op�rations figur�es par les marches de l�� escalier � issu de M entre les courbes d��bullition et de ros�e ; on con�oit que, si ces marches � c�est-</p><p>�-dire les plateaux de la colonne � distiller � sont en nombre suffisant, on recueillera en haut de la colonne une vapeur form�e pratiquement du constituant le plus volatil (cas a), de l�un ou de l�autre des corps purs (cas b) et du m�lange az�otrope (cas c). En application de ce dernier cas, par distillation fractionn�e des m�langes eau-�thanol, on ne recueille pas l�alcool pur, mais seulement l�az�otrope (alcool � 95�).</p><p>R. D.</p><p>F Cong�lation et surg�lation / �bullition et �vaporation / �lectrochimie / �quilibre chimique</p><p>/ Fusion.</p><p>Y. Doucet, Techniques modernes et applications de la cryom�trie (Dunod, 1959). /</p><p>G. Charlot, les R�actions chimiques en solution (Masson, 1969).</p><p>solvant</p><p>Liquide capable de dissoudre une substance, c�est-�-dire de former avec elle un autre liquide parfaitement homog�ne.</p><p>Les produits d�origine p�troli�re et p�trochimique sont, apr�s l�eau, les plus utilis�s comme solvants et comme diluants. Leur raffinage doit �tre d�autant plus soign� qu�ils sont, contrairement aux carburants et aux combustibles, destin�s � une manipulation directe : un traitement sp�cial doit leur �tre appliqu� pour �liminer l�odeur, la toxicit� et le danger d�explosion ainsi</p><p>que toute possibilit� de colorer ou de contaminer les mat�riaux avec lesquels ils entreront en contact.</p><p>Les solvants p�troliers</p><p>Ce sont des essences sp�ciales tir�es directement du p�trole brut par distillation et refractionnement, suivis d�une �puration pouss�e des �l�ments ind�sirables, notamment des compos�s sulfur�s (mercaptans). Ils sont utilis�s dans des industries tr�s vari�es, allant de l�extraction des ol�agineux � la fabrication des encres d�imprimerie, des colles et adh�sifs, du caoutchouc et des pneus, des polyol�fines et autres plastiques. Ils servent �galement comme essence � briquet ou pour certains po�les et pour d�innombrables usages divers. Quoique ayant un pouvoir dissolvant particuli�rement �lev�, les hydrocarbures aromatiques (benz�ne, tolu�ne, xyl�nes) contenus dans ces essences doivent �tre contr�l�s de pr�s par suite de leur caract�re toxique : par exemple, une teneur aromatique tr�s faible sera impos�e s�il y a risque d�intoxication de l�utilisateur, comme avec les adh�sifs de collage de rev�tement de sols et de parquets. En revanche, une teneur �lev�e sera autoris�e pour des proc�d�s en enceinte close ventil�e, comme dans les imprimeries modernes. L�extraction des aromatiques est d�ailleurs un proc�d� co�teux, qui s�effectue � l�aide d�un solvant de raffinage ou par hydrog�nation.</p><p>Les solvants p�troliers sont aussi des ingr�dients de premi�re importance pour la fabrication des peintures. Le white-spirit, essence lourde distillant entre 140 et 200 �C, avec un point d�inflammabilit� sup�rieur � 30 �C, est utilis� non seulement comme diluant pour rendre moins �paisse et moins visqueuse la peinture � l�huile et faciliter son application, mais aussi comme dissolvant et support des r�sines et des pigments de coloration.</p><p>Il est encore employ� sur une grande �chelle dans les � teintureries � industrielles et artisanales pour le nettoyage � sec des tissus et des v�tements, mais tend � y �tre remplac� par les solvants p�trochimiques (trichlor�thyl�ne).</p><p>La fabrication des encaustiques est un autre d�bouch� pour l�essence de p�trole l�g�re et pour le white-spirit, ce dernier apportant une fonction dissolvante et nettoyante. Bien entendu, comme il s�agit de produits � usage domestique et que certaines cires m�-</p><p>nag�res peuvent contenir 75 p. 100 de white-spirit �vaporable, la teneur en aromatiques du solvant doit �tre aussi faible que possible.</p><p>Les solvants</p><p>p�trochimiques</p><p>Les tr�s nombreux corps de chimie organique utilis�s comme solvants forment les trois cat�gories suivantes : y les solvants aromatiques, extraits en raffinerie des essences de reformage downloadModeText.vue.download 305 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10260</p><p>et de vapocraquage (steam-cracking), tels que le xyl�ne C6H4(CH3)2, excellent solvant pour les laques et les peintures ;</p><p>y les solvants oxyg�n�s, obtenus par l�oxyg�nation d�une ol�fine, alcools, c�tones, esters, �thers, parmi lesquels figurent l�ac�tone, bien connue comme dissolvant de vernis � ongle, mais poss�dant nombre d�autres</p><p>usages, et la m�thyl�thylc�tone, solvant indispensable au d�paraffinage des lubrifiants ;</p><p>y les solvants chlor�s, d�riv�s de la chloration de l��thyl�ne, comme le t�trachlorure de carbone et surtout les chlor�thyl�nes, devenus aujourd�hui les produits de base du nettoyage � sec et du d�graissage des tissus.</p><p>Les solvants p�trochimiques</p><p>trouvent une multitude d�applications diverses pour l�extraction de produits naturels ou synth�tiques dans les industries chimique et pharmaceutique.</p><p>A.-H. S.</p><p>F Aromatiques (hydrocarbures) / Essence /</p><p>Hydrog�nation / Peinture / P�trochimie / P�trole</p><p>/ Pigment / Polym�re p�trochimique / Raffinage</p><p>/ R�sine naturelle.</p><p>Somalie</p><p>�tat d�Afrique orientale.</p><p>Vaste pays (637 657 km 2) coiffant la corne orientale africaine, la Somalie est peu peupl�e : 2 800 000 habitants selon une estimation de 1970, soit une densit� inf�rieure � 5 habitants au kilom�tre carr�.</p><p>Le milieu naturel</p><p>Les conditions physiques sont s�v�res.</p><p>Seule la partie sud, � l�embouchure du fleuve Djouba (Juuba), poss�de une pluviosit� annuelle relativement satisfaisante (600 mm). Le reste du pays conna�t une aridit� tr�s grande : moins de 250 mm de pr�cipitations dans les collines c�ti�res du Nord et la majeure partie des plateaux int�rieurs ; � peine 500 mm dans les montagnes du Nord (monts Ogo). La s�cheresse g�n�rale est due � la trajectoire des vents de mousson : durant l��t� bor�al, les vents humides de direction nord-est n�influencent que les zones sud-orientales et s��cartent du littoral de l�oc�an Indien vers le large au nord de Mogadishu (Muqdisho). Quelques pluies adiabatiques, providence des pasteurs nomades, apparaissent sur les reliefs �lev�s du Nord. Deux p�riodes de pr�cipitations courtes et irr�guli�res d�butent apr�s le passage au sol de la zone de convergence intertropicale (mai-juin et octobre-novembre), mais le maximum hygrom�trique a lieu</p><p>entre ces deux dates dans la partie sud du pays.</p><p>Le relief est compos� au sud-est d�une plaine littorale sem�e de dunes et souvent frang�e au large de r�cifs coralliens. L�obstacle cr�� par les formations dunaires parall�les � la c�te a d�vi� vers le sud, sur pr�s de 400 km, le cours du fleuve Ch�b�li (Shabee-lee). Cette zone littorale constitue l�extr�mit� m�ridionale d�un plateau se relevant vers le nord pour culminer � plus de 2 000 m pr�s d�Erigavo (Cee-riggabo). Un escarpement de faille le limite vers le nord, au pied duquel une</p><p>mince bande d�un relief bossu� de collines court le long du rivage du golfe d�Aden.</p><p>L��tude g�ologique fait appara�tre l�existence du socle pr�cambrien africain affleurant au sud, notamment sur les rives de l�Ouebi Ch�b�li, et au nord (monts Ogo). Mais il est largement couvert sur le plateau par des formations secondaires et tertiaires (gr�s et calcaires du Cr�tac� et de l��oc�ne).</p><p>L�instabilit� du foss� tectonique d�Aden provoque de fr�quents s�ismes dans la partie septentrionale.</p><p>La couverture v�g�tale se caract�rise par une steppe sah�lienne parsem�e de buissons et d�acacias l� o� les pr�cipitations sont suffisantes. Les zones purement d�sertiques sont exceptionnelles.</p><p>La population</p><p>et l��conomie</p><p>La population est ethniquement homog�ne. Elle appartient au groupe somali. Celui-ci poss�de d�ailleurs glus de 500 000 repr�sentants en �thiopie orientale et pr�s de 300 000 au Kenya ; les Issas de la r�gion de Djibouti sont Somalis ; d�o� un certain sentiment d�unit� nationale chez ces peuples pasteurs que les hasards des d�coupages territoriaux ont r�partis en quatre pays.</p><p>Le genre de vie est essentiellement rural ; nomadisme pastoral, mais � d�placements limit�s dans l�espace.</p><p>Ainsi, au Haud, les jeunes gens nomadisent entre les puits permanents de saison s�che situ�s en Somalie et les p�turages de saison des pluies sur le plateau dans l�Ogaden �thiopien ; d�o� les conflits frontaliers auxquels des accords politiques tentent de mettre fin. Le cheptel se compose de quelque 2 500 000 chameaux, 7 millions d�ovins et de caprins, 1 million de bovins. Cet �levage alimente une exportation de 1 250 000 ovins, 17 000</p><p>chameaux, 37 000 bovins en 1968. Un peu d�agriculture irrigu�e de canne � sucre, de banane, de riz et de coton est pratiqu�e dans les vall�es du Ch�b�li et du Djouba. Un plan d�extension de l�irrigation sur 250 000 ha est en cours d�ex�cution.</p><p>La population est urbanis�e � 10 p. 100 seulement. Mogadishu, la capitale, a 230 000 habitants ; Hargeisa (Hargeysa), l�ancienne capitale du protectorat britannique, 40 000.</p><p>Les exportations portent essentiellement sur la banane, la peau de mouton de Berbera (utilis�e en ganterie), l�encens et la myrrhe ; ces derniers downloadModeText.vue.download 306 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10261</p><p>sont des produits de cueillette du Sahel somalien. La balance commerciale est d�ficitaire, et le revenu individuel tr�s faible.</p><p>Par contre, la position strat�gique de la Somalie lui vaut une aide internationale extr�mement importante. Outre les liens traditionnels entretenus avec l�Italie et le Royaume-Uni, le pays re-</p><p>�oit notamment l�aide des techniciens sovi�tiques (am�nagement du port de Berbera) et am�ricains (prospections mini�res).</p><p>J. W.</p><p>L�histoire</p><p>Les premi�res mentions de la p�ninsule somalie apparaissent d�s la plus haute antiquit�. Au XVe s. av. J.-C., les inscriptions th�baines d�crivent le pays de Pount, o� vivent les &#x1E24;abachat, cultivateurs d�encens, apparent�s aux peuples s�mitiques qui devaient plus tard fonder l�empire d�Aksoum*. Vers le IIe s. de notre �re, le P�riple de la mer �rythr�e note que le roi d�Aksoum �tend son autorit� jusqu�au cap Aro-mata (auj. Guardafui), tandis que sur la c�te sud r�gnent les &#x1E24;imyarites, vassaux de celui-ci. D�s cette �poque, des marchands sud-arabes, �tablis dans les ports, assurent la prosp�rit� du pays.</p><p>Plus tard, vers la fin du IIIe s., appara�t le royaume des Zendj, peuplade bantoue dont on trouve encore des descendants sur le Ch�b�li et le Djouba et, au Kenya, sur la rivi�re Tana. Sur la c�te se poursuivent les migrations de commer�ants arabes et iraniens. Leur commerce florissant s��tend jusqu�en</p><p>Chine, ce sont eux qui r�pandent l�isl&#x101;m.</p><p>Ce n�est que vers la fin du XIVe s.</p><p>que les textes font pour la premi�re fois mention des Somalis, mais selon la tradition c�est entre le Xe et le XIIe s.</p><p>que d�barquent sur la c�te, venant d�Arabie, les cheikhs Ism&#x101;�&#x12B;l Djabarti et Isaq, anc�tres �ponymes des deux grandes tribus Darod et Isaq. Ces groupes cherchent � s��tendre d�abord vers le nord, puis vers le sud, o� ils repoussent progressivement les Zendj, d�j� soumis � la pression des Gallas*</p><p>venus du sud-ouest de l��thiopie.</p><p>� la fin du XVe s., les Portugais apparaissent et Vasco de Gama bombarde Mogadishu en 1499, entrant en comp�tition avec les flottes indienne et �gyptienne, jusqu�alors ma�tresses du commerce. Mais les Turcs devaient rapidement les repousser. Reprenant entre 1538 et 1554 la ma�trise de la mer Rouge, ils apportent leur appui au royaume musulman de l�Adal soulev� contre l��thiopie, elle-m�me soutenue par les Portugais. Apr�s 1589, les Turcs mettent la main sur le B�nadir conjointement avec le sultan d�Oman.</p><p>Cette situation devait se prolonger jusqu�� ce que, � l�instigation des Britanniques, les ports de la c�te passent sous la suzerainet� des sultans de Zanzibar, vassaux de l�Oman, mais en voie d��mancipation.</p><p>Dans le m�me temps, les Soma-</p><p>lis continuent leur avance le long de la c�te sud, vers le B�nadir. Ils r�ussissent � s�emparer de Mogadishu en 1624, mais ce n�est que bien plus tard qu�ils d�logeront les Gallas de l�Ogaden. Entre 1842 et 1848, ils traversent le Djouba et chassent les Gallas de Kis-mayou (Kismaayo) en 1865. En 1909, ils arrivent au Kenya sur la rivi�re Tana, o� les Britanniques �prouve-ront quelque difficult� � les contenir.</p><p>Au nord, leur expansion se poursuit au m�me rythme. Apr�s avoir particip� � la coalition musulmane qui faillit submerger l��thiopie* sous la conduite d�Ahmed Gragne, ils d�vastent vers la fin du XVIe s. Zeila (Zeyla), o� ils ne pourront cependant se maintenir. Il leur faudra attendre la fin du XIXe s., lorsqu�ils repousseront leurs anciens alli�s adals (Afars) vers l�ouest jusqu��</p><p>Tadjoura. L�intervention des Fran�ais install�s depuis peu � Obock mettra fin � leur expansion vers le nord. Au Harar, ce n�est qu�en assimilant de vieilles populations locales, tels les Harla, qu�ils finiront par r�ussir � s�implanter.</p><p>� partir du milieu du XIXe s., la corne de l�Afrique devait devenir le th��tre d��pres rivalit�s entre la France, la Grande-Bretagne et l�Italie. Les premiers � prendre pied furent les Britanniques, soucieux de contr�ler la route des Indes. Tout en aidant les sultans de Zanzibar � soumettre � leur autorit� les ports de l�oc�an Indien, ils s�installent � Brava (1822-1824), puis � Berbera (1856). Les Fran�ais s��tant assur� la possession d�Obock, les Britanniques laiss�rent les mains libres � l��gypte, qui, se pr�tendant l�h�riti�re d�une souverainet� turque sur la c�te, installa des postes de Zeila � Guardafui (1870-1882) et occupa Harar (1875-1885).</p><p>L��gypte �tant pass�e � son tour sous la protection des Britanniques, ces derniers d�velopp�rent leur emprise sur ce qui deviendra le Somaliland (1887), gr�ce � une s�rie de trait�s conclus avec les chefs locaux. D�sireux de faciliter une implantation italienne pour faire �chec � l�expansion fran�aise, ils laissent les Italiens louer, puis acheter certains ports de la c�te du B�nadir au nom de soci�t�s priv�s.</p><p>La faillite de celles-ci am�nera le gouvernement de Rome � reprendre � son compte les projets de colonisation, et la Somalie italienne (Somalia), est cr��e en 1905. L�avance des Italiens vers l�int�rieur est vite stopp�e par M�n�lik II, qui ruine leurs ambitions en les �crasant � Adoua (1896). En 1896-97, le souverain �thiopien mettra fin aux rivalit�s des Europ�ens en les obligeant � signer avec lui une s�rie d�accords frontaliers qui lui assureront notamment la possession de l�Ogaden et limiteront leurs colonies � d��troites bandes c�ti�res.</p><p>Entre 1899 et 1920, la colonisa-</p><p>tion europ�enne devait rencontrer de s�rieuses difficult�s � la suite des soul�vements politico-religieux foment�s comme en �cho au mahdisme soudanais par Mu&#x1E25;ammad �Abd All&#x101;h &#x1E24;ass&#x101;n,</p><p>surnomm� par les Britanniques le mad</p><p>mullah (le � mullah fou �). De 1900 � 1913, malgr� le soutien de l�arm�e de M�n�lik, les forces britanniques furent partiellement tenues en �chec. Il faudra en 1920 que les Britanniques engagent des moyens importants pour battre le mad mullah.</p><p>En 1925, la Somalie italienne</p><p>s�accro�t du Trans-Djouba et de Kis-mayou, c�d�s par les Britanniques en reconnaissance de la part prise par les Italiens � la guerre mondiale. En 1934-35, sous pr�texte de d�saccords sur les fronti�res d�finies par les trait�s de 1897 et de 1908, la Somalie italienne sert de base � l�agression des troupes fascistes contre l��thiopie. Celle-ci, vaincue, est r�unie � l��rythr�e et � la Somalie pour former une grande</p><p>� Africa Orientale Italiana �. Mais les Britanniques, que les Italiens avaient oblig�s � �vacuer le Somaliland en 1940, au d�but de la Seconde Guerre mondiale, reviennent d�s 1941 et, avec l�aide des Fran�ais libres et des r�sistants �thiopiens, lib�rent ces territoires.</p><p>Malgr� cela, ce seront finalement les Italiens qui seront charg�s par les Nations unies de pr�parer l�acc�s de la Somalia � l�ind�pendance (1950-1960). Suivant des voies parall�les, le Somaliland acc�de � l�autonomie le 26 juin 1960 ; quelques jours plus tard, le 1er juillet, c�est le tour de la Somalia.</p><p>Les deux pays fusionnent alors pour former la R�publique somalie.</p><p>Au seuil de l�ind�pendance, le jeune �tat re�oit pour h�ritage une s�rie de probl�mes difficiles : manque de vitalit� �conomique, insuffisance des moyens techniques et administratifs avec, de surcro�t, un litige frontalier sans fin avec l��thiopie. En plus de cette affaire de d�limitation, les responsables de la Somalie r�clament depuis longtemps que leurs contribuables r�sidant en Somalie fran�aise, en �thiopie et au Kenya soient unis � leurs fr�res de Mogadishu. � partir de 1960, de nombreux incidents de fronti�re feront des morts et des bless�s.</p><p>En 1969, le pr�sident de la R�publique, Abdirachid Ali Shermarke, est assassin� pour des motifs d�ordre tribal, semble-t-il. Quelques jours plus</p><p>tard, un coup d��tat militaire instaure un r�gime d�aust�rit�. Le � Conseil de la R�volution �, pr�sid� par le g�n�ral Muhammad Ziyad Barre (n� en 1919), se fixe pour but de redresser le pays et de renforcer l�unit� nationale. Proclamant la Somalie � r�publique d�mocratique � et instaurant un r�gime de type socialiste, il s�efforce de lutter contre la corruption et de relever le potentiel �conomique du pays.</p><p>G. M.</p><p>E. Cerulli, Somalia. Scritti vari editi ed inediti (Rome, 1957 ; 2 vol.). / S. Touval, Somali Nationalism (Cambridge, Mass., 1963) /</p><p>I. M. Lewis, The Modern History of Somaliland (Londres, 1965).</p><p>downloadModeText.vue.download 307 sur 627</p><p>downloadModeText.vue.download 308 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10263</p><p>somation</p><p>Mot cr�� en 1913 par Ludwig Plate (1862-1937) et d�signant toute variation du corps (ou soma) d�un �tre vivant plus ou moins continue, non h�r�ditaire et s�opposant � la variation discontinue, ou mutation, qui, elle, est h�r�ditaire.</p><p>On distingue plusieurs cat�gories de somations : la fluctuation, les variations allotropiques, les accommodats et les aberrations.</p><p>Fluctuation</p><p>C�est un fait tr�s g�n�ral que tous les caract�res sp�cifiques (morphologiques, physiologiques, psychologiques) pr�sentent des variations ; s�ils sont envisag�s dans une population d�individus de la m�me esp�ce, on dit qu�ils fluctuent. Les fluctuations sont donc des variations quantitatives des caract�res (pour autant que ceux-ci puissent �tre mesur�s) de telle sorte que, pour le plus grand nombre d�individus, chaque caract�re a une valeur moyenne en de�� et au-del� de laquelle les valeurs de plus en plus extr�mes sont port�es par un nombre d�individus de plus en plus petit, la fluctuation s�ex-</p><p>primant par une courbe en cloche, ou courbe de fr�quence. La fluctuation a �t� �tudi�e par Adolphe Qu�telet (taille de l�esp�ce humaine) et surtout par Wilhelm Ludwig Johannsen (poids des grains de haricots d�une race donn�e).</p><p>Les petites variations individuelles enregistr�es ne sont pas h�r�ditaires, elles tiennent seulement au fait que, par exemple dans le cas des haricots, les diff�rents grains ne se d�veloppent jamais dans des conditions identiques : �clairement, nombre de gousses, place des grains dans la gousse.</p><p>Variations allotropiques</p><p>Elles r�sultent de la possibilit� que poss�dent certains corps ou �tres vivants de pouvoir se pr�senter, en fonction des conditions de milieu selon certains �tats ou aspects correspondant � des propri�t�s diff�rentes. Pour les �tres vivants, c�est le fait que, sous l�action du milieu, l�esp�ce varie en fonction de l�habitat (variations g�ographiques) ou du climat (variations saisonni�res).</p><p>Variations saisonni�res</p><p>Elles sont bien connues parmi les animaux. C�est ainsi que, en Scandinavie, la Belette (Mustela nivalis), brune en �t�, devient blanche pendant les hivers longs et rigoureux ; de m�me, l�Hermine (Mustela erminea) de l�Europe centrale et des Pyr�n�es, � dos roux et ventre blanc pendant l��t�, devient enti�rement blanche pendant l�hiver.</p><p>Les Renards arctiques et les Li�vres arctiques pr�sentent les m�mes variations saisonni�res dans la couleur du pelage, mais, dans les r�gions les plus nordiques, ils sont blancs toute l�ann�e.</p><p>De tels changements saisonniers s�observent �galement parmi les Arthropodes, en particulier des Papillons, qui pr�sentent un dimorphisme saisonnier : certaines Vanesses europ�ennes, dont celles qui sont n�es au printemps diff�rent par leur coloration de celles qui sont n�es en �t� ; ou des esp�ces africaines qui, � la saison des pluies, sont de grande taille et vivement color�es, alors qu�� la saison s�che les insectes sont petits et p�les (dimorphisme modifiable exp�rimentalement par l�action de la temp�rature ou de l�humidit�).</p><p>Variations g�ographiques Les individus appartenant � la m�me esp�ce occupent une aire de dispersion relativement bien d�limit�e, mais celle-ci n�en pr�sente pas moins des r�-</p><p>gions qui diff�rent par la nature du sol, l�humidit�, la chaleur, la lumi�re, la nourriture, ce qui fait que les individus d�une esp�ce donn�e pr�sentent des variations en rapport avec les divers milieux g�ographiques : on parle alors de races g�ographiques. C�est le cas du Lion, habitant toute l�Afrique, du nord au sud. Le Lion de l�Atlas, de forte stature, poss�de une longue crini�re brun fonc� s��tendant sur les flancs, tandis que le Lion du Cap, qui est le plus commun (c�est celui que l�on voit le plus fr�quemment dans nos m�nageries), est fauve avec une forte crini�re, et qu�au centre de l�Afrique le pelage est plus p�le (pelage dit � d�sertique �), et la crini�re � peine marqu�e.</p><p>Accommodats</p><p>Outre les variations saisonni�res et g�ographiques, les individus d�une m�me esp�ce pr�sentent des modifications structurales et physiologiques en r�ponse au changement de milieu ou d�habitudes que ces organismes subissent. C�est le cas des plantes amphibies (Polygonum, Sagittaria), dont les feuilles ont une forme diff�rente suivant qu�elles se d�veloppent dans l�eau, sur l�eau ou � l�air. Gaston Bonnier, transportant des plantes de plaine en montagne, les a vues prendre l�aspect caract�ristique des plantes alpines (diminution de taille, petites feuilles en rosette, vivacit� du coloris des fleurs, etc.) et, les ramenant en plaine, il leur a rendu leurs caract�res initiaux. De tels accommodats se retrouvent dans le r�gne animal, telles les callosit�s bien connues des travailleurs manuels ou les coquilles de Moules, qui sont petites et tr�s �paisses sur les c�tes rocheuses de Bretagne, alors qu�elles sont beaucoup plus minces sur les rivages sableux de la mer du Nord (Ostende).</p><p>Aberrations</p><p>� c�t� de ces modifications fonctionnelles, on voit appara�tre parmi les individus d�une m�me esp�ce des ano-</p><p>malies cong�nitales, ou aberrations, qui cependant ne sont pas h�r�ditaires.</p><p>C�est ainsi que dans l�esp�ce humaine des individus naissent manchots sans que cette anomalie de leur d�veloppement se renouvelle chez leurs descendants, ou que, chez les Escargots, on rencontre des individus pour lesquels, la torsion s��tant faite en sens inverse, la coquille est senestre au lieu d��tre dextre ; or, deux individus senestres accoupl�s donnent uniquement une descendance normale dextre.</p><p>R. H.</p><p>Somme. 80</p><p>D�part. de la R�gion Picardie ;</p><p>6 175 km 2 ; 538 462 hab. Ch.-l. Amiens.</p><p>S.-pr�f. Abbeville (26 581 hab.), Montdidier (6 298 hab.) et P�ronne (9 414 hab.).</p><p>Correspondant au coeur de l�an-</p><p>cienne province de Picardie*, le d�partement forme un rectangle grossier de pr�s de 120 km d�ouest en est sur plus de 55 km du nord au sud, allong� ouest-nord-ouest - est-sud-est selon l�axe de la vall�e de la Somme.</p><p>L�ensemble du d�partement est le domaine de la craie, tant�t recouverte de limons �pais � l�est (Santerre), tant�t plus d�nud�e par l��rosion (plateau picard, autour d�Amiens), tant�t rev�-</p><p>tue d�argile � silex � l�ouest (Vimeu au sud de la Somme, Ponthieu au nord), mais formant une large goutti�re de part et d�autre de la Somme. La plaine picarde n�est vraiment typique qu�en Santerre ; ailleurs, ce sont des ondulations tr�s souples et faibles (210 m au maximum pr�s du pays de Bray, au sud-ouest), s�abaissant vers de larges vall�es s�ches ou parfois drain�es et alors mar�cageuses. Sur la c�te, les falaises de craie se meurent du sud au nord et s�emp�tent, d�s les abords de la baie de Somme, d�atterrissements marins formant au sud les Bas-Champs et au nord le Marquenterre. Sur ce relief mou, l�influence oc�anique humide et fra�che ne le c�de que vers l�extr�me est � une nuance plus continentale.</p><p>L�agriculture occupe encore une</p><p>forte partie de la population active (pr�s de 20 p. 100) et une tr�s vaste</p><p>surface agricole utile (S. A. U. : 78 p. 100 du d�partement) pour un domaine forestier tr�s r�duit (8,5 p. 100</p><p>du d�partement). L�exploitation est donc moyenne (33 ha) en d�pit d�une concentration acc�l�r�e par les remembrements successifs depuis la Premi�re Guerre mondiale et par une diminution de la population agricole ; elle n�est un peu plus vaste (de 40 � 60 ha) qu�� l�est (Santerre et Vermandois). Il s�agit cependant d�une agriculture de pointe men�e par des hommes jeunes (plus de 55 p. 100 des exploitants ont moins de cinquante ans), tr�s t�t soucieux de vulgarisation agricole, de modernisation et de nouveaut�. La Somme est ainsi, avec l�un des plus hauts rendements, le deuxi�me d�partement fran�ais producteur de bl� et d�orge, comme de betterave industrielle ; elle figure aussi parmi les grands producteurs de pomme de terre industrielle. Cette culture s�est renouvel�e r�cemment par l�introduction et le d�veloppement rapide de cultures l�gumi�res venues de Bretagne (petits pois, haricots verts, carottes) ou du Nord (endive), tandis que le ma�s-grain gagne depuis le sud.</p><p>L��levage, d�apparence secondaire (22 p. 100 de la S. A. U.), repr�sente plus de 50 p. 100 du revenu agricole.</p><p>Le cheval dispara�t ; le mouton survit dans les polders littoraux plus que sur les plateaux. Seuls les porcins et surtout les bovins s�accroissent avec une production laiti�re moyenne et absolue situant la Somme parmi les principaux d�partements fournisseurs et lui assurant une production de viande d�j� notable.</p><p>L�industrie prend une place grandissante (pr�s de 42 p. 100 de la population active) li�e � un renouvellement profond offrant une gamme tr�s �largie : m�tallurgie (36 p. 100), textile et habillement (22 p. 100), b�timent et travaux publics (12 p. 100), industries alimentaires (10 p. 100) chimie et caoutchouc (8 p. 100). Ce renouveau a �t� facilit� par plusieurs �l�ments : une main-d�oeuvre rurale lib�r�e par l��volution de l�agriculture et venue chercher un emploi dans les villes apr�s la Seconde Guerre mondiale, la proximit� de la R�gion parisienne et les liaisons qui unissent celle-ci au d�partement, les initiatives locales cr�atrices de downloadModeText.vue.download 309 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10264</p><p>zones industrielles. Tout cela a attir� des implantations parisiennes ou �trang�res, g�n�ralement dispers�es dans chaque ville notable plus que constituant une vaste r�gion industrielle. La m�tallurgie est faite � la fois de vieilles sp�cialit�s du Vimeu (robinetterie, serrurerie) et des constructions m�caniques plus r�cemment install�es : chaudronnerie (Amiens), m�canique-auto (� Amiens : Ferodo, Carbone-Lorraine ; Abbeville), constructions a�ronautiques et machines-outils (Albert).</p><p>Le textile, n� au Moyen �ge avec la laine et renouvel� par le coton, le jute et les textiles artificiels et synth�tiques, se survit difficilement dans quelques sp�cialit�s (velours et confection � Amiens, bonneterie dans le Santerre</p><p>[Corbie, Villers-Bretonneux, Moreuil], moquette et tissu d�ameublement � partir du jute dans la basse vall�e de la Somme). � Amiens sont concentr�s la chimie (Procter et Gamble) et essentiellement le caoutchouc (Dun-lop, Goodyear, Pirelli), faisant de la ville un des grands p�les de l�industrie fran�aise du caoutchouc. L�industrie alimentaire et agricole joint au vieux domaine sucrier, rassembl� dans le Santerre (deuxi�me sucrerie d�Europe � Eppeville) ou dispers� � l�ouest (Abbeville, Beauchamps, Rue), les laiteries (Yoplait � Amiens et Airaines) et les conserveries r�centes (Estr�es-en-Chauss�e, Flaucourt).</p><p>Les moyens de communications</p><p>offrent des qualit�s m�l�es : � c�t� des grandes art�res anciennes ou r�centes, il reste des zones plus isol�es. Le rail est la desserte encore essentielle avec la ligne Paris-Lille, d�o� part � Longueau-Amiens la ligne vers Boulogne, Calais et la Grande-Bretagne ; mais les liaisons de Longueau vers Tergnier et Reims ou vers Rouen sont moins actives, et le reste est fait de lignes tr�s locales et souvent remises en question.</p><p>Le canal du Nord est une voie toute r�cente (1966) au trafic croissant, mais il est de gabarit limit� et dessert seulement l�extr�me est du d�partement ; le d�bouch� sur la Manche n�est assur�</p><p>que par le plus que centenaire canal de la Somme (1835) et les modestes ports de Saint-Valery-sur-Somme et d�Abbeville. L�autoroute Paris-Lille-Bruxelles ne dessert �galement que l�est du d�partement par les �changeurs d�Estr�es-D�ni�court et de Roye (o� une bretelle atteint Amiens � 40 km), mais les vieilles nationales Paris-Calais ou Paris-Dunkerque ne sont plus adapt�es au trafic actuel, et les liaisons entre Amiens et le reste du d�partement sont souvent difficiles, notamment l�hiver. L��quipement a�ronautique h�site entre Amiens (Glisy) et P�ronne (Mons-en-Chauss�e).</p><p>Le secteur tertiaire doit son importance (39 p. 100 des actifs) essentiellement au renforcement progressif du r�le de capitale r�gionale d�Amiens comme centre de services (administration, enseignement) et de commerce (plus des deux cinqui�mes de tout le commerce d�partemental), avec notamment deux si�ges de maisons � succursales multiples (Coop�rateurs de Picardie, Ruche picarde) et deux hypermarch�s, mais le rayon d�attraction d�Amiens ne d�passe gu�re 30 � 40 km, et les autres centres (Abbeville, P�ronne) ont une attraction encore plus locale. Enfin, le tourisme se renouvelle. N� des plages de galets ou de sable de l��troite fa�ade littorale ou des � huttes � pour la chasse au canard sauvage dans la baie et les �tangs de la Somme, il anime de r�sidences secondaires les vall�es et les r�gions les plus proches du bassin houiller ou de l�agglom�ration parisienne.</p><p>Cette �conomie en cours d��volu-</p><p>tion, o� l�agriculture le c�de � l�industrie et au tertiaire, s�accompagne d�une �volution d�mographique faite d�un long d�clin d� � un exode (vers le Nord et surtout Paris) ayant fait passer ce d�-</p><p>partement du premier rang en Picardie en 1861 au troisi�me actuellement, puis d�une l�g�re reprise depuis 1962. De 1968 � 1975, le d�partement a gagn� plus de 5 p. 100 de population (presque la moyenne fran�aise ou picarde) gr�ce � un renversement du solde migratoire, devenu l�g�rement positif, et surtout � un exc�dent naturel encore favorable.</p><p>La Somme compte ainsi encore peu de population �trang�re (1,6 p. 100), mais</p><p>encore nettement plus de jeunes que de vieux. Le probl�me de l�emploi continue donc de s�y poser, doubl� d�un probl�me de qualification professionnelle qui g�ne le d�veloppement recherch� des secteurs secondaire et tertiaire.</p><p>J.-P. M.</p><p>F Amiens.</p><p>sommeil</p><p>�tat physiologique caract�ris� par une suspension imm�diatement r�versible de la vigilance.</p><p>G�n�ralit�s</p><p>La r�versibilit� imm�diate individualise le sommeil par rapport au coma ou � l�hypnose, par exemple. Cette suspension de la vigilance correspond � la � perte de r�activit� critique, c�est-</p><p>�-dire de la capacit� d��laborer des r�actions appropri�es � un complexus donn� de circonstances � (Pi�ron).</p><p>La dur�e du sommeil par 24 heures varie avec l��ge, allant de 18 heures, chez le nourrisson de 3 mois, �</p><p>6-9 heures chez l�adulte. Le sommeil, une heure apr�s l�endormissement, a son maximum de profondeur ; celle-ci d�cro�t ensuite r�guli�rement. L�endormissement ou l��veil plus ou moins rapides peuvent �tre l�occasion de ph�nom�nes dits � hypnagogiques �, telle l�impression angoissante d�une impotence musculaire. Ils traduisent un certain manque de synchronisme entre la suspension de la conscience et les ph�nom�nes qui en sont concomitants.</p><p>En effet, le sommeil s�accompagne de ph�nom�nes moteurs (rel�chement du tonus musculaire, modifications des activit�s r�flexes musculaires) et de ph�nom�nes v�g�tatifs (ralentissement du pouls, abaissement de la tension ar-t�rielle, des s�cr�tions gastriques, etc.).</p><p>Le sommeil est �galement l�occa-</p><p>sion d�une activit� � subconsciente �</p><p>importante, le r�ve*. On admet actuellement que m�me les sujets qui ne se souviennent pas de leurs r�ves ont tout de m�me, pendant leur sommeil, une activit� onirique.</p><p>La privation de sommeil est difficilement support�e sur le plan physique et sur le plan psychologique.</p><p>Le sommeil est l�occasion d�un repos physiologique.</p><p>Neurophysiologie</p><p>L�activit� �lectrique du cerveau (�lectro-enc�phalogramme) se modifie</p><p>pendant le sommeil, et l�on assiste au remplacement des ondes rythmiques habituelles par des ondes lentes sur lesquelles se marquent des accidents paroxystiques, les ondes en fuseau et les complexes K.</p><p>Le sommeil s�accompagne tou-</p><p>jours d�un rel�chement plus ou moins important du syst�me de vigilance, int�ressant toutes les modalit�s sensorielles. Vers 1958, des enregistrements polygraphiques de longue dur�e, r�alis�s chez l�homme et chez l�animal (M. Jouvet), ont permis de d�celer la succession sch�matique de deux �tats diff�rents au sein du sommeil comportemental.</p><p>1. Le sommeil avec ondes lentes c�r�-</p><p>brales, ou sommeil � ondes lentes, se manifeste par l�apparition de fuseaux et d�ondes lentes corticales et sous-corticales dus � la synchronisation des �l�ments corticaux. Au cours de cette phase, le seuil d��veil en r�ponse � des stimulations est augment�.</p><p>2. Le sommeil avec activit� corticale rapide (identique � celle de l�� �veil �), ou sommeil paradoxal, correspond � l�activit� onirique chez l�homme. Cette phase de sommeil est marqu�e par deux ph�nom�nes particuliers : d�une part, on observe la disparition totale du tonus musculaire antigravitaire, en particulier au niveau des muscles de la nuque ; d�autre part, les yeux sont anim�s de mouvements rapides.</p><p>Il existe, � l��tat normal, un encha�-</p><p>nement circadien de trois �tats : veille, sommeil � ondes lentes, sommeil paradoxal. Il est difficile de soutenir que le sommeil puisse �tre seulement consid�r� comme l�absence de vigilance : c�est une � activit� � n�cessaire (le sommeil r�parateur du langage courant) qui a son organisation propre,</p><p>d�crite plus haut.</p><p>Lorsque l�homme endormi r�ve, il laisse libre cours au jeu de ses mouvements pulsionnels, de ses d�sirs, � son inconscient transcrit dans l�assemblage de contenus d�un monde imaginaire.</p><p>On sait que la concomitance de</p><p>la survenue du r�ve au moment des phases de sommeil paradoxal a �t� discut�e. N�anmoins, lorsqu�on r�veille un sujet pendant cette phase, il d�clare qu�il �tait en train de r�ver. Bien s�r, cela ne signifie pas qu�il ne puisse pas r�ver pendant d�autres phases de sommeil, mais le r�ve racontable l�est au d�cours de la phase paradoxale.</p><p>Quoi qu�il en soit, on ne peut consid�rer le sommeil comme un �tat simple, mais comme la r�sultante d�activit�s dynamiques de structures c�r�brales complexes.</p><p>De nombreux travaux qui ont �t�</p><p>r�alis�s dans le but d�expliquer le d�-</p><p>terminisme du sommeil, il d�coule que ce ph�nom�ne a des origines multiples.</p><p>Ainsi, les fuseaux �lectrographiques n�cessitent l�int�grit� du cortex c�r�-</p><p>bral et du thalamus pour se produire ; par contre, cette int�grit� n�est pas n�-</p><p>cessaire pour qu�apparaissent les ondes lentes.</p><p>Parmi toutes les structures intervenant dans les m�canismes du sommeil, il faut souligner le r�le de la substance r�ticul�e du tronc c�r�bral et notamment de certaines structures pontiques (protub�rance ou pont de Varole).</p><p>Chez le chat, des sections transversales compl�tes du tronc c�r�bral � des niveaux divers prouvent l�existence dans la partie post�rieure du tronc c�r�-</p><p>downloadModeText.vue.download 310 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10265</p><p>bral, au niveau de certains noyaux de la protub�rance, de m�canismes dont les effets ascendants s�opposent � l��veil.</p><p>Neurochimie</p><p>Il appara�t que le r�le des monoamines dans la vigilance est consid�rable.</p><p>y L��tat de veille est sous l�influence de deux syst�mes monoaminergiques.</p><p>� Un premier syst�me, mettant en jeu la dopamine, est localis� au niveau de la substance noire de S�mmering, qui fait partie de la formation r�ticulaire m�senc�phalique activatrice. Ce syst�me serait responsable de l��veil comportemental (r�action d�orientation, ouverture des yeux) et de la coordination motrice.</p><p>� Le second syst�me est localis� au tegmentum pontin dorso-lat�ral et � la formation r�ticulaire m�senc�phalique : il met en jeu la noradr�naline et serait responsable de l�activation tonique corticale qui accompagne habituellement l��veil.</p><p>L��cole de M. Jouvet � Lyon a attir� l�attention sur le r�le des noyaux du raph� m�dian, �tendus en plusieurs groupes, du bulbe au m�senc�phale : leur destruction compl�te entra�ne une insomnie remarquable, quasi totale et non r�cup�rable.</p><p>y L��tat de sommeil d�pend de la s�-</p><p>rotonine stock�e dans le raph� m�dian du tronc c�r�bral. Toute diminution �lective de la s�rotonine entra�ne la suppression des deux �tats de sommeil, la disparition du sommeil paradoxal n��tant que la cons�quence de la disparition du sommeil � ondes lentes. Au contraire, l�augmentation �lective de la s�rotonine c�r�brale entra�ne une augmentation imm�diate du sommeil � ondes lentes.</p><p>y Le sommeil paradoxal est sous</p><p>la d�pendance de m�canismes r�ticulaires pontiques. Jouvet a montr� que la zone active se situe plus pr�-</p><p>cis�ment au niveau des noyaux dits</p><p>� locus coeruleus � : ces noyaux sont particuli�rement riches en noradr�naline, transmetteur chimique du groupe des cat�cholamines, qui aurait un r�le essentiel dans le sommeil paradoxal.</p><p>La raison du caract�re p�riodique, de l�alternance veille-sommeil, reste du domaine de l�hypoth�se : on fait jouer un r�le � des ph�nom�nes de condition-</p><p>nement au sens de Pavlov, et surtout � l�existence de rythmes biologiques programm�s par des m�canismes</p><p>g�n�tiques.</p><p>Cure de sommeil</p><p>ou narcoth�rapie</p><p>C�est une m�thode th�rapeutique utilis�e dans les maladies psychiatriques et psychosomatiques, dont le principe est l�obtention d�un sommeil continu ou discontinu d�une profondeur et d�une dur�e variables, gr�ce � des hypnotiques et � des neuroleptiques.</p><p>La cure agit � la fois sur l��tat mental et sur l��tat physique du patient. Elle permettrait d�abord une mise au repos de l�activit� nerveuse sup�rieure. Le sommeil prolong� interromprait les circuits c�r�braux et cortico-visc�raux (entre le cerveau et les visc�res) cr��s par les traumatismes successifs qui frappent l�individu. Le cortex c�r�bral se trouverait d�connect� des centres sous-corticaux et dienc�phaliques.</p><p>De plus, on note souvent un effet de lib�ration des souvenirs refoul�s dans l�inconscient gr�ce � un abaissement des d�fenses du sujet et � une activit� onirique intense (r�ves). Cette lib�ration apporterait un soulagement net des �tats de tension int�rieure ou d�angoisse. Enfin, le malade, pendant le traitement, peut se reposer pleinement, s�abandonnant � une d�tente qui le rassure. Il passe par une phase normale de r�gression affective, qui est suivie d�une sorte de maturation psychologique, r�alis�e gr�ce � l�aide psychoth�rapique du m�decin sp�cialiste.</p><p>N�anmoins, apr�s avoir connu une grande vogue dans les services et les cliniques psychiatriques, les cures de sommeil sont beaucoup moins souvent entreprises, ou r�duites � des longues p�riodes de somnolence. En effet, l�action de la cure de sommeil se montre souvent transitoire ou suivie de rechutes � l�arr�t du traitement. De plus, dans les �tats anxieux, consid�r�s comme l�une des meilleures indications, en sortant de la cure, le malade se trouve souvent confront� aux m�mes probl�mes, et, si la personnalit� est n�vrotique, ses troubles r�cidiveront. La m�thode permet cependant de passer un cap difficile, tr�s p�nible pour le patient et son entourage. On tend aujourd�hui � substituer � ce type de cure une s�rie de</p><p>perfusions ou des m�dicaments antid�-</p><p>presseurs, anxiolytiques et neuroleptiques ou encore des �lectronarcoses, sans utiliser le sommeil permanent ou prolong�.</p><p>Les insomnies</p><p>Chez l�adulte</p><p>L�insomnie est un trouble de signification et de gravit� tr�s variables selon les cas. Il existe des diff�rences, parfois assez marqu�es, dans les modalit�s du sommeil chez les individus normaux. Il n�est pas douteux que l��tablissement des r�gles strictes pour la dur�e id�ale du sommeil soit difficile, car certains sujets vivent normalement en dormant de 6 � 7 heures, d�autres ont besoin de 8 � 9 heures, pour bien s�adapter aux activit�s diurnes. L�enfant et l�adolescent doivent dormir plus longtemps que l�adulte pour maintenir un bon �quilibre de leurs fonctions nerveuses et somatiques g�n�rales.</p><p>Parmi les multiples cat�gories d�insomnies, on peut en distinguer quatre principales.</p><p>1. Les fausses insomnies sont le fait des obs�d�s perfectionnistes, des hyst�riques, des hypocondriaques qui se d�clarent insatisfaits de leur sommeil alors que leur sant� est manifestement excellente et que leur entourage affirme les voir dormir suffisamment.</p><p>2. L�insomnie occasionnelle est en rapport avec une p�riode de tension psychologique, des soucis familiaux et professionnels, des �v�nements douloureux, la perspective d�un changement important de vie, etc. Le surmenage du grand travailleur intellectuel, les pr�occupations qui concernent un examen, une traite � payer, une rupture sentimentale, la menace d�une grossesse non d�sir�e, des changements fr�quents d�horaire de travail (� trois huit �) perturbent souvent l�endormissement.</p><p>3. L�insomnie mod�r�e permanente ou intermittente, mais fr�quente, encore appel�e � petite insomnie � n�vrotique, se voit chez les sujets � nerveux �, hyperexcitables, �motifs, anxieux, l�g�rement psychasth�niques et obs�-</p><p>d�s. Elle prend souvent aux yeux du patient un aspect dramatique, mais elle n�est jamais tr�s grave, car le sujet dort beaucoup plus dans une nuit qu�il ne s�en souvient le lendemain ; de plus, il ne maigrit pas, ou peu, et fait face tant bien que mal � ses obligations de la journ�e. En g�n�ral, il n�accumule pas une grosse dette de sommeil. � la longue, cependant, cette insomnie, si elle n�est pas soulag�e par des s�datifs doux, des tranquillisants ou des neuroleptiques � faible dose, peut entra�ner une baisse du rendement intellectuel, du dynamisme vital, du d�sir sexuel, etc. Les conseils d�hygi�ne sont ici fondamentaux : suppression des excitants, activit� physique r�guli�re et mod�r�e, diminution des facteurs de surmenage et r�duction du nombre des activit�s, r�gularit� des horaires, etc.</p><p>� noter, cependant, qu�une activit� diurne insuffisante ne favorise pas la qualit� du sommeil.</p><p>4. La grande insomnie, qui peut r�sulter de d�sordres psychotiques majeurs tels que la schizophr�nie*, les d�lires*</p><p>chroniques, les psychoses* confusion-nelles ou d�lirantes aigu�s, l�acc�s maniaque ou m�lancolique (v. maniacod�pressive [psychose]).</p><p>Toutes les d�pressions nerveuses intenses engendrent une insomnie. Les n�vroses* caract�ris�es (obsession-nelle, phobique, hyst�rique), le d�s�-</p><p>quilibre caract�riel s�accompagnent souvent d�une insomnie tenace et chronique. � ce propos, il faut opposer l�insomnie des accidents mentaux aigus, qui a toutes les chances de dispara�tre avec la gu�rison de la maladie causale (ainsi la d�pression m�lancolique, dans laquelle le retour au sommeil normal est le signe principal de la fin de l�ac-c�s), � l�insomnie des affections mentales chroniques, qui est la plus tenace et pr�dispose le plus � la toxicomanie des somnif�res.</p><p>La signification de l�insomnie varie aussi beaucoup selon les individus et l�horaire �lectif du trouble du sommeil.</p><p>Pour certains patients, le bon sommeil devient une obsession permanente, le b�n�fice supr�me, � l�image du bon fonctionnement intestinal : � Si je ne dors pas, je vais perdre la sant�, la raison, puis la vie. � Ces sujets ont</p><p>souvent un caract�re obsessionnel et se pr�occupent chaque soir de leur sommeil au point d��tre tendus. Ils essaient de s�endormir par un effort de volont�, alors que l�on s�endort mieux par un laisser-aller, une abdication de la volont�. Pour d�autres, au contraire, le sommeil n�est pas recherch�, mais craint. Il repr�sente symboliquement les t�n�bres, la mort, un gouffre avec perte du contr�le du moi sur les d�sirs, les pulsions et les r�ves ou les cauchemars qui montent des profondeurs de l�inconscient vers la surface de l��tre : le sujet aura tendance � lutter (souvent sans en prendre conscience) contre le sommeil et contre les somnif�res m�mes. C�est le cas des patients anxieux phobiques, hyst�riques. L�endormissement est ici la phase la plus difficile, car, une fois endormi, le sujet</p><p>� fait sa nuit � normalement.</p><p>Certaines insomnies du milieu de la nuit sont probablement li�es � une rupture du cycle psychologique du sommeil d�montr� par les �tudes �lectro-enc�phalographiques modernes : c�est le creux entre deux vagues de sommeil plus profond. Parfois, elles correspondent � des cauchemars tr�s d�sagr�ables, symptomatiques d�une anxi�t� importante. Le dormeur</p><p>s��veille alors avec une angoisse qu�il est incapable de justifier. Enfin, l�insomnie de la fin de la nuit, celle du petit jour, traduit habituellement l�existence d�une d�pression et notamment d�une m�lancolie. L�oubli salvateur de la nuit prend fin, et c�est la prise de conscience d�une nouvelle journ�e douloureuse downloadModeText.vue.download 311 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10266</p><p>et sans espoir qui semble d�terminer l�insomnie.</p><p>Le traitement des diverses vari�t�s de perturbations du sommeil d�pend essentiellement de leur cause. La prise de m�dicaments hypnotiques doit �tre la plus raisonnable possible. Ces derniers ne sont pas indispensables dans toutes les insomnies. De nombreux patients s�endorment gr�ce � des tranquillisants ou des neuroleptiques</p><p>alli�s � des conseils d�hygi�ne neuropsychique. Une d�pression n�cessite l�administration d�antid�presseurs ou d��lectronarcoses, seuls capables de la gu�rir et de supprimer l�insomnie qui n�en est que la cons�quence. Cependant, les barbituriques, au d�but du traitement, peuvent aider au r�tablissement des nuits normales, en attendant l�effet des th�rapeutiques sp�cifiques. Enfin, bien des psychoth�rapies peuvent venir � bout des troubles qui ont r�sist� � toutes les chimioth�rapies.</p><p>La psychanalyse, les m�thodes suggestives, l�hypnose, la relaxation comptent toutes des succ�s indiscutables.</p><p>Chez l�enfant</p><p>Les troubles du sommeil sont tr�s fr�quents et pr�sents chez quarante enfants sur cent en moyenne dans une consultation de neuropsychiatrie infantile en milieu urbain. Il n�est pas douteux que les conditions de la vie moderne, la mauvaise qualit� de l�habitat, l�excitation artificielle audiovisuelle entretenue par la radio et la t�l�vision entrent pour une grande part dans ces troubles. Mais il est certain aussi que le sommeil perturb� constitue souvent le signe d�un conflit parents-enfants ou d�une angoisse profonde qui est li�e � un traumatisme affectif.</p><p>Chez le nourrisson et le petit enfant, on observe fr�quemment une inadaptation du cycle du sommeil au rythme de l�alimentation impos� par la m�re : une grande souplesse doit pr�sider � l�horaire des repas et, tout particuli�rement, du dernier repas si l�enfant dort mal. Sans aller jusqu�au repas de nuit, on peut recourir � des horaires plus libres, in�galement espac�s dans les biberons, et � une r�duction du nombre de ces derniers : mais, parfois, une ration alimentaire insuffisante donne lieu � un mauvais sommeil. Il s�agit d�un nourrisson criard, agit�, dont la courbe de poids progresse lentement ; il suffit d�augmenter les quantit�s de lait ou de farine, surtout au dernier repas. La mauvaise tol�rance digestive du lait utilis� entra�ne aussi des fermentations, des douleurs abdominales, des troubles du transit intestinal, etc. : un changement de lait peut amener une nette am�lioration du sommeil. La mauvaise</p><p>hygi�ne du sommeil aussi (temp�rature trop �lev�e, habillage excessif de l�enfant pour la nuit, humidit� insuffisante de l�air) explique les nuits agit�es avec des r�veils fr�quents. Enfin, les enfants semi-abandonn�s dans la journ�e par des parents qui travaillent, inactifs, confi�s � une nourrice qui ne s�en occupe gu�re ou gard�s par une m�re surmen�e limit�e � des t�ches m�nag�res n�ont souvent pas assez d�activit�s motrices pour leur temp�rament excitable, anxieux. Leur sommeil nocturne trop l�ger et court retentit f�cheusement sur l��quilibre nerveux des parents, qui deviennent anxieux et agressifs. Une aide maternelle pour la m�re de famille nombreuse, un changement de nourrice ou une s�paration transitoire pour la m�re qui travaille seront les solutions les meilleures. Il faut consacrer � ces enfants des promenades et des jeux au grand air.</p><p>Chez le grand enfant, les troubles du sommeil tiennent souvent � deux ordres de facteurs : un terrain nerveux avec instabilit� ou hyperexcitabilit� neuropsychique ; une ambiance affective anormale, g�n�ratrice de conflits, d�angoisse et d�ins�curit�. Il peut s�agir de difficult�s d�endormissement, que l�on rencontre chez des enfants �motifs et phobiques qui ont peur du noir ou qui ont des ph�nom�nes hypnagogiques tr�s marqu�s (images effrayantes qui d�filent dans l�esprit juste avant l�en-tr�e dans le sommeil) : les spectacles t�l�vis�s, les lectures de contes fantastiques, les films terrifiants, les disputes parentales du soir favorisent ces difficult�s d�endormissement.</p><p>Il peut s�agir aussi de cauchemars tr�s intenses avec hurlements de l�enfant, qui appelle ses parents � l�aide.</p><p>Lorsqu�ils sont tr�s fr�quents, ils traduisent toujours un climat d�ins�curit� familial ou scolaire. La terreur nocturne se voit chez les enfants plus jeunes. Le somnambulisme r�alise une manifestation tr�s originale du sommeil pathologique et s�observe surtout chez l�enfant et l�adolescent. Il se d�finit comme une activit� organis�e survenant au cours du sommeil, qui ne laisse aucun souvenir au dormeur. C�est par le r�cit des proches, la d�couverte d�anomalies dans sa chambre ou dans sa maison que le somnambule reconna�t son activit�</p><p>automatique. Celle-ci est le plus souvent coh�rente et assez bien adapt�e, mais parfois les d�ambulations et les gestes du dormeur ne paraissent avoir aucun but pr�cis.</p><p>L��lectro-enc�phalogramme ne</p><p>montre qu�exceptionnellement des signes d��pilepsie, et la majorit� des somnambules ne sont pas �pileptiques. Le caract�re familial de ce trouble curieux est bien �tabli. Il y a des familles de somnambules. Le pronostic est favorable, car ces manifestations disparaissent g�n�ralement chez l�adulte jeune.</p><p>Les �pilepsies morph�iques, c�est-�-</p><p>dire celles dont les crises surviennent �lectivement la nuit au cours du sommeil, donnent lieu � une agitation psychomotrice qui peut �tre interpr�t�e par la famille comme un � mauvais r�ve �</p><p>ou de la � nervosit� �.</p><p>En r�sum�, hormis les cas particuliers que nous venons de signaler (�pilepsie, somnambulisme), les troubles du sommeil sont � la fois en rapport avec un terrain neuropsychique particulier et avec des perturbations affectives. Les plus tenaces et les plus graves peuvent traduire une n�vrose ou une psychose infantiles : mais les autres, qui accompagnent un �tat d�pressif ou succ�dent au surmenage scolaire ou sportif, � une mauvaise hygi�ne de vie, � un milieu familial ou scolaire d�favorable, sont beaucoup plus accessibles au traitement. L�action th�rapeutique devra porter sur l�attitude des parents, des fr�res et soeurs, un changement de cadre, des activit�s physiques mod�-</p><p>r�es et r�guli�res. La psychoth�rapie, m�me br�ve, est indispensable dans les troubles n�vrotiques caract�ris�s. Les m�dicaments sont une aide pr�cieuse, mais il faut �viter autant que possible les somnif�res vrais. Il vaut mieux donner � l�enfant des s�datifs, des tranquillisants ou des neuroleptiques � doses faibles : la l�vom�promazine, la prom�thazine, l�alim�mazine, la thiori-dazine, le m�probamate, le diaz�pam, le chlordiaz�poxyde, la prop�riciazine, les pr�parations calciques et bromur�es, etc.</p><p>Les hypersomnies</p><p>Les besoins excessifs de sommeil et les sommeils anormalement prolong�s sont dus � un surmenage, � une d�pression n�vrotique, � une n�vrose hyst�rique, � une maladie g�n�rale ou � une atteinte des centres nerveux. Ainsi, l�enc�phalite virale de von Economo, dite � enc�phalite l�thargique �, la maladie du sommeil, maladie parasitaire grave due au d�veloppement dans l�organisme d�un Protozoaire flagell�, le Trypanosome, qui est transmis � l�homme par la Glossine, ou Mouche Ts�-Ts�, diverses l�sions telles que abc�s du cerveau, tumeurs c�r�brales, l�sions cicatricielles cons�cutives � un traumatisme cr�nien (ramollissement du tronc c�r�bral sup�rieur) peuvent provoquer l�exc�s de sommeil, ou hypersomnie.</p><p>En revanche, le syndrome de G�lineau se manifeste sans l�sion organique connue : les malades sont la proie, tr�s brusquement, d�un sommeil invincible, la narcolepsie, qui �volue par acc�s. Parfois, celle-ci s�associe � une baisse du tonus musculaire, �ventuellement responsable d�une chute (cataplexie) d�clench�e par une �motion ou une surprise.</p><p>G. R.</p><p>F R�ve.</p><p>R. Debr� et A. Doumic, le Sommeil de l�enfant (P. U. F., 1959 ; 2e �d., 1969). / C. P. Kelly, The Natural Way to Healthful Sleep (New York, 1961 ; trad. fr. l�Insomnie vaincue sans drogues, Deno�l, 1964). / M. Eck, P. Laget et P. Lechat, le Sommeil (Lethielleux, 1962). / K. Akert (sous la dir. de), Sleep Mechanisms (Amsterdam, 1965). / M. Jouvet (sous la dir. de), Aspects anatomo-fonctionnels de la physiologie du sommeil (C. N. R. S., 1965). / G. Luce et J. S�gal, le Sommeil (Fayard, 1969) ; l�Insomnie (Fayard, 1972). / J. Scandel, Victoire sur l�insomnie. La m�thode du sommeil conditionn� (�d. Plan�te, 1970). / C. Keyser, le Sommeil et le r�ve (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1973). / H. Ey et coll., Psychologie du sommeil et psychiatrie (Masson, 1974). / E. Schuller, les Insomnies et le sommeil (Laffont, 1976).</p><p>son</p><p>Cause des sensations auditives, due � un mouvement vibratoire.</p><p>Propagation du son Comment la vibration d�une corde, d�un diapason est-elle transmise jusqu�� notre oreille ? Par l�air qui nous entoure. Une exp�rience classique le montre bien : si l�on dispose une sonnerie �lectrique dans une cloche � l�int�rieur de laquelle on peut faire le vide, tant que la cloche est remplie d�air, le son de la sonnerie est per�u tr�s distinctement (fig. 1). Mais on l�entend de plus en plus faiblement au fur et � mesure que l�on pompe l�air � l�int�rieur de la cloche. On en conclut que le son ne peut se propager dans le vide : si forte que soit une explosion sur la Lune, on ne l�entendra jamais de la Terre, Lune et Terre �tant s�par�es par le vide interstellaire. L�absence d�atmosph�re sur la Lune fait que deux cosmonautes ne peuvent se parler di-downloadModeText.vue.download 312 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10267</p><p>rectement sur la Lune comme sur notre plan�te.</p><p>D�une mani�re g�n�rale, le son, pour se propager, a besoin d�un milieu mat�-</p><p>riel, c�est-�-dire un milieu :</p><p>a) solide (� OEil-de-Faucon � d�c�le l�approche des cavaliers ennemis en collant l�oreille au sol) ;</p><p>b) liquide (tout bruit sur la rive effraie le poisson et d�cha�ne la col�re du p�cheur) ;</p><p>c) gazeux (l�air en particulier).</p><p>Pour comprendre comment s�effec-</p><p>tue cette propagation et pourquoi un milieu mat�riel est indispensable, ima-ginons que la source vibrante soit un piston � l�extr�mit� d�un tube emprisonnant une colonne d�air, qui sera notre milieu de propagation. Nous ne pouvons nous repr�senter (fig. 2) la colonne d�air qui remplit le tube comme un empilement de tranches d�air que nous num�rotons 1, 2, 3, 4, ... (a). Don-nons au piston un petit mouvement brusque vers la droite, par exemple (b).</p><p>La tranche d�air no 1 est brutalement comprim�e (tous les milieux mat�riels sont compressibles, l�air en particulier, on le v�rifie chaque fois qu�on utilise une pompe � bicyclette). Cette tranche d�air ne peut rester dans cet �tat. Elle tend � reprendre son volume primitif, mais elle ne peut le faire qu�en comprimant la tranche no 2 (c), qui, � son tour, reprendra son volume primitif en comprimant la tranche no 3, etc.</p><p>On comprend d�s lors pourquoi la pr�sence d�un milieu mat�riel est indispensable. Il est par ailleurs essentiel de remarquer que l�air, qui sert de support � la propagation de la compression initiale, n�est pas entra�n� par cette propagation. Tout au plus subit-il, au moment o� la perturbation l�atteint, un petit d�placement, �gal au d�placement imprim� au piston au d�part.</p><p>Vitesse de</p><p>propagation du son</p><p>La vitesse � laquelle se propage l��branlement initial du piston est la vitesse du son dans l�air. C�est un fait d�exp�rience courante que la propagation du son dans l�air n�est pas instantan�e : l��clair est per�u bien avant que l�on n�entende le grondement du tonnerre. Les premi�res mesures de la vitesse de propagation du son � l�air libre datent de 1738. Elles avaient �t� organis�es par l�Acad�mie des sciences. On tirait un coup de canon sur la colline de Montmartre. Des observateurs situ�s sur les hauteurs de Montlh�ry, 23 km plus loin, mesuraient le temps qui s��coulait entre l�apparition de la lueur de la bouche � feu et l�arriv�e du bruit.</p><p>Ce temps, un peu sup�rieur � la minute, �tait en fait la diff�rence entre le temps mis par le son pour parcourir la distance Montmartre-Montlh�ry et celui qui est mis par la lumi�re pour effectuer le m�me trajet. On admettait alors que la lumi�re se propageait de mani�re instantan�e (ce que les mesures de la vitesse de la lumi�re, un si�cle et demi plus tard, ont pratiquement confirm� : la lumi�re mettait un peu moins d�un dix-milli�me de seconde pour effectuer le trajet des 23 km). D�o� la vitesse du son, �gale au rapport entre la distance s�parant les deux cr�tes et le temps mesur�. On �liminait l�influence du vent, en partie, en tirant alternativement le</p><p>canon de Montmartre et de Montlh�ry.</p><p>Des mesures plus perfectionn�es furent reprises par la suite, soit � l�air libre, soit dans des tuyaux, et conduisirent aux r�sultats suivants.</p><p>Tous les sons se propagent � l�air libre � la m�me vitesse. Dans l�air sec � 0 �C, cette vitesse a pour valeur V0 = 330,7 m�tres par seconde. La vitesse de propagation du son dans l�air est ind�pendante de la pression et proportionnelle � la racine carr�e de la temp�rature absolue :</p><p>V �tant la vitesse � la temp�rature absolue T. Le son se propage donc plus vite en �t� qu�en hiver.</p><p>Ces r�sultats exp�rimentaux sont conformes aux pr�visions th�oriques : les lois de la m�canique permettent en effet de montrer que la vitesse de propagation du son dans un fluide (liquide ou gaz) a pour expression</p><p>&#x3C7; �tant le coefficient de compressibilit� adiabatique, et &#x3C1; la masse sp�cifique du fluide. Dans la mesure o� l�on peut assimiler l�air � un gaz parfait, on retrouve bien les lois pr�c�dentes et l�on calcule : V0 = 331,4 m�tres par seconde. L�accord avec la valeur fournie par l�exp�rience est donc tr�s bon.</p><p>Les liquides sont beaucoup moins compressibles que les gaz, mais par contre ont une masse sp�cifique plus �lev�e. Au total, le produit &#x3C7;&#x3C1; est pour les liquides dix fois sup�rieur, en gros, � celui des gaz, et la vitesse de propagation du son dans les liquides est toujours de l�ordre du kilom�tre par seconde. Pour l�eau douce, par exemple, elle est de 1 435 m�tres par seconde � 8 �C. Pour l�eau de mer (plus dense) elle est un peu sup�rieure (1 504 m/s � 15 �C).</p><p>La propagation du son dans un solide est plus compliqu�e, parce que, � la diff�rence des milieux fluides, qui ne transmettent que des vibrations longitudinales, les solides peuvent transmettre aussi des vibrations transversales, ces derni�res se propageant plus lentement que les premi�res. Mais toutes deux sont de l�ordre de quelques kilom�tres par seconde. Leur connais-</p><p>sance est importante pour l��tude des s�ismes en particulier.</p><p>R�ception du son</p><p>L�air communique donc jusqu��</p><p>l�oreille le mouvement vibratoire de la source sonore sous la forme d�une s�rie de compressions et de dilatations qui se propagent � la vitesse du son dans l�air.</p><p>La vibration de l�air au voisinage de l�oreille* est communiqu�e au tympan et transmise � par l�interm�diaire des trois osselets de l�oreille moyenne, appel�s marteau, enclume et �trier � � la fen�tre ovale. C�est une membrane qui s�pare l�oreille moyenne de l�oreille interne, ou lima�on, et c�est dans le li-ma�on qu�aboutissent les ramifications du nerf auditif. Le liquide emplissant le lima�on est donc soumis � des fluctuations de pression, au rythme des vibrations sonores, qui constituent l�excitation primaire du nerf auditif.</p><p>Classification des sons</p><p>Les sons peuvent �tre class�s selon les mouvements* vibratoires qui les produisent. Une classe importante de sons est constitu�e par ce que les acousti-ciens appellent les sons musicaux, le terme musical n�ayant d�ailleurs aucune signification esth�tique. Ce sont tout simplement les sons qui sont dus � un mouvement vibratoire p�riodique*.</p><p>Les sons diff�rent entre eux par trois aspects : la hauteur*, qualit� qui distingue un son grave d�un son aigu ; l�intensit�*, qualit� qui distingue un son fort d�un son faible ; enfin le timbre*, qui, � �galit� de hauteur et d�intensit�, fait distinguer deux sons �mis par des instruments diff�rents.</p><p>Les sons musicaux donnent une sensation nette et bien d�finie de hauteur, dont on montre qu�elle est li�e � la fr�quence des mouvements vibratoires p�riodiques qui leur donnent naissance.</p><p>Plus la fr�quence est �lev�e, plus le son est aigu.</p><p>Les sons dus aux mouvements vi-</p><p>bratoires pseudo-p�riodiques donnent �galement une sensation de hauteur bien d�finie, pourvu que l�amortissement ne soit pas trop important. Sinon,</p><p>les instruments � cordes pinc�es ou frapp�es comme la guitare ou le piano seraient inutilisables.</p><p>Les bruits sont des sons dus � des mouvements vibratoires complexes o� tout caract�re de p�riodicit�, m�me approch�, a disparu. On ne peut leur attribuer de hauteur d�finie.</p><p>P. M.</p><p>F Acoustique / Audition / Enregistrement ma-gn�tique du son / Hauteur / Intensit� / Mouvement vibratoire / Oreille / P�riodiques et pseudo-p�riodiques (mouvements) / Timbre.</p><p>J.-J. Matras, le Son (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1948 ; 5e �d., 1972). / F. Winckel, Klan-gwelt unter der Lupe (Berlin, 1952 ; trad. fr.</p><p>Vues nouvelles sur le monde des sons, Dunod, 1960). / J. Mercier, Trait� d�acoustique (P. U. F., 1964 ; 3 vol.). / G. Slot, Qualit� du son (Dunod, 1965).</p><p>sonate</p><p>Si le mot sonate �voque de prime abord la sonate classique et les noms de Beethoven ou Mozart, il faut reconna�tre que les compositeurs l�ont utilis� d�s l�aube de la musique instrumentale et jusqu�� nos jours.</p><p>downloadModeText.vue.download 313 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10268</p><p>D�s 1535, l�Espagnol Luis Mil�n</p><p>(� apr. 1561) intitule Sonadas des pi�ces pour luth, et, au XVIe s., le mot sonare (sonner), comme le mot toc-care, s�applique � des oeuvres instrumentales et en g�n�ral � des transcrip-tions de canzone vocales.</p><p>C�est ainsi que l�on rencontre le terme canzone da sonar chez les</p><p>contemporains d�Andrea Gabrieli*, qui nomme lui-m�me un de ses recueils Sonate a cinque per i stromenti en 1586.</p><p>D�s lors, le mot va caract�riser toute musique destin�e aux instruments : ritournelles, pr�ludes, toccatas et danses. Il qualifiera m�me une ouverture d�op�ra (Pietro Antonio Cesti</p><p>[1623-1669]) ou l�introduction d�une cantate (D. Buxtehude*). � travers les multiples recueils � 2, 3, 4 parties et basse continue (Giovanni Gabrieli*, Dario Castello, Giovanni Battista Fontana [� 1630], Maurizio Cazzati [1620-1677]) se pr�cisent peu � peu deux grands courants : la sonate � trois et la sonate pour soliste.</p><p>La sonate pour un dessus et basse appara�t tr�s t�t, d�s 1610, avec Gian Paolo Cima et met vite en relief les progr�s de la virtuosit� avec Biagio Marini (v. 1597-1665), puis Marco Uccellini (v. 1603-1680), Alessandro Stradella (1644-1682), Carlo Farina (v. 1600 -</p><p>v. 1640). L��cole allemande poursuit ces recherches avec Johann Erasmus Kindermann (1616-1655), Johann</p><p>Heinrich Schmelzer (v. 1623-1680), puis Johann Jakob Walther (v. 1650-1717) et Johann Paul von Westhoff (1656-1705). L�Autrichien Heinrich Ignaz Franz Biber (1644-1704), dans un autre esprit, �voque le rosaire en des sonates descriptives.</p><p>Moins hardie dans l��criture instrumentale, la sonate � trois cherche plut�t un compromis entre l�ancienne polyphonie vocale et le nouveau style monodique de l�op�ra. Illustr�e par Salomone Rossi (v. 1570 - v. 1628), Giovanni Legrenzi (1626-1690) en Italie, Johann Kaspar von Kerll (1627-1693), Johann Fischer (1646 - v. 1716) en Allemagne, William Young</p><p>(� 1671), puis Purcell* en Angleterre, c�est avec Giovanni Battista Bassani (v. 1650-1716) et Giovanni Battista Vitali (1632-1692) que la sonate � trois trouve un �quilibre, exploit� par les ma�tres du XVIIIe s.</p><p>Plusieurs formes se d�gagent : pi�ces en une seule partie (fugatos issus du ricercare, graves m�lodiques, allegros ou prestos au rythme perp�tuel), pi�ces avec changements de tempo internes et pi�ces chor�graphiques en deux sections avec reprises.</p><p>Le nombre de mouvements, tr�s</p><p>variable, oscille entre la sonate en une partie et celles qui comprennent dix � douze num�ros, mais la coupe tend � se stabiliser autour de quatre ou cinq pi�ces.</p><p>Entre-temps, la distinction entre sonata da chiesa et sonata da camera, �tablie en 1637 depuis Tarquinio Merula (v. 1595-1665), se pr�cise : les danses, nombreuses dans la forme da camera (da ballo dira Giovanni Maria Bononcini [1642-1678]), disparaissent g�n�ralement dans la forme da chiesa au profit de mouvements fugu�s et de titres abstraits aux polyphonies plus s�v�res.</p><p>A. Corelli*, r�sumant les essais de ses pr�curseurs, illustre clairement les deux aspects de la sonate en son c�-</p><p>l�bre opus 5 : on rencontre uniquement deux danses (gigues) dans la premi�re partie, da chiesa, alors que les suites de la seconde partie, da camera, sont, apr�s un pr�lude initial, enti�rement chor�graphiques.</p><p>La sonate de clavier appara�t parall�lement � celle qui est destin�e au violon. Confi�e � l�orgue au XVIIe s.</p><p>(en 1605 par Adriano Banchieri [1568-1634], en 1625 par Tarquinio Merula), Johann Kuhnau (1660-1722) l�introduit au clavecin en 1700, suivi par Bernardo Pasquini (1637-1710), Azzolino Bernardino Della Ciaja (1671-1755), Alessandro Scarlatti*, Baldassare Galuppi (1706-1785). Benedetto Marcello (1686-1739) �crit des sonates en un seul mouvement comme Domenico Scarlatti*. Ce dernier marque une �tape dans l��volution formelle en utilisant parfois un second th�me caract�ris�.</p><p>J.-M. Leclair* le fera aussi dans certains mouvements de ses sonates de violon. Introduite en France par F. Couperin* en 1692, la sonate trouve chez lui une perfection formelle alli�e � la virtuosit�. Elle est aussi illustr�e par Jean F�ry Rebel (1666-1747), Jean-Baptiste Senalli� (1687-1730), Louis (v. 1692-1745) et Fran�ois (1698-1787) Francoeur... Soulignons l�importance de Jean-Joseph Cassan�a de Mondonville*, qui, d�s 1734, �crit des Pi�ces de clavecin en sonates avec accompagnement de violon, formule inhabituelle alors, qui diff�re des sonates pour clavecin concertant et un soliste (violon, fl�te, violoncelle) que J.-S. Bach*, d�s 1720, porte � un point de perfection en y adoptant l��criture en trio de ses sonates pour orgue. Re-</p><p>marquons le nombre inusit� de sonates pour un instrument sans basse (violon, fl�te, viole de gambe), que nul n�a pu �galer, sinon, peut-�tre, Francesco Geminiani (1687-1762) au violon. Sur le plan formel, Bach n�est pas un novateur, mais souvent il reprend le th�me initial pour conclure selon la forme dite</p><p>� ternaire � qui se r�pand alors.</p><p>Favoris�e par l��volution de la</p><p>facture, la sonate pour instruments � vent se multiplie en 1708 avec Johann Mattheson (1681-1764), puis G. P. Telemann*, J. J. Quantz*, Joseph Bodin de Boismortier (1689-1755), Michel Blavet (1700-1768), Jacques Christophe Naudot (� 1762). On �crit d�s lors pour � violon, fl�te ou hautbois �</p><p>comme le fait H�ndel* dans ses deux recueils de sonates en trio et A. Vivaldi* dans les sonates du Pastor Fido (pouvant aussi s�adapter � la vielle et � la musette). Vivaldi consacre quatre autres livres de sonates au violon ; on conteste l�authenticit� de ses sonates de violoncelle, instrument auquel le XVIIIe s. destine de nombreux recueils avec Boismortier (en 1729), Willem de Fesch (1687-1761), F. Geminiani, B. Marcello, L. Boccherini* ou Jean-Pierre (1741-1818) et Jean-Louis (1749-1819) Duport et Jean-Baptiste Br�val (1753-1823).</p><p>La sonate avec basse continue se prolonge au-del� de 1750 avec les Italiens Pietro Antonio Locatelli (1695-1764), Giovanni Battista Somis (1686-1763), Giuseppe Tartini (1692-1770), Gaetano Pugnani (1731-1798), Giovanni Battista Viotti (1755-1824) ; les Fran�ais Louis Gabriel Guillemain (1705-1771), Antoine d�Auvergne</p><p>(1713-1797), Jean-Pierre Guignon (1702-1774), Pierre Gavini�s (1728-1800) ; les Allemands Johann Stamitz (1717-1757), Franz Benda (1709-1786) et les fils de J.-S. Bach : mais ces derniers, comme leurs contemporains, utilisent fr�quemment un clavecin concertant � la place de l�ancienne basse continue.</p><p>L�expression sonate de clavecin ou pianoforte avec accompagnement de violon (ou fl�te) est utilis�e par presque tous les compositeurs, et Mozart*</p><p>l�emploie pour ses seize premi�res</p><p>sonates avec violon. Bient�t, l�accompagnement est ad libitum et ces sonates se confondent avec la sonate pour clavier seul, qui conna�t un grand essor. �</p><p>c�t� de Carl Philipp Emanuel, Wilhelm Friedemann et Johann Christian Bach*, Johann Schobert (v. 1740-1767), Johann Gottfried Eckard (1735-1809), Friedrich Wilhelm Rust (1739-1796), Domenico Cimarosa*, Pietro Domenico Paradies (1707-1791) et Leopold Mozart participent � son �volution et nous l�guent des oeuvres de grand int�r�t.</p><p>La forme se pr�cise : l�all�gro initial (dit � de forme sonate �) utilise deux th�mes expos�s, d�velopp�s et r�expos�s pour conclure. Le second mouvement, lent, peut �tre un r�citatif, un lied (une romance en France) et parfois un air vari�. On l��crit au ton voisin ou au relatif. Il pr�c�de soit un menuet vari� conclusif (formule en vigueur depuis 1720), soit un menuet doubl� d�un trio.</p><p>Dans ce cas, un all�gro final en forme de rondeau peut lui succ�der.</p><p>Cependant, ce sch�ma formel est</p><p>rarement suivi : si C. P. E. Bach g�n�-</p><p>ralise l�usage du second th�me, il �crit par ailleurs des sonates form�es de mouvements de danses. Johann Christian Bach se contente souvent de deux all�gros, comme Mozart d�ailleurs...</p><p>Haydn*, � travers ses sonates de violon, de baryton et surtout ses soixante-deux sonates pour clavier seul (dont plusieurs ont disparu), accorde une grande place � l�expression tonale ; mais c�est Beethoven* qui appara�t comme la charni�re principale de toute l��volution de la sonate. Il donne un souffle inusit� au premier all�-</p><p>gro par l�opposition des deux th�mes (rythmique et m�lodique), �prement confront�s dans le divertissement et dont la r�exposition n�est plus textuelle ; il utilise la variation ou le r�cit dramatique dans ses adagios, pr�f�re au menuet le scherzo, plus vif, renouvelle le rondo final par des structures complexes. Il transforme le cadre ancien par la fugue, la variation amplificatrice et l�usage de rappels cycliques. Formes g�niales, uniques, qui r�sument le pass� et f�condent l�avenir.</p><p>Beethoven ainsi a fait oublier parfois injustement les sonates de ses contemporains ; citons celles d��tienne Nicolas M�hul (1763-1817), Daniel Gottlieb Steibelt (1765-1823), Nicolas Joseph H�llmandel (1751-1823), Ignaz Pleyel (1757-1831), Muzio Clementi*, Fran-</p><p>�ois Adrien Boieldieu (1775-1834), Johann Nepomuk Hummel (1778-1837), destin�es non seulement au piano, mais au violon, au violoncelle, � la harpe, � la clarinette, parfois � la fl�te.</p><p>Si le romantisme adopte des formes libres (pr�lude, impromptu, fantaisie, romance...), la sonate, par l�effort de structure qu�elle impose, a souvent f�cond� l��lan cr�ateur des compositeurs. Schubert*, Chopin*, Schumann*</p><p>(qui use du principe cyclique) utilisent librement ce cadre et �largissent les downloadModeText.vue.download 314 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10269</p><p>proportions du d�veloppement, que Beethoven souhaitait concis et charpent�. Mendelssohn*, plus rigoureux, prolonge davantage les recherches du ma�tre de Bonn dans sa sonate op. 6</p><p>aux parties encha�n�es et renoue avec la tradition de la sonate d�orgue. �</p><p>ses c�t�s, citons Karl Czerny (1791-1857), mais aussi Louis Spohr (1784-1859), C. M. von Weber* et, en France, Alexandre Pierre Fran�ois Bo�ly</p><p>(1785-1858), dont on remarque la rigueur contrapuntique.</p><p>1853 reste une date capitale dans l�histoire de la sonate avec celle de Liszt*, qui renouvelle le cadre dans la filiation de Beethoven. OEuvre d�un seul tenant b�tie sur trois th�mes (et un �l�ment cyclique apparent� au choral) o� une structure �labor�e soutient lyrisme et virtuosit�. Brahms* suit aussi la tradition beethov�nienne et cyclique dans ses sonates pour piano, pour violon, et ses remarquables sonates pour violoncelle et piano et pour clarinette et piano. Les sonates de Max Reger*</p><p>subissent son influence et seront destin�es aux m�mes instruments.</p><p>Mis � part la sonate pour piano</p><p>d�Alkan (1813-1888), il faut attendre</p><p>en France 1876 pour renouer avec la forme. La premi�re sonate pour violon et piano de G. Faur�* ne laisse pas deviner l�aust�rit� tourment�e de la seconde, en 1918, ni des deux sonates pour violoncelle et piano, o� le cycle appara�t � travers un m�me th�me, celui de P�n�lope, sans cesse repris et renouvel�.</p><p>C�est C�sar Franck*, en 1886 (sonate pour piano et violon), qui syst�-</p><p>matise l�emploi de formules cycliques � travers une construction rigoureuse.</p><p>Il sera suivi par Guillaume Lekeu (1870-1894) en 1891. Paul Dukas*</p><p>inaugure le XXe s. avec sa monumentale sonate pour piano (1901), qui m�ne la forme � un apog�e.</p><p>Comme en France avec Camille</p><p>Saint-Sa�ns*, Vincent d�Indy*, Guy Ropartz (1864-1955), Albert Roussel*, Louis Vierne*, la sonate conna�t un renouveau � l��tranger et se trouve marqu�e par les tendances nationales</p><p>� A. Dvo&#x159;�k*, L. Jan�&#x10D;ek* � et les recherches d��criture nouvelles : Aleksandr Nikola�evitch Skriabine (1872-1915), Frank Martin*, Charles Ives*.</p><p>Zolt�n Kod�ly*, en 1915, consacre une importante sonate au violoncelle seul.</p><p>Debussy* n��crivit que trois des six sonates qu�il projetait. Cursives, elles adoptent des formes libres : Prologue, S�r�nade, Pastorale, Interlude, qui renouent avec l�esprit du XVIIIe s. Ravel*, apr�s le d�pouillement de la sonate pour violon et violoncelle (1922) et sa rigueur contrapuntique, introduit le jazz avec humour dans celle qu�il �crit pour piano et violon (1927).</p><p>Hindemith* et Prokofiev* abordent la sonate dans un esprit n�o-classique.</p><p>Le premier �crit un nombre important de sonates pour les instruments les plus divers. Citons celles qui sont sans accompagnement pour violon, alto, violoncelle ; celles qui sont �crites pour viole d�amour, trombone... Prokofiev donne � la forme des proportions plus monumentales � travers neuf sonates pour piano, des sonates pour violon, violoncelle et une sonate pour violon seul.</p><p>Bart�k*, d�s ses deux sonates pour violon et sa sonate pour piano (1926), introduit des recherches rythmiques tr�s nouvelles, d�velopp�es plus encore dans la sonate pour deux pianos et percussion (1937) aux timbres subtils, dont il donnera une version orchestrale (concerto pour deux pianos). En 1944, la sonate pour violon seul, b�tie sur des moules classiques (chaconne, fugue), pousse � l�extr�me les limites instrumentales.</p><p>Apr�s Bart�k, la sonate demeure un cadre o� s�int�grent les compositeurs les plus avanc�s : en 1945, c�est la sonate pour piano de Jolivet*, disciple de Var�se*, et en 1947-48 une floraison d�oeuvres capitales sous la plume de Dutilleux*, Boulez*, Barraqu�* et Cage* (piano pr�par�). Ils perp�tuent et conduisent en des horizons nouveaux un des cadres les plus universels du langage musical.</p><p>Il faut en effet pr�ciser que la sonate en tant que forme a envahi la musique instrumentale � travers la musique de chambre (trio, quatuor, quintette), le concerto, la symphonie et l�ouverture.</p><p>La sonatine</p><p>Le terme de sonatine appara�t � la fin du XVIIe s. chez Johann Rosenm�ller (1619-1684), Johann Heinrich Schmelzer (v. 1623-1680) et correspond en France � celui de sonatille (Jacques Aubert [1689-1753]).</p><p>Au XVIIIe s., il d�signe une petite sonate de style l�ger (Telemann, H�ndel), mais C. P. E. Bach �crit des sonatines pour deux clavecins concertants et grand orchestre qui s�apparentent � la symphonie. Apr�s Clementi, Beethoven et Schubert, on est surpris de voir la forme illustr�e par Max Reger.</p><p>Le XXe s. nous livre sous ce titre d�apparence modeste des oeuvres remarquables sign�es par Ravel, Busoni, Roussel, Milhaud, Dutilleux, Hindemith et Bart�k.</p><p>M. R.</p><p>E. Borrel, la Sonate (Larousse, 1951). /</p><p>W. S. Newman, The Sonata in the Baroque Era (Chapell Hill, N. C., 1959 ; 2e �d., 1966).</p><p>sondage</p><p>M�thode d�enqu�te portant sur un �chantillon � groupe d�individus ou d�unit�s statistiques pr�lev� dans un ensemble plus important, ou population � et destin�e � recueillir les informations n�cessaires pour estimer certaines caract�ristiques de la distribution d�un ou de plusieurs caract�res dans cette population ou dans cet ensemble, soit pour d�crire cette distribution, soit pour servir de base � une d�cision ou � une action sur les m�canismes qui engendrent cet ensemble.</p><p><strong>Introduction</strong></p><p>L��chantillon est choisi suivant certaines r�gles de fa�on � �tre repr�sentatif de la population, afin que les r�sultats obtenus sur l��chantillon puissent �tre valablement �tendus � la population avec une marge d�erreur connue.</p><p>Le souci d��tendre � l�ensemble</p><p>d�une population les r�sultats d�une enqu�te partielle remonte � la fin du XVIIe s., �poque � laquelle Vauban*</p><p>avait tent� de d�terminer la superficie des terres cultivables en �tendant � l�ensemble du pays les r�sultats obtenus sur de petites r�gions consid�r�es comme repr�sentatives des diverses provinces. Cependant, le XVIIIe et le XIXe s., malgr� les progr�s importants du calcul des probabilit�s*, ne furent marqu�s par aucun d�veloppement particulier de la th�orie et de la pratique des sondages. Ce n�est qu�au d�but du XXe s. que l�Institut international de statistique s�int�ressa � l�emploi de la m�thode repr�sentative d�finie en 1925</p><p>par le Danois Adolph Jensen (1866-1948) comme l�ensemble de deux</p><p>m�thodes :</p><p>� la m�thode de choix au hasard, les unit�s soumises � l�enqu�te �tant choisies de fa�on que chaque unit� de l�ensemble ait la m�me chance d�appartenir � l��chantillon ;</p><p>� la m�thode de choix raisonn� de certains groupes d�unit�s pr�sentant globalement les m�mes moyennes et proportions que la population dont ils proviennent, relativement � certains caract�res d�j� statistiquement connus.</p><p>Depuis cette �poque, les enqu�tes*</p><p>par sondages se sont d�velopp�es dans de nombreux domaines : en-qu�tes d�opinion, enqu�tes socio-</p><p>�conomiques, contr�le statistique des fabrications, biom�trie, statistique m�dicale, etc. D�s 1936, date de la cr�ation de l�Institut am�ricain d�opinion publique (Institut Gallup), le d�-</p><p>veloppement des enqu�tes d�opinion, et en particulier celui des enqu�tes de pr�visions �lectorales, fut particuli�rement rapide et spectaculaire aux �tats-Unis. Parall�lement, les services statistiques des administrations f�d�-</p><p>rales des �tats-Unis mirent au point les techniques n�cessaires pour une utilisation syst�matique des enqu�tes par sondages.</p><p>En France, le Service national des statistiques (devenu depuis Institut national de la statistique et des �tudes �conomiques, I. N. S. E. E.) cr�a en 1943 une division � sondages � charg�e d��tudier les bases th�oriques de la m�thode des sondages et les modalit�s de son emploi dans diverses en-qu�tes socio-�conomiques. � la m�me �poque fut cr�� l�Institut fran�ais d�opinion publique (I. F. O. P.) ; son champ d�action, comme celui de divers autres organismes (Soci�t� d��conomie et de math�matique appliqu�e, organismes sp�cialis�s dans les �tudes de march�*), s��tend d�ailleurs � d�autres domaines de recherches d�informations pouvant servir de base � des d�cisions sur le plan national ou dans le cadre d�entreprises industrielles ou commerciales.</p><p>Le panel</p><p>Cette technique d�observation directe a �t� mise au point par le sociologue am�ricain Paul Lazarsfeld* et illustr�e par l��tude des �lections pr�sidentielles de 1940 dans le comt� d�Erie, en Ohio (�tude publi�e en 1944 sous le titre de The People�s Choice [le Choix du peuple]). Elle consiste essentiellement � interroger un groupe de personnes ou un �chantillon repr�sentatif d�une population donn�e par des entretiens ou questionnaires r�p�t�s � divers intervalles, dans le dessein de cerner l��volution de leurs opinions et de leurs attitudes.</p><p>Les r�gles du panel sont simples : elles reposent sur la r�p�tition des m�mes</p><p>questions � des intervalles r�guliers et sur le fait que les entretiens portent sur les m�mes personnes ou sur un groupe qui reste homog�ne pendant toute la dur�e de l�enqu�te. On interroge le groupe �tudi� � intervalles r�guliers (par exemple une fois par mois) pour obtenir une s�rie d�instantan�s de ses opinions. La comparaison de ces � photographies � permet de pr�ciser l��volution. Les entretiens doivent �tudier aussi bien les attitudes que les �l�ments downloadModeText.vue.download 315 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10270</p><p>(tels les moyens de communication de masse) susceptibles de les faire �voluer.</p><p>Le rythme de la r�p�tition et la dur�e des entretiens r�p�t�s varient avec la nature de l��tude et la composition des groupes interrog�s.</p><p>Dans l�enqu�te de Lazarsfeld, les entretiens ont �t� r�p�t�s six fois � un mois et demi d�intervalle. Dans une autre �tude portant sur le cheminement des id�es amenant les �tudiants � choisir une carri�re future, les entretiens se sont �tal�s sur une p�riode de deux ans. La limite principale de cette technique est la difficult� de maintenir longtemps un �chantillon homog�ne. En effet, on l�applique dans deux cas diff�rents : soit � un groupe donn�, soit � un �chantillon repr�sentatif d�une population. Or, dans un cas comme dans l�autre, un certain nombre de transformations risquent de modifier la composition du groupe ou de l��chantillon et par cons�quent de fausser l�exp�rience au bout d�un certain temps : il en est ainsi du d�part temporaire ou d�finitif de certains membres du groupe, de leur lassitude � r�pondre aux m�mes questions, etc. C�est pourquoi Lazarsfeld pr�cise bien que sa m�thode ne permet d��tudier l��volution des opinions et le changement social qu�� court terme.</p><p>Mais il est une autre difficult� � cette m�thode, qui provient de l�effet d�formateur de la r�p�tition. Les questionnaires sont g�n�ralement con�us pour que la succession des questions n�entra�ne pas d�effet de contamination d�une question par l�autre, la r�ponse � la premi�re influen�ant la r�ponse � la seconde ; or, dans le cas du panel, les personnes interrog�es</p><p>connaissent d�s la deuxi�me passation du questionnaire l�ensemble des questions ; ils peuvent ainsi avoir tendance � pr�parer leurs r�ponses, � r�fl�chir de plus en plus aux probl�mes pos�s, et, � partir d�un certain degr� de pr�paration des r�ponses, on ne sait plus si le panel enregistre vraiment l��volution des opinions ou simplement l��volution des opinions que lui-m�me provoque. Pour le v�rifier, il faudrait mettre sur pied des s�ries de groupes t�moins (ayant une composition identique � celle du panel), que l�on n�interrogerait chacun qu�une seule fois, aux diff�rentes �tapes du panel ; cela reviendrait en fait � changer de technique ou � en comparer deux, celle du panel en groupe constant et celle de sondages d�opinion r�p�t�s � �chantillons identiques, mais diff�rents, � chaque sondage. De toutes fa�ons, l��tude des effets d�formateurs est int�ressante en elle-m�me. D�autre part, on peut distinguer l��tude des petits groupes de l��tude des populations. Le panel, dans le cas de l��tude des petits groupes, permet d�analyser en profondeur l�attitude d�une communaut� si on utilise l�interview et non plus le questionnaire. Enfin, l��tude de l�effet d�formateur de la r�p�tition r�v�le de nombreux aspects importants de la consistance, de l��laboration, de la nature et de l��volution des opinions ; c�est d�ailleurs un biais classique de la science et de la connaissance que l��tude des cons�-</p><p>quences de l�intervention du chercheur sur l�objet �tudi�.</p><p>Les diff�rentes recherches de Paul Lazarsfeld sur l�effet de d�formation du panel l�am�nent � penser que les aspects importants d�une attitude ou d�une opinion, les facteurs qui ont le plus d�importance sur elle ne sont pas modifi�s en fait par l�effet de r�p�tition. C�est le r�sultat de ses nombreuses �tudes sur l�effet des moyens de communication de masse qui l�a aid� � cerner le ph�nom�ne de l��volution des opinions. La r�p�tition renforce plut�t l�opinion qu�elle ne la d�forme, et ce n�est s�rement pas au niveau du comportement verbal ou m�me r�fl�chi que s��labore l�attitude ou l�opinion. Les facteurs de formation des attitudes sont beaucoup plus profond�ment li�s aux structures sociales elles-m�mes et non � l�effet de leur expression partielle par les moyens de communication de masse ou par l�interm�diaire des m�thodes d�investigation des sciences humaines comme le panel. Au contraire, les facteurs secondaires ou, si l�on pr�f�re,</p><p>les aspects inconscients des opinions et des attitudes sont influenc�s par l�effet de r�p�tition. L�analyse simultan�e par interviews r�p�t�es d�un m�me groupe, et par des sondages sur des groupes t�-</p><p>moins diff�rents, permet ainsi, dans une certaine mesure, de distinguer les divers �l�ments des opinions et, de m�me, de les hi�rarchiser.</p><p>D�une fa�on g�n�rale, enfin, les panels ont le plus souvent servi � essayer de cerner l��volution des opinions politiques avant une consultation g�n�rale. Un bon exemple de l�int�r�t et des difficult�s d�une telle m�thode est illustr� par le d�bat sur l�influence de la publication des sondages avant une consultation �lectorale ; la s�rie de sondages nationaux publi�e par la presse lors des �lections s�apparente tout � fait � l�organisation d�un panel, et la discussion sur les effets des publications des r�sultats, � celle de l�effet d�formateur de cette technique.</p><p>B. V.</p><p>Bases th�oriques</p><p>des m�thodes</p><p>d��chantillonnage</p><p>Bien que leur application ait �t� diff�-</p><p>r�e de plus de deux si�cles, le principe essentiel de ces m�thodes se trouve dans l�ouvrage de Jacques Bernoulli*</p><p>Ars conjectandi, publi� en 1713, apr�s sa mort, par son neveu Nicolas. Les travaux de Bernoulli sur les tirages de boules dans une urne contenant des boules de deux couleurs montraient d�j� la validit� de l�information que l�on peut attendre d�un tirage de n boules en ce qui concerne les proportions p et q des boules des deux cat�gories dans l�urne.</p><p>Les d�veloppements dus � Abraham de Moivre (1667-1754) [The Doctrine of Chances, 1717], puis � Laplace*</p><p>(Th�orie analytique des probabili-t�s, 1812) et � Carl Friedrich Gauss*</p><p>(Theoria combinationis observationum, 1823) ont conduit � la loi normale de Laplace-Gauss*, dont le r�le est devenu fondamental dans l��tude des propri�t�s de la moyenne d��chantillons tir�s d�une population nombreuse. Vers la m�me �poque, Denis Poisson (R�gles g�n�rales du calcul</p><p>des probabilit�s, 1829) [v. Poisson (loi de)] �tudiait les propri�t�s des tirages faits dans une s�rie d�urnes de compositions diff�rentes au lieu d�une urne unique et fournissait ainsi les bases des �chantillonnages avec stratification pr�alable, largement utilis�s un si�cle plus tard. Enfin, vers 1925, sir Ronald Aylmer Fisher �tablissait la base d�une th�orie de l�estimation*</p><p>permettant, sous certaines hypoth�ses pratiquement assez larges, d�estimer, � partir d�un �chantillon, les param�tres inconnus de la population en leur associant un intervalle de confiance correspondant � une probabilit� donn�e que cet intervalle contienne la vraie valeur inconnue.</p><p>Dans le cas, th�oriquement tr�s</p><p>simple, mais souvent impossible � r�aliser en pratique, d�un �chantillon de n unit�s pr�lev�es au hasard dans une population de N unit�s, les bases th�oriques de la m�thode des sondages conduisent aux r�sultats suivants.</p><p>Si m et &#x3C3; sont respectivement, dans la population de N unit�s, la moyenne et l��cart type d�un caract�re mesurable X associ� � chaque unit�, les divers �chantillons de n unit�s qu�il serait possible de pr�lever dans la population auraient, si n n�est pas tr�s petit (par exemple n &gt; 10), des moyennes xi normalement distribu�es autour de la moyenne inconnue, avec un �cart type pratiquement tr�s voisin</p><p>de si le rapport n/N (taux de sondage) est petit (pratiquement inf�rieur � 0,10). La distribution des moyennes possibles d��chantillons est d�autant plus concentr�e et plus voisine d�une distribution normale autour de m que n est plus grand. La th�orie �l�mentaire de l�estimation conduit alors :</p><p>1o � estimer l��cart type inconnu &#x3C3; par la valeur la sommation �tant �tendue � toutes les observations x de l��chantillon de moyenne</p><p>;</p><p>2o � conclure que la moyenne inconnue m a, par exemple, environ 95 chances sur 100 de ne pas diff�rer de</p><p>de la moyenne de l��chantillon.</p><p>Si l�on s�int�resse � un caract�re qualitatif port� par une fraction inconnue p de la population, la valeur de p sera, dans les m�mes conditions, estim�e par la fraction p0 constat�e dans l��chantillon, avec 95 chances sur 100 de n�en pas diff�rer de plus de</p><p>Mais, si N est grand, il est en fait tr�s difficile de r�aliser un pr�l�vement au hasard, c�est-�-dire donnant � chacune des N unit�s de la population une m�me probabilit� de figurer dans l��chantillon : il faudrait, par exemple, disposer d�une liste num�rot�e des N unit�s de la population (base de sondage). Un tel proc�d�, r�alis� par exemple pour l�amortissement annuel d�un nombre fix� d�obligations du Cr�-</p><p>dit foncier, lesquelles sont individualis�es et num�rot�es a priori, ne peut pas l��tre pour constituer un �chantillon de quelques milliers de m�nages de la population fran�aise.</p><p>M�thodes d�enqu�tes</p><p>par sondages</p><p>� d�faut d�une nomenclature compl�te des unit�s de la population, permettant le choix au hasard des unit�s de l��chantillon soumis � l�enqu�te, la r�alisation d�une enqu�te par sondages implique toujours une certaine information pr�alable sur la population, afin d�assurer au mieux le caract�re repr�-</p><p>sentatif de l��chantillon. Il existe deux grandes cat�gories de m�thodes de sondage : les m�thodes empiriques et les m�thodes probabilistes (v. enqu�te par sondages).</p><p>Techniques utilis�es pour</p><p>am�liorer l�efficacit� de</p><p>la m�thode des sondages</p><p>L�utilisateur du r�sultat d�une enqu�te par sondages, tenant compte du but recherch�, des d�cisions � prendre en fonction des r�sultats, des risques associ�s aux erreurs d�estimation, des cr�-</p><p>dits qu�il estime pouvoir consacrer � la r�alisation de l�enqu�te, recherche tr�s g�n�ralement un compromis optimal entre la pr�cision des r�sultats, caract�-</p><p>ris�e par la variance des estimations, et</p><p>le co�t total de l�enqu�te. Cela conduit le statisticien charg� d�organiser l�en-qu�te � mettre au point un plan de sondage qui, tenant compte des contraintes impos�es par la nature de l�enqu�te, mais aussi des informations pr�alables d�j� disponibles, permette d�obtenir soit la pr�cision maximale pour un co�t donn�, soit la d�pense minimale pour une pr�cision fix�e.</p><p>De tr�s nombreux proc�d�s ont �t� �tudi�s pour atteindre ces r�sultats.</p><p>L�un des plus importants est sans doute downloadModeText.vue.download 316 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10271</p><p>la stratification, fond�e sur le principe suivant : si la population �tait partag�e en groupes rigoureusement homog�nes en ce qui concerne la variable �tudi�e, il suffirait �videmment d�observer une unit� de chaque groupe pour conna�tre exactement la population. D�o� l�id�e de d�couper la population en sous-populations, ou strates, consid�r�es comme devant �tre plus homog�nes � l��gard du caract�re �tudi� que ne l�est la population totale. La stratification est faite en tenant compte des classes de valeurs ou des modalit�s d�un autre caract�re dont la distribution dans la population est connue avant l�enqu�te et dont on sait qu�il est en corr�lation �troite avec le caract�re �tudi�. Les unit�s-�chantillons sont ensuite obtenues par tirage au sort dans chaque strate, alors que, dans la m�thode des quotas, elles �taient choisies par l�en-qu�teur. Il r�sulte d�ailleurs du sch�ma d�urnes de Poisson que, si l�efficacit� finale d�pend de l�homog�n�it� des strates relativement � la variable �tu-di�e, l��chantillon stratifi� est toujours plus efficace que l��chantillon al�atoire �l�mentaire et que l�efficacit� augmente avec le nombre des strates, quel que soit le mode de stratification.</p><p>La stratification peut �tre utilis�e � chacun des degr�s d�un sondage � plusieurs degr�s ; elle peut aussi �tre utilis�e a posteriori pour pond�rer les r�sultats d�un �chantillon non stratifi� en tenant compte de la r�partition des unit�s observ�es dans un tel �chan-</p><p>tillon, relativement au crit�re de stratification ; on utilisera alors comme estimateur une moyenne pond�r�e</p><p>des moyennes des strates, les poids �tant proportionnels aux effectifs des strates dans la population. En plus du choix du crit�re de stratification, de la fixation du nombre des strates et de leurs limites, la pr�paration d�un plan d��chantillonnage stratifi� comporte la fixation du nombre d�unit�s qui seront tir�es dans chaque strate, les fractions de sondage (rapports du nombre d�unit�s-�chantillons � l�effectif de chaque strate) pouvant varier d�une strate � l�autre de mani�re � satisfaire au mieux aux conditions de co�t et de pr�cision.</p><p>Ainsi, pour un co�t total fix�, si le co�t unitaire de l�enqu�te varie d�une strate � l�autre, il conviendrait de prendre dans chaque strate un �chantillon d�autant plus important que :</p><p>1o la strate est elle-m�me d�effectif plus grand ;</p><p>2o la dispersion de la variable �tudi�e est plus grande dans la strate ; 3o le co�t unitaire moyen de l�enqu�te dans la strate est moins �lev�.</p><p>En fait, ces deux derni�res conditions n�ont le plus souvent qu�un caract�re indicatif : les variances dans les strates ne peuvent g�n�ralement �tre estim�es qu�apr�s l�enqu�te ; de m�me, les co�ts unitaires moyens sont difficiles � estimer a priori. Cependant, dans une enqu�te sur les superficies d�exploitations agricoles par exemple, les variances sont beaucoup plus grandes dans une strate de grandes exploitations que dans une strate de petites exploitations, et les frais de d�placement des enqu�teurs sont plus �lev�s dans une r�gion o� les exploitations sont tr�s dispers�es. � d�faut d�informations utilisables sur les variances et sur les co�ts, on utilisera dans les diverses strates un taux de sondage uniforme.</p><p>Diverses m�thodes, fond�es sur la relation constat�e entre la variable � �tudier Y et les crit�res de stratification X, permettent �ventuellement d�am�-</p><p>liorer l�estimation fournie, dans chaque strate, par l��chantillon. Toutes ces m�thodes utilisent, soit a priori, pour</p><p>�tablir le plan de sondage, soit a posteriori, pour am�liorer les estimations, des informations suppl�mentaires li�es � la distribution ou aux valeurs, dans la population, d�autres variables que celles que l�on �tudie.</p><p>E. M.</p><p>F Corr�lation / Enqu�te par sondages / Estimation / Marketing / Opinion publique / Probabilit�</p><p>/ Statistique.</p><p>G. R. Chevry, Pratique des enqu�tes statistiques (P. U. F., 1962). / J. Desabie, Th�orie et pratique des sondages (Dunod, 1966). /</p><p>J. Antoine, l�Opinion : technique d�enqu�tes par sondage (Dunod, 1969). / N. et F. Berthier, le Sondage d�opinion (Bordas, 1972). / J. Stoetzel et A. Girard, les Sondages d�opinion publique (P. U. F., 1973).</p><p>sondeur</p><p>Instrument permettant de d�terminer, � bord des navires, la profondeur de l�eau et la nature du fond.</p><p><strong>Introduction</strong></p><p>Le r�glement pour la s�curit� de la vie humaine en mer impose aux navires dont la jauge brute est �gale ou sup�-</p><p>rieure � 500 tonneaux de poss�der une sonde � main d�au moins 50 m et soit un sondeur m�canique avec ses accessoires et deux plombs, soit un sondeur sonore ou ultrasonore avec �chelle de 0</p><p>� 300 m au moins.</p><p>Ces �quipements permettent de</p><p>conna�tre la profondeur de l�eau sous le navire, ce qui est indispensable surtout de nuit ou par brume quand la visibilit� est tr�s mauvaise ou nulle. La sonde � main est d�ailleurs recommand�e aussi pour les petits b�timents de plaisance.</p><p>Les sondeurs ultrasonores sont</p><p>de plus en plus r�pandus � bord des navires et surtout sur les bateaux de p�che.</p><p>La sonde � main</p><p>Elle est constitu�e d�un plomb pesant de 3 � 4 kg attach� au bout d�une ligne gradu�e de 50 m de longueur environ.</p><p>Le plomb, de forme pyramidale allon-</p><p>g�e, comporte � sa base une cavit� que l�on peut remplir de suif, ce qui permet de recueillir un �chantillon du fond ou simplement de v�rifier que le plomb a bien touch�. Elle se range (avec pr�-</p><p>caution pour �viter les noeuds) dans un seau, un sac ou un panier et est solidement amarr�e au fond de ce r�cipient.</p><p>Pour se servir correctement de la sonde � main, on lance le plomb vers l�avant du bateau quand il se d�place ; on laisse filer la ligne en conservant une certaine tension et on la rel�ve quand on passe � la hauteur du point o� le plomb a �t� immerg�. Les sondages � la main ne sont vraiment pr�cis que pour des profondeurs qui sont inf�-</p><p>rieures � 15 m.</p><p>Le sondeur m�canique</p><p>Le plus r�pandu des sondeurs de ce type est le sondeur Thomson, dont le principe est fond� sur la loi de Boyle-Mariotte : on mesure la profondeur d�apr�s la pression hydrostatique au fond. Pour cela, on envoie au bout d�une ligne un tube de verre ferm� � la partie sup�rieure et dont l�int�rieur est enduit de chromate d�argent ; l�eau de mer p�n�tre dans le tube en comprimant l�air en fonction de la profondeur jusqu�� une certaine hauteur marqu�e par la coloration jaune r�sultant de la d�composition du chromate d�argent par le sel de l�eau de mer. La manoeuvre consiste � prendre un tube neuf, � casser la partie inf�rieure, � le mettre dans la capsule du sondeur et � faire descendre cette capsule jusqu�au fond, en prenant des pr�cautions pour que, lors de l�arr�t, il n�y ait pas d�oscillations trop fortes de l�eau entr�e dans le tube.</p><p>On peut ainsi mesurer des profondeurs jusqu�� environ 200 m.</p><p>Le sondeur acoustique</p><p>C�est le type le plus usit� � l�heure actuelle. Il utilise le mode de d�tection par �cho. On mesure la profondeur en �mettant dans l�eau une impulsion sonore tr�s br�ve et en mesurant le temps �mis par cette impulsion pour aller jusqu�au fond et pour en revenir, la vitesse de propagation du son dans l�eau �tant de l�ordre de 1 500 m/s.</p><p>La mesure de la dur�e du trajet aller</p><p>et retour ne pr�sente pas de difficult�, en tout cas pas les m�mes que pour le radar, qui est fond� sur le m�me principe de d�tection par �cho, mais en utilisant des ondes �lectromagn�tiques qui se propagent � 300 000 km/s.</p><p>Si l�on veut non pas d�tecter le fond de la mer, mais conna�tre la distance horizontale d�un obstacle situ� dans le voisinage du navire, au lieu d�envoyer un faisceau d�ondes sonores verticalement, on l�envoie horizontalement dans la direction convenable ou en balayant le plan horizontal si l�on ne conna�t pas la direction et qu�on cherche l�obstacle ; l��quipement est alors appel� sonar. En dehors des applications militaires, le sonar est tr�s utile actuellement aux tr�s grands navires pour accoster � quai. De m�me, on peut, en projetant le faisceau verticalement vers le haut � partir d�un v�hicule sous-marin, conna�tre la distance de la surface de l�eau. Les p�cheurs utilisent un tel dispositif pour conna�tre la position de leur chalut ; des sondeurs sp�ciaux dispos�s � l�ouverture du chalut mesurent simultan�ment la distance du fond et de la surface ; ces indications sont transmises au chalutier par ondes sonores, plut�t que par c�ble. Les sondeurs acoustiques et les sonars emploient des ultrasons de fa�on � �mettre des faisceaux assez directifs � partir de sources de dimensions acceptables. La dimension de la source doit �tre assez grande par rapport � la longueur d�onde afin de r�aliser cette directivit�. Les fr�quences utilis�es par les sondeurs sont en g�n�ral de 38 ou de 50 kHz, ce qui donne un faisceau de 10 � 20�</p><p>d�ouverture.</p><p>Le sondeur comprend trois �l�ments.</p><p>� Un projecteur �metteur et r�cepteur d�ultrasons, avec quartz pi�zo�lectrique ou c�ramique, est install� sur la coque du navire, en contact avec l�eau ; son emplacement doit �tre choisi de fa�on que le fonctionnement de l�appareil ne soit pas perturb� par le passage de bulles d�air, qui forment �cran pour les ondes acoustiques.</p><p>� Un �metteur-r�cepteur produit l�impulsion � l��mission, re�oit et d�tecte l�arriv�e de l��cho ; il est reli� par c�ble au projecteur.</p><p>� Un indicateur-enregistreur donne la mesure de la profondeur et pr�sente le profil du fond, des obstacles et de tout ce qui int�resse le navigateur.</p><p>downloadModeText.vue.download 317 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10272</p><p>Les sondeurs actuels sont assez sensibles et perfectionn�s pour rep�rer non seulement le fond, mais les bancs de poissons et m�me les poissons isol�s quand ils ont une certaine dimension ; aussi les appelle-t-on parfois � loupe � poissons �.</p><p>La ma�trise de la peinture s�affirme dans le paysage au lavis d�encre qui s��tait r�v�l� d�j� sous les Cinq Dynasties (907-960) avec Jing Hao (King Hao) et Guan Tong (Kouan T�ong), initiateurs d�un art puissant et tragique. Les peintres du monochrome d�infini. Au XIe s., les visions lyriques de Xu Daoning (Hiu Taoning) et de Guo Xi (Kouo Hi*) s�adaptent au d�-</p><p>roulement de longs rouleaux horizontaux o� s�encha�nent ombres et clart�s, masses denses et atmosph�res �vanes-centes. � cette grandeur majestueuse E. G.ne tendent pas � la ressemblance, bien va succ�der une conception plus res-F Cabotage / Navigation / P�che maritime.</p><p>Song (�poque)des dominantes, pour aboutir � une mique que patronne la cour de Kaifeng</p><p>�poque correspondant aux dynasties des Song du Nord (960-1127) et des Song du Sud (1127-1279), au cours de laquelle, apr�s plus de cinquante ans d�anarchie, la Chine atteint le point culminant de sa culture.</p><p>po�tes, utilisant les moyens de la calligraphie, la peinture participe au prestige de celle-ci et s�identifie � la po�sie.</p><p>Le pinceau souple permet tous les jeux d�encre. N�gligeant le cerne, le peintre peintre archa�sant, fid�le au cerne.</p><p>� l�exemple de l�empereur Huizong (Houei-tsong, 1101-1125), esth�te,</p><p>collectionneur et lui-m�me peintre de talent, cette �cole se signale par des Isol�e au nord et � l�ouest par la pression des Barbares, repli�e sur ellem�me, la Chine repense et approfondit le legs d�une longue tradition : philosophie, po�sie, sciences rivalisent d��clat et s�accompagnent d�une remarquable floraison des arts, en particulier de la peinture et de la c�ramique.</p><p>de valeurs intenses ou l�g�res. � la fin du Xe s., Dong Yuan (Tong Yuan*) et Juran (Kiu Jan) prolongent le � style monumental � de leurs pr�d�cesseurs et l�a�rent en y introduisant l�espace, d�sormais �l�ment capital, sugg�r� par des vides et des brumes qui diff�rencient les plans et cr�ent un sentiment cises et d�licatement color�es. Apr�s le transfert de la cour � Hangzhou (Hang-tcheou) en 1127, cette tendance rena�t avec Li Di (Li Ti). Le monochrome revit dans un esprit romantique : Ma Yuan* (v. 1190-1225) r�duit les paysages � quelques �l�ments ax�s en diagonale, Xia Gui (Hia Kouei*) ponctue les siens de traits nerveux et hach�s.</p><p>Loin de la cour, les moines Muqi (Mou-k�i) et Liang Kai (Leang K�ai), adeptes du chan (tch�an*, zen en japonais), peignent des personnages et des animaux dans un style elliptique et intuitif.</p><p>L��poque Song est aussi l��ge d�or de la c�ramique, art sobre et raffin� caract�ris� par des formes harmonieuses, des couvertes monochromes onctueuses et subtiles. Parmi une production abondante et tr�s vari�e, signalons, sous les Song du Nord, les ding (ting) translucides, aux tons ivoirins, finement grav�s ; les rares ru (jou), d�un bleu-gris d�licat ; les jun (kiun) bleus, tach�s de pourpre ; les c�ladons du Nord vert olive, o� jouent les ombres d�un d�cor incis� ; les robustes ci (ts�eu) aux d�cors peints, grav�s ou champlev�s, auxquels on rattache les noirs du Henan (Ho-nan). Sous les Song du Sud, les pr�cieux guan (kouan) officiels, � la couverte savamment craquel�e ; les c�ladons de Long-quan (Long-ts�iuan), d�un vert bleut� profond ; les bols � th� temmoku, noirs</p><p>que leur art s�appuie sur une patiente et minutieuse observation : ils recomposent la nature, exprimant leur �tat d��me par des rythmes, des contrastes, communion mystique de l�homme et de l�univers. OEuvre de lettr�s et de use de taches, de points, de d�grad�s, treinte qu�illustre l�art � impressionniste � de Li Tang (Li T�ang*) et de Mi Fu (Mi Fou*).</p><p>Tout autre est l�art officiel et acad�-</p><p>(K�ai-fong). Il est domin� par Li Long-mian (Li Long-mien, v. 1040-1106), peintures d�oiseaux et de fleurs, pr�-</p><p>� reflets m�talliques, du Fujian (Fou-kien) ; les qingbai (ts�ing-pai), fines porcelaines d�licatement bleut�es du Jiangxi (Kiang-si). Un commerce maritime actif r�pand la porcelaine dans toute l�Asie du Sud-Est ainsi qu�au Japon, o� elle exercera une influence consid�rable.</p><p>Les autres formes d�art, mis � part un renouveau dans les techniques des laques et des soieries, offrent moins d�originalit�. L�architecture se signale par un recours accru � l�ornement et � la couleur, un go�t de la verticalit�, le d�but de l�incurvation des toits ; la sculpture, par des recherches d�effets quasi picturaux : dans ses guanyin (kouan-yin) en bois peint, l�accent est mis sur la gr�ce alanguie des attitudes et sur la souplesse des draperies o� joue la lumi�re. La passion de l�arch�ologie, suscit�e par les fouilles entreprises par Huizong (Houei-tsong) � Anyang (Ngan-yang), a cantonn� les arts du bronze et du jade dans des imitations, souvent mal comprises, de pi�ces archa�ques.</p><p>D. L.-G.</p><p>F Chine.</p><p>B. Gray, Early Chinese Pottery and Porcelain (Londres, 1953). / D. Lion-Goldschmidt, les Poteries et porcelaines chinoises (P. U. F., 1957). / P. C. Swann, la Peinture chinoise (trad.</p><p>de l�angl., Tisn�, 1958). / J. F. Cahill, la Peinture chinoise (trad. de l�angl., Skira, Gen�ve, 1960). / M. David et D. Lion-Goldschmidt, Arts asiatiques, t. III : C�ramique chinoise (�d. des Mus�es nationaux, 1963).</p><p>Songha�s</p><p>ou Songhays</p><p>Ethnie du Niger qui occupe un pays plat correspondant au nord de la boucle du Niger, sous climat sah�lien.</p><p>La vie des Songha�s</p><p>Les sols sont peu favorables aux cultures (lat�risation). Les bonnes terres sont limit�es � la vall�e du Niger.</p><p>Les Songha�s repr�sentent environ 650 000 personnes. L�emploi ancien du songha� par les p�cheurs et les bateliers du Niger en a fait une langue tr�s diffus�e.</p><p>La majorit� des Songha�s sont agriculteurs. Le mil est la culture principale ; s�y ajoutent le riz, des cultures d�appoint (bl�, ma�s, manioc, ni�b�, arachide) et le coton le long du fleuve.</p><p>Autour des cases, certaines cultures (gombo, piment, oignons, tabac) se font dans des jardins. Les travaux agricoles s�effectuent collectivement.</p><p>downloadModeText.vue.download 318 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10273</p><p>Parfois, les Songha�s �l�vent des ovins et des caprins, mais leur sp�cialit� est l��levage des chevaux. Le cheval est r�serv� aux personnages importants.</p><p>Les Sorkos, sous-groupe des Son-</p><p>gha�s, chassent les hippopotames et p�chent. Le poisson s�ch� et fum� est �chang� sur place contre du mil ou revendu jusqu�en Nigeria. Seuls les Gows, autre sous-groupe des Songha�s, pratiquent la chasse. Les travaux artisanaux sont associ�s au syst�me des castes. Les forgerons (qui fabriquent des outils agricoles et des bijoux), les menuisiers (qui fabriquent les pirogues), les travailleurs du cuir (sandales, bottes), du coton (teinturiers sp�cialistes) subsistent toujours. Les femmes r�alisent des poteries � usage</p><p>domestique.</p><p>Autrefois, le pays des Songha�s �tait riche ; aujourd�hui, l�absence des ressources du sous-sol, l�insuffisance des sols, qui ne peuvent nourrir la population, obligent les Songha�s � �migrer vers le Gh&#x101;na.</p><p>La soci�t� des Songha�s ne pr�sente pas une division par clans, mais par grandes familles : les dumi ; la grande famille regroupe les descendants de l�anc�tre commun qui fut son h�ros fondateur. Elle est endogame de pr�f�-</p><p>rence. Cependant, s�il y a alliance entre deux grandes familles, les descendants sont officiellement rattach�s au groupe paternel et officieusement au groupe maternel.</p><p>On observe les r�gles de l�isl&#x101;m au mariage, et la polygamie est un signe de richesse.</p><p>L�ensemble de la soci�t� des Songha�s est compos� des esclaves (anciens prisonniers de guerre, main-d�oeuvre agricole), des captifs (descendants des esclaves), des artisans cast�s, des griots, des hommes libres (la masse des cultivateurs) et des chefs (les nobles : meyga). Ces derniers servent d�interm�diaires entre l�administration et le peuple. La terre est propri�t� indivise et collective.</p><p>Les Songha�s sont apparemment</p><p>islamis�s, mais ils pratiquent des cultes particuliers � certaines divinit�s pour les affaires de ce monde. Le culte des anc�tres et surtout celui des holey (g�nies) ainsi que les danses de possession sont tr�s r�pandus. Les tenants de l�isl&#x101;m et du culte des an-c�tres s�adonnent occasionnellement � la magie (fabrication de charmes), qui remporte des succ�s au-del� du pays des Songha�s.</p><p>J. C.</p><p>L�histoire des Songha�s</p><p>L�installation du peuple songha� sur les rives du Niger est tr�s ancienne, ant�-</p><p>rieure au VIIe s. On a longtemps suppos� que son expansion s��tait faite d�aval vers l�amont, des groupes de p�cheurs et de chasseurs remontant le fleuve,</p><p>suivis par les agriculteurs, jusqu�au moment o� ils rencontr�rent dans le Macina les avant-gardes du monde mandingue (p�cheurs bozos). On pense actuellement que les petites langues de l�A�r t�moignent d�une vaste expansion ancienne de la famille songha�, qui aurait occup� le Sahara central, alors plus humide, et la zone soudanaise voisine. La partie saharienne aurait �t� berb�ris�e durant le haut Moyen �ge, quand le chameau permit aux nomades de s��tendre vers le sud. Le d�veloppement historique des Songha�s s�est donc limit� � la zone soudanaise.</p><p>La dynastie des Dias (Zas), que</p><p>des traditions ult�rieures pr�senteront comme d�origine y�m�nite, para�t avoir fond� le premier royaume autour de l��le de Koukia (Bentia) d�s la fin du VIIe s. C�est cependant Gao, plus en amont, d�bouch� privil�gi� d�une des principales routes transsahariennes, celle de Tunis et Tripoli, qui allait devenir la capitale d�finitive, peut-�tre d�s la fin du IXe s., et incarner l��tat songha�.</p><p>Celui-ci se d�veloppe gr�ce au commerce avec le Maghreb, anim� par les musulmans, et sa dynastie se convertit � l�isl&#x101;m au d�but du XIe s. Bien que les masses soient rest�es animistes fort longtemps, et m�me jusqu�� nos jours, les Songha�s comme les Sonimk�s et plus tard les Malink�s s�emploient d�s lors � construire la civilisation soudanaise, dont l�isl&#x101;m est une partie int�-</p><p>grante et qui participe aux �changes du monde musulman.</p><p>Des recherches r�centes paraissent d�montrer que le royaume musulman de Gao, qui est rest� ext�rieur � l�empire du Gh&#x101;na, s�est trouv� soumis � l�empire du Mali vers 1250-1275, puis vers 1290-1400, voire un peu plus tard. Pendant la seconde p�riode, les rois des Songha�s appartenaient � la dynastie des Sonnis (ou Chis), qui ne serait d�ailleurs qu�un rejet des Dias, peut-�tre favoris� par les empereurs du Mali. L�influence malink�e est alors tr�s grande sur les institutions et la soci�t�, mais il semble que la capitale ait �t� un moment d�plac�e � Koukia, moins � port�e des suzerains malink�s.</p><p>Profitant du d�placement des routes</p><p>transsahariennes vers l�est, le Songha� se lib�re du Mali au d�but du XVe s.</p><p>et lui porte de tels coups qu�il le supplante dans l�h�g�monie du Soudan nig�rien et le contr�le des routes transsahariennes. Cette expansion culmine avec la prise, en 1476, de la m�tropole commerciale de Djenn�, sous le grand conqu�rant qu�est Sonni Ali (1464-1492).</p><p>L�acculturation de la soci�t� a cependant cr�� des d�s�quilibres, et le parti musulman prend le pouvoir, � la suite d�un coup d��tat, en la personne d�un soldat, peut-�tre d�origine toucou-leur, l�Askia Mohammed, qui inaugure une nouvelle dynastie. Sous les Askias, l��tat songha�, soutenu par une arm�e puissante, atteint un haut niveau de complexit� administrative et de diversification sociale. La culture �crite de l�isl&#x101;m triomphe dans les villes, notamment la m�tropole de Tombouctou, qui est le centre du commerce et de la religion avec les �coles fameuses de la mosqu�e de Sankor�, tandis que Goa a un caract�re politique et militaire.</p><p>Cependant, les contradictions entre l��tat animiste et la culture islamique, entre le paysannat et les citadins commer�ants expliquent une grande instabilit� et de continuelles guerres civiles.</p><p>Celles-ci commencent avec la destitution de Mohammed en 1528.</p><p>Le contr�le des salines du Sahara oppose les Askias � la dynastie ch�ri-fienne des Sa�diens, qui anime la renaissance du Maroc. Ceux-ci sont en outre attir�s par le mythe de l�or soudanais. C�est ainsi qu�en 1591 une arm�e, form�e en partie de ren�gats espagnols, traverse le Sahara et, gr�ce � la sup�-</p><p>riorit� de ses armes � feu, �crase l�Askia Issihak II � la bataille de Tondibi (12 avr. 1591).</p><p>Les Askias se retirent alors vers le sud-est, dans le Dendi, o� le vieil empire opposera une r�sistance invincible aux Marocains avant de se morceler en petits �tats vers 1660. Le Songha� du Nord, du Macina � Goa, constitue d�sormais un pachalik marocain dont la capitale est � pr�sent � Tombouctou.</p><p>Cet �tat colonial tombe bient�t entre les mains des Armas, m�tis des soldats marocains et des femmes indig�nes. Si</p><p>la fiction de la souverainet� marocaine dure jusqu�au d�but du XIXe s., le pachalik est en fait ind�pendant depuis la fin du XVIIe s. Bien que ce soit une �poque de d�cadence politique, c�est alors que sont r�dig�es les plus grandes oeuvres de la litt�rature arabe du Soudan nig�-</p><p>rien. Au d�but du XVIIIe s., le pachalik tombe pratiquement entre les mains des Touaregs, tandis que la tribu mara-boutique maure des Kountas �tend son influence sur la r�gion de Tombouctou.</p><p>� partir de 1826, cette ville est annex�e � l�empire peul du Macina, que les Toucouleurs d�truiront en 1863, et elle retombera ensuite aux mains des Touaregs jusqu�� l�occupation fran�aise de 1893. Cette p�riode est extr�mement dure pour les Songha�s, paysans ou p�cheurs, dont le nombre a beaucoup diminu�.</p><p>Apr�s la dislocation de l�empire dans le Sud, les petits �tats du Dendi tombent peu � peu sous l�autorit� des Touaregs et des Peuls, � l�exception des Zarmas, qui maintiennent une ind�pendance farouche gr�ce � leurs qualit�s martiales. Toute la r�gion est int�gr�e un moment, � partir de 1815, � l�empire peul de Sokoto, fond� par le c�l�bre religieux Ousmane dan Fodio.</p><p>Cependant, en 1854, les Zarmas se r�-</p><p>volteront et ne seront plus jamais soumis. Commer�ants et soldats d�aventure, ils vont parcourir et ravager la boucle du Niger et le nord du Dahomey jusqu�� la fin du si�cle.</p><p>Situ�e au carrefour de la � Course du Clocher �, toute la r�gion tombera entre les mains des puissances europ�ennes entre 1895 et 1898, sans incidents graves.</p><p>L�ensemble songha� fut rattach�</p><p>au domaine des Fran�ais, qui le partag�rent entre trois colonies. �loign� de la c�te dans un pays assez pauvre, son �volution �conomique et sociale a �t� assez lente. Comme commer�ants, les Songha�s ont su montrer de grandes qualit�s d�adaptation, mais ils ont aussi �migr� en grand nombre vers les villes du golfe de Guin�e, o� ils ont fourni la main-d�oeuvre non sp�cialis�e. Apr�s l�ind�pendance, ils n�ont jou� qu�un r�le assez secondaire au Mali et au Dahomey, o� ils sont marginaux. Par</p><p>contre, ils ont occup� d�embl�e une place majeure dans la politique du Niger, o� leur nombre est cependant tr�s inf�rieur � celui des Haoussas, mais dont la capitale, Niamey, s��l�ve dans leur territoire.</p><p>Y. P.</p><p>F Afrique noire / Niger.</p><p>J. Rouch, les Songhay (P. U. F., 1954) ; la Religion et la magie songhay (P. U. F., 1960).</p><p>sonique</p><p>Se dit de tout ce qui se rapporte � la vitesse du son ou � des ph�nom�nes se propageant � cette vitesse.</p><p>downloadModeText.vue.download 319 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10274</p><p>La vitesse du son (ou c�l�rit� du son) joue en m�canique des fluides un r�le fondamental. C�est en effet la vitesse avec laquelle se propagent les perturbations de pression engendr�es par un corps en mouvement dans un fluide. Aussi a-t-on pris l�habitude de caract�riser la vitesse de d�placement V d�un corps mobile par son rapport � la vitesse a du son, rapport d�nomm� nombre de Mach :</p><p>Selon la valeur du nombre de Mach, on distingue alors :</p><p>� les vitesses subsoniques, M &lt; 1 ;</p><p>� les vitesses supersoniques,</p><p>1 &lt; M &lt; 5 ;</p><p>� les vitesses hypersoniques, M &gt; 5.</p><p>Enfin, dans le langage courant, on baptise assez fr�quemment du nom de transsonique les vitesses tr�s proches de la vitesse du son par d�faut ou par exc�s, c�est-�-dire celles qui correspondent � des nombres de Mach compris entre 0,95 et 1,05.</p><p>Ligne sonique</p><p>C�est une ligne r�unissant dans un �coulement de fluide autour d�un corps</p><p>tous les points o� la vitesse du fluide est �gale � la vitesse du son. Lorsqu�un corps se d�place dans un fluide � une vitesse transsonique ou supersonique, le champ d��coulement est divis� en zones subsoniques et supersoniques s�par�es soit par des lignes soniques, soit par des ondes de choc (surfaces � travers lesquelles se produit une discontinuit� de vitesse et de pression).</p><p>Mur du son et</p><p>bangs soniques</p><p>Pour un avion ou un missile, le franchissement de la zone transsonique se traduit par une brutale augmentation de tra�n�e, g�n�ratrice de ce qui a �t� appel� mur du son. Une fois en r�gime franchement supersonique, la tra�n�e retombe � une valeur plus faible, mais sup�rieure � sa valeur subsonique.</p><p>D�autre part, lorsqu�un v�hicule se d�place � une vitesse supersonique, les ondes de pression �mises � chaque instant admettent pour enveloppe un c�ne dont le sommet est la position de l�avion � chaque instant. Ce c�ne enveloppe constitue une surface d�accumulation des �branlements sonores qui suit le mouvement de l�avion. Lorsque cette surface passe par un point situ� � la surface du sol, du fait de la variation de pression existant de part et d�autre, on enregistre une d�tonation, d�o� la d�nomination de bang qui lui a �t� attach�e. L�intensit� du bang d�pend de la vitesse et de l�altitude du vol, mais aussi des caract�ristiques de l�avion.</p><p>J. L.</p><p>F A�rodynamique / Aile / Vol (m�canique du).</p><p>sonorisation</p><p>Sonoriser une salle ou un espace en plein air, c�est soit renforcer la voix d�un conf�rencier, d�un chanteur ou la puissance musicale d�un orchestre, soit diffuser de la parole ou de la musique.</p><p>Sonorisation</p><p>des int�rieurs</p><p>Acoustique des salles</p><p>Lorsqu�un haut-parleur est plac� dans une salle, il rayonne dans toutes les directions une certaine �nergie acoustique, dont seulement une tr�s faible partie est capt�e directement par les oreilles des auditeurs, alors qu�une tr�s forte proportion de cette �nergie vient frapper les murs, le plancher et le plafond. Selon la nature de ces ma-t�riaux, l��nergie sonore est r�fl�chie dans une certaine proportion, le reste �tant absorb�. Le marbre, un mur lisse, les glaces absorbent tr�s peu d��nergie, et la presque totalit� est r�fl�chie. Une tenture �paisse, des fauteuils, un auditoire r�fl�chissent tr�s peu d��nergie, et la presque totalit� est absorb�e. Dans une salle tr�s � absorbante �, l��nergie sonore est capt�e par les parois et il ne peut y avoir de nombreuses r�flexions.</p><p>Un son bref s��teint tr�s vite, on dit que la salle est � sourde � : son temps de r�verb�ration est court ; c�est le temps que met un son de 60 dB � s��teindre, une fois la source arr�t�e. Si la salle est � r�fl�chissante �, l��nergie sonore se r�fl�chit un grand nombre de fois sur les parois avant de s��teindre, son temps de r�verb�ration est important.</p><p>Un son bref est prolong� et il peut y avoir cr�ation d��chos. Dans ces conditions, l�intelligibilit� de la parole peut �tre tr�s d�fectueuse, et la qualit� d�une audition musicale peut �tre perturb�e.</p><p>La qualit� d�une salle d�pend donc de son temps de r�verb�ration ; entre 1 et 2 s, il donne de la chaleur � la parole et un velout� � la musique. C�est le temps optimal qu�il faut rechercher. Le temps de r�verb�ration d�pend du volume de la salle, de la nature de ses parois et de sa forme. Si la salle � sonoriser poss�de un temps de r�verb�ration trop long, il faut garnir les murs de mat�riaux absorbants : tentures, tapis, pl�tre sp�cial, etc. Le traitement d�une salle de spectacle doit �tre confi� � un sp�cialiste.</p><p>Puissance acoustique</p><p>La puissance acoustique n�cessaire pour sonoriser une salle d�pend du volume de la salle, de son temps de r�verb�ration et du niveau acoustique qu�il faut y cr�er. L�oreille poss�de une courbe de sensibilit� logarithmique : si on veut doubler la sensation de puissance per�ue, il faut multiplier la puissance acoustique de la source par</p><p>dix. Sa sensibilit� auditive ne couvre qu�une plage de fr�quences comprise entre 20 Hz et 20 kHz et varie consid�-</p><p>rablement avec la fr�quence.</p><p>La courbe I donne la pression acoustique n�cessaire en fonction de la fr�-</p><p>quence pour atteindre le seuil d�audibilit�. La sensibilit� maximale de l�oreille se situe aux environs de 1 000 Hz et demande une pression acoustique de 2.10� 4 &#x3BC;bar ; en revanche, � 20 Hz et � 20 kHz, il faut une pression acoustique 100 000 fois plus grande, soit 2.10 &#x3BC;bar, pour atteindre le seuil d�audibilit�. La courbe II donne le seuil de douleur, au-del� duquel aucune augmentation de sensation n�est plus perceptible, l�oreille est satur�e. C�est �galement aux environs de 1 000 Hz que l��nergie peut �tre la plus importante, 2 000 &#x3BC;bar, soit un rapport de 107 entre le seuil d�audibilit� et le seuil de douleur ; en unit�s logarithmiques, cela repr�sente 140 dB ; en pratique, on retient 120 dB. On peut donc d�finir des niveaux sonores au-dessus du seuil d�audibilit� et les exprimer en d�ci-bels. Le niveau acoustique � cr�er en sonorisation ne peut �tre le m�me dans un studio et dans une salle de bal, ou dans une usine bruyante. En moyenne, le niveau musical doit �tre sup�rieur de 20 � 30 dB au bruit de fond. Dans un appartement, un niveau de 55 dB est suffisant ; dans un bar, il faut atteindre 65 dB pour un fond sonore d�ambiance et de 75 � 80 dB pour organiser un bal.</p><p>Ce dernier niveau est tr�s fr�quent en sonorisation.</p><p>D�autre part, pour obtenir un m�me niveau sonore, une salle absorbante n�-</p><p>cessite une puissance acoustique plus importante qu�une salle r�fl�chissante.</p><p>Pour une salle de volume V et dont le temps de r�verb�ration est t, la puissance acoustique P est donn�e par la formule d�Aigner :</p><p>P �tant exprim� en watts acoustiques, V en m�tres cubes et t en secondes.</p><p>La puissance trouv�e est un peu faible et correspond � un niveau d�environ 65 dB. En cin�ma sonore, on utilise souvent la formule suivante :</p><p>Elle donne un niveau d�environ 80 dB</p><p>pour une salle moyenne. En d�finitive, downloadModeText.vue.download 320 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10275</p><p>il faut tr�s peu de watts acoustiques pour sonoriser une salle, mais il faut une puissance modul�e tr�s importante pour les produire.</p><p>Puissance modul�e</p><p>Le rendement des haut-parleurs est faible ; il est :</p><p>� pour un haut-parleur �lectrodynamique sur baffle, mont� en colonne acoustique ou en enceinte ferm�e, compris entre 2 et 6 p. 100 ;</p><p>� pour un haut-parleur �lectrodynamique mont� dans un pavillon de sonorisation en ext�rieurs, compris entre 4</p><p>� 8 p. 100 ;</p><p>� pour un haut-parleur � chambre de compression et � pavillon exponentiel utilis� en ext�rieurs, de 15 � 35 p. 100.</p><p>Il faut ensuite tenir compte du facteur de forme de la modulation transmise, qui s��carte notablement d�une sinuso�de, et des pointes des partiels ; de plus, il y a lieu de pr�voir une marge de s�curit� pour ne pas utiliser l�amplificateur � sa puissance maximale. La puissance calcul�e d�apr�s la puissance acoustique et le rendement des haut-parleurs utilis�s doit �tre multipli�e par trois pour trouver la puissance nominale de l�amplificateur.</p><p>Les colonnes acoustiques produisent un faisceau acoustique d�une ouverture de 60� et d�une port�e �gale � 20 fois leur hauteur. En int�rieurs, la base des colonnes est plac�e � 1,60 m du sol pour un auditoire debout et � 1,40 m pour un auditoire assis. Elles sont inclin�es de quelques degr�s afin que le faisceau sonore atteigne le sol � la limite de port�e.</p><p>Sonorisation</p><p>en plein air</p><p>En plein air, dans un endroit d�couvert, par vent nul, seule la surface du terrain compte pour d�terminer la puissance modul�e n�cessaire. On utilise soit des haut-parleurs �lectrodynamiques � pavillon, soit des colonnes acoustiques prot�g�es de l�humidit�, ou encore des haut-parleurs � chambre de compression. Si des immeubles �lev�s bordent le terrain, il faut prendre garde aux r�verb�rations des murs et orienter les haut-parleurs en cons�quence. Si le vent est fort, il faut majorer la puissance d�livr�e aux haut-parleurs ou en augmenter le nombre. G�n�ralement, ils sont plac�s sur des m�ts de 4 � 6 m de hauteur ; on compte sur un angle d�ouverture de 60� et on dirige leur axe de fa�on que le faisceau sonore touche le sol � 25 m de leur support ; ces supports sont espac�s de 35 m. On fournit 10 W � chaque haut-parleur � pavillon.</p><p>Dans ces conditions, on obtient un niveau acoustique de 75 dB. En superposant deux colonnes acoustiques de 2 m, la base de la premi�re �tant � 2,50 m du sol, on obtient une port�e de 30 � 50 m avec une puissance modul�e de 30 W.</p><p>R. B.</p><p>F Acoustique architecturale / Amplificateur audiofr�quence / Audition / Haut-parleur.</p><p>P. H�mardinquer, la Pratique de la st�r�ophonie (�d. T. P., 1960). / R. Besson, Sono et prise de son (�d. Radio, 1975).</p><p>sophistes</p><p>�cole philosophique grecque.</p><p>Le nom de sophiste vient de sophia, qui signifie � sagesse � ; le suffixe en</p><p>� -iste � indique l�aspect quelque peu m�prisable et m�pris�, par les Grecs de bonne naissance, de ce � marchand de sagesse �.</p><p>Le sophiste a pourtant jou� un</p><p>r�le important dans la vie de la cit� d�Ath�nes au si�cle de Socrate, et son apport id�ologique est loin d��tre n�gligeable.</p><p>Les dialogues de Platon* nous en tracent un inoubliable portrait. La plupart des dialogues portent d�ailleurs le</p><p>nom d�un sophiste. Tout en les consid�rant comme ses principaux adversaires, Platon ne tient pas les sophistes pour n�gligeables, puisqu�il fait d�eux les principaux interlocuteurs du � philosophe � qui parle par la bouche de Socrate. Le Protagoras ou Sur les sophistes ; le Gorgias ; enfin un dialogue tardif dans la vie de Platon qui a nomm�ment pour titre le Sophiste, autant de textes o� Platon, avec ironie, s�attaque aux sophistes, � leurs m�thodes et � leurs th�ses.</p><p>Le d�but du Protagoras dresse, en quelques traits, ce qu�on pourrait appeler le d�cor des sophistes, le lieu o� ils d�ploient leurs armes. � la requ�te d�Hippocrate, jeune homme de la noblesse ath�nienne, Socrate se rend de bon matin et m�me de trop bon matin chez le sophiste Protagoras. Le jeune homme d�sire solliciter l�honneur d��tre l��l�ve du c�l�bre sophiste et, dans sa peur d�essuyer un refus, se fait accompagner de Socrate. Ce dernier le tranquillise. Contre de l�argent, il obtiendra tout ce qu�il veut de Protagoras.</p><p>On voit l� une raison importante du m�pris de la caste noble pour le sophiste. C�est un salari� qui gagne sa vie, ni plus ni moins que quelque banal commer�ant. De fait, les historiens nous apprennent que les sophistes distribuaient leurs cours de rh�torique pour des sommes souvent astronomiques : l��quivalent de 143 � 200 francs, mais parfois cela pouvait monter jusqu�� 5 000 francs, selon la renomm�e du sophiste. Des conf�-</p><p>rences populaires, il est vrai, donn�es dans les gymnases, �taient plus accessibles au public : on payait de une demi-drachme � 4 drachmes d�entr�e.</p><p>Du m�me coup, et sans avoir l�air d�insister, Platon esquisse la grandeur du philosophe et son d�sint�ressement : Socrate, le � va-nu-pieds � qui, au lieu d�attendre les clients comme Protagoras, dans l�int�rieur confortable d�un riche m�c�ne, marche dans les rues d�Ath�nes, parlant � tous, jeunes et vieux, riches et pauvres.</p><p>Chez le riche Callias, Socrate et son jeune ami vont trouver un beau chapelet de sophistes, ceux qu�on peut</p><p>consid�rer comme les plus importants de l��poque.</p><p>Le plus c�l�bre et le plus important par l��ge, d�abord, Protagoras d�Ab-d�re. Platon nous le montre d�ambulant dans la cour, tra�nant apr�s lui ses disciples, venus de loin pour l�entendre, les chassant devant lui � chaque demi-tour.</p><p>Hippias d�Elis, lui, est juch� sur un si�ge �lev�, d�o� il tranche � la ronde les questions que lui pose un auditoire d�f�rent.</p><p>Prodicos de C�os, enfin, est enfoui sous les fourrures, dans le cellier de Callias transform� pour la circonstance en alc�ve, dans une atmosph�re downloadModeText.vue.download 321 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10276</p><p>quelque peu trouble et homosexuelle (chose, il est vrai, banale � l��poque).</p><p>Un seul manque � l�appel, Gorgias de Leontium : Platon le trouvait si important qu�il lui a consacr� tout un dialogue. On l�y voit comme un v�ritable fauve de la parole, avec une col�re bouillonnante, que le modeste Socrate a, apparemment, toutes les peines du monde � ma�triser. Orgueil, passion d�bordante, parler haut et abondant, plein de citations �rudites de po�tes anciens, toutes les apparences du luxe et de la r�ussite dans leurs v�tements, tels nous les montre Platon, comme autant de visages de la pr�tention.</p><p>Car c�est bien l� le reproche essentiel que, par la bouche de Socrate, il pr�-</p><p>tend formuler � l��gard des sophistes.</p><p>Commer�ants, soit, apr�s tout l��tat a sa noblesse : l�honn�tet� ; vendre des marchandises que l�on peut �valuer ; ne pas chercher � tromper le client sur leur qualit� v�ritable.</p><p>Mais le sophiste, lui, se r�v�le un commer�ant malhonn�te et dangereux.</p><p>Dangereux, parce que les nourritures qu�il vend risquent d��tre un poison pour l��me. Or, l��me s�empoisonne facilement ; c�est que, � la diff�rence</p><p>des nourritures du corps, il n�y a pas de r�cipient o� l�on puisse les contenir et les �valuer, avant de les absorber... Cela signifie que l�art de parler, ou rh�torique, que le sophiste se targue d�enseigner, risque de conduire � la vacuit� du discours et finalement � l�immoralit� la plus compl�te, le but recherch� n��tant plus jamais la v�rit�, mais simplement le d�sir de l�emporter sur autrui, co�te que co�te. Le sophiste serait donc finalement supr�mement malhonn�te parce que ce qu�il vend est tr�s difficile � d�terminer. Parfois, il pr�tend poss�der l�art de bien parler ; mais comment le pourrait-il sans poss�der d�abord l�objet du beau discours, la science sur telle ou telle chose ? Dans ses moments de plus haute pr�tention, il dit qu�il enseigne la vertu ; or, il ne semble pas que celle-ci soit une chose semblable � la science et, partant, qu�elle puisse s�enseigner comme elle.</p><p>En fin de compte, Platon tend �</p><p>sugg�rer que c�est seulement d�apparences que se nourrit le sophiste, et qu�il voudrait nourrir les autres. Montreur de foire, illusionniste, le sophiste fait beaucoup de bruit et de gestes, pour cacher le vide.</p><p>Poisson glissant quand on veut le saisir et le comprendre, sa v�rit� est en fait celle de la b�te de proie, du chasseur, du p�cheur plut�t que du poisson.</p><p>La v�rit� du sophiste appara�t dans une probl�matique de puissance. C�est par la promesse de la puissance qu�il attire dans ses rets les jeunes gens riches, et par l� accro�t sa propre puissance � la fois par sa fortune et par son r�le de m�diation n�cessaire vers le pouvoir.</p><p>Toutes les th�ories du sophiste se referment sur lui. Lorsqu�il nie le principe de contradiction et affirme la relativit� universelle, il faut comprendre : � Je travaille pour mon bien, et il n�y a pas d�autre v�rit�. � Sa faiblesse, th�orique du moins, c�est qu�il se met en contradiction avec lui-m�me en pr�tendant, gr�ce � l�enseignement, universaliser sa maxime, car le bien, individuellement et �go�stement con�u, ne saurait en derni�re analyse s�enseigner, ni dans ses fins, ni dans ses moyens.</p><p>Telle est, finalement, la critique de</p><p>Platon � l��gard des sophistes. Que pouvons-nous en penser ? C�est peu de dire que la pens�e platonicienne est aux antipodes de celle des sophistes ; il faudrait aller jusqu�� affirmer que l�une se d�veloppe tout enti�re contre l�autre. D�une certaine mani�re, Platon est lui aussi pris dans la probl�-</p><p>matique de la puissance. Dans la cit� d�Ath�nes, le ma�tre de l�Acad�mie et les sophistes avaient un m�me auditoire : les jeunes gens riches. Il s�agissait d�arracher ces proies faciles aux griffes ac�r�es des � vendeurs de sagesse �. Comment ? Ce ne pouvait �tre qu�en leur proposant de plus hauts biens. � la puissance au sein des lois et des institutions, Platon substitue le mirage d�une puissance beaucoup plus haute qui passe par la compr�hension du r�el au prix de son d�passement, par la possibilit� � envisag�e � titre d�utopie dans la R�publique � de fonder les lois sur une excellence. Mais du coup les termes m�mes du combat sont chang�s. � la lutte duelle perp�-</p><p>tuellement �voqu�e par le sophiste, o� il faut terrasser l�adversaire, Platon substitue l�id�e du dialogue, o� s�est subrepticement introduit un troisi�me terme : la v�rit�. L�individuel �go�ste est d�pass� ; la pens�e, v�ritablement collective, requiert, � chaque �tape, l�assentiment de l�autre. On n�est plus en pr�sence de deux pugilistes, mais de deux auxiliaires d�une m�me finalit�, le vrai. C�est l�av�nement du d�passement de soi-m�me.</p><p>Pour nous, modernes, le sophiste</p><p>� personnage de la cit�, s�cr�t� par elle, qui diffuse en fait non un savoir, mais un savoir-faire, un � savoir-se-d�brouiller � au sein des lois et des institutions existantes � a un aspect �trangement proche. Pens�e au ras de la vie et des difficult�s quotidiennes ; id�ologie dont le plus grand tort a sans doute �t� de s�avouer comme telle dans la th�orie du relativisme et de vouloir jouer sur les deux tableaux, celui de l�efficacit� pratique et celui du th�orique. L�amoralit� des sophistes, ind�-</p><p>fendable th�oriquement en tant qu�elle d�truit communication et discours, est, dans l�ordre pratique, aussi logique que le sera, quelques si�cles plus tard, celle qu�on attribuera au machiav�lisme.</p><p>D. C.</p><p>E. Dupr�el, les Sophistes : Protagoras, Gorgias, Prodicus, Hippias (P. U. F., 1948). / M. Un-tersteiner, I Sofisti (Turin, 1949 ; 2e �d., Milan, 1967). / A. Levi, Storia della Sofistica (Naples, 1966). / W. K. Guthrie, les Sophistes (Payot, 1976).</p><p>Sophocle</p><p>En gr. SOPHOKL�S, po�te tragique grec (Colone, pr�s d�Ath�nes, entre 496 et 494 av. J.-C. - Ath�nes 406 av. J.-C.).</p><p>Sa vie</p><p>Pour les modernes, soucieux de d�-</p><p>couvrir derri�re la cr�ation po�tique l�exp�rience intime, la vie de Sophocle n�apporte gu�re de renseignements susceptibles d��clairer l�oeuvre. On sait qu�il na�t � Colone, � la blanche Colone, o� l�harmonieux rossignol, plus qu�ailleurs, se pla�t � chanter, au fond de combes verdoyantes � (OEdipe � Colone, 670-674). Son p�re, Sophillos, poss�de plusieurs ateliers pour la fabrication des armes et fait donner une �ducation soign�e � l�enfant. �l�ve de Lampros, le plus c�l�bre musicien du temps, Sophocle est aussi form� par les po�tes et les gymnases. Vers 468 av. J.-</p><p>C., il aborde le th��tre et obtient le prix contre Eschyle. C�est l� le pr�lude aux plus �clatants succ�s qu�ait connus un po�te dramatique : il remporte plus de vingt victoires, sans jamais descendre au-dessous du second rang, et reste jusqu�� la fin de sa longue vie fid�le � la sc�ne.</p><p>S�il ne d�daigne pas les activit�s publiques, Sophocle se comporte comme n�importe quel bon citoyen d�Ath�nes, sans avoir une comp�tence �prouv�e.</p><p>On le trouve, en 443 av. J.-C., hell�no-tame, soit un des dix administrateurs, �lus pour un an, du tr�sor f�d�ral ; en 440 av. J.-C., pendant l�exp�dition de Samos, dirig�e par P�ricl�s, avec qui il entretient des relations amicales, il est strat�ge ; il l�est encore en 415</p><p>av. J.-C., devant Syracuse, aux c�t�s de Nicias. En 411 av. J.-C., il si�ge � Colone parmi les proboules, devenant ainsi l�un des dix commissaires du peuple. Mais peut-�tre, dans cette carri�re d�artiste, la vie politique n�a-</p><p>t-elle qu�une importance secondaire.</p><p>Les biographes anciens vantent la pi�t�, la douceur, la noblesse de caract�re du po�te tragique. Sophocle a eu le bonheur de vivre � une �poque o� la gloire d�Ath�nes brillait de son plus vif �clat ; lui-m�me est le symbole du plus large �panouissement du g�nie ath�nien, tout en apparaissant moins directement li� qu�Eschyle ou Euripide � l�histoire morale de son si�cle ; il est, en effet, remarquable qu�Aristophane, dans les Grenouilles, le tienne � l��cart du conflit de g�n�rations qui oppose l�ancien combattant de Salamine � l�ami de sophistes.</p><p>Les contemporains</p><p>de Sophocle</p><p>� la g�n�ration du po�te appartiennent N�ophron de Sicyone, Ion de Chios, Achaios d��r�trie. Le premier composa une M�d�e dont il reste trois remarquables fragments ; Euripide s�est tr�s probablement inspir� de cette trag�die.</p><p>Ion, qui connut Eschyle et vit Sophocle, fut c�l�bre aupr�s du public ath�nien, mais les fragments de ses trag�dies ne laissent appara�tre qu�une �l�gance superficielle.</p><p>Achaios d��r�trie, dont rien ne nous est parvenu, semble avoir �t� un auteur tragique de second plan.</p><p>Les perfectionnements</p><p>de la technique th��trale</p><p>Sophocle rendit plus brillante la d�coration sc�nique en inventant la toile de fond. Il porta de douze � quinze le nombre des choreutes et donna ainsi plus de majest� aux mouvements du choeur. Surtout, il ajouta un troisi�me acteur et introduisit le dialogue � trois personnages. Enfin, il renon�a � la trilogie li�e qui pr�dominait au temps d�Eschyle, lui substituant la trilogie libre o� chaque drame formait un tout se suffisant � soi-m�me.</p><p>Grandeur et mis�re de</p><p>l�homme chez Sophocle</p><p>Sept drames, sur cent vingt-trois, sont parvenus jusqu�� nous, choisis par les grammairiens au IIe s. apr. J.-C. Aussi, peut-�tre est-il illusoire de vouloir juger un Sophocle si diminu�. Il reste</p><p>que ces sept pi�ces ne cessent de toucher par leurs r�sonances.</p><p>Il est, dans Antigone, un stasimon o� les vieillards du choeur c�l�brent la gloire de l�homme : � Il est bien des downloadModeText.vue.download 322 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10277</p><p>merveilles au monde, il n�en est pas de plus grande que l�homme... � (334 sq.).</p><p>L�homme serait-il pour Sophocle</p><p>non seulement le centre du monde, mais l��tre le plus achev� de la cr�ation ? �</p><p>cette question, Sophocle, tout au long de ses drames, r�pond par une longue le�on d�humilit� : � C�est une v�rit� depuis bien longtemps admise chez les hommes qu�on ne peut savoir pour aucun mortel, avant qu�il soit mort, si la vie lui fut douce ou cruelle � (les Trachiniennes, 1-3), et, quelques vers plus loin, on retrouve le m�me th�me de la fragilit� de l�existence humaine :</p><p>� Pour les hommes, rien qui dure, ni la nuit constell�e, ni les malheurs, ni la richesse � (id. 132). Ce leitmotiv du sentiment de la pr�carit� de notre vie est partout renouvel� : � Il n�est pas d�existence humaine qui soit si stable que l�on puisse ou s�en satisfaire ou s�en plaindre � (Antigone, 1156-1157). Une id�e identique est exprim�e dans OEdipe � Colone (1215-1217), Ajax (131-132 ; 1419-1420), OEdipe roi (1529-1530). D�o� une premi�re conclusion de Sophocle para�t s�imposer : L�homme n�est-il qu�un n�ant (OEdipe roi, 1188) ? M�me l�amour, celui de D�janire pour H�racl�s (les Trachiniennes), d�H�mon pour Antigone (Antigone), semble impuissant � supplanter les forces destructrices : la vie ne peut compenser la mort.</p><p>L�oeuvre de Sophocle</p><p>Sophocle aurait �crit cent vingt-trois drames. La chronologie de sept trag�dies parvenues jusqu�� nous, outre les quatre cents vers du drame satyrique les Limiers retrouv�s sur un papyrus �gyptien, est im-pr�cise. On adopte g�n�ralement l�ordre suivant.</p><p>Ajax (v. 450).</p><p>Ajax, qui n�a pas obtenu les armes d�Achille, massacre dans une crise de folie le b�tail de l�arm�e grecque. Revenu � la raison, il se transperce de son �p�e.</p><p>Antigone (v. 442).</p><p>Antigone rend les honneurs fun�bres � son fr�re Polynice, malgr� l�interdiction de Cr�on, ma�tre de Th�bes. Pour n�avoir pas respect� la loi, la jeune fille est mur�e vivante. Troubl� par les avertissements du devin Tir�sias, Cr�on revient trop tard sur sa d�cision et est puni par la mort de son fils H�mon, fianc� d�Antigone, et par celle de son �pouse, Eurydice.</p><p>OEdipe roi (apr. 430).</p><p>Th�bes, ravag�e par la peste, doit �tre purifi�e par le ch�timent de celui qui la souille et qui a tu� le roi La�os. OEdipe, qui a �pous� Jocaste, veuve de ce prince, ordonne une enqu�te. Il d�couvre peu � peu que le coupable, c�est lui-m�me : il a tu� son p�re et s�est uni � sa m�re. De honte, Jocaste se pend, et OEdipe, apr�s s��tre crev� les yeux, maudit sa destin�e.</p><p>�lectre (v. 425).</p><p>Venu venger son p�re, Agamemnon, Oreste fait annoncer sa mort � Clytemnestre et � �gisthe. Abus�e comme eux, �lectre pleure la mort de son fr�re jusqu�� ce qu�il se fasse reconna�tre, et tous deux s��rigent en justiciers.</p><p>Les Trachiniennes (entre 420 et 410).</p><p>D�janire envoie la tunique empoisonn�e, donn�e par le centaure Nessos, � H�racl�s, qui s�est �pris d�Iole. Le h�ros, en proie � d�horribles souffrances, supplie les siens de le porter sur un b�cher du mont OEta.</p><p>Philoct�te (409).</p><p>Ulysse et N�optol�me, le fils d�Achille, vont ravir � Philoct�te, abandonn� par les Grecs dans l��le de Lemnos, l�arc et les fl�ches d�H�racl�s qui permettront de prendre Troie. Par ruse, N�optol�me s�en empare, mais, pris de remords, rend les armes � Philoct�te. H�racl�s ordonne alors � ce dernier d�ob�ir aux deux Grecs.</p><p>OEdipe � Colone (jou�e en 401).</p><p>Guid� par sa fille Antigone, OEdipe aveugle arrive en Attique, en face d�un bois de Colone consacr� aux Eum�nides, et demande asile au roi Th�s�e. En �change, il l�guera son corps � Ath�nes, prot�geant la cit� contre toute invasion. Apr�s avoir �cart� Cr�on et maudit son fils Polynice, venus demander son concours, il dispara�t dans les profondeurs du bois sacr�.</p><p>La mort,</p><p>approfondissement</p><p>du moi</p><p>On sait que la trag�die grecque est sanglante. Elle l�est peut-�tre plus encore chez Sophocle. Cette persistance des meurtres et des suicides n�indique-telle pas que le dramaturge voit dans la mort autre chose qu�un simple �v�-</p><p>nement et qu�il ob�it � une n�cessit� interne ? La mort ne serait-elle pas le principe moteur de son th��tre, non tant pour justifier l�essence tragique de ses pi�ces que pour mettre en �vidence une id�e ma�tresse ?</p><p>Regardons l�oeuvre : chez plusieurs personnages, il est une impossibilit� de se voir qui aboutit � leur destruction.</p><p>D�janire se tue pour avoir involontairement condamn� H�racl�s ; Jocaste se pend, incapable de subir sa honte (OEdipe roi) ; Eurydice se frappe, boulevers�e par le suicide de son fils H�mon (Antigone). Chez ces �tres, la mort est l�issue ultime qui leur �vite une existence devenue insupportable.</p><p>Nous sommes l� dans l�humanit�</p><p>moyenne, et en pr�sence de femmes qui ne peuvent plus vivre : elles choisissent leur propre fin pour ne plus �tre.</p><p>Allons plus loin. Chez d�autres h�ros sophocl�ens, au contraire, la recherche de la mort infl�chit leur vie : l�an�antissement est con�u comme la r�v�-</p><p>lation de soi-m�me ; ces personnages absolus et entiers vont au bout d�eux-m�mes pour savoir ce qu�ils sont, pour prendre toute leur ampleur, pour inconsciemment d�couvrir l�� �tre �</p><p>derri�re le � para�tre �. C�est l�exemple type d�Antigone : Antigone, � sainte-ment criminelle � (74), une � folle �</p><p>(496), choisit la mort. � Mourir avant l�heure, je le dis bien haut, c�est tout profit � (461-462), � Mon choix, c�est la mort � (555), s��crie-t-elle, refusant</p><p>que sa soeur Chrysoth�mis partage son sort, parce qu�elle n�en est pas digne.</p><p>Peut-on parler de fanatisme ? Le mot tombe � faux. Antigone aura ses faiblesses : elle sera un instant la proie du d�sir d��chapper au destin qu�elle a choisi (� O tombeau, chambre nuptiale ! Retraite souterraine, ma prison � jamais... ! � (891 sq.). Au fond, si inhumaine qu�elle paraisse, Antigone n�a qu�un but : d�pouiller le personnage factice qu�elle croit jouer pour s�accomplir dans le n�ant par le biais d�un acte h�ro�que. Cette incapacit� d�accepter l�existence est le plus parfait t�moignage de sa volont� d��tre en �chappant aux contraintes temporelles.</p><p>Disons aussi que si Antigone oppose � Cr�on les raisons du coeur � celles de l��tat, c�est moins pour l�gitimer les lois humaines que pour justifier son app�tit du n�ant r�v�lateur de l��tre.</p><p>Un go�t semblable de la mort s�empare d�autres h�ros de ce th��tre. Dans Ajax, la progression est nette. D�abord, Ajax semble vouloir sa fin pour fuir le d�shonneur (� Ou vivre noblement ou noblement p�rir, voil� la r�gle pour qui est de bon sang �, 478-479). Puis sa soif de l�an�antissement se dessine :</p><p>� Ne rien sentir, voil�, voil� le temps le plus doux de la vie � (554), et il prend sa r�solution : � Peut-�tre apprendrez-vous qu�en d�pit du malheur dont pour l�instant je souffre, j�ai enfin trouv� le salut � (691-692). Et juste avant qu�il ne se transperce de son �p�e, c�est sa c�l�bre invocation : � � mort, � mort, voici l�heure, viens, jette un regard sur moi, mais toi, du moins, l�-bas, je pourrai te parler encore, tu seras toujours pr�s de moi � (854-855). Dans les Trachiniennes, H�racl�s, br�l� par la tunique du centaure Nessos envoy�e par D�janire, ordonne � son fils Hyllos de le porter sur le b�cher du mont OEta. Car Zeus � m�a d�clar� qu�� cette date m�me, � l�heure o� nous sommes, je verrai s�achever les malheurs qui m�accablent. Je m�imaginais donc un heureux avenir, quand il ne s�agissait, je le sais, que de ma mort : les morts seuls sont exempts de peine � (1170-1173). Philoct�te se plie-t-il � un autre d�sir d�une mort salutaire et lib�ratrice, parce qu�elle affranchit l��tre et le sauve, quand il r�siste � Ulysse et � N�-</p><p>optol�me, pr�f�rant l�exil et la solitude</p><p>dans son �le de Lemnos, tel un � mort chez les vivants � (Philoct�te, 1018) ?</p><p>� Mon coeur veut la mort, s�exclame-t-il, la mort tout de suite ! � (id., 1208).</p><p>Dissolution de l��tre</p><p>Ajax, H�racl�s, Philoct�te, ces � solitaires r�volt�s � choisissent leur destin.</p><p>L��tre qu�ils cherchent f�brilement, la mort seule leur permettra de le trouver.</p><p>OEdipe, dans OEdipe roi, suit le chemin inverse : il m�ne l�enqu�te pour savoir qui est le meurtrier de La�os ; il d�-</p><p>couvre peu � peu que l�assassin, c�est lui, et qu�il a �pous� sa propre m�re, Jocaste. Il y a donc une dissolution de son moi dans cette qu�te avide de la v�rit�. Quand celle-ci �clate au jour, quand OEdipe prend conscience de ce qu�il est, il se cr�ve les yeux pour ne plus voir, mais aussi pour ne plus se voir (� Ah ! lumi�re du jour, que je te voie ici pour la derni�re fois... �, 1183).</p><p>La mort lui est impossible : � De quels yeux, descendu aux Enfers, euss�-je pu, si j�y voyais, regarder mon p�re et ma pauvre m�re... ? � (1371 sq.). L�infortun� voudrait pouvoir � verrouiller �</p><p>son � propre corps � (1388), � car il est doux de perdre la conscience de ses malheurs � (1390). Mais il sait que � ni la maladie ni rien d�autre au monde ne peuvent [le] d�truire � (1455-1456).</p><p>Pla�ons-nous du c�t� des criminels de ce th��tre. �lectre, d�abord, m�me si sa cause est juste. Le personnage reste dans l�ombre. Cette jeune fille est toute tendue dans la volont� de tuer sa m�re Clytemnestre. Apparemment, il n�y a pas d��quivoque : �lectre sait ce qu�elle veut et s�y emploie de toutes ses forces. Il n�est toutefois pas d�raisonnable de penser qu�une fois Clytemnestre abattue, �lectre perdra peut-�tre sa raison de vivre, la haine, principe m�me de sa vie, s��tant �va-nouie. On imagine mal chez Sophocle une �lectre se mariant, comme le fait l��lectre d�Euripide, et ayant une existence comparable � celle de toutes les femmes de son �ge. Sophocle ne nous dit rien de ce qu�elle devient : tant il est vrai que le personnage n�a plus de raison d��tre, et il n�est plus. Plus encore, Cr�on, dans Antigone, n�est-il pas lui aussi un condamn� ? Il est l�homme qui d�tient la puissance, mais qui n�est pas capable de remettre en cause la v�rit�</p><p>qu�il croit poss�der, de faire surgir la conscience derri�re l�apparence. Cela, jusqu�� ce que l��v�nement se produise dans toute sa force brutale (la mort downloadModeText.vue.download 323 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10278</p><p>d�H�mon et celle d�Eurydice). Ce sera alors pour constater son n�ant : � Je n�existe plus d�sormais � (1325) ; il est devenu, suivant le mot du messager, un</p><p>� cadavre qui marche � (1167). Cr�on repr�sente le refus de l�individu de se conna�tre, et, lorsqu�il meurt pour le monde et � ses propres yeux, ce n�est qu�� ce moment qu�il s��toffe et sans doute grandit.</p><p>Lumi�re de Sophocle</p><p>En face de ces condamn�s, il est heureusement chez Sophocle des �tres qui ont r�ussi � prendre pleine mesure d�eux-m�mes. Ainsi Th�s�e (OEdipe � Colone), ainsi, � un degr� moindre, Teucros (Ajax). Th�s�e repr�sente le pouvoir �tabli, mais juste, l�humanit� apais�e. Teucros symbolise la pi�t� fraternelle, puisque, tout comme Antigone, il r�clame pour son fr�re des honneurs fun�bres. Un autre personnage est � l�abri des vicissitudes de l�existence, pas plus asservi � la vie qu�� la mort : c�est le devin Tir�sias, qui, chez les tragiques grecs, exprime la v�rit�. Il appara�t dans Antigone et dans OEdipe roi. Il est situ� hors du temps, lui qui, aveugle, a le pouvoir de voir ce que les autres ne peuvent voir. Dans Antigone, il fait comprendre � Cr�on qu�il a le</p><p>� pied sur le tranchant de son destin �</p><p>(996). Cr�on l�insulte et, dans sa d�-</p><p>mence, refuse de le croire. Pourtant Ti-r�sias lui indique clairement le gouffre qui s�ouvre devant lui. De m�me, il d�clare � OEdipe, qui le menace : � En moi vit la force du vrai � (OEdipe roi, 356). Il presse ce dernier, qui ne veut pas penser un instant qu�il est le meurtrier de son p�re : � Tu me reproches d��tre aveugle ; mais toi, toi qui vois, comment ne vois-tu pas � quel point de mis�re tu te trouves � cette heure ? �</p><p>(id., 412-414). L�aveugle Tir�sias est le seul qui sache voir.</p><p>Mais des questions se posent : Sophocle con�oit-il vraiment, ainsi qu�il l�a dit, l�homme comme un n�ant ?</p><p>Peut-on parler d�un pessimisme foncier de l�oeuvre subsistante ? � quoi bon, en effet, ces sanglots, ces g�missements, ces meurtres, ces suicides ?</p><p>La mort serait-elle le principe directeur de son th��tre, l�ultime et n�cessaire issue ? N�y aurait-il jamais un rayon de lumi�re pour �clairer ces ab�mes ? On ne cesse de dire que Sophocle fut un</p><p>� homme heureux � : aussi, comment concilier cette vie avec une expression litt�raire aussi atroce ? Et pourtant, nous avons une r�ponse avec OEdipe � Colone, avec cette derni�re pi�ce du po�te, la plus apaisante, bien qu�elle soit b�tie encore sur le th�me de la mort.</p><p>La trag�die, en effet, se pr�sente comme le testament spirituel de Sophocle, quelles que soient les p�rip�-</p><p>ties du drame, par exemple les heurts o� s�affrontent OEdipe, Cr�on, puis Polynice. Toute l�action tourne autour du malheureux banni. L�enjeu du d�bat, c�est le corps d�OEdipe, qui permettra au pays qui le conservera de s�assurer la prosp�rit�. Autrement dit, la mort, celle du h�ros, est une fois de plus en cause : mais OEdipe mourra et l�guera son cadavre pour que d�autres puissent vivre. La mort devient ainsi f�con-dante, puisque du n�ant sortira la vie.</p><p>A. M.-B.</p><p>F. All�gre, Sophocle (Fontemoing, Lyon, 1905). / T. Legrand et H. Nermord, Sophocle et Sapho (P. U. F., 1927). / V. de Falco, La Tecnica corale di Sofocle (Naples, 1928). / H. Weins-tock, Sophokles (Leipzig, 1931). / M. Croiset,</p><p>� OEdipe-Roi � de Sophocle (Mellot�e, 1932). /</p><p>K. Reinhardt, Sophokles (Francfort, 1933 ; trad.</p><p>fr. Sophocle, �d. de Minuit, 1971). / E. Turolla, Saggio sulla poesia di Sofocle (Bari, 1934). /</p><p>G. Perrotta, Sofocle (Messine, 1935). / M. Un-tersteiner, Sofocle (Florence, 1935 ; 2 vol.). / A.</p><p>von Blumenthal, Sophokles (Stuttgart, 1936). /</p><p>T. B. L. Webster, An Introduction to Sophocles (Oxford, 1936). / C. M. Bowra, The Sophoclean Tragedy (Oxford, 1944). / J. C. Opstelten, Sophocles en het crieksche pessimisme (Leyde, 1945). / G. M�autis, Sophocle (A. Michel, 1957).</p><p>/ A. Maddalena, Sofocle (Turin, 1959). / J. Lacar-ri�re, Sophocle (l�Arche, 1960). / B. Knox, The Hero�c Temper. Studies in Sophoclean Tragedy</p><p>(Berkeley, Calif., 1965). / G. Germain, Sophocle (�d. du Seuil, coll. � Microcosme �, 1969). /</p><p>G. Ronnet, Sophocle, po�te tragique (De Boccard, 1969).</p><p>sorcellerie</p><p>Pratique magique qui exerce une action n�faste.</p><p>Du � crime de magie �</p><p>au � d�lit de sorcellerie �</p><p>Ces notions se rapportent � un ensemble complexe de croyances et de pratiques rituelles archa�ques ainsi qu�� des conceptions et � des d�finitions juridiques successives. Dans l�histoire du droit romain, les dispositions juridiques font appara�tre, depuis la loi des Douze Tables (451-449 av.</p><p>J.-C.) jusqu�aux constitutions de Justinien, la n�cessit� de la r�pression du � crime de magie �, c�est-�-dire d�atteintes aux biens, � la fortune ou � la personne d�autrui par des moyens magiques ou consid�r�s comme tels.</p><p>Ces mal�fices pouvaient nuire, pensait-on, � l�empereur lui-m�me. Tacite d�crit la terreur qui s�empara de Rome lorsqu�on d�couvrit les sortil�ges qui auraient provoqu� la mort de Julius Caesar Germanicus (19 apr. J.-C.).</p><p>Pendant toute l�Antiquit�, en Occident comme en Orient, des documents nombreux attestent la croyance g�n�-</p><p>rale aux pouvoirs de transformation des sorci�res et aux m�faits de la sorcellerie. La � chevauch�e nocturne � des sorci�res, repr�sent�e sous des formes dont l�analogie est incontestable, se retrouve m�me dans les civilisations m�so-am�ricaines.</p><p>Le triomphe du christianisme, depuis Constantin, a pour cons�quence d�imprimer au droit de la cit� romaine ou de la polis grecque, ant�rieurement empirique ou pragmatique, un caract�re normatif universel, fond� sur la r�v�lation religieuse unique et sur la proscription de toutes les autres croyances. La l�-</p><p>gislation chr�tienne imp�riale englobe dans la m�me condamnation les cultes dits � idol�triques �, la sorcellerie, magie � malfaisante � d�j� prohib�e, mais aussi la divination permise et la magie licite, dans leurs rapports avec</p><p>la th�urgie pa�enne et avec les cultes publics et priv�s, familiaux et locaux.</p><p>Dans l�Empire byzantin, les sor-</p><p>ci�res n�en continuent pas moins de jouer un r�le aussi grand que dans l�Empire d�Occident. Saint Jean</p><p>Chrysostome attaque tr�s vivement les femmes qui usent d�incantations et d�envo�tements, allant jusqu�� stigmatiser les superstitions et les exc�s de l�imp�ratrice Eudoxie.</p><p>La vie quotidienne des peuples germaniques et nordiques est domin�e par la peur des sorci�res, tenues parfois pour responsables des malheurs des rois. Les Goths leur attribuent m�me la naissance des Huns par leur commerce avec des � esprits immondes �.</p><p>Dans les chroniques anglo-saxonnes, l�envo�tement du roi Duff d��cosse, en 967-972, donne lieu � des recherches qui aboutissent � la d�couverte des coupables. Celles-ci faisaient br�ler � petit feu une poup�e de cire � l�image du monarque. Apr�s leur ch�timent, les sueurs inexplicables du roi cessent et il recouvre la sant�. La l�gislation barbare, � l�usage des hommes du Nord qui, apr�s les invasions, r�gnent sur les diverses provinces de l�Empire romain, abonde en dispositions prises contre les sorciers et leur client�le.</p><p>Cependant, malgr� cette unanimit� apparente des l�gislateurs, l��volution des conceptions juridiques relatives � la sorcellerie subit au XIIIe s. une mutation fondamentale sous l�influence de la th�ologie de saint Thomas d�Aquin, dont l�autorit� efface celle de saint Augustin. Dans les deux si�cles pr�-</p><p>c�dents, la sorcellerie est consid�r�e comme criminelle, mais au m�me titre que d�autres pratiques malfaisantes du paganisme populaire et sans affirmer pour autant la r�alit� � en soi � de ses croyances, comme le prouvent, par exemple, au XIe s., les th�ses prudentes et parfois sceptiques du Decretum de Burchard, �v�que de Worms (v. 965-1025). Au contraire, au XIIIe s., l�existence des d�mons et de leurs mal�fices devient un acte de foi : � La foi catholique, enseigne saint Thomas, affirme que les d�mons existent, qu�ils sont capables de nuire et qu�ils emp�chent l�acte charnel. � Dans ces conditions,</p><p>il faut m�me combattre l�id�e que ces pratiques superstitieuses sont des fantasmagories, car c�est l� le signe d�une foi d�faillante et suspecte d�h�r�sie.</p><p>Ainsi, du XIVe au XVIIe s., se forme sous des influences diverses, principalement culturelles, juridiques et th�ologiques, un ensemble de conceptions relativement nouvelles par rapport � celles des si�cles pr�c�dents et qui aboutissent � une d�finition pr�cise du � d�lit de sorcellerie �.</p><p>Cette l�gislation r�pressive, appliqu�e au XIVe s. par les inquisiteurs dominicains de Toulouse et de Carcassonne, est syst�matis�e et formul�e de fa�on d�finitive dans les si�cles suivants et principalement par des juges s�culiers comme Jean Bodin (1530-1596), Nicolas R�my (1530-1612), Henri Boguet (� en 1619), Pierre de Lancre (� v. 1630). La simple pr�-</p><p>somption de sorcellerie suffit, encore au XVIIe s., dans le Jura, par exemple, pour une arrestation. Une accus�e qui ne verse pas de larmes en commen�ant sa d�position ou qui regarde � terre en se parlant � elle-m�me doit �tre soup-</p><p>�onn�e de sorcellerie, selon Henri Boguet, � grand juge � de Saint-Claude, dont le Discours ex�crable des sorciers est publi� en 1603. Les enfants peuvent t�moigner contre leurs parents, et tout individu convaincu de sorcellerie est br�l� vif. Le dernier grand proc�s de sorcellerie des temps modernes s�ouvre en 1692, � Salem, petite ville de la Nouvelle-Angleterre. Cette affaire d�termine des modifications capitales du droit anglo-saxon dans ce domaine et exerce une influence profonde sur d�autres l�gislations. L�autorit� des inquisiteurs et des moines en Espagne n�en est pas moins encore assez puissante � la fin du XVIIIe s. pour interdire la premi�re �dition des Caprices (1799) de Goya.</p><p>downloadModeText.vue.download 324 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10279</p><p>La sorcellerie dans</p><p>l�Antiquit� romaine</p><p>Le rapport entre le mot sortiarius et la notion de sort dans l�histoire de la</p><p>sorcellerie n�est pas accidentel. Il provient de la liaison de la consultation divinatoire des sorts, dans l�Antiquit� romaine, avec des sacrifices destin�s � les conjurer. Ces pratiques archa�ques, devenues criminelles et prohib�es, ont �t� longtemps tol�r�es.</p><p>Certaines cat�gories de devins de bas �tage � les � haruspices de carrefour �, haruspices vicini ou publici, g�n�ralement m�pris�s, mais populaires, et qu�il ne faut pas confondre avec les haruspices ex ordine harus-picum, du coll�ge des 60 haruspices, institution honor�e depuis l�empereur Claude, qui l�avait r�organis�e en 47</p><p>� sacrifient des animaux noirs � � la triple H�cate �, divinit� infernale, g�n�ralement � des crois�es de chemins ou � des carrefours vou�s � cette d�esse de l�empire des morts. Parfois, ces victimes sont offertes � la d�esse Mania, � m�re des Lares �, � laquelle on immole m�me des enfants afin de d�tourner des pr�sages funestes et d�assurer ainsi la s�curit� des familles ou d�obtenir la sant� des parents. Ces sanglantes superstitions, d�origine carthaginoise, proviennent des cultes archa�ques ph�niciens et s�mitiques de Baal Hammon, ou Moloch, assimil� au dieu latin Saturne. Ces cultes sont encore pratiqu�s au IIIe s. apr. J.-C. au sud de Constantine et en d�autres parties de l�Empire romain. Parmi ces devins se trouvent aussi des � diseurs de sorts �</p><p>que l�on nomme harioli. Theodor</p><p>Mommsen les appelle � conjurateurs �</p><p>parce qu�ils pr�tendent agir sur les �v�-</p><p>nements et modifier les sorts en pronon�ant certaines formules magiques ou en conjurant les esprits souterrains.</p><p>De plus, � cause de la liaison qui est souvent constat�e par les l�gislateurs entre les sortil�ges et les empoisonnements, le droit p�nal assimile ceux qui pratiquent l��vocation des morts, les n�cromanciens et autres sorciers malfaisants de ce genre, nomm�s</p><p>malefici, � des empoisonneurs, appel�s venefici. Saint Augustin oppose, d�ailleurs, cette basse magie, qu�il juge d�testable et qu�il nomme go�tie, � la haute magie, la th�urgie, qui, dit-il, tente d��lever l��me par certaines purifications. Cette m�me distinction entre ces deux cat�gories est bien ant�-</p><p>rieure � saint Augustin. Tacite rapporte que l�empereur Claude, sous le r�gne</p><p>duquel le coll�ge des haruspices fut transform� en ordre officiellement reconnu, d�clarait qu�� il ne fallait point, par n�gligence, laisser perdre l�art le plus ancien de l�Italie. Les grands de l��trurie cultivaient autrefois cette science. � Un s�natus-consulte charge les pontifes d�examiner ce qu�il faut maintenir et restaurer dans la science des haruspices.</p><p>� cette � magie d��tat �, encou-</p><p>rag�e et honor�e, s�oppose, comme les textes en t�moignent, une � basse magie � dont les praticiens posent en r�alit� un probl�me capital pour les l�gislateurs, celui des sacrifices et des cultes archa�ques, familiaux et locaux. Constantin d�fend aux haruspices, sous peine de mort, de franchir le seuil des maisons priv�es. Cependant, il n�interdit absolument que les</p><p>� sacrifices domestiques � : la loi du 17 d�cembre 320 autorise l�art des haruspices, la consultation des sorts par la foudre et l�examen des entrailles des victimes, � condition que ces pratiques aient lieu dans les temples et �difices publics. Dans sa loi du 25 janvier 357, l�empereur Constance condamne aussi les mathematici et leurs doctrines, ce qui englobe dans la m�me cat�gorie les haruspices et les astrologues. Il d�sire que � la curiosit� de la divination reste � jamais silencieuse pour tous �. Apr�s avoir supprim� la libert� des sacrifices, le 16 juin 391, Th�odose emp�che le 8 novembre 392 toutes les manifestations de culte domestique et renouvelle la prohibition du sacrifice de victimes avec inspection des entrailles en vue d�� obtenir la r�v�lation de ce qui est cach� �. Dans ce m�me �dit, on d�fend aussi bien de � changer le cours des lois de la nature � que de � s�enqu�rir du sort d�autrui ou de se procurer l�espoir de la mort de quelqu�un �. C�est la proscription compl�te des croyances pa�ennes, � l�exception toutefois du port des amulettes et des moyens magiques de provoquer la pluie ou le beau temps (loi du 7 ao�t 395).</p><p>La sorcellerie et</p><p>les puissances de</p><p>l�empire des morts</p><p>Parmi les pratiques magico-religieuses pa�ennes prohib�es par ces mesures</p><p>juridiques se trouvent celles qui se rapportent � la vie d�outre-tombe et qui donnent lieu dans la civilisation antique � diverses c�r�monies. Les Manes, terme g�n�ral qui d�signe les �mes des morts, prennent place parmi les dieux souterrains (dei inferi), divinit�s � infernales �. Leur culte pr�sente un caract�re myst�rieux et terrible, oc-culta et abdita religio deorum Manium, selon Rufius Festus. Sur les morts qui ont �t� incin�r�s ou inhum�s suivant les rites du droit pontifical (jura Manium), les sorciers ou n�cromanciens n�ont aucun pouvoir, mais ils trouvent des auxiliaires, d�apr�s les croyances g�n�rales, parmi les �mes qui n�ont pas re�u de s�pulture ou encore parmi celles que leur mort pr�matur�e oblige � errer jusqu�� l�expiration d�un certain d�lai. Ces � influences errantes �</p><p>sont toujours malfaisantes. Ces larves et l�mures apparaissent la nuit sous la forme de spectres ou d�animaux, envoient des maladies, pers�cutent les vivants, d�ciment les troupeaux et ravagent les moissons. Les larves, forces dangereuses, toujours dispos�es � nuire aux vivants, peuvent �tre �voqu�es et dirig�es contre l�un d�entre eux par des c�r�monies et des sacrifices nocturnes, sacra nocturna, comme, par exemple, ceux que l�on offre aux � d�mons de la triple H�cate �, � puissante, dit Virgile, dans le ciel et dans l��r�be �, reine des carrefours, trivia. Avec les �mes des larves dont elle dispose � son gr�, H�cate, souvent identifi�e avec Pro-serpine, reine des Enfers, est accompagn�e d�une meute de chiens d�moniaques � hurlant � la Lune � et formant son cort�ge. Le culte d�H�cate, surtout r�pandu dans l�Empire, prend peu � peu la m�me extension que les cultes orgiastiques venus de l�Orient.</p><p>Par l�interm�diaire des sorciers, les larves, invisibles, peuvent p�n�trer dans le corps par la bouche et le nez ou encore s�introduire dans l�estomac gr�ce � certains aliments tels que les f�ves. Le � tabou � pythagoricien qui prohibe les f�ves doit se rattacher, probablement, � cette croyance dans l�action redoutable des esprits malfaisants, auxquels on attribue les �pid�mies et, principalement, la peste. Pour s�en pr�-</p><p>server, les Romains nomment un dictateur, qui, solennellement, monte au</p><p>Capitole afin d�enfoncer un clou de fer dans le temple de Jupiter.</p><p>D�apr�s les id�es primitives, la mort n�est jamais naturelle et, par cons�-</p><p>quent, toutes les maladies proviennent de puissances invisibles mal�fiques.</p><p>L��pilepsie, maladie sacr�e, morbus sacer, en raison de ses effets foudroyants et terrifiants, est soign�e de la m�me mani�re que la peste : on plante un clou l� o� est tomb� l��pileptique afin de fixer au sol la maladie et d�en d�livrer le patient. En m�me temps, on prononce une formule d�incantation.</p><p>Il convient �galement de d�livrer les lieux maudits des larves qui les hantent. Su�tone rappelle comme un fait certain, satis constat, que ceux qui gardaient les jardins de Lamie, o� le cadavre de Caligula avait �t� jet�, � demi br�l�, ont �t� inqui�t�s par des fant�mes et que la maison o� l�empereur fut tu� a retenti, chaque nuit, de quelque bruit inexplicable et terrible.</p><p>Dans ces conditions, les larves</p><p>peuvent aussi poss�der les �tres vivants.</p><p>C�est pourquoi les fous sont nomm�s le plus couramment � larv�s �, larvati. La th�rapeutique magique contre la folie consiste en c�r�monies de purification destin�es � � d�larver � le poss�d� par des sacrifices et des exorcismes, piationes, piamenta. On frappe souvent le malade avec des verges, croyant que l�on blesse ainsi non pas l�homme, mais la puissance mal�fique et le d�mon qui le tiennent dans leurs griffes.</p><p>Malgr� les descriptions de Virgile et d�Horace, les conjurations amoureuses, les philtres et autres enchantements de ce genre sont longtemps ignor�s des Romains, selon Hirschfeld (De incantamentis), et au moins</p><p>jusqu�� Plutarque, Pline et les po�tes du temps de Cic�ron. La sorcellerie appara�t ainsi, dans l�Antiquit� romaine, comme essentiellement mal�-</p><p>fique � cause de ses rapports avec les</p><p>� larves �, les � morts malfaisants �, les poisons et les sortil�ges. On la distingue de fa�on claire et constante de la magie � licite � et, principalement, de la th�urgie jusqu�aux premiers si�cles de l��re chr�tienne. C�est alors qu�elle semble avoir servi de moyen aux l�gis-</p><p>lateurs pour confondre, dans une m�me condamnation, des pratiques criminelles qui furent toujours interdites, et � juste titre, avec des cultes priv�s, familiaux et locaux, d�origine pa�enne.</p><p>Ainsi pensa-t-on renforcer la religion d��tat et mieux assurer le triomphe du christianisme sur les nombreuses h�r�-</p><p>sies que l��glise et les P�res devaient combattre.</p><p>Les techniques</p><p>de la sorcellerie</p><p>Techniquement, la sorcellerie se rattache � la magie antique, mais aussi � des sources plus lointaines et aux exp�-</p><p>riences fondamentales des chasseurs pr�historiques. On a propos� de ramener � deux lois principales ces moyens et ces proc�d�s divers : la loi d�imitation et la loi de substitution. Selon la premi�re, tout semblable appelle le semblable ; ce principe est la base de la magie � imitative � ou � hom�opathique �, principalement appliqu�e aux charmes et aux philtres. Selon la seconde loi, la partie peut �tre substi-downloadModeText.vue.download 325 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10280</p><p>tu�e au tout, car les choses qui ont �t� une fois en contact intime continuent � agir l�une sur l�autre. Ce principe est celui de la magie � contagieuse �, dont l�application principale, universellement r�pandue, est l�envo�tement.</p><p>Un exemple tr�s caract�ristique d�une technique d�envo�tement est celle qui est pratiqu�e par les Banens au Cameroun. Le � jeteur de sorts � prend une corne dans laquelle il introduit diverses plantes et plusieurs morceaux d�une esp�ce de cactus. Il prend ensuite un caillou, le place sur l�ouverture de la corne et l�y laisse trois jours. Apr�s ce d�lai, d�s qu�il aper�oit son ennemi, le sorcier jette le caillou sur l�ombre de celui qu�il veut tuer en pronon�ant une mal�diction rituelle. Il noue alors ensemble des feuilles de palmier en r�p�tant que son ennemi ne doit mourir que lorsqu�il les d�nouera. Puis, ce nouveau d�lai �coul�, le sorcier d�fait le noeud pr�c�dent, prononce une autre mal�diction et jette les feuilles � terre.</p><p>Au moment o� il le fait, son adversaire, selon la croyance g�n�rale, qu�il soit dans sa case ou dans la for�t, tombe � terre et meurt. Les Banens sont persuad�s, d�ailleurs, que, par la seule force de l�impr�cation, n�importe quel homme, sans employer aucun moyen mat�riel secret, peut nuire � un autre homme et m�me le tuer. Ils distinguent deux sortes de formules de mal�diction : les bibol, impliquant toujours une menace de mort, et les bunim, limit�s � un souhait de malheur.</p><p>Les impr�cations et les mal�dic-</p><p>tions de la sorcellerie sont fond�es sur la puissance de la parole humaine, � laquelle les civilisations antiques ont attach� une importance fondamentale.</p><p>Les vers cadenc�s, les chants rythm�s de l�incantation d�Orph�e arr�taient par leurs accords, selon Tibulle, � les fleuves dans leur course, le vent dans son vol et pr�taient aux ch�nes m�mes une oreille pour les �couter �. Ce pouvoir du v�ritable magicien, initi�, po�te et ma�tre de toute la nature vivante, n�est pas donn� au sorcier, mais, en revanche, celui-ci peut, par de funestes incantations, maudire son ennemi et annoncer sa vengeance.</p><p>Cette distinction entre le savoir du magicien et les connaissances du sorcier comme entre leurs pouvoirs respectifs se retrouve dans toutes les soci�t�s primitives aussi bien que dans les grandes civilisations antiques. En Afrique comme en d�autres parties du monde, le f�ticheur, par exemple, n�est pas confondu avec le sorcier.</p><p>Une tradition islamique affirme</p><p>que les djinns m�cr�ants et m�chants, les chay&#x1E6D;&#x101;ns, �coutaient aux murs et aux portes du Ciel et ajoutaient des mensonges � ce qu�ils entendaient murmurer. Ils furent chass�s par des lampes masabih, mises l� comme ornements, mais qui sont parfois lanc�es comme des projectiles (rudjum) par les anges en faction. Les chay&#x1E6D;&#x101;ns ne connaissent donc pas exactement les r�alit�s invisibles ; ils descendent alors vers tous les grands menteurs, et les �gar�s les suivent, ne faisant jamais ce qu�ils disent. Aussi doit-on respecter le magicien licite � mu�azzimun, qui, ob�issant � All&#x101;h, l�implore, renonce aux d�sirs charnels et terrestres, adju-</p><p>rant les esprits par la seule puissance des noms divins � et condamner</p><p>les sorciers, m�cr�ants et m�chants comme les chay&#x1E6D;&#x101;ns qui les inspirent et que l�on nomme sahara. Leur</p><p>magie � noire � remonte � Ibl&#x12B;s, par l�interm�diaire de sa fille Baidhakh, � laquelle ils font des sacrifices d�animaux et d�hommes. D�autres disent que Baidhakh est Ibl&#x12B;s en personne.</p><p>L�un de ces sahara lui aurait dit que, s��tant endormi, il avait vu Baidhakh entour�e d�un peuple ressemblant aux Nabat�ens du Sawad, nu-pieds et aux talons fendus. Cette tradition islamique singuli�re peut �tre rapproch�e de la marque du � pied du Diable � dans la d�monologie m�di�vale.</p><p>R. A.</p><p>La sorci�re :</p><p>� � Satan, prends piti�</p><p>de ma longue mis�re. �</p><p>Besogneuse et malheureuse, �puis�e par de trop nombreuses maternit�s, la sorci�re porte dans ses flancs toute la mis�re des temps. Li�e � la terre, � la campagne, elle n�a pas les attraits de la Circ� d�Hom�re ; proche parente de la pythonisse d�Endor, la sorci�re n�est pas la magicienne, pas plus que la sorcellerie n�est la science.</p><p>Cependant, comme l�a si bien mon-tr� R.-L. Wagner, de la sorcellerie fruste aux pratiques merveilleuses des enchanteurs, la diff�rence fut vite effac�e par les po�tes des chansons de geste et surtout par Beno�t de Sainte-downloadModeText.vue.download 326 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10281</p><p>Maure, Chr�tien de Troyes et Marie de France, dont les jeunes h�ro�nes ont souvent pour nourrice une sorci�re ; mais celle-ci est tellement irr�elle !</p><p>Aucun d�entre eux ne se demande jamais, seulement sensibles au prestige des miracles qu�op�raient le sorcier et l�enchanteur, si l�un et l�autre obte-naient leur pouvoir par le m�me moyen ou par des voies oppos�es.</p><p>Et pourtant, les � sorceries �, les</p><p>� charaies �, les � conjureisons �, les</p><p>� poisons � des sorci�res, ces proc�-</p><p>d�s de pauvre femme, sont avant tout une protestation d�sesp�r�e contre un sort par trop injuste. Et les attributs de la sorci�re disent bien sa condition : le chaudron, le balai, le grand bouc noir, son idole. Nous la retrouvons presque toujours en quelque coin retir�, sur la lande d�serte ou la terre en jach�re.</p><p>Ces sorci�res, beaucoup de gra-</p><p>vures et de tableaux nous les montrent, avec leurs jambes lourdes, courtes et cagneuses, leurs ventres fl�tris et pollu�s qui contrastent avec leur seins, que le diable semble avoir �pargn�s, leurs reins cambr�s et leurs masques grima�ants.</p><p>Voici, � l�aube des Temps modernes, les sorci�res de Hans Baldung, d�Albrecht D�rer, de Jan Van Mechelen, celles des ma�tres anonymes qui ornent le livre d�Ulrich Molitor ou le Com-pendium maleficarum de Guaccius.</p><p>Voici, deux si�cles plus tard, celles de Goya, vieilles et d�cr�pites et qui n�anmoins, � suben alegres �, montent joyeuses. � l�exception de quelques-unes, jalous�es et d�nonc�es pour leur beaut�, ce sont des paysannes au visage fortement animalis�, qui entra�n�rent � leur suite nombre de seigneurs et d�honn�tes dames, car c�est toute une soci�t� qui fut contamin�e.</p><p>R�pertoriant les �tats psycho-</p><p>logiques favorables � la tentation, �tienne Delcambre a donc fort justement plac� avant les chagrins sentimentaux, les drames conjugaux, la soif de vengeance et le go�t du myst�re, la pauvret�, une mis�re telle que Miche-let et Paul Jacob (le bibliophile Jacob) ont pu, les premiers, voir dans le sabbat l�orgie des serfs en r�volte.</p><p>L��tiologie du mal de sorcellerie ne fait maintenant plus de doute : la mi-s�re, les guerres, les pestes, auxquelles s�ajoute vraisemblablement une tendance � l�hallucination provoqu�e par les carences alimentaires et l�abus de certains produits.</p><p>La condamnation</p><p>par l��glise</p><p>Chesnel, au si�cle dernier, a bien montr� que � l�importance que prit la sorcellerie au XIIe s. fut la cons�quence des doctrines des vaudois �. L�accusation de vauderie conduisait au b�cher, et vaudois et sorcier �taient synonymes.</p><p>Mais si, au XIVe s., la sorcellerie n�a donn� lieu qu�� quelques proc�s retentissants, th�ologiques ou politiques, laissant deviner des pouss�es sporadiques, commencent, avec le XVe s. et la bulle Summis desiderantes affecti-bus d�Innocent VIII (1484), ce � chant de guerre de l�Enfer �, dira Schwager, qu�entonn�rent ensuite Alexandre VI et L�on X, les grandes �pid�mies et la chasse aux sorci�res, les proc�s collectifs et les ex�cutions en masse de la sorcellerie flamboyante dont les derni�res lueurs se m�leront encore aux rayons du Grand Roi. Jakob Sprenger et Heinrich Institoris (H. Kr�mer), les deux inquisiteurs d�sign�s par Innocent VIII, ont oubli� les incertitudes de leurs pr�d�cesseurs : on br�le en France, en Suisse, en Italie, en Allemagne, en Espagne des fourn�es de sorciers que Satan a abandonn�s au moment m�me o� ils tombaient entre les mains de la justice.</p><p>La condamnation</p><p>des arts magiques par les</p><p>livres des d�monologues</p><p>C�est alors que se multiplient les trait�s. Face � la th�ologie �crite, la d�-</p><p>monologie jusque-l� orale s�est, avec l�imprimerie, diffus�e sous une forme st�r�otyp�e, accompagn�e de ces</p><p>repr�sentations infernales qui, elles aussi, pass�rent dans les arts nouveaux.</p><p>Au XIVe s., aucun ouvrage latin et, � plus forte raison, aucun trait� en langue romane ne codifiait les principes et les �l�ments de la sorcellerie en un expos� qui, m�me bref, aurait assur� son d�-</p><p>veloppement. Dans cet �tat, remarque R.-L. Wagner, la sorcellerie, � r�duite � un ensemble de gestes et de formules purement m�caniques, cantonn�e sous sa forme la plus basse chez les paysans, se serait �teinte lentement dans les campagnes peu � peu �lev�es � une compr�hension plus d�licate de la foi chr�tienne �. Or, la voici coul�e, de la fin du XVe � la fin du XVIe s., dans des trait�s dogmatiques en t�te desquels prend place le c�l�bre Maliens maleficarum, de Jakob Sprenger seul (1487),</p><p>puis de Sprenger et de Heinrich Institoris (H. Kr�mer) [1494], � the most important and most sinister work on demonology �, dira R. H. Robbins, que compl�te, � partir de 1582, le For-micarius de J. Nidier et qui eut, de sa premi�re parution � 1669, 29 �ditions.</p><p>La voici fig�e, stigmatis�e ou minimis�e, pour un peu plus d�un si�cle, sous pr�s de 350 titres, parmi lesquels �mergent, du c�t� des adversaires de Satan : outre le De lamiis et phitonicis mulieribus... (1489), de Ulrich Molitor, De la d�monomanie des sorciers (1580) de Jean Bodin, dix fois �dit� en vingt-cinq ans, Daemonolatriae libri tres (1595), du procureur g�n�ral Nicolas R�my, le Discours ex�crable des sorciers (1603), du grand juge Henri Boguet, le Tableau de l�inconstance des mauvais anges et d�mons (1613), de Pierre de Lancre, conseiller du roi au parlement de Bordeaux. Encore faudrait-il citer les ouvrages de J. F. Pic de La Mirandole, le neveu de l�humaniste, de Pedro S�nchez Ciruelo, de J. Geiler von Kaysersberg, de Johannes Trithe-mius, de Silvester Prierias, de tant d�autres, pour mesurer, � l��chelle de l�Europe, l�abondance de cette litt�rature antid�moniaque.</p><p>Tous ces trait�s nous renseignent amplement sur les moyens d�entrer en communication avec Satan, qui, qu�on y prenne garde, ne se d�range jamais pour rien : pactes, formules h�riti�res des lettres �ph�siennes, conjurations et sacrifices, pratiques consign�es dans la Clavicule de Salomon et le Grimoire du pape Honorius y sont soigneusement mentionn�s ainsi que les noms des instruments, les abraxas, chers aux sorciers qui, pour op�rer, s�installent dans le pentacle : les talismans, les anneaux, les miroirs magiques. Les plantes, la val�riane, la mandragore aux vertus puissantes, f�cond�e par les excr�-</p><p>ments des pendus, toutes les recettes des sorci�res de Macbeth, qui inspir�rent � T. Chass�riau un beau tableau, ne sont pas oubli�es, non plus que les animaux, du coq, que l�Antiquit� avait consacr� � la mort, au crapaud.</p><p>Tout nous y est dit sur les dates, les lieux, la dur�e du sabbat � o� nous faisons la connaissance d�un Satan faux-monnayeur, la monnaie diabo-</p><p>lique se mutant en choses viles �, sur les modes de locomotion permettant d�aller aux assembl�es nocturnes �</p><p>car, dans la sorcellerie, contrairement � ce qui se passe dans les sc�nes de possession, c�est l�individu consentant qui se rend au sabbat �, sur la soci�t�, la liturgie, le festin et les danses sab-batiques, la marque infernale finale, la prostitution diabolique, le mariage satanique.</p><p>Les vaines</p><p>protestations et</p><p>la complicit� de</p><p>tout un si�cle</p><p>D�j�, bien avant le fameux �dit de 1682</p><p>qui, en France, marque le grand reflux, des protestations s��taient fait entendre. Chesnel pense que le proc�s de Jeanne d�Arc, qui provoqua un regain de cr�dulit�, fut �galement � l�origine de nombreux doutes. Il est probable que la fin de l�h�ro�ne de Patay inspira en partie � Gabriel Naud� son Apologie pour tous les grands personnages qui ont �t� soup�onn�s de magie (1625).</p><p>D�une fa�on g�n�rale, de strictes raisons d�humanit� conduisirent Heinrich Cornelius Agrippa von Nettesheim en 1533, son disciple Jean Wier en 1568, un Reginald Scot ou un G. Gifford en Angleterre � adresser comme Friedrich von Spee von Langenfeld des � advis aux criminalistes sur les abus qui se glissent dans les proc�s de sorcellerie �</p><p>(1631) et � disserter comme Jacques d�Autun sur l�� incr�dulit� savante et la cr�dulit� ignorante au sujet des magiciens et des sorciers � (1671). Cependant, si Samuel de Cassini essaya, un des premiers (1505), de d�montrer que les inquisiteurs tombaient dans l�h�r�-</p><p>sie en croyant au vol nocturne des sorciers, il se trouva des auteurs pour le r�futer. Et l�on sait que Jean Bodin r�clama la mort de Jean Wier : les Petrus Mamor et les del R�o devaient pour longtemps l�emporter, soutenus dans leur action r�pressive par plus d�une communaut� rurale hant�e par les sortil�ges des noueurs d�aiguillettes. C�est que le d�mon ne s�imposait pas seulement � quelques cerveaux d�r�gl�s, il obs�dait tous les esprits.</p><p>N�anmoins, ainsi que l��crit Pierre Chaunu, cherchant � ins�rer cette sorcellerie aur�ol�e de surnaturel dans</p><p>l�histoire europ�enne : � Il n�y a pas de phantasmes, surtout collectifs, sans un minimum de support objectif. � Cette sorcellerie occidentale a pouss�, en effet, sur les marges de la chr�tient�, aux fronti�res des royaumes, dans les bois, sur les landes. Localis�e dans l�espace, elle est aussi, dans le temps, li�e, pour ses manifestations les plus spectaculaires (1560-1630), aux progr�s des �tats, aux conqu�tes spirituelles, � la lente canalisation de la sexualit�.</p><p>La sorcellerie, dans cette perspective, est r�sistante aux processus d�in-t�gration, refus d�acculturation, r�ve du pass�. Les d�mons qu�elle invoque ont pris le relais des dieux du paganisme, et le recours � Satan est, pour cette mi-downloadModeText.vue.download 327 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10282</p><p>s�rable engeance de hors-caste � bergers, sabotiers, forgerons, plus vers�s dans les arts magiques du feu et du bois que dans ceux de la Terre �, l�ultime espoir de sauver une certaine libert�.</p><p>Et si, de surcro�t, on situe la sorcellerie sur un front de classe o� s�aiguisent les tensions, on comprend la rigueur de la r�pression, on aper�oit aussi de quelle nature est le lien qui unit �troitement le juge et le sorcier. Car ces accus�s ne sont pas les innocentes victimes sur lesquelles les philosophes du XVIIIe s.</p><p>se sont pench�s avec d�solation. Pour l�Encyclop�die, sorciers et sorci�res ne sont qu�� hommes et femmes qu�on pr�tend s��tre livr�s au d�mon et avoir fait un pacte avec lui pour op�rer par son secours des prodiges et des mal�-</p><p>fices �, et la sorcellerie y est pr�sent�e comme une � op�ration magique honteuse ou ridicule, attribu�e stupidement par la superstition � l�invocation et au pouvoir des d�mons � (Encyclop�die, 1765, t. XV). Superstition ! un mot largement d�fini dans le Dictionnaire philosophique de Voltaire, qui s��meut, par ailleurs, dans son Louis XIV, des neuf cents victimes que fit Boguet � Saint-Claude.</p><p>� tout prendre, Chesnel serre de plus pr�s la v�rit� historique lorsqu�il fait</p><p>de ces sorciers � des imposteurs, des charlatans, des fourbes, des maniaques, des fous, des hypocondres ou des vauriens �, c�est-�-dire les �l�ments troubles des classes inf�rieures et flottantes mal ancr�es dans le terroir.</p><p>L�ouverture</p><p>ethnologique :</p><p>l�universalit� des types</p><p>marginaux et l�identit�</p><p>des comportements</p><p>Reste � savoir si ce diagnostic peut �tre �tendu, si la signification et le r�le qui viennent d��tre assign�s � la sorcellerie demeurent les m�mes hors du cadre de la civilisation occidentale.</p><p>Il semble que le caract�re de marginalit� pr�c�demment rep�r� qui s�attache � cet ensemble de pratiques et � ceux qui s�y livrent soit largement confirm� par les �tudes de E. E. Evans-Pritchard sur les Zand�s, de C. Kluc-khohn sur les Navahos, d��liane</p><p>M�tais sur les Canaques. Ce caract�re appara�t d�autant mieux que ces ethnologues � � la suite de M. Mauss, qui mit en relation sorcellerie, magie primitive, religion et mythologie isol�es</p><p>� se sont propos� de comprendre le sorcier et sa magie en les situant dans leur contexte social global.</p><p>L�approche structurale de la sorcellerie en tant que syst�me incluant autant de croyances que d�actions �</p><p>dont E. E. Evans-Pritchard, le premier, a soulign� le polymorphisme � a eu pour r�sultat d��tablir qu�elle constitue une antistructure poss�dant une structure propre que ne d�finit pas n�cessairement le terme d�inversion, ainsi que le voudraient J. Middleton et E. H. Winter.</p><p>Il ressort �galement de ces analyses que le r�le social du sorcier est �minemment ambigu. L�-dessus, C. L�vi-Strauss et Mary Douglas ont bien insist�. Sans doute faudrait-il distinguer witchcraft et sorcery, sorcellerie volontaire et involontaire, contr�l�e ou non, et rattacher magie blanche et magie noire � tel type de structure, � tel type de pouvoir. Mais dans le cas de la sorcellerie que la magie blanche a pour objectif de rendre inefficace, l�ambigu�t� renvoie � la marginalit� dont elle</p><p>est �troitement solidaire. � �tre � la marge, lit-on dans Purity and Danger, signifie �tre en liaison avec le danger, toucher � la source d�un pouvoir quelconque. � Or, tout ce qui est � la frange � soit � la fronti�re ext�rieure du syst�me, soit � la limite des lignes int�rieures qu�il est p�rilleux de franchir comme il est p�rilleux, en Inde, de sortir de sa caste �, tout ce qui est aux confins est dangereux. Et le sorcier pr�-</p><p>cis�ment se tient dans une zone � moiti� � d�frich�e �, dans un espace social � demi formalis�, dans un clair-obscur inqui�tant o�, fant�me du monde des vivants, il oppose son pouvoir psychique au symbolisme ext�rieur.</p><p>Ainsi la sorcellerie se trouve-t-elle identifi�e � � la manifestation d�un pouvoir psychique antisocial �manant de personnes qui se situent dans des r�gions relativement peu structur�es de la soci�t� �.</p><p>Bergers, bourreaux, forgerons, fos-soyeurs, ces sorciers d�tiennent des secrets qui font fr�mir. Ils connaissent les chemins qui conduisent aux horizons obscurs qui s�enlisent le soir, l�-bas. Beaucoup de ces individus qui occupent des positions interstitielles ont un r�le encore moins explicite. Et dans la mesure o� leur statut est aussi incertain que celui des revenants, dans la mesure aussi o� ils demeurent difficilement contr�lables, ils sont cens�s exercer des pouvoirs plus ou moins mal�fiques.</p><p>L�vi-Strauss a bien vu comment</p><p>la soci�t� proc�de pour int�grer ces marginaux et neutraliser leur pouvoir.</p><p>Les accuser de sorcellerie constitue une parade id�ale pour les contr�ler et fixer une r�alit� fluide qu�ils devront incarner. L� encore, L�vi-Strauss a justement appr�ci� le b�n�fice psychologique que l�ensemble de la collectivit� angoiss�e attend de la confession d�un sorcier, le soulagement, la lib�-</p><p>ration, l�abaissement de tension que repr�sente pour le groupe, qui cherche � pr�server sa coh�rence, la formulation d�une telle accusation. Il a �galement discern� ce que signifie l�aveu du crime de sorcellerie pour celui qui en est suspect� : la reconnaissance d�un certain savoir et d�un certain pouvoir.</p><p>Ainsi suspect� et dans l�impossibilit� de prouver son innocence, c�est-�-dire de briser le consensus social constitu� autour de lui, le jeune Indien Zu�i, dont nous parle M. C. Stevenson, ne tarda pas � prendre conscience de tous les avantages que pourraient lui rapporter sa nouvelle situation et le r�le qu�on voulait lui faire jouer. Combien, reconnaissant brusquement tout ce qu�on leur reprochait, ont pay� de leur vie, sur les b�chers de l�Inquisition, le bonheur de se voir assigner une place dans la structure ? On sait, en revanche, ce que devint le jeune Indien Zu�i : un</p><p>� abr�acteur professionnel � se donnant en spectacle.</p><p>Mais ces intentions, plus ou moins clairement manifest�es par le groupe et celui qu�il d�nonce, ne doivent pas masquer les pr�occupations d�ordre sociopolitique qui ne manquent pas d�affleurer dans de pareilles accusa-tions. Les juges qui firent br�ler Jeanne comme sorci�re entendirent aussi attribuer un statut d�finitif � cette jeune fille, paysanne � la cour, pucelle en armure, qui ne tenait pas � en place �.</p><p>Somme toute, l�accusation de sorcellerie renforce la structure de la m�me fa�on que l�ex�cution d�un client sans terre chez les Mandaras affermit l�autorit� du clan des propri�taires.</p><p>Du m�me coup s��claire le sens de la r�action qui frappa si durement les sorciers dans la France de la premi�re moiti� du XVIIe s. Pour cette soci�t� sourdement travaill�e, en haut, par les nobles de robe qui avaient repris � leur compte le tout ou rien pascalien, violemment agit�e, en bas, par les r�voltes du IVe �tat, la chasse aux sorci�res fut, avec le grand renfermement des gens sans aveu, autant qu�une mesure d�assainissement social, un moyen de consolider une structure d�ordres qui mena�ait de toutes parts d��clater.</p><p>Dispositions amplement justifi�es si l�on songe que ces bergers-sorciers firent encore parler d�eux en Brie, en 1687-1691, et en Basse-Normandie, 1691-92.</p><p>En d�finitive, quels que soient les pays, quelles que soient les �poques que l�on �tudie, la sorcellerie joue, d�un point de vue fonctionnel, un</p><p>double r�le. Son pouvoir d�sint�grateur est ins�parable de sa capacit� d��quilibration. Projection hors de l�inconscient d�une soci�t� perturb�e d�un conflit dont elle permet la r�solution en prenant la forme d�un syst�me de r��quilibration, elle est rem�de � � un mal ajustement �, rem�de aux in�galit�s qui l�on fait na�tre et que corrigent symboliquement chamans et sorciers.</p><p>B. V.</p><p>F �sot�risme / Initiation / Magie / Myst�re.</p><p>M. A. Murray, The Witchcult in Western Europe (Oxford, 1921). / M. Gar�on et J. Vin-chon, le Diable (Gallimard, 1926). / J. Guiraud, l�Inquisition m�di�vale (Grasset, 1929). / F. Ba-voux, la Sorcellerie en Franche-Comt� (�d. du Rocher, 1954). / J. Palou, la Sorcellerie (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1957 ; 2e �d., 1960). /</p><p>E. Evans-Pritchard, Witchcraft, Oracles and Magic among the Azande (Oxford, 1958 ; trad.</p><p>fr. Sorcellerie, oracles et magie chez les Azand�, Gallimard, 1972). / J. Caro Baroja, Las brujas y su mundo (Madrid, 1961 ; trad. fr. les Sorci�res et leur monde, Gallimard, 1972). / J. Glass, Witchcraft, the Sixth Sense and us (Londres, 1966 ; trad. fr. la Sorcellerie, le sixi�me sens et nous, Payot, 1971). / R. Mandrou, Magistrats et sorciers en France au XVIIe si�cle (Plon, 1968).</p><p>/ C. Hansen, Witchcraft at Salem (New York, 1969 ; trad. fr. Sorcellerie � Salem, Deno�l, 1971). / L. Mair, la Sorcellerie (Hachette, 1969).</p><p>/ A. Retel, Sorcellerie et ordalie. L��preuve du poison en Afrique noire (Anthropos, 1974).</p><p>Sorel (Georges)</p><p>Th�oricien socialiste fran�ais (Cherbourg 1847 - Boulogne-sur-Seine</p><p>1922).</p><p>Tard venu � l�action</p><p>politique et sociale</p><p>Georges Sorel fait ses �tudes secondaires au coll�ge de Cherbourg, puis il vient pr�parer Polytechnique � Paris au coll�ge Rollin : en 1865, au bout d�un an de pr�paration, il est admis seizi�me � dix-huit ans, ce qui semble pr�luder � un beau destin de scientifique. Sorti dixi�me de l��cole, il devient ing�nieur des ponts et chauss�es.</p><p>En apparence, pendant vingt ans, ses obligations professionnelles l�absorbe-ront tout entier, en Corse, en Alg�rie, � Perpignan. Mais ce n�est qu�une appa-</p><p>rence ; car, pendant ces vingt ann�es, il a assur�ment beaucoup observ� et downloadModeText.vue.download 328 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10283</p><p>beaucoup lu : de Le Play � Renan, de Proudhon � Tocqueville.</p><p>En 1875, Sorel s��prend de Marie David, une Jurassienne qu�il a connue alors qu�elle �tait servante d�h�tel ; c�est � travers elle qu�il a connu le peuple ; et, de son propre aveu, c�est elle qui l�a r�v�l� � lui-m�me. Jamais cependant il ne l��pousera ; mais pendant vingt-deux ans (elle meurt en 1897), il subit son influence.</p><p>En 1892, alors qu�il vient d��tre nomm� ing�nieur en chef de premi�re classe, la mort de sa m�re lui donne une confortable aisance : il d�missionne pour se consacrer � ses recherches et, en 1897, se retire � Boulogne-sur-Seine.</p><p>L�itin�raire sor�lien</p><p>Il n�est pas ais� de le reconstituer. Car il ne nous est gu�re connu que par ce que Sorel a �crit. En 1893, un article sur � Science et socialisme �, publi� dans la Revue philosophique, le montre influenc� par le marxisme, qu�il vient de d�couvrir : l�homme ne peut bien conna�tre que ce qu�il a fabriqu� ; la m�taphysique d�Aristote est con�ue en termes d�architecture ; celle de Marx est m�canicienne. En fabriquant des machines de plus en plus complexes, l�homme �largira sa connaissance.</p><p>Mais Georges Sorel n�est pas un</p><p>scientiste ; il est bien plus un moraliste qui demeure impr�gn� par son �ducation chr�tienne et obs�d� par l�id�e que l�homme contemporain dilapide inconsid�r�ment l�h�ritage moral accumul� par des si�cles, alors qu�il est n�cessaire de l��largir. Pour ce faire, Sorel compte sur la famille et sur la femme,</p><p>� la grande �ducatrice du genre humain �, dont on a bien tort de demander la lib�ration sexuelle. � Le monde ne deviendra plus juste que dans la mesure o� il deviendra plus chaste � (conf�-</p><p>rence sur � l��thique du socialisme �,</p><p>de f�vrier 1899, publi�e en mai 1899</p><p>dans la Revue de m�taphysique et de morale).</p><p>Le r�le moral de l��glise, en revanche, lui para�t ruin� par la pes�e des int�r�ts mat�riels et la p�n�tration des pr�occupations mondaines. Mais il a foi dans le socialisme que Jaur�s*</p><p>anime de l��lan dreyfusard. Georges Sorel est au premier rang de ceux qui, en janvier 1898, r�clament la r�vision du proc�s de Dreyfus*. � La conduite admirable de Jaur�s, �crit-il, est la meilleure preuve qu�il y a une �thique du socialisme. �</p><p>Sorel ne s�en tient pas longtemps � cette attitude : l�exploitation politique et parlementaire de l�Affaire Dreyfus lui para�t inadmissible. Il s�en prend bient�t aux parlementaires socialistes, qu�il juge cyniques ; � Jaur�s, � qui il reproche � ses qualit�s de duplicit� paysanne �, qui l�ont � fait souvent comparer � un merveilleux marchand de bestiaux � (R�flexions sur la violence, 1908) ; � �mile Vandervelde,</p><p>� personnage encombrant s�il en fut jamais qui ne peut se consoler d��tre n� dans un pays trop petit pour son g�nie � (ibidem) ; � la d�mocratie, qui condamne le socialisme � l�opportunisme �lectoral et parlementaire ; � l�immobilisme de Kaustsky et au r�-</p><p>visionnisme de Bernstein, qui permet toutes les facilit�s ; aux intellectuels socialistes, qui constituent � un clerg� politique, aussi nuisible au socialisme que le cl�ricalisme l�est � la religion �.</p><p>Le salut, il l�attend maintenant d�un syndicalisme r�volutionnaire qui, � ses yeux, est une expression plus v�ridique des masses populaires que ne l�est le socialisme. � Tout l�avenir du socialisme r�side dans le d�veloppement autonome des syndicats ouvriers �</p><p>(1908).</p><p>Th�oricien du</p><p>syndicalisme</p><p>r�volutionnaire</p><p>Le syndicalisme* r�volutionnaire existait avant les �crits de Georges Sorel.</p><p>Fernand Pelloutier, Victor Griffuelhes, �mile Pouget, Paul Delesalle, Alfred Merrheim lui avaient donn� une ex-</p><p>pression. Les militants ouvriers n�ont pas �t� les disciples de Sorel. C�est au contraire Sorel qui, �tudiant leur action, r�fl�chissant sur elle, est venu apr�s coup en pr�senter une interpr�-</p><p>tation qui, sans nul doute, d�passait les vues de la plupart d�entre eux.</p><p>Pour Sorel, ce qui donne au syndicalisme r�volutionnaire sa valeur propre, c�est son absence d�intellectualisme, son sens instinctif de l�action, son pragmatisme foncier. De ce point de vue, la philosophie sor�lienne du syndicalisme est soeur de la philosophie bergsonienne de la vie.</p><p>L�ann�e m�me o� la C. G. T. lance le mot d�ordre des � trois huit � pour le 1er mai 1906 et popularise l�id�e de la gr�ve g�n�rale, Sorel entreprend de donner � la revue le Mouvement socialiste une s�rie d�articles qui seront r�unis en 1908 dans un volume sous le titre R�flexions sur la violence. Selon Sorel, l�Empire romain, dont toutes les valeurs d�p�rissaient et s��tiolaient, n�a �t� r�g�n�r� que par l�irruption des Barbares ; de m�me, la civilisation bourgeoise, en pleine d�cadence, ne sera r�g�n�r�e que par l�irruption des Barbares modernes que sont les prol�taires d�aujourd�hui. Mais � la condition qu�ils gardent en eux le sens de la violence, c�est-�-dire le sens de l�opposition irr�ductible. Le compromis, voil� l�ennemi.</p><p>La gr�ve g�n�rale donnera aux</p><p>masses l��nergie n�cessaire. Il n�est pas indispensable que cette gr�ve surgisse un jour. Il est suffisant qu�on croie qu�elle surgira. Ainsi, l�espoir d�un prompt retour du Christ soutint les premiers chr�tiens au temps des pers�cutions. La violence n�est-elle pas le seul moyen dont disposent les nations europ�ennes abruties par l�huma-nitarisme pour retrouver leur ancienne �nergie ? La bourgeoisie elle-m�me se rach�tera, en se d�fendant �nergiquement, de la nonchalance pass�e et pr�sente. Elle pourra porter le capitalisme � son plus haut degr� de d�veloppement. Or, il est essentiel que la R�volution ne se produise pas en une p�riode de d�cadence �conomique. Le catholicisme* social de L�on XIII et de l�encyclique Rerum novarum para�t �</p><p>Sorel, en ce temps, une expression de la d�cadence bourgeoise.</p><p>Inqui�tudes et nouvelles</p><p>recherches de la v�rit�</p><p>Mais bient�t Georges Sorel se d�tourne du syndicalisme, auquel il ne pardonne pas de pr�coniser le n�o-malthusia-nisme et le sabotage et dont les �checs successifs en 1909 et 1910 (notamment lors de la gr�ve des cheminots) montrent qu�il ne d�tient pas la force absolue.</p><p>Un de ses disciples, Georges Valois, l�entra�ne vers l�Action fran�aise, organe des royalistes L�on Daudet et Charles Maurras. Il y publie un article sur le Myst�re de la charit� de Jeanne d�Arc (avr. 1910). Dans une lettre du 25 janvier 1911, il �crit : � Le socialisme n�a plus d�id�es. Le socialisme, en tournant � la politique, perd le moyen de se former une telle id�ologie. Le syndicalisme a pu un moment para�tre propre � avoir une id�ologie �lev�e. Mais il est tomb� entre les mains d�hyperd�magogues qui ne comprennent pas la valeur des id�es. �</p><p>En ao�t 1914, Sorel reste r�fractaire � l�� Union sacr�e � ; il para�t ne voir dans la guerre qui commence qu�un affrontement entre la finance anglo-saxonne et l��tat-major de Berlin, pour lequel il a quelque sympathie (il est aussi devenu antis�mite). � partir d�octobre 1917, ses sympathies vont au bolchevisme de L�nine, auquel il sait gr� d�avoir balay� le parlementarisme naissant. Pour lui, la formule � tout le pouvoir aux Soviets � est un retour � Proudhon. Mais L�nine refuse ce par-rainage. En revanche, Mussolini* �</p><p>qui a �t� syndicaliste r�volutionnaire et qui a lu Sorel � se r�clamera de lui.</p><p>G. L.</p><p>G. Pirou, Georges Sorel (Rivi�re, 1927). /</p><p>P. Lasserre, Georges Sorel, th�oricien de l�imp�-</p><p>rialisme (l�Artisan du Livre, 1928). / E. Berth, Du � Capital � aux � R�flexions sur la violence �</p><p>(Rivi�re, 1932). / M. Freund, Georges Sorel.</p><p>Der Revolution�re Konservatismus (Francfort, 1932). / P. Angel, Essai sur Georges Sorel.</p><p>Vers un id�alisme constructif (Rivi�re, 1936). /</p><p>V. Sartre, George Sorel (Spes, 1938). / J. Deroo,</p><p>Une exp�rience sociologique. Georges Sorel, le renversement du mat�rialisme dialectique (Rivi�re, 1939). / R. Humphrey, Georges Sorel, Prophet without Honor. A Study in Anti-Intellectualism (Cambridge, Mass., 1951). / P. An-dreu, Notre ma�tre Monsieur Sorel (Grasset, 1953). / G. Goriely, le Pluralisme dramatique de Georges Sorel (Rivi�re, 1962).</p><p>Sorgho</p><p>F C�R�ALES.</p><p>Sorokin (Pitirim</p><p>Alexandrovitch)</p><p>Sociologue am�ricain d�origine russe (Touria, Russie, 1889 - Winchester, Massachusetts, 1968).</p><p>Secr�taire de Kerenski en 1917,</p><p>Sorokin s�installe aux �tats-Unis en 1923. Naturalis� am�ricain, il cr�e d�s 1931 le d�partement de sociologie de l�universit� Harvard et, en 1949, cr�e le Harvard Research Center in Creative Altruism. Il pr�side de 1963 jusqu�� sa mort l�American Sociological</p><p>Association.</p><p>Publi� en 1927, son premier ouvrage, Social Mobility, concentre l�attention sur les divers aspects de la mobilit�*</p><p>sociale � verticale �. Dans le sens ascendant ou descendant, celle-ci r�side dans le d�placement d�un individu d�un statut � un autre, ou bien dans le changement de niveau du groupe dans lequel est ins�r� l�individu. La mobilit� sociale n�est jamais nulle, ni totalement assur�e. Pour chaque soci�t�, il convient par cons�quent, selon Sorokin, de mesurer le degr� de mobilit� et d�envisager les m�canismes qui la favorisent ou ceux qui, au contraire, semblent lui faire obstacle. � cet �gard, il distingue trois voies centrales de recherches. La premi�re envisage downloadModeText.vue.download 329 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10284</p><p>l��tude des principaux canaux de la mobilit� verticale : ainsi, pour les so-ci�t�s anciennes, l�arm�e, le clerg� ; l��cole dans la Chine traditionnelle ; dans les soci�t�s modernes, notamment</p><p>les soci�t�s occidentales, les organisations professionnelles, la famille, l�institution du mariage, etc. Une seconde voie de recherches se donne pour objet l�ensemble des m�canismes de s�lection qui, en principe, ouvrent les voies de l�ascension sociale, � l�int�rieur de l�institution familiale ou scolaire par exemple. Enfin, une troisi�me orientation doit mettre en lumi�re les diff�rents facteurs de la mobilit�, tel, par exemple, le facteur d�mographique : un affaiblissement num�rique dans une strate sup�rieure cr�e un appel dont b�n�ficient les strates imm�diatement inf�rieures.</p><p>D�s 1928, Sorokin abandonne le</p><p>b�haviorisme* am�ricain et se range dans l��cole � des formes sociales et du syst�me des rapports sociaux �. Cette �tape est marqu�e par la publication de Contemporary Sociological Theories (les Th�ories sociologiques contemporaines). Son ouvrage fondamental, Social and Cultural Dynamics (Comment la soci�t� se transforme, 1937-1941 ; 4 vol.), illustre une nouvelle th�orie de la culture. Il montre notamment que la vie sociale se d�veloppe par � ondes et cercles rythmiques �, les syst�mes socioculturels passant successivement par une phase � id�ationnelle � (id�e d�un bien suprasensible), une phase id�aliste mixte et une phase sensua-liste, ou scientifique, o� la r�alit� ressortit exclusivement � l�ordre sensible.</p><p>Dans Sociocultural Causality,</p><p>Space, Time, publi� en 1943, Sorokin aborde la sociologie de la connaissance. Il s�efforce de montrer que les cadres de la pens�e, qu�il s�agisse de la causalit�, de l�espace ou du temps, sont diff�rents selon qu�il s�agit d�envisager la r�alit� physique ou la r�alit� sociale.</p><p>Mais son livre le plus c�l�bre demeure celui o� il d�nonce les tendances de la sociologie am�ricaine. Dans Fads and Foibles in Modern Sociology (Tendances et d�boires de la sociologie am�ricaine, 1956), il s��l�ve contre cet usage des math�matiques en sociologie qu�il baptise � quantophr�nie �. Il d�nonce notamment le conservatisme dont la pens�e sociologique am�ricaine lui para�t subtilement solidaire.</p><p>Au total, Sorokin est original moins par les proc�dures qu�il utilise que par</p><p>le point de vue qu�il adopte pour consid�rer l�histoire et les faits sociaux.</p><p>H�ritier d�un humanisme traditionnel, il contribuera cependant � mettre les crises sociales au centre des pr�occupations sociologiques de son temps. En ce sens au moins, il appara�t moins aujourd�hui comme un sociologue de son temps que sous les traits d�un continuateur de la tradition ouverte au XIXe s.</p><p>F. B.</p><p>S&#x14D;tatsu</p><p>Nom : NONOMURA (ou NOMURA)</p><p>s&#x14D;tatsu ; pseudonyme : INEN ; nom de pinceau : tawaraya s&#x14D;tatsu. Peintre japonais actif dans la premi�re moiti� du XVIIe s.</p><p>Au d�but du XVIIe s., l��tablissement du r�gime f�odal des Tokugawa, soutenu par le d�veloppement de l�industrie et du commerce, assure au Japon une paix durable. Les diff�rentes classes sociales font alors appel � des artistes tr�s divers. Parmi eux, S&#x14D;tatsu, peintre-n�, magicien de la couleur, s�int�ressant aux jeux subtils des tons et � la distribution des espaces vides qui mettent en valeur le mouvement des personnages, repr�sente un des sommets de la peinture japonaise.</p><p>On sait peu de chose sur sa vie.</p><p>Issu de la classe bourgeoise, il aurait dirig� un atelier d��ventails. Les nombreux �ventails dans le style de S&#x14D;tatsu que l�on conserve effectivement rappellent la peinture profane de l��poque Muromachi (XIVe - XVIe s.), maintenue officiellement � la cour imp�riale par la famille Tosa*, mais qui a p�n�tr� aussi chez des peintres plus populaires.</p><p>N�anmoins, la formation de l�artiste reste obscure.</p><p>En 1630, il porte le titre de hokky&#x14D;</p><p>(� pont de la loi �, titre honorifique de moines bouddhistes que la Cour accorde � des artistes la�ques) et copie quatre rouleaux enlumin�s de la collection imp�riale (Vie du moine-po�te Saigy&#x14D;). La m�me ann�e, la cour lui commande trois paires de paravents sur fond or.</p><p>S&#x14D;tatsu puise souvent son inspira-</p><p>tion dans les th�mes litt�raires classiques de l��poque Heian (IXe - XIIe s.).</p><p>Ainsi du paravent illustrant l��pisode Sekiya du Dit du Genji (T&#x14D;ky&#x14D;, fondation Seika-d&#x14D;), r�alisation puissante dont la composition emprunte certains �l�ments � des rouleaux enlumin�s anciens tout en recr�ant une nouvelle unit� plastique. Comme dans les e-maki, l�effet est produit par la juxtaposition des plans de couleurs unies, le char du prince Genji conf�rant � l�ensemble le mouvement principal de droite � gauche. Le lien psychologique est donn� par la diagonale qui va de la voiture du h�ros � celle de la belle Utsusemi, en haut � gauche. Elle est soulign�e par le vert de la colline, qui ressort sur le fond d�or. Tout est calcul�, �quilibr� dans un but plastique, et S&#x14D;tatsu ressuscite l�esth�tique traditionnelle des artistes japonais avec la vision tr�s moderne qui lui est propre.</p><p>Le paravent peint d�apr�s l��pisode Miotsukushi du Dit du Genji contraste avec l��quilibre statique du pr�c�dent, anim� qu�il est par le dynamisme des formes et des couleurs.</p><p>La mise en page hardie, sur fond uni, de formes prises aux peintures classiques est plus �vidente encore dans une paire de paravents du temple Dai-goji de Ky&#x14D;to, repr�sentant des danses anciennes (bugaku). Les groupes de danseurs sont dispos�s sur un fond d�or sans qu�aucun �l�ment anecdotique ne vienne d�ranger l�effet plastique et presque abstrait de la composition.</p><p>Plus libre et plus dynamique, la paire de paravents repr�sentant le Dieu du Tonnerre et le Dieu du Vent (au temple Kennin-ji de Ky&#x14D;to) combine l�effet d�coratif � l��nergie du mouvement. La m�me stylisation se retrouve dans les �lots de pins (Matsushima) de la Freer Gallery � Washington. Le mouvement des vagues, rendu par des lignes d�or et d�argent rehauss�es de touches blanches, entoure les �lots rocheux model�s par la couleur.</p><p>Ces paravents marquent le som-</p><p>met de l�art de S&#x14D;tatsu. Sa rencontre avec Honnami K&#x14D;etsu* (1558-1637) est par ailleurs d�terminante. Po�te, calligraphe et grand m�c�ne, celui-ci est entour� d�un groupe d�artistes et d�artisans fort important dans le</p><p>monde cultiv� de l��poque. Plusieurs magnifiques rouleaux calligraphi�s par K&#x14D;etsu et d�cor�s par S&#x14D;tatsu attestent la collaboration des deux hommes.</p><p>Du fait de son originalit�, le g�nie de S&#x14D;tatsu, qui exprime l�essence m�me de l�art japonais, restera peu appr�ci� pendant longtemps. Son fils ou son fr�re, S&#x14D;setsu, lui succ�dera � la t�te de son atelier, mais ce n�est qu�� la fin du XVIIIe s. que K&#x14D;rin* (1658-1716) reprendra ses formules et leur donnera droit de cit�.</p><p>M. M.</p><p>W. Watson, S&#x14D;tatsu (Londres, 1959).</p><p>Soto</p><p>(J�sus Rapha�l)</p><p>Plasticien v�n�zu�lien (Ciudad Bol�var 1923).</p><p>Il fait ses �tudes � l�Acad�mie des beaux-arts de Caracas de 1942 � 1947</p><p>et devient ensuite directeur de l��cole des beaux-arts de Maracaibo. En 1950, il vient � Paris, o� il vivra d�sormais.</p><p>Il y arrive au moment o� le courant de l�abstraction g�om�trique (dite</p><p>� froide �) commence � s�imposer.</p><p>Les oeuvres de Mondrian* font de sa part l�objet d�un examen attentif, mais il fera tr�s vite des choix divergents.</p><p>Il cherche � s�affranchir des fronti�res strictes du tableau, pour qu�il ne soit plus que � la partie visible d�une proposition qui se continue au-del� des limites du cadre �. Il cherche en outre � ne plus sp�culer sur l�originalit� des formes : � En multipliant syst�matiquement le m�me signe plastique, je le d�personnalise jusqu�� l�anonymat, je m��te toute possibilit� d�intervention subjective � (ainsi dans la peinture R�p�tition no 2, 1951 [galerie Denise Ren�, Paris]). La s�lection al�atoire des couleurs selon un �talonnage pr�-</p><p>�tabli permet des variations quasi infinies, car les �l�ments composant les tableaux deviennent de cette mani�re syst�matiques et permutables. Soto, excellent musicien, rapproche les r�gles qu�il se donne dans ces oeuvres</p><p>� s�rielles � de celles qui pr�sident � la constitution d�une gamme sonore.</p><p>Toutes ces recherches demeuraient dans le plan unique et la dur�e fig�e du panneau peint, mais, d�s 1953, Soto en vient � des compositions dans l�espace et fait intervenir le temps et le mouvement. La Rotative Demi-Sph�re, de Duchamp* eut certainement un r�le dans cette orientation vers des effets cin�tiques*, mais Soto refuse l�intervention de moteurs pour animer ses pi�ces ; l�effet dynamique de la spirale mouvante de Duchamp, il l�obtient plus simplement par des effets de superposition : une premi�re configuration peinte sur Plexiglas interf�re, gr�ce � la transparence de son support, avec une seconde plac�e � quelques centim�tres en arri�re. C�est le mouvement du spectateur, de son oeil, qui fait � fonctionner � l�oeuvre par les interf�rences de lignes qui en r�sultent. Ces agencements sont �labor�s syst�matiquement � partir de 1955, aboutissant parfois � des r�sultats d�une grande complexit� (OEuvre cin�tique � six plans de 1956) downloadModeText.vue.download 330 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10285</p><p>ou d�une �chelle monumentale (Cube � espace ambigu de 1969).</p><p>D�autres dispositifs sont utilis�s simultan�ment par l�artiste. Sur un panneau tram� horizontalement ou verticalement se d�tachent des �l�ments plac�s en avant : il s�agit de carr�s fixes ou de baguettes suspendues en �quilibre instable par des fils de Nylon invisibles. Le moindre d�placement de l�oeil cr�e sur les franges de ces formes une vibration optique qui les dissout partiellement, voire totalement</p><p>� comme dans les �critures de 1963, o� des fils de fer de formes irr�guli�res ne sont plus d�cel�s que par les effets de moirure et autres perturbations que leur pr�sence apporte � la stricte ordonnance des rayures du fond. Ces oeuvres ne sont plus � fig�es �, car elles ne peuvent �tre saisies que dans le temps d�un d�placement et par la vision active du spectateur.</p><p>Mais toutes ces recherches �taient encore li�es � une pr�sentation frontale des panneaux. Le dialogue entre</p><p>l�oeuvre et le spectateur allait �tre pouss� plus loin, jusqu�� l�investissement total de l�espace. Soto a cr�� en effet un type d�environnement original, le � p�n�trable �, dont le principe d�agencement est tr�s simple : � des distances r�guli�res pendent du plafond des tiges de m�tal rigides ou des fils souples de Nylon. Le spectateur p�n�tre dans l�oeuvre, accompagn� du froissement soyeux des fils ou du fracas du m�tal ; tourn� vers le centre, il est confront� � un espace bouch� par les stries serr�es des verticales ou irradi� par la blancheur du Nylon et la coloration des tiges ; tourn� vers les lisi�res, il per�oit des �l�ments dont l�espacement redevient sensible et qui interf�rent entre eux � la moindre impulsion.</p><p>Les tiges m�talliques sont aussi employ�es par Soto fix�es rigidement au sol pour cr�er des oeuvres monumentales que le spectateur longe ou contourne sans y p�n�trer : Progression jaune de 1968, Extension verte de 1969. Leur adaptabilit� � un espace architectural est infini : les longueurs et les �cartements des tiges permettent toutes les variations en fonction du volume donn� (oeuvres con�ues pour l�universit� de Rennes, pour l�Unesco � Paris [v. art]).</p><p>M. E.</p><p>F Cin�tique (art).</p><p>A. Boulton, Soto (Caracas, 1973).</p><p>CATALOGUE D�EXPOSITION. Soto, mus�e d�Art moderne de la Ville de Paris, 1969.</p><p>Souabe</p><p>En allem. schwaben, r�gion historique de l�Allemagne, � cheval sur l�ouest de la Bavi�re*, dont elle forme un cercle, et le Land de Bade-Wurtemberg*, dont elle comprend les parties centrale et m�ridionale.</p><p>Habit�e primitivement par les</p><p>Celtes, cette r�gion est occup�e, au Ier s. av, J.-C., par les Su�ves, puis conquise par les Romains, qui en font la province de Rh�tie. Les Alamans, en partie issus des Su�ves, s�y installent � la fin du IIIe s. Leur nom et le terme latin d�Alamannia sont peu � peu �limin�s</p><p>au profit du nom original de Souabe.</p><p>Les Alamans sont convertis au christianisme (VIIe - VIIIe s.) par les moines irlandais ou germaniques qui fondent les �v�ch�s de Constance et d�Augsbourg et les abbayes de Saint-Gall (v. 614) et de Reichenau (724).</p><p>Les ducs, issus de l�aristocratie, r�-</p><p>sistent longtemps � la pression franque, mais ils se font battre par Charles Martel (730), et, en 746, la Souabe est incorpor�e au royaume franc. P�pin le Bref supprime les ducs nationaux, remplac�s par deux comtes qui parviennent � reconqu�rir une autonomie relative.</p><p>Mais la Souabe, un moment unifi�e par Charles III le Gros, fils du roi Louis de Germanie, est d�chir�e au d�but du Xe s. par les rivalit�s entre les grandes familles. Le duc Burchard Ier (de 917 � 926), reconnu duc de Souabe par Henri l�Oiseleur, revendique l�ensemble de l�espace linguistique souabe, soit le Wurtemberg, l�actuelle Souabe bavaroise, le sud du pays de Bade, l�Alsace, la Suisse al�manique et le Vorarlberg.</p><p>Mais il ne parvient pas � fonder une dynastie durable et se heurte � l��v�que de Constance.</p><p>En 949, Otton Ier le Grand donne le duch� � son propre fils Liudolf, gendre du duc Hermann Ier. D�s lors, les empereurs s�efforcent de conserver le duch� dans leur famille, mais il change constamment de mains. Les deux abbayes b�n�dictines de Saint-Gall* et de Reichenau sont au XIe s. de grands centres culturels et artistiques.</p><p>La r�forme de Cluny a rencontr� un �cho tr�s favorable et provoqu� une floraison de cr�ations monastiques, au point que l��v�ch� de Constance est de tous les dioc�ses allemands celui qui contient le plus d�abbayes. Mais l�activit� litt�raire sert aussi � des buts int�ress�s : garantir le maintien des biens, au besoin par des falsifications de documents, et intervenir dans les luttes politiques. Dans les deux grands conflits de la querelle des Investitures*</p><p>et de la lutte du Sacerdoce* et de l�Empire, la Souabe s�est plac�e au c�t� du pape contre l�empereur.</p><p>En 1079, Henri IV remet le duch� � son gendre Fr�d�ric Ier de Hohenstaufen, qui fonde une dynastie durable</p><p>et permet � la Souabe de jouer un r�le national. Mais une partie de l�ancien duch� passe aux comtes de Z�hringen, install�s dans le Brisgau et en Suisse al�manique. Pourtant, bien que le duch� soit ramen� des limites ethniques � un ensemble territorial plus r�duit, et malgr� des d�buts difficiles, la dynastie progresse ; avec Fr�d�ric Ier Barberousse, elle acc�de � la dignit� imp�riale (1152), qu�elle conservera pr�s d�un si�cle. Fr�d�ric Barberousse associe l�Alsace, o� les Staufen poss�-</p><p>dent de nombreux biens, � la Souabe, d�sormais li�e �troitement au destin de l�Empire. Il agrandit le patrimoine familial par d�importants biens eccl�siastiques, construit de nombreux ch�teaux forts et fonde de multiples villes, qui sont � l�origine de la remarquable densit� urbaine de l�Allemagne du Sud-Ouest, foyer culturel tr�s actif et centre de la conscience nationale allemande.</p><p>C�est ici que sont n�es les puissantes dynasties des Habsbourg, des Hohen-zollern et des Z�hringen. � la mort de Barberousse (1190) lui succ�dent ses trois fils Fr�d�ric, Conrad et Philippe de Souabe (de 1196 � 1208).</p><p>Si l�empereur Fr�d�ric II a r�sid� en Italie, ses fils Henri VII et Conrad IV</p><p>ont administr� la Souabe. Mais la mort de Conradin (1268) entra�ne la disparition de cette dynastie, vomie par la papaut� depuis la lutte inexpiable des papes contre Fr�d�ric II ; le long interr�gne (1250-1273) qui succ�de � la mort de Fr�d�ric II marque les d�buts de la d�sint�gration politique de la Souabe. Les droits f�odaux, les terres et les revenus subsistants sont administr�s par les avou�s de Haute- et de Basse-Souabe, mais tous les princes importants se font accorder l�imm�-</p><p>diatet�, � commencer par le comte de Wurtemberg, v�ritable h�ritier des ducs de Souabe, d�o� l��chec des tentatives habsbourgeoises, soutenues par les villes, de reconstituer un espace politique souabe. L�anarchie s�installe et, pour se prot�ger des seigneurs qui les pillent, les villes se coalisent (premi�re ligue souabe, 1331).</p><p>Une autre ligue, anim�e par Ulm, est constitu�e en 1376, alors que les Habsbourg, ayant abandonn� les villes fid�les au parti imp�rial, soutiennent une ligue de petits seigneurs souabes,</p><p>les Schlegeler ; d�o� une anarchie constante, provoquant l�interdiction des ligues (1389). Les Habsbourg, malgr� leur transfert � Vienne, continuent d�intervenir activement dans leurs terres ancestrales, compos�es de morceaux �pars situ�s surtout au nord du lac de Constance, foyer d�une intense politique dynastique.</p><p>La Souabe autrichienne constitue, avec le Sundgau et le Brisgau, le noyau de la politique territoriale de l�espace sud-occidental de l�Empire.</p><p>�mergent encore le comt� de Wur-</p><p>temberg transform� en duch� (1495) et des territoires plus limit�s et morcel�s tels que le margraviat de Bade et les �v�ch�s de Constance et d�Augsbourg.</p><p>Le reste est compos� de dizaines de villes libres, poss�dant parfois un important territoire rural, et de seigneuries diverses, souvent minuscules et parfois eccl�siastiques, qui ont r�ussi � obtenir le statut juridique de l�im-m�diatet�. La Chambre imp�riale de Rottweil a conserv� une fraction de l�ancienne importance imp�riale. De m�me, la chevalerie, tr�s dense ici comme en Franconie, garde un relent de cette splendeur pass�e, comme l�atteste la puissance de ses ligues au XVe s. Toutes ces forces morcel�es se concentrent pour un chant du cygne � l�appel de l�empereur Fr�d�ric III, qui r�unit en 1488 les �tats g�n�raux de Souabe, lesquels aboutissent � la Grande Ligue souabe.</p><p>Dirig�e par un Conseil f�d�ral et disposant d�une arm�e de 12 000 fan-tassins et 1 200 cavaliers, la Grande Ligue assure la r�conciliation g�n�rale tout en garantissant la pr�pond�rance de l�Autriche en Allemagne du Sud.</p><p>La Ligue se r�v�le un puissant instrument militaire par sa victoire sur le duc Ulrich de Wurtemberg (1519) � qui permet � l�Autriche d�esp�rer pendant quatorze ans int�grer le duch� dans les possessions habsbourgeoises �, puis par l��crasement de la r�volte des paysans. Mais son engagement contre la R�forme entra�ne sa dislocation (1533).</p><p>En 1512, la Souabe devient l�un des dix cercles de l�Empire, sous la direc-</p><p>tion du Wurtemberg, dont le prince sera dans sa politique d�extension territoriale souvent frein� par sa di�te.</p><p>Le cercle � qui maintient ainsi</p><p>le nom de Souabe jusqu�au d�but du XIXe s., comme unique lien d�ensemble</p><p>� demeure toutefois divis� en deux camps : les protestants, dont le chef est le duc de Wurtemberg, et les catholiques, alli�s � l�Autriche. En 1815, la downloadModeText.vue.download 331 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10286</p><p>partie orientale est int�gr�e au royaume de Bavi�re, alors que le Wurtemberg absorbe l�ensemble des territoires souabes compris entre la For�t-Noire et la nouvelle Bavi�re, de sorte qu�il correspond en fait � la grande majorit� de l�ancien territoire souabe.</p><p>B. V.</p><p>soudage</p><p>Op�ration d�assemblage de deux ou de plusieurs pi�ces ayant une surface de contact commune, ex�cut�e en fondant simultan�ment de chaque pi�ce la zone adjacente � cette surface.</p><p>L�op�ration s�applique essentiellement � l�assemblage de pi�ces en m�taux et alliages, et quelquefois en mati�res plastiques.</p><p>Toutefois, dans le soudage par diffusion et par ultrasons, tout porte � croire qu�il n�y a pas de fusion proprement dite de la zone de jonction et que l�assemblage r�sulte d�une interp�n�tration � l��chelle atomique des structures cristallines des deux corps. Le soudage est dit autog�ne lorsqu�il est r�alis� par fusion locale des zones � assembler de deux ou plusieurs pi�ces d�un m�me m�tal ou alliage, avec ou sans m�tal d�apport, ce m�tal ayant alors n�cessairement la m�me composition que celle de ces pi�ces. Le soudage se fait par diff�rents proc�d�s faisant tous appel � une source de chaleur ou d��nergie.</p><p>Aspect</p><p>m�tallurgique</p><p>du soudage</p><p>Le m�tal ou l�alliage des pi�ces � souder, appel� m�tal de base, poss�de avant soudage une composition et une structure donn�es. Sa composition est a priori homog�ne, puisqu�il s�agit de souder essentiellement des �l�ments m�caniques ; mais ce m�tal de base contient presque toujours certaines impuret�s propres aux mat�riaux utilis�s industriellement. Sa constitution est soit celle qu�indique le diagramme d��quilibre de ses constituants (�tat recuit), soit une autre hors d��quilibre (�tat tremp�). Sa structure, et notamment la grosseur du grain, d�pend de l�ensemble des traitements thermiques qu�il a pr�c�demment subis, ce que l�on appelle son histoire thermique.</p><p>Souvent, lors de l�op�ration de soudage, on grossit le volume en fusion par un appoint ext�rieur d�un m�tal ou d�un alliage, appel� improprement dans tous les cas m�tal d�apport. Celui-ci n�est d�ailleurs pas toujours identique au m�tal de base. Il se pr�sente tr�s souvent sous forme d�un fil, d�une baguette de soudure ou d�une �lectrode (dans le cas du soudage � l�arc �lectrique), quelquefois enrob�e, c�est-�-</p><p>dire prot�g�e par une gaine constitu�e par un m�lange de corps essentiellement min�raux. Le soudage se fait soit dans l�air, soit sous atmosph�re neutre (argon, h�lium, gaz carbonique, etc.) ou sous atmosph�re r�ductrice (hydrog�ne), soit m�me sous flux solide ou sous vide ou encore dans l�eau pour le soudage � l�arc si la n�cessit� s�impose.</p><p>Les caract�ristiques du m�tal de base, celles du m�tal d�apport et �ventuellement de l�enrobage ainsi que la nature de l�atmosph�re sont les donn�es de base de l�op�ration de soudage. Jointes � la forme des pi�ces � assembler et � celle de la soudure � r�aliser, elles contribuent au choix de la m�thode de soudage � adopter et de la source thermique ou d��nergie � utiliser.</p><p>Cons�quences du soudage</p><p>En principe, le soudage se fait presque toujours � haute temp�rature. Le r�sultat obtenu est appel� soudure.</p><p>y Cycle thermique. Au cours de l�op�ration, la pi�ce est soumise � un certain cycle thermique. La zone qui se trouve aux environs de la soudure subit un �chauffement. En chaque point de cette r�gion, la temp�rature varie en fonction du temps suivant une certaine loi qui d�pend du proc�d� de chauffage, de la nature du m�tal et de la forme des pi�ces. Dans le cas le plus g�n�ral, la r�gion de la soudure comprend deux ou trois zones tr�s nettement visibles sur une coupe macrographique de l�assemblage :</p><p>� une zone fondue, o� la temp�rature a d�pass� celle du liquidus du m�tal de base, zone souvent � grains fins, car le refroidissement est rapide, et qui peut comporter les m�mes d�fauts qu�une pi�ce de fonderie : soufflures, microre-tassures, etc., le retrait pouvant m�me entra�ner des fissures ;</p><p>� une zone affect�e, dans laquelle la temp�rature est rest�e inf�rieure � la temp�rature de fusion, mais a �t� n�anmoins suffisante pour modifier la constitution ou la structure micrographique ;</p><p>� une zone, souvent tr�s r�duite, de fusion partielle, o� la temp�rature a atteint l�intervalle de solidification de l�alliage.</p><p>On peut dans une certaine mesure modifier le cycle thermique, par exemple en pr�chauffant la pi�ce localement ou globalement, soit pour lui �viter un choc thermique important, soit pour diminuer la vitesse de refroidissement.</p><p>y Contraintes. Le caract�re local et transitoire du chauffage se traduit par une h�t�rog�n�it� de temp�rature dans la pi�ce pendant le cycle de soudage. Il en r�sulte des contraintes internes qui peuvent d�passer la limite de rupture du m�tal et produire des criques tr�s pr�judiciables � la solidit� de l�assemblage. Mais, dans la plupart des cas, elles entra�nent seulement une d�formation permanente de la pi�ce ou encore elles demeurent � l��tat de contraintes r�siduelles qui, g�nantes en cas d�usinage, peuvent �tre �limin�es par un recuit de stabilisation.</p><p>y Transformations physico-chimiques. Le m�tal, chauff� et localement fondu, peut, au contact des agents ext�rieurs (atmosph�re, enrobage), subir des transformations physico-chimiques.</p><p>1. Un alliage ayant un constituant volatil peut s�appauvrir localement de ce constituant volatil.</p><p>2. Le m�tal fondu peut r�agir avec les corps environnants (formation d�oxydes, fixation d�impuret�s issues des �lectrodes).</p><p>3. Le m�tal fondu peut enfin dissoudre des gaz (oxyg�ne, azote, hydrog�ne) qui ont parfois une influence d�sastreuse, comme la fragilisation de l�acier par l�hydrog�ne.</p><p>y Soudabilit�. Les facteurs influant sur la qualit� de la soudure obtenue sont donc tr�s nombreux. On ne peut pr�juger avec certitude du r�sultat uniquement � partir des caract�ristiques m�caniques et m�tallurgiques du m�tal. Aussi a-t-on tent� de d�finir des essais de soudabilit�. Par ces essais, on cherche � se rendre compte :</p><p>� de la possibilit� de r�aliser par fusion locale l�assemblage de deux pi�ces ;</p><p>� des transformations m�tallurgiques qui se produisent ;</p><p>� des qualit�s de la soudure, notamment de la sensibilit� � la fissuration et � l�effet d�entaille.</p><p>Proc�d�s classiques</p><p>de soudage</p><p>Soudage de forge</p><p>Cette m�thode est utilis�e pour souder des pi�ces en acier peu carbur� (acier extra-doux). Les pi�ces � assembler sont chauff�es au feu de forge, ou au four, jusqu�au blanc soudant, puis plac�es l�une sur l�autre et martel�es �nergiquement sur une enclume. Pour souder un acier plus carbur�, on interpose entre les pi�ces un fondant (borax), qui forme avec l�oxyde de fer une combinaison fusible.</p><p>Soudage au chalumeau Dans ce proc�d�, appel� encore soudage � la flamme, la chaleur n�cessaire � la fusion est fournie par la combustion d�un gaz dans de l�oxyg�ne � la sortie d�un chalumeau qui permet le m�lange de ces gaz et le r�glage de leurs d�bits afin d�obtenir une flamme stable et r�glable. Ce gaz carburant est tr�s souvent de l�ac�tyl�ne, et, dans ce cas, l�op�ration est appel�e soudage oxyac�tyl�nique. La combustion du m�lange ac�tyl�ne et oxyg�ne est tr�s exothermique. Selon les d�bits relatifs de ces deux gaz, la flamme est carbu-rante ou r�ductrice (manque d�oxy-g�ne), oxydante (exc�s d�oxyg�ne) ou neutre (m�lange stoechiom�trique).</p><p>Avec cette flamme, on am�ne en fusion la zone � souder, g�n�ralement avec m�tal d�apport, de m�me composition que le m�tal de base, pr�sent� sous la forme d�une baguette que le dard de la flamme fond progressivement. Le soudeur tient d�une main le chalumeau, de l�autre la baguette de soudure. Lorsque la puissance sp�cifique de la flamme oxyac�tyl�nique n�est pas suffisante pour fondre les mat�riaux � souder, comme c�est le cas des m�taux � haute temp�rature de fusion et des pi�ces tr�s �paisses, on utilise le chalumeau oxhy-drique, aliment� par de l�hydrog�ne et de l�oxyg�ne. Le proc�d� de soudage � la flamme est lent. La zone fondue et la zone affect�e sont larges. Enfin, les modifications m�tallurgiques et les contraintes induites sont importantes.</p><p>Soudage �lectrique � l�arc</p><p>L��nergie calorifique est fournie par un arc �lectrique dont la temp�rature d�passe 3 000 �C et qui jaillit sous la forme d�un plasma de particules ionis�es entre deux �lectrodes soumises � une diff�rence de potentiel, continu ou alternatif, d�une quarantaine de volts environ. La pi�ce � souder peut constituer l�une des �lectrodes, le m�tal d�apport pr�sent� sous forme d�une baguette enrob�e �tant l�autre �lectrode.</p><p>Cette baguette est couramment appel�e �lectrode de soudage. Parfois m�me, les deux parties � assembler constituent chacune une �lectrode : c�est par exemple le soudage par �tincellage, �galement consid�r� comme un sou-</p><p>dage par r�sistance. L�arc s�amorce en mettant l��lectrode au contact de downloadModeText.vue.download 332 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10287</p><p>la pi�ce � souder, puis en l��cartant l�g�rement. Certains postes de soudage perfectionn�s sont �quip�s d�un syst�me d�amor�age � distance du type haute fr�quence. D�une mani�re g�n�-</p><p>rale, la chaleur d�gag�e dans l�arc �lectrique par le passage du courant fait fondre le m�tal de l��lectrode et celui de la pi�ce � souder qui lui fait imm�-</p><p>diatement face. Dans le cas du soudage � l�arc avec �lectrode enrob�e, cette �lectrode est dite � consommable �, c�est-�-dire qu�elle fond pour servir de m�tal d�apport, tandis que l�enrobage fond lui aussi et se vaporise en partie.</p><p>Cette vapeur cr�e autour de la zone de soudage une atmosph�re de protection qui �vite l�oxydation du m�tal chauff�.</p><p>La fraction en fusion de l�enrobage rassemble les impuret�s et surnage sur la partie en fusion, o� elle produit ensuite une couche protectrice permettant au cordon de soudure de se solidifier et de refroidir sans subir l�oxydation de l�air.</p><p>Apr�s refroidissement, cette partie mi-n�rale et tr�s cassante, appel�e laitier, est facilement enlev�e au marteau de soudeur. Les pi�ces �paisses (plus de 4 mm environ) sont chanfrein�es en V</p><p>et celles d��paisseurs plus fortes en X.</p><p>Les deux pi�ces sont alors plac�es bout � bout, et la soudure est faite de telle mani�re que le m�tal d�apport remplisse totalement les intervalles form�s entre les deux pi�ces. Plusieurs passes de l��lectrode sont en g�n�ral n�cessaires pour les pi�ces �paisses, �tant entendu qu�apr�s chaque passe le laitier r�sultant du soudage doit �tre tr�s soigneusement enlev�.</p><p>Le soudage sous gaz r�ducteurs ou neutres supprime cette op�ration et permet le soudage avec des fils non enrob�s. Dans le proc�d� de soudage sous argon appel� TIG (de l�expression anglaise Tungsten Inert Gas), l��lectrode non consommable en tungst�ne est plac�e au centre d�une buse aliment�e en argon, cet ensemble �tant appel� torche de soudage. Ce soudage peut</p><p>se faire avec ou sans m�lai d�apport.</p><p>Dans le premier cas, le m�tal d�apport est pr�sent� sous forme d�un fil que le soudeur tient d�une main pendant qu�il tient la torche de l�autre. Pour souder des pi�ces de grandes dimensions et de fortes �paisseurs et aussi pour �quiper les machines automatiques � souder, la torche TIG est en g�n�ral remplac�e par une torche MIG (de l�expression anglaise Metal Inert Gas). Dans cette torche, la pointe en tungst�ne non fusible plac�e au centre de la buse d�argon est remplac�e par le fil consommable, utilis� comme m�tal d�apport.</p><p>Un servom�canisme associ� � cette torche d�roule un fil d�un d�vidoir et fait avancer celui-ci au fur et � mesure qu�il fond dans la zone de soudage.</p><p>Les proc�d�s de soudage sous argon TIG et MIG sont utilis�s pour souder dans de tr�s bonnes conditions l�acier inoxydable et les alliages l�gers, mais ils donnent �galement de bons r�sultats pour l�acier. En g�n�ral, les �lectrodes de soudage consommables sont plac�es au-dessus des pi�ces � souder, mais dans la plupart des cas on peut aussi souder assez correctement de bas en haut. Des �tudes cin�matographiques ont montr� que des sph�rules de ma-ti�re liquide montent de l��lectrode vers les pi�ces � souder suivant un ph�-</p><p>nom�ne qui, � ce jour, n�a pas encore pu �tre totalement expliqu�.</p><p>Soudage par r�sistance</p><p>La chaleur n�cessaire � la fusion du m�tal est obtenue par effet Joule. De telles soudures sont essentiellement r�alis�es par recouvrement. Les pi�ces � assembler sont fortement appliqu�es � plat, l�une contre l�autre, � l�aide de deux �lectrodes en mati�res bonnes conductrices de l��lectricit� et de la chaleur (cuivre et alliages de cuivre) et �nergiquement refroidies par circulation d�eau. Le passage d�un courant tr�s intense, mais de faible tension (quelques volts seulement), entre les deux �lectrodes, produit un fort d�gagement de chaleur dans la zone des pi�ces � souder, localis�e entre les deux �lectrodes. Cette chaleur est partiellement �vacu�e par les �lectrodes, au travers de leurs surfaces de contact avec les pi�ces � souder. Si l�intensit�</p><p>du courant, sa dur�e et l�effort de pression des �lectrodes sur les deux pi�ces sont bien choisis, seule une zone centrale englobant la surface de contact des deux pi�ces est amen�e en fusion.</p><p>Les surfaces ext�rieures des pi�ces sont � peine marqu�es, et l�op�ration est assez rapide : elle dure au total une � quelques secondes seulement, suivant l��paisseur des pi�ces � souder.</p><p>y Dans le soudage par points, les deux �lectrodes sont des barreaux de r�volution � extr�mit� en tronc de c�ne ou en calotte sph�rique et sont plac�es bout � bout de part et d�autre des deux pi�ces � souder. On r�alise ainsi des soudures discontinues.</p><p>y Dans le soudage � la molette,</p><p>les deux �lectrodes sont de grands disques, � axes parall�les, plac�s de part et d�autre des deux pi�ces � souder et roulant sans glisser sur celles-ci. Dans ce proc�d�, le courant est toutefois envoy� aux �lectrodes sous forme d�une succession d�impulsions suffisamment rapproch�es afin d�obtenir une zone de soudage continue et �tanche form�e d�une succession de zones en forme de lentilles qui se chevauchent. Si ces zones ne se chevauchent pas, par suite d�une fr�-</p><p>quence de r�p�tition trop faible des impulsions, le soudage se fait par points.</p><p>Ces deux proc�d�s ne permettent de souder que des pi�ces en t�le, d��paisseurs voisines.</p><p>y Dans le soudage par bossage, on peut souder un support de forte �paisseur sur la face plane d�une pi�ce en t�le de faible �paisseur. Au pr�alable, il faut emboutir sur la face d�appui du support des protub�rances appe-downloadModeText.vue.download 333 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10288</p><p>l�es bossages, chacune de 1 mm de hauteur environ et de quelques millim�tres carr�s de surface. Sur la t�le, pos�e sur une �lectrode en forme de plaque en cuivre ou en alliage de</p><p>cuivre, on appuie fortement le support � l�aide d�une autre �lectrode plate de grande surface de contact et on fait passer l�impulsion de courant. Le passage de ce courant, qui est localis� dans la zone de contact des bossages du support avec la face plane de la t�le, produit la fusion de ces zones, qui, apr�s refroidissement, assurent la soudure des deux pi�ces.</p><p>� l�aide de ces techniques de base, de tr�s grande productivit� et peu co�teuses � mettre en oeuvre, on peut concevoir des machines � souder semi-automatiques et automatiques, notamment celles qui �quipent les ateliers de fabrication des carrosseries automobiles. Sans le soudage par r�sistance, les carrosseries autoporteuses en t�le emboutie n�auraient jamais pu se g�n�raliser.</p><p>Soudage par aluminothermie</p><p>La combinaison de l�aluminium avec l�oxyg�ne de l�oxyde de fer, amorc�e par la combustion d�une capsule de magn�sium, d�gage une tr�s grande quantit� de chaleur et lib�re le fer � l��tat liquide. La r�action du m�lange de poudre de ces deux corps, plac� dans un r�cipient en mati�re r�fractaire construit autour de deux pi�ces massives en acier plac�es bout � bout, produit localement la fusion des deux pi�ces en acier et les soude ensemble. Les rails de chemin de fer sont quelquefois soud�s par ce proc�d� d�aluminothermie.</p><p>Proc�d�s sp�ciaux</p><p>Soudage au jet de plasma ou</p><p>soudage � l�hydrog�ne atomique</p><p>Un courant d�hydrog�ne sous pression est envoy� au travers d�une petite tuy�re refroidie � l�eau et dans laquelle on fait jaillir un arc �lectrique entre deux �lectrodes non consommables.</p><p>� la temp�rature de l�arc, l�hydrog�ne mol�culaire se dissocie en ions H+. Ces ions parviennent sur la pi�ce froide, o� les mol�cules se reforment avec un tr�s gros d�gagement de chaleur. De plus, le courant d�hydrog�ne prot�ge la soudure des gaz environnants. On peut �galement utiliser d�autres gaz</p><p>ou m�langes de gaz. Par ce proc�d�, on obtient une source de chaleur tr�s localis�e et de tr�s grande puissance sp�cifique.</p><p>Soudage par</p><p>bombardement �lectronique</p><p>L�op�ration s�effectue sous vide (10� 5 torr environ), et la chaleur n�cessaire � la fusion de la zone � souder est obtenue par impact d�un faisceau d��lectrons, dont l��nergie cin�tique se transforme en �nergie calorifique. Ces �lectrons sont produits par un canon � �lectrons et ils sont g�n�ralement acc�l�r�s � l�aide d�une diff�rence de potentiel � haute tension de 20 000 � 100 000 V environ, d�o� �mission de rayons X. Aussi les op�rateurs doivent-ils �tre prot�g�s de la zone d�impact par des �crans en plomb. Le mouvement relatif � rectiligne, circulaire ou quelconque � entre la pi�ce et le canon � �lectrons est obtenu par un syst�me m�canique, t�l�command�, semi-automatique ou automatique.</p><p>L�utilisation des techniques propres � l�optique �lectronique (lentilles ma-gn�tiques, �crans �lectrostatiques, etc.) permet d�obtenir des faisceaux d��lectrons tr�s fins et de tr�s grande densit�, dont la zone d�impact peut �tre r�duite � quelques dixi�mes de millim�tres. Ce proc�d� est caract�ris� par :</p><p>� une puissance sp�cifique tr�s</p><p>�lev�e ;</p><p>� une faible surface d�impact des �lectrons ;</p><p>� l�absence de phase gazeuse environnante, car l�op�ration s�effectue sous vide.</p><p>Les avantages qui en r�sultent sont nombreux.</p><p>1. Le soudage s�effectue tr�s rapidement : plusieurs centim�tres par seconde. Les soudures obtenues sont excellentes et de tr�s bel aspect.</p><p>2. La profondeur de p�n�tration est tr�s �lev�e, le rapport de la profondeur � la largeur de la zone fondue pouvant atteindre 15 et m�me 20 ; on peut ainsi souder des pi�ces en acier de plusieurs</p><p>centim�tres d��paisseur et des pi�ces en alliages l�gers dont l��paisseur d�-</p><p>passe 10 cm.</p><p>3. La zone fondue et la zone affect�e sont de tr�s faible largeur ; les d�formations permanentes sont donc aussi tr�s faibles.</p><p>4. Les mat�riaux soud�s ne sont pas pollu�s, car l�op�ration s�effectue sous vide, g�n�ralement sous vide secondaire.</p><p>Presque tous les mat�riaux peuvent �tre soud�s par bombardement �lectronique. L�inconv�nient du proc�d� r�sulte surtout de la n�cessit� d�op�rer dans une enceinte � vide. De plus, les machines sont tr�s ch�res � l�achat et tr�s co�teuses � exploiter.</p><p>Proc�d� de soudage sans</p><p>fusion du m�tal de base</p><p>Certaines m�thodes de soudage ne font pas appara�tre de phase liquide.</p><p>Soudage par diffusion</p><p>Deux pi�ces m�talliques chauff�es � une temp�rature inf�rieure � leur temp�rature de fusion et tr�s fortement press�es l�une contre l�autre peuvent se souder ensemble par diffusion mutuelle � travers la surface de contact.</p><p>On peut ainsi souder l�un � l�autre deux m�taux diff�rents, l�or et le cuivre par exemple. La pression et la temp�rature peuvent �tre obtenues par explosion.</p><p>Quelquefois, un soudage sous pression est possible sans aucun chauffage, notamment avec le cuivre, l�aluminium, le plomb, le nickel. Cette m�thode �vite l�alt�ration des propri�t�s m�tallurgiques des pi�ces.</p><p>Soudage par friction</p><p>Ce proc�d� r�alise l��quivalent d�un</p><p>� grippage � entre les deux pi�ces � assembler. Si, par exemple, on fait tourner une pi�ce m�tallique en l�appliquant contre une pi�ce fixe, les deux pi�ces s��chauffent consid�rablement dans la zone de frottement. Si on arr�te brutalement ce mouvement en appuyant tr�s fortement les deux pi�ces l�une contre l�autre, celles-ci,</p><p>dans certaines conditions, se soudent par un m�canisme encore assez mal connu. On soude ainsi des tubes bout � bout, ou des brides sur des tubes.</p><p>L�op�ration est quelquefois facilit�e en travaillant sous vide.</p><p>Soudage par ultrasons</p><p>Deux �l�ments m�talliques ou en ma-ti�res plastiques, appliqu�s l�un contre l�autre et soumis � des vibrations ultrasonores transmises par un doigt m�tallique, qui par exemple vient appliquer ces deux pi�ces sur une enclume, se soudent l�un � l�autre. On n�a pas encore pu d�terminer exactement le m�-</p><p>canisme de liaison. Pour les m�taux, la jonction r�sulte d�une interp�n�tration � l��chelle atomique de la structure cristalline des deux corps, sans modification, m�me locale, de la structure cristalline des mat�riaux assembl�s.</p><p>Pour cela, les pi�ces � assembler, essentiellement des t�les ou des fils, sont comprim�es entre un doigt m�tallique anim� d�un mouvement vibratoire de fr�quence ultrasonore (20 000 Hz) et une enclume massive servant de r�flecteur. L��l�vation de temp�rature produite par cette �nergie est faible.</p><p>On r�alise ainsi des machines � souder ayant des g�n�rateurs ultrasonores d�une puissance de quelques kilowatts qui permettent de souder des plaques d�aluminium jusqu�� 2 mm d��paisseur. Ce proc�d� permet d�assembler des �l�ments en m�taux et alliages non soudables par les m�thodes classiques (au chalumeau, � l�arc ou par r�sistance) ; de plus, il autorise le soudage de feuilles tr�s minces de m�me que le soudage de pi�ces en m�taux diff�rents, notamment la jonction du zirconium et de l�acier inoxydable, de l�acier et du titane, du molybd�ne et de l�aluminium. L�absence de zone fondue et la conservation de la structure cristalline des pi�ces soud�es sont les caract�ristiques essentielles du downloadModeText.vue.download 334 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10289</p><p>soudage par ultrasons. Enfin, on peut �galement souder de cette fa�on des feuilles en mati�re plastique.</p><p>G. F.</p><p>F Brasage.</p><p>R. Meslier, la Soudure autog�ne ou chalumeau et � l�arc (Eyrolles, 1948). / J. N�gre, Soudage �lectrique par r�sistance (Publ. de la soudure autog�ne, 1948 ; nouv. �d., 1956).</p><p>/ A. Lescards, la Soudure � l�arc industrielle (Desforges, 1952). / A. Leroy, M. Evrard et G.</p><p>d�Herbemont, Pratique du soudage oxyac�ty-l�nique et des techniques connexes (Publ. de la soudure autog�ne, 1955). / D. Seferian, M�tallurgie de la soudure (Dunod, 1959 ; nouv. �d., 1965). / P. Dahan, la Soudure �lectrique (Soc.</p><p>parisienne d��d., 1962). / Guide du soudage (�d. Gead, 1964 ; 2 vol.). / F. Delattre, le Soudage des aciers inoxydables (Dunod, 1965). /</p><p>M. M. Schwartz, Modern Metal Joining Techniques (New York, 1969).</p><p>Soudan</p><p>En ar. al-djumh&#x16B;riyya al-s&#x16B;d&#x101;n, �tat d�Afrique ; 17 millions d�habitants.</p><p>Capit. Khartoum*.</p><p>�tat le plus vaste d�Afrique</p><p>(2 506 000 km 2, 8 p. 100 de la superficie du continent), �tir� entre Sahara et �quateur (de 23 � 4� de lat.), joux-tant huit �tats aux destin�es diverses (Libye, �gypte, Tchad, Za�re, R�publique centrafricaine, Ouganda, Kenya, �thiopie), le Soudan participe � la fois du monde arabe et du monde africain.</p><p>Cette situation g�ographique a pes� sur toute son histoire : les r�alit�s ethniques dominent la vie de ce pays charni�re auquel la nature a mesur� ses dons et qui, depuis son ind�pendance, acquise en 1956, n�est pas une nation unanime dans la volont� de d�veloppement.</p><p>Les composantes</p><p>g�ographiques</p><p>Un �tat �tir� en latitude</p><p>Les accidents orographiques sont trop faibles pour troubler le cort�ge des paysages bioclimatiques. Le relief de plaines et de plateaux domine dans le complexe de base du Pr�cambrien, qui affleure sur les deux tiers de la surface du pays et dans les gr�s secondaires du Nord. La formation de la goutti�re nilotique � l��re tertiaire s�est accompagn�e du rel�vement des bordures :</p><p>le seuil cristallin qui s�pare les bassins du Tchad et du Nil porte des massifs volcaniques, notamment le djebel Marra, qui d�passe 3 000 m ; les reliefs orientaux qui jouxtent la mer Rouge culminent � 2 405 m. Ce sont les pr�-</p><p>cipitations qui diversifient les paysages. La d�gradation pluviom�trique du sud au nord se manifeste par une diminution des totaux annuels (d�environ 100 mm par degr� de latitude), par la r�duction de la saison humide et par une irr�gularit� interannuelle croissante. Une bande � sah�lienne �</p><p>qui re�oit entre 300 et 600 mm fait la transition entre le milieu � soudanien �</p><p>au sud du 10e parall�le et le milieu</p><p>� saharien �, qui r�gne sans partage au nord du 15e parall�le. Strate herbac�e et arbres composent dans le domaine soudanien (de 1 500 � 600 mm) une mosa�que de savanes-for�ts d�cidues.</p><p>Le sahel (de 600 � 300 mm) est le domaine des �pineux (acacias essentiellement), qui se pressent en fourr�s. Vers le d�sert appara�t la steppe, qui domine dans les milieux semi-arides (de 300 � 75 mm) et fait progressivement place � un paysage min�ral dans les milieux arides, voire hyperarides (moins de 75 mm).</p><p>Un �tat nilotique</p><p>Ces trois r�gions bioclimatiques sont travers�es par le Nil, qui cr�e ses propres paysages v�g�taux : dans le Bahr el-Ghazal, o� s��talent les eaux du Nil Blanc, une v�g�tation aquatique forme par endroits une v�ritable � banquise �, le sadd, qui retarde l��coulement des eaux. Au nord de Khartoum, la vall�e est long�e par les palmeraies en d�pit de la s�cheresse. Apr�s l�At-bara, le fleuve ne re�oit aucun affluent permanent, et son d�bit est donc sous la d�pendance des deux branches su-p�rieures de son cours : le Nil Blanc (ou Bahr el-Abiad), aux apports continus, et le Nil Bleu (ou Bahr el-Azrak), responsable des crues estivales. Le Soudan poss�de certes une fen�tre de quelque 600 km sur la mer Rouge, mais l�int�rieur en est s�par� par l��cran du massif Arabique ; aussi le Nil appara�t-il comme la voie d�acc�s et l�exutoire naturel du pays.</p><p>En fait, l��gypte n�a pas exerc� sur le</p><p>Soudan une action permanente et souveraine, et la non-navigabilit� du Nil des cataractes est le symbole de ce divorce. Le verrou de la vall�e moyenne, constitu� par les royaumes chr�tiens de Nubie, n�a saut� qu�au XVe s. sous les coups de musulmans originaires de l�Ouest (et non du Nord : aussi l�isl&#x101;m soudanais est-il maghr�bin et non �gyptien). La route du Sud semblait d�s lors ouverte jusqu�aux confins du massif Abyssin, mais les marais du Bahr el-Ghazal et l�insalubrit� ont interdit l�arabisation et l�islamisation du quart du pays au sud du 10e parall�le, qui appartient � l�Afrique noire.</p><p>Sa r�union au reste du Soudan est un fait r�cent, d�origine coloniale.</p><p>Un �tat artificiel</p><p>L�h�t�rog�n�it� du peuplement s�explique par la situation du Soudan � la limite de deux mondes. La diversit� du stock humain (plus de 500 ethnies) se r�sume en fait � une opposition Nord-Sud. Le groupe arabe du Nord englobe des populations dont les genres de vie (du grand nomadisme � l�agriculture) et les origines raciales (Arabes g�n�-</p><p>ralement m�tiss�s, Noirs, Berb�res et Chamites) sont tr�s vari�s. Aussi est-ce le crit�re linguistique qui doit �tre retenu. Le groupe m�ridional non arabis� et de race n�gro�de rassemble des Nilotes (Nuers, Chillouks), des Nilochamites et des � Soudanais � aux langues diff�rentes. Un second clivage d�ordre religieux oppose les populations nordiques, islamis�es et majoritaires, aux populations du Sud, animistes ou christianis�es : le drame int�rieur du Soudan r�sulte du refus de ces derni�res de se soumettre � la politique d�islamisation forc�e de Khartoum.</p><p>Le contraste vigoureux entre ces deux humanit�s pose le probl�me du passage de la conscience ethnique � la conscience nationale dans les fronti�res h�rit�es de la colonisation.</p><p>Les r�gions</p><p>La principale diff�renciation r�gionale proc�de des oppositions entre Soudan islamis� et Soudan � pagano-chr�-</p><p>tien �, mais c�est une r�gion de cr�ation</p><p>coloniale qui est la base de l��conomie nationale, le � Soudan utile �.</p><p>Le Soudan arabis�</p><p>Dans un milieu naturel teint� d�aridit�, les populations arabophones ont un large �ventail de genres de vie. La marche du Soleil et la pluie qui l�accompagne rythment les d�placements des grands nomades chameliers et des petits nomades, et l�espace qu�ils parcourent est faiblement marqu� de leur empreinte. Toutefois, �� et l�, s�individualisent des taches de peuplement correspondant � des espaces am�nag�s par des paysanneries culturellement assimil�es, o� des villes d�essence pr�-</p><p>coloniale sont n�es d��changes oblig�s entre pasteurs et s�dentaires. D�autres taches de densit� sont les isolats nilo-downloadModeText.vue.download 335 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10290</p><p>tiques ; ainsi, les Noubas, fuyant devant la pouss�e arabe, ont quitt� la vall�e du Nil (Nubie) pour se r�fugier dans les massifs cristallins au sud d�El-Obe�d, o� ils ont d� choisir des m�thodes culturales intensives pour assurer leur subsistance. Leur r�sistance culturelle tend cependant � s�att�nuer depuis la colonisation.</p><p>Le Soudan m�ridional</p><p>Au sud du 10e parall�le commence un monde nouveau, rattach� arbitrairement au Soudan. Dans le Bahr el-Ghazal, l�inondation par la crue du Nil Blanc d�un model� continental faiblement diff�renci� restreint consid�rablement le domaine de l��levage, alors qu�en hiver de vastes espaces � vocation pastorale sont lib�r�s par les eaux. Les conditions du milieu, sans la d�terminer, expliquent l�uniformit� du genre de vie des Nilotiques, qui associent une agriculture sur bourrelets exond�s � un semi-nomadisme pastoral vers les p�turages. La notion d��tat est inexistante chez ces peuples, pulv�ri-s�s en groupuscules, et les rares villes comme Juba sont des cr�ations coloniales. Dans le deep South, des populations nilochamites et � soudanaises �</p><p>pratiquent une agriculture peu raffin�e, sans appoint de l��levage, d�cim� par les Trypanosomes. La question linguistique ainsi que l��cart de d�veloppement entre les deux Soudans rendent probl�matique l�int�gration du Sud dans un pays � majorit� arabophone.</p><p>Le Soudan utile</p><p>La Gezireh (en ar. al-Djaz&#x12B;ra :</p><p>� l��le �), langue de terre s�parant les Nils avant leur confluence � Khartoum, est une des rares r�gions g�ographiques</p><p>� fonctionnelles � d�Afrique. La justification de l�oeuvre de colonisation �tait la culture du coton. Les am�nagements ont �t� r�alis�s dans une plaine faiblement inclin�e, au peuplement m�diocre. Depuis la mise en eau du barrage de Sennar (1926), la superficie des secteurs irrigu�s a �t� progressivement accrue et elle est aujourd�hui de 750 000 ha. La Gezireh est la � perle du Soudan, providence du gouvernement de Khartoum (pr�s de la moiti� de ses recettes) � [P. Gourou]. La base du syst�me reste le coton, en d�pit de l��tablissement de rotations techniques et de la diversification des cultures rendue n�cessaire par les al�as du march� cotonnier et les besoins alimentaires d�une population en accroissement rapide. Sommet de ce delta renvers�, la capitale du Soudan poss�de une situation remarquable � la confluence des Nils, au croisement de la voie nilotique et de la route sah�lienne, et sa croissance a suivi les progr�s de la Gezireh.</p><p>Elle appara�t toutefois quelque peu excentr�e dans un Soudan unitaire.</p><p>L�absence de liens entre ces vies r�gionales divergentes et �parses explique les difficult�s rencontr�es par le Soudan, depuis son ind�pendance, pour les grouper sous une autorit� unique et autour d�int�r�ts communs.</p><p>Les probl�mes du</p><p>Soudan ind�pendant</p><p>Les obstacles au d�veloppement</p><p>Apr�s la fin de la � guerre de S�cession � et la reconnaissance de la personnalit� du Sud, le Soudan se trouve encore confront� � trois probl�mes majeurs.</p><p>y L�eau. Le tiers du pays se trouve au nord de l�isohy�te des 300 mm, limite de l�agriculture sans irrigation. L�utilisation des eaux du Nil n�est pas illimit�e, des accords entre l��gypte et le Soudan fixant la part de ce dernier � 20 milliards de m�tres cubes, quota qui sera totalement utilis� dans moins d�une d�cennie. De surcro�t, 35 p. 100</p><p>des Soudanais habitent des r�gions ne b�n�ficiant pas de pr�cipitations en quantit� suffisante, et les potentialit�s hydriques du sous-sol sont r�duites par la nature du substrat g�ologique.</p><p>y Les transports. Les vastes dimensions du Soudan font de l�organisation des transports une question vitale pour l��conomie d�un pays qui est un archipel aux relations fragiles ; l�option ferroviaire ayant �t� choisie, le r�seau sans ballast est en expansion (5 500 km en 1970), mais nombre de r�gions restent enclav�es. Le pays lui-m�me a �t� confin� (de 1967 � 1975) dans une semi-insularit� par la fermeture du canal de Suez, qui a fortement affect� le trafic de Port-Soudan.</p><p>y Les capitaux. Les multiples tentatives faites pour attirer le capital �tranger sont rest�es sans grand effet ; la politique int�rieure et la guerre civile ont d�courag� les investisseurs �trangers jusqu�� une date r�cente.</p><p>Les gouvernements successifs ont d� se substituer � eux en accroissant consid�rablement les investissements publics, qui repr�sentent plus de la moiti� des d�penses budg�taires.</p><p>L�agriculture</p><p>L��conomie est domin�e par la pr�-</p><p>pond�rance du secteur primaire, qui emploie les quatre cinqui�mes de la population active. Malgr� un taux d�accroissement naturel fort �lev� (2,8 p. 100), le pays, encore faiblement peupl�, ne conna�t pas les probl�mes de subsistance auxquels l��gypte est confront�e. Les principales cultures de subsistance � le � doura � (va-ri�t� sauvage de sorgho), les millets, le ma�s, le manioc � assurent une ration individuelle de 150 kg par an.</p><p>L��levage n�est encore qu�une richesse potentielle, sous-exploit�e. Le gou-</p><p>vernement s�attache � accro�tre la part de l�agriculture commerciale, qui lui procure des rentr�es de devises. Le pays vit du coton, un des meilleurs qui soient par la longueur et la finesse de ses fibres (230 000 t). Il est n�anmoins n�cessaire de lib�rer l��conomie de la pr�dominance de cette culture, qui assure environ la moiti� des exportations, en diversifiant la production (gomme arabique, arachide, s�same).</p><p>L�industrie</p><p>L�absence de minerais �conomiquement exploitables, la limitation des ressources hydro-�lectriques et le faible int�r�t des nappes p�trolif�res sont des freins � l�industrialisation.</p><p>Les industries existantes se bornent � traiter les produits agricoles locaux (usines textiles, tanneries, huileries), entreprises pour la plupart g�r�es par l��tat. Les investissements priv�s, fortement encourag�s par l�Industrial Act de 1967, devaient permettre au secteur secondaire de repr�senter 13 p. 100 du produit national brut � la fin de l�actuel plan quinquennal (1974), contre 5 p. 100 en 1970, et de r�duire la part des biens d��quipement dans les importations.</p><p>L��conomie du Soudan, qui figure parmi les 25 �tats les plus pauvres du monde, offre toutes les caract�ristiques du sous-d�veloppement. Toutefois, l�exp�rience politique du pays lui conf�re � l�int�rieur du tiers monde une place originale, puisque, contraint pour pr�server sa coh�sion de se maintenir � mi-chemin du monde arabe et du monde noir, il peut en �tre le trait d�union.</p><p>Y. L.</p><p>L�histoire du Soudan</p><p>Dans son acception politique moderne, le mot Soudan (� pays des Noirs �) d�signe l��tat issu des entreprises �gyptiennes dans le Haut-Nil au XIXe s.</p><p>Auparavant, l�histoire du Soudan se confond avec celle de la Nubie*. �</p><p>la veille de la conqu�te �gyptienne, le Haut-Nil �tait caract�ris� par une grande anarchie politique et une forte diversit� ethnique. Au nord, la pr�dica-</p><p>tion ardente des � ma�tres � musulmans, les soufis (appel�s parfois derviches), y avait r�veill� l�isl&#x101;m ; dans la r�gion d�Ed-Damer s��tait m�me cr��e une th�ocratie locale. Plus au sud, Shendi �tait devenu un grand centre de transit des p�lerins dans la Gezireh. Mais dans le Bahr el-Ghazal, les Noirs restaient farouchement animistes ; les Chillouks de la r�gion de Fachoda �taient organis�s en une royaut� sacr�e, les Nuers, et les Dinkas en vastes conf�d�rations tribales.</p><p>Des consid�rations g�n�rales (� richesse � du Soudan, traite des esclaves) jou�rent dans la d�cision de M�h�met-Ali* d�entreprendre la conqu�te du Haut-Nil en 1820. Mais c�est surtout le danger politique que constituaient les Mamelouks r�fugi�s � Dongola apr�s leur d�faite de 1811 qui amena M�h�met � confier une force exp�di-tionnaire de 4 000 hommes � son fils Ism&#x101;�&#x12B;l pacha. Celui-ci soumit sans difficult�s les Mamelouks, �crasa la conf�d�ration arabe des Chayqiya et obtint la capitulation du Sennar, tandis que le sultan du Darfour, battu, �va-cuait � l�ouest le Kordofan (1820-21).</p><p>Toutefois, l�occupation �gyptienne se limita � quelques provinces ; Dongola, Sennar, Kordofan et Khartoum, pendant plus de quarante ans. La seule extension importante fut la cr�ation de la province de Taka (auj. province de Kassala) aux confins de l��thiopie en 1840. La capitale du Soudan �gyptien fut install�e � Khartoum en 1823, et le coton fut introduit dans la Gezireh. Le commerce de l�ivoire venu des pays zand�s au sud du Bahr el-Ghazal se d�veloppa, mais en m�me temps aussi celui des esclaves ; les grands marchands de Khartoum multipli�rent � cet effet des camps fortifi�s de palissades, dits � z�riba �, du nom de Zubayr (ou Zubayr-Ra&#x1E25;&#x101;ma), l�un de ces n�gociants, dans le Bahr el-Ghazal.</p><p>Sous le r�gne du kh�dive Ism&#x101;�&#x12B;l (de 1867 � 1879), l�expansion reprit ; le besoin de prestige, la curiosit� que suscitaient les sources du Nil, d�couvertes en 1863 par John Hanning</p><p>Speke (1827-1864) et James A. Grant (1827-1892), et la pression des Britanniques pour obtenir la suppression de la traite des esclaves sont � l�origine de cette reprise d�initiative. En 1865,</p><p>Ism&#x101;�&#x12B;l s�assura le contr�le des ports de Souakin et de Massaoua. En 1869, il patronna la fameuse exp�dition de Samuel Baker (1821-1893), qui atteignit les confins de l�Ouganda en remontant le Nil : un poste fut alors cr�� � Gondokoro. Des provinces nouvelles downloadModeText.vue.download 336 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10291</p><p>naquirent : Equatoria, Bahr el-Ghazal, Fachoda, Darfour. Cette derni�re fut fond�e sur l�initiative personnelle de Zubayr, qui re�ut le titre de pacha, en 1874. Ce fut en r�alit� le d�but d�un malentendu. Afin de lutter contre la traite, d�nonc�e vigoureusement par l�explorateur Georg Schweinfurth en 1874 dans son livre Au coeur de l�Afrique, Ism&#x101;�&#x12B;l fut amen� � confier plusieurs gouvernements de province � des Europ�ens : l�Italien Romolo Gessi au Bahr el-Ghazal, l�Allemand Eduard Schnitzer (Emin pacha) en Equatoria, l�Autrichien Rudolf Karl von Slatin au Darfour, le Britannique Charles Gordon (Gordon pacha, 1833-1885), gouverneur g�n�ral du Soudan en 1877. Cependant, en d�pit de la mise en r�sidence surveill�e de Zubayr au Caire, Gordon ne put vraiment l�emporter sur les marchands khartoumiens, qui se soulev�rent � l�appel de Sulaym&#x101;n, le fils de Zubayr. � peine le calme r�tabli, tant bien que mal, la r�volution mahdiste provoqua l�effondrement de la tutelle �gyptienne au Soudan.</p><p>Le Mahd&#x12B;, Mu&#x1E25;ammad A&#x1E25;mad</p><p>ibn�Abd All&#x101;h, originaire du Dongola, annon�a sa mission de proph�te et la restauration de la communaut� musulmane par un isl&#x101;m purifi�, en juin 1881. Il fut imm�diatement suivi par les musulmans, travaill�s par les doctrines puritaines, mais il fut aussi appuy� par les m�contents du r�gime �gyptien, les marchands khartoumiens et leur client�le de mercenaires, ainsi que par les tribus nomades, exasp�r�es par les taxes sur le b�tail. Une premi�re victoire de ses compagnons, les</p><p>� Ansar �, mal arm�s, sur une petite force �gyptienne aur�ola les r�volt�s d�un prestige miraculeux en ao�t</p><p>1881. D�s 1883, le Kordofan tomba sous son contr�le, et sa propagande agita la r�gion de Khartoum. Mais ce qui permit la victoire du Mahd&#x12B; fut l�impuissance du gouvernement kh�dival depuis sa banqueroute de 1876. Le nouveau kh�dive, Tawf&#x12B;q, ne put envoyer que de faibles secours, qui furent battus en novembre 1884. Le Darfour puis le Bahr el-Ghazal tomb�rent � leur tour, et, en janvier 1885, Khartoum fut prise par les mahdistes ; Gordon, qui n�avait pas voulu abandonner la ville, fut ex�cut�. L��gypte �vacua � provisoirement � le Soudan.</p><p>Le mahdisme dura de 1885 � 1898. Le Mahd&#x12B; mourut en juin 1885, mais son empire devient un califat, bient�t sous l�autorit� d�un de ses anciens compagnons, �Abd All&#x101;h (� 1899). En 1888, l�exp�dition de secours organis�e par Stanley pour aider Emin pacha, demeur� en Equatoria, n�emp�cha pas la conqu�te de cette province, tandis que vers le nord les mahdistes s�emparaient du Dongola ; mais leur expansion vers l��gypte fut stopp�e en 1889. Le califat fut organis� en th�ocratie militaire. Le butin de Khartoum lui permit d�abord d�all�ger la fiscalit�, mais le manque de ressources amena peu � peu l�arm�e � vivre sur le pays et entra�na un durcissement autocratique du r�gime. En 1896, Slatin pacha, �chapp� du Darfour, pouvait pr�coniser une reprise facile du Soudan dans son livre Feu et fer au Soudan.</p><p>La rivalit� entre la France, la</p><p>Grande-Bretagne et l��tat ind�pendant du Congo pour le partage des d�pouilles s��tait alors d�j� engag�e.</p><p>L�opold II dut le premier renoncer � ses pr�tentions sur le Bahr el-Ghazal en d�pit du soutien britannique en 1894 ; � la suite des protestations fran�aises, il dut se contenter de la promesse d�un territoire � bail dans la r�gion de Lado, que ses agents occup�rent en 1896-97. Les Fran�ais visaient le Nil par la voie du Congo et de l�Oubangui ; en effet, en d�pit de la mise en garde solennelle du Foreign Office en 1895, ils lanc�rent, en 1896, la mission Marchand* vers Fachoda. De leur c�t�, les Britanniques, inquiets d�un possible rapprochement entre les mahdistes et les �thiopiens, vainqueurs des Italiens</p><p>en mars 1896 � Adoua, se d�cid�rent � reconqu�rir le Dongola. L�exp�dition anglo-�gyptienne, confi�e au sirdar Kitchener, fut renforc�e ensuite afin de battre de vitesse les Fran�ais et d��craser les mahdistes. Apr�s la d�faite de ces derniers � Omdurman (2 sept.</p><p>1898), Kitchener rencontra la poign�e de tirailleurs de Marchand � Fachoda.</p><p>Une crise aigu� entre les deux puissances s�ensuivit ; on parla de guerre, puis finalement Delcass�* accepta l��vacuation de Fachoda (3 nov. 1898).</p><p>L�accord du 21 mars 1899 consacra le d�sistement fran�ais dans le Haut-Nil.</p><p>Un condominium anglo-�gyptien</p><p>(accords du 19 janv. et du 10 juill.</p><p>1899) fut �tabli au Soudan. Celui-ci constitua une union douani�re avec l��gypte et fut administr� par un gouverneur britannique r�sidant � Khartoum. Les op�rations de pacification contre les mahdistes dur�rent jusqu�en 1900. Le Soudan fut ensuite modernis� sous le gouvernement de sir F. R. Wingate (1899-1916) ; le coton devint la grande richesse du pays. Pendant la Premi�re Guerre mondiale, le d�veloppement de la demande de coton contribua � maintenir le loyalisme au Soudan, m�me lorsque la Turquie fut entr�e dans le conflit et que le kh�dive fut d�pos�.</p><p>Cependant, le nationalisme couvait.</p><p>Il ne fut pas �tranger aux graves �v�-</p><p>nements de 1924, marqu�s par l�assassinat du gouverneur du Soudan au Caire et une mutinerie � Khartoum. Les Britanniques s�efforc�rent d�abord de s�appuyer sur les mahdistes ralli�s et les chefs, dont ils restaur�rent l�autorit� (1927). Ils ne purent emp�cher le d�veloppement de courants d�opposition, l�un en liaison avec les nationalistes �gyptiens, l�autre se r�clamant d�un nationalisme plus proprement soudanais. Apr�s une p�riode de prosp�rit� (1924-1929), la crise �conomique vint alimenter le m�contentement. Le Graduates� General Congress, mod�r�, cr�� en 1938 et transform� en parti Umma (� Communaut� �) en 1943, fut d�bord� par le parti des Achiqqa (les</p><p>� Fr�res �) ; d�s 1944, l�administration britannique dut composer et accepter la cr�ation d�un Conseil consultatif du Nord-Soudan.</p><p>En fait, les probl�mes du futur statut du pays se trouvaient d�j� pos�s : celui du Sud, p�n�tr� par les missions chr�tiennes, et celui des liens avec l��gypte. En 1946, E. Bevin annon�a l�accession prochaine au self-govern-ment et, en 1948, Londres imposa une constitution en d�pit des protestations �gyptiennes. La querelle avec les unionistes, partisans de l�union avec l��gypte, et avec les �gyptiens empira alors ; l��gypte abolit unilat�ralement le condominium, et Farouk fut proclam� roi du Soudan en 1951. Apr�s le coup d��tat au Caire en 1952, les partis soudanais fusionn�rent dans le National Unionist Party, dont le chef, Ism&#x101;�&#x12B;l al-Azhar&#x12B; (1900-1969), finit par imposer l�ind�pendance aussi bien � la Grande-Bretagne qu�� l��gypte (1er janv. 1956).</p><p>Toutefois, le Soudan �tait d�j� d�-</p><p>chir� par les hostilit�s avec le Sud. Une premi�re insurrection avait �t� r�prim�e d�s 1953 ; une seconde �clata en juillet 1955 et se transforma en une guerre de quinze ans qui prit fin en f�vrier 1972. Elle d�termina la fuite de milliers de Sudistes et de cadres et causa peut-�tre un demi-million de victimes. Elle affaiblit le r�gime, qui tomba sous la dictature militaire du mar�chal Ibr&#x101;h&#x12B;m �Abb&#x16B;d de 1958 � 1964. En m�me temps grandissait</p><p>une opposition communiste ; celle-ci r�ussit � susciter une insurrection g�n�rale en 1964, qui rendit le pouvoir � une coalition de militaires et de civils. Mais, �cart�s d�s 1965, les communistes furent mis hors la loi. En 1969, un nouveau coup d��tat pla�a le colonel Gafaar el-Nemeyri (Dja�far al-Nimayr&#x12B;, n� en 1930), chef d�un groupe d�officiers nationalistes, � la t�te de l��tat. Si le nouveau r�gime r�gla par accord la question du Sud, il acheva, en juillet 1971, l��limination brutale des communistes et r�prima tr�s durement deux tentatives de putsch militaire (sept. 1975 et juill. 1976).</p><p>M. M.</p><p>R. L. Hill, Biographical Dictionary of the Anglo-Egyptian Sudan (Oxford, 1951). /</p><p>K. D. D. Henderson (sous la dir. de), Making of the Modern Sudan. The Life and Letters of Sir</p><p>Douglas Newbold (Londres, 1953). / K. M. Bar-bour, The Republic of the Sudan (Londres, 1961).</p><p>/ P. M. Holt, A Modern History of the Sudan (Londres, 1961 ; 2e �d., 1965). / J. H. Schultze, Ost-Sudan (Berlin, 1963). / J. H. G. Lebon, Land Use in Sudan (Bude, 1965). / R. O. Collins, Land Beyond the Rivers. The Southern Sudan, 1898-1918 (New Haven, 1971).</p><p>Soufflot (Jacques</p><p>Germain)</p><p>Architecte fran�ais (Irancy, pr�s d�Auxerre, 1713 - Paris 1780), artisan d�un rationalisme fond� sur le retour � l�antique et appel� � sous-tendre toute l��volution architecturale moderne.</p><p>Fils d�un avocat au parlement, Soufflot fit ses humanit�s � Paris. Une vocation affirm�e d�s l��ge de quinze ans le poussa � partir pour Lyon, puis � Rome, o� il resta sept ans (1731-1738). Son ardeur � relever ruines et monuments attira l�attention de l�ambassadeur de France, qui le fit entrer � l�Acad�mie de France � Rome. Au bout de quatre ans, il fut d�sign� par son directeur pour r�pondre au d�sir de la ville de Lyon d�engager un architecte valable.</p><p>Soufflot va faire un nouveau s�jour sur les bords du Rh�ne, donner en 1741 les plans de l�h�tel-Dieu et en 1747 ceux de la loge du Change. Il trace des quais, �l�ve des h�tels, se pr�occupe d�id�es nouvelles, de structures gothiques et de st�r�otomie des coupoles (il publie celle de Saint-Pierre de Rome).</p><p>Envoy�s � Paris et grav�s par</p><p>Jacques Fran�ois Blondel, les plans de l�h�tel-Dieu attirent l�attention. Quand Mme de Pompadour envoie son fr�re, le futur marquis de Marigny, se pr�parer en Italie aux fonctions de directeur des b�timents (1749), elle le fait accompagner de trois conseillers : l�abb� Leblanc, Charles Nicolas Cochin le Fils et Soufflot. Ensemble, ils visitent Lyon, Turin, Milan, Rome. L�archi-downloadModeText.vue.download 337 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10292</p><p>tecte poursuit jusqu�� Naples, voit Her-culanum et Pomp�i ; il sera le premier � mesurer le dorique grec de Paestum.</p><p>� son retour, l�amiti� de Marigny lui vaudra, avec un logement au Louvre, la possibilit� de participer au concours de la place Louis-XV, de projeter une nouvelle cath�drale pour Rennes en 1754 (date � laquelle il �l�ve le th��tre de Lyon) ; mais, surtout, d��tre choisi par Louis XV pour r�aliser le voeu de 1744 : reconstruire l��glise Sainte-Genevi�ve de Paris (auj. le Panth�on).</p><p>Cette oeuvre, dont le projet est approuv� le 2 mars 1757, sera la grande affaire de sa vie. Cependant, au titre de contr�leur des B�timents du roi pour Paris, l�architecte dirigera les Gobelins, continuera les travaux du Louvre, ceux de Notre-Dame, am�nagera le Pont-Neuf, les Champs-�lys�es, la fontaine de la croix du Tr�hoir, etc.</p><p>Dans ses travaux lyonnais, Soufflot traduit d�j� la majest� romaine par une ferme simplicit� en parfait accord avec la tradition locale. Son aust�re h�tel-Dieu s�int�gre dans un site grandiose par ses horizontales et son d�me carr�.</p><p>Son th��tre offre la disposition neuve d�une salle elliptique aux loges en gradins. Partout, une st�r�otomie �tudi�e t�moigne d�un esprit rationnel, attach� aux possibilit�s techniques sans n�gliger un d�cor au trac� tr�s souple.</p><p>L�artiste condamne, aux acad�mies de Lyon et de Paris, l�esth�tique du gothique tomme celle du baroque ; mais il sait en appr�cier les structures et veut, par l�emploi des colonnes, retrouver une l�g�ret� n�glig�e depuis deux si�cles. Toute sa carri�re sera une r�flexion sur la coupole de la basilique vaticane et sur les possibilit�s d�aller plus loin encore, gr�ce au chantier de Sainte-Genevi�ve. Pour conqu�rir l�espace int�rieur, il cherche d�abord � amenuiser ses supports. Ceux de Saint-Pierre de Rome occupaient encore le quart de la surface b�tie ; ceux de Saint-Paul de Londres un peu moins, bien qu�ils aient �t� con�us en brique par Christopher Wren*. Aux Invalides, J. H.-Mansart* �tait rest� en de�� avec un rapport de deux septi�mes. Soufflot, lui, va r�partir ses charges pour occuper seulement un septi�me du plan. Pour ce faire, la forme des vo�tes joue un grand r�le ; ainsi, partant de la double coque imagin�e par les Mansart, Wren �tait-il parvenu � soutenir directement la lanterne. Mais son d�me restait char-</p><p>pent� ; celui de Soufflot, au contraire, sera une troisi�me coque r�duisant la pouss�e des deux autres.</p><p>L�audace des solutions envisag�es provoqua de vives critiques. Attaqu� en 1769 par Pierre Patte (1723-1812), Soufflot eut la caution des ing�nieurs Jean Rodolphe Perronet (1708-1794) et �miliand Gauthey (1732-1806) ; ce dernier ira jusqu�� b�tir l��glise de Givry � l�appui de sa th�se. La pol�mique eut un autre effet, celui de d�cider Soufflot, second� par son inspecteur Jean-Baptiste Rondelet (1743-1829), � �tablir un v�ritable laboratoire d�essai de mat�riaux et � faire de Sainte-Genevi�ve un chantier exp�rimental au sens moderne, par l��tude d�engins de levage et celle de dispositifs de pierres arm�es o� se distinguent d�j� les futures combinaisons d�armatures du b�ton.</p><p>Apr�s la mort de Soufflot, Rondelet ach�vera l��difice (1780-1790, avec reprises en 1806), et ses exp�riences lui permettront de composer son c�l�bre Trait� th�orique et pratique de l�art de b�tir (1re �d., 1802). Cependant, la lumineuse enveloppe destin�e � l�ostension de la patronne de Paris devait demeurer vide. Transform�e en Panth�on, son d�cor gratt� et ses fen�tres bouch�es, elle acquit une glaciale aust�rit� fort �trang�re aux conceptions de Soufflot et aggrav�e encore par la suppression du parvis ferm� pr�vu pour le d�gagement de l��difice (v. construction).</p><p>H. P.</p><p>J. Monval, Correspondance de Soufflot avec les directeurs des b�timents concernant la Manufacture des Gobelins, 1756-1780 (A. Lemerre, 1918) ; Soufflot, sa vie, son oeuvre, son esth�tique (A. Lemerre, 1918). / M. Petzet, Soufflots Sainte-Genevi�ve und der franz�sische Kirchenbau des 18. Jahrhunderts (Berlin, 1961).</p><p>soufre</p><p>Corps simple solide non m�tallique, d�une couleur jaune citron.</p><p>D�couverte</p><p>Le soufre, qui existe � l��tat natif, �tait</p><p>un des neuf corps simples connus dans l�Antiquit�, les autres �tant le carbone et sept m�taux. Dans l�Antiquit� �galement, certains compos�s du soufre ont �t� distingu�s : tels furent en particulier le cinabre HgS, l�orpiment As2S3, la stibine Sb2S3, de m�me que le pl�tre CaSO4, 2H2O, le vitriol bleu (sulfate de cuivre), l�alun et quelques autres.</p><p>Le soufre joua un r�le important en alchimie. Il fut consid�r� comme un �l�ment par les alchimistes arabes. Il �tait le principe de la combustibilit� et repr�sentait le groupe � chaud et actif �</p><p>des �l�ments ; il �tait aussi un principe</p><p>� femelle �.</p><p>Les �crits de Geber (Ab&#x16B; M&#x16B;s&#x101;</p><p>Dj&#x101;bir al-S&#x16B;fi) qui apparurent en Occident v. 1300 indiqu�rent une pr�paration de l�acide sulfurique, jusqu�alors inconnu dans cette partie du monde.</p><p>Le caract�re d�� �l�ment � au sens moderne ne fut reconnu au soufre qu�en 1777 par Lavoisier.</p><p>�tat naturel</p><p>Il constitue 0,05 p. 100 de la lithosph�re. On le trouve � l��tat natif dans certaines r�gions (Sicile, �tats-Unis), mais plus souvent combin� dans de nombreux sulfures et sulfates. Il se rencontre en faible teneur dans la plupart des combustibles fossiles (charbons, p�troles). Certains gaz naturels contiennent des proportions importantes d�hydrog�ne sulfur�. Il est un downloadModeText.vue.download 338 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10293</p><p>constituant des mati�res prot�iques et par l� des mati�res vivantes (v. cycles biosph�riques).</p><p>Atome</p><p>Le num�ro atomique du soufre est 16. La structure �lectronique de l��tat fondamental de l�atome est 1s 2, 2s 2, 2p 6, 3s 2, 3p 4. Ses �nergies successives d�ionisation sont respectivement en �lectrons-volts de : 10,4 ; 23,4 ; 35,1 ; 47,4 ; 72,6 ; 87,8. Le rayon atomique</p><p>est de 1,04 �, et le rayon de l�anion S2� est de 1,84 � ; en effet, le fait que la couche externe �lectronique ne contient que six �lectrons rend possible la formation d�un anion S2� par fixation de deux �lectrons, et l�affinit� �lectronique de l�atome de soufre est de � 3,44 eV : c�est-�-dire que la fixation de ces deux �lectrons requiert la fourniture d�une certaine �nergie.</p><p>Corps simple</p><p>Ce corps simple pr�sente un ph�no-m�ne d�allotropie cristalline, c�est-�-</p><p>dire qu�il existe sous plusieurs �tats solides cristallis�s diff�rents. L�un de ces �tats est orthorhombique : c�est la forme usuelle, dite � soufre &#x3B1; �, stable � la temp�rature ordinaire. L�autre est monoclinique, prismatique : on l�appelle � soufre &#x3B2; � ; il se forme par solidification � partir du soufre liquide. Il existe un �quilibre r�versible entre ces deux formes � 95,5 �C sous une atmosph�re. On obtient diff�rentes autres formes cristallines, dont certaines ont paru avoir des sym�tries diff�rentes.</p><p>On consid�re que la forme &#x3B1; comme la forme &#x3B2; sont constitu�es d�arrangements de cycles gauches de huit atomes de soufre. On peut aussi pr�parer du soufre amorphe et du soufre �lastique.</p><p>On obtient en particulier du soufre �lastique en refroidissant rapidement le soufre liquide port� � 160 �C.</p><p>Le soufre liquide est form� de mol�-</p><p>cules S8 (cycle de huit atomes) ; il est encore appel� soufre &#x3BB; ou cyclo-oc-tosoufre � sa temp�rature de fusion.</p><p>Mais, lorsque la temp�rature s��l�ve, des cha�nes d�atomes se forment, et ces mol�cules assez longues et d�formables (soufre &#x3BC; ou cat�napolysoufre) accroissent la viscosit� du liquide. Ce dernier devient de plus en plus visqueux lorsque la temp�rature s��l�ve et passe vers 180 �C par un maximum de viscosit� tel que le liquide ne s��coule plus que tr�s lentement. La vapeur de soufre est, elle aussi, form�e de diverses mol�cules : on y a d�cel� des mol�cules � huit atomes, d�autres � quatre, certaines � deux atomes et m�me des mol�cules monoatomiques � tr�s haute temp�rature (pr�s de 65 p. 100 � 2 000 �C). Les proportions de ces diff�rentes mol�cules varient</p><p>avec la temp�rature, l��l�vation de temp�rature favorisant la pr�sence des mol�cules � petit nombre d�atomes.</p><p>On a rassembl� dans le tableau ci-dessus un ensemble de propri�t�s physiques du soufre en les comparant � celles des corps simples homologues : oxyg�ne, s�l�nium, tellure et polonium.</p><p>Le soufre donne naissance � de</p><p>nombreuses r�actions. Il se combine � beaucoup d�autres corps simples ; cela est possible tant avec des �l�ments plus �lectron�gatifs, comme l�oxyg�ne et les halog�nes, qu�avec des corps simples plus �lectropositifs tels que de tr�s nombreux m�taux.</p><p>Le soufre br�le spontan�ment dans le fluor en formant l�hexafluorure gazeux SF6. Ce dernier corps est tr�s inerte ; on conna�t toutefois ses r�actions avec l�hydrog�ne sulfur�, ce qui produit une lib�ration de soufre : SF6 + 3 H2S 7 6 HF + S.</p><p>On conna�t aussi les fluorures S2F2, S2F10 et SF4, pr�par�s par voie indirecte.</p><p>En faisant barboter du chlore dans du soufre fondu, on obtient le chlorure S2Cl2, mais, en saturant ce chlorure par le chlore � la temp�rature ordinaire, on obtient le dichlorure SCl2, qui se d�-</p><p>compose d�s sa temp�rature normale d��bullition. � � 22 �C, le chlore donne avec S2Cl2 le t�trachlorure SCl4, liquide rouge tr�s peu stable.</p><p>On conna�t les oxydes S2O, S2O2, SO2, SO3, SO4.</p><p>Le soufre fondu s�enflamme dans</p><p>l�air vers 360 �C, et vers 280 �C dans l�oxyg�ne, en formant essentiellement du dioxyde SO2 et un peu de trioxyde (qui cr�e de fines particules en suspension dans le gaz form�) : S + O2 7 SO2. Ce dioxyde s�oxyde en trioxyde : SO2 + 1/2 O2 7 SO3. Cette derni�re r�action est pratiqu�e � grande �chelle industriellement en pr�sence d�un catalyseur (oxydes de vanadium ou parfois platine) vers 450 � 500 �C.</p><p>Le soufre r�agit au rouge (vers 900 �C) sur le carbone en formant du sulfure de carbone CS2 :</p><p>C + 2 S 7 CS2.</p><p>Avec de nombreux m�taux, on a</p><p>des r�actions vives ; c�est le cas avec les m�taux alcalins, alcalino-terreux, l�aluminium et le fer lorsque la r�action a �t� amorc�e � haute temp�rature en un point du m�lange. Le sodium comme le potassium br�lent dans la vapeur de soufre, et le soufre r�agit avec l�aluminium pour former un sulfure qui est compl�tement hydrolyse par l�eau. Avec le fer, on peut r�aliser l�exp�rience du volcan de L�mery (du nom de Nicolas L�mery, 1645-1715), o� une temp�rature un peu inf�rieure � 100 �C suffit � amorcer la r�action, dont le d�veloppement porte � l��tat de vapeur l�eau qui a �t� introduite dans le m�lange intime de soufre et fer � une temp�rature peu inf�rieure � sa temp�-</p><p>rature d��bullition.</p><p>De nombreux sulfures m�talliques existent � l��tat naturel et constituent souvent des minerais importants de certains m�taux (Pb, Cu, Ni, etc.).</p><p>L�argyrose Ag2S est un sulfure d�argent. La gal�ne, ou sulfure de plomb PbS, est le plus important minerai de plomb ; on en extrait le plomb par grillage, puis par r�duction de l�oxyde.</p><p>La gal�ne fut plus souvent utilis�e que la stibine Sb2S3 pour constituer le pigment noir du fard pour les yeux des �l�gantes de l�Antiquit�. La blende ZnS est le principal minerai de zinc.</p><p>Le cinabre est le sulfure naturel rouge de mercure HgS ; on en extrait le mercure par grillage. On fabrique aussi un autre sulfure rouge de mercure �galement de formule HgS : le vermillon.</p><p>La mill�rite est le sulfure naturel NiS, mais le plus important minerai sulfur� industriel de nickel est la pentlandite de l�Ontario (Ni, Fe)S, qui contient environ 22 p. 100 de nickel. Le mispic-kel est la pyrite arsenicale FeAsS isomorphe de la pyrite FeS2. Les sulfures naturels d�arsenic : le r�algar As2S2 et l�orpiment As2S3, �taient connus des Anciens. Le r�algar, l�orpiment et le cinabre �taient des pigments min�raux utilis�s d�s l�Antiquit�.</p><p>La molybd�nite MoS2 fut souvent</p><p>confondue autrefois avec la plomba-gine, et on les appelait plombs de mer ; Scheele en a montr� en 1778-79 les</p><p>caract�res distinctifs. On sait d�ailleurs aujourd�hui que ces deux substances de composition diff�rente ont des structures lamellaires tr�s analogues.</p><p>Un certain nombre de sulfures m�-</p><p>talliques peuvent ne pas �tre stoechiom�triques ; ainsi, le sulfure ferreux a toujours un exc�s de soufre correspondant � FeS1�x, et non � FeS.</p><p>Le soufre bouillant r�agit avec l�hydrog�ne pour former r�versiblement de l�hydrog�ne sulfur� :</p><p>2 H2 + S2   2 H2S.</p><p>Le soufre r�agit aussi avec des corps compos�s et manifeste des propri�t�s r�ductrices. Il r�duit l�acide sulfurique chaud, avec d�gagement de dioxyde de soufre, et l�acide nitrique ; il est un des constituants de la poudre noire (S, C, KNO3).</p><p>Le soufre r�agit sur les magn�siens : R�MgX + S 7 R�SMgX</p><p>d�o� un thiol peut �tre lib�r� par un acide dilu� :</p><p>R�SMgX + HCl 7 MgXCl + RSH,</p><p>et � cette r�action se superposent des r�actions de persulfuration ; on obtient aussi des polysulfures RS2H et des di-thio�thers RS2R.</p><p>Principaux d�riv�s</p><p>L�hydrog�ne sulfur�, gaz dont le point d��bullition est � 60 �C, s�ionise en solution dans l�eau et se comporte comme un diacide faible :</p><p>H2S   HS� + H+ ;</p><p>HS�   S� � + H+.</p><p>L�hydrog�ne sulfur� pr�sente de</p><p>nettes propri�t�s r�ductrices. Ainsi, H2S br�le avec l�oxyg�ne de l�air selon la r�action :</p><p>2 H2S + O2 7 2 S + 2 H2O,</p><p>ou 2 H2S + 3 O2 7 2 SO2 + 2 H2O.</p><p>La premi�re de ces r�actions est la</p><p>source du soufre produit � Lacq � partir d�un gaz naturel riche en hydrog�ne sulfur�.</p><p>En solution, on observe ainsi :</p><p>H2S + Cl2 7 2 HCl + S ;</p><p>H2S + H2O2 7 2 H2O + S ;</p><p>H2S + 2 FeCl3 7 2 FeCl2 + 2 HCl +</p><p>S ;</p><p>de m�me, l�hydrog�ne sulfur� r�duit les bichromates et les permanganates.</p><p>La formation de sulfures m�talliques a �t� souvent utilis�e en analyse min�-</p><p>rale et peut �tre organis�e pour donner des groupes limit�s de sulfures selon les conditions de pr�cipitation.</p><p>Le dioxyde de soufre est un gaz dont le point d��bullition est � 10 �C. Il se dissout dans l�eau en manifestant des propri�t�s de diacide assez faible et donne des s�ries de sels tels que les sulfites K2SO3, CaSO3 ou les hydrates Na2SO3, 7 H2O ; ZnSO3, 1/2 H2O.</p><p>Le dioxyde de soufre a des pro-</p><p>pri�t�s r�ductrices. Il se combine � l�oxyg�ne pour donner du trioxyde de soufre SO3. Il r�duit en milieu acide les iodates en iode, et l�iode peut m�me �tre r�duit en acide iodhydrique par un downloadModeText.vue.download 339 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10294</p><p>exc�s de dioxyde de soufre en solution dans l�eau :</p><p>2 IO3� + 5 HSO3� + 2 H+ 7 I2 + 5 HS</p><p>O4� + H2O ;</p><p>I2 + SO2 + 2 H2O 7 2 HI + H2SO4.</p><p>Les solutions acides d�un permanganate ou d�un chromate sont r�duites par les solutions d�acide sulfureux (solution de dioxyde dans l�eau) respectivement en sel manganeux et en sel chromique.</p><p>Le dioxyde de soufre peut �galement �tre r�duit, par exemple par l�hydrog�ne ou l�hydrog�ne sulfur� :</p><p>SO2 + 3 H2 7 2 H2O + H2S ; SO2 + 2 H2S 7 2 H2O + 3 S.</p><p>Le trioxyde de soufre a une mol�cule plane � l��tat gazeux et se pr�sente � la temp�rature ordinaire � l��tat solide, dont on conna�t trois formes, la pr�-</p><p>sence de traces d�eau favorisant la formation d�aiguilles constitu�es par des macromol�cules lin�aires : cette forme constitue le trioxyde &#x3B2;.</p><p>L�anhydride sulfurique est oxydant et peut provoquer des r�actions d�addition. Avec l�eau, il donne l�acide sulfurique H2SO4. Avec des oxydes basiques, il donne des sulfates : BaO + SO3 7 BaSO4.</p><p>Il s�additionne au fluorure d�hydrog�ne en donnant l�acide fluorosulfonique FSO3H et au chlorure</p><p>d�hydrog�ne en donnant l�acide chlo-rosulfonique ClSO3H (ou chlorhydrine sulfurique).</p><p>L�acide sulfurique est fabriqu� industriellement en tr�s grande quantit�.</p><p>La majeure partie provient du proc�d� dit � de contact �, qui comporte une pr�paration de trioxyde de soufre par oxydation catalytique du dioxyde, puis dissolution de ce trioxyde dans l�acide sulfurique : on obtient ainsi des ol�ums (solutions concentr�es de trioxyde de soufre). Un autre proc�d�, dit � des chambres de plomb �, fournit des solutions aqueuses d�acide sulfurique adapt�es � la fabrication des superphosphates. Ce proc�d� consiste � envoyer dans de grandes chambres de plomb un m�lange de dioxyde de soufre, d�air et d�eau pulv�ris�e en pr�sence de vapeurs nitreuses dont les gaz (SO2 et air) se sont charg�s en traversant des tours (dites � de Glover �) o� ruisselle de l�acide charg� de produits nitreux.</p><p>Les vapeurs nitreuses catalysent la formation d�acide sulfurique : SO2 + 1/2 O2 + H2O 7 H2SO4 : une partie (env. 25 p. 100) de l�acide se forme d�j� dans la tour de Glover. Le gaz traverse quelques chambres � parois de plomb (ce m�tal r�siste bien � l�acide sulfurique), puis p�n�tre dans une tour (dite � de Gay-Lussac �) o� ruisselle</p><p>un acide sulfurique assez concentr� provenant de la tour de Glover. Dans cette tour de Gay-Lussac, presque tous les produits nitreux se dissolvent dans l�acide ruisselant dans la tour et sont ainsi r�cup�r�s. L�acide des chambres titre environ de 65 � 70 p. 100 d�acide sulfurique. L�acide charg� de produits nitreux est vers� ensuite en haut de la tour de Glover, dans laquelle il abandonne les produits nitreux aux gaz chauds qui circulent � contre-courant et proviennent des fours de production du dioxyde de soufre apr�s un d�poussi�rage qui est n�cessaire si ce dioxyde est form� par grillage de pyrite ou d�un autre sulfure.</p><p>L�acide recueilli � la base de la tour de Glover est plus concentr� que l�acide qui est vers� en haut de cette tour et il est aussi plus abondant.</p><p>L�acide sulfurique � 100 p. 100 est un liquide visqueux ; on observe l�existence de plusieurs hydrates de trioxyde de soufre. L�acide sulfurique donne avec l�eau un az�otrope � 98,3 p. 100</p><p>d�acide pour une pression d�une atmosph�re et � une temp�rature de 338 �C, qui est une temp�rature maximale d��bullition.</p><p>L�acide � 100 p. 100 est faiblement ionis�, et la dissociation ionique est dans ce cas :</p><p>H2SO4   HSO3+ + OH-</p><p>ce qui explique les r�actions de sulfonation des hydrocarbures aromatiques par l�acide sulfurique tr�s concentr� ou les ol�ums.</p><p>En solution aqueuse, l�acide sulfurique est un diacide fort, et la dissociation ionique se fait nettement en deux �tapes :</p><p>H2SO4 + H2O   H3O+ + HSO4� ;</p><p>H2O + HSO4�   H3O+ + SO4� �.</p><p>L�acide sulfurique est un acide fixe et stable qui d�place de nombreux acides de leurs sels (HF, HCl par exemple).</p><p>Il est oxydant et � ce titre est r�duit � chaud par le cuivre, le soufre, le car-</p><p>bone avec d�gagement de dioxyde de soufre. Dilu� par de l�eau, il attaque certains m�taux comme le zinc ou le fer avec d�gagement d�hydrog�ne.</p><p>Il donne naissance � diff�rentes familles de sels (hydrog�nosulfates, py-rosulfates et surtout sulfates neutres).</p><p>Cet acide a une grande importance industrielle, car c�est l�acide le plus couramment utilis� pour pr�parer d�autres acides ; il sert � pr�parer les engrais dits � superphosphates � ; c�est un agent de sulfonation ; il sert de d�-</p><p>capant des m�taux. Ses sels ont aussi diverses applications importantes : le sulfate de sodium en verrerie, le sulfate de baryum comme charge dense. Un certain nombre de sulfates se trouvent � l��tat naturel, en particulier le sulfate de calcium anhydre (CaSO4, anhydrite) ou plus commun�ment hydrat� (CaSO4, 2 H2O, gypse). Le gypse perd de l�eau vers 120 � 130 �C en donnant du pl�tre de Paris, constitu� d�h�mihydrate CaSO4, 1/2 H2O. Cet h�mihydrate perd son eau � des traces pr�s entre 60 et 200 �C pour donner un sulfate anhydre qui se r�hydrate en pr�sence d�eau.</p><p>Mais, chauff� � temp�rature plus �le-v�e, ce sulfate perd sa possibilit� de r�-</p><p>hydratation rapide. Le pl�tre de Paris, en se r�hydratant avec une quantit� limit�e d�eau, produit un enchev�trement de cristaux de gypse qui constitue les enduits de pl�tre utilis�s pour le rev�tement des murs. On conna�t aussi une grande vari�t� d�autres compos�s oxyg�n�s du soufre, tels les sulfoxy-lates les thionates</p><p>les thiosulfates ainsi que les</p><p>acides peroxysulfuriques H2SO5 et H2S2O8.</p><p>Il existe aussi une tr�s grande va-ri�t� de compos�s organiques sulfur�s tels que les thiols RSH, les sulfinones les sulfones les</p><p>disulfures R�S�S�R&#x2032; et les �thers-sulfures R�S�R&#x2032;, ainsi que les compos�s cycliques, dont un, de composition particuli�rement simple, est le thioph�ne C4H4S.</p><p>H. B.</p><p>F D�sulfuration / Fuel-oil / Gas-oil / Gaz / Hydrog�nation / P�trole / Pollution / Raffinage.</p><p>M. Loeper et coll., le Soufre (Masson, 1943).</p><p>/ V. Charrin, le Soufre (Elz�vir, 1947). / P. Bap-s�res, le Soufre (A. Colin, 1966). / C. Duval, le Soufre (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1967). /</p><p>G. Nickless, Inorganic Sulfur Chemistry (Amsterdam, 1968). / A. Senning (sous la dir. de), Sulfur in Organic and Inorganic Chemistry (New York, 1971).</p><p>Le soufre et</p><p>les produits p�troliers</p><p>LE SOUFRE, SOUS-PRODUIT</p><p>DU P�TROLE ET DU GAZ NATUREL</p><p>� l��tat d�hydrog�ne sulfur� H2S, le soufre est contenu en proportion plus ou moins grande dans le gaz naturel et dans le p�-</p><p>trole brut. Ce dernier comprend �galement des mercaptans, corps form�s par la combinaison d�un hydrocarbure avec le soufre, allant du plus simple, le m�thylmercaptan H�S�CH3, � des mol�cules cycliques lourdes : thio�thers, thioph�nes. La teneur en soufre du p�trole varie de 0,5 p. 100 � 5 p. 100, les bruts les plus l�gers �tant g�-</p><p>n�ralement les moins sulfureux. Alors que le soufre �l�mentaire, loin d��tre nuisant, est utilis� en pharmacie � usage interne et externe, ses compos�s hydrocarbur�s l�gers, H2S et mercaptans, sont des corps hautement ind�sirables qu�il importe d��liminer des gaz combustibles et des carburants, sous peine de conf�rer aux produits finis une odeur, une toxicit� et une corrosi-vit� inacceptables : c�est ainsi que l�essence pour automobile ne doit pas contenir plus de 0,005 p. 100 de mercaptans. Dans ces conditions, le soufre n�cessaire � l�industrie chimique est aujourd�hui fourni en abondance et � bas prix de revient comme sous-produit de l�industrie p�troli�re.</p><p>L�EXTRACTION DU SOUFRE</p><p>L��limination des compos�s sulfureux contenus dans les produits p�troliers est une op�ration de raffinage d�autant plus n�cessaire que leur pr�sence porte atteinte � l�efficacit� des additifs antid�-</p><p>tonants et des catalyseurs de reformage des essences.</p><p>La d�sulfuration des carburants, du k�ros�ne et du gas-oil s�effectue par une</p><p>r�action d�hydrog�nation catalytique mod�r�e qui transforme les mercaptans en hydrog�ne sulfur�, lequel se retrouve dans les gaz de t�te s�par�s � la sortie du downloadModeText.vue.download 340 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10295</p><p>r�acteur. L��tape suivante consiste � extraire l�hydrog�ne sulfur� pr�sent dans les gaz de raffinerie ou dans le gaz naturel : la composition de ce dernier varie, en effet, d�un gisement � l�autre, le gaz de Gro-ningue �tant d�pourvu d�hydrog�ne sulfur� tandis que celui de Lacq en contient 15 p. 100 en volume. Le m�lange gazeux est mis en contact, dans une colonne de lavage � contre-courant, avec une solution absorbante, g�n�ralement une �thanola-mine, qui a la propri�t� de se combiner s�lectivement avec l�hydrog�ne sulfur� sans retenir les hydrocarbures : NH2CH2�CH2OH + H2S 7 CH2OH�</p><p>CH2�NH3SH.</p><p>Le compos� aminosulfur� obtenu est instable � la chaleur, si bien qu�il suffit de chauffer la solution enrichie pour le dissocier en d�gageant l�hydrog�ne sulfur� gazeux.</p><p>LA TRANSFORMATION DE</p><p>L�HYDROG�NE SULFUR� EN SOUFRE</p><p>L�hydrog�ne sulfur� est un gaz plus lourd que l�air, naus�abond et dangereusement toxique au point qu�il ne peut �tre question de le mettre � l�atmosph�re. Qu�il provienne de la d�sulfuration en raffinerie ou du traitement du gaz naturel, la solution consiste � le transformer en soufre �l�-</p><p>mentaire par le proc�d� de combustion m�nag�e d�couvert par Claus en 1883 et constitu� par deux �tapes successives.</p><p>1. L�hydrog�ne sulfur� est d�abord br�l� dans un four avec la quantit� d�air n�cessaire pour une oxydation compl�te d�un tiers :</p><p>La chaleur d�gag�e par cette r�action est r�cup�r�e en faisant passer le m�lange gazeux dans un g�n�rateur de vapeur, ce qui abaisse sa temp�rature de 1 000 � 400 �C.</p><p>2. La conversion finale s�obtient par r�action entre les produits eux-m�mes : 2 H2S + SO2 7 3 S + 2 H2O + 16 th.</p><p>Elle est provoqu�e � l�aide d�un catalyseur � la bauxite dans une s�rie de deux ou trois convertisseurs.</p><p>Le soufre, obtenu et stock� � l��tat liquide, est d�une grande puret� (99,97 p. 100) ; le rendement du proc�d� atteint 90 � 95 p. 100, chiffre qui peut �tre encore am�lior� en ajoutant une installation de conversion catalytique des gaz de queue, qui sont des fum�es contenant 1</p><p>� 2 p. 100 de compos�s sulfur�s polluants.</p><p>LE SOUFRE ET</p><p>LA POLLUTION ATMOSPH�RIQUE</p><p>L�utilisation des combustibles fossiles, charbon, fuel-oil domestique ou mazout lourd, disperse dans l�atmosph�re sous forme d�anhydride sulfureux SO2 et d�anhydride sulfurique SO3 le soufre et les compos�s sulfur�s qu�ils contiennent � l��tat naturel.</p><p>En r�alit�, les fum�es �mises par les chemin�es des fours et des chaudi�res contiennent des corps beaucoup plus nocifs que les oxydes de soufre, mais il est commode de prendre l�anhydride sulfureux comme crit�re de nuisance, car il est facile de mesurer sa concentration dans l�air, ce qui permet d�identifier les retomb�es et, suivant la direction du vent, de retrouver leur provenance. La lutte contre la pollution atmosph�rique a conduit depuis quelques ann�es, et notamment aux �tats-Unis, � limiter tr�s strictement les tonnages de soufre mis � l�atmosph�re et, par voie de cons�quence, la teneur en soufre des combustibles br�l�s. La conversion des chaudi�res � charbon et � mazout sur le gaz naturel et le k�ros�ne (p�trole lampant), combustibles dits � propres �</p><p>parce que non sulfureux, s�en est trouv�e acc�l�r�e au point de provoquer en 1973</p><p>une p�nurie de ces produits. Au Japon et en Europe, on s�int�resse de plus en plus aux proc�d�s de d�sulfuration directe des r�sidus lourds de raffinage pour obtenir du fuel-oil � basse teneur en soufre (B. T. S.) permettant de satisfaire la l�gislation contre les nuisances atmosph�riques.</p><p>A.-H. S.</p><p>Soulages (Pierre) Peintre fran�ais (Rodez 1919).</p><p>De son Rouergue natal, il a retenu</p><p>� les grands plateaux d�serts, les arbres d�nud�s �, mais aussi et surtout les pierres grav�es celtiques du mus�e Fenaille de Rodez, la p�nombre ray�e de lumi�re de l�abbatiale Sainte-Foy de Conques. � dix-huit ans, il d�couvre � Paris les peintures du Louvre (notamment la Bataille d�Uccello) en m�me temps que l�art moderne de C�zanne � Picasso.</p><p>De l�art contemporain, il apprendra la libert� de l�abstraction et la force du geste, mais, m�me s�il rencontre en 1957 aux �tats-Unis les peintres de l�action painting, puis en 1958 au Japon des calligraphes, � non seulement il ne partage en rien leur d�votion, leur superstition, d�un acte dont la rapidit� est cause et gage de l�int�r�t �, mais il n�avance jamais � que d�un pas � la fois, en prenant appui sur ce qu�il vient de faire pour accomplir ce qu�il va faire � et en comptant � tout � la fois sur l�instinct et sur la science d�une technique bien poss�d�e � (Bernard Dorival, catalogue de la r�trospective Soulages au mus�e national d�Art moderne, Paris, 1967). Lorsqu�il d�cide de se consacrer enti�rement � la peinture, en 1946, il s�attache � explorer, dans des toiles abstraites aux traces noires ou brunes sur fond blanc, � les relations entre les formes, les couleurs, le fond, les mati�res � comment tout cela se met � vivre, � cr�er l�espace, la lumi�re � hors des r�f�rences � un mod�le �. C�est cette conception du travail pictural qui assure la coh�-</p><p>rence de ses tableaux et l�unit� de son oeuvre, de m�me que c�est la recherche de l�expression la plus forte qui guide ses choix techniques : une palette r�-</p><p>duite o� le noir, privil�gi�, trouve son intensit� et sa violence dans ses rapports au blanc ou aux rares couleurs.</p><p>Cette coh�rence et cette unit�, on les retrouve dans les diff�rentes phases de son �volution.</p><p>D�s 1947, Soulages d�nie tout</p><p>� caract�re anecdotique et expressionniste �, toute � dur�e � � la ligne, au profit d�un signe dynamique � appr�-</p><p>hender d�un seul coup (Peinture, 1948-1, mus�e national d�Art moderne).</p><p>� partir de 1950, abordant les effets de clair-obscur (Peinture, 26 d�cembre 1955, Hamburger Kunsthalle, Hambourg), il accentue, par des coups de brosse r�p�t�s et juxtapos�s, sa recherche du rythme (Peinture, 16 d�-</p><p>cembre 1959, mus�e d�Art moderne de la Ville de Paris).</p><p>En 1959, il entame une s�rie de toiles o�, apr�s avoir �tal� plusieurs couches d�emp�tements, il fait appara�tre par raclage les couches inf�rieures et d�gage, en balafres crois�es, des zones parfois rouges, bleues, brunes ou vertes.</p><p>� partir de 1963, les contrastes d�ombre et de lumi�res se font moins dramatiques et plus essentiellement picturaux. Les grandes compositions noires et massives (Peinture, 5 f�vrier 1964, mus�e d�Art contemporain,</p><p>Montr�al) sont parfois illumin�es, vers la fin des ann�es 60, par des lueurs nuanc�es ou, au contraire, fulgurantes (Peinture, 14 mai 1968, centre national d�Art contemporain, Paris).</p><p>Depuis 1970, poursuivant la m�me d�marche, le peintre a encore clarifi� ses compositions : grands signes rythmiques noirs, masses verticales noires sur fond brun, noires ou bleues sur fond blanc gagnent en force et en aust�rit�. Mais toujours demeurent, dans les peintures comme dans les lithographies, les eaux-fortes ou les cartons de tapisseries, la m�me atmosph�re p�n�-</p><p>trante et myst�rieuse, la m�me monumentalit�, la m�me dialectique de la spontan�it� et de la construction.</p><p>� l��quilibre et � la sobri�t�, au go�t de l�unit� et au besoin de r�serve, qui appellent la notion de � classicisme �, r�pond chez Soulages la modernit� de son intense d�sir de peindre, comme de son besoin d�apprendre, au fur et � mesure de l�oeuvre, ce qu�il cherche.</p><p>F. D.</p><p>H. Juin, Soulages (Falaize et G. Fall, 1957). /</p><p>J. J. Sweeney, Soulages (Ides et Calendes, Neuch�tel, 1972). / Soulages, Eaux-Fortes, lithographies, 1952-1973 (Yves Rivi�re, 1974).</p><p>source</p><p>F EAU.</p><p>sous-</p><p>d�veloppement</p><p>F D�VELOPPEMENT �CONOMIQUE.</p><p>sous-marin</p><p>B�timent de guerre con�u pour naviguer et combattre en plong�e.</p><p>Les anc�tres</p><p>du sous-marin</p><p>La premi�re manifestation connue d�un b�timent capable de se mouvoir sous l�eau remonte � 1624. � cette date, Cornelis Drebbel (1572-1633) fait plonger dans la Tamise un bateau muni d�un r�g�n�rateur d�air et propuls� par douze avirons. Les Anglais envisagent alors d�envoyer � La Rochelle deux bateaux similaires pour placer des p�tards sous la digue qui fermait le port.</p><p>� la m�me �poque, le p�re Mer-</p><p>senne* (1588-1648) s�int�resse � la navigation sous-marine et imagine une coque m�tallique arm�e d�un</p><p>canon tirant sous l�eau. Un autre Fran-</p><p>�ais, De Son, fait construire en 1653</p><p>� Rotterdam un sous-marin propuls� par une roue � aube actionn�e � bras de l�int�rieur. L�engin de l�Am�ricain David Bushnell (1742-1824), la Tortue, aura le m�rite de tenter la premi�re attaque sous-marine de l�histoire en 1776 contre l�Eagle, vaisseau anglais mouill� devant New York.</p><p>La Tortue se mouvait tr�s lentement gr�ce � une h�lice � vis, poss�dait des ballasts, deux pompes pour refouler l�eau de mer, un r�g�n�rateur d�air et un r�gulateur de plong�e. Elle �tait munie d�un lest mobile, et son pilote pouvait fixer une mine sous la car�ne d�un vaisseau. Bushnell avait r�solu exp�rimentalement les principaux probl�mes pos�s par la navigation sous la mer, mais la technologie rudimentaire de son �poque ne permettait pas d�obtenir une valeur suffisante du mat�riel.</p><p>downloadModeText.vue.download 341 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10296</p><p>Du � Nautilus �</p><p>de Fulton</p><p>au � Plongeur �</p><p>de Bourgeois</p><p>Avec le Nautilus, le sous-marin aborde une p�riode pr�industrielle, car son cr�ateur, Robert Fulton (1765-1815), est d�abord un ing�nieur doubl� d�un homme d�affaires. En 1797, ce dernier propose au Directoire de construire des sous-marins pour d�truire les vaisseaux anglais. Son projet, d�abord accept�, est rejet�. Enfin, patronn� par des savants (Monge) et des industriels, Fulton obtient que les plans du Nautilus soient r�alis�s au Havre. Il a connu Bushnell et s�est inspir� de son oeuvre. Il a invent� le gouvernail horizontal de plong�e, et le d�me sph�rique garni de hublots annonce le kiosque.</p><p>Servi par trois hommes, le Nautilus est arm� d�une mine qui peut �tre pos�e au contact de la coque d�un vaisseau.</p><p>Bonaparte accorde l�autorisation de construction, et les exp�riences commencent dans la Seine � Paris, o� le Nautilus plonge 45 minutes, et continuent au Havre, puis le long du Coten-tin. En 1802, la paix d�Amiens met un terme � ces essais, et Fulton part pour l�Angleterre, o� son projet n�est pas adopt�.</p><p>On attendra 1860 pour qu�une nouvelle exp�rience soit tent�e en France avec la mise en chantier du Plongeur du commandant Pierre Joseph Bourgeois (1769-1851), dont le plan est de Charles-Marie Brun (1821-1897).</p><p>Il s�agit d�un b�timent en fer de 44 m de long, d�pla�ant 420 t et dot� d�un appareil moteur fonctionnant � l�air comprim� d�un type enti�rement nouveau. Le Plongeur a la forme d�un cigare de 2 m de diam�tre, muni d�une h�lice � quatre pales. Sa coque est divis�e int�rieurement en quatre compartiments par des cloisons �tanches. Elle comprend des ballasts et des caisses de r�glage d�o� l�on peut chasser l�eau gr�ce � l�air comprim�, qui assure la propulsion. La machine de 80 ch � 4 cylindres occupe un espace de 3 m de long sur 1 m de large, et l��chappement se fait � l�int�rieur, ce qui fournit de</p><p>l�air frais et cr�e une surpression qui emp�che toute rentr�e d�eau. Le b�timent plonge en admettant 33 t d�eau dans ses ballasts jusqu�� un maximum de 12 m pour que la contre-pression ne diminue pas trop la puissance du moteur. Dans le compartiment central sont group�s les instruments de navigation : manom�tre, deux compas magn�-</p><p>tiques, pendule d�assiette, inclinom�tre ainsi qu�un r�seau de porte-voix. Apr�s avoir song� � l��clairage �lectrique par piles, on adopte des fanaux � bougies.</p><p>Le Plongeur commence ses essais en 1863 dans les bassins de Rochefort, puis en 1864 � la mer. C�est un succ�s ; la vitesse atteint 4 noeuds, et le rayon d�action 7,5 milles marins � 2,4 noeuds, soit 3 heures de plong�e. La s�curit� est tr�s bien assur�e, mais l��vacuation de l�air du moteur a l�inconv�nient de signaler par des bulles la pr�sence du sous-marin en plong�e. Enfin, la tenue de l�immersion demeure m�diocre</p><p>par suite de l�insuffisance des barres de plong�e. Les ballasts, d�pourvus de purge, conservent des poches d�air g�nantes ; le Plongeur, qui consomme 12 t d�air, s�all�ge r�guli�rement, et il faut compenser en permanence, ce qui inspire � l�ing�nieur Henri Dupuy de L�me (1816-1885) la certitude que le sous-marin ne sera vraiment possible que du jour o� l�on disposera d�un moteur de poids invariable au cours de son fonctionnement. Il faudra attendre pour cela la dynamo Gramme. Les essais du Plongeur, qui sera d�sarm� en 1867, permettront la mise au point des dispositifs indispensables � la r�alisation d�un vrai sous-marin.</p><p>La mise au point</p><p>du sous-marin :</p><p>le � Gymnote � (1888)</p><p>Vers 1885, on �prouve en France un grand engouement pour les petits b�timents de guerre arm�s de torpilles, et il appara�t que le sous-marin pourrait utilement employer de telles armes.</p><p>L�amiral Hyacinthe Th�ophile Aube (1826-1890), ministre de la Marine, acquis aux id�es nouvelles, commande le Goubet et fait mettre sur cale le Gymnote. Du nom de son cr�ateur Claude D�sir� Goubet (1838-1903), le premier, inspir� des engins de l�ing�nieur polonais Stefan Drzewiecki (1844-1938),</p><p>est un tr�s petit b�timent de 5,60 m de long et de 1,50 m de large, o� deux hommes prennent place. Sa coque, en bronze coul�, est en forme de cigare, et le sous-marin est arm� de mines lar-gables sous un navire. Sa propulsion, assur�e par un moteur �lectrique de 1 ch, aliment� par 60 piles, lui permet d�atteindre 4 noeuds pendant 8 heures.</p><p>Les essais du Goubet, satisfaisants au bassin, furent insuffisants � la mer, car le sous-marin n�avait aucune stabilit� de route.</p><p>D�s 1888, cependant, commenc�rent ceux du Gymnote, le premier sous-marin au monde qui r�ussit � naviguer correctement en plong�e � immersion constante et suivant une route pr�-</p><p>cise. Les plans avaient �t� trac�s par Gustave Z�d� (1825-1891) suivant les id�es de Dupuy de L�me, le cr�ateur du cuirass�*, et l�amiral Aube avait d�cid� la mise en chantier en novembre 1886. L�ing�nieur Gaston Romazotti (1855-1915) fut charg� du projet, et le commandant Krebs de la propulsion �lectrique. Le Gymnote a la forme d�un petit dirigeable ; sa coque, en acier, calcul�e pour une immersion de 75 m, mesure 17,20 m de long et 1,80 m de diam�tre. Son moteur �lectrique, de 51 ch, est aliment� par 540 accumulateurs, d�un poids de 9,5 t � liquide basique pour �viter les corrosions de m�tal. Il suffit, pour plonger, d�introduire 1 400 litres d�eau. Apr�s des essais pleinement satisfaisants, poursuivis jusqu�en 1890, le Gymnote est arm� en personnel, et le lieutenant de vaisseau Pierre Darrieus (1859-1931), qui en re�oit le commandement, fera faire � la navigation sous-marine des progr�s extraordinaires. Tout d�abord, il fait mettre au point le p�riscope n�cessaire � la navigation en plong�e, qui, en 1900, aboutit � l�appareil tr�s remarquable de l�ing�nieur Jules Carpentier (1851-1921). Il pousse �galement � la r�alisation pratique du kiosque, indispensable � la navigation en surface et o� se tient le commandant. C�est encore � Darrieus qu�en 1893 la bonne tenue du b�timent en immersion doit sa solution : au gouvernail horizontal plac� � l�arri�re s�ajouteront une paire de barres horizontales plac�es au centre, puis une autre � l�avant pour faciliter la prise de plong�e et la tenue</p><p>d�une immersion constante. Le moteur �lectrique Krebs est remplac� par un Sautter-Harl� de 90 ch, et, � la suite des travaux de Darrieus, on a adopt� une batterie d�accumulateurs au plomb qui tiennent mieux la charge. En 1898, le Gymnote est arm� de deux torpilles support�es par des appareils � griffes ext�rieurs � la coque. D�sormais, apte au combat, il ne dispara�tra des contr�les de la flotte active qu�en 1907.</p><p>Les r�alisations</p><p>�trang�res</p><p>L�ing�nieur su�dois Thorsten Norden-felt (1842-1920) construit plusieurs sous-marins, qu�il livre aux �tats-Unis, � la Gr�ce et � la Russie : ces b�timents naviguent exclusivement � la vapeur, qui, en plong�e, est accumul�e dans des r�servoirs et alimente la machine.</p><p>Le syst�me pr�sente l�inconv�nient d�entretenir en plong�e une temp�rature sup�rieure � 50 �C. Instable en immersion, ce type de sous-marin sera rapidement abandonn�.</p><p>Les �tats-Unis se sont beaucoup</p><p>int�ress�s � la navigation sous-marine.</p><p>Pendant la guerre de S�cession, les essais des � Davids �, canots submersibles �quip�s de torpilles, aboutissent � la r�alisation du Hunley, v�ritable sous-marin de 10 m de long, propuls� � bras par un �quipage de neuf hommes et qui dispara�tra en 1864, apr�s avoir coul� la fr�gate nordiste Housatonic.</p><p>En 1883 na�t la Holland Torpedo Boat Company, dirig�e par John Philip Holland (v. 1841-1914), dont le nom reste li� � l�histoire des sous-marins. En 1887 est lanc� � Cadix le Peral, premier sous-marin � marche enti�rement �lectrique, qui est abandonn�, car il tient mal la plong�e. En 1890-91, on r�alise en Italie le Delfino (95 t), dont les essais, pourtant satisfaisants, ne seront pas poursuivis. En Angleterre, la Royal Navy refuse de s�int�resser � cette question en d�pit des essais de trois petits sous-marins, les Campbell, Ash et Waddington, en 1886.</p><p>Les sous-marins</p><p>en bronze :</p><p>le � Gustave-Z�d� �</p><p>(1893)</p><p>Apr�s les essais du Gymnote, on estime, en France, que les probl�mes fondamentaux sont r�solus. Romazotti pr�sente alors un projet de sous-marin qui, adopt� en 1890, portera le nom de Sir�ne, bient�t chang� en celui de Gustave-Z�d�. Long de 48 m, d�un diam�tre de 3,20 m, ce sous-marin d�place 266 t, et un moteur de 750 ch doit lui permettre de marcher � 15 noeuds, qu�il n�atteindra jamais. Sa coque est en bronze, m�tal plus souple que l�acier et devant mieux r�sister en plong�e.</p><p>Les essais commencent en 1894, mais la tenue en plong�e est m�diocre, et il faut ajouter une paire de barres centrales et une barre avant. Le Gustave-Z�d� navigue alors parfaitement et plonge plus de deux mille fois sans incident. En 1897, il est arm� d�un tube lance-torpilles int�rieur fixe et ex�cute en 1898 une s�rie de lancements r�ussis contre un cuirass� au mouillage.</p><p>En 1901, le pr�sident Loubet plonge � bord du Z�d� avec le ministre Delcass� en rade de Toulon, ce qui vaut une bonne publicit� au b�timent. Au cours des grandes manoeuvres navales de juillet, le Z�d�, ayant �t� remorqu� vers Ajaccio, o� est mouill�e l�escadre, parvient � placer une torpille sur le cuirass� Charles-Martel qui appareillait.</p><p>Cette attaque r�ussie a un retentisse-downloadModeText.vue.download 342 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10297</p><p>ment dans le monde entier et constitue la premi�re alerte � la menace sous-marine.</p><p>Un autre projet, remani� par Romazotti et Darrieus, aboutit en 1897-98</p><p>� un sous-marin de 143 t, le Morse, dont le moteur, de 360 ch, doit permettre une vitesse de 12 noeuds. Les essais s�effectuent en 1900 : malgr� quelques innovations, la vitesse (environ 7 noeuds en surface) reste faible, et le rayon d�action (90 milles) est insuffisant. Le sous-marin �lectrique ne peut pas s��loigner de sa base et se trouve, de ce fait, r�duit � la d�fense imm�diate des ports. L�ing�nieur Maugas fait ensuite construire � Rochefort quatre sous-marins de 184 t du type Farfadet, comportant un compartimen-</p><p>tage interne pour augmenter la s�curit� en plong�e et �quip� d�une h�lice � pas variable permettant au moteur de tourner � une allure constante. L�histoire du sous-marin va conna�tre ses premi�res trag�dies : en 1905, le Farfadet dispara�t en rade de Bizerte, et, en 1906, c�est le tour du Lutin.</p><p>Un nouveau</p><p>type de b�timent,</p><p>le submersible</p><p>de Laubeuf</p><p>En 1895, le commandant Marie Joseph Baudry-Lacantinerie (1849-1913) publie une �tude sur les torpilleurs submersibles, qui doivent �tre capables de naviguer correctement en surface, de r�duire leur flottabilit� en se rendant presque invisibles, de plonger instantan�ment et, se tenant � 2 m de profondeur, d�attaquer l�adversaire � la torpille. En 1896, un concours est ouvert pour l��tude d�un tel b�timent ; quatre caract�ristiques sont impos�es : vitesse de 12 noeuds, rayon d�action total de 100 milles � 8 noeuds, dont 10 milles sous l�eau, deux torpilles, d�placement maximal de 200 t. Six projets sont pr�sent�s et le conseil des travaux, pr�sid� par l�amiral Alfred Albert Gervais (1837-1921), adopte en 1897 les plans de l�ing�nieur Maxime Laubeuf (1864-1939). Ce dernier, qui n�a jamais encore vu de sous-marin, s�inspire du principe suivant : le sous-marin ne sera pas constamment en plong�e, mais, pour accomplir des missions lointaines, il devra pouvoir naviguer en surface, en tenant la mer aussi bien que les torpilleurs et avec la m�me autonomie. Mis en chantier en 1898, le submersible re�oit le nom de Narval.</p><p>Laubeuf a imagin� de le doter d�une double coque : la premi�re, ext�rieure pour la navigation de surface, est en gros celle d�un torpilleur ; la seconde, int�rieure et inspir�e de celle des pr�-</p><p>c�dents sous-marins, est construite pour r�sister � la pression de l�eau en plong�e. Entre les deux sont log�s les ballasts. Les sous-marins pr�c�dents, aux formes cylindriques, � tr�s faible flottabilit�, se trouvaient �tre de tr�s m�diocres b�timents de mer : il leur aurait fallu un plus grand volume de coque �merg�. Avec la double coque, Laubeuf r�solut du m�me coup le pro-</p><p>bl�me des water-ballasts. En effet, comme la flottabilit� du Narval est de 42 p. 100 et le tonnage de 200 t, il faut introduire 95 t d�eau environ pour la plong�e, ce qui pose un probl�me de dur�e de remplissage. Laubeuf a fix� � 20 minutes le temps n�cessaire � la prise de plong�e, ce qui �tait raisonnable, car il faut �teindre les feux de la chaudi�re, obturer tous les panneaux, d�brayer la machine � vapeur et mettre en route le moteur �lectrique. En fait, le temps de plong�e du Narval sera ramen� � 12 minutes, et, pour ses successeurs, on arrivera � 5 minutes et m�me en dessous pour le retour en surface.</p><p>Le Narval commence ses essais en 1899 et a, d�s le d�but, une tenue de navigation parfaite en plong�e gr�ce � ses caisses d�assiette et de r�glage ainsi qu�� ses deux paires de gouvernail de profondeur, plac�es, l�une � l�avant, l�autre � l�arri�re. Contrairement au Gymnote et au Gustave-Z�d�, le Narval est �quip� d�un double appareil moteur : pour la surface, une machine � vapeur, inspir�e de celle des torpilleurs, avec une chaudi�re tubulaire chauffant au p�trole ; en plong�e, deux moteurs �lectriques donnant au total 86 ch aliment�s par 158 accumulateurs Fulmen (il faut plus de 7 heures pour les recharger). Sur la ligne d�arbre, une h�lice � trois pales de 1,20 m de diam�tre tourne � 450 tr/mn. En surface, le rayon d�action atteint 600 milles � vitesse �conomique ; en plong�e, le Narval peut parcourir 70 milles � 5 noeuds.</p><p>Le kiosque, s��levant � 2,20 m au-dessus du pont, permet de naviguer en demi-plong�e pour pouvoir dispara�tre rapidement sous l�eau. Le Narval est arm� de quatre torpilles de 450 mm en tubes carcasse type Drzewiecki, qui ne peuvent �tre lanc�es qu�en plong�e.</p><p>L�inconv�nient de ce syst�me est de faire s�journer la torpille dans l�eau de mer, qui d�t�riore ses m�canismes d�licats. Les essais du Narval (1899-1900) sont une r�ussite totale : marchant 10 noeuds en surface et 5 noeuds en plong�e, le submersible se rend par mauvais temps de Cherbourg � Brest et tient parfaitement la mer. � cette �poque, Holland exp�rimente aux</p><p>�tats-Unis le Plunger et le Holland IX, propuls�s en surface par des moteurs � essence, dont la faible puissance li-</p><p>mite grandement l�int�r�t. Les Anglais commandent 5 sous-marins du type Holland, mais aucun d�eux ne donne satisfaction. De l�avis de tous les sp�-</p><p>cialistes de l��poque, le Narval est de loin en avance sur tous ses concurrents.</p><p>Pour les petits tonnages, le sous-marin � coque unique conserve quelques avantages sur le submersible � double coque, permettant notamment des installations int�rieures plus spacieuses.</p><p>Toutefois, le Narval sera le premier v�ritable sous-marin de combat.</p><p>Les successeurs</p><p>du � Narval �</p><p>On pouvait croire que l�on allait concentrer les efforts des ing�nieurs sur ce type de submersible. Il n�en sera rien. En 1902, Laubeuf construit l�Aigrette, de 178 t en surface et de 253 t en plong�e. �quip� d�un moteur Diesel � importante innovation �, ce b�timent, avec un rayon d�action de 1 300 milles � 8 noeuds, repr�sente la formule du sous-marin classique, qui restera valable jusqu�� l�apparition du r�acteur atomique du Nautilus en 1954. Mais, imbu des id�es de la jeune �cole, le ministre C. Pelletan, donnant sa faveur aux bateaux de tr�s faible tonnage, suspend la construction des submersibles pour revenir aux petits sous-marins. Cela vaudra � la marine fran�aise la floraison d�une trentaine de toutes petites unit�s (type Na�ade, de 68 t) de valeur militaire tr�s m�diocre.</p><p>En 1904, il faut se d�cider entre les diff�rents types existants : on proc�de � des essais comparatifs entre le Z, sous-marin de Maugas, et l�Aigrette, le submersible de Laubeuf, dont la sup�riorit� est nettement d�montr�e. La cause est enfin entendue, et l�on poursuit la construction des submersibles avec deux s�ries de 18 unit�s (type Pluvi�se, Papin et Monge, de 450 t). D�sormais, le submersible, dont l�appellation sera tr�s souvent confondue avec celle du sous-marin, va grandir en dimensions et en tonnage. On voit entrer en service l�Archim�de, de 580 t en surface et de 800 t en plong�e, mais, de fa�on inexplicable, la marine construit encore le Mariotte, sous-marin � coque unique, et le Charles-Brun, b�timent � chaudi�re accumulatrice de chaleur, avant de se tourner d�finitivement vers la solution du moteur Diesel pour la</p><p>surface et du moteur �lectrique pour la plong�e.</p><p>Pr�visions d�emploi</p><p>des sous-marins</p><p>� la veille de la Premi�re Guerre mondiale, les discussions d��coles attribuent aux sous-marins la possibilit� de remplir un certain nombre de missions :</p><p>� attaque de l�adversaire en haute mer ;</p><p>� protection des c�tes amies ;</p><p>� barrage d�un d�troit ou d�un passage resserr� ;</p><p>� action sur les c�tes et les ports adverses ;</p><p>� intervention dans les combats</p><p>d�escadre.</p><p>Les performances des sous-marins fran�ais ne permettent pas � ceux-ci de remplir toutes ces missions par suite de leur manque d�endurance � la mer. Dans la marine britannique, au contraire, le d�veloppement de l�arme sous-marine s�est fait avec plus de continuit�, ce qui a �vit� des �chantillons multiples. Les sous-marins des s�ries � D � (500 t) et</p><p>� E � (650 t), �quip�s de moteur Diesel robuste, donneront satisfaction pendant toute la Premi�re Guerre mondiale.</p><p>Quant aux Allemands, ils ne mettent en chantier leur premier � U-Boot �</p><p>qu�en 1905. Ils ne semblent, d�abord, pas beaucoup s�int�resser � la nouvelle arme, puisqu�en 1908 ils n�ont que 4 sous-marins contre 60 � la France et 68 � l�Angleterre ; les premiers sous-marins allemands � moteur Diesel (du</p><p>� U-19 � au � U-22 �) n�entreront en service qu�en 1913.</p><p>L�arme sous-marine</p><p>entre les deux guerres</p><p>y En France, la flotte sous-marine de 1918-19 est � bout de bord. D�s le retour de la paix, l��tat-major propose une s�rie d�am�liorations exp�riment�es sur 17 unit�s jusqu�en 1924. La commission d��tude des sous-marins �labore par ailleurs les caract�ris-</p><p>tiques des futurs b�timents en s�inspirant des meilleurs mod�les allemands de 1918. Ces progr�s, toutefois, ne porteront que sur des d�tails : la puissance et le tonnage des sous-marins vont croissant, mais leurs organes principaux ne subissent pas de modifications importantes. Les sous-marins de l��poque 1920-1939 ne sont que des extrapolations de ceux de la Premi�re Guerre mondiale et d�rivent plus ou moins du type imagin� par Laubeuf. C�est l�ing�nieur g�n�ral downloadModeText.vue.download 343 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10298</p><p>L�on Roquebert qui peut �tre consid�r� comme le p�re de cette flotte sous-marine. Apr�s les � Requins �</p><p>(1 000 t) et les � Sir�nes � (600 t), il con�oit les � Pascal � de la s�rie des 1 500 t et enfin donne le jour � la plus audacieuse r�alisation technique de l��poque, le Surcouf, de 2 900 t en surface et de 4 300 t en plong�e. Ce sous-marin g�ant pour son temps est arm� de deux canons de 203 mm et peut mettre en oeuvre un petit hydra-vion stock� dans un hangar �tanche.</p><p>Ce mod�le exceptionnel ne devait pas �tre reproduit en raison des difficult�s de son emploi. Entr� en service en 1932, le Surcouf dispara�tra dix ans plus tard dans la mer des Cara�bes au cours d�une collision accidentelle.</p><p>y En Grande-Bretagne, on aurait</p><p>d�sir� la suppression du sous-marin, dont la flotte britannique avait tant souffert, et les Britanniques ont insist� vainement dans ce sens lors des discussions du trait� naval de Washington en 1922. Entre les deux guerres, la Royal Navy ne construit finalement qu�une quarantaine de sous-marins, en se contentant de standardiser les �quipements. En 1939, une quinzaine d�unit�s est sur cale.</p><p>y Les Allemands, qui ont d� livrer tous leurs � U-Boot � en 1919 et n�ont plus le droit d�en construire, obtiennent, apr�s l�av�nement de Hitler, que la question soit reconsid�r�e. Par l�accord du 18 juin 1935, Londres, sans consulter Paris, leur accorde</p><p>la parit� sous-marine avec la Royal Navy, si bien qu�au 1er janvier 1939</p><p>la marine allemande poss�de 71 sous-marins en service ou en construction, dont 24 de 500 t.</p><p>y L�Italie a fait un �norme effort, et, en 1939, sa marine aligne 119 sous-marins, repr�sentant plus de 90 000 t.</p><p>La marine sovi�tique poss�de au</p><p>m�me moment de 130 � 150 unit�s</p><p>de faible tonnage, qui ne se manifes-teront gu�re de 1941 � 1945. Quant � la marine am�ricaine, elle compte 112 sous-marins en 1939, mais pr�-</p><p>pare un programme d�une ampleur</p><p>sans pr�c�dent, tandis que le Japon semble ne pas avoir d�pass� les</p><p>70 unit�s.</p><p>Les performances de tous ces b�timents sont similaires : le tonnage varie de 600 t (type c�tier) � 1 500 ou 2 000 t (type oc�anique). Ces sous-marins donnent de 18 � 20 noeuds en surface et 10 noeuds en plong�e. Leurs rayons d�action sont faibles en plong�e (environ 20 heures � 4 noeuds) ; ils d�passent 6 000 milles marins en surface. Arm�s de 4 � 12 tubes lance-torpilles, les sous-marins ont des �quipages de 30</p><p>� 60 hommes compos�s de sp�cialistes volontaires et d�un tr�s bon niveau professionnel. Les accidents sont rares, et l�on signale comme des faits exceptionnels les disparitions, en 1939, du Ph�nix fran�ais, de la Thetis anglaise et du Squalus am�ricain. Les souvenirs de la guerre sous-marine se sont estomp�s, les moyens d��coute sont encore rudimentaires, et l�on imagine mal les ravages que les � U-Boot � exer-ceront de nouveau dans le conflit qui s�annonce.</p><p>La guerre sous-marine</p><p>dans les deux conflits</p><p>mondiaux</p><p>1914-1918</p><p>En 1914, l�Allemagne ne compte que 25</p><p>� U-Boot � et, comme ses partenaires, ignore � peu pr�s tout de leur emploi dans la guerre navale. Ce sont les exploits de leurs �quipages (d�s le 22 septembre, l�� U-9 � coule en une heure 3 croiseurs anglais) qui feront d�couvrir � l�amiraut�</p><p>de Berlin le parti qu�on pouvait tirer du sous-marin, notamment pour r�pondre au blocus naval mis en place par les Alli�s.</p><p>C�est de cette fa�on tr�s empirique que na�t, au d�but de 1915, la guerre sous-marine contre le trafic commercial alli�. Pour ne pas trop heurter l�opinion mondiale, l�action des sous-mariniers, est tr�s vite frein�e : il faut faire �vacuer les �quipages des cargos avant de les couler. L�irritation am�ricaine, apr�s le torpillage du Lusitania par l�� U-20 � en mai 1915, amena les Allemands � limiter en 1916 l�action de leurs sous-marins. Quand, en janvier 1917, le Reich d�clare la guerre sous-marine sans restriction, dont il esp�re la d�cision du conflit, il est trop tard. Apr�s des pertes terribles, les Alli�s ont mis au point le syst�me des convois groupant de 30 � 50 navires de commerce, �clair�s et prot�g�s par des destroyers et des patrouilleurs ; ce syst�me fait baisser le nombre des navires coul�s de 5,45 p. 100 en juin 1917 � 1,21 p. 100 en mai 1918 et permet le transport sans perte de l�arm�e am�ricaine en Europe. � la fin d�une guerre o� les sous-marins allemands auront coul� 11,750 millions de tonneaux de navires marchands aux Alli�s, ces derniers emploient dans la lutte anti-sous-marine 4 200 patrouilleurs et 2 000 avions contre la cinquantaine d�� U-Boot � qui tiennent encore la mer.</p><p>Sur le plan technique, les prototypes encore h�sitants de 1914 se sont perfectionn�s ; les moteurs Diesel atteignent 1 200 ch en 1916, 1 750 ch en 1918, et le rayon d�action passe de 1 600 milles � 5 noeuds � 2 500 milles � 8 noeuds. � c�t� des petits sous-marins c�tiers (ou � UB �) et mouilleurs de mines (� UC �) apparaissent en 1916-1918 dans la marine allemande les sous-marins de croisi�re de 725 � 880 t et les croiseurs sous-marins de 1 200 � 1 900 t (� U-139 � � � U-141 �), qui, en marchant � 7 noeuds en surface, peuvent franchir 10 000 milles.</p><p>1939-1945</p><p>En 1939, la France poss�de 76 sous-marins, la Grande-Bretagne 58, les �tats-Unis 87 et l�Allemagne 43. Durant la Seconde Guerre mondiale, la guerre sous-marine ressemblera beaucoup � celle de 1914-1918 et sera, de la m�me fa�on et pour les m�mes objectifs, conduite par l�amiraut� allemande, qui, jusqu�en 1945, construira 1 098 sous-marins, dont 781 seront mis</p><p>hors de combat. Au d�but du conflit, tandis que Britanniques et Fran�ais organisent des convois analogues � ceux de 1918, les sous-mariniers allemands re�oivent de leur chef, l�amiral D�nitz*, des consignes humanitaires tr�s strictes pour ne pas indisposer les pays neutres. Apr�s l�entr�e en guerre des �tats-Unis (d�c. 1941), D�nitz m�nera la lutte avec acharnement, sp�-</p><p>cialement dans l�Atlantique en levant peu � peu toutes les interdictions impos�es aux commandants d�� U-Boot �. Contre les convois, l�amiraut� allemande met au point la tactique des meutes : d�s qu�un</p><p>� U-Boot � rencontre un convoi, il le suit sans l�attaquer, mais en alertant tous les sous-marins allemands du secteur. Tous r�unis, ils attaquent en surface, de nuit, puis se d�robent en plong�e.</p><p>Sur le plan technique, cette lutte sera marqu�e par plusieurs innovations. Du c�t� alli�, la plus importante est la mise en service en 1940 de l�� ASDIC � (Allied Submarine Detection Investigation Com-mittee), appareil britannique de d�tection par ultrason permettant aux b�timents de surface de rep�rer des sous-marins en plong�e. Concurremment avec les radars �quipant les avions � long rayon d�action du Costal Command, l�� ASDIC �, anc�tre du sonar, rendra la vie tr�s difficile aux sous-marins allemands. D�autre part, � partir de 1943, ces derniers seront �quip�s du schnorchel, tube r�tractable de 8 � 10 m de long, mont� sur le kiosque et groupant un conduit d�aspiration d�air frais ainsi qu�un conduit d��chappement des moteurs Diesel. Cet �quipement permettra aux � U-Boot � de vivre en plong�e p�riscopique et, en laissant seule �merger la t�te du schnorchel, de faire route sans �tre vu avec leur diesel. Naviguant sous l�eau, le sous-marin voit toutefois sa vitesse tomber de 15 � 6 noeuds, ce qui augmente la dur�e des rel�ves et diminue finalement l�efficacit� de l�arme sous-marine.</p><p>Apr�s avoir travers� en 1942 une p�riode tr�s difficile, o�, de janvier � septembre, les</p><p>� U-Boot � menacent en permanence le trafic sur la c�te orientale des �tats-Unis, les Alli�s reconqui�rent au printemps 1943 la sup�riorit� tactique gr�ce � l�engagement de leurs porte-avions d�escorte et d�une multitude de destroyers pour la protection des convois. � cette �poque, l�amiraut� de Berlin dispose de 300 sous-marins, dont 125 environ en op�rations. En 1944, trop tard pour mettre en p�ril la supr�matie</p><p>navale des adversaires, elle met en service le sous-marin type � XXI �, remarquablement profil� pour vivre sous la mer et qui marche plus de 15 noeuds en plong�e. Un mod�le plus r�volutionnaire encore fut r�alis� par Walter : �quip� d�une turbine � gaz, il pouvait atteindre 25 noeuds en plong�e pendant une heure !</p><p>Malgr� quelques performances, les sous-marins de poche, b�timents de tr�s faibles dimensions (de 9 � 15 m) r�alis�s par les Anglais (Midget Submarine type</p><p>� XE-3 �), par les Japonais ou par les Allemands (Seehund), ne r�pondirent pas aux espoirs qu�ils avaient �veill�s et n�eurent qu�un r�le marginal. Au total, les sous-marins allemands ont coul� pendant la Seconde Guerre mondiale 2 775 navires alli�s, jaugeant 14,5 millions de tonneaux.</p><p>Si la guerre sous-marine dans l�Atlantique a surtout retenu l�attention des historiens, on ne saurait oublier l�importance de celle qui s�est d�roul�e dans le Pacifique.</p><p>Sur ce th��tre, les Japonais perdirent plus de 8 millions de tonneaux de navires marchands du fait des sous-marins am�ricains, dont le nombre total atteignait 250 unit�s le 1er ao�t 1945.</p><p>Les sous-marins � l��re</p><p>nucl�aire depuis 1945</p><p>Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, pendant laquelle l�arme sous-marine a, une fois encore, affirm� sa puissance, les �tudes s�inspirent des ultimes perfectionnements des � U-Boot � allemands. C�est en U. R. S. S.</p><p>qu�elles prennent le plus d�ampleur, puisque, entre 1950 et 1957, la marine sovi�tique met en service pr�s de 150 sous-marins de 1 100 t de la classe W. Construits en tron�ons pr�fabriqu�s, comme les � XXI � allemands, ces sous-marins ont une distance franchissable de 13 000 milles nautiques.</p><p>Ce programme est suivi d�une vingtaine d�unit�s de 2 000 t de la classe Z, dont l�autonomie est de 25 000 milles nautiques. Les Britanniques remplacent � partir de 1954 leur dernier sous-marin de la guerre (Andrew, de 1 100 t, mis sur cale en 1945) par la s�rie des</p><p>� Porpoise � et des � Oberon �, sous-marins de patrouille tr�s classiques de 1 600 t, dont 20 unit�s entrent en service de 1958 � 1967.</p><p>En France, o� le probl�me des sous-marins est pratiquement repris � z�ro, on aboutit � 2 s�ries de b�timents. La premi�re est celle des 6 � Narval �</p><p>sous-marins de 1 300 t, entr�s en service de 1957 � 1960 ; l�autre est celle des 4 � Ar�thuse � (1958-1960), petits b�timents de 400 t, dont la coque supporte une immersion sup�rieure � 200 m ; dot�s de moyens tr�s pouss�s de d�tection a�rienne et sous-marine, ces b�timents sont des sous-marins chasseurs de sous-marins dont la coque, tr�s profil�e, rappelle celle de leurs anc�tres.</p><p>downloadModeText.vue.download 344 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10299</p><p>De 1964 � 1970, enfin, entre en</p><p>service une troisi�me s�rie, dite � � haute performance �, les � Daphn� �, de 700 t. Arm�s de 12 tubes lance-torpilles, ces b�timents, dont la marche est totalement silencieuse, ont �t� adopt�s par plusieurs marines �trang�res. Deux d�entre eux, la Minerve, en 1968, et l�Eurydice, en 1970, ont �t� perdus corps et biens par accident.</p><p>Le sous-marin</p><p>� propulsion nucl�aire</p><p>D�s 1938, on pense que l��nergie atomique pourrait �tre employ�e � la propulsion du sous-marin, car elle ne n�cessite aucun apport d�oxyg�ne, ce qui simplifie fondamentalement le probl�me de la navigation en plong�e. �</p><p>partir de 1946, le commandant am�ricain Hyman G. Rickover (n� en 1900), ap�tre de la propulsion nucl�aire, affect� au service de construction de l�US Navy, dirige la mise au point d�un moteur atomique, ou r�acteur, adaptable au sous-marin. Le principe est assez simple : dans le coeur du r�acteur, la fission des atomes lib�re une �nergie calorifique qui est employ�e pour chauffer un premier circuit d�eau maintenu sous pression pour �viter l��bullition. Ce circuit primaire c�de sa chaleur dans un �changeur � un circuit secondaire non pressuris�, qui alimente en vapeur la turbine de propulsion entra�nant l�arbre d�h�lice et les</p><p>turbo-alternateurs produisant l��lectricit� n�cessaire au service du bord.</p><p>Par mesure de s�curit�, le r�acteur est enferm� dans une �paisse carapace qui fait �cran aux radiations nuisibles pour l��quipage.</p><p>Premi�res r�alisations</p><p>aux �tats-Unis :</p><p>du � Nautilus � au</p><p>� George-Washington �</p><p>Les premi�res exp�riences ont conduit au retour � une coque circulaire hydrodynamique en forme de larme (dite tear-drop) qui autorisait de grandes vitesses et une excellente maniabilit� en plong�e, mais dont les qualit�s nautiques en surface �taient aussi m�diocres que celles de son anc�tre le Gymnote.</p><p>Cette nouvelle forme, qui sera bient�t adopt�e par tous les sous-marins nu-cl�aires am�ricains, sera r�alis�e sur l�Albacore, unit� exp�rimentale lanc�e en 1953. Un an apr�s entre en service le Nautilus, premier sous-marin de l�histoire � propulsion nucl�aire, qui, apr�s essais, prend la mer pour la premi�re fois en janvier 1955. D�pla�ant 4 000 t en plong�e, il marche 20 noeuds et est arm� de 6 tubes lance-torpilles de 533 mm. En ao�t 1958, exploit sans pr�c�dent, il parvient, � plus de 120 m de plong�e, � franchir la calotte glaciaire arctique et parcourt en 26 mois 62 000 milles sur la premi�re charge de son r�acteur, puis, dans le m�me temps, 93 000 milles sur la seconde.</p><p>Dans l�histoire des sous-marins, la mutation est d�importance, puisque, jusqu�ici, en d�pit de son nom, ce type de b�timent n��tait qu�un submersible pour lequel la navigation en plong�e pr�sentait un caract�re exceptionnel.</p><p>Avec la propulsion nucl�aire, le sous-marin peut, au contraire, naviguer constamment en plong�e et ne fait plus surface que pour acc�der au port. C�est ainsi que le Triton (6 000 t), d�riv� du Nautilus, accomplit en 1960 le tour du monde en plong�e, soit un p�riple de 41 519 milles nautiques en 84 jours � la vitesse moyenne de 18 noeuds.</p><p>En 1957, l�US Navy donne une nouvelle extension � l�emploi de la propulsion nucl�aire en mettant en chantier le George-Washington. Ce sous-marin de 5 400 t (6 700 t en plong�e), entr� en</p><p>service en 1960, est en effet le premier � �tre arm� de 16 missiles balistiques</p><p>� SLBM � (Submarinal Launched</p><p>Ballistic Missile) type � Polaris �, qui peuvent �tre munis d�ogives nucl�aires.</p><p>Lanc�s en plong�e gr�ce � un dispositif pneumatique, ces missiles ont une port�e voisine de 2 400 km. Un nouveau type d�arme strat�gique est cr�� ; il jouera d�sormais un r�le d�terminant dans toutes les forces de dissuasion et singuli�rement dans la comp�tition qui oppose les �tats-Unis et l�U. R. S. S.</p><p>Une nouvelle classification</p><p>des sous-marins</p><p>Au cours des ann�es 1965-1970,</p><p>les sous-marins en service se sont finalement r�partis en trois grandes cat�gories.</p><p>y Les sous-marins nucl�aires lance-missiles balistiques, d�sign�s dans l�US Navy par le sigle � SSBN �, ont pour mission exclusive de dissuader tout agresseur �ventuel par la menace de repr�sailles ex�cut�es par explosif nucl�aire sur des objectifs terrestres jug�s essentiels. Ce type de grand sous-marin, d�un tonnage voisin de 10 000 t en plong�e, a �t� adopt� � la suite de la marine am�-</p><p>ricaine par les marines sovi�tique, britannique et fran�aise. Ses qualit�s de discr�tion, dues au silence de ses appareils propulsifs, le rendent tr�s difficile � d�celer. Aussi de tels sous-marins, dont l�emploi se situe au niveau le plus �lev� des politiques de d�fense, tendent-ils � devenir une sorte d�arme absolue de la dissuasion.</p><p>Leur puissance, en effet, s�est encore augment�e par l�accroissement de port�e de leurs missiles (SLBM) et par l�adoption des t�tes multiples de type � MRV � (Multiple Reentry Vehicles) et � MIRV � (Multiple</p><p>Independently Targetable Reentry Vehicles) [v. missile].</p><p>y Les sous-marins d�attaque, d�si-gn�s dans l�US Navy par le sigle</p><p>� SSN �, restent au contraire une arme purement navale, destin�e � l�attaque des forces de surface ou du trafic commercial adverse. � c�t� de la torpille*, dont la pr�cision s�est am�lior�e, leur armement le plus puissant est</p><p>constitu� depuis 1970 par des missiles antisurface lanc�s en plong�e. Chez les Am�ricains et les Sovi�tiques, suivis depuis 1963 par les Britanniques et dix ans plus tard par les Fran�ais, ce type de b�timent est � propulsion nucl�aire ; son tonnage varie entre 2 000 et 4 500 t, et sa vitesse en plong�e d�passe 30 noeuds.</p><p>y Les sous-marins � propulsion classique (Diesel �lectrique) demeurent encore nombreux dans les marines des ann�es 1975, notamment comme arme de la lutte anti-sous-marine. En raison de leur prix de construction moins �lev�, ils �quipent en outre exclusivement les marines des puissances non nucl�aires.</p><p>Les sous-marins sp�ciaux</p><p>� c�t� des bathyscaphes*, les sous-marins sp�ciaux sont de petits submersibles con�us pour l�ex�cution de missions particuli�res, et notamment pour l�exploration ou le sauvetage � grande ou � tr�s grande profondeur. Dans ce domaine, la marine am�ricaine dispose d�un sous-marin de recherche oc�anographique � propulsion nucl�aire de 400 t, le � NR-1 �, entr� en service en 1971, et de l�Aluminaut, engin de 73 t, capable de plonger jusqu�� 4 500 m de profondeur. Un autre engin de ce type, l�Alvin (13 t) a coul� accidentellement en 1968. En outre, l�US Navy a lanc� un programme de sous-marins de sauvetage, ou Deep Submergence Rescue Vehicles, de 35 t, capables d�op�rer jusqu�� plus de 1 000 m et d��vacuer jusqu�� 24 hommes � la fois d�un sous-marin en difficult�. Ces engins, dont les deux premiers, � DSRV 1 �</p><p>et � DSRV 2 �, ont achev� leurs essais en 1972, sont transportables par avion ou sur le dos d�un autre sous-marin ; mais la difficult� de leur emploi r�side surtout dans la localisation du sous-marin en avarie.</p><p>De grands progr�s ont, cependant, �t� r�alis�s au cours de la recherche, men�e � bien, des d�bris du sous-marin atomique Thresher, disparu corps et biens par plus de 1 000 m de fond le 10 avril 1963.</p><p>En France, le Triton, b�timent de recherche sous-marine de 1 500 t, est sp�cialis� depuis 1971 dans les exp�rimentations de mat�riel de plong�e. Il embarque notamment le Griffon, sous-marin de poche biplace de 17 t en plong�e, qui, arm� d�un bras manipulateur, peut explorer des</p><p>fonds jusqu�� une profondeur de 600 m.</p><p>Les flottes sous-marines des</p><p>puissances nucl�aires en 1976</p><p>y La marine am�ricaine compte</p><p>41 sous-marins lanceurs de missiles balistiques (� SSBN �) : 5 � George-Washington � (1959-60), de 5 400 t ; 5 � Ethan-AUen � (1960-1962), de 6 300 t ; 31 � Lafayette � (1962-1966), de 6 650 t. Tous atteignent 20 noeuds en plong�e et sont arm�s de 16 missiles SLBM. Ces derniers sont du type � Polaris A-3 � (port�e 4 500 km, trois charges nucl�aires de 200 kt) ou, depuis 1970-71, du type</p><p>� Pos�idon �, dot� d�une ogive � 10 corps de rentr�e d�une puissance de 50 kt chacun et pouvant �tre dirig�s sur des objectifs distants de plusieurs centaines de kilom�tres les uns des autres. On estime que, sur ces 41</p><p>� SSBN �, 15 sont constamment en op�ration : ils sont attach�s aux bases d�Holyloch (�cosse), de Rota (Espagne), de Guam et de Pearl Harbor.</p><p>Le projet � Trident � ou � ULMS �</p><p>(Underwater Long-Range Missile</p><p>System), autoris� par le Congr�s am�-</p><p>ricain en 1973, pr�voit la mise en service, � raison de 3 par an � partir de 1978, de 25 sous-marins � Trident �</p><p>(estim�s 16 000 t en plong�e), �quip�s chacun de 24 missiles � Trident I �, de 7 000 km de port�e (dot�s d�une ogive nucl�aire de 12 � 14 corps de rentr�e). L�US Navy poss�de en outre 55 sous-marins d�attaque � SSN � � propulsion nucl�aire et en a une vingtaine en construction (dont le type 688</p><p>doit atteindre 35 noeuds en plong�e).</p><p>L�objectif vis� par la flotte am�ricaine est d�atteindre une centaine de sous-marins nucl�aires d�attaque dans les ann�es 80. Ces b�timents sont �quip�s de torpilles et du missile � Su-broc �, porteur de charge nucl�aire.</p><p>y En U. R. S. S., l�arme sous-marine a connu un prodigieux d�veloppement et rassemblait en 1962 environ 400 unit�s dont 70 de grande croisi�re (2 000 t, 20 noeuds en plong�e, autonomie de 3 mois). Certains de ces b�-</p><p>timents � propulsion classique �taient d�j� arm�s de missiles. Mais c�est seulement au d�but des ann�es 60 que sont apparus les premiers sous-marins</p><p>sovi�tiques � propulsion nucl�aire, et la marine de l�U. R. S. S. poss�de en downloadModeText.vue.download 345 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10300</p><p>1976 la premi�re flotte sous-marine mondiale. Elle compte alors, outre une vingtaine de sous-marins classiques type � G 1 � et � G 2 � de 2 200 t, datant de 1958-1960 et porteurs chacun de 3 missiles � SSN-4 � et � SSN-5 �</p><p>(port�e 600 et 1 400 km), 58 sous-marins � propulsion nucl�aire porteurs de missiles strat�giques. � c�t� de 7 unit�s de type � H �, de 5 000 t, les plus puissants sous-marins sont les 34</p><p>de la s�rie � Y �, de 7 900 t (en plong�e 9 000 t, 30 noeuds), construits � raison de 5 ou 6 par an depuis 1968</p><p>et porteurs de 16 missiles � SSN-6 �</p><p>de 2 700 km de port�e. Depuis 1974</p><p>sont apparus 17 sous-marins super-puissants de type � D � (ou � Delta �), arm�s de 12 ou 16 missiles � SSN-8 �, dont la port�e serait de 7 500 km (le d�placement de ces b�timents atteindrait 11 000 t en plong�e). � cette imposante flotte strat�gique s�ajoute celle des sous-marins d�attaque. Elle comprend 70 unit�s � propulsion</p><p>nucl�aire (classes C, V, N, E, d�environ 4 000 t, datant de 1964 � 1970</p><p>et porteurs de missiles � SSN-3 � ou</p><p>� SSN-7 �) et plus de 200 autres sous-marins � propulsion classique de type plus ancien (F, Z, R, W), entr�s en service entre 1950 et 1960.</p><p>y En Grande-Bretagne, gr�ce � la livraison, en 1958, d�un r�acteur am�ricain, le Dreadnought, premier sous-marin britannique � propulsion nucl�aire, est entr� en service en 1963. C�est un sous-marin d�attaque (Fleet Submarines) de 3 000 t arm� de 6 torpilles. Il a �t� suivi de 1966</p><p>� 1971 par la s�rie des 5 � Valiant �, de 3 500 t (r�acteur britannique), ellem�me relay�e depuis 1970 par les sous-marins � haute performance de 3 500 t (vitesse de 20 � 30 noeuds).</p><p>Les 2 premiers d�une s�rie de 6, le Swiftsure et le Sovereign, sont entr�s en service en 1973 et en 1974 ; les 2 suivants, le Superb et le Spectre ont �t� mis sur cale en 1971 et en</p><p>1972. En outre, la Royal Navy dispose de 4 sous-marins strat�giques � propulsion nucl�aire (Fleet Ballistic Missile Submarines) type Resolution, entr�s en service de 1967 � 1969. D�-</p><p>pla�ant 7 500 t en surface et 8 100 t en plong�e, ils sont tr�s proches des</p><p>� Lafayette � am�ricains et sont arm�s de 16 missiles � Polaris A-3 �, dont les ogives nucl�aires sont de conception britannique. En outre, la Royal Navy a encore en service, en 1976, 20 sous-marins classiques.</p><p>y En France, l�exp�rimentation, en 1963, � Cadarache, d�un r�acteur � uranium enrichi fourni par l�usine de Pierrelatte permet la d�cision de construire un sous-marin � propulsion nucl�aire. Sa r�alisation est pr�c�d�e par celle d�un sous-marin exp�rimental � propulsion classique, le Gymnote (lanc� en 1964), arm� de 4 tubes verticaux lance-missiles.</p><p>En 1964, �galement, le Redoutable, premier sous-marin fran�ais � propulsion nucl�aire, arm� de 16 missiles</p><p>� MSBS � (port�e 2 000 km), est mis sur cale � Cherbourg ; il entre en service en 1971. D�pla�ant 7 500 t en surface et 9 000 t en plong�e � une vitesse sup�rieure � 20 noeuds, il est le premier d�une s�rie de 5 sous-marins nucl�aires lance-missiles : le Terrible (1973), le Foudroyant (1974), l�Indomptable (1977) et le Tonnant (mis sur cale en 1974). Ces b�timents, qui constituent la composante navale de la force nationale strat�gique, sont dot�s chacun de 2 �quipages (15 officiers, 120 hommes), qui embarquent par roulement pour des missions de 60 � 90 jours. Ils sont bas�s � l��le Longue, pr�s de Brest.</p><p>Le plan naval, adopt� en 1972, a pr�vu la construction de 20 sous-marins d�attaque. L�Agosta et le B�v�-</p><p>ziers, premiers d�une s�rie de 4 sous-marins � propulsion Diesel (1 200 t, 1 740 t en plong�e), ont �t� lanc�s en 1974 et en 1975. Ils doivent �tre suivis, � partir de 1980, par des sous-marins � propulsion nucl�aire � SNA 72 �</p><p>d�un d�placement voisin de 3 000 t en plong�e. Ces b�timents sont destin�s � relayer les 19 sous-marins d�attaque � propulsion classique type Narval, Ar�-</p><p>thuse et Daphn�.</p><p>A. L. et P. D.</p><p>F Marine / Mine / Missile.</p><p>M. Laubeuf, les Sous-Marins allemands (Delagrave, 1920). / A. Michelsen, Der U-Bootskrieg, 1914-1918 (Leipzig, 1925 ; trad. fr. la Guerre sous-marine, Payot, 1929). / R. H. Gib-son et M. Prendergast, The German Submarine War, 1914-1918 (Londres, 1931 ; trad. fr.</p><p>Histoire de la guerre sous-marine allemande, 1914-1918, Payot, 1933). / H. Busch, So war der U-Bootskrieg (Bielefeld, 1952 ; 2e �d., 1954 ; trad. fr. Meutes sous-marines, France-Empire, 1953). / M. Hashimoto, les Sous-Marins du Soleil Levant, 1941-1945 (Presses de la Cit�, 1955). / K. D�nitz, Zehn Jahre und zwanzig Tage (Bonn, 1958, 2e �d., Francfort, 1963 ; trad.</p><p>fr. Dix Ans et vingt jours, Plon, 1959). / A. Lepo-tier, Sous la banquise (France-Empire, 1961). /</p><p>E. P. Stafford, The Far and the Deep (New York, 1967 ; trad. fr. Au large et au fond. Du U-Boot � Polaris, �d. maritimes et d�outre-mer, 1971). /</p><p>H. Le Masson, Du � Nautilus � au � Redoutable �.</p><p>Histoire critique du sous-marin dans la marine fran�aise (Presses de la Cit�, 1969). / L. Peillard, Histoire g�n�rale de la guerre sous-marine (Laffont, 1970).</p><p>sous-traitance</p><p>Forme de coop�ration interentreprises dans laquelle une entreprise* dite</p><p>� donneuse d�ordres �, capable techniquement de produire un objet d�termin�, mais ne pouvant ou ne voulant pas se doter de l��quipement n�cessaire � sa fabrication ou � son ex�cution, d�cide de faire ex�cuter � sa place, par une ou plusieurs autres entreprises dites � sous-traitantes �, tout ou partie d�une commande re�ue, en gardant l�enti�re responsabilit� de la production* vis-�-vis du client qui a pass� la commande.</p><p>La p�riode actuelle de fortes concentrations et de fusions n�a pas �t� pour autant marqu�e par la disparition du petit sous-traitant. Les exemples des �tats-Unis et du Japon montrent, au contraire, que le d�veloppement des soci�t�s g�antes entra�ne la cr�ation de nombreuses entreprises satellites compl�mentaires. Le � small business �</p><p>assure aux �tats-Unis une part importante de la production globale et fait preuve d�une remarquable vitalit�. Les petites industries am�ricaines se main-</p><p>tiennent en assurant d�lib�r�ment, � travers la sous-traitance, des fonctions sp�cifiques compl�mentaires de celles des grandes.</p><p>La sous-traitance peut d�abord �tre occasionnelle : c�est le cas o� le chef d�entreprise, � tort ou � raison, estime, sur la base d�un calcul de co�t, qu�il se trouve devant une difficult� de production passag�re qui ne justifie ni r�organisation de la production, ni modification de l�utilisation de l�outil existant, ni investissements* nouveaux. Aussi d�cide-t-il de commander cette production � l�ext�rieur. Les raisons qui m�nent � une telle d�cision sont multiples : une surcharge accidentelle de commandes, un retard de production, une insuffisance quantitative ou qualitative temporaire de la main-d�oeuvre, un accroissement p�riodique des</p><p>ventes, des difficult�s de tr�sorerie (car le sous-traitant supportera le co�t des achats de mati�res premi�res, les paie-ments de salaires). Cette sous-traitance occasionnelle ne peut �tre que concurrente, puisqu�elle suppose un sous-traitant qui ex�cute la m�me production que le donneur d�ordres. Elle est une technique fort utile � l�entreprise g�ante, moyenne ou petite, car elle permet de compenser les � arythmies �conomiques �. Les effets d�un tel accord sont tr�s limit�s, et pour le sous-traitant et pour le donneur d�ordres.</p><p>Lorsque la sous-traitance se r�p�te et s�organise pour durer, elle s�inscrit alors dans un syst�me de liaisons industrielles relativement stables : dans ce cas, elle peut s�int�grer dans un rapport de force in�gale entre donneur d�ordres et sous-traitant ou bien dans un rapport d��galit� approximative.</p><p>y Dans le cas de sous-traitance avec forme dominante, les crit�res d�terminants sont la continuit� des relations et l�in�galit� de puissance des entreprises en pr�sence. L�une des deux entreprises � la firme sous-traitante � se trouve plac�e dans une situation de d�pendance : les �l�-</p><p>ments de pression sur ses d�cisions seront plus ou moins forts suivant les formes de sous-traitance adopt�es (sous-traitance compl�mentaire ou concurrente, importance relative de la production int�gr�e, degr� de sp�-</p><p>cialisation, etc.). Dans ces conditions, la sous-traitance devient un proc�d� technique de coop�ration entre les entreprises. La grande entreprise recourt de fa�on constante � d�autres entreprises pour certaines productions, afin de diminuer les co�ts, d��viter les �quipements trop sp�cialis�s et difficiles � amortir, d�orienter ses propres investissements* dans des domaines o� la rentabilit� du capital* est la plus �lev�e, de d�velopper la recherche*</p><p>scientifique en vue de la fabrication de nouveaux produits et de l�emploi de nouvelles techniques, d�amenuiser les frais de structure, notamment ceux qui sont provoqu�s par l�appareil administratif ; en bref, il s�agit de lutter contre les inconv�nients du gigantisme. Donc, en prenant conscience, d�une part, de la limitation des ressources productives dont elle dispose et, d�autre part, de l�alourdissement anormal des co�ts provoqu�s par une organisation trop importante, l�entreprise d�cide de ne conserver que les activit�s � haute rentabilit� de capital et d�abandonner les travaux mieux adapt�s aux structures l�g�res. Une telle sous-traitance est, par vocation, compl�mentaire, car elle permet la division du travail et la sp�cialisation.</p><p>Cependant, dans la r�alit�, nombreux sont les cas o� elle est concurrente.</p><p>y Dans le cas de sous-traitance sans firme dominante, la continuit� des relations subsiste, mais les entreprises en pr�sence sont approximativement de m�me puissance. Des entreprises peuvent estimer que leur taille et leur importance relativement insuffisantes les d�favorisent ; aussi d�cident-elles de coop�rer d�une fa�on ou d�une autre. Elles esp�rent ainsi b�n�ficier downloadModeText.vue.download 346 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10301</p><p>des avantages de la sp�cialisation, accepter des commandes qu�elles</p><p>n�auraient pu honorer isol�ment, acc�der � des techniques on�reuses (traitement de l�information et travaux administratifs par ordinateurs), all�ger le poids des investissements et des charges de structure. En d�autres</p><p>termes, plusieurs entreprises prennent conscience des limites de leur action individuelle et des avantages d�une action collective. C�est un mouvement de coop�ration des entreprises par la sp�cialisation et la rationalisation. Il conduit � une forme originale de concentration* par voie de coop�-</p><p>ration et trouve sa justification dans les avantages offerts par un potentiel de production plus important et des services communs.</p><p>Une entreprise qui veut coop�rer par sous-traitance doit choisir entre la coop�ration avec ou sans firme dominante. Le choix de l�un ou de l�autre proc�d� de coop�ration n�a pas lieu � partir d�une taille d�termin�e de l�entreprise ; il d�pend plut�t de l�attitude du chef d�entreprise, selon qu�il veut prendre des risques ou non, ou encore selon que ses fabrications sont plus ou moins diversifi�es.</p><p>G. R.</p><p>A. Sallez, Polarisation et sous-traitance (Eyrolles, 1972).</p><p>sout�nement</p><p>Dispositif destin� � emp�cher les chutes de blocs et les �boulements dans les chantiers et les galeries.</p><p><strong>Introduction</strong></p><p>Le maintien des excavations pendant la dur�e de leur utilisation est une pr�-</p><p>occupation essentielle ; le sout�nement doit �tre adapt� aux conditions locales et �tre aussi �conomique que possible ; il est particuli�rement important dans les houill�res en raison de la tenue m�-</p><p>diocre habituelle des terrains.</p><p>Les pressions dans les terrains</p><p>Le creusement d�une excavation fait perdre aux terrains leur appui lat�ral et, de ce fait, modifie les contraintes � son voisinage. Sur la paroi, la contrainte orthogonale est annul�e, mais la contrainte tangente � la paroi est augment�e ; le r�gime des contraintes initiales se reforme progressivement � l�int�rieur du terrain. Une galerie est ainsi entour�e d�un volume de terrain</p><p>d�tendu face au vide, mais surcom-prim� tangentiellement.</p><p>Le sout�nement</p><p>des galeries</p><p>Si le terrain d�limitant l�excavation r�siste � ces contraintes d�s�quilibr�es, un sout�nement est inutile. C�est un cas fr�quent dans les mines m�talliques, o�, comme dans les grottes naturelles, des vides restent ind�finiment ouverts sans sout�nement. Une roche dure r�-</p><p>siste � une compression simple de plus de 1 000 bar, alors qu�� 1 000 m de profondeur la contrainte initiale verticale due au poids des terrains de recouvrement est de l�ordre de 250 bar. Sur la couronne d�une galerie de section rectangulaire, les terrains de recouvrement n�exercent aucune pes�e ; celle-ci est report�e lat�ralement sur les parements, qui jouent un r�le analogue aux piles d�un pont. En revanche, la composante horizontale des contraintes, annul�e sur les parements, est accrue � la sole et en couronne de la galerie.</p><p>Si la galerie est creus�e dans des terrains feuillet�s avec des bancs de duret� in�gale, dont certains tendres, cas fr�quent dans les houill�res, le banc formant la couronne se comporte comme une poutre encastr�e � ses deux extr�mit�s, press�e horizontalement et soumise � son propre poids ; il s�incurve vers le vide, puis se casse au milieu et au droit des appuis, o� la courbure est maximale. Cette pliure de la couronne se propage dans les bancs du dessus, en s�att�nuant progressivement jusqu�� une hauteur d�environ la largeur de la galerie avec diminution de la largeur int�ress�e par l�incurvation, de sorte qu�il se forme au-dessus de la galerie un d�me de quelques m�tres de hauteur de terrains plies en V et affaiss�s, r�duisant la hauteur de la galerie. Les terrains de ce d�me sont plus ou moins disloqu�s par leur pliure, et, bien que la sorte d�arc-boutement d� � la pouss�e lat�rale contribue � les maintenir, leur �quilibre est instable ; un sout�nement pouvant supporter le poids de plusieurs m�tres de hauteur de terrain, soit de l�ordre d�une vingtaine de tonnes par m�tre courant de galerie, est n�cessaire. Pour garder � la galerie une hauteur suffisante, il est souhaitable que le sout�nement freine</p><p>et, si possible, emp�che cette incurvation en V de la couronne. Pour cela, on le met en place aussi pr�s que possible du front d�avancement, afin que les bancs n�aient pas encore eu le temps de s�affaisser. Ce sout�nement doit �tre suffisamment robuste pour r�sister � la pes�e du d�me d�consolid�, conjugu�e avec la pouss�e horizontale.</p><p>Un mouvement analogue, en sens inverse, se produit � la sole de la galerie ; sous la pression verticale transmise par les parements, les bancs tendres de la sole se laminent au droit des parements et, sous la pouss�e horizontale, ils gonflent vers le vide en faisant casser les feuillets du dessus qui s�opposeraient � ce gonflement. On dit que la sole � souffle �. Des feuillets de terrain sont d�coll�s, et il peut se former des vides entre eux.</p><p>Dans les parements, les bancs</p><p>tendres ne r�sistent pas � la pression verticale et se laminent, ce qui reporte la pression � l�int�rieur des terrains ; vers le vide, ils gonflent et poussent.</p><p>Des terrains homog�nes se fracturent sous la pression en plaques verticales, � la fa�on d�une �prouvette de b�ton comprim�e sous une presse.</p><p>L�humidit� de l�air et l�eau, si elle impr�gne la sole, accentuent ces effets, car les roches humides sont moins r�sistantes.</p><p>Galeries sans sout�nement</p><p>ou avec sout�nement l�ger</p><p>Il existe des situations interm�diaires, o� la galerie est creus�e dans des roches dures, mais qui ont des plans faibles, des diaclases, des fissures plus ou moins ouvertes, qui risquent de se recouper en � chapeau de gendarme �</p><p>ou de se d�tacher en placages. Si le risque est faible, on laisse la galerie sans sout�nement, mais on sonde et l�on purge p�riodiquement la couronne en frappant avec une tige m�tallique les points douteux ; si ceux-ci sonnent le creux, on fait tomber les placages � l�aide du pied-de-biche de l�extr�-</p><p>mit� de la � sonde � (ou � pince �) ; le purgeage est indispensable apr�s un tir d�avancement. Dans d�autres cas,</p><p>pour que la sole de la galerie ne soit pas encombr�e par les blocs d�tach�s de la couronne, on pr�f�re mettre en place, pour supporter ces blocs, un sout�nement l�ger, qui, pour bien remplir son r�le, doit �tre appuy� contre le terrain sur tout son p�rim�tre par un � garnissage � remplissant les vides avec des pierres ou des bois.</p><p>Sout�nement traditionnel</p><p>des galeries</p><p>Le sout�nement traditionnel en cadres de bois est constitu� d�un chapeau appuy� contre la couronne plate par deux montants lat�raux. Si la couronne pousse pour s�infl�chir en V, le chapeau peut casser en son milieu ; le sout�nement en est affaibli sans perdre toute efficacit�, car les deux morceaux du chapeau restent li�s par les fibres du bois et contribuent � maintenir l��quilibre de la couronne. Plus la galerie est large, plus le chapeau supporte une charge importante, alors que la r�sistance � la flexion d�un chapeau plus long diminue. Aussi dans de mauvais terrains diminue-t-on la largeur en couronne de la galerie en donnant � celle-ci une section trap�zo�dale, avec montants obliques assembl�s � double entaille avec le chapeau pour qu�ils ne glissent pas. Les montants peuvent aussi casser par compression-flambage, en raison de la pes�e transmise par le chapeau, � laquelle s�ajoute la pouss�e lat�rale du parement. Un sout�nement en bois ne peut pas emp�cher le gonflement des terrains tendres ; il casse in�vitablement si sa compressibilit� est insuffisante, malgr� tous les renforcements qu�on a pu lui apporter. Pour donner de la compressibilit� verticale, il faut que les montants s�enfoncent dans la sole, ce qui arrive si celle-ci est assez tendre, ou bien tailler le bas des montants en biseau pour leur permettre de p�n�trer plus facilement dans la sole ou de s��craser dans leur pied biseaut�.</p><p>y Sout�nement des galeries par</p><p>cadres m�talliques. Le sout�nement en bois est de moins en moins utilis� dans les mines. Il est remplac� par le sout�nement m�tallique, beaucoup plus robuste, qui permet des galeries plus larges et peut limiter le gonflement des terrains, mais qui est beau-</p><p>coup plus cher ; on l�utilise dans les galeries de longue dur�e et on le r�cu-p�re ensuite pour le r�employer apr�s reconformation. Les fers utilis�s sont des lamin�s en acier souvent un peu plus dur que celui de construction et ayant une section � grand moment d�inertie dans deux axes (H � larges ailes) de fa�on � ne pas se tordre, parfois des profil�s sp�ciaux ou des vieux rails. Lorsque la couronne est plate, au lieu du cadre classique � trois �l�-</p><p>ments, o� le chapeau travaille � la flexion entre ses deux montants, il est plus rationnel d�avoir, conjugu�s avec le boulonnage de la couronne, des cadres � deux �l�ments formant un T, le chapeau soutenu par un �tai au milieu, la large galerie �tant s�par�e en deux compartiments par la ligne des �tais m�dians, parfois en trois s�il y a deux �tais sous chaque chapeau.</p><p>y Sout�nement en cintres m�tal-</p><p>liques. Au lieu de conserver comme couronne une dalle plate qu�on �vite de casser, on peut, au contraire, entailler celle-ci en forme de vo�te, � downloadModeText.vue.download 347 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10302</p><p>l�image de la vo�te des terrains d�-</p><p>consolid�s de la couronne, ce qui en r�duit le poids. Le sout�nement est alors constitu� de cadres m�talliques cintr�s en demi-cercle ou en ogive, cal�s par le garnissage contre le terrain. C�est le sout�nement classique des grandes galeries des houill�res.</p><p>La surface d�appui d�un lamin� sur la sole est faible, et les cadres peuvent s�y enfoncer trop facilement ; il faut alors les poser sur semelles, ce qui r�partit la pression.</p><p>y Boulonnage. Cette technique �vite la flexion de la couronne et les fractures qui en r�sultent. La longue tige d�acier du � boulon �, plac�e verticalement, solidarise les diff�rentes strates qu�elle traverse, en les emp�chant de s�exfolier ou en les accrochant � une dalle plus solide, � la mani�re de longs clous enfonc�s dans une s�rie de planches minces. Le � boulon �, de 1,40 m � 2,80 m, est enfil� dans un</p><p>trou de m�me longueur et est ancr� au fond de celui-ci par l��cartement des deux l�vres de sa fente terminale sous l�effet d�un coin d�acier effil� qui s�enfonce dans la fente lorsqu�on frappe la tige contre le fond du trou (� boulon � fente et coin �) ; plus souvent, l�ancrage est fait par une � t�te � expansion � form�e de coquilles qu�une olive fix�e � l�extr�mit� de la tige fait �carter. La tige est mise en tension par un �crou viss� sur l�extr�-</p><p>mit� qui d�passe ; une plaque d�appui en forte t�le ou en bois, serr�e entre l��crou et la couronne, r�partit la tension sur une certaine surface. Si la couronne risque de s�effriter entre deux boulons, on place un robuste grillage sur les plaques d�appui, et, si ces d�bris risquent d��tre lourds, des bandes de t�le sont plac�es sous le grillage, maintenues par plusieurs boulons. De plus en plus, au lieu du boulon ancr� au fond du trou, on utilise les � boulons � la r�sine �, dont la tige est soud�e au terrain sur toute sa longueur par une r�sine synth�tique.</p><p>Une cartouche en mati�re plastique renfermant, s�par�s, la r�sine siru-peuse et le r�actif de polym�risation est introduite dans le trou, puis on y enfile la tige du boulon, qui d�chire les enveloppes ; la r�sine se r�pand dans le trou, m�l�e au r�actif, et, en quelques secondes, elle fait prise ; l��crou viss� � l�extr�mit� de la tige et la plaque d�appui deviennent inutiles, sauf s�il faut maintenir un grillage.</p><p>Sur la couronne d�une galerie, on place habituellement environ un boulon par m�tre carr�.</p><p>Dans certains cas, on peut aussi faire du boulonnage lat�ral dans les parements et parfois dans la sole pour em-p�cher le gonflement. Dans une grande excavation, o� de gros blocs risquent de se d�tacher, on peut maintenir ceux-ci par des boulons.</p><p>y Sout�nement en b�ton. Le b�ton coul� derri�re coffrage (autrefois la brique) n�est utilis� que pour des excavations en bon terrain, �loign�es de l�exploitation (puits, recettes, salles de pompes, etc.), o� il ne risque pas d�y avoir de mouvement de terrain, car il n�y r�sisterait pas et casserait ; avec du b�ton arm�, les armatures</p><p>d�form�es contribueraient � disloquer la paroi sans r�fection possible. Si l�on craint de l�gers mouvements de terrain, quelques joints de compressibilit� en bois sont intercal�s dans le b�ton.</p><p>y Sout�nement circulaire. Le pro-bl�me est diff�rent s�il s�agit de galeries principales en tr�s mauvais terrains, poussant de toutes parts, qui r�tr�ciraient fortement une galerie munie d�un sout�nement classique.</p><p>Pour s�opposer au gonflement, il faut un rev�tement circulaire (ou elliptique), dont la grande r�sistance � la compression procure un solide appui � ces terrains, qui c�dent sous la contrainte tangente au vide. On peut utiliser des cercles d�acier en profil�s extra-lourds. G�n�ralement, les rev�tements circulaires sont faits en</p><p>� claveaux � de b�ton de haute qualit� (environ 600 bar de r�sistance), moul�s et durcis au jour et pos�s � sec, ou en � panneaux � de b�ton avec armatures. Pour donner une petite �lasticit�, des planchettes de bois sont parfois intercal�es entre les claveaux.</p><p>Sout�nement des galeries de taille Dans une galerie de taille, les terrains s�affaissent du c�t� des vieux travaux, et la couronne de la galerie subit ce mouvement irr�sistible. Si l�on exploite d�un seul c�t� de la galerie, l�affaissement est dissym�trique ; d�o� fissures de la couronne. Pour l��viter, la galerie devrait �tre situ�e au milieu des vieux travaux ou bien on exploite sur une largeur de quelques m�tres de l�autre c�t�, afin que les fissures ne se fassent pas au-dessus de la galerie.</p><p>Le sout�nement doit s�adapter � cette r�duction de hauteur, c�est-�-dire �tre compressible, �ventuellement articul�, d�formable pour suivre la dissym�-</p><p>trie d�affaissement. Il est classique de border la galerie par des � piliers de bois � : bois ronds plac�s horizontalement, superpos�s deux dans un sens et deux dans l�autre, avec du remblai � l�int�rieur ; ces piliers de bois, r�sistants et compressibles, supportent le toit et en att�nuent l�affaissement. On peut aussi border la galerie par une</p><p>� dame � de remblais soign�s, qui jouent le m�me r�le que les piliers de</p><p>bois. Au lieu de remblais, on s�oriente actuellement vers l�emploi d�anhydrite naturel concass� � 6 mm, mis en place comme un remblai pneumatique. �</p><p>l�extr�mit� du tuyau, une tuy�re ajoute environ 100 litres d�eau par tonne, avec un activateur chimique (� base de sulfate de potassium et de sulfate ferreux). Au bout de cinq heures, la dame d�anhydrite acquiert une r�sistance de 50 bar et, apr�s une semaine, de 200 bar, analogue � celle d�un b�ton projet�.</p><p>Le sout�nement de la couronne de la galerie peut prendre appui sur les piliers de bois ou bien en �tre ind�pendant. Dans ce cas, habituellement, on utilise des cintres m�talliques TH (des initiales de leurs inventeurs Toussaint et Heintzmann), form�s de trois segments d�un profil� sp�cial, qui, serr�s entre des colliers, peuvent coulisser � frottement dur. Pour leur mise en place, ils sont faciles � r�gler et ils sont compressibles. Le sout�nement Moll est form� de quatre segments articul�s sur trois longrines en bois ou m�talliques.</p><p>Le sout�nement en taille</p><p>G�n�ralit�s</p><p>Dans les houill�res, le sout�nement en taille pose un probl�me tr�s diff�rent en raison de l�ampleur des mouvements de terrain au-dessus de l�arri�re-taille. Sauf aux extr�mit�s de la taille, qui constituent des points particuliers, le toit n�a pas l�appui lat�ral que constituent les parements d�une galerie ; il se comporte comme une longue plaque encastr�e d�un c�t� au-dessus du front de taille et qui, de l�autre c�t�, dans le cas du remblayage, appuie progressivement sur les remblais. Ceux-ci se tassent sous la pes�e du toit ; � une cinquantaine de m�tres du front, ils finissent par n�occuper qu�une hauteur d�au plus 60 p. 100 de la puissance exploit�e. S�il s�agit d�une taille � foudroyage, le toit imm�diat casse et s�effondre le long d�une ligne parall�le au front de taille � quelques m�tres de celui-ci ; les �boulis foisonnes remplissent le vide, de sorte que le toit sup�rieur, � quelques m�tres au-dessus, repose sur ces �boulis, qui jouent le r�le d�un remblai, et les tasse pro-</p><p>gressivement ; tout se passe dans les terrains comme si une couche environ trois fois plus puissante avait �t� exploit�e avec remblayage. La taille est entour�e d�une vaste vo�te dissym�-</p><p>trique tr�s allong�e de terrain d�tendu verticalement, qui prend appui d�une part sur les remblais ou les �boulis tass�s et d�autre part sur le massif de charbon un peu en avant du front car, sous la contrainte verticale accrue par cet effet de cul�e, le charbon se fracture � front en plaques pour �chapper � cette pression. Ce volume de terrain d�tendu se d�place avec l�avancement de la taille. En raison de la courbure du toit qui s�affaisse, celui-ci tend � se fissurer, parall�lement au front, au droit de son encastrement dans le massif. Dans l�abattage qui met le toit � nu, on peut donc constater d�j� une fissure au voisinage imm�diat du front, et, au cours de l�avancement de la taille, les fissures s�ouvrent en fonction de la courbure.</p><p>Le sout�nement doit s�adapter � ces conditions, tout en contrariant l�affaissement du toit. Ses �l�ments serr�s entre toit et mur doivent donc �tre perpendiculaires aux �pontes, stables, le plus robuste possible pour �viter, ou tout au moins limiter, l�exfoliation des bancs du toit au-dessus du vide, soutenir le toit d�s que celui-ci est d�gag�, et avoir des �l�ments plaqu�s contre le toit maintenant les fissures parall�les au front de taille. Le remblai ou le foudroyage doivent venir aussi pr�s que possible du front de taille (de l�ordre de 3 m), de fa�on que les toits trouvent le plus t�t possible un appui dans l�arri�re-taille. Le foudroyage est provoqu� par le retrait du sout�nement, qu�on r�utilise en avant. Cette r�utilisation peut �tre pratiqu�e aussi avec le remblayage.</p><p>Diff�rents modes de sout�nement</p><p>y Sout�nement en bois. Le sout�nement traditionnel en bois, constitu� de � buttes � soutenant, sous le toit des � flandres � (ou � rallonges �) parall�les au front, la premi�re ligne de flandres plac�e � front, est stable et offre un appui au toit jusqu�� front ; pour les fissures parall�les au front, des � queues � sont plac�es � cheval sur les flandres. Mais ce sout�nement ne d�gage pas le front, comme il est n�cessaire pour la marche des engins</p><p>m�caniques d�abattage, et il n�est pas assez robuste pour s�opposer efficacement � l�affaissement du toit sur les all�es libres. Les bois, ab�m�s par la pression, ne sont pas r�utilisables ; si les buttes ne s�enfoncent downloadModeText.vue.download 348 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10303</p><p>pas d�elles-m�mes dans le mur, on les taille en pointe � leur extr�mit� inf�rieure pour �viter leur flambage.</p><p>Avec le foudroyage, le manque de r�sistance oblige � renforcer la derni�re ligne de buttes par des piliers d�montables en bois �quarris. Aussi ce sout�nement est-il tomb� en d�su�-</p><p>tude, sauf cas particuliers (couches en dressant). Il est remplac� par le sout�nement m�tallique, beaucoup plus robuste, qui r�duit l�affaissement du toit sur les all�es de travail, donc son exfoliation et ses fractures. Dans un tel sout�nement, des � chapeaux �</p><p>m�talliques perpendiculaires au front, donc aux fractures, permettent un porte-�-faux qui laisse le front d�gag� pour le passage de la haveuse ou du rabot ainsi que du convoyeur blind�, lequel est rip� sans d�montage avant de mettre en place la nouvelle ligne d�� �tan�ons �.</p><p>y �tan�on � friction et chapeau articul�. L��tan�on m�tallique doit �tre r�glable en hauteur pour s�adapter aux variations d��paisseur des couches ; il doit avoir une certaine compressibilit� afin de coulisser avant qu�il ne soit d�t�rior� par la pression du toit ; il doit pouvoir �tre desserr� afin qu�il soit r�cup�r� en bordure du foudroyage ou du remblai. L��tan�on le moins cher est du type � friction. Il se compose de deux parties � l�une, sup�rieure et de section l�g�rement d�croissante vers le bas, pouvant coulisser dans l�autre �, maintenues par un collier dans lequel un coin m�tallique enfonc� � coups de masse assure le serrage. Le coulissement d�bute sous une charge de quelques tonnes et continue progressivement avec l�augmentation de la charge ; la r�sistance finale est de l�ordre d�une vingtaine de tonnes ; il est inutile qu�elle d�-</p><p>passe la r�sistance du mur dans lequel le pied de l��tan�on s�enfoncerait. On desserre l��tan�on en frappant sur la pointe du coin de serrage.</p><p>Un chapeau m�tallique de 1,20 �</p><p>1,60 m (largeur d�une all�e) est pos� sur la t�te de l��tan�on, aux deux tiers environ de sa longueur, et il est reli� au chapeau de l�all�e pr�c�dente par une articulation simple par tenon et oeillet.</p><p>D�s qu�une largeur de toit correspondant � une longueur de chapeau a �t� d�gag�e, on accroche un nouveau chapeau au pr�c�dent et on le presse contre le toit par un dispositif � coin qui le fait cabrer et bloque l�articulation en attendant que le convoyeur soit rip� contre le front pour permettre de placer un �tan�on sous ce nouveau chapeau.</p><p>y �tan�on hydraulique. Il est moins lourd (un �tan�on � friction peut peser plus de 50 kg), plus r�gulier (la compressibilit� de l��tan�on � friction d�pend de son �tat d�entretien et de la fa�on dont il a �t� mis en serrage), et le d�but du coulissement se fait sous une charge plus forte, donc s�oppose mieux, d�s le d�but, � l�affaissement du toit ; mais il est nettement plus cher. C�est une sorte de gros v�rin compos� de deux tubes cylindriques pouvant coulisser l�un dans l�autre ; la mise en serrage se fait par une pompe � piston plongeur incorpor�e, et il y a une soupape de d�charge tar�e.</p><p>Cependant, le dressage et la mise en serrage des �tan�ons, la mise en place des chapeaux m�talliques articul�s, leur d�montage � l�arri�re-taille et leur transport dans la nouvelle all�e repr�sentent un travail long et p�nible, qui ralentit la progression de la taille ; aussi le temps pass� par le personnel pour le sout�nement est-il important.</p><p>y Sout�nement marchant. Ce mat�-</p><p>riel tr�s co�teux permet des vitesses d�avancement de taille et des rendements inconnus jusqu�alors. C�est un sout�nement hydraulique autoripable.</p><p>Des soupapes reli�es � une tuyauterie flexible aliment�e en �mulsion d�huile soluble dans l�eau sous une pression de 100 � 200 bar permettent � des v�rins de r�aliser tous les mouvements : desserrage, avancement, mise</p><p>en serrage. On distingue trois types de sout�nement marchant.</p><p>� Dans le sout�nement par piles, un large ch�ssis de base rigide ou �lastique supporte de trois � six �tan�ons hydrauliques de grande force portante, puisqu�on ne craint plus l�enfoncement dans le mur (de 500 � 800 t de portance pour tout le ch�ssis), sur lesquels sont fix�s par rotules une plaque ou deux larges chapeaux, dont le porte-�-faux permet le front d�gag� ; pour suivre de plus pr�s le d�gagement du toit, il peut y avoir en avant un petit chapeau t�lescopique, ou articul�, press� contre le toit par un petit v�rin. Un v�rin horizontal pousse le convoyeur blind� contre le front qui a avanc�, puis, la pile �tant desserr�e, le v�rin ripe celle-ci vers la nouvelle position du convoyeur blind�.</p><p>� Dans le sout�nement par cadres, chaque cadre est compos� de deux �tan�ons hydrauliques de grande portance (jusqu�� 200 t) fix�s sur une large semelle et reli�s rigidement entre eux ; sur chaque �tan�on est assembl� par rotule un robuste chapeau m�tallique, reli� � l�autre par une articulation ; le chapeau avant pr�sente un important porte-�-faux. Deux (ou trois) cadres plac�s c�te � c�te constituent un ensemble ; ils sont reli�s entre eux par de courtes bielles, et, gr�ce � un v�rin intercal�, l�un des cadres, qui a �t� desserr�, avance par rapport � l�autre, qui reste en serrage.</p><p>� Dans le sout�nement par bouclier (ou � sout�nement � fl�che �), une large et longue pi�ce oblique (le bouclier) est articul�e � sa base sur l�extr�mit� arri�re du ch�ssis ; sur elle s�appuient les premiers �boulis du foudroyage ; cette pi�ce peut avoir � supporter de 100 � 200 t ; un (ou deux) tr�s puissant �tan�on hydraulique fait lever la t�te de ce bouclier et la presse contre le toit ; sur cette t�te est articul�e pr�s de son milieu une plaque, appel�e fl�che, qui soutient sur toute sa longueur le toit.</p><p>Comme on souhaite pouvoir com-</p><p>mander � distance le sout�nement marchant, le type � bouclier para�t �tre celui qui s�adapte le mieux � cette commande en raison du nombre relative-</p><p>ment faible des v�rins.</p><p>J. A.</p><p>F Abattage / Exploitation � ciel ouvert et souterraine / Galerie de mine / Risque minier.</p><p>souterrain</p><p>F TUNNEL.</p><p>Soutine (Cha�m)</p><p>Peintre fran�ais d�origine lituanienne (Smilovitch, gouvern. de Minsk,</p><p>1894 - Paris 1943).</p><p>Pour comprendre le choc que la</p><p>peinture de Soutine produisit dans les esprits lors des d�buts de l�artiste en France, il faut la situer dans son contexte historique, � une �poque o� l�expressionnisme* ignorait encore une telle violence dans la d�formation.</p><p>Cet art est �troitement li� � la r�volte interne, aux refoulements du peintre, qui ressentira toute sa vie les blessures de son enfance ; miroir d�un drame int�rieur, il est d�autant plus significatif, et ne peut laisser le spectateur indiff�rent.</p><p>Fils d�un modeste tailleur de campagne, Soutine conna�tra une existence des plus difficiles. Chass� de l��cole pour insubordination, gifl� lorsqu�il dessine des visages sur les murs du village, il prend tr�s t�t la r�solution de fuir famille, ghetto et �cole. Apr�s avoir travaill� � Minsk chez un photographe, il d�cide, en 1910, de suivre les cours des beaux-arts de Vilna (Vilnious), o� il se lie avec Michel Kiko�ne (1892-1968) et Pinchus Kr�m�gne (n� en 1890), qui vont, comme lui, choisir la France pour y poursuivre leur carri�re. En 1913 (ou un peu plus t�t), Soutine r�alise son r�ve de partir pour Paris. Enfin, il peut voir les oeuvres des pr�curseurs de l�art moderne et surtout celles de Van Gogh*, qui le fascinent.</p><p>Inscrit � l�atelier Cormon de l��cole nationale des beaux-arts, il y retrouve Kiko�ne et Kr�m�gne. � la � Ruche �, o� il a �lu domicile, il encontre Chagall*, L�ger*, Delaunay*... Mais c�est surtout avec Modigliani* qu�il �tablit, d�s 1915, de solides liens d�amiti�, les deux hommes s��tant d�couvert les</p><p>m�mes penchants anticonformistes.</p><p>Modigliani lui ayant pr�sente Leopold Zborowski, son marchand de tableaux, Soutine est pris en charge par ce dernier, qui, en 1918, l�envoie travailler dans le Midi. Des s�jours � Vence et � Cagnes pr�c�dent son installation � C�ret, dans les Pyr�n�es Orientales.</p><p>Avant son d�part de Paris, Soutine s��tait d�j� orient� vers une expression tumultueuse, mais ses couleurs ternes et ses sujets (cadavres d�animaux) �taient peu engageants. Sous le soleil du Midi, l�homme du Nord a la r�v�-</p><p>lation de la lumi�re et, avec elle, de la couleur. Sa palette se dore de tons �clatants, voire virulents, � l�image de ses pulsions int�rieures. Ses structures semblent emport�es dans un tourbillon, secou�es par un s�isme qui fait vaciller maisons, arbres, ciels, tandis que les visages se tordent sous la grimace.</p><p>En 1922, le m�c�ne et collectionneur am�ricain Albert C. Barnes, subjugu� par l�expression poignante de son art, lui ach�te un premier lot de vingt-cinq toiles. Du jour au lendemain, Soutine conna�t alors l�aisance et le commencement de la gloire.</p><p>En 1925, il peint � Paris sa c�l�bre s�rie de boeufs �corch�s, inspir�s de Rembrandt, dont plusieurs versions sont conserv�es dans les mus�es de Buffalo, d�Amsterdam, de Grenoble, de Paris... Dans une production qui a ses faiblesses � c�t� des temps forts, il s�attache � d�autres s�ries, car il aime � d�velopper les variantes d�un m�me th�me pour en �puiser toutes les possibilit�s. � c�t� de celle des p�tissiers (1922-1928 : le Petit P�tissier, v. 1922, mus�es nationaux, collection Jean Walter-Paul Guillaume), voici celle des volailles et des poulets plum�s downloadModeText.vue.download 349 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10304</p><p>(1925-26), celle des grooms (1927-1933 : le Chasseur de chez Maxim, 1927, Albright Art Gallery, Buffalo), celle des enfants de choeur, d�autres portraits moins anonymes, d�autres paysages et le bestiaire rustique des ann�es 1934-1940. Pendant la guerre,</p><p>l�artiste, juif, se r�fugie en Touraine, � Champigny-sur-Veude. Atteint d�un ulc�re � l�estomac, il meurt apr�s avoir �t� op�r�, trop tard, � Paris.</p><p>Sa renomm�e resta longtemps limi-t�e � un petit cercle de marchands et de collectionneurs, car il ne cherchait pas � exposer et fuyait les honneurs officiels. Une exposition a bien lieu en 1927 � Paris (galerie Bing), mais il faut attendre 1935 pour que Soutine consente � �tre pr�sent� � Chicago (Arts Club), puis � Londres en 1937</p><p>(Leicester Galleries), et enfin, peu avant sa disparition, dans diff�rentes galeries de New York. D�importantes r�trospectives lui ont �t� consacr�es depuis : � New York (1950), � Londres (1963), � Los Angeles (1968), � Paris (1959 et 1973).</p><p>Ch. G.</p><p>E. Faure, Soutine (�d. Cr�s, 1930). / M. Cas-taing et J. Leymarie, Soutine (Biblioth�que des Arts, 1964). / P. Courthion, Soutine (Edita, Lausanne, et Deno�l, 1972). / Mlle Garde, Mes ann�es avec Soutine (Deno�l, 1973).</p><p>Sou Tong-p�o</p><p>En pinyin su dongpo, appel� aussi sou CHE (Su Shi), lettr� chinois confuc�en (au Sichuan [Sseu-tch�ouan] 1036 - ?</p><p>1101).</p><p>Le plus grand et le plus brillant des �crivains de la dynastie des Song du Nord est n� au Sichuan dans une famille de fonctionnaires. Il fait des �tudes classiques et passe avec son jeune fr�re, �galement po�te de talent, les examens de doctorat. Le pr�sident du jury �tait l�homme politique et l�homme de lettres Ouyang Xiu (Ngeou-yang Sieou, 1007-1072) qui remarqua le jeune homme et se l�attacha. Dor�navant, Su Dongpo le consid�rera comme son ma�tre aussi bien sur le plan politique que sur le plan litt�raire. En cette �poque de paix et de prosp�rit�, la vie politique est domin�e par les luttes farouches entre le parti r�formateur, dirig� par Wang Anshi (Wang Ngan-che), et le parti conservateur, auquel appartiennent Su Dongpo et son ma�tre. Tant que le parti adverse est au pouvoir, le jeune po�te est mis � l��cart dans des postes de province.</p><p>Pour une r�flexion malheureuse contre la r�forme des programmes d�examens, il conna�t la prison, �vite la peine de mort et part en exil � Hangzhou (Hang-tcheou). Pendant cinq ann�es d�inactivit� politique, il est d�une grande prolixit� litt�raire et artistique. Ayant acquis un petit domaine appel� Dongpo, il prend ce nom pour signer ses oeuvres. En 1085, le nouvel empereur appelle le parti conservateur au pouvoir. Su Dongpo monte � la capitale, Bianzhou (l�actuelle Kaifeng [K�ai-fong]), o� il joue un r�le important comme chef politique. Mais il n�appr�cie pas les obligations que cela entra�ne et se fait nommer pr�fet de Hangzhou, la ville la plus agr�able de l��poque. Il y partage son existence entre ses devoirs d�administrateur et la vie ais�e et charmante des milieux riches et cultiv�s : r�unions litt�raires, promenades en montagne, parties de barque sur le lac de l�Ouest... Mais la roue de la fortune tourne et le conduit de nouveau en exil, � Canton, pour sept ans. Il meurt sur le chemin du retour.</p><p>De temp�rament enjou� et facile, Su Dongpo prend toujours la vie du bon c�t�. M�me pendant ses ann�es d�exil, il chante son �loignement avec moins d�amertume que ne le faisaient ses pr�d�cesseurs. O� que ce soit, dans quelques conditions que ce soit, il ne se laisse jamais aller au d�sespoir, qui fait la toile de fond de la litt�rature chinoise. Il est vrai que la fortune l�a g�t� : ses talents sont nombreux, et, dans tous les arts qu�il pratique, son style est ais�, coulant, plein de charme et d��l�gance naturelle. Sa calligraphie a fait �cole ; ses peintures � l�encre de Chine et sp�cialement ses bambous sont c�l�bres ; Su Dongpo �tait pass� ma�tre dans l�art du th�, appr�ciait les belles antiquit�s et se livrait avec ferveur � la m�ditation zen. En tant que prosateur, il relance avec Ouyang Xiu le mouvement de la Prose antique : retour � la simplicit� du langage des Anciens, surtout retour � la composition libre et naturelle, et retour � l�expression d�id�es politiques, philosophiques ou sociales par l�interm�diaire de la litt�rature. Ses courts essais en prose sont admir�s pour leur concision habill�e de po�sie et l�art de pr�senter d�un air de rien ses opinions personnelles. Les</p><p>deux Fu de la falaise rouge (Chibi fu</p><p>[Tch�e-pi-fou]) entrem�lent les �mouvantes descriptions de paysages aux conceptions du temps, de la mort et de la gloire. Le m�me th�me, c�est-�-dire cette rive du Yangzi (Yang-tseu), o� se d�roula une des grandes batailles de l�Antiquit�, inspire �galement l�un des plus connus de ses 2 700 po�mes.</p><p>C�est un ci (ts�eu), sur l�air de � la belle esclave � :</p><p>� Les roches en d�sordre percent le ciel,</p><p>Les vagues effrayantes battent les La flotte de ses ennemis vole en �clats et se r�duit en fum�e... �</p><p>rives,</p><p>Roulant mille monceaux neigeux...</p><p>�ventail de plume, coiffe de soie, Sans qu�il cesse de rire et de parler, Su Dongpo a �galement �crit de</p><p>nombreux po�mes r�guliers, dont celui-ci compos� en prison :</p><p>� Le saint empereur, comme le ciel, est le printemps des choses.</p><p>L�humble fonctionnaire par sa b�tise et ignorance, a g�ch� lui-m�me sa vie.</p><p>Avant que ces cent ann�es ne soient accomplies, il doit payer ses dettes... �</p><p>Mais ses pr�f�rences vont le plus souvent � chanter la vie dans ce qu�elle a de meilleur :</p><p>� Le clair de lune, combien de fois reviendra-t-il ?</p><p>Levant ma coupe de vin, j�interroge l�azur. �</p><p>D. B.-W.</p><p>Spaak</p><p>(Paul Henri)</p><p>Homme politique belge (Schaerbeck 1899 - Bruxelles 1972).</p><p>De la bourgeoisie lib�rale</p><p>au socialisme extr�miste</p><p>Paul Henri Spaak est issu d�une grande famille lib�rale. Il est le petit-fils du leader Paul Janson et le neveu de l�ancien Premier ministre Paul �mile Janson. Sa m�re a si�g� au S�nat. Malgr� la consonance flamande, son nom est celui d�une famille su�doise install�e en Belgique � une �poque ancienne.</p><p>� dix-sept ans, pendant la Premi�re Guerre mondiale, P. H. Spaak essaie de franchir la fronti�re n�erlandaise pour rejoindre l�arm�e belge qui combat sur l�Yser. Arr�t� par les Allemands, il est intern�. Les hostilit�s termin�es, il m�ne � bien des �tudes de droit � l�universit� de Bruxelles et s�inscrit au barreau de Bruxelles, o� il est l�avocat des objecteurs de conscience.</p><p>D�s 1920, il adh�re au parti ouvrier belge et enseigne � l��cole ouvri�re sup�rieure d�Uccle, que dirige alors Henri de Man. Celui-ci exerce sur lui une influence qui sera d�cisive pendant deux d�cennies.</p><p>Mais P. H. Spaak se situe alors beaucoup plus � gauche. Il est le leader du groupe d�extr�me gauche du parti ouvrier belge et, plus d�une fois, il a maille � partir avec le Conseil g�n�-</p><p>ral du parti, qui lui reproche de semer l�indiscipline par les articles publi�s dans l�Action socialiste. Peu � peu, il va s�assagir. En 1925, il devient chef adjoint du cabinet du ministre socialiste du Travail, Joseph Wauters ; en 1932, il est �lu d�put� socialiste de Bruxelles ; en 1935, il devient ministre des Transports, des Postes, des T�l�-</p><p>phones et des T�l�graphes du premier cabinet Van Zeeland (Henri de Man souhaitait qu�il f�t dans le gouvernement plut�t qu�� l�ext�rieur).</p><p>Plus il avancera en �ge et plus son front carr�, son nez court, ses grosses lunettes, ses �paules de lutteur le feront ressembler � Winston Churchill ; il ne d�testera pas cette comparaison. Mais, en cet avant-guerre, il est aux antipodes de l�homme d��tat britannique.</p><p>Ministre des</p><p>Affaires �trang�res</p><p>Le 13 juin 1936 Paul Van Zeeland nomme P. H. Spaak ministre des Af-</p><p>faires �trang�res dans le second cabinet qu�il constitue. Il l�a pr�f�r� � des parlementaires plus anciens et alors plus connus, comme �mile Vandervelde, qui en marquent quelque agacement.</p><p>C�est que Van Zeeland et Henri de Man veulent engager la Belgique dans la voie d�une politique ind�pendante</p><p>� certains diront bient�t neutraliste</p><p>�, moins align�e sur Londres et sur Paris. � Je ne veux qu�une chose, une politique �trang�re exclusivement, int�gralement, belge � (P. H. Spaak 20 juill. 1936). Plus tard, P. H. Spaak expliquera que cette politique lui paraissait la seule � pouvoir non seulement maintenir la Belgique hors d�un conflit, mais encore assurer le maximum de coh�sion nationale. Il y reste fid�le jusqu�au 10 mai 1940, date � laquelle la brutale agression de Hitler ruine tous ses efforts. Entre-temps, il a �t� Premier ministre � moins de quarante ans (15 mai 1938 - 9 f�vr. 1939).</p><p>Devant la d�faite de la Belgique et de la France, il avoue avoir �t� tent� de demeurer pr�s du roi L�opold III, comme l�a fait Henri de Man. Finalement, avec les autres membres du gouvernement Pierlot, il gagne l�Angleterre, o� il demeure pendant toute la guerre ministre des Affaires �trang�res d�un gouvernement en exil. D�s cette �poque, il est acquis � l�id�e d�une union des nations d�Europe occi-downloadModeText.vue.download 350 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10305</p><p>dentale, qu�Anthony Eden juge alors dangereuse.</p><p>Homme d��tat de</p><p>dimension mondiale</p><p>Son exp�rience gouvernementale de 1935 l�avait convaincu qu�il �tait plus fait pour le gouvernement que pour la r�volution. Le second conflit mondial lui r�v�le qu�il peut agir de mani�re efficace sur un th��tre plus vaste que celui de la Belgique. Apr�s avoir �t� l�un des n�gociateurs des textes qui aboutissent � la cr�ation du Benelux*, Spaak est �lu le 20 janvier 1946 pr�-</p><p>sident de l�Assembl�e g�n�rale de</p><p>l�Organisation des Nations unies. Un gouvernement socialiste homog�ne constitu� par lui le 13 mars 1946 ne dure que quinze jours ; un gouvernement socialiste-social-chr�tien, form� sous sa pr�sidence le 20 mars 1947, tombe le 11 ao�t 1949. Partisan � la fois de l�Union europ�enne et du pacte atlantique, Spaak est, du 16 ao�t 1949 au 11 d�cembre 1951, pr�sident de l�Assembl�e consultative du Conseil de l�Europe. � partir de 1954</p><p>il reprend dans divers gouvernements la direction des Affaires �trang�res dans un sens europ�en, tr�s d��u par l�attitude de Pierre Mend�s France devant le probl�me de la communaut� europ�enne de d�fense de son pays. Le 16 mai 1957, il abandonne son portefeuille pour devenir secr�taire g�n�-</p><p>ral de l�O. T. A. N. ; � ce titre, il doit intervenir dans l��pineuse question de Chypre, qui oppose deux �tats adh�-</p><p>rents de l�Alliance. Les r�alisations ne sont pas, dans l�ensemble, � la hauteur de ses esp�rances, et Spaak se trouve alors souvent en d�saccord total avec la politique du g�n�ral de Gaulle, dont il fait �chouer le plan pr�sent� par Christian Fouchet.</p><p>Finalement, le 1er f�vrier 1961, il annonce son intention de reprendre un r�le actif dans son pays. Le 31 mars de la m�me ann�e, il quitte son poste de l�O. T. A. N. et, le 25 avril, revient au minist�re des Affaires �trang�res.</p><p>C�est bient�t l��poque de la crise congolaise, o� il joue un r�le actif et mod�rateur, plaidant avec �loquence la cause de la Belgique lorsqu�elle envoie des parachutistes. Spaak abandonne les Affaires �trang�res au d�but de 1966, quand le parti socialiste quitte le gouvernement.</p><p>Peu � peu, son prestige a diminu�.</p><p>Lorsque, le 15 juin 1966, il d�fend devant le Conseil g�n�ral du parti socialiste la th�se de l�implantation du SHAPE en Belgique, il est battu, mais le parti socialiste ne peut emp�-</p><p>cher cette installation. Le 16 juin 1966, Spaak prend la parole pour la derni�re fois � la Chambre. Est-ce la fin de son r�le politique ? Non. Spaak sort de sa retraite aux �lections de 1971 pour soutenir les francophones de Bruxelles.</p><p>La solution au malaise linguistique</p><p>lui para�t �tre un f�d�ralisme � trois (Flandre, Wallonie, Bruxelles).</p><p>P. H. Spaak, un penseur ? Certainement pas. Mais un diplomate et un grand orateur, dont l��volution, au cours d�une vie o� il fut vingt ann�es ministre des Affaires �trang�res, n�est pas sans rappeler celle que suivit Aristide Briand. Certains lui ont reproch� d�avoir �t� versatile. D�autres r�pondent que c��tait la cons�quence d�une intelligence ouverte, d�un empirisme sup�rieur qui, souvent, connaissaient le doute, mais qui, une fois la d�cision prise, restaient fid�les � l�engagement aussi longtemps que les circonstances n�avaient pas fondamentalement chang�.</p><p>G. L.</p><p>F Belgique / Socialisme.</p><p>Spartacus</p><p>Chef des esclaves r�volt�s (� Lucanie 71 av. J.-C.).</p><p>Son nom est rest� la personnification m�me de la r�volte sociale. Il fut le parrain de quelques jacobins et babou-vistes, et les sociaux-d�mocrates allemands d�extr�me gauche se donn�rent en 1916 le nom de spartakistes : le fondateur du groupe (Spartakusbund, 1916-1918), Karl Liebknecht, avait pris momentan�ment le pseudonyme de Spartakus.</p><p>La r�volte d�esclaves dont Spartacus fut le meneur n��tait pas la premi�re. Le monde hell�nistique nous a laiss� l��cho tr�s amorti de quelques secousses locales. En Sicile, le Syrien Eunous, qui s��tait fait roi, mena une r�volte servile qui dura deux ans (135-133 av. J.-C.). En fait, ces mouvements d�esclaves furent souvent r�cup�r�s par des hommes politiques, chez lesquels l�id�ologie �galitaire �tait absente et qui enr�laient les r�volt�s pour accro�tre leur puissance militaire. Ce fut le cas avec Caius Marius*. Aristonicos, fils naturel du roi de Pergame* Eume-n�s II, se r�volta contre la domination romaine, entra�na avec lui les esclaves, en les affranchissant et en leur promet-tant la cr�ation d�une cit� �galitaire (131-127). � cette �poque, une bouff�e</p><p>d��galitarisme effleura quelques personnes cultiv�es, � l�instigation de philosophes, tel Blossios de Cumes, qui fut le ma�tre de Tiberius Sempronius Gracchus, avant de mourir au service d�Aristonicos.</p><p>De vraies r�voltes serviles �clat�rent en Campanie et en Sicile en 104 : les abus des ma�tres les justifiaient.</p><p>D�aucuns pensent que Spartacus</p><p>descendait de la dynastie des Sparto-kides du royaume du Bosphore. Les auteurs anciens le d�crivent comme un ancien berger thrace, un ancien d�ser-teur, un ancien brigand, r�duit en servitude et devenu gladiateur � Capoue.</p><p>Son nom figure sur un dessin mural de Pomp�i, datable de l��poque de la r�volte : Spartacus est repr�sent� battu par un champion local.</p><p>Il prend la t�te des deux cents gladiateurs capuans qui, m�contents de la fa�on dont ils sont trait�s par leur patron, envisagent de s��vader. Leurs armes ayant �t� confisqu�es, ces gladiateurs sont cependant soixante-treize, dit-on, � s��chapper. Apr�s quelques pillages et escarmouches qui leur procurent des armes, ils s�e retirent sur la forteresse naturelle que constitue le V�suve. Sur ses pentes raides, ils tiennent en �chec une petite arm�e.</p><p>Des esclaves fugitifs viennent alors les rejoindre massivement, et c�est une v�ritable guerre qui va d�sormais se d�rouler de 73 � 71.</p><p>Les d�tachements romains sont battus les uns apr�s les autres. Spartacus se replie dans les collines plus accueillantes de l�int�rieur, vers le Sam-nium. Sa troupe grossit sans cesse : encombr�e de femmes, elle est arm�e de b�tons et indisciplin�e � souhait.</p><p>Elle se ravitaille en saccageant champs et villages. Spartacus aurait imagin� d�entra�ner sa horde hors de l�Empire, vers les libres pays barbares. Ceux qui le suivent dans sa migration vers le Nord r�ussissent � battre de nouvelles troupes romaines, sp�cialement lev�es.</p><p>Spartacus s�offre un triomphe de gladiateur dans les Abruzzes en contraignant � s�entre-tuer 400 des l�gionnaires captur�s. Pass� le Rubicon, il d�fait encore une arm�e romaine, mais</p><p>ne trouve plus dans la plaine padane, pass�e la saison des r�coltes, de quoi entretenir une horde que les Anciens disaient �tre de 100 000 hommes. Il reprend alors le chemin de l�Italie p�ninsulaire. Rome tremble comme si c��tait Hannibal : � juste titre, car Spartacus parvient � regagner la Lucanie.</p><p>Le pr�teur Marcus Licinius Crassus Dives, h�ritier d�une fortune unique � l��poque, qu�il avait grossie � l�occasion des d�sordres des guerres civiles, entreprend � la fois de satisfaire ses ambitions politiques et de sauver ses propres affaires : il propose de financer l�enr�lement de soldats et obtient des pouvoirs exceptionnels. Disposant de dix l�gions, il maintient son autorit� par des ex�cutions sans piti� et fait de grands massacres des r�volt�s, qui se sont s�par�s en plusieurs corps. Spartacus juge prudent d�envisager un repli sur la Sicile, o� trouver bl� et sympathisants. Mais les bateaux lui font d�-</p><p>faut, et il trouve en face de lui un gouverneur de Sicile r�solu, qui n�est autre que le c�l�bre concussionnaire Verres.</p><p>Il est isol� dans les for�ts de la Sila, entre la mer et les soldats de Crassus, qui creusent un foss� de 55 km, doubl� d�une palissade, au travers de l�isthme.</p><p>Ne pouvant tenir longtemps, car l�hiver est arriv�, il tente sorties et n�gociations, mais en vain, puis r�ussit � faire franchir subrepticement la fortification au tiers de son effectif, de nuit, sous une temp�te de neige. Crassus l�che le blocus pour se lancer � leur poursuite et demande de l�aide. N�anmoins, il bat ici et l� les r�volt�s, qui se sont dispers�s, et, � la nouvelle que Pomp�e*</p><p>marche � son secours, il se h�te d�en finir en un combat o� p�rit Spartacus lui-m�me, dans un lieu non identifi�. Il peut s�estimer vainqueur (d�but 71). Il rentre � Rome et fait crucifier tout au long de son chemin 6 000 prisonniers.</p><p>En �trurie, Pomp�e s�attribue cependant la victoire finale, en exterminant une des derni�res bandes.</p><p>Les faits, tels qu�ils sont rapport�s, pr�tent peu � discussion. Le d�tail en reste irr�m�diablement flou. Mais l�int�r�t de nos contemporains pour cet �pisode hors s�rie de l�histoire ancienne leur a inspir� � outre des oeuvres litt�raires, dont la plus fami-</p><p>li�re est celle d�Arthur Koestler � des consid�rations sur l�essence m�me de la r�volte et sur ses faiblesses. Pour certains, Spartacus a �chou� parce qu�il avait Rome pour adversaire et que l�issue du combat �tait ainsi assur�e.</p><p>Pour d�autres, il a �t� d�fait parce qu�il avait rang� sous la m�me banni�re des groupes sociaux dont les int�r�ts �taient diff�rents : paysans d�poss�d�s et esclaves en col�re, prisonniers de guerre et prisonniers pour dettes.</p><p>R. H.</p><p>H. M. Fast, Spartacus (New York, 1951 ; trad. fr., �d. � J�ai lu �, 1961). / A. W. Mischu-lin, Spartacus. Abriss der Geschichte des gros-sen Sklavenaufstandes (trad. du russe, Berlin, 1952). / W. L. Westermann, The Slave System of Greek and Roman Antiquity (Philadelphie, 1955). / J.-P. Brisson, Spartacus (Club fr. du downloadModeText.vue.download 351 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10306</p><p>livre, 1959). / P. Oliva, Spartakus (en tch�que, Prague, 1960).</p><p>spartakisme</p><p>F SOCIAL-D�MOCRATIE ET WEI-</p><p>MAR (r�publique de).</p><p>Sparte ou</p><p>Lac�d�mone</p><p>En gr. spart� ou LAKEDAIM�N, cit� des Lac�d�moniens, qui fut, � l��poque archa�que et classique de la Gr�ce, la grande rivale d�Ath�nes. (La ville moderne est la capitale du nome de Laconie.)</p><p><strong>Introduction</strong></p><p>Lac�d�mone eut des pan�gyristes exalt�s ou prudents : elle parut �tre v�ritablement le type de l��tat qui m�rite que, sans en tirer vanit�, on meure pour son service et pour ob�ir aux lois ; elle aurait r�alis� l��galit� parfaite entre tous les citoyens, abolissant entre eux toute comp�tition d�int�r�t personnel pour unir toute leur activit� au seul service d�sint�ress� de la collectivit�.</p><p>Pieux mirage !</p><p>Remarquable, Sparte l�est surtout par le fait qu�une minorit� de privil�-</p><p>gi�s sut, � l�aide d�une Constitution dont l�immobilisme �tait la principale vertu, imposer des si�cles durant son pouvoir � une masse �norme de serfs qui la nourrissaient. Elle l�est aussi par son repliement sur elle-m�me, sa x�no-phobie, qui fit son myst�re et qui put la faire croire admirable, faire oublier les convulsions qui rythm�rent une histoire o� les int�r�ts priv�s surent parler plus haut qu�il ne semble et l�affaiblir assez pour qu�elle n�ait pu survivre � ses d�faites.</p><p>Au centre de la Laconie, dans la petite vall�e de l�Eurotas, Sparte n��tait pas une ville � proprement parler : r�union de villages, elle n�eut jamais pour rempart que la poitrine de ses enfants.</p><p>Son territoire, quoique fertile, �tait insuffisant pour nourrir un �tat puissant, et il fallut conqu�rir � l�ouest de la haute barri�re du Tayg�te les riches plaines de la Mess�nie. La mer �tait loin ; le seul port convenable, Gythion, �tait � pr�s d�une journ�e de marche vers le sud.</p><p>Les Spartiates, seuls citoyens de plein droit, ne furent jamais tr�s nombreux : au temps de leur plus grande splendeur (� la fin des guerres m�-</p><p>diques), ils n�align�rent jamais plus de 5 000 soldats sur le champ de bataille.</p><p>L��tat englobait aussi les p�ri�ques, des hommes libres, vivant sous leurs propres lois dans des centres urbains soumis � Sparte, tel Gythion, mais qui n�avaient aucune prise sur la politique g�n�rale de la cit�. Les plus nombreux dans la cit� �taient les hilotes, esclaves attach�s au sol, propri�t� de l��tat ; ils cultivaient pour les citoyens des lots de terre (kl�roi), dont ils gardaient une part de fruits ; jouissant de certains droits (celui de fonder une famille notamment), constituant sinon des communaut�s, du moins des groupes, ils �taient m�pris�s, mais craints, car leurs r�voltes ne se comptaient pas ; quelque dangereux qu�ils pussent �tre, ils furent appel�s parfois � compl�ter dans l�ar-m�e les rangs que les p�ri�ques et les citoyens ne pouvaient pas remplir ; ce recours � des hommes arm�s qui d�fen-dront le syst�me m�me qui les oppri-</p><p>mait sera de plus en plus fr�quent � l��poque classique, quand la classe privil�gi�e verra d�cro�tre ses effectifs. Si l�on peut comparer leur statut � celui, notamment, des p�nestes de Thessalie, il faut bien dire que notre ignorance est compl�te sur son origine : il serait vain, en particulier, de continuer � se fonder sur des th�ories aussi inconsistantes que celles qui voudraient que les hilotes soient les descendants de la population primitive du P�loponn�se, que les Doriens auraient, � leur venue, r�duits.</p><p>Nul texte ne peut nous �clairer sur la mise en place de l�organisation sociale spartiate : les t�moignages de l�arch�ologie sont inexistants. L�histoire en Laconie ne commence qu�� la fin du VIIIe s. av. J.-C.</p><p>Naissance de</p><p>Lac�d�mone</p><p>La cit� fut enfant�e par la guerre. Une g�n�ration, durant toute la seconde moiti� du VIIIe s. av. J.-C., se sacrifia � la conqu�te de la Mess�nie et � la r�duction au statut d�hilote de ses habitants.</p><p>Puis les Spartiates s�oppos�rent en des luttes intestines, dont l�aboutissement fut le d�part des vaincus (les Parth�-</p><p>niens � � Fils de vierges � �, appel�s ainsi parce qu�ils auraient �t� les fils des jeunes Spartiates que le d�part des soldats aurait emp�ch�es de contracter un mariage l�gal) : ceux-ci s�en all�rent fonder Tarente (v. Gr�ce d�Occident) ; ce fut la seule participation de Lac�d�mone � l�effort de colonisation, sans doute parce que, � l�inverse de ce qui se passait alors dans d�autres cit�s, Sparte sut trouver tr�s vite une sorte d��quilibre constitutionnel.</p><p>La cit� d�couvrit tout d�abord, avec la victoire, la prosp�rit�. Ce fut pour un temps le centre intellectuel et artistique du monde grec : Terpandre vint de Lydie � Sparte ; inventeur de la lyre, il y enseigna les principes de la musique ; le po�te Alcman y r�sida, ainsi que Tyrt�e. Les d�couvertes arch�ologiques t�moignent du d�veloppement d�une civilisation brillante et raffin�e.</p><p>La seconde guerre de Mess�nie (682-668 av. J.-C.) vint briser cet �lan. Les hilotes r�cemment soumis se r�vol-</p><p>t�rent ; r�fugi�s sur le mont Ith�me, ils tinrent longtemps en haleine les troupes spartiates, que, peut-�tre, trop de bonheur n�avait pas pr�par�es � une telle lutte. L��tat se r�forma.</p><p>Depuis la fin du VIIIe s. av. J.-C., sans que faiblisse vraiment le pouvoir des deux rois, il existait � Sparte une assembl�e populaire ; l�oracle de Delphes en avait demand� lui-m�me l�installation par une rh�tra (� parole de l�oracle �), dont Plutarque a cru pouvoir nous donner le texte : � Fonde un sanctuaire de Zeus Scyllanios et d�Ath�na Seyllania ; distribue les tribus de trente personnes avec les chefs supr�mes ; de saison en saison, r�unis l�apella (l�assembl�e du peuple) ; ainsi consulte et dissous, mais le peuple aura le pouvoir de contredire et de d�cider. � (Vie de Lycurgue.)</p><p>Le responsable de cette premi�re r�forme aurait �t� Lycurgue, un personnage mythique auquel la tradition attribue la cr�ation de toute la Constitution spartiate. C�est ainsi que Polybe �crit : � Voil� comment Lycurgue, gr�ce � la Constitution qu�il a �labor�e, a pu assurer aux Lac�d�moniens une libert� qui s�est maintenue chez eux plus longtemps que chez aucun autre peuple. C�est en raisonnant qu�il a r�ussi � discerner par anticipation la provenance de chaque r�gime et le sens dans lequel, selon la nature des choses, il devrait �voluer. Il a pu ainsi concevoir son syst�me sans passer par de rudes �preuves. � (Histoire.) Mais ce n�est, justement, que dans la nouvelle guerre que naquit l�Eunomia, la � bonne Constitution � qui s�imposa vers 550 av. J.-C. (au temps de Chilon, l�un des Sept Sages) : les citoyens, qui s�aper�urent alors du danger mortel que leur faisait courir l�existence des hilotes et qui ne voulaient pas les associer � leurs privil�ges, renforc�rent les pr�rogatives de l��tat ; ils dot�rent la cit� d�un conseil de cinq �phores, charg�s de veiller � l�application des lois, dont ils furent d�ailleurs les seuls interpr�tes ; chacun se mit d�sormais au service exclusif de la cit�, devenant un soldat et toujours pr�t � la d�fendre ;</p><p>� furent alors bannis comme �trangers � Sparte les arts inutiles et superflus</p><p>[...] ; ne vinrent plus en Laconie ni rh�-</p><p>teur, ni devin charlatan, ni prox�n�te, ni trafiquant de bijoux d�or et d�argent</p><p>[...]. Le luxe, d�pouill� peu � peu de ce qui l�animait et l�alimentait, se fl�-</p><p>trit de lui-m�me. � (Plutarque, Vie de Lycurgue.) Sans qu�il faille exag�rer la brutalit� du ph�nom�ne, les r�formes politiques tarirent toute vitalit� �conomique. Sparte ne sera plus jamais le centre de la Gr�ce ; unis dans la rigidit� par leur peur de l��volution, les Spartiates maintiendront par leur sacrifice quotidien la forme d�un �tat dont l�archa�sme a fait peut-�tre la grandeur.</p><p>Les institutions</p><p>Les Spartiates sont les seuls citoyens de plein droit dans l��tat lac�d�monien. Ils sont dits � �gaux � (homoioi), car ils ont tous le droit de participer aux r�unions de l�apella ; chacun d�eux jouit des revenus d�un kl�ros (lot de terre), dont la r�partition originale fut, dit la tradition, l�oeuvre de Lycurgue.</p><p>Leur vie se passe tout enti�re au service de la cit� ; ils sont en principe, gr�ce au travail des hilotes, d�gag�s de tout souci personnel.</p><p>Le Spartiate est, d�s la naissance, soumis � une dokimasia (examen), qui �carte, en les exposant sur le Tayg�te, les b�b�s inaptes pour cause de malformation � une future vie militaire. �</p><p>sept ans, les enfants, quittant leur famille, sont int�gr�s � l�ag�g�, le cycle de formation que, de classe en classe, ils suivront jusqu�� dix-huit ans. Les jeunes filles ne sont pas oubli�es (au contraire de ce qui se passe ailleurs en Gr�ce), mais, quoique sportives, et participant aux diverses pan�gyries, elles ne subissent pas un entra�nement aussi dur et constant que celui des gar�ons.</p><p>Jusqu�� l��ge de douze ans, les enfants sont instruits dans les arts musicaux, acqui�rent le sens de la danse et des mouvements d�ensemble, mais leur �ducation purement intellectuelle para�t �tre quelque peu n�glig�e. � partir de douze ans commence une vie extr�mement difficile : peu v�tus, mal nourris, les jeunes doivent ob�ir sans murmure aux ordres des meilleurs d�entre eux, promus instructeurs, et � leurs ma�tres ; il sauront mourir s�il le faut et se pr�parent � devenir les meilleurs soldats de downloadModeText.vue.download 352 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10307</p><p>la Gr�ce. La comp�tition permanente entre les membres d�une m�me classe d��ge permet � une �lite de se d�gager, �lite � laquelle est r�serv�e l��preuve d�cisive de la cryptie : pendant plusieurs mois, le jeune soldat peut �tre envoy�, livr� � lui-m�me, muni d�un seul poignard, dans la campagne, o� il fait, par des raids d�assassinat, r�gner la crainte parmi les hilotes, prouvant par son habilet� et son endurance ses capacit�s de combattant.</p><p>Adultes et m�me mari�s, les Spartiates ne quittent pas la caserne. Ce n�est qu�� l��ge de trente ans qu�ils peuvent rejoindre leurs foyers et vivre avec les leurs, menant un semblant d�existence familiale. N�anmoins, c�est au mess qu�avec leurs compagnons d�armes ils prennent leurs repas (syssitie), et ce jusqu�� l��ge de soixante ans. Se d�rober ou n��tre plus en mesure d�assurer le versement de la contribution exigible pour le pot commun provoque la d�ch�ance civique et l�entr�e dans le clan des hypom�iones, inf�rieurs d�autant plus aigris qu�ils connaissent la valeur des privil�ges dont on les frustre (l�existence d�une classe de pauvres peut �tonner dans une cit� dont les citoyens se targuent d��tre �gaux, mais il faut tenir compte de ce que l�absence de r�partitions r�gu-li�res des kl�roi d�favorise les familles nombreuses et du fait que les riches de l��poque archa�que ont conserv� des propri�t�s, tandis que le premier partage des lots ne touchait que les plaines de Laconie et de Mess�nie).</p><p>Chaque citoyen a le droit, d�s l��ge de trente ans, de participer aux r�unions de l�apella ; celle-ci si�ge en plein air ; les participants restent debout et ne jouissent d�aucune des aises qui permettraient un travail s�rieux.</p><p>L�apella n�est gu�re qu�une chambre d�enregistrement, toutes les d�cisions �tant pr�par�es par les autres instances de l��tat. Elle joue n�anmoins un grand r�le, puisqu�elle �lit les membres de la Chambre haute, le Conseil des Anciens et les cinq �phores ; le vote se fait par</p><p>acclamations.</p><p>Les Anciens, personnages de plus de soixante ans, d�sign�s en r�compense de leurs vertus, sont vingt-huit ; ils pr�-</p><p>parent les projets de d�crets qui seront soumis � l�apella, souverainement puisqu�il ne semble pas que cette derni�re ait le droit d�amendement. Avec eux si�gent les deux rois : � Sparte, en effet, depuis les origines, r�gnent deux rois se succ�dant h�r�ditairement, l�un dans la famille des Agiades, l�autre dans celle des Eurypontides. Cette dyarchie (qui permet, par ailleurs, de se rendre compte de l�in�galit� qui existe malgr� tout dans le groupe des �gaux) est unique dans le monde grec, et donc tout � fait inexplicable, d�autant que l��volution a amoindri les pr�rogatives royales ; � l��poque historique, outre un r�le d�lib�ratif, la fonction des deux rois est de conduire chacun � son tour le commandement des arm�es, de proc�der aux sacrifices qui garantissent l�existence de l��tat.</p><p>Le pouvoir est d�sormais aux mains des �phores � cinq surveillants �lus pour un an � et il est immense : les �phores sont ma�tres de l�interpr�tation de la loi, s��rigeant en tribunal, agissant sans contr�le dans le secret le plus absolu et faisant ex�cuter leurs d�cisions par une sorte de police ; non r��ligibles, ils ne sont responsables de leur action que devant leurs successeurs, qui n�ont gu�re int�r�t � nuire, en les mettant en accusation, aux privil�ges de l�ex�cutif ; ils ont le droit de d�poser les rois, et ce privil�ge leur permet de faire pr�valoir de fa�on de plus en plus nette leur puissance ; ils imposent m�me aux rois (non sans difficult� d�ailleurs) leur pr�sence � l�arm�e.</p><p>C�est ainsi un petit coll�ge de magistrats qui dirige Sparte ; ce syst�me oligarchique ne laisse au peuple gu�re de responsabilit� dans la conduite des affaires, les �lections ne parvenant pas � lui donner vraiment le pouvoir. Pourtant, cette Constitution aura le m�rite de durer, car la crainte des r�voltes, sans doute, r�ussira � masquer longtemps entre les �gaux les tensions que le sens de la discipline n�emp�chera pas de na�tre.</p><p>L��ducation des filles L��ducation �tant � son avis l�oeuvre la plus importante et la plus belle du l�gislateur, Lycurgue la pr�para de loin en s�occupant tout d�abord des mariages et des naissances. Car il n�est pas exact, comme le pr�tend Aristote, qu�ayant entrepris d�assagir les femmes, il y ait renonc� parce qu�il ne pouvait mod�rer leur grande licence et leur empire sur leurs maris, qui, souvent partis en exp�dition, �taient contraints de leur abandonner la conduite de leurs maisons, leur t�moignaient plus de d�f�rence qu�il ne convenait et leur donnaient le titre de ma�tresses : il prit d�elles, au contraire, tout le soin possible. Par son ordre, les jeunes filles s�exerc�rent � la course, � la lutte, au lancement du disque et du javelot.</p><p>Il voulait que la semence de l�homme fortement enracin�e dans des corps robustes pouss�t de plus beaux germes et qu�elles-m�mes fussent assez fortes pour supporter l�enfantement et lutter avec aisance et succ�s contre les douleurs de l�accouchement.</p><p>�cartant la mollesse d�une �ducation casa-ni�re et eff�min�e, il n�habitua pas moins les jeunes filles que les jeunes gens � pa-ra�tre nues dans les processions, � danser et � chanter lors de certaines c�r�monies religieuses en pr�sence et sous les yeux des gar�ons. Quelquefois m�me elles leur lan�aient � propos des railleries lorsqu�ils avaient commis quelque faute ou, au contraire, elles faisaient dans leurs chants l��loge de ceux qui en �taient dignes. Elles leur inspiraient ainsi un grand amour de la gloire et une grande �mulation pour la vertu [...]. La nudit� des jeunes filles n�avait rien de d�shonn�te, car la pudeur l�accompagnait et tout libertinage en �tait absent ; elle les habituait � la simplicit�, les engageait � rivaliser de vigueur et faisait go�ter � leur sexe un noble sentiment de fiert�, � la pens�e qu�elles n�avaient pas moins de part que les hommes � la valeur et � l�honneur. Il arrivait ainsi qu�elles disaient ou pensaient ce qu�on rapporte de Gorgo, femme de L�onidas. Comme une femme, une �trang�re sans doute, lui disait : � Vous autres, Lac�d�moniennes, vous �tes les seules qui commandiez aux hommes. �</p><p>C�est que, r�pondit-elle, nous sommes les seules qui mettions au monde des hommes. � (Plutarque, Vie de Lycurgue.) Le mariage</p><p>On se mariait � Sparte en enlevant sa femme, qui ne devait �tre ni trop petite ni trop jeune, mais dans la force de l��ge et de la maturit�. La jeune fille enlev�e �tait remise aux mains d�une femme appel�e nympheutria, qui lui coupait les cheveux ras, l�affublait d�un habit et de chaussures d�homme, et la couchait sur une paillasse, seule et sans lumi�re. Le jeune mari�, qui n��tait pas ivre, ni amolli par les plaisirs de la table, mais qui, avec sa sobri�t� coutumi�re, avait d�n� aux syssities (� repas en commun �), entrait, lui d�liait la ceinture et, la prenant dans ses bras, la portait sur le lit. Apr�s avoir pass� avec elle un temps assez court, il se retirait d�cemment et allait, suivant son habitude, dormir en compagnie des autres jeunes gens. Et, dans la suite, il faisait toujours de m�me : il passait le jour et la nuit avec ses camarades et venait chez sa jeune femme � la d�rob�e et avec pr�caution ; il craignait et aurait rougi d��tre aper�u par quelqu�un de la maison.</p><p>De son c�t�, sa femme usait d�adresse et l�aidait � m�nager des occasions de se r�unir sans �tre vus. Et ce man�ge durait longtemps, si bien que le mari avait parfois des enfants avant d�avoir vu sa femme en plein jour. Apr�s avoir mis dans les mariages tant de pudeur et d�ordre, Lycurgue n�eut pas moins de soin d�en bannir la jalousie, sentiment vain et qui n�a rien de viril. Il d�cida qu�il convenait d��carter enti�rement du mariage la violence et le d�sordre, et de permettre � ceux qui en �taient dignes d�avoir des enfants en commun [...]. Il �tait permis au mari �g� d�une jeune femme d�introduire aupr�s d�elle un jeune homme bien n� qu�il aimait et qu�il estimait, et de lui permettre de s�unir � elle pour en avoir un enfant de sang g�n�reux qu�il consid�-</p><p>rerait comme le sien propre. Il �tait permis de m�me � un homme de m�rite, s�il admi-rait une femme f�conde et sage mari�e � un autre homme, de la lui demander, pour y semer comme dans un terrain fertile et avoir d�elle de bons enfants, n�s d�un bon sang et d�une bonne race. (Plutarque, Vie de Lycurgue.)</p><p>La puissance de Sparte</p><p>Durant la fin du VIe s. av. J.-C., Lac�-</p><p>d�mone impose son h�g�monie �</p><p>l�ensemble du P�loponn�se par ses victoires sur T�g�e et ses luttes avec Argos ; elle pose ainsi les bases de la ligue P�loponn�sienne, gr�ce � laquelle elle peut assumer � la fin du Ve s. av.</p><p>J.-C. l�h�g�monie sur toute la Gr�ce.</p><p>Ses ambitions mettent n�anmoins</p><p>du temps � se dessiner. Si le roi Cl�o-m�ne veut entra�ner la cit� dans une politique antityrannique et mener des exp�ditions en dehors du P�loponn�se, notamment contre les Pisistratides � Ath�nes, ses �checs (contre Clisth�ne*</p><p>notamment en 508-507 av. J.-C.) provoquent, avec un affermissement du pouvoir des �phores, un assouplissement de sa politique extra-p�loponn�-</p><p>sienne. Les guerres m�diques* lui permettront, n�anmoins, de se reprendre, non la premi�re guerre, o�, retard�s par des scrupules religieux (ou bien une r�volte des hilotes), ses soldats n�arrivent pas � temps pour participer � la victoire de Marathon, mais la seconde, o� la ligue de Corinthe, en 481</p><p>av. J.-C., lui donne sur terre et sur mer l�h�g�monie (malgr� la puissance de la flotte ath�nienne) ; la glorieuse d�faite des Thermopyles, o� les 400 hoplites de L�onidas meurent � pour ob�ir aux lois �, l�esprit de sacrifice dont furent anim�s les soldats spartiates � la victoire de Plat�es (479 av. J.-C.) et le succ�s de leur combat feront oublier que la victoire de Salamine �tait avant tout l�oeuvre de Th�mistocle et de la flotte ath�nienne.</p><p>Il faut toute la maladresse de Pausanias pour que Lac�d�mone perde le fruit de ses sacrifices. Charg� de continuer apr�s Plat�es la contre-offensive contre les Perses, Pausanias s�ali�ne les Grecs par son arrogance (ne se fait-il pas appeler Pausanias � chef de la vaste Hellade � ?) et par ses insuffisances, et se perd par ses intrigues avec Xerx�s, � qui on peut croire qu�il va se rendre. Il est rappel� pour �tre jug� ; la cit� n�a plus de vrais chefs, et ses pertes en hommes ont �t� terribles ; de nouveau, les �phores imposent le repli sur le P�loponn�se. Durant pr�s de vingt ans, Ath�nes pourra, sans �tre inqui�t�e, constituer son empire ; downloadModeText.vue.download 353 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10308</p><p>puis l�heure sonnera de l�affrontement d�cisif.</p><p>En 464 av. J.-C., un terrible tremblement de terre ravage la Laconie : 20 000 personnes p�rissent ; le roi Archidamas fait sonner le rassemblement, et les hilotes, accourus � la cur�e de la ville, trouvent l�arm�e rang�e en ordre de bataille. N�anmoins, la r�volte se d�veloppe ; regroup�s autour du mont Ith�me, les hilotes paraissaient invincibles. Sparte vient supplier les Ath�niens, connus pour leur talent en poli�orc�tique, de venir � son secours.</p><p>Cimon* use son prestige � expliquer</p><p>� qu�il ne faut pas que la Gr�ce soit boiteuse, qu�Ath�nes soit seule attach�e au timon de la Gr�ce � ; un contingent de 6 000 hoplites est envoy� en Mess�nie.</p><p>Le si�ge de la forteresse de l�Ith�me tra�nant en longueur, des frictions se font jour entre les alli�s : en 462 av.</p><p>J.-C., les Lac�d�moniens renvoient le contingent ath�nien, camouflet que le nouveau gouvernement d�mocratique d�Ath�nes ne pardonnera pas.</p><p>Le conflit ouvert commence d�s</p><p>457 av. J.-C. ; il sera coup� de tr�ves qui permettront aux adversaires de reprendre souffle et durera jusqu�en 405</p><p>av. J.-C. Ath�nes a besoin, pour soutenir le d�veloppement de la d�mocratie, d�accro�tre son empire ; il lui faut donc tenter d�imposer son h�g�monie m�me aux alli�s de Sparte, ce qui provoque la guerre dite � du P�loponn�se �.</p><p>P�ricl�s* croit la victoire � sa port�e : dans un discours � l�Assembl�e en 431</p><p>av. J.-C., il souligne que les P�loponn�siens ne seront jamais capables de r�sister � cause de la faiblesse de leurs finances, des insuffisances de la ligue P�loponn�sienne et de la puissance de l�empire d�Ath�nes.</p><p>� Quant aux conditions de la guerre et aux ressources des deux partis, nous ne serons pas les moins forts [...]. Les P�loponn�siens, en effet, travaillent eux-m�mes la terre et n�ont de fortune ni individuelle ni collective ; avec cela, ils ne connaissent pas les guerres qui durent et se passent outre-mer, car la pauvret� ne leur permet que de br�ves actions les opposant entre eux [...].</p><p>S�il ne s�agit que d�un seul combat, les P�loponn�siens et leurs alli�s peuvent tenir bon contre tous les Grecs ; mais, s�il s�agit de mener une guerre contre une puissance militaire diff�rente de</p><p>la leur, ils ne le peuvent pas, d�s lors qu�ils ne pratiqueront pas, sous une direction unique, une action imm�diate un peu vive, capable d�aboutir, et que, ayant tous un �gal droit de vote, sans �tre de m�me race, ils n�auront chacun � coeur que leur point de vue personnel [...]. D�autre part, et c�est l�essentiel, l�insuffisance de leurs ressources financi�res les paralysera, d�s lors que les d�lais employ�s � les procurer cr�eront des atermoiements : � la guerre, l�occasion n�attend pas. � (Thucydide, la Guerre du P�loponn�se.)</p><p>Ce que P�ricl�s consid�re comme</p><p>la faiblesse de Sparte � l�autonomie des alli�s de la ligue P�loponn�sienne</p><p>� se r�v�lera �tre son principal atout.</p><p>L�empire d�Ath�nes, en effet, prive, au seul profit du peuple d�Ath�nes, trop de cit�s de leur libert� pour qu�elles ne soient pas attir�es par l�h�g�monie spartiate. Plus difficile sera pour les Lac�d�moniens de tenir au cours d�un conflit de longue haleine ; il faudra engager dans l�arm�e de plus en plus d�hilotes pour nourrir les exp�ditions, quitte � les mettre tous � mort quand la victoire pourrait leur donner l�id�e qu�ils ont droit � quelque reconnaissance. Certaines d�faites t�moignent de l�affaiblissement du corps civique : ainsi, Lac�d�mone manque de signer la paix en 425 av. J.-C., quand, dans l��lot de Sphact�rie, ont �t� faits prisonniers 120 �gaux apr�s une d�fense h�ro�que. C�est en �largissant le conflit que Sparte l�emporte : Lysandre fait alliance avec la Perse ; abandonnant les droits historiques des Grecs � l�autonomie compl�te, il livre ceux-ci au pouvoir des Barbares, mais peut surprendre � la fin d�ao�t 405 av. J.-C.</p><p>la flotte ath�nienne au mouillage pr�s d�Aigos-Potamos et la d�truit.</p><p>Ath�nes ne r�ussit pas � sauvegarder alors sa libert� et capitule en 404 av.</p><p>J.-C. Sparte devient la ma�tresse incontestable du monde grec.</p><p>Les Spartiates � la bataille</p><p>de Plat�es (479 av. J.-C.)</p><p>Les Lac�d�moniens [...] offraient des sacrifices, dans l�intention de livrer combat � Mardonios et aux troupes qui �taient l� ; ils</p><p>ne r�ussissaient pas � obtenir des pr�sages favorables ; et, en attendant, beaucoup des leurs tombaient et beaucoup plus encore �taient bless�s ; car les Perses, s��tant fait un rempart de leurs boucliers, les criblaient de traits qu�ils ne m�nageaient pas ; les Spartiates �taient accabl�s, et les pr�sages ne devenaient pas favorables ; Pausanias, alors, tournant ses regards vers le sanctuaire d�H�ra � Plat�es, implora la d�esse et la supplia d�emp�cher que les siens ne fussent d��us dans leurs esp�rances [...]</p><p>et aussit�t apr�s la pri�re de Pausanias, les pr�sages fournis aux Lac�d�moniens par leurs sacrifices devinrent favorables.</p><p>(H�rodote.)</p><p>Les Spartiates � Mantin�e</p><p>(418 av. J.-C.)</p><p>Et le lendemain, tandis que les Argiens et leurs alli�s avaient adopt� la formation dans laquelle ils devaient combattre s�ils tombaient sur l�ennemi, les Lac�d�-</p><p>moniens, revenant, apr�s s��tre occup�s de l�eau, � leur camp pr�c�dent, pr�s de l�H�racl�ion, voient � proximit� leurs adversaires d�j� tous en ligne et avanc�s en bas de la colline : les Lac�d�moniens �prouv�rent en cette occasion le plus grand effroi dont ils eussent m�moire ; le d�lai �tait bref pour leurs pr�paratifs, et aussit�t, dans un �lan de z�le, ils retrouvaient leur bon ordre, le roi Agis dirigeant tout selon la r�gle. Quand un roi est � la t�te des troupes, c�est de lui que partent tous les ordres : il explique lui-m�me aux pol�marques ce qu�il faut faire, eux le disent aux lochages, ces derniers aux pant�cont�res, ceux-ci � leur tour aux �nomo-tarques, qui le disent � leur �nomotie ; et toutes les consignes que l�on veut donner suivent la m�me fili�re et arrivent � destination rapidement ; car on peut dire, en gros, que toute l�arm�e lac�d�monienne, � peu de chose pr�s, se compose de commandants hi�rarchis�s ; si bien que le soin de l�action � mener incombe � un grand nombre [...].</p><p>Apr�s cela, ils se mirent en marche : les Argiens et leurs alli�s avan�aient avec fougue et imp�tueusement, les Lac�d�-</p><p>moniens, eux, avec lenteur, au rythme de nombreux joueurs de fl�te, dont la r�gle exige la pr�sence parmi eux, non par pour des raisons religieuses, mais pour que, marchant en mesure, ils avancent avec ensemble, sans rompre leur ordonnance</p><p>comme les grandes arm�es le font volontiers lorsqu�elles s�abordent. (Thucydide.) Le d�clin</p><p>Lysandre organise la victoire. �</p><p>Ath�nes, il fait d�truire les remparts et installe un r�gime oligarchique ; partout il �tablit des harmostes (gouverneurs militaires) et des d�carchies (comit�s ex�cutifs de 10 membres), dont l�autorit� fait vite regretter la domination ath�nienne. Grande est la d�ception des Grecs. Ce pouvoir est vite battu en br�che : Ath�nes s�en lib�re la premi�re en 403 av. J.-C., puis c�est la guerre de Corinthe, suscit�e par les Perses, qui organisent une coalition o� se regroupent Ath�nes et Argos, Th�bes et Corinthe. Antal-cidas sait persuader le Grand Roi que la reconnaissance d�Ath�nes est plus dangereuse pour l�Empire perse que l�h�g�monie spartiate : aussi, en 386</p><p>av. J.-C., la paix du Roi impose aux Grecs la fa�on de voir d�Artaxerx�s, � qui est garantie la possession des cit�s grecques d�Ionie, nouvel abandon par Lac�d�mone des Grecs d�Asie au profit de sa politique continentale ; le Grand Roi refuse aux Grecs le droit de s�organiser en ensembles puissants, chaque cit� devant conserver son autonomie ; Sparte, elle, peut continuer � animer et � r�gir sa propre ligue, puisque la tradition pr�tend qu�elle respecte l�ind�pendance de ses alli�s ; sous l�impulsion du roi Ag�silas, elle d�truit Nantin�e, installe une garnison � la Cadm�e de Th�bes et intervient contre Olynthe.</p><p>Les haines qui se d�veloppent alors contre l�interventionnisme lac�d�monien font, un temps, le succ�s (� partir de 377 av. J.-C.) de la seconde Conf�-</p><p>d�ration ath�nienne.</p><p>Contest�e � l�ext�rieur, la puissance de Sparte manque de sombrer dans des luttes intestines. D�j�, durant la guerre du P�loponn�se, avait eu lieu une r�-</p><p>forme capitale pour l�avenir du r�gime : l��phore Epitadeus avait �tabli que les pairs pouvaient disposer � leur gr� de leur kl�ros et sinon le vendre, du moins le l�guer � qui bon leur semblait, et ce par haine, dit Plutarque, de son fils ; cette nouveaut� favorisa bien vite la constitution d�une nouvelle propri�t�, le Spartiate riche n�ayant aucune peine</p><p>� acheter, en quelque sorte en viager, la terre de tel de ses concitoyens en difficult�. Plus grave encore a �t� l�invasion de la cit� par les richesses que la guerre a apport�es, mettant en relief les in�galit�s sociales entre les homoioi et les rendant insupportables.</p><p>En 397 av. J.-C. �clate ainsi la r�-</p><p>volte de Cinadon, jeune homme qui, quoique d�origine spartiate, ne fait plus partie des pairs, ce qui ne l�emp�che pas, d�ailleurs, de servir la cit� en des t�ches de basse police : cette r�volte est �touff�e dans le sang, mais les pr�-</p><p>cautions que l�on prend pour �carter Cinadon de Sparte avant de l�ex�cuter montrent bien que les chefs de la cit� (rois, g�rontes et �phores) ne peuvent prendre le risque de voir se d�couvrir ses partisans. Sans doute, d�s cette �poque, le pouvoir est-il r�serv� � une caste qu�� juste titre les autres Spartiates peuvent consid�rer comme leur ennemie.</p><p>Le r�sultat de cette �volution ne se fait gu�re attendre. En 371 av. J.-</p><p>C., les Th�bains, qui, depuis 373 av.</p><p>J.-C., ont reconstitu� la conf�d�ration b�otienne, r�ussissent, gr�ce au g�nie d��paminondas, � remporter la victoire de Leuctres. Pour la premi�re fois, dans un combat de type traditionnel, les hoplites spartiates sont vaincus ; sans doute leur aret�, cette vertu des soldats rang�s en phalange, n�est-elle plus � la hauteur de la situation ; dans un monde tout nouveau que la Mac�-</p><p>downloadModeText.vue.download 354 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10309</p><p>doine va transformer selon les vues de Philippe et d�Alexandre, Sparte ne sera plus jamais, sauf en quelques sursauts, qu�une puissance de second ordre.</p><p>Apr�s Leuctres, Sparte conna�t</p><p>un d�clin irr�m�diable, qu�accentue encore la fondation de M�galopolis, capable de lui disputer la pr��minence dans le P�loponn�se. En 358 av. J.-</p><p>C., Philippe II de Mac�doine vient ravager la Laconie ; en 294 av. J.-C., c�est le tour de D�m�trios Poliorc�te, et, en 244 av. J.-C., celui des �toliens,</p><p>qui repartent en emmenant avec eux 5 000 prisonniers, qui deviendront esclaves.</p><p>N�anmoins, la cit� est capable � l�occasion de belles r�actions : en 272</p><p>av. J.-C., Pyrrhos*, tentant d�y p�n�-</p><p>trer, est repouss�, et les femmes, elles-m�mes, retrouvant leur antique vertu, participent au combat. Les forces de renouvellement existent, dont les rois sont d�sormais d�positaires, car la fonction a, en effet, gagn� en prestige dans le monde hell�nistique.</p><p>Agis IV, � partir de 244 av. J.-C., tente d�user de son pouvoir pour r�former la cit�. Il veut qu�elle revienne � l�ancienne tradition de Lycurgue ; il sait persuader sa m�re et sa grand-m�re d�abandonner leurs immenses richesses au profit de leurs concitoyens (un Spartiate m�le, en effet, ne pouvait, en principe, jouir du droit de propri�t� mobili�re ; c��tait donc les femmes qui recevaient l�administration de fortunes parfois consid�rables ainsi que le prestige et la puissance qui en d�coulaient), mais, s�il peut promettre l�abolition des dettes et entra�ner ainsi dans une glorieuse exp�dition en Achaie une troupe enthousiaste de jeunes hoplites d�barrass�s du fardeau des hypoth�ques, il finit par se briser contre l�opposition des riches propri�taires fonciers, qui ne veulent � aucun prix de la r�forme agraire dont il sent la n�cessit�. Il mourra assassin� (241 av. J.-C.).</p><p>Cl�om�ne III reprend son h�ritage � partir de 237 av. J.-C. Jeune �poux de la veuve d�Agis, Agiatis, il com-munie dans le culte des vertus de son pr�d�cesseur. Par ailleurs, Sykairos, son ma�tre, l��duque dans les principes d�aust�re �galit� qui sont le fond de la doctrine sto�cienne. Profitant de ses premiers succ�s militaires (en Arca-die contre les Ach�ens), Cl�om�ne se d�barrasse (avec l�appui du peuple r�uni dans l�apella) des �phores, qui sont remplac�s par un coll�ge de patro-nomoi. Il lui est alors possible d�entreprendre une v�ritable r�forme agraire ; il distribue 4 000 kl�roi � autant de chefs de famille qui sont � m�me d�entrer (ou de rentrer) dans la cit�, apportant le sang neuf qui sera sa puissance nouvelle. Il remet en usage le syst�me</p><p>de l�ag�g�, r�tablit les syssities. Ainsi peut-il emmener en campagne une</p><p>troupe de 15 000 soldats anim�s de nouveau du d�sir de servir la cit�, qui n�est plus l�esclave d�une d�plorable ploutocratie. Les succ�s sont imm�-</p><p>diats ; dans tout le P�loponn�se, le petit peuple est favorable � Cl�om�ne, mais les riches bourgeois qui dominent la conf�d�ration ach�enne voient avec terreur celle-ci se dissoudre ; en 225</p><p>av. J.-C., Argos passe � Lac�d�mone, puis c�est le tour de Corinthe. Cl�o-m�ne, pourtant, ne sait pas r�pondre � cette sympathie ; nulle part, il ne pro-meut de r�formes sociales ; nulle part, il n�abolit les dettes ; il ne veut pas que les villes, qui, depuis les origines de l�histoire grecque, ont �t� les rivales de Lac�d�mone, acqui�rent, avec une nouvelle structure sociale, un surcro�t de puissance. Dans le monde hell�nistique, Cl�om�ne III continue de raisonner en termes anciens, se contentant du pouvoir qu�il exerce sur sa cit� et ne se souciant gu�re d�am�nager un royaume aux dimensions de l��poque nouvelle.</p><p>Ce sera sa perte ; Aratos saura (abandonnant la politique antimac�donienne � laquelle il a consacr� sa vie) faire alliance avec Antigonos II D�s�n, qui, en juillet 222 av. J.-C., �crase Cl�om�ne � Sellasie. Ce dernier doit s�enfuir en �gypte, o� il mourra obscur�ment ; la ville est prise sans coup f�rir, l��phorat est r�tabli, et le roi de Mac�doine impose � la ville un �pistate (gouverneur). Ce sera la fin de l�ind�pendance de Sparte.</p><p>Avant que Rome ne soit ma�tresse de la Gr�ce, les tyrans, tel Nabis, mettent la cit� en coupe r�gl�e, puis Sparte sombre d�finitivement dans la m�diocrit�. Si l�essentiel des institutions pourra survivre, ce sera surtout l�aspect folklorique de la vie des citoyens qui int�ressera les curieux : ainsi subsisteront des c�r�monies aussi archa�ques que les flagellations des jeunes gens sur l�autel d�Art�mis Orthia, o� chacun devait faire preuve de sa r�sistance physique (souvenir de l�ag�g� et des rites qui accompagnaient le passage d�une classe d��ge � une autre). La cit� ne sera plus gu�re que le conservatoire d�une vie que l��volution avait voulu abandonner.</p><p>Sparte fut � l�origine de l�histoire</p><p>grecque la plus accomplie des cit�s grecques ; les citoyens y oubliaient leurs int�r�ts et savaient abandonner toute volont� d�accomplissement personnel pour se consacrer au service de l��tat et des lois. Mais les d�s �taient, d�s l�origine, pip�s : certains des �gaux surent profiter de la discipline de leurs concitoyens. La cit� vint � se dissoudre dans les luttes civiles, la faiblesse de la d�mographie la contraignit � l�impuissance, et de nouveaux pouvoirs l�abolirent. Dans le cours du VIe s. av.</p><p>J.-C., ses ma�tres avaient renonc� pour elle � la gloire de l�esprit et de l�art ; il lui resta d��tre honor�e par ceux qui crurent, ou voulurent faire croire, que le bonheur pouvait na�tre de la dissolution disciplin�e de la personne au sein d�un groupe de camarades.</p><p>J. M. B.</p><p>F Gr�ce / P�loponn�se.</p><p>F. Ollier, le Mirage spartiate (De Boccard, 1938, et Les Belles-Lettres, 1943 ; 2 vol.). /</p><p>K. M. T. Chrimes, Ancient Sparta (Manchester, 1949). / H. Michell, Sparta (Cambridge, 1952 ; trad. fr. Sparte et les Spartiates. Histoire, constitution, Payot, 1953). / P. Roussel, Sparte (De Boccard, 1960). / V. Ehrenberg, From Solon to Socrates. Greek History and Civilisation during the 6th and 5th Centuries B. C. (Londres, 1968).</p><p>/ W. G. G. Forrest, A History of Sparta, 950-192</p><p>B. C. (Londres, 1968). / A. J. Toynbee, Some Problems of Greek History (Londres, 1969). /</p><p>E. Rawson, The Spartan Tradition in European Thought (Oxford, 1969).</p><p>spasmophilie</p><p>Affection caract�ris�e par une hyperexcitabilit� neuro-musculaire permanente qui entra�ne � plus ou moins grande fr�quence des crises de contractions musculaires involontaires, dites</p><p>� crises de t�tanie �.</p><p>La spasmophilie est tr�s fr�quente et h�r�ditaire, et son mode de transmission est dominant. La variabilit� de ses manifestations rend, par contre, illusoire toute tentative de pr�cision en ce qui concerne l�h�r�dit� des sympt�mes et la forme sous laquelle elle se manifeste dans la descendance.</p><p>Les signes motivant la consultation</p><p>d�un(e) spasmophile sont tr�s vari�s : fatigue, lipothymies (�vanouissements ou impressions d�imminence d�un malaise), fourmillements dans les mains, maux de t�te, troubles psychiques, vomissements, crises douloureuses abdominales, rarement des crises convulsives vraies, parfois des crises de t�tanie, que nous allons d�tailler.</p><p>La crise de t�tanie</p><p>C�est un syndrome dont les causes sont multiples (baisse du calcium sanguin par mauvais fonctionnement des para-thyro�des, rachitisme ou ost�omalacie, d�faut de vitamine D, pertes de calcium lors des diarrh�es ou de l�allaitement).</p><p>Les crises aigu�s de t�tanie sont toujours pr�c�d�es de fourmillement ou de crampes musculaires des extr�mi-t�s, qui peuvent, � elles seules, r�aliser des crises frustes. L�acc�s typique de l�adulte est une contracture musculaire involontaire, plus d�sagr�able que douloureuse, pr�dominant aux extr�mit�s des membres et se propageant � leurs racines. En g�n�ral sym�triques, les contractures sont responsables de l�aspect des mains dites � mains d�accoucheur � (la main se creuse en goutti�re, le pouce se met en adduction, les doigts se rapprochent de lui). Le pied est plus rarement atteint. Les muscles de la face peuvent �tre atteints (aspects dits</p><p>� en museau de carpe �, rictus ou rire sardonique), de m�me que les muscles extenseurs de la colonne vert�brale avec attitude en opisthotonos (le corps et la t�te se renversent en arri�re, les jambes et les bras sont en extension).</p><p>Ces contractures peuvent s�accompagner d�angoisse, de sueurs. La perte de connaissance est exceptionnelle (ce qui diff�rencie la t�tanie de l��pilepsie*). La crise se termine brutalement apr�s une dur�e allant de quelques minutes � quelques heures. Les crises se groupent parfois par attaques pouvant �tre d�clench�es par un d�s�quilibre psychique, une infection.</p><p>� c�t� de ces crises aigu�s franches, il est des crises frustes, des crises de contracture des muscles visc�raux : laryngospasme qui, chez le nourrisson, peut entra�ner la mort par suffocation ; bronchospasme ; spasme gastrique �voquant un ulc�re de l�estomac ;</p><p>spasme intestinal ou ent�rospasme.</p><p>� l�examen, le signe de Chvostek, s�il est net, suffit � assurer le diagnostic de t�tanie : c�est la contraction du muscle de la partie m�diane de la l�vre sup�rieure apr�s percussion de la joue au milieu de la ligne allant du lobule de l�oreille � la commissure labiale.</p><p>Le signe de Trousseau peut �tre provoqu� par la striction du bras en pli du coude par un garrot : on observe une crispation de la main en � main d�accoucheur �.</p><p>Le spasme</p><p>Contraction involontaire des muscles sous l�effet d�une cause nerveuse (�pilepsie), humorale (hypocalc�mie), toxique (strychnine) ou d�un d�s�quilibre affectif. Dans ce sens, il est synonyme de � convulsion �.</p><p>Suivant son type continu ou saccad�, il est nomm� tonique ou clonique. Actuellement, il tend � d�signer une contraction continue (spasme tonique). Le spasme peut �tre douloureux et transitoire comme downloadModeText.vue.download 355 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10310</p><p>dans la crampe. Ailleurs, il est prolong� et peut entra�ner, lorsqu�il est localis� aux membres inf�rieurs, une d�marche spasmodique (cas des paralysies � spasmodiques � ou � spastiques �, o� les mouvements sont autant g�n�s par la contracture que par le manque de force musculaire).</p><p>Lorsque le spasme atteint les muscles lisses des vaisseaux ou des conduits naturels, il provoque un ralentissement ou un arr�t de progression des liquides correspondants et une douleur plus ou moins vive.</p><p>Dans les art�res, le spasme provoque l�isch�mie, la thrombose* et l�infarctus*, selon des modalit�s diff�rentes suivant les organes.</p><p>Les m�dicaments antispasmodiques ou spasmolytiques sont divis�s en plusieurs classes, selon qu�ils agissent � la p�riph�-</p><p>rie, sur la fibre musculaire (telle la papav�rine), sur le syst�me nerveux v�g�tatif (telle l�atropine) ou sur le syst�me nerveux</p><p>central (tranquillisants, myorelaxants, dont il existe de tr�s nombreuses formes).</p><p>Les examens</p><p>de laboratoire</p><p>Les dosages biologiques chez les sujets spasmophiles montrent une calc�mie (taux de calcium sanguin) normale ou presque normale en dehors des crises, mais une chute de celle-ci peut d�clencher une crise de t�tanie ; la magn�si�-</p><p>mie (taux du magn�sium sanguin) peut �tre normale ou abaiss�e.</p><p>L��lectromyogramme (�tude des</p><p>potentiels �lectriques �mis spontan�ment par les fibres musculaires), m�me en �tat de repos, permet parfois d�enregistrer un signe caract�ristique de la t�tanie : le � multiplet � (r�p�-</p><p>tition � intervalles fixes de deux, de trois ou de plusieurs potentiels �lectriques �manant tous de la m�me unit� neuro-musculaire).</p><p>L��lectroenc�phalogramme montre</p><p>souvent des troubles du rythme avec ondes lentes parfois group�es et diffuses.</p><p>Tous ces troubles s�accusent ou</p><p>n�apparaissent qu�apr�s l��preuve d�hyperpn�e, qui consiste � faire respirer profond�ment le patient pendant cinq minutes. Ils peuvent �tre absents chez le spasmophile � certaines phases de la maladie. L�absence (m�me totale) de signes �lectriques de t�tanie latente ne permet pas d��liminer le diagnostic de la spasmophilie. Cette absence est fr�quente chez le nourrisson, o� les convulsions dominent, et chez le petit enfant, o� l�affection ne se traduit parfois que par des troubles du sommeil, une �nur�sie.</p><p>Les causes</p><p>Les causes de la spasmophilie sont mal connues : le psychisme des malades est domin� par l�anxi�t�, l�immaturit� affective, et, malgr� une calc�mie souvent normale, l��tude de la masse totale du calcium �changeable montre celle-ci franchement abaiss�e. Ces deux traits expliquent que les manifestations de la spasmophilie puissent �tre d�clench�es par tous les facteurs d�hypocalc�mie (vus plus haut), par les chocs affectifs</p><p>et les situations conflictuelles.</p><p>La coexistence dans une m�me fa-</p><p>mille de formes diff�rentes de spasmophilie sugg�re l�hypoth�se d�une m�me insuffisance g�n�tique � expression polymorphe.</p><p>C. V.</p><p>sp�cialit�s</p><p>m�dicales</p><p>Branches particuli�res de la m�decine, individualis�es soit par l��tude approfondie d�un organe, d�un appareil ou d�un syst�me, soit par l��tude d�une maladie ou d�un ensemble de maladies, ou bien par les groupes humains auxquels elle se limite, ou bien encore par un ensemble de techniques sp�ciales.</p><p>Le doctorat en m�decine conf�re � son d�tenteur la possibilit� d�exercer la m�decine, c�est-�-dire de dispenser des soins dans tous les domaines m�dicaux. � l��poque o� la m�decine* �tait un art sans grand support scientifique, le m�decin pouvait pr�tendre assumer sa t�che dans toute l��tendue de son art. Le savoir �tait limit�, et les progr�s se faisaient � pas lents, modifiant peu l�exercice m�dical tout au long d�une g�n�ration. Avec l�apparition de bases scientifiques et le d�veloppement des techniques de laboratoire, avec la meilleure connaissance des maladies, de leurs causes et du m�canisme des troubles, et avec les possibilit�s croissantes dans le domaine th�rapeutique, la pratique m�dicale est devenue de plus en plus complexe. Le m�decin a ainsi vu le champ des connaissances indispensables s�accro�tre ; ce qui �tait appris � la facult� devait �tre r�guli�rement enrichi de donn�es d�un volume croissant dans des domaines vari�s.</p><p>D�s lors, une bifurcation s�est spontan�ment dessin�e. Certains m�decins sont dits � g�n�ralistes �. Ils gardent des notions de tout, plus ou moins approfondies, leur permettant de faire face � la pathologie courante. D�autres sacrifient d�lib�r�ment de nombreux domaines de la m�decine pour en approfondir une branche d��lection, devenant ainsi des � m�decins sp�cialis�s �.</p><p>Les raisons de la</p><p>sp�cialisation Certaines conditions particuli�res d�exercice furent � l�origine des premi�res sp�cialit�s.</p><p>Ainsi, certains m�decins pr�sidaient aux cures thermales, dont les indications, limit�es sous le Roi-Soleil, se multipli�rent � la suite du second Empire. Le thermalisme* est sans doute l�une des plus anciennes sp�cialit�s, encore tr�s repr�sent�e de nos jours dans nos diverses stations.</p><p>La chirurgie* repr�sente un exercice si particulier de la m�decine que les m�decins qui la pratiquaient le faisaient le plus souvent � titre exclusif, devenant ainsi des sp�cialistes. Pourtant, l�exercice de la chirurgie est rest�, jusqu�au d�but de la seconde moiti� du XXe s., une activit� que tout docteur en m�decine pouvait avoir. Actuellement, elle est devenue aussi une sp�cialit�.</p><p>De m�me, la p�diatrie*, m�decine des enfants, a depuis longtemps pris une place � part. Les m�decins g�n�ralistes assurent la surveillance de la plupart des enfants, mais les sp�cialistes de p�diatrie sont n�cessaires dans les cas difficiles.</p><p>Parfois, le caract�re marginal � l��gard de la pathologie g�n�rale de certaines affections a �t� � l�origine de quelques sp�cialit�s (oto-rhino-laryngologie*, ophtalmologie*, stomatologie*...) ou encore le caract�re mixte, m�dical et chirurgical, de certains domaines a permis depuis longtemps de distinguer gyn�cologues et urologues. Plus r�cemment, le vaste domaine de la m�decine g�n�rale s�est vu cloisonn� en un grand nombre de sp�cialit�s (neurologie*, cardiologie*, endocrinologie*, maladies de l�appareil digestif*, etc.). Il existe � cela plusieurs raisons.</p><p>y Comme on l�a dit plus haut, la masse d�informations qu�un m�decin est appel� � conna�tre cro�t chaque ann�e dans des proportions consid�-</p><p>rables. Il devient difficile aux m�decins de les assimiler toutes dans tous les domaines. Le sp�cialiste recueillera donc les informations essentielles de l�ensemble de la pathologie et</p><p>pourra approfondir les connaissances relevant de sa sp�cialit�.</p><p>y Les proc�d�s compl�mentaires</p><p>d�analyses contribuant � l��tablissement du diagnostic font des progr�s incessants et rapides. Ils croissent en nombre. Les analyses automatis�es voient s�accro�tre parall�lement les difficult�s d�interpr�tation des r�sultats. Enfin, certaines explorations n�-</p><p>cessitent la participation active d�un m�decin entra�n� � un acte particulier (endoscopies, cath�t�rismes, radiographies vasculaires, etc.).</p><p>Ainsi s�explique la tendance des m�decins � se sp�cialiser dans telle ou telle branche. Bien plus, les donn�es scientifiques comme les techniques de laboratoire sont de plus en plus sp�cialis�es, de telle sorte que certains m�decins deviennent des sp�cialistes d�un domaine restreint � l�int�rieur m�me d�une sp�cialit�. Si cela est courant depuis plusieurs ann�es pour la chirurgie (chirurgie orthop�dique, chirurgie cardiaque, chirurgie plastique, neu-rochirurgie...), le m�me ph�nom�ne se produit dans certaines sp�cialit�s m�dicales.</p><p>Avantages et</p><p>inconv�nients</p><p>y Les avantages que repr�sente la sp�cialisation sont assez �vidents.</p><p>Pour le m�decin, elle apporte la satisfaction de pouvoir se tenir � � jour � dans un domaine pr�cis de la m�decine, chose qui serait impossible � l�heure actuelle sur l�ensemble des disciplines. Elle permet th�oriquement au praticien de ne voir que des malades d�j� tri�s et orient�s, ce qui exclut un certain nombre d�appels inutiles.</p><p>Pour le malade, il a l�avantage d��tre examin� par un m�decin tr�s au fait des derniers progr�s dans le domaine dont il rel�ve et de b�n�ficier dans les meilleurs d�lais d�un diagnostic complet et d�un traitement ayant fait, dans de nombreux cas analogues, la preuve de son efficacit�.</p><p>y Les inconv�nients ne doivent cependant pas �tre m�connus.</p><p>Pour le m�decin, ce mode d�exercice peut aboutir � une certaine monotonie.</p><p>Par d�finition, il tend � tenir le praticien � l��cart de l��volution des autres disciplines.</p><p>Pour le malade, le danger vient du fait que, dans certains cas complexes, les diff�rents sp�cialistes se renvoient l�un � l�autre le malade et aucune synth�se correcte n�est effectivement faite.</p><p>Enfin, les m�decins non sp�cialistes ont parfois le sentiment d��tre � d�valoris�s � aux yeux du public par rapport aux sp�cialistes.</p><p>downloadModeText.vue.download 356 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10311</p><p>Les inconv�nients que l�on vient de passer en revue montrent quelle place de choix doit �tre encore faite au m�-</p><p>decin g�n�raliste, puisque c�est � lui qu�incomberont les t�ches du d�pistage en temps utile, de la bonne orientation vers les sp�cialistes n�cessaires, de la bonne coordination des conseils de ceux-ci et enfin la surveillance des traitements institu�s.</p><p>Situation des sp�cialistes</p><p>En milieu hospitalier</p><p>Le d�veloppement des techniques</p><p>d�exploration est tel qu�il d�passe souvent largement les possibilit�s de l�installation priv�e courante. Le co�t de l�appareillage, la formation d�un personnel infirmier comp�tent, l�utilit� d�un travail en �quipe, parfois l�utilisation d�isotopes* rendent indispensables le regroupement en milieu hospitalier de certaines sp�cialit�s � haut degr� de technicit�. Nagu�re, une tendance s��tait faite vers la sp�cialisation de certains h�pitaux dans quelques branches : c�est le cas, par exemple, � Paris, de la Salp�tri�re, orient�e vers les maladies du syst�me nerveux, et de l�h�pital Saint-Louis, consacr� en grande partie aux maladies de la peau.</p><p>Une telle implantation aboutissait � des �quipes sp�cialis�es de haute qualit� et � de v�ritables mus�es de pathologie,</p><p>mais elle d�s�quilibrait un peu la carte sanitaire d�une ville.</p><p>C�est pourquoi, actuellement, on pr�f�re distribuer les sp�cialit�s dans les h�pitaux de telle sorte que tout malade puisse b�n�ficier de l�avis d�un groupe de sp�cialistes dans un p�ri-m�tre restreint. Inversement, l�exp�-</p><p>rience a montr� qu�une importante fraction des lits d�hospitalisation devait �tre r�serv�e � la m�decine g�n�rale de haut niveau, ou m�decine interne, ainsi qu�� la chirurgie g�n�rale. Ainsi, ce qui caract�rise le sp�cialiste hospitalier est son travail en �quipe et la proximit� de sp�cialistes d�autres disciplines, dont peuvent b�n�ficier certains cas complexes.</p><p>En ville</p><p>� l�oppos� et malgr� la cr�ation de certains cabinets de groupe, le sp�cialiste de ville est le plus souvent isol�, parfois aid� par un personnel infirmier restreint. Il examine des patients venus le consulter directement ou des malades que lui adressent des correspondants g�n�ralistes pour avis diagnostique et th�rapeutique. Il est donc un m�decin qui a une faible proportion de malades r�guli�rement suivis par lui. La majeure partie de sa client�le est constitu�e de malades qu�il voit une ou deux fois et qui sont ensuite suivis de nouveau par le m�decin g�n�raliste, auquel le sp�cialiste aura fait part de ses conclusions.</p><p>Formation du</p><p>m�decin sp�cialiste</p><p>Elle diff�re dans les diff�rents pays. En r�gle g�n�rale, la sp�cialit� s�acquiert au-del� du cursus normal des �tudes de m�decine. En France ont �t� cr��s un certain nombre de certificats d��tudes sp�ciales (C. E. S.). Ils comprennent une scolarit� qui dure de un � quatre ans (en moyenne trois), associant un enseignement th�orique et des stages pratiques hospitaliers. Pour la chirurgie, il est n�cessaire d�avoir �t� nomm� � un concours d�internat de ville de facult�. Une tendance actuelle viserait � former tous les sp�cialistes par la voie des internats des h�pitaux. La derni�re ann�e est termin�e par un examen na-</p><p>tional, dont l�obtention conf�re la sp�-</p><p>cialisation. Certains titres hospitaliers permettent d�obtenir une �quivalence, accord�e par une commission nationale. Enfin, un m�decin g�n�raliste d�j� install� peut devenir sp�cialiste.</p><p>En France, il est, � l�heure actuelle, contraint de suivre les r�gles des C. E. S. � l��tranger � et probablement en France dans l�avenir �, des possibilit�s de formation continue sont pr�vues apr�s un certain temps d�exercice comme omnipraticien.</p><p>L�exercice des sp�cialit�s</p><p>Le m�decin auquel la facult� de m�decine a d�livr� le C. E. S. doit informer l�Ordre des m�decins de son intention d�exercer la sp�cialit� : soit comme sp�cialiste proprement dit, c�est-�-dire � titre exclusif ; soit comme � comp�-</p><p>tence �, c�est-�-dire qu�il se r�serve le droit de voir des malades de m�decine g�n�rale � c�t� des malades de sp�cialit�. La m�me diff�rence est reprise par la S�curit� sociale, qui rembourse � un tarif sup�rieur (CS) la consultation du sp�cialiste exclusif, alors qu�elle ne majore pas le remboursement de la consultation du m�decin comp�tent.</p><p>J.-C. Le P.</p><p>F M�decine.</p><p>sp�cialit�s</p><p>pharmaceutiques</p><p>F M�DICAMENT ET PHARMACIE.</p><p>sp�ciation</p><p>Terme propre � la biologie, issu des conceptions transformistes et �volutionnistes, et utilis� aujourd�hui pour circonscrire globalement le ph�nom�ne de formation des esp�ces. Par extension, il s�applique souvent aussi � la diversification taxinomique (gen�se d�unit�s de niveaux vari�s : races, sous-esp�ces, genres, etc.).</p><p>Le ph�nom�ne de sp�ciation s�inscrit dans une trame tr�s vaste : la variation*. Il doit �tre consid�r� comme le r�sultat du jeu d�un tr�s grand nombre de facteurs, internes et inscrits dans le patrimoine h�r�ditaire (morphologiques, physiologiques, ...) ou externes</p><p>(isolement g�ographique, �cologique, sexuel, ph�nologique).</p><p>Sur un plan th�orique, la connaissance d�une sp�ciation suppose d�finies de mani�re pr�cise des structures originelles et des structures d�riv�es, permettant de consid�rer un sens de transformation (micro-�volution). On doit rep�rer un dynamisme propre de caract�res significatifs, consid�r�s comme li�s � des g�nes ; ce dynamisme peut se traduire par acquisitions ou effacements de caract�res au sein d�ensembles de populations rapport�s � une m�me esp�ce.</p><p>On mesure la difficult� d�appr�-</p><p>ciation, cette m�thodologie requ�rant en principe la connaissance de stades ant�rieurs pr�cis, fossiles ou subfos-siles. Pour suppl�er � l�absence d�observations �tal�es sur une assez longue p�riode de temps, on a fait appel � des processus exp�rimentaux ayant permis de rep�rer des variations de caract�res, en fonction de croisements ou de modifications des conditions de milieu. Une telle variation n�implique pas obligatoirement sp�ciation, les nouvelles combinaisons de caract�res ou les nouveaux � mod�les � observ�s pouvant ne pas avoir la stabilit� � long terme permettant de les consid�rer comme des esp�ces, c�est-�-dire des unit�s dou�es d�une continuit� g�n�tique significative � l��chelle g�ologique.</p><p>En r�alit�, c�est souvent par l�interm�diaire de raisonnements et en s�appuyant sur la constatation de nombreuses corr�lations que l�on a tent� de saisir et d�interpr�ter le ph�nom�ne de sp�ciation. Les crit�res portent sur les caract�res li�s aux individus (caryotype, anatomie, morphologie, cyto-chimie, s�rologie, etc.) et sur la situation des individus et des populations des esp�ces int�ress�es par rapport � l�environnement g�n�ral (chorologie compar�e, �cologie, foyers de diversification actuels ou pass�s, etc.). Pour plusieurs groupes de v�g�taux m�diterran�ens et alpins, des cas significatifs, fond�s sur l��tude des degr�s de plo�-</p><p>die, ont permis une approche fondamentale du ph�nom�ne de sp�ciation.</p><p>On a pu, en analysant les faunes des diverses assises du Plioc�ne, montrer</p><p>une transformation lente de la coquille des Paludines (Gastropodes), correspondant � un sens d��volution et � une sp�ciation. Un autre examen classique est celui des Pinsons des Gal�pagos, illustr� par la th�orie de la � radiation adaptative � de Darwin.</p><p>Les modalit�s biologiques des sp�-</p><p>ciations sont tr�s complexes ; pour aborder cet aspect de la gen�se des unit�s vivantes, on doit faire r�f�rence plus � la notion d��co-esp�ce qu�� celle d�esp�ce typologique. N�anmoins, on ne peut exclure l�existence de variations, et sans doute de sp�ciation, dans des groupes chez lesquels la multiplication sexu�e est d�ficiente (exemple des v�g�taux apomictiques).</p><p>On admet que, selon la rapidit� des ph�nom�nes g�n�tiques impliqu�s, la sp�ciation appara�t subitement (par exemple d�une g�n�ration � l�autre : sp�ciation dite brusque ou abrupte, ayant pour origine soit une mutation, soit une nouvelle combinaison g�nique de type auto- ou allopolyplo�de) ou bien ne se manifeste que graduellement (sp�ciation dite progressive, n�e de l�existence de � barri�res � au sens biologique) ; les barri�res, parfois issues d�actions humaines, conduisent � un isolement des �l�ments de populations d�une m�me esp�ce, puis � l��volution</p><p>� en vase clos � de chaque population ; cet isolement peut �tre g�ographique, �cologique, ph�nologique, sexuel (cas des hybrides).</p><p>D�autre part, l�exemple des L�muriens de Madagascar a permis de</p><p>sugg�rer qu�une sp�ciation accen-tu�e apparaissait dans des ensembles homozygotes, mais dans des situations �co-�thologiques (niches �cologiques) pr�cises.</p><p>Les aspects th�oriques g�n�raux</p><p>d�coulant de l��tude des sp�ciations en zoologie ou en botanique rel�vent souvent de la phylog�nie, car ils d�passent le cadre des unit�s de rang sp�cifique et tendent donc � une plus grande g�n�-</p><p>ralit�. C�est le cas des hypoth�ses sur la d�rive g�n�tique, la diversification trans-sp�cifique, le � quantum �vo-downloadModeText.vue.download 357 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10312</p><p>lution � ou la succession des zones adaptatives.</p><p>G. G. A.</p><p>F Adaptation / Esp�ce / Taxinomie / Variation.</p><p>Unit�s biologiques dou�es de continuit� g�n�tique (C. N. R. S., 1949). / D. Briggs et S. M. Walters, Plant Variation and Evolution (Londres, 1969). / R. H. Lowe-McConnell (sous la dir. de), Speciation in Tropical Environments (Londres, 1969). / V. W. Grant, Plant Speciation (New York, 1971). / J. Carles et P. Cassagnes, l�Origine des esp�ces (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1972). / R. F. Laurent, La Especiaci�n (Tucum�n, 1972).</p><p>sp�cificit�</p><p>Ensemble de caract�res n�appartenant qu�� une seule cat�gorie d�objets et pouvant ainsi �tre utilis�s pour d�finir ces m�mes objets les uns par rapport aux autres. On parle, par exemple, de densit� sp�cifique d�une mati�re (roche, m�tal, etc.), de r�action sp�-</p><p>cifique de compos�s chimiques entre eux, etc.</p><p>En biologie, la notion de sp�ci-</p><p>ficit� peut s�appliquer �galement � des caract�res ou, le plus souvent, � des ensembles de caract�res ; elle est plus difficile � cerner, car il existe une appr�ciation hi�rarchis�e de la valeur et de la signification des caract�res distinctifs dans les syst�mes classifi-catoires. Ainsi, on reconna�t des caract�res � sp�cifiques � (li�s aux unit�s de niveau esp�ce), des caract�res � g�n�-</p><p>riques � (li�s aux unit�s de niveau genre), des caract�res se rapportant aux familles, aux ordres, aux classes, caract�res qui, dans chaque lign�e ou phylum, peuvent �tre admis comme</p><p>� sp�cifiques � � chaque niveau.</p><p>Cependant, la sp�cificit� de certains caract�res n�appara�t habituellement valable que vis-�-vis d�un groupe bien d�termin� : par exemple, la nature, la r�partition ou la densit� de la pubes-cence sur un organe pourra �tre un excellent crit�re sp�cifique pour distinguer des taxons de rang � esp�ce �</p><p>dans le genre Androsace (Phan�rogames, Primulac�es) en Europe, mais il est bien �vident que des poils �toiles ou laineux, etc., existent dans beaucoup d�autres groupes de plantes. �</p><p>l�inverse, ce m�me crit�re de pubes-cence pourra n��tre sp�cifique � aucun niveau dans tel ou tel autre ensemble taxinomique. Dans le genre Equisetum (Pt�ridophytes), les structures anatomiques des tiges et des ramifications ont une sp�cificit� admise depuis longtemps. Une s�rie de nombres chromosomiques pourra �tre significative et alors admise comme sp�cifiquement repr�sentative dans un groupe, alors que d�autres groupes, pourtant nettement reconnus comme plurisp�-</p><p>cifiques, n�offriront aucune diversit� quant � la num�ration chromosomique.</p><p>Chez divers groupes d�Arthropodes, on admet comme tr�s caract�ristiques les successions morphologiques dans les stades de d�veloppement au sein des unit�s taxinomiques. On pourra �galement parler de sp�cificit� � propos de cette donn�e. Mais on conna�t aussi des parall�lismes remarquables de caract�res sp�cifiques dans des groupes syst�matiquement �loign�s ; c�est le cas, entre autres, des morphologies foliaires entre les esp�ces de Gnidia africains et de Pimelea australiens, dans la famille des Thym�l�ac�es (parall�lisme allo-patrique), ou bien entre les Cliffortia (Rosac�es) et les Aspalathus (Faba-c�es) d�Afrique du Sud (parall�lisme sympatrique).</p><p>Un cas particulier et important de la sp�cificit� en biologie est celui de la sp�cificit� dite � parasitaire � (v. pa-rasitisme), qui offre d�ailleurs tous les passages, depuis une d�pendance absolue de l�esp�ce parasite vis-�-vis de l�esp�ce h�te (Ascaris, N�matodes) jusqu�� un �ventail assez large d�h�tes (nombreuses esp�ces d�Orobancha-c�es, le Gui, etc.). Parfois, m�me, la sp�cificit� parasitaire, bien que stricte, n�cessite, pour les diff�rents stades de d�veloppement de la m�me esp�ce parasite, le passage sur plusieurs h�tes ; on conna�t ce ph�nom�ne chez les Vers, chez les Unicellulaires, chez des Champignons (phases Euphorbia/</p><p>Pisum d�un Uromyces ; phases Berberis/c�r�ales des � rouilles noires �, etc.). Des cas extr�mement particu-</p><p>liers de sp�cificit� parasitaire ont �t� signal�s chez divers Invert�br�s, o� les m�les, de taille tr�s r�duite, vivent aux d�pens des femelles, dans une m�me esp�ce. Quelquefois, la sp�cificit� parasitaire est plus ou moins stricte selon les stades de d�veloppement du parasite (esp�ces de Taenia, Polystomes, etc.).</p><p>En r�sum�, la sp�cificit� chez les �tres vivants correspond � des crit�res vari�s, d�ordres le plus souvent morphologiques mais aussi �thologiques ou m�me �cologiques (un taxon peut avoir une � niche �cologique � sp�-</p><p>cifique). La sp�cificit� demeure une notion essentiellement comparative ; c�est souvent en fonction de l��tude des corr�lations de caract�res que l�on peut la mettre en �vidence de mani�re significative.</p><p>Sp�cificit� et reproduction</p><p>En r�gle g�n�rale, les animaux identifient sans peine les individus de leur propre esp�ce et n�acceptent ou ne recherchent l�accouplement qu�avec ceux-ci. Chez les v�g�taux, le transport du pollen se faisant au hasard, c�est seulement la f�condation qui n�est possible qu�entre esp�ces voisines. Dans les deux r�gnes, les hybrides intersp�cifiques sont souvent st�riles, de sorte qu�une certaine s�paration subsiste entre les esp�ces.</p><p>H. F.</p><p>G. G. A.</p><p>F Esp�ce / Nomenclature / Parasitisme / Taxinomie.</p><p>spectacles</p><p>(droit des)</p><p>Ensemble de textes qui r�glementent la cr�ation, le fonctionnement et la libert� d�expression des entreprises de spectacle (th��tre et cin�ma).</p><p>Le th��tre</p><p>L�ordonnance du 13 octobre 1945 distingue plusieurs sortes de spectacles, r�partis, en ce qui concerne le th��tre, en deux cat�gories, auxquelles s�applique un r�gime juridique diff�rent :</p><p>� les th��tres nationaux, les autres</p><p>th��tres fixes, les tourn�es th��trales ainsi que les concerts, les orchestres divers et les chorales, soumis � un r�gime r�pressif (ou contr�le a posteriori) ;</p><p>� les � spectacles de curiosit� � (c�est-</p><p>�-dire les th��tres de marionnettes, les cabarets, les music-halls, les cirques et les spectacles forains), soumis � un r�gime pr�ventif (ou contr�le a priori).</p><p>Spectacles de th��tre</p><p>soumis au r�gime r�pressif</p><p>L�entreprise* de spectacles b�n�ficie, dans ce cadre, d�un r�gime lib�ral, puisqu�il suffit d�une d�claration pr�-</p><p>alable au minist�re des Affaires culturelles et � la pr�fecture pour �difier une salle de spectacles. L�ouverture de cette salle est soumise cependant � la surveillance des autorit�s charg�es de la police des spectacles (les maires et le pr�fet de police pour la r�gion parisienne). Les d�crets du 17 f�vrier 1941</p><p>et du 13 ao�t 1954 ont �tabli � cette fin une r�glementation stricte, que les maires doivent veiller � faire observer (ils ont ainsi tout pouvoir pour ordonner la fermeture ou refuser l�ouverture d�un �tablissement qui ne r�pondrait pas aux normes de s�curit� exig�es).</p><p>Le directeur de l�entreprise de spectacles doit remplir un certain nombre d�obligations (notamment �tre de nationalit�* fran�aise, avoir un casier*</p><p>judiciaire vierge, r�pondre � certaines conditions de moralit�) n�cessaires � l�octroi de la licence d�exploitation ; les artistes et le personnel de l�entreprise doivent �galement poss�der une licence d�livr�e par l�Administration.</p><p>Spectacles de th��tre</p><p>soumis au r�gime pr�ventif</p><p>Ce sont les � spectacles de curiosit� �, qui, contrairement aux autres spectacles, n�cessitent une autorisation municipale. Les maires disposent donc d�un large pouvoir d�appr�ciation pour accorder ou refuser cette autorisation.</p><p>Mais les seuls motifs que le maire peut invoquer pour son refus sont l�atteinte au bon ordre, � la tranquillit� publique ou � la s�curit� publique. Si l�un de ces motifs fait d�faut, l�autorit� municipale se met, en opposant un refus, dans l�ill�galit�. Les tribunaux interviennent</p><p>alors pour sanctionner l�ill�galit� commise par l�autorit� municipale.</p><p>La police des spectacles</p><p>de th��tre</p><p>Elle concerne la libert� d�expression du th��tre. La censure th��trale a exist� en droit jusqu�� l�ordonnance de 1945, mais elle a cess� en fait � partir de la loi de finances de 1906 (elle ne concerne que les spectacles soumis au r�gime r�pressif, les spectacles de curiosit� �tant soumis � la censure municipale avant leur cr�ation). Malgr� l�absence de censure, les autorit�s locales peuvent prescrire une r�glementation restrictive dans le cadre de leurs pouvoirs g�n�raux de police.</p><p>Ainsi, en vertu de l�article 94 de la loi du 5 avril 1884, le maire doit r�primer les atteintes � la tranquillit� publique et assurer le maintien de l�ordre dans les endroits o� se produisent de grands rassemblements (foires, spectacles, etc.). En cons�quence, il peut interdire la repr�sentation d�une pi�ce dans sa commune s�il juge qu�elle est susceptible de troubler l�ordre public. Il peut �galement, pendant le d�roulement de la repr�sentation, intervenir si la tranquillit� publique est troubl�e par une manifestation bruyante d�opinion qui d�g�n�re en d�sordre. En cas de litige, les tribunaux jugent si la d�cision du maire a �t� l�galement motiv�e.</p><p>Le cin�ma</p><p>L�activit� de toute entreprise appartenant � l�une des branches de l�industrie cin�matographique (technique, downloadModeText.vue.download 358 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10313</p><p>production, distribution, exploitation) est subordonn�e � une autorisation pr�alable d�livr�e, sous l�autorit� du ministre des Affaires culturelles, par le directeur du Centre national du cin�ma (C. N. C.). Les entreprises d�exploitation sont tenues de respecter les conditions fix�es par le Code cin�matographique, concernant la composition des programmes et les rapports producteurs-distributeurs (le programme doit,</p><p>ainsi, comporter, sauf d�rogation, un film d�un m�trage sup�rieur � 1 600 m et dont le visa d�exploitation date de moins de sept ans).</p><p>La proc�dure concernant la sortie des films, institu�e par le Code cin�-</p><p>matographique, a �t� modifi�e par les d�crets du 18 janvier 1961, du 23 mars 1967 et du 18 juin 1969. Elle comporte un avis pr�alable et des visas.</p><p>L�avis pr�alable</p><p>Avant de tourner un film de long m�trage, le producteur doit fournir un dossier sur le sujet qu�il a choisi de traiter et sur la fa�on de le traiter, afin d�obtenir l�avis du pr�sident de la Commission de contr�le cin�matographique. Cet avis le met en garde contre les risques d�interdiction auxquels il s�expose en tournant le film. Il est pr�-</p><p>alable � l�octroi du soutien financier et � l�autorisation de tournage donn�e par le C. N. C.</p><p>Les visas</p><p>Une fois tourn�, le film doit obtenir un visa d�exploitation d�livr� par la Commission de contr�le cin�matographique, afin de pouvoir �tre diffus� sur le territoire national. Cette Commission doit �mettre un des avis suivants avant de d�livrer son visa : autorisation pour tous les publics ; interdiction aux mineurs de moins de treize ans ; interdiction aux mineurs de moins de dix-huit ans ; interdiction totale. Elle peut �galement proposer des modifications ou des coupures. Mais c�est le ministre des Affaires culturelles qui d�cide, en dernier ressort, d�accorder ou de refuser le visa. Par ailleurs, toute exportation de films, toute cession ou concession d�exploitation d�un film � l��tranger est subordonn�e � l�obtention d�un visa d�exportation.</p><p>La police des spectacles</p><p>cin�matographiques</p><p>Comme pour les spectacles de th��tre, le maire a le droit d�interdire la projection d�un film dans sa commune m�me si le film a eu le visa d�exploitation. Il faut, dans ce cas, que le film soit susceptible de porter atteinte ou menace</p><p>� l�ordre public en raison de circonstances locales particuli�res.</p><p>D. N.</p><p>F Censure / Cin�ma / Th��tre.</p><p>G. Lyon-Caen et P. Lavigne, Trait� th�orique et pratique de droit du cin�ma fran�ais et compar� (L. G. D. J., 1957 ; 2 vol.). / J. Robert, Libert�s publiques (Montchrestien, 1971).</p><p>spectre</p><p>Ensemble de radiations �mises ou absorb�es par un �l�ment excit� dans certaines conditions.</p><p>Le spectre d�un �l�ment peut �tre tr�s diff�rent suivant les conditions d�excitation. On a coutume de d�finir dans le cas des spectres d��mission les spectres de flamme, les spectres de four �lectrique, les spectres d�arc et les spectres d��tincelles, qui correspondent � une excitation croissante de l��l�ment consid�r�, le m�me �l�ment pouvant donner des spectres compl�tement diff�rents suivant son excitation.</p><p>M�thodes de</p><p>production des spectres</p><p>Spectres de flamme</p><p>Ils s�obtiennent tr�s facilement en pla-</p><p>�ant dans la flamme d�un bec Bunsen un fil de platine recouvert pr�alablement d�une solution contenant l��l�-</p><p>ment � �tudier, par exemple un sel de m�tal alcalin ou alcalino-terreux. Dans ce type d�excitation, on obtient un petit nombre de raies que l�on retrouve dans le spectre d�arc. Si la temp�rature de la flamme est plus �lev�e, on peut obtenir �galement le spectre d�autres m�taux, tels que le cuivre. Il faut noter que les m�tallo�des ne donnent pratiquement pas de raies caract�ristiques dans la flamme, mais que les spectres obtenus peuvent �tre accompagn�s de l��mission de la flamme elle-m�me, qui comprend des spectres de bandes de la vapeur d�eau, de l�azote et de compos�s du carbone. L�inconv�nient de l�obtention de spectres � l�aide d�une flamme r�side surtout dans le fait que la temp�rature de la flamme est difficilement mesurable avec pr�-</p><p>cision et que cette temp�rature ne peut</p><p>varier de fa�on continue. Par contre, � l�aide d�un four �lectrique, on peut, par exemple, faire varier de fa�on continue la temp�rature d�une vapeur m�tallique, conna�tre sa pression et d�terminer ainsi l��volution du spectre d�un �l�ment depuis la temp�rature du bec Bunsen (1 700 �C) jusqu�� la temp�rature de l�arc (3 000 �C).</p><p>Spectre d�arc</p><p>Il s�obtient en provoquant entre deux �lectrodes voisines, dont l�une au moins contient l��l�ment � analyser, le passage d�un courant �lectrique dont l�intensit� est comprise entre 5 et 10 amp�res. Lorsqu�on �tudie le spectre d�un �l�ment obtenu de cette fa�on, il faut �viter, d�une part, le spectre parasite d� � l�incandescence des �lectrodes et, d�autre part, la lumi�re issue de l�arc au voisinage des �lectrodes, r�gion qui est le si�ge d�un champ �lectrique tr�s intense ; les raies �mises dans cet espace peuvent avoir une longueur d�onde diff�rente de celles qui sont �mises par le centre de l�arc. Ce ph�nom�ne est � rattacher � l�effet Stark, qui peut �tre supprim� si l�on provoque l�arc dans une enceinte ferm�e o� la pression est de l�ordre de quelques millim�tres de mercure.</p><p>Spectres d��tincelles</p><p>Ils sont obtenus en cr�ant entre deux �lectrodes la d�charge d�un condensateur charg� � un haut potentiel, de telle sorte que le courant instantan� produit ait une intensit� de l�ordre de quelques centaines d�amp�res.</p><p>Spectres de d�charges</p><p>dans les gaz</p><p>Ils peuvent �tre obtenus par le passage d�un faisceau d��lectrons dans un gaz sous faible pression, par exemple dans les tubes de Geissler (la brillance �tant plus grande dans la partie capillaire du tube).</p><p>Les diff�rents</p><p>types de spectres</p><p>Les solides et les liquides port�s � l�incandescence donnent un spectre qui, observ� � l�aide d�un spectroscope, pr�sente</p><p>un aspect continu, c�est-�-dire comprend toutes les longueurs d�onde avec une loi de r�partition de la luminance entre ces diff�rentes longueurs d�onde.</p><p>Les gaz et les vapeurs peuvent pr�-</p><p>senter �galement, suivant les conditions d�excitation, un spectre continu ; c�est le cas, notamment, des lampes � hydrog�ne ou � deut�rium, qui fournissent un spectre continu dans l�ultraviolet, spectre tr�s utilis� pour l��tude de l�absorption des substances dans ce domaine de longueur d�onde. Mais, dans les conditions usuelles d�excitation, les gaz ou les vapeurs fournissent des spectres de raies compos�s de radiations monochromatiques ou des spectres de bandes qui peuvent elles-m�mes �tre consid�r�es comme for-m�es de � paquets � de spectres de raies tr�s voisines les unes des autres.</p><p>On peut admettre que les spectres de raies sont dus aux atomes neutres ou ionis�s des �l�ments consid�r�s et les spectres de bandes aux mol�cules des �l�ments. On con�oit donc que, suivant l�excitation consid�r�e, on pourra passer des mol�cules aux atomes, donc des spectres de bandes aux spectres de raies.</p><p>En ce qui concerne les spectres de raies, on peut admettre que le spectre d�arc est produit par l�atome neutre et le spectre d��tincelles par l�atome ionis� une ou plusieurs fois. En effet, si l�on consid�re � travers un spectroscope un mince pinceau de rayons, canaux constitu�s d�atomes neutres et d�atomes ionis�s, ce mince pinceau servant de source lumineuse lin�aire pour le spectroscope, on constate, lorsque ce pinceau passe entre les deux armatures d�un condensateur, que le spectre de raies d��tincelles se d�place, et cela ne peut �tre imput� qu�aux d�placements des atomes ionis�s soumis au champ �lectrique r�gnant entre les armatures du condensateur.</p><p>Spectre d�absorption</p><p>On observe le spectre d�absorption d�une substance lorsque l�on examine � l�aide d�un spectroscope une source pr�sentant un spectre continu et dont le rayonnement a travers� cette substance.</p><p>D�une fa�on g�n�rale, on peut dire que les solides et les liquides pr�sentent de larges bandes d�absorption, alors que les gaz et les vapeurs pr�sentent des spectres de raies ou de bandes r�solubles en raies. Le fait fondamental est que les raies qui apparaissent noires en absorption sont les m�mes que les raies qui apparaissent brillantes dans le spectre d��mission de la substance.</p><p>Ce ph�nom�ne peut �tre traduit par la loi de Kirchhoff : un corps excit� dans certaines conditions ne peut �mettre que les radiations qu�il peut absorber dans les m�mes conditions d�excitation. Dans le cas o� le rayonnement est purement thermique, la luminance spectrale L&#x3BB; d�un gaz pour la longueur d�onde &#x3BB; est �gale � la luminance L0, &#x3BB;</p><p>d�un corps noir � la m�me temp�rature, multipli�e par a&#x3BB;, facteur d�absorption du gaz : L&#x3BB; = a&#x3BB; L0, &#x3BB; ; autrement dit, pour qu�une vapeur �mette une radiation, il faut que L0, &#x3BB; et a&#x3BB; soient diff�rents de z�ro, donc notamment que cette vapeur puisse absorber une telle downloadModeText.vue.download 359 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10314</p><p>radiation. D�autre part, si L0, &#x3BB; = &#x3B8;, la vapeur pourra absorber une radiation a&#x3BB; &#x2260; &#x3B8; sans l��mettre, puisque, dans ces conditions, L&#x3BB; = &#x3B8;.</p><p>L��tude des spectres d��mission et d�absorption peut se faire dans les diff�rents domaines de longueur d�onde � l�aide d�appareils appel�s spectrom�tres* et spectrographes.</p><p>G. F.</p><p>Quelques savants</p><p>Anders Jonas Angstr�m, physicien su�dois (L�dg� 1814 - Uppsala 1874).</p><p>Sp�cialiste d�analyse spectrale, il a identifi� les raies de plusieurs �l�ments dans le spectre solaire et effectu� des mesures de longueurs d�onde.</p><p>Johann Jakob Balmer, physicien</p><p>suisse (Lausen 1825 - B�le 1898). Il d�-</p><p>couvrit en 1885 la formule donnant les longueurs d�onde des raies du spectre</p><p>visible de l�hydrog�ne.</p><p>Joseph von Fraunhofer, physicien allemand (Straubing, Bavi�re, 1787 -</p><p>Munich 1826). Inventeur du spec-</p><p>troscope, il rep�ra en 1814 les raies du spectre solaire, puis, utilisant des r�seaux, dressa une premi�re classification spectrale des �toiles.</p><p>Julius Pl�cker, math�maticien et physicien allemand (Elberfeld 1801 - Bonn 1868). Il a observ� en 1865 les spectres des gaz rar�fi�s dans les tubes �lec-troluminescents et �tudi� les propri�-</p><p>t�s des rayons cathodiques. (V. aussi G�OM�TRIE.)</p><p>Sir Chandrasekhara Venkata Ra-</p><p>man, physicien indien (Trichinopoly</p><p>[Tiruchchir&#x101;ppalli] 1888 - Bangalore 1970). Il a d�couvert en 1928 l��mission, par une esp�ce chimique transparente �clair�e en lumi�re monochromatique, de deux ensembles de radiations nouvelles, dont les fr�quences renseignent sur la structure des mol�cules.</p><p>Prix Nobel de physique en 1930.</p><p>Henry Augustus Rowland, physicien am�ricain (Honesdale, Pennsylvanie, 1848 - Baltimore 1901). En 1876, il montra qu�une charge �lectrique mobile cr�e un champ magn�tique, puis, gr�ce � la construction de r�seaux en 1882, il identifia de nombreux �l�ments dans le spectre solaire.</p><p>Johannes Robert Rydberg, physi-</p><p>cien su�dois (Halmstad 1854 - Lund 1919). Il �tablit une relation entre les spectres des divers �l�ments, o� figure la constante qui porte son nom.</p><p>Johannes Stark, physicien allemand (Schickenhof, Bavi�re, 1874 - Trauns-tein 1957). Il a d�couvert en 1913 le d�doublement des raies spectrales sous l�action d�un champ �lectrique. Prix Nobel de physique en 1919.</p><p>spectrographie</p><p>de masse</p><p>M�thode permettant, � l�aide du spectrographe de masse, de s�parer les atomes en fonction de leur masse (de la m�me fa�on qu�un spectrographe optique permet de s�parer les rayons lumineux en fonction de leur longueur</p><p>d�onde).</p><p>On sait qu�un spectrographe optique peut �tre utilis� soit pour mesurer les diverses longueurs d�onde �mises simultan�ment par une source lumineuse et �valuer leurs intensit�s relatives, soit pour produire un rayonnement monochromatique de longueur d�onde d�termin�e. De la m�me fa�on, les spectrographes de masse sont utilis�s soit en appareils d�analyse pour mesurer les masses atomiques des divers atomes qui constituent un �chantillon de mati�re et �valuer leurs abondances respectives, soit en appareils de production pour fabriquer une collection d�atomes ayant tous la m�me masse.</p><p>Le premier spectrographe de masse a �t� construit en 1920 par F. W. Aston, qui perfectionna une technique inaugur�e quelques ann�es auparavant par J. J. Thomson*. Il a permis la d�couverte des isotopes*, atomes dont les masses sont diff�rentes, bien qu�ils appartiennent au m�me �l�ment</p><p>chimique. La s�paration des diff�rents isotopes d�un m�me �l�ment n�est pas possible par des r�actions chimiques, mais seulement par des m�thodes</p><p>physiques, et la spectrographie de masse a �t� la premi�re en date de ces m�thodes.</p><p>Le principe des spectrographes de masse consiste � lancer dans une enceinte vid�e d�air des atomes ionis�s et � les soumettre � des forces �lectrique et magn�tique qui modifient leur mouvement de fa�on diff�rente suivant leur masse. Le d�tail du dispositif exp�-</p><p>rimental peut varier d�un appareil � l�autre ; nous d�crirons le dispositif le plus typique, qui se compose de quatre parties principales.</p><p>y La chambre d�ionisation. On y</p><p>arrache des �lectrons aux atomes de l��chantillon de mati�re �tudi�, les transformant ainsi en ions positifs, ayant � peu pr�s la m�me masse m que l�atome, mais portant une charge �lectrique q = ne �gale � une fois ou � plusieurs fois la charge �l�mentaire e.</p><p>Cette transformation est obtenue, par exemple, en soumettant les atomes d�une vapeur � basse pression aux chocs des �lectrons �mis par un canon</p><p>� �lectrons ; quand il s�agit de mat�-</p><p>riaux plus r�fractaires, on les colle sur une �lectrode � partir de laquelle on fait �clater un arc �lectrique.</p><p>La chambre d�ionisation commu-</p><p>nique par un petit orifice avec une enceinte �tanche, o� des pompes entretiennent un vide assez pouss� (pression r�siduelle tr�s inf�rieure au millioni�me de millim�tre de mercure) pour que les ions puissent y circuler sans rencontrer d�obstacle. On trouve dans cette enceinte : une �lectrode extractrice, un champ magn�tique et un collecteur d�ions.</p><p>y L��lectrode extractrice. Elle est port�e � un potentiel n�gatif � V par rapport � la chambre d�ionisation.</p><p>Elle attire les ions positifs qui se pr�-</p><p>sentent � l�orifice de la chambre et leur communique ainsi une �nergie cin�tique</p><p>c�est-�-dire une vitesse</p><p>(en admettant que leur vitesse initiale � la sortie de la chambre est assez faible et peut �tre n�glig�e). Cette �lectrode est elle-m�me trou�e en sorte qu�un grand nombre d�ions la traversent et continuent ensuite une trajectoire en ligne droite avec la vitesse v.</p><p>y Le champ magn�tique . Il est</p><p>cr�� par un �lectro-aimant dont les pi�ces polaires nord et sud sont plaqu�es de chaque c�t� de l�enceinte � vide aplatie. Il est perpendiculaire � la vitesse acquise par les ions apr�s travers�e de l��lectrode extractrice.</p><p>La force magn�tique est perpendiculaire � la fois � et � et, sous son action, les ions d�crivent des arcs de cercle de rayon</p><p>Les ions l�gers sont donc plus fortement d�vi�s que les ions lourds, et leurs trajectoires se trouvent s�par�es.</p><p>En fait, la d�viation d�pend du rapport et un ion une fois ionise (n = 1) a la m�me trajectoire qu�un ion de masse double, mais deux fois ionis� (n = 2) ; cela oblige � une certaine prudence dans l�interpr�tation des mesures.</p><p>y Le collecteur d�ions. S�il s�agit</p><p>d�un appareil d�analyse, le collecteur est un fil m�tallique tendu dans l�enceinte parall�lement au champ magn�tique ; les ions ayant la</p><p>bonne valeur de heurtent ce fil et redeviennent atomes neutres en cap-tant un ou plusieurs des �lectrons libres qu�il renferme. Le fil m�tallique se comporte alors comme la source d�un courant �lectrique ; en mesurant l�intensit� I de ce courant, on mesure le nombre d�ions qui ont heurt� le fil.</p><p>S�il s�agit d�un appareil de production, le collecteur est une petite bo�te m�tallique plac�e derri�re une fente fine parall�le au champ magn�tique</p><p>: seuls peuvent passer � travers la fente les ions qui ont subi la d�viation correspondant � la bonne valeur de la bo�te doit �tre refroidie � tr�s basse temp�rature pour que les atomes ainsi r�colt�s restent coll�s sur sa paroi et n�en ressortent pas.</p><p>Les spectrographes de masse d�analyse sont utilis�s dans un tr�s grand nombre d��tudes physico-chimiques et sont employ�s industriellement pour le contr�le et la d�tection des fuites dans les enceintes � vide (on d�tecte le gaz h�lium).</p><p>En production, ils servent � s�parer les diff�rents isotopes d�un m�me �l�ment : les �chantillons isotopiques obtenus peuvent �tre d�une tr�s grande puret� (proportion des autres isotopes inf�rieure au milli�me, voire au dix-milli�me). Aucune autre technique ne permet d�obtenir d�aussi bonnes puret�s, n�cessaires aux �tudes de labora-downloadModeText.vue.download 360 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10315</p><p>toires. Mais le d�bit des spectrographes de masse est relativement faible ; c�est pourquoi on utilise d�autres techniques pour r�aliser industriellement la s�paration isotopique de l�uranium, qui ne n�-</p><p>cessite pas une tr�s grande puret� (diffusion gazeuse ou ultracentrifugation).</p><p>B. C.</p><p>A. J. B. Robertson, Mass Spectrometry</p><p>(Londres, 1954). / H. E. Duckworth, Mass Spec-troscopy (Cambridge, 1958).</p><p>spectrom�tres</p><p>et spectrographes</p><p>Instruments permettant de d�terminer la luminance d�une source ou l�absorption d�une substance en fonction de la longueur d�onde des radiations lumineuses.</p><p><strong>Introduction</strong></p><p>La spectroscopie, qui repr�sente d�une fa�on tr�s g�n�rale l�ensemble des techniques d�analyse des radiations, a fait l�objet, durant ces vingt derni�res ann�es, de tr�s nombreuses r�alisations en utilisant des principes et des m�thodes tr�s diff�rents de ceux qui r�gissent les appareils classiques � prismes et � r�seaux. Les spectrographes et les spectrom�tres ne diff�rent que par le r�cepteur utilis� pour analyser le spectre fourni par des disperseurs tels que les prismes, les r�-</p><p>seaux, les interf�rom�tres � deux ondes ou � ondes multiples. Dans les premiers cit�s, le r�cepteur est un r�cepteur d�images (tel qu�une plaque photographique) dont la r�ponse est une fonction de l��clairement lumineux.</p><p>Dans les seconds, c�est un r�cepteur de flux lumineux (tel qu�une cellule photo�lectrique) dont la r�ponse est une fonction du flux lumineux re�u. On peut rappeler que, si &#x3A6; est le flux lumineux tombant sur une petite surface d�aire S, l��clairement de cette surface est</p><p>Le but de la spectroscopie est d�analyser avec la plus grande pr�cision possible la luminance d�une source ou l�absorption d�une substance dans le temps le plus court possible. Cela exige donc de la part de ces appareils d�analyse un certain nombre de qualit�s ; il faut, notamment, que ceux-ci puissent s�parer deux raies tr�s voisines dont les longueurs d�onde diff�rent de &#x394;&#x3BB; ; cette aptitude � s�parer deux raies voisines sera caract�ris� par le pouvoir de r�solution plus les deux raies</p><p>sont voisines, c�est-�-dire plus &#x394;&#x3BB; est petit, plus le pouvoir de r�solution de l�appareil devra �tre grand. Il faut,</p><p>�galement, que ces appareils puissent analyser des raies tr�s peu intenses ; cette aptitude sera caract�ris�e par la luminosit�, proportionnelle � l��clairement de la plaque photographique dans le cas des spectrographes et proportionnelle au flux lumineux tombant sur le r�cepteur dans le cas des spectrom�tres. Dans ces appareils, comme dans tout appareil de mesure, le signal est toujours accompagn� d�un bruit ; suivant la m�thode utilis�e en spectroscopie, le bruit pr�dominant est d� soit au rayonnement lui-m�me, soit au r�cepteur ; on s�attachera � obtenir un rapport signal sur bruit maximal. Mais, en g�n�ral, pour une m�thode donn�e, la r�solution, la luminosit�, le temps de mesure, le rapport signal sur bruit ne sont pas ind�pendants, si bien que l�on ne peut pas gagner sur un de ces facteurs sans perdre sur les autres.</p><p>P. Jacquinot a montr� que la quantit� W = (ou R est la r�solution, M</p><p>le nombre de longueurs d�onde que l�on veut analyser, T le temps que dure l�analyse, L la luminance de la source et &#x3B1; un exposant qui prend la valeur 1 si le bruit est d� au rayonnement et la valeur 2 s�il est d� au r�cepteur), quantit� appel�e facteur de m�rite de l�appareil, garde dans la plupart des m�thodes une valeur constante si le rapport signal sur bruit reste constant. Nous allons voir maintenant les compromis obtenus dans les diff�rentes m�thodes de spectrographie et de spectrom�trie.</p><p>Propri�t�s des</p><p>spectrographes</p><p>Le sch�ma de principe des spectrographes est indiqu� sur la figure 1. F</p><p>est la fente d�entr�e plac�e au foyer de l�objectif C, appel� collimateur ; D</p><p>repr�sente le disperseur, � savoir un r�-</p><p>seau ou bien un ou plusieurs prismes ; O est l�objectif de chambre, dans le plan focal duquel on place une plaque photographique. Si la fente source est infiniment fine, son image sur la plaque a une certaine largeur, due � la diffraction provoqu�e par les dimensions finies du disperseur. Il en r�sulte que, si dans le spectre de la source existent deux longueurs voisines &#x3BB; et &#x3BB; + &#x394;&#x3BB; de m�me intensit�, on obtient sur la plaque deux images de la fente</p><p>d�entr�e, et, pour s�parer ces deux longueurs d�onde, il faut que la distance des deux images soit sup�rieure ou �gale � la largeur de la tache de diffraction. Si est la dispersion angulaire, la distance angulaire des deux images est la largeur de la tache de</p><p>diffraction est �gale � (a �tant la largeur de l�onde �mergeant du disperseur) ; les deux raies seront s�par�es si le pouvoir de r�solution</p><p>est alors �gal �</p><p>On con�oit que ce pouvoir de r�solution est th�orique, car, si la fente d�en-tr�e est infiniment fine, il ne rentrera dans l�appareil pratiquement aucune �nergie et la luminosit� sera tr�s faible.</p><p>On est donc conduit � �largir cette fente, ce qui entra�ne un �largissement de l�image de la fente d�entr�e, donc une diminution de la r�solution. Par contre, si l�on �largit la fente d�entr�e, le flux entrant dans l�appareil augmente proportionnellement � la largeur de la fente ; il en va de m�me du flux tombant sur la plaque photographique et de la surface de l�image de la fente. Il en r�sulte que l��clairement de l�image, rapport du flux � la surface, tendra vers une constante E0, qui est l��clairement obtenu lorsque la fente d�entr�e est tr�s large. La figure 2 repr�sente l��volution de l��clairement E et de la r�solution R en fonction de la largeur de la fente source. On voit, sur cette figure, que l�on n�a pas int�r�t � augmenter �norm�ment la largeur de la fente, car, sans gagner sur l��clairement, donc sur la luminosit� de l�appareil, on perd beaucoup en r�solution. Le meilleur compromis est obtenu lorsque la largeur de l�image de la fente est �gale � la largeur de la tache de diffraction. On obtient dans ces conditions</p><p>R = 0,78 R0</p><p>et un �clairement E = 0,82 E0.</p><p>Jusqu�� pr�sent, nous n�avons pas tenu compte de l��mulsion photographique, qui, d�une image quasi ponctuelle, donne une image de largeur moyenne g, qui, suivant les �mulsions, varie entre 10 et 50 &#x3BC;. Toute image de diam�tre inf�rieur � g se traduira, apr�s d�veloppement de la plaque, par une</p><p>tache de diam�tre sup�rieur ou �gal � g.</p><p>Il ne servirait donc apparemment � rien que la largeur de la figure de diffraction soit inf�rieure � g, donc que la focale f de l�objectif de chambre soit inf�rieure au rapport Une application num�rique dans laquelle on pren-drait g = 20 &#x3BC;, &#x3BB; = 0,5 &#x3BC; et a = 10 cm nous conduirait � prendre un objectif de chambre de focale �gale � 4 m ; c�est l� une focale tr�s grande, qui entra�ne des inconv�nients importants au niveau de l�encombrement de l�appareil et de sa stabilit� ; d�autre part, l�ouverture �gale � donnera un �clairement tr�s faible de l�image de la fente d�entr�e. Compte tenu de ces consid�-</p><p>rations, on prendra dans les montages courants une focale f pour l�objectif de chambre telle que la tache de diffraction soit plus petite que g, si bien que c�est la valeur de g qui d�terminera le pouvoir de r�solution maximal du spectrographe. On peut montrer que, dans ces conditions, l��clairement est proportionnel au carr� de l�ouverture de l�objectif de chambre et que la r�solution est inversement proportionnelle � cette ouverture. C�est l� un des caract�res fondamentaux des spectrographes ; le produit L � R2 (L = luminosit� du spectrographe) ne d�pend que des caract�ristiques du disperseur et de la plaque photographique. Dans le cas o� le disperseur est un prisme utilis� downloadModeText.vue.download 361 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10316</p><p>au minimum de d�viation,</p><p>e �tant l��paisseur de la base du prisme et la d�riv�e de l�indice par rapport � la longueur d�onde. Le choix de la substance du prisme est fait de telle sorte que soit le plus grand possible tout en ayant un prisme de bonne transparence. Dans le visible et dans l�ultraviolet, on utilise le flint, qui est transparent jusqu�� 3 500 � ; pour les longueurs d�onde plus faibles, on se sert du quartz, transparent jusqu�� 2 000 �, mais qui pr�sente l�inconv�nient d��tre bir�fringent et surtout d��tre quatre fois moins dispersif que le flint ; on utilise �galement la fluorine</p><p>CaF2, transparente jusqu�� 1 250 �, et le fluorure de lithium, transparent jusqu�� 1 050 �. La limitation vers les grandes longueurs d�onde (de l�ordre du micron) est le fait de la sensibilit� spectrale des plaques photographiques.</p><p>L�angle des prismes n�exc�de jamais 70�, afin de perdre le moins de lumi�re possible sur la face d�entr�e ; en effet, plus l�angle est grand et plus l�incidence sur cette face d�entr�e doit �tre grande ; or, le pouvoir r�flecteur augmente avec l�incidence. Les dimensions d�un prisme n�exc�dent pas 10 cm � cause de l�absorption � l�int�-</p><p>rieur et aussi de la difficult� d�obtenir de grands volumes de mati�re suffisamment homog�ne. On tourne cette difficult� en utilisant des trains de prismes (jusqu�� 3 prismes). Quant � l�objectif de chambre, son ouverture, qui r�git la luminosit�, est comprise entre et on est limit� dans l�augmentation de cette ouverture par la correction des aberrations g�om�triques. Dans le cas o� le disperseur est un r�seau, le pouvoir de r�solution est R0 = k � N, o� k est l�ordre d�interf�rence et N le nombre total de traits du r�seau. Les r�seaux par r�flexion recouverts d�une couche mince d�aluminium peuvent �tre utilis�s jusqu�� 2 000 �. De 1 000</p><p>� 2 000 �, pour avoir un facteur de r�-</p><p>flexion suffisant, on prot�ge la couche d�aluminium par du fluorure de magn�-</p><p>sium. Entre 500 et 1 000 �, le r�seau est grav� sur une couche de platine.</p><p>Au-dessous de 500 �, on utilise un r�seau concave sous incidence rasante.</p><p>Un montage tr�s r�pandu est indiqu� sur la figure 3.</p><p>Propri�t�s des</p><p>spectrom�tres</p><p>Le sch�ma de principe d�un spectrom�tre est repr�sent� sur la figure 4. On observe que les diff�rences entre la figure 4 et la figure 1 r�sident dans le changement de la plaque photographique en une fente de sortie suivie d�un r�cepteur photo�lectrique. On con�oit donc qu�ici la r�solution ne d�pendra, pour une largeur de fente (on prend toujours une largeur de fente de sortie �gale � la largeur de l�image de la fente d�entr�e) sup�rieure � la lar-</p><p>geur de la tache de diffraction, que de cette largeur de fente. L��volution de la r�solution sera donc la m�me que sur la figure 2. Par contre, la luminosit� est proportionnelle au flux et, dans la mesure, �videmment, o� l�on augmente simultan�ment la largeur de la fente d�entr�e et celle de la fente de sortie (pour maintenir en permanence l��galit� des largeurs d�finie plus haut), ne fera que cro�tre en fonction de la largeur de la fente source, si bien que l��volution de la luminosit� et de la r�solution a, pour un spectrom�tre, l�aspect indiqu� sur la figure 5. On voit appara�tre dans les appareils classiques la diff�rence essentielle entre spectrographes et spectrom�tres : l��volution de la r�solution est identique, mais, dans un spectrom�tre, on peut gagner sur le facteur luminosit� en ouvrant les fentes, ce qui ne peut se faire dans un spectrographe. On pourrait montrer que, dans les spectrom�tres, on a entre la luminosit� et la r�solution une relation du type L � R = constante, la constante ne d�pendant que des caract�ristiques du disperseur, de la fente d�entr�e ou de sortie et de la transparence du syst�me. Une �tude comparative entre spectrom�tres � prismes et � r�seau montre qu�� r�solution �gale un spectrom�tre � r�seau est toujours beaucoup plus lumineux qu�un spectrom�tre � prismes (de l�ordre de 10 fois). Les techniques nouvelles de r�alisation de r�seaux, notamment par trac� des traits du r�seau sous contr�le interf�rom�trique ou par holographie, font que, de plus en plus, les spectrom�tres sont �quip�s de r�seaux. Les principaux montages utilis�s sont sensiblement les m�mes que dans le cas des spectrographes. D�autre part, compte tenu du fait que, dans les spectrom�tres � r�seau, tous les composants peuvent agir par r�flexion et qu�il existe des r�cepteurs photo�lectriques pour pratiquement tous les domaines de longueurs d�onde infrarouges, il n�y a aucune limitation pour l�analyse des spectres jusqu�� l�infrarouge lointain (100 &#x3BC; par exemple). Disons, enfin, que les spectrom�tres � prismes permettent d�atteindre des r�solutions de l�ordre de 30 000, tandis que les spectrom�tres � r�seau permettent d�atteindre une r�solution de 800 000 dans le visible.</p><p>L�inconv�nient majeur des spectrom�tres � prismes ou � r�seau que nous venons de d�crire est que les faisceaux sont �trangl�s par une fente d�entr�e et une fente de sortie limitant fortement la luminosit�. Pour pallier un tel d�faut, A. Girard a eu l�id�e de remplacer la fente d�entr�e et celle de sortie par deux grilles, dont l�aspect est repr�-</p><p>sent� sur la figure 6. On peut montrer que, dans un tel dispositif, la luminosit� et la r�solution non seulement sont ind�pendantes, mais peuvent cro�tre simultan�ment. L�inconv�nient de ce dispositif est que tombe sur le photomultiplicateur non seulement le flux d� � la radiation dont l�image co�ncide avec la grille de sortie, mais encore le flux d� aux radiations voisines de cette radiation d�accord. Si bien que, si le bruit accompagnant le signal est d� au rayonnement, le gain de la m�thode est faible. Par contre, dans le cas o� le bruit pr�dominant est celui du d�tecteur, le gain en luminosit�, ne se r�percutant pas sur le bruit, rendra cette m�thode d�analyse tr�s fructueuse. Le domaine de pr�dilection d�un tel appareil se situe donc dans l�infrarouge.</p><p>Jusqu�� pr�sent, nous avons consi-d�r� comme appareils dispersifs des prismes ou des r�seaux. Les interf�-</p><p>rom�tres en sont �galement, puisque, dans un ph�nom�ne d�interf�rences, l�interfrange d�pend de la longueur d�onde, et, dans le cas, notamment, d�un ph�nom�ne d�interf�rences � ondes multiples, les franges sont suffisamment fines pour permettre une s�-</p><p>paration spatiale de longueurs d�onde, comme c�est le cas dans un r�seau.</p><p>C�est ce qui se passe par exemple dans un interf�rom�tre de Fabry-P�rot plan.</p><p>Le sch�ma de principe d�un spectrom�tre utilisant le Fabry-P�rot plan est donn� sur la figure 7 : on peut montrer que la r�solution d�un tel syst�me d�-</p><p>pend du pouvoir r�flecteur des lames, de la pr�cision de fabrication des lames (au niveau de la plan�it�) � car il faut entre les deux lames en regard un parall�lisme le plus constant possible �</p><p>et enfin du diam�tre du diaphragme ; la luminosit� d�pend essentiellement de la transparence de l�interf�rom�tre et du diam�tre du diaphragme. Or, c�est la pr�cision de r�alisation des lames qui limite les performances d�un tel</p><p>dispositif. Il est, en effet, difficile de r�aliser des lames parfaitement planes ayant un diam�tre de l�ordre de 80 mm avec une pr�cision sup�rieure �</p><p>D�ailleurs, m�me avec cette pr�cision, de telles lames augmentent la largeur des franges et diminuent la transparence de l�interf�rom�tre. Cependant, un tel spectrom�tre offre, � r�solution downloadModeText.vue.download 362 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10317</p><p>�gale, une luminosit� de 100 � 400 fois sup�rieure � celle d�un spectrom�tre � r�seau. Il pr�sente cependant l�inconv�nient de ne pouvoir analyser qu�un domaine de longueurs d�onde beaucoup plus limit� que celui du r�seau, � cause de la superposition des ordres d�interf�rence, c�est-�-dire � cause du fait que deux longueurs d�onde pr�sentant un maximum d�intensit� � la m�me position sont beaucoup plus voisines dans le cas du spectrom�tre � Fabry-P�rot que dans le cas du spectrom�tre � r�seau. Cependant, des r�alisations comportant plusieurs Fabry-P�rot en s�rie ont permis d��viter cet inconv�-</p><p>nient. Ce type de spectrom�tre fournit des r�solutions tr�s �lev�es tout en conservant une luminosit� suffisante et a permis, notamment, d��tudier la structure hyperfine de certaines raies.</p><p>Aux r�solutions encore sup�rieures, un dispositif imagin� par P. Connes, qui consiste � remplacer les deux miroirs plans du Fabry-P�rot par deux miroirs sph�riques confocaux, permet d�atteindre des luminosit�s beaucoup plus importantes. Notons que c�est un tel dispositif qui constitue la cavit� des lasers. On a pu obtenir � l�aide de ces interf�rom�tres des r�solutions de quelques millions. Dans le cas des spectrom�tres d�crits ci-dessus, les diff�rents �l�ments spectraux sont �tudi�s les uns apr�s les autres, si bien que, pendant l�analyse d�un �l�ment, l��nergie contenue dans tous les autres ne sert � rien. Or, une m�thode permet de profiter � tout instant de l��nergie totale �mise : c�est la m�thode par transformation de Fourier. Le spectrom�tre utilisant une telle m�thode est repr�sent�</p><p>sur la figure 8.</p><p>On sait que, dans un interf�rom�tre � deux ondes, l��clairement d� � une source de luminance L (&#x3C3;) avec</p><p>en un point o� l�ordre d�interf�rence est est proportionnel �</p><p>&#x222B; L (&#x3C3;) (1 + cos 2 &#x3C0;&#x3C3;&#x394;) d&#x3C3;.</p><p>Le flux tombant sur le r�cepteur photo�lectrique est donc de la forme &#x3A6; = &#x222B; L (&#x3C3;) (1 + cos 2 &#x3C0;&#x3C3;&#x394;) d&#x3C3;.</p><p>Il contient notamment la quantit� &#x3C6; = &#x222B; L (&#x3C3;) cos 2 &#x3C0;&#x3C3;&#x394; d&#x3C3; ;</p><p>si &#x394; varie de fa�on lin�aire en fonction du temps,</p><p>&#x3C6; = &#x3C8; (t) = &#x222B; L (&#x3C3;) cos 2 &#x3C0;&#x3C3;&#x3BD;t d&#x3C3;</p><p>repr�sente la transform�e de Fourier de L. Il suffit alors d�enregistrer &#x3C6; et de faire � l�aide d�un ordinateur la transform�e de Fourier de &#x3C8; (t) pour obtenir L (&#x3C3;). On sait, en effet, que la transformation de Fourier est r�ciproque.</p><p>Cette m�thode est maintenant tr�s utilis�e, surtout dans l�infrarouge, o� elle permet d�atteindre, avec des sources tr�s peu intenses, des r�solutions tr�s �lev�es.</p><p>G. F.</p><p>P. Swings, la Spectroscopie appliqu�e (Hermann, 1935). / J. Terrien, la Spectroscopie (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1952 ; 4e �d., 1968). / P. Michel, la Spectroscopie d��mission et ses applications (A. Colin, 1953). / M�thodes nouvelles de spectroscopie instrumentale (C. N. R. S., 1967).</p><p>sp�l�ologie</p><p>Exploration des cavit�s naturelles du sol.</p><p>Sa nature</p><p>L�activit� des sp�l�ologues est � la fois sportive et scientifique.</p><p>En effet, l�exploration des cavernes s�apparente aux autres sports mettant l�homme aux prises avec la nature,</p><p>comme l�alpinisme* ou la plong�e sous-marine. Les aptitudes n�cessaires (endurance, ma�trise de soi, etc.), la menace de dangers (crues des rivi�res, chutes de pierres, etc.) et les motivations (go�t de l�inconnu) en sont analogues.</p><p>Les cavit�s souterraines constituant un milieu naturel, leur examen donne �galement lieu � des �tudes portant par exemple sur leur formation (sp�l�ogen�se) ou sur la faune cavernicole*</p><p>(biosp�l�ologie). Les recherches sp�-</p><p>l�ologiques s�appuient alors sur les connaissances de sciences telles que la g�ologie et la biologie ou encore la pr�histoire et l�arch�ologie pour ce qui concerne les vestiges du pass� contenus dans les grottes.</p><p>La sp�l�ologie sportive est mieux connue du public et rassemble la majorit� des pratiquants. L�information la privil�gie en raison de l�effet spectaculaire des explorations records ou des accidents dramatiques. La recherche sp�l�ologique scientifique, loin de stagner aujourd�hui, demeure, cependant, l�affaire d�un petit nombre de sp�cialistes.</p><p>Sport et science restent, en tout cas, compl�mentaires. Ainsi Alfred B�gli, professeur de g�ologie, est-il � la fois le principal explorateur du H�lloch en Suisse (deuxi�me r�seau souterrain du monde avec 115 km de d�veloppement) et le th�oricien de son mode de creusement et de son fonctionnement hydrog�ologique.</p><p>Aujourd�hui, avec l�apport massif des jeunes, les effectifs des amateurs de cavernes se gonflent. Le progr�s technologique donne aux explorateurs des moyens sans pr�c�dent. Le rythme des d�couvertes s�intensifie, tandis que la sp�l�ologie atteint un stade que conna�t aussi l�alpinisme, celui de la comp�tition et des exp�ditions solitaires (le Fran�ais P. Courbon � la Pierre-Saint-Martin).</p><p>Enfin, gr�ce � l�extension des loisirs et � la recherche de nouveaux terrains de jeux, les cavernes, m�me difficiles, sont de plus en plus souvent visit�es par go�t de l�effort sportif ou du milieu</p><p>insolite qu�elles constituent. Cette tendance s�est affirm�e d�s 1967 avec la cr�ation de l�Association des guides et moniteurs de sp�l�ologie.</p><p>Historique</p><p>� partir de la fin du XVIIIe s. et jusqu�au milieu du XIXe s., l��tude des cavernes est successivement domin�e par la pal�ontologie* (recherches de l�Alle-downloadModeText.vue.download 363 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10318</p><p>mand J. F. Esper en 1774) et la pr�histoire*. Pendant cette p�riode, avec des moyens rudimentaires, quelques explorations isol�es sont pouss�es tr�s loin : ainsi l�Autrichien F. Lindner parvient-il en 1840 � la profondeur de 329 m dans le gouffre de Trebiciano. Le terme de sp�l�ologie n�appara�t, cependant, que vers 1890, forg� par le pr�historien E. Rivi�re pour d�signer cette discipline ind�pendante que fonde v�ritablement le Fran�ais �douard Martel (1859-1938).</p><p>Les explorations de Martel d�butent en France dans les Grands Causses (descente du gouffre de Padirac en 1889), puis s��tendent � la plupart des pays d�Europe et aux �tats-Unis. Leur succ�s, l�originalit� du mat�riel employ� (�chelles de cordes dans le puits de 164 m du gouffre Jean Nouveau, canot pliant en toile imperm�able pour naviguer sur la rivi�re souterraine de Bramabiau) ouvrent l��re de la sp�l�ologie sportive. La narration des campagnes de Martel dans les ouvrages tels que les Ab�mes (1894) ou la France ignor�e (1928-1930), la cr�ation, en 1895, du premier groupe d�explorateurs de cavernes (la � Soci�t� de sp�l�ologie �) et de sa revue Spelunca sont � la base du d�veloppement que conna�t par la suite l�exploration des gouffres et des grottes.</p><p>Sur le plan scientifique, Martel appara�t comme un pionnier de la sp�l�ologie physique : il �tablit une th�orie nouvelle du creusement et du fonctionnement hydrog�ologique des cavernes.</p><p>Dans cette perspective, pendant la pre-</p><p>mi�re moiti� du XXe s., quelques autres chercheurs jouent un r�le similaire : le Roumain Emil Racovi&#x163;&#x103; (1868-1947) et le docteur Ren� Jeannel (1879-1965) pour la biosp�l�ologie, et l�abb� Henri Breuil (1877-1961) pour l�art pr�historique dans les grottes. L�extension des �tudes sur le milieu souterrain amorc�es par de tels savants conduira en 1950 � la construction d�un laboratoire souterrain dans la caverne ari�geoise de Moulis.</p><p>Entre les deux guerres mondiales, la sp�l�ologie europ�enne est pr�pond�-</p><p>rante : l��quipe du Club alpin italien d�passe, pour la premi�re fois en 1924, la profondeur de 400 m sous terre et �tablit dans son pays, d�s 1927, le record mondial � 637 m (spluga della Preta).</p><p>En France, Norbert Casteret, explorateur presque toujours solitaire, r�v�le au grand public l�univers des � sondeurs d�ab�mes � gr�ce � des tourn�es de conf�rences et une s�rie de livres consacr�s � ses aventures souterraines : la d�couverte des plus vieilles statues du monde dans la grotte de Montes-pan, celle des vraies sources de la Garonne dans les Pyr�n�es espagnoles (1930), l�exploration du gouffre Martel (� 303 m), le plus profond de France en 1933, etc. Ses r�cits provoquent une �mulation d�cisive et l��closion de multiples sp�l�o-clubs.</p><p>Avec un autre Fran�ais, Robert de Joly (1887-1968), s�accomplit entre 1926 et 1938 une v�ritable r�volution des m�thodes et du mat�riel d�exploration : l�invention des �chelles souples en c�bles d�acier et en barreaux d��lectron, ultra-l�g�res et peu encombrantes permet de s�attaquer avec succ�s aux grands gouffres verticaux, tel le chou-rum Martin, dans le D�voluy, que Martel n�avait pu vaincre avec les agr�s inadapt�s de puisatier. Robert de Joly, cr�ateur des techniques de la sp�l�ologie moderne, explorateur de l�aven d�Orgnac, en Ard�che, aujourd�hui am�nag� pour la visite touristique, est de plus le fondateur, en 1936, de la Soci�t� sp�l�ologique de France, dont l��volution aboutira � la F�d�ration fran�aise de sp�l�ologie.</p><p>Apr�s la Seconde Guerre mondiale, des groupes de sp�l�ologues bien financ�s et outill�s, aux effectifs nombreux, organisent des exp�ditions de grande envergure avec parfois le concours d�explorateurs chevronn�s, jadis isol�s, comme Casteret. C�est le cas de l�exp�dition du Sp�l�o-Club de Paris au gouffre de la Henne-Morte en 1947. La presse se fait l��cho des exploits et des drames qui se d�roulent sous terre, achevant ainsi de vulgariser, au risque d�en donner une fausse image, un sport dont la pratique s��tend chaque ann�e davantage. La tragique conqu�te, entre 1952 et 1955, du nouveau record du monde de profondeur au gouffre de la Pierre-Saint-Martin (� 726 m) est � cet �gard significative.</p><p>Parall�lement, au contact du milieu des alpinistes, les techniques d�exploration connaissent une nouvelle mutation en France, en Italie et en Autriche.</p><p>Pierre Chevalier, au r�seau souterrain de la dent de Crolles (Grande-Chartreuse), adapte aux cavernes les m�thodes d�escalade, l�emploi des cordes de Nylon et la descente en rappel. Sur ses traces, en 1956, la jeune �quipe du Club alpin fran�ais de Grenoble fait brusquement irruption sur la sc�ne sp�l�ologique en d�passant au gouffre Berger (Vercors) la profondeur fatidique de 1 000 m. La profusion des d�couvertes souterraines en montagne annonce le stade de la � sp�-</p><p>l�ologie alpine �, que caract�risent les �quipes l�g�res et rapides, un mat�riel tr�s �labor� (� descendeurs � pour le rappel, � freins � pour les remont�es solitaires, pitons autoforants, etc.) et une technique � la recherche d�une efficacit� toujours accrue, qu�enseigne aujourd�hui l��cole fran�aise de sp�-</p><p>l�ologie. Le Sp�l�o-Groupe de La Tronche (Is�re), qui, en 1969 et 1970, explore deux gouffres de plus de 700 m, est le principal instigateur de cette forme de sp�l�ologie, maintenant largement r�pandue (en Belgique, en particulier).</p><p>Ces derni�res ann�es, gr�ce � la sp�l�ologie nord-am�ricaine, aux plong�es en scaphandre dans les galeries noy�es et aux exp�ditions lointaines, la conqu�te souterraine s�acc�l�re : en 1972, les membres de la Cave Research</p><p>Foundation (�tats-Unis) r�alisent la jonction entre Flint Ridge System et Mammoth Cave (Kentucky), qui forment d�sormais le r�seau souterrain le plus �tendu du monde (240 km) ; l�Association for Mexican Cave Studies utilise la technique de l�ascension au jumar pour venir � bout du plus haut �-pic souterrain connu, 410 m (gouffre del Barro) ; l�Allemand J. Hassen-mayer franchit le siphon suisse de la source de la Rinquelle, long de 930 m ; une exp�dition anglaise en Iran d�-</p><p>couvre un gouffre d�passant 700 m de profondeur.</p><p>Mat�riel et techniques</p><p>L��quipement individuel</p><p>Le sp�l�ologue est habill� d�un sous-v�tement lui permettant de supporter le froid et l�humidit� (Nylon aluminis�), et rev�t une combinaison et des gants en plastique imperm�ables, qui le prot�gent de la douche glaciale des cascades. Gr�ce � des bottes en caoutchouc, il progresse, les pieds au sec, dans certaines laisses d�eau. Pour s�aventurer dans des bassins plus profonds, il utilise la � pontonni�re �, pantalon de latex englobant les pieds et montant jusque sous les bras. Le casque qu�il porte pour se pr�server des chocs et des chutes de pierres est muni d�un syst�me d��clairage frontal, souvent double, c�est-�-dire comportant un faisceau �lectrique et une flamme aliment�e par un g�n�rateur d�ac�ty-l�ne. L�explorateur est, de plus, �quip� d�une ceinture d�encordement et d�un baudrier � cuissard � assez proches de ceux des alpinistes.</p><p>Le mat�riel et</p><p>les m�thodes d�exploration</p><p>y Les gouffres verticaux. Dans les �-</p><p>pics, les sp�l�ologues utilisent encore les �chelles souples et l�g�res ; mais de plus en plus, ils descendent le long des cordes de Nylon par glissades contr�l�es et, au heu de faire assurer leur remont�e par un aide situ� en haut du puits, ils se relient � une corde fixe par un � autobloqueur � qui, en ne coulissant que dans le sens de l�ascension, enraye tout d�but de chute. Avec le d�veloppement de la � sp�l�ologie</p><p>alpine �, les �chelles et m�me les treuils pour les grandes verticales disparaissent au profit d�un syst�me de remont�e sur corde par coincements successifs de deux autobloqueurs.</p><p>y Les rivi�res souterraines et les galeries noy�es. Sur les lacs, les sp�-</p><p>l�ologues naviguent dans des canots pneumatiques gonflables ; ils parviennent � surmonter les chutes d�eau en appuyant contre la paroi un � m�t d�escalade �, le long duquel pend une �chelle souple. Lorsque le plan d�eau rejoint la vo�te, formant siphon, ils recourent � l�emploi du scaphandre autonome. La pratique de la plong�e souterraine a pris r�cemment une extension telle qu�elle devient un secteur sp�cialis� de la sp�l�ologie : on explore les galeries noy�es � grande profondeur sous terre (� 1 122 m au gouffre Berger en 1968) et les sources o� ressortent les rivi�res souterraines (r�surgences comme la fontaine de Vaucluse). Ainsi, aux �tats-Unis, dans la fontaine de Lost Spring, les plongeurs-sp�l�ologues descendent � 95 m sous la surface ; le Groupe d��tudes et de plong�es souterraines de Marseille explore dans la r�surgence sous-marine de Port-Miou, pr�s de Cassis, 1,4 km de galeries noy�es, parfois sous 50 m d�eau. Quelques-downloadModeText.vue.download 364 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10319</p><p>unes des derni�res grandes d�couvertes sp�l�ologiques sont le fait des plongeurs : un r�seau souterrain de plus de 9 km dans la Meuse, derri�re le siphon du Rupt-du-Puits ; un autre de 10 km au-del� des 230 m de couloir ennoy� de la r�surgence du Verneau (Doubs). Les plongeurs en siphon utilisent des scaphandres sp�-</p><p>ciaux, g�n�ralement � air comprim�, comportant plusieurs appareils identiques et ind�pendants, car, en raison de l�absence de la surface libre au-dessus d�eux, toute d�faillance de mat�riel serait fatale. En progressant, ils d�roulent un fil d�ariane qui leur permet de trouver le chemin du retour lorsque la visibilit� est troubl�e par l�argile que soul�ve le mouvement</p><p>des palmes.</p><p>y La topographie souterraine.</p><p>Presque tous les sp�l�ologues �tablissent le plan des grottes qu�ils d�couvrent. Les topographes, en</p><p>d�interminables s�ances, prennent la direction des galeries � la boussole, calculent leur pente au clisim�tre et en mesurent le d�veloppement soit au d�cam�tre, soit avec un � topo-fil �, bo�tier muni d�un compteur et d�bitant un fil perdu fix� aux extr�-</p><p>mit�s des segments relev�s. Les topographies de cavernes authentifient les records, permettent d��tablir des inventaires de cavit�s (celui de la France est d�tenu par le Bureau de recherches g�ologiques et mini�res) et sont exploit�es en vue d�une meilleure connaissance scientifique du monde souterrain (morphologie des conduits surtout).</p><p>y Les m�thodes sp�ciales. Les</p><p>moyens mis en oeuvre au cours des investigations ne sont pas limit�s.</p><p>Les sp�l�ologues peuvent gravir des chemin�es � la fa�on des alpinistes ou � l�aide d�agr�s sp�ciaux appel�s araign�es ; il leur arrive d�utiliser les explosifs pour �largir certains boyaux ; pour les s�jours prolong�s, ils recourent au camping souterrain dans des tentes isothermiques (comme chaque ann�e au gouffre Berger) ou des hamacs. Afin de localiser le lieu de r�surgence des eaux souterraines, ils proc�dent parfois � leur coloration � la fluoresc�ine ; pour abaisser les plans d�eau qui forment siphon, ils emploient des pompes ; etc.</p><p>Les applications</p><p>L�utilisation la plus courante des d�-</p><p>couvertes souterraines est incontestablement touristique.</p><p>L�am�nagement des cavernes (as-</p><p>censeurs, passerelles, rambardes, projecteurs, etc.) permet au public de visiter sans effort et sans risque l�univers min�ral des stalagmites, colonnes, draperies, cristallisations et concr�tions de toutes formes et toutes couleurs. Dans certaines r�gions arides et pauvres, l�int�r�t �conomique de l�exploitation de telles curiosit�s naturelles est</p><p>capital (le gouffre de Padirac ou l�aven Armand dans les Causses, la c�l�bre grotte de Postojna en Yougoslavie, celle de Han-sur-Lesse en Belgique).</p><p>Dans le domaine hydro-�lectrique, les explorations souterraines sont souvent indispensables ; ainsi, lors du captage des eaux du cirque de Lez (Ari�ge), un tunnel creus� sur les indications de Casteret a permis de r�cu-p�rer dans un gouffre l�eau d�un torrent qui aurait �chapp� aux turbines de la centrale. Des recherches sp�l�ologiques servent, en outre, � d�celer d��ventuelles pertes de charge avant la construction de barrages en terrain calcaire (Sainte-Croix sur le Verdon ou Cernon-Menouille dans le Jura).</p><p>L�alimentation en eau potable peut �tre tributaire de d�couvertes sp�-</p><p>l�ologiques : la Soci�t� des eaux de Marseille doit aux explorateurs de la r�surgence de Port-Miou la possibilit� de capter cette rivi�re souterraine suffisamment loin de la mer pour qu�elle soit dessal�e.</p><p>Enfin, � la suite de l�exp�rience de survie souterraine de Michel Siffre en 1962, des recherches sont men�es dans des cavernes am�ricaines, dans le cadre d��tudes sur l�adaptation de l�organisme humain aux conditions des vols spatiaux (isolement, perte de la notion du temps, etc.).</p><p>J. D.</p><p>H. P. Gu�rin, Sp�l�ologie. Manuel technique (Susse, 1944) ; Sp�l�ologie, le mat�riel et son emploi (Vigot, 1951). / R. de Joly, la Sp�l�ologie (Elz�vir, 1947). / F. Trombe, Trait� de sp�l�ologie (Payot, 1952) ; la Sp�l�ologie (P. U. F., coll.</p><p>� Que sais-je ? �, 1956 ; 3e �d., 1973). / B. G�ze, la Sp�l�ologie scientifique (�d. du Seuil, coll. � Microcosme �, 1965). / P. Minvielle, la Conqu�te souterraine (Arthaud, 1967). / M. Sifre, Dans les entrailles de la terre (Flammarion, 1975).</p><p>Spencer (Herbert)</p><p>Philosophe britannique (Derby 1820 -</p><p>Brighton 1903).</p><p>Form� par son p�re et son oncle, tous deux ma�tres d��cole, il doit � une volont� tenace, malgr� sa sant� tr�s</p><p>fragile, de se former tr�s vite une opinion personnelle : il refuse de se rendre � l�universit� et, plus tard, ne voudra jamais accepter ni distinction ni titre honorifique. Il reste �galement libre de toute attache politique et religieuse, et �carte m�me le mariage. La culture elle-m�me lui semble un danger pour sa libert�, et il restreindra ses lectures.</p><p>Apr�s quelques ann�es de journa-</p><p>lisme (lettres sur The Proper Sphere of Government, publi�es en 1842 dans le Nonconformist, qui traite des limites de l�autorit� de l��tat), il vient � la m�taphysique en lisant le Syst�me de logique de Mill* et les Observations sur le sentiment du beau et du sublime de Kant*. Ing�nieur des chemins</p><p>de fer, puis r�dacteur � l�Economist, il se consacre totalement, � partir de 1853, � une activit� de r�flexion. Se sentant charg� d�une mission, il veut donner une interpr�tation du monde, s�appuyant � la fois sur la science et sur la raison. Il va passer trente-six ann�es � tenter de mener � bien ses desseins malgr� une sant� pr�caire et des difficult�s financi�res. Un Am�-</p><p>ricain, Edward L. Youmans, lui vient heureusement en aide, de sorte que ses oeuvres seront r�v�l�es aux �tats-Unis avant d��tre connues et appr�ci�es en Grande-Bretagne. Jusqu�en 1870, ce sera Youmans qui assurera la parution de ses oeuvres.</p><p>En 1894 a lieu la grande controverse de Spencer avec le biologiste allemand August Weismann. Apr�s la parution du dernier tome des Principes de sociologie (The Principles of Sociology), en 1896, Spencer est enfin c�l�br� et reconnu � sa juste valeur. Il peut se consid�rer comme le plus c�l�bre philosophe de son �cole et le ma�tre du positivisme*. En 1898, il accomplit deux longs voyages en Europe et aux �tats-Unis.</p><p>Mais l�engouement qu�a provoqu�</p><p>le positivisme d�cline, et de nouvelles philosophies id�alistes commencent � l�emporter, de sorte que Spencer voit p�lir son �toile, lorsqu�il meurt le 8 d�-</p><p>cembre 1903.</p><p>Ses oeuvres majeures constituent les onze volumes du System of Synthetic</p><p>Philosophy, � quoi il faut ajouter une Autobiography (1904) et de tr�s nombreux essais.</p><p>Spencer con�ut le vaste projet d�expliquer le devenir de toutes les formes de vie � y compris sociales � par un principe unique, la loi de l��volution. La loi universelle du devenir social �tait pour lui celle du passage continu de l�homog�n�it� � l�h�t�ro-g�n�it� et d�une int�gration de plus en plus grande des parties dans le temps ; l�inverse, c�est-�-dire la dissolution, pouvait, admettait-il, se produire dans certains cas.</p><p>Ainsi l��volution de soci�t�s suit-elle pour Spencer une direction et des phases bien d�finies, avec parfois des retours en arri�re.</p><p>Par exemple. Spencer expliquait la formation des croyances religieuses par l��laboration progressive de l�animisme des soci�t�s primitives.</p><p>On peut dire qu�il lui appartient, comme � L. H. Morgan*, d�avoir structur�, en m�me temps que radicalis� (en l��tendant � la sph�re sociale), l�id�e d��volution lanc�e par Darwin*.</p><p>D. C.</p><p>F �volutionnisme.</p><p>E. Thouverez, Herbert Spencer (Bloud et Gay, 1905). / D. Duncan, The Life and Letters of Herbert Spencer (Londres, 1908). / M. Absi, la Th�orie de la religion chez Spencer et ses sources (Impr. catholique, Beyrouth, 1953).</p><p>Spenser (Edmund)</p><p>Po�te anglais (Londres v. 1552 - id.</p><p>1599).</p><p>Le flambeau de la po�sie en langue anglaise allum� par Chaucer* au</p><p>d�but du XIVe s. ne retrouve son vrai �clat � malgr� sir Thomas Wyat</p><p>(v. 1503-1542) et le comte de Surrey (v. 1518-1547) � que cent cinquante ans plus tard avec Edmund Spenser.</p><p>Ce bourgeois londonien bon teint, downloadModeText.vue.download 365 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10320</p><p>devenu secr�taire de lord Arthur Grey of Wilton (1580), puis sh�rif de Cork en 1598, passe presque toute sa vie en Irlande, et View of the Pr�sent State of Ireland (publi� en 1633), ouvrage en prose, r�unit la somme de ses opinions sur cette question �pineuse. Le fait de vivre loin de Londres, de la Cour et des cercles litt�raires stimulants ne nuit pas � sa gloire. The Shepheardes Calender (1579) affirme, d�s avant son d�part, la personnalit� litt�raire de Spenser, alias</p><p>� Colin Clout �, le berger po�te qu�on revoit dans Colin Clouts corne Home againe (1595), d�di� � sir Ralegh et hommage � �lisabeth Ire et � sa cour.</p><p>Ce Calendrier du berger, dans sa forme pastorale, mode d�expression favorite du po�te, contient en quelque sorte l�essentiel des exp�riences et des influences de ses ann�es de jeunesse.</p><p>De 1561 � 1569, Spenser suit les cours de la Merchant Taylor� School, dirig�e par le fameux Richard Mulcaster, d�fenseur de la langue anglaise face � celles du continent. En 1569, il contribue � Theatre for Worldlings de Jan Van der Noot (v. 1540 - v. 1595), en traduisant du fran�ais des pi�ces de Du Bellay et de Marot (traducteur de P�-</p><p>trarque). La p�riode de 1569 � 1576 le trouve � Pembroke Hall, � Cambridge, qui l�acquiert � la low church et d�termine son hostilit� � l��glise romaine.</p><p>Enfin, en 1579, au service du comte de Leicester, Spenser fr�quente sir Philip Sidney (1554-1586). Un amour commun de la langue anglaise et de la recherche m�trique unit les deux hommes, et Astrophel rend en 1595</p><p>un hommage posthume � cette amiti�.</p><p>Humaniste et aussi fervent admirateur de Chaucer, Spenser r�ve d�apporter � la langue anglaise une contribution �gale � celle de la Pl�iade et de Du Bellay � la langue fran�aise. Son �l�gie Daphnaida (1591) rappelle The Book of the Duchess de Chaucer, tandis que Complaints (1591) se souvient de Du Bellay, et notamment dans le sonnet</p><p>� The Ruines of Time �. Dans ce m�me volume figurent aussi le charmant</p><p>� Muiopotmos � et surtout � Mother Hubberds Tale �, po�me satirique et premi�re �pop�e burlesque anglaise, o� les aventures du Renard et du Singe</p><p>permettent une critique qui n��pargne ni la Cour ni le clerg�. Deux oeuvres t�moignent de la vie sentimentale du po�te : Amoretti, sur son amour, et Epithalamion (1595) � chef-d�oeuvre du genre �, pour son mariage avec Elizabeth Boyle en 1594. � la suite de cet �pithalame, Spenser �crit Prothala-mion (1596), demand� par le comte de Worcester pour le mariage de ses filles.</p><p>La grande oeuvre de Spenser reste The Faerie Queene. Cette pi�ce ma�tresse de la litt�rature �lisab�thaine, d�di�e � sa souveraine, la � Gloriana �, l�im-mortalise de son vivant. Elle suscite de nombreux �mules, de Michael Dray-ton aux fr�res Fletcher par exemple, et on la verra tour � tour encens�e ou d�pr�ci�e au rythme du mouvement qui fait monter ou descendre les classiques dans l�empyr�e. Vaste et incompl�te entreprise qui ne comprend que six volumes, soutenus par un lien t�nu (I � III, 1590 ; IV � VI, 1596), sur les douze pr�vus, ce � pageant � magnifique demeure essentiellement didactique.</p><p>On y sent l�influence de l�Arioste, du Tasse dans la forme, celle d�Aristote et de Platon pour la doctrine. L�all�gorie triomphante, aussi bien morale que politique et religieuse, tente, une fois de plus, et apr�s Four Hymnes (1596), de r�aliser la synth�se de la pens�e antique et chr�tienne et le renouvellement de l�anglais dans le fonds natal par l�assimilation des valeurs �trang�res.</p><p>Si The Faerie Queene ne manque pas de ces archa�smes qui font froncer le sourcil de Ben Jonson, elle consacre l�apport � la po�sie nationale de cette strophe fameuse, que reprendront avec tant de bonheur les romantiques de Byron* � Shelley* et � Keats* :</p><p>D. S. -F.</p><p>E. Legouis, Edmund Spenser (Bloud et Gay, 1923). / W. Nelson, The Poetry of Edmund Spenser (New York, 1963). / M. Evans, Spenser�s Anatomy of Heroism (Londres ; 1970). / P. Bayley, Edmund Spenser : Prince of Poets (Londres, 1971).</p><p>Spermatophytes</p><p>ou Spermaphytes</p><p>L�un des deux embranchements (avec les Cryptogames vasculaires) des v�g�taux vasculaires. (On dit aussi</p><p>phan�rogames.) Une des plus grandes divisions du r�gne v�g�tal est, en effet, soulign�e par l�apparition d�un tissu conducteur, qui est absent chez les Thallophytes (Champignons, Algues) et chez les Bryophytes ; c�est l� une �tape phylog�n�tique extr�mement importante, qui caract�rise tout un vaste ensemble de v�g�taux. Cette acquisition, qui, outre son r�le fondamental de conduction de la s�ve, joue un r�le de soutien (fibres du bois), favorise l�essor du stade sporophytique ; celui-ci prend alors de grandes dimensions, la phase gam�tophytique �tant de plus en plus r�duite.</p><p>La reproduction se fait � partir d�organes m�les (anth�ridies donnant des anth�rozo�des) et d�organes femelles (arch�gones produisant des oosph�res) qui apparaissent sur les prothalles, ces derniers correspondant � la phase gam�tophytique. C�est la d�pendance ou l�ind�pendance de la phase prothal-lienne vis-�-vis du sporophyte qui permet de d�finir chez les v�g�taux vasculaires deux embranchements : celui des Pt�ridophytes (Cryptogames vasculaires), o� les prothalles, phase gam�-</p><p>tophytique sont ind�pendants du sporophyte, et celui des Spermatophytes (Phan�rogames), o� les prothalles sont tr�s r�duits et ench�ss�s dans les tissus du sporophyte. En outre, dans ce dernier groupe, les organes sexuels sont entour�s de pi�ces foliaires plus ou moins sp�cialis�es, dont l�ensemble prend le nom de fleur, alors que rien de semblable n�existe chez les Cryptogames vasculaires. Dans les Phan�-</p><p>rogames, deux sous-embranchements sont � consid�rer : les Gymnospermes et les Angiospermes. Le premier est en quelque sorte un groupe interm�diaire entre les Cryptogames vasculaires et les Angiospermes. Chez les Gymnospermes, en effet, le prothalle femelle, quoique parasite du sporophyte, est un peu moins r�duit que chez les Angiospermes ; il en est de m�me du prothalle m�le (grain de pollen).</p><p>La f�condation aquatique par spermatozo�des cili�s des Cryptogames vasculaires se retrouve chez certains groupes des Gymnospermes primitifs, alors que d�autres, plus �volu�s, sont</p><p>� siphonogames �, c�est-�-dire que les</p><p>spermatozo�des, non cili�s, parcourent un tube (tube pollinique) pour arriver jusqu�� l�ovule : c�est toujours le cas chez les Angiospermes ; d�autre part, le nombre des spermatozo�des entrant en jeu lors de la f�condation est diff�rent : un seul pour les Cryptogames vasculaires et presque toutes les Gymnospermes ; deux chez les Angiospermes (ph�nom�ne de la double f�condation). Enfin, les feuilles carpellaires des Gymnospermes sont beaucoup</p><p>moins sp�cialis�es que celles des Angiospermes. En effet, dans ce dernier groupe, la partie femelle des organes sexuels est constitu�e d�une feuille referm�e sur elle-m�me (dans certains groupes primitifs d�Angiospermes, telles les Ranales, cette structure est tr�s nette) et forme une loge close surmont�e d�une partie apicale hautement sp�cialis�e (stigmate) qui capte le pollen. Cette pr�sence d�un organe femelle collecteur de grains de pollen a fait donner aux Angiospermes, par certains auteurs, le nom de Stigmat�es.</p><p>� l�int�rieur de cette loge, les ovules, localis�s sur les bords (placentas) de la feuille, repli�e suivant sa nervure m�diane, vont se d�velopper. Apr�s la f�condation, les ovules vont se transformer en graines dans cette enceinte close, qui deviendra le � fruit �. Cela a fait donner � ces plantes le nom d�Angiospermes, c�est-�-dire � plantes � graines en bo�te �. Au contraire, pour les Gymnospermes, ces feuilles sont peu modifi�es, non roul�es sur elles-m�mes, sans stigmate (Astigmat�es) ; de ce fait, les ovules, port�s, l� aussi, sur les bords de la feuille, ne sont pas enferm�s dans une cavit� close, et le pollen peut les atteindre directement.</p><p>Les graines issues de ces ovules f�cond�s sont libres, au moins au d�but de leur existence, et c�est pourquoi on a donn� aux plantes de ce groupe le nom de Gymnospermes, c�est-�-dire</p><p>� plantes � graines nues �.</p><p>L��volution dans ces groupes, depuis les Pr�phan�rogames jusqu�aux Angiospermes en passant par les Gymnospermes, montre une diminution tr�s notable de la taille des ovules, qui sont gros chez les Pr�phan�rogames et minuscules chez les Angiospermes.</p><p>L�embryon est bipolaire chez les Phan�rogames et donne une racine princi-</p><p>pale et, au sommet oppos�, la tigelle.</p><p>Enfin, les Phan�rogames se diff�-</p><p>rencient des Cryptogames vasculaires par de nombreux caract�res morphologiques et anatomiques. Les racines sont toutes adventives, m�me la premi�re, et de structure tr�s simple chez les Cryptogames vasculaires ; au contraire, chez les Phan�rogames, au moins dans une premi�re phase, il y a une racine principale � disposition alterne du xyl�me et du phlo�me. Dans ces deux grands groupes, les tiges sont souvent importantes et avec des caract�ristiques anatomiques bien particuli�res : c�est ainsi que les vaisseaux sont presque exclusivement imparfaits, � ornementation scalariforme et � section polygonale chez les Cryptogames vasculaires, alors que, chez les Phan�-</p><p>rogames, surtout les Angiospermes Di-downloadModeText.vue.download 366 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10321</p><p>cotyl�dones, on trouve des vaisseaux parfaits � tr�s grande lumi�re et de section circulaire (vaisseaux r�ticul�s et ponctu�s). La structure des faisceaux, la disposition du bois et du liber sont aussi bien diff�rentes dans ces deux groupes et caract�ristiques (v. tige).</p><p>Enfin, les feuilles des Angiospermes pr�sentent une �volution beaucoup plus pouss�e que celles des Cryptogames vasculaires.</p><p>J.-M. T. et F. T.</p><p>F Angiospermes / Fleur / Fruit / Graine / Pollinisation.</p><p>L. Emberger, Trait� de botanique (syst�matique), t. II : les V�g�taux vasculaires (Masson, 1960).</p><p>sperme</p><p>Liquide physiologique form� par les spermatozo�des et les produits de s�-</p><p>cr�tion des glandes g�nitales m�les.</p><p>Physiologie</p><p>On distingue le sperme testiculaire, qui s�accumule dans les canaux d�f�rents</p><p>et les v�sicules s�minales, et qui est constitu� uniquement par les spermatozo�des, et le sperme total, �mis lors de l��jaculation et qui r�sulte du m�lange dans l�ur�tre du sperme testiculaire et du liquide prostatique. La s�cr�tion du sperme testiculaire est continue, le liquide s�cr�t� se rassemblant dans l��pididyme pour gagner par le canal d�f�rent l�ampoule du d�f�rent et les v�sicules s�minales, o� il est stock�.</p><p>L�excr�tion du sperme se fait lors des rapports sexuels gr�ce � une contraction des diff�rents muscles lisses qui entourent les glandes et les conduits g�nitaux. Les canaux excr�teurs de la prostate, qui s�ouvrent dans les parois de l�ur�tre prostatique, et les canaux �jaculateurs, qui font suite aux v�sicules s�minales, assurent le m�lange du sperme testiculaire et du liquide prostatique.</p><p>La formation des spermatozo�des</p><p>par le testicule, ou spermatogen�se, d�bute � la pubert� sous l�influence des hormones ant�hypophysaires et s�ar-r�te � un �ge tr�s variable chez le sujet �g�. Elle n�cessite, pour s�effectuer normalement, l�int�grit� des testicules, des voies excr�trices (rete testis, �pididyme, d�f�rent, v�sicules s�minales et canaux �jaculateurs) et un �quilibre hormonal et g�n�ral normal. La production des spermatozo�des a lieu dans les tubes s�minif�res du testicule.</p><p>Histologie</p><p>La production des gam�tes m�les, ou spermatozo�des, � partir des �l�ments d�riv�s du gonocyte primordial, s�effectue selon un cycle en six �tapes : spermatogonies de premier ordre � chromatine � poussi�reuse �. Une premi�re mitose �quationnelle donne � partir de chacune d�elles deux spermatogonies de second ordre � chromatine cro�teleuse. Par une seconde mitose �quationnelle, chacune des spermatogonies de deuxi�me ordre donne deux spermatocytes de premier ordre, de grande taille et responsables de la m�iose. Cette division m�iotique est d�une importance consid�rable, puisqu�elle assure, par r�duction du nombre des chromosomes et s�paration des couples synaptiques, une r�duction des caract�res h�r�ditaires. Chaque spermatocyte de deuxi�me ordre ne</p><p>contient donc que 23 chromosomes, dont l�un est un X ou un Y. Les spermatocytes de deuxi�me ordre sont producteurs de mitoses �quationnelles. Ils se divisent en deux spermatides. Les spermatides ne se divisent pas, mais sont le si�ge d�une s�rie de transformations qui aboutissent aux spermatozo�des. Le spermatozo�de mature est lib�r� dans la lumi�re des tubes s�minif�res, en paquets, qui ne se s�parent que dans l��pididyme.</p><p>Les variations morphologiques des spermatozo�des sont tr�s nombreuses, mais la microscopie �lectronique a permis une description assez pr�cise.</p><p>On distingue : la t�te, qui constitue l�apport g�n�tique, entour�e d�une membrane cellulaire et occup�e par le noyau surmont� de l�acrosome ; la pi�ce interm�diaire, form�e d�une partie axiale contenant des fibrilles entour�es d�une gaine constitu�e de mitochondries gonfl�es et dispos�es de mani�re h�lico�dale ; le flagelle, contenant les fibrilles de la pi�ce interm�-</p><p>diaire et deux fibrilles de l�axe central.</p><p>Le spermatozo�de mesure environ 60 &#x3BC;</p><p>de long, dont 4 � 5 &#x3BC; pour la t�te, 4 � 5 &#x3BC;, pour la pi�ce interm�diaire et 47 &#x3BC;</p><p>pour le flagelle. La vitesse du spermatozo�de humain est comprise entre 70</p><p>et 100 &#x3BC;/s. C�est la glucolyse tr�s active du plasma s�minal qui lui fournit l��nergie n�cessaire, mais sa mobilit� d�pend de l�A. T. P. (ad�nosine-tri-phosphate), produit par les mitochondries de la pi�ce interm�diaire.</p><p>Examen du sperme</p><p>Le sperme, tel qu�il est �jacul�, appara�t comme un liquide visqueux gris�tre, constitu� par les spermatozo�des en suspension dans un milieu liquide appel� plasma s�minal. Le volume moyen d�une �jaculation se situe entre 2 et 5 ml. L�examen du sperme au laboratoire, ou spermogramme, permet d�en pr�ciser certains caract�res importants. Le nombre des spermatozo�des est �valu� dans une cellule de Thomas, apr�s liqu�faction du caillot s�minal. La num�ration normale est comprise entre 60 et 120 millions par millilitre. Un chiffre inf�rieur � 20 millions caract�rise l�oligospermie.</p><p>L�absence totale caract�rise l�azoos-</p><p>permie, qui peut �tre d�origine excr�-</p><p>toire ou s�cr�toire. Normalement, deux heures apr�s l��mission, 70 p. 100 des spermatozo�des doivent �tre encore mobiles. Au-dessous de 50 p. 100, on parle d�asth�nospermie. L�immobilit� totale lors de l��jaculation caract�rise la n�crospermie. La dur�e de la vitalit� est �galement un facteur important. Un sperme normal doit pr�senter plus de 40 p. 100 de spermatozo�des vivants au bout de 8 heures et plus de 15 p. 100 au bout de 24 heures. Enfin, l��tude morphologique des spermatozo�des rev�t aujourd�hui une importance capitale en raison du diagnostic �tiologique qu�elle permet parfois. Les spermatozo�des anormaux, effil�s, ou � tapering forms � de Macleod, sont dans neuf sur dix des cas en rapport avec un varicoc�le (varices des veines du scrotum perturbant la circulation sanguine du testicule). Enfin, on peut doser dans le liquide s�minal certaines substances chimiques s�cr�t�es le long des voies g�nitales et qui paraissent li�es � la qualit� du sperme, telles que le fructose et les prostaglandines. Des techniques immunologiques visant � mettre en �vidence des anticorps r�agissant avec les spermatozo�des du sujet, soit dans son s�rum, soit dans le plasma s�minal, commencent � �tre utilis�es dans le diagnostic de certains cas de st�rilit�.</p><p>Conservation du sperme</p><p>La pratique de l�ins�mination artificielle avec du sperme congel� se d�-</p><p>veloppe dans de nombreux pays. Le sperme est conditionn� en petits tubes de 0,5 � 1 ml, additionn� de glyc�rol.</p><p>Les tubes sont plac�s quelques instants au-dessus des vapeurs d�azote, puis plong�s dans l�azote liquide. Les tubes demeurent le temps voulu � � 184 �C, et on les retire imm�diatement avant utilisation (banque de sperme). La qualit� du sperme est diminu�e apr�s cong�-</p><p>lation, mais le devenir des grossesses ainsi obtenues semble satisfaisant.</p><p>Ph. C.</p><p>F F�condation / Gam�te / G�nital / Sexe / Testicule.</p><p>T. Mann, The Biochemistry of Semen (New York, 1954, nouv. �d., The Biochemistry of</p><p>Semen and of the Male Reproductive Tract, 1964 ; trad. fr. Biochimie du sperme, P. U. F., 1956). / La Fonction spermatog�nique du testicule humain (Masson, 1958). / D. Molnar, Allgemeine Spermatologie (Budapest, 1963).</p><p>/ J. P. Gautray et coll., Reproduction humaine.</p><p>Aspects actuels de biologie clinique (Masson, 1968). / J. Cohen, les St�rilit�s masculines en pratique gyn�cologique (Masson, 1972).</p><p>Spiegel (Isa�e)</p><p>�crivain isra�lien d�expression yiddish (&#x141;�d&#x17A; 1906).</p><p>N� dans le quartier ouvrier de &#x141;�d&#x17A;, Ba&#x142;uty, il est d�abord instituteur. D�s 1922, il publie dans les p�riodiques juifs des po�mes et des r�cits. Son premier livre de po�mes lyriques, Face au soleil, parut en 1930. Pendant l�occupation allemande, il est intern� au ghetto de &#x141;�d&#x17A;, puis d�port� au camp d�Auschwitz.</p><p>Son s�jour au ghetto n�interrompt pas sa cr�ation litt�raire. Avant sa d�-</p><p>portation, Spiegel avait pu cacher ses oeuvres, qui parurent ensuite dans des revues ou en volumes en Pologne, en France, en Argentine, aux �tats-Unis et en Isra�l.</p><p>L�un des ma�tres de la prose yiddish, il se distingue par son sens tout particulier de l�expression, son imagerie originale, son sens admirable de la nature. Sa peinture des hommes et des �v�nements le r�v�le avant tout comme un lyrique, qui sait, cependant, modeler une galerie de types solides � l��preuve du temps. D�s ses deux premiers recueils de nouvelles (Royaume du ghetto, 1947 ; �toiles sur le ghetto, 1948), Spiegel s�affirme comme �crivain. Mais c�est avec Des hommes dans l�ab�me (1949) qu�il est pleinement et profond�ment juif. Son symbolisme est enracin� dans le r�el, et la terre sert de tremplin � son imagination. Po�te (Et la lumi�re fut, 1949), Spiegel tenta l��preuve du roman et la subit avec succ�s : les Flammes de la terre (1966) ; Marches vers le ciel (1966). Sa langue d�pouill�e, son expression retenue s�accordent avec son attitude � l��gard des hommes : Spiegel nous montre la grandeur de l�homme simple. Ses h�ros n�accomplissent que leur devoir, et le devoir du temps du</p><p>ghetto �tait l�h�ro�sme. Faisant alter-downloadModeText.vue.download 367 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10322</p><p>ner l�amour et la mort, le cri de douleur avec la r�flexion abstraite (Vents et racines, 1955 ; le Pont, 1963 ; Figures et profils, 1971), l�oeuvre de Spiegel compose aujourd�hui l�un des plus vigoureux t�moignages de la litt�rature des pers�cutions.</p><p>N. G.</p><p>N. Gruss, Des t�n�bres � la lumi�re, Isa�e Spiegel et son oeuvre (Israel-Buch, Tel-Aviv, 1974).</p><p>spin</p><p>Propri�t� importante des particules �l�mentaires.</p><p>Le mot vient du verbe anglais to spin, qui signifie � filer � en parlant de la laine et, par suite, � tourner sur soi-m�me � comme une quenouille</p><p>ou comme une toupie. En effet, tout se passe comme si les particules �l�-</p><p>mentaires �taient anim�es en permanence d�un mouvement de rotation sur elles-m�mes.</p><p>En m�canique, on caract�rise un solide en mouvement de rotation par son vecteur moment cin�tique, ou moment angulaire, dirig� suivant l�axe de rotation et dont le module &#x3C3; = I&#x3C9; est le produit du moment d�inertie I par la vitesse angulaire &#x3C9;. On d�finit encore pour un syst�me quelconque de masses m, situ�es aux points et anim�es de vitesses le moment cin�-</p><p>tique par la somme de produits vectoriels Et ce vecteur ob�it</p><p>� des lois fondamentales, particuli�rement � la loi de conservation pour un syst�me isol�.</p><p>Les exp�riences de physique ato-</p><p>mique et nucl�aire ne s�interpr�tent que si l�on attribue aux particules �l�mentaires (�lectrons, protons, neutrons) un vecteur-moment cin�tique intrins�que</p><p>, qui est ind�pendant de leur mouve-</p><p>ment de d�placement dans l�espace. On peut l�interpr�ter de mani�re imag�e en comparant la particule � une toupie et on l�appelle moment cin�tique de spin ou bien spin tout simplement.</p><p>Mais il ne faut pas accorder trop d�importance aux repr�sentations imag�es, qui sont incapables de d�-</p><p>crire compl�tement les propri�t�s de la mati�re � l��chelle atomique, et en particulier celles du spin. On mesure g�n�ralement dans les exp�riences la projection sz du vecteur spin sur un axe particulier Oz ; cette projection peut prendre seulement deux valeurs oppos�es :</p><p>(  = h/2 &#x3C0; est la constante de Planck h divis�e par 2 &#x3C0;). Lorsque deux particules sont en interaction, au cours d�une exp�rience de collision ou bien � l�int�rieur d�un syst�me atomique complexe, leur comportement est profond�ment chang� selon que les projections de leurs spins sont �gales (on dit que les spins sont parall�les) ou oppos�es (on dit que les deux spins sont antiparall�les).</p><p>Un noyau d�atome est un syst�me</p><p>complexe form� par l�association de plusieurs protons et de plusieurs neutrons, et l�on sait maintenant le briser dans des exp�riences de physique nucl�aire. Mais, dans toutes les �tudes sur la structure de l�atome, le noyau peut �tre consid�r� comme une particule unique et indivisible, et c�est pourquoi on utilise par extension l�expression spin nucl�aire pour d�signer le vecteur moment cin�tique de</p><p>l�ensemble du noyau. La projection Iz du spin nucl�aire peut prendre des valeurs plus vari�es que les deux valeurs impos�es au spin �lectronique sz ; mais le nombre des valeurs possibles est, n�anmoins, �troitement limit�. On caract�rise chaque noyau par la valeur maximale de la projection Iz de son spin et, dans le langage courant, on utilise fr�quemment l�expression spin nucl�aire pour d�signer cette valeur maximale de la projection Iz.</p><p>Un syst�me atomique complet est</p><p>form� d��lectrons qui tournent autour du noyau ; pour calculer son vecteur moment cin�tique, il faut additionner</p><p>vectoriellement les divers moments cin�tiques des �l�ments qui le composent : 1o spin nucl�aire ; 2o spin de chacun de ses �lectrons ; 3o moment cin�tique orbital d�</p><p>au d�placement de chacun des �lectrons sur son orbite. Les r�gles de composition des moments cin�tiques propres � la m�canique quantique permettent d�expliquer dans tous les cas le moment cin�tique global de l�atome dans chacun de ses �tats. Ce moment cin�tique global est obtenu en additionnant des moments cin�tiques de spin et des moments cin�tiques orbitaux, et, contrairement � certains abus de langage, il ne faut pas utiliser le terme de spin pour le d�signer.</p><p>On sait que les charges �lectriques qui tournent � l�int�rieur d�une spire de cuivre rendent celle-ci �quivalente, du point de vue des interactions �lectromagn�tiques, � un aimant dont le moment magn�tique est parall�le � l�axe de la spire, c�est-�-dire � l�axe de rotation des charges �lectriques. On ne s��tonnera donc pas que les mouvements de rotation internes � chaque particule la rendent aussi �quivalente � un petit aimant djmt le vecteur moment magn�tique est parall�le �</p><p>l�axe de rotation, c�est-�-dire au spin � chaque spin est donc associ�</p><p>le moment magn�tique qui</p><p>lui est proportionnel ; la constante de proportionnalit� &#x3B3; est appel�e rapport gyromagn�tique et est caract�-</p><p>ristique de chaque type de particule.</p><p>Le rapport gyromagn�tique des spins �lectroniques est n�gatif (c�est-�-dire que les vecteurs et sont de sens oppos�s) et vaut le double du rapport gyromagn�tique orbital associ� au d�-</p><p>placement de l��lectron sur son orbite.</p><p>Le rapport gyromagn�tique du spin du proton est positif et est environ mille fois plus petit que celui de l��lectron.</p><p>Ces propri�t�s magn�tiques per-</p><p>mettent d�effectuer des exp�riences tr�s directes sur les spins des particules : en effet, sous l�action d�un champ magn�tique spatialement inho-mog�ne, des moments magn�tiques</p><p>oppos�s sont soumis � des forces oppos�es qui d�vient leurs trajectoires dans</p><p>des sens oppos�s. Ou encore, en soumettant les spins � l�action simultan�e d�un champ magn�tique homog�ne et d�une onde �lectromagn�tique de fr�-</p><p>quence appropri�e, on parvient � les retourner (changer en � ) ; c�est le ph�nom�ne de r�sonance magn�tique.</p><p>B. C.</p><p>F Particules �l�mentaires.</p><p>Spinoza</p><p>(Baruch de)</p><p>Philosophe hollandais (Amsterdam 1632 - La Haye 1677).</p><p>� Je suis tout �tonn�, tout ravi !</p><p>J�ai un pr�d�cesseur et lequel ! Je ne connaissais presque pas Spinoza [...].</p><p>Ma solitude s�est transform�e du moins en duo. � Cet aveu vient de Nietzsche (lettre � Franz Overbeck, 1881). Que le penseur r�volutionnaire et contestataire par excellence ait reconnu le sens et la port�e du spinozisme dans son caract�re de modernit�, voil� qui justifie l�aversion scandalis�e des contemporains de Spinoza et l�enthousiasme suscit� par sa philosophie aujourd�hui.</p><p>En plein XVIIe s. sont r�dig�es, mais interdites de publication, �dit�es, mais sans nom d�auteur, des th�ses ayant m�me valeur qu�un acte politique : renversement blasph�matoire de toutes les structures de la conscience et de la soci�t�, profession de foi ath�e, lutte contre toutes les formes d�ali�nation et de superstitions (religieuse et politique), entreprise de d�mystification et de lib�ration des individus (sauvegarde des passions, m�fiance vis-�-</p><p>vis de l�imagination et des fictions), d�nonciation de toute perversion id�ologique, de toute forme de violence et de tyrannie, condamnation des abus de langage, pol�mique contre le non-engagement � telles sont les armes de combat du philosophe qui veut faire le salut de l�humanit� en �tablissant par � la b�atitude, c�est-�-dire notre libert� �, le royaume de Dieu o� r�gne-ront les hommes.</p><p>La vie</p><p>Seule une vie de brimades peut �clai-</p><p>rer la violence de cette r�action anti-cart�sienne de la part d�un cart�sien.</p><p>Baruch d�Espinoza (son nom s��crit souvent ainsi) na�t en 1632 de parents descendants de Juifs portugais ; ces derniers, pour �chapper � l�Inquisition, se sont fix�s aux Pays-Bas � la fin du XVe s. et int�gr�s � la communaut�</p><p>� marrane � d�Amsterdam, c�est-�-dire au cercle des Juifs de coeur, convertis de force au catholicisme par l��dit de Ferdinand. Dans ce milieu, Spinoza re�oit une �ducation rigoureuse ; l��cole confessionnelle, l�� Arbre de la Vie �, o� il poursuit ses �tudes, lui donne une connaissance de l�h�breu et de la Bible, mais aussi de la litt�rature espagnole ; c�est l� encore que Spinoza prend contact avec les philosophies rationalistes de Ma�monide* et de Cres-cas (1340 - v. 1410), des cabalistes. �</p><p>l�universit�, o� il suit les cours sans �tre inscrit, il s�assimile aussi la culture hell�nique, latine et chr�tienne ; il lit les philosophes anglais, italiens, fran-</p><p>�ais et allemands, et entretient de multiples rapports avec les ma�tres � penser de son temps � m�me si ces derniers, tel Leibniz*, n�osent en reconna�tre le fait. Esprit libre, il refuse de rester enferm� dans le ghetto intellectuel juif de sa ville natale. Aussi les milieux chr�tiens l�initient-ils aux sciences profanes, l�aident � progresser en math�matiques et en physique ; des lib�raux progressistes, tel le m�decin Juan de Prado, lui enseignent l�anatomie et la philosophie de Descartes*. �</p><p>la faveur de cet �clectisme intellectuel et de ce cosmopolitisme culturel, le rationalisme d�un homme de vingt ans met en doute les dogmes fondamentaux de la th�ologie juive et de la religion downloadModeText.vue.download 368 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10323</p><p>chr�tienne qui s�y rattache. Soup�onn� d�h�r�sie, Spinoza est excommuni� par la synagogue, ses ma�tres et ses parents en 1656. Exclu religieusement et socialement, il se r�fugie d�abord dans les quartiers chr�tiens de la ville, chez des amis, se retire ensuite � Rijnsburg, puis � Voorburg, pour finalement s�installer � La Haye. De sant� fragile, il gagne sa vie de m�ditation en polissant des</p><p>lentilles. En 1663, il rencontre le r�gent lib�ral de Hollande, Jean de Witt, qui commence � lui verser une pension. En 1672, l�assassinat de son protecteur au cours d�une �meute monarchiste et nationaliste est une nouvelle catastrophe pour lui : la victoire des mouvements r�actionnaires sur les tendances d�mocratiques ; le peintre Hendrick Van der Spyck l�emp�che d�afficher des placards de protestation. Atteint de tuberculose, Spinoza survivra cinq ans en exil volontaire, apr�s quarante ann�es d�ostracisme : il rejette une offre d�enseigner � l�acad�mie de Heidelberg, interrompt une traduction n�erlandaise du Pentateuque, une grammaire h�-</p><p>bra�que, un Trait� de l�arc-en-ciel et un Calcul des chances. Lorsqu�il meurt, en 1677, son ami et m�decin Lodewijk Meyer sauve tous ses manuscrits.</p><p>La pens�e</p><p>On devine que la r�flexion philosophique de Spinoza manifeste une grande affinit� avec la m�ditation sto�-</p><p>cienne. Cet h�ritage spirituel appara�t nettement dans les premiers �crits.</p><p>Du vivant de l�auteur ne furent</p><p>publi�s que deux ouvrages : en 1663, les Principes de la philosophie de Descartes, suivis des Pens�es m�taphysiques ; en 1670, le Tractatus theologico-politicus, imprim� anonymement en Allemagne. De 1660, d�j�, date le Court Trait� de Dieu, de l�homme et de sa b�atitude, compos� en latin pour des amis chr�tiens. La majeure partie du corpus spinoziste est posthume.</p><p>Ce sont, dans l�ordre chronologique : l��thique (1661-1665), le Trait� de la r�forme de l�entendement (1662), le Trait� politique (1675-1677). Spinoza s�est essay� � tous les proc�d�s litt�-</p><p>raires : dialogues dans le Court Trait�, m�thode biographique (sur le mod�le du Discours de la m�thode cart�sien) dans le Trait� de la r�forme de l�entendement, expos� philosophique sous forme math�matique (� more geome-trico �) dans l��thique. Mais l�esprit qui anime ces diff�rents discours est fondamentalement identique. C�est lui qui conf�re � l�ensemble d�une pens�e sollicit�e par les conflits quotidiens l�unit� d�un syst�me hant� par une m�me probl�matique : quelle r�volu-</p><p>tion intellectuelle op�rer pour que les hommes cessent d�empoisonner leur propre existence et celle d�autrui ?</p><p>Comment accro�tre la puissance de vie et de joie dans le monde ? Comment parvenir � un bien infini qui ne soit pas d�cevant comme sont les valeurs humaines qui suscitent des passions ?</p><p>Sous-jacents � ces interrogations, deux postulats in�branlables : l�intelligibilit� totale et radicale comme puissance de l�entendement (nous pouvons donc conna�tre Dieu, nonobstant les th�ologies n�gatives) ; la nature est rationnelle et donc elle aussi enti�rement connaissable. � Cette union de l�esprit avec la Nature totale �, Spinoza l�appelle le</p><p>� souverain bien �, qui n�est donc autre que la joie de conna�tre � partag�e avec d�autres individus si possible � (Trait� de la r�forme de l�entendement). Pour y acc�der, n�cessit� se fait de conna�tre la nature : non seulement les lois qui la gouvernent, mais aussi le principe qui la gouverne du dedans et en assure l�intelligibilit�, c�est-�-dire, selon le mot des th�ologiens � Dieu �. Mais, prenons garde, � notre salut n�est que dans une connaissance vraie de Dieu �</p><p>(la connaissance fausse �tant celle des religions r�v�l�es), et � la connaissance vraie s�identifie � la vie vraie �.</p><p>On comprend, d�sormais, qu�une</p><p>m�taphysique puisse conduire � une �thique bien fond�e par la m�diation d�une gnos�ologie, d�une psychologie et d�une anthropologie. Laissons Spinoza exposer lui-m�me son projet et son programme : � Voil� la fin vers laquelle je tends : acqu�rir cette nature sup�rieure et tenter que d�autres l�acqui�rent avec moi [...]. Pour y arriver, il est n�cessaire de comprendre assez la Nature pour acqu�rir une telle nature humaine, puis de former une soci�t� capable de permettre au plus grand nombre d�arriver aussi facilement et aussi s�rement que possible � ce but.</p><p>Ensuite il faut s�appliquer � la philosophie morale et � la science de l��ducation des enfants [...] ; il faudra �laborer une m�decine harmonieuse [...] et ne m�priser aucunement la m�canique.</p><p>Mais avant tout il faut r�fl�chir sur le moyen de gu�rir l�entendement, pour qu�il comprenne les choses facilement, sans erreur, et le mieux possible. Par o� l�on peut d�j� voir que je veux diriger toutes les sciences vers une seule</p><p>fin et un seul but, � savoir, arriver � la perfection humaine supr�me � (Trait� de la r�forme de l�entendement). La premi�re t�che s�av�re donc �tre la connaissance de la nature, c�est-�-dire la philosophie, la m�decine et la m�canique. En pr�liminaire, le Trait� de la r�forme de l�entendement propose une nouvelle logique purifi�e pour servir d�instrument � la science : � L�entendement par sa propre force inn�e se forge les outils intellectuels gr�ce auxquels il acquiert d�autres forces pour d�autres oeuvres intellectuelles [...].</p><p>Ainsi, avance-t-il, degr� par degr�, jusqu�au fa�te de la sagesse. � La pens�e se trouve donc d�embl�e d�crite comme pouvoir d�action, comme puissance active, dont les id�es ne sont en aucun cas comme � des peintures muettes sur un tableau � (�thique).</p><p>Dans ces conditions, la r�flexion doit se fixer pour discipline de r�former ses modes de connaissance.</p><p>Du Court Trait� � l��thique, la</p><p>classification que Spinoza a �tablie de ces modes de connaissance a pu subir quelques fluctuations ; tant�t tripartite, tant�t quadripartite, la typologie en est somme toute assez simple et fondamentalement inchang�e. La connaissance du premier genre est de nature empirique : croyance ou opinion, perception acquise par ou�-dire ou par quelques signes choisis l�essence des choses, connaissance arbitrairement �</p><p>entendons les � mots � �, perception acquise par exp�rience vague ou imagination. Celle du second genre d�finissait le raisonnement � ou, simplement, la raison �, qui est une croyance vraie sauvegard�e de l�erreur, mais condamn�e � l�abstraction. Spinoza vise ici la pens�e discursive, qui �tablit des liens de causalit� ou proc�de par encha�nements d�monstratifs. C�est enfin le supr�me degr� de la science : la connaissance claire par intuition de plus rationnelle que mystique si la science intuitive signifie bien la saisie compr�hensive de ses objets ou leur aperception imm�diate comme cons�-</p><p>quence d�une n�cessit� logique. Ainsi, notre amour de Dieu m�me, pour autant que nous comprenons que Dieu est �ternel, doit �tre dit intellectuel et assur� par la connaissance du troisi�me genre. Ce dynamisme de l�id�e qui</p><p>enveloppe l�assentiment et la certitude conduit naturellement au probl�me classique de la v�rit� et de l�erreur.</p><p>Spinoza le r�sout de fa�on originale en contestant la dualit� �tablie par Descartes dans l�acte de juger, entre entendement et volont� : � L�erreur consiste dans la privation de connaissance qu�enveloppent les id�es inad�quates, c�est-�-dire mutil�es et confuses. Il n�y a pas d�acte positif constituant le faux �</p><p>(�thique). En cons�quence, �tre dans l�erreur n�est pas r�ellement penser.</p><p>C�est uniquement n�avoir qu�une perspective partielle et pr�senter ce point de vue comme la connaissance du tout.</p><p>Le faux est donc tout au plus privation, puisque � pour avoir la certitude du vrai, il n�est besoin d�aucun signe que la possession de l�id�e vraie � (Trait� de la r�forme de l�entendement). L�id�e vraie est son propre crit�re : � Verum index sui. � Comment l�id�e, ou encore la connaissance, ne serait-elle pas alors toujours id�e de l�id�e, connaissance de la connaissance, c�est-�-dire r�flexion ? Car, � pour savoir que je sais, il faut d�abord et n�cessairement que je sache �. L�esprit conscient de lui-m�me, en tant qu�il a une id�e ad�-</p><p>quate, vraie, absolue, ind�pendante des circonstances fortuites, a une id�e ad�quate de l�id�e ad�quate. D�o� il ressort que la m�thode n�est rien d�autre que la connaissance r�flexive ou l�id�e de l�id�e. Donc la bonne m�-</p><p>thode sera celle qui montre comment diriger l�esprit selon la norme d�une id�e vraie. Savoir est toujours avoir conscience de savoir, et c�est pourquoi un raisonnement, en tant qu�il est vrai et reconnu pour tel, peut l�gitimement �tre formalis�. La conclusion du Trait� op�re un renversement du doute cart�sien dont le lieu est annihil� dans le spinozisme : � Qui a une id�e vraie sait en m�me temps qu�il a une id�e vraie et ne peut douter de la v�rit� de la chose. � L�id�e vraie n�a plus besoin d�une marque ext�rieure d�ad�quation � son id�al, puisqu�elle est enti�rement d�termin�e par l�esprit, lequel con�oit clairement et distinctement la liaison interne de toutes les parties de l�objet, de sorte que, au regard d�un �tre parfait qui n�aurait que des id�es vraies, toute ind�termination dispara�trait, toute d�termination �galement, qui est toujours indice de n�gation et de limi-</p><p>tation ; l�existence d�un objet rel�verait, � ses yeux, du statut de n�cessit� ou d�impossibilit�. Cet �tre supr�me hypoth�tique conna�trait d�une vision globale l�encha�nement de toutes les causes de ce qui advient, de sorte que la fiction, palliatif de l�ignorance, lui serait n�cessairement �trang�re. � S�il y a un Dieu ou un �tre omniscient, il ne peut former absolument aucune fiction [...]. La fiction ne concerne pas les v�rit�s �ternelles �, car � l�esprit est d�autant plus capable de fiction qu�il comprend moins et per�oit plus de choses ; et plus il comprend, plus ce pouvoir diminue � (Trait� de la r�-</p><p>forme de l�entendement).</p><p>Sur une th�orie logique de la</p><p>connaissance vient donc se greffer une critique du sensualisme, elle-m�me li�e downloadModeText.vue.download 369 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10324</p><p>� une d�valorisation de l�imaginaire et du nominalisme. Car, de ce que nous savons que penser n�est autre qu�avoir une id�e vraie, objectivement et formellement, il s�ensuit que, � tant que nous pensons, nous ne pouvons forger la fiction que nous pensons et ne pensons pas [...] ou, apr�s connaissance de l��me, imaginer qu�elle est carr�e, bien que nous puissions dire tout cela en paroles � (Trait� de la r�forme de l�entendement). Contrairement au travail de l�intellection, le processus imaginatif n�est pas un acte ; l��me demeure passive ; elle per�oit des images dont elle ignore les causes et � d�lire � en prenant pour la r�alit� objective les fruits de son propre fonctionnement. � Les mots font partie de l�imagination, en ce sens que nous concevons nombre de fictions selon ce que les mots composent entre eux dans la m�moire. Les mots comme l�imagination peuvent donc �tre la cause d�erreurs graves et multiples. � Le langage est par essence ambigu, �quivoque, et c�est pourquoi</p><p>� les affaires humaines iraient beaucoup mieux s�il �tait �galement au pouvoir de l�homme de se taire ou de parler � (�thique).</p><p>En v�rit�, nous le savons d�sor-</p><p>mais, la connaissance d�bute avec la m�thode r�flexive ; elle commence avec le silence m�ditatif devant l�ordre s�riel des existences et la recherche logique des causes et des encha�nements dans le monde. Le terme premier, le commencement absolu, se nomme</p><p>dans tous les syst�mes m�taphysiques traditionnels � Dieu �, l�origine de la Cr�ation. Or, le rejet de cette id�e caract�rise pr�cis�ment l�originalit� de l�ontologie spinoziste et rend intelligible les interpr�tations ath�es de cette doctrine. Chez Spinoza, le premier des �tres ontologiquement, et le dernier dans la hi�rarchie ordonn�e vers la perfection, s�exprime lui-m�me non pas comme �tre cr�ateur ou cr��, mais comme � ce qui est en soi et est con�u par soi, c�est-�-dire ce dont le concept n�a pas besoin du concept d�une autre chose � partir duquel il devrait �tre form� � (�thique). Il s�agit de la cause substantielle, de l��tre le plus parfait puisqu�il est cause de soi, ou encore ce dont l�essence implique l�existence,</p><p>� c�est-�-dire ce dont la nature ne peut �tre con�ue que comme existante �. La perfection n��tant rien d�autre, selon Spinoza, que la r�alit� elle-m�me, il faut �tablir une �quivalence absolue entre l��tre parfait et la Nature �</p><p>� Deus sive Natura � ou � ce qui � notre sens est exactement la m�me chose, la V�rit� � (Court Trait�). La connaissance de la Nature devenant la condition de toute v�rit�, l�immanence, le monisme, sera donc l��me du syst�me.</p><p>La Nature, c�est-�-dire la substance, ou encore Dieu, est une ; notre monde est le seul r�el ; il existe comme la totalit� infinie qui englobe toutes les r�alit�s finies que nous percevons. L�appendice de l��thique �num�re les qualit�s naturelles de Dieu et ses propri�t�s essentielles : � Il existe n�cessairement ; il est unique ; il est et il agit par la seule n�cessit� de sa nature ; il est la cause libre de toutes choses (cause immanente et non transitive) ; toutes choses sont en Dieu et d�pendent de lui de telle sorte que sans lui elles ne peuvent ni �tre, ni �tre con�ues ; toutes choses enfin furent pr�d�termin�es par Dieu, non pas certes par la libert� de sa volont� ou, en d�autres termes, par son caprice absolu, mais par la nature absolue de Dieu, autrement dit, sa puissance infinie �. Les attributs divins sont</p><p>donc infinis, et chacun exprime l�infinit� de Dieu ; l�esprit humain fini n�en peut conna�tre que deux : l��tendue et la pens�e ; mais il les conna�t ad�quatement : � Par attribut, j�entends ce que l�Entendement per�oit de la substance comme constituant son essence �</p><p>(�thique). La notion d�� expression �</p><p>r�sout toutes les difficult�s concernant l�unit� de la substance et la diversit� des attributs : elle convient avec la substance en tant que celle-ci est absolument infinie, avec les attributs parce qu�ils sont une infinit� et avec l�essence en tant que chacune est infinie dans un attribut. De ce rapport tria-dique se d�duisent d�autres affections de la substance totale et divine : les modes qui expriment � leur tour l�ordre immuable divin hors de la substance sous des aspects diff�rents en chaque attribut. Leur infinit� permet de rendre compte de la distinction entre les diverses cr�atures. Reste que les attributs sont des formes communes � Dieu, dont ils constituent l�essence, et aux modes ou cr�atures qui les impliquent essentiellement. Ils nous font passer de la � Nature naturante � (Dieu et ses attributs) � la � Nature natur�e � (les modes) sans nous faire quitter l�ordre de l��ternel et de l�infini. L�esprit reste ainsi uni avec la Nature totale, dont l�existence m�me est le fait �ternel par excellence ; Dieu, c�est-�-dire l�action effective de la Nature, existe selon des lois permanentes et stables, de sorte que son efficacit� n�est autre qu�un encha�nement causal, � la fois libre �</p><p>non pas en ce sens qu�il n�y aurait point de lois naturelles, mais dans l�exacte mesure o� Dieu n�est pas contraint � agir de l�ext�rieur �, et n�cessaire par essence ou nature.</p><p>En substituant ainsi le panth�isme ou l�immanence � une th�ologie �manative ou cr�ationniste, Spinoza conf�re un sens � l�homme dans le monde et une signification � la philosophie.</p><p>L�homme rendu ad�quat � Dieu doit devenir conscient de son statut ontologique, de ses possibilit�s de connaissance et de perfection qui tendent vers l�infini ; il doit se donner les moyens de se lib�rer en se comprenant tel qu�il est dans ses rapports aux choses et � Dieu.</p><p>� La d�finition de l�homme n�in-</p><p>dique pas un nombre d�hommes, mais ils existent plusieurs � (�thique).</p><p>Donc � l�essence de l�homme n�enveloppe pas l�existence n�cessaire �.</p><p>C�est le premier traumatisme humain, la conscience lucide de notre contingence. En soi, cette multiplicit� fortuite n�est pas un mal ; elle est m�me naturelle comme l�indice de la puissance de Dieu. Le mal n�appara�t qu�avec les conflits contemporains de la pluralit�. Que l�homme se connaisse donc lui-m�me ! Il d�couvrira que ce qu�il nomme sa contingence ne tient qu�� son ignorance des causes, de la Nature et de Dieu, qu�� son incapacit� de se situer dans la totalit� des attributs.</p><p>Contre tout le XVIIe s. Spinoza nie que l�homme ait une �me substantielle ; l�esprit singulier d�un homme n�est rien d�autre que la pens�e effective de notre r�alit� corporelle singuli�re. Par nature, l�esprit est uni au corps, l�attribut pens�e � l�attribut �tendue. � L�esprit ne se conna�t lui-m�me qu�en tant qu�il per�oit les id�es des affections du corps � (�thique). � L�objet de l�id�e constituant l�esprit humain est le corps, c�est-�-dire un certain mode de l��tendue existant en acte et rien d�autre. �</p><p>Spinoza appara�t en pr�curseur de la ph�nom�nologie moderne : nous sommes notre corps dans la mesure o� nous sommes la conscience de la conscience du corps. D�o� le parall�-</p><p>lisme suivant : ce qui survient dans le monde affecte notre corps et suscite dans l�esprit de nouvelles id�es des affections. Le primat revient ainsi au corps comme totalit�, dont l�esprit ne peut acqu�rir qu�une � connaissance confuse et mutil�e �. Mais, si � l�esprit est d�termin� � vouloir ceci ou cela par une cause qui est, elle aussi, d�termin�e par une autre cause, et ainsi de suite � l�infini � (�thique), il en r�sulte que le d�terminisme est la loi absolue de la Nature et � qu�il n�y a dans l�Esprit aucune volont� absolue, c�est-</p><p>�-dire libre �. Remarquons, en guise de paracritique, que Spinoza ne se heurte jamais, en d�pit de ses th�ses sur la libert�, au probl�me de la responsabilit� humaine.</p><p>Donc l�individu p�tit, puisqu�il subit des affections dont son propre corps n�est que partiellement la cause ; n�an-</p><p>moins, il agit �galement en tant qu�� partir d�id�es ad�quates (comme sont les notions communes � tout �tre raisonnable) il peut d�duire d�autres id�es dont il est la cause totale. Il faut donc dire que les choses font varier la puissance d�agir de notre corps, tandis que les id�es de ces choses font varier la puissance d�agir de notre esprit. Aussi notre pouvoir d�action se mesure-t-il aux obstacles. Et, pour que l�homme accepte de s�efforcer � pers�v�rer dans l�existence, nonobstant ces difficult�s, il faut bien que le d�sir d�agir pr�side � son essence m�me.</p><p>Ce d�sir constitue le fait primitif et originel de l�anthropologie spinoziste : il manifeste l�effort pour pers�v�rer dans l��tre � le � conatus � actualis� et conscient d�exister gr�ce � l�action.</p><p>Avant Marx, Spinoza avait pressenti le r�le capital de la praxis : � L�esprit s�efforce de pers�v�rer dans son �tre pour une dur�e ind�finie et [...] comme il est n�cessairement conscient de soi par les id�es des affections du corps, il est conscient de cet effort [...]. Le D�sir est l�app�tit avec la conscience de soi-m�me � (�thique).</p><p>Si le d�sir est constitutif de l�homme et s�il se d�finit comme notre puissance m�me d�exister, on con�oit que doive d�couler de ces pr�misses, logiquement et causalement, l�effort de l�Esprit pour imaginer des choses susceptibles d�accro�tre sa puissance d�action. C�est l� le principe m�me du jeu vari� des passions. Mise au service d�un noble but, l�imagination, cependant, en exer�ant son pouvoir sans avoir conscience de la nature exacte de son acte, deviendra source d�impuissance et non de vertu : du parall�lisme psycho-physiologique d�j� mentionn�, Spinoza a tir� un mod�le m�canique des passions, un rapport de forces, une tentative d��quilibre. La joie et la tristesse t�moignent du passage d�un plus grand degr� de perfection � un degr� moindre. La joie �tant l�affection procur�e par la possession des id�es ad�-</p><p>quates, plus l�esprit d�un individu sera actif et progressera dans la connaissance, plus il sera heureux.</p><p>� l�inverse des affections, toute passion r�side dans l�imagination ou inad�quation des id�es ; elle intervient</p><p>dans le � transfert � des sentiments : downloadModeText.vue.download 370 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10325</p><p>l�amour, la haine, la jalousie, l�espoir, la crainte, l�intol�rance, le m�pris. Tels sont les d�riv�s de la tristesse. Mais, lorsque l�imagination se m�le � la force de l�esprit actif et joyeux, les passions, � leur tour, se font vertu : fermet�, temp�rance, sobri�t�, g�n�rosit�, modestie, cl�mence... Ne voyons � cela nul paradoxe : si les passions sont � qui le nie-rait tant leur force est grande ? �, c�est qu�elles ont leur raison d��tre ; elles sont naturelles, �thiquement neutres, ni bonnes ni mauvaises, pourvu qu�elles n�entrent pas en conflit avec la raison.</p><p>Fond�e par la nature des choses, une passion ne pourra �tre combattue que par une autre, plus forte, aid�e des sentiments, mais non pas les seules id�es ; nulle maladie dans la passion, nulle perversit� ; c�est une puissance � �duquer ; de l�ordre de la nature, elle appartient aussi bien � la raison.</p><p>D�ailleurs qui proposerait un crit�re objectif du bien et du mal s�illusion-nerait na�vement : � Nous ne d�sirons, nous ne voulons pas, nous ne poursuivons pas une chose parce qu�elle est bonne, mais inversement elle est bonne parce que nous la d�sirons, la voulons et la poursuivons � (�thique). Spinoza int�gre la valeur au d�sir sans sombrer dans le subjectivisme. La grande affaire devient de transformer les tendances passives en puissance active, de lib�rer l�homme sans le sortir de la nature. Cela est possible d�s lors que tout conflit provient des passions et que la raison est � m�me d�accorder un homme avec lui-m�me.</p><p>En outre, ce qui vaut pour l�individu vaut pour la soci�t� ; ce qui est vrai pour la morale le sera aussi pour le droit. � L�impuissance de l�homme � gouverner et � contenir ses passions, je l�appelle servitude �, �crit Spinoza.</p><p>Et la servitude r�gne sous d�autres es-p�ces que la passion : la superstition religieuse en est une forme, le r�gime monarchique une autre. � C�est donc la servitude et non pas la paix qui est favoris�e par le transfert de tout le</p><p>pouvoir � un seul homme ; car la paix</p><p>[...] ne consiste pas dans l�absence de guerre, mais dans l�union des �mes, c�est-�-dire la concorde � (Trait� politique).</p><p>Le dessein du philosophe demeure constant : la joie int�rieure ne peut �tre dissoci�e de la d�mocratie. � Cela fait partie de mon bonheur de donner mes soins � ce que beaucoup d�autres comprennent comme moi, de sorte</p><p>que leur Entendement et leurs d�sirs s�accordent avec mon Entendement et mes d�sirs � (Trait� de la r�forme de l�entendement). Si l�on veut construire la � b�atitude �, il faut, en m�me temps, �difier une soci�t� qui rende possible et garantisse la libert�. Loin de Spinoza le projet d�un mod�le social utopique ; il faut viser � la pratique et � sa r�alisation en tenant compte des imperfections et des mauvaises dispositions des individus avant leur lib�ration int�rieure. � cette fin, les passions de chacun seront mises au service de tous. La premi�re initiative propos�e est, en cons�quence, l�utilisation de la contrainte et d�institutions coercitives pour obtenir une conduite sociable, raisonnable et juste des individus. Le pouvoir l�gitime appartiendra � une assembl�e d�mocratique qui, pour faire pers�v�rer dans l��tre le groupe social qu�elle incarne, s�efforcera d�instaurer des relations de � paix et d�amiti� �</p><p>entre les hommes �galement l�gislateurs. La terre deviendra propri�t� collective, et chaque citoyen sera susceptible, quel que soit son rang, de servir sous les drapeaux : car � rien n�est plus utile � l�homme qu�un autre homme vivant sous la conduite de la Raison � , et enfin � il est plus libre dans l��tat que dans la solitude � (�thique).</p><p>� Le bien que tout partisan de la vertu poursuit pour lui-m�me, il le d�sirera aussi pour les autres, et cela d�autant plus qu�il a une plus grande connaissance de Dieu � (�thique). Se comprendre ainsi, c�est se conna�tre par la connaissance du troisi�me genre, gr�ce � laquelle nous � �prouvons une Joie accompagn�e de l�id�e de Dieu comme cause �ternelle [...]. Et si la Joie consiste dans le passage � une perfection plus grande, la B�atitude consiste alors pour l�esprit � poss�der</p><p>la perfection m�me � (�thique). Cette b�atitude se confond avec la libre unification de soi-m�me et du monde, jointe � l�amour intellectuel de Dieu.</p><p>Alors, nous exp�rimentons notre �me, non comme immortelle, mais comme �ternelle ; l�id�e que nous formons de nous-m�mes n�est plus que le reflet de celle que Dieu pense � sous l�esp�ce de l��ternit� �. � L�Amour intellectuel de l�Esprit envers Dieu est l�Amour m�me par lequel Dieu s�aime lui-m�me, non en tant qu�il est infini mais en tant qu�il peut s�expliquer par l�essence de l�esprit humain consid�r� sous l�aspect de l��ternit� ; c�est-�-dire que l�Amour intellectuel de l�Esprit envers Dieu est une partie de l�amour infini par lequel Dieu s�aime lui-m�me � (�thique).</p><p>Est-il utile d�ajouter qu�une doctrine aussi subversive que peu orthodoxe ne recueillit gu�re les faveurs des philosophes en son temps ? Malebranche, F�nelon, Leibniz, Bayle s�en prirent � elle. � Nul n�est proph�te en son pays. � Spinoza fit toujours l�exp�-</p><p>rience de cette r�gle. Au cours des XVIIIe et XIXe s., l�herm�neutique perdit en clairvoyance ce qu�elle gagna en bienveillance. Comme firent les romantiques allemands, les interpr�tes tent�rent une r�duction du syst�me tant�t � une pure ontologie, tant�t, � la mani�re de Jabobi, de Schelling et de Hegel, � une simple philosophie de la nature. On a d�j� indiqu� que les pens�es spinoziste et nietzsch�enne �taient parentes dans leur effort de transva-luation des valeurs �tablies. N�appartient-il pas au premier chef � la philosophie et � la science contemporaines de reconna�tre leur dette � l��gard d�une r�flexion dont on voudrait sugg�rer qu�elle subsiste tout enti�re au service de l�univocit� et de la lucidit�, de l��tre, du produire, du conna�tre et du langage ?</p><p>M. D.</p><p>L. Brunschvicg, Spinoza (Alcan, 1894 ; 3e �d., Spinoza et ses contemporains, 1923). /</p><p>V. Delbos, le Spinozisme (Soc. fr. d�impr. et de libr., 1916). / P. Verni�re, Spinoza et la pens�e fran�aise avant la R�volution (P. U. F., 1954 ; 2 vol.). / R. Misrahi, � le Droit et la libert� politique chez Spinoza �, dans M�langes de philosophie et de litt�rature juives (P. U. F.,</p><p>1957) ; le D�sir et la r�flexion dans la philosophie de Spinoza (th�se, Paris, 1959) ; Spinoza (Seghers, 1964). / S. Zac, l�Id�e de vie dans la philosophie de Spinoza (P. U. F., 1963) ; Spinoza et l�interpr�tation de l��criture (P. U. F., 1965). / H. G. Hubbeling, Spinoza�s Methodo-logy (Assen, 1964). / G. Deleuze, Spinoza et le probl�me de l�expression (�d. de Minuit, 1968) ; Spinoza (P. U. F., 1970). / M. Gu�roult, Spinoza (Aubier-Montaigne, 1968-1974 ; 2 vol.). / A. Ma-theron, Individu et communaut� chez Spinoza (�d. de Minuit, 1969) ; le Christ et le salut des ignorants chez Spinoza (Aubier-Montaigne, 1971). / J. Moreau, Spinoza et le spinozisme (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1971). / J. Pr�po-siet, Bibliographie spinoziste (les Belles Lettres, 1974). / P. Moreau, Spinoza (�d. du Seuil, 1975).</p><p>spiroch�toses</p><p>Maladies infectieuses dues � des Bact�ries spiral�es, mobiles, de l�ordre des Spirochaetales, que l�on nomme commun�ment Spiroch�tes.</p><p>Il existe trois genres de Spiroch�tes parasites, diff�rents par la morphologie et par les maladies qu�ils provoquent.</p><p>y Le genre Spirocheta, ou Borrelia, est responsable des fi�vres r�currentes, ou borrelioses, maladies � rechutes dont le germe est transmis par un Pou ou par un Tique (elles sont les seules pour lesquelles le terme de spiroch�toses soit employ� dans son sens propre).</p><p>y Le genre Leptospira est responsable des leptospiroses ict�ro-h�morragiques (avec jaunisse et h�morragies) ou anict�riques (sans jaunisse).</p><p>y Le genre Treponema est respon-</p><p>sable de maladies exotiques telles que le carate (ou mal del Pinto) et le pian, mais surtout de la syphilis, ces maladies �tant group�es sous le terme de tr�pon�matoses (v. syphilis).</p><p>Les fi�vres r�currentes</p><p>ou borrelioses</p><p>Ces maladies se manifestent par des acc�s f�briles de plusieurs jours, s�-</p><p>par�s par des r�missions de quelques jours. La fi�vre r�currente � Pou est cosmopolite : elle survient dans les r�-</p><p>gions de mis�re, de famine et de mau-</p><p>vaise hygi�ne.</p><p>Le parasite Borrelia recurrentis est transmis par l��crasement du Pou sur la peau et non par sa piq�re. Huit jours apr�s la contamination apparaissent une fi�vre �lev�e (� 40 �C), un malaise intense avec prostration, des signes m�ning�s et une grosse rate (spl�no-m�galie). Au bout de six jours, la fi�vre tombe, les signes disparaissent ; une accalmie de sept jours est observ�e, suivie d�un nouvel acc�s identique au premier. Il est rare que d�autres acc�s soient observ�s apr�s le second.</p><p>La fi�vre r�currente � Tiques est plus localis�e g�ographiquement, se manifestant par petits foyers sporadiques (Espagne, �tats-Unis, Venezuela). Le germe est transmis par des Tiques du genre Ornithodorus, et les sympt�mes sont analogues � ceux de la fi�vre r�-</p><p>currente � Pou, mais il y a souvent plus de deux acc�s.</p><p>Le diagnostic des borrelioses se fait par recherche du parasite dans le sang et par r�actions s�rologiques. Le traitement par antibiotiques (p�nicilline ou t�tracycline) est efficace, mais on observe parfois des complications oculaires, h�patiques ou r�nales.</p><p>La prophylaxie consiste en la destruction des parasistes vecteurs (Poux, Tiques) par les insecticides.</p><p>Les leptospiroses</p><p>Les leptospiroses sont r�pandues dans le monde entier. Les animaux (Rats, Chiens et Porcs plus rarement) sont le r�servoir de Virus, l�Homme s�infectant au contact de milieux souill�s par les d�jections de ces animaux. Il s�agit des maladies frappant essentiellement les cultivateurs, les v�t�rinaires, downloadModeText.vue.download 371 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10326</p><p>les �gouttiers, au cours d��pid�mies autumno-estivales.</p><p>P�n�trant dans l�organisme par voie transcutan�e (� travers la peau par</p><p>�corchures, excoriations), les germes passent dans le sang (phase septic�mique), puis vont gagner certains visc�res (foie, rein, muscle, syst�me nerveux).</p><p>On distingue deux groupes de</p><p>leptospiroses.</p><p>y La leptospirose ict�ro-h�morragique (longtemps appel�e spiroch�-</p><p>tose ict�ro-h�morragique) r�alise un ict�re infectieux � rechutes. L�incuba-tion est silencieuse (de 7 � 15 jours) ; le d�but, brutal, se fait par une pouss�e de fi�vre � 40 �C avec frissons, puis la fi�vre se maintient en plateau, accompagn�e de douleurs musculaires, de saignements de nez, de rougeurs des conjonctives. Il existe un syndrome m�ning� et une atteinte r�nale. L�ict�re (jaunisse) appara�t le 5e jour et augmente en quelques jours ; il marque la deuxi�me p�riode de la maladie. Durant celle-ci, la fi�vre et les autres signes diminuent.</p><p>Au 15e jour survient une rechute f�-</p><p>brile transitoire, mais les autres signes diminuent encore jusqu�� la convalescence. Des complications peuvent s�observer : myocardite, enc�phalite, iritis, etc. Dans certains cas, s�observe un ict�re grave avec ph�nom�nes h�-</p><p>morragiques, coma, manifestations d�insuffisance r�nale. Le diagnostic est parfois difficile avec une angio-cholite (infection des voies biliaires) ou une septic�mie*.</p><p>y Les leptospiroses anict�riques (sans ict�re) sont dues � d�autres germes.</p><p>Les sympt�mes apparaissent apr�s un d�but brutal et ont une importance variable : formes purement f�briles, purement m�ning�es, purement</p><p>digestives. Ces leptospiroses (cani-cola, grippo-typhosa) gu�rissent sans s�quelles.</p><p>Le diagnostic biologique peut �tre fait par isolement (h�moculture, uro-culture, inoculation au cobaye) ou par s�rodiagnostic (apr�s la phase septic�mique).</p><p>Le traitement curatif est fond� sur la p�nicilline, le repos et le traitement symptomatique.</p><p>Le traitement pr�ventif de ces ma-</p><p>ladies professionnelles � d�claration obligatoire repose sur la protection des t�guments (bottes, gants) et la destruction des Rongeurs.</p><p>P. V.</p><p>Split</p><p>V. et port de Yougoslavie (Croatie), sur l�Adriatique ; 109 000 hab.</p><p>� l�emplacement de l�actuel Split, non loin de la cit� antique de Salone (Salona, auj. Solin) et sur son territoire, se trouvait au d�but de notre �re un petit village d�Illyriens et de colons grecs nomm� Aspalathos ou Spalatum. Vers 300, l�empereur Diocl�tien*</p><p>y fit construire son palais. C�est du vaste p�rim�tre quadrangulaire de ce palais, o� s�install�rent les habitants de Salone, fuyant les incursions barbares, qu�est n�e la ville de Split.</p><p>Salone</p><p>Salone fut jusqu�� la fin du IIe s. av.</p><p>J.-C. une place forte et le port maritime des Dalmates illyriens. Dans les sources romaines, elle appara�t pour la premi�re fois en 119 av. J.-C., � l�occasion du passage de l�arm�e romaine du consul Quintus Caecilius Metellus.</p><p>Apr�s les guerres civiles, elle acc�da au statut de colonie et devint le chef-lieu de la province de l�Illyricum, pays se situant entre l�Adriatique, la Drina, le Danube et la Drave et qui sera plus tard le Royaume croate. Sa prosp�rit� se poursuivit tout au long de l��poque imp�riale. Au Ier s. furent construits le nouveau forum et le th��tre, et, au IIe s., on �difia l�ar�ne, dont les fondements sont conserv�s. C�est l� que furent supplici�s, sous Diol�tien, les martyrs chr�tiens. L�empereur fit construire plusieurs thermes tapiss�s de mo-sa�ques polychromes, dont la plus connue, toujours en place, repr�sente la po�tesse Sappho entour�e de Muses.</p><p>Hors les murs, il y avait plusieurs n�-</p><p>cropoles, d�o� proviennent une grande quantit� de st�les, de cippes, de sarcophages au d�cor sculpt� que conserve le Mus�e arch�ologique de Split.</p><p>L��poque chr�tienne fut particuli�-</p><p>rement prosp�re ; au d�but du Ve s., Salone fut �lev�e � la dignit� de m�tro-</p><p>pole eccl�siastique de l�Illyricum, et, apr�s la chute de l�Empire, l��glise y fut le seul pouvoir constitu�. La ville est ainsi l�un des plus importants sites arch�ologiques pal�ochr�tiens. Du IVe au VIe s. y furent construites une dizaine de basiliques urbaines, connues par des fouilles. Le plus riche ensemble architectural �tait le centre �piscopal : deux grandes basiliques parall�les, un baptist�re, plusieurs oratoires, l��v�ch�, le tout d�cor� de mosa�ques. Hors les murs, plusieurs basiliques cim�t�riales s��lev�rent dans les n�cropoles chr�-</p><p>tiennes o� �taient inhum�s les saints martyrs.</p><p>La ville fut d�truite par les Avars et les Slaves vers 614, et, � l�int�rieur de son enceinte, elle ne fut plus jamais ni repeupl�e ni reconstruite. Hors de l�enceinte furent �lev�es � l��poque de l��tat croate (v. Croatie) de nombreuses �glises pr�romanes (IXe-XIe s.) : Saint-Pierre de Ri&#x17E;inice, �glise du monast�re b�n�dictin fond�, pense-t-on, par Gottschalk (v. 805 - v. 868), qui y s�journa en 846-848 ; la basilique Saint-�tienne de l��le Gospin Otok, mausol�e des rois croates (Xe s.) ; la basilique Saint-Mo�se-Saint-Pierre ou �glise du Couronnement (XIe s.) ; etc.</p><p>D�truites dans les guerres mongoles et turques, elles sont connues par les fouilles.</p><p>Split</p><p>Les habitants de Salone, en s�installant dans le palais de Diocl�tien, transform�rent celui-ci en cit�. Mais on ne sait rien de celle-ci jusqu�au d�but du IXe s., o� la province enti�re, appel�e d�s lors la Dalmatie*, fut temporairement incluse dans l�empire de Charlemagne. C�est alors que Split, � proprement parler, entra dans l�histoire sous le nom de Spalatum. Le mausol�e de Diocl�tien fut am�nag� en cath�drale, et le temple de Jupiter en baptist�re, car la cit�, se consid�rant l�h�riti�re l�gitime de Salone, fit r�tablir � son profit le si�ge �piscopal de l�Illyricum.</p><p>Cependant, la juridiction de l��glise de Split, tomb�e en 812 sous le pouvoir politique et religieux de Byzance, resta limit�e � ses cit�s suffragantes : Zadar, Trogir et Dubrovnik*. En effet, � la m�me �poque, la Cour carolingienne</p><p>fit installer � Nin, pr�s de Zadar, un �v�que pour la principaut� croate, d�-</p><p>pendant, elle, du patriarcat d�Aquil�e et de l�empire d�Occident. Apr�s une longue lutte avec Nin, Split, avan�ant ses origines � apostolique � et se d�-</p><p>tachant de Byzance pour passer sous l�ob�dience de Rome, parvint, dans les ann�es 925-928, � �tendre son pouvoir sur tout le pays, devenu le royaume croate (v. Croatie). Apr�s la chute de celui-ci en 1102, la ville conserva son autonomie municipale dans le cadre de l��tat hungaro-croate. Elle passa sous la tutelle de Venise en 1420 et sous celle de l�Autriche en 1797.</p><p>Le plus important monument de</p><p>Split est le palais de Diocl�tien, le seul palais romain dont les murs demeurent en partie ; � la fois r�sidence et camp militaire, il �tait caract�ris� par sa somptueuse fa�ade le long de la mer et par les puissantes murailles � tours carr�es qui l�entouraient des trois c�t�s sur la terre ferme. Split est �galement un important centre de la civilisation croate. L��poque pr�romane et l��poque romane y ont laiss� les petites �glises vo�t�es qui caract�risent le style</p><p>� vieux-croate � : Sainte-Trinit� � six lobes, basilique Saint-Nicolas, chapelle Saint-Martin dans un couloir du palais, toutes du IXe s. ; Notre-Dame-du-Clocher, des Xe-XIe s. L�art roman et l�art gothique y apparaissent dans une seule et m�me expression, sous forme d�un roman qui tend � se structurer � la ma-ni�re gothique, avec une pr�dominance des ouvertures et des membrures. Les exemples les plus marquants en sont le grand clocher de la cath�drale (XIII-XIVe s.) ainsi que son portail sculpt� (XIIIe s.), oeuvre d�Andrija Buvina, dont le style s�apparente � celui du ma�tre Radovan, son contemporain de la cit� voisine de Trogir (portail de la cath�-</p><p>drale, 1240). Au XVe s. fut construit l�h�tel de ville en style gothique fleuri (r�nov� au XIXe s.). Dans le milieu du si�cle travaillait � Split l�architecte et sculpteur Georges le Dalmate (Juraj Dalmatinac) [� 1473], ma�tre principal de la cath�drale de �ibenik ; il a notamment construit � Split le palais Papali&#x107; (aujourd�hui mus�e de la ville), dans ce m�me gotico fiorito, et l�autel de saint Anastase (� la cath�drale), dont le relief de la Flagellation repr�sente un</p><p>des sommets de l�art croate.</p><p>Au XVIe s., la ville �tait menac�e par les Turcs. On construisit des palais de style renaissant, mais surtout de nouvelles fortifications. Ce si�cle fut celui des lettres. Un cercle d�humanistes s��tait constitu� autour de Marco Maruli&#x107; (1450-1524), �crivain latin et croate, auteur notamment du po�me Judita, inspir� par la lutte contre les Turcs, une des toutes premi�res oeuvres modernes des lettres croates (�crite en 1501, imprim�e en 1521). Au XVIIe et au XVIIIe s., les Turcs �taient sous les murailles de la ville, et ce n�est qu�apr�s l�affaiblissement de leur puissance, au XIXe s., que la vie s�anima de nouveau.</p><p>C�est alors que commen�a la sauvegarde et l�exploration syst�matique du palais ainsi que les fouilles de Salone, anim�es par l�arch�ologue Frane Buli&#x107; (1846-1934), qui y d�couvrit les monuments principaux et y organisa en 1894</p><p>le premier congr�s europ�en d�arch�ologie chr�tienne.</p><p>Le XXe s. a donn� plusieurs artistes de grande renomm�e, tels les sculpteurs Toma Rosandi&#x107; (1878-1958) et Ivan Me�trovi&#x107; (1883-1962) ainsi que le peintre Emanuel Vidovi&#x107; (1872-1953).</p><p>downloadModeText.vue.download 372 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10327</p><p>Split poss�de de nombreux mus�es, notamment le Mus�e arch�ologique, fond� en 1820, et le mus�e des Monuments arch�ologiques croates, fond� en 1893 (sculpture d�corative � entrelacs de l�art � vieux-croate �, IXe-XIe s.).</p><p>Dans le palais Me�trovi&#x107; se trouve la galerie du m�me nom, constitu�e par la donation du grand sculpteur.</p><p>A. Z.</p><p>F Croatie / Dalmatie / Diocl�tien / Yougoslavie.</p><p>E. H�brard et J. Zeiller, Spalato, le palais de Diocl�tien (Massin, 1912). / Forschungen in Salona (Vienne 1917-1939 ; 3 vol.). / J. Br�ndsted, Recherches � Salone (Schultz, Copenhague, 1928-1933 ; 2 vol.). / E. Dyggve, History of Salonitan Christianity (Oslo, 1951). / G. Novak, Histoire de Split (en croate, Split, 1957-1965 ;</p><p>3 vol.).</p><p>Spongiaires</p><p>Embranchement d�animaux simples, vivant fix�s dans les mers ou en eau douce, et dont le corps est continuellement parcouru par un courant nourricier.</p><p><strong>Introduction</strong></p><p>Quelques esp�ces sont exploit�es pour leur squelette souple et capable de retenir les liquides dans ses mailles : les �ponges naturelles.</p><p>Les Spongiaires forment un groupe bien d�limit�, consid�r� comme le plus primitif des M�tazoaires. Connu depuis le Pr�cambrien, cet embranchement renferme actuellement 4 000 es-p�ces, la plupart marines ; les deux genres Spongilla et Ephydatia habitent les eaux douces.</p><p>Le corps est soutenu par un squelette form� de minuscules baguettes siliceuses ou calcaires, les spicules, souvent associ�es � des fibres d�une scl�roprot�ine souple, la spongine.</p><p>Les tissus vivants ne forment jamais d�organes. Les cellules principales sont r�parties en deux couches : l�externe, form�e de pinacocytes aplatis, et l�interne, constitu�e de cellules flagell�es � collerette, les choanocytes ; entre les deux couches, une m�sogl�e plus ou moins �paisse contient les �l�ments du squelette, s�cr�t�s par des cellules sp�ciales, les scl�roblastes. Les mouvements incessants des flagelles des choanocytes d�terminent un courant d�eau qui p�n�tre par de multiples pores de petit diam�tre et s��chappe par un ou plusieurs oscules plus larges, apr�s avoir parcouru un r�seau de canaux de complexit� variable selon les esp�ces.</p><p>Chez les formes simples (type</p><p>Ascon), les choanocytes sont dispos�s en une couche continue sur la cavit� gastrale, ou atrium ; ailleurs (types Sycon, Rhagon), on ne les trouve que dans les corbeilles vibratiles, dans l��paisseur de la paroi.</p><p>Les �ponges commerciales sont</p><p>fournies par les genres Euspongia</p><p>(�ponge de toilette � fibres particuli�rement fines et souples) et Hippospongia (�ponge ordinaire, plus grossi�re) ; la forme de la premi�re varie beaucoup d�un individu � l�autre (lame, cuvette ou boule fix�e au substrat par un p�-</p><p>doncule) ; la seconde, massive, d�passe parfois 50 cm de diam�tre.</p><p>Ces formes bien connues ne donnent qu�un aper�u restreint de l��tonnante vari�t� d�aspects et de couleurs qu�offre le monde des Spongiaires. Beaucoup d�esp�ces encro�tantes s��talent sur les rochers, comme Hymeniacidon, de couleur rouge, qui abonde dans la zone intertidale. Phacellia s�ouvre en entonnoir, alors qu�Axinella dresse des tiges jaunes, simples ou ramifi�es.</p><p>Tethya doit � sa forme et � sa teinte son nom courant d�Orange de mer. Dans les grands fonds du Pacifique vivent les Euplectelles, d�licats cornets fich�s dans la vase et pouvant atteindre 50 cm de long, ainsi qu�Hyalonema, dont la coupe est port�e par un long p�doncule form� de spicules cristallins.</p><p>La m�me esp�ce peut se pr�senter sous des aspects diff�rents, comme Clathrina clathrus ou Euspongia officinalis ; les courants paraissent jouer un r�le dans ce polymorphisme.</p><p>P�che et pr�paration des</p><p>�ponges commerciales</p><p>Les �ponges les plus appr�ci�es vivent sur les c�tes m�diterran�ennes ; Euspongia officinalis, qui fournit l��ponge de toilette, provient surtout des rivages de Syrie ; en Tunisie, on r�colte principalement Hippospongia equina ; des p�cheries existent dans l�archipel grec et en Italie. Les �ponges r�colt�es � Cuba, aux Bahamas et en Floride sont plus grossi�res.</p><p>Des plongeurs descendent jusqu�� 30</p><p>ou 40 m de profondeur et arrachent les sp�cimens � la main ou au harpon ; l�usage d�une drague tir�e par un bateau n�est pas recommand�, car elle d�truit indistinctement les �ponges jeunes et adultes, et compromet les r�coltes ult�rieures.</p><p>Les animaux sortis de l�eau meurent vite ; aussit�t qu�ils sont d�barqu�s, on laisse pourrir leurs tissus avant de les laver et de les soumettre � divers agents</p><p>chimiques, qui ach�vent le nettoyage du squelette corn�.</p><p>M. D.</p><p>Classification</p><p>On r�partit les Spongiaires en trois classes :</p><p>� �ponges calcaires, dont le squelette est constitu� de spicules calcaires � un, � trois ou � quatre axes (Clathrina, Leucosolenia, Sycon, Grantia) ;</p><p>� D�mosponges, poss�dant des spicules siliceux et des fibres de spongine ou bien d�pourvus de squelette. Les spicules sont de deux tailles (m�ga-loscl�res et microscl�res) ; ils ont un ou quatre axes, ou encore de nombreux axes rayonnants ; on y range les �ponges d�eau douce (Spongilla et Ephydatia), les �ponges du commerce, au squelette exclusivement corn�, et de nombreux autres genres (Oscarella, Ficulina, Suberites, Cliona, Tethya) ;</p><p>� Hexactinellides, aux spicules siliceux � trois axes, localis�s dans les grandes profondeurs (Euplectella, Hyalonema).</p><p>Physiologie</p><p>Le courant d�eau, dont on a pu mesurer la vitesse (50 microns par seconde chez Sycon), apporte des particules alimentaires, Bact�ries et Protistes, que captent et dig�rent les choanocytes par une v�ritable phagocytose. Chez les D�mosponges, les cellules du m�senchyme prennent une part active � la nutrition. Le courant d�eau a �galement un r�le respiratoire.</p><p>Les Spongiaires manifestent une</p><p>certaine sensibilit� : Tethya ou Hymeniacidon r�agissent � une piq�re en fermant leurs oscules, mais la r�ponse n�appara�t que plusieurs minutes apr�s le stimulus ; l�exposition � l�air produit la m�me r�action chez ces formes soumises au rythme des mar�es. Bien que d�munie de syst�me nerveux, l��ponge semble poss�der des cha�nes de cellules unies par des sortes de synapses ; on peut penser qu�elles jouent un r�le dans la transmission des stimulations.</p><p>Reproduction sexu�e et d�veloppement</p><p>� certaines p�riodes, les Spongiaires �mettent des cellules reproductrices.</p><p>Les sexes sont s�par�s, ou, plus rarement, il y a hermaphrodisme.</p><p>La f�condation se d�roule d�une</p><p>mani�re originale : les spermatozo�des, amen�s par le courant d�eau, atteignent les corbeilles vibratiles ; chacun p�n�tre dans un choanocyte, sous lequel se trouve un ovocyte en cours d�accroissement ; le choanocyte perd sa collerette et son flagelle, tandis que le gam�te m�le qu�il contient se transforme en un spermiokyste ; devenu</p><p>� cellule charriante �, il p�n�tre dans le m�senchyme pr�s de l�ovocyte ; celui-ci ach�ve sa maturation, au cours de laquelle il migre dans l�atrium et y absorbe deux cellules nourrici�res ; puis il rejoint une cellule charriante, qui lui transmet le spermiokyste, et la caryogranie peut s�effectuer.</p><p>Chez les �ponges calcaires, la segmentation d�bute dans l��ponge m�re et conduit � une blastula dont les flagelles sont dirig�s vers l�int�rieur ; par un retournement complet, l�embryon se transforme en une amphiblastule � flagelles externes, qui poursuit son d�-</p><p>veloppement � l�ext�rieur ; celle-ci se fixe rapidement sur le fond, subit une gastrulation et devient une larve paren-chymula ; il en d�rive un Olynthus de 2 mm de haut, stade larvaire par lequel passent la plupart des �ponges calcaires et qui montre d�j� diff�renci�s les tissus caract�ristiques de groupe.</p><p>Chez les D�mosponges, l�embryon</p><p>cili� qui quitte la m�re est soit une blastula (Oscarella), soit une paren-chymula � deux feuillets (Spongille) ; le d�veloppement passe ensuite fr�-</p><p>quemment par une larve fix�e (stade Rhagon), comparable � l�Olynthus.</p><p>De toute mani�re, le d�veloppement ne r�v�le que deux feuillets embryonnaires, extoderme et endoderme, qui font des Spongiaires des M�tazoaires diploblastiques, comme les Cnidaires et les Ct�naires.</p><p>R�g�n�ration et</p><p>multiplication asexu�e La notion d�individu reste assez floue chez beaucoup d��ponges. Deux</p><p>�ponges de m�me esp�ce, croissant c�te � c�te, peuvent fort bien fusionner en une masse unique. On a m�me observ� de v�ritables chim�res, form�es par l�imbrication de deux esp�ces diff�rentes.</p><p>Les facult�s de r�g�n�ration sont souvent bien d�velopp�es, et l�on peut sectionner certaines formes et obtenir autant d�individus ; on a cherch� � utiliser cette possibilit� de bouturage pour entreprendre une v�ritable spongicul-ture des esp�ces commerciales, mais un tel proc�d� s�est rarement r�v�l� rentable.</p><p>On a, par ailleurs, pu dissocier compl�tement les tissus d�une �ponge en la broyant et en la passant � travers un tamis, et constater la reconstitution d�individus normaux.</p><p>Quelques esp�ces r�alisent une multiplication asexu�e caract�ristique.</p><p>downloadModeText.vue.download 373 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10328</p><p>Ainsi Tethya forme-t-elle de petits bourgeons sur les spicules rayonnants qui �mergent de sa masse sph�rique ; constitu�s de cellules indiff�renci�es (arch�ocytes), ces bourgeons s�isolent et, apr�s fixation, s�organisent en nouveaux individus.</p><p>L��ponge d�eau douce Spongilla</p><p>lacustris �met en automne des gemmules, groupant des arch�ocytes enclos dans une capsule de petits spicules ; la d�g�n�rescence hivernale des tissus de l��ponge lib�re les gemmules, qui tombent au fond et redonnent au printemps de nouveaux individus.</p><p>De curieuses associations</p><p>Plusieurs Spongiaires se fixent sur les coquilles de Mollusques, comme Ficulina ficus et Suberites domuncula, qu�on trouve fr�quemment sur les Pagures ; Suberites englobe compl�-</p><p>tement la coquille-abri du Crustac� et grandit en m�me temps que lui.</p><p>Clione creuse des galeries dans les calcaires, qu�elle contribue � miner ; elle s�installe �galement sur les coquilles, qu�elle perfore, et elle cause des d�g�ts redoutables sur les Hu�tres (maladie du</p><p>� pain d��pice �).</p><p>L�Euplectelle du Pacifique peut abriter un couple permanent de Crevettes du genre Pontonia ; au Japon, on offre cet ensemble en cadeau de mariage, comme signe de fid�lit�. Hyalonema est fr�quemment associ�e � un Cnidaire (Palythos) fix� sur son p�doncule.</p><p>Spongiaires fossiles</p><p>Des spicules trouv�s dans des gisements pr�cambriens t�moignent de l�anciennet� de l�embranchement, qui �tait, � cette �poque, repr�sent� par des formes plus simples que les formes actuelles.</p><p>Le Cambrien voit vivre les Arch�o-cyathes, qu�on rapproche des �ponges calcaires et qui ont form� de v�ritables r�cifs. Les Hexactinellides et les D�mosponges apparaissent aussi au Cambrien ; les premiers vivaient dans la zone n�ritique, alors qu�ils sont maintenant confin�s dans les eaux profondes.</p><p>Les �ponges calcaires apparaissent plus tardivement ; l�important groupe des Phar�trones se rencontre au Primaire, mais n�est vraiment abondant qu�au Secondaire, puis il s��teint.</p><p>M. D.</p><p>spore</p><p>Production unicellulaire, fr�quente surtout chez les Cryptogames vasculaires, servant � la multiplication v�g�-</p><p>tative de l�esp�ce, ce qui n�en exclut pas d�ailleurs la reproduction sexu�e.</p><p>V�g�taux inf�rieurs</p><p>Dans le groupe des Bact�ries*, maintenant s�par� le plus souvent des v�-</p><p>g�taux, le type de multiplication par spores constitue la m�thode habituelle d�extension ou de pr�servation de l�esp�ce.</p><p>Les Cyanophyc�es, outre d�autres modes de divisions, peuvent former des spores capables de r�sister � la dessiccation et d�assurer �galement la diss�mination. Leur membrane se d�double, et la couche externe devient imperm�able en se cutinisant et est pourvue d�ornementations vari�es ; leur cytoplasme s��paissit, se charge de r�serves et, en contrepartie, s�appau-vrit en pigments. Quand ces grosses cellules se trouvent plac�es dans de bonnes conditions, elles � germent �</p><p>par �clatement ou g�lification de la membrane. La formation des spores varie suivant les esp�ces : parfois ces spores sont uniques, parfois plusieurs spores se constituent � l�int�rieur d�une m�me cellule originelle par divisions successives (on parle alors d�endos-pores ou d�endogonies).</p><p>Chez les Chlorococcales et Chamae-siphonales, c�est tout l�individu qui participe � la formation de nombreuses nanocytes, qui sont beaucoup moins r�sistantes.</p><p>Algues</p><p>Chez les Algues, la sporulation est un ph�nom�ne fr�quent, qui s�ajoute � la sexualit�. Comme les Champignons, les Algues forment leurs spores dans des cellules sp�cialis�es, dont tout le cytoplasme est utilis� � cette fin. Ces sporocystes proviennent d�une cellule m�re uninucl��e dont le noyau, puis le cytoplasme se divisent ; ainsi se constituent un certain nombre de spores entour�es de la paroi (fortement glucidique) de la cellule m�re.</p><p>Chez de nombreuses esp�ces, les</p><p>spores sont indispensables � la r�alisation du cycle de d�veloppement ; chez Ulva lactuca, Algue verte commune sur nos c�tes (lames vertes ondul�es pouvant atteindre 300 cm), une g�n�ration porteuse de gam�tes alterne obligatoirement avec une g�n�ration productrice de zoospores flagell�es, qui se fixent pour donner un gam�tophyte.</p><p>Dans d�autres cas (Antithamnion plu-mala, Algue rouge), sur le pied femelle, apr�s fusion de deux gam�tes, un car-posporophyte se d�veloppe, constitu�</p><p>essentiellement d�un carposporocyste � l�int�rieur duquel se d�veloppent des carpospores capables de donner naissance � une Algue morphologiquement semblable aux gam�tophytes ; mais ceux-ci portent des sporocystes contenant quatre spores (t�traspores), et ces derni�res seront � l�origine de gam�tophytes ; trois g�n�rations se succ�dent donc pour fermer le cycle de d�veloppement de la plante ; deux d�entre elles sont issues de spores.</p><p>On voit que, chez ces esp�ces, l�alternance de la sexualit� et de la sporulation est la r�gle. Mais, d�un groupe � l�autre, la m�iose ne se trouve pas toujours plac�e au m�me endroit du cycle ; il peut y avoir r�duction chromatique imm�diatement apr�s la formation du zygote ou juste avant celle des gam�tes, ou en un autre point du cycle ; cela implique donc la possibilit� d�existence de spores haplo�des (n chromosomes), ou diplo�des (2 n chromosomes). Chez Ulva lactuca, les spores sont haplo�des ; chez Antithamnion, les deux types sont diplo�des.</p><p>Dans d�autres groupes, les ph�nom�nes sexuels et la sporulation peuvent coexister sans �tre aussi d�pendants l�un de l�autre (Chlamydomonas).</p><p>Le zygote assure ici l�existence de formes de r�sistance capables de subsister dans des conditions m�diocres.</p><p>En outre, beaucoup d�Algues pr�-</p><p>sentent des r�gressions de la sexualit� qui laissent une place primordiale � la sporulation, bien que la multiplication v�g�tative par fractionnement joue aussi un r�le important dans la conservation de ces esp�ces.</p><p>Champignons</p><p>Dans le groupe des Champignons, on observe des ph�nom�nes analogues.</p><p>Dans certaines esp�ces, il y a des alternances de g�n�rations gam�tophytique et sporophytique, et, lorsque la m�iose a eu lieu juste avant la formation des spores, on parle de spores m�iotiques, qui sont obligatoirement haplo�des ; on leur donne encore le nom de spores de passage. Parfois, les zygotes forment imm�diatement des spores en germant ; on les appelle alors spores de germination. Dans d�autres esp�ces, on</p><p>peut assister � une multiplication directe par � spores directes � en dehors du cycle ; ces derni�res peuvent �tre soit haplo�des, soit diplo�des suivant la phase dont elles d�rivent. Chez les Phycomyc�tes, elles ont des flagelles (zoospores). Chez les Zygomyc�tes, elles sont recouvertes d�une enveloppe cellulosique et d�pourvues d�organes de locomotion. � ces diverses formes de spores et de sporocystes s�ajoutent, suivant les groupes, des variations sp�-</p><p>cifiques importantes. Chez le Mildiou de la Vigne (Plasmopara viticola), par exemple, le sporocyste tout entier est diss�min� et laisse �chapper des spores, ou bien il germe et produit directement un filament myc�lien. Plusieurs Phycomyc�tes, tels les Saprol�gniales, forment des spores secondaires � partir d�une premi�re spore ; il peut m�me y avoir ainsi jusqu�� cinq g�n�rations de spores avant qu�apparaisse le my-c�lium. Chez les Myxomyc�tes, les Phycomyc�tes et les Zygomyc�tes, on observe des cycles de d�veloppement o� l�alternance des g�n�rations gamo-phytique et sporophytique est bien marqu�e, le gam�tophyte et le sporophyte ayant une individualit� propre ; dans d�autres groupes, le sporophyte dispara�t, les spores se constituant dans les zygotes et germant imm�diatement pour donner le gam�tophyte, � n ou � 2 n chromosomes suivant la place de la r�duction chromatique.</p><p>Chez les Champignons sup�rieurs, c�est sur le mode de formation des spores que se fonde la classification.</p><p>On distingue sous le nom d�Ascomy-c�tes les Champignons qui �laborent des asques, � l�int�rieur desquels s�individualisent des spores (spores endog�nes), qui sont rejet�es par ouverture du sporocyste ; ces asques sont au nombre de quatre, provenant d�une division r�ductionnelle, puis d�une division �quationnelle ; ils sont parfois multiples de quatre s�il y a eu d�autres divisions par la suite. Chez les Basidio-myc�tes, au contraire, apr�s la m�iose, les spores se constituent � l�ext�rieur du sporocyste qui a donn� naissance aux noyaux. Un tel organe prend le nom de baside.</p><p>Dans ces deux groupes, on trouve des cycles de trois g�n�rations � une</p><p>gam�tophytique et deux sporophytiques �, mais, souvent, la f�condation n�est pas suivie de fusion nucl�aire, ce qui donne � ces cycles des caract�res particuliers (existence de dicaryons</p><p>� noyaux m�les et femelles appari�s mais non fusionn�s). Chez Puccinia graminis (Rouille du Bl�, Basidiomy-c�tes), par exemple, le gam�tophyte qui vit dans la feuille d��pine-Vinette engendre par f�condation un premier sporophyte ; celui-ci forme des eci-downloadModeText.vue.download 374 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10329</p><p>diums visibles ext�rieurement sous forme de petites cupules argent�es, et il s�en d�tache des �cidiospores.</p><p>Les tissus de ce premier sporophyte contiennent des noyaux m�les et femelles non encore appari�s. Ces spores sont � l�origine, sur les feuilles de Bl�, d�un myc�lium parasite porteur de dicaryons. Ce deuxi�me sporophyte forme, d�une part, des ur�dospores capables de donner sur la feuille de Bl� un sporophyte de type II, comme celui qui l�a engendr�, et, d�autre part, lorsque le Bl� murit, des t�leutospores g�n�ratrices de basidiospores. C�est � ce stade que se fait la caryogamie.</p><p>Les basidiospores sur l��pine-Vinette donnent naissance aux gam�tophytes.</p><p>Chez le Coprin, on observe la formation de basidiospores unicl��es sur les lamelles des carpophores. Celles-ci, en germant, fournissent un myc�lium primaire haplo�de lui-m�me capable de se reproduire par des conidies. Lorsque deux myc�liums de signe contraire (ici les sexes ne sont pas reconnaissables) se fusionnent, on observe la formation de myc�lium secondaire porteur de dicaryons. De nouveaux carpophores pourront �tre ainsi engendr�s ; sur ce myc�lium, la fusion nucl�aire pr�c�de la formation des basides et est suivie, apr�s deux mitoses, d�une m�iose d�o� seront issues les basidiospores. Dans le groupe des Lichens, constitu�s par une association entre un Champignon et une Algue, on trouve aussi des spores. C�est le myc�lium cloisonn� qui forme des asques contenant des spores. Celles-ci sont uniquement d�origine fongique et ne peuvent jouer</p><p>de r�le efficace dans la multiplication du Lichen que si, � leur germination, le myc�lium rencontre rapidement une Algue de l�esp�ce voulue pour reconstituer la symbiose d�origine. L��tude des formes des apoth�cies, des asques et des spores permet, � c�t� d�autres crit�res, d��laborer une classification des Lichens.</p><p>Mousses et Foug�res</p><p>Le r�le des spores est important aussi chez les v�g�taux porteurs d�arch�-</p><p>gones (Mousses et Foug�res) ; chez eux, les spores se forment dans des sporanges issus d�une cellule m�re qui, apr�s division, donne des cellules externes g�n�ratrices d�une enveloppe cellulaire et des cellules internes g�n�-</p><p>ratrices des spores. Chez les Mousses, le sporophyte vit en parasite sur le gam�tophyte, ou plante feuill�e. Il est essentiellement compos� d�une soie (fix�e � la plante par un pied servant � l�absorption) porteuse du sporange : une capsule ferm�e par un opercule et une coiffe. Ces spores sont toutes semblables et haplo�des, la r�duction chromatique ayant lieu au moment de leur formation ; elles donnent un proton�ma sur lequel se d�veloppe le gam�tophyte.</p><p>Chez les Pt�ridophytes, le sporophyte est ind�pendant du gam�to-</p><p>phyte et constitue la plante feuill�e, issue d�une f�condation. Les spores n�es dans des sporanges port�s ordinairement chez les Foug�res au revers des frondes sont form�es juste apr�s m�iose et sont donc �galement haplo�des ; par germination, elles produisent un prothalle o� se diff�rencient les organes sexuels. Chez les S�lagi-nelles, les Iso�tes et les �quis�tin�es (Pr�les), on observe la diff�renciation en macrospores, g�n�ratrices de prothalles femelles, et en microspores, g�n�ratrices de prothalles m�les. Ce ph�nom�ne accentue la diff�renciation sexuelle.</p><p>On retrouve ce fait chez quelques Filicin�es, telles les Marsilia (Hydrop-t�ridales) [v. Foug�res].</p><p>Spores fossiles</p><p>Le grand int�r�t des spores dans la compr�hension de la reproduction chez les v�g�taux inf�rieurs ne doit pas nous faire oublier leur importance dans d�autres disciplines.</p><p>On les �tudie avec autant de soin que les pollens et par les m�mes m�thodes pour conna�tre la flore des diff�rentes �poques g�ologiques. On s�int�resse � leur forme, � leur ornementation externe fort vari�e, � leurs �paississements, � l��ventuelle s�paration en loges. � l��poque primaire, des terrains sont particuli�rement riches en spores ; ainsi, de nombreuses couches de charbon en contiennent ; certaines sont m�me presque exclusivement form�es par leurs d�p�ts. L�abondance des Foug�res, des Pr�les arborescentes et d�autres v�g�taux apparent�s �tait telle � cette �poque que l�on retrouve accumul�es de fortes quantit�s de spores qui, comme actuellement le pollen des Pins, ont pu aller assez loin de leur milieu d�origine.</p><p>Spores et diss�mination</p><p>Par ailleurs, les spores d�autres es-p�ces, Champignons surtout, sont si fines qu�elles peuvent actuellement rester en suspension tr�s longtemps dans l�air et sont assez r�sistantes pour pouvoir ensemencer, loin du lieu d�origine, des milieux convenables. Des pr�l�vements d�air effectu�s en avion ont r�v�l� leur existence � plus de 1 000 m d�altitude. En raison de leur abondance, de leur l�g�ret� et de leur r�sistance, les spores sont d�excellents organes de diss�mination, qui assurent la persistance de l�esp�ce m�me si des obstacles importants, tels que la sp�cificit� des h�tes chez les parasites ou les exigences de milieu, tendent � limiter la prolif�ration des v�g�taux porteurs de spores.</p><p>J.-M. T. et F. T.</p><p>M. Chadefaud, � les V�g�taux non vasculaires. Cryptogamie �, dans Trait� de botanique, t. I (Masson, 1960).</p><p>Sporozoaires</p><p>Protozoaires parasites d�animaux, que l�on trouve dans le tube digestif,</p><p>la cavit� g�n�rale, les muscles ou les liquides internes (h�molymphe, sang).</p><p>Repr�sent�s par les Gr�garines et les Coccidies, ils sont diss�min�s dans leurs h�tes par des germes dont l�organisation cytologique extr�mement particuli�re s�av�re commune � tous les repr�sentants de l�embranchement (fig. 1).</p><p>D�veloppement</p><p>Le d�veloppement des Sporozoaires s�effectue selon un cycle o� alternent croissance et reproduction. La croissance a pour point de d�part un germe qui p�n�tre g�n�ralement dans une cellule, cellule de l��pith�lium digestif, par exemple. Les germes introduits peuvent, �ventuellement, migrer en d�autres points de l�organisme, o� ils poursuivent leur d�veloppement : cavit� g�n�rale, visc�res, muscles.</p><p>Chez de nombreuses Gr�garines</p><p>intestinales, le germe se fixe � une cellule de l��pith�lium digestif, mais n�y p�n�tre pas ; il �labore une sorte de su�oir, de formes et de dimensions variables, qui puise dans la cellule les substances n�cessaires au d�veloppement du parasite, demeur� � l�ext�rieur.</p><p>La croissance, g�n�ralement r�duite chez les Sporozoaires intracellulaires, peut devenir spectaculaire chez les Gr�garines et les Coccidies extracellulaires. C�est le cas de la Gr�garine du Homard, Porospora gigantea, qui se pr�sente comme un ruban blanc pouvant atteindre 10 mm de long. L�espace relativement grand m�nag� par le tube digestif ou la cavit� g�n�rale des h�tes rend possibles ces dimensions, assez consid�rables pour des Unicellulaires.</p><p>Reproduction</p><p>Les Sporozoaires se reproduisent par voie sexu�e et asexu�e, se manifestant par la production de cellules nouvelles � partir d�une cellule souche et selon un mode de division particulier : la schi-zogonie. Dans ce processus, la division nucl�aire, qui peut s�effectuer de fa�on r�p�t�e, pr�c�de la fragmentation finale du cytoplasme en autant de cellules qu�il est apparu de noyaux. La reproduction asexu�e ou v�g�tative se manifeste surtout chez les Sporozoaires in-</p><p>tracellulaires � croissance r�duite ; il en r�sulte de nouvelles s�ries de germes : les schizozo�tes, qui gagnent les cellules voisines et envahissent progressivement l�h�te (fig. 3). La lib�ration simultan�e et souvent r�p�titive des schizozo�tes dans l�organisme explique la nocivit� de ces Sporozoaires : la pr�sence de Coccidies du genre Plasmodium dans le sang des palud�ens downloadModeText.vue.download 375 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10330</p><p>d�termine des acc�s de fi�vre dont la fr�quence est li�e � celle des schizogo-nies. La reproduction sexu�e fait appel � des gam�tes diff�renci�s � partir des Sporozoaires parvenus au terme de leur croissance. Elle prend toute son importance chez les Gr�garines, dont la taille, relativement grande, favorise la production �lev�e de ces gam�tes ; elle d�bute chez celles-ci par l�appariement de deux individus, m�le et femelle, les gamontes, qui �laborent une coque commune et produisent � l�int�rieur de celle-ci un nombre sensiblement �gal et g�n�ralement �lev� de gam�tes (fig. 2).</p><p>Les ph�nom�nes sont diff�rents chez les Coccidies. Le gamonte femelle �volue en un unique macrogamonte, alors que le gamonte m�le produit selon les esp�ces un nombre variable de spermatozo�des (fig. 3). L��volution ult�rieure est �galement diff�rente chez les deux groupes. L�union des gam�tes produit chez les Gr�garines de petites cellules qui �laborent une coque, � l�int�rieur de laquelle s�effectuent g�n�ralement trois divisions ; les deux premi�res, r�duisant de moiti� le nombre des chromosomes, donnent quatre cellules (2 m�les et 2 femelles) ; la troisi�me �l�ve � huit le nombre de ces cellules, qui acqui�rent les structures typiques des germes (fig. 1). Chez les Coccidies, la cellule produite par l�union des gam�tes s�entoure d�une enveloppe (ookyste) et entre �galement en division. Du nombre variable de ces divisions r�sulte une quantit� �galement variable de germes, entour�s d�une coque r�sistante chez un grand nombre de Coccidies. Ces germes prot�g�s par</p><p>une coque sont les spores, qui, �mises dans le milieu ext�rieur, peuvent y s�-</p><p>journer plus ou moins longtemps avant de rencontrer l�h�te favorable. Certains Sporozoaires ne forment pas de spores ; c�est le cas des H�mosporidies (Coccidies �voluant dans le sang), dont le passage d�un h�te � l�autre est assur� par un Insecte piqueur par exemple.</p><p>Celui-ci pr�l�ve les germes de l�h�te infest� et les inocule � un autre.</p><p>Fr�quence et</p><p>r�le pathog�ne</p><p>Les Sporozoaires sont r�pandus dans tout le r�gne animal. Les Gr�garines se rencontrent uniquement chez les Invert�br�s. Les Coccidies parasitent Invert�br�s et Vert�br�s ; nombre d�entre elles, dites � h�t�rox�nes �, effectuent leur d�veloppement complet chez des repr�sentants de ces deux classes (fig. 4). Les Sporozoaires extracellulaires causent g�n�ralement peu de dommages � leurs h�tes ; il en va tout autrement des Coccidies et des Gr�garines (N�o-Gr�garines) intracellulaires, dont les germes, multipli�s par voie v�g�tative, d�truisent de proche en proche les tissus de l�h�te.</p><p>Parmi les affections caus�es par les Coccidies et actuellement trait�es, citons les coccidioses provoqu�es par les Eim�riid�s. Les coccidioses des Oiseaux, des Bovins et du Lapin sont redoutables pour les �levages.</p><p>Le paludisme* est d�termin� par une H�mosporidie du genre Plasmodium, qui compte un grand nombre de repr�-</p><p>sentants. La toxoplasmose, transmise � l�homme par les animaux domestiques, est susceptible d�entra�ner la mort ou l�anomalie du foetus chez des femmes non immunis�es contractant cette affection au cours de leur grossesse.</p><p>I. D.</p><p>F Parasitisme.</p><p>P.-P. Grass� (sous la dir. de), Trait� de zoologie, t. I, fasc. 2 : Protozoaires (Masson, 1953).</p><p>sport</p><p>Ensemble des exercices physiques, jeux individuels ou collectifs, donnant</p><p>g�n�ralement lieu � des comp�titions codifi�es.</p><p>Selon Pierre de Coubertin, le sport est le culte volontaire et habituel de l�exercice musculaire intensif, appuy� sur le d�sir de progr�s et pouvant aller jusqu�au risque. Cependant, sa pratique n�est pas toujours d�sint�ress�e, et ses manifestations publiques peuvent devenir spectacle et m�me spectacle professionnel. George Magnane propose donc une autre d�finition : � [...] activit� de loisir dont la dominante est la downloadModeText.vue.download 376 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10331</p><p>recherche de la prouesse physique, participant du jeu et du travail, comportant des r�glements et des institutions sp�-</p><p>cifiques, et susceptibles de se transformer en activit� professionnelle �.</p><p>Les caract�res essentiels du sport sont, en principe, le d�sint�ressement et le d�sir de vaincre. Le sport d�veloppe des qualit�s physiques telles que vivacit� et r�flexes, vitesse et endurance, souplesse et force, d�tente et puissance, et contribue � �lever certaines qualit�s morales : courage, abn�gation, ma�trise de soi, pers�v�rance, respect de l�adversaire, loyaut�, traduite dans l�expression anglaise � fair play � et son �quivalent fran�ais � franc jeu �.</p><p>Organis� sous forme de comp�tition et de championnat, il exige des efforts parfois violents ; il n�cessite alors une pr�paration sp�ciale et assidue, appel�e entra�nement. La comp�tition, rassemblant parfois des foules consid�-</p><p>rables, peut devenir un spectacle dont les acteurs, les professionnels, tirent d�importants avantages ou des revenus r�guliers. Ce professionnalisme officiel et celui, indirect, qu�entra�ne la renomm�e sportive conduisent � des exc�s dont Coubertin disait qu�il serait utopique de les combattre. Par exemple, les progr�s de la chimie depuis 1945</p><p>ont parfois contribu� � am�liorer le rendement du corps humain, mais</p><p>l�exp�rience a d�montr� que l�absorp-</p><p>tion de produits dopants entra�ne des accidents s�rieux, dont on commence � mesurer les cons�quences.</p><p>Le d�veloppement</p><p>historique</p><p>� l�origine �tait le jeu, instinct naturel de l�enfant et du jeune animal. En jouant, l�homme lib�re un surplus d��nergie, se distrait, rivalise avec ses semblables, mesure sa force. Il cherche � vaincre un adversaire, � se vaincre lui-m�me, � battre des records, fussent-ils les siens propres. Cette notion d�activit� physique, librement consentie, se d�veloppe aujourd�hui sous la forme de loisirs sportifs, antidote d�une civilisation m�canique devenue progressivement polluante et restrictive quant � l�activit� physique. � l�or�e des civilisations, l�homme vivait dans un milieu hostile, �cras� par une nature encore indompt�e. Les premi�res comp�titions d�rivaient donc, n�cessairement, de la guerre et de la chasse.</p><p>Confucius reconnaissait six � arts lib�raux � : le c�r�monial, la musique, l�arithm�tique, la calligraphie, l�escrime et l�art de conduire un char.</p><p>Les Assyriens et les �gyptiens s�imposaient divers exercices physiques � des fins de pr�paration � la guerre ou � la chasse, mais, nulle part, on ne trouve la trace d�une conception p�dagogique avant la naissance d�une v�ritable religion athl�tique en Cr�te et dans la Gr�ce antique. Cependant, un po�me historique datant du VIe s.</p><p>av. J.-C. et d� � Arist�e de Procon-n�sos (�le de Marmara) nous apprend que les Grecs savaient que de lointains peuples du Nord s�adonnaient � des sports d�ment codifi�s. Ces � Scythes hyperbor�ens �, expression tr�s vague, �taient-ils les Irlandais ? En tout cas, le Book of Leinster, qui date du XIIe s.</p><p>et qui est conserv� au Trinity College de Dublin, traite des fameux � Tailtean Games �, jeux du comt� de Neath, faits de courses, de sauts, de lancers, de lutte et d�une forme de boxe.</p><p>Moins l�gendaire est la forme d�activit� sportive propos�e aux Cr�tois de l��poque minoenne (1600 av. J.-</p><p>C.), d�couverte gr�ce � la mise � jour � Cnossos de bas-reliefs inspir�s de</p><p>sauts � la perche pardessus de jeunes taureaux.</p><p>Mais la v�ritable religion du sport est bien n�e dans la Gr�ce antique, c�l�br�e par de grandes c�r�monies p�riodiques : les jeux Pythiques, Isth-miques, N�m�ens et, les plus illustres de tous, les jeux Olympiques*.</p><p>Devenue capitale d�un empire qui retourna � ses origines grecques, Byzance aurait pu devenir une puissante m�tropole sportive. Mais le christianisme craignait, � travers le sport, d�ailleurs d�cadent, une r�surgence de la mentalit� pa�enne.</p><p>Rome devait attacher son nom aux jeux du cirque et aux combats de gladiateurs, n�s d�un usage grec. L�attachement des Romains � ces joutes sanglantes allait durer plus de huit si�cles.</p><p>Le sport se r�sumait donc � l�escrime des gladiateurs et � la course de chars � deux ou � quatre chevaux.</p><p>Les Germains, pr�occup�s par</p><p>la guerre et la chasse, ignoraient et m�prisaient l�effort gratuit. Plus tard viendra la chevalerie avec ses tournois, mais ceux-ci seront condamn�s par les papes en 1130 � Clermont et en 1179</p><p>au Latran.</p><p>Naissent alors des jeux r�ellement sportifs : la paume courte et longue, � mains nues d�abord, avec raquette et filet ensuite (transform�e au XVIIIe s. en lawn-tennis par le major anglais Wing-field) ; la so�le, anc�tre du football et du rugby modernes.</p><p>Le sport m�di�val, chevaleresque et d�mocratique, si vivant pendant cinq si�cles, disparut avec la Renaissance.</p><p>La classe dirigeante se tournait alors vers les choses de l�esprit ou la mi�-</p><p>vrerie de la vie des cours, et le peuple, �cras�, avait d�autres probl�mes. En 1650, on d�nombrait � Paris cent quatorze jeux de paume ; il n�en restait que dix en 1780 et qu�un seul en 1839. La p�riode r�volutionnaire, en d�pit des th�ories de Jean-Jacques Rousseau sur l��ducation (�mile), puis la p�riode im-p�riale ont compl�tement ignor� l�id�e sportive.</p><p>Le sport moderne</p><p>La renaissance du sport, au XIXe s., fut-elle la cons�quence naturelle de l��veil des nationalit�s et de la r�volution industrielle ? Dans une certaine mesure, sans doute. Cette renaissance commence par la Prusse, humili�e � I�na. En 1811, Friedrich Ludwig Jahn (1778-1852) cristallise les th�ories downloadModeText.vue.download 377 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10332</p><p>de Fichte et proclame que le souci du corps doit aller de pair avec celui de l�esprit ; il donne alors � son pays son premier gymnase. La gymnastique aux agr�s, la lutte, l�halt�rophilie se d�veloppent et s��panouissent � partir de 1842 ; la gymnastique gagne la Scandinavie avant d��tre repens�e par le Su�-</p><p>dois Per Henrik Ling (1776-1839), qui substitue au dur travail allemand des agr�s, destin� � pr�parer les soldats, une gymnastique toute de souplesse et d�harmonie, avec, pour objectif, la formation d�hommes robustes et sains.</p><p>On peut citer encore le Suisse</p><p>J. H. Pestalozzi (1746-1827), les Tch�ques Miroslav T&#xFD;r� (1832-1884) et Jind&#x159;ich F�gner (1822-1865), cr�ateurs des Sokols, soci�t�s patriotiques de gymnastique qui furent � l�origine de la renaissance de la Boh�me, jusque-l� asservie, mais c�est en Grande-Bretagne que le sport moderne devait soudain appara�tre dans tout son �clat.</p><p>Au d�but du XIXe s., la jeunesse anglaise s�adonnait au jeu, � l�alcool et, dans les coll�ges, � la brutalit�... Un historien et th�ologien, Thomas Arnold (1795-1842), directeur du coll�ge de Rugby, inspir� par le r�v�rend Charles Kingsley (1819-1875), qui pr�chait un</p><p>� christianisme musculaire � s�attachant � r�former les moeurs, poussa ses �l�ves vers la pratique des sports et des jeux r�glement�s, organis�s par les �l�ves eux-m�mes afin de d�velopper leur sens des responsabilit�s et leur go�t des initiatives.</p><p>Le mouvement sportif se r�pand</p><p>ensuite dans les coll�ges, envahit les universit�s, gagne toute la Grande-</p><p>Bretagne et ses dominions, l�Australie, l�Afrique du Sud, le Canada et la Nouvelle-Z�lande.</p><p>L�exemple atteint l�Am�rique du</p><p>Nord sous l�impulsion d�Herbert Spencer. Mais ce n�est qu�apr�s la guerre de S�cession, vers 1865, que les �tats-Unis, br�lant les �tapes, parviennent rapidement au premier rang gr�ce � leurs universit�s. En 1895, � Manhattan, la rencontre entre les meilleurs athl�tes de Londres et de New York marque la fin de la supr�matie britannique. Les Am�ricains introduisent alors des jeux nouveaux, tels que le base-bail, le football am�ricain et le basket-ball.</p><p>L�Europe continentale s��veille</p><p>vers 1880 ; ce sera ensuite le tour des pays de l�Am�rique latine. En France, les premiers pas dans le sport furent l�oeuvre d�ardents propagandistes tels que Jules Simon (1814-1896), Marcelin Berthelot* (1827-1907), Jean Richepin (1849-1926), Pierre de Coubertin (1863-1937), � qui l�on doit la r�novation des jeux Olympiques.</p><p>Depuis longtemps, on pratiquait</p><p>l�aviron : la Soci�t� nautique de Valery-sur-Somme, le Club nautique et athl�tique de Rouen �taient fond�s avant le Rowing Club de Paris (1853).</p><p>La gymnastique, dans le prolongement des tentatives avort�es de Fran�ois Amoros (1769-1848), se f�d�rait en 1873 en Union des soci�t�s de gymnastique de France, tandis que le Havre Athletic Club, cr�� par des footballeurs britanniques, devenait en 1872 le premier club du jeu qui reste � ce jour le plus largement pratiqu� dans le monde.</p><p>Dix ans plus tard (1882), des coll�giens cr�aient le Racing Club de France, premier grand club omnisport.</p><p>Sur le plan international, les jeux Olympiques contribuent � l�internationalisation du sport et � la r�conciliation des diff�rentes disciplines, jusque-l� f�rocement concurrentielles. Il fallut, cependant, attendre 1921 pour qu�� Lausanne soient jet�es les bases sur lesquelles repose encore toute l�organisation du sport moderne, fond� sur la reconnaissance de f�d�rations internationales sp�cialis�es, n�es pour la plupart sous l�impulsion des Fran�ais.</p><p>Ces f�d�rations se dotent d�un pouvoir, librement accept� par tous les pays.</p><p>Cependant, apr�s la Seconde Guerre mondiale et surtout depuis 1968, le sport international repose sur trois piliers essentiels : le Comit� international olympique, cr�ateur et propri�-</p><p>taire des c�l�bres jeux quadriennaux ; les associations des comit�s nationaux olympiques, c�est-�-dire le pouvoir national ; les f�d�rations internationales sportives, c�est-�-dire le pouvoir technique. Ces derni�res organisent p�riodiquement des championnats du monde et des championnats continentaux.</p><p>En France, o� chaque sport se dirige de mani�re ind�pendante, le club est la cellule initiale ; les soci�t�s, ou leurs sections sp�cialis�es, se groupent en comit� d�partemental ; plusieurs comit�s d�partementaux sont rassembl�s dans un comit� r�gional. Au sommet se trouve la f�d�ration, elle-m�me affili�e � la f�d�ration internationale sp�cialis�e (F. I. S.).</p><p>Pr�s de soixante disciplines sportives sont propos�es. Les unes sont universelles ; les autres sont nationales, tels le bandy dans les pays nordiques, sorte de football sur glace, le cricket en Grande-Bretagne, le baseball ou le football am�ricain aux �tats-Unis.</p><p>Mais vingt-deux F. I. S. seulement �taient, en 1973, reconnues par le Comit� international olympique.</p><p>La France est particuli�rement �clectique, puisque pr�s de cinquante sports sont officiellement reconnus par les pouvoirs publics. Les plus populaires, par le nombre de pratiquants ou celui des spectateurs qu�ils d�placent, sont le football, le rugby, le judo, le tennis, le basket-ball, le cyclisme et, sur un certain plan, la boxe professionnelle.</p><p>Cette dispersion, unique au monde, l�indiff�rence de certains milieux de l�enseignement, consid�rant toujours le sport non comme une �ducation, mais comme un loisir volontaire, en d�pit de mesures l�gales d�cid�es p�-</p><p>riodiquement, l�absence d�un pouvoir global malgr� la cr�ation, en 1971, d�un Comit� national olympique et sportif fran�ais, d�pourvu d�autorit�</p><p>et de moyens, expliquent la faiblesse g�n�rale du sport fran�ais dans les domaines repr�sentatifs de l�athl�tisme, de la natation par exemple, deux sports universellement pratiqu�s et consid�-</p><p>r�s comme les plus importants lors des comp�titions olympiques, malgr� les efforts entrepris depuis 1960 en ma-ti�re d��quipement (stades, gymnases, piscines).</p><p>Le sport, avec ses foules immenses, l�importance que lui accordent la t�-</p><p>l�vision, la radio, les journaux, n�en reste pas moins un fait social de premi�re importance. Si sa pratique est g�n�ralement b�n�fique, elle pr�sente certains dangers : risque d�accidents parfois mortels dans quelques sports de contact (football am�ricain par exemple) ou simplement par inaptitude, soit cong�nitale, soit par manque de pr�paration de base.</p><p>Enfin, la trop grande importance que l�on attache aux succ�s dans les comp�-</p><p>titions internationales peut conduire � des exc�s par d�loyaut� ou brutalit�, ou simplement par l�utilisation de moyens artificiels, destin�s � augmenter le rendement de la machine humaine.</p><p>En 1894, Pierre de Coubertin, se r�f�rant en partie au processus de d�clin de l�esprit sportif en Gr�ce, a �crit : � Le r�le du sport para�t devoir �tre aussi consid�rable et aussi durable dans le monde moderne qu�il l�a �t� dans le monde antique ; il repara�t, d�ailleurs, avec des caract�res nouveaux : il est international et d�mocratique, appropri� par cons�quent aux id�es et aux besoins du temps pr�sent.</p><p>Mais, aujourd�hui comme jadis, son action sera bienfaisante ou nuisible selon le parti qu�on en saura tirer et la direction dans laquelle on l�aiguillera.</p><p>Le sport peut mettre en jeu les passions les plus nobles comme les plus viles ; il peut d�velopper le d�sint�ressement et le sentiment de l�honneur comme l�amour du gain ; il peut �tre chevaleresque ou corrompu, viril ou bestial.</p><p>Or la noblesse des sentiments, le culte du d�sint�ressement et de l�honneur, l�esprit chevaleresque, l��nergie virile et la paix sont les premiers besoins des d�mocraties modernes. �</p><p>G. M.</p><p>F �ducation physique / Olympiques (jeux).</p><p>B. Gillet, Histoire du sport (P. U. F., coll.</p><p>� Que sais-je ? �, 1949 ; 4e �d., 1970). / J. Duma-zedier, M. Baquet et A. Bayen, Regards neufs sur le sport (�d. du Seuil, 1950). / J. Dauven (sous la dir. de), Encyclop�die des sports (Larousse, 1961). / G. Magnane, Sociologie du sport (Gallimard, 1964). / M. Bouet, Signification du sport (�d. universitaires, 1968). / R. Caillois (sous la dir. de), Jeux et sports (Gallimard, � Encycl. de la Pl�iade �, 1968). / B. Le Roy, Dictionnaire encyclop�dique des sports, des sportifs et des performances (Deno�l, 1973).</p><p>Sport et m�decine</p><p>La loi exige un examen m�dico-sportif pour la d�livrance des licences sportives.</p><p>En 1972, il y avait plus de 5 500 000 licenci�s en France ; mais des millions de Fran-</p><p>�ais se livrent � des activit�s sportives sous des formes diverses. Ils ont tous int�r�t � demander � leur m�decin quel sport leur sera le plus profitable, et les limites qu�ils doivent assigner � leur activit�.</p><p>Le sport entra�ne un fonctionnement particulier de l�organisme. Celui-ci doit �tre apte, pr�par� et surveill�. C�est la t�che de la m�decine de sport que de s�lectionner, d�orienter et de surveiller les sportifs.</p><p>Cette m�decine sportive vise �galement � traiter certaines affections par le sport et par l�exercice physique : le sport est ainsi une arme th�rapeutique non n�gligeable pour la r��ducation des accident�s, des handicap�s physiques, des convalescents de certaines maladies graves. Enfin, il appara�t aussi comme un facteur d��quilibre psychique.</p><p>PHYSIOLOGIE DES</p><p>ACTIVIT�S PHYSIQUES</p><p>La pratique sportive provoque des modifications du fonctionnement des appareils cardio-vasculaire, respiratoire et musculaire ainsi que des modifications biologiques.</p><p>y Appareil cardio-vasculaire. L�exercice physique provoque une augmentation du d�bit cardiaque qui peut passer de 4 � 5 l/</p><p>mn au repos � 30 l/mn. Cela est obtenu gr�ce � deux m�canismes : augmentation du volume d��jection systolique et augmentation de la fr�quence cardiaque.</p><p>Parall�lement, on observe une augmentation de la pression art�rielle. En fin d�effort, le retour au calme est marqu� par une r�gression de ces modifications, qui peut demander plusieurs heures en cas d�exercices violents et prolong�s, mais qui doit �tre obtenue en quelques minutes apr�s un effort bref. Le coeur du sportif downloadModeText.vue.download 378 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10333</p><p>se caract�rise par une fr�quence de repos lente (50 contractions par minute) ; il est volumineux de fa�on harmonieuse (augmentation � la fois de la masse musculaire et de la capacit� ventriculaire). Malgr� cela, les possibilit�s cardiaques du sportif peuvent �tre d�pass�es au cours d�un effort excessif. Cliniquement, cela se traduit par une augmentation de la fr�quence cardiaque de repos, un pincement de la tension art�rielle � l�effort et une fatigue inhabituelle. L��lectrocardiogramme peut montrer des troubles de la conduction auriculo-ventriculaire.</p><p>y Appareil respiratoire. La contraction musculaire tire son �nergie de la d�gradation de mat�riaux �nerg�tiques n�cessitant de l�oxyg�ne. L�apport au muscle de l�oxyg�ne repr�sente l�un des principaux param�tres limitant la capacit� d�un individu � fournir un travail. Au cours de l�exercice musculaire, on note une phase d�augmentation rapide de la consommation d�oxyg�ne, suivie d�une phase stable, �lev�e (en cas d�exercice d�intensit� constante). L�accroissement brutal initial ne peut �tre fourni par une augmentation de la respiration. L�organisme puise dans ses r�serves et cr�e une � dette d�oxyg�ne � qu�il reconstituera apr�s l�exercice.</p><p>La quantit� d�oxyg�ne n�cessaire � l�effort est obtenue gr�ce � une augmentation de la fr�quence ventilatoire et, plus encore, par une augmentation du volume courant (v. respiration). Le d�bit ventilatoire passe ainsi de 8 l/mn � plus de 100 l/mn si besoin est. Il faut noter une capacit� vitale augment�e chez le sportif (de 5 � 6 litres contre de 3,5 � 4 litres chez le s�dentaire).</p><p>y Appareil musculaire. L��nergie musculaire est essentiellement fournie par les glucides. Ceux-ci proviennent des r�serves musculaires et h�patiques en glycog�ne,</p><p>qui sont limit�es. Aussi, en cas d�exercice prolong�, c�est le foie qui fournit par glycog�nolyse et n�oglucogen�se (� partir des protides) le sucre n�cessaire ; d�o� la n�cessit� d�un fonctionnement h�patique normal. Quant aux lipides, leur r�le est mal connu, mais s�rement important dans la physiologie du muscle � l�effort (au repos, 20 p. 100 du CO2 expir� proviennent de la d�gradation des lipides).</p><p>En fait, on devrait consid�rer deux types d�exercices musculaires : l�exercice violent, brutal, mais bref, et l�exercice prolong�, moins violent, de type endurance. La dynamique de l�effort n�est pas la m�me, mais, dans un cas comme dans l�autre, les possibilit�s du sportif sont fonction de son entra�nement et de son �chauffement. Cela d�bouche sur un autre aspect fondamental du sport : la di�t�tique sportive. L�alimentation du sportif doit �tre rationnelle.</p><p>On distingue : la ration d�entra�nement (de 3 000 � 3 500 calories par jour), qualitativement �quilibr�e (15 p. 100 de protides, 30 p. 100 de lipides, 55 p. 100 de glucides, plus eau, vitamines et min�raux), la ration de comp�tition et la ration de r�cup�ration.</p><p>Ces deux derni�res doivent �tre directement adapt�es au type d�effort fourni.</p><p>y Modifications biologiques. Elles constituent le reflet de l�augmentation des processus m�taboliques dus � l�effort musculaire. On note dans le sang une augmentation mod�r�e du nombre des globules rouges (polyglobulie), une augmentation du nombre des leucocytes (hyperleucocytose), une baisse de la glyc�mie, une augmentation du taux d�acide lactique, une baisse du pH sanguin (aci-dification) et une �l�vation passag�re de l�ur�e. Sur le plan urinaire, on observe une augmentation de la diur�se au cours des efforts brefs et une diminution de celle-ci au cours des efforts prolong�s (par augmentation de la sudation) ainsi qu�un accroissement de l�azote urinaire ; la prot�inurie d�effort est une notion classique et fr�quente. Le pH urinaire diminue (urines plus acides). Par contre, les cat�-</p><p>cholamines (adr�naline, noradr�naline) urinaires augmentent consid�rablement.</p><p>Enfin, l�exercice musculaire provoque une sudation importante, parfois de plusieurs litres (v. sueur), et, par l� m�me, une perte hydro-�lectrolytique tr�s forte.</p><p>LE SPORT EN FONCTION DE L��GE</p><p>� partir de trois ans, on peut mettre l�enfant en contact avec la neige (luge), avec la glace, mais surtout avec l�eau par l�apprentissage de la nage. De quatre � huit ans, l�enfant est avide de mouvement et de jeux. On favorisera le tennis, le ski, l�escrime, les jeux de ballon, tout en interdisant les manoeuvres de force et les efforts trop prolong�s. De neuf � douze ans, c�est l��ge de pr�dilection pour acqu�rir la technicit�. Mais l�enfant se fatigue vite. La comp�tition est possible, mais devra �tre tr�s surveill�e. De douze � dix-sept ans, c�est l�heure du choix et des accidents de surentra�nement. De nouveaux sports sont possibles : boxe, judo, plong�e, alpinisme.</p><p>Ils n�cessitent une vigilance accrue du m�-</p><p>decin. Sur le plan psychologique et social, c�est l��ge o� le sport peut �tre un moyen de s�exprimer et de se lib�rer pour certains sujets complex�s : basket-ball pour les sujets tr�s grands, sport de combat pour les timides.</p><p>y Sport et troisi�me �ge. Selon les f�d�-</p><p>rations sportives, le troisi�me �ge sportif commence � quarante ans avec la classe des v�t�rans. � partir de cet �ge, l�efficience physique du sujet conna�t une d�croissance in�luctable. Il faut distinguer deux cas : le sportif de vieille date qui poursuit l�exercice de son sport et le sujet s�dentaire qui d�couvre le sport. Le premier pose peu de probl�mes, connaissant lui-m�me ses possibilit�s et les utilisant avec sagesse. Dans le cas des s�dentaires n�ophytes, les accidents ne sont pas rares.</p><p>Sans contr�le et sans surveillance, l�activit� physique am�ne des accidents traumatiques ou cardiaques. Le sport ne doit pas �tre interdit � ces sujets, mais il est imp�ratif que ceux-ci subissent un bilan complet et que l�installation dans le sport soit progressive.</p><p>Le sport retarde-t-il la s�nescence ?</p><p>Indubitablement, les enqu�tes montrent que les anciens sportifs ont de meilleures r�ponses fonctionnelles et des performances mn�siques excellentes, nettement sup�rieures � la moyenne de la population.</p><p>Selon K. L. Andersen, voici les limites audel� desquelles les diff�rents sports ne doivent pas �tre poursuivis :</p><p>tennis 75 ans</p><p>ski 75 ans</p><p>football 55 ans</p><p>saut 65 ans</p><p>boxe 45 ans</p><p>natation 75 ans</p><p>cyclisme 75 ans</p><p>volley-ball 60 ans</p><p>aviron 60 ans</p><p>gymnastique et marche au-del� de 80 ans SPORT ET HANDICAP PHYSIQUE</p><p>Le handicap� physique a besoin de mouvement, de se conna�tre lui-m�me, d�accomplir et d�am�liorer des performances, de se mesurer aux autres dans la comp�tition. Le sport lui procure un bien-�tre physique, un meilleur �quilibre mental et l�aide � retrouver un certain bien-�tre social. Pour lui, il faut adapter les techniques, le mat�riel, les installations et les examens sportifs. Le choix du sport d�pend du handicap (par exemple, la natation est le sport de choix pour les paralys�s des membres inf�rieurs).</p><p>Administrativement, les clubs sont regroup�s au sein de la F�d�ration fran�aise de sports pour handicap�s. En 1948, � l�occasion des jeux Olympiques de Londres, ont �t� organis�s les premiers jeux sportifs pour parapl�giques : 16 participants en fauteuil roulant. En 1964, c�est � T&#x14D;ky&#x14D;, parmi les autres sportifs, que 400 handicap�s ont disput� leurs � jeux Olympiques �.</p><p>CONTRE-INDICATIONS G�N�RALES</p><p>DU SPORT</p><p>Certaines sont absolues et permanentes : diab�te grave, insuffisances cardiaque, respiratoire chronique, surr�nale...</p><p>D�autres sont absolues, mais temporaires : tuberculose, rhumatisme articulaire, h�patite virale, etc.</p><p>Certaines affections ne sont que des contre-indications relatives, tels le diab�te bien �quilibr�, la prot�inurie (ou albumi-nurie). Par ailleurs, certaines contre-indications rel�vent du bon sens : grande fatigue, rhino-pharyngite, infection aigu�, interventions chirurgicales r�centes.</p><p>Finalement, peu de sujets se trouvent r�ellement emp�ch�s d�exercer des activit�s physiques, tant celles-ci sont nombreuses, vari�es et adaptables � chaque cas.</p><p>J. C. D.</p><p>R. Andrivet, J. C. Chignon et J. Leclerc, Physiologie du sport (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1965 ; 3e �d., 1974). / B. Knapp, Skill in Sport.</p><p>The Attainment of Proficiency (New Rochelle, N. Y., 1967, nouv. �d., 1972 ; trad. fr. Sport et motricit�, l�acquisition de l�habilet� motrice, Vigot, 1971). / J. Vacher, H. Perie et J.-M. Fourr�, Aspects m�dico-l�gaux de la m�decine du sport (Masson, 1969).</p><p>sports de glace</p><p>Ensemble des sports d�hiver, autres que le ski*.</p><p>Le d�veloppement</p><p>historique</p><p>Le patinage, ou, plus pr�cis�ment, le moyen de se d�placer sur la glace en glissant, est sans doute aussi ancien que le ski. Mais les patins modernes sont invent�s aux Pays-Bas au XVIe s. : ils sont form�s d�une lame de m�tal fix�e sur un socle de bois ; ils permettent d�effectuer ais�ment des cercles sur la glace ; les Britanniques, qui se passion-neront pour le patinage d�s le XVIIe s., appelleront cette mani�re de tourner le dutch roll, ou � balanc� hollandais �.</p><p>Bient�t, le patinage gagne les pays nordiques, l�Europe centrale, la Russie, l�Am�rique du Nord, puis la France.</p><p>Dans ce dernier pays, si le patin est connu depuis le r�gne de Louis XIV</p><p>avec la venue de charpentiers hollandais travaillant � Versailles (et qui patinaient sur les canaux glac�s), il se popularisera seulement � partir du premier Empire (des �migr�s revenus de Grande-Bretagne ou de Hollande le lanc�rent).</p><p>Le fait le plus remarquable dans son d�veloppement est l�extr�me diversit� d�activit�s physiques et de jeux auxquels a donn� lieu sa pratique.</p><p>Il n�y a gu�re de jeux d��t� que l�on n�ait tent� d�adapter � la glace, encore que le caract�re le plus sp�cifique du patinage, et qui s�affirma tr�s t�t, r�-</p><p>side dans son affinit� avec la danse : recherche de l��quilibre par des exercices complexes entre le pas et la glissade, ma�trise du corps devant un �l�ment diff�rent. C�est d�ailleurs par la danse, par le perfectionnement de ce que l�on appelle des figures que le patinage a conquis le monde.</p><p>Il est significatif que l�homme qui a popularis� le patinage est un ma�tre de ballet d�Am�rique du Nord, Jackson Haines (1840-1876), qui sut tirer parti des premiers patins, construits totalement en acier � Philadelphie en 1850. Il avait compris le lien �troit de la danse et du patinage ; il essaya, aux �tats-Unis, d�adapter des figures de ballet classique au patinage, mais sans</p><p>beaucoup de succ�s. En 1864, il d�cida d�entreprendre une tourn�e en Europe, int�ressa la Grande-Bretagne, plut en downloadModeText.vue.download 379 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10334</p><p>Scandinavie et connut un triomphe en Russie, puis en Autriche. La cr�ation, � Vienne, o� la danse atteignait son apog�e, de la valse sur glace en 1868</p><p>marqua le couronnement de la r�ussite de Jackson Haines, qui avait donn� naissance au patinage artistique.</p><p>� la fin du si�cle (1892) fut fond�e aux Pays-Bas l�Union internationale de patinage, qui s�occupait � la fois du patinage artistique et du patinage de vitesse. Les premiers championnats du monde, organis�s � Amsterdam en 1893, ne comportaient que des courses de vitesse. Ils furent remport�s par un Hollandais, Jaap Eden (1873-1925), �galement champion cycliste. Les premiers championnats du monde de patinage artistique eurent lieu � Saint-P�tersbourg en 1896 ; le vainqueur fut un Munichois, Albert Fuchs.</p><p>Un fait nouveau allait contribuer de fa�on d�cisive � l�expansion du patinage et surtout du hockey (sport collectif sur glace d�riv� du bandy, qui se jouait depuis le XVIIe s. sur les lacs gel�s d�Am�rique et qui consistait � pousser une balle en bois avec un b�ton recourb�) : le moyen de faire de la glace par un proc�d� industriel. Aux c�t�s des patinoires naturelles vont se d�velopper les patinoires artificielles.</p><p>De la patinoire occasionnelle, � la glace souvent de m�diocre qualit� (parfois recouverte de neige, parsem�e de pierres et de branchages), on passe � la patinoire de glace naturelle, qui fait l�objet d�un entretien (arrosage la nuit, polissage), et enfin � la patinoire de glace artificielle. Plusieurs proc�d�s sont employ�s pour obtenir une glace permanente. La premier patinoire du genre a �t� construite � Londres en 1876, la r�frig�ration s�effectuant par d�tente directe de vapeurs d��ther.</p><p>Le principal inconv�nient du syst�me consistait dans le brouillard qui se le-</p><p>vait au-dessus de la piste.</p><p>De nos jours, le proc�d� de fabrication, quoique assez co�teux, est relativement simple : le froid n�cessaire � la cong�lation de l�eau est produit par une installation frigorifique fonctionnant � l��lectricit� comme un immense r�frig�rateur.</p><p>Le patinage artistique</p><p>Les premiers patins que l�on chausse sont g�n�ralement des patins pour dessiner des � figures � sur la glace (les patins de vitesse, m�me ceux de hockey, sont souvent prohib�s dans les patinoires publiques). Ils comportent une lame large et basse, creus�e au milieu de telle sorte qu�elle forme de chaque c�t� un tranchant appel� carre : une paire de patins poss�de deux carres ext�rieures et deux carres int�rieures.</p><p>Tout l�art du patinage consiste dans l�utilisation du jeu des carres � partir de quatre figures fondamentales, appel�es d�ailleurs les quatre carres : le dehors avant (trac� sur la carre ext�-</p><p>rieure du patin, vers l�avant) ; le dehors arri�re (trac� sur la carre ext�rieure, vers l�arri�re) ; le dedans avant (trac� sur la carre int�rieure, vers l�avant) ; le dedans arri�re (trac� sur la carre int�-</p><p>rieure, en arri�re).</p><p>D�s que l�on sait patiner en carre, commence le patinage artistique.</p><p>L��l�ve passe progressivement aux changements de carre, aux cercles, aux sauts, aux pirouettes (sur un seul ou sur deux pieds) et aux danses. Le patinage artistique de comp�tition comprend deux s�ries d�exercices bien distincts : les figures impos�es (ou figures d��cole) et les figures libres.</p><p>Les figures impos�es (il y en a quarante et une) sont construites autour des quatre mouvements de base et sont form�es de cercles que l�on doit parvenir � ex�cuter avec ma�trise et pr�cision, sans que la jambe tremble.</p><p>Le patinage libre comprend des</p><p>sauts, des pirouettes et des pas de danse. Le patineur compose son programme comme il l�entend et est accompagn� par la musique de son choix (l�accompagnement musical a fait son</p><p>apparition en comp�tition en 1911 � Vienne). Dans les grands concours internationaux, le patineur s�inspire des pas de danse, mais la tendance est de rechercher davantage la virtuosit�, aux limites de l�acrobatie, afin de mettre en �vidence la qualit� athl�tique aussi bien que le sens artistique. � la limite, chez les hommes, et particuli�rement depuis l�av�nement de l��cole am�ricaine, le patinage artistique est parfois un concours de sauts.</p><p>Sur le plan individuel, les comp�titions de patinage artistique ont comport� d�abord deux parties : un programme de figures impos�es (tir�es au sort) et un programme de � libres �</p><p>(durant quatre minutes chez les dames et cinq minutes chez les hommes).</p><p>Les figures impos�es ont un coefficient selon leur difficult�. L�ex�cution est not�e par un jury, qui examine � la fois l�attitude du concurrent, son �l�-</p><p>gance, son �quilibre, sa technique et sa pr�cision. Les notes vont de 0 � 6 (elles peuvent �tre fractionn�es au dixi�me).</p><p>En patinage libre, deux notes sont attribu�es : une note relative � la qualit� athl�tique du patinage et au registre technique de l�ex�cutant, et une note relative au style, � la mani�re de composer un programme.</p><p>Depuis 1973, pour r�duire l�avantage excessif donn� aux figures d��cole (intervenant pour 60 p. 100 dans le total), un nouveau r�glement pr�voit : un concours de trois figures impos�es (40 p. 100 dans le total des points) ; un programme court de trois minutes, qui consiste en une exhibition de patinage libre, mais dans laquelle doivent �tre plac�s six sauts ou pirouettes d�-</p><p>finis en d�but de saison (20 p. 100) ; enfin un programme de figures libres (40 p. 100).</p><p>Outre le patinage artistique individuel, les programmes de comp�tition comportent une �preuve de danse avec l�ex�cution d�un programme impos� et d�un programme de � libres �, qui est, par couple, la r�plique du patinage individuel � mais la technique porte sur l�ex�cution des pas de danse �, ainsi qu�une �preuve de patinage par couple qui se distingue de la danse, car</p><p>elle ne comprend qu�un programme de</p><p>� libres �.</p><p>Le patinage artistique a un championnat du monde tous les ans, m�me l�ann�e des jeux Olympiques, o� il figure �galement (� l�exception de la danse).</p><p>La plus c�l�bre patineuse de l�avant-guerre fut la Norv�gienne Sonja Henie (1912-1969). Elle d�buta aux Jeux de 1924 � Chamonix, o� elle se classa derni�re. Son r�gne commen�a en</p><p>1927, quand elle devint championne du monde. Elle conserva ce titre dix fois et remporta trois m�dailles d�or aux jeux Olympiques (1928, 1932, 1936). Elle se retira des concours amateurs pour animer et fonder des revues sur glace � grand spectacle aux �tats-Unis.</p><p>En couple, les Fran�ais Pierre Brunet et Andr�e Joly, qui, apr�s s��tre mari�s, �migr�rent aux �tats-Unis, ont gagn� deux m�dailles d�or aux Jeux en 1928</p><p>et en 1932, et ont contribu� ensuite � la formation de l��cole de patinage am�-</p><p>ricaine, qui devait, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, donner une impulsion nouvelle au patinage.</p><p>La grande �toile de cette �cole</p><p>am�ricaine fut Dick Button. Celui-ci devint champion olympique � l��ge de dix-huit ans � Saint-Moritz en 1948 et renouvela son succ�s quatre ans plus tard, ayant conquis par ailleurs cinq titres de champion du monde avant de rejoindre un c�l�bre � show sur glace �.</p><p>Tr�s adroit technicien, il pr�sentait un �tourdissant programme de � libres �, men� � un rythme �chevel� et avec un grand nombre de sauts, g�n�ralement doubl�s et dont le patineur parvenait � maintenir la dur�e gr�ce � une d�tente d�athl�te. Depuis Button, tous les patineurs travaillent leur � �l�vation �.</p><p>Le patinage de vitesse</p><p>Il serait plus exact de parler ici de patinage de course, car il n�y a qu�une seule �preuve classique de vitesse pure, le 500 m�tres. Cette forme de patinage est l�h�riti�re, codifi�e sous une forme sportive emprunt�e � la course � pied l��t�, des randonn�es sur les lacs gel�s et les fleuves nordiques ou sur</p><p>les canaux de Hollande. Mais, comme pour l�athl�tisme, les concours ont lieu dans l�enceinte d�un stade, lequel, en Scandinavie, est souvent bivalent. Les pistes homologu�es ont 400 m, avec des couloirs larges de 6 m. Les concurrents courent par deux (paires), contre la montre, en changeant de couloir � chaque tour, celui de l�ext�rieur ayant la priorit� en cas de rencontre ; les paires sont tir�es au sort.</p><p>Les comp�titions officielles comportent pour les hommes les 500, 1 500, 5 000 et 10 000 m�tres, et pour les dames les 500, 1 000, 1 500 et 3 000 m�tres. Aux championnats du monde, qui se d�roulent chaque ann�e, le titre est attribu� au total des quatre courses qui se tiennent sur deux jours : les temps sont transform�s en points, puis le chiffre obtenu est divis� en autant de fois que la distance courue est multiple de 500. Aux jeux Olympiques, en revanche, chaque course donne lieu � un classement et � l�attribution de m�dailles.</p><p>Le patinage de vitesse n�cessite l�utilisation de patins con�us pour la course et dont la lame peut atteindre la dimension de 50 cm tout en �tant plus �troite que la lame de patinage artistique ; les chaussures sont en cuir souple.</p><p>La technique n�a pas la complexit� du patinage artistique. On distingue trois pas : la foul�e en ligne droite, les crois�s pour les courbes et les pas courus au moment qui suit le d�part.</p><p>Le buste bien pench� en avant, le patineur, v�tu d�un collant, se propulse en poussant alternativement, sans effort apparent, d�un patin sur l�autre. L�originalit� du patinage de vitesse est un �tonnant �quilibre entre la souplesse et la force (les concurrents sont d�ailleurs capables de courir les quatre distances), et les grands champions, outre leurs qualit�s athl�tiques, se distinguent par ce que les experts appellent le toucher de la glace.</p><p>downloadModeText.vue.download 380 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10335</p><p>Le plus extraordinaire champion de notre �poque est le N�erlandais Ard Schenk, qui, aux jeux Olympiques de Sapporo en 1972, remporta trois m�dailles d�or (les 1 500, 5 000 et 10 000 m�tres). Poss�dant un exceptionnel �quilibre malgr� sa haute taille (1,90 m) et son poids (90 kg), il repr�-</p><p>sentait parfaitement l�athl�te complet qu�est le patineur moderne. Les records �tablis en patinage de vitesse ne sauraient avoir la m�me rigueur que ceux d�athl�tisme, tant la qualit� de la glace est diff�rente d�une piste � l�autre.</p><p>Le hockey sur glace</p><p>De tout temps, on a jou� avec des b�-</p><p>tons, dont une extr�mit� �tait plus ou moins recourb�e, en poussant une balle sur la neige ou sur la glace, mais le hockey a �t� invent� au Canada et codifi� sous sa forme sportive � la fin du si�cle dernier. Du Canada, il s�est r�pandu aux �tats-Unis, puis en Europe. Son succ�s ne s�est jamais d�menti.</p><p>Le hockey se joue sur une patinoire o� est trac� un rectangle dont la longueur varie de 56 � 61 m et la largeur de 26 � 30 m ; la piste doit �tre entour�e d�une � bande �, balustrade en bois ou, plus g�n�ralement, en Plexiglas, d�une hauteur sup�rieure � 1 m et dont les angles sont arrondis.</p><p>Les buts, ou � cages �, sont plac�s en avant de la balustrade (� 3 m environ).</p><p>Chaque but mesure 1,22 m de hauteur et 1,83 m de largeur. Le jeu consiste, entre deux �quipes de six joueurs (un gardien de but, deux d�fenseurs, un centre, deux attaquants), � pousser ou � lancer � l�aide d�une crosse un palet (ou puck) dans la cage adverse. Le palet est une rondelle en caoutchouc tr�s dur de 7,62 cm de diam�tre et de 2,54 cm d��paisseur ; seul le gardien de but a le droit de le saisir avec les mains.</p><p>Une �quipe comprend au total</p><p>quinze joueurs : les joueurs en action sur le terrain peuvent �tre remplac�s au cours de la partie. Un match se d�compose en trois p�riodes de vingt minutes</p><p>� arr�ts de jeu d�duits �, s�par�es par des � tiers temps � de dix minutes.</p><p>Les r�gles du jeu sont tr�s pr�cises.</p><p>Elles �tablissent en particulier les</p><p>droits des joueurs de l�une ou de l�autre �quipe, selon qu�ils se trouvent dans telle ou telle zone : la zone de d�fense, la zone neutre et la zone d�attaque, chaque zone �tant d�limit�e par une ligne.</p><p>Le hockey sur glace se pratique</p><p>sur un terrain relativement �troit o� les joueurs �voluent � pleine vitesse.</p><p>Ce sport de contact a des r�glements originaux, particuli�rement en ce qui concerne la vari�t� des p�nalit�s selon les infractions commises.</p><p>Ces infractions entra�nent l�exclusion du joueur fautif suivant un bar�me de � peines �, qui vont de deux minutes pour faute mineure (charge incorrecte, dissimulation du palet, accrochage d�un adversaire avec la crosse ou le genou, etc.) � cinq minutes pour faute grave (charger le gardien avec la crosse, duret� excessive provoquant une blessure, etc.). Dans ces deux cas, le joueur exclus, qui rejoint sur la touche un endroit d�termin� que l�on appelle famili�rement prison, n�est pas remplac�. Plus graves sont les p�nalit�s de � m�conduite � pour grossi�ret� envers l�arbitre ou faits de violence sur un joueur (dix minutes de suspension) et surtout la p�nalit� de match (renvoi d�finitif au vestiaire) pour r�cidive ou blessure intentionnelle. L��quipe a cependant alors la possibilit� de remplacer le joueur sanctionn� au bout de cinq � dix minutes.</p><p>Pour pratiquer un sport aussi rude, les joueurs rev�tent un �quipement sp�cial de protection : gants renforc�s, jambi�res, maillots rembourr�s, casque, un masque de cuir pour le gardien. Quant aux patins, ils sont diff�-</p><p>rents : la lame est sur�lev�e au talon, et la partie en contact avec la glace est �troite, plate ; les carres sont moins marqu�es que pour le patinage de figures.</p><p>Sport de contact, d�intense virilit� en m�me temps que d�adresse et de mobilit� sur la glace, le hockey est un des spectacles sportifs qui rencontrent le plus de succ�s. En � lib�rant � les r�glements pour accentuer ce caract�re spectaculaire, c�est-�-dire en admettant un subtil dosage pour savoir jusqu�o�</p><p>la violence ne peut pas � aller trop loin �, l�Am�rique du Nord a favoris� la cr�ation d�un hockey professionnel florissant.</p><p>Aussi bien chez les professionnels que chez les amateurs, les Canadiens ont �t� longtemps les ma�tres exclusifs du hockey sur glace. � l�occasion des jeux Olympiques, ils n�envoyaient souvent que des �quipes de club, qui remport�rent la m�daille d�or (� l�exception des Jeux de 1936, o� la victoire revint � la Grande-Bretagne, mais la plupart des joueurs britanniques �taient des Canadiens qui b�n�ficiaient de la double nationalit�) jusqu�au coup de tonnerre de Cortina d�Ampezzo (en 1956), o� les Sovi�tiques, qui participaient pour la premi�re fois aux jeux Olympiques d�hiver, les d�tr�n�rent.</p><p>Depuis, le Canada ne prend plus gu�re les Jeux au s�rieux, esp�rant sans doute les voir ouverts aussi aux professionnels, ce qui est peu probable. Depuis 1952, le Canada n�a plus gagn� le tournoi olympique et a m�me renonc� � se d�placer apr�s 1968.</p><p>Le bobsleigh</p><p>Le bobsleigh est un engin tr�s perfectionn� sur le plan technique, mais qui, � l�origine, a �t� imagin� � partir d�un attelage de luges : il est dot� d�une direction m�canique et de freins.</p><p>Les � bobs � utilis�s actuellement en comp�tition peuvent �tre consid�r�s comme des prototypes, sp�cialement fabriqu�s pour les champions et qui poss�dent tous les perfectionnements (avant car�n�, construction en alliages l�gers, etc.) pour atteindre des vitesses extr�mes sur des pistes sp�cialement pr�par�es, rev�tues de glace et dont les virages sont relev�s. De tels appareils sont �videmment tr�s co�teux, et cela freine l�essor du bobsleigh qui, depuis 1924, figure cependant au programme des jeux Olympiques.</p><p>Le bob a deux paires de patins, dont la premi�re peut �tre dirig�e au moyen d�un volant, et un syst�me de freinage, � savoir deux puissants crampons de m�tal plac�s � l�arri�re et actionn�s par le dernier �quipier.</p><p>� partir de 1952, aux jeux Olympiques d�Oslo, o� l�on s��tait aper�u que la victoire d�pendait pour une grande part du poids des bobeurs, une r�glementation a �t� d�finie afin de limiter la charge possible d�un engin.</p><p>Pour le � bob � deux � (ou boblet), le poids de l�engin est limit� � 165 kg et celui de l��quipage � 210 kg ; pour le</p><p>� bob � quatre �, le poids est limit� � 230 kg pour l�engin et 400 kg pour l��quipage. Les comp�titions se d�-</p><p>roulent en plusieurs manches.</p><p>Le bobsleigh est un sport tr�s pratiqu� en Italie, en Allemagne de l�Ouest et en Suisse.</p><p>La luge</p><p>Issue d�un moyen de transport de marchandises, puis d�un jeu auquel s�adonnent les enfants, la luge est devenue un engin favorable aux comp�titions sportives depuis l�invention de la luge flexible par un Autrichien, Martin Tietze, et les premiers championnats du monde eurent lieu en Pologne en 1958. La luge fut admise aux jeux Olympiques de 1964 ; elle est sans doute appel�e � supplanter le bobsleigh.</p><p>La luge sportive est plus longue, plus large, plus lourde et beaucoup plus maniable que la luge classique, du fait que les patins ne sont plus ridiges, mais peuvent �tre d�plac�s avec le pied ind�pendamment l�un de l�autre.</p><p>Les comp�titions de luge, qui sont ouvertes aux femmes, se d�roulent sur un engin monoplace ou biplace. Les pistes de luge (glac�es) doivent �tre homologu�es pour les concours d�un certain niveau. Les concours se disputent en deux ou quatre manches.</p><p>Le curling</p><p>Les activit�s sportives ou de loisir sur la glace sont innombrables. Il est un jeu, cependant, dont la popularit� va croissante, le curling.</p><p>Il se joue g�n�ralement sur une piste de glace de 42 m de long. Il s�agit de faire glisser une �norme pierre munie d�une poign�e qui se d�monte en direc-</p><p>tion d�un but constitu� par un cercle.</p><p>La pierre doit peser au maximum</p><p>19,95 kg, et le cercle, dont le centre est marqu� par une quille (dolly), a un rayon de 1,83 m. Les pierres (stones) ont deux faces (d�o� la poign�e d�montable) : une face pour la glace normale et une autre pour la glace lourde (keen side).</p><p>Les �quipes sont compos�es de</p><p>quatre personnes chacune, dont un capitaine (skip), qui poss�de de nombreux privil�ges, dont celui d�avoir acc�s � la � maison � (c�est-�-dire le cercle constituant la cible) ; chaque joueur dispose de deux pierres. Le calcul des points est d�termin� par le nombre de pierres qui se trouvent le plus pr�s du but.</p><p>Les joueurs disposent en outre d�un balai qui leur sert � polir la glace, en cours de jeu, devant la pierre, afin d�en faciliter le glissement et de l�orienter �ventuellement (sans toucher la pierre bien entendu) ; cette manoeuvre doit �tre obligatoirement command�e par le capitaine, qui, d�ailleurs, est le seul � avoir le droit de relayer ses co�quipiers dans cet exercice � partir d�une certaine ligne, dite � de balayage � (sweeping-line). Il s�agit d�une manoeuvre d�licate en raison de l�effet qui est donn� � la pierre au moment de l�impulsion, car la ligne directe n�est pas le meilleur moyen d�atteindre le but, comme on pourrait le croire, et tout l�art du jeu tient dans sa d�nomination m�me (to curl signifie � boucler �, � friser �).</p><p>downloadModeText.vue.download 381 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10336</p><p>Ce jeu, parti de Grande-Bretagne, a conquis la Suisse, qui en fait d�ailleurs un de ses arguments aupr�s de la client�le de sports d�hiver, et il commence � se d�velopper en France.</p><p>M. C.</p><p>S. Lang, le Ski et outres sports d�hiver (Larousse, 1967).</p><p>squelette</p><p>Ensemble des �l�ments cellulaires, tissulaires ou organiques assurant aux organismes animaux un appareil de soutien n�cessaire au maintien de leur forme et � l�insertion de l�appareil locomoteur.</p><p>Le squelette a, dans le r�gne animal, une morphologie, une origine embryonnaire et une structure tr�s variables d�un embranchement � l�autre, si bien que la seule d�finition g�n�rale qu�on puisse en donner est d�ordre fonctionnel.</p><p>Le squelette des</p><p>Invert�br�s</p><p>Hydrosquelette ou</p><p>squelette hydrostatique</p><p>Bien des esp�ces animales d�pourvues de tissu squelettique dur n�en conservent pas moins une forme</p><p>g�n�rale constante et sont capables de d�placements d�ensemble ou de mouvements. Chez une An�mone de</p><p>mer, par exemple, dont les fibres musculaires circulaires ou longitudinales peuvent uniquement assurer la contraction de l�animal et l��limination par la bouche du liquide de la cavit� gastrique, le retour � la forme normale se fait par rel�chement musculaire ainsi que par le battement actif des flagelles endodermiques, attirant de nouveau l�eau dans la cavit� digestive. Chez les embranchements triploblastiques acoelomates, comme les Vers plats, ou Plathelminthes, c�est le parenchyme interne et le liquide interstitiel, peu compressibles, qui ont ce m�me r�le</p><p>� squelettique � ; la part pr�pond�rante jou�e par l�eau, liquide incompressible, a valu � cette forme de squelette sans parties dures le qualificatif d�� hydrostatique �. Bien entendu, ce squelette hydrostatique, ou hydrosque-lette, existe fonctionnellement dans tous les groupes, qu�il y ait pr�sence concomitante ou non d�un squelette dur. Chez les Ann�lides et chez les animaux triploblastiques coelomates, ce r�le est tenu par les formations coelomiques, d�origine m�sodermique, dont le liquide transmet les contractions des cellules myopith�liales et musculaires, assurant ainsi mouvements et d�placements d�ensemble. Les Mollusques,</p><p>chez lesquels les formations coelomiques sont fortement r�gress�es chez l�adulte, ont un squelette hydrostatique constitu� par l�h�mocoele, formation qui joue le m�me r�le dans certains mouvements des Arthropodes, o� la carapace chitineuse n�intervient pas.</p><p>Signalons, enfin, que ce m�me m�canisme, chez les �chinodermes, met en jeu le syst�me aquif�re, ensemble de cavit�s d�origine coelomique complexe qui assure l�allongement des tubes ambulacraires par contraction des ampoules situ�es � la base rie chacun de ceux-ci.</p><p>Le squelette des Protistes</p><p>La plupart des Protistes sont d�pourvus de squelette, mais la pression osmotique de leur cytoplasme joue � l��chelle de leur organisme cellulaire le m�me r�le que le squelette hydrostatique chez les M�tazoaires. On trouve toutefois des organites rigides, formant squelette interne, chez les Flagell�s et chez les Cili�s ; on leur donne le nom g�n�ral d�axostyles. Leur nature chimique est scl�roprot�ique ou chitineuse (capsule centrale des Radiolaires). D�autres classes, notamment les Foraminif�res*</p><p>et les Actinopodes*, s�cr�tent un test externe plus ou moins complexe, calcaire ou siliceux. Chez les Protophytes �galement, les Diatom�es* s�cr�tent une capsule silicifi�e form�e de deux valves embo�t�es.</p><p>L�exosquelette des Invert�br�s</p><p>On conviendra d�appeler exosquelette le squelette s�cr�t� par l��piderme tant chez les Invert�br�s que chez les Vert�br�s. C�est l� une d�finition embryologique qui rend n�cessaire de rappeler que les animaux se subdivisent en deux grands groupes (v. animal) : celui des diploblastiques, chez lesquels l�oeuf conduit � la constitution de deux feuillets, ectoderme et endoderme, � l�origine de tous les organes de l�adulte, et celui des triploblastiques, o� s�intercale un troisi�me feuillet, le m�soderme. L�endoderme ne fournit jamais de structures squelettiques. � l�exosquelette, d�origine ectodermique, s�oppose l�endosquelette, d�origine m�sodermique.</p><p>Les Cnidaires diploblastiques sont souvent prot�g�s dans une enveloppe de nature chitineuse, le p�risarc, �difi� par l�ectoderme. Chez les Gorgones, l�axe squelettique, apparemment interne et form� d�une prot�ine fibreuse voisine du collag�ne, r�sulte de la s�-</p><p>cr�tion de l��piderme invagin�, si bien que la colonie est en position apparemment superficielle. Les Madr�poraires, parmi lesquels on trouve les �difica-teurs des r�cifs coralliens (v. Coelent�r�s), �difient de m�me un squelette externe, mais pauvre en mati�res organiques et surtout constitu� d�aragonite (carbonate de calcium). Chez les Mollusques, l��piderme du manteau �difie, lui aussi, un squelette externe compos� d�une couche superficielle de substances organiques, doubl�e de deux couches profondes plus �paisses, tr�s riches en calcite ou en aragonite (v. coquille). Une structure analogue se rencontre dans la coquille des Brachiopodes, avec parfois une substitution de phosphate de calcium au carbonate de calcium. Les Arthropodes*, enfin, s�cr�tent une cuticule �pidermique qui enveloppe le corps tout entier, ainsi que les appendices, de portions durcies, ou scl�rites, unies entre elles par des membranes plus souples, permettant les articulations. La cuticule comporte trois couches superpos�es : une �picuticule superficielle, riche en lipoprot�ines imperm�ables, surtout chez les Insectes et les Arachnides ; une exocuticule dure, faite de chitine (polysaccharide complexe) et de scl�-</p><p>roprot�ines ; une endocuticule plus l�che et plus souple, faite surtout de chitine. Chez les Crustac�s, elle peut subir une min�ralisation qui la durcit encore davantage, gr�ce � l�adjonction de carbonate de calcium. Le fait que la carapace des Arthropodes enveloppe ceux-ci de toutes parts rend n�cessaires, pour assurer la croissance, son rejet et la reconstitution d�une carapace plus grande, au cours de mues successives.</p><p>On peut rapprocher de cet exos-</p><p>quelette organique, tout au moins en ce qui concerne sa position et sa fonction principale, qui est de prot�ger l�animal, les tubes que s�cr�tent un certain nombre de Vers ann�lidiens ou de larves d�Insectes en liant par un</p><p>ciment souvent muqueux des particules �trang�res.</p><p>L�endosquelette des Invert�br�s</p><p>Bien que les diploblastiques ne poss�-</p><p>dent pas de m�soderme, il existe entre les deux feuillets une zone anhiste plus ou moins �paisse, la m�sogl�e, qui se peuple secondairement de cellules.</p><p>Certaines d�entre elles, ou scl�roblastes, s�cr�tent des formations squelettiques analogues, voire homologues de l�endosquelette m�sodermique.</p><p>Chez les Spongiaires* sont ainsi �difi�s des spicules, dont la nature chimique est � l�origine de la classification de ces animaux primitifs. On distingue ainsi les �ponges calcaires, les �ponges siliceuses (D�mosponges et Hexactinellides) et, parmi les D�mosponges, les Monoc�ratides, dont le squelette est fait de spongine, prot�ine proche du collag�ne. La plus connue de ces derni�res est celle qui fournit l��ponge de toilette. On trouve �galement un � endosquelette � chez quelques Cnidaires : downloadModeText.vue.download 382 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10337</p><p>les colonies d�Alcyonium ont des spicules calcaires m�sogl�ens, et, chez le Corail rouge, ces spicules sont soud�s par un ciment calcaire. En fait, on ne trouve d�endosquelette vrai parmi les Invert�br�s que chez les �chinodermes*. Le squelette de ces animaux, ou test, est apparemment p�riph�rique, mais il est recouvert par l��piderme et s��difie aux d�pens du m�senchyme dermique sous-jacent.</p><p>Il est, �videmment, tentant de rapprocher, parmi les triploblastiques, l�organisation protostomienne de l�existence d�un exosquelette et l�organisation deut�rostomienne (�chinodermes et Vert�br�s, entre autres) de celle d�un endosquelette d�origine m�sodermique.</p><p>Le squelette des</p><p>Vert�br�s</p><p>L�exosquelette</p><p>Au sens que nous lui avons donn� de</p><p>� production �pidermique �, l�exosquelette des Vert�br�s se limite � l��mail, d�une part, et aux formations k�ratinis�es, d�autre part. L��mail est une formation squelettique tr�s fortement min�ralis�e (jusqu�� 98 p. 100 de sels min�raux), �difi�e par des cellules �pidermiques sp�ciales, les adaman-toblastes, qui restent ext�rieures � la substance squelettique �difi�e. L��mail recouvre les �cailles placo�des des Chondrichthyens, ou Poissons cartilagineux, dont la partie principale est form�e de dentine, ou ivoire, tandis qu�une plaque basale fortement calcifi�e implante l�ensemble dans le tissu conjonctif dermique. L�homologie des �cailles placo�des des S�laciens avec les dents des autres Vert�br�s leur vaut le nom de denticules cutan�s. Il en r�sulte que l��mail qui recouvre les dents* de toutes les classes de Vert�br�s est �galement une production �pidermique exosquelettique. Il existe aussi des lamelles d��mail � la surface des �cailles cosmo�des des Crossopt�rygiens et des �cailles gano�des des Esturgeons et des L�pidost�es.</p><p>Chez les Vert�br�s terrestres, c�est-</p><p>�-dire chez les Amphibiens adultes (apr�s la m�tamorphose) et chez les Amniotes, les cellules �pidermiques subissent un processus de k�ratinisa-tion pouvant conduire dans certains groupes � des formations corn�es, auxquelles il n�est d�ailleurs pas classique de donner le nom d�exosquelette. Ainsi se constituent les �cailles �pidermiques des Reptiles (�galement pr�sentes sur les pattes des Oiseaux et parfois sur les Mammif�res � queue des Rats, �cailles du Pangolin), les corn�oscutes de la carapace des Tortues* ou des Tatous de m�me que les formations corn�es baptis�es griffes, ongles ou sabots, et cornes.</p><p>Les tissus squelettiques</p><p>L�endosquelette, ou squelette au sens usuel de ce mot, est form� de tissus appartenant � l�ensemble des tissus conjonctifs*, caract�ris�s par des cellules s�cr�tant entre elles une substance fondamentale ou interstitielle parcourue de fibres (prot�ines fibreuses) de collag�ne ou d��lastine.</p><p>Un squelette form� de tissu conjonctif pur se rencontre chez les Cyclostomes actuels. D�une fa�on g�n�rale, la substance fondamentale s�impr�gne d�une muco-prot�ine (cartilages) ou de sels min�raux (tissus osseux).</p><p>Les cartilages* r�sultant de la chondrification d�un tissu conjonctif pur sont dits hyalins. Leur croissance est assur�e soit par apposition de zones p�riph�riques nouvelles issues de l�enveloppe conjonctive, ou p�richondre, soit par multiplication des cellules cartilagineuses, ou chondrocytes. Il existe �galement des cartilages fibreux, riches en collag�ne, comme les disques intervert�braux, des cartilages �lastiques, riches en fibres d��lastine, comme le cartilage du pavillon de l�oreille des Mammif�res, et des cartilages calcifi�s, enrichis en sels de calcium, pr�sents notamment dans le squelette des Chondrichthyens. Les tissus osseux correspondent � la min�ralisation plus ou moins pouss�e d�un tissu conjonctif fibreux riche en collag�ne (v. os). L��l�-</p><p>ment essentiel est l�hydroxyapatite, hy-drophosphate de calcium, mais il peut s�y adjoindre des carbonates et des fluorures. L�os comporte des cellules internes, ou ost�ocytes, et des vaisseaux sanguins ; il a un taux de min�ralisation de 60-70 p. 100 en moyenne. Dans les autres tissus osseux, les ost�ocytes restent p�riph�riques ; c�est le cas du tissu ost�o�de des Poissons T�l�ost�ens et de la dentine des �cailles dermiques et des dents. Le taux de min�ralisation est alors plus �lev� (75 p. 100), et la vascularisation, comme dans le cas du cartilage, fait d�faut.</p><p>Histogen�se</p><p>Le tissu conjonctif des Vert�br�s a pour origine des cellules m�senchymateuses de formation g�n�ralement m�-</p><p>sodermique. Il existe toutefois un ectom�senchyme d�origine ectodermique qui, selon certaines th�ories, serait � l�origine de tout ou partie du squelette visc�ral. Le m�senchyme provient soit des somites (scl�rotome), soit du dermatome, ou bien enfin du feuillet externe de la lame lat�rale (soma-topleure), formations toutes d�origine m�sodermique.</p><p>La chondrification du tissu conjonctif se fait par un stade procartilagineux, au cours duquel les cellules conjonctives s�arrondissent et deviennent des chondroblastes. On admet comme</p><p>r�gle, bien que ce ne soit pas certain, que le dermatome ne se chondrifie jamais.</p><p>L�ossification se fait �galement � partir d�un tissu conjonctif, suivant deux modalit�s bien distinctes. Dans le premier cas, l�os se constitue � partir d�une structure cartilagineuse pr�-</p><p>alable : des chondroclastes d�truisent le cartilage pr�-existant, et des ost�oblastes viennent �difier l�os d�finitif.</p><p>On parle dans ce cas d�ossification enchondrale.</p><p>Dans le second cas, l�os se constitue directement � partir d�un tissu conjonctif, sans passer par un stade cartilagineux. � quelques exceptions pr�s, en particulier chez les T�l�ost�ens, seul le tissu conjonctif issu du dermatome, donc en situation sous-�pidermique, peut subir cette ossification, qu�on qualifie pour cette raison de dermique. La position relative des os d�origine enchondrale et des os d�origine dermique fait qu�on les oppose souvent sous les appellations de squelette profond et de squelette superficiel. Il faut, bien entendu, se garder de confondre le squelette superficiel ou dermique, d�origine m�sodermique, avec l�exosquelette downloadModeText.vue.download 383 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10338</p><p>�pidermique (�mail et k�ratine), dont nous avons parl� plus haut.</p><p>L�ontog�nie du squelette des Vert�-</p><p>br�s actuels, qui passe par des stades embryonnaires (tissu conjonctif, cartilage, os enchondral), a fait supposer que la phylog�nie avait emprunt� les m�mes stades. Or, la pal�ontologie montre, au contraire, que, d�une fa�on g�n�rale, les anc�tres fossiles des Vert�br�s actuels �taient davantage ossifi�s, notamment les Ostracodermes par rapport aux Cyclostomes actuels et les Placodermes par rapport aux Chon-</p><p>drichthyens. Il faut donc consid�rer le tissu conjonctif des Cyclostomes et le cartilage des Chondrichthyens comme des tissus embryonnaires conserv�s chez l�adulte (ph�nom�ne de n�ot�nie).</p><p>Croissance du squelette</p><p>Nous avons vu que le cartilage peut cro�tre soit par chondrification de son enveloppe conjonctive, soit par multiplication cellulaire interne (intussus-ception). L�os, tissu bien plus dur, ne peut, �videmment, subir une croissance interne, et son augmentation de taille se fait soit par ossification de son enveloppe conjonctive (tissu p�riostique), soit par le maintien de zones cartilagineuses, dites cartilages de conjugaison, entretenant une ossification enchondrale tout au long de la croissance.</p><p>De plus, l�os subit en permanence des remaniements de structure, discrets et compatibles avec le maintien de la fonction de soutien du corps ; ces remaniements sont particuli�rement visibles dans l�os dit � haversien �, structure dans laquelle les ost�ocytes sont dispos�s en couronne autour d�un canal vasculaire central.</p><p>Les �cailles dermiques</p><p>Bien qu�elles fassent normalement partie de l�endosquelette superficiel, il est habituel de traiter � part les formations diverses qui recouvrent le corps des Vert�br�s aquatiques et auxquelles on donne le nom g�n�ral d��cailles. Il faut bien distinguer ces �cailles, faites de dentine, tissu � osseux �, des �cailles k�ratinis�es, purement �pidermiques, dont nous avons parl� plus haut.</p><p>Les Chondrichthyens poss�dent des �cailles placo�des recouvertes d��mail et homologues des dents des Vert�br�s.</p><p>Cela permet de constater que le qualificatif de cartilagineux qu�on donne � ces Poissons ne concerne que l��tat de leur squelette profond. Crossopt�-</p><p>rygiens et Dipneustes anciens sont recouverts d��cailles cosmo�des �paisses, form�es, de la surface vers la profondeur, de couches d��mail, de dentine, d�os spongieux, puis d�isop�dine profonde lamellaire. Les Actinopt�rygiens primitifs et, dans une certaine mesure, les Polypt�res et les L�pidost�es actuels ont des �cailles gano�des, qui</p><p>diff�rent surtout des pr�c�dentes par la pr�sence d�une couche de gano�ne externe, assez semblable � l��mail, mais stratifi�e. L��caille �lasmo�de mince des T�l�ost�ens est une �caille gano�de dans laquelle seule subsiste une mince couche de gano�ne externe sur une couche d�isop�dine profonde.</p><p>Les C�cilies*, Amphibiens apodes, comportent �galement dans leur r�gion caudale des �cailles dermiques inap-parentes, de type �lasmo�de, qui favorisent leur progression sous terre.</p><p>Les diverses parties du squelette On subdivise le squelette en trois grandes r�gions : le squelette c�phalique, ou cr�ne* ; le squelette axial, ou colonne vert�brale (v. vert�bre) ; le squelette zonal et appendiculaire (ceintures et membres*). Le squelette c�phalique comprend le neurocr�ne dorsal, qui enveloppe l�enc�phale, et le splanchnocr�ne ventral, ou squelette visc�ral, qui soutient les r�gions buccale et pharyngienne. La colonne vert�brale s��difie � partir du scl�rotome, autour de la corde dorsale, baguette m�sodermique constituant l�axe squelettique de l�embryon et qui subsiste plus ou moins chez les Vert�br�s aquatiques. Le squelette appendiculaire soutient les nageoires des Vert�br�s aquatiques et les membres marcheurs des T�trapodes terrestres.</p><p>Nageoires impaires</p><p>Les nageoires impaires � dorsale, caudale et anale � sont soutenues par des �l�ments squelettiques issus du m�senchyme scl�rotomial, cartilagineux ou ossifi�s. Les basaux s�enfoncent entre les deux masses musculaires pari�tales jusqu�au voisinage de la colonne vert�brale et supportent ext�rieurement les radiaux. Chez les Chondrichthyens, le repli membraneux externe de la nageoire est soutenu par des c�ratotriches, articul�s sur les radiaux et form�s d�une scl�roprot�ine.</p><p>Chez les Ost�ichthyens, ou Poissons osseux, les basaux sont remplac�s par les axonostes, cartilagineux ou osseux, et les radiaux par les bas�ostes ; ces derniers sont surmont�s par des rayons ossifi�s appel�s l�pidotriches, car ils proviennent d��cailles transform�es.</p><p>Les c�ratotriches existent dans la nageoire adipeuse de certains T�l�os-t�ens (v. Silure, Truite) et chez les embryons ; les l�pidotriches les refoulent ext�rieurement et les �liminent. La nageoire caudale diff�re des autres nageoires impaires par les connexions squelettiques qui s��tablissent entre les arcs neuraux ou h�maux des vert�bres caudales terminales et les �l�ments de soutien des rayons.</p><p>Nageoires paires</p><p>et ceintures</p><p>Il existe deux paires de nageoires : pectorales, en position postc�phalique, et pelviennes, en position variable suivant les groupes. La portion distale de ces nageoires a la m�me structure que celle des nageoires impaires : les rayons s�appuient sur des radiaux. Chez les Chondrichthyens, ces radiaux sont articul�s sur trois pi�ces basales dans la pectorale, sur deux pi�ces basales dans la pelvienne. Ces pi�ces basales sont elles-m�mes li�es � une ceinture pectorale ou pelvienne cartilagineuse simple. Chez les Poissons osseux Actinopt�rygiens, les radiaux ossifi�s s�appuient directement sur les ceintures ; la ceinture pelvienne est simple, mais la ceinture pectorale se complique par l�adjonction aux os d�origine enchondrale (scapula dorsale, coraco�de ventral) d�os dermiques reliant la ceinture � la partie caudale du cr�ne (cleithrum, postcleithrum, supracleithrum, supra-temporal). Chez les Crossopt�rygiens*</p><p>Rhipidistiens fossiles, enfin, les radiaux ont une disposition qui pr�figure le squelette appendiculaire des Vert�-</p><p>br�s terrestres, que nous allons �tudier maintenant.</p><p>Membres et ceintures</p><p>� l�apparente variabilit� du squelette des nageoires paires, ou ichtyop-t�rygies, des Vert�br�s aquatiques s�oppose l�homog�n�it� du squelette du membre chiridien, apparu chez les premiers T�trapodes issus des Rhipidistiens de la fin de l��re primaire. Le tableau ci-dessous donne la nomenclature classique des �l�ments composant ce squelette, valable des Amphibiens aux Mammif�res.</p><p>Chez les T�trapodes primitifs �</p><p>Amphibiens, nombreux Reptiles �, le stylopode est horizontal et perpendi-downloadModeText.vue.download 384 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10339</p><p>culaire au plan sagittal du corps ; on parle alors de membre � transversal �, tel qu�il appara�t par exemple chez les Crocodiles et les Tortues. Quelques Reptiles secondaires, les Oiseaux et les Mammif�res ont, au contraire, un membre dit � parasagittal �, c�est-�-</p><p>dire avec le stylopode vertical et parall�le au plan de sym�trie du corps. Alors que le membre transversal n�cessite des masses musculaires importantes pour soulever le corps au-dessus du sol et limite les possibilit�s de locomotion, le membre parasagittal permet le soutien du corps avec une d�pense musculaire moindre et autorise des d�placements plus rapides.</p><p>L�anatomie compar�e permet l�in-</p><p>terpr�tation des diverses modifications qui ont conduit de la structure fondamentale du membre chiridien au squelette de l�aile de l�Oiseau ou de la Chauve-Souris, aux r�ductions auto-podiales des adaptations � la course</p><p>� Ruminants, Cheval � ou aux multiplications secondaires (polydactylie et polyphalangie) des palettes natatoires des T�trapodes adapt�s � la vie aquatique � Ichthyosaures, C�tac�s.</p><p>La ceinture pectorale des T�trapodes est surtout faite des deux os enchon-draux (scapula et coraco�de), tandis que les os dermiques r�gressent et disparaissent chez les Reptiles, � l�exception de la clavicule. Chez les Mammif�res actuels, de plus, la scapula est report�e dorsalement et incorpore le coraco�de, qui ne constitue plus alors qu�une apophyse de l�omoplate. Chez les Ongul�s ou les Carnivores d�pourvus de clavicule, l�omoplate reste donc le seul �l�-</p><p>ment osseux de la ceinture pectorale complexe des Actinopt�rygiens.</p><p>La ceinture pelvienne des T�tra-</p><p>podes est annonc�e par celle des Rhipi-</p><p>distiens, form�e d�un os pair triradi�, dont chacune des apophyses correspond � l�ilion, � l�ischion et au pubis du pelvis des Vert�br�s terrestres.</p><p>Alors que la ceinture pectorale n�a pas de connexions avec la colonne vert�-</p><p>brale, l�ilion s�articule sur une vert�bre sacr�e et rend le corps tout entier solidaire des d�placements op�r�s par les membres post�rieurs.</p><p>Colonne vert�brale</p><p>Le squelette axial de l�embryon, ou corde dorsale, sert de maquette � l��dification de la colonne vert�brale, qui se constitue � partir du m�senchyme scl�rotomial, le plus souvent via un stade enchondral. La colonne vert�-</p><p>brale est form�e de vert�bres, �l�ments m�tam�ris�s � cheval sur deux myo-tomes successifs. L�organogen�se de la vert�bre est complexe, faisant intervenir des �bauches arcuales situ�es dorso- et ventrolat�ralement � la corde, qui subsiste ou est remplac�e en tout ou en partie suivant les groupes. Une vert�bre adulte comporte un corps, ou centre, un arc neural dorsal entourant la moelle �pini�re et prolong� dorsalement par une neur�pine, un arc h�mal ventral ouvert dans la r�gion troncale et ferm� dans la r�gion caudale, et un certain nombre d�apophyses, soit pour l�articulation de c�tes, soit pour la connexion de deux vert�bres successives. Les deux faces ant�rieure et post�rieure des vert�bres sont concaves dans la disposition amphicoele (Poissons, Amphibiens, quelques Reptiles) ; le type procoele (majorit� des Reptiles) est concave en avant, convexe en arri�re, et le contraire est vrai du type opisthocoele (cou des Ongul�s) ; enfin, les Mammif�res ont en g�n�ral des vert�bres biplanes. � la similitude des vert�bres des Poissons, identiques de la r�gion postc�phalique � la base de la queue, s�oppose le � r�gionnement �</p><p>des vert�bres des T�trapodes. Dans le cas le plus complexe, on distingue ainsi : les vert�bres cervicales (r�gion du cou), dont les deux premi�res �</p><p>atlas et axis � sont diff�renci�es pour l�articulation avec la r�gion occipitale du cr�ne, et qui ne comportent pas de c�tes ; les vert�bres dorsales, pourvues de c�tes ; les vert�bres lombaires ; les vert�bres sacr�es, qui se soudent en un</p><p>os complet, le sacrum ; enfin les vert�bres caudales. Chez les Anoures, les vert�bres caudales se soudent en une baguette, l�urostyle ; chez l�Homme, elles sont petites et limit�es au coccyx, formant un petit appendice post�rieur au sacrum.</p><p>� l�origine, toutes les vert�bres portent des c�tes, mais, dans les zones cervicale et lombaire, les �bauches avortent et restent soud�es aux vert�bres. Chaque c�te s�articule par deux t�tes sur la vert�bre. L�extr�mit� ventrale est libre ou s�articule sur un sternum, li� par ailleurs � la ceinture pectorale par l�interm�diaire du coraco�de. Le sternum n�existe que chez les T�trapodes ; chez les Oiseaux Cari-nates, il comporte une lame impaire, le br�chet, servant � l�insertion des muscles du vol.</p><p>Cr�ne</p><p>y Le neurocr�ne comporte un squelette enchondral profond � ou chondrocr�ne �, que double, chez tous les Vert�br�s autres que les Chondrichthyens, un ost�ocr�ne dermique complexe. Le chondrocr�ne comporte chez les Poissons cartilagineux quatre r�gions successives : la r�gion ethmo�dienne, autour des organes olfactifs ; la r�gion orbitotemporale, entre les globes oculaires ; la r�gion otique, autour des capsules auditives ; la r�-</p><p>gion occipitale. On distingue les trois premi�res r�gions (ou pal�ocr�ne), pr�sentes chez tous les Vert�br�s, de la r�gion occipitale (ou n�ocr�ne), form�e par incorporation au pal�o-cr�ne d�un nombre variable � de 1</p><p>� 9 � de vert�bres postc�phaliques.</p><p>Les Cyclostomes n�ont pas de n�o-cr�ne ; il y a trois arcs occipitaux chez les S�laciens, neuf chez l�Esturgeon, un chez les Urod�les, cinq chez les Amniotes. L�ossification enchondrale de ce chondrocr�ne est toujours partielle. Elle fournit le sph�nethmo�de dans la r�gion ant�rieure, le basisph�-</p><p>no�de � qui supporte l�hypophyse</p><p>� dans la r�gion orbitotemporale, les os otiques autour de l�oreille interne et les os occipitaux, qui comportent toujours un (Poissons, Reptiles, Oiseaux) ou deux condyles occipitaux (Amphibiens, Mammif�res), assurant l�articulation du cr�ne sur la premi�re</p><p>vert�bre.</p><p>y Le toit dermique, tr�s complexe, recouvre ce neurocr�ne enchondral et fournit les os superficiels : nasal, fron-downloadModeText.vue.download 385 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10340</p><p>tal, pari�tal... L�all�gement de ce toit dermique conduit � des fenestrations, dont les plus classiques concernent les fosses temporales des Amniotes.</p><p>Par rapport au toit dermique complet des Tortues* (type anapside), le type diapside montre deux fosses temporales (sup�rieure et inf�rieure) situ�es en arri�re de l�orbite et s�par�es l�une de l�autre et de l�orbite par des barres osseuses. La disparition de l�une ou l�autre de ces barres conduit aux divers types de fenestrations pr�sents chez les Amniotes. Chez les Mammif�res, par exemple (type synapside), seule la fosse temporale inf�rieure subsiste, mais la barre orbitaire, qui l�isole de l�orbite, peut subsister (Primates) ou dispara�tre (Carnivores), tandis que la barre zygomatique, qui la borde ventralement, subsiste �galement (cas g�n�ral) ou dispara�t (�dent�s, Insectivores).</p><p>y Le splanchnocr�ne, ou squelette visc�ral, est form� chez les Chondrichthyens de cinq paires d�arcs branchiaux post�rieurs pr�c�d�s de l�arc hyo�de et de l�arc mandibulaire.</p><p>Chaque arc branchial est post�rieur � une fente branchiale normale, tandis que l�arc hyo�de est post�rieur � l��vent, ou spiracle. La partie dorsale de l�hyo�de, ou hyomandibulaire, s�articule sur la capsule otique dorsalement et soutient l�arc mandibulaire ventralement. Chez les Poissons osseux, il fournit �galement le point d�appui de l�appareil operculaire, ensemble d�ossifications dermiques recouvrant les fentes branchiales pour ne laisser subsister que l�ou�e post�-</p><p>rieure. Cet ensemble hyobranchial subit des transformations intenses quand on passe des Poissons aux</p><p>T�trapodes ou au cours de la m�tamorphose des Amphibiens. L�hyo-</p><p>mandibulaire, incorpor� dans la por-</p><p>tion endodermique du spiracle qui se transforme en oreille moyenne, devient la columelle, qui transmet � la fen�tre ovale les vibrations du tympan ; le reste de l�arc hyo�de et le premier arc branchial fournissent le squelette de la langue (ancienne musculature hypobranchiale), tandis que les arcs branchiaux post�rieurs deviennent le squelette du larynx et les anneaux cartilagineux de la trach�e.</p><p>Chez les Poissons cartilagineux, l�arc mandibulaire est form� d�une barre dorsale, baptis�e palato-pt�rygo-carr�, et d�une barre ventrale articul�e sur elle, le cartilage de Meckel. Chez les autres Vert�br�s, la barre dorsale s�ossifie en trois ensembles : palatin, pt�rygo�des et os carr�, tandis que seule la portion post�rieure du cartilage de Meckel s�ossifie en articulaire. Il s�ajoute � cet ensemble plusieurs os dermiques, en particulier un pr�maxillaire et un maxillaire porteurs de dents � la m�choire sup�rieure, et un dentaire � la m�choire inf�rieure. Quand on passe des Reptiles aux Mammif�res, on constate que l�articulation mandibulaire ne se fait plus entre articulaire et carr�, mais entre dentaire et squamosal (os du toit dermique). Les deux os en-chondraux reptiliens n�ont pas disparu pour autant ; ils ont rejoint la columelle de l�oreille moyenne des Reptiles et des Oiseaux, et forment avec elle les trois osselets de l�oreille moyenne des Mammif�res : le marteau (articulaire), l�enclume (carr�) et l��trier (columelle). Ce passage d�une fonction de prise de nourriture � articulation mandibulaire � � celle de transmission m�canique des vibrations sonores est un des exemples les plus frappants du principe d�homologie.</p><p>R. B.</p><p>F Cartilage / Conjonctif (tissu) / Cr�ne /</p><p>Membres / Os / T�gument / T�te / Vert�bre.</p><p>C. Devillers, � Squelette �, dans Pr�cis de zoologie (Masson, 1965). / E. J. W. Barrington, Invertebrate Structure and Function (Boston et Londres, 1967). / J. D. Currey, Animal Skeletons (Londres, 1970).</p><p>Sri Lanka</p><p>F CEYLAN.</p><p>Sseu-ma Siang-jou</p><p>En pinyin sima xiangru, po�te chinois de la dynastie des Han ant�rieurs (Chengdu [Tch�eng-tou], Sichuan</p><p>[Sseu-tch�ouan], 179 - 117 av. J.-C.).</p><p>N� dans une famille riche qui lui donne l��ducation soign�e de l��poque, lui enseignant les lettres et l�escrime, il est nomm�, jeune encore, au titre de sa fortune, garde du corps de l�empereur Jingdi (King-ti) des Han � Chang�an (Tch�ang-ngan). L�empereur n�appr�-</p><p>cie pas la po�sie, passe-temps favori de Sima Xiangru, et ce dernier n�aime pas la chasse, occupation principale de la Cour. Il d�cide donc de suivre en province un des fr�res de l�empereur, qui s�est entour� d�une pl�iade de lettr�s et d�artistes. De cette p�riode date la premi�re oeuvre qu�on lui attribue sans faute, le Zixu fu (Tseu-hiu-fou).</p><p>� la mort du prince, Sima Xiangru est oblig� de rentrer dans son pays natal, o� il trouve sa famille ruin�e et dispers�e. Il vit de l�hospitalit� d�un ancien ami devenu pr�fet. C�est alors que se place l��pisode le plus c�l�bre de sa vie, qui d�fraiera la chronique chinoise pendant vingt si�cles. Invit� � un banquet avec le pr�fet par l�un des plus riches notables du pays, il accepte de jouer quelques po�mes � la cithare. Or, la jolie et jeune fille du marchand �cou-tait par l�entreb�illement d�une porte et se laissa �mouvoir par les paroles et la prestance de l��l�gant po�te. Les chansons, d�ailleurs non authentiques, que la post�rit� rapporte � cette soir�e sont pleines d�allusions �rotiques peu d�guis�es. Elles n�expliquent pourtant pas pourquoi la jeune fille s�enfuit la nuit m�me avec l�invit� de son p�re.</p><p>Mais les amants, que leur conduite r�-</p><p>pr�hensible exclut de la soci�t�, m�nent une vie mis�rable. Ils en sont r�duits � ouvrir un d�bit de boisson en face de la maison du p�re. Celui-ci, plein de honte � cette nouvelle, finit par c�der et offre � sa fille une tr�s jolie dot, qui lui permet de vivre sans souci avec le po�te. Quelques ann�es plus tard, l�empereur Wu (Wou) des Han, grand amateur de litt�rature, convoque Sima Xiangru � sa cour. Celui-ci �crit pour lui faire plaisir le Shanglin fu (Chang-</p><p>lin-fou), son oeuvre ma�tresse, qui d�-</p><p>crit la chasse et les plaisirs imp�riaux.</p><p>Nomm� de nouveau gentilhomme de</p><p>la Cour, il obtient la confiance du souverain, qui l�envoie deux fois dans le Sud-Ouest en mission d�licate.</p><p>L�exp�dition charg�e de conqu�-</p><p>rir les r�gions de l�actuel Guizhou (Kouei-tcheou) se trouve en difficult�, et les populations du Sichuan (Sseu-tch�ouan) se plaignent de l�effort qui leur est demand� pour poursuivre les op�rations. Apr�s deux visites, Sima Xiangru conseille � l�empereur de ne pas abandonner la pacification du Sud-Ouest, politique qui sera plus tard suivie. Le rapport r�dig� par le po�te est un trait� � la gloire de la dynastie, assez loin des r�alit�s politiques comme du chef-d�oeuvre litt�raire. Il met bien en valeur les id�es traditionnelles et confucianistes de l�auteur, qui pr�ne que l�empereur se doit de propager la morale et la vertu sur la terre enti�re.</p><p>Accus� d�avoir re�u des pots-de-vin au cours de sa mission, Sima Xiangru d�missionne et se retire � la campagne, o� il meurt entour� du respect g�n�ral.</p><p>Po�te de cour, il est le ma�tre du genre fu (fou), auquel son nom est toujours associ�. Ce genre, qui trouve son origine dans la tradition po�tique du pays de Chu (Tch�ou), patrie du po�te, s�est d�velopp� jusqu�� la dynastie des Han, dont il est l�expression litt�raire parfaite, et ne connut ensuite que des imitateurs. Le Fu de Shanglin, appel� Fu de la Chasse imp�riale, se compose du Fu de Zixu, �crit � la cour de Liang (Leang), et du Fu de Shanglin proprement dit, compos� � la demande de l�empereur Wu. L�ensemble est form� de trois longs discours d�crivant chacun une chasse : celle du roi de Chu (Tch�ou) dans les marais de Yumeng (Yu-mong), celle du roi de Qi (Ts�i) au bord de la mer et celle de l�empereur � Shanglin, pr�s de Chang�an (Tch�ang-ngan). � chaque fois, le po�me s�ouvre sur la description des lieux, souvent imaginaires, avec une grande accumulation d�impressifs et des listes de pierres, de plantes et de b�tes qui constituent de v�ritables lexiques. Puis vient la chasse elle-m�me, qui n�int�-</p><p>resse gu�re le po�te. Celui-ci s�attarde plus volontiers sur les distractions qui l�accompagnent, telles que fes-</p><p>tins, danses et spectacles, d�fil� des chevaux, des chars et des prises, sans oublier les beaut�s du harem imp�rial.</p><p>D. B.-W.</p><p>Y. Hervouet, Un po�te de cour sous les Han : Sseu-Ma Siang-Jou (P. U. F., 1965).</p><p>Sseu-ma Ts�ien</p><p>En pinyin sima qian, historien chinois de la dynastie des Han (dans le Sh&#x103;nxi</p><p>[Chen-si] v. 145 - v. 86 av. J.-C. ?).</p><p>Son p�re occupait le poste de Grand Historien � la capitale Chang�an (Tch�ang-ngan) et sut, tr�s t�t, int�-</p><p>resser son fils aux probl�mes historiques. � vingt ans, le jeune homme entreprend une s�rie de voyages dans les grandes villes m�ridionales. Toute sa vie, il gardera le go�t des voyages et saura s�en servir comme sources d�information. En 107, il succ�de � son p�re dans la charge de Grand Historien. Il est ainsi � m�me de consulter les ouvrages anciens de la biblioth�que imp�riale, ceux du moins qui avaient �chapp� � l�incendie des livres par Qin Shi Huangdi (Ts�in Che Houang-ti). En 104, il commence � r�diger son grand ouvrage, plus tard intitul� Shiji (Che ki) ou M�moires historiques. Mais, pour avoir d�fendu un ami dans la disgr�ce, il est emprisonn� et soumis � la peine infamante de la castration. Il se r�signe � son sort, dit-il, afin de mener � bien l�oeuvre commenc�e. � sa sortie de prison, il est nomm� secr�taire particulier de l�empereur, poste de confiance r�serv� aux eunuques. Le Shiji est termin� en 91. Ensuite, on perd la trace downloadModeText.vue.download 386 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10341</p><p>de l�historien, dont on ignore m�me la date de la mort.</p><p>Le Shiji est le premier ouvrage d�histoire con�u comme tel par un historien, avec des m�thodes et une pens�e r�ellement historiques. L�ouvrage, qui compte cent trente tomes, se divise en cinq parties : 12 benji (pen-ki), ou annales imp�riales ; 10 biao (piao), ou</p><p>tableaux ; 8 shu (chou), ou monographies ; 30 shejia (che-kia), ou annales des grands ; 70 liezhuan (lie-tchouan), ou biographies.</p><p>Ce plan conna�tra une immense pos-t�rit�, puisque la plupart des � Histoires dynastiques chinoises � s�y conforme-ront scrupuleusement. L�esprit novateur de Sima Qian se manifeste dans plusieurs domaines. D�abord, m�me sous l�apparence des annales imp�riales distinctes, Sima Qian arrive � brosser une histoire g�n�rale syst�matique.</p><p>Mais ce sont surtout les monographies et les biographies qui portent la marque de son g�nie et r�v�lent le mieux son sens de l�histoire. Les monographies traitent de sujets qui recouvrent en fait l�histoire �conomique, institutionnelle, religieuse, sociale et culturelle de son �poque. Elles sont intitul�es Rites, Musique, Lois, Calendrier, Astrologues, Sacrifices (feng [fong] et shan</p><p>[chan]), Fleuves et canaux, �conomie.</p><p>Ces monographies d�crivent la Chine � l��poque de Sima Qian, c�est-�-dire au temps du grand empereur Wu (Wou), l�une des �poques les plus riches de l�histoire chinoise. Dans les liezhuan, Sima Qian offre un panorama tr�s vari� et tr�s vivant des divers types sociaux qui ont marqu� son temps. Avec une grande largeur de vue, il pr�sente aussi bien des personnages politiques influents que les marchands ou Confucius. Ses biographies group�es, telles celles des brigands, des rh�toriciennes, des chevaliers errants ou des rebelles, d�couvrent un aspect de la soci�t� g�-</p><p>n�ralement peu explor� des annalistes officiels. C�est dans cette cat�gorie que se placent aussi les monographies sur les peuples voisins, qui constituent une des rares sources anciennes � leur propos. On y trouve les Xiongnu (Hiong-nou), ces terribles cavaliers de la steppe septentrionale, les diverses tribus allog�nes des montagnes du Sud, les peuples de Cor�e... Ce n�est donc pas � tort qu�on a pris l�habitude d�appeler Sima Qian l�� H�rodote de la Chine �, puisque lui aussi s�int�resse principalement aux moeurs et aux croyances des hommes et des peuples. La m�thode de l�historien consiste d�abord � chercher le plus de documents anciens possible.</p><p>Lorsque ces sources divergent, Sima Qian donne souvent les diverses ver-</p><p>sions d�un m�me fait. Pour l�histoire ancienne surtout, son oeuvre est un peu une mosa�que de citations. Pourtant, m�me alors, Sima Qian r�fl�chit aux probl�mes pos�s justement par ces divergences et tient � donner son interpr�tation personnelle. Il faut admirer avec quelle discr�tion, mais aussi avec quelle audace pour l��poque il parle en son nom. � la fin des chapitres, surtout des biographies, un paragraphe qui d�bute par � le grand historien dit �</p><p>annonce l�opinion de l�auteur, qui sait souvent hausser le sujet � des consid�rations d�ordre g�n�ral. Mais c�est surtout pour les �poques r�centes, � savoir la dynastie Qin (Ts�in), le d�but des Han et le r�gne de l�empereur Wu, que la contribution de Sima Qian est essentielle. L�historien fait alors oeuvre personnelle, car il cherche � r�tablir les faits, v�rifie sur place, �coute les t�moins et utilise aussi bien les sources officielles que les sources locales et m�me les on-dit. Sans aucun pr�jug� sur l�origine des sources, il ne n�glige jamais de les pr�ciser. C�est cette pro-bit� intellectuelle, jointe � l��tendue des sujets trait�s, qui rend le Shiji une source d�information de premier ordre.</p><p>Mais le Shiji n�est pas seulement une oeuvre d�historien. Sa grande valeur litt�raire le met au premier rang des oeuvres en prose classique : le Shiji est une des premi�res manifestations du r�alisme dans la litt�rature chinoise.</p><p>Sima Qian d�crit avec vigueur et fougue la situation sociale et morale de ses personnages, qui prennent une vie intense. D�autant plus qu�il ne cache pas ses sympathies pour certains d�entre eux. Plusieurs biographies sont des chefs-d�oeuvre de litt�rature narrative. Sima Qian est surtout habile dans l�art du dialogue, dans la pr�sentation de l�encha�nement des p�rip�-</p><p>ties. La r�bellion de Chen Shi (Tch�en Che) contre les Qin, la lutte de Xiang Yu (Siang Yu) et de Liu Bang (Lieou Pang) pour le tr�ne sont des �pop�es pleines de passion et d��motion. La mort tragique de Xiang Yu a fait pleurer des g�n�rations de lecteurs.</p><p>Le style de Sima Qian restera toujours le mod�le inaccessible des prosateurs : simplicit�, noblesse, vigueur et puissance d��vocation, telles sont les qualit�s principales que les r�formateurs des si�cles post�rieurs, tels</p><p>Han Yu* ou Ouyang Xiu (Ngeou-yang Sieou*) chercheront � retrouver. Quant aux th�mes et aux histoires racont�es dans le Shiji, on les retrouvera dans les romans, dans les oeuvres des philosophes et des politiciens ainsi que dans les pi�ces de th��tre des si�cles suivants.</p><p>D. B.-W.</p><p>Se-ma Ts�ien, les M�moires historiques (trad. et notes de E. Chavannes) [Leroux, 1895-1905 ; nouv. �d., A. Maisonneuve, 1967 ; 6 vol.].</p><p>/ B. Watson, Ssu-ma Ch�ien, Great Historian of China (New York, 1958).</p><p>Sseu-tch�ouan</p><p>En pinyin SICHUAN, province de Chine ; 569 000 km 2.</p><p>Le milieu</p><p>Cette province est la plus peupl�e (70 millions d�habitants) des provinces chinoises, sans doute, aussi, la plus fortement individualis�e. Elle a une forte originalit� physique, form�e essentiellement d�un bassin aux sols rouges (le</p><p>� Bassin rouge �), � peu pr�s compl�-</p><p>tement ferm� par des montagnes et b�-</p><p>n�ficiant de ce fait d�un climat d�abri.</p><p>Ainsi isol�e, elle a pu �tre, de 1937 � 1945, le r�duit du gouvernement nationaliste chinois face aux Japonais.</p><p>Elle a une forte originalit� humaine : sa paysannerie, gaie et haute en couleurs, dispers�e en grosses fermes � colombages, a mis au point une remarquable agriculture, qui a fait de la province une des plus prosp�res de Chine :</p><p>� Tout ce qui pousse en Chine pousse au Sichuan. �</p><p>Le Sichuan est �lev� : dans le</p><p>relief de la Chine orientale, il est un des �l�ments du gradin occidental.</p><p>Le Bassin rouge se tient entre 300 m au sud et 700 m au nord, mais son cadre montagneux est constitu� de hautes cha�nes : � l�ouest, les Alpes du Sichuan (7 590 m au Minya Konka, que pr�c�dent des avant-monts) ; au nord, les Dabashan (Ta-pa-chan) et les Micangshan (Mi-ts�ang-chan), qui d�passent 3 000 m ; au sud, le rebord des hauts plateaux du Yunnan (Yunnan) et du Guizhou (Kouei-tcheou) ;</p><p>� l�est, enfin, les montagnes calcaires des Wushan (Wou-chan), qui isolent le Bassin rouge des plaines du Yangzijiang (Yang-tseu-kiang) et que le grand fleuve traverse en gorges. Le Bassin rouge lui-m�me n�est pas une plaine, mais un ensemble confus de collines, aux sommets arrondis ou m�me plats, plus basses � l�ouest et au sud, plus �le-v�es au nord et � l�est, s�par�es par des vall�es, notamment les vall�es, presque parall�les et orient�es nord-sud, du Minjiang (Min-kiang), du Tuojiang (T�o-kiang), du Fujiang (Fou-kiang) et du Jialingjiang (Kia-ling-kiang), affluents du Yangzijiang (Yang-tseu-kiang) [le mot Sichuan, signifie d�ailleurs � Pays des Quatre Rivi�res �].</p><p>Les d�nivellations sont faibles, et les vall�es se r�tr�cissent et s�encaissent � l�aval ; le Min a construit la seule plaine, celle de Chengdu (Tch�eng-tou), o� les alluvions atteignent 70 m d��paisseur.</p><p>Les collines du Bassin rouge ont �t� ainsi d�coup�es dans un ensemble �pais d�argiles, de schistes et surtout de gr�s rouges, subhorizontaux ou l�g�rement pliss�s, cr�tac�s et �o-c�nes, qui reposent sur des calcaires primaires fortement pliss�s ; les calcaires affleurent dans certaines vall�es occidentales profondes et forment le cadre montagneux. Les gr�s rouges du Sichuan sont semblables � ceux de toute la Chine m�ridionale, mais ils sont tendres. Les rivi�res, � la suite d�un soul�vement d�ensemble r�cent, y ont d�coup� des tables gr�seuses (� l�ouest et au centre) ou d�mantel� des plis sans provoquer autre chose que des esquisses de cr�tes. Sur ces terrains se sont form�s des sols argileux, riches en fer (rouges), mais aussi en calcium et d�une grande valeur agronomique.</p><p>Le Bassin rouge doit � son encadrement montagneux un climat particulier.</p><p>Les Qinlingshan (Ts�in-ling-chan), les Micangshan (Mi-ts�ang-chan) et les Dabashan (Ta-pa-chan) l�abritent du vent du nord en hiver. L�hiver est sec et doux : � Chongqing (Tch�ong-k�ing), la moyenne de temp�rature de janvier est de 8,2 �C, soit 5,5 �C de plus qu�� Shanghai (Chang-hai) ; la neige est rare ; le gel est court et mod�r� ; la saison v�g�tative dure 11 mois et, m�me,</p><p>� l�est, 350 jours. D�autre part, les cha�nes du Yunnan (Yun-nan) occidental abritent en �t� le Bassin quelque peu de la mousson du sud ; le mois d�ao�t, en particulier, accuse � peine 100 mm de pluies � Chongqing, moins encore � Chengdu. Annuellement Chongqing ne re�oit que 1 060 mm de pluies, et Chengdu que 940 mm, cependant que des pr�cipitations �normes (parfois neigeuses) tombent sur les sommets.</p><p>Le Sichuan est donc assez sec. Cette s�cheresse toute relative et qui est masqu�e par une extr�me n�bulosit� n�em-p�che pas une tr�s belle v�g�tation toujours verte (cypr�s, th�iers, bambous).</p><p>Mais partout et surtout dans la r�-</p><p>gion de Chengdu, les pluies d��t� sont insuffisantes pour la culture du riz.</p><p>La mise en valeur</p><p>Cependant que les Alpes du Sichuan sont peupl�es de Tib�tains, dans le downloadModeText.vue.download 387 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10342</p><p>Bassin rouge les paysans hans ont am�-</p><p>nag� un des paysages agricoles les plus �tonnants qui soient. Sur 400 000 km 2, on ne trouve plus une seule v�ritable for�t, pas de villages, mais des hameaux ou des maisons isol�es (grosses fermes aux b�timents de brique ou de pis� aux poutres apparentes, dispos�es autour d�une cour).</p><p>Les collines ont �t� am�nag�es en terrasses, dont on compte jusqu�� cinquante niveaux : ainsi, exceptionnellement en Chine m�ridionale, les pentes sont-elles cultiv�es. Les talwegs sont en rizi�res (le riz, sem� � la fin de mars en p�pini�res expos�es au midi, est repiqu� � la fin d�avril ; il est irrigu� gr�ce � des r�servoirs situ�s en amont et donne de bonnes r�coltes). Les basses pentes portent des rizi�res en terrasses, irrigu�es en �t� par gravit� et cultiv�es en bl� durant l�hiver (de novembre � mars). Les hautes pentes portent des champs � double r�colte : patates, ma�s ou l�gumes en �t�, bl� ou l�gumes en hiver. Des boqueteaux couronnent les sommets gr�seux :</p><p>orangers, m�riers arborescents, th�iers, pins. Dans les zones basses, le riz peut c�der la place � la canne � sucre ou au coton, et le bl� au colza, au tabac ou � l�arachide. M�riers et th�iers des sommets font du Sichuan le troisi�me producteur de soie en Chine (autour de Nanchong [Nan-tch�ong] et de Santai</p><p>[San-t�ai] notamment) et un important producteur de th�, assez m�diocre d�ailleurs et export� vers le Tibet ; sur ces m�mes sommets, la cueillette d�herbes m�dicinales est une ressource non n�gligeable.</p><p>La plaine de Chengdu, constitu�e d�alluvions lacustres tr�s fertiles, b�-</p><p>n�ficie, sur 200 000 ha, du plus ancien r�seau d�irrigation de Chine. Le r�le de cet am�nagement est multiple. L�utilisation de l�eau de fonte de la neige des sommets au printemps (le Min prend sa source dans les Alpes du Sichuan � plus de 5 000 m d�altitude) permet d�assurer les semailles et le repiquage avant l�arriv�e de la mousson. L�utilisation des hautes eaux d��t� (�poque o� le Min a 800 m de large) pallie l�insuffisance des pluies dans la plaine (quand elle ne parvient pas aux rizi�res par gravit�, l�eau est �lev�e par des norias). La protection, en aval, de la plaine contre l�inondation est assur�e, puisque les canaux sont endigu�s. La fertilisation des terres est permise gr�ce aux alluvions, tr�s abondantes, cur�es dans les canaux. Gr�ce � cet am�nagement, la plaine de Chengdu est d�une grande fertilit�. La culture du riz donne des rendements de 9 � 10 t/ha ; elle est suivie d�une culture d�engrais vert, puis des cultures d�hiver (bl�, orge, colza, tabac, l�gumes).</p><p>Dans tout le Bassin rouge, l��levage des porcs est tr�s d�velopp�, Chengdu �tant traditionnellement le grand march�.</p><p>Le Sichuan ne manque pas de res-</p><p>sources industrielles. Le sel est exploit�, de tr�s longue date, en puits profonds, d�o� il est extrait par des tubes de bambou. Le charbon est produit pr�s de Chongqing, � Taifu (T�ai-fou) et surtout � l�ouest (anthracite et charbon bitumineux). Le Sichuan est riche en gaz naturel, et du p�trole a �t� d�couvert pr�s de Nanchong, sur le Jia-</p><p>lingjiang (Kia-ling-kiang). Un grand barrage hydro-�lectrique a �t� achev� � Zipingpou (Tseu-p�ing-p�eou). Dans ces conditions, l�industrie, implant�e sous forme artisanale (armement) en 1938 lors de la guerre contre les Japonais, a pu se d�velopper, surtout � Chongqing et � Chengdu : raffineries de sucre, industrie du coton et de la soie, aci�rie et machines-outils, appareils de pr�cision.</p><p>Le gros handicap du Sichuan �tait son isolement. Le Yangzijiang (Yang-tseu-kiang) est navigable depuis Yibin (Yi-pin), au confluent du Min, mais la navigation est d�licate de Yibin � Wanxian (Wan-hien) et est tr�s difficile de Wanxian � Yichang (Yi-tch�ang) : elle a �t� rendue plus efficace par l�utilisation de navires de faible tirant d�eau (moins de 2 m) de 5 000 t. Le Sichuan a �t� ouvert par deux voies ferr�es : l�une, vers le nord, de Chongqing et de Chengdu � Baoji (Pao-ki), et, de l�, � Xi�an (Si-ngan) ; l�autre, vers le sud, de Chongqing � Guiyang (Kouei-yang), capitale du Guizhou (Kouei-tchou) et � Liuzhou (Liou-tcheou), sur la voie ferr�e de Hengyang (Hengyang) � Lang Son. Une troisi�me voie a �t� achev�e en 1970 entre Chengdu et Kunming (K�ouen-ming). Une</p><p>route part de Chengdu en direction de Lhassa, au Tibet.</p><p>Le Sichuan compte deux villes</p><p>millionnaires, remarquables l�une et l�autre. Chengdu, la capitale provinciale (1 135 000 hab.), est, en plaine, une vieille et tr�s belle ville fortifi�e, au plan g�om�trique orient� aux quatre points cardinaux, une des plus typiques de la Chine. Chongqing (1 970 000 hab.), plus r�cente, a un site extraordinaire, sur un �peron au confluent du Yangzijiang (Yang-tseu-kiang) et du Jialingjiang (Kia-ling-kiang), l�un et l�autre tr�s encaiss�s.</p><p>Le Bassin rouge du Sichuan est tr�s peupl� (200 hab. en moyenne au km2).</p><p>Compte tenu de son admirable mise en valeur agricole et de ses richesses potentielles, il appara�t, cependant, prosp�re.</p><p>J. D.</p><p>stabilit�</p><p>[en pyrotechnie]</p><p>Qualit� d�un explosif qui ne s�alt�re pas spontan�ment.</p><p>Il faut bien distinguer la stabilit� thermodynamique et la stabilit� chimique. Quand un explosif, gr�ce � un amor�age convenable, explose, il donne naissance � un ensemble de produits dont l��nergie libre (potentiel thermodynamique de Gibbs) est moindre que celle de cet explosif : tout explosif est donc fondamentalement instable du point de vue de la thermodynamique. Mais, comme tous les autres syst�mes chimiques, les explosifs peuvent, � la temp�rature et � la pression ordinaires, soit subsister ind�finiment inalt�r�s, soit subir une d�gradation chimique plus ou moins rapide, et cela en l�absence de toute action ext�rieure. La stabilit� chimique consiste en la permanence de la composition, et, quand on parle d�explosifs stables ou instables, il s�agit de leur stabilit� chimique � la temp�rature ordinaire. Beaucoup de compos�s explosifs, comme l�acide picrique, le nitrate de monom�thylammonium, sont stables dans ce sens ; mais, � des temp�ratures de 200 �C ou plus, ils se d�-</p><p>composent, cette d�composition thermique se traduisant d�ailleurs par des �quations chimiques tr�s diff�rentes de celle de leur explosion. La stabilit� des explosifs est donc une notion d�ordre pratique, se r�f�rant � leur conservation aux temp�ratures usuelles. Il y a aussi beaucoup d�explosifs stables parmi les m�langes ; en particulier, la poudre noire se conserve ind�finiment, � condition, bien entendu, d��tre sous-traite � l�action de l�air et de l�humidit�.</p><p>Le manque de stabilit� d�une substance explosive a souvent pour effet de transformer celle-ci � la longue en une mati�re m�diocre, pouvant m�me avoir perdu toute propri�t� explosive ; mais, chez un explosif, l�instabilit� peut parfois avoir des cons�quences bien plus graves qu�avec un corps non explosif : il arrive qu�elle engendre dans la substance des corps nouveaux qui constituent une amorce possible de son explosion ; ou bien la d�composition, qui �tait initialement extr�mement lente, peut s�acc�l�rer et devenir telle que la</p><p>chaleur d�gag�e �chauffe notablement la mati�re en un de ses points, la portant � sa temp�rature de d�flagration. Un explosif instable est toujours suspect de possibilit� d�explosion spontan�e, ayant en quelque sorte engendr� son propre amor�age. Des esters nitriques simples, comme le nitrate de m�thyle, ont, semble-t-il, une stabilit� parfaite.</p><p>Il en est probablement de m�me de la nitroglyc�rine rigoureusement pure ; mais, si cette substance, insuffisamment lav�e � la fin de sa fabrication, est rest�e l�g�rement acide ou si elle a �t� fabriqu�e avec de la glyc�rine de qualit� imparfaite, elle est instable et peut exploser spontan�ment apr�s un d�lai de quelques semaines ou de quelques mois. La nitrocellulose, m�me sous la forme la plus pure, que l�on obtient par des traitements prolong�s en eau chaude, n�a pas une stabilit� parfaite.</p><p>Elle subit, d�s la temp�rature ordinaire, une d�nitration tr�s lente, avec mise en libert� d�oxydes d�azote gazeux (NO et NO2 principalement). Ceux-ci peuvent assez bien s��chapper d�une nitrocellulose fibreuse et non tass�e, mais ils sont plus ou moins retenus dans un produit comprim�. C�est pourquoi on incorpore au coton-poudre humide, dans une proportion d�environ 0,1 p. 100, du carbonate de calcium, en poudre fine, pour neutraliser ces oxydes d�azote.</p><p>Dans les poudres sans fum�e, les gaz issus de la d�composition de la nitrocellulose restent emprisonn�s dans la mati�re en raison de sa compacit� et ils en acc�l�rent la d�composition. Aussi a-t-on cherch� � rem�dier � cette action autocatalytique en introduisant dans les poudres des corps, appel�s stabilisants, capables de fixer les oxydes d�azote et ainsi de supprimer les r�actions sur la nitrocellulose de ses propres produits de d�composition. Les premi�res poudres B ne renfermaient pas de stabilisant ; apr�s quelques ann�es, il y eut des cas de d�composition allant presque � l�inflammation spontan�e.</p><p>Vers 1895, on incorpora de 1 � 4 p. 100</p><p>d�alcool amylique, ce qui procura des poudres B stables. Depuis 1910, c�est exclusivement la diph�nylamine, au taux de 1 � 2 p. 100, qui sert de stabilisant dans les poudres B, comme dans presque toutes les autres poudres � simple base ; le m�canisme de son action repose sur la formation de di-ph�nylnitrosamine, puis de mononitro-</p><p>et de dinitrodiph�nylamine. Dans les poudres � double base, c�est la centra-downloadModeText.vue.download 388 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10343</p><p>lite qui, outre son r�le de g�latinisant, sert de stabilisant.</p><p>Pour �valuer le degr� de stabilit� des esters nitriques et des poudres sans fum�e, on a mis au point diverses �preuves dans lesquelles on soumet le produit � une temp�rature � laquelle sa d�composition est assez rapide pour qu�on puisse la mesurer. En France, l��preuve de Vieille, encore utilis�e, consiste � chauffer � 108,5 �C la substance en contact avec une bande de papier impr�gn�e de teinture de tournesol et � noter le temps que met la couleur du papier � virer du bleu au rouge.</p><p>� l��tranger, on emploie souvent l��preuve de Bergmann-Yunck, dans laquelle on chauffe le produit � 132 �C</p><p>pendant deux heures, en retenant les gaz �mis dans de l�eau distill�e.</p><p>L. M.</p><p>F Explosif / Poudre.</p><p>P. V�rola, Chimie et fabrication des explosifs (A. Colin, 1922). / L. Vennin, E. Burlot et H. L�corch�, les Poudres et explosifs (B�ranger, 1932).</p><p>Sta�l (Mme de)</p><p>et le groupe</p><p>de Coppet</p><p>Bien qu�appartenant traditionnellement � la litt�rature, le personnage d�Anne Louise Germaine NECKER, baronne de sta�l-holstein (Paris 1766 - id. 1817) d�borde les cadres �troits o� l�on voudrait l�enfermer.</p><p>La femme</p><p>La plume est pour elle � la fois un moyen et un pis-aller. Par son p�re, Jacques Necker*, l�enfant conna�t surtout la nouvelle puissance de l�argent.</p><p>Necker, commis de banque devenu</p><p>associ� de ses patrons, fait fortune et devient ministre ; en 1777, il est direc-</p><p>teur g�n�ral des Finances du royaume.</p><p>Celle qu�on appelle alors Louise Necker a onze ans : elle entre pr�cocement dans la vie politique et ne se r�signera jamais � l�abandonner, servie et contr�e par l�extraordinaire expansion des affaires fran�aises � travers toute l�Europe ; port�e par les �v�nements, elle ne les vit pas � et cela d�s son plus jeune �ge � comme devant �tre subis et croit toujours pouvoir les infl�-</p><p>chir. � ce jeu, elle risque quelquefois la mort, comme le 3 septembre 1792, et ne cesse jamais de lutter avec les diff�-</p><p>rentes polices, o� elle a cependant des intelligences ; de cette lutte, elle n�est victorieuse qu�au prix de p�rip�ties dignes d�un roman d�espionnage. Mais ses d�faites provisoires, elle les transforme en victoires : lorsque Napol�on l�exile en Suisse, en 1802, elle fait de Coppet, propri�t� de son p�re sur les bords du L�man, le lieu o� se cr�e de toutes pi�ces un esprit europ�en, image qu�elle veut positive des conqu�tes n�gatives de l�Empereur. Elle file � travers les mailles du filet qui se resserre sur Coppet, voyage dans l�Europe en armes, rentre � Paris avec les Alli�s, mais ne survit que de peu � l��poque troubl�e, qui �tait � la fois sa raison de vivre et son chemin de croix.</p><p>Tel est le r�sum� superficiel de cette carri�re exceptionnelle. Le temp�rament intime de cette activiste �claire le personnage de fa�on indirecte : le personnage ou plut�t les personnages qu�elle a r�ussi � imposer, mais qui, adopt�s par ses amis ou ses ennemis, manquent toujours de la coh�rence qui permettrait de figer en caricature ou en h�ro�ne une femme dont le rapport aux autres ne masque presque jamais la souffrance. � commencer par les d�finitions lapidaires de Napol�on � Sainte-H�l�ne : � Folle, coquine, corbeau, tricoteuse de faux bruits � ; la folie n�inqui�te pas trop dans la bouche du potentat d�chu, mais le � corbeau � ? Le personnage de Mme de Sta�l a toujours souffert de ceux qui ont voulu n�en rendre qu�une image, parce que la coh�rence de cette �trange dame n��tait pas, comme pour la plupart des �crivains qui lui ont succ�d�, dans le romantisme et l�enthousiasme, dans une passivit� n�vrotique, mais dans</p><p>l�action. � d�tailler ses traits de caract�re, on ne peut que d�celer des contradictions d�sagr�ables, dont la principale fait d�elle une parente de Ren� : besoin de jouer un r�le, fascination se-cr�te de la mort. � Je passe des heures enti�res � me faire � l�id�e de la mort �, �crit-elle � son amie Juliette R�camier en 1811. � Je regrette mon talent peut-</p><p>�tre avec �go�sme, mais enfin je sens tellement en moi des puissances sup�-</p><p>rieures qui n�ont pas �t� d�velopp�es que leur destruction m�afflige. � Ces contradictions se retrouvent partout : dans l�ordre politique, o�, appartenant � la nouvelle aristocratie d�argent, elle prot�ge et ambitionne de figurer dans l�ancienne, h�r�ditaire ; dans l�ordre social, o�, ayant sa place toute naturelle d�� ambitieuse � salon �, h�rit�e d�une �lite qu�imitait sa m�re, elle cherche � se faire la situation des hommes, � �crire, � parler, � intriguer comme eux, se servant d�eux quand ceux-ci, tels Benjamin Constant ou August Schlegel, Joseph Bonaparte ou Bernadotte, veulent bien s�y pr�ter (m�me en litt�rature, ses romans ne pourront faire d�elle une Mme Cottin ou une Mme de Genlis ; encore moins voudrait-elle jouer aupr�s de l�Empereur le r�le que joua Mme de Kr�dener aupr�s d�Alexandre Ier) ; dans l�ordre moral, o� son d�sir de renverser les pr�jug�s � la recherche du bonheur se heurte � un esprit de famille autoritaire, qu�elle �tend � toute sa � client�le � ; dans l�ordre religieux, o�, form�e par sa m�re � un calvinisme rigoureux, dont l�esprit anime son combat politique, elle donne dans le mysticisme vague jusqu�� faire de F�nelon une de ses lectures pr�f�r�es. Le type de ces contradictions est si �vident qu�il apparaissait m�me aux lectrices du temps. � J�ai remarqu�, dit l�une d�elles, qu�il n�y downloadModeText.vue.download 389 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10344</p><p>avait que deux esp�ces de femmes qui se fussent mont� la t�te sur Corinne, les femmes qui se croient � sentiment et qui prennent de l�enthousiasme et la bizarrerie pour du romanesque, et celles qui, se croyant elles-m�mes hors de</p><p>la ligne commune, imaginent qu�elles ressemblent � Corinne � (Almanach des dames pour l�an 1808). Rien de mieux : Germaine de Sta�l serait une femme � sentiment qui se croirait hors de la ligne commune, chose qui ne nous �tonne plus gu�re � pr�sent ; mais le sentiment y est entach� de th��tre, de repr�sentation, et le � g�nie � est secr�-</p><p>tement nourri par une douceur et une bonhomie que Lavater avait d�cel�es sur le buste du p�re.</p><p>Les amours de Germaine sont</p><p>frapp�es au m�me sceau : le noble Narbonne-Lara, le Su�dois Ribbing, Benjamin Constant � peine sorti de sa petite cour allemande, le fils du pr�-</p><p>fet du L�man, l�Irlandais O�Donnell, le jeune John Rocca retour d�Espagne.</p><p>Ce cosmopolitisme sexuel recouvre un d�sir de dominer qui subit toujours la loi de son vainqueur, jusqu�� cet officier de vingt-cinq ans qui d�cide de l��pouser et y parvient � la veille de la mort de la dame.</p><p>Une expression</p><p>au second degr�</p><p>Un tel sujet est �crivain : Mme de Sta�l subit, en �crivant, les �changes de sa volont� de se repr�senter et de son d�sir d��tre aim�e, dialectique romanesque qu�on retrouve n�cessairement dans ses deux romans principaux, Delphine (1802) et Corinne (1807).</p><p>Mais ces romans transposent ses d�-</p><p>sirs dans des situations et des lieux � la fois imaginaires et r�els : l�impact des lieux joue chez Mme de Sta�l le r�le que tiendra le temps dans une litt�rature ult�rieure. Le carnet de route de la voyageuse devient indiff�remment roman (Corinne), pamphlet (Dix An-n�es d�exil), th�orie et didactique (De l�Allemagne) ; l�exp�rience et l�observation ne trouvent leur expression que dans le sens ou le destin qui les commandent ; pour Corinne, c�est souvent la m�me chose.</p><p>Cette utilisation de l�observation curieuse et ouverte trouve son assomp-tion naturelle dans la th�orie des caract�res nationaux, qui, aliment�e par l�opposition � Napol�on Ier, culminera dans la pratique du second Empire avec le droit des peuples � disposer d�eux-m�mes. L�origine lointaine est dans</p><p>De l�esprit des lois. � Qu�est-ce que le caract�re national, �crit Mme de Sta�l (De la litt�rature..., I, XVIII), si ce n�est le r�sultat des institutions et des circonstances qui influent sur le bonheur d�un peuple, sur ses int�r�ts et ses habitudes ? � : la filiation est donc �tablie entre Montesquieu, le m�canisme et l�h�donisme de la g�n�ration de 1760</p><p>et les doctrinaires de la monarchie de Juillet, dont le plus s�rieux repr�sentant, Guizot*, a subi l�influence du groupe de Coppet. Il est pourtant clair que le caract�re national n�est d�abord que l�application de concepts abstraits � une mosa�que d�institutions, d�limit�e sur la carte d�Europe par des fronti�res plut�t que par des climats. Or, ce qui sert de centre � ces institutions, c�est le gouvernement, qui, � son tour, se refl�te dans � l��ducation g�n�rale des premi�res classes de la soci�t� � : ainsi se d�finit l�id�ologie de Coppet, fond�e sur un syst�me social pr�r�volutionnaire, la domination des � premi�res classes de la soci�t� �, mais anim�e par le sentiment nouveau de la relativit� des gouvernements et des institutions. L�intellection de cette relativit�, cr�atrice au niveau des principes de politique, s�englue dans la conversation et dans la litt�rature autour d�images contrast�es ; le capiteux fran�ais, l�enlisement allemand, le ciel morne de l�Angleterre sont des clich�s qui auront la vie dure. On peut dire que la plus noble part de l�imagination et des d�penses d�esprit sta�liennes est dans ce va-et-vient incessant entre la r�flexion abstraite sur les principes de gouvernement et les images que l�expression �crite ou parl�e peuvent en donner ; cela suppose une position critique en retrait de l�abstraction et de la vie, une expression au second degr� qui tire son �clat de la confusion des langages, celui de la philosophie politique, celui de la critique litt�raire, celui m�me de la th�ologie et de la d�votion.</p><p>Contradictions</p><p>mondaines et sociales</p><p>Une telle activit� mettait � la fois Mme de Sta�l en marge et au premier plan de l�actualit� dans l�Europe r�volutionnaire et napol�onienne. Elle y �tait aid�e par le caract�re m�me de sa vie,</p><p>qui se partageait en discontinuit�s de situations plut�t qu�elle ne se profilait en �volution ; elle y �tait form�e par les esprits qui l�entouraient dont elle recherchait avidement la liaison.</p><p>D�s son premier apprentissage</p><p>social, Louise Necker conna�t le contraste, classique depuis Louis XIV, entre la Cour, la ville et la province.</p><p>Lorsque son p�re est renvoy�, en 1781, � la suite du Conte bleu, la famille voyage : Coppet, Lausanne, Avignon, Montpellier, Lyon et cette grande banlieue de Paris que l�exil�e conna�tra si bien, jusqu�� faire du s�jour interdit de la capitale une sorte de lieu mythique, autour duquel elle gravite, � plan�te malheureuse �. Au salon parisien de Mme Necker, fr�quent� par Buffon, Grimm et Diderot, donc aliment� par l��lite intellectuelle de la premi�re nation d�Europe, au salon de l�ambassa-drice de Su�de (apr�s le mariage avec le baron de Sta�l-Holstein en 1786), qui s�ouvre d�j� au cosmopolitisme et � l�id�ologie lib�rale, recevant Am�ricains, futurs Girondins et surtout partisans de La Fayette, s�oppose le salon provincial, qu�il faut cr�er de toutes pi�ces sur des rapports sociaux fond�s non plus sur un cosmopolitisme � demeure, mais sur les ramifications de la famille et de la vie locale ainsi que sur les hasards des voyages.</p><p>La R�volution ne fait qu�accuser le contraste. Lieu de rendez-vous des Feuillants, le salon de la rue du Bac est ferm� en 1792 ; Mme de Sta�l erre de Suisse � Londres. Parall�lement � ce changement de sort social, elle passe des bras du fils suppos� de Louis XV</p><p>� ceux d�un r�gicide ; et au moment m�me o� elle se d�pense pour sauver des aristocrates, elle est gagn�e aux id�es �galitaires de J. J. Anckarstr�m, le bel assassin de Gustave III, ma�tre de son mari.</p><p>La m�me figure se reproduit sous le Directoire et le Consulat. Le salon de Paris est rouvert en 1795, puis aussit�t ferm� apr�s le 13-Vend�miaire, sur l�accusation de complot orl�aniste ; de Suisse, Mme de Sta�l revient � l�assaut de Paris, � sept reprises, et ne peut s�y �tablir qu�� partir du 18-Brumaire, mais pour deux ans � peine.</p><p>Les dix ann�es d�exil provoquent une sorte de renversement de la situation : Coppet devient le centre autour duquel Mme de Sta�l fait des voyages d�information, en Italie, en France, en Autriche, cherchant encore � se faire imprimer � Paris, y r�ussissant pour Corinne, y �chouant dans des circonstances dramatiques pour De l�Allemagne en 1810. Mais les premiers revers de Napol�on refont de Paris le but de ses voyages en Su�de, en Russie, en Angleterre ; Mme de Sta�l est pass�e d�une orageuse liaison avec l�homme le plus intelligent de son temps dans les bras d�un bell�tre � dont la parole n��tait pas le langage �.</p><p>Hommes et lieux paraissent donc</p><p>participer de la m�me fa�on au destin, tel que le d�cident d�autre part les contradictions de sa personne, tentant d�sesp�r�ment l�union de la force et de la faiblesse, de la parole et du silence, de l�action et de la r�flexion : Mme de Sta�l ne parle politique et n�en fait que pour avoir le temps d�y r�fl�chir.</p><p>De l�art de</p><p>la conversation</p><p>� la th�orie</p><p>de la litt�rature</p><p>Et, en effet, chez cet �crivain, la parole pr�c�de toujours l��criture ; Mme de Sta�l pr�pare dans les soir�es de Coppet ce qu�elle �crira le lendemain. La conversation est chez elle un besoin qui participe de sa double nature, apprendre et s�imposer simultan�ment ; mais, parall�lement, il serait faux de croire qu�elle ne veuille pas � traduire du silence � ou, plus exactement, se repr�senter par �crit son malheureux d�sir d��tre aim�e, ou seulement d��tre heureuse. Pourtant, les lettres �chang�es avec les correspondants les plus divers montrent assez que la solitude n�est chez elle que la vell�it� d�un autre monde : � Heureuse, trois fois heureuse, celle qui n�a qu�un souvenir dans sa vie ! � Et, en m�me temps :</p><p>� J�aimerai la solitude quand j�aurai fait provision de souvenirs. � C�est-�-</p><p>dire jamais.</p><p>La po�sie, ou ce qu�elle croit telle, et l�enthousiasme prosa�que partagent les premiers �crits de Germaine, d�cou-</p><p>vrant que les ridicules qu�elle se donne dans la soci�t� polic�e de l�Ancien R�gime sont en fait la repr�sentation sc�nique de son � yvresse pour le bel esprit �. Quatre trag�dies en vers et des Lettres sur les �crits et le caract�re de J.-J. Rousseau sont divers moyens de</p><p>� faire effet � les unes par la d�clamation, qui sera toujours son �tude avou�e (Talma venait prendre chez elle des le-</p><p>�ons de naturel), l�autre par la th�se du suicide du philosophe de Gen�ve, th�se d�fendue avec enthousiasme. Voltaire et Rousseau ont recommenc� dans le milieu Necker une carri�re r�volutionnaire qui s�attache seulement � ce qu�ils ont de d�guis�, de voyant, d�ext�rieur, contribuant � cr�er pour la culture r�-</p><p>volutionnaire une sc�ne philosophique qui serve pour les mod�r�s d��cran aux massacres. D�s son premier article, le 16 avril 1791, Mme de Sta�l entonne le th�me g�n�ral de tous les discours de ceux qui s�appelleront par la suite les � Amis de la Libert� � : le courage moral et l��tendue d�esprit qu�il faut downloadModeText.vue.download 390 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10345</p><p>pour �tre mod�r�, courage et �tendue d�esprit dont on peut mesurer le juste degr� dans les R�flexions sur le proc�s de la Reine (1793), dont Germaine demandera � Talleyrand de divulguer l�auteur de bouche � oreille, en Angleterre. Mais la critique litt�raire appelle tout naturellement le roman, dont la baronne esquisse la th�orie (Essai sur les fictions) en m�me temps qu�elle en pr�sente quatre brouillons, entre autres Zulma, dont les h�ros sont des Indiens de l�Or�noque, et Mirza, o� ils sont noirs (1795). L�Essai, traduit par Goethe un an plus tard, pr�sente d�j� la tendance qui la pr�dispose � s�entendre avec l�esprit de Benjamin Constant.</p><p>Les genres litt�raires sont l�expression �crite d�un principe ; le roman est celui du vraisemblable. Et, assur�ment, comment ne pas croire au roman, lorsque, dans la vie m�me, la mort devient vraisemblable, sans cette cr�dibilit� que lui donne le roman ? Constant s�en sou-viendra dans Adolphe. � Je veux mourir � �crit-elle dans sa derni�re lettre � Narbonne �, d�une mani�re qui</p><p>n�effraye pas mes sens ou par la suite forc�e de mon voyage en France, et dans cette disposition je vous pardonne m�me de la vouloir aussi. � C�est le 15 mai 1794 : Mme Necker vient de mourir dans les bras de sa fille. Assur�-</p><p>ment, la vie ne respecte pas le principe de la vraisemblance.</p><p>Benjamin Constant</p><p>ou la dialectique</p><p>de l�actualit� et</p><p>de l�histoire</p><p>C�est donc le sommet de la rencontre avec Benjamin Constant (Lausanne 1767 - Paris 1830). Rencontre de deux esprits plut�t que de deux corps. Lui sort d�une longue crise sentimentale, conjugale, intellectuelle, qui se traduit par la mise au net de son interminable et inachev� De la religion consid�-</p><p>r�e dans sa source, ses formes et ses d�veloppements, o� � il y a du talent comme Montesquieu �. Le dialogue entre eux �l�ve le d�bat sta�lien. Benjamin a fr�quent� les m�mes milieux que Germaine, le salon des Suard � Paris, la soci�t� lausannoise, mais �pisodiquement ; il n�a fait qu�y inscrire furtivement les traits de son caract�re, chiffre peu lisible d�une instance morale au fond de ce qu�il appelle sa � folie int�rieure �. Il s�est form� au discours intime et � la bavarderie d�esprit aupr�s d�une Neuch�teloise d�adoption qui, elle aussi, publie des romans et m�me des op�ras, Mme de Charri�re. Il s�admire dans l�enthousiasme dramatis� que Germaine prend peu � peu de son esprit. Alors commence cette longue collaboration dans des bureaux d��criture souvent voisins, o� l�abstraction des R�actions politiques (1797) de Benjamin r�pond � celle de l�Influence des passions sur le bonheur des individus et des nations de Germaine (1796) ; et l�id�ologie des Suites de la contre-r�volution de 1660</p><p>en Angleterre (1799) de l�un renvoie aux Circonstances actuelles que l�autre ne publiera pas. Entre eux commence donc cette dialectique particuli�re de l�actualit� et de l�histoire, qui sera l�une des lignes de force du groupe de Coppet. En fait, tous ces textes ne sont que l��cume d�une oeuvre plus vaste, qui tente de mettre sur pied la</p><p>Constitution, l�institution sociale et politique susceptible de r�tablir la paix int�rieure : Constitutions de l�an III et de l�an VIII, coups d��tat du 18-Fructidor et du 18-Brumaire. Que la th�orie des principes interm�diaires, dont la fonction est de rendre applicables les principes de morale et de politique, que cette th�orie, critiqu�e par Kant, ait, de m�diations en m�diations, rendu le c�sarisme irr�pressible, c�est peut-</p><p>�tre la le�on toujours refus�e de la grande oeuvre de Benjamin et de Germaine � cette �poque : exprimer dans un langage universel la sauvegarde des int�r�ts particuliers, d�fendus par les garanties des empi�tements de l��tat.</p><p>Ce que Constant �crit l�-dessus est sans doute moins innocent que le tour de passe-passe par lequel Mme de Sta�l pr�tend que la nature ne se r�alise pleinement que dans la soci�t� : la r�flexion de l�autre sur Rousseau, d�non�ant le Souverain comme une forme d�autoritarisme nouvelle, est plus critique.</p><p>Tout se passe comme s�ils s��taient partag� la t�che : � elle de faire une th�orie de la sensibilit� dans les classes gouvernantes ; � lui de rechercher les conditions d�existence de cette �lite.</p><p>Pendant qu�elle �crit De la litt�rature consid�r�e dans ses rapports avec les institutions sociales (1800), il traduit l�Enqu�te sur la justice politique et son influence sur la vertu et le bonheur en g�n�ral de W. Godwin et en tire un manuel �l�mentaire de libert� qu�il ne publiera pas, mais dont on conna�t diff�rents avatars et le premier, De la possibilit� d�un gouvernement r�publicain dans un grand pays, recopi� en 1810. Tout cela doit aboutir � la constitution de ce pouvoir neutre, qui a la parole et par l� m�me l�arbitrage entre l�ex�cutif et le l�gislatif, et qui fait en r�alit� de l��crivain et de l�orateur l�instance supr�me de l��tat. Le Tribunat de la Constitution de l�an VIII est une image affaiblie de ce pouvoir, et Constant, tribun par la gr�ce de Germaine, s�apercevra vite combien il est illusoire. Il fallait s��tre abus� dans le dialogue � plusieurs voix des Amis de la Libert� sur le pouvoir de la parole : on pouvait duper des na�fs ou des corrompus comme les Directeurs ; le c�sarisme ne consid�re les bavards que comme une � vermine � qu�il a sur ses habits, mais il la � secouera �. Il</p><p>attend cependant deux ans, confondant dans sa r�probation les ambitions de Delphinette et de son ami, et celles du nouveau positivisme des id�ologues, qui, se partageant l�Institut, d�coupent downloadModeText.vue.download 391 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10346</p><p>aussi le monde, pr�tendant le r�duire � une s�rie de m�canismes simples.</p><p>Une m�taphysique</p><p>du sentiment</p><p>Si Constant parle, la � femme-philosophe � �crit ou fait �crire. Elle inspire Camille Jordan et son p�re Necker pour se persuader que le ph�nom�ne Bonaparte est contingent ; De la litt�-</p><p>rature comme Delphine (1802) sont la double mise en forme, didactique et romanesque, d�une th�orie avou�e de la perfectibilit�, qui semblait anachronique apr�s les orages de la R�volution. En fait, il s�agissait d�assurer une fois de plus la cr�dibilit� en la noblesse de l�homme, face au m�pris � peine dissimul� o� le tenait le nouveau despotisme. Delphine est victime � la fois de son amour et de sa philosophie ; son histoire est d�di�e � � la France silencieuse � ; et c�est en confondant sciemment les � affections � de son � �me �</p><p>aux � id�es g�n�rales � que Mme de Sta�l pr�tend sauver la philosophie du discr�dit o� elle est tomb�e d�s les premiers pas du Directoire. En sourdine, Constant fait le contrepoint de ce chant trouble et exalt�, d�non�ant l�artifice et le th��tre ch�ri de ses contemporains jusque dans les exc�s de la Terreur ; mais le politique l�emporte sur le philosophe : il se garde de publier.</p><p>Par l�, Mme de Sta�l prend enfin sa place dans le mouvement g�n�ral des id�es europ�ennes. Elle n�est plus la folle d�sax�e qui chante l�enthousiasme � contre-temps : elle trouve une th�orie de l��crivain qui correspond enfin � la d�fense r�elle des libert�s et de l�argent : c�est celle du pathos, de la � m�taphysique du sentiment �, que Bonaparte honore de sa haine et de son d�go�t. Les sentiments et les id�es sont dans un mouvement continu : � Com-</p><p>ment imposer silence aux sentiments qui vivent en nous et ne perdre cependant aucune des id�es que ces sentiments nous ont fait d�couvrir ? Quels seraient les �crits qui pourraient r�sulter de ces continuels efforts ? � Ainsi est proclam� un nouveau rythme de l��criture, l�irr�gularit� de l�abandon naturel, seul moyen de ne pas rendre les id�es exsangues et peu rentables.</p><p>Germaine de Sta�l, si elle pratique encore la tautologie dont on accusait sa conversation quand elle avait vingt ans, le fait maintenant de mani�re � �veiller des �chos : les grondements du sentiment deviennent non seulement cr�dibles, mais h�ro�ques. La v�rit� s�y trouve en germe ; au lecteur de l�y d�celer. L�auteur de Delphine est pr�te � jouer sur les bords du L�man un r�le o� la d�clamation enfin la sert.</p><p>Lorsque, exil�e, elle commence en 1803 ses p�riples europ�ens, d�abord suivie de Constant, pourtant moins menac� qu�elle, elle est d�j� elle-m�me europ�enne. La femme de Schiller lui �crit : � Votre g�nie n�est pas d�une nation [...] j�ose vous compter pour une compatriote, aussi bien que les Anglais ou les Fran�ais. � Pourtant, l�Allemagne lui est encore terre �trang�re.</p><p>La th�orie des sentiments-id�es effraye les esprits de Weimar plut�t qu�elle ne les s�duit. Goethe l�accuse de � plonger �tourdiment au fond de cette sph�re intime, o� le sentiment et la pens�e se cachent �. Une mutation est n�cessaire.</p><p>Elle met cinq ans � se faire, jusqu�au jour o� Mme de Sta�l �crira que � l�analyse, ne pouvant examiner qu�en divisant, s�applique comme le scalpel � la nature morte ; mais c�est un mauvais instrument pour apprendre � conna�tre ce qui est vivant, et si l�on a de la peine � d�finir par des paroles la conception anim�e qui nous repr�sente les objets tout entiers, c�est pr�cis�ment qu�elle tient de plus pr�s � l�essence des choses � (De l�Allemagne, I, II). Mais le respect de la sph�re intime de Goethe, m�me au prix d�un d�saveu formel de l�analyse des id�ologues, n�est encore qu�approximatif : Germaine confond le souffle divin qui fait tout l�homme, l��me, avec la hauteur o� � chaque science approche par quelques points de toutes les autres � ; la v�rit� intime est au niveau d�une logique trans-</p><p>cendante ; � l�air qui vient de cette hauteur � vivifie toutes les pens�es : c�est confondre cr�dibilit� et raison, mais c�est le faire d�un point de vue universel.</p><p>Le groupe de Coppet</p><p>Le groupe de Coppet a rendu cette universalit� possible entre 1805 et 1810.</p><p>August von Schlegel, que Germaine ra-m�ne de Berlin en 1804, apr�s la mort de son p�re, fait parvenir � l�expression fran�aise tout le groupe de jeunes po�tes philosophes r�unis autour de son fr�re Friedrich et dont l�esprit joue sur les ressources intimes de la langue allemande. Tieck, Novalis, Schelling prennent le relais de Jean-Paul et de Kant, connus d�s 1803 par Charles de Villiers. Dans le salon de Coppet, le positivisme rationaliste et m�caniste, antihistoriciste par projet, est submerg� par la revendication nationaliste, qui cherche la v�rit� dans l�irrationnel des origines. C�est ainsi que na�t dans l�esprit de Constant et d�autres amis de Mme de Sta�l form�s � l�analyse, comme Joseph Marie, baron de G�rando, une conception politico-litt�raire tendant � rendre compte de la contradiction ; contre le d�sir d�universalit� et de totalit� uniforme de Napol�on, tendant � r�duire le concret r�gional � l�abstraction de l��tat, Constant imagine une sorte de f�d�ralisme, totalisation en acte d�un faisceau de tendances toujours diverses et o� la diversit� peut s�exprimer librement dans ce qu�elle consid�re comme originel et original : c�est l�id�e qui sera fid�lement transcrite dans l�Esprit de conqu�te au moment du d�clin de Napol�on (1813).</p><p>Cette utopie est v�cue et surtout parl�e � tous les niveaux dans le groupe de Coppet, et d�abord dans les rapports des membres du groupe entre eux : � Je sens avec chagrin, �crit Schlegel � Mme de Sta�l, la distance que mettent entre nous les diff�rences de nationalit� et de penchant � : c�est le premier emploi �crit du mot nationalit� en fran�ais.</p><p>La composition du groupe, qui n�est d�abord qu�un lieu de r�union des opposants de tout poil au r�gime imp�rial, d�c�le la contradiction, dont la r�alit�, d�abord v�cue contre Napol�on et son machiav�lisme, ne tarde pas � �laborer</p><p>sa doctrine. S�il est vrai que l�Empereur r�alise la tendance totalitaire de l��tat bourgeois, Coppet en pr�figure le fonctionnement d�mocratique. �</p><p>une gauche, repr�sent�e par Constant et Simonde de Sismondi, s�oppose une droite, mystique et nationaliste, dont l�armature est philosophique dans un sens directement oppos� � celui que comprenaient Diderot et Condorcet.</p><p>Schelling et Schlegel cherchent � exprimer l�unit� du mouvement dans un id�al qui n�est pas tr�s �loign� de celui de leur ennemi, mais se sert de moyens inverses. Si la religion n�est pour Paris qu�un moyen de r�aliser l�uniformit� politique, elle est pour l�id�alisme objectif le lieu figur� o� viennent se fondre toutes les contradictions. Autour de ce fondement th�orique vacillent des tendances diverses qui appartiennent au folklore de Coppet : Mme de Kr�dener, qui deviendra le Raspoutine femelle d�Alexandre Ier ; Zacharias Werner, auteur visionnaire qui vient cr�er un de ses drames � Coppet ; les pi�tistes de Lausanne et leur mystique du renoncement ; l��glise de Gen�ve avec le pasteur Cellerier ; le qui�tisme catholique, curieusement fourvoy� dans le dogme protestant. Au centre, il y a les � fid�les �, comme Barante*, ceux dont l�esprit animera les � doctrinaires � de la monarchie de Juillet*</p><p>par le canal d�Auguste de Sta�l, fid�le propagandiste de l�esprit sta�lien, malgr� sa mort en 1827. � Sainte Aspasie �</p><p>pour les illumin�s de droite, pion de coll�ge pour les lib�raux de gauche, Mme de Sta�l se donne et se reprend aux uns et aux autres, assurant la coh�sion parl�e de ces alliances monstrueuses dans un langage appliqu� et didactique dont De l�Allemagne est le chef-d�oeuvre. Napol�on ne s�y trompe pas, qui en fait saisir la premi�re �dition en 1810, provoquant ainsi la dissolution du groupe.</p><p>La mise en sc�ne</p><p>de la v�rit�</p><p>En litt�rature, il y a transposition fid�le de la contradiction philosophico-politique, dont Mme de Sta�l inspire le fonctionnement parl�. On ne s��tonnera pas que cette transposition porte sur la th�orie du th��tre et la d�clamation active. Plus qu�Aspasie ou pion du</p><p>coll�ge, Mme de Sta�l est un metteur en sc�ne inlassable : elle d�c�le ainsi l�un des secrets de la nouvelle alliance de la litt�rature et de la d�mocratie bourgeoise, la � repr�sentation � et la r�flexion sur la repr�sentation. L�universalit� classique n�existe plus que dans les conditions les plus ext�rieures de la vie litt�raire, puisque le salon de Coppet n�est plus la soci�t� ferm�e o� s��laborent des chefs-d�oeuvre qui lui sont exclusifs, mais s�ouvre � toutes les �lites dans la mesure o� elles � repr�-</p><p>sentent � des tendances profondes, nationales ou autres. L�id�e de perfection subsiste comme totalisation n�cessaire des jugements esth�tiques, mais elle est le point de concours de r�gles diff�rentes suivant les institutions et les peuples, et souvent oppos�es (Cours de litt�rature dramatique de Schlegel) ; Shakespeare ne passe plus au lit de Procuste de Racine, mais l�un et l�autre concourent � une perfection qui n�est autre que le naturel. On peut y arriver en imitant la nature comme les Allemands, ou comme les Fran�ais � par la beaut� m�me de l�art �. La repr�-</p><p>sentation est alors dans tous les cas un d�voilement : � Un grand acteur met en �vidence les sympt�mes de la v�rit� dans les sentiments et les caract�res, et nous montre les signes certains des penchants et des �motions vrais. �</p><p>La litt�rature est d�clamation dans le sens technique du terme, puisqu�elle fait d�boucher la parole particuli�re de chacun sur l�univers id�al de la communication, o� se forme la v�rit�.</p><p>Les rapports entre la philosophie, la litt�rature et la politique sont, d�ailleurs, �tudi�s par Constant dans son downloadModeText.vue.download 392 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10347</p><p>grand ouvrage sur la religion, qui ne para�tra qu�entre 1824 et 1831, mais qui prendra � Coppet sa premi�re forme, la plus pure, parce qu�elle est le produit d�une r�flexion encore abstraite qui rend compte de contradictions du groupe dans un langage neutre et apparemment impartial. Ayant choisi de projeter sur l��tude d�une forme pass�e de la religion � le polyth�isme m�di-</p><p>terran�en �, le path�tique et l�humanisme qui luttent � Coppet, Constant en fait le lieu d�un drame o� s�explique celui de son esprit, d�veloppant minutieusement les conditions de celui de son temps. Les rapports du sentiment et des corps constitu�s charg�s de l�exprimer mythiquement, de la morale individuelle et de la morale sociale, de la sinc�rit� et de la volont� de faire effet en litt�rature sont en gros les sympt�mes de la crise sur laquelle vit le groupe de Coppet, celui de l��cart entre le langage de l�individu et celui de la soci�t�, en d�pit du dressage qui tend � les unifier. Et c�est de m�me dans une r�flexion sur le pass� que Sismondi, �tudiant les r�publiques italiennes et inspir� par un ouvrage de Necker remontant � 1775 (Essai sur la l�gislation et le commerce des grains), d�couvre les r�percussions sociales et politiques de l�industrialisation, dont les derni�res m�tamorphoses sont masqu�es par la guerre napol�onienne.</p><p>C�est ainsi qu�il deviendra le premier analyste du prol�tariat.</p><p>L�histoire � Coppet est encore un pr�texte � r�flexion sur le pr�sent, dans la tradition voltairienne, mais elle est tout autre chose qu�un programme ; elle est le lieu d�une r�flexion critique o� le pass� est respect� dans la mesure o� il d�c�le les � sympt�mes � d�une v�rit�, de la m�me fa�on que le langage de la litt�rature. La seule diff�rence est que les faits servent de signes ind�formables au langage par lequel on rend compte de leur signification, en m�me temps que de l�ensemble humain sur lequel elle s�enl�ve.</p><p>La foudre napol�onienne, qui disperse les auteurs de ce nouveau langage � sa premi�re apparition, d�signe Mme de Sta�l comme son auteur actif : elle est la seule qui se lance ouvertement dans la bataille. Elle publie Corinne en 1807 ; Constant ne publiera Adolphe, �crit � c�t� d�elle et en m�me temps, qu�en 1816. Encore, cette anecdote n�est-elle que le chef-d�oeuvre d�une nouvelle technique destin�e � repr�senter du nouvel humanisme tout ce que sacrifiait Mme de Sta�l : l�exis en face de la praxis. Peut-�tre Benjamin Constant est-il mandat� pour r�v�ler la tare secr�te de l�activisme sta�lien, la</p><p>tentation du pouvoir, en m�me temps qu�il en donne l�universalit�. C�est dans la mesure o� il a �t� �cart� du pouvoir que le groupe de Coppet a pu �laborer un nouveau langage, devenu hypocrite et ennuyeux d�s qu�il est au service de ceux qui gouvernent : voyez Barante ou Guizot.</p><p>Pourtant, Mme de Sta�l est deve-</p><p>nue une puissance morale sur les d�-</p><p>combres de l�Empire ; elle ne peut que se tourner vers le pass� qui a marqu� sa vie, d�pens�e � en d�clamer les probl�mes et les espoirs. Consid�rations sur la R�volution fran�aise (1816) est son oeuvre la plus jeune, parce qu�elle est celle de son destin, scell� curieusement par sa mort, vingt-huit ans apr�s la prise de la Bastille, l��v�nement qui a provoqu� le retour et l�apoth�ose de son p�re � Paris. Il s�agit d�une transposition historique des � M�moires particuliers � de la fille de Necker ; c�est la derni�re tentative du groupe pour trouver un langage qui rende compte � la fois du particulier et du g�n�ral : et c�est encore par une m�taphore emprunt�e au th��tre que Mme de Sta�l trouve le ton juste : � La R�volution est une des grandes �poques de l�ordre social. Ceux qui la regard�rent comme un �v�nement accidentel n�ont port� leurs regards ni dans le pass� ni dans l�avenir. Ils ont pris les acteurs pour la pi�ce (c�est nous qui soulignons) et, afin de satisfaire leurs passions, ils ont attribu� aux hommes du moment ce que les si�cles avaient pr�par�. � � la diff�-</p><p>rence de celui de Joseph de Maistre, ce th��tre historique se d�signe comme tel et rapproche encore une fois l�activit� politique, philosophique et litt�raire et celle de l�acteur. Le nouvel humanisme de Coppet est ainsi d�nonc� de l�int�-</p><p>rieur par une r�flexion lucide sur son activit� et qui en fait �clater le sens.</p><p>� Aucune �nergie, aucune prudence humaine ne pouvaient ma�triser de tels �v�nements �, �crit Constant, rendant compte du dernier ouvrage de son amie morte. Reste � les ma�triser par le langage pour en faire un objet de connaissance apr�s coup, c�est-�-dire ressentir les contradictions d�une activit� bloqu�e, la com�die de passions honn�tes et nobles, mais qui, elles aussi, �taient dict�es.</p><p>Le groupe de Coppet a �t� l�expres-</p><p>sion la plus s�rieuse, sous l�Empire, du contrecoup de la R�volution sur les esprits et de la mise au jour de ses possibilit�s d�avenir dans une culture europ�enne.</p><p>P. T.</p><p>F Romantisme.</p><p>C. Blennerhassett, Frau von Sta�l, ihre Freunde und ihre Bedeutung in Politik und Literatur (Berlin 1887-1889, 3 vol. ; trad. fr. Mme de Sta�l et son temps, 1766-1817, Westhaus-ser, 1890, 3 vol.). / P. Gautier, Mme de Sta�l et Napol�on (Plon, 1903). / �. Herriot, Mme R�camier et ses amis (Plon-Nourrit, 1905 ; 2 vol.).</p><p>/ G. Rudler, la Jeunesse de Benjamin Constant (A. Colin, 1909). / D. G. Larg, Mme de Sta�l, la vie dans l�oeuvre, 1766-1800 (Champion, 1924) ; Mme de Sta�l, la seconde vie, 1800-1807 (Champion, 1929). / E. W. Schermerhorn, Benjamin Constant (Londres, 1924). / C. Pellegrini, Il Sismondi e la storia delle letterature dell�Europa meridionale (Florence, 1926) ; Mme de Sta�l. Il gruppo cosmopolite di Coppet, l�influenza delle sue idee critiche (Florence, 1938). / J. de Pange, Mme de Sta�l et la d�couverte de l�Allemagne (Malf�re, 1929). / C. Cordie, Benjamin Constant (Milan, 1946) ; Ideali e figure d�Europa (Pise, 1954). / H. Nicolson, Benjamin Constant (New York, 1949). / A. Lang, Une vie d�orages. Germaine de Sta�l (Calmann-L�vy, 1958). / H. Guillemin, Mme de Sta�l, Benjamin Constant et Napol�on (Plon, 1959). / S. Balaye et M. L. Chas-tang, Mme de Sta�l et l�Europe (catalogue de l�exposition � la Biblioth�que nationale, 1966).</p><p>/ P. Bastid, Benjamin Constant et sa doctrine (A. Colin, 1966 ; 2 vol.). / Madame de Sta�l et Benjamin Constant, num�ro sp�cial de la Revue d�histoire litt�raire de la France (1966). /</p><p>Benjamin Constant, num�ro sp�cial de la revue Europe (1968). / G. Poulet, Benjamin Constant par lui-m�me (�d. du Seuil, coll. � Microcosme �, 1968). / G. E. Gwynne, Mme de Sta�l et la R�volution fran�aise (Nizet, 1969). / Actes du Colloque sur Madame de Sta�l et l�Europe, Coppet, 1966 (Klincksieck, 1970). / B. d�Andlau, la Jeunesse de Madame de Sta�l, de 1766 � 1786</p><p>(Droz, Gen�ve, 1971). / H. Guillemin, Madame de Sta�l et Napol�on (le Pavillon, 1971). / B. Ja-sinski, l�Engagement de Benjamin Constant.</p><p>Amour et politique, 1794-1796 (Minard, 1971).</p><p>/ E. Souriau, Madame de Sta�l et Henri Heine (Didier, 1974).</p><p>Sta�l (Nicolas de)</p><p>Peintre fran�ais d�origine russe (Saint-P�tersbourg 1914 - Antibes 1955).</p><p>S�il n�a pas vraiment connu la Russie</p><p>� d�s 1919, il est chass� en Pologne avec sa famille par la r�volution et, en 1922, apr�s la mort de son p�re, puis de sa m�re, il est confi� � un tuteur bruxel-lois �, de Sta�l garde de son origine une profonde attirance pour le monde et la culture slaves, l�art byzantin, la musique, les po�tes.</p><p>Plus qu�au coll�ge et qu�� l�Acad�-</p><p>mie royale des beaux-arts de Bruxelles, il se forme dans ses voyages : aux Pays-Bas, o� il visite les mus�es ; � Paris, o� il d�couvre C�zanne*, Braque* (son admiration pour lui deviendra une forte amiti� � partir de 1944), Matisse* et Soutine* ; en Espagne, o� il est profond�ment impressionn� par V�lasquez* ; en Italie, au Maroc. D�mobilis� en 1940 de la L�gion �trang�re, il s�installe � Nice avec sa compagne, Jeannine Guillou (ils auront une fille, Anne, en 1942), dont il peint plusieurs portraits.</p><p>En 1943, il vient se fixer � Paris, o� il va vivre des ann�es difficiles, mais intenses, qui seront marqu�es par la mort de Jeannine en 1946, par son mariage avec Fran�oise Chapouton en 1947 (ils auront deux gar�ons et une fille) et par de pr�cieuses amiti�s, comme celle du marchand Jacques Dubourg.</p><p>Dans les derni�res ann�es de la</p><p>guerre et dans l�apr�s-guerre �merge une g�n�ration de peintres (Bazaine*, Lapicque, Est�ve, Soulages*, Po-liakoff*...) qui travaillent � ne retenir dans le tableau que les �l�ments constitutifs de la peinture : signe et rythme, mati�re et couleur. C�est � cette �poque que l�oeuvre de Sta�l est indissoluble-ment li�e par son caract�re � existentiel � et aussi par ses alternances abstraites et figuratives. Le d�bat, alors � la mode, entre figuration et abstraction n�est pas fondamental dans sa d�-</p><p>marche, pas plus d�ailleurs qu�aucun d�bat esth�tique ou aucune litt�rature sur la peinture.</p><p>De Sta�l ne cherche pas � justifier la peinture : c�est elle plut�t qui le justifie. Il demande tout � la peinture, pour traduire non le monde, mais le choc qu�il en re�oit. Son in�puisable capacit� d��merveillement devant le</p><p>spectacle du monde, les forces qu�il tire de l�intensit� du v�cu constituent un potentiel qui transforme son travail en une � d�pense grandiose �</p><p>(A. Chastel).</p><p>Lorsqu�il adopte le vocabulaire abstrait en 1942-43, de Sta�l peint des formes dentel�es, des lani�res, des entrelacs dont la nervosit� est progressivement calm�e par la recherche d�harmonies de couleurs subtiles.</p><p>Les effets de mati�re prennent de l�importance, avec des emp�tements qui gardent la trace de l�outil, des �paisseurs superpos�es de couleur (Composition c�ladon, 1948, mus�e des Beaux-Arts de Dijon, donation Granville), pour aboutir � des � compositions � de plages de couleur travaill�es au couteau et � la truelle (Composition, 1949, mus�e national d�Art moderne, Paris), puis � une marque-terie de carreaux et de pav�s (la Ville blanche, 1951, Dijon).</p><p>Avec des titres comme les Toits</p><p>(1952, mus�e national d�Art moderne) et des paysages compos�s de larges bandes de couleur �tal�es � la truelle, de Sta�l amorce un retour aux �l�ments du monde r�el, qui s�affirme avec la s�rie des � footballeurs � de 1952 (plusieurs sont r�unis au mus�e de Dijon), o� des plaques de peinture grasse se juxtaposent dans des dominantes de downloadModeText.vue.download 393 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10348</p><p>rouge, bleu et bleu-vert. En quelques mois, il red�couvre les trois genres : paysage (notamment ceux de Sicile : Agrigente, 1953, Kunsthaus, Zurich), nature morte et figure. La p�te s�all�ge, le traitement se fait de plus en plus large, la peinture devient fluide et parfois transparente.</p><p>Apr�s un nouveau voyage en Italie en 1953, puis un s�jour � New York, il s�installe en 1954 � Antibes, non sans aller revoir l�Espagne et les V�lasquez du Prado.</p><p>L�ann�e 1954 est extr�mement pro-</p><p>lifique : presque trois cents toiles, qui font se succ�der paysages, marines, nus, � palettes �, � ateliers �, natures mortes. Les rouges et les bruns chauds (Coin d�atelier � Antibes, 1954, mus�e des Beaux-Arts de Berne) laissent la place � des bleus et gris nuanc�s dont une composition verticale et �quilibr�e accentue la froideur et la m�lancolie (Bateaux, 1955, collection priv�e, Paris). L�image, plus floue, semble flotter dans le vide, comme dans les Mouettes (1955, collection priv�e, Paris), une des derni�res toiles, qui r�pond aux corbeaux du Champ de bl� peint par Van Gogh � l�heure de son suicide.</p><p>Apr�s avoir ex�cut� deux grandes toiles, calmes malgr� la mont�e de la</p><p>� brume � en lui, sur le th�me de l�orchestre, avec de larges et fluides aplats qui retrouvent l�influence de Matisse (d�j� sensible dans des nus et des collages), Nicolas de Sta�l met brutalement fin � sa vie et, sans l�achever, � une oeuvre qui a m�l�, dans un millier de tableaux peints en une douzaine d�ann�es, la joie et l�inqui�tude, la certitude et la fi�vre.</p><p>Faisant �cho � la parole du po�te et �diteur Pierre Lecuire, qui lui fit illustrer plusieurs livres (� Il y a un fond de meurtre dans cette peinture �), il avait affirm� : � Fond de meurtre.</p><p>Pour chaque grand peintre, cela veut dire aller jusqu�au bout de soi. � L�ami du peintre, Ren� Char*, avec d�autres mots, n�avait pas dit autre chose :</p><p>� Nous n�avons qu�une seule ressource avec la mort : faire de l�art avant elle. �</p><p>F. D.</p><p>A. Tudal, Nicolas de Sta�l (Falaize et G. Fall, 1958). / R. V. Gindertael, Nicolas de Sta�l (Hazan, 1960). / Nicolas de Sta�l, avec des lettres du peintre et un catalogue raisonn� (�d.</p><p>du Temps, 1968). / A. Chastel, Sta�l, l�artiste et l�oeuvre (Maeght, 1972). / G. Dumur, Nicolas de Sta�l (Flammarion, 1975).</p><p>Stahly (Fran�ois)</p><p>Sculpteur fran�ais d�origine italo-allemande (Constance 1911).</p><p>Jusqu�� vingt ans, il habite Winterthur et Zurich, apprenant le m�tier de</p><p>typographe et suivant les cours de la Kunstgewerbeschule. En 1931, il vient � Paris, o� il est l��l�ve de Charles Malfray, et, � l�acad�mie Ranson, rencontre Maillol* et se lie d�amiti� avec �tienne-Martin*.</p><p>Engag� en 1940, naturalis� fran�ais, il vit ensuite en province, notamment � Opp�de, aupr�s de l�architecte Bernard Zehrfuss. Il expose au Salon de mai � partir de 1946. En 1949, il s�installe � Meudon, o� il construit sa maison et son atelier.</p><p>Pierre, bronze, aluminium, acier inoxydable, b�ton... Stahly a utilis� des mat�riaux tr�s divers, mais celui avec lequel il a montr� le plus d�affinit� est le bois, surtout dans ses oeuvres anciennes, dont l�inspiration reste proche de certaines formes biologiques. Stahly est l�un des repr�sentants les plus significatifs du courant non figuratif en sculpture, qui s�est d�velopp� en France parall�lement aux recherches des peintres.</p><p>Mais, tandis qu�Antoine Poncet</p><p>(n� en 1928) reste plus proche des</p><p>� Concr�tions humaines � d�Arp*, qu�Agust�n C�rdenas (n� en 1927) et Alicia Penalba (n�e en 1918) s�inspirent plut�t des germinations et des croissances v�g�tales, lui, sans n�gliger compl�tement ce type d��vocation (V�nus, 1958-1966 ; Arbre m�re, 1961-62), s�est plus souvent laiss� guider par les formes de la racine, proche en cela de son ami �tienne-Martin (Serpent de feu, 1953 ; F�te, 1959-60 ; Combat d�oiseaux, 1960 ; bois, tous trois tir�s en bronze). Autre r�f�rence importante : le lieu sacr� (du type, par exemple, de Stonehenge) ; l�espace est scand� par des formes verticales, � la fois structur�es et myst�rieuses, �voquant des totems ou des sanctuaires sans ic�nes : la For�t de Tacoma (1961-1966), l��t� de la for�t (1964-1966), Palo Alto (1965), la Pyramide (1965-66).</p><p>� ces sculptures, Stahly n�assigne que rarement un environnement naturel (Grande Fleur, � Aspen, Colorado, 1961). Il a, au contraire, le souci de les int�grer dans l�espace urbain, de les faire jouer en opposition avec les lignes orthogonales du verre et du b�ton. En</p><p>1958, il cr�e un atelier collectif � Meudon, centre d��change et de collaboration f�cond. Plut�t que de cultiver dans le secret d�un atelier les raffinements d�une sensibilit�, il a choisi l�ouverture vers la collectivit�, et donc la collaboration avec les architectes.</p><p>Il a voulu, dans des zones n�vralgiques de la cit�, apporter une humanisation, r�server leur place � des pr�occupations qui ne soient pas uniquement financi�res ou fonctionnelles. Le portique (maison de la Radio, Paris, 1962-63), la colonne (Dallas, 1965-1967), le signal (autoroute du Sud, � la sortie de Paris, 1955-1960 ; centre commercial de Hayward, pr�s de San Francisco, 1962-63) et surtout la fontaine (Seattle et Los Angeles, 1962 ; Saint-Gall, 1962-63 ; San Francisco, 1962-65 ; le Point du Jour, � Boulogne, 1964-65 ; parc floral de Vincennes, 1964-65) sont des structures monumentales qui permettent au sculpteur d�utiliser son vocabulaire propre dans le cadre des sch�mas traditionnels.</p><p>Il peut en r�sulter, comme pour la chemin�e du chauffage urbain du front de Seine, � Paris, un effacement tr�s marqu� des moyens d�expression personnelle ou, au contraire, leur affirmation accrue, comme c�est le cas pour les � labyrinthes �, r�alisations qui synth�tisent toutes les pr�occupations de Stahly dans les domaines de la forme, de l�espace, de l��dification d�un lieu privil�gi�. Celui de Paris (nouvelle facult� des sciences de la Halle aux Vins, 1965-66) est malheureusement trop encaiss� dans le cadre architectural. Celui d�Albany (parc du Capitole de l��tat de New York, 1969-1971) est l�oeuvre la plus vaste que l�artiste ait r�alis�e (100 � 50 m) ; avec ses blocs �quarris servant de points forts, ses portiques, ses sculptures-bancs, il s�y pr�cise une orientation, d�j� amorc�e dans les an-n�es pr�c�dentes, vers des formes plus compactes, dispos�es selon une ordonnance stricte, mais a�r�e.</p><p>Il faut signaler �galement une s�rie de tentures murales r�alis�es par Stahly, � partir de 1964, en collaboration avec sa femme Claude, transpositions dans les deux dimensions de certains �l�ments des portiques et de la For�t</p><p>de Tacoma.</p><p>M. E.</p><p>Fran�ois Stahly, catalogue de l�exposition du mus�e des Arts d�coratifs, Paris (Union centrale des arts d�coratifs, 1966). / P. Descargues et F. Stahly, Fran�ois Stahly (la Connaissance, Bruxelles, 1974).</p><p>Staline</p><p>(Joseph [Iossif ]</p><p>Vissarionovitch</p><p>Djougatchvili, dit)</p><p>Homme d��tat sovi�tique (Gori, G�orgie, 1879 - Moscou 1953).</p><p>Jusqu�en 1917</p><p>Son p�re, Vissarion, �tait cordonnier et tr�s pauvre, et sa m�re faisait des lessives chez des employeurs. Les difficult�s financi�res amen�rent Vissarion Djougatchvili � quitter Gori et aller travailler dans une usine de chaussures � Tiflis (Tbilissi), la capitale de la G�orgie. Quant � son fils Joseph, apr�s avoir fr�quent� l��cole orthodoxe de Gori, il fut admis en 1894 au s�minaire orthodoxe de Tbilissi. Comme dans la France de l�Ancien R�gime, entrer au s�minaire �tait pour un jeune homme pauvre la seule fa�on de pouvoir continuer ses �tudes. Joseph resta au s�minaire d�octobre 1894 � mai 1899. Quand il en fut expuls�, il avait vingt ans. On sait peu de choses sur ses �tudes. Il r�gnait une discipline s�v�re au s�minaire, qui �tait un centre de fermentation politique. La G�orgie �tait alors une colonie russe, et il existait un mouvement national d�opposition � la domination de la Russie ; en outre, les id�es r�volutionnaires avaient p�n�-</p><p>tr� le pays. En 1886, le principal du s�minaire avait �t� tu� par un �tudiant exclu, et, en 1893, peu de temps avant l�entr�e de Iossif Vissarionovitch, une gr�ve des s�minaristes avait contraint les autorit�s � fermer quelque temps l��tablissement. Dans une telle atmosph�re, Djougatchvili fit un apprentissage r�volutionnaire plus que religieux. En 1895, il publia dans la revue nationaliste Iberya un po�me patriotique sous la signature de Sosselo (le</p><p>� petit jojo �, car Sosselo �tait le dimi-nutif g�orgien de Sosso, � jojo �). Ses lectures devenaient � subversives � :</p><p>c�est ainsi qu�il fut mis au cachot pour avoir lu les Travailleurs de la mer de Victor Hugo. En 1898, il adh�ra � un cercle clandestin nationaliste, � Messame-Dassi �, le � troisi�me groupe �</p><p>(o� dominaient les id�es socialistes) et il fut charg� d�organiser des cercles d��tudes pour les ouvriers. La m�me ann�e, dans un rapport, le directeur du s�minaire �crivait : � Djougatchvili est g�n�ralement irrespectueux et grossier downloadModeText.vue.download 394 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10349</p><p>envers les autorit�s. � En mai 1899, le jeune homme �tait exclu du s�minaire.</p><p>D�s lors commence pour lui la vie difficile du militant r�volutionnaire.</p><p>Il vit en donnant des le�ons, puis travaille � l�observatoire de Tiflis tout en militant activement et en lisant avec passion les ouvrages socialistes, ceux de Marx en premier lieu. En 1901, il entre dans la clandestinit� : il y vivra, � quelques exceptions pr�s, jusqu�� la r�volution de f�vrier-mars 1917, qui marquera la chute du tsarisme.</p><p>Il participe, en septembre 1901, � la cr�ation d�un journal clandestin r�-</p><p>dig� en g�orgien, Brdzola (la Lutte).</p><p>Il se s�pare alors du groupe nationaliste Messame-Dassi et d�fend, apr�s 1903, les th�ses des bolcheviks dans le parti ouvrier social-d�mocrate de Russie (POSDR). � la fin de l�ann�e, il part pour Batoumi (Batoum), important port industriel � la fronti�re turque.</p><p>C�est l� qu�il prend son premier surnom, Koba (l�Indomptable, nom turc d�un h�ros populaire g�orgien).</p><p>En avril 1902, Koba est arr�t� � Batoumi : c�est sa premi�re arrestation, mais non sa derni�re. Il restera en prison un an, sera condamn� ensuite � trois ans de d�portation en Sib�rie orientale, mais s��vadera en janvier 1904.</p><p>� la suite de la guerre russo-japonaise* et des d�faites russes de l�ann�e 1904, la r�volution gronde en Russie.</p><p>Gr�ves et manifestations ont lieu dans tout l�Empire russe et sont particuli�-</p><p>rement importantes dans les r�gions caucasiennes, o� milite Koba-Djougatchvili. Celui-ci participe m�me � la cr�ation d�une organisation militaire destin�e � pr�parer l�insurrection : la r�volution* de 1905 n�aboutira cependant pas � la chute du tsarisme en raison de la faiblesse du mouvement ouvrier et des incertitudes de la bourgeoisie ; elle ne sera que le pr�lude de la r�volution de 1917.</p><p>Koba, toujours clandestin, prend une part active � la r�volution de 1905. Il est �lu d�l�gu� � la conf�rence nationale du parti bolchevik qui se tient � Tampere (Tammerfors), en Finlande (alors occup�e par les Russes). C��tait sa premi�re sortie hors du Caucase et sa premi�re rencontre avec L�nine. En avril 1906, Koba se rend � Stockholm au IVe Congr�s du POSDR ; son r�le politique est d�j� important. En m�me temps, il participe � la direction de brigades charg�es d�organiser des attentats et des rapts contre les banques et les transports d�argent. Les � expropriations � seront nombreuses dans le Caucase ; la plus importante aura lieu � Tiflis et servira, pour une large part, � alimenter les caisses du parti bolchevik.</p><p>En 1907, Koba se rend � Londres</p><p>pour participer au Ve Congr�s du parti, o� sont condamn�es les expropriations, puis gagne Bakou. Dans ce grand centre p�trolier, son activit� est consid�rable chez les ouvriers du p�trole, o� se c�toient plusieurs nationalit�s : Azerba�djanais, G�orgiens, Arm�niens et Russes. En mars 1908, Djougatchvili est emprisonn� et d�port� ; il s��vade en juin 1909 et reprend sa place � la direction clandestine du comit� de Bakou. Arr�t� de nouveau en mars 1910, il s��vade en f�vrier 1912. Il n�a pas pu participer � la conf�rence de Prague (janv. 1912), au cours de laquelle il est coopt� au Comit� central du parti bolchevik et devient un de ses principaux dirigeants de l�int�rieur. En avril 1912, il est � Saint-P�tersbourg, o� il participe � la cr�ation du journal la Pravda (la V�rit�). C�est en effet lui qui signe le premier �ditorial du nouveau journal. Il est arr�t� une fois encore et d�port� en Sib�rie occidentale, d�o� il s��vade une nouvelle fois...</p><p>En novembre 1912, il est appel� par L�nine � venir travailler aupr�s de lui � Cracovie (alors en territoire autrichien). � la demande de ce dernier, il r�dige plusieurs articles sur les probl�mes nationaux. C�est au bas d�un article sur � le Marxisme et le probl�me national � qu�appara�t pour la premi�re fois la signature Staline (l�Homme d�acier).</p><p>Les surnoms choisis par Djougatchvili sont r�v�lateurs de ses tendances profondes : l�indomptable, l�homme d�acier. Ils indiquent une volont� peu commune en m�me temps qu�une pr�-</p><p>tention indiscutable derri�re une modestie apparente.</p><p>Apr�s avoir �t� � Vienne, Staline rentre � Saint-P�tersbourg, mais est arr�t� huit jours apr�s son retour (f�vr.</p><p>1913). D�port� dans le nord de la Sib�-</p><p>rie, �troitement surveill�, il reste quatre ans dans une r�gion au climat p�nible et �loign�e de toute civilisation. C�est la r�volution* de f�vrier-mars 1917 qui va le lib�rer.</p><p>La mont�e vers</p><p>le pouvoir</p><p>D�s lors, l�histoire de Staline se confond avec celles de la r�volution et de l�Union sovi�tique.</p><p>Le tsar Nicolas II a abdiqu� le 15 (2) mars 1917 devant le succ�s du mouvement r�volutionnaire � Petrograd et son extension en province. Un gouvernement provisoire s�est form�, dirig� par le prince Lvov. La bourgeoisie gouverne, tandis que le soviet de Petrograd est dirig� par les mencheviks.</p><p>C�est le 25 (12) mars 1917 que Staline revient � Petrograd, de retour de d�portation. En l�absence de L�nine �</p><p>encore en Suisse �, il joue un r�le important dans la direction du parti bolchevik, en particulier � la Pravda. Tout en combattant les th�ses de la droite du parti bolchevik � repr�sent�e par Kamenev, favorable au � soutien critique � du gouvernement provisoire et proche des mencheviks �, il critique la gauche du parti, qui, avec Viatches-lav Mikha�lovitch Molotov (n� en</p><p>1890), exige la rupture compl�te avec le gouvernement provisoire, le soviet de Petrograd et les mencheviks.</p><p>Cette attitude centriste de Staline est vivement critiqu�e par L�nine d�s son retour de Suisse le 16 (3) avril.</p><p>L�nine consid�re qu�il faut combattre vigoureusement la politique du gouvernement provisoire, dirig�e par la bourgeoisie et soutenue par le soviet de Petrograd et les mencheviks. La guerre continue, et le gouvernement provisoire se refuse � toute r�forme importante. Apr�s quelque h�sitation, Staline se rallie aux th�ses de L�nine et, au printemps 1917, il est �lu au Comit� central du parti lors de la septi�me conf�rence panrusse, o� il d�fend la r�solution propos�e par L�nine.</p><p>De mai � novembre 1917, il sou-</p><p>tient sans d�faillance L�nine et joue un r�le essentiel dans l�organisation du parti bolchevik, en m�me temps qu�il s�affirme comme un sp�cialiste du probl�me des nationalit�s.</p><p>Quand L�nine redevient clandes-</p><p>tin � la fin de juillet 1917, il dirige le parti ; de nombreux leaders, Kamenev et Trotski, entre autres, sont emprisonn�s. Malgr� la r�pression, l�influence bolchevik se d�veloppe rapidement chez les ouvriers, dans l�arm�e et m�me chez les paysans. Le gouvernement provisoire, dirig� depuis le 6 ao�t (24 juill.) par Kerenski*, se refuse � mettre fin � la guerre et m�contente une opinion de plus en plus sensible au mot d�ordre de paix.</p><p>En septembre 1917, le commandant en chef de l�arm�e, le g�n�ral Kornilov, tente avec la complicit� du gouvernement provisoire un coup d��tat destin� � instaurer une dictature militaire antibolchevik. Les bolcheviks organisent la lutte contre Kornilov et r�ussissent � mettre en �chec le coup d�Etat. En m�me temps, ils deviennent majoritaires aux soviets de Petrograd et de Moscou ainsi que dans un grand nombre de soviets de villes et de r�giments.</p><p>C�est alors que L�nine, toujours dans la clandestinit�, propose la pr�-</p><p>paration d�une insurrection destin�e �</p><p>�liminer le gouvernement provisoire, complice du coup d��tat militaire. Il faudra pr�s d�un mois au Comit� central du parti bolchevik pour se d�cider : ce sera chose faite le 23 (10) octobre 1917. Pendant cette p�riode, Staline est, avec Iakov Mikha�lovitch Sverdlov (1885-1919) et Trotski*, un des plus solides soutiens de L�nine. Il ne joue pas cependant dans la pr�paration de l�insurrection un r�le dominant, du moins pas aussi important qu�il ne le pr�tendra plus tard, mais sans doute plus essentiel que ne le dira Trotski.</p><p>Repr�sentant du parti au comit� r�volutionnaire du soviet de Petrograd et membre du Bureau politique du parti, organisme qui vient d��tre cr�� au sein du Comit� central, il est � Smolny� (quartier g�n�ral de l�insurrection) un des principaux agents d�ex�cution du parti.</p><p>Au lendemain de la r�volution</p><p>d�Octobre, lorsque le Conseil des commissaires du peuple (en fait le gouvernement) est constitu�, Staline est nomm� commissaire aux nationalit�s. Ce poste peut appara�tre comme secondaire. En r�alit�, il est d�licat et important car l�Empire russe �tait avant la R�volution une mosa�que de nationalit�s extr�mement diverses. Le nouveau pouvoir sovi�tique va, d�s le 15 (2) novembre, proclamer les droits des peuples de Russie :</p><p>� 1o �galit� et souverainet� des peuples de Russie ;</p><p>� 2o droit des peuples de Russie de disposer d�eux-m�mes jusqu�� s�paration et constitution d�un �tat ind�pendant ;</p><p>� 3o suppression de tous les privil�ges nationaux ou religieux ;</p><p>� 4o libre d�veloppement des minorit�s nationales et groupes ethniques habitant le territoire russe. �</p><p>Ces principes pos�s, il reste � les appliquer, et ce n�est pas chose facile.</p><p>Les puissances �trang�res utilisent la situation pour renforcer leurs positions dans les anciennes colonies russes. Ici et l�, les nationalistes de droite combattent les bolcheviks, souvent encore tr�s faibles dans certaines r�gions p�ri-ph�riques de l�Est (en Asie moyenne), dans le Caucase et m�me en Finlande.</p><p>Enfin, la guerre civile menace de toutes parts, et l�intervention �trang�re se downloadModeText.vue.download 395 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10350</p><p>poursuit jusqu�en mars 1918 ; le conflit continue avec l�Allemagne, et celle-ci, m�me apr�s la signature du trait� de Brest-Litovsk, poursuit ses op�rations en Ukraine. Apr�s le 11 novembre 1918, Britanniques et Fran�ais relaie-ront Allemands et Turcs.</p><p>Staline, dans la mission qui lui est confi�e, fait preuve de patience et de compr�hension, du moins dans les premi�res ann�es du nouveau r�gime. Sa position personnelle est forte, encore qu�obscure. Un des quatre membres de l�ex�cutif du Comit� central d�si-gn� apr�s la R�volution (avec L�nine, Trotski et Sverdlov), Staline est �galement nomm� repr�sentant du parti bolchevik � l�ex�cutif du Conseil des commissaires du peuple (une sorte de cabinet restreint qui groupe trois bolcheviks, L�nine, Trotski et Staline, et deux socialistes-r�volutionnaires de gauche). C�est dire qu�il est en fait, apr�s L�nine et Trotski, l�un des premiers dirigeants de la Russie sovi�-</p><p>tique. Au moment des discussions fort vives qui opposent entre eux les dirigeants bolcheviks avant la signature de la paix de Brest-Litovsk, L�nine est longtemps mis en minorit�, mais Staline est un de ceux qui le soutiennent.</p><p>La guerre civile, cependant, s��tend et, d�s l��t� de 1918, elle fait rage sur tout le territoire de l�ancien Empire tsariste. Comme tous les dirigeants bolcheviks, Staline se rend alors sur le front. � l�origine, il est charg� d�assurer le ravitaillement en bl� de la capitale, et son quartier g�n�ral se trouve sur la Volga, � Tsaritsyne, la future Stalingrad. En octobre-novembre</p><p>1919, les arm�es blanches, apr�s de violents combats, subissent une d�faite �crasante. Trotski, commissaire du peuple � la Guerre, et Staline se dispu-teront les honneurs de la victoire. Les controverses sur le r�le exact de Staline dans la bataille de Tsaritsyne ne sont pas pr�s d��tre termin�es.</p><p>Rappel� � Moscou avec tous les honneurs de la guerre, Staline repart � plusieurs reprises pour le front en 1919</p><p>contre Denikine, puis en 1920 lors de la campagne de Pologne. D�cor� de l�ordre du Drapeau rouge, il n�a, sans doute, pas la popularit� de Trotski au lendemain de la guerre civile, mais il appara�t dans les cercles dirigeants bolcheviks comme un organisateur efficace et un dirigeant capable. C�est pourquoi L�nine, tout en lui laissant le commissariat du peuple aux nationalit�s, lui confie la direction de l�Inspection ouvri�re et paysanne, un organisme de contr�le important � ses yeux et destin� � lutter contre la bureaucratie.</p><p>Vainqueurs, les bolcheviks se</p><p>trouvent � la direction d�un pays ruin�, apr�s quatre ans de guerre �trang�re et trois ans de guerre civile. Il y a eu au total, de 1914 � 1921, plus de 13 millions de victimes, dont 8 millions au cours de la terrible famine de l�hiver de 1921-22. L�industrie n�existe pratiquement plus, et l�agriculture est tellement m�diocre qu�� peine la moiti� des terres cultiv�es en 1913 sont ensemenc�es en 1921. � l�h�ritage d�j� lourd du tsarisme (avec l�arri�ration culturelle en particulier) s�ajoutent ceux de la guerre. La Russie sovi�tique, d�autre part, reste isol�e. � ses fronti�res, les grandes puissances �tablissent un</p><p>� cordon sanitaire � destin� � contenir le � p�ril bolchevik �. Reconnue seulement en 1924 par la France et la Grande-Bretagne, l�U. R. S. S. ne le sera qu�en 1933 par les �tats-Unis. On ne doit pas perdre de vue tous ces faits quand on �tudie l�activit� de Staline � partir de 1922. Ceux-ci ne justifient rien, mais ils permettent de mieux comprendre.</p><p>Le dirigeant de</p><p>l�U. R. S. S.</p><p>Le 3 avril 1922, apr�s le XIe Congr�s du parti, Staline est �lu secr�taire g�n�-</p><p>ral de celui-ci. C�est un poste relativement nouveau, � l�origine essentiellement administratif. Les circonstances vont lui donner une importance grandissante. En effet, L�nine tombe gravement malade quelque temps apr�s</p><p>et meurt le 21 janvier 1924. Avant d��tre �cart� totalement des affaires par la maladie, il a eu le temps de juger avec s�v�rit� l�action de Staline. Dans des notes r�dig�es en d�cembre 1922, consid�r�es comme son testament, il a critiqu� la conduite de Staline en G�orgie et lui a reproch� de ressusciter le chauvinisme russe et d�utiliser les m�thodes autoritaires des tsars. � Le camarade Staline devenu secr�taire g�n�ral a maintenant un �norme pouvoir entre les mains et je ne suis pas s�r qu�il sache toujours user de ce pouvoir avec assez de prudence. � � Staline est trop brutal �, ajoute-t-il, et il propose de le remplacer au secr�tariat g�n�ral (mais non de le d�mettre) par un � homme plus patient, plus loyal, plus poli [...] �.</p><p>N�anmoins, Staline reste secr�taire g�n�ral, et son autorit� s�affirmera au fil des ans. C�est qu�il sait aller jusqu�au bout de son raisonnement et que le parti bolchevik, compte tenu des n�cessit�s du moment, serre les rangs derri�re lui malgr� l�opposition de nombreux dirigeants. La r�volution, en effet, a �chou� partout ailleurs qu�en Russie, et il semble peu probable qu�elle triomphe de sit�t. La construction du � socialisme dans un seul pays � s�impose d�s lors comme un imp�ratif. Au-del� des querelles personnelles entre les � h�ritiers de L�nine �, Staline, Trotski, Kamenev, Boukharine, Zinoviev, il y a des choix fondamentaux � faire. Staline les fera avec le plus de nettet�, et c�est pourquoi il triomphera. La N. E. P. (la nouvelle politique �conomique), inaugur�e par L�nine, permet, entre 1921 et 1928, de reconstruire le pays pratiquement sans aide �trang�re, les grands pays industriels boycottant l�Union sovi�tique pendant de longues ann�es.</p><p>La construction du socialisme dans un seul pays devient le mot d�ordre du parti bolchevik, d�un parti qui reste faible malgr� sa victoire en raison m�me des conditions dans lesquelles il a triomph�. Staline domine le parti, et le parti domine les soviets et l��tat. La Russie tsariste n�avait ni traditions ni structures d�mocratiques. La guerre civile a oblig� les bolcheviks � r�pondre par la � terreur rouge � � la � terreur</p><p>blanche �. La police politique (la Tch�ka, devenue le Gu�p�ou en 1922) a pris une importance d�mesur�e. Habitu� � la clandestinit�, puis � la guerre, le parti bolchevik est organis� sur les principes du centralisme d�mocratique, mais le centralisme l�emporte vite sur la d�mocratie. La guerre civile a cr�� un � parti unique �, et la Constitution sovi�tique est fond�e sur l�in�galit� �lectorale, puisqu�une voix ouvri�re vaut 25 000 voix paysannes.</p><p>� la fin de 1927, Trotski, Zino-</p><p>viev et Kamenev sont exclus du parti bolchevik, et l�autorit� de Staline est d�sormais consid�rable. Fort des succ�s de la N. E. P., Staline engage alors l�Union sovi�tique sur la voie de l�industrialisation acc�l�r�e. L�U. R. S. S.</p><p>est en effet, en 1929, encore un pays rural pour les quatre cinqui�mes, et la R�volution, apr�s avoir nationalis� les terres, les a distribu�es aux paysans. Afin d�industrialiser vite, il faut utiliser les capitaux d�origine rurale, du fait m�me de l�absence d�investissements �trangers. La collectivisation des terres est donc � la fois une n�-</p><p>cessit� �conomique et une donn�e de principe de l��conomie socialiste. Le drame pour le parti bolchevik et pour l�Union sovi�tique r�sidera dans le fait que tout cela se fera h�tivement et en recourant � des mesures autoritaires.</p><p>La planification permet de concentrer les forces disponibles sur les secteurs d�cisifs de l�industrie lourde, mais cela ne peut se r�aliser qu�au prix d�une mobilisation de toutes les �nergies. En m�me temps, les m�thodes de plus en plus autoritaires de Staline se heurtent � la r�sistance naissante de nombre de communistes. D�une part, l��conomie socialiste fait des progr�s s�rieux � l�industrialisation est une r�alit� en 1939 �, l��volution culturelle est immense et l�analphab�tisme est liquid� chez les gens de moins de quarante ans ; seule l�agriculture pi�-</p><p>tine, en raison des conditions de la collectivisation. D�autre part, Staline, appuy� par la police politique (le Gu�-</p><p>p�ou est devenu le NKVD en 1934), �limine syst�matiquement tous ceux qui critiquent ou pourraient critiquer sa politique. Apr�s le XVIIe Congr�s du parti communiste de l�U. R. S. S., tenu en 1934 et qui a marqu� un coup d�arr�t</p><p>� son autoritarisme, l�assassinat de Sergue� Mironovitch Kirov (1886-1934) en d�cembre 1934 ouvre une �re de terreur que rien ne justifie. Aux proc�s de Moscou sont jug�s et condamn�s de 1936 � 1938 la plupart des dirigeants de la R�volution. Les camps de travail forc� se remplissent de millions de personnes sous le contr�le du NKVD. Le</p><p>� stalinisme* � s�exprime �galement dans le culte du chef, dont les portraits et les statues apparaissent partout.</p><p>Staline vit jusqu�en 1933 au Krem-lin, dont il ne sort gu�re, sinon pour les c�r�monies officielles sur la place Rouge. La plupart de ses compagnons de jeunesse et m�me ses amis de la R�volution disparaissent tragiquement, dont un grand nombre sur son ordre.</p><p>Le pouvoir supr�me accentue le c�t� solitaire de sa personnalit�.</p><p>Tr�s jeune encore, Staline a �pous� Ekaterina Svanidze, qui est morte en 1906 ; leur fils deviendra g�n�ral de l�arm�e rouge. Apr�s la R�volution, il s�est mari� avec une tr�s jeune fille, Nadejda Allilou�eva, qui se suicidera en 1932 dans des circonstances rest�es myst�rieuses, sans doute ulc�r�e par la politique de son mari. Celui-ci fera fusiller deux de ses beaux-fr�res, et quatre belles-soeurs seront d�port�es.</p><p>En 1939 commence la Seconde</p><p>Guerre* mondiale. L�Union sovi�tique reste neutre jusqu�en juin 1941 en vertu du pacte de non-agression avec l�Allemagne hitl�rienne. Les Occidentaux (France et Grande-Bretagne) ont refus� de signer un accord militaire et �conomique face � l�Allemagne hitl�rienne. � Munich, Fran�ais et Bri-downloadModeText.vue.download 396 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10351</p><p>tanniques ont trait� avec Hitler sans consulter l�U. R. S. S., cependant que les �tats-Unis restent neutres jusqu�en d�cembre 1941. Si, du point de vue so-vi�tique, le pacte germano-sovi�tique se justifie � il faut gagner du temps</p><p>�, on comprend mal, en revanche, que Staline et l�Union sovi�tique soient surpris par l�agression hitl�rienne du</p><p>22 juin 1941, car le gouvernement sovi�tique a re�u des informations pr�-</p><p>cises � ce sujet. Avec les difficult�s de 1932-33, dues aux conditions de la collectivisation des terres, les d�faites qui suivent l�invasion allemande seront le plus grand �chec de Staline. Pendant plus d�une semaine, Staline dispara�t m�me de la sc�ne politique. Le 3 juillet 1941, il s�adresse cependant aux Sovi�-</p><p>tiques pour les appeler � la lutte contre les envahisseurs. Pr�sident du Conseil des commissaires du peuple depuis le 6 mai 1941 (il remplace Molotov), il devient pr�sident du Comit� d��tat pour la d�fense, puis commandant en chef de l�arm�e rouge, concentrant ainsi dans ses mains tous les pouvoirs civils et militaires. En octobre 1941, malgr� la menace allemande, il d�cide de rester � Moscou. Le 6 novembre, il prononce un discours � la station de m�tro Ma�akovski et, le 7 novembre �</p><p>les Allemands sont � moins de 100 km de la capitale �, il passe en revue les troupes sur la place Rouge � l�occasion du XXIVe anniversaire de la r�volution d�Octobre.</p><p>Lorsque la Seconde Guerre mondiale se termine, l�U. R. S. S., dont la participation � la victoire sur Hitler a �t� d�-</p><p>cisive, b�n�ficie d�un prestige �norme dans le monde, et Staline, qui la dirige, est au z�nith de sa gloire. Il est difficile de suivre Khrouchtchev quand celui-ci, en 1956, r�v�le que Staline dirigeait les op�rations militaires au moyen d�un simple globe terrestre. Au demeurant, le t�moignage des g�n�raux sovi�-</p><p>tiques le contredit formellement. On ne peut attribuer tous les maux au dirigeant sovi�tique. En v�rit�, Staline est une personnalit� complexe, dont l�action s�exerce dans des conditions historiques difficiles : il est � la fois un dictateur sanglant et le � petit p�re des peuples �. Chacun peut juger son action selon ses crit�res politiques et id�ologiques, mais l�important est de bien conna�tre les conditions g�n�rales dans lesquelles elle s�est exerc�e.</p><p>La victoire de l�U. R. S. S. dans la Seconde Guerre mondiale a �t� obtenue au prix de sacrifices �normes : plus de 20 millions de morts (700 000 rien que pour les victimes civiles de Leningrad) et pr�s de la moiti� du pays d�-</p><p>vast� par les nazis.</p><p>Il faut donc reconstruire le pays, et cela demande du temps et de nouveaux sacrifices. � Yalta en f�vrier 1945, puis � Potsdam du 17 juillet au 2 ao�t, Staline a tent� de trouver un accord pour l�apr�s-guerre avec ses alli�s occidentaux britanniques et am�ricains, mais l�U. R. S. S. ne poss�de alors pas la bombe atomique (la premi�re bombe atomique sovi�tique date de 1949). Sa sup�riorit� sur le plan de l�armement classique est donc contrebalanc�e par son inf�riorit� atomique. Il lui faut d�-</p><p>penser des sommes �normes pour rattraper son retard, ce qui ne peut que retarder son d�veloppement �conomique.</p><p>Les derni�res ann�es de la vie de Staline sont donc marqu�es par les difficult�s de la reconstruction et de la guerre froide. Honor� � l��gal d�un dieu, Djougatchvili-Staline devient de plus en plus soup�onneux. Il �carte les militaires vainqueurs de la guerre, comme Joukov*, et s�appr�te m�me � �liminer ses collaborateurs les plus proches, tandis que les camps de travail forc� accueillent tous ceux qui doutent ou pourraient douter du � g�nie du chef �.</p><p>Depuis pr�s de vingt ans, il vit dans une � datcha � pr�s de Moscou, � Kountsevo, de plus en plus solitaire.</p><p>Il passe l��t� sur les bords de la mer Noire, dans le Caucase. Il ne se montre jamais en public, sinon le 1er mai et le 7 novembre, lors des grands d�fil�s sur la place Rouge.</p><p>Malgr� la guerre froide (marqu�e par le blocus de Berlin et la guerre de Cor�e), l�U. R. S. S. conna�t un d�veloppement industriel et culturel tr�s rapide apr�s 1947. L�industrie spatiale et l�industrie nucl�aire se cr�ent � cette �poque, cependant les biens de consommation ne progressent pas aussi vite, et les difficult�s agricoles sont consid�rables.</p><p>Aux fronti�res de l�U. R. S. S., des �tats socialistes sont n�s au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, mais Staline ne con�oit gu�re ses rapports avec eux sur une base d��galit�. Quand la Yougoslavie de Tito critique sa politique, il la condamne avec violence,</p><p>mais en vain, car Tito se maintient au pouvoir contre Staline.</p><p>� l�Est, la R�volution chinoise a triomph�, et les rapports entre les deux grands �tats communistes sont plut�t bons jusqu�� la mort de Staline.</p><p>Le 1er mars 1953 au soir, Staline re-</p><p>�oit des amis � sa � datcha � de Kountsevo. Ce sont des dirigeants du parti.</p><p>Quelque temps apr�s le d�part � on a beaucoup bu �, dans la nuit du 1er au 2 mars 1953, le dirigeant sovi�tique est frapp� d�une attaque d�h�morragie c�r�brale, dont il meurt le 5 mars 1953</p><p>� 21 h 50. Il a soixante-treize ans.</p><p>Embaum�, son cadavre est plac�</p><p>dans le mausol�e de la place Rouge � Moscou, � c�t� de celui de L�nine, quelques mois apr�s une c�r�monie fun�bre o� des millions de personnes ont pleur� le � p�re des peuples �, le vainqueur de Stalingrad.</p><p>D�s l�ann�e suivante, le nom de Staline commence � dispara�tre des journaux. Devant le XXe Congr�s du parti communiste de l�U. R. S. S., Khrouchtchev*, dans une s�ance � huis clos, critique ce qu�il appellera le � culte de la personnalit� de Staline �.</p><p>En 1961, on d�cide d�enlever du</p><p>mausol�e le cadavre de l�ancien dirigeant et de d�baptiser Stalingrad, qui devient Volgograd ; partout, les bustes de Staline sont cass�s, sauf � Gori, sa ville natale en G�orgie.</p><p>Staline est maintenant enterr�, ainsi que de nombreux autres dirigeants communistes, au pied du mur du Krem-lin sur la place Rouge. Depuis 1970, on peut m�me apercevoir son buste, l� o� reposent ses restes...</p><p>J. E.</p><p>F Communisme / Internationales (les) /</p><p>Khrouchtchev / L�nine / R�volution russe de 1917</p><p>/ Stalinisme / Trotski / U. R. S. S.</p><p>G. Alexandrov, M. Galaktinov et coll., Biographie de Staline (en russe, Moscou, 1944 ; trad. fr., �d. sociales, 1947). / L. D. Trotski, Staline (trad. du russe, Grasset, 1948). / B. D. Wolfe, Three who made a Revolution (New York, 1948 ;</p><p>trad. fr. L�nine, Trotsky, Staline, Calmann-L�vy, 1951). / I. Deutscher, Stalin. A Political Biography (Londres, 1949, 2e �d., 1967 ; trad. fr. Staline, Gallimard, 1953, nouv. �d., Libr. g�n. fr., 1964). / L. Fischer, The Life and Death of Stalin (Londres, 1953 ; trad. fr. Vie et mort de Staline, Calmann-L�vy, 1953). / B. Meissner, Das Ende der Stalin Mythos (Francfort, 1956). / G. Hilger, Stalin. Aufstieg der UdSSR zur Weltmacht (G�ttingen, 1959). / P. et I. Sorlin, L�nine, Trotski, Staline (A. Colin, coll. � Kiosque �, 1961 ; r��d.</p><p>1972). / Staline contre Trotsky (Maspero, 1965).</p><p>/ G. Hentsch, Staline n�gociateur. Une diplomatie de guerre (Neuch�tel, 1967). / J.-J. Marie, Staline (�d. du Seuil, 1967). / E. E. Smith, The Young Stalin (New York, 1967 ; trad. fr. la Jeunesse de Staline, Stock, 1968). / R. Conquest, The Great Terror. Stalin�s Purges of the Thirties (Londres, 1968). / P. G. Grigorenko, Staline et la Deuxi�me Guerre mondiale (trad. du russe, L�Herne, 1969). / J. Elleinstein, Histoire de l�U. R. S. S. (�d. sociales, 1972-1974 ; 4 vol.) ; Histoire du ph�nom�ne stalinien (Grasset, 1975).</p><p>/ G. Bortoli, Mort de Staline (Laffont, 1973). /</p><p>A. Brissaud, Staline (Latt�s, 1974).</p><p>Stalingrad</p><p>(bataille de)</p><p>Ensemble des combats qui se sont d�roul�s de l��t� 1942 au 2 f�vrier 1943 autour de Stalingrad (aujourd�hui Volgograd*) et au cours desquels les forces allemandes qui assaillaient la ville furent encercl�es et contraintes � capituler.</p><p>L�offensive allemande</p><p>L�origine de cette immense bataille, qui, � l�image de celle de Verdun*, vingt-six ans plus t�t, retint durant de longs mois l�attention du monde entier, remonte � la d�cision prise le 5 avril 1942 par Hitler de porter sur le front sud l�effort de la campagne d��t�.</p><p>L�objectif strat�gique, d�j� poursuivi par l�Allemagne en 1918 (v. Guerre mondiale [Premi�re]) et confirm� par le F�hrer le 23 juillet 1942, est d�ordre �conomique : c�est le p�trole sovi�-</p><p>tique du Caucase avec ses centres de Bakou, de Ma�kop et de Batoumi,</p><p>sa grande voie de transit sud-nord de la Volga et la ville de Stalingrad (600 000 habitants), �tir�e sur 80 km le long du fleuve et dont le nom seul fascine Hitler, mais dont un rapport de l�OKW (Oberkommando der Wehr-</p><p>macht) du 5 septembre souligne l�importance industrielle.</p><p>L�offensive allemande conduite par le groupe d�arm�e B (Fedor von Bock</p><p>[1880-1945] jusqu�au 13 juillet, puis Maximilian von Weichs [1881-1954]) d�bute le 28 juin dans la r�gion de Voronej, o� les Sovi�tiques r�sistent ; mais, au centre, la VIe arm�e (15 divisions en 4 corps, dont 2 blind�s) du g�n�ral Paulus (1890-1957) s�avance sans trop de difficult�s entre le Don et le Donets, et atteint Millerovo le 15 juillet, couvrant l�avance du groupe d�arm�es A (Wilhelm List, puis Ewald von Kleist [1881-1954]), lanc� le 9 juillet en direction de Rostov et du Caucase.</p><p>Voulant �chapper � l�encerclement, les forces sovi�tiques de Timochenko*</p><p>se replient pour tenter de conserver le fond de la boucle du Don ; le 12 juillet est cr�� le front de Stalingrad, confi� au g�n�ral Ieremenko (1892-1970), assist� de Nikita Khrouchtchev comme repr�sentant du parti. Le 26 juillet, Paulus re�oit l�ordre de franchir le Don (ce qu�il fait le 21 ao�t, pr�s de downloadModeText.vue.download 397 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10352</p><p>Kalatch) et de conqu�rir Stalingrad. Le 23 ao�t, la VIe arm�e atteint la Volga (large de pr�s de 2 km) � Rynok, au nord de la ville, qui est attaqu�e au sud le 11 septembre par la IVe arm�e blind�e (Hermann Hoth [1885-1971]).</p><p>Pour l�arm�e rouge, la situation devient critique : au nord du front de Stalingrad est cr�� celui du Don, command� par le g�n�ral Rokossovski*, tandis que les partisans re�oivent la mission de saborder les routes et les voies ferr�es amenant aux Allemands un ravitaillement qui doit parcourir 1 200 km en pays hostile. Au d�but d�octobre, l�arm�e Paulus a p�n�tr� dans de nombreux quartiers de Stalingrad, remarquablement d�fendus par la LXIIe arm�e sovi�tique du g�n�ral Tchou�kov ; elle a enlev� le combinat</p><p>� Octobre rouge � (qu�elle perdra peu apr�s), mais n�a pas r�ussi � franchir</p><p>la Volga en raison de la puissance des concentrations d�artillerie sovi�tiques dirig�es par le g�n�ral Voronov (1899-1968). Conscient de sa situation aventur�e, Paulus propose alors un repli sur le Don, mais Hitler, qui vient, le 24 septembre, de remplacer � la t�te de l��tat-major de l�arm�e de terre le g�n�ral Franz Halder (1884-1972), jug� trop timor�, par le g�n�ral Kurt Zeitzler (1895-1963), s�obstine � vouloir prendre Stalingrad, dont il annonce imprudemment la chute !</p><p>La riposte sovi�tique</p><p>Alors que la Wehrmacht ne dispose que de faibles r�serves et croit les So-vi�tiques dans la m�me situation, ces derniers pr�parent leur riposte au cours de conf�rences qui r�unissent autour de Staline les g�n�raux Joukov*, Voronov, Ieremenko et Vassilevski (adjoint de Chapochnikov*). En secret, une masse de trois arm�es est r�unie sur le Don moyen, face � la IIIe arm�e roumaine. Le 19 novembre, deux d�entre elles d�bouchent brutalement des t�tes de pont de Serafimovitch (front du Sud-Ouest, sous le commandement</p><p>de N. F. Vatoutine [1901-1944]) et de Kletskaia (front du Don), franchissent le Don le 22 � Kalatch et, le 23, op�rent � Sovetski leur jonction avec la LIe arm�e du front de Stalingrad, qui a rompu le 20 novembre les d�fenses de la IVe arm�e roumaine au sud de la ville et a perc� vers l�ouest en direction de Abganerovo. Les 250 000 combattants de l�arm�e Paulus sont coup�s de leurs arri�res et des autres arm�es allemandes.</p><p>C�est alors que commence la der-</p><p>ni�re phase de la bataille, qui prend la forme d�un v�ritable si�ge. Hitler ayant ordonn� de r�sister � tout prix gr�ce � un ravitaillement par air que G�ring s��tait fait fort d�ex�cuter avec la Luftwaffe, Paulus organise au mieux la d�fense dans l�espoir d��tre d�gag� par une contre-attaque.</p><p>Celle-ci est confi�e � Erich von Manstein (1887-1973), promu le</p><p>21 novembre commandant du nouveau groupe d�arm�es allemand du Don, auquel Paulus est rattach� d�sormais.</p><p>Avec la IVe arm�e blind�e du g�n�ral Hoth et deux arm�es roumaines, Mans-</p><p>tein attaque le 12 d�cembre au nord de Kotelnikovo et progresse jusqu�au 19, date � laquelle le 57e corps blind� atteint la Mychkova, affluent du Don, � 48 km des forces de Paulus.</p><p>Mais, d�s le 16 d�cembre, le commandement sovi�tique a lanc� sur le Don moyen une nouvelle offensive, �largissant celle du 19 novembre et men�e du nord au sud (sur la</p><p>VIIIe arm�e italienne) par Vatoutine, commandant du front du Sud-Ouest, et Filipp Ivanovitch Golikov, commandant celui de Voronej, en direction g�-</p><p>n�rale de Millerovo et de Rostov. Cette action sovi�tique fait peser une menace si grave sur les arri�res allemands que la contre-attaque de Manstein est d�finitivement stopp�e et que les troupes allemandes du Caucase se replient en h�te sur Rostov.</p><p>La fin de Stalingrad</p><p>Le sort de l�arm�e Paulus est devenu sans issue. Pour la ravitailler, il faudrait de 400 � 500 t par jour, alors que la Luftwaffe ne peut d�passer la moyenne de 94 t par jour. Au d�but de janvier 1943, on doit rationner les vivres � 150 g de pain et � 30 g de graisse quotidiens, et les munitions � quatre ou cinq obus par pi�ce et par jour. Les h�pitaux regorgent de bless�s, et les m�dicaments se font rares. Le 8 janvier, Voronov adresse un ultimatum � Paulus, que celui-ci repousse sur ordre de Hitler, et, � partir du 22, la bataille prend la forme de combats confus men�s par des unit�s de soldats affam�s et mal arm�s, qui, finalement, doivent se rendre isol�ment ou par groupes. Le 24, jour o� les deux derniers terrains d�aviation de la VIe arm�e tombent entre les mains des Sovi�tiques, Hitler, inconscient du caract�re dramatique de la situation, cherche � stimuler la r�sistance en nommant Paulus mar�chal..., au moment o� ce dernier demande � Manstein l�autorisation de capituler vu</p><p>� le caract�re in�vitable de la catastrophe �, mais cette autorisation lui est encore refus�e.</p><p>La position de r�sistance allemande, �cras�e par 7 000 pi�ces d�artillerie so-vi�tiques, est fractionn�e en plusieurs tron�ons, qui se rendent du 31 janvier</p><p>au 2 f�vrier. Ce jour-l�, Paulus doit lui-m�me capituler avec le dernier d�entre eux, entra�nant dans la captivit� 91 000 hommes, dont 24 g�n�raux et 2 500 officiers. Douze jours plus tard, les troupes de Rokossovski, apr�s avoir avanc� de 200 km, lib�rent Rostov...</p><p>Pour la premi�re fois depuis 1939, une arm�e enti�re de la Wehrmacht est contrainte � la capitulation : trois mois apr�s celle d�El-Alamein, la bataille de Stalingrad, dont l�issue a un retentissement consid�rable dans le monde, marque le tournant d�cisif de la Seconde Guerre mondiale sur le front russe : l�arm�e rouge ne cessera, d�sormais, d�imposer sa volont� � son adversaire : vingt-sept mois plus tard, elle sera devant Berlin.</p><p>H. de N. et P. D.</p><p>F Guerre mondiale (Seconde) / Wehrmacht.</p><p>T. Plievier, Stalingrad (Berlin, 1945 ; trad.</p><p>fr., R. Marin, 1948, nouv. �d., Flammarion, 1959). / H. Didold, Artz in Stalingrad (Salzbourg, 1949, nouv. �d., 1954 ; trad. fr. J��tais m�decin � Stalingrad, France-Empire, 1955).</p><p>/ Letzte Briefe aus Stalingrad (Heidelberg, 1950 ; trad. fr. Lettres de Stalingrad, Corr�a, 1957). / A. I. Eremenko, Stalingrad (en russe, Stalingrad, 1958 ; trad. fr., Plon, 1964). / E. von Manstein, Aus einem Soldatenleben, 1887-1939 (Bonn, 1958, 2e �d. partielle : Verlorene Si�ge, Francfort, 1964 ; trad. fr. Victoires perdues, Plon, 1958). / V. I. Tchouikov, Stalingrad, Anfang des Weges (en russe, Moscou, 1959 ; trad. all., Berlin, 1962). / F. Paulus, Ich stehe hier auf Befehl (Francfort, 1960 ; trad. fr. Stalingrad, Fayard, 1961).</p><p>downloadModeText.vue.download 398 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10353</p><p>stalinisme</p><p>Id�ologie, pratique politique et syst�me social constitu�s sous la direction de Joseph Staline*.</p><p>Le stalinisme est-il</p><p>une d�formation ou</p><p>un autre syst�me ?</p><p>� Et si la Commune de Paris s��tait affermie, les vestiges de l��tat qui demeuraient en elle se seraient �teints d�eux-m�mes. � C�est en ces termes que L�nine d�finit le mod�le du socialisme dans l��tat et la r�volution, �crit � la veille de la r�volution d�Octobre et publi� en 1918. Mais la Commune n�avait dur� que soixante-dix jours.</p><p>Quarante ans apr�s la victoire d�octobre 1917, Khrouchtchev*, devant le XXe Congr�s, reconna�t qu�un tout autre mod�le de socialisme s�est impos� � l�Union sovi�tique et au mouvement communiste international sous la direction absolue de Staline de 1930</p><p>� 1953. Le terme de stalinisme sert, aujourd�hui, � d�signer cette p�riode, qu�on peut d�finir par opposition � la Commune de Paris : l�appareil d��tat concentre entre ses mains la totalit� des pouvoirs et exerce sa domination sous la forme de la terreur de masse polici�re et id�ologique. Ses instruments</p><p>� administration, arm�e, police, parti communiste �, plac�s au-dessus de la soci�t� et n�ayant de comptes � rendre qu�au sommet, d�cident, contr�lent et r�priment dans l��conomie, la politique, le droit, la pens�e publique et priv�e, la culture et la science. On conna�t les cons�quences de cet �tat totalitaire et de sa r�pression contre tous les opposants suppos�s, contre toute pens�e suspecte d�h�r�sie, contre tout ce qui risque d��branler le monolithisme du pouvoir. Dans un climat de foi et de terreur, de d�lation, de proc�s truqu�s, o� les accus�s doivent confesser leurs crimes imaginaires, o�, selon les estimations les plus modestes, quinze millions de citoyens sont envoy�s dans les camps de travail forc�, des peuples entiers sont d�port�s, les repr�sentants de leur culture sont extermin�s, ainsi que l��crasante majorit� des cadres de la R�volution, tandis que le parti excom-munie la psychanalyse, la g�n�tique, la cybern�tique, la peinture abstraite et toute pens�e non apolog�tique.</p><p>Le XXe Congr�s du parti commu-</p><p>niste de l�Union sovi�tique (f�vr. 1956) d�nonce les crimes et met fin au mythe.</p><p>Mais il ne r�gle pas les questions que l�actualit� ne cesse de poser aux partisans du socialisme : � N�est-ce pas le socialisme lui-m�me qu�il faut mettre en cause ? Peut-on lui donner un visage</p><p>humain, le concilier avec la libert� ? �</p><p>Pour r�duire le stalinisme � n��tre qu�un accident de parcours, il manque la preuve par les faits que la page est tourn�e ; d�autre part, l�explication par les circonstances ne d�montre pas que le syst�me �tait �tranger aux � aberrations � qui ont pu l�affecter. Il faut donc en venir � la question fondamentale, �lud�e par les adversaires du socialisme comme par les h�ritiers de la IIIe Internationale : le stalinisme a-t-il seulement affect� de graves d�formations (erreurs, crimes, d�viations, d�-</p><p>g�n�rescence) la forme du socialisme ou l�a-t-il remplac� par un autre syst�me social, politique et id�ologique, ayant sa propre coh�rence et radicalement �tranger au socialisme ?</p><p>La grande controverse</p><p>Le point de vue sovi�tique</p><p>Ce qui nous int�resse aujourd�hui c�est une question qui a une importance pour le parti, actuellement et dans l�avenir. Ce qui nous int�resse, c�est de savoir comme le culte de la personne de Staline n�a cess� de cro�tre, comment ce culte devint, � un moment pr�cis, la source de toute une s�rie de perversions graves et sans cesse plus s�rieuses des principes du parti, de la d�mocratie du parti, de la l�galit� r�volutionnaire. [...]</p><p>L�obstination de Staline se manifesta non seulement dans le domaine des d�cisions qui concernaient la vie int�rieure du pays, mais �galement dans celui des relations internationales de l�Union sovi�tique.</p><p>[...]</p><p>Nous avons obtenu nos victoires historiques gr�ce au travail d�organisation du parti, aux nombreuses organisations de province, aux sacrifices consentis par notre grande nation. Ces victoires sont le r�sultat de l�immense effort et de l�action de la nation et du parti dans leur ensemble ; elles ne sont pas du tout le fruit de la direction de Staline, comme on lavait racont� pendant la p�riode du culte de l�individu.</p><p>Si nous voulons �tudier cette question en marxistes et en l�ninistes, il nous faut alors d�clarer sans �quivoque que la direction telle qu�elle �tait pratiqu�e durant les derni�res ann�es de Staline �tait devenue un obstacle s�rieux sur la voie du d�velop-</p><p>pement social de l�Union sovi�tique.</p><p>Rapport secret au XXe Congr�s du P. C. U. S.</p><p>(f�vr. 1956).</p><p>Le point de vue chinois</p><p>Le P. C. C. a toujours consid�r� que Staline a commis un certain nombre d�erreurs qui ont une source ou id�ologique ou sociale et historique. La critique des erreurs de Staline, celles qui effectivement furent commises par lui et non pas celles qu�on lui attribue sans aucun fondement, est chose n�cessaire lorsqu�elle est faite � partir d�une position et par des m�thodes correctes. Mais nous avons toujours �t� contre la critique de Staline lorsqu�elle est faite d�une fa�on incorrecte, c�est-�-dire � partir d�une position et par des m�thodes erron�es. [...]</p><p>Dans certains probl�mes, la m�thode de pens�e de Staline s��carta du mat�rialisme dialectique pour tomber dans la m�taphysique et le subjectivisme, et, de ce fait, il lui arriva parfois de s��carter de la r�alit� et de se d�tacher des masses. Dans les luttes men�es au sein du parti comme en dehors, il confondit, � certains moments et dans certains probl�mes, les deux cat�-</p><p>gories de contradictions de nature diff�-</p><p>rente � contradictions entre l�ennemi et nous, et contradictions au sein du peuple</p><p>� de m�me que les m�thodes diff�rentes pour la solution de ces deux cat�gories de contradictions. Le travail de liquidation de la contre-r�volution, entrepris sous sa direction, permit de ch�tier � juste titre nombre d��l�ments contre-r�volutionnaires qui devaient l��tre ; cependant, des gens honn�tes furent aussi injustement condamn�s, et ainsi il commit l�erreur d��largir le cadre de la r�pression en 1937</p><p>et 1938. Dans les organisations du parti et les organismes de l��tat, Staline ne fit pas une application pleine et enti�re du centralisme d�mocratique du prol�tariat ou y contrevint partiellement. Dans les rapports entre partis fr�res et entre pays fr�res, il commit aussi des erreurs. Par ailleurs, il formula, au sein du mouvement communiste international, certains conseils erron�s.</p><p>Toutes ces erreurs ont caus� des dommages � l�Union sovi�tique et au mouvement communiste international.</p><p>Les m�rites que Staline s��tait acquis durant sa vie aussi bien que les erreurs dont</p><p>il fut l�auteur sont un fait objectif de l�histoire. Si l�on met en parall�le ses m�rites et ses erreurs, ce sont ses m�rites qui pr�-</p><p>dominent. [...]</p><p>Au lieu de faire une analyse compl�te, historique et scientifique de l�oeuvre accomplie par Staline tout au long de sa vie, ils [les membres du comit� central du P. C. U. S.] l�ont r�pudi�e en bloc sans distinguer le vrai du faux.</p><p>Au lieu de traiter Staline en camarade, ils le traitent comme l�on traite l�ennemi.</p><p>Au lieu d�adopter la m�thode de la critique et de l�autocritique, de faire le bilan des exp�riences et d�en tirer des le�ons, ils rejettent toutes les erreurs sur Staline ou bien lui imputent des � erreurs � invent�es � loisir.</p><p>Au lieu de raisonner, les faits � l�appui, ils s�en prennent � la personne de Staline, en usant d�un langage insidieux et d�ma-gogique. [...]</p><p>La r�pudiation totale de Staline fournit � l�imp�rialisme et � toute la r�action des munitions antisovi�tiques et anticommunistes qu�ils ne sont que trop heureux d�obtenir. Aussit�t apr�s que le XXe Congr�s du P. C. U. S. eut cl�tur� ses travaux, l�imp�rialisme utilisa le rapport secret de Khrouchtchev contre Staline pour d�clencher dans le monde une vaste campagne antisovi�-</p><p>tique et anticommuniste. [...]</p><p>La r�pudiation totale de Staline par la direction du P. C. U. S. a �t� faite sous l�enseigne de la � lutte contre le culte de la personnalit� �.</p><p>La � lutte contre le culte de la personnalit� � formul�e par la direction du P. C. U. S. ne tend nullement, comme elle le proclame, � r�tablir ce qu�elle appelle les � principes l�ninistes de la vie int�-</p><p>rieure et de la direction du parti �. Tout au contraire, elle contrevient � la doctrine de L�nine concernant les rapports entre les chefs, le parti, les classes et les masses, et au principe du centralisme d�mocratique du parti.</p><p>Les marxistes-l�ninistes soutiennent que pour devenir un v�ritable �tat-major de combat du prol�tariat, le parti r�volutionnaire du prol�tariat doit r�soudre correctement les rapports entre les chefs, le</p><p>parti, les classes et les masses et s�organiser selon le principe du centralisme d�mocratique. Un tel parti doit avoir un noyau dirigeant relativement stable. Celui-ci doit �tre constitu� par des chefs �prouv�s, des chefs qui sachent unir la v�rit� universelle du marxisme-l�ninisme � la pratique concr�te de la r�volution. [...]</p><p>Sur la question de Staline. � propos de la lettre ouverte du Comit� central du P. C. U. S. (13 sept. 1963).</p><p>La base sociale</p><p>du stalinisme</p><p>Que disent les partisans de la premi�re hypoth�se ? La propri�t� priv�e des moyens de production est abolie, remplac�e par la propri�t� sociale des producteurs eux-m�mes ; d�autre part, l��tat n�est jamais qu�un instrument au service de la classe dominante. La nature du r�gime social n�est donc pas concern�e par les d�fauts de l�appareil qui g�re la production, par son caract�re hypertrophi�, bureaucratique et parasitaire. Tel est le sens de la formule lanc�e en 1920 par L�nine et reprise jusqu�aujourd�hui par le courant trotskiste : � L�Union sovi�tique est un �tat ouvrier et paysan � d�formation bureaucratique. � On peut critiquer la bureaucratie, mais l�infrastructure, elle, est au-dessus de tout soup�on.</p><p>Cette th�se repose exclusivement sur un principe juridique, sur l�article de la Constitution qui d�clare les travailleurs collectivement propri�taires des instruments de production. Car la propri�t� juridique n�est pas la possession r�elle, et le droit, ici, masque le fait : seul l�appareil d��tat a le pouvoir sur les moyens de production, sur les objectifs du plan, sur l�organisation du travail, sur le niveau des salaires, sur la r�partition de la plus-value, sur la totalit� de la production et de la consommation. Le salariat n�est pas aboli tant que les prol�taires sont contraints de downloadModeText.vue.download 399 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10354</p><p>vendre leur force de travail, m�me si l�acheteur est un �tat qui pr�tend les</p><p>repr�senter. La propri�t� socialis�e d�un �tat qui s�est rendu ind�pendant et ma�tre de la soci�t� porte � son comble � la s�paration entre les instruments de production et les producteurs �, qui, pour Marx, est la marque de la domination, de l�exploitation et de l�ali�nation des travailleurs. C�est au-dessus de leurs t�tes qu�une volont� �trang�re d�cide du plan, de l�unit�, du sens de leur travail et de la r�partition de ses produits.</p><p>Mais, alors que le capitalisme de concurrence avait besoin de la fiction du prol�taire comme personne libre (de choisir � qui vendre sa force de travail) et assurait son �quilibre en laissant les classes sociales d�fendre leurs int�r�ts respectifs dans le cadre du syst�me, la propri�t� d��tat dissout la base des libert�s bourgeoises et interdit � ses exploit�s le droit d�association de gr�ve et de manifestation. Ce qu�on appelle la critique de droite du stalinisme est celle qui aspire � lib�raliser le syst�me totalitaire au nom de ces libert�s bourgeoises. La critique de gauche r�cuse le caract�re socialiste du pouvoir d��tat et lui oppose la socialisation du pouvoir. Le stalinisme, c�est-�-dire ici la propri�t� bureaucratique de la production, � r�alise � en quelque sorte la tendance du capitalisme monopoliste � devenir � monopolisme d��tat �.</p><p>Derri�re la fiction de la propri�t� juridique des travailleurs et de l��tat � leur service s�exerce la domination de la classe bureaucratique, qui d�veloppe la production et renforce la hi�rarchie en vue de son profit, c�est-�-dire de tous les b�n�fices du pouvoir. La division sociale du travail est justifi�e, comme en r�gime capitaliste, par les n�cessit�s de la division technique et de la direction centralis�e. Mais le socialisme n�est pas cette socialisation-l� : il est l�appropriation r�elle des instruments de production par les producteurs eux-m�mes, la prise en main par eux de l�organisation et de la finalit� du travail.</p><p>� Le socialisme supprime le salariat et le remplace par la propri�t� des travailleurs librement associ�s � (Engels).</p><p>Les soviets (Conseils ouvriers, paysans et soldats) �taient la forme d�organisation de cette propri�t� socialiste. Pour les d�poss�der de leurs pouvoirs, le stalinisme a d� invoquer la priorit� du d�veloppement �conomique.</p><p>Deux textes de Staline 1906</p><p>� La soci�t� socialiste est une soci�t� o� il n�y aura pas de place pour ce qu�on appelle l��tat, pour le pouvoir politique avec ses ministres, ses gouverneurs, ses gendarmes, ses policiers et ses soldats. La derni�re �tape de l�existence de l��tat sera la p�riode de la r�volution socialiste, alors que le prol�tariat prendra possession du pouvoir d��tat et fondera son gouvernement propre (la dictature), afin d�abattre d�finitivement la bourgeoisie. Mais, une fois la bourgeoisie supprim�e, les classes supprim�es et le socialisme instaur�, on n�aura plus besoin d�aucun pouvoir politique, et ce qu�on appelle l��tat passera dans le domaine de l�histoire � (Anarchisme ou Socialisme).</p><p>1945</p><p>� Je bois � la sant� des gens simples, ordinaires et modestes, des � vis � qui assurent le fonctionnement de notre immense machine d��tat dans tous les domaines : sciences, �conomie, guerre. Ils sont beaucoup et leur nom est l�gion, car ils sont des dizaines de millions. Ce sont des gens modestes. Personne n��crit � leur sujet, leur situation est m�diocre et leur grade est petit. Mais ces gens nous tiennent comme la base soutient le sommet � (toast de Staline au peuple sovi�tique).</p><p>Stalinisme et</p><p>�conomisme</p><p>On est ainsi autoris� � qualifier le stalinisme d�� �conomisme �, � condition d�en pr�ciser le sens. Le stalinisme fait du d�veloppement �conomique son</p><p>imp�ratif premier, du d�vouement au travail la premi�re vertu sociale ; mais surtout il a repris au capitalisme son mod�le de croissance et sa division du travail. Au nom du d�veloppement, il a ainsi perp�tu� les rapports capitalistes de production. On peut rep�rer l�origine de cet �conomisme dans la dialectique marxiste de l�histoire. Selon le mat�rialisme historique, les rapports de production socialistes sont n�cessaires et sup�rieurs pour une raison fondamentale : ils font correspondre le caract�re social de la propri�t� � la production d�j� socialis�e par le capi-</p><p>talisme ; ils lib�rent ainsi l�essor des forces productives engendr�es, puis entrav�es par les rapports de production capitalistes. Cette th�se passe sous silence que les forces productives, la nature de la croissance sont d�termin�es par les rapports de production et ne peuvent donc servir de r�f�rence ultime � un nouveau mode de production.</p><p>On doit � L�nine d�avoir tir� toutes les cons�quences des formulations �conomistes de Marx. L�nine a fait l��loge de l�usine capitaliste en tant qu��cole de discipline pour les prol�taires, estimant qu�on pouvait la d�barrasser de son c�t� exploiteur sans modifier son c�t� organisateur. Puisque le capitalisme socialise le travail, il faut instaurer une propri�t� socialis�e sur le m�me mod�le.</p><p>Il �crit dans la Catastrophe imminente et les moyens de la conjurer (OEuvres compl�tes, tome XXV) :</p><p>� Le socialisme n�est autre chose que le capitalisme monopoliste d��tat mis au service du peuple tout entier, et qui pour autant a cess� d��tre un monopole capitaliste. �</p><p>Mais o� sont les rapports de production socialistes qui devraient mettre fin � la division sociale du travail ? Ils sont renvoy�s � plus tard, car L�nine est r�aliste et �crit dans l��tat et la r�volution : � Nous, nous voulons la r�volution socialiste avec les hommes tels qu�ils sont, et qui ne se passeront pas de subordination, de contr�le, de surveillants et de comptables. � L�illusion de L�nine, balay�e par Staline, qui �tait plus r�aliste encore, a �t� de croire que l��tat pouvait � la fois � instituer une discipline rigoureuse, une discipline de fer, maintenue par le pouvoir d��tat des ouvriers arm�s �, et lui-m�me, comme �tat, rester sous leur contr�le (l��tat et la r�volution).</p><p>Rappelons, pour �viter une confusion, que la querelle de L�nine contre l��conomisme de la IIe Internationale ne porte absolument pas sur ces th�mes, mais uniquement sur la n�cessit� d�une r�volution pour mettre en place les rapports de production socialistes correspondant au d�veloppement capitaliste des forces productives.</p><p>L��tat stalinien Quelle a �t� la nature politique de l��tat stalinien : dictature du prol�tariat, avec des abus toujours possibles, ou pouvoir totalitaire de la classe bureaucratique ?</p><p>Tous les textes �crits par Marx, Engels, L�nine et Staline jusqu�en 1917 affirment avec intransigeance que � l��tat de dictature du prol�tariat n�est plus un �tat au sens propre �, c�est-�-dire un appareil de r�pression s�par� de la soci�t�, mais � le prol�tariat organis� en classe dominante �. La dictature du prol�tariat d�truit l�arm�e permanente, la police et les remplace � par le peuple en armes �. D�s lors, cet �tat prol�-</p><p>tarien commence � devenir inutile et s��teint. En 1906, dans Anarchisme ou Socialisme, Staline se r�f�re � la c�-</p><p>l�bre citation d�Engels : � Le premier acte dans lequel l��tat appara�t r�ellement comme repr�sentant de toute la soci�t� � la prise de possession des moyens de production au nom de la soci�t� � est en m�me temps son dernier acte par soi-m�me en tant qu��tat.</p><p>L�intervention du pouvoir d��tat dans les rapports sociaux devient superflue dans un domaine apr�s l�autre et entre naturellement en sommeil [...]. L��tat n�est pas aboli, � il s��teint �. � (Engels, l�Anti-D�hring, cit� par Staline.) D�s 1930, Staline justifie le remplacement du pouvoir des soviets par la formidable machine d��tat en d�clarant devant le XVIe Congr�s du parti communiste : � Le plus haut d�veloppement possible du pouvoir de l��tat, ayant pour objet de pr�parer les conditions de la disparition de l��tat, telle est la formule marxiste. �</p><p>On voit ici que le stalinisme n�est pas une d�viation, mais la n�gation compl�te de la dictature du prol�tariat : au lieu de l�exercice direct du pouvoir par le peuple en armes et de la disparition de l��tat, il met le pouvoir absolu de l��tat sur le peuple. On juge aussi de son usage du marxisme : invoqu� comme une r�f�rence sacr�e, le marxisme subit une lecture qui en change compl�tement le sens. Au lieu d��tre la science dont le prol�tariat allait se servir pour r�aliser son �mancipation, il devient le savoir qui cautionne le pouvoir de ses ma�tres, l�id�o-</p><p>logie de la raison d��tat et du parti.</p><p>Dans les rapports de production, dans les institutions politiques et dans l�id�ologie, il n�a fait que reproduire sous le signe de la r�volution le principe capitaliste de domination et de hi�-</p><p>rarchie, le principe du pouvoir. Il a pu le faire en poussant � ses ultimes cons�-</p><p>quences le principe l�niniste : il faut au prol�tariat un parti d�avant-garde.</p><p>Car, au regard d�une avant-garde, le prol�tariat sera toujours immature et irresponsable. Finalement, de classe ouvri�re en parti de la classe ouvri�re, de parti en comit� central, on aboutit naturellement � l�autorit� inconditionnelle du chef qui sait et d�cide. Que celui-ci le fasse au nom du marxisme ne signifie pas qu�il en ait maintenu l�acquis, m�me sous une forme dogmatique, car une id�ologie ne se juge pas aux textes qu�elle invoque, mais � la fonction sociale � laquelle elle les fait servir, apr�s les avoir interpr�t�s.</p><p>Le marxisme, sous Staline, devient le savoir absolu des lois de la nature et de la soci�t�. L�histoire a un sens n�cessaire et providentiel ; l��conomie en est le premier moteur, le parti en est la conscience et l�agent, et l��tat en est la r�alisation. Le militant r�volution-downloadModeText.vue.download 400 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10355</p><p>naire a donc le droit de parler au nom de l�histoire et de diriger la lib�ration des autres.</p><p>Mais comment le prol�tariat russe, capable de renverser le tsarisme et de mettre en place son pouvoir direct sous la forme de soviets, s�est-il laiss�, sous Staline, d�poss�der de sa r�volution ?</p><p>Cette question oblige � se demander si l�existence de l��tat d�rive seulement de la division de la soci�t� en classes antagonistes, ou s�il r�pond � un besoin social d��tre � la fois pris en charge et soumis aux contraintes par une incarnation de l�autorit�.</p><p>A. S.</p><p>F Marxisme / Staline.</p><p>R. Luxemburg, Die russische Revolution.</p><p>Eine kritische W�rdigung (Berlin, 1922, nouv.</p><p>�d., Francfort, 1963 ; trad. fr. la R�volution russe, Maspero, 1964). / Histoire du parti communiste (bolchevique) de l�U. R. S. S. (�d. de Moscou, 1939). / H. Marcuse, Soviet Marxism (New York, 1958 ; trad. fr. le Marxisme sovi�-</p><p>tique, Gallimard, 1963). / H. Arendt, The Origins of Totalitarism (Londres, 1967 ; trad. fr.</p><p>le Syst�me totalitaire, �d. du Seuil, 1972). /</p><p>K. Modzelewski et J. Kuro&#x144;, Lettre ouverte au parti ouvrier polonais (trad. du pol., Maspero, 1969). / R. Medvedev, le Stalinisme, origine, histoire, cons�quences (trad. du russe, �d. du Seuil, 1972). / L. Althusser, R�ponse � John Lewis (Maspero, 1973). / C. Castoriadis, la Soci�t� bureaucratique (U. G. E., 1973 ; 2 vol.).</p><p>/ D. Desanti, les Staliniens (Fayard, 1975). /</p><p>J. Elleinstein, Histoire du ph�nom�ne stalinien (Grasset, 1975).</p><p>Stanislas Ier</p><p>Leszczy&#x144;ski</p><p>(Lw�w 1677 - Lun�ville 1766), roi de Pologne en titre de 1704 � 1766, en fait de 1704 � 1709 et de 1733 � 1736, et duc de Lorraine et de Bar apr�s 1738.</p><p>Un magnat polonais</p><p>aux grandes esp�rances</p><p>Issu d�illustre noblesse de Grande-Pologne, Stanislas fait d�excellentes �tudes, qu�il compl�te, selon l�usage de l�aristocratie polonaise, par des voyages en Europe et un s�jour en France. Il entre dans la vie publique d�s l��ge de dix-neuf ans, dans le sillage du puissant palatin de Posnanie, son p�re.</p><p>� la Di�te d��lection de 1696, qui choisit un successeur � Jean III Sobieski, il se distingue comme partisan de l��lecteur de Saxe, Auguste II, qui le nomme grand �chanson de la Couronne (1698).</p><p>Il succ�de � son p�re comme palatin de Posnanie et s�nateur (1703) : son union avec Catherine Opali&#x144;ska fait de lui alors un des plus riches magnats de toute la R�publique. Il s�affirme d�j� dans l�opposition d�cha�n�e par les entreprises dynastiques d�Auguste II, qui attaque la Su�de avec le tsar Pierre le Grand et, sans l�avoir consult�e, entra�ne la Pologne dans la deuxi�me guerre du Nord. Leszczy&#x144;ski prend la t�te du parti prosu�dois, n�gocie en son nom avec le vainqueur et pousse la Conf�d�ration g�n�rale de Varsovie</p><p>� proclamer la d�ch�ance du roi saxon (14 f�vr. 1704).</p><p>Les tribulations</p><p>d�un m�diocre antiroi</p><p>Charles XII* utilise l�ambitieux : sous la pression des troupes su�doises, � peine huit cents nobles assembl�s �lisent Leszczy&#x144;ski roi de Pologne le 12 juillet 1704. D�pourvu de tout appui hors de sa province, faible et mall�able, celui-ci d�pend enti�rement de Charles XII pour s�imposer au pays, qu�il livre au roi de Su�de, comme son rival le livrait au tsar. Cracovie restant aux mains des Saxons, il est couronn� � Varsovie le 4 octobre 1705 ; les partisans des deux rois s�affrontent en marge du conflit majeur russo-su�-</p><p>dois. Charles XII contraint Auguste II � abdiquer la couronne de Pologne (2 sept. 1706), ce qui rallie � Stanislas la majorit� des magnats. Mais la masse nobiliaire reproche � ce dernier les pillages commis par les Su�dois et se tourne vers le tsar, d�cid� � abattre, avec Leszczy&#x144;ski, le parti qui r�ve de recouvrer la rive gauche du Dniepr.</p><p>Apr�s Poltava (1709), Leszczy&#x144;ski s�enfuit en Su�de. Charles XII fait de lui le chef nominal de l�exp�dition contre la Pom�ranie (1712) : au lieu de combattre, Stanislas n�gocie avec son rival, pr�t � abdiquer pour recouvrer ses biens de Grande-Pologne. Il va en Bessarabie qu�ter l�assentiment de Charles XII et y reste prisonnier des Ottomans, prompts � l�utiliser � leurs propres fins. Lib�r� en 1714, il re�oit, gr�ce au roi de Su�de, la principaut� de Deux-Ponts, qu�il doit quitter � la mort de Charles XII en 1718 ; le R�gent l��tablit � Wissembourg. Sans ressources, toujours menac� par les intrigues de la cour de Saxe, il inonde les rois ses � cousins � d�appels � la piti�.</p><p>� [...] roi de Pologne</p><p>toujours �lu et</p><p>toujours d�tr�n� �</p><p>Apr�s 1725, le mariage de sa fille Marie avec le jeune Louis XV am�liore sa position. Install� � Chambord, dot� d�une modeste pension, Leszczy&#x144;ski re�oit l�appui des riches Potocki, qui rallient autour de son nom tous ceux qui r�vent d�un � Piast � par haine du roi saxon. �</p><p>la mort d�Auguste II (1733), le soutien de la France ach�ve de faire de lui le champion de l�ind�pendance nationale.</p><p>Leszczy&#x144;ski traverse l�Allemagne sous un d�guisement pour �tre �lu dans l�enthousiasme le 12 septembre 1733. Trois semaines plus tard, une arm�e russe le chasse au profit d�Auguste III et l�assi�ge dans Dantzig : une guerre europ�enne commence. Les 2 000 hommes envoy�s enfin par la France ne peuvent d�bloquer Stanislas : celui-ci s��vade d�guis� en paysan, mais il refuse de prendre la t�te de la gu�rilla men�e par ses partisans conf�d�r�s et, de K�nigsberg, il revient en France. La diplomatie fran�aise l�oblige � abdiquer (26 janv. 1736) et � se contenter du titre de roi et d�une souverainet� nominale sur Bar et la Lorraine* (trait� de Vienne, 1738).</p><p>�pilogue en</p><p>l�gende dor�e :</p><p>la cour de Lorraine</p><p>� plus de soixante ans, le roi-duc en retraite commence la carri�re qui va assurer sa gloire. M�fiants � son arriv�e, ses sujets lorrains ne tardent pas � c�l�-</p><p>brer les m�rites du � duc bienfaisant �, qui, malgr� des moyens modestes, fonde un grand nombre de coll�ges, d�h�pitaux, de greniers d�abondance et d��tablissement philanthropiques tout en embellissant Lun�ville, o� il r�side, Commercy et surtout Nancy*, qu�il dote d�un des plus beaux ensembles architectoniques du XVIIIe s. (sur les plans de E. H�r�). Stanislas, dont les �crits devaient �tre r�unis en 1763 sous le titre d�OEuvres du philosophe bienfaisant, re�oit � sa cour de Lun�ville Montesquieu, et Voltaire y trouve refuge en 1748. Celui-ci encensera longtemps le � meilleur des rois � avant de brocarder le � p�re Stanislas � par trop soumis au j�suite Joseph de Menoux.</p><p>L�essentiel des activit�s litt�raires et philosophiques du roi Stanislas gravite autour de l�anarchie de son pays et des moyens d�y rem�dier. Son oeuvre principale, la Voix libre du citoyen (1749), qui aura un grand retentissement en Pologne, propose � ses compatriotes de courageuses r�formes (abolition du liberum veto, r�organisation militaire, �mancipation des serfs). L�Academia Stanislai, fond�e � Nancy, et l��cole militaire de Lun�ville forment un grand</p><p>nombre de jeunes patriotes polonais.</p><p>Le somptueux mausol�e sculpt� par L. C. Vass� en l��glise Notre-Dame-du-Bon-Secours de Nancy comme la statue colossale par G. Jacquot, �rig�e en 1831 sur la place Stanislas, c�-</p><p>l�brent cette belle � p�riode lorraine �</p><p>de l��ph�m�re roi de Pologne, dont l�ambition contribua � ruiner son pays.</p><p>C. G.</p><p>F Lorraine / Nancy / Pologne.</p><p>J. Feldman, Stanislaw Leszczynski (en polonais, Wroc&#x142;aw, 1948 ; nouv. �d., Varsovie, 1959). / M. Gar�ot, Stanislas Leszczynski (Berger-Levrault, 1953). / M. Langrod, la Philosophe politique du roi Stanislas (P. U. F., 1956).</p><p>/ G. Doscot, Stanislas Leszczynski et la Cour de Lorraine (Rencontre, Lausanne, 1969).</p><p>Stanislas II</p><p>Auguste</p><p>Poniatowski</p><p>Dernier roi de Pologne (Wo&#x142;czyn</p><p>1732 - Saint-P�tersbourg 1798).</p><p>Un � nom � r�cent</p><p>La vieille aristocratie polonaise m�prisait des � parvenus � en la famille des Poniatowski, rest�s obscurs jusqu�� la guerre du Nord (1700-1721). Stanislas (1676-1762), p�re du futur monarque, �tablit habilement sa fortune en servant le roi de Su�de Charles XII* : de modeste client et r�gisseur du prince Sapieha, il devint castellan de Cracovie (charge la plus �lev�e du S�nat). Voltaire, � qui il communiqua le manuscrit de ses M�moires, consacra sa renomm�e avec l�Histoire de Charles XII.</p><p>Poniatowski fortifia sa position dans son pays en �pousant, avec Constance Czartoryski, le puissant parti de sa</p><p>� famille � (v. Pologne), laquelle, en relation avec l�Europe �clair�e, songeait aux moyens d�enrayer la d�cadence et l�anarchie du pays.</p><p>Fils a�n�, dou� d�une vive intelligence, le jeune Stanislas re�ut de cet entourage une instruction solide, compl�t�e, selon l�usage, par de nombreux voyages � travers l�Europe (1748-1755). La France et l�Angleterre en</p><p>firent un fervent de la philosophie des lumi�res, un admirateur de la Constitution anglaise, qu��blouissait pourtant la puissance du despotisme �clair�, et enfin un amateur d�art raffin�. Au retour, les moeurs sarmates lui furent d�autant plus insupportables que sa carri�re l�obligeait � cultiver ses</p><p>� fr�res � de la szlachta, dont ses M�-</p><p>moires brocardent la grossi�ret� et l�orgueilleuse ignorance. Aussi le grand �cuyer de Lituanie pr�f�ra-t-il partir pour Saint-P�tersbourg comme secr�-</p><p>taire de l�ambassade anglaise (1755) : il ne tarda pas � devenir l�amant de la downloadModeText.vue.download 401 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10356</p><p>grande-duchesse Catherine (future Catherine II*), � qui il confiait ses � id�es de gloire et d�utilit� pour (sa) patrie �.</p><p>Auguste III (1733-1763) en fit son ambassadeur aupr�s de la cour de Russie, o� il s�journa trois ans. Les Czartoryski int�graient la liaison de Stanislas aux atouts politiques de la � famille �, et la prise du pouvoir par Catherine (1762) les d�cida � viser le tr�ne.</p><p>� Cr�ature � de la Russie</p><p>ou � roi philosophe � ?</p><p>Auguste III mort, Poniatowski fut proclam� roi de Pologne, le 6 septembre 1764, par une di�te unanime sous la � protection � des troupes priv�es de la � famille �, forte de la pr�sence d�une arm�e russe. Le roi changea son second pr�nom en celui, plus majestueux, d�Auguste, symbole de la haute id�e qu�il avait de sa mission. L�Europe �clair�e ne doutait pas qu�appuy� par la tsarine ce � philosophe couronn� � moderniserait enfin l�anarchique Sarmatie, alors que la faiblesse de sa position �tait extr�me. La vieille oligarchie, irr�ductible, r�vait de le d�tr�ner ; Catherine ne l�avait impos� que pour s�assujettir le pays ; ses � oncles � Czartoryski entendaient exercer leur tutelle. Poniatowski inaugura pourtant son r�gne par une activit� intense, qui le r�v�la habile et tenace. Il poursuivait les r�formes pr�-</p><p>par�es par la � famille � et, d�cid� � renforcer l�autorit� royale, il entreprit</p><p>de recruter son propre parti et chercha � s�entendre avec l�Autriche et la France.</p><p>Il misait sur le r�le � venir de l��lite</p><p>� �clair�e �, form�e par les Piaristes et l��cole des cadets, qu�il avait fond�e en 1765. Il cr�ait les moyens d�� �duquer l�opinion � (revues, th��tre) et patronnait une campagne en faveur de la tol�rance religieuse, des villes et des paysans-serfs.</p><p>La limitation du liberum veto exasp�rait ses adversaires, qui agitaient l��pouvantail de l�absolutisme. Ayant concert� une action �nergique contre ces � nouveaut�s �, la Russie et la Prusse se servirent avec adresse du probl�me religieux pour briser le roi et discr�diter le pays (1766). Les troupes de Catherine entr�rent en Pologne pour</p><p>� prot�ger � les dissidents conf�d�r�s � son instigation et l�opposition conservatrice � et catholique fanatique �</p><p>embrigad�e par son envoy� Nikola� Vassilievitch Repnine dans la conf�-</p><p>d�ration de Radom (1767). Combinaison p�rilleuse : mais, menac�, humili�, le roi plia et se soumit � la tutelle de Repnine, dont la brutalit� dressa la conf�d�ration de Bar (1768-1772) � la fois contre les Russes, les dissidents et ce roi ha�, qui, patiemment, am�liorait ses rapports avec l�occupant, dont il �tait � demi prisonnier. Il fit donner ses r�giments aux c�t�s des Russes, puis chercha � se r�concilier avec les conf�d�r�s ; mais, pouss�s par Dumouriez (conseiller que la France leur avait d�p�ch�), ceux-ci proclam�rent sa d�ch�ance (22 oct. 1770) et tent�rent ensuite de l�enlever (3 nov.</p><p>1771). Incapable de la pacifier, Catherine renon�ait � dominer la Pologne enti�re : Stanislas r�sista au milieu des violents marchandages ponctu�s de faits accomplis qui aboutirent au premier partage de son �tat (1772). Il multiplia de vains appels � l�Occident, puis ratifia le partage sur l�avis qu�il serait imm�diatement remplac�.</p><p>� l�ombre du</p><p>� proconsul � russe</p><p>Il marchanda sa soumission au contr�le d�Otto Magnus Stackelberg, l�ambassadeur russe, contre le soutien de la tsarine face � l�insatiable Prusse et l�institution d�un gouvernement moderne,</p><p>celui du Conseil permanent. Il devait se leurrer jusqu�en 1788 de l�espoir de convaincre Catherine qu�une Pologne moderne et forte serait sa meilleure alli�e. Il sut pourtant exploiter son r�le humiliant de souverain prot�g� pour contribuer au rel�vement du pays.</p><p>Il r�ussit � attribuer les biens des J�-</p><p>suites � une commission de l��ducation nationale qui releva directement de lui (1773) pour concentrer les efforts de z�l�s r�formateurs (Ignacy Potocki) et de grands p�dagogues (Hugo Ko&#x142;&#x142;&#x105;taj) sur cette � r�volution de l�instruction �</p><p>qui devait s�av�rer d�terminante pour l�avenir du pays. Il affermit sa position et constitua dans la moyenne noblesse et la bourgeoisie un solide parti du roi (1775-1778). Mais il suffit � Stackelberg de manipuler l�opposition des magnats conservateurs pour bloquer les grands projets sociaux et politiques du code d�Andrzej Zamoyski (1778-1780). Stanislas se replia donc sur son</p><p>� minist�re � de l��ducation nationale, qui resta la grande oeuvre du r�gne. Il s�endetta lourdement par un m�c�nat somptueux, qui visait � relever son prestige et � r�habiliter la Pologne dans l�opinion de l�Europe des lumi�res.</p><p>S�il s�entoura d�artistes �trangers (Marcello Bacciarelli, Domenico Mer-lini, Bernardo Bellotto, Andr� Le Brun, Jean-Pierre Norblin de la Gourdaine) pour reconstruire le ch�teau royal de Varsovie et cr�er le palais d��t� de &#x141;azienki (� les Bains �), il fit beaucoup pour former et lancer les talents nationaux, pour inspirer ou soutenir la renaissance litt�raire, car le livre, le journal, le th��tre consolidaient le camp r�formateur. Son go�t s�r et raffin� imprima aux lettres et aux arts qui fleurirent sous sa protection l�unit� du</p><p>� style Stanislas Auguste �. Stanislas appuya toutes les initiatives favorables � l�essor de l��conomie, auquel il contribua par la cr�ation de manufactures mod�les et de la Commission des mines (1782).</p><p>Du triomphe �ph�m�re</p><p>� la d�ch�ance</p><p>L�ardeur des patriotes qui secou�rent la tutelle russe � la faveur de la conjoncture internationale (1788) bouleversa son syst�me politique lors de la</p><p>� Grande Di�te � (1788-1792), redevenue souveraine dans l�alliance avec la Prusse. Le souverain exhorta la Di�te � m�nager la Russie et � se m�fier de Berlin, essuyant beaucoup d�humiliations.</p><p>Mais, patient et souple, il avan�ait avec cons�quence la ligne de r�formes qu�il avait m�dit�es et regagnait du prestige � mesure que la majorit�, unie par la seule russophobie, se divisait sur l�ordre � instaurer. C�est � partir de son projet que les r�formateurs r�solus �tablirent avec lui, en secret, le texte de la Constitution et la manoeuvre qui permit de la faire adopter le 3 mai 1791 avec l�appui enthousiaste des Varsoviens.</p><p>La r�publique nobiliaire se muait en monarchie parlementaire sous la devise � le roi avec la nation, la nation avec le roi � ; Stanislas Auguste v�cut une ann�e d�extraordinaire popularit�.</p><p>L�intervention russe, qu�il redoutait, ruina irr�m�diablement sa position.</p><p>Berlin reniant ses engagements, la plupart des membres du Conseil dout�rent avec le roi de l�issue de la r�sistance arm�e et conseill�rent � celui-ci d�adh�rer � la Conf�d�ration de Tar-gowica, comme l�exigeait Catherine, qui l�avait machin�e contre � la r�volution criminelle de 1791 �. Le roi capitula (24 juill. 1792), esp�rant �viter le second partage, qu�il finit par accepter en 1793 pour figurer encore � la t�te du petit �tat r�siduel, o� le pouvoir appartint � l�ambassadeur russe. La nation rejeta le � roi poltron �, le � tra�tre �</p><p>honni par les enthousiastes de la R�-</p><p>volution fran�aise. Stanislas Auguste chercha, dans les coulisses, � prendre quelque influence sur l�insurrection nationale (1794) gr�ce aux liens conserv�s avec les mod�r�s et se d�clara solidaire des insurg�s. Mais la radicalisation du peuple de Varsovie mettait sa vie en danger. L�insurrection �cras�e, Catherine rel�gua Stanislas � Grodno, o� il dut abdiquer le 25 novembre 1795, conform�ment au troisi�me partage, qui supprimait � pour toujours �</p><p>le royaume de Pologne. Paul Ier le fit venir � sa cour, o� il s��teignit le 12 f�-</p><p>vrier 1798. Les M�moires de Stanislas Auguste, �crits en fran�ais, furent vers�s aux archives russes et partiellement publi�s seulement en 1914-1924.</p><p>Si le m�rite de son oeuvre culturelle</p><p>a toujours fait l�unanimit�, Stanislas Auguste Poniatowski, en tant que souverain et homme politique, alimente encore les plus vives controverses. Ses derniers historiens soulignent l�aspect positif de l�action qu�il poursuivit avec des moyens aussi disproportionn�s aux forces ligu�es contre son ambition, qui se confondait avec le rel�vement de la Pologne.</p><p>C. G.</p><p>F Pologne.</p><p>J. Fabre, Stanislas-Auguste Poniatowski et l�Europe des lumi�res (Les Belles Lettres, 1952). / A. Zahorski, la Politique de Stanislas-Auguste (en polonais, Varsovie, 1959). / E. Ros-tworowski, le Dernier Roi de la R�publique (en polonais, Varsovie, 1966).</p><p>Stanley (John</p><p>Rowlands, sir</p><p>Henry Morton)</p><p>Explorateur britannique (Denbigh, pays de Galles, 1841 - Londres 1904).</p><p>De tr�s modeste origine, enfant naturel, il est abandonn� par sa m�re et recueilli quelque temps par son grand-p�re, puis par des oncles avant d��tre confi�, � six ans, � un asile, l�� Union Workhouse � de Saint Asaph, �tablissement sinistre, mais o� il fait cependant une brillante scolarit�. Il s��vade � quinze ans, apr�s s��tre r�volt� contre les mauvais traitements dont il �tait victime, trouve asile chez un cousin, puis obtient un petit emploi � Liverpool : l�, il se lie avec des gens de mer et s�embarque comme mousse sur un bateau en partance pour La Nouvelle-Orl�ans (1858). Arriv� en Am�rique sans la moindre ressource, il a la chance de se faire prot�ger par un n�gociant, qui lui trouve un emploi, le consid�re bient�t comme son fils et lui donne m�me son nom, Stanley. Mais le bienfaiteur meurt � la veille de la guerre de S�cession. Sans enthousiasme, son fils adoptif doit s�engager dans les rangs sudistes. Prisonnier des nordistes � la downloadModeText.vue.download 402 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10357</p><p>bataille de Shiloh (6 avr. 1862), il ne tarde pas � changer de camp, mais, malade, il est r�form�.</p><p>D�sormais, enti�rement libre de</p><p>toute obligation, il voyage en Europe, puis revient en Am�rique � la fin de la guerre et reprend l�uniforme des f�d�-</p><p>r�s. Il trouve alors une premi�re vocation en envoyant � des journaux des comptes rendus sur les combats dont il a �t� t�moin. La guerre finie, il reprend ses voyages, gagne l�Asie Mineure, o� il est prisonnier de bandits pendant quelques semaines. Les r�cits de ses aventures sont de plus en plus appr�-</p><p>ci�s. Rentr� aux �tats-Unis, il devient un journaliste cot� et donne des articles sur les � guerres indiennes � auxquelles il assiste. En 1868, le New York Herald l�envoie � couvrir � une campagne britannique contre l��thiopie ; c�est l�occasion d�un scoop � sensation extorqu� par des moyens obliques : Stanley a soudoy� les responsables du t�l�graphe de Suez et obtenu une priorit� de transmission. Ainsi, les lecteurs du journal connaissent la chute de la forteresse de Magdala bien avant les ministres de la reine Victoria... Stanley est d�sormais un grand � reporter �.</p><p>En 1869, il part pour l�Espagne afin de d�crire une insurrection carliste.</p><p>Mais Stanley va bient�t d�laisser le journalisme et trouver la gloire avec une autre vocation, celle d�explorateur : le monde est sans nouvelles du grand Livingstone*, dont on sait simplement qu�il est, s�il vit encore, quelque part vers les grands lacs du centre de l�Afrique. Le directeur du New York Herald, James Gordon Ben-nett, met de grands moyens financiers � la disposition de son reporter pour retrouver le missionnaire �cossais. Stanley part le 21 mars 1871 de la r�gion de Zanzibar, avec une immense caravane, comprenant pr�s de 200 personnes.</p><p>Retard� par des conflits, auxquels il se m�le, par des d�sertions et des mutineries dans ses rangs, il parvient enfin au village d�Ujiji, sur la rive orientale du lac Tanganyika. C�est alors la c�l�bre rencontre des deux grands explorateurs (10 nov. 1871). Apr�s une exploration commune vers le nord et l�est, Livingstone, pourtant tr�s fatigu� par ses</p><p>ann�es d�exploration, refuse de revenir avec Stanley, malgr� les pressions de ce dernier. � son retour, Stanley conna�t la c�l�brit�, mais aussi la jalousie et l�hostilit� d�une partie de l�opinion britannique, qui le croit Am�ricain et qui n�appr�cie pas ses m�thodes d�exploration, ostentatoires, brutales, proches de l�exp�dition militaire : on va jusqu�� mettre en cause l�authenticit� des lettres de Livingstone qu�il a rapport�es...</p><p>Apr�s avoir suivi la campagne des troupes britanniques contre les Achan-tis de la C�te-de-l�Or (Gh&#x101;na) [1873-1874], Stanley se persuade, � la mort de Livingstone, qu�il doit reprendre le flambeau de l�exploration et �claircir enfin le dernier grand myst�re de la g�ographie africaine, celui des sources du Nil, que l�on cherche � d�voiler depuis la plus haute Antiquit�... Avec l�aide du Daily Telegraph et du New York Herald, Stanley repart donc de Bagamoyo, en face de Zanzibar, en novembre 1874. Il gagne d�abord le lac Victoria, qu�il �tudie en d�tail gr�ce au bateau d�montable qu�il a emmen�, puis redescend vers le lac Tanganyika et parvient enfin, deux ans apr�s son d�part, sur le Lualaba, le grand fleuve o� Livingstone croyait voir l�origine du Nil. Gr�ce � l�appui d�un puissant marchand d�esclaves, Tippoo-Tip</p><p>(v. 1837-1905), il commence � descendre le Lualaba le 5 novembre 1876, se heurtant constamment � l�hostilit� des riverains. Les chutes auxquelles son nom a �t� donn� sont contourn�es en janvier 1877. Peu apr�s, il devient �vident que le fleuve s�oriente d�finitivement vers l�Ouest : le Lualaba appara�t comme le cours sup�rieur du Za�re (Congo*) ; l�une des principales d�couvertes g�ographiques du XIXe s.</p><p>est due � Stanley, dont la troupe, d�ci-m�e et �puis�e, parvient enfin � l�estuaire le 9 ao�t 1877. Le plus grand explorateur du temps va, d�sormais, se mettre au service d�un nouvel imp�-</p><p>rialisme, celui, personnel, du roi des Belges, L�opold II* : reparti discr�tement pour l�Afrique en 1879, Stanley entreprend m�thodiquement de cr�er des postes dans le bassin du Za�re pour le compte d�un � Comit� d��tudes du downloadModeText.vue.download 403 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10358</p><p>Haut-Congo �. Alors, il se heurte � l�influence fran�aise, repr�sent�e par Savorgnan de Brazza*, qui a �tabli un poste l� o� se d�veloppera Brazzaville : la rivalit� entre les deux hommes sera vive. Mais, par son labeur acharn�, les centaines de trait�s qu�il signera avec des chefs locaux, Stanley r�ussit, cependant, � jeter les bases de l�� �tat ind�pendant du Congo �, qui fut plac� sous la souverainet� de L�opold II (1885). Toutefois, le manque de diplomatie de l�explorateur, ses rapports difficiles avec les Fran�ais rendent impossible la poursuite de sa t�che dans des r�gions o� la politique internationale, c�est-�-dire la mise au point du partage imp�rialiste de l�Afrique, prend le pas sur l�exploration. Une diversion s�offre alors � Stanley : Emin bey (plus tard Emin pacha), gouverneur de l�Equatoria, au service de l��gypte, est assi�g� dans la r�gion du lac Albert par les rebelles mahdistes. Stanley est charg�, par un comit� philanthropique, d�aller le d�livrer. � partir de juin 1887, son exp�dition remonte le Za�re, puis un affluent, l�Arouhouimi. Apr�s un voyage tr�s p�nible � travers la grande for�t, Emin bey est retrouv� le 28 avril 1888 ; il re�oit son � lib�rateur � avec faste et n��prouve pas du tout le besoin d��tre � secouru � : Stanley doit beaucoup insister pour le ramener vers Zanzibar. Peu apr�s son retour d�Afrique, Stanley se marie avec une descendante de Cromwell (1890) et entreprend des tourn�es de conf�rences triomphales en Europe, puis aux �tats-Unis et jusqu�en Nouvelle-Z�lande. Il avait �t� naturalis� am�ricain en 1885, mais il retrouve la nationalit� britannique en 1892 et peut alors entamer une carri�re politique, qui sera d�ailleurs terne, en se faisant �lire aux Communes comme lib�ral-unioniste (1895).</p><p>S. L.</p><p>H. Stanley, The Autobiography (Londres, 1909 ; trad. fr. Autobiographie, Plon, 1911, 2 vol.). / J. Wassermann, Bula Matari. Das Leben Stanleys (Berlin, 1932 ; trad. fr. la Vie de Stanley, A. Michel, 1933). / P. Daye, Stanley (Grasset,</p><p>1936). / J.-M. Aimot, Stanley, le dernier conquis-tador (Sfelt, 1952). / M. Luwel, Stanley, sa vie et ses explorations au coeur de l�Afrique noire (Elsevier, 1959). / R. de Castries, les Rencontres de Stanley (France-Empire, 1960).</p><p>Staphylocoque</p><p>Bact�rie extr�mement r�pandue, responsable d�infections dont la gravit� est tr�s variable, mais qui peut �tre tr�s grande.</p><p>L�infection � Staphylocoque, ou</p><p>staphylococcie, est fr�quente ; toutefois, elle n�existe pas obligatoirement chaque fois qu�il y a des Staphylocoques sur la peau, dans les glandes s�bac�es ou dans le rhinopharynx, dont ils sont des h�tes habituels. Le r�le pathog�ne du Staphylocoque est en effet variable et ne s�exerce que dans des conditions locales et g�n�rales particuli�res.</p><p>Bact�riologie</p><p>Les Staphylocoques sont des coques (sph�res) group�s en grappe et prenant un aspect de � grappe de raisin � (en gr. staphul�, raisin). Ils se colorent par la m�thode de Gram : on dit qu�ils sont</p><p>� Gram positifs �. A�roana�robies, ils donnent des colonies lisses, luisantes, g�n�ralement pigment�es de jaune lorsque la souche est pathog�ne (les Staphylocoques non pigment�s sont habituellement non pathog�nes). La s�cr�tion d�une coagulase (enzyme), la fermentation du mannitol sont �galement des crit�res classiques de pathog�nicit�. En fait, des Staphylocoques ne poss�dant pas ces caract�res biochimiques peuvent, n�anmoins, �tre � l�origine d�infections s�v�res (endocardites). Enfin, les Staphylocoques s�cr�tent des toxines h�molysantes (d�truisant les h�maties) et n�crosantes (mortifiant les tissus).</p><p>La classification des Staphylocoques utilise � la s�rotypie (les s�rums), mais surtout la lysotypie ; cette derni�re nomenclature est d�finie par la sensibilit� des couches � certains Virus (bact�riophages ou phages), qui ont la propri�t� de lyser (de dissoudre) certains Staphylocoques. Cette sensibilit� est correl�e � la sensibilit� des souches</p><p>aux antibiotiques.</p><p>Pathologie</p><p>L�infection staphylococcique rev�t de multiples aspects, mais les l�sions staphylococciques ont en commun leur tendance n�crotique, la suppuration abondante et la fr�quence des thromboses veineuses septiques, source de diss�mination. Dans certains cas, l�infection est favoris�e par une maladie r�duisant les d�fenses de l�organisme, tel le diab�te. Ailleurs, elle survient de mani�re plus banale, apr�s un contact avec un porteur de germes (h�pital, cr�che).</p><p>Le Staphylocoque s�est remarqua-</p><p>blement adapt� aux antibiotiques* qui lui ont �t� successivement oppos�s, et qui ont s�lectionn� des souches r�sistantes. Ces souches survivent gr�ce � la s�cr�tion d�enzymes inactivant en particulier les p�nicillines (p�nicillinases).</p><p>De plus, certains Staphylocoques sont susceptibles de r�sistance par mutation chromosomique, qui les rend tol�rants � certains antibiotiques. L�infection staphylococcique est donc redoutable en milieu hospitalier du fait des possibilit�s d�adaptation du germe.</p><p>Manifestations cliniques</p><p>La peau</p><p>Parmi les staphylococcies cutan�es, le furoncle est la plus banale.</p><p>La folliculite (inflammation du seul follicule pileux), volontiers r�cidivante, est d�origine staphylococcique comme l�orgelet (atteinte d�un cil), le sycosis de la barbe ou l�onyxis, qui atteint l�ongle.</p><p>Le panaris, d� � une inoculation staphylococcique, atteint la pulpe des doigts ou les phalanges. Le risque majeur est celui d�atteinte de la gaine des fl�chisseurs des doigts. Il s�agit, de toute fa�on, d�une affection chirurgicale.</p><p>L�imp�tigo est aussi souvent d�origine staphylococcique que d�origine streptococcique, surtout chez le nourrisson mal entretenu.</p><p>Chez le nouveau-n�, des infections cutan�es staphylococciques sont fr�-</p><p>quentes. Le pemphigus �pid�mique, tr�s contagieux, respecte les paumes et les plantes. Des n�croses cutan�es �tendues peuvent �galement s�observer. L�acn�, survenant sur un terrain hormonal particulier, est la r�sultante probable d�une hypersensibilit� cutan�e. Des �ruptions d�allure scarlatini-forme peuvent �galement s�observer.</p><p>Enfin, des infections oto-rhino-laryn-gologiques (sinusites, otites) peuvent �tre dues au Staphylocoque.</p><p>Le furoncle</p><p>C�est l�infection d�un follicule pileux et du tissu avoisinant par le Staphylocoque dor�.</p><p>Il d�bute par une petite saillie acumin�e, rouge, indur�e, douloureuse. Celle-ci grossit en quelques jours ; son sommet devient pustuleux, se rompt et laisse sourdre du pus. Ult�rieurement, les tissus voisins n�-</p><p>cros�s s��liminent sous forme d�un � bourbillon blanch�tre �. Ce dernier est une caract�ristique essentielle du furoncle ; son �limination pr�c�de la gu�rison. Toutes les localisations sont possibles : nuque, dos, fesses, pubis, face. Le furoncle de la l�vre sup�rieure et celui de l�aile du nez doivent faire redouter la phl�bite et la thrombose des sinus veineux du cr�ne, de pronostic s�v�re. Ils imposent une th�rapeutique d�urgence (radioth�rapie anti-inflammatoire et antibioth�rapie intensive). Les furoncles du conduit auditif externe sont tr�s douloureux et r�cidivants.</p><p>L�anthrax est fait d�une agglom�ration de furoncles et s�accompagne d�oed�me �tendu de voisinage ainsi que de signes g�n�raux marqu�s. Les foyers multiples et anfractueux exigent plusieurs semaines pour se vider. Il persiste le plus souvent une cicatrice r�tractile et �toil�e. Chez les diab�tiques ou les vieillards d�bilit�s, le pronostic reste r�serv� � cause de la possibilit� d�un phlegmon ligneux ou d�un anthrax diffus.</p><p>La furonculose consiste dans la r�p�tition, pendant des mois, voire des ann�es, de furoncles survenant soit dans une m�me zone (furonculose r�gionale ou localis�e), soit en des points �loign�s les uns des autres (furonculose g�n�ralis�e) : chez tout furonculeux, il est n�cessaire</p><p>de rechercher le diab�te par une analyse d�urines, qui pourra montrer la pr�sence de glucose (glycosurie). En l�absence de celui-ci, il est prudent de faire pratiquer l��preuve de l�hyperglyc�mie provoqu�e (v. diab�te).</p><p>Le diagnostic du furoncle est facile.</p><p>L�acn� furonculeuse ne comporte pas de bourbillons. Le bouton d�Orient est indolore et d��volution torpide (v. leish-maniose). La pustule charbonneuse ne tarde pas � prendre la teinte noire qui la caract�rise.</p><p>A. C.</p><p>Les os</p><p>L�ost�omy�lite aigu� est une affection de l�enfant, li�e � la localisation osseuse d�une bact�ri�mie � Staphylocoque. Elle atteint la r�gion m�taphysaire des os longs, � loin du coude ou pr�s du genou �, mais aussi la hanche (nourrisson) et les vert�bres. Le d�but clinique est tr�s aigu avec fi�vre, malaise g�n�ral, douleur intense. �</p><p>l�examen, on retrouve une douleur m�taphysaire circulaire. Les h�mocultures peuvent �tre positives. � ce stade, la radiographie ne donne pas de renseignements, mais le traitement est urgent. Ce traitement (antibiotique plus immobilisation pl�tr�e) peut permettre d��viter l��volution vers l�abc�s sous-p�riost� et l�atteinte de la diaphyse de l�os. Le traitement est tr�s difficile si ce stade est atteint, et le passage � la chronicit� est possible (forme la plus fr�quente autrefois). Chez le petit enfant et surtout le nourrisson, l�os-t�omy�lite aigu� fait courir le risque de troubles graves de la croissance osseuse, outre les risques vitaux de diss�mination staphylococcique. Les localisations vert�brales primitives ou secondaires (septic�mies) font courir le risque d��pidurite staphylococcique, avec �volution vers la compression downloadModeText.vue.download 404 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10359</p><p>m�dullaire et avec parapl�gie souvent d�finitive malgr� le traitement.</p><p>� c�t� de ces atteintes osseuses, des arthrites staphylococciques primitives ou secondaires peuvent s�observer.</p><p>L�appareil respiratoire</p><p>Les staphylococcies pleuro-pulmonaires sont redoutables chez l�adulte, mais surtout chez le nourrisson. Chez l�adulte, elles repr�sentent plus souvent des l�sions m�tastatiques au cours d�une septic�mie ou une surinfection au cours d�une pneumopathie virale.</p><p>Chez le nourrisson, elles sont graves, avec d�but brutal se manifestant par des troubles respiratoires ou, plus souvent, par des troubles digestifs, domin�s par un m�t�orisme abdominal. Ces atteintes r�alisent une pneumopathie bulleuse, avec risque de pneumothorax multiples et d�insuffisance respiratoire aigu�.</p><p>Les voies urinaires et g�nitales Les staphylococcies urog�nitales sont classiques. L�abc�s de la prostate est assez fr�quent au cours des septic�mies � Staphylocoque. Les py�lon�phrites staphylococciques sont fr�quentes surtout chez les diab�tiques. Les abc�s du rein peuvent passer presque inaper�us et �voluer favorablement sous antibioth�rapie. Certains, cependant, s�ouvrant dans l�espace celluleux p�rir�nal, sont la cause du phlegmon p�rin�ph-r�tique, qui se traduit par de la fi�vre, une alt�ration de l��tat g�n�ral, des signes lombaires. Un geste chirurgical (drainage) compl�te n�cessairement l�antibioth�rapie.</p><p>L�intestin</p><p>Les staphylococcies intestinales se pr�-</p><p>sentent sous deux aspects.</p><p>y Les toxi-infections alimentaires sont observ�es par petites �pid�mies apr�s consommation souvent collective d�aliments souill�s (charcuterie, glace, cr�me). C�est l�ent�rotoxine staphylococcique qui est responsable des troubles : ce n�est donc pas une infection � proprement parler, mais une intoxication. Tr�s rapidement apr�s l�ingestion de l�aliment (de 2</p><p>� 3 heures) apparaissent des vomissements, des douleurs abdominales, de la diarrh�e. Rapidit� d�apparition,</p><p>absence de fi�vre, �volution r�gressive spontan�e en quelques heures permettent la distinction avec les toxi-infections � Salmonelles.</p><p>y L�ent�rocolite, complication de l�antibioth�rapie, est une infection caract�ris�e par une diarrh�e abondante, une d�shydratation et le remplacement quasi exclusif de la flore normale par des Staphylocoques. Le pronostic est s�v�re.</p><p>Les septic�mies</p><p>Les septic�mies � Staphylocoque sont fr�quentes et graves. Elles sont li�es � la lib�ration de germes dans la circulation � partir d�une thrombophl�bite septique d�velopp�e au contact d�une l�-</p><p>sion souvent cutan�e (furoncle, plaie), mais aussi ut�rine (avortement), dentaire ; un geste chirurgical, un sondage v�sical peuvent �tre �galement responsables. Le risque majeur de ces septic�mies tient � la r�sistance fr�quente du Staphylocoque aux antibiotiques, d�autant que les souches rencontr�es sont souvent d�origine hospitali�re et, par cons�quent, � s�lectionn�es �.</p><p>Dans la forme habituelle, la fi�vre est oscillante, irr�guli�re. La spl�nom�galie (grosse rate) est fr�quente. L��tat g�n�ral est alt�r�. Une porte d�entr�e �vocatrice (un furoncle par exemple) est souvent retrouv�e, et l�examen peut mettre en �vidence des l�sions cutan�es purpuriques (petites h�morragies dans le derme) ou n�crotiques �vocatrices. Devant ce tableau caract�ristique du syndrome septic�mique, des h�mocultures sont demand�es, qui d�-</p><p>montreront la nature staphylococcique et permettront l��tude de la sensibilit� du germe. Le traitement mis en oeuvre apr�s un bilan g�n�ral qui recherche des localisations, on suivra l��volution gr�ce � la courbe thermique, � l��tat g�n�ral et aux h�mocultures. Le risque principal est celui de d�terminations m�tastatiques septiques. Il peut s�agir, outre les l�sions cutan�es d�j� cit�es, de localisations pulmonaires et pleurales souvent multiples, de localisations osseuses, dont certaines (vert�bres) font courir des risques neurologiques graves, de localisations r�nales (abc�s miliaires du rein, infarctus r�naux) m�ning�es et c�r�brales,</p><p>h�patiques ou spl�niques, oculaires.</p><p>Les endocardites staphylococciques sont particuli�rement graves. Elles s�observent chez des malades porteurs de l�sions valvulaires pr�alables, mais peuvent survenir de mani�re primitive.</p><p>Elles �voluent de mani�re aigu� dans la majorit� des cas, avec le risque de d�faillance cardiaque rapide, s�ajoutant � celui de d�terminations septiques multiples � distance. Elles peuvent imposer rapidement, ou lors de la convalescence, des interventions de chirurgie cardiaque � r�paratrices �. Les endocardites tricuspidiennes (coeur droit) apr�s avortement septique ou chez les drogu�s qui se piquent dans les veines (thrombophl�bites septiques) sont de plus en plus fr�quentes. Des endocardites, enfin, peuvent s�observer apr�s chirurgie cardiaque, imposant parfois l�ablation de la proth�se valvulaire, qui constitue un foyer septique.</p><p>Parmi les formes cliniques des septic�mies, � c�t� des formes suraigu�s mortelles en quelques heures, il faut placer la staphylococcie maligne de la face, habituellement secondaire � un furoncle de la l�vre sup�rieure � manipul� �. Le risque est celui de thrombose extensive au sinus caverneux (confluent veineux intracr�nien), avec ses cons�quences redoutables sur le plan neurologique.</p><p>Des staphylococcies chroniques</p><p>peuvent s�observer soit d�embl�e, soit apr�s une p�riode aigu� initiale. L��volution peut �tre �maill�e de m�tastases infectieuses osseuses ou r�nales durant des ann�es, avec le risque d��closion d�une v�ritable septic�mie. D�o� la r�gle de toujours traiter tout foyer staphylococcique.</p><p>Traitement</p><p>Il doit �tre rigoureux pour �viter l��volution vers les formes graves. Le traitement des formes localis�es associe toujours les soins locaux � l�antibioth�rapie : pulv�risation sur un furoncle, immobilisation d�une ost�omy�lite, incision d�un panaris collect�, etc. Il faut �galement traiter le terrain, rechercher un diab�te et d�pister les porteurs de germes (cr�che).</p><p>Le traitement des infections graves (septic�mies, endocardites, m�ningites) repose sur l�antibioth�rapie.</p><p>Celle-ci ne doit �tre faite qu�apr�s les pr�l�vements bact�riologiques, permettant l��tude de la sensibilit� aux antibiotiques. Elle doit �tre bact�ricide.</p><p>Le traitement doit �tre poursuivi au moins quatre semaines. Le terrain sera �galement trait�. Il est fondamental d�associer � l�antibioth�rapie la chirurgie de la porte d�entr�e ou des foyers secondaires, dans bon nombre de cas.</p><p>La pr�vention g�n�rale de l�infection staphylococcique passe par une politique saine de l�antibioth�rapie, surtout en milieu hospitalier pour �viter la s�lection de souches r�sistantes, par le respect des r�gles d�asepsie lors des gestes m�dico-chirurgicaux d�exploration ou de traitement et par l�abstention de toute manipulation des l�sions cutan�es staphylococciques.</p><p>P. V.</p><p>D. E. Rogers et coll., Staphylococcal Infections (New York, 1956). / R. Worms, l�Affection staphylococcique (Flammarion, 1960). /</p><p>M. Neuman, l�Antibioth�rapie anti-staphylococcique (�d. Heures de France, 1963).</p><p>stars</p><p>� La star est une vedette de cin�ma, co-m�dien ou com�dienne, qui ne sait pas forc�ment jouer la com�die ou bouger sur un �cran, mais qui poss�de quelque chose en plus � (Greta Garbo).</p><p>� Le ph�nom�ne des stars est � la fois esth�tique, magique et religieux �</p><p>(Edgar Morin, les Stars, 1972).</p><p>Le cin�ma na�t en 1895. Les stars apparaissent en 1908. Apr�s une courte p�riode o� le cin�matographe d�veloppe ses effets magiques sans faire usage de h�ros ni de vedettes, le mythe de la star appara�t pour la premi�re fois, issu des feuilletons et des bandes dessin�es : c�est � Nick Carter ou � Fantomas que le public tend � s�identifier. Mais ces stars-l� ne sont que personnages de fiction. Parall�lement et toujours en France, le cin�ma voit jaillir ses premiers h�ros comiques : Max Linder d�bute au cin�ma en 1905, et ses exploits, qui attirent instantan�-</p><p>ment les foules, en font une des premi�res stars. Son cachet, de 20 F en 1905, passe � 150 000 F en 1909.</p><p>L��poque n�est pas loin o� la personnalit� de l�interpr�te passera les limites du personnage. Car une star, c�est cela : le h�ros unique d�un film ou d�une s�rie, qui devra faire place � une multitude de h�ros, � la fois diff�rents et semblables, dans lesquels le public retrouvera son � dieu �, s�identifiera � lui pour en faire l�objet d�un r�ve ou d�un culte. Alors, le nom de l�interpr�te deviendra plus fort que celui du personnage incarn�, et la dialectique qui s�op�rera entre le r�le et l�acteur permettra � la star de s��panouir.</p><p>Apr�s la courte h�g�monie des personnages de feuilletons et des h�ros comiques (Linder en France ou le gros Fatty [Roscoe Arbuckle] aux �tats-Unis) et une br�ve utilisation des grandes vedettes du th��tre de l��poque dans quelques films d�� art �</p><p>(May Irvin et John Rice �changeant le premier baiser du cin�ma dans le Baiser, pr�cis�ment, de Raff et Gam-mon, ou bien Sarah Bernhardt tournant l�Aiglon), le premier des grands producteurs, Adolph Zukor, sent que le public, de plus en plus, r�clame de nouvelles vedettes, de nouvelles effigies � adorer. Il ach�te la s�rie des films d�� art � fran�ais et fonde la � Famous Players � (1912-13).</p><p>downloadModeText.vue.download 405 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10360</p><p>Cette compagnie, qui se refuse � utiliser les grandes gloires th��trales pour d�couvrir de nouveaux visages, va contribuer � l��volution du cin�ma hollywoodien. Ce n�est plus le film lui-m�me qui sera la vedette ou l�unique spectacle, mais l�acteur ou l�actrice qui en tiendra le r�le principal. Il faut noter que cette �volution s�accomplit en m�me temps aux �tats-Unis et en Europe. En effet, au Danemark, une s�rie de drames mondains ou historiques viennent de r�v�ler Asta Niel-sen, premi�re des grandes stars du ci-n�ma, surnomm�e la � Sarah Bernhardt scandinave � ou la � Duse du Nord �.</p><p>La passion, qui est le principal moteur des m�lodrames dont elle est l�h�ro�ne, ravage son visage de trag�dienne aux traits durs, � l�expression intense. Le cin�ma danois esquisse d�j� le monde d�Hollywood, auquel il va fournir deux accessoires indispensables : la</p><p>� vamp � et le baiser. C�est en effet au Danemark que na�t la femme fatale, qui, depuis le romantisme, tra�ne dans la litt�rature, la bonne comme la mauvaise. Cette cr�ature est m�me si typiquement danoise qu�en 1914 la com�-</p><p>dienne Theodosia Goodman prendra un pseudonyme � consonance danoise pour transplanter son personnage en sol californien : ce sera Theda Bara.</p><p>En Italie, � la m�me �poque, s��tablit la vogue des grandes mises en sc�ne, des d�cors gigantesques et des colossales sc�nes de foule, au milieu desquelles se distinguent d�abord un couple vedette, Mary-Cleo Tarlarini et Alberto Capozzi (la Chute de Troie, de G. Pastrone, alias P. Fosco, 1912), et surtout les grandes divas, Lyda Borelli, Francesca Bertini ou Lina Cavalieri (� la Belle des belles �), qui seront aussi bien Messaline que Cabiria, Th�odora de Byzance ou Lucr�ce Borgia. C�est le r�gne du divisme, celui des vedettes qui, d�sormais, r�gissent le cin�ma italien, refusant de tourner telle sc�ne qui ne les met pas suffisamment en valeur ou exigeant des salaires astronomiques.</p><p>En 1914, la star Febo Mari refuse de porter la barbe pour jouer Attila, fl�au de Dieu. La star d�termine le r�le plus qu�elle n�est d�termin�e par lui. Hollywood n�est pas loin.</p><p>� Hollywood, justement, Mary</p><p>Pickford (n�e en 1893) devient une grande vedette, puis une star. Arrach�e � la Biograph par le producteur allemand Carl Laemmle, un d�couvreur de talents, � Little Mary � est la premi�re star exemplaire. Son titre de � petite fianc�e du monde � la destine imm�-</p><p>diatement � la projection-identification du spectateur dans les malheurs cin�matographiques qui lui arrivent, de film en film. En 1919, les contenus des films, leur r�alisation et leur publicit� gravitent autour du nom des stars : Pickford ou Lilian Gish (n�e en 1896), ou encore sa soeur Dorothy Gish. Les premi�res stars masculines font leur</p><p>apparition ; elles ne sont pas encore des</p><p>� idoles de l�amour �, mais plut�t les continuateurs des h�ros valeureux, athl�tiques et bondissants, des premi�res bandes. Tom Mix et surtout Douglas Fairbanks (1883-1939) connaissent la c�l�brit�. Le Signe de Zorro (de F. Niblo, 1920), Robin des Bois (de A. Dwan, 1922), le Voleur de Bagdad (de R. Walsh, 1924) imposent Fairbanks comme l�incarnation de l�optimisme et de l�esprit d�entreprise. Cet acteur est l�arch�type du h�ros plein de verve et de sant�. C�est la star id�ale.</p><p>De leur c�t�, les soeurs Gish ouvrent l��re glorieuse de la vierge innocente ou mutine, aux yeux grands et cr�dules, aux l�vres entr�ouvertes ou gentiment moqueuses. Elles sont l�image de la candeur, qu�on retrouve dans Naissance d�une nation (1915), Intol�rance (1916), Coeurs du monde (1918), le Lys bris� (1919) ou encore � travers l�orage (1920), tous de Griffith.</p><p>En m�me temps, la vamp, issue des mythologie � nordiques, et la grande prostitu�e, fruit des mythologies italiennes, tant�t se confondent, tant�t se distinguent au sein de l�arch�type de la femme fatale, qui devient assez rapidement universel. S�il touche peu la France, qui n�est, n�a jamais �t� et ne sera jamais par la suite un terrain propice � l��closion des stars, l�arch�-</p><p>type atteint le Japon, o� la vamp appara�t en 1922 sous les traits de Shoharo Hanayagi.</p><p>Dans les ann�es 20, le western commence � s��panouir, les studios prolif�rent en Californie et au h�ros aventurier succ�de (et s�ajoute) le h�ros d�amour, aux traits l�g�rement eff�-</p><p>min�s, au regard de braise. Rudolph Valentino est le prototype de cette nouvelle cat�gorie d�idoles. Qu�il interpr�te le Cheik (1922), l�Aigle noir (1925) ou le Fils du cheik (1926), il magn�tise les foules du monde entier.</p><p>Sa mort, en 1926, est le point culminant de la grande �poque des stars.</p><p>Deux femmes se suicident pour lui, et ses obs�ques d�clenchent une hyst�rie collective unique dans l�histoire du cin�ma. � leur apog�e sur l��cran correspond l�apog�e de la vie � la fois mythique et r�elle des stars d�Hollywood. C�est � cette �poque que ces idoles excentriques se font construire</p><p>d�incroyables ch�teaux, des r�sidences �voquant les temples antiques, avec piscines, m�nageries et chemins de fer priv�s. L�essentiel, pour la star de ces ann�es-l�, c�est de vivre au-dessus du commun des mortels. Les stars f�minines, par exemple, n�acceptent le mariage que si le conjoint est aristocrate ou prince. Rien de r�aliste dans leur vie priv�e ne doit venir entraver l�adoration exalt�e que leur vouent les foules.</p><p>Entre la vierge et la femme fatale surgit alors un animal bizarre, fabuleux et mythique : la Divine. Greta Garbo (n�e en 1905), myst�rieuse et souveraine, pi�tine un peu avant de devenir vedette incontest�e dans le Torrent (1926) et surtout dans la Femme divine (1927). Le cin�ma, qui ne parle pas encore, s�exprime et souffre � travers elle comme il ne le fit jamais. En effet, la popularit�, le rayonnement de Garbo, l�ampleur de son emprise ne seront jamais �gal�s, ni dans l��tendue ni dans la qualit�. Perdue dans son r�ve, tour � tour Anna Karenine (1927), Mata-Hari (1931), la reine Christine (1934), Marguerite Gautier (1937) ou Marie Walewska (1937), elle passe, ailleurs, totalement inaccessible. De l� na�tra son divin myst�re. Elle transcende la femme fatale par la puret� de son �me, le plus souvent r�v�l�e en fin de film, selon les canons habituels d�Hollywood. Trop grande pour le cin�ma, c�est � peine si elle daignera tourner quelques films, comme par hasard, avant de s�enfermer dans le silence absolu. Elle reste immortelle.</p><p>� partir de 1930, cependant, le</p><p>cin�ma change. Les films deviennent plus complexes, plus r�alistes ou plus gais, mais leur psychologie s�affine. La multiplication des th�mes au sein d�un m�me film correspond � la demande d�un public qui s��largit consid�rablement. Les stars se doivent d�ob�ir � cette �volution. Les films de Marl�ne Dietrich (n�e en 1902), d�couverte par Josef von Sternberg, qui lui fait interpr�ter l�Ange bleu (1930), ne sont pas aussi simples, aussi traditionnels que ceux de Garbo. Aujourd�hui encore, on les voit avec plaisir, parce que leur baroque est profond�ment inscrit dans nos aspirations modernes.</p><p>L�Imp�ratrice rouge (1934), la Femme</p><p>et le pantin (1935), mais aussi Shanghai-Express (1932) ou Coeurs br�l�s (1931) nous fascinent toujours, parce que leur �rotisme, savamment diffus� par Sternberg, n�est jamais froid. Au contraire, le caract�re agressif de Marl�ne, s�il d�range vite le public am�ricain de l��poque, assure � la star, � sa sensualit� trouble, o� le bien et le mal se combinent de fa�on �trange, une indiscutable �ternit�. Marl�ne symbolise encore pour beaucoup, en 1976, le r�ve de la f�minit� mythique et humaine.</p><p>En ce qui concerne les stars masculines, l�arriv�e du parlant et les exigences du public contribuent � faire des h�ros de l��cran des mod�les combinant adroitement l�exceptionnel et l�ordinaire, l�id�al et le quotidien.</p><p>L�identification de l�homme de la rue au h�ros de film s�appuie de plus en plus sur la r�alit�. Avec l�intrusion des gangsters et de la prohibition dans les films, la star perd de sa noblesse et peut m�me, � la rigueur, devenir vulgaire (artistiquement, bien entendu).</p><p>Les canons de la beaut� �voluent, et les maquillages ne tendent plus � estomper les d�fauts du visage, mais, au contraire, � les mettre en valeur. James Gagney, George Bancroft, Wallace Beery, George Raft ou Edward G. Robinson ne sont pas des adonis du style de Valentino, mais affirment leur virilit� : Scarface (1932), en la personne de Paul Muni, fournit l�exemple type du h�ros incarnant le mal, la noirceur et la trivialit�.</p><p>Les stars du muet, tels John Gilbert, Clara Bow, Pola Negri, les soeurs Constance et Norma Talmadge, Lon Chaney ou Gloria Swanson, ayant �t� en grande partie �limin�es par l�arriv�e triomphale du cin�ma parlant, qui devient rapidement un art, celles qui leur succ�dent sont des stars plus famili�res, d�apparence plus proches de l�homme ou de la femme de tous les jours. Les dieux de l��cran, en quelque sorte, se � profanisent �. Leur �ge �galement change. Le h�ros n�a plus n�cessairement vingt ans ; l�h�ro�ne peut m�me en avoir trente ou quinze.</p><p>L�homme m�r et la gamine font bon m�nage dans le cin�ma am�ricain des ann�es 30/40. Les grands arch�types qui ont r�gi longtemps le star-system</p><p>font place � une multitude de h�ros de moyenne grandeur, qui n�en sont pas moins des stars. Le regard clair et les fines moustaches de Clark Gable, la virilit� un peu maladroite de Gary Cooper, le style � petit gars � de Cagney ou d�Alan Ladd sont typiques de l��volution d�Hollywood. La femme fatale r�gresse, la vierge innocente aussi. Irene Dunne dans Back Street (1932), Claudette Colbert dans New York-Miami (1934) sont des cr�atures humanis�es. Il faut remarquer qu�en France, o� l�on en trouve des �quivalents avec Danielle Darrieux ou Annabella, les femmes de l��cran ne deviennent jamais des stars, mais sont seulement des vedettes, adul�es certes, mais jamais idol�tr�es. Le Jean Gabin downloadModeText.vue.download 406 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10361</p><p>de La Bandera (1935) ou de P�p� le Moko (1937), la Mich�le Morgan de Quai des brumes (1938) ne cr�ent pas un mythe proprement dit. S�ils s�illustrent dans un genre qui, lui, est devenu mythique (le r�alisme po�tique ou la trag�die exotique), les acteurs fran�ais de cette �poque, peut-�tre du fait de l�approche de la guerre, peut-</p><p>�tre aussi parce qu�ils ne portent pas en eux de charge affective, �motionnelle ou �rotique suffisante, n�atteignent pas au rang de stars.</p><p>En Am�rique, bien au contraire, le star-system fleurit toujours. Charlie Chaplin est au fa�te de la gloire, le justicier de l�Ouest se virilise, et le h�ros acrobatique du muet devient simplement un sportif : c�est le triomphe d�Errol Flynn dans Capitaine Blood (1935), la Charge de la brigade l�g�re (1936) et les Aventures de Robin des Bois (1938), de Clark Gable dans les R�volt�s du Bounty (1935) et Autant en emporte le vent (1938). L�ancienne vamp devient une � chic fille � aux dehors provocants. En elle s�op�re une synth�se de la femme fatale, de l�amoureuse et de la vierge : Joan Crawford, Bette Davis, Olivia De Havilland et Joan Fontaine (� la m�me Dynamite �) se partagent l�adulation du public international, tandis que Barbara Stanwyck</p><p>et Katharine Hepburn, (dans Sylvia Scarlett [1936] et l�Impossible M. B�b�</p><p>[1938]) imposent un nouveau type d�h�ro�ne, la femme sophistiqu�e.</p><p>L��volution est donc g�n�rale : humanisation � r�aliste � des caract�res, multiplication et nouvelle combinaison typologique des diff�rentes stars. Si les com�dies musicales, qui connaissent un grand succ�s, apportent au mythe de la femme � divine � une nouvelle jeunesse en utilisant l�ironie et la d�rision, c�est le film noir qui va diffuser sur les �crans du monde entier la nouvelle synth�se de la star au masculin.</p><p>Le film noir, en effet, supprime l�opposition sans nuances du bon policier au m�chant gangster au profit d�un type neuf et trouble : le d�tective priv� des romans de Raymond Chandler ou de Dashiell Hammett, que va incarner le plus souvent Humphrey Bogart (1899-1957). Il n�est pas beau, il n�est ni jeune, ni bien �lev�, mais, au contraire, il est cynique et m�rissant, et il va ressusciter, en l�inscrivant profond�ment dans la situation sociale et �conomique des �tats-Unis d�apr�s-guerre, le h�ros tragique des vieilles mythologies. Du Faucon maltais (1941) au Grand Sommeil (1946), de Rue sans issue (1937) au Port de l�angoisse (1944) et � Plus dure sera la chute (1956), Bogart va incarner l�aventurier hors la loi, mais tr�s humain, dont le rayonnement n�a pas un seul instant faibli jusqu�� nos jours.</p><p>Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, au fur et � mesure que le film lui-m�me reprend, en tant que tel, de l�importance et que le nom de son r�alisateur tend, de plus en plus, � attirer l�attention du public, du moins d�une fraction appr�ciable de celui-ci, le star-system para�t se fixer dans ses nouveaux cadres ; et pas plus en Italie, o�, pourtant, Anna Magnani (1908-1973) est devenue une grande vedette gr�ce � Rome, ville ouverte (1945), qu�en France, o� le couple Jean Marais - Madeleine Sologne remporte un triomphe dans l��ternel Retour (1943), on ne voit na�tre de v�ritables stars, comme en voient �clore les �tats-Unis chaque ann�e durant la m�me p�riode.</p><p>D�s 1947, une crise affecte les �tats-</p><p>Unis, la France, la Grande-Bretagne et le Benelux. Le cin�ma, peu � peu concurrenc� par la t�l�vision, cherche � se sauver par l�exotisme et l�histoire, l�aventure, la violence et l��rotisme. Les ann�es 50 consacrent Rita Hayworth (dans Gilda [1947] ou les Amours de Carmen [1949]), dont le secret se r�sume en deux mots, myst�re et sensualit�, confirment l�assez vulgaire Jane Russell, r�v�l�e par le producteur Howard Hughes dans le Banni (1943), prolongent l�aura de Lana Turner, type m�me de la � vamp � glac�e, distante et cependant �rotique (Le facteur sonne toujours deux fois [1946] ou les Ensor-cel�s [1952]), et d�couvrent leur derni�re authentique star, Marilyn Monroe (1926-1962).</p><p>Si, en 1951, la star de l�Am�rique est brune, provocante, sauvage, sexuelle et quasiment divine, bref si elle a nom Ava Gardner, lanc�e par les Tueurs (1946) et reconnue comme un mythe � partir de Pandora (1951) et des Neiges du Kilimandjaro (1952), la star 52 est blonde, agressive et perverse. C�est la Marilyn de Niagara (1952). Elle est le symbole de la nouvelle relance du star-system, mais sa carri�re, apr�s son premier r�le de vamp, devait l�orienter vers des r�les plus humains, plus fantaisistes : la femme fatale appartient d�sormais au pass�. De com�dies en films sentimentaux (Sept Ans de r�-</p><p>flexion [1955], Les hommes pr�f�rent les blondes [1953], Comment �pouser un millionnaire [1953]), de westerns en bluettes (Rivi�re sans retour [1954], le Prince et la danseuse [1956]), Marilyn Monroe op�re la parfaite synth�se de l�idole de l��cran et de la fille � marier, de la cr�ature d�amour et de l��me can-dide. En elle, Hollywood se perp�tue et d�j� agonise. La mort tragique de Marilyn projette celle-ci dans la l�gende et laisse au cin�ma mondial comme dans le coeur du public une ineffa�able cicatrice.</p><p>En France, apr�s la r�v�lation de G�rard Philipe dans le Diable au corps (1947), qui a fait de lui d�embl�e une grande vedette, seule Brigitte Bardot a pu pr�tendre au titre de star. D�-</p><p>couverte dans Et Dieu cr�a la femme (1956) et lanc�e par son �poux Roger Vadim, Bardot, mari�e, comme Mari-</p><p>lyn, � un intellectuel, acc�da � la fois � l�humanit� la plus quotidienne et � la spiritualit� (dans des films comme la V�rit� [1960], Vie priv�e [1962] ou le M�pris [1963]). Si la jeunesse s�est imm�diatement identifi�e � elle, l�a ador�e et imit�e, l�accord entre la co-m�dienne et son public n�a pas subsist� longtemps : le second a �volu� plus vite que la premi�re, et, contrairement � ce qui s�est produit pour Marilyn, fix�e � jamais dans la l�gende du fait de sa fin dramatique, la vogue de Brigitte Bardot fut finalement �ph�m�re.</p><p>En Italie, deux stars ont succ�d� aux rares vedettes du cin�ma musso-linien : Sophia Loren et Gina Lollobri-gida. M�me physique opulent et m�me emploi. Elles sont devenues mythiques par rivalit�. Et on ne peut pas dire que Claudia Cardinale ou Monica Vitti, qui leur ont succ�d�, soient v�ritablement des stars. Tout au plus de grandes vedettes, la premi�re menant sa carri�re de la l�g�ret� � l�intellectualisme, la seconde optant pour un chemin inverse, qui l�a conduite des films d�Antonioni (L�Avventura [1959), la Nuit [1960] ou le D�sert rouge [1964]) aux com�dies �chevel�es (Moi, la femme, 1970).</p><p>Au fur et � mesure que le rythme de consommation de la soci�t� moderne s�est accru, le mythe de la star a d�cru, pour ne pas dire totalement disparu : le public, par manque de temps et aussi par �volution spirituelle et mat�rielle, n�a plus ni le go�t ni le loisir d�envier, de diviniser ou simplement d�imiter tel comportement de star.</p><p>Au cours de la longue p�riode qui va de 1930 � 1960, il faut noter que l��volution du star-system a conduit l�ensemble des spectateurs et des r�alisateurs � s�int�resser au quotidien, au r�alisme, � l�humanit�. L�effet narcissique produit par les stars est aujourd�hui pratiquement caduc,</p><p>exception faite, peut-�tre, pour Elizabeth Taylor ou Marlon Brando, lequel, apr�s un long d�clin, est redevenu une star depuis le Dernier Tango � Paris (1972) et le Parrain (1972).</p><p>Dans le cas d�Elizabeth Taylor, qui demeure une star, anachroniquement, c�est vraiment l�exception confirmant</p><p>la r�gle. Son mariage orageux avec Richard Burton, toute sa vie priv�e continuent de fasciner le public, qui poursuit un r�ve � travers elle, mais qui ne va pas, pour autant, la voir au cin�ma : certains parmi ses films ne sont que d�honn�tes succ�s commerciaux ; d�autres sont des �checs purs et simples.</p><p>La star est devenue familiale et famili�re ; elle peut, � pr�sent, �pouser un acteur secondaire ou un m�decin, ou avoir des enfants sans se marier.</p><p>D�s lors, m�tamorphos�e en bour-</p><p>geoise comme les autres (certes plus riche, mais, en apparence, peu diff�-</p><p>rente), elle est devenue mortelle. Le fait qu�elle semble proche, davantage pr�sente au milieu de nous, qu�elle paraisse partager avec le public ses probl�mes sentimentaux ou domestiques n�emp�che qu�on l�adore encore : dans des clubs, des associations, des magazines. Mais sans d�lire.</p><p>� la limite, une star, pour le rester aujourd�hui, doit presque �tre morte.</p><p>Tyrone Power, Clark Gable, Humphrey Bogart, Marilyn Monroe ou James</p><p>Dean, en qui la jeunesse du monde, sans id�al et sans autre cause que la violence et la solitude, se projeta au milieu des ann�es 50, toutes ces stars d�funtes n�ont rien perdu de leur au-r�ole divine.</p><p>Et les stars, qui ont, � leur mani�re, recommenc� l�histoire des dieux de l�Antiquit�, sont � pr�sent ramen�es � toute force sur la terre par la masse des spectateurs. � l�hyst�rie qu�elles provoqu�rent maintes fois a maintenant succ�d� la nostalgie. On visite les stars comme on traverse un mus�e : avec respect, celui qu�on doit aux choses mill�naires, anciennes ou simplement pass�es. Leur survivance est � ce prix.</p><p>M. G.</p><p>E. Morin, les Stars (�d. du Seuil, coll. � Microcosme �, 1957).</p><p>statique</p><p>Partie de la m�canique rationnelle qui a pour objet l��tude de l��quilibre, c�est-�-dire l�absence de mouvement, des corps mat�riels dans l�espace sous</p><p>l�action des forces appliqu�es et des liaisons quand il en existe.</p><p>downloadModeText.vue.download 407 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10362</p><p>G�n�ralit�s</p><p>La statique comprend en premier lieu l��quilibre des points mat�riels libres ou assujettis � des liaisons, puis celui des syst�mes de points et finalement celui des solides ind�formables, que l�on peut consid�rer comme des ensembles de points soumis � des liaisons rigides. La statique des solides d�formables, dans lesquels les liaisons sont des fonctions des forces et des r�actions, est plut�t rattach�e � l��lasticit� et � la r�sistance des mat�riaux.</p><p>On peut consid�rer la statique comme pr�c�dant logiquement la dynamique ou encore comme un compl�ment ou un cas particulier de cette derni�re, en consid�rant les corps en mouvement comme des corps en �quilibre, par l�adjonction des forces d�inertie (th�or�me de d�Alembert).</p><p>La statique sera �tudi�e, dans ce qui suit, sur la base de la r�gle du parall�logramme, qu�il faut consid�-</p><p>rer comme un postulat : les forces se traitent comme des vecteurs, dont les propri�t�s leur sont enti�rement et im-m�diatement applicables. En outre, les liaisons cr�ent des forces, en tout point assimilables aux forces ext�rieures appliqu�es et qui sont, elles aussi, de la nature des vecteurs.</p><p>�quilibre d�un point libre</p><p>Plusieurs forces appliqu�es � un point mat�riel se font �quilibre lorsque, le point �tant en repos, ces forces ne modifient pas son �tat de repos.</p><p>L�acc�l�ration &#x3B3; que cet ensemble de forces impriment au point est nulle.</p><p>Cette condition n�cessaire est �videmment suffisante d�apr�s le principe de l�inertie.</p><p>y Cas particulier de deux forces. Si le point mat�riel libre est sollicit� par deux forces et , pour qu�il soit</p><p>en �quilibre, il faut et il suffit que ces deux forces soient �gales et oppos�es.</p><p>y Cas particulier de trois forces.</p><p>La condition n�cessaire et suffisante d��quilibre du point est que la somme g�om�trique de ces trois forces soit nulle, c�est-�-dire que celles-ci soient parall�les et �gales aux c�t�s d�un triangle OF1A, parcouru dans un</p><p>m�me sens. Cela revient � exiger que les trois forces soient concourantes, dans un m�me plan, que chacune</p><p>soit � l�ext�rieur de l�angle des deux autres et enfin qu�elles soient chacune proportionnelles au sinus de l�angle form� par les deux autres :</p><p>�quations d��quilibre</p><p>d�un point libre</p><p>On projette sur trois axes, Ox, Oy, Oz, les forces , , ..., , appliqu�es au point consid�r�, X1, Y1, Z1 �tant les projections de , Xn, Yn, Zn, celles de et X, Y, Z celles de la r�sultante de toutes ces forces. L��quilibre est atteint si cette r�sultante est nulle, c�est-</p><p>�-dire si la somme des projections de chaque composante sur les trois axes est nulle ; on a donc</p><p>&#x3A3; X = 0, &#x3A3; Y = 0 et &#x3A3; Z = 0.</p><p>Ce sont les trois �quations d��quilibre d�un point libre.</p><p>�quilibre d�un point</p><p>mat�riel non libre</p><p>�quilibre d�un point sur</p><p>un plan inclin�. Frottement</p><p>Un point pesant pos� sur un plan horizontal demeure immobile, car ce plan d�veloppe une force, appel�e r�action, �gale et oppos�e au poids p du point. Si l�on place ce point sur un plan inclin� faisant un angle &#x3B1; avec l�horizontale, le point �tant pos� immobile et suppos� pouvoir glisser, mais non rouler, il restera immobile tant que l�angle &#x3B1;</p><p>demeurera inf�rieur � un angle &#x3C6; ; pour le point se met � glisser : l�angle &#x3C6; est l�angle de frottement, qui ne d�pend pas du poids p du point,</p><p>mais seulement de la nature des surfaces en contact. Tout se passe comme si le plan d�veloppait une r�action R</p><p>faisant �quilibre au poids p tant que l�angle du poids p vertical avec la normale au plan est inf�rieur � &#x3C6;. En d�-</p><p>composant la force en deux forces, l�une normale au plan, l�autre</p><p>dirig�e suivant la ligne de plus grande pente, la condition d��quilibre est La quantit� tg &#x3C6; est le coefficient de frottement au d�part, que l�on d�signe par f. Il y a donc �quilibre tant que l�on a</p><p>La r�action du plan, �gale et</p><p>oppos�e � p, peut se d�composer �galement en une r�action normale et en une r�action tangentielle . L��quilibre est r�alis� si</p><p>�quilibre d�un point sur</p><p>un plan sous l�action de</p><p>forces quelconques</p><p>Si un point m pouvant glisser sur un plan est sollicit� par des forces ,</p><p>, ..., (y compris le poids de m), il ne bougera pas tant que la r�sultante des forces appliquera le point contre le plan et fera avec la normale au plan un angle inf�rieur � l�angle de frottement &#x3C6;. L��quilibre du point m est maintenu tant que la r�sultante des forces appliqu�es se trouve � l�int�rieur d�un c�ne, appel� c�ne de frottement, ayant pour sommet le point m, pour axe la verticale passant par ce point et pour demi-angle au sommet l�angle &#x3C6;. Si et sont les composantes de la r�sultante , et et celles de la r�ac-</p><p>tion du plan, on a � la fois</p><p>et � la limite (frottement</p><p>nul), la condition d��quilibre est que la r�sultante F soit normale au plan et qu�elle y applique le point m.</p><p>�quilibre d�un point mobile sans frottement sur une courbe fixe</p><p>La condition d��quilibre de ce point</p><p>est que la r�sultante des forces soit nulle ou situ�e dans le plan normal � la courbe C en m.</p><p>�quilibre d�un point mobile sans frottement sur une surface fixe.</p><p>La condition d��quilibre de ce</p><p>point m est que la r�sultante des forces, si elle n�est pas nulle, soit normale � la surface.</p><p>Principe de</p><p>la solidification</p><p>Si des forces se font, � un moment donn�, �quilibre sur un syst�me de forme variable quelconque, l��quilibre persistera en supposant que le syst�me (ou une partie du syst�me) soit rendu tout � coup invariable, c�est-�-dire vienne � se solidifier.</p><p>Inversement, si, pour certaines</p><p>liaisons, on parvient � certaines conditions d��quilibre, ces conditions subsistent a fortiori lorsqu�on supprime une partie des liaisons.</p><p>Statique des</p><p>corps solides libres</p><p>R�duction des forces appliqu�es</p><p>� un solide libre</p><p>Une force est appliqu�e � un solide quand elle agit sur un des points mat�-</p><p>riels du solide, appel� point d�applica-downloadModeText.vue.download 408 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10363</p><p>tion de la force. Un solide, sollicit� par un ensemble de forces, est en �quilibre quand, abandonn� � lui-m�me, sans vitesse, sous l�action de ces forces, il reste immobile sans se d�former. Un solide n�est jamais en �quilibre sous l�action d�une seule force ; s�il est pos� sur un plan horizontal, il y a deux forces en pr�sence : son poids et la r�action du plan. L��quilibre exige que ces deux forces soient �gales et directement oppos�es.</p><p>Si un corps solide est sollicit� par un nombre quelconque de forces, on peut, sans changer son �tat, ajouter aux forces existantes deux forces �gales, directement oppos�es. On peut aussi enlever deux forces �gales et directement oppos�es. On peut �galement, sans changer l�effet d�une force, la transporter en un point quelconque (li� au solide) de sa ligne d�action. On peut enfin remplacer des forces concourantes par leur r�sultante ou, inversement, d�composer une force en des forces concourantes. Ces op�rations sont appel�es op�rations �l�mentaires.</p><p>Invariance de la somme</p><p>g�om�trique des forces et</p><p>de leur moment r�sultant</p><p>par rapport � un point</p><p>Si , , ..., sont des forces appli-qu�es � un solide en un point O quelconque de l�espace, on peut construire le vecteur , qui est leur somme</p><p>g�om�trique, et le vecteur , vecteur moment r�sultant de ces forces par rapport � ce point. Si l�on m�ne par le point O du vecteur �quipollent aux forces pr�c�dentes</p><p>leur somme g�om�trique est . En</p><p>construisant ensuite les moments li-n�aires des forces</p><p>par rapport � O, leur somme g�om�-</p><p>trique est le moment r�sultant des forces par rapport � O. Ces op�rations �l�mentaires n�alt�rent pas les deux vecteurs et . Donc, si, par ces</p><p>op�rations �l�mentaires, on transforme le syst�me des forces en un autre, ce nouveau syst�me aura m�me somme</p><p>g�om�trique et m�me moment</p><p>r�sultant .</p><p>R�duction des forces</p><p>appliqu�es � un solide</p><p>On a int�r�t � r�duire, par des op�rations �l�mentaires, les forces appliqu�es � un solide � un syst�me aussi simple que possible. Les deux op�rations les plus faciles et les plus fr�-</p><p>quentes concernent le cas o� les forces sont concourantes et le cas o� elles sont parall�les.</p><p>FORCES CONCOURANTES</p><p>On peut les r�duire � une force unique</p><p>; le moment lin�aire par rap-</p><p>port � un point O quelconque est la somme des moments des composantes.</p><p>Si la force est nulle, les forces se font �quilibre.</p><p>y Forces parall�les</p><p>y Cas de deux forces parall�les et de m�me sens. Les deux forces et</p><p>sont appliqu�es en deux points A1 et A2 d�un solide. En ces deux points, on applique deux forces et ,</p><p>�gales et directement oppos�es, que l�on compose avec et . On</p><p>obtient deux forces et , qui</p><p>concourent en un point M. Transport�es en M, les deux forces et</p><p>deviennent et . On d�compose</p><p>en deux forces et , �gales</p><p>et parall�les � et ; de m�me,</p><p>est d�compos�e en deux forces</p><p>et , �gales et parall�les �</p><p>et . Les forces et , �gales et</p><p>directement oppos�es, se d�truisent ; les deux autres, et , dirig�es</p><p>dans le m�me sens, suivant la parall�le MA aux deux forces et</p><p>, se composent en une seule force parall�le aux composantes et de m�me sens qu�elles. Pour d�terminer la ligne d�action MA de la force , il suffit de d�terminer le point A, o� elle coupe le segment de droite A1A2 ; ce point est entre A1 et A2.</p><p>Les triangles F1Q1A1 et AA1M �tant semblables, on a</p><p>De m�me, pour les triangles F2Q2A2 et AA2M, on a</p><p>En divisant membre � membre et du fait que H1 = H2, on a</p><p>Deux forces parall�les et de m�me sens ont une r�sultante parall�le de m�me sens, plac�e entre les compo-</p><p>santes, �gale � leur somme ; la ligne d�action de cette r�sultante divise la droite joignant les points d�application des composantes en deux segments inversement proportionnels aux composantes. Le point A ainsi obtenu est le point d�application de la r�sultante. Ce point reste le m�me si les composantes changent d�intensit�, sans que leur rapport soit modifi�.</p><p>y Cas de deux forces parall�les, in�-</p><p>gales et de sens contraires. Si et sont les deux forces appliqu�es</p><p>en A1 et en A2 on prend,</p><p>sur le prolongement de A2A1, du</p><p>c�t� de la plus grande des forces</p><p>, un point A tel que En</p><p>ce point A, on applique deux forces �gales et oppos�es et , d�intensit� (F1 � F2), parall�les � et �</p><p>, l�une, ayant le sens</p><p>de , l�autre, ayant le</p><p>sens oppos�. Les deux forces et</p><p>ont une r�sultante �gale et</p><p>oppos�e � . Cette r�sultante de</p><p>et de �tant �gale et oppos�e �</p><p>, l�ensemble , et peut �tre</p><p>supprim�, et il reste la force appliqu�e en A. Deux forces parall�les in�gales et de sens contraires ont une r�sultante parall�le de m�me sens que la plus grande, plac�e � l�ext�rieur des composantes, �gale � leur diff�rence ; la ligne d�action de cette r�sultante divise la droite joignant les points d�application des composantes en deux segments inversement proportionnels aux composantes.</p><p>y Cas de deux forces parall�les, �gales et de sens contraires. Il s�agit d�un couple. Le point A est rejet� � l�infini. Le moment d�un couple est le m�me par rapport � tout point de l�espace.</p><p>y Cas de n forces parall�les</p><p>On remplacera</p><p>par leur r�sultante , que</p><p>l�on composera avec . On obtien-</p><p>dra une nouvelle r�sultante, que l�on composera avec , et ainsi de suite.</p><p>L�intensit� de la r�sultante est la somme alg�brique des intensit�s des composantes. La r�sultante, si elle est diff�rente de z�ro, est appliqu�e en un downloadModeText.vue.download 409 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10364</p><p>point O, qui est le centre des forces parall�les.</p><p>Centre de gravit�</p><p>C�est le point du corps par lequel passe constamment la verticale de son poids, quelle que soit son orientation. C�est le centre des forces parall�les attach�es � tous les points du corps.</p><p>Expression des coordonn�es du</p><p>centre de gravit� d�un corps</p><p>Si m1, m2, ..., mn sont les masses des diff�rents points mat�riels composant le corps, p1, p2, ..., pn leurs poids, x1, y1, z1, x2, y2, z2, ..., xn, yn, zn leurs coordonn�es, les coordonn�es x0, y0, z0 du centre de gravit� seront</p><p>et, en appelant M la masse du corps, ces coordonn�es x0, y0, z0 ont pour valeur Th�or�mes relatifs aux</p><p>centres de gravit�</p><p>y Quand un syst�me mat�riel admet un centre de sym�trie, son centre de gravit� se confond avec son centre de sym�trie.</p><p>y Quand un syst�me mat�riel plan admet un diam�tre rectiligne conjugu� d�une direction de cordes, le centre de gravit� du syst�me est sur ce diam�tre.</p><p>Un syst�me plan admet un dia-</p><p>m�tre D conjugu� d�une direction de cordes D&#x2032; quand on peut le diviser en couples d��l�ments mat�riels A et B, tels que A ait m�me masse que B, que les cordes AB soient parall�les � D&#x2032; et qu�enfin leurs milieux soient sur D. Dans ce cas, le centre de gravit�</p><p>de chaque couple A et B est sur D. Le centre de gravit� du syst�me total y est aussi.</p><p>y Quand un syst�me mat�riel admet un plan diam�tral d�une certaine direction de cordes, le centre de gravit� du syst�me est dans ce plan.</p><p>Ce plan peut �tre divis� en couples d��l�ments A et B de m�me masse ; les cordes AB sont parall�les � D&#x2032;, et leurs milieux sont dans le plan P.</p><p>M. D.</p><p>F Dynamique / M�canique / Vecteur.</p><p>P. Appell et J. Chappuis, Le�ons de m�canique �l�mentaire (Gauthier-Villars, 1903 ; 3e �d., 1909, 2 vol.). / H. Bouasse, Cours de m�canique rationnelle et exp�rimentale (Delagrave, 1910) ; Statique (Delagrave, 1921). /</p><p>M. Lecornu, Cours de m�canique profess�s � l��cole polytechnique (Gauthier-Villars, 1914-1918 ; 3 vol.). / Soc. acad. H�tte, Des Ingenieurs Taschenbuch (Berlin, 1951-1955, 5 vol. ; trad.</p><p>fr. Manuel de l�ing�nieur, B�ranger, 1960-192 ; 2 vol.).</p><p>statique</p><p>des fluides</p><p>Branche la plus anciennement connue de la m�canique des fluides (le principe d�Archim�de est vieux de 2 000 ans), qui �tudie les conditions d��quilibre des fluides au repos et les actions de ces fluides sur les corps solides immerg�s. Comme la viscosit� ne se manifeste que s�il y a mouvement, les �quations de la statique sont ind�pendantes de la nature du fluide et seront v�rifi�es pour des milieux aussi divers que l�air, l�eau ou le mercure.</p><p>Pression dans</p><p>un fluide au repos</p><p>Soit un volume (v) quelconque au sein d�un fluide au repos et, sur la surface d�limitant ce volume, un �l�ment d�aire ds entourant un point M (fig. 1).</p><p>L�exp�rience montre que la force �l�-</p><p>mentaire de contact exerc�e par le fluide ext�rieur � (v) sur la surface ds est normale � cet �l�ment de surface et dirig�e vers l�int�rieur de (v). Si l�on</p><p>fait tendre ds vers z�ro, on d�finit la pression p au point M par la relation �tant le vecteur unitaire normal � l��l�ment de surface dirig� vers l�ext�-</p><p>rieur de (v).</p><p>En 1744, d�Alembert �crivait dans l�Encyclop�die : � [...] les philosophes, �tant incapables de d�duire imm�diatement et directement de la nature des liquides les lois de leur �quilibre, les ont r�duites du moins � un seul principe d�exp�rience, l��galit� de pression dans toutes les directions, qu�ils ont regard� comme la propri�t� fondamentale des fluides. �</p><p>La pression p, ind�pendante de</p><p>l�orientation de l��l�ment de surface centr� en M, varie avec la position du point M. Le premier probl�me pos� en statique des fluides est donc la d�termination de la loi de variation p (M) = p (x, y, z).</p><p>�quation fondamentale</p><p>de la statique des fluides</p><p>Le principe fondamental de la statique des syst�mes mat�riels permet d�exprimer cette �quation. Soit un cylindre �l�mentaire (v) de fluide, de g�n�ratrices parall�les � l�axe (verticale ascendante), de hauteur dz et dont les bases ont pour aire ds (fig. 2). Au centre de gravit� G, la pression est p et la masse volumique &#x3C1;. Les forces de surface sur les deux bases du cylindre s��crivent</p><p>et</p><p>Les forces de volume correspondent au poids En projection</p><p>sur l�axe , la condition d��quilibre du cylindre donne l��quation fondamentale de la statique des fluides : dp = � &#x3C1;g dz.</p><p>Cette �quation entra�ne deux remarques :</p><p>� La pression p d�cro�t lorsque l�altitude z augmente. En escaladant une montagne, on constate que la pression de l�air ambiant diminue. Par contre,</p><p>en plong�e sous-marine, l�homme est confront� � des augmentations importantes de la pression ;</p><p>� La variation dp de la pression est nulle lorsque la variation d�altitude dz est nulle, ce qui fait que les surfaces d��gale valeur de la pression (surfaces isobares) sont des plans horizontaux.</p><p>Cela explique, en particulier, que la surface libre d�un liquide est un plan horizontal.</p><p>L�acc�l�ration de la pesanteur g �tant suppos�e constante dans un domaine fluide fini, l�int�gration de l��quation pr�c�dente n�cessite la connaissance de la fonction &#x3C1; (M), pr�cis�e par l��quation d��tat du fluide.</p><p>�quation d��tat</p><p>L�exp�rience montre qu�� l��quilibre et en chaque point M la masse volumique &#x3C1; ne d�pend que de la pression p et de la temp�rature absolue T en ce point. Il existe ainsi une fonction f (p, &#x3C1;, T) = 0, appel�e �quation d��tat du fluide. Cette �quation, au voisinage d�un �quilibre donn� (p0, &#x3C1;0, T0), peut s��crire sous la forme</p><p>soit encore, pour de faibles variations de p et de T,</p><p>&#x3B1;, coefficient de dilatabilit� cubique, et &#x3C7;, coefficient de compressibilit�, �tant fonctions de p0 et de T0.</p><p>y Les liquides ont des valeurs de &#x3B1;</p><p>et de &#x3C7; tr�s petites, ce qui entra�ne que, le plus souvent, on consid�re la masse volumique des liquides comme constante (de tels fluides sont dits</p><p>� incompressibles �). L��quation d��tat se r�duit alors � &#x3C1; = &#x3C1;0. �</p><p>titre d�exemple, pour l�eau, dans les conditions normales (20 �C, 1 bar), &#x3B1; = 2 � 10� 4 (�K)� 1 et &#x3C7; = 5 � 10� 10 m2/N.</p><p>Si l�on n�glige la plupart du temps la variation de la masse volumique des liquides en fonction de la temp�rature et de la pression, il n�est plus possible de la n�gliger dans certains ph�nom�nes.</p><p>� La dilatabilit� des liquides est la cause de la convection naturelle. Le refroidissement, la nuit, de la surface</p><p>libre d�un plan d�eau est tel que l�eau, en profondeur, �tant plus chaude, a une masse volumique plus faible que pr�s de la surface libre. L�eau chaude s��l�ve tandis que l�eau froide descend.</p><p>� La compressibilit� des liquides, quant � elle, est li�e � la propagation des ondes au sein de ces liquides. La propagation d�ondes �l�mentaires telles que les ondes acoustiques se fait � la vitesse a (pour �viter toute confusion avec la vitesse de points mat�riels, on pr�f�re parler de c�l�rit�), et l�on montre que pour un fluide isol�</p><p>thermiquement de l�ext�rieur. Ainsi, pour l�eau, a = 1 480 m/s. Le sonar, par exemple, met � profit la compressibilit� de l�eau pour d�tecter les sous-marins par �mission d�ultrasons.</p><p>y Les gaz, lorsqu�ils ne sont pas trop comprim�s (on parle alors</p><p>de gaz parfaits), v�rifient l��quation d��tat o� La</p><p>constante universelle R a pour valeur R = 8,316 7 J/�C, et M est la masse molaire du gaz. Pour l�air, M = 29 g, ce qui donne r = 287 J/kg �C.</p><p>D�autre part, la compressibilit� et la dilatabilit� des gaz sont beaucoup plus grandes que celles des liquides. Pour les gaz parfaits, Ainsi,</p><p>downloadModeText.vue.download 410 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10365</p><p>au voisinage d�un �quilibre du gaz correspondant aux conditions normales, &#x3B1; = 3,4 � 10� 3 (K)� 1 et &#x3C7; = 10� 5 m2/N.</p><p>En conclusion, l��quation d��tat permet de distinguer les fluides : pour les liquides, la masse volumique est suppos�e g�n�ralement constante ; pour les gaz, elle est essentiellement variable. Les deux domaines d��tude correspondants sont l�hydrostatique et l�a�rostatique.</p><p>Principe d�Archim�de</p><p>Avant de pr�ciser les �quations locales de la statique des fluides, il est int�ressant de consid�rer l��quation globale plus connue sous le nom de principe</p><p>d�Archim�de.</p><p>Soit un corps quelconque (C), de masse m et de centre de gravit� G, immerg� dans un fluide (liquide ou gaz) [fig. 3]. S�il est en �quilibre dans le fluide, quelles sont les relations qui permettent de traduire cet �quilibre ?</p><p>D�apr�s le principe fondamental de la statique, la r�sultante des forces appliqu�es � (C) est nulle. Ces forces comprennent les forces de volume, dont la r�sultante est le poids du corps et les forces de surface dues � l�action du fluide environnant, appliqu�es en chaque point M de la surface (S) et de r�sultante appel�e</p><p>pouss�e</p><p>La pression p en chaque point M de la surface (S) �tant ind�pendante de la nature du milieu int�rieur � (S), il en est de m�me des forces �l�mentaires En particulier, si, � la</p><p>place du corps, se trouvait un volume (v) du m�me fluide d�limit� par la surface (S), ce volume serait soumis � la m�me pouss�e . Comme le fluide</p><p>est en �quilibre, l�in-</p><p>t�grale correspondant au poids du volume (v) de fluide. Ce r�sultat permet d��noncer le principe d�Archim�de : La pouss�e exerc�e par un fluide sur un corps immerg� est �gale et directement oppos�e au poids du fluide d�plac�, et la ligne d�application de cette pouss�e passe par le centre de pouss�e P confondu avec le centre de gravit� du volume d�plac�.</p><p>Le corps (C) �tant en �quilibre sous l�action de son poids appliqu� au centre de gravit� G et de la pouss�e passant par le centre de pouss�e P, les positions d��quilibre du corps correspondront � l�alignement des deux points G et P sur une m�me verticale. L��quilibre sera stable si le centre de gravit� du corps est situ� sous le centre de pouss�e.</p><p>D�plac� l�g�rement de cette position d��quilibre, le corps revient naturellement � sa position initiale.</p><p>Le principe d�Archim�de a re�u de multiples applications. Le densim�tre, par exemple (fig. 4), est un appareil de mesure de la densit� d�un liquide</p><p>ou encore de sa masse volumique. Il est constitu� d�une chambre en verre lest�e par de la grenaille et d�une tige gradu�e. Plong� dans un liquide, il s�enfonce jusqu�� ce qu�il d�place son propre poids de liquide. Correctement calibr�, il peut donc donner directement la masse volumique du liquide par simple lecture de la graduation de la tige affleurant la surface libre.</p><p>Hydrostatique</p><p>L�hydrostatique s�int�resse � l��quilibre des liquides. La masse volumique de ceux-ci �tant suppos�e constante, il est possible d�int�grer l��quation de la statique des fluides</p><p>p � p0 = � &#x3C1;g (z � z0),</p><p>soit encore</p><p>p + &#x3C1; gz = constante.</p><p>Cette �quation fondamentale de</p><p>l�hydrostatique permet, par exemple, de calculer la pression de l�eau � une profondeur donn�e. Si la pression atmosph�rique sur la surface libre de l�eau est de 1 bar = 105 N/m 2, la pression � 100 m de profondeur a pour valeur p = 10,81 bar, soit plus de dix fois la pression atmosph�rique ; on comprend mieux alors les probl�mes physiologiques que pose la plong�e sous-marine. De nombreux appareils de mesure tels que manom�tres ou barom�tres utilisent directement, dans leur principe, l��quation fondamentale de l�hydrostatique.</p><p>Un barom�tre est un appareil donnant la valeur locale de la pression atmosph�rique pa. Un tube ferm� � l�une de ses extr�mit�s et rempli d�un liquide de masse volumique &#x3C1; est retourn� dans un vase contenant le m�me liquide (fig. 5). Un vide se forme dans la partie sup�rieure du tube (pA = 0), et le niveau du liquide dans le tube se stabilise � la hauteur h par rapport � la surface libre du liquide dans le vase.</p><p>La surface libre �tant � la pression atmosph�rique pa que l�on se propose de mesurer (pB = pa), l��quation fondamentale de l�hydrostatique entre A et B s��crit pA + &#x3C1;gzA = pB + &#x3C1;gzB, soit pa = &#x3C1;gh.</p><p>La pression atmosph�rique normale correspond � une hauteur de 76 cm de mercure ; ainsi, pan = 1,013 bar. Cette valeur d�finit l�unit� de pression appel�e atmosph�re.</p><p>Principe de Pascal</p><p>C�est une cons�quence directe de l�hydrostatique. Soit deux points A et B au sein d�un liquide au repos : pB � pA = &#x3C1;g (zA � zB). Lorsque les deux points sont fixes (zA � zB = constante), la diff�rence pB � pA reste constante quelle que soit la valeur de ces pressions. Si, en A, on augmente la pression de &#x394;p, la pression en B varie de la m�me quantit�, ce que l�on peut �noncer de la mani�re suivante : dans un liquide au repos, les pressions se transmettent int�gralement.</p><p>Les applications directes du principe de Pascal sont nombreuses : presse, v�rin, frein hydrauliques ; l�utilisation d�une transmission hydraulique dans le freinage d�un v�hicule permet, par exemple, une amplification des efforts et l�uniformit� du freinage sur les quatre roues. L�action sur la p�dale de frein, amplifi�e par un levier, correspond � une force exerc�e sur</p><p>le piston de section S du ma�tre cylindre (fig. 6). La pression p de l�huile se transmet int�gralement au</p><p>niveau des deux pistons r�cepteurs de section S&#x2032;. Chacun d�eux, soumis � une force d�place un segment</p><p>qui vient s�appliquer sur la surface in-t�rieure du tambour de frein solidaire de la roue. Le principe de Pascal permet d�exprimer directement l�amplification des efforts :</p><p>A�rostatique</p><p>La masse volumique des gaz �tant variable, l�int�gration de l��quation fondamentale de la statique des fluides (dp = � &#x3C1;g dz) n�cessite la connaissance de la fonction &#x3C1; (z), a priori inconnue. Si le gaz peut �tre assimil� � un gaz parfait, son �quation d��tat est telle que, pour deux points d�altitude z et z0, ce qui entra�ne</p><p>La connaissance de la variation de</p><p>la temp�rature avec l�altitude ou avec la pression permet alors de pr�ciser la downloadModeText.vue.download 411 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10366</p><p>fonction p(z). Dans le cas de l�atmosph�re terrestre, la nature des �changes thermiques entre masses d�air donne cette loi. Par exemple, dans la tropos-ph�re (couche atmosph�rique situ�e entre la surface terrestre et une altitude moyenne de 11 km), l��volution est po-lytropique Ainsi, � par-</p><p>tir du niveau de la mer (z0 = 0, p0 = pa), Temp�rature et pression d�croissent avec l�altitude, la variation de la temp�rature �tant lin�aire.</p><p>J. G.</p><p>E. A. Brun, A. Martinot-Lagarde et J. Mathieu, M�canique des fluides (Dunod, 1959 ; nouv. �d., 1968, 2 vol.). / H. Gi�, Statique des solides et des fluides (Bailli�re, 1963).</p><p>statique</p><p>graphique</p><p>Ensemble des m�thodes qui permettent de r�soudre graphiquement les probl�mes pos�s par l��quilibre des syst�mes mat�riels.</p><p>La statique graphique concerne les vecteurs parall�les � un m�me plan.</p><p>La pr�cision maximale que l�on peut atteindre est de l�ordre du ce</p><p>qui est en g�n�ral suffisant. Il s�agit de composer les forces suivant la r�gle du parall�logramme ou, inversement, de d�composer une force en des composantes suivant des directions donn�es.</p><p>L�application directe de la m�thode g�n�rale serait souvent impossible mat�riellement, car il est rare que les forces concourantes dont on cherche la r�sultante puissent se couper dans le cadre de l��pure. On applique alors une m�thode fond�e sur les propri�t�s du polygone funiculaire.</p><p>Polygone dynamique</p><p>d�un syst�me de forces</p><p>En statique graphique, une force est repr�sent�e d�une part par sa ligne d�action, d�autre part par un vecteur �quipollent � celui qui, sur cette ligne d�action, d�finirait le sens et l�intensit� de la force. Si l�on a un syst�me de trois forces , et , on construit � partir d�un point arbitraire O pris pour origine la r�sultante de ces trois forces (lignes d�action 1, 2 et 3).</p><p>De O on m�ne un vecteur �quipollent � , soit , puis de l�extr�mit� de un vecteur �quipollent � , soit</p><p>, et enfin de l�extr�mit� de un</p><p>vecteur �quipollent � , soit . La ligne polygonale est appel�e polygone dynamique ou dynamique de F1F2F3. Le vecteur est la r�-</p><p>sultante . La notion du polygone dynamique suffit � r�soudre tous les probl�mes d��quilibre relatifs � des syst�mes de forces d�un plan concourant en un m�me point � distance finie : par exemple, �tant donn� un nombre quelconque de forces appliqu�es en un m�me point A, trouver la grandeur et la direction d�une derni�re force appliqu�e au m�me point A, qui, jointe aux pr�c�dentes, assure l��quilibre en ce point. On construit le dynamique et l�on prend comme force �quilibrante la r�sultante chang�e de signe.</p><p>Polygone funiculaire</p><p>d�un syst�me de forces</p><p>�tant donn� trois forces , ,</p><p>, d�finies par leurs lignes d�action 1, 2, 3 et leur dynamique d0d1d2d3, si l�on joint un point quelconque P du plan, pris pour p�le, aux sommets de ce dynamique par les rayons polaires 0&#x2032;, 1&#x2032;, 2&#x2032;, 3&#x2032; et que l�on construise une ligne polygonale f0 f1 f2 f3 f4, dont les c�t�s 0&#x2032;, 1&#x2032;, 2&#x2032;, 3&#x2032; soient parall�les aux rayons polaires du m�me num�ro et dont les sommets se trouvent sur les lignes d�action ayant pour num�ro l�indice correspondant, cette ligne polygonale est un polygone funiculaire des forces</p><p>, , . Pour une position don-</p><p>n�e du p�le P, tous les funiculaires ont leurs c�t�s homologues deux � deux parall�les.</p><p>Propri�t� fondamentale des quadrangles r�ciproques</p><p>Deux figures r�ciproques sont des configurations de droites telles qu�il y ait parall�lisme entre droites correspondantes, mais avec la condition qu�� des droites concourantes sur l�une des figures correspondent des droites non concourantes sur la seconde, et r�ciproquement.</p><p>Quand deux quadrangles non sem-</p><p>blables sont tels que cinq des six droites joignant leurs quatre sommets deux � deux se groupent de l�un � l�autre par couples parall�les, ces quadrangles sont r�ciproques, et les sixi�mes droites sont �galement parall�les entre elles. On d�duit de ce lemme que les c�t�s correspondants de deux funiculaires pour un m�me syst�me de forces, mais avec deux p�les diff�rents, se coupent deux � deux sur une m�me droite &#x394;, parall�le � celle qui unit les deux p�les. On dit alors que les deux funiculaires sont en relation d�homologie, la droite &#x394; �tant l�axe d�homologie.</p><p>D�termination de la r�sultante</p><p>d�un syst�me quelconque de</p><p>forces coplanaires</p><p>La r�sultante des forces , , ,</p><p>est toujours donn�e en grandeur et en sens par le vecteur directement</p><p>oppos� � celui qui ferme le dynamique (vecteur no 4). Pour trouver un point de la ligne d�action de cette r�sultante, on applique le long de chacun des c�t�s du funiculaire f0 f1 f2 f3 f4 deux forces �gales et oppos�es ayant pour vecteurs �quipollents les rayons polaires correspondants pris en l�un et l�autre sens, par exemple le long de f0 f1, deux forces �quipollentes et et ainsi de</p><p>suite. On peut ainsi grouper en chacun des sommets du funiculaire trois forces se faisant �quilibre. Par exemple : en f1, des forces dirig�es suivant les lignes d�action 0&#x2032;, 1 et 1&#x2032;, �quipollentes � et en f2, des forces</p><p>dirig�es suivant les lignes d�action 1&#x2032;, 2</p><p>et 2&#x2032;, �quipollentes � et</p><p>et ainsi de suite. Les forces appliqu�es</p><p>en chaque sommet, se faisant �quilibre, puisque leur dynamique est ferm�, peuvent �tre supprim�es. Finalement, il ne reste que la force �quipollente � dirig�e suivant f3 f4. La r�sultante passe donc par le point de rencontre &#x3B8;</p><p>de ces deux lignes d�action, c�est-�-</p><p>downloadModeText.vue.download 412 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10367</p><p>dire par le point de rencontre des c�t�s extr�mes du funiculaire.</p><p>Cas des forces parall�les. Centre de gravit� d�un syst�me de points Le dynamique se r�duit alors � une droite d0d3 parall�le � la direction commune des forces ; le funiculaire d0d1d2d3d4, ayant P pour p�le, donne, pour la rencontre de ses c�t�s ex-tr�mes, un point &#x3B8; de la ligne d�action de la r�sultante, laquelle est parall�le aux composantes et de grandeur �gale � d0d3. On en d�duit une construction du centre de gravit� G d�un syst�me de points A1A2A3 affect�s de poids donn�s par les vecteurs , et</p><p>du dynamique. Ce centre de gravit� se trouve d�abord sur la ligne d�action men�e par &#x3B8;. Si on fait tourner toutes les lignes d�action , , d�un m�me angle respectivement autour des points A1, A2, A3, la ligne d�action de la nouvelle r�sultante contient �galement le point G, qui est � l�intersection des deux r�sultantes. On peut adopter comme angle de rotation un angle droit ; et, comme le p�le P est arbitraire, on peut, en conservant ce m�me p�le P, faire effectuer au dynamique primitif une rotation de &#x3C0;/2 autour de ce p�le : les nouvelles positions des divers rayons polaires sont normales aux c�t�s correspondants de l�ancien dynamique ; on tracera successivement le c�t� &#x3C6;0&#x3C6;1, perpendiculaire � f0f1, le c�t� &#x3C6;1&#x3C6;2, perpendiculaire � f1f2, etc. La parall�le � la ligne d�action men�e par le point de rencontre &#x3B8;&#x2032; des c�t�s &#x3C6;0&#x3C6;1</p><p>et &#x3C6;3&#x3C6;4 coupe la ligne d�action primitivement men�e par le point &#x3B8; au centre de gravit� cherch�.</p><p>y D�termination du centre de gravit� d�une aire plane. On applique le proc�d� pr�c�dent, en d�composant l�aire en aires �l�mentaires.</p><p>Conditions d��quilibre</p><p>d�un syst�me de</p><p>forces dans le plan</p><p>La condition de fermeture du polygone dynamique, n�cessaire dans tous les cas d��quilibre, n�est plus suffisante lorsque les forces ne sont pas concourantes. Une seconde condition graphique (�quivalente � l�annulation du moment r�sultant par rapport � un point quelconque du plan) doit encore �tre satisfaite. �tant donn� le polygone dynamique de quatre forces (de lignes d�action 1, 2, 3 et 4) qui se ferme, c�est-</p><p>�-dire que son origine d0 et son extr�-</p><p>mit� d4 co�ncident, les rayons polaires 0&#x2032; et 4&#x2032; co�ncident ; par suite, dans le funiculaire correspondant, les c�t�s extr�mes f0f1 et sont parall�les. Le syst�me de forces consid�r� est donc �quivalent � deux forces dirig�es suivant ces c�t�s et respectivement �quipollentes � et � c�est-�-dire</p><p>� un couple. Telle est la cons�quence m�canique de la fermeture du dynamique envisag�e seule. Pour qu�il y ait �quilibre, il faut, en outre, que les deux forces auxquelles a �t� r�duit le syst�me se d�truisent, ce qui exige que le premier et le dernier c�t�s du funiculaire co�ncident (donc que le c�t� 3&#x2032; de ce funiculaire vienne passer par le point de rencontre du c�t� 0&#x2032; de la ligne d�action 4). Il faut donc que le funiculaire se ferme, comme le dynamique. Pour qu�un syst�me de forces coplanaires soit en �quilibre, il faut et il suffit que le dynamique de ces forces et le funiculaire pour un p�le quelconque du plan se ferment tous deux.</p><p>Comme le choix de P est arbitraire, si le funiculaire se ferme pour un point P, il se fermera n�cessairement pour un p�le P&#x2032;. La condition de fermeture du funiculaire �quivaut � l�annulation des moments r�sultants du syst�me des forces par rapport � un point P quelconque du plan.</p><p>D�composition d�une</p><p>force suivant trois lignes d�action non</p><p>concourantes</p><p>Soit la force , d�finie par sa ligne d�action 4 et le vecteur �quipollent � d�composer en trois forces,</p><p>, et , suivant les lignes d�action 1, 2 et 3 ; ces forces seront enti�rement connues quand on aura d�termin� leurs vecteurs �quipollents</p><p>et Ce probl�me peut �tre r�solu</p><p>soit au moyen du polygone dynamique seul, soit par l�emploi combin� du polygone dynamique et du polygone funiculaire.</p><p>y Solution par l�emploi du polygone dynamique seul. On joint le point de rencontre R des droites 4 et 1 au point de rencontre S des droites 2 et 3 par une droite dont on d�signera la direction par l. On peut d�abord d�composer la force 4 suivant les directions 1 et l par le trac� du polygone dynamique d0d1d3, dont les c�t�s ont les directions 1 et l pour la composante dirig�e suivant l, dont la grandeur est donn�e par d1d3, suivant les directions 2 et 3</p><p>par le trac� du dynamique d1d2d3, dont les c�t�s ont les directions 2 et 3. Les trois composantes cherch�es sont donn�es, en grandeur et en direction, par les vecteurs et</p><p>D�composition d�une</p><p>force en deux autres de</p><p>direction parall�le</p><p>� la sienne</p><p>Soit la force , dont la ligne d�action est 3 et le vecteur �quipollent � d�composer suivant les lignes 1 et 2, parall�les � 3. Si l�on fait choix d�un p�le P quelconque, les directions 0&#x2032; et 2&#x2032; des rayons polaires aboutissant en d0</p><p>et en d2 sont celles des c�t�s extr�mes du polygone funiculaire servant � composer les forces et en . Si</p><p>l�on se donne le point &#x3B8; de ces c�t�s extr�mes sur la ligne d�action 3 (o� ils</p><p>doivent se couper) et si l�on m�ne par downloadModeText.vue.download 413 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10368</p><p>ce point &#x3B8; des parall�les aux directions 0&#x2032; et 2&#x2032;, on obtient sur 0 et 2 les points f1 et f2, qu�il suffit de joindre pour avoir la direction 1&#x2032;. La parall�le � cette direction 1&#x2032; men�e par P donne sur le dynamique (ici r�duit � la droite d0d2) le point d1. Les vecteurs et</p><p>font conna�tre les composantes demand�es en grandeur et en sens. Si, au lieu de d�composer suivant 1 et 2, il s�agissait de l��quilibrer au moyen de deux forces dirig�es suivant ces lignes d�action, il suffirait de renverser le sens de ces vecteurs, c�est-�-dire de prendre d1d0 et d2d1.</p><p>M. D.</p><p>F M�canique / Statique / Vecteur.</p><p>G. Pigeaud, R�sistance des mat�riaux et �lasticit� (Gauthier-Villars, 1920) ; Cours de m�canique appliqu�e (Gauthier-Villars, 1923).</p><p>/ H. Bouasse, Statique (Delagrave, 1921). /</p><p>M. D�Ocagne, Cours de g�om�trie pure et appliqu�e de l��cole polytechnique (Gauthier-Villars, 1924). / R. Brard, Cours de math�matiques appliqu�es (�cole polytechnique, 1943). / Soc.</p><p>acad. H�tte, Des Ingenieurs Taschenbuch (Berlin, 1951-1955, 5 vol. ; trad. fr. Manuel de l�ing�-</p><p>nieur, B�ranger, 1960-1962, 2 vol.).</p><p>statistique</p><p>Ensemble des m�thodes qui ont pour objet la collecte, l�analyse et l�interpr�tation de donn�es num�riques relatives � un ensemble d�unit�s de m�me nature, quelles que soient d�ailleurs ces unit�s : �tres vivants, choses ou ph�no-m�nes les plus divers, l�ensemble auquel on s�int�resse �tant d�sign� d�une mani�re tr�s g�n�rale sous le nom de population, cette population pouvant �tre finie ou infinie.</p><p>Le terme de statistique d�signe aussi la pr�sentation, sous forme de tableaux, d�informations num�riques relatives � une collectivit�. De plus, il est utilis� pour d�signer toute fonction des observations faites sur un �chantillon et cal-</p><p>cul�e de mani�re � donner un certain r�sum� de l�information obtenue sur la population.</p><p>Le besoin de poss�der des donn�es chiffr�es sur la population et ses conditions mat�rielles d�existence a d� se faire sentir d�s que se sont �tablies des soci�t�s humaines organis�es : on en trouve des traces dans l�Antiquit� en Chine, en �gypte, en Gr�ce, puis surviennent les recensements ordonn�s par Rome (Servius Tullius au VIe s. av. J.-</p><p>C., Auguste l�ann�e de la naissance du Christ), les relev�s r�alis�s sur l�ordre de Charlemagne, le Domesday Book de Guillaume le Conqu�rant (1086) apr�s la conqu�te de l�Angleterre et enfin de nombreux inventaires ou relev�s ex�-</p><p>cut�s d�apr�s des ordonnances royales sous l�impulsion de Sully*, de Colbert* et de Vauban*.</p><p>Au XVIIe s. se dessinent nettement les concepts relatifs aux bases et aux moyens des �tudes statistiques : deux �coles se forment, g�n�ralement</p><p>connues sous le nom d�� �cole descriptive allemande � et d�� �cole des arithm�ticiens politiques �. L��cole allemande, � laquelle il semble que l�on doive le mot statistique, est fond�e par Hermann Conring (1606-1681), dont les travaux seront poursuivis par Gottfried Achenwall (1719-1772), qui publie en 1749 les �l�ments de la statistique des �tats d�Europe. John Graunt (1620-1674) et sir William Petty (1623-1687) doivent �tre consid�r�s comme les fondateurs de l��cole des arithm�ticiens politiques, cette d�nomination venant du titre d�un ouvrage de Petty, Political Arithmetic.</p><p>Cette �cole va au-del� de la description : elle met en �vidence certaines permanences statistiques, par exemple celle qui existe dans le rapport des nombres de naissances masculines et f�minines (Graunt, 1662). Un peu plus tard, � partir des registres de naissances et de d�c�s de la ville de Breslau, Edmund Halley (1656-1742) pr�sente une table de mortalit� que l�on peut consid�rer comme la base des travaux actuariels contemporains, puis Johann Peter S�ssmilch (1707-1767) publie d�importants travaux sur le taux de masculinit� � la naissance et son �volu-</p><p>tion jusqu�� l��ge de vingt ans.</p><p>Au d�but du XIXe s., la statistique entre dans une nouvelle phase de son d�veloppement : Pierre Simon de Laplace* (1749-1827) doit �tre mis au premier rang de ceux qui ont fait du calcul des probabilit�s l�outil fondamental de l�analyse statistique. Dans sa Th�orie analytique des probabilit�s (1812), il met en �vidence les avantages que l�on en peut tirer dans l��tude des ph�nom�nes naturels, dont les causes sont trop complexes pour qu�on puisse les conna�tre toutes et les analyser individuellement.</p><p>S�inspirant des travaux de Laplace, Adolphe Qu�telet (1796-1874) �tend le champ d�application de la m�thode � l��tude des qualit�s physiques, intellectuelles et morales des �tres humains, �laborant ainsi une sorte de physique sociale d�apr�s laquelle ces diverses qualit�s, consid�r�es dans la masse, se r�partiraient autour d�un �tre fictif, l�� homme moyen �. Sur son initiative se r�unit � Bruxelles, en 1853, le Ier Congr�s international de statistique, pr�curseur de l�actuel Institut international de statistique, fond� � Londres en 1885. Depuis la fin du XIXe s., les m�thodes de l�analyse statistique se sont �tendues � tous les domaines d�investigation scientifique, les probl�mes nouveaux ainsi �tudi�s entra�nant des progr�s rapides et consid�rables de la th�orie statistique.</p><p>� la suite des travaux de Qu�telet et de ceux de sir Francis Galton (1822-1911), Karl Pearson (1857-1936) est conduit � fonder cette branche nouvelle qu�est la biostatistique, ou biom�trie, prolong�e maintenant dans le domaine de l�exp�rimentation th�rapeutique.</p><p>De m�me, la liaison entre l�observation statistique et l��conomie s�est poursuivie par la cr�ation d�une discipline scientifique nouvelle, l��conom�-</p><p>trie*, � laquelle il convient de rattacher les noms des pr�curseurs Antoine Augustin Cournot* (1801-1877), Vilfredo Pareto* (1848-1923), L�on Walras*</p><p>(1834-1910), ainsi que ceux de Fran-</p><p>�ois Divisia (1889-1963) et de Ragnar Frisch (1895-1973), prix Nobel d��conomie politique en 1969, tous deux fondateurs de la Soci�t� internationale</p><p>d��conom�trie.</p><p>Les travaux de James Clerk</p><p>Maxwell* (1831-1879), aboutissant � la th�orie cin�tique des gaz, ont �t� le point de d�part de la m�canique statistique et de la physique nucl�aire. Dans le domaine technique, les travaux de sir Ronald Aylmer Fisher (1890-1962) sur l�exp�rimentation en agronomie ont �t� � la base d�une th�orie g�n�rale des plans d�exp�rience, de m�me que ceux de Walter A. Shewhart (1891-1967) ont �t� largement �tendus aux m�thodes utilis�es dans l�industrie pour le contr�le statistique de la qualit� et de la fiabilit�.</p><p>Dans le domaine des sciences hu-</p><p>maines, les �tudes de Charles Edward Spearman sur le comportement des individus, d�velopp�es par la suite en psychologie appliqu�e, humaine et animale, ont conduit aux m�thodes de l�analyse factorielle, prolongement logique de l��tude des corr�lations.</p><p>La m�thode statistique s�est aussi r�-</p><p>v�l�e un auxiliaire indispensable pour la gestion des entreprises : �tudes de march�, contr�le budg�taire, gestion des stocks. Prolong�e par la th�orie des jeux* et la th�orie de la d�cision*, puissamment �paul�e par les moyens modernes de calcul, elle a donn� naissance aux m�thodes de la recherche*</p><p>op�rationnelle.</p><p>Dans tous ces domaines et dans</p><p>beaucoup d�autres, les travaux des derni�res d�cennies de Fisher, d�Egon Sharpe Pearson (n� en 1895), de Jerzy Neyman (n� en 1894) sur la th�orie des tests* et celle de l�estimation*, n�s de recherches empiriques sur l�application de la m�thode des sondages*, ont fait de la m�thode statistique un outil puissant de recherche scientifique et technique, dont le champ d�application ne cesse de s��tendre.</p><p>E. M.</p><p>F Ajustement statistique / Association statistique / Contr�le statistique / Corr�lation / D�mographie / Distribution statistique / Enqu�te par sondages / Estimation / Graphique statistique /</p><p>Indice statistique / R�gression / S�rie chronologique / Sondage / Test statistique.</p><p>G. Darmois, Statistique et applications (A. Colin, 1934). / C. Fourgeaud et A. Fuchs, Statistique (Dunod, 1967).</p><p>Quelques savants</p><p>Ludwig BOLTZMANN. V. l�article.</p><p>Satyendranath Bose, physicien indien (Calcutta 1894 - id. 1974). Il imagina un appareil producteur d�ondes �lectriques ultra-courtes et cr�a une m�canique statistique, perfectionn�e plus tard par EINSTEIN* et destin�e � remplacer la m�canique de Boltzmann dans le cas du photon.</p><p>Paul DIRAC. V. l�article.</p><p>Albert EINSTEIN. V. l�article.</p><p>Enrico FERMI. V. l�article.</p><p>downloadModeText.vue.download 414 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10369</p><p>Les statistiques</p><p>en physique</p><p>On adopte un point de vue statistique en physique d�s que l�on veut expliquer l��tat d�un syst�me macroscopique � l��chelle de nos appareils de mesure � partir de ses tr�s nombreux constituants microscopiques � l��chelle atomique. Historiquement, c�est au milieu du XIXe s. que le point de vue statistique s�est introduit avec le d�veloppement de la th�orie cin�tique des gaz : on explique la force de la pression exerc�e par un gaz sur une paroi par les chocs que cette paroi re�oit de la part des mol�cules du gaz ; mais les mol�cules contenues dans un litre, par exemple, sont si nombreuses qu�il ne saurait �tre question de calculer individuellement le choc de chacune d�elles.</p><p>On est donc conduit � calculer le choc en fonction de la vitesse de la mol�cule, puis � �tudier la r�partition statistique des diverses valeurs de la vitesse parmi les mol�-</p><p>cules du gaz.</p><p>On peut calculer th�oriquement cette r�partition statistique en faisant seulement des hypoth�ses simples propres aux ph�nom�nes de hasard et en appliquant</p><p>les lois du calcul des probabilit�s. Mais il faut les raisonnements subtils et les calculs d�licats de la thermodynamique statistique pour tirer parti de ces hypoth�ses simples ; leur id�e directrice est la suivante : on peut modifier les donn�es caract�risant chaque constituant atomique d�un syst�me (position, vitesse, orientation, etc., de chaque atome) sans modifier pour autant l��tat global macroscopique du syst�me. On voit facilement qu�un tr�s grand nombre d��tats microscopiques diff�rents correspondent au m�me �tat macroscopique, et les hypoth�ses faites permettent de compter le nombre de tous ces �tats microscopiques. On admet encore que l��tat d��quilibre macroscopique d�un syst�me est son �tat le plus probable, c�est-�-dire celui qui correspond au nombre maximal d��tats microscopiques possibles.</p><p>Ce sont ces raisonnements qui ont conduit � la loi statistique classique de Boltzmann : la donn�e la plus importante pour caract�riser l��tat microscopique de particules atomiques est leur �nergie W ; mais il existe d�autres donn�es qui permettent de distinguer des �tats microscopiques diff�rents correspondant � la m�me �nergie. Soit g1 le nombre des �tats microscopiques possibles pour une particule caract�ris�e par une valeur d��nergie W1, g2 le nombre des �tats microscopiques correspondant � l��nergie W2, etc. (on dit encore que g1, g2, etc., sont les poids statistiques des niveaux d��nergie W1, W2, etc.).</p><p>Lorsqu�un syst�me physique compos� de particules identiques est en �quilibre thermique, � la temp�rature absolue T, ces particules se r�partissent entre les valeurs d��nergie possibles W1, W2, W3, etc., selon les nombres N1, N2, N3, etc., ob�issant � la formule de Boltzmann</p><p>La constante universelle k est appel�e constante de Boltzmann, et sa valeur a pu �tre confirm�e par un grand nombre d�exp�riences ind�pendantes.</p><p>En cons�quence de cette loi, les atomes sont plus nombreux dans les �tats dont les �nergies sont les plus basses. Cette loi est g�n�rale en physique : les �tats d��nergie minimale sont les plus stables. Si la diff�rence d��nergie W2 � W1 est tr�s petite par rapport � l�� �nergie thermique � kT, les nombres N1 et N2 sont tr�s voisins (on dit que les niveaux d��nergie W1 et W2</p><p>sont presque �galement peupl�s, ou en-</p><p>core que leurs populations N1 et N2 sont presque �gales). Si, au contraire, la diff�-</p><p>rence d��nergie W2 � W1 est tr�s grande devant kT, la population N2 du niveau d��nergie sup�rieure W2 est presque nulle.</p><p>Les physiciens utilisent souvent les basses temp�ratures pour cr�er des diff�rences de population appr�ciables entre des �tats qui, � temp�rature ordinaire, sont presque �galement peupl�s (avec l�h�lium liquide sous basse pression, on descend au-dessous de 2� absolu ; par d�magn�tisation adiabatique, on atteint un centi�me de degr� absolu).</p><p>La statistique classique de Boltzmann ne s�applique que dans des conditions o� les populations N1, N2, etc., sont beaucoup plus petites que les poids statistiques g1, g2, etc. Dans le cas contraire, il faut modifier les calculs de Boltzmann, et l�on est conduit, suivant le type de particule, � l�une ou l�autre des deux lois statistiques quantiques.</p><p>y La statistique quantique de Bose-Einstein s�applique aux particules qui peuvent se retrouver simultan�ment, en nombre quelconque, dans n�importe quel �tat quantique. Ces particules sont, pour cette raison, appel�es bosons. � l��quilibre thermique, � la temp�rature absolue T, elles se r�partissent entre les niveaux d��nergie W1, W2, etc., suivant les populations N1, N2, etc., telles que</p><p>Dans cette formule, on retrouve la constante universelle k de Boltzmann ; mais la constante A d�pend de la collection de particules �tudi�e.</p><p>Cette statistique s�applique en particulier aux photons et permet de calculer l��nergie lumineuse rayonn�e dans le ph�nom�ne d��mission thermique (loi de Planck). Elle s�applique aussi aux atomes d�h�lium 4 et permet d�expliquer les propri�t�s tr�s sp�ciales de ce fluide aux tr�s basses temp�ratures.</p><p>y La statistique quantique de Fermi-Dirac s�applique aux particules qui ne peuvent jamais se trouver simultan�ment dans le m�me �tat quantique. Ces particules sont, pour cette raison, appel�es fermions. �</p><p>l��quilibre thermique, � la temp�rature absolue T, elles se r�partissent entre les niveaux d��nergie selon des populations ob�issant � la formule</p><p>(pour A et k, cf. plus haut). Cette statistique s�applique en particulier aux �lectrons et permet d�expliquer � l�int�rieur d�un m�tal le comportement des �lectrons libres, responsables de la conduction �lectrique et de la conduction calorifique. Elle explique aussi les propri�t�s des corps semi-conducteurs.</p><p>En d�finitive, les deux statistiques quantiques permettent d�expliquer de nombreux ph�nom�nes inexplicables en statistique classique ; mais il est facile de montrer qu�elles redonnent les m�mes r�sultats que la statistique de Boltzmann d�s que les populations N sont tr�s faibles devant les poids statistiques g (termes plus ou moins n�gligeables, parce que la constante A est alors extr�mement grande).</p><p>B. C.</p><p>statocyste</p><p>Organe sensoriel de nombreux Invert�br�s, form� d�une v�sicule creuse tapiss�e int�rieurement de cellules cili�es et renfermant un statolithe de nature chimique vari�e.</p><p>Le statocyste informe l�organisme de sa position par rapport au champ de gravitation, c�est-�-dire essentiellement par rapport � la pesanteur.</p><p>On a d�crit des statocystes chez les Cnidaires, les Ct�naires, les Plathelminthes (Turbellari�s primitifs), les N�mertes, les Rotif�res, les Gastrotriches, les Brachiopodes, les Ann�-</p><p>lides, dans la plupart des classes de Mollusques, chez les Arthropodes (essentiellement chez les Crustac�s, exceptionnellement chez les Insectes</p><p>[Fourmis]) et les Tuniciers.</p><p>La complexit� de structure du statocyste est sans rapport direct avec le niveau �volutif des embranchements, ce qui laisse supposer que cet organe est apparu de fa�on ind�pendante dans la plupart des phylums. Dans le cas le plus fr�quent, le statocyste est une v�-</p><p>sicule close ou reli�e � l�ext�rieur par un ou plusieurs orifices de petite taille ; son origine embryonnaire est vraisemblablement toujours �pidermique.</p><p>La v�sicule est tapiss�e int�rieurement de cellules cili�es, sauf chez les Crustac�s, o� les cils sont remplac�s par les soies. Le centre de la v�sicule est occup� par le statolithe, dont les d�placements, dus aux diverses positions prises par l�organisme, excitent diverses portions de cils ou de soies et renseignent ainsi le syst�me nerveux central. Chez certains Cnidaires, le statolithe est constitu� par des cellules sp�ciales, les lithocytes, renfermant des concr�tions calcaires. Le plus souvent, il r�sulte de la s�cr�tion externe de certaines cellules du statocyste, s�-</p><p>cr�tion le plus souvent calcaire ; quelquefois, il r�sulte de l�incorporation, dans du mucus, de particules solides emprunt�es au milieu ext�rieur.</p><p>Les statocystes sont fr�quents chez les M�duses de Cnidaires et offrent les structures les plus vari�es. Ils sont souvent li�s � d�autres organes sensoriels (ocelles, cellules tactiles) et prennent chez les Scyphom�duses le nom de rhopalies. L�organe aboral des Ct�naires est �galement complexe : le statolithe central, dont la masse augmente constamment, est maintenu en place par quatre paquets de cils raides, dont les d�placements semblent �tre � l�origine du message sensoriel.</p><p>Parmi les Crustac�s, ce sont surtout les Mysidac�s et les D�capodes qui poss�dent des statocystes. L�emplacement de ceux-ci est tr�s variable : il va de l�endopodite des uropodes chez Mysis downloadModeText.vue.download 415 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10370</p><p>au segment basal de l�antennule chez les Homards. Le statocyste r�sulte de l�invagination du t�gument chitinis�, qui porte des soies fortes maintenant le statolithe � fait de grains de sable</p><p>� et des soies plus fines, vraisemblablement li�es aux dendrites sensoriels.</p><p>Pendant la mue, l�animal doit reconstituer son statocyste et reste donc un certain temps priv� du sens de l�orientation. Si l�on met alors de la limaille de fer � sa disposition (exp�-</p><p>rience de Kreidl, 1893), on peut ensuite</p><p>v�rifier, gr�ce � un aimant, qu�il se fie uniquement aux informations provenant du statocyste pour rectifier sa position dans l�espace. Si l�on modifie, dans une autre exp�rience, la position des soies par un mince courant d�eau, on constate que le stimulus efficace est r�alis� par un d�placement perpendiculaire � l�axe de la soie.</p><p>Chez les Mollusques, on trouve</p><p>presque toujours (Polyplacophores except�s) une paire de statocystes au voisinage imm�diat du ganglion p�-</p><p>dieux. Dans la plupart des cas, comme chez les Lamellibranches et le Nautile, le statocyste est tr�s simple. Chez les H�t�ropodes p�lagiques (Gastropodes), il est plus complexe, avec une zone plus dense en cellules cili�es, la macula, oppos�e � une zone pauvre en cils, l�antimacula. La complexit� de structure est maximale chez la Pieuvre (C�phalopodes) : le statocyste est enferm� dans une capsule cartilagineuse emplie de p�rilymphe ; lui-m�me, ou sac statique, contient un autre liquide, l�endolymphe. La paroi interne du sac comporte deux diff�renciations sensorielles : une macula verticale, au contact imm�diat du statolithe, et une crista, alignement de cellules cili�es, dont les trois segments essentiels sont orient�s suivant trois plans trirec-tangles. Cette structure �voque fortement la portion statique de l�oreille*</p><p>interne des Vert�br�s et fournit un bel exemple de convergence fonctionnelle (qu�on retrouve �galement, entre C�phalopodes et Vert�br�s, au niveau oculaire).</p><p>La pr�sence de statocystes n�est pas absolument indispensable au maintien d�une orientation constante par rapport � la pesanteur. Chez les animaux qui sont d�pourvus de ces organes, le contr�le peut �tre visuel, tactile (tan-gor�cepteurs chez les esp�ces qui recherchent les contacts) ou proprio-ceptif (sensilles campaniformes des Insectes).</p><p>R. B.</p><p>P.-P. Grass�, R. A. Poisson et O. Tuzet, Pr�cis de zoologie, t. I : Invert�br�s (Masson, 1961 ; 2e �d., 1970). / R. D. Barnes, Invertebrate Zoology (Londres, 1963 ; nouv. �d., 1967). /</p><p>T. H. Bullock et G. A. Horridge, Structure and Function in the Nervous Systems of Invertebrates (Londres, 1965). / V. C. Barber, � The Structure of Mollusc Statocysts, with Particular Reference to Cephalopods �, dans Invertebrates Receptors, sous la dir. de J. D. Carty et G. E. Newell (Londres, 1968).</p><p>stator�acteur</p><p>F PROPULSION PAR R�ACTION.</p><p>steam-cracking</p><p>(vapocraquage)</p><p>Proc�d� de p�trochimie pour la production d�ol�fines par craquage avec injection de vapeur d�eau.</p><p>Principe de marche</p><p>La chimie organique, comme les industries des plastiques, des textiles et des caoutchoucs, repose de plus en plus sur la synth�se de certains hydrocarbures trop peu abondants dans le p�trole brut, comme l��thyl�ne, le propyl�ne, le butadi�ne et les aromatiques.</p><p>Cette synth�se, r�alis�e par vapocraquage, est une pyrolyse, c�est-�-dire une d�composition non catalytique sous l�effet conjugu� d�une temp�rature �lev�e, vers 800 �C, et d�une faible pression, de l�ordre de 1 ou 2 bar, en pr�sence de vapeur d�eau introduite � l�entr�e du four : le r�le de la vapeur d�eau consiste � augmenter la vitesse de passage dans les tubes de four, de mani�re � provoquer un craquage brutal des hydrocarbures contenus dans la charge, tout en limitant la formation de coke.</p><p>En modifiant les conditions op�-</p><p>ratoires, le proc�d� s�adapte � des mati�res premi�res p�troli�res tr�s diverses, dont le choix ob�it aux lois �conomiques, en se portant sur le produit disponible au meilleur prix, mais en tenant compte du rendement en �thyl�ne. Aux �tats-Unis, on craque traditionnellement de grandes quantit�s d��thane et de propane, obtenues en surplus lors de la purification du gaz naturel (m�thane). En Europe et au Japon, la charge de steam-cracking la plus int�ressante, sous-produit du raffinage du p�trole et longtemps disponible � bas prix, est l�essence directe,</p><p>provenant de la premi�re distillation du brut, qu�il s�agisse de gasoline (essence l�g�re) ou de naphta (essence lourde).</p><p>Mais on pourrait aussi bien partir de butane ou de gasoil, suivant la valeur du march�.</p><p>Les principales r�actions qui se produisent au cours du craquage sont les suivantes.</p><p>y La cha�ne des atomes de carbone peut se briser, certaines mol�cules se divisant alors pour donner des ol�-</p><p>fines (�thyl�ne, propyl�ne) et des diol�fines (butadi�ne).</p><p>y D�autres hydrocarbures,</p><p>comme l��thane, subissent une</p><p>d�shydrog�nation</p><p>y Des cha�nes droites d�atomes de carbone peuvent se cycliser en anneaux benz�niques (aromatisation).</p><p>Le rendement en �thyl�ne sur naphta est de 20 p. 100 � 800 �C, mais peut atteindre 30 p. 100 en poussant � 900 �C ; sur �thane, on obtient par recyclage jusqu�� 80 p. 100.</p><p>Le vapocraqueur</p><p>La r�action s�op�re dans un four de pyrolyse �quip� de tubes en acier inoxydable formant un serpentin parcouru par le m�lange d�hydrocarbures et de vapeur d�eau ; elle est suivie d�un brusque refroidissement (trempe) dans un g�n�rateur de vapeur afin de limiter la formation de polym�res ind�sirables.</p><p>La s�paration des produits se fait en trois temps.</p><p>1. Une distillation chaude comportant plusieurs colonnes retient les coupes lourdes (fuel-oil et essence).</p><p>2. Le m�lange de gaz est recomprim�, lav� � la soude et s�ch�.</p><p>downloadModeText.vue.download 416 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10371</p><p>3. L��thyl�ne et le propyl�ne sont extraits de ce m�lange par liqu�faction</p><p>et distillation froide gr�ce � des cycles successifs de compression, de d�tente et de fractionnement.</p><p>Des �purateurs compl�mentaires</p><p>sont pr�vus pour �liminer l�oxyde de carbone contenu dans l�hydrog�ne et pour se d�barrasser de l�ac�tyl�ne.</p><p>Un vapocraqueur est un ensemble</p><p>complexe de mat�riels co�teux et d�licats, dont la surveillance et la conduite sont facilit�es par l�adjonction d�un ordinateur de contr�le. Le co�t �lev� d�une telle installation incite au gigantisme, l�investissement pour une tr�s grosse unit� n��tant que 75 p. 100 de celui qui est n�cessaire � deux unit�s de taille moiti� moindre. La capacit� des plus r�centes installations atteint 500 000 t d��thyl�ne par an, n�cessitant plus de 2 Mt par an de naphta ; le co�t de telles unit�s est de l�ordre de 190 MF.</p><p>Implantation</p><p>Interm�diaire entre le raffinage et la chimie, le vapocraquage est une �tape qui peut se situer soit dans l�une, soit dans l�autre usine. Un certain nombre de raffineries de p�trole dot�es de vapocraqueurs peuvent �tre reli�es entre elles et aux utilisateurs d��thyl�ne par un r�seau de pipe-lines (�thyl�noducs), par exemple entre Lav�ra-Berre et la r�gion Rh�ne-Alpes. L�implantation en raffinerie facilite la r�utilisation de l�hydrog�ne, du fuel-oil et de l�essence de pyrolyse, dont on peut extraire les pr�cieux aromatiques ou que l�on peut hydrog�ner pour l�incorporer au supercarburant. En revanche, elle n�-</p><p>cessite le transport, jusqu�aux usines chimiques, de l��thyl�ne, du propyl�ne et de la fraction C4, contenant le butadi�ne, mati�re premi�re des �lastom�res. La capacit� de production d��thyl�ne en Europe, qui d�passe aujourd�hui 6 Mt par an, est en cours de doublement.</p><p>A.-H. S.</p><p>F Aromatiques (hydrocarbures) / Cracking /</p><p>Essence / �thyl�ne / Four / Gaz / P�trochimie /</p><p>Polym�re semi-organique et inorganique / Propyl�ne / Raffinage.</p><p>st�arinerie</p><p>Industrie ayant pour objet l�extraction des acides gras concrets contenus dans les huiles et les graisses animales et v�-</p><p>g�tales sous la forme d�esters du glyc�-</p><p>rol*, dont on provoque la scission, puis la s�paration en leurs constituants : glyc�rol hydrosoluble et acides gras insolubles dans l�eau.</p><p>Ces acides gras sont constitu�s eux-m�mes par un m�lange complexe,</p><p>en proportions variables, de produits concrets et de produits fluides � la temp�rature ordinaire, qu�il fallait, d�s l�origine de la st�arinerie, s�parer en deux phases : la premi�re �tant seule destin�e � la fabrication des bougies, la seconde trouvant son emploi en filature pour l�ensimage.</p><p>� l�heure actuelle, les acides gras ont un champ d�application tr�s �tendu, qui rend n�cessaires leur purification et leur s�lection en fractions de composition et de caract�res physico-chimiques pr�cis ; leur fabrication est donc largement valoris�e, m�me si l��clairage � la bougie ne repr�sente plus qu�une fantaisie d�corative.</p><p>Scission des glyc�rides</p><p>La scission des glyc�rides est une op�ration chimique ou biologique tr�s simple, puisqu�elle consiste � fixer les �l�ments de l�eau sur la fonction ester pour lib�rer ses constituants : alcool (glyc�rol) et acides gras.</p><p>Mais, si on se limite � mettre en pr�-</p><p>sence l�eau et la substance lipidique, aucune r�action ne se produit en raison de l�insolubilit� r�ciproque de l�eau et des lipides. Il est n�cessaire, pour obtenir la r�action, de faire appel � des agents physiques, chimiques ou enzymatiques afin d�assurer aux deux phases une surface de contact aussi �tendue que possible.</p><p>M�thodes classiques</p><p>On soumet � l�action de la chaleur le m�lange eau-huile en op�rant en autoclave, l�addition d�un catalyseur permettant une r�action � temp�rature</p><p>plus mod�r�e. Les premiers catalyseurs utilis�s ont �t� les oxydes m�talliques, comme le bioxyde de calcium et surtout l�oxyde de zinc. De faibles quantit�s d�acide sulfurique se sont aussi r�v�l�es profitables.</p><p>On utilise maintenant, plus volontiers, le r�actif de Twitchell, constitu� par un m�lange de divers alkylarylsul-fonates. Ces additifs favorisent l��mulsion, puis une v�ritable solubilisation de l�eau dans l�huile. Une fois d�clench�e, la r�action s�acc�l�re et peut �tre pratiquement men�e jusqu�� son terme. Mais l�hydrolyse et l�est�rification sont deux r�actions r�versibles qui correspondent � un �quilibre, si bien que, pour mener la premi�re jusqu�� son terme, il faut �liminer, en cours d�op�ration, l�un des produits lib�r�s, ce qui conduit � d�canter � une ou � deux reprises la solution glyc�roleuse ; de nouvelles additions d�eau permettent ensuite de parfaire le r�sultat recherch�.</p><p>downloadModeText.vue.download 417 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10372</p><p>M�thodes continues</p><p>D�abord pratiqu�e en discontinu, la production d�acides gras b�n�ficie, aujourd�hui, d�une fabrication en continu.</p><p>Le principal proc�d� est le proc�d�</p><p>� par percolation �, qui s�effectue en autoclave pr�alablement chauff� et mis sous pression. Apr�s introduction de la mati�re premi�re, la vapeur d�eau est inject�e dans le bas de l�appareil ; on ach�ve le remplissage apr�s l�admission de la vapeur et on en laisse �chapper l�exc�s quand la pression atteint de 20 � 30 bar. Lorsque l�hydrolyse est notable, on renverse l�introduction de vapeur qui est alors insuffl�e dans la partie sup�rieure de l�appareil, tandis que l�eau glyc�roleuse est soutir�e par le bas. Pour un poids de 4 t de mati�re premi�re contenue dans un appareil ayant un volume de 7 m 3, la dur�e de l�op�ration est de l�ordre de six heures et le taux d�hydrolyse atteint 96 p. 100.</p><p>Une autre m�thode, analogue � celles qui ont �t� utilis�es pour la savonnerie,</p><p>op�re en position horizontale. La r�action se produit dans des tubes �troits plac�s dans des fours. Pomp�e � une extr�mit�, l��mulsion eau-huile-catalyseur, pr�alablement obtenue m�caniquement, traverse lentement le premier r�acteur, long de plusieurs m�tres, puis la pression est r�duite. Une fois la solution de glyc�rol �vacu�e par la partie inf�rieure, le m�lange lipidique, additionn� d�une nouvelle quantit� d�eau, p�n�tre dans la seconde partie de l�appareil, o� il est soumis � des conditions de temp�rature et de pression plus �nergiques afin de parfaire la r�action.</p><p>Ce second proc�d� pr�sente l�avantage de permettre la s�paration, en solution concentr�e, de 90 p. 100 d�un glyc�-</p><p>rol particuli�rement pur. � la sortie du second tube, une d�tente compl�te de l�atmosph�re conduit � l��vacuation de la seconde solution de glyc�rol (g�n�-</p><p>ralement beaucoup moins concentr�e que la premi�re et que l�on n�utilise pas), mais aussi l�entra�nement direct par la vapeur des acides gras de faible poids mol�culaire.</p><p>Hydrolyse enzymatique</p><p>Bien avant la d�couverte des enzymes*, on savait qu�une huile dans laquelle on introduit de l�eau et une certaine quantit� de graines ol�agineuses finement broy�es s�acidifiait progressivement et l�on pouvait m�me, au bout de quelques jours, en extraire des acides gras libres. Analytiquement, l�emploi des lipases pour pratiquer la scission des glyc�rides est devenu une m�thode de laboratoire tr�s utile, qui permet d��claircir certains probl�mes de structure des glyc�rides, mais son application a �t� abandonn�e en st�arinerie.</p><p>S�paration des m�langes</p><p>d�acides gras en phases</p><p>concr�te et fluide</p><p>La fabrication des � bougies st�ariques � exige une mati�re premi�re de point de fusion suffisamment �lev� pour que la chaleur d�gag�e par la combustion lente du lipide au niveau de la m�che ne provoque pas un ramollissement de la masse. Tout au plus peut-on tol�rer que quelques gouttes liqu�fi�es entourent la m�che dans la petite coupe qui se forme peu � peu autour d�elle. Le</p><p>st�arinier a donc �t� conduit � s�parer le m�lange d�acides gras bruts en deux phases : l�une concr�te, l�autre fluide.</p><p>S�paration par pression</p><p>La masse, plus ou moins molle, r�sultant de l�hydrolyse est soumise � une pression progressive qui fait exsuder la partie fluide retenue par le r�seau cristallin form� par les acides gras concrets. Cette partie fluide peut �tre recueillie directement ou collect�e dans une couche adsorbante, d�o�, ult�rieurement, elle est extraite au moyen d�un solvant. L�efficacit� de l�op�ration varie en fonction de la force de pression exerc�e et suivant la temp�rature � laquelle on op�re ; on obtient donc diverses qualit�s d�acides concrets et d�acides fluides. L�action de la pression est g�n�ralement r�p�t�e � plusieurs reprises pour des temp�ratures qui s��l�vent graduellement ; d�o� la d�finition de � st�arines � obtenues par simple, double ou triple pression. Elles sont les unes et les autres constitu�es de m�langes d�acides gras � cha�nes enti�rement satur�es.</p><p>La phase fluide, appel�e impro-</p><p>prement ol�ine, dans laquelle l�acide ol�ique domine, contient surtout des acides gras dont les cha�nes sont mono-ou poly�thyl�niques, accompagn�s d�acides satur�s � cha�nes courtes. Elle a �t� longtemps destin�e � l�industrie textile. Mais celle-ci exige l�absence de cha�nes poly�thyl�niques, dont l�oxydabilit�, lors d�une r�partition en couche mince sur les fibres, peut provoquer une inflammation spontan�e.</p><p>La possibilit� de pratiquer une hydrog�nation s�lective offre probablement le meilleur moyen d��liminer ces constituants dangereux qui ont parfois provoqu� des incendies.</p><p>S�paration faisant appel</p><p>� d�autres principes</p><p>L�utilisation des acides gras par l�industrie moderne conduit � ne plus se contenter de proposer � l�utilisateur des</p><p>� st�arines � et des � ol�ines �, mais � mettre � sa disposition des produits fractionn�s, bien adapt�s � ses fabrications, voire des produits purs ; d�o� une s�rie de proc�d�s mis au point plus ou</p><p>moins r�cemment.</p><p>y Cristallisation fractionn�e des acides gras. Le proc�d� Solexol utilise des solvants comme le furfural et le propane ou des m�langes de solvants, telle l�association furfural-naphta. Les solutions obtenues sont abandonn�es � la cristallisation � des temp�ratures de plus en plus basses, ce qui permet de recueillir une s�rie de fractions et de s�parer des r�coltes de cristaux plus ou moins riches en tel constituant recherch�. La m�thode peut s�appliquer � la phase fluide comme � la phase concr�te, � condition, bien entendu, de disposer d�un syst�me puissant de r�frig�ration.</p><p>y Extraction s�lective des acides gras. Une m�thode d�extraction s�-</p><p>lective particuli�rement originale fait appel � un lavage des acides gras initiaux au moyen de faibles quantit�s de solvant (m�thanol ou �thanol) qui entra�nent les constituants fluides.</p><p>Ce proc�d�, qui suppose une division convenable de la mati�re premi�re de d�part ou un broyage de celle-ci pratiqu� en pr�sence du liquide de lavage, s�apparente � l�extraction s�lective proprement dite, pratiqu�e au moyen de furfural ou de propane � l�int�rieur des colonnes de 10 � 30 m de haut, dans lesquelles la circulation s�effectue � contre-courant, suivant la diff�rence de densit� des deux phases en pr�sence. Les solvants sont r�cu-p�r�s et recycl�s apr�s s�paration de la phase cristalline et de la solution.</p><p>Le proc�d� mis au point dans le</p><p>laboratoire de l�Institut des corps gras pr�conise l�emploi de dichlor�thane sym�trique, solvant ininflammable, facile � r�cup�rer, mais qui exige un s�jour prolong� du m�lange acides gras-solvant dans la chambre froide.</p><p>Son avantage essentiel est de fournir la phase cristalline sous la forme de fines aiguilles ais�es � filtrer, alors que la structure feuillet�e, plus commune, est beaucoup plus d�licate � s�parer. La mati�re premi�re, mise sous la forme de copeaux granul�s, est plac�e dans une tour, o� elle subit une aspersion avec le solvant choisi : ac�tone, alcool � 95�, hexane technique, mais de pr�f�-</p><p>rence dichlor�thane sym�trique.</p><p>y Autres m�thodes originales. Un brevet relativement r�cent utilise une solution aqueuse d�un compos� tensio-actif, comme le lauryl-sulfate downloadModeText.vue.download 418 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10373</p><p>de sodium, qui a pour effet de d�coller les films liquides des particules concr�tes qui leur servent de support.</p><p>Une autre m�thode consiste � provoquer la formation de complexes qui associent ur�e et acides gras. Lorsque ceux-ci sont satur�s et en cha�ne droite, le d�p�t cristallin, qui se forme imm�-</p><p>diatement, est facile � recueillir et � dissocier ; il suffit de disposer de petites quantit�s d�acide chlorhydrique.</p><p>Ce proc�d� s�applique aux acides gras eux-m�mes, mais, de pr�f�rence, � leurs esters m�thyliques ; il se recommande par la rapidit� et la facilit� de son ex�cution, qui permet d�op�rer � une temp�rature voisine de celle du point de fusion du m�lange initial.</p><p>Ces m�thodes de fractionnement correspondent � la production de mati�res premi�res industrielles, sans parvenir � fournir des compos�s assez purs pour constituer des t�moins susceptibles d��tre utilis�s dans les techniques analytiques modernes, comme les diff�-</p><p>rentes applications de la chromatographie. Mais il faut admettre la grande utilit� de ces premi�res approches, qui, ensuite, facilitent consid�rablement l�obtention de produits purs.</p><p>Purification du glyc�rol</p><p>Jusqu�en 1948, ann�e o� la synth�se chimique du glyc�rol a enfin �t� r�alis�e, la savonnerie et la st�arinerie ont �t� les seules sources d�approvisionnement tant de l�industrie pharmaceutique que des manufactures consacr�es � la production des explosifs. L�extraction du glyc�rol des solutions plus ou moins concentr�es qui le contiennent est, en principe, une op�ration classique, puisqu�une simple distillation, de pr�f�rence sous pression r�duite,</p><p>permet d��liminer l�eau, puis d�obtenir un glyc�rol dont la densit� reste comprise entre des limites assez �troites et dont la teneur en eau ne doit pas d�passer 3 p. 100 (au moins lorsqu�il s�agit d�emploi th�rapeutique, le glyc�rol figurant comme solvant dans de nombreuses formules). Les impuret�s sont retenues dans la chambre de l�appareil distillatoire et constituent le r�sidu de l�op�ration.</p><p>Usages de mati�res</p><p>premi�res issues de</p><p>la st�arinerie</p><p>y Glyc�rol. La glyc�rine est inscrite dans les pharmacop�es qui l�utilisent comme excipient en cosm�tologie</p><p>et pour la fabrication de savons sp�-</p><p>ciaux. Son emploi a pris dans l�industrie une ampleur importante qui, partant de la fabrication des explosifs, s��tend jusqu�� la production de r�sines* synth�tiques, de peintures*</p><p>glyc�rophtaliques et de rev�tements cellulosiques, qui, en 1954, absor-bait d�j� le tiers de la production de glyc�rol. Cette �volution s�explique par l�emploi de ces produits dans la composition de tous les rev�tements utilis�s dans la construction automobile, dans celle des wagons de chemin de fer, des r�frig�rateurs, de tout l�outillage m�nager, du mobilier, etc.</p><p>y Acides gras. Les acides gras, eux aussi, ont pris place dans l�industrie � c�t� de leurs utilisations traditionnelles : savonnerie et fabrication des bougies. Si l��clairage � la bougie est devenu une fantaisie � la mode et si le savon a tendance � c�der le pas aux d�tersifs de synth�se, il n�existe pour la st�arinerie aucun risque de r�cession, bien au contraire. La fabrication des d�tergents* absorbe obligatoirement les acides gras et les alcools aliphatiques auxquels ils peuvent donner naissance, les uns et les autres constituant, � l�heure actuelle, la seule ma-ti�re premi�re capable de fournir les produits biod�gradables conformes � la r�glementation.</p><p>De plus, les acides gras peuvent subir diverses transformations qui autorisent leur emploi dans des domaines</p><p>vari�s : lubrification en filature et en m�tallurgie, protection contre la corrosion, fabrication de peintures, de pigments, de vernis, de caoutchouc, flottation des minerais, additifs pour la construction routi�re en qualit� de dopes d�adh�sivit� ou comme �mulsi-fiants pour les liants de rev�tements.</p><p>D�autre part, apr�s dim�risation, ils peuvent participer � l��laboration de mousses de polyur�thanes. Enfin, l�alimentation pr�sente un important d�bouch�. Parmi les divers esters pr�-</p><p>par�s, les monoglyc�rides sont particuli�rement recherch�s comme agents �mulsifs et stabilisateurs d��mulsions, en particulier pour la fabrication et la conservation des margarines* et des shortenings. Ils sont �galement utilis�s en boulangerie, en p�tisserie et en chocolaterie.</p><p>M.-Th. F.</p><p>F Glyc�rol ou glyc�rine / Savon.</p><p>W. W. Klenke, Candelmaking (Peoria, Illinois, 1946). / E. S. Pattison, Industrial Fatty Acids and Their Application (New York, 1959).</p><p>Steele (Richard)</p><p>F ADDISON (Joseph).</p><p>St�goc�phales</p><p>Amphibiens fossiles du Primaire et du Trias, � cr�ne particuli�rement bien ossifi�, formant en quelque sorte un toit osseux sur la t�te.</p><p>Parfois le mot est pris dans un sens plus restreint, celui de Labyrinthodontes (c�est-�-dire d�Amphibiens fossiles � ivoire dentaire pliss� en m�andres). Les St�goc�phales sont surtout remarquables par leur d�veloppement : tandis que les Amphibiens actuels sont presque tous de petites formes (� part la grande Salamandre du Japon), de nombreux St�goc�phales fossiles d�passaient 1 m de longueur ; les Amphibiens apparaissent donc dans la nature actuelle comme un groupe r�-</p><p>gress�. Le premier St�goc�phale connu a �t� d�couvert en 1824 dans le Trias du Wurtemberg : c�est le genre Mas-todonsaurus. Mais il fallait attendre le milieu du XIXe s. pour que les St�-</p><p>goc�phales fussent interpr�t�s comme</p><p>�tant non pas des Reptiles, mais des Amphibiens. Pour quelle raison les St�goc�phales apparaissent-ils aujourd�hui comme des Amphibiens incontestables ? Les Amphibiens actuels se distinguent des Reptiles par leur d�-</p><p>pendance plus �troite � l��gard du milieu aquatique ; leurs embryons et leurs larves se d�veloppent (� part quelques rares vivipares) toujours dans l�eau ; au contraire, les Reptiles � m�me les Reptiles aquatiques telles les Tortues marines � viennent pondre leurs oeufs � terre. Mais ce crit�re ne peut �tre appliqu� aux St�goc�phales, dont nous ne connaissons naturellement pas le mode de d�veloppement. Cependant, il existe sur la t�te des St�goc�phales des sillons sensoriels correspondant par leur position aux canaux du syst�me de la ligne lat�rale des Poissons ; de tels sillons ne peuvent exister que dans des formes aquatiques, et les St�-</p><p>goc�phales sont donc des Amphibiens ; cependant, tous les St�goc�phales ne pr�sentent pas de tels sillons, mais les formes d�pourvues de sillons ont une anatomie absolument identique � celle des St�goc�phales � sillons, si bien que l�on ne peut les s�parer zoologique-ment de ces derniers.</p><p>Les St�goc�phales apparaissent dans le D�vonien sup�rieur du Groenland avec les genres Ichthyostega, Ich-thyostegopsis et Acanthostega. Seul Ichthyostega* est vraiment connu : c�est le seul St�goc�phale qui poss�de encore un os operculaire (sous opercule) et un pr�opercule ; sa joue est pratiquement identique � celle d�un Poisson Crossopt�rygien, Eusthenop-teron (�galement du D�vonien sup�-</p><p>rieur) ; Ichthyostega poss�de encore des caract�res de Poissons (pr�sence de vrais canaux sensoriels inclus dans les os et non de simples sillons sensoriels ; existence d�une nageoire caudale downloadModeText.vue.download 419 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10374</p><p>rappelant celle des Poissons Crossopt�-</p><p>rygiens). Les St�goc�phales sont assez nombreux jusqu�au Trias sup�rieur et disparaissent au Lias inf�rieur avec, comme dernier repr�sentant, le genre</p><p>Gerrothorax (de Scanie).</p><p>Les Amphibiens fossiles primaires et triasiques ont �t� divis�s en un certain nombre de groupes suivant la nature de la vert�bre. Celle-ci peut :</p><p>1. �tre enti�re (L�pospondyles du Carbonif�re et du Permien inf�rieur) ; 2. �tre form�e de quatre �l�ments �gaux et allong�s dispos�s en cylindre creux autour de la chorde (Phyllospondyles ; cette disposition se rencontre chez des petits Amphibiens du Carbonif�re sup�rieur d�Autun et de Boh�me, les Branchiosaures) ;</p><p>3. comprendre des �l�ments ant�rieurs et post�rieurs distincts connus sous le nom d�intercentres (situ�s sous l�arc neural) et de pleurocentres. C�est la disposition vert�brale temnospon-dyle que l�on rencontre chez les St�-</p><p>goc�phales labyrinthodontes ; comme, anatomiquement, ces fossiles sont tr�s homog�nes, sauf en ce qui concerne le squelette axial, on les a class�s d�apr�s la structure de celui-ci ; le squelette axial peut, en effet, �tre embolom�re, rachitome, st�r�ospondyle et seymouriamorphe. Dans le type rachitome, chaque vert�bre comprend un intercentre bien d�velopp� et un petit pleurocentre, en g�n�ral pair ; dans le type embolom�re, intercentre et pleurocentre sont des disques �gaux ; dans la vert�bre st�r�ospondyle, le corps vert�-</p><p>bral ne comprend plus qu�un �l�ment, l�intercentre, tandis que, dans le type seymouriamorphe, c�est au contraire l�intercentre qui dispara�t plus ou moins compl�tement et le pleurocentre qui subsiste seul. Mais, en r�alit�, il y a de nombreux interm�diaires entre ces structures vert�brales, et il est impossible d�admettre aujourd�hui, comme on l�a cru longtemps, que les St�-</p><p>goc�phales carbonif�res sont toujours des embolom�res, ceux du Permien toujours des seymouriamorphes ou des rachitomes, ceux du Trias toujours des st�r�ospondyles. En r�alit�, comme Ichthyostega est rachitome, il est probable que la structure rachitome est primitive ; si les formes carbonif�res � vert�bres embolom�res paraissent toutefois anatomiquement primitives, c�est probablement par r�adaptation</p><p>secondaire au milieu aquatique.</p><p>Les toits cr�niens des St�goc�phales se distinguent par l�allongement plus ou moins marqu� du museau, la position des yeux (tr�s ant�rieure dans le groupe des M�toposaures), l��largissement du toit cr�nien et son raccourcissement dans le sens ant�ro-post�-</p><p>rieur (Brachyopo�d�s). Les membres, massifs, �taient situ�s lat�ralement par rapport au corps, qui tra�nait sur le sol.</p><p>Les St�goc�phales �taient des animaux d�eau douce, � part un grand groupe du Trias, les Tr�matosaures, qui sont revenus occuper les eaux marines. Certains St�goc�phales devaient rester toute leur vie � l��tat larvaire, en se reproduisant sans se m�tamorphoser (n�o-t�nie) ; les formes n�ot�niques poss�-</p><p>dent en effet encore des traces d�os du squelette branchial, bien visibles chez des genres tels que Dvinosaurus du Permien du bassin de la Dvina, Gerrothorax, etc.</p><p>Les St�goc�phales sont certainement apparent�s aux Amphibiens Anoures ; le premier repr�sentant connu de ce groupe, Protobatrachus (du Trias de Madagascar), a en effet � la fois des caract�res de St�goc�phales et d�Anoures. Mais nous ne savons pas si les Reptiles s�enracinent dans les St�-</p><p>goc�phales. On avait cru que Seymouria (du Permien du Texas) repr�sentait en quelque sorte un stade interm�diaire entre St�goc�phales et Reptiles, mais il ressemble beaucoup � un Reptile, le genre Diadectes, qui ne semble pas avoir eu de post�rit�. Il est d�ailleurs peut-�tre d�j� un Reptile. L�anatomie interne semble montrer qu�il existe deux grandes lign�es dans les St�-</p><p>goc�phales : les Batrachomorphes, � enc�phale allong� (comprenant les Rachitomes et les St�r�ospondyles), et les Reptiliomorphes, � enc�phale contract� (comprenant les embolom�res et les seymouriamorphes, si ces derniers sont encore des Amphibiens).</p><p>Au cours de leur �volution, la vo�te palatine des St�goc�phales s��vide, le cr�ne s�abaisse et la mandibule se raccourcit post�rieurement. Mais les St�goc�phales sont, dans l�ensemble, assez homog�nes.</p><p>J.-P. L.</p><p>A. S. Romer, Review of the Labyrintho-dontia (Cambridge, Mass., 1947). / J. Piveteau, Trait� de Pal�ontologie, t. V (Masson, 1955). / F.</p><p>von Huene, Pal�ontologie und Phylogenie der niederen Tetrapoden (I�na, 1956 ; 2e �d., 1959).</p><p>Stein (Gertrude)</p><p>Femme de lettres am�ricaine (Al-</p><p>legheny, Pennsylvanie, 1874 - Neuilly-sur-Seine 1946).</p><p>L�oeuvre litt�raire de Gertrude Stein est relativement peu connue. Mais, pendant un demi-si�cle, elle eut une influence consid�rable sur les �crivains et les artistes am�ricains et europ�ens, tels Hemingway et Picasso. Gertrude Stein passa la plus grande partie de sa vie � Paris. De l�, elle rayonna sur les tendances nouvelles de l�art et de la litt�rature. Un mythe s�est cr�� autour d�elle, la pr�sentant comme une excentrique d�avant-garde. En r�alit�, G. Stein fut une femme de go�t et de bon sens, dou�e de pr�sence et d�un flair qui lui permit de constituer une exceptionnelle collection de tableaux et de se lier avec les grands artistes de trois g�n�rations : Picasso, Matisse, Braque, Apollinaire, Cocteau, Juan Gris, Hemingway, etc. Elle-m�me a racont� sa vie dans Autobiographie d�Alice B. Toklas (1933), oeuvre enjou�e et naturelle, qui est la plus vivante chronique d�un �ge de mutation.</p><p>N�e en Pennsylvanie d�une riche</p><p>famille isra�lite d�origine autrichienne qui a gard� ses attaches europ�ennes, elle passe ses premi�res ann�es � Vienne et � Paris. Elle fait des �tudes de philosophie au Radcliffe College de Cambridge (Massachusetts), en particulier aux cours de William James, puis elle commence des �tudes de m�decine, qu�elle abandonne. Elle se fixe � Paris en 1903 avec son fr�re Leo (1872-1947), amateur de peinture. Elle passe des apr�s-midi rue Lafitte, chez Vollard, le marchand de tableaux, et lui ach�te un C�zanne, encore peu connu, sur lequel elle �crit le po�me � Vollard and C�zanne �. Au premier Salon d�automne, elle acquiert, avec son fr�re, la Femme au chapeau de Matisse, que le public voulait lac�rer. Elle se lie avec</p><p>le peintre et lui permet de commencer la Joie de vivre, o� il d�forme les formes pour intensifier les couleurs,</p><p>� comme, �crit-elle, on se sert en musique des dissonances et en cuisine du vinaigre �. D�s 1904, elle se lie avec Picasso, encore inconnu, qui fera son portrait deux ans plus tard. Elle pose pendant pr�s de quatre-vingts s�ances.</p><p>Ce portrait de Stein marque le tournant de l�oeuvre de Picasso : le peintre passe des Arlequins � ce qu�Apollinaire appellera le � cubisme �. C�est chez G. Stein que Matisse et Picasso se rencontrent, d�couvrent l�� art n�gre �, puis se brouillent au sujet de Braque et de Derain. Le Douanier Rousseau, Juan Gris, Max Jacob et Cocteau se joignent souvent au groupe, et le salon du 27 rue de Fleurus devient l�un des centres de la vie artistique et litt�raire de Paris.</p><p>G. Stein avait commenc� par tra-</p><p>duire Trois Contes de Flaubert, exercice qui lui inspire son premier livre publi�, Three Lives (Trois Vies, 1909), trois nouvelles solides, qui racontent la vie d�une gouvernante, Anna, d�une domestique, Lena, et d�une m�tisse, Melanctha. R�alistes et po�tiques, ces nouvelles peignent les caract�res par le rythme de leur langage. Sherwood Andersen, Hemingway et Richard</p><p>Wright reconna�tront son influence.</p><p>De 1906 � 1908, G. Stein compose la longue chronique de sa vie familiale, The Making of Americans (Am�ricains d�Am�rique), qui ne trouve �diteur qu�en 1925. S�inspirant de Picasso, elle tend � renoncer � la � repr�sentation � pour utiliser les mots s�par�ment downloadModeText.vue.download 420 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10375</p><p>de leur signification. En 1914, Tender Buttons : Object, Food, Rooms constitue une s�rie de natures mortes litt�-</p><p>raires cubistes.</p><p>Pendant la Premi�re Guerre mon-</p><p>diale, G. Stein s�engage dans le corps des ambulances. En 1920, une nouvelle vague d��crivains et d�artistes am�ricains d�barque chez elle. Ceux-ci la consid�rent comme la patronne des</p><p>� Expatri�s �. G. Stein leur donne le</p><p>nom de � G�n�ration perdue �. � c�t� de Fitzgerald, d�Eliot, de Pound, il y a Hemingway, qu�elle d�cide � �crire et dont elle forme le style en litote.</p><p>Elle poursuit sa carri�re litt�raire avec Geography and Plays (1922), recueil exp�rimental, � la mani�re de Tender Buttons. En 1933, l�Autobiographie d�Alice B. Toklas remporte un gros succ�s aux �tat-Unis. G. Stein devient c�l�bre et fait une s�rie de conf�-</p><p>rences. On publie ses manuscrits : Portraits and Prayers (1934), Narration (1935), o� elle expose son � art po�tique �, The Geographical History of America (1936), o� elle d�veloppe ses th�ories litt�raires. Dans Everybody�s Autobiography (1937), G. Stein raconte sa tourn�e de conf�rences en Am�rique en 1933. Mais elle reste attach�e � la France, � son pittoresque, � sa libert�, comme elle dit dans Paris, France (1940). Pendant l�Occupation elle se retire � Bilignin, dans l�Ain. �</p><p>la Lib�ration, elle recueille de simples conversations avec des soldats am�ricains (Brewsie and Willie, 1946). Elle y utilise la langue parl�e. Ses livres sont de plus en plus des st�nographies exemptes d�� arrangement �. G. Stein abuse un peu de la r�p�tition. Il y a du proc�d� dans son refus des substantifs, des conjonctions, des adjectifs, voire de la ponctuation.</p><p>Ses techniques ont vieilli, mais G. Stein reste un pionnier, un animateur et un m�morialiste sans �gal. Elle sait voir et �couter. Et elle veut faire avec les mots ce qu�ont fait Braque et Picasso avec la peinture. Elle �crit comme on parle. Comme les peintres ses amis supprimaient la perspective spatiale, elle supprime dans ses livres la perspective temporelle, pour choisir l�essentiel, le � premier plan � d�un pr�sent continu : une st�nographie de la r�alit� parl�e oppos�e � tout acad�-</p><p>misme. Dans l�exc�s m�me de ses proc�d�s de lib�ration, G. Stein t�moigne d�une �poque lasse des conventions, avide de trouver des sources neuves d�expression. Personne ne fut mieux � la charni�re de deux si�cles, de deux continents et de deux arts.</p><p>J. C.</p><p>D. Sutherland, Gertrude Stein, a Biography of her Work (New Haven, Connect., 1951, nouv.</p><p>�d., 1972 ; trad. fr. Gertrude Stein, Gallimard, 1973). / E. Sprigge, Gertrude Stein (Londres, 1957). / J. M. Brinnin, The Third Rose : G. Stein and her World (Boston, 1959). / F. J. Hoffman, G. Stein (Minneapolis, 1961). / A. B. Toklas, What is remembered (New York, 1963). /</p><p>R. Bridgman, G. Stein in Pieces (Fair Lawn, N. J., 1970).</p><p>Steinbeck (John)</p><p>�crivain am�ricain (Salinas, Californie, 1902 - New York 1968).</p><p>Le prix Nobel de litt�rature en 1962</p><p>et le succ�s de certains de ses livres, Des souris et des hommes, les Raisins de la col�re, ont longtemps valu � Steinbeck une r�putation �gale � celle de Faulkner* et d�Hemingway*, ses contemporains, mais qui r�siste mal au temps et � une analyse s�rieuse.</p><p>Steinbeck est probablement l�un des meilleurs romanciers r�gionalistes am�ricains. C�est son principal, voire son unique m�rite. Son histoire est un peu celle du paysan corrompu par la ville. Steinbeck le fruste, le romancier de l��l�mentaire, de l�immanence absolue n�aurait jamais d� quitter son village qui l�inspire si bien. Il conna�t parfaitement cette � grande vall�e �</p><p>de Salinas, en Californie, qui descend vers le Pacifique, � 200 km au sud de San Francisco, avec ses champs fertiles, ses immenses ranches et les p�-</p><p>cheurs mexicains de Monterey. C�est l� qu�il est n�, en 1902, d�une famille tr�s simple d�origine irlandaise : p�re fonctionnaire, m�re institutrice. C�est l� qu�il a ses � racines �, son � poney rouge � (ce sera le titre d�une nouvelle qui para�tra en 1937), sa cabane en bois.</p><p>Apr�s de br�ves �tudes � l�universit� Stanford, pr�s de San Francisco, c�est � Salinas qu�il t�te de tous les m�tiers : ma�on, b�cheron, ouvrier agricole, comme les � paisanos � de Tortilla Flat et les fermiers de P�turages du ciel. Le meilleur de son oeuvre est l�. Steinbeck n�est pas un grand visionnaire, ni un grand cr�ateur comme Faulkner. C�est un peintre na�f. Le Yoknapatawpha est en Faulkner. Steinbeck, lui, est dans Salinas. Son g�nie simple, c�est de regarder, d�entendre, de sentir la terre, les hommes et les b�tes de Salinas, sans omettre un d�tail, pas m�me que</p><p>les paysans n�y prononcent le � g � des participes pr�sents qu�en fin de phrase.</p><p>Si Steinbeck avait accept� la pente naturelle de son talent, ce serait une sorte de Giono de la Californie. L�, dans l�isolement, il �crit son premier livre, la Coupe d�or (Cup of Gold, 1929), o� se devine d�j� un romantisme facile.</p><p>Il publie, en 1932, les P�turages du ciel (The Pastures of Heaven), puis en 1933 � un dieu inconnu (To a God Unknown), un livre panth�iste, dont le lyrisme rappelle D. H. Lawrence.</p><p>La crise �conomique des ann�es 30</p><p>et la brusque mode du socialisme chez les �crivains am�ricains l��garent sur les sentiers du r�alisme engag�, o� il se perdra. Comme Steinbeck d�crit la mis�re des ouvriers agricoles dans Tortilla Flat (1935), recueil de nouvelles sur les � paisanos � de Monterey, les critiques l��tiquettent � �crivain social �. Et Steinbeck le folkloriste se prend pour un intellectuel de gauche et se penche sur la classe ouvri�re jusqu�� en perdre l��quilibre. Il est conscient que ce succ�s de snobisme politique l�enferme dans un genre faux : � Je suis si occup� � �tre un �crivain que je ne peux plus rien �crire �, dit-il en 1935, entre deux cocktails, apr�s le succ�s de Tortilla Flat. En 1936, En un combat douteux (In Dubious Battle) aborde m�me le probl�me de l�action communiste en milieu agricole. C�est cet aspect politique de l�oeuvre qui vaut la gloire � l��crivain. Gide m�me s�y trompe, qui note dans son Journal que Steinbeck offre � la meilleure peinture psychologique que je connaisse du communisme �. Ainsi, la crise et les illusions socialistes embarquent le g�nie na�f de Steinbeck dans le grand malentendu de la litt�rature engag�e.</p><p>Or, Steinbeck n�est pas une t�te politique, encore moins un marxiste. Il n�a rien en commun avec les �crivains socialistes am�ricains, tels Edward Da-hlberg, Richard Wright, Paul Taylor, Howard Fast ou James T. Farell. Au contraire, il reprend le vieux r�ve des pionniers : avoir un petit ranch � soi, l�-bas, � l�Ouest, o� l�immensit� de la Prairie est le symbole de la libert�.</p><p>Pour George et Lennie, les h�ros de Des souris et des hommes (Of Mice and Men, 1937), les lendemains qui</p><p>chantent ne parlent pas de socialisme :</p><p>� On aura une petite ferme et l�on aura p��tre ben un cochon et des poulets, et dans le champ un carr� de luzerne pour les lapins. � C�est le vieux r�ve jeffer-sonien de la petite propri�t� fonci�re.</p><p>Les ch�meurs de Steinbeck reprennent la marche vers l�Ouest des pionniers am�ricains. Ce sont des damn�s de la terre qui croient plus au Far West qu�au socialisme.</p><p>Dans les Raisins de la col�re</p><p>(Grapes of Wrath, 1939), le livre le plus r�ussi et le plus grand roman social de l��poque de la crise, l�inspiration religieuse double la r�volte. Les Joad, cahotant sur leur tacot, sont en route pour la Terre promise. Le style des Raisins de la col�re imite celui des Psaumes, et la structure du r�cit reproduit l�exode biblique, de l�oppression en �gypte jusqu�� l�arriv�e parmi les tribus hostiles de Cana. De m�me que, pendant l�Exode, Isra�l re�ut de nouvelles lois, de m�me les Joad sont dispers�s : un lien nouveau se forme, qui remplace le lien familial par la solidarit� de classe.</p><p>Cette qu�te de la Terre promise</p><p>n�est pas, chez Steinbeck, individuelle et spirituelle, mais concr�te et tribale. Ne plus avoir faim, ni soif, ni froid, c�est � ce niveau physiologique de la dignit� que se situe l�univers de Steinbeck. Celui-ci est � son affaire avec les simples, les illettr�s, avec des hommes qui sont encore un peu des b�tes et s�individualisent mal. C�est un romancier de la tribu, du clan ; il parle des hommes avant l�invention de la personne humaine. Il a �labor� une th�orie mi-scientifique, mi-po�-</p><p>tique du � group-man �, de l�univers gr�gaire, dont l�homme n�est qu�un �l�ment biologique. Son microcosme ressemble d�lib�r�ment � ces flaques d�eau o� mollusques et crustac�s se d�battent � mar�e basse. Comme il y a un anthropomorphisme des animaux chez Walt Disney, il y a une sorte de zoomorphisme des hommes chez</p><p>l�auteur de Des souris et des hommes.</p><p>C�est son ami le biologiste Edward F. Ricketts qui inspira en partie cette vision biologique. Ricketts, qui avait emmen� Steinbeck dans l�exp�dition scientifique de la mer de Cort�s, �tait son conseiller et son ma�tre � penser,</p><p>et il figure dans la plupart des romans de Steinbeck sous les traits de � Doc �.</p><p>� Les plans les mieux con�us</p><p>des souris et des hommes ne se r�alisent pas. � Le titre Des souris et des hommes, emprunt� � ce texte de Robert Burns, explicite ce fatalisme biologique de Steinbeck. Hommes et b�tes sont gob�s par le destin, comme le serpent d�eau par le h�ron � la derni�re page. Le meilleur Steinbeck, ce n�est pas le message social, mais ces moments de po�sie o� le drame des hommes trouve un reflet symbolique dans la nature : une chouette qui fond sur un mulot, un hurlement de chien abandonn�. L�h�ro�ne de � la Caille blanche � s�identifie � l�oiseau qu�elle regarde. Cette � Caille blanche � est downloadModeText.vue.download 421 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10376</p><p>avec � les Chrysanth�mes � l�une des meilleures nouvelles du recueil la Grande Vall�e (The Long Valley, 1938). Mais il n�y a rien d�idyllique dans ce rapprochement de l�homme et de la b�te. Ce qui fascine Steinbeck, comme il l��crit, c�est � la transformation de toute une masse d�hommes en une seule grande b�te rampante �.</p><p>Univers barbare que celui de ces �tres � peine humains, que Steinbeck regarde vivre et mourir avec une patience de paysan, une sorte de s�r�nit� f�roce. Le monde de Steinbeck est un univers sans amour, sans amiti� : la seule lueur est cette solidarit� de boeufs sous le joug qui unit Lennie et George m�chant leurs haricots c�te � c�te, en grommelant. Lennie, le colosse idiot qui, par amour, �trangle des souris et des femmes, est le plus exemplaire h�ros de Steinbeck, � mi-chemin de l�homme et de la b�te. Avec ces cr�atures frustes, les techniques behaviou-ristes, la description ext�rieure, l�indi-gence des motivations psychologiques font merveille.</p><p>Mais, quand il faut aborder l�univers urbain, les probl�mes politiques, moraux, psychologiques, les moyens manquent � Steinbeck. Il en est ainsi</p><p>quand l��crivain traite des syndicalistes dans En un combat douteux, des citadins dans les Naufrag�s de l�autocar (The Wayward Bus, 1947) et surtout des aristocrates dans � l�est d��den (East of Eden, 1952), fresque historique sur deux grandes familles de Californie, les Trask et les Hamilton, de 1860 � 1920. Pour compenser cette pauvret� psychologique, Steinbeck utilise un symbolisme enfantin.</p><p>Dans � l�est d��den, par exemple, � re-make � du drame de Ca�n et d�Abel, les pr�noms des bons commencent par la lettre A, comme Abel, et ceux des m�chants par la lettre C comme Ca�n.</p><p>Pendant les derni�res ann�es de sa vie, Steinbeck continue � beaucoup �crire : des romans comme The Winter of our Discontent (l�Hiver de notre m�contentement, 1961) ou The Short Reign of Pippin IV (le R�gne �ph�m�re de P�pin IV, 1957). Il compose aussi des r�cits de voyage, o�, d�un ton sentimental ou sentencieux, il exprime au fond son incompr�hension totale du monde moderne : Un Am�ricain � New York et � Paris (1956) ou le b�tifiant Mon caniche, l�Am�rique et moi (Travels with Charley in Search of America, 1962). Steinbeck n�est plus de son temps. La soci�t� d�abondance, la</p><p>� foule solitaire �, o� l�ali�nation, plus que la faim, est le drame, l�Am�rique des cosmonautes, des ordinateurs et des psychanalystes ne sont plus les siennes.</p><p>Le g�nie de Steinbeck a disparu avec les � paisanos �, les pauvres Blancs et les ouvriers illettr�s qui l�avaient inspir�. Douloureusement conscient de cette faille, apr�s la guerre, Steinbeck t�te de tout, y compris la com�-</p><p>die musicale, le reportage et m�me une histoire parodique de la IVe R�publique fran�aise. Sans succ�s. Dans son amertume, lui, qui avait g�n�reusement press� les � raisins de la col�re �, est devenu peu � peu r�actionnaire. Son drame est d��tre entr� au mus�e avant d�atteindre � l�immortalit�.</p><p>� vouloir forcer son talent naturel, Steinbeck s�est cass� la voix. Son drame est celui d�un �crivain de terroir, de temp�rament naturellement conservateur et mystique, qui s�est �gar� dans le r�alisme engag�. Plus profond�ment, c�est peut-�tre celui de</p><p>tout roman � social � � une �poque o� le lumpenproletariat blanc dispara�t du monde occidental. Alors que les derni�res tribus du sous-prol�tariat blanc sont en voie d�extinction, les personnages de Steinbeck prennent l�allure de fossiles pr�historiques. Quand la soci�t� de consommation condamne la foule solitaire � la n�vrose et non plus � la faim, il n�y a plus de Steinbeck, mais des Saul Bellow* et des Salinger*. Et c�est � la tradition d�Henry James plut�t qu�au r�alisme social que revient le roman am�ricain. Si l�oeuvre de Steinbeck doit survivre, ce ne sera ni pour son message social, ni pour son � r�alisme engag� �, mais pour ses qualit�s po�-</p><p>tiques, son sens des correspondances panth�istes entre la main, la plante et la terre ; ce sera pour cette mystique de la nature sauvage, qui rapproche parfois Steinbeck de D. H. Lawrence et de Walt Whitman. La r�putation de l��crivain repose maintenant sur trois livres des ann�es 30. Mieux dou� pour observer les choses que pour exposer des id�es, Steinbeck m�rite l�estime comme �crivain g�n�reux et humain, qui atteint parfois une simple grandeur quand il se contente de d�crire les gens du � pays �.</p><p>J. C.</p><p>J. Brown, Panorama de la litt�rature contemporaine aux �tats-Unis (Gallimard, 1954 ; nouv. �d., 1971). / E. W. Tedlock (sous la dir. de), Steinbeck and his Critics (Albuquerque, 1957). / P. Lisca, Wide World of John Steinbeck (New-Brunswick, 1958). / G. A. Astre, Steinbeck ou le R�ve contest� (Vitte, Lyon, 1963).</p><p>/ L. J. Marks, Thematic Design in the Novels of John Steinbeck (Mouton, La Haye, 1969). /</p><p>J. Gray, John Steinbeck (Minneapolis, 1971).</p><p>Steinberg (Saul)</p><p>Dessinateur am�ricain d�origine roumaine (R�mnicu-S&#x103;rat, pr�s de Bucarest, 1914).</p><p>Il commence des �tudes de psychologie et de sociologie, mais quitte la Roumanie � dix-huit ans pour s�installer � Milan, o� il suit des cours d�architecture. Parall�lement, il publie, de 1936 � 1939, des dessins humoristiques dans le magazine Bertoldo, dans des revues sud-am�ricaines comme Som-</p><p>bra et Cascabel, ainsi que dans Life et Harper�s Bazaar. En 1940, il obtient le titre de docteur en architecture, quitte l�Europe en guerre et s�installe � Saint-Domingue, puis � New York. De 1943</p><p>� 1946, il est enr�l� dans la marine am�ricaine (Inde, Chine, Afrique du Nord, Italie).</p><p>Collaborateur � partir de 1941 du magazine New Yorker, il se consacre essentiellement au dessin humoristique apr�s le conflit. Mais il appara�t tr�s vite que, derri�re la fantaisie et l�ironie du graphiste, se dissimule une r�flexion critique fort s�rieuse sur la condition de l�homme moderne et une invention plastique in�puisable. Galeries et mu-s�es multiplient les expositions de ses dessins, que les �diteurs publient en albums et que commentent des �crivains tels que Harold Rosenberg, Ernst Gombrich, Michel Butor. Paradoxalement, � ce po�te du petit format sont offertes de grandes surfaces murales : en 1947</p><p>� l�h�tel Piazza de Cincinnati, en 1954</p><p>� la Triennale de Milan (labyrinthe en collaboration avec Calder*) et surtout en 1958 au Pavillon am�ricain de l�Exposition universelle de Bruxelles.</p><p>Contrairement � ceux d�un Rowlandson* ou d�un Daumier*, les dessins de Steinberg n�ont pas un contenu politique explicite : ils ne s�attaquent pas aux id�ologies ou aux partis, mais aux modes de vie des contemporains. Les intentions de l�artiste s�expriment uniquement par le graphisme : la l�gende dispara�t tr�s t�t et, s�il y a texte, il s�agit d�� hypergraphies � illisibles, de fragments de mots en lettres gigantesques, d�annotations fantaisistes, et surtout de cachets, symboles de l�administration omnipr�sente (s�rie des</p><p>� Passeports �, des � paysages certifi�s �). Steinberg se fait un des premiers et des plus efficaces critiques de la soci�t� de consommation : voitures boursoufl�es, femmes harnach�es par la mode comme des �cuy�res de cirque, mobiliers et d�cors � kitsch � ou faussement d�avant-garde, majorettes et cow-boys d�apparat sont quelques-uns des �l�ments les plus significatifs de la f�roce parade qu�il fait d�filer sous nos yeux.</p><p>Dans le domaine de l�architecture</p><p>et de l�urbanisme, ces satires ont un caract�re particuli�rement pertinent, poussant � l�absurde les tendances les plus diverses : immeubles composites h�rit�s du XIXe s., constructions fonctionnelles d�riv�es du Bauhaus, passages couverts et places � ordonnances d�Italie, banlieues et petites villes am�-</p><p>ricaines sont tourn�s en d�rision dans les pauvret�s de leur conception ou dans leur emphase, dans les principes rigides ou hasardeux de leur mode d�implantation.</p><p>C�est au dessin de tout exprimer, avec une fantaisie et une po�sie qui l�emp�chent de devenir d�sagr�ablement grin�ant. Les techniques employ�es sont infiniment vari�es, allant du r�seau arachn�en de lignes jusqu�au conglom�rat de taches, de la feuille presque vide � la composition encombr�e, combinant la plume et l�aqua-relle, faisant fr�quemment appel � l�estampage, au collage, au d�coupage et, plus r�cemment, � l�assemblage.</p><p>L�artiste jongle avec les principes de la perspective traditionnelle, d�formant, gauchissant, accentuant les lignes de fuite ; il cr�e des incompatibilit�s spatiales, qu�il s�agisse du dessinateur qui se dessine lui-m�me ou d�agencements ambigus en mati�re de rendu de la troisi�me dimension.</p><p>Steinberg a tout vu, il a pris son bien partout : Picasso, Matisse et Mir�, les dessins d�enfants et d�ali�n�s, Seurat, L�ger et Mondrian, les bandes dessin�es et Paul Klee. Mais cette culture ne lui a servi qu�� varier ses moyens, � les adapter � toutes les exigences de l�expression graphique la plus efficace, la plus �vidente ; et il reste toujours lui-m�me, reconnaissable dans le moindre de ses traits.</p><p>M. E.</p><p>Steinberg (�d. Maeght, 1953-1971 ; 3 vol.).</p><p>downloadModeText.vue.download 422 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10377</p><p>Stendhal (Henri</p><p>Marie Beyle, dit)</p><p>�crivain fran�ais (Grenoble 1783 -</p><p>Paris 1842).</p><p><strong>Introduction</strong></p><p>� Je m�imagine que quelque critique du XXIe s. d�couvrira les livres de Beyle dans le fatras de la litt�rature du XIXe s., et qu�il leur rendra la justice qu�ils n�ont pas trouv�e aupr�s des contemporains. � C�est par ces paroles proph�tiques que se termine la plaquette H. B. de Prosper M�rim�e, �crite sept ans � peine apr�s la mort de Stendhal.</p><p>La proph�tie s�est r�alis�e. Mais il a fallu environ un si�cle pour arriver � dissiper le voile �pais des l�gendes et des apparences fallacieuses, et � saisir en son entier la vraie personnalit�, � la fois complexe et lin�aire, de l��crivain ainsi que le sens et la port�e de son oeuvre.</p><p>L�homme, en effet, �tait apparu</p><p>comme un jouisseur se donnant des allures de hussard, un ath�e lan�ant des traits virulents contre toute morale et toute religion, un hypocrite cachant sous des tournures habilement choisies sa soif de s�affirmer et, par-dessus tout, un �tre bizarre, incoh�rent, tout ensemble pu�ril et grotesque. Et de citer, � l�appui, la longue liste de ses contradictions : pr�tendre cacher sa vie et passer son temps � �crire sur soi ; d�-</p><p>sirer atteindre la v�rit� et se dissimuler sous un masque ; adorer les math�matiques et aimer la r�verie ; d�clarer que l�amour-passion est digne de l�homme et se complaire en de vulgaires rencontres ; d�tester la � canaille � et appeler de tous ses voeux l�av�nement de la d�mocratie.</p><p>Quant � l��crivain, il a donn� l�impression de s��tre amus� � publier des essais qui sont des plagiats ou des romans mal construits et souverainement immoraux. M�me ceux des ex�g�tes qui ne se bornaient pas � r�p�ter des jugements tout faits n�arrivaient pas � des conclusions diff�rentes. Il a fallu des d�cennies, m�me au XXe s., pour balayer ces lieux communs, religieusement transmis d�un critique � l�autre, et prendre r�solument le contre-pied.</p><p>C�est l� l�effet d�une approche plus im-m�diate et aussi d�un m�rissement de l�opinion. � mesure que les l�gendes sont tomb�es, l�oeuvre, qui semblait</p><p>d�sordonn�e, obscure et st�rile, s�est r�v�l�e sous son vrai jour : d�une richesse luxuriante et in�puisable.</p><p>On pourrait �tre tent� de monter en �pingle une contradiction flagrante entre la popularit� dont Stendhal jouit de nos jours et son d�sir de n��crire que pour un nombre restreint de lecteurs, d�sir exprim� dans la c�l�bre devise qui lui appartient et qu�il s�est plu � mettre en guise d�envoi � la fin de ses livres : To the happy few.</p><p>Modestie ? Orgueil mal d�guis� ? Ou encore lourde m�prise ? Rien de tout cela. Il en est de m�me des d�clarations ostentatoires � Je serai lu en 1880 �,</p><p>� Je serai compris en 1935 � ne sont pas la na�ve revanche du rat� en appelant � la post�rit� contre l�injustice de son si�cle. La devise de Stendhal a un sens bien diff�rent. C�est parce qu�il est pleinement conscient de son originalit�, de la nouveaut� de ses �crits sous le double rapport de l�esprit et de la lettre, du fond et de la forme, c�est parce qu�il sait qu�il est en avance de plusieurs g�n�rations sur son si�cle, qu�il s�adresse � quelques rares �lus �</p><p>les happy few �, les seuls capables de le comprendre. Mais il sait aussi que le jour viendra o�, son langage enfin devenu intelligible, il plaira aux foules.</p><p>Ce en quoi il ne s�est pas tromp�.</p><p>Nulle contradiction donc, mais une admirable prescience n�e non d�une soudaine illumination, mais d�une profonde connaissance de soi.</p><p>� Je porterais volontiers</p><p>un masque. [...] �</p><p>L�ensemble de l�oeuvre stendhalienne est marqu�e par deux traits. D�abord, aucun livre n�a paru sous le nom pa-tronyme de l��crivain ; les contemporains ont connu M. de Stendhal ; ils ont ignor� l�existence d�un M. Henri Beyle, originaire de Grenoble. Ensuite, l�autobiographie occupe, dans son oeuvre, une part pr�dominante.</p><p>Le recours au masque est habituel chez Stendhal. La liste de ses pseudonymes � en plus des deux qui sont employ�s le plus souvent : Stendhal et Do-minique � est fort longue. Comment se justifie cette habitude ? En g�n�ral,</p><p>on est port� � se cacher par timidit�, par fausse honte ou encore parce qu�on se sent coupable. Rien de cela chez Stendhal ; le port du masque est, pour lui, le meilleur moyen d�atteindre son moi en d�truisant les conventions et la routine. C�est la r�action de d�fense instinctive de l�individu qui veut dissimuler ses sentiments pour qu�ils ne deviennent pas la ris�e de son entourage.</p><p>Se cacher est une des manifestations de l��gotisme foncier de Stendhal, qui, pour mieux s��tudier et se comprendre, se regarde dans un miroir et parle ainsi de lui-m�me � la troisi�me personne.</p><p>D�o� un r�seau extr�mement com-</p><p>plexe d�anagrammes, d�alibis, d�allusions cryptiques, destin� � �garer les indiscrets. Pour �tre un bon lecteur des �crits intimes de Stendhal, il faut �tre rompu � ce travail continuel de d�chiffrement et de transposition, car, sans cela, on risque de lourdes m�prises et surtout de ne pas en saisir la port�e.</p><p>downloadModeText.vue.download 423 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10378</p><p>L��gotiste</p><p>Le masque va donc de pair avec l��gotisme, car il permet � l�individu de s��panouir en toute qui�tude.</p><p>Parmi les mots nouveaux dont</p><p>Stendhal a enrichi la langue fran�aise, tels que cristallisation, amour-passion, touriste, ceux d��gotisme et d��gotiste sont sans doute les plus importants.</p><p>Lorsqu�on proc�de au recensement des diff�rents passages o� ces termes reviennent, on s�aper�oit qu�ils rec�lent une acception p�jorative : l��gotisme est ha�ssable � et, parfois, m�me une manifestation de vanit� � parce qu�il est l�expression de ce besoin propre � l�homme de s�accorder une place pr�dominante, soit en faisant le vide autour de soi, soit en rabaissant ce qui l�entoure. Stendhal est n�anmoins conscient que l��gotisme comporte une autre acception bien plus �lev�e : loin d��tre l��manation d�un culte dess�chant de la personnalit�, apanage d�individus d�cadents, l��gotisme repr�sente l�av�nement conscient du moi. Stendhal est parvenu � cette prise</p><p>de conscience non pas � la suite d�une recherche dialectique, mais d�instinct.</p><p>Le journal qu�il a commenc� � tenir r�-</p><p>guli�rement d�s l��ge de dix-huit ans a �t� d�embl�e un instrument de connaissance. D�o� une distinction qui a fini par s�imposer � son esprit comme une v�rit� �vidente : il y a les bons et les mauvais �gotistes, ceux pour qui l�univers n�existe qu�en fonction d�eux-m�mes � et, dans ce cas-l�, l��gotisme devient le synonyme de vanit� et d�aff�terie � et ceux, au contraire, que seule pr�occupe la connaissance du moi � et c�est son cas. La diff�rence r�side moins dans le miroir que dans l�oeil du regardant.</p><p>L��gotisme ainsi con�u est pr�-</p><p>sent dans l�oeuvre stendhalienne tout enti�re, y compris un ouvrage d�o� il semblerait devoir �tre exclu : le</p><p>� trait� � de De l�amour (1822). Le lecteur qui, sur la foi du titre, s�attendrait � un ouvrage �rotique, � des sc�nes croustillantes, voire grivoises, en serait pour ses frais, car il a l�impression d�avoir entre les mains une ennuyeuse dissertation philosophique. Le philosophe, ou le moraliste, subit � son tour le m�me genre de d�ception, parce que, au lieu de l�expos� syst�matique et profond�ment structur� auquel il s�at-tendait, il se rend bient�t compte que l�auteur se borne � de vagues notations psychologiques sans le moindre souci d�approfondissement th�orique et de classification. Or, il suffit d�y regarder d�un peu plus pr�s pour s�apercevoir que De l�amour ne ressemble en rien � ces � physiologies � si � la mode � l��poque romantique, et qui n�ont pour elles que le m�rite du pittoresque et du divertissement. Un examen plus attentif encore r�v�le que le livre est de nature essentiellement autobiographique : c�est le journal secret de la passion malheureuse que Stendhal avait con�ue � Milan pour Mathilde (ou M�tilde) Dembowski. Il s�agit � la fois d�une confession et d�une analyse.</p><p>Gr�ce � une trame complexe et continue d�alibis, l�auteur peut se permettre de mettre son coeur � nu, en m�me temps qu�il se pose la question angoissante : comment un v�ritable amour-passion, tel que le sien, se heurte-t-il � l�indiff�rence, voire � l�hostilit� de</p><p>la femme qui en est l�objet ? Jamais la qu�te du bonheur poursuivie par Stendhal ne s�est r�v�l�e aussi illusoire. Le m�rite de l��crivain est de ne pas avoir vers� dans la misanthropie et la myso-ginie. Stendhal nous ravit parce que ses r�actions sont inattendues.</p><p>Les oeuvres le plus directement plac�es sous le signe de l��gotisme sont, en plus du Journal, les Souvenirs d��gotisme, la Vie de Henry Brulard.</p><p>Les Souvenirs d��gotisme devaient �tre le r�cit de la vie de l�auteur au cours de la d�cennie 1821-1830, depuis son retour � Paris, apr�s le long s�jour � Milan, jusqu�� son nouveau d�part pour l�Italie en qualit�, cette fois-ci, de consul de France. En fait, seule une petite partie du plan a �t� r�alis�e, Stendhal ayant, � un moment donn�, renonc� � poursuivre la composition de l�ouvrage. Mais pourquoi l�avoir entreprise ? Certes pas en vue de se livrer � une confession g�n�rale, pour s�accabler ou s�absoudre, mais plus simplement afin de s�efforcer de cerner son moi, de d�chirer le voile qui le lui cache. Le mot �gotisme qui figure dans le titre ne d�signe plus l�attitude traditionnelle de se repr�senter tel qu�on croit aveugl�ment �tre ou encore tel qu�on se souhaite, mais bien la disposition de l�individu � se scruter en vue de se conna�tre r�ellement. La r�sonance extraordinaire des Souvenirs d��gotisme vient de ce que cette oeuvre n�est pas coul�e dans le moule habituel des r�cits autobiographiques. D�ailleurs, elle ne renferme gu�re de r�cits proprement dits. Et ceux-ci ne sont pas non plus remplac�s par une succession de consid�rations g�n�rales apparentant l�ouvrage � un trait� de morale.</p><p>La marche suivie par l�analyste est une marche ascendante : des faits aux causes. Il ne pouvait y en avoir d�autre pour un esprit � qui Condillac et Helv�tius avaient appris � raisonner. Dans ces conditions, n�est-il pas singulier que Stendhal se soit arr�t� en cours de route, comme s�il doutait de ses forces ou de l�efficacit� de ce travail de fouille ? C�est que le lecteur � car lecteur il y a � auquel il s�adresse a beau lui ressembler, il n�en a pas moins d�indiscr�tes et humaines curiosit�s.</p><p>Stendhal, qui est tout le contraire d�un exhibitionniste, finit par se trouver enferm� dans une contradiction sans issue : le d�sir, le besoin d��tre sinc�re, vrai, d�une part ; les exigences de la discr�tion, d�autre part. Une secr�te pudeur le porte � ne pas franchir un certain seuil, de crainte de tomber dans la forfanterie ou l�affabulation.</p><p>Aussi, deux semaines � peine apr�s le d�but de cet � examen de conscience �, s�arr�te-t-il dans la voie de l��gotisme syst�matique. Ces Souvenirs resteront inachev�s.</p><p>Stendhal ne renoncera pas pour</p><p>autant � �crire sur lui-m�me, mais il pr�f�rera remonter aux sources, au lieu de vouloir aller � la d�couverte � travers les vicissitudes de l�homme d�j� adulte.</p><p>Ce qui caract�rise la Vie de Henry Brulard, cette autobiographie dont on commence � peine � saisir toute la nouveaut� et l�originalit�, c�est que l�auteur, en allant � la recherche du temps perdu, ne doit faire aucun effort pour le ressusciter. D�embl�e, le plus lointain pass� se r�v�le �trangement pr�-</p><p>sent. Un fond de m�lancolie voile cette constatation : � J��tais � la mont�e de la vie [...]. J�en suis � la descente. � Un fait s�impose � lui avec une �vidence aveuglante : � Tel j��tais, tel je suis. �</p><p>Aussi les souvenirs se pressent-ils en downloadModeText.vue.download 424 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10379</p><p>foule. � tel point que l��crivain, renon-</p><p>�ant � les endiguer, a � peine le temps mat�riel de les fixer sur le papier :</p><p>� Comment veut-on que j��crive bien, forc� d��crire aussi vite pour ne pas perdre mes id�es ? � � Les id�es me galopent ; si je ne les note pas assez vite, je les perds. � Ces id�es sont des souvenirs de sensations. En d�autres termes, Stendhal ne s�applique pas � une reconstitution m�thodique de sa vie pass�e, mettant bout � bout les �pisodes les plus saillants ; il revit avec la m�me intensit� qu�autrefois des �v�nements dont l�empreinte sur son �me ne s�est pas effac�e. La Vie de Henry Brulard n�est donc ni une narration, ni un</p><p>plaidoyer, ni un r�quisitoire. Il constitue pour l�auteur le seul moyen en sa possession d�atteindre cette � v�rit� �</p><p>qui le fuit, car il ne dispose pas d�autres outils pour identifier et analyser les diff�rentes couches qui sont venues se superposer dans sa m�moire, ou, pour reprendre son image, remonter le puits que les ann�es ont creus� : � Le puits avait dix pieds de profondeur ; chaque ann�e j�ai ajout� cinq pieds ; maintenant, � cent quatre-vingt-dix pieds, comment voir l�image de ce qu�il �tait en f�vrier 1800, quand il n�avait que dix pieds ? �</p><p>Tandis que, jusqu�alors, l�enfance avait �t� tenue pour une phase de simple et inint�ressante vie v�g�tative, Stendhal, le premier, lui reconna�t sa v�ritable valeur, qui est celle de la formation de l�individu sous le double rapport de l�intelligence et de la psych�. C�est pourquoi son dessein est de respecter scrupuleusement l�optique propre de l�enfant : � J�ai vu tout cela, d�clare-t-il, d�en bas, comme un enfant [...]. � En m�me temps, il se rend compte avec lucidit� que c�est bien l�adulte qui interpr�te les sensations de l�enfant : � Je ne vois la v�rit� de ces choses qu�en les �crivant en 1835</p><p>[...]. � Cependant, ces interpr�tations ne sont pas entach�es d�un esprit de syst�me. Sans cesse, Stendhal emploie des tournures n�gatives ou dubitatives qui sont autre chose que des pr�cautions oratoires : � Je ne pr�tends pas peindre les choses en elles-m�mes, mais seulement leur effet sur moi [...] � ; � Je ne pr�tends nullement �crire une histoire, mais tout simplement noter mes souvenirs [...] � ; � Je n�ai que ma m�moire d�enfant [...]. � Autrement dit, l�un des aspects sans doute les plus hardis et les plus modernes de l�autobiographie stendhalienne est constitu� par la notion m�me de temps. L�auteur �vite de repr�senter le pass� comme un bloc monolithique, ce qui, jusque-l�, avait �t� la r�gle. Pour la premi�re fois, il est fait appel au myst�rieux cheminement des sensations.</p><p>L��gotisme se confond ainsi avec l�autobiographie. L�un et l�autre constituent une s�ve nourrici�re ; ils forment le substrat de l�oeuvre stendhalienne, au point que la tentation est forte de</p><p>se demander si l�activit� cr�atrice de Stendhal n�a �t�, en d�finitive, qu�une sorte de circuit ferm� excluant tout ce qui est habituellement du domaine de l�imagination.</p><p>Le pamphl�taire</p><p>Outre le masque et l��gotisme, un troisi�me trait caract�rise Stendhal : l�ad-h�rence dialectique � l�actualit� de son temps. Digne enfant de son Dauphin� natal, qui a produit moins d�artistes que de philosophes, d�historiens, d��conomistes, d�hommes d��tat, Henri Beyle ne b�tit qu�avec des mat�riaux fournis par la vie quotidienne, et que, bien entendu, il fa�onne � sa guise. Sans cela, Stendhal ne serait pas Stendhal.</p><p>Sous l�Empire, Henri Beyle, �</p><p>l�instar de ses contemporains, a �t� mordu par le d�mon de l�ambition. Il a convoit� alors un de ces postes de responsabilit� cr��s par l�Empereur, s�r de bien le remplir. La chute du r�gime imp�rial lui a rendu l�inappr�-</p><p>ciable service de lui permettre de rede-venir lui-m�me. D�sormais, Stendhal ne quittera plus l�opposition, m�me lorsque sa situation �conomique l�obli-gera, sous Louis-Philippe, � solliciter un consulat. Le premier et, paradoxalement, heureux effet du retour des Bourbons a �t� l��panouissement de sa vocation de pamphl�taire. Les ouvrages que Stendhal a publi�s � l��poque de la � Terreur blanche � sont d�authentiques pamphlets.</p><p>D�abord l�Histoire de la peinture en Italie, sur le frontispice de laquelle figurent les �nigmatiques initiales M. B. A. A. (Monsieur Beyle Ancien Auditeur). Ce titre annonce un panorama de la peinture italienne depuis les origines jusqu�au XIXe s. L�entreprise �tait d�autant plus remarquable que rien de semblable n�existait sur le march� de la librairie fran�aise. Or, les rares lecteurs qui sont parvenus au bout du livre n�ont pas cach� leur perplexit� et leur irritation. Non seulement le panorama promis �tait fort incomplet</p><p>� il n��tait question que des primitifs, de L�onard de Vinci, de Michel-Ange ; par cons�quent, les �coles de Venise et de Bologne, entre autres, n��taient pas �tudi�es �, mais encore ils butaient sur des th�ories esth�tiques fort</p><p>peu orthodoxes, doubl�es d�obscures et incompr�hensibles allusions ; aussi l�auteur a-t-il �t� consid�r�, m�me par des ex�g�tes r�cents, comme un esprit volubile, incapable de se concentrer et de composer un livre � l�ordonnance claire et rigoureuse. En fait, chez lui, qui est tout le contraire d�un phraseur, chaque mot compte. Comment n�a-t-on pas vu que, dans ce cas pr�cis, Stendhal a pris la pr�caution de pr�venir ses lecteurs sur ses intentions r�elles : � On me dira qu�� propos des arts je parle de choses qui leur sont �trang�res. Je r�ponds que je donne la copie de mes id�es et que j�ai v�cu de mon temps. �</p><p>Cette Histoire n�est pas un manuel anodin, intemporel ; elle a �t� �crite par un homme qui ne peut s�emp�cher de ressentir le contrecoup des �v�nements.</p><p>En un mot, au-del� du pr�cis historique, vous percevez la r�action d�un esprit libre, qui proteste � la fois contre une conception routini�re du fait artistique et contre toutes les contraintes impos�es par le parti au pouvoir.</p><p>Ce m�me ton de pamphlet, cette</p><p>m�me protestation se retrouvent dans un ouvrage contemporain du pr�c�dent, Rome, Naples et Florence en 1817. Si on se fie � la lettre, il s�agit d�un banal carnet de route comme il en existait � foison. Une lecture plus attentive permet de d�celer un arri�re-plan inhabituel dans ces sortes d��crits. Peu � peu, le but de l�auteur appara�t dans sa nettet� : d�noncer le marasme o� la Sainte-Alliance a plong� la p�ninsule, en la contraignant, contre sa volont�, � revenir vingt ans en arri�re. Ce n�est donc pas par hasard ou bizarrerie que sur la page du titre figure, pour la premi�re fois, le pseudonyme destin� � devenir c�l�bre : � M. de Stendhal �.</p><p>Ce nom � consonance germanique �tait destin� � couvrir l�auteur, qui vivait alors � Milan, possession autrichienne.</p><p>Pour mieux �toffer l�alibi, ce pseudonyme est suivi de la qualification downloadModeText.vue.download 425 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10380</p><p>d�� officier de cavalerie �, esp�ce �loi-</p><p>gn�e de toute pens�e s�rieuse et pr�occup�e de passe-temps frivoles, th��tres et belles dames.</p><p>Le plus connu des pamphlets stendhaliens, Racine et Shakespeare � ils sont deux, en r�alit�, publi�s � deux ans de distance �, n�est donc pas un ph�-</p><p>nom�ne isol�. Il s�ins�re dans un plus large contexte. C�est une vigoureuse et piquante plaidoirie contre l�immobilisme cher aux acad�mies et pour une litt�rature nouvelle. L��pigraphe du premier Racine et Shakespeare est � retenir : � Le vieillard : Continuons. �</p><p>Le jeune homme : Examinons. � Elle fait bien ressortir, sous une forme lapidaire, l�esprit contestataire qui l�anime.</p><p>Car, en r�clamant une litt�rature nouvelle, l�auteur n�entend pas fonder une �cole de plus ; il se d�clare en faveur d�un mode d�expression conforme aux go�ts et aux besoins de la g�n�ration montante. Une fois de plus, il s��l�ve au-dessus de l��ph�m�re et parle un langage universel.</p><p>Autre pamphlet : D�un nouveau</p><p>complot contre les industriels. Sous une forme plaisante, recouvrant des traits ac�r�s, Stendhal s��l�ve contre la puissance d�argent, l�industrialisation envahissante ou, comme nous disons, la soci�t� de consommation, au d�triment de la justice sociale et des valeurs de l�humanisme.</p><p>La veine pol�mique ne s�exprime</p><p>pas que dans les pamphlets proprement dits. Elle est pr�sente partout, y compris dans l�oeuvre romanesque. Dans Armance sont persifl�s aussi bien les �migr�s, qui, apr�s Waterloo, sont rentr�s en France avec les id�es d�avant 1789, que les nouveaux d�put�s, dont la roture s�accommode mal de la morgue des habitants du faubourg Saint-Germain. Mais c�est surtout dans le Rouge et le Noir qu�est nettement affirm�e ce qu�on appellera la � lutte des classes �.</p><p>N� quelques lustres plus t�t, un roturier, tel Julien Sorel, s�il �tait dou� d�audace et d�intelligence, de courage et de talent, se serait aussit�t distingu� et aurait parcouru une brillante carri�re, tandis que, sous la Restauration, la caste au pouvoir lui interdit de franchir les portes de son ghetto. Aussi Julien, accus� de meurtre, refuse-t-il de se d�fendre, sachant par avance qu�il</p><p>sera condamn� � mort. Les paroles qu�il prononce � cette occasion sont lourdes de signification : � Messieurs les jur�s, je n�ai pas l�honneur d�appartenir � votre classe ; vous voyez en moi un paysan qui s�est r�volt� contre la bassesse de sa fortune [...]. Voil� mon crime. Messieurs, et il sera puni avec d�autant plus de s�v�rit� que, dans le fait, je ne suis point jug� par mes pairs.</p><p>Je ne vois pas sur les bancs des jur�s quelque paysan enrichi, mais uniquement des bourgeois indign�s. �</p><p>� l�attitude de Julien Sorel fait pendant, dans Lucien Leuwen, l��pisode de l�officier oblig� de marcher � la t�te de ses soldats contre les ouvriers qui se sont � conf�d�r�s �, c�est-�-dire mis en gr�ve, pour protester contre des salaires de famine, et cet officier, Lucien, n��prouve que honte pour le m�tier qu�il fait et d�go�t pour le gouvernement qu�il sert.</p><p>� noter que Stendhal ne cherche</p><p>pas, de propos d�lib�r�, � introduire partout la politique. Bien au contraire, il aimerait s�en passer. N�est-ce-pas � lui qu�appartient l�image tant de fois cit�e : � La politique est un coup de pistolet au milieu d�un concert � ?</p><p>Mais Stendhal est en m�me temps</p><p>assez lucide pour se rendre compte que la politique est un �tat de fait qu�on ne peut pas plus �carter de soi que la maladie. Aussi tout �tre conscient de ses devoirs est-il oblig� de faire un choix, de prendre un parti, tout en sauvegar-dant sa libert�.</p><p>Le touriste</p><p>Un autre mot dont Stendhal a enrichi la langue fran�aise est touriste. Et l��crivain a joint au mot la chose, puisqu�il a �t� un grand voyageur et que quatre de ses livres sont des r�cits de voyage : Rome, Naples et Florence en 1817, Rome, Naples et Florence (nouvelle �dition enti�rement refondue), Promenades dans Rome, M�moires d�un touriste.</p><p>� Il avait toujours ador� les voyages, la visite des curiosit�s d�un pays [...]. �</p><p>C�est par ces paroles que Stendhal pr�sente, au d�but du dernier de ces ouvrages, son alter ego, le � touriste �</p><p>Philippe L. Il est pourtant indispensable de s�entendre sur les limites de cette curiosit�. S�il est vrai que Stendhal a pass� hors de France et dans de continuels d�placements un tiers environ de sa vie, il n�en est pas moins vrai qu�il n�a jamais manifest� le moindre penchant pour l�exotisme, tellement � la mode � l��poque romantique. Il est allergique � l�Orient. Rien, chez lui, d�initiatique ; il ne voyage pas � la recherche des secrets de la raison d��tre de l�humanit�. Son champ est beaucoup plus limit�. Ayant sympathis� d�em-bl�e avec le caract�re italien, Stendhal d�sire toujours mieux le conna�tre, car, � travers lui, il a l�impression de mieux apprendre � se conna�tre lui-m�me. Le voyage stendhalien est con�u comme la qu�te du moi.</p><p>Dans l�Avertissement des Prome-</p><p>nades dans Rome, le mot �gotisme revient par deux fois. Apr�s avoir rapport� le souvenir, d�ailleurs fictif, d�un pr�tendu premier s�jour qu�il aurait fait dans la Ville �ternelle en 1802, Stendhal poursuit : � M�accusera-t-on d��gotisme pour avoir rapport� cette petite circonstance ? Tourn�e en style acad�mique ou en style grave, elle aurait occup� toute une page. Voil� l�excuse de l�auteur pour le ton tranchant et pour l��gotisme. � Cette insistance n�est pas casuelle. L�ouvrage que l�auteur propose � son lecteur est le fruit de son �gotisme. Le voyage est une � occasion de sensations �.</p><p>Si les voyages en Italie foisonnent de consid�rations esth�tiques et de r�flexions sur les moeurs, le voyage en France abonde en r�flexions �conomiques et sociales. En effet, les M�moires d�un touriste sont le miroir de la France sous la monarchie de Juillet. Stendhal a le m�rite d�avoir per�u l�importance des probl�mes concernant l�am�nagement du territoire et l�environnement au moment m�me o� l�industrialisation el l�introduction de la machine � vapeur provoquaient une crise aigu� et an�antissaient toutes les vieilles conceptions.</p><p>� une �poque o� le tourisme �tait, lui aussi, en pleine mutation, Stendhal donne au voyage une dimension nouvelle. Loin de le consid�rer comme une</p><p>sorte d�opium o� chercher l�oubli de l�angoisse quotidienne ou un simple compl�ment de la formation intellectuelle, il vise � l�approfondissement du moi, sans que, pour autant, ses notations perdent leur allure sp�cifique de carnets de route. Ce r�sultat est atteint gr�ce, en premier lieu, � la forme de journal qu�il a adopt�e, ensuite au grand nombre d�allusions plus ou moins voil�es, aux sous-entendus, aux demi-aveux. Ce sont l� les principaux �l�ments de ce piquant, o� Stendhal est pass� ma�tre et qui rend la lecture de l�oeuvre si attrayante.</p><p>Un nouveau roman</p><p>Stendhal n�a pas �t� un romancier prolifique. Il a publi� seulement trois romans (Armance, le Rouge et le Noir, la Chartreuse de Parme) et une demi-douzaine de nouvelles (Vanina Vanini, le Philtre, les Chroniques italiennes). Il est vrai que d�autres oeuvres, pour des raisons qui m�riteraient d��tre pr�ci-s�es, tellement le ph�nom�ne est caract�ristique, n�ont pas �t� achev�es : Une position sociale, Lucien Leuwen, Mina de Vanghel, Lamiel, Suora Scolastica.</p><p>Mais, m�me en tenant compte de ces derni�res, le chiffre total demeure assez faible. Autre remarque : Stendhal est arriv� tr�s tard au roman, la quarantaine pass�e, apr�s s��tre surtout occup� de th��tre, ce qui implique une lente maturation et une formation dont on aurait tort de ne pas tenir compte.</p><p>C�est pourquoi le roman stendhalien ne ressemble en rien, par sa conception et sa structure, ni au roman traditionnel, ni au roman contemporain, celui de Balzac en particulier.</p><p>Armance, le coup d�essai, n�est sans doute pas un coup de ma�tre, bien qu�il laisse pr�sager un �crivain original. Le sujet, un cas d�impuissance, n�est pas une invention du n�o-romancier, qui a exploit� une aventure passablement scandaleuse narr�e par la duchesse de Duras dans un livre qui courait Paris sous le manteau. Sa nouveaut� r�side en la mani�re dont l�intrigue est nou�e et dans son insertion dans la vie contemporaine. Mais trop d�interdits existaient en 1827 pour qu�il f�t possible de parler ouvertement du mal myst�rieux dont souffre le h�ros, de</p><p>sorte que, par la force des choses, le r�cit tourne court, l�auteur ne pouvant</p><p>� ni ne voulant � s�exprimer avec la libert� n�cessaire.</p><p>Le Rouge et le Noir est, lui aussi, issu de l�actualit�. Deux faits divers, l�un survenu dans les Pyr�n�es,</p><p>l�autre dans le Dauphin�, ont jou� le r�le de catalyseur : l�affaire Lafargue et l�affaire Berthet. Ouvrier �b�niste � Bagni�res-de-Bigorre, Adrien Lafargue �tait tomb� amoureux d�une femme mari�e, Th�r�se Loncan, qui non seulement n�avait pas repouss� ses avances, mais les avait m�me provoqu�es. Bient�t lass�e, Th�r�se le fit clairement comprendre � son amant.</p><p>D�pit� et jaloux, Lafargue, se vengea de l�infid�le : il la tua de deux coups de pistolet. Le 21 mars 1829, la cour d�assises des Hautes-Pyr�n�es, lui accordant les circonstances att�nuantes, le condamna � cinq ans de prison. Quant � Antoine Berthet, son histoire est � la fois plus pitoyable et plus dramatique.</p><p>Il �tait le fils d�un mar�chal-ferrant d�un village au nord du d�partement de l�Is�re, Brangues. Comme il avait manifest� de bonne heure une intelligence sup�rieure � la moyenne et que sa constitution physique le rendait inapte aux travaux manuels, on le fit entrer au petit s�minaire de Grenoble.</p><p>Oblig� de suspendre ses �tudes � la suite d�une maladie, il fut choisi par un downloadModeText.vue.download 426 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10381</p><p>hobereau de son village, M. Michoud de La Tour, comme pr�cepteur de ses enfants. Toutefois, avant l�expiration de l�ann�e, il le renvoya, des bruits f�cheux courant dans la r�gion sur une liaison que Berthet aurait entretenue avec Mme Michoud. Apr�s un nouveau s�jour au s�minaire de Belley, Berthet remplit les fonctions de pr�cepteur chez un voisin de M. Michoud, M. de Cordon. L� non plus il ne put garder longtemps sa place, car, disait-on, il avait une liaison avec Mlle de Cordon.</p><p>Toutes les portes se fermant devant lui, il se crut pers�cut� par Mme Michoud, � qui il reprochait, d�ailleurs, de lui avoir donn� un successeur. Il voulut donc</p><p>se venger et tira sur elle deux coups de pistolet dans l��glise de Brangues.</p><p>Condamn� � mort par la cour d�assises de l�Is�re, il fut ex�cut� � Grenoble le 23 f�vrier 1828.</p><p>Ces deux affaires ont �veill� l�int�r�t de Stendhal, parce qu�il y a vu une r�action de la volont� et de l��nergie. Cette remarque est capitale ; elle �claire le processus de la transposition romanesque. En effet, le romancier n�est pas attir� par le sang, le morbide, en un mot par ce qui sent la d�ch�ance. Le crime ne lui semble attachant que dans la mesure o� le criminel, tout � sa passion, oublie les contingences humaines, accepte plus ou moins sciemment de se mettre au ban de la soci�t� et affronte la mort sans crainte ni regret, sachant qu�il se trouve d�sormais au-del� du bien et du mal. D�o� l�atmosph�re h�-</p><p>ro�que, sublime du roman. L�ambition et l�hypocrisie ne sont que la fa�ade du caract�re de Julien Sorel. Un �pisode le r�v�le pleinement : celui du s�minaire. Il est fort d�velopp�, puisqu�il occupe six chapitres. Cette insistance a �t� mise sur le compte du mauvais ton de l�auteur. Bien � tort. Julien Sorel, qui, dans son adolescence solitaire, a affabul� et a fini par se croire un Machiavel, d�s qu�il se trouve en pr�-</p><p>sence de vrais hypocrites, en l�esp�ce ses camarades s�minaristes, d��mes basses et d�actions sordides, est pris par la naus�e ; il d�couvre alors combien il est, lui, diff�rent. Et c�est ce qui est confirm� par la suite. S�il n��tait qu�un banal arriviste, il ne se laisse-rait pas aller � commettre un meurtre qui mettrait fin � sa carri�re. Ce qui le blesse dans la d�nonciation de Mme de R�nal et le fait r�agir avec une violence inou�e, ce n�est pas la crainte de voir �chapper la situation sociale � laquelle il �tait parvenu, mais c�est qu�il se sent d�shonor�. Tuer, et d�une mani�re si spectaculaire � dans une �glise, � la grande messe du dimanche, au moment le plus solennel, celui de l��l�vation</p><p>�, n�est pas le fait d�un hypocrite, mais d�un passionnel. Son comportement courageux en prison, pendant le proc�s et devant l��chafaud est, pour lui, une sorte de r�demption. Les agissements tortueux auxquels il s�est parfois livr� � ou auxquels il a donn� l�impression de se livrer � lui ont �t�</p><p>impos�s par son entourage. En r�alit�, Julien n�est jamais hypocrite avec lui-m�me ; contrairement � l�arriviste, il aime r�ver et, surtout, il est en continuel d�bat avec sa conscience. Aussi n�est-il pas un r�volt� vulgaire. C�est le type m�me de la victime d�un ordre social injuste, du cloisonnement impos� par la caste des patriciens afin d�emp�-</p><p>cher qu�un roturier, quelque dou� qu�il soit, s��l�ve et affirme sa personnalit�.</p><p>Vivant dans un monde hostile et qui souhaite sa perte, il est contraint de dissimuler la seule richesse qu�il poss�de � son �me, ses mouvements passionn�s, ses aspirations, sa candeur, sa spontan�it� � et de troquer ces qualit�s inn�es contre le masque de l�hypocrisie et de l�ambition. C�est pourquoi le Rouge et le Noir est un roman violent, sombre. Il met sous les yeux des lecteurs le tableau morne et d�moralisant d�une soci�t� aristocratique pr�tendant vivre sous la Restauration comme elle avait v�cu avant la R�volution, hant�e par la peur de voir surgir de nouveaux Dantons. C�est pourquoi, aussi, le r�cit est heurt�, crisp�, � l�unisson de l�angoisse immanente du h�ros, qui, toujours repli� sur lui-m�me et sur un quivive continuel, ne cesse de se scruter pour essayer de comprendre le monde et se comprendre lui-m�me.</p><p>Bien diff�rent est le ton de la Chartreuse de Parme. Ce roman est tout p�n�tr� d�une lumi�re claire ; il respire le bonheur de vivre. Certes, le drame n�est pas absent ; le d�nouement est loin d��tre une happy end. Cependant, l�ensemble n�en est pas assombri. Le malheur que conna�t, � la fin, Fabrice del Dongo est compens� par les heures de bonheur � sublime � dont le sort lui est prodigue. Des f�es bienfaisantes ont pr�sid� � la naissance de Fabrice ; celui-ci a re�u en partage l�intr�pidit�, la beaut�, la fortune, et, par-dessus tout, le don de susciter autour de lui la sympathie et l�amour. Cr�ation romanesque sans doute, mais aussi une nouvelle manifestation de l��gotisme stendhalien. S�il est possible d��tablir une identification Stendhal-Julien Sorel, celle-ci ne d�passe pas le stade de l��pisodique. En revanche, l�identification Stendhal-Fabrice del Dongo est une association �troite et indisso-</p><p>luble. Celui-ci est le miroir de celui-l�.</p><p>Fabrice est, sur le plan de la fiction, la transposition du romancier avec tous ses r�ves et ses d�sirs. Il r�alise tout ce que le Grenoblois Henri Beyle avait souhait� �tre, et qu�il n�a pas �t�. Il est le prototype id�al du h�ros stendhalien, heureuse synth�se de Don Juan et de Werther, du libertin et du sentimental.</p><p>La Marietta et la Fausta ne sont que des passades. Seul compte l�amour-passion. D�o� le relief extraordinaire que prend Cl�lia Conti dans la deuxi�me partie du livre. D�o� �galement la multiplicit� et la vari�t� des �pisodes, s�apparentant tant�t au � western �, tant�t au roman picaresque. En fait, la tonalit� demeure partout la m�me, depuis l�entr�e en mati�re, d�allure �pique :</p><p>� Le 15 mai 1796, le g�n�ral Bonaparte fit son entr�e dans Milan � la t�te de cette jeune arm�e qui venait de passer le pont de Lodi, et d�apprendre au monde qu�apr�s tant de si�cles C�sar et Alexandre avaient un successeur �, jusqu�au dernier alin�a, o� l�on reconna�t une modulation classique, � la Montesquieu : � Les prisons de Parme �taient vides, le comte immens�ment riche, Ernest V ador� de ses sujets qui comparaient son gouvernement � celui des grands-ducs de Toscane. � La Chartreuse de Parme se distingue du Rouge et le Noir par son pouvoir d��vocation. Le romancier s�est moins appliqu� � analyser avec minutie le comportement de ses personnages, en les pla�ant dans les situations les plus susceptibles de les rendre vraisemblables et naturels, qu�� cr�er une ambiance et � faire vivre son r�ve. L�allure est f�erique. La comp�n�tration de l�affabulation et de l�autobiographie est telle qu�il faut renoncer � introduire de subtiles et vaines s�parations. Tout le roman baigne dans une atmosph�re lyrique, musicale. Stendhal a, enfin, r�ussi � concr�tiser l�illumination qu�il avait eue en 1812 � Moscou pendant la campagne de Russie. Il avait alors entrevu comme dans un �clair qu�il</p><p>� �tait appel� � cr�er un jour une oeuvre downloadModeText.vue.download 427 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10382</p><p>o� r�gnerait ce m�lange de gaiet� et</p><p>de tristesse � qui le charmait tellement dans la musique de Cimarosa.</p><p>Les diff�rences entre les deux</p><p>chefs-d�oeuvre romanesques stendhaliens sont grandes. Cette diff�rence se double d�une �volution non moins certaine. N�anmoins, les points de contact sont nombreux, tant sur le plan psychologique que sur le plan historique. Que l�on songe, pour n�en donner qu�un seul exemple, au donjon-prison qui tr�ne dans la deuxi�me partie des deux romans. Le retour du m�me th�me ne peut �tre imput� au hasard ou � l�imp�-</p><p>ritie. En outre, le d�nominateur commun est constitu� par l�enracinement dans l�actualit� contemporaine. Stendhal conna�t le secret de supprimer tout hiatus entre la fiction et la r�alit�.</p><p>Au tableau de la France courb�e sous la f�rule de la toute-puissante Congr�-</p><p>gation fait pendant celui de l�Italie divis�e, opprim�e. La toile de fond est tellement impr�gn�e d�actualit� qu�il est loisible de chercher � deviner sous les personnages issus de l�imagination du romancier des silhouettes du temps et � retrouver dans tel ou tel �pisode des �v�nements ayant d�fray� la chronique.</p><p>Le Rouge et le Noir et la Chartreuse de Parme ne sont pas une exception ; toute l�oeuvre romanesque stendhalienne pr�sente ce m�me aspect : qu�il s�agisse de ce drame corn�lien entre l�amour et l�amour de la patrie qu�est Vanina Vanini, ou de Lucien Leuwen, l�un des tableaux les plus lucides, les plus p�n�trants qu�on ait jamais peints des moeurs provinciales dans la premi�re partie et des dessous de la politique dans la seconde, ou encore de Lamiel, qui, mettant en sc�ne une s�duisante aventuri�re, voulait �</p><p>car, pas plus que le pr�c�dent, il n�a pas �t� achev� � offrir � son tour un tableau des moeurs politiques sous Louis-Philippe. Est-on donc autoris� � consid�rer ces oeuvres comme des romans historiques et le romancier, ainsi qu�on s�est plu � le r�p�ter ces derni�res ann�es, comme un champion du r�alisme ? Ce serait singuli�-</p><p>rement l�appauvrir. Stendhal ne peut �tre compar� � ceux qui, � l�instar de Walter Scott, ont essay� de faire du vrai avec du faux. En d�pit de son go�t</p><p>pour les � petits faits vrais �, Stendhal n�est pas un naturaliste, n�a rien d�un Zola. Loin de l�, il a horreur de ce qui est vulgaire. Or, trop souvent, la r�alit� est � basse �, � sale �, � ignoble �,</p><p>� prosa�que �. Il est bien vrai que ses romans sont con�us comme des � chroniques � � c�est le mot qui figure sur le frontispice du Rouge et le Noir �</p><p>et comme un � miroir � � autre mot mis en �pigraphe d�un chapitre du m�me ouvrage �, mais ils sont aussi et surtout le r�sultat d�une secr�te et heureuse alchimie. Alors que les r�alistes sont condamn�s � patauger dans la d�ch�ance physique et morale de l��tre humain, Stendhal se place, lui, sous le signe de l��l�vation, et cela non par ob�dience � un quelconque mot d�ordre d�une quelconque religion ou d�une quelconque morale, mais d�instinct, parce qu�il est persuad� que c�est l�, et non ailleurs, l�aboutissement de la condition humaine. Et c�est par suite de la m�me conviction que l�amour-passion prend le pas sur l��rotisme.</p><p>D�o� un changement radical d�op-</p><p>tique : celui qui, pour les ex�g�tes du XIXe s., �tait un � mauvais ma�tre � est devenu une source de foi en la valeur profonde de l��me humaine, un ma�tre de vie courageuse tendue vers l�id�al.</p><p>Original par sa conception, le roman stendhalien ne l�est pas moins par l��criture. On a beaucoup parl� du style sec et d�pouill� de Stendhal, qui, � l�en croire, lisait, pour se mettre en train, quelques pages du Code civil.</p><p>Mais c�est seulement ces derni�res ann�es qu�on a commenc� � prendre conscience de la signification et de la port�e de ce d�pouillement et de cette s�cheresse. Dans ses romans � ainsi d�ailleurs que dans tous ses �crits �, Henri Beyle a su supprimer le d�calage existant entre la langue litt�raire et la langue parl�e. Autrement dit, il a exprim� de la mani�re la plus imm�-</p><p>diate ses id�es et ses sentiments sans chercher � les affubler de tournures acad�miques. Cela explique l�allure parfois heurt�e de ses phrases, ses redites et m�me ses incorrections, ses incoh�rences apparentes, qui ont si fort choqu� ses contemporains.</p><p>Cette allure heurt�e, si �loign�e des phrases bien rythm�es d�un Cha-</p><p>teaubriand ou des tournures souvent rocailleuses d�un Balzac, vient surtout de l��limination des id�es interm�-</p><p>diaires. En sous-entendant les charni�res, Stendhal met en relief le d�tail essentiel, amen� la plupart du temps de mani�re impr�vue, et il l�impose � l�attention des lecteurs. Sous un certain rapport, l��criture stendhalienne annonce l��criture cin�matographique : b�tir � petites touches, petit d�tail par petit d�tail ; d�o� de courtes sc�nes dont la puissance d��vocation cr�e le lien, et c�est Stendhal qui, le premier, a eu recours au proc�d� de la limitation du champ. La c�l�bre description de la bataille de Waterloo en est l�exemple le plus frappant : renon�ant � la vue panoramique traditionnelle, le romancier reproduit uniquement ce que l�oeil de son h�ros pouvait voir. La le�on a �t� retenue par les romanciers de notre si�cle, et c�est � juste titre que la plupart d�entre eux consid�rent Stendhal comme leur ma�tre.</p><p>� Je ne sais pourquoi</p><p>j�ai une honte mortelle</p><p>du m�tier d�auteur. �</p><p>� maintes reprises, Stendhal s�est exprim� en termes vifs � l��gard de l�acad�misme r�gnant � son �poque.</p><p>Ses contemporains et, plus encore, sa post�rit� imm�diate se sont veng�s en l�ignorant. Pour nous, au contraire, la r�cusation de la � litt�rature � explique et justifie le succ�s extraordinaire de l�oeuvre stendhalienne. Stendhal a fait de l�antilitt�rature non par parti pris, non en disciple d�un c�nacle, mais parce qu�il a eu l�intuition que la litt�rature telle qu�on la concevait de son temps �tait d�sormais vid�e et qu�il �tait absurde de continuer � s�asservir � un mode p�rim� d�expression.</p><p>La rapidit� avec laquelle Stendhal compose est, par elle-m�me, la meilleure preuve de cette attitude. Toutes ses oeuvres ont �t� �crites tambour battant, depuis le premier livre, les Vies de Haydn, de Mozart et de M�tastase, jusqu�au dernier, la Chartreuse de Parme. Une seule exception, l�Histoire de la peinture en Italie, dont la composition s��tale sur quelque six ans.</p><p>En g�n�ral, la r�daction n�est entre-</p><p>prise que lorsqu�un sujet est m�r dans l�esprit de l�auteur. Alors elle avance vite, tr�s vite, comme si celui-ci �tait obs�d� par la crainte de voir son inspiration s�envoler. Le travail litt�raire est, pour lui, �tat de crise, synonyme de crispation et de tension nerveuse. Cela explique aussi que Stendhal �crive mal au propre et au figur� : entra�n� par son �lan, il n�a cure de bien mouler ses lettres, pas plus qu�il n�a le temps de choisir ses expressions, d��viter les r�p�titions, la pl�thore des pronoms relatifs, les cascades des subordonn�es.</p><p>� peine prend-il le temps de marquer d�une croix dans l�interligne les termes qu�il se propose de remplacer ou d�en mettre l�un d�eux � c�t� de l�autre, se r�servant de choisir plus tard. Il est press� d�arriver au bout, de couper le cordon ombilical. Le d�nouement de presque tous ses livres est h�tif, trahis-sant une esp�ce d�angoisse qui porte l��crivain � trancher dans le vif. D�s que, au contraire, il commence � � fi-gnoler �, � tracer des plans, � revenir en arri�re pour am�liorer les parties d�j� �crites, introduire de nouvelles circonstances, soyons assur�s que l�ouvrage est condamn� � rester inachev�.</p><p>Les exemples abondent ; c�est le cas, entre autres, de Lucien Leuwen et de Lamiel.</p><p>C�est pourquoi il est difficile � et dangereux � de classer Stendhal dans un genre bien d�fini. Il n�est pas tour � tour romancier, pamphl�taire, essayiste, voyageur, historien ; il est tout cela � la fois. C�est pourquoi, aussi, il est beaucoup plus qu�un �crivain du mod�le habituel, de ceux que guettent la scl�rose et le temps edax rerum.</p><p>Au contraire, il poss�de une �ternelle jeunesse, car il a le don inn� d�inciter son lecteur � r�fl�chir, � faire un retour sur lui-m�me, sans pour autant violer son ind�pendance d�esprit, � l�engager dans la voie qui a �t� la sienne, celle de l�anticonformisme.</p><p>Ce qu�on a pris autrefois pour une expression de frivole amateurisme se pr�sente � nous sous un tout autre aspect. Stendhal a cru � la litt�rature. Il a v�cu d�elle et pour elle ; mais cette litt�rature-l� ne ressemble point � celle qui avait cours de son temps. Ce n�est pas plus un passe-temps qu�un gagne-</p><p>pain. Elle est un moyen de transmission et non une finalit�. �tre homme de lettres implique une responsabilit�, un engagement vis-�-vis de soi-m�me : prendre conscience des probl�mes qui se posent � l�individu vivant la vie de son temps et qui, dans la plupart des cas, le transcendent. Il n�y a pas pire pr�somption que celle de vouloir � tout prix trouver des solutions totales et d�finitives. Stendhal a su restituer � la litt�rature sa valeur et sa raison d��tre.</p><p>Le stendhalisme</p><p>C�est un curieux et important ph�-</p><p>nom�ne, unique dans l�histoire des lettres. Il t�moigne de l�empreinte laiss�e par Stendhal.</p><p>Il est vrai que les stendhaliens ne jouissent pas d�une bonne r�putation.</p><p>On se gausse de leurs minutieuses investigations, dont l�int�r�t ne semble pas toujours proportionn� aux moyens mis en action. On leur reproche de se perdre dans l�accessoire, laissant �chapper l�essentiel ; on ironise sur leur tendance � s�enfermer dans une chapelle dont l�entr�e est interdite aux non-initi�s.</p><p>Pourquoi nier la part de v�rit� existant dans ces chicanes ? Un fait, cependant, est indiscutable : le stendhalisme existe depuis bient�t un si�cle ; il s�est downloadModeText.vue.download 428 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10383</p><p>perp�tu� de g�n�ration en g�n�ration, � travers les fluctuations de tous les engouements et de toutes les modes ; il a d�bord� les fronti�res de la litt�rature fran�aise : il n�y a gu�re de pays au monde o� le stendhalisme n�ait pris racine et n�ait ses adeptes. Un tel ph�-</p><p>nom�ne m�rite r�flexion.</p><p>Le promoteur en a �t� Stendhal lui-m�me. C�est lui qui a mis en circulation la notion de � beylisme � et a forg� le n�ologisme stendhaliser. C�est lui qui, par son habitude de s�exprimer en code, a intrigu� ses lecteurs, qui se sont appliqu�s � le d�crypter. Aussi son purgatoire n�a-t-il dur� que peu</p><p>d�ann�es. D�s 1870, on signale des</p><p>� beylistes � cherchant, avec de compr�hensibles t�tonnements � expliquer le pouvoir de s�duction de l��crivain.</p><p>Apr�s ces pionniers vient la g�n�ration des Bourget, des Taine, des Zola ; avec eux, Stendhal prend d�finitivement une place de choix dans l�histoire litt�raire et dans celle des id�es. Gr�ce � �mile Faguet, il franchit le seuil de l�universit�, habitu�e � n�admettre que les valeurs reconnues. � cette m�me �poque, Casimir Stryienski et Jean de Mitty, en exhumant du fatras des manuscrits d�pos�s � la biblioth�que de Grenoble des oeuvres mal connues ou m�me totalement inconnues � Lucien Leuwen, Lamiel, les Souvenirs d��gotisme, la Vie de Henry Brulard, le Journal</p><p>�, �largissent l�horizon stendhalien.</p><p>Pendant ce temps, Andrew Archibald Paton fait para�tre � Londres, en 1874, la premi�re �tude d�ensemble. Depuis lors, les stendhaliens se sont multipli�s. La simple �num�ration de leurs noms remplirait plus d�une page.</p><p>Avec les ann�es, le stendhalisme a chang� de caract�re : � l�amateurisme du d�but ont succ�d� des m�thodes rigoureuses de recherche. Le r�sultat de cette ferveur est que l�image de Stendhal, telle que la voyaient ses contemporains, s�est notablement modifi�e. Le clich� de l�homme frivole, du libertin cynique, de l��crivain fantaisiste et assez fumiste sur les bords a �t� remplac� par l�image d�un �tre tout diff�-</p><p>rent : une �me d�licate et farouche, un passionnel qui n�a gu�re connu ce bonheur qu�il a poursuivi toute sa vie, un anticonformiste qui a toujours refus� de se plier � la contrainte d�o� qu�elle v�nt, un �crivain p�n�trant et lucide, d�une in�puisable richesse. Notre g�-</p><p>n�ration a d�couvert des aspects que nos a�n�s avaient ignor�s, par exemple l�� actualit� � o� baigne son oeuvre tout enti�re � actualit� litt�raire, politique, sociale. Les g�n�rations qui nous suivront seront sensibles � d�autres formes d�expression que notre optique mentale ne nous permet pas d�appr�-</p><p>hender. Et c�est bien l� le plus �tonnant aspect de la personnalit� de Stendhal que cet attrait sans cesse renouvel� qu�exerce son esprit sur les g�n�rations successives, qui, chacune � leur tour, se reconnaissent en lui.</p><p>V. D. L.</p><p>J. Pr�vost, la Cr�ation chez Stendhal.</p><p>Essai sur le m�tier d��crire et la psychologie de l��crivain (�d. du Sagittaire, Marseille, 1942). /</p><p>H. Martineau, l�OEuvre de Stendhal. Histoire de ses livres et de sa pens�e (le Divan, 1945) ; le Coeur de Stendhal (A. Michel, 1952-53 ; 2 vol.). /</p><p>E. Auerbach, Mimesis. Dargestellte Wirklichkeit in der abendl�ndischen Literatur (Berne, 1946 ; 2e �d., 1959). / M. Bard�che, Stendhal romancier (la Table ronde, 1947). / L. F. Benedetto, La Parma di Stendhal (Florence, 1950). / C. Roy, Stendhal par lui-m�me (�d. du Seuil, coll.</p><p>� Microcosme �, 1951). / L. Aragon, la Lumi�re de Stendhal (Deno�l, 1954). / V. H. Brombert, Stendhal et la voie oblique, l�auteur devant son monde romanesque (P. U. F., 1954) ; Stendhal : Fiction and the Themes of Freedom (Westminster, Maryland, 1968). / J.-P. Richard, Litt�rature et sensation (�d. du Seuil, 1954). / R. D. Giraud, The Unheroic Hero in the Novels of Stendhal, Balzac and Flaubert (New Brunswick, 1957).</p><p>/ F. Marill-Alb�r�s, le Naturel chez Stendhal (Nizet, 1957) ; Stendhal et le sentiment religieux (Nizet, 1957). / G. Blin, Stendhal et les probl�mes du roman (Corti, 1958) ; Stendhal et les probl�mes de la personnalit� (Corti, 1958).</p><p>/ F. Michel, �tudes stendhaliennes (Mercure de France, 1958). / R. M. Adams, Stendhal. Notes on a Novelist (New York, 1959 ; nouv. �d., 1968). / G. Durand, le D�cor mythique de � la Chartreuse de Parme � (Corti, 1961). / R. Girard, Mensonge romantique et v�rit� romanesque (Grasset, 1961). / W. G. Klostermann, Der Wandel des Stendhalbildes von Bourget bis Gide (Kiel, 1961). / C. Liprandi, Au coeur du</p><p>� Rouge �. L�affaire Lafargue et � le Rouge et le Noir � (�d. du Grand-Ch�ne, Lausanne, 1961).</p><p>/ J. Starobinski, l�OEil vivant (Gallimard, 1961).</p><p>/ V. Del Litto, la Vie intellectuelle de Stendhal (P. U. F., 1963) ; la Vie de Stendhal (�d. du Sud et A. Michel, 1965). / C. D�deyan, l�Italie dans l�oeuvre romanesque de Stendhal (S. E. D. E. S., 1964 ; 2 vol.). / F. W. J. Hemmings, Stendhal : A Study of his Novels (Oxford, 1964). /</p><p>P. G. Castex, � le Rouge et le Noir � de Stendhal (S. E. D. E. S., 1967). / A. Fran�ois-Poncet, Stendhal en Allemagne. Portrait in�dit (Hachette, 1967). / H. F. Imbert, les M�tamorphoses de la libert� ou Stendhal devant la Restauration et le Risorgimento (Corti, 1967) ; Stendhal et la tentation jans�niste (Droz, Gen�ve, 1970). /</p><p>F. Rude, Stendhal et la pens�e sociale de son temps (Plon, 1967). / G. Genette, Figures II (�d.</p><p>du Seuil, 1969). / R. Bolster, Stendhal, Balzac et le f�minisme romantique (Lettres modernes, 1970). / P. Trout, la Vocation romanesque de Stendhal (�d. universitaires, 1970). / S. Fel-</p><p>man, la Folie dans l�oeuvre romanesque de Stendhal (Corti, 1971). / M. G. Tillett, Stendhal. The Background to the Novels (Londres, 1971). / G. Mouillaud, � le Rouge et le Noir � de Stendhal, le roman possible (Larousse, 1973).</p><p>On peut �galement consulter la revue trimestrielle Stendhal Club, qui para�t � Grenoble et publie annuellement une bibliographie stendhalienne.</p><p>Rep�res biographiques</p><p>1783 23 janvier : naissance d�Henri Beyle � Grenoble. Son p�re est avocat au parlement ; son grand-p�re, Henri Gagnon, est m�decin.</p><p>1790 Mort de sa m�re, Henriette Gagnon.</p><p>1796-1799 �tudes � l��cole centrale de Grenoble.</p><p>1799 � la fin de l�ann�e, il obtient de se rendre � Paris, mais refuse de se pr�senter � l��cole polytechnique.</p><p>1800 D�part pour l�Italie � la suite de l�ar-m�e de r�serve. Il est nomm� sous-lieutenant au 6e dragons.</p><p>1802 Il d�missionne de l�arm�e pour se consacrer � la litt�rature.</p><p>1805-06 S�jour � Marseille. Son projet, vite avort�, est de devenir banquier 1807 Stendhal entre dans le corps des commissaires des guerres et r�side � Brunswick et � Vienne.</p><p>1810 Il est nomm� auditeur au Conseil d��tat.</p><p>1811 Voyage de trois mois en Italie.</p><p>1812 Il assiste � l�incendie de Moscou.</p><p>1813 Campagne d�Allemagne. Nouveau voyage � Milan.</p><p>1814-1821 � la chute de l�Empire, il d�-</p><p>cide de s�expatrier et s�installe � Milan.</p><p>1821-1830 Rentr� en France, il r�side � Paris. Ce s�jour est coup� de nombreux voyages. Au cours d�un passage � Milan, Stendhal est expuls� des �tats autrichiens.</p><p>1830 � la suite de la r�volution de Juillet, il est nomm� consul de France � Trieste</p><p>d�abord, � Civitavecchia ensuite (1831).</p><p>1836-1839 En cong� a Pans.</p><p>1840 Rentr� � Civitavecchia, il a de graves ennuis de sant�.</p><p>1842 En cong� de maladie � Paris, il est frapp� d�une attaque d�apoplexie le 22 mars. Il meurt le lendemain.</p><p>L�oeuvre</p><p>1814 Vies de Haydn, de Mozart et de M�tastase.</p><p>1817 Histoire de la peinture en Italie.Rome, Naples et Florence en 1817.</p><p>1822 De l�amour.</p><p>1823 Racine et Shakespeare.</p><p>1824 Vie de Rossini.</p><p>1825 Racine et Shakespeare no II.D�un nouveau complot contre les industriels.</p><p>1826 Rome, Naples et Florence (nouv. �d.).</p><p>1827 Armance ou Quelques sc�nes d�un salon de Paris en 1827.</p><p>1829 Promenades dans Rome.Vanina Vanini ou Particularit�s sur la derni�re vente de Carbonari dans les �tats du pape.</p><p>1831 Le Rouge et le Noir. Chronique du XIXe si�cle.</p><p>1838 M�moires d�un touriste.</p><p>1839 La Chartreuse de Parme.L�Abbesse de Castro.</p><p>L�oeuvre posthume</p><p>1888 Journal.</p><p>1889 Lamiel.</p><p>1890 Vie de Henry Brulard.</p><p>1892 Souvenirs d��gotisme.</p><p>1893 Suora Scolastica.</p><p>1901 Lucien Leuwen.</p><p>steppe</p><p>Formation herbac�e ouverte, avec des v�g�taux vivaces de petite taille (ce qui l�oppose � la savane), parfois accompagn�s d�annuelles ou de g�ophytes bulbeuses.</p><p>On distingue les steppes des</p><p>moyennes latitudes, aux climats continentaux, et celles des r�gions m�diterran�ennes ; toutes subissent annuellement deux p�riodes peu favorables : l�une (l�hiver) plus ou moins froide, l�autre (l��t�) tr�s s�che, arr�tant toutes deux pratiquement le d�veloppement de la v�g�tation. Les exemples les plus connus sont : la grande prairie nord-am�ricaine, la pampa argentine, la puszta hongroise, le sud de la Russie, l�Asie centrale, les hauts plateaux de l�Afrique du Nord.</p><p>Les flores</p><p>Les Graminac�es vivaces sont fr�-</p><p>quentes dans ces formations : Agropyrum, Koeleria, Festuca, Andropogon et en particulier le genre Stipa, fr�quent en Europe, en Asie et m�me en Am�-</p><p>rique du Nord ; les �pis murs de ce dernier genre sont munis de tr�s longues ar�tes (20 cm) ; pour S. pennata, celles-ci sont, en outre, flexueuses, fortement plumeuses, � poils blancs soyeux �tal�s. Ces plantes pr�sentent de nombreuses caract�ristiques d�adaptation � la s�cheresse (tissus scl�rifi�s, �pidermes cutinis�s, feuilles enroul�es). Dans les steppes se d�veloppent �galement d�autres plantes herbac�es vivaces, souvent tomenteuses, aromatiques ou subligneuses, telles que les Compos�es et les L�gumineuses (steppes � Armoises ou � Euphorbes succulentes), ou m�me des sous-ar-brisseaux, tels que des Ascl�piadac�es (Anabasis), ou de petits arbres comme le Saxaoul (Ch�nopodiac�es), qui vit dans les sols sal�s sableux du Turkestan, en Iran et jusque dans le Gobi. Les annuelles (par exemple des Graminac�es comme Aristida et Bouteloua de la grande plaine nord-am�ricaine), ordinairement rares, sont parfois abondantes, surtout pendant la saison humide, quand les plantes vivaces su-downloadModeText.vue.download 429 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10384</p><p>bissent une attaque trop importante par les herbivores.</p><p>Les sols</p><p>Apr�s la p�riode de courte v�g�tation, qui se place entre la fin de l�hiver et le d�but de l��t�, une grande partie des constituants du tapis v�g�tal meurt. La d�composition de cette mati�re organique est ralentie par les conditions climatiques ; il s�ensuit un enrichissement en surface de mati�re organique � forte teneur en azote et en compos�s calciques (r�action neutre). Suivant la pluviosit� et le degr� de lessivage, on trouve diff�rents types de sols ; en Ukraine (350 mm de pluies), sous un tapis v�g�tal relativement continu, o� le lessivage est presque complet, il y a des chernozems, ou terres noires, qui peuvent atteindre une �paisseur de plus de 1,50 m ; ce sont des sols extr�mement fertiles. Sous climat m�-</p><p>diterran�en (250 mm de pluies), o� il n�y a qu�un lessivage tr�s incomplet (Afrique du Nord), on rencontre des sols ch�tains ; enfin, dans des conditions subd�sertiques (environ 150 mm de pluies), o� il n�y a pas de lessivage de carbonates, se localisent les sols gris, pauvres en mati�re organique, avec, en surface, des concr�tions de carbonates.</p><p>Quelles que soient les esp�ces,</p><p>toutes poss�dent un enracinement tr�s profond, fonction de la pluviosit�.</p><p>Une stratification racinaire existe ; elle diminue la comp�tition, qui est encore r�duite par l��chelonnement des diverses p�riodes d��panouissement : ainsi, certaines esp�ces ont leur d�veloppement maximal au printemps (les plus nordiques d�origine), alors que d�autres, plus m�ridionales, l�ont en �t� ou en automne. Enfin, on remarque que toutes les esp�ces n�apparaissent pas toutes les ann�es, et ce en fonction des conditions climatiques.</p><p>La faune</p><p>Comme les plantes, les animaux</p><p>vivant dans les steppes sont adapt�s aux conditions rigoureuses du biotope (climat alternativement froid et chaud,</p><p>avec un d�ficit hydrique non n�gligeable et un taux assez faible de ressources alimentaires). Aussi la faune se compose-t-elle de grands herbivores capables d�effectuer des d�placements importants, r�gl�s par la qu�te quotidienne de la nourriture et de l�eau ainsi que par le rythme annuel des climats : Equus, Gazelle, Antilope, Chameau en Asie et Bison en Am�rique. Ils sont accompagn�s d�Oiseaux et d�Insectes migrateurs (Grues, Sauterelles) ; ces derni�res, en troupes innombrables, peuvent provoquer des destructions consid�rables du tapis v�g�tal. Un certain nombre d�animaux sont fouisseurs, transformant parfois le sol en v�-</p><p>ritables �ponges peu solides � cause de l�importance des galeries : Rongeurs (Hamster, Gerboise, Lapin, Spermo-phile...), petits carnivores (Chien de prairie) ; ils ont une vie active la nuit et sont tous cantonn�s dans leurs terriers pendant le jour ; quelques-uns entrent en hibernation plus ou moins totale pendant la saison froide. Les L�zards et les Serpents sont aussi tr�s fr�quents dans ces formations et, en Afrique, la pr�sence de ces esp�ces conditionne la vie d�un Oiseau, le Serpentaire, qui se nourrit surtout de Reptiles. Un r�le important est imparti aux Insectes, en particulier aux Fourmis, aux Abeilles, aux Gu�pes, qui creusent de nombreuses galeries et jouent ainsi un r�le dans la structure des sols.</p><p>Quelques</p><p>grandes steppes</p><p>Les steppes de la r�gion aralo-caspienne sont tr�s riches en esp�ces v�-</p><p>g�tales, souvent end�miques : surtout des Graminac�es, des Ch�nopodiac�es, des L�gumineuses, des Polygonac�es et des Compos�es. Il en est de m�me pour la faune, qui est extr�mement particuli�re. Au fur et � mesure que l�on va vers l�ouest, on rencontre des colonies isol�es de plus en plus r�duites et floristiquement pauvres ; cette fragmentation aurait une origine pal�oclimatique (glaciations).</p><p>En Am�rique du Nord, les steppes couvrent de tr�s grandes surfaces et constituent la � grande prairie �, avec des Agropyrum et des Stipa (communs � l�Ancien Monde), mais aussi avec</p><p>des esp�ces end�miques et des genres sp�ciaux (Bouteloua). Elles poss�dent des conditions climatiques tr�s vari�es, la pluviosit�, tr�s r�duite, pouvant �tre r�partie seulement pendant quelques mois et les temp�ratures �tant tr�s froides dans le Nord (Manitoba), � la fronti�re canadienne, et chaudes dans le Sud (18 �C de moyenne annuelle vers le Texas). Ainsi le couvert v�g�-</p><p>tal n�est-il pas uniforme sur toute son �tendue. On pense que ces steppes se sont �tablies dans ces r�gions � la faveur de l��poque x�rothermique postglaciaire et qu�elles s�y sont maintenues par suite des pratiques agricoles et des feux. Dans les montagnes Rocheuses (Grand Bassin), il existe des formations buissonnantes � Artemisia tridentata (Sagebrush) qui peuvent �tre assimil�es � des steppes � Armoises.</p><p>En Am�rique du Sud, la pampa</p><p>argentine serait �galement une survivance de formations anciennes qui ne subsisteraient que par suite d�une exploitation intensive ; en Patagonie, les steppes subissent un climat froid et humide, et poss�dent d�importants peuplements d��pineux tels que Berbe-ris et Lycium...</p><p>Les steppes ont �t� exploit�es assez tardivement par l�Homme ; elles lui ont fourni parfois d�excellentes terres pour des cultures (Bl�, Ma�s), mais le plus souvent des �tendues pour un p�turage extensif semi-nomade, exigeant d�immenses surfaces, que les paysans s�dentaires n�ont cess� de contester et de rogner � leur profit. Le surp�turage et la culture intensive trop r�p�-</p><p>t�s produisent aujourd�hui un d�s�-</p><p>quilibre profond dans le peuplement, certaines esp�ces naturelles disparaissant, d�autres, au contraire, pullulant ; l�abandon, lui, conduit bien souvent � une d�sertification irr�versible.</p><p>J.-M. T. et F. T.</p><p>F V�g�tation.</p><p>D. N. Kachkarov et E. P. Korovine, la Vie dans les d�serts (trad. du russe, Payot, 1942).</p><p>steppes (art des)</p><p>Production artistique, essentielle-</p><p>ment � l��ge du bronze, des peuples nomades occupant le domaine des</p><p>steppes eurasiatiques, de la Mongolie � la Roumanie.</p><p>L��poque n�olithique*</p><p>Les grandes cultures n�olithiques de l�Asie septentrionale se groupent autour des centres sib�riens et ba�kaliens. Elles se rattachent en Occident aux cultures de la Russie orientale, en Extr�me-Orient � celles de la Chine du Nord.</p><p>Au IVe mill�naire avant notre �re, des semi-nomades, chasseurs ou p�-</p><p>cheurs, sont install�s le long des rives de la mer Caspienne ; d�autres occupent � la m�me �poque les rives de la mer d�Aral et y instaurent la culture de Kel-teminar (IVe-IIIe mill�naire). Les habitations sont ovales, avec une ossature en bois et un foyer central qui semble avoir servi au culte du feu ; autour de l�habitation, d�autres foyers indiquent l�emplacement de cuisines. Les outils sont nombreux, et les r�cipients sont en terre brun�tre de facture grossi�re.</p><p>Dans la r�gion de l�Ob-Ienisse�</p><p>se d�veloppe la culture d�Afanas-sievo (IVe-IIe mill�naire), qui s��tend jusqu�aux pieds de l�Alta�. L�essentiel de l�industrie est en pierre, mais on a �galement trouv� des aiguilles et des al�nes en os ainsi que des ornements en cuivre. Les c�ramiques (pots ovo�des) sont d�cor�es de motifs en ar�tes de poisson faits au tampon ; certaines c�ramiques sont peintes en rouge ou en blanc.</p><p>L��ge du bronze*</p><p>Au IIe mill�naire, l�apparition de la m�-</p><p>tallurgie va unir toutes ces tribus d��leveurs. La culture d�Andronovo (1700-1200 av. J.-C.), qui couvre une surface consid�rable de l�Oural � l�Ienisse�, du Tobol au Syr-Daria, groupe toutes les traditions locales. Les tombes sont rondes, ovales ou rectangulaires ; le mort est couch� recroquevill� sur le c�t� gauche. La c�ramique, brune lustr�e noire, porte un d�cor en zones de m�andres et de zigzags. Les objets en bronze comprennent des bracelets, des haches, des faucilles, des couteaux et des hame�ons ; en os sont fabriqu�es</p><p>des fl�ches et des aiguilles. Il semble que cette culture ait �t� en contact avec le monde chinois des d�buts de l��ge du bronze.</p><p>� l�est de l�Ienisse�, autour du lac Ba�kal, naissent, � l��poque n�olithique, des cultures de chasseurs-p�-</p><p>cheurs que caract�risent, outre le ma-t�riel lithique, les vases � fond pointu d�cor�s de traits obliques incis�s. On note �galement l�existence de sculptures et de gravures rupestres, l�exploitation du jade, l�usage de l�ocre pour le rituel d�inhumation. Ces cultures ba�kaliennes s��panouissent � l��poque chalcolithique pour former la culture de Glaskovo (1700-1200 av. J.-C.), marqu�e par une poterie ovo�de peinte ou incis�e, une large utilisation du jade, le travail de l�os et quelques objets en cuivre et en bronze.</p><p>Dans les hautes vall�es du Zagros, l�actuel pays des Lurs, ont �t� retrouv�es de nombreuses n�cropoles contenant un important mat�riel de bronze et de fer (armes, vases, objets de parure).</p><p>On y a reconnu les vestiges du peuple kassite*, entr� en contact vers 1800</p><p>avant notre �re avec les civilisations m�sopotamiennes. La production artistique, connue sous le nom d�art du Lurist&#x101;n (v. Iran), semble s��tre d�velopp�e entre le milieu du IIe mill�naire et le VIIe s. avant notre �re. Les armes, les pendeloques, les �pingles y sont orn�es d�animaux, surtout de cervid�s.</p><p>downloadModeText.vue.download 430 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10385</p><p>Dans la seconde moiti� du IIe mil-l�naire, la r�gion du Talych, le long de la c�te occidentale de la mer Caspienne (entre l�Iran et l�U. R. S. S.), autre centre du bronze situ� � la limite du monde transcaucasien et du monde oriental, joue �galement un r�le important.</p><p>Au d�but du Ier mill�naire avant notre �re, le d�veloppement de l��conomie d��levage (surtout celui du cheval) entra�ne de nombreux changements. La n�cessit� de trouver des p�turages de plus en plus riches com-</p><p>mande le nomadisme et l�usage du cheval comme animal de monte. Tous les �l�ments de harnais apparaissent de fa�on g�n�ralis�e au VIIIe s. avant notre �re. Le nomadisme entra�ne des contacts de plus en plus nombreux entre ceux qui s�y livrent et cr�e de nouveaux circuits d��changes. Les op�-</p><p>rations de rapine s�intensifient ; gr�ce � elles, se constituent, dans ces royaumes nomades, des tr�sors qui, devant �tre facilement transport�s, sont constitu�s essentiellement de bijoux. Les agrafes apparaissent avec le harnachement ; les ornements en p�te de verre, l�ambre, un type particulier d�outillage et d�armes (hache � douille, poignard � lame courte, lances), tels sont les apports du continent eurasiatique.</p><p>Ainsi constitu�, l�art des steppes, qui comprend les cr�ations de plusieurs centres culturels dispers�s sur toute l��tendue de l�Eurasie, se caract�rise par son style animalier. Des repr�sentations d�animaux r�els ou fantastiques se retrouvent sur tous les objets d�usage (pi�ces de harnachement, armes, vaisselle, bijoux...). Ces animaux, principalement des cervid�s, des chevaux, des sangliers, des tigres, des oiseaux de proie, sont figur�s soit isol�s, soit par groupes. Le combat de deux ou de plusieurs animaux appara�t tr�s fr�quemment, surtout sur des plaques de ceinture.</p><p>Dans la premi�re moiti� du Ier mill�naire avant notre �re s��panouit en Ciscaucasie occidentale la culture kobanienne (du village de Koban, en Oss�tie du Nord). Le mat�riel fun�raire provenant des tombes � sarcophage en pierre comprend des haches, des poignards, des mors, des boucles de ceinture, des bijoux ainsi que des r�cipients aux anses en forme d�animaux. Cette culture, qui �tait en rapport avec le Talych et le Lurist&#x101;n, essaime au milieu de ce Ier mill�naire jusque sur la Volga, le Don et le Dniepr et influence d�s le VIIe s. avant notre �re l�art scythe.</p><p>� cette �poque, en effet, sur les bords de la mer Noire, des tribus scythes* s�arrogent le pouvoir. Cette culture scythe (v. 700-200 av. J.-C.), avec des variantes locales, pr�sente un caract�re iranien, auquel s�ajoutent</p><p>des influences hell�niques, pr�pond�-</p><p>rantes � partir du Ve s. av. J.-C. � la fin du Ier mill�naire, les Scythes sont � leur tour renvers�s par les Sarmates (v. 200 av. - 200 apr. J.-C.). Les oeuvres d�orf�vrerie sarmate s��cartent de la tradition r�aliste scythe et deviennent de plus en plus d�coratives. Cet esprit de stylisation, joint au go�t des incrustations, marque, sur tout le domaine des steppes, le passage du style scythe au style sarmate et sera transmis par l�interm�diaire des Goths � l�Europe occidentale (v. Barbares).</p><p>La culture d�Andronovo, r�pandue sur toute la Sib�rie m�ridionale au IIe mill�naire avant notre �re, est remplac�e � la fin de ce mill�naire, dans le bassin de Minoussinsk, par la culture de Karassouk. Une s�rie de couteaux � manche orn� de motifs animaliers caract�risent les bronzes de cette culture.</p><p>� partir de 700 avant notre �re, � la culture de Karassouk, d�j� marqu�e par des influences chinoises, succ�de la culture de Tagar, qui dure jusqu�aux environs de notre �re.</p><p>Contemporain de la culture de Tagar est le complexe de l�Alta� (700-100</p><p>av. J.-C.). Dans les grandes s�pultures (kourganes) de la r�gion de Pazyryk ont �t� trouv�s de nombreux objets en bois, en corne, en cuir et en feutre conserv�s intacts. Des chevaux avec tout leur harnachement �taient enterr�s dans les tombes royales. Ce harnachement comprenait de magnifiques ornements en bois sculpt� de motifs d�animaux, dont le dynamisme est soulign� par des courbes et des lignes ondul�es.</p><p>La r�gion de l�Ordos et du Suiyuan (Souei-yuan) occupe la majeure partie de la Chine septentrionale au-del� de la Grande Muraille. Cette vaste zone, qui recevait des motifs du bassin de Minoussinsk et profitait des le�ons des bronziers chinois, voit, aux environs de notre �re, le style animalier de ses bronzes perdre peu � peu son r�alisme au profit de la stylisation et du go�t pour l�ornementation.</p><p>Ainsi, les liens entre l�Occident et l�Extr�me-Orient par l�interm�diaire de l�Ordos, sensibles � l��poque de Karassouk, prennent une extension</p><p>si large � l��poque de Tagar qu�un m�me style semble inspirer tout l�art des steppes du fleuve Jaune jusqu�au Danube.</p><p>M. P.-t�S.</p><p>K. Jettmar, Die fr�hen Steppenv�lker ; der eurasiatische Tierstil. Entstehung und sozialer Hintergrund (Baden Baden, 1964 ; trad. fr.</p><p>l�Art des steppes ; l�art animalier eurasiatique.</p><p>Gen�se et arri�re-plan social, A. Michel, 1965). /</p><p>A. Belenitsky, Central Asia (Gen�ve, 1968 ; trad.</p><p>fr. Asie centrale, Nagel, 1968). / T. C. Bunker, C. B. Chatwin et A. R. Farkas, Animal Style Art from East to West (New York, 1970). / G. Charri�re, l�Art barbare scythe (Cercle d�art, 1971).</p><p>/ G. Lazlo, l�Art des Nomades. Des Scythes aux Hongrois (Cercle d�art, 1972).</p><p>st�r�ochimie</p><p>organique</p><p>�tude de la structure spatiale des compos�s organiques.</p><p>L�exp�rience avait montr� que,</p><p>selon les cas, � une formule d�velopp�e plane, �tablie par analyse fonctionnelle (v. organique [chimie]), correspond ou bien un seul compos� ou bien un nombre variable d�esp�ces distinctes.</p><p>Les formules planes s�av�raient donc insuffisantes, et il �tait de toute n�cessit� d�examiner les places relatives des atomes dans l�espace ; c�est le but de la st�r�ochimie organique, dont les bases ont �t� pos�es par Le Bel (v. Berthelot) et Van�t Hoff* il y a un peu moins de cent ans.</p><p>Cette disposition est l�objet de la st�-</p><p>r�ochimie statique ; son �volution, au cours des r�actions, rel�ve de la st�r�ochimie dynamique.</p><p>St�r�ochimie statique</p><p>Carbone t�tra�drique</p><p>La disposition spatiale des quatre liaisons qui �manent du carbone a pu �tre �tablie r�cemment gr�ce � la m�-</p><p>canique quantique (hybridation Sp3).</p><p>Mais elle �tait connue bien avant, en s�appuyant exclusivement sur des consid�rations de sym�trie.</p><p>Nous d�signerons provisoire-</p><p>ment par X, Y, Z, T des substituants</p><p>monoatomiques tous diff�rents, pour lesquels on admet une sym�trie de r�volution. L�exp�rience montre qu�il existe un compos� unique, repr�sent� par l�une des formules CX4, CX3Y, CX2Y2, CX2YZ, ce qui n�est compatible qu�avec l�hypoth�se de la non-coplan�arit� des quatre substituants du carbone. Dans CX4, les quatre X</p><p>occupent les quatre sommets d�un t�tra�dre r�gulier ; dans CX3Y, l��difice conserve trois axes ternaires et trois plans de sym�trie ; dans CX2Y2</p><p>et CX2YZ, il subsiste encore un plan de sym�trie. Il est � remarquer que la sym�trie de ces �difices est la m�me que celle d�un t�tra�dre r�gulier aux downloadModeText.vue.download 431 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10386</p><p>sommets duquel sont �crites les quatre lettres symbolisant les substituants. En effet, c�est sous cette forme premi�re qu�a �t� �nonc� le principe fondamental de la st�r�ochimie. � Les quatre substituants du carbone occupent les quatre sommets d�un t�tra�dre r�gulier dont le carbone occupe le centre � : En r�alit�, des mesures physiques (diffraction des rayons X) ont montr� que ce t�tra�dre n�est pas r�gulier, sauf dans CX4 ; la distance C�X n�est pas �gale � la distance C�Y ; l�angle n�est pas �gal � l�angle</p><p>N�anmoins, l�hypoth�se du � carbone t�tra�drique �, tel que le concevait Van�t Hoff, ne m�ne � aucune contradiction tant qu�il ne s�agit que de st�r�-</p><p>ochimie statique.</p><p>Carbone asym�trique</p><p>Quelles sont les cons�quences de l�hypoth�se du carbone t�tra�drique dans le cas des compos�s CXYZT ? Un tel carbone, reli� � quatre substituants tous diff�rents, est appel� carbone asym�-</p><p>trique. Pour attirer l�attention sur lui dans un �difice plus complexe, on lui affecte un ast�risque.</p><p>La mol�cule peut pr�senter</p><p>deux configurations :</p><p>Celles-ci sont inversement �gales et sym�triques l�une de l�autre par rapport � un plan, le plan horizontal dans le cas de la figure.</p><p>Si nous poss�dons deux lots de</p><p>mol�cules toutes identiques, l�un b�ti sur le mod�le (d), l�autre b�ti sur le mod�le (l), il est �vident que les propri�t�s scalaires des deux lots � point de fusion, point d��bullition, indice de r�fraction, densit�, solubilit� dans un solvant sym�trique, vitesse de r�action avec un compos� sym�trique, etc. � doivent �tre identiques. Mais on ne peut affirmer qu�il en sera de m�me pour les propri�t�s orient�es.</p><p>L�une d�elles est le pouvoir rotatoire naturel � l��tat liquide ou en solution dans un solvant sym�trique. L�un des lots, (d), par exemple, sera dextrogyre, alors que l�autre, (l), sera l�vogyre, et, � l��tat pur ou � concentrations �gales dans un m�me solvant sym�-</p><p>trique, les pouvoirs rotatoires seront �gaux en valeur absolue. Nous dirons que les lots (d) et (l) sont � inverses optiques � ou �nantiomorphes (on dit aussi � �nantiom�res �).</p><p>L�exp�rience montre que des lots de compos�s ont ou n�ont</p><p>pas le pouvoir rotatoire. S�ils ne l�ont pas, c�est que les mol�cules (d) et les mol�cules (l) y existent en nombres �gaux. Un tel m�lange est appel� m�-</p><p>lange rac�mique ou, plus simplement, rac�mique. En principe, des m�thodes appropri�es permettent de � d�doubler � ce rac�mique en deux lots d�es-p�ce unique (d) et (l), que l�on nomme antipodes optiques. Purs, ces antipodes optiques poss�dent le pouvoir rotatoire maximal en valeur absolue ; il existe en effet des lots form�s de (d) et de (l) en quantit�s in�gales, dont le pouvoir rotatoire, de l�un ou de l�autre signe, est inf�rieur en valeur absolue � celui des antipodes optiques ; on les nomme m�-</p><p>langes partiellement rac�mis�s ou partiellement d�rac�mis�s ; ils peuvent, en principe, comme les rac�miques, �tre d�doubl�s.</p><p>En dehors du cas particulier des rac�miques, la pr�sence, dans une formule, d�un seul carbone asym�trique est une condition suffisante, mais non n�cessaire � l�existence du pouvoir</p><p>rotatoire.</p><p>y Projections conventionnelles. Elles s�inspirent de la seconde �criture des formes (d) et (l), soit</p><p>mais il faut convenir, une fois pour toutes, que les substituants �crits verticalement sont en avant du plan du tableau et que ceux qui sont �crits horizontalement sont en arri�re ; en effet, les deux configurations</p><p>ne sont pas identiques, mais inverses optiques.</p><p>y Principe de libre rotation ou de liaison mobile. Si deux carbones sont directement reli�s, les valences �manant de chacun d�eux sont</p><p>confondues :</p><p>Consid�rons le bromure d��thyl�ne CH2Br�CH2Br. On n�en conna�t pratiquement qu�une esp�ce. L�un des atomes de brome occupe-t-il vis-�-vis de l�autre une position privil�gi�e dans l�espace ou bien l�un des carbones et ses substituants peuvent-ils tourner librement autour de la liaison C�C ?</p><p>Ce probl�me a beaucoup �volu� au cours des cent derni�res ann�es, et une r�ponse d�finitive a pu lui �tre donn�e.</p><p>Il y a bien, en g�n�ral, libre rotation, mais la probabilit� des diverses conformations est tr�s diff�rente. Au z�ro absolu, les mol�cules seraient en majorit� en position avantag�e principale (I), et � �galit� mais en minorit�, en positions avantag�es secondaires (II) et (III). On les repr�sente, pour un observateur plac� dans le prolongement de la liaison commune des deux carbones (projection de Newman) : voir sch�ma ci-dessus.</p><p>� temp�rature un peu plus �lev�e, les mol�cules se disperseraient autour de ces positions avantag�es, mais sans pouvoir �voluer de l�une vers l�autre ; il faudrait, pour cela, passer par l�une des conformations moins stables : voir sch�ma ci-dessous.</p><p>VI, la moins stable de toutes, est la position antipode.</p><p>Les conformations I, II et III sont dites � �toil�es � ; les conformations IV, V et VI sont dites � �clips�es �.</p><p>Mais, d�j� aux temp�ratures les</p><p>plus basses que l�on puisse atteindre, l�agitation thermique permet aux mol�-</p><p>cules de franchir les barri�res d��nergie constitu�es par les conformations �clips�es ; il y a libre rotation, mais accumulation des mol�cules au voisinage des positions avantag�es.</p><p>En dehors des conformations I et VI, aucune des mol�cules n�est superposable � son image dans un plan. Si l�on pouvait r�aliser un lot de telles mol�cules (diff�rentes de I ou de VI), mais toutes identiques entre elles, ce lot aurait le pouvoir rotatoire. Or, le bromure d��thyl�ne est inactif sur la lumi�re polaris�e. C�est �vident, car, la libre rotation permettant le passage par une conformation sym�trique, la probabilit� de s�en �loigner d�un m�me angle dans un sens ou dans l�autre est la m�me, et un lot de bromure d��thyl�ne se comporte comme une infinit� de rac�miques.</p><p>Cela permet d��tablir l��nonc� correct d�un principe propos� par Pasteur sous une autre forme.</p><p>Nous appellerons lot d�esp�ce</p><p>unique un lot form� de mol�cules pouvant toutes spontan�ment prendre une conformation arbitraire quelconque. La libre rotation permet cette transformation ; il en est d�autres, dont l�inversion de l�azote trivalent (cf. infra).</p><p>La condition n�cessaire et suffisante pour qu�un lot d�esp�ce unique soit inactif sur la lumi�re polaris�e est qu�une mol�cule de ce lot puisse se transformer spontan�ment en son image sp�culaire.</p><p>Dans l�exemple choisi, ce pas-</p><p>sage peut se faire en franchissant une conformation sym�trique, mais cette condition, suffisante, n�est pas n�cessaire. Toutefois, chaque fois que la libre rotation permet le passage par une telle conformation, le lot est inactif ; nous en verrons des applications.</p><p>Si la libre rotation n�est pas permise,</p><p>on peut avoir le pouvoir rotatoire sans la pr�sence d�un carbone asym�trique (atropo-isom�rie ; cf. infra).</p><p>Une autre cons�quence de la libre rotation est la possibilit� de donner un plan de sym�trie � une cha�ne ne renfermant aucun site d�asym�trie ; d�s lors, si nous rempla�ons les substituants monoatomiques X, Y, Z, T</p><p>par de telles cha�nes, les conclusions sont inchang�es ; par exemple, C2H5�</p><p>CZT�C2H5 est d�pourvu de pou-</p><p>voir rotatoire puisqu�il est de m�me type que CX2ZT ; on peut imposer � l�ensemble de la mol�cule un plan de sym�trie. Si l�un des radicaux porte un carbone asym�trique, il appara�t un probl�me nouveau, celui de la diast�r�o-isom�rie.</p><p>y Diast�r�o-isom�rie. Si une mol�-</p><p>cule renferme n carbones asym�-</p><p>triques et si la formule plane ne pr�-</p><p>sente pas de sym�tries, il existe en g�n�ral 2n isom�res, tous actifs sur la lumi�re polaris�e et que l�on peut grouper en 2n�1 rac�miques. Deux de ces isom�res, s�ils ne sont pas inverses optiques, sont dits diast�r�o-isom�res ; deux rac�miques diff�rents sont dits rac�miques diast�r�o-isom�res.</p><p>Si les carbones asym�triques font partie d�une m�me cha�ne lin�aire, on peut, gr�ce au principe de liaison mo-downloadModeText.vue.download 432 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10387</p><p>bile, g�n�raliser la projection conventionnelle du carbone asym�trique. On forme une ligne polygonale r�guli�re et convexe comprenant tous les carbones de la cha�ne et l�un des substituants de chacun des carbones extr�mes, soit On projette radialement cette cha�ne polygonale sur un cylindre que l�on d�veloppe ; d�o� le squelette</p><p>On place ensuite sur C1, C2 ...</p><p>Cn�1�Cn les substituants respectifs X1, Y1, X2, Y2 ... de toutes les fa�ons possibles (projection de Fischer). Chacun de ces choix donnant deux possibilit�s, on retrouve bien les 2n isom�res ; dans un cas simple (n = 2), ces isom�res se repr�sentent ainsi :</p><p>I et II sont inverses optiques, ainsi que III et IV ; (I + II) et (III + IV) sont deux rac�miques diast�r�o-isom�res.</p><p>Si la formule plane pr�sente un axe de sym�trie, le nombre des isom�res diminue ; si X&#x2261;X&#x2032;, Y&#x2261;Y&#x2032;, Z&#x2261;Z&#x2032;, I et II deviennent identiques. Il n�y a plus que trois isom�res : III et IV, qui restent inverses optiques, et I&#x2261;II, qui constitue un inactif par nature. En effet, la formule projective poss�de un axe de sym�trie, et la conformation qu�elle repr�sente a dans l�espace un plan de sym�trie, ce qui entra�ne l�inactivit� optique du lot ; cependant cette conformation est, le plus souvent, la moins probable, la position avantag�e principale ayant dans l�espace un centre de sym�trie ; mais elle ne peut �tre �crite en projection conventionnelle.</p><p>Remarque g�n�rale</p><p>La pr�sence d�un axe de sym�trie de la projection conventionnelle entra�ne l�inactivit� optique, alors que la pr�-</p><p>sence d�un centre sur cette projection n��limine pas cette activit� ; dans l�espace, au contraire, un axe de sym�-</p><p>trie n�entra�ne pas l�inactivit� optique, alors qu�un centre le fait.</p><p>Une projection conventionnelle peut �tre retourn�e de 180� sans modifier la configuration ; I et II sont �quivalents si X&#x2261;X&#x2032;, Y&#x2261;Y&#x2032; et Z&#x2261;Z&#x2032;.</p><p>y Simplifications. Dans l��tude</p><p>des oses et des itols, on convient de repr�senter</p><p>Cela permet d��crire rapidement les formules st�riques des itols CH2OH�</p><p>(CHOH)n�2�CH2OH.</p><p>Pour n = 4, trois isom�res, dont un inactif :</p><p>Pour n = 5, quatre isom�res, dont deux inactifs :</p><p>Pour n = 6, dix isom�res, dont deux inactifs :</p><p>Si les carbones asym�triques ne</p><p>font pas partie d�une m�me cha�ne lin�aire, les conclusions sont un peu diff�rentes ; c�est ainsi qu�� la formule correspondent seulement</p><p>cinq isom�res, deux couples de rac�-</p><p>miques et un inactif ; � cet inactif, on ne peut imposer ni un centre, ni un plan de sym�trie, mais il peut �tre rendu superposable � son image, condition suffisante, mais non encore n�cessaire � l�inactivit� du lot.</p><p>y Isom�rie cyclanique. L�angle de deux valences du carbone dans CX4</p><p>est �gal � 109� 28&#x2032;... Il en diff�re peu</p><p>dans tous les compos�s acycliques.</p><p>Cependant, dans un cycle triangulaire, cet angle valentiel est r�duit � 60�, ce qui entra�ne une tension et une instabilit� ; pour la m�me raison, un cycle quadrangulaire plan supporte une l�g�re tension ; celle-ci devient n�gligeable pour le cycle pentagonal plan qui impose un angle valentiel de 108�, peu diff�rent de 109� 28&#x2032;. Si les cycles plus longs �taient plans et convexes, ils seraient soumis � des tensions de sens contraire de celles des petits cycles : 120�, au lieu de 109� 28&#x2032; pour le cycle hexagonal ; 180�, au lieu de 109� 28&#x2032; pour les tr�s grands cycles ; or, tous ces grands cycles ont m�me stabilit� que les cha�nes acycliques ; on en conclut qu�ils ne sont plus plans. Le cycle hexagonal, le mieux �tudi�, est d�pourvu de tension dans une conformation ind�formable, dite</p><p>� forme chaise �,</p><p>et sous une forme d�formable, dite</p><p>� forme bateau �,</p><p>qui peut subir des gauchissements mo-d�r�s sans tension (formes crois�es).</p><p>Le cycle chaise est le plus stable, mais l�interconversion des formes chaise-bateau est possible, de sorte que, pour le d�compte des isom�res, on peut consid�rer que le cycle est plan.</p><p>Les valences qui �manent du cycle chaise peuvent �tre group�es en deux cat�gories ; les valences sensiblement perpendiculaires au plan moyen du cycle sont dites � axiales � (a) ; celles qui sont sensiblement dans le plan moyen du cycle sont dites � �quatoriales � (e).</p><p>cycles cyclohexaniques substitu�s est la forme chaise, dans laquelle les substituants les plus encombrants occupent les positions �quatoriales.</p><p>La conformation la plus stable des y Isom�rie cyclanique. Raisonnons sur des cycles plans : les cyclanes fondamentaux, leurs d�riv�s substitu�s par X, ou gemdisubstitu�s par X et Y, sont dou�s d�un plan de sym�trie, donc uniques et inactifs :</p><p>substituants sur deux carbones non diam�tralement oppos�s, on pr�voit plusieurs diast�r�o-isom�res : quatre, tous actifs pour deux substituants diff�rents, un inactif et un couple de rac�miques pour deux substituants identiques : Dans le cas particulier des inositols : on pr�voit et l�on conna�t neuf diast�-</p><p>r�o-isom�res, dont sept inactifs, et un couple de rac�miques, ce qui donne Par contre, si l�on introduit deux en repr�sentation conventionnelle simplifi�e :</p><p>Mais une isom�rie nouvelle appara�t si deux carbones diam�tralement oppos�s sont mono- ou bisubstitu�s :</p><p>Ces compos�s poss�dent un plan</p><p>de sym�trie ; ils sont donc inactifs, mais non identiques. On donne � cette isom�rie le nom d�isom�rie cis-trans cyclanique.</p><p>y Isom�rie cis-trans �thyl�nique (ou g�om�trique). Les valences �manent de deux carbones doublement li�s, et ces deux carbones sont coplanaires ; on en conclut l�existence de deux isom�res si chacun des carbones n�est pas sym�triquement substitu� :</p><p>Les isom�res cis-trans sont inactifs, car ils peuvent �tre amen�s � pr�senter un plan de sym�trie.</p><p>Contrairement aux inverses optiques,</p><p>les diast�r�o-isom�res et les isom�res cis-trans ont des propri�t�s physiques diff�rentes et peuvent, en principe, �tre s�par�s par analyse imm�diate.</p><p>y Carbone cryptoasym�trique. Si un spiranne (hydrocarbure comprenant deux cycles avec un carbone commun) est constitu� de deux cycles pairs et si chacun d�eux est substitu� en position diam�tralement oppos�e au carbone commun, les vecteurs et sont</p><p>perpendiculaires dans l�espace : Ces vecteurs peuvent �tre dextror-sum ou sinistrorsum, et les deux �difices sont asym�triques et inverses optiques ; on pr�voit � et on conna�t</p><p>� deux �nantiomorphes ; il en est de m�me pour les compos�s all�niques et pour les compos�s mixtes :</p><p>Le carbone commun � deux cycles et � deux doubles liaisons ou � un cycle et downloadModeText.vue.download 433 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10388</p><p>� une double liaison est appel� carbone cryptoasym�trique.</p><p>y Atropo-isom�rie. Le noyau benz�-</p><p>nique est plan, et les six valences qui en �manent passent par son centre ; si, dans le diph�nyle</p><p>les hydrog�nes explicit�s n�entravent que faiblement la libre rotation autour de la liaison qui unit les noyaux, il n�en est plus de m�me si ces hydrog�nes sont remplac�s par des radicaux encombrants ; soient XYZ trois tels radicaux ; les deux noyaux ne peuvent rester coplanaires : la mol�cule s��carte peu de la conformation dans laquelle ces deux noyaux sont perpendiculaires, et, selon que Z est emprisonn� entre X et Y au-dessus ou au-dessous du plan de l�hexagone de gauche, on aboutit � deux configurations inverses optiques et non spontan�ment intercon-vertibles ; le compos� peut �tre d�doubl� en deux antipodes optiques.</p><p>Une autre cons�quence curieuse de</p><p>l�entrave � la libre rotation est celle-ci : A �tant tr�s encombrant, le compos� semblerait devoir exister sous quatre formes deux � deux inverses optiques, car chaque carbone asym�trique peut prendre deux configurations, et aucune des conformations de ces compos�s n�est superposable � son image ; mais, si les deux carbones asym�triques ont des configurations inverses, une conformation se transforme spontan�ment en son image gr�ce � des rotations permises autour des liaisons CXYZ-noyau ; c�est la condition suffisante � l�inactivit� optique d�un lot de cet isom�re ; il y a donc seulement un rac�mique et un inactif.</p><p>y St�r�ochimie des h�t�roatomes.</p><p>L�oxyg�ne bivalent, bisubstitu� par deux radicaux diff�rents, conserve un plan de sym�trie ; il ne peut �tre site d�asym�trie de la mol�cule.</p><p>A priori, on pourrait penser qu�il n�en est pas de m�me pour l�azote tricoordonn�, dont les trois valences ne sont pas dans un m�me plan, et esp�-</p><p>rer d�doubler en inverses optiques les amines dissym�triques RN (R)1R2.</p><p>Ces d�doublements �chouent, car le tri�dre form� par les trois valences de (c�est le principe de l�� horloge � ammoniac �).</p><p>l�azote s�inverse instantan�ment : Il suffit, cependant, d�engager le doublet libre de l�azote dans une valence semi-polaire pour rendre le d�doublement facile ; c�est ainsi que les aminoxydes et les ions ammonium sont connus sous leurs formes optiquement actives.</p><p>asym�triques</p><p>Pour les m�mes raisons, les ions oxonium</p><p>n�ont pu �tre d�doubl�s, le tri�dre de l�oxyg�ne s�inversant comme celui de l�azote ; il n�en est plus de m�me pour les compos�s du soufre tricoordonn�, qui sont d�doublables :</p><p>Le tri�dre du soufre ne s�inverse pas spontan�ment, non plus que celui du s�l�nium ou du tellure.</p><p>L�azote donne lieu � une isom�rie g�om�trique voisine de celle du carbone ; les oximes d�ald�hydes ou de c�tones dissym�triques existent sous deux formes inactives, dites � syn � et</p><p>� anti � :</p><p>L�azote doublement li� ne s�inverse pas spontan�ment comme l�azote</p><p>trivalent.</p><p>St�r�ochimie dynamique</p><p>Emp�chement st�rique</p><p>Chaque atome peut �tre consid�r� comme environn� d�un volume imp�-</p><p>n�trable � un autre atome (sph�re de Van der Waals). En cons�quence, on ne peut envisager l�existence d�une mol�cule dont aucune conformation n��chappe � l�interf�rence entre deux radicaux. Pour la m�me raison, des substituants volumineux peuvent entraver la libre rotation, comme nous l�avons vu dans l��tude de l�atropo-isom�rie. C�est la tendance de divers radicaux � s��carter le plus possible les uns des autres qui rend les conformations � �toil�es � plus stables que les positions � �clips�es � et les conformations � chaise � plus stables que les conformations � bateau �.</p><p>Mais les radicaux encombrants</p><p>peuvent ralentir et m�me paralyser certaines r�actions. Par exemple, si l�amide I s�hydrate facilement en sel d�ammonium, l�amide II r�side �nergiquement � l�hydratation :</p><p>Acc�l�ration st�rique</p><p>C�est la manifestation inverse de la pr�c�dente : trois substituants encombrants d�un m�me carbone tendent � s��carter, et le bromure I est des milliers de fois plus actif que le bromure II dans certaines r�actions de m�canisme dit � SN1 � :</p><p>En effet, ces r�actions se font</p><p>par l�interm�diaire d�un carbocation dans lequel le carbone central et les trois carbones qui lui sont li�s</p><p>sont coplanaires ; or, la compression qui s�exerce entre les trois radicaux tr�s encombrants �C(CH3)3 impose au bromure I des angles valentiels tr�s proches de</p><p>ceux (120�) qu�ils auront dans le carbocation ; le passage du bromure au carbocation correspond � une modification minime de ces angles valentiels, ce qui n�est pas le cas pour le bromure II.</p><p>Inversion de Walden</p><p>Si, sur un antipode optique repr�sent� par</p><p>on effectue une r�action d��change rempla�ant T par T&#x2032;, on ne peut, dans l�ignorance du processus r�actionnel, savoir si le nouveau compos� doit �tre �crit</p><p>Exp�rimentalement, tous les cas</p><p>peuvent se pr�senter ; si le nouveau compos� a la structure I, on �crit simplement</p><p>d 7 d&#x2032;.</p><p>On dit qu�il y a r�tention de structure st�rique.</p><p>Si le nouveau compos� a la structure II, on �crit</p><p>On a alors affaire � une � inversion de Walden � totale. Mais il arrive aussi que le compos� obtenu soit pr�cis�-</p><p>ment le rac�mique I + II ; on �crit d 7 1/2 d&#x2032; + 1/2 l&#x2032;,</p><p>et la r�action est dite � s�effectuer avec rac�misation totale �.</p><p>Tous les cas interm�diaires ont �t� rencontr�s, la r�action conduisant alors � un m�lange de d&#x2032; et de l&#x2032; en quantit�s in�gales (rac�misation partielle).</p><p>Les exemples de r�tention sont</p><p>les plus rares, tout au moins si la liaison rompue int�resse directement le carbone ; par contre, on l�observe constamment dans le cas contraire : Dans les r�actions en un seul stade, dites � SN2 �, l�inversion de Walden est la r�gle :</p><p>Dans les r�actions en deux stades, dites � SN1 �, on pr�voit la rac�misation totale :</p><p>Mais ces r�gles g�n�rales ne sont pas toujours suivies quantitativement.</p><p>Principe de trans-addition</p><p>L�addition de deux radicaux sur</p><p>une liaison �thyl�nique bisecondaire conduit � des r�sultats diff�rents, selon que l�on met en oeuvre l�ol�fine cis ou l�ol�fine trans ; dans le cas de l�addition du brome, on a les r�sultats suivants : On dit alors qu�il s�agit d�une � trans-addition �. Il est � remarquer que ce r�sultat s�interpr�te tr�s mal dans la re-pr�sentation de Van�t Hoff, qui �crit la downloadModeText.vue.download 434 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10389</p><p>double liaison sous forme de deux t�-</p><p>tra�dres accol�s. On pourrait pressentir En fait, la trans-addition est le ph�-</p><p>nom�ne le plus g�n�ral, mais il existe aussi des cis-additions :</p><p>On les explique par le passage par un interm�diaire.</p><p>�pim�risation</p><p>En milieu alcalin, un acide &#x3B1;-alcool secondaire s�isom�rise :</p><p>Si R n�est pas asym�trique, on aboutit finalement � une rac�misation. Si R est asym�trique, seul le carbone voisin de est invers� :</p><p>Ces deux ions sont, l��quilibre atteint, en quantit�s in�gales ; l�un est un � �pim�re � de l�autre, et l�isom�risation partielle est appel�e �pim�risation ; elle a jou� un r�le important dans l��tude des sucres (v. glucides).</p><p>D�doublement des rac�miques</p><p>Deux inverses optiques ayant m�mes</p><p>propri�t�s physiques ne peuvent, en principe, �tre s�par�s par analyse im-m�diate ; cependant, la cristallisation fractionn�e n�est pas un ph�nom�ne d��quilibre parfait, et il arrive, dans quelques tr�s rares cas heureux, qu�une solution d�un rac�mique laisse d�poser, c�te � c�te, des cristaux des deux �nantiomorphes ; si, de plus, ces cristaux sont assez volumineux et se distinguent les uns des autres par leur aspect ext�-</p><p>rieur (h�mi�drie), ils peuvent �tre s�pa-r�s � la pince et r�partis en deux lots.</p><p>Mais il existe une m�thode plus</p><p>g�n�rale. Le rac�mique D + L est combin� � une substance active &#x39B; ; il en r�sulte un m�lange de D&#x39B; et de L&#x39B;, qui ne sont pas inverses optiques, mais diast�r�o-isom�res, en principe s�parables par cristallisation fractionn�e ; on remonte ensuite de D&#x39B; � D et de L&#x39B;</p><p>� L.</p><p>Enfin, des micro-organismes d�-</p><p>truisent, parfois s�lectivement, l�un des constituants d�un rac�mique, ce qui permet de retrouver l�autre inalt�r�.</p><p>Ces trois m�thodes, dues � Pasteur, ne sont que tr�s faiblement concurrenc�es par d�autres, plus r�centes, mais moins efficaces.</p><p>Synth�se asym�trique</p><p>Pasteur, le premier, a �nonc� ce principe g�n�ral : il n�est pas possible de pr�parer un compos� actif � partir de substances inactives ; on aboutit soit � un inactif, soit � un rac�mique, ou encore � un m�lange de ces compos�s.</p><p>Ce principe, en opposition avec</p><p>l�asym�trie de la mati�re vivante, qui puise ses mati�res dans l�eau, l�azote, le gaz carbonique, a sugg�r� des exp�riences nombreuses : essais de</p><p>� synth�se asym�trique de premi�re esp�ce �, c�est-�-dire de la construction d�un carbone asym�trique dans un espace dissym�trique (champ �lectrique + champ magn�tique). Tous ces essais ont �chou�.</p><p>La synth�se asym�trique de seconde esp�ce consiste � associer � un compos� inactif un compos� actif, � cr�er sur le premier un carbone asym�trique</p><p>et � se d�barrasser ensuite du compos� actif auxiliaire. Des r�sultats plus ou moins nets ont �t� fr�quemment obtenus dans cette voie. Le principe de Pasteur n�est plus en d�faut, et, gr�ce � des hypoth�ses hardies, on explique par cette � orientation de la synth�se asym�trique � l�asym�trie du monde vivant.</p><p>C. P.</p><p>K. Freudenberg, Stereochemie (Leipzig, 1933). / P. Niggli, Gesteine und Minerallagerst�tten, t. I : Allgemeine Lehre von den Ges-teinen und Minerallagerst�tten (B�le, 1948 ; trad. fr. les Bases de la st�r�ochimie, Dunod, 1952). / E. L. Eliel, Stereochemistry of Carbon Compounds (New York, 1962). / E. L. Eliel et F. Basolo, Elements of Stereochemistry (New York, 1969 ; trad. fr. �l�ments de st�r�ochimie, �discience, 1971). / H. Kagan, la St�r�ochimie organique (P. U. F., 1975).</p><p>st�r�ophonie</p><p>Technique ayant pour objet de reconstituer dans la perception de l�auditeur la v�ritable r�partition des sources sonores dans l�espace.</p><p><strong>Introduction</strong></p><p>La st�r�ophonie ajoute une nouvelle dimension � l�audition en situant les sources sonores dans diff�rentes directions : � droite, au milieu et � gauche. En monophonie, un orchestre, par exemple, se trouve comprim�</p><p>� la dimension de la membrane du haut-parleur, et tous les instruments semblent venir du m�me point. M�me en employant plusieurs haut-parleurs s�par�s, on fait rayonner les m�mes ondes sonores de plusieurs points de l�espace et l�on ne peut pas davantage faire la diff�renciation entre les sources de son en situant chacune � sa place respective. Gr�ce � l�audition biauri-culaire, les ondes sonores provenant de la m�me source parviennent aux deux oreilles avec, � la fois, une diff�rence de temps et une diff�rence d�intensit�.</p><p>Ces deux diff�rences permettent de situer, avec une bonne pr�cision, la direction de la source. Pour les fr�-</p><p>quences inf�rieures � 800 Hz, la direction est surtout d�termin�e gr�ce au d�phasage des ondes d� � la diff�rence</p><p>de temps du trajet. Pour les fr�quences sup�rieures � 800 Hz, c�est surtout la diff�rence des intensit�s qui d�termine la direction. La reproduction du son en st�r�ophonie n�cessite l�emploi de deux cha�nes de transmission compl�tes. Le son est capt� par deux microphones plac�s aux oreilles d�une t�te artificielle. De cette mani�re, chaque microphone per�oit les sons comme les percevrait l�auditeur lui-m�me, c�est-�-dire avec toutes les diff�rences d�intensit�, de phase et de timbre. Le courant de chaque microphone est amplifi�, transmis directement ou enregistr� s�par�ment, puis re�u ou reproduit, appliqu� � deux amplificateurs et � deux haut-parleurs. Pour b�n�ficier de l�effet st�r�ophonique, l�auditeur doit se placer dans l�axe acoustique de la pi�ce o� il se trouve, c�est-�-dire sur la perpendiculaire �lev�e au milieu de la droite joignant les deux haut-parleurs.</p><p>Toute la technique de la st�r�ophonie r�side dans les proc�d�s de transmission, d�enregistrement et de reproduction des deux informations sonores correspondant aux oreilles droite et gauche.</p><p>La transmission</p><p>radiophonique directe</p><p>Elle est effectu�e gr�ce au syst�me multiplex � modulation de fr�quence adopt� aussi bien par la Radiodiffusion-T�l�vision fran�aise que par l�ensemble des radiodiffusions proc�dant � des �missions st�r�ophoniques. Ce syst�me doit �tre compatible : l�auditeur poss�dant un r�cepteur monophonique doit disposer de l�ensemble des informations sonores, c�est-�-dire voie gauche plus voie droite (G + D), et l�auditeur �quip� d�un r�cepteur sp�cial doit recevoir les deux voies s�par�es. L�information compl�te G + D est transmise normalement en modulation de fr�quence entre 30 et 15 000 Hz, comme en monophonie. On superpose � une onde sous-porteuse de 38 kHz la diff�rence G � D en modulation d�amplitude. Les deux bandes lat�rales s��tendent de 23 � 53 kHz.</p><p>� l��mission, l�onde sous-porteuse � 38 kHz est supprim�e afin d��viter son influence n�faste sur le signal. Mais, comme cette onde sous-porteuse doit</p><p>�tre reconstitu�e � la r�ception, on pr�voit une fr�quence pilote � 19 kHz �mise entre les deux canaux. Tous ces signaux sont sans effet sur un r�cepteur monophonique. � la r�ception, le r�cepteur doit �tre �quip� d�un d�codeur et de deux amplificateurs basse fr�quence complets. On isole la fr�-</p><p>quence pilote de 19 kHz et l�on double sa fr�quence pour reconstituer l�onde sous-porteuse de 38 kHz. Puis, en r�alisant la somme et la diff�rence des deux modulations, on obtient :</p><p>(G + D) + (G � D) = 2G,</p><p>(G + D) � (G � D) = 2D,</p><p>et les signaux des voies gauche et droite sont dirig�s vers les amplificateurs correspondants.</p><p>L�enregistrement</p><p>Enregistrement et reproduction</p><p>sur bande magn�tique des deux</p><p>modulations st�r�ophoniques</p><p>Celles-ci n�offrent pas de difficult�s th�oriques. Il suffit de pr�voir une t�te d�enregistrement double qui impressionne deux pistes sur la m�me bande magn�tique. Les deux voies G et D</p><p>sont ainsi enregistr�es ensemble et c�te � c�te. � la lecture, le magn�tophone st�r�ophonique est �quip� d�une t�te downloadModeText.vue.download 435 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10390</p><p>de lecture double dont les entrefers sont dispos�s en face des pistes enregistr�es. Les deux modulations sont amplifi�es s�par�ment et aboutissent aux haut-parleurs plac�s � gauche et � droite de la pi�ce. Le proc�d� est �galement compatible, puisqu�une bande st�r�ophonique, lue par un magn�tophone monophonique, d�livre � la t�te de lecture la somme des deux voies G + D, � condition que l�entrefer de lecture ait une longueur �gale � la largeur des deux pistes.</p><p>La qualit� de l�audition d�pend de la vitesse de d�filement adopt�e pour l�enregistrement et la lecture. On ob-</p><p>tient une excellente qualit�, de 30 � 20 000 Hz, pour une vitesse de 19 cm/s, une bonne qualit�, de 30 � 12 000 Hz, pour une vitesse de 9,5 cm/s, et une qualit� moyenne, de 40 � 6 000 Hz, pour les cassettes � bande normale, d�filant � 4,75 cm/s ; les cassettes � bande � haute �nergie apportent une nette am�lioration, car elles peuvent reproduire la gamme de 40 � 8 000 Hz.</p><p>Enregistrement sur disque</p><p>Ce probl�me est plus complexe, car il s�agit de graver les deux modulations sur le m�me sillon, qui sera lu par une seule pointe du phonocapteur. Le syst�me universellement adopt� porte la d�nomination � 45-45 �, parce que les deux flancs du sillon sont inclin�s de 45� par rapport � la surface du disque.</p><p>Le flanc int�rieur, c�est-�-dire celui qui est situ� vers le centre du disque, re�oit la modulation du canal de gauche, tandis que le flanc ext�rieur, situ� vers la p�riph�rie du disque, est grav� au moyen de la modulation du canal de droite. Puisque les deux mouvements de gravure se produisent � 90� l�un par rapport � l�autre, l�interr�action entre les deux canaux peut �tre th�oriquement nulle ; en pratique, une certaine diaphonie est in�vitable.</p><p>Dans les enregistrements monophoniques, la modulation unique est grav�e sous la forme de deux traces identiques sur les deux parois du sillon. Le bord coupant du graveur est rectangulaire et enl�ve la mati�re selon un mouvement lat�ral, si bien que la largeur du sillon est constante. Pour un enregistrement st�r�ophonique, le graveur est triangulaire ; il comporte deux couteaux dispos�s sym�triquement par rapport � l�axe vertical et formant un angle droit l�un avec l�autre (45� + 45�). Chaque signal d�place le bord coupant dans une direction perpendiculaire � sa longueur. Ainsi, le mouvement r�sultant du graveur n�est pas un simple mouvement lat�ral d�un bord � l�autre, mais un mouvement complexe selon deux dimensions dans le plan des couteaux.</p><p>Alors que le graveur monophonique n�est libre que dans son mouvement lat�ral, le couteau st�r�ophonique doit pr�senter, en outre, une certaine �lasticit� verticale. Le sillon dessine alors</p><p>une trace beaucoup plus complexe, dans laquelle sa largeur et sa profondeur ne sont pas constantes. La largeur du sillon, en l�absence de modulation, est de 70 &#x3BC;m, comme pour la gravure monophonique ; les caract�ristiques de gravure sont �galement identiques.</p><p>� condition de diminuer le rayon de la pointe du lecteur de 25 � 17 &#x3BC;m et d�utiliser un phonolecteur monophonique ayant une bonne souplesse lat�-</p><p>rale, on peut consid�rer qu�un disque st�r�ophonique est compatible. Du reste, les fabricants prennent certaines pr�cautions de gravure afin d��viter que la largeur du sillon ne descende pas au-dessous de 25 &#x3BC;m, c�est-�-dire pour am�liorer cette compatibilit�.</p><p>Phonocapteurs st�r�ophoniques</p><p>Permettant de lire la gravure des disques, ils sont class�s en deux grandes cat�gories :</p><p>� phonocapteurs sensibles � l�amplitude du d�placement de la pointe (ce sont les mod�les pi�zo�lectriques) ;</p><p>� phonocapteurs sensibles � la vitesse de d�placement de la pointe (ce sont les types magn�tiques et dynamiques).</p><p>Les cristaux ou les bobines sont inclin�s � 45� par rapport � l�axe de la pointe de lecture ; ils sont donc perpendiculaires l�un par rapport � l�autre.</p><p>La gravure de chaque flanc du sillon ne transmet sa modulation qu�� la cellule correspondante. La pointe de lecture doit pouvoir se d�placer aussi bien lat�ralement que verticalement pour suivre fid�lement la composante de la gravure des deux flancs du sillon.</p><p>La souplesse doit �tre du m�me ordre de grandeur lat�ralement et verticalement. La s�paration de la modulation des deux canaux n�est pas parfaite ; on observe des r�sonances m�caniques qui provoquent un m�lange des deux modulations, ou diaphonie. On doit obtenir une s�paration des deux canaux d�au moins 20 dB. Ce taux de diaphonie est facile � obtenir dans le m�dium, mais il n�en est pas de m�me dans les graves et dans les aigus.</p><p>Amplificateur st�r�ophonique</p><p>Il comprend deux voies identiques et</p><p>nettement s�par�es jusqu�aux haut-parleurs ; un seul r�glage assure l��quilibre entre les deux canaux : c�est la</p><p>� balance �. La disposition des composants et le c�blage doivent �tre �tudi�s en vue de conserver le taux de diaphonie le plus �lev� possible et d��viter toute induction qui tendrait � le diminuer. De plus, les haut-parleurs doivent �tre branch�s en phase de fa�on � bien b�n�ficier de l�effet de localisation de la st�r�ophonie.</p><p>La t�traphonie</p><p>Elle constitue un perfectionnement de la st�r�ophonie. Ses partisans disent que l�auditeur d�une reproduction st�-</p><p>r�ophonique se trouve dans une pi�ce, pr�s de la porte qui ouvre sur la salle de concert ; les musiciens sont devant lui, mais celui-ci n�est pas dans l�ambiance sonore de l�auditorium, o� les ondes sonores sont r�fl�chies et lui parviennent de toutes les directions. Pour une ambiophonie parfaite, il faut donc quatre sources sonores : avant gauche, avant droit, arri�re gauche et arri�re droit.</p><p>y La r�alisation d�enregistrement t�traphonique sur magn�tophone est techniquement ais�e. L�amplificateur quadruple alimente quatre t�tes d�enregistrement superpos�es qui magn�-</p><p>tisent quatre pistes sur la bande. � la lecture, quatre t�tes captent la modulation transmise � quatre amplificateurs et � quatre haut-parleurs correctement dispos�s.</p><p>y Il n�en est pas de m�me pour le disque, qui doit recevoir les quatre modulations dans le m�me sillon et qui doit �tre lu par une seule pointe d�un phonocapteur st�r�ophonique.</p><p>Deux proc�d�s sont en comp�tition : Dans les disques CD4, les deux canaux principaux (avant gauche et avant droit) sont grav�s comme en st�r�ophonie ; puis on superpose une sous-porteuse recevant la modulation des deux canaux suppl�mentaires grav�s dans la bande comprise entre 20 et 45 kHz. Il faut donc avoir une cellule phonocap-trice capable de lire les informations downloadModeText.vue.download 436 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10391</p><p>jusqu�� 45 kHz, ce qui n�est pas ais�.</p><p>Les deux signaux obtenus � la sortie de la cellule sont dirig�s vers une matrice qui assure la s�paration des quatre canaux. Ce proc�d� est compatible.</p><p>Le proc�d� matriciel se rapproche du codage utilis� pour les signaux de chrominance en t�l�vision en couleurs.</p><p>� l�enregistrement, les quatre informations sont cod�es dans une matrice � r�sistance. Les deux signaux sortant de la matrice comprennent respectivement un certain pourcentage de chacune des voies, et ce dans la bande habituelle de 20 Hz � 20 kHz. � la reproduction, on utilise une cellule st�r�ophonique normale ; les deux signaux sont appliqu�s � une matrice qui restitue les quatre informations aux quatre amplificateurs.</p><p>Ce nouveau perfectionnement dans la recherche de la haute fid�lit� int�-</p><p>grale est int�ressant, mais singuli�rement co�teux.</p><p>R. B.</p><p>M. Douriau, Disques, haute-fid�lit�, st�r�ophonie (Libr. de la Radio, 1960). / N. V. Frans-sen, Stereofonica (Eindhoven, 1962 ; trad. fr.</p><p>St�r�ophonie, Dunod, 1964). / R. Besson, Technologie des composants �lectroniques, t. III : Basse Fr�quence (�d. Radio, 1971).</p><p>st�rilisation</p><p>Action de rendre st�rile.</p><p>En bact�riologie, depuis les travaux de Pasteur, la st�rilisation est la destruction totale des germes et un milieu st�rile (ou aseptique) est celui o� il n�existe aucun germe vivant.</p><p>Par contre, en physiologie, le terme de st�rilisation s�applique � la suppression des possibilit�s de se reproduire, avec conservation de toutes les autres fonctions de l��tre vivant.</p><p>La st�rilisation</p><p>bact�riologique</p><p>La st�rilisation peut �tre obtenue par</p><p>la chaleur, humide ou s�che, ou par d�autres proc�d�s physiques, tels que rayons ultraviolets, rayons gamma, ou encore par des proc�d�s chimiques employant l�eau de Javel, l�alcool, les vapeurs de formol, l�iode, les ammoniums quaternaires, l�ozone, etc.</p><p>y En chirurgie. La st�rilisation du mat�riel, des v�tements des chirurgiens, des compresses, des pansements est obtenue par la chaleur s�che (�tuve dite � de Poupinel �) ou par la chaleur humide (autoclave). La st�rilisation de la peau du champ op�ratoire est obtenue par des agents chimiques (teintures d�iode, t�tradonium, etc.).</p><p>La st�rilisation de l�air des salles d�op�rations, qui est n�cessaire dans certains cas, est obtenue par air puis�, filtr� et trait� par ultraviolets ou par ozonisation (v. asepsie).</p><p>y Dans l�industrie alimentaire. La st�rilisation est l�une des m�thodes de conservation des aliments, mais ce n�est pas la seule. En effet, pour conserver les aliments pendant une longue dur�e, il faut les passer � l�autoclave dans des bocaux ou des bo�tes herm�tiques, ce qui assure une conservation tr�s prolong�e, mais qui alt�re le go�t. Pour une conservation de dur�e limit�e, la pasteurisation, la cong�lation, la surg�lation, la cryodessiccation, etc., donnent une s�curit� suffisante et gardent mieux la saveur des mets (v. aliment, conservation). La st�rilisation de l�eau est �galement l�une des phases de la pr�-</p><p>paration des eaux en vue de les rendre potables (v eau).</p><p>La st�rilisation humaine</p><p>C�est l�obtention d�une st�rilit�* volontairement recherch�e par une intervention chirurgicale. Il ne faut pas confondre st�rilisation et castration.</p><p>La castration est l�ablation des gonades (ovaires ou testicules) ; elle entra�ne automatiquement la st�rilit�, mais aussi divers troubles, parmi lesquels la diminution des d�sirs et des possibilit�s sexuelles est souvent la plus ressentie.</p><p>La st�rilisation peut �tre obtenue plus simplement par ligature ou, mieux, r�section des conduits g�nitaux : chez l�homme, c�est la r�section des canaux</p><p>d�f�rents (v. g�nital), encore appel�e vasectomie ; chez la femme, c�est la ligature ou la r�section des trompes. Ces m�thodes ne modifient en rien la libido et les possibilit�s de rapports sexuels.</p><p>En France, la st�rilisation pour convenance personnelle est interdite ; elle est r�serv�e aux cas o� une imp�rieuse n�cessit� th�rapeutique contre-indique toute grossesse (r�section des trompes chez une femme pour qui une grossesse constituerait un risque mortel par exemple). Dans certains pays, elles est autoris�e (�tats-Unis) ou m�me recommand�e (Inde) pour des raisons d�mographiques. C�est alors la vasectomie qui est g�n�ralement choisie.</p><p>P. V.</p><p>G. Sykes, Disinfection and Sterilization (Londres, 1958 ; 2e �d., 1965). / K. H. Wallh�usser et H. Schmidt, Sterilisation, Desinfektion, Konservierung, Chemotherapie. Verfahren, Wirkstoffe, Pr�fungsmethoden (Stuttgart, 1967). / D. Dargent et M. Fayette, St�rilisation chirurgicale de la femme (SIMEP, Villeurbanne, 1971).</p><p>st�rilit�</p><p>Impossibilit� pour des �tres vivants de se reproduire.</p><p>On dit qu�un couple est st�rile</p><p>quand, apr�s deux ans de cohabitation r�guli�re, la femme n�a pas �t� enceinte. Cette d�finition, admise par pratiquement tous les auteurs, est le crit�re exig� pour les statistiques. Il est �vident qu�il convient d�entreprendre une enqu�te diagnostique avant ce d�lai. La f�condit� du couple humain est moindre que celle des autres Mammif�res, o� la f�condation est obtenue apr�s un ou deux rapports sexuels.</p><p>Dans l�esp�ce humaine, la grossesse survient seulement chez 20 p. 100 des couples le premier mois, chez 50 � 60 p. 100 les six premiers mois, chez 80 � 90 p. 100 la premi�re ann�e, et ce chez des couples ayant des rapports r�guliers, sans contraception. La st�rilit� frappe environ de 10 � 15 p. 100</p><p>des couples.</p><p>St�rilit� masculine</p><p>Autrefois, la responsabilit� masculine</p><p>�tait � peine envisag�e. Un homme ayant une puissance sexuelle normale �tait consid�r� comme f�cond, et ce d�autant plus qu�il faisait preuve d�une grande virilit�. Ce n�est que relativement r�cemment qu�ont �t� dissoci�es les notions de puissance sexuelle et de f�condit�.</p><p>Moyen d�exploration</p><p>Le spermogramme est l�examen fondamental. Il doit mentionner le volume de l��jaculat, le nombre de spermatozo�des par millilitre, le pourcentage des spermatozo�des � mobilit� normale, r�duite ou nulle, le pourcentage et les types des formes anormales, l�existence et le pourcentage des cellules autres que les spermatozo�des. La technique du test postco�tal consiste � �tudier les spermatozo�des dans la glaire du col ut�rin chez la femme de dix � dix-huit heures apr�s un rapport. Les autres examens sont demand�s en fonction de l�examen clinique et du spermogramme : dosages hormonaux, exploration des voies urinaires, exploration des voies spermatiques et biopsie testiculaire.</p><p>Causes et traitements</p><p>y St�rilit� par oblit�ration des voies s�minales. L�obstruction des voies s�-</p><p>minales entra�ne une absence totale de spermatozo�des (azoospermie excr�-</p><p>toire). La biopsie du testicule montre, par contre, que la spermatogen�se est conserv�e. L�obstruction peut si�ger en un point quelconque des voies s�-</p><p>minales, mais le point le plus souvent atteint est l��pididyme (canal collecteur des spermatozo�des situ� contre le testicule).</p><p>Les causes en sont multiples, mais l�infection est la plus fr�quente. Parmi les causes infectieuses, il faut citer : la gonococcie, longtemps la cause principale et qui, apr�s une �clipse, redevient assez fr�quente ; la tuberculose g�nitale, dont les l�sions diffuses atteignent autant la r�gion prostato-v�siculaire que le canal d�f�rent et l��pididyme, et qui est presque toujours associ�e � une tuberculose r�nale ; les germes banals (staphylocoques, colibacilles, ent�rocoques), qui entra�nent des l�-</p><p>sions orchi-�pididymaires isol�es et de</p><p>meilleur pronostic. Les causes traumatiques (section ou r�actions fibreuses du canal d�f�rent) peuvent r�sulter d�une intervention inguino-scrotale (cure de hernie ou d�hydroc�le) ou encore �tre dues � un accident (de la route, du travail, etc.). Enfin, les malformations cong�nitales (ag�n�sie du d�f�rent ou de l��pididyme) et les dystrophies (kystes du d�f�rent et de l��pididyme) peuvent aussi �tre en cause.</p><p>Le seul traitement est chirurgical, mais il n�est possible que si les l�sions sont tr�s localis�es et non �volutives.</p><p>Il consiste en une anastomose �pidi-dymo-d�f�rentielle ou d�f�rento-d�f�-</p><p>rentielle, r�alisant un v�ritable court-circuitage de l�obstruction.</p><p>y St�rilit� d�origine s�cr�toire. Les causes en sont repr�sent�es par les azoospermies s�cr�toires et les oligo-asth�nospermies (v. sperme), dont les circonstances �tiologiques sont multiples.</p><p>Il peut s�agir d�un traumatisme direct ou indirect du testicule, d�agents physiques, comme l�exposition � la chaleur ou aux radiations, d�atteintes testiculaires au cours d�une infection (fi�vre typho�de, rhumatisme articulaire aigu, oreillons, paludisme, etc.), de carence alimentaire ou d�intoxication. On a mis en �vidence le r�le de la dilatation des veines du cordon (varicoc�le) dans l�apparition d�une oligo-asth�nospermie tr�s particuli�re, en raison de la pr�sence au spermato-gramme de formes anormales de spermatozo�des (� tapering forms �, ou spermatozo�des � t�tes allong�es et en fer de lance). Enfin, les causes endocri-downloadModeText.vue.download 437 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10392</p><p>niennes et g�n�tiques ne sont pas rares, qu�il s�agisse d�alt�rations testiculaires primitives (cryptorchidie, syndrome de Klinefelter) ou d�alt�rations primitives de l�hypophyse (insuffisance hypophysaire).</p><p>Les traitements font appel � la correction du varicoc�le et aux hormones</p><p>gonadotropes.</p><p>St�rilit� f�minine</p><p>Elle est � peine plus fr�quente que la st�rilit� masculine (de 50 � 60 p. 100</p><p>des cas).</p><p>Moyens d�exploration</p><p>Il existe toute une gamme d�examens compl�mentaires � mettre en jeu. Ces examens, dont certains sont simples et dont d�autres n�cessitent une hospitalisation, doivent s��taler sur une certaine p�riode de temps. Outre un examen gyn�cologique clinique minutieux, ils comportent l��tude de la courbe thermique, la recherche, apr�s un rapport sexuel, de spermatozo�des dans la glaire du col (test postco�tal) et dans le fond ut�rin, une hyst�rosalpingogra-phie, une biopsie de l�endom�tre, des dosages hormonaux de folliculine, de progest�rone et de 17-c�to-st�ro�des puis, apr�s stimulation de l�ovaire, une insufflation des trompes et une exploration endoscopique des organes g�nitaux (coelioscopie). Enfin, r�cemment, d�autres explorations, comme le test postco�tal apr�s optimalisation de la glaire, le test de p�n�tration de la glaire par les spermatozo�des entre lame et lamelle, et les �preuves de p�n�tration crois�e, in vitro �galement, ont �t� propos�es.</p><p>Causes et traitements</p><p>y St�rilit� cervicale (due au col de l�ut�rus). Le col ut�rin, r�gion de passage pour les spermatozo�des, peut jouer un r�le important dans la st�rilit�. Une alt�ration m�canique, comme une st�nose (r�tr�cissement) cong�nitale ou cicatricielle, peut �tre palli�e par une dilatation � la bougie ou par une ouverture au bistouri �lectrique. Une alt�ration fonctionnelle peut �tre r�alis�e par une insuffisance ou une absence de glaire, ou par une glaire infect�e ou imperm�able aux spermatozo�des. On a recours aux antibiotiques et aux oestrog�nes, qui agissent sur la s�cr�tion de glaire.</p><p>y St�rilit� ut�rine (due au corps de l�ut�rus). Les anomalies et les affections de l�ut�rus peuvent �tre � l�origine de la st�rilit�. Il est toutefois pru-</p><p>dent d�avoir �limin� d�autres causes plus flagrantes avant d�envisager de les traiter seules. Il peut s�agir d�anomalies de d�veloppement, comme les hypoplasies et les malformations ut�-</p><p>rines. Les fibromes ne sont pas responsables de st�rilit�, mais peuvent intervenir indirectement, en alt�rant la muqueuse, qui devient impropre � la nidation. Les d�viations ut�rines (lat�roversion, ant�flexion et r�troversion) sont peu responsables de st�rilit�, en d�pit de l�opinion populaire. Par contre, les alt�rations de la muqueuse ut�rine, qu�elles soient d�origine inflammatoire, cicatricielle (syn�chies post-abortum) ou encore endocrinienne, sont des facteurs importants de st�rilit�.</p><p>y St�rilit� en rapport avec une affection des trompes. Ce type de st�rilit� reste encore � l�heure actuelle l�un des plus fr�quents, puisqu�il repr�-</p><p>sente environ 40 p. 100 des st�rilit�s f�minines. Les affections des trompes sont le plus souvent d�origine inflammatoire. La tuberculose est de loin la cause la plus fr�quente, car elle repr�-</p><p>sente le tiers des st�rilit�s tubaires.</p><p>Le pronostic en est mauvais, et le traitement est d�cevant. Les infections � germes banals sont le plus souvent en rapport avec une infection du post-partum ou du post-abortum, dues au streptocoque, au colibacille ou � l�ent�rocoque. La gonococcie est moins fr�quente qu�on ne l�a pens� autrefois, mais son pronostic demeure particuli�rement mauvais, l�endom�-</p><p>triose (pr�sence de tissu endom�trial au niveau des trompes), qu�elle soit tubaire ou p�ritubaire, est enfin souvent en cause (10 p. 100 des st�rilit�s tubaires).</p><p>Le traitement des st�rilit�s tubaires est d�cevant, car, dans l�ensemble, on ne peut esp�rer plus de 20 p. 100 de succ�s, en tenant compte des meilleures statistiques. Les m�thodes m�dicales font appel aux antibiotiques, � la vaccinoth�rapie et aux anti-inflammatoires comme la cortisone. Les fibri-nolytiques ont une action adjuvante utile. Ce traitement anti-infectieux se fait par voie g�n�rale et par voie locale (apport direct au niveau des trompes par hydrotubations). Les m�thodes</p><p>chirurgicales visent � r�tablir la perm�abilit� du conduit des trompes. Malheureusement, si la perm�abilit� peut �tre ainsi r�tablie, l�acte chirurgical n�a aucune action sur le r�tablissement des fonctions physiologiques abolies de la trompe (p�ristaltisme, ondulation des cils vibratiles, s�cr�tions tubaires).</p><p>Cela explique la raret� des succ�s. La technique d�pend du type et du si�ge de l�obturation. Parmi les diff�rentes m�thodes utilis�es, il faut citer la lib�ration d�adh�rences recouvrant la trompe (salpingolysis), la reconstitution de l�orifice abdominal de la trompe (salpingostomie), l�implantation directe dans l�ut�rus de la portion saine de la trompe et la r�section de la partie obstru�e, avec r�tablissement de la continuit�. Il faut remarquer, toutefois, que ces interventions non seulement sont souvent inefficaces, mais encore exposent aux grossesses extra-ut�rines.</p><p>y St�rilit�s ovariennes. On d�finit comme st�rilit�s d�origine ovarienne d�une part les st�rilit�s par absence d�ovulation (st�rilit� exocrine), d�autre part les st�rilit�s par anomalies des s�cr�tions hormonales ovariennes, emp�chant la f�condation, le d�veloppement et la nidation de l�oeuf. En r�alit�, ces facteurs peuvent s�imbriquer.</p><p>L�ovulation peut manquer ou, apr�s avoir eu lieu, l�ovule peut rester emprisonn� dans l�ovaire ; des troubles hormonaux li�s � l�absence de d�veloppement du corps jaune ou � son insuffisance peuvent �tre un obstacle � la f�condation, � la migration ou � la nidation. On oppose les causes organiques (malformations ovariennes, tumeurs et kystes) et les causes fonctionnelles (dystrophies et troubles du couple hypothalamo-hypophyso-ovarien). Le traitement de ces st�rilit�s a fait r�cemment de grands progr�s. Il fait appel � la stimulation de l�ovaire par les hormones gonadotropes exog�nes ou par le citrate de clomiph�ne (induction de l�ovulation) et � la r�-</p><p>section cun�iforme des ovaires.</p><p>y St�rilit� f�minine par iso-immunisation. Les st�rilit�s par immunisation de la femme contre les spermatozo�des ou certains antig�nes spermatiques ont ouvert un chapitre nouveau, mais encore tr�s incertain.</p><p>Sur le plan pratique, si ces st�rilit�s constituent une voie de recherche in-t�ressante, il ne semble pas, toutefois, que le traitement de la st�rilit� doive �tre radicalement modifi�.</p><p>Ph. C.</p><p>P. Funck-Brentano, H. Bayle et R. Palmer, St�rilit� f�minine, masculine (Masson, 1954).</p><p>/ C. L. Buxton et A. L. Southam, Human Infertility (New York, 1958). / J. Dalsace, la St�rilit� (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1962 ; 3e �d., 1972). / M. Davis, Hope for the Childless Couple (New York, 1965 ; trad. fr. Espoir pour les couples sans enfants, Buchel-Chastel, 1967). /</p><p>E. Hervet et J. Barrat, St�rilit�, contraception (Bailli�re, 1968). / S. Bresard, le Couple sans enfant (�d. du Centurion, 1973). / M. A. Weill-Hall� et G. Maruani, le Conseil concernant les probl�mes de la naissance (Privat, Toulouse, 1975).</p><p>Sternberg</p><p>(Josef von)</p><p>Metteur en sc�ne de cin�ma am�ricain d�origine autrichienne (Vienne 1894 -</p><p>Los Angeles 1969).</p><p>Apr�s un premier voyage aux �tats-Unis � l��ge de sept ans, Joe Stern fait des �tudes de lettres et de philosophie � Vienne, avant de regagner l�Am�rique en 1911. S�il s�essaie � la litt�rature et aux arts plastiques, il devient pour vivre employ�, puis contrema�tre dans une fabrique avant d�entrer comme monteur � la World Film Co. de New York en 1914. Ses d�buts dans le cin�ma sont ceux d�un homme � tout faire : il est successivement assistant, sc�nariste, op�rateur, d�corateur, producteur d�l�gu�, conseiller pour les couleurs, conseiller technique pour l��clairage et la prise de vues.</p><p>� la d�claration de la guerre, il est mobilis� dans le � Signal Corps � et participe au conflit comme op�rateur de l�arm�e. De retour en Europe, il entre comme � attach� � � un studio londonien sous le nom de Joe Stern.</p><p>Lorsqu�il revient � Hollywood, il ajoute un � von � tr�s germanique � son nom (en souvenir du succ�s du cin�ma allemand des ann�es 20) et devient assistant de plusieurs r�alisateurs, parmi lesquels �mile Chautard (� qui</p><p>il confiera quinze ans plus tard un r�le dans Shanghai-Express). C�est en 1925</p><p>qu�il signe sa premi�re mise en sc�ne, les Chasseurs du salut (The Salvation Hunters). Un projet de film avec Mary Pickford ayant �chou�, il signe un contrat avec la Metro-Goldwyn-Mayer, pour laquelle il r�alise The Masked Bride (1925, termin� par Christy Ca-banne) et The Exquisite Sinner (1926) remani� par Phil Rosen. Puis il tourne la Mouette (The Sea-Gull), film produit par C. Chaplin, avec qui il ne s�entend pas. Le film �tant demeur� in�dit, il est contraint de devenir assistant de Frank Lloyd pour les Enfants du divorce (Children of Divorce, 1927), dont il r�alise les raccords. Il termine ensuite It (de Clarence Badger, 1927), avant de mettre en sc�ne les Nuits de Chicago (Underworld, 1927), sa premi�re oeuvre importante et qui est aussi le premier film am�ricain � se nourrir du romantisme, qu�on retrouvera plus tard illustr� par le film noir.</p><p>downloadModeText.vue.download 438 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10393</p><p>Cr�puscule de gloire (The Last</p><p>Command, 1928) est une commande</p><p>pour l�acteur Emil Jannings, avec qui Sternberg ne s�entend pas mieux qu�avec Chaplin. Sternberg termine The Street of Sin (de Mauritz Stiller, 1928) et tourne la m�me ann�e deux autres films : The Dragnet et surtout les Damn�s de l�oc�an (The Docks of New York), o� il peint dramatiquement de simples personnages de faits divers qu�il tend � faire acc�der aux mythes.</p><p>Apr�s le Calvaire de L�na Smith (The Case of Lena Smith, 1929), il signe la Rafle (Thunderbolt, 1929), son premier film parlant. Appel� en Allemagne par E. Pommer, directeur de la UFA, il se voit proposer une vie de Raspoutine, qu�il refuse, et une adaptation du Pro-fessor Unrat d�Henrich Mann, qu�il accepte : c�est l�Ange bleu (Der blaue Engel, 1930), qui marque sa rencontre avec celle dont il va faire, film apr�s film, un mythe universel, Marl�ne Dietrich. La version anglaise de l�oeuvre ne sortira aux �tats-Unis qu�apr�s le deuxi�me film de Sternberg et Marl�ne, Coeurs br�l�s (Morocco, 1930). L�Ange</p><p>bleu comme Coeurs br�l�s sont des films marqu�s par une fatalit� trouble, que Sternberg, dont le style flamboyant ne s�est pas encore totalement affirm�, traduit en images raffin�es jusqu�� la plus extr�me sophistication. En 1931, le cin�aste fait de Marl�ne Dietrich une espionne dans le style de Mata Hari avec X 27 (Dishonored), o� les id�es de sc�nario les plus folles jaillissent.</p><p>Il adapte ensuite un classique de la litt�rature am�ricaine, Une trag�die am�ricaine (An American Tragedy, 1931, d�apr�s T. Dreiser), mais le film est desservi par une interpr�tation m�-</p><p>diocre. Il retrouve peu apr�s Marl�ne Dietrich dans une aventure exotique, Shanghai-Express (1932), lointaine-ment inspir�e de Boule-de-Suif. Femme fatale, Marl�ne s�y sacrifie pour sauver les passagers d�un train arraisonn� par des brigands, et Sternberg nous parle, avec �l�gance et raffinement, des rapports de l�homme et de la femme, rapports entach�s de sadisme et de masochisme, qui constituent son th�me de pr�dilection.</p><p>Blonde V�nus (1932) donne pour la premi�re fois � Marl�ne non pas un r�le de � vamp �, mais celui d�une m�re de famille. Apr�s ce m�lodrame somptueux, Sternberg tourne avec sa � cr�ature � l�Imp�ratrice rouge (The Scarlet Empress, 1934), o� il d�ploie des fastes baroques d�une supr�me sensualit�. La Femme et le pantin (The Devil is a Woman, 1935) prolonge le d�lire visuel du film pr�c�dent et marque la fin de la p�riode Sternberg-Marl�ne.</p><p>C�est aussi la fin d�un univers, � travers lequel, de fourrures en bijoux, de dentelles en plumes, le cin�aste a poursuivi le mythe de la femme id�ale, r�ve apr�s lequel il courra d�sormais jusqu�� la fin. Apr�s sa s�paration d�avec Marl�ne Dietrich, le metteur en sc�ne signe deux films mineurs, Crime et ch�timent ou Remords (Crime and Punishment, 1935, d�apr�s Dosto�evski) et Sa Majest� est de sortie (The King steps out, 1936), assiste � l�interruption de son film suivant, I Claudius (1937), par le producteur A. Korda, tourne des raccords pour The Great Waltz (de J. Du-vivier, 1938) et se voit retirer I take This Woman (1939, termin� par F. Bor-zage) par les dirigeants de la M. G. M.</p><p>On le sent bris�, n�arrivant plus � retrouver son enthousiasme et son inspiration. Au service de la loi (Sergeant Madden, 1939) n�est qu�une commande, mais The Shanghai Gesture (1941) nous rend le grand r�alisateur qu�on croyait perdu. Dans ce film, o� il a donn� � G�ne Tierney le visage de Marl�ne et o� les personnages ont tous l�air de s�agiter dans un gigantesque aquarium, le metteur en sc�ne de Shanghai-Express r�appara�t : magie blanche et noire des �clairages, pessimisme � propos de l�humanit�, rapports des �tres r�gis par un �rotisme diffus, volupt� grandiose de la mise en sc�ne et, par-dessus tout, la pr�sence, presque le parfum de Marl�ne Dietrich, qui plane sur cette jungle luxuriante.</p><p>Apr�s un film court command� par l�United States Office of War Information (The Town, 1943-44), Sternberg r�alise les premi�res sc�nes de Duel au soleil (de King Vidor, 1946), avant de devenir professeur de cin�ma � l�universit� de Los Angeles, qu�il quitte pour New York en 1948. Il tourne en 1950 Les espions s�amusent (Jet Pilot), com�die loufoque et � antirouges � qui ne sortira qu�en 1957, puis en 1952 le Paradis des mauvais gar�ons (Macao, cor�alis� par Nicholas Ray) et enfin en 1953 Fi�vre sur Anatahan (The Saga of Anatahan, au Japon), qui rassemble tous ses th�mes. Jusqu�� sa mort, il partage son existence entre de nombreux voyages en Europe, des cours de mise en sc�ne et la r�daction de son livre Fun in a Chinese Laundry (Souvenirs d�un montreur d�ombres, 1965).</p><p>Cin�aste de l�irr�alisme po�tique, influenc� par le Kammerspiel, Sternberg a su, par le m�lodrame, la folie d�-</p><p>cadente et le d�lire des passions qu�il a d�crites, �tre le moraliste de nos d�sirs et de nos r�ves les plus fous, dans leur complexit� et dans leur violence. Il a invent� Marl�ne, mais il a immortalis� la Femme.</p><p>M. G.</p><p>J. von Sternberg, Fun in a Chinese Laundry (New York, 1965 ; trad. fr. Souvenirs d�un montreur d�ombres, Laffont, 1966). / H. G. Wein-berg, Josef von Sternberg (Seghers, 1966).</p><p>Sterne (Laurence) �crivain anglais (Clonmel, Irlande, 1713 - Londres 1768).</p><p>Ce complexe personnage vient jeter une note unique en son genre dans la symphonie du nouvel art qui s��panouit au XVIIIe s., le roman. Il poss�de l�esprit de Swift sans le pessimisme, l�alacrit� de Fielding sans les p�rip�ties, le sens de la caricature de Smollett sans la brutalit�, la sensibilit� de Richardson sans l�ennui et la bont� de Goldsmith sans la na�vet�. Il ne repr�sente le produit direct d�aucune influence reconnue, bien que les ombres de Rabelais, de Montaigne, de Cervant�s, de Locke planent sur son oeuvre en fixant la couleur chatoyante et capricieuse en m�me temps que concert�e.</p><p>Des diverses casernes d�Irlande ou d�Angleterre, o� le hasard des mouvements de l�arm�e conduit son p�re et sa m�re irlandaise, aux salons londoniens � partir de 1760, puis aux salons parisiens (il va en France pour sa sant� en 1762 et en 1764), le chemin de Sterne passe par le Jesus college de Cambridge (1733), d�o� il sort dipl�m� en 1737, et les charges eccl�siastiques apr�s son entr�e dans les ordres. Mais, � l�inverse de l�arri�re-grand-p�re, le grave archev�que d�York, Laurence n�offre gu�re le portrait du classique pasteur. Plut�t port� au jardinage et � la lecture qu�aux r�unions du chapitre, il ne d�daigne ni les plaisirs d�York, ni les querelles avec son oncle l�archi-diacre Jacques Sterne. Apr�s deux ans de cour, il �pouse Elizabeth Lumley (1741), ce qui n�emp�che pas le commerce des dames, comme le prouve sa correspondance (Letters from Yorick to Eliza, 1773). Peut-�tre la conscience du mal � la tuberculose � qui le tient depuis Cambridge et qui l�emportera l�incline-t-elle � profiter au maximum des plaisirs de la vie, des raffinements de l�intellect et de l��motion, tandis qu�elle n�affecte pas sa bonne humeur.</p><p>Sterne ne semble nullement promis � quitter une vie obscure malgr� une br�ve incursion dans la pol�mique politique en faveur des whigs (Query upon Query, 1741), quelques tentatives po�tiques (The Unknown World, 1743)</p><p>et ses Sermons (1760-1769). Il faut une querelle de chapitre � la cath�drale d�York pour que naisse, dans l�esprit du Lutrin de Boileau, le burlesque Political Romance or the History of a Good Warm Watch-Coat (1759), qui amusera fort tout le monde, sinon ses coll�gues. Nul ne peut exactement dire pourquoi et comment, cependant, Sterne se met � �crire son chef-d�oeuvre, The Life and Opinions of Tristram Shandy, Gentleman, en neuf volumes, de 1760 � 1767, qui place aussit�t le pasteur parmi les c�l�brit�s du jour et les classiques de tous les temps. D�termin� � poursuivre sans se presser, tranquillement et jusqu�� la fin de ses jours � si l�on en croit le chapitre XIV du livre premier � la longue causerie famili�re que repr�sente cette oeuvre originale, Sterne l�interrompt toutefois pour un dernier ouvrage. Ce Sentimental Journey through France and Italy (1768), prolongement en quelque sorte �pur� du premier roman, ne vise ni � l�exotisme, ni � l�all�gorie religieuse, ni � l�utopie, ni � la satire, ni � aucune autre des nombreuses motivations qu�inspirent les voyages aux �crivains, mais � fait unique � � rendre les gens plus � sentimentaux �. Comme le titre l�indique, le paisible voyageur Yorick recherche non pas le d�paysement, mais les douces �motions dans ses p�r�grinations. � Ma chim�re [...]</p><p>n�a rien d�une b�te vicieuse [...], c�est l�ger et vif, le lutin qui vous emporte hors du pr�sent � c�est la fantaisie, le papillon, la gravure, l�archet, le si�ge-�-la-oncle-Toby, c�est la toquade quelconque, enfin la chose sur laquelle l�homme saute, s��vade, �chappe aux tracas et aux contraintes de la vie �</p><p>c�est la plus utile des b�tes cr��es : je n�imagine pas, � parler franc, ce que le monde deviendrait sans elle �</p><p>(liv. VIII, chap. XXXI).</p><p>La vraie marque sterni�ne, on doit la chercher dans la Vie et les opinions de Tristram Shandy, toute remplie du mot chim�re, si cher � Sterne et dont l�atmosph�re d�excentricit� atteste l�appartenance de l��crivain � la descendance de Robert Burton avec son Anatomy of Melancholy (1621) et � un courant tr�s caract�ristique de la litt�rature anglaise. Dans le roman de Sterne, l�excentricit� rel�ve autant de l�auteur, de la fa�on dont il m�ne son</p><p>ouvrage, que de la psychologie et du comportement des personnages. � Rien ne se passait comme d�ordinaire dans notre famille �, constate Tristram. Et, d�abord, lui ne na�t qu�au livre III. Sa vie, ses opinions comptent moins que downloadModeText.vue.download 439 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10394</p><p>celles de Walter Shandy son p�re ou que celles de l�oncle Toby. Le h�ros devient comparse, satellite, comme le fid�le caporal Trim, la servante Susan-nah, le docteur Slop ou sa m�re, qui n�entend rien et ne veut obstin�ment rien entendre aux pures sp�culations de l�esprit. Chez le p�re, � orateur-n� �, l�excentricit� r�side dans ses id�es fixes, sa manie des discours, des syst�mes �chafaud�s � propos de tout et, naturellement, de l��ducation de Tristram. L�oncle, quant � lui, cultive l�excentricit� non pas intellectuelle, mais mat�rielle avec son dada de la strat�gie militaire. La manie des syst�mes provoque facilement des catastrophes, tel, chez Meredith, le fiasco dramatique de l��ducation de son fils par sir Austin Feverel dans The Ordeal of Richard Feverel. Le dada engendre le ridicule et fait de l�homme une marionnette dans les portraits de La Bruy�re. Rien de semblable chez Sterne. Excentricit� et bizarrerie ne constituent qu�une manifestation suppl�mentaire de l�humanit� r�elle de personnages attirant la sympathie par leur bont�, leur sensibilit� et leur gaiet�. La bont� de � mon p�re �, vif mais g�n�reux, �clate surtout chez � mon oncle Toby �, personnage promu au rang de mythe, � d�un naturel paisible et placide chez qui rien de discordant ne venait troubler l�heureux m�lange de ses vertus �. De la bont� au sentiment, le pas se franchit presque naturellement. L��motion peut s�exprimer par une simple poign�e de main. Les personnages s�attendrissent volontiers. Les larmes montent souvent aux yeux. Mais sans jamais pour cela se transformer en pleurs torrentueux.</p><p>Un �pisode comme celui de la mouche �pargn�e par l�oncle Toby (II, XII) n�affaiblit en rien l�impression de vraie et touchante affection � en particulier celle des deux fr�res si dissemblables</p><p>� qui baigne les �v�nements familiers de la vie. Enfin tout cela se r�chauffe � une douce gaiet� bien diff�rente de la sottise. Le pasteur Yorick, par exemple, pr�sente � la combinaison la plus vive et la plus raffin�e, les dispositions les plus fantasques, le plus savant m�lange de vie, de fantaisie et de gaiet� de coeur qu�une maternelle nature e�t jamais pu engendrer ou composer �. Car</p><p>l�humour de Sterne se manifeste avant tout par la bonne humeur, la � belle humeur �, qui lui permet joyeusement de</p><p>� fouler le sentier de la vie avec, sur le dos, tous les fardeaux (moins les soucis) qu�elle comporte �. Humour sans aigreur, ni humeur, ni satire. Humour extr�mement intellectualis� � pas une once de hasard n�entre dans son �laboration � plein de bonhomie et de douce malice. Le c�t� potache, le propos os� � reproch�s souvent � Sterne</p><p>� se fondent dans le raffinement du maintien, l�acuit� de l�observation, la qualit� subtile, rendant presque impalpable l��quivoque grivoise. Le � shan-dysme � � terme invent� par Sterne</p><p>� propose � l�homme une philosophie visant � gu�rir le monde de ses sottises et de son � cant �, � le d�barrasser de sa gangue scolastique, � restaurer l�individu pour qu�il assume sans complexe toutes ses facult�s physiques et morales. � Je me sens grande envie de d�buter ce chapitre par une folie et je ne vais pas la contrecarrer � (I, XXIII).</p><p>L�art d��crire de Sterne, � une �poque o� se combinent les r�gles du roman traditionnel, s�installe dans un non-conformisme longtemps inconnu et d�un aspect �tonnamment moderne tant par la conception de la fiction que par le d�roulement de l�intrigue. Sterne lui-m�me dessine les courbes capricieuses de ses livres (VI, XL), et les digressions</p><p>� le soleil � s�y �l�vent � la hauteur d�un art. D�dicaces bouffonnes, apos-trophes au lecteur et � une certaine Jenny, pr�faces m�l�es au texte, parenth�ses, retours en arri�re, sermons, contes, r�flexions ironiques, morceaux en latin, sans compter pages blanches et pages noires, valse des points de suspension, des virgules, des tirets, des �toiles, des marbrures, jonglage avec l�alphabet, autant de fils o� tout autre que lui s�emp�trerait. Aussi conna�t-il peu d�imitateurs, except� Henry Brooke (le Sot de qualit�, 1764-1770)</p><p>ou Henry Mackenzie (l�Homme de sentiment, 1771). Ses pairs appartiennent au XXe s. Son oeuvre pr�figure le courant de conscience et l�approche de la r�alit� par approximation d�une Virginia Woolf. Elle annonce d�j� les recherches de Joyce et d�Henri Michaux, l�enivrement verbal des surr�alistes et jusqu�aux derniers raffinements de la technique cin�matographique.</p><p>D. S.-F.</p><p>W. L. Cross, The Life and Times of Laurence Sterne (New York, 1909 ; 3e �d., 1967). / H. Fluch�re, Laurence Sterne, de l�Homme � l�oeuvre (Gallimard, 1961). / J. M. Stedmond, The Comic Art of Laurence Sterne (Toronto, 1967). /</p><p>J. Traugott (sous la dir. de), Laurence Sterne. A Collection of Critical Essays (Englewood Cliffs, N. J., 1968).</p><p>st�ro�des</p><p>Substances du groupe des lipides*, dont le point commun est de comporter dans leur mol�cule un noyau polycyclique cyclopentanoph�nanthr�nique, dit st�rol.</p><p>On d�signe sous le nom de st�rides les esters r�sultant de la combinaison des acides gras avec des alcools de poids mol�culaire �lev� comportant un noyau st�rol. Les st�ro�des sont des substances plus complexes, d�rivant des st�rides : on rencontre les st�ro�des � l��tat naturel dans le r�gne v�g�tal et le r�gne animal, o� ils constituent l�in-saponifiable des huiles, dans les substances de r�serve des v�g�taux, dans le plasma sanguin, la bile, les f�ces, les divers tissus, et en particulier les tissus nerveux. La structure st�ro�de se retrouve dans certains h�t�rosides cardiotoniques, dans certains alcalo�des, dans nombre d�hormones g�nitales et corticosurr�nales. Les propri�t�s physiologiques et les propri�t�s th�rapeutiques de ces diff�rents corps, de m�me que les propri�t�s des substances synth�tiques qui s�en rapprochent, sont �troitement li�es � la pr�sence, dans toutes ces mol�cules, du noyau polycyclique du cholest�rol, autour duquel elles sont structur�es.</p><p>St�rols animaux</p><p>Les principaux st�rols animaux, ou zoost�rols, sont :</p><p>� le cholest�rol, qu�on obtient par extraction des pigments biliaires, du jaune d�oeuf, de la graisse du suint de mouton, ou lanoline ;</p><p>� le coprost�rol, rencontr� dans les f�ces (mati�res f�cales) ;</p><p>� le d�hydrocholest�rol de la peau du rat, pr�curseur de la vitamine D3 ;</p><p>� le lagnost�rol et l�agnost�rol, rencontr�s dans la lanoline � c�t� du cholest�rol ;</p><p>� le chalinast�rol des �ponges.</p><p>St�rols v�g�taux</p><p>Les principaux st�rols v�g�taux, ou phytost�rols, sont :</p><p>� l�ergost�rol, d�couvert en 1889 par Charles Joseph Tanret dans l�ergot du seigle (Claviceps purpurea), retrouv� depuis chez des algues (Mucor), chez d�autres champignons (Penicillium), chez certaines bact�ries (staphylocoque), dans la levure de bi�re, dans l�huile de croton et m�me dans le r�gne animal (escargot), le lait de vache (on pr�pare l�ergost�rol par extraction de la levure de bi�re ; c�est le pr�curseur de la vitamine D2, qu�il fournit par irradiation aux rayons ultraviolets) ;</p><p>� le sitost�rol, pr�sent dans le germe de bl�, le sorgho, le soja, le whisky (o� il provient du bois des barils) et qui est utilis� en th�rapeutique dans le traitement de l�hypercholest�rol�mie ;</p><p>� le brassicast�rol du colza (Brassica rapa, crucif�res) ;</p><p>� le spinast�rol de l��pinard (Spina-cia oleracea, ch�nopodiac�es) et du polygala ;</p><p>� le fucost�rol des fucus et des algues brunes ;</p><p>� le zymost�rol de la levure de bi�re.</p><p>Structure chimique</p><p>Tous les st�rols poss�dent en commun le noyau polycyclique cyclopentanoph�nanthr�nique : ce squelette polycyclique r�sulte de la r�union d�un noyau trihexagonal ph�nanthr�nique et d�un noyau cyclopentane. Consid�rons la formule du cholest�rol, � laquelle</p><p>peuvent se rapporter les formules des autres st�rols et st�ro�des, naturels ou synth�tiques : on a coutume d�en nu-m�roter les atomes de carbone selon le sch�ma ci-dessous.</p><p>Cette formule est caract�ris�e :</p><p>� par une fonction alcool secondaire en C3 ;</p><p>� par une liaison �thyl�nique entre C5</p><p>et C6 ;</p><p>� par une cha�ne lat�rale � 8 atomes de carbone, fix�e en C17 ;</p><p>� par deux groupes m�thyle CH3 fix�s respectivement en C10 et en C13.</p><p>Ces dispositions, qui impliquent l�existence de 8 atomes de carbone asym�triques, indiquent la possibilit� d�un grand nombre d�isom�res.</p><p>Propri�t�s des st�rols</p><p>Le cholest�rol*</p><p>Il se pr�sente en cristaux tabulaires insolubles dans l�eau, solubles dans la plupart des solvants organiques et dans les graisses, auxquelles il conf�re des propri�t�s �mulsives importantes. Sa fonction alcool lui conf�re la propri�t� de donner facilement des esters par l�action des acides et de fournir avec le digitonoside une combinaison �quimo-l�culaire insoluble, utilisable en analyse gravim�trique.</p><p>Cette derni�re r�action n�est donc pas donn�e par les combinaisons du cholest�rol o� l�hydroxyle alcoolique se trouve bloqu� et permet le dosage par diff�rence de la fraction dite � est�-</p><p>rifi�e � du cholest�rol, qui constitue environ les deux tiers du cholest�rol s�rique.</p><p>Le cholest�rol donne en outre un certain nombre de r�actions color�es, dont les plus connues sont : la r�action de Salkowski � l�acide sulfurique, la r�action de Zac au chlorure ferrique, la downloadModeText.vue.download 440 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10395</p><p>r�action de Liebermann � l�anhydride ac�tique.</p><p>Les deux derni�res sont utilis�es pour des dosages colorim�triques en chimie clinique, apr�s destruction m�nag�e des mol�cules lipoprot�iques (autrefois appel�es c�napses), o� le cholest�rol se trouve engag�. Les r�actions color�es ci-dessus sont dues � la fonction alcool en 3 et � la double liaison 5-6.</p><p>Ainsi rappel�es les propri�t�s du cholest�rol, on peut d�crire les principaux groupes de st�ro�des, sp�cialement ceux dont l�importance se manifeste en chimie clinique ou en pharmacologie : les acides biliaires, les hormones st�ro�des, les vitamines du groupe D.</p><p>Les acides biliaires</p><p>Sous forme de sels alcalins, les acides biliaires sont des substances � structure st�ro�de repr�sentant environ 1 p. 100</p><p>de la bile des mammif�res, chaque esp�ce poss�dant des structures sp�-</p><p>cifiques, mais voisines les unes des autres.</p><p>Les acides biliaires sont caract�ri-s�s : 1o par la pr�sence en C17 d�une cha�ne lat�rale � 5 atomes de carbone, le dernier supportant le groupement acide ; 2o par la pr�sence en C3 d�un hydroxyle en position (rappelons que la mol�cule du cholest�rol comporte � ce sommet un hydroxyle en position responsable de la r�action au digitonoside, que les acides biliaires ne donnent pas). En fait, dans la nature, les acides biliaires se rencontrent � l��tat de d�-</p><p>riv�s conjugu�s avec la lysine (chez l�homme, le lapin, le cobaye) ou avec la taurine (chez la plupart des animaux sup�rieurs) et, en raison du pH du milieu, � l��tat de sel alcalin ; d�o� les d�-</p><p>nominations courantes de glycocholate et de taurocholate de sodium attribu�es aux sels biliaires. Les acides biliaires sont, chez l�homme, au nombre de quatre : acides cholique, d�soxycholique, ch�nod�soxycholique et litho-cholique ; ils d�rivent chimiquement de l�acide cholanique, qu�on ne rencontre pas dans la nature, mais qu�on</p><p>peut obtenir � partir du cholest�rol.</p><p>Les acides biliaires sont �labor�s au niveau du foie, � partir du cholest�rol, et �vacu�s par la bile dans l�intestin ; ils sont partiellement d�truits par des enzymes d�origine bact�rienne et en grande partie ramen�s au foie par la veine porte (cycle ent�ro-h�patique). �</p><p>l��tat conjugu�, ils sont solubles dans l�eau. En milieu phosphorique ou sulfurique, d�plac�s � l��tat d�acide chola-lique, ils communiquent au milieu une fluorescence bleue et peuvent donner avec certains ald�hydes des colorations exploitables en analyse quantitative : ainsi la r�action de Pettenkofer avec l�hydroxym�thylfurfural produit par le saccharose en milieu acide ; ainsi la r�action de Charonnat, qui met en jeu la vanilline. En outre, les sels biliaires poss�dent un pouvoir mouillant ; ils abaissent la tension superficielle des liquides aqueux, ce qui explique le pouvoir �mulsif de la bile et son intervention au d�but de la digestion des graisses, dont elle facilite l�attaque par la s�cr�tion pancr�atique. Ce pouvoir tensioactif se trouve d�ailleurs inhib� par les prot�ines.</p><p>Les acides biliaires sont norma-</p><p>lement absents de l�urine, sauf dans les ict�res*, o� ils peuvent appara�tre avant les pigments biliaires ; on peut les y d�celer gr�ce � leurs propri�t�s tensioactives (la � fleur de soufre �</p><p>flotte sur un liquide contenant des sels biliaires). Dans le sang, le taux des acides biliaires (cholal�mie) est tr�s faible, mais il est consid�rablement augment� dans les ict�res. On dose la cholal�mie par colorim�trie ou spectrophotom�trie des r�actions d�crites plus haut ou par fluorescim�trie. En th�rapeutique, on utilise les sels biliaires (acides cholique et d�soxycholique) ou la bile � d�pigment�e � : par la voie orale ils servent de cholago-gues et d�adjuvants de la digestion des lipides (l�acide ch�nod�soxycholique est un solvant des calculs biliaires) ; par la voie rectale, les sels biliaires sont administr�s en suppositoires ou en lavements comme laxatifs m�caniques, en raison des contractions intestinales qu�ils provoquent. Dans l�industrie pharmaceutique, les sels biliaires et la downloadModeText.vue.download 441 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10396</p><p>bile ont un d�bouch� important dans la pr�paration des hormones st�ro�des.</p><p>Les hormones* st�ro�des</p><p>Nombre d�hormones s�cr�t�es par les glandes g�nitales ou les corticosurr�-</p><p>nales sont constitu�es par des mol�-</p><p>cules calqu�es sur celles du cholest�-</p><p>rol ; aussi, pour cette raison, sont-elles d�nomm�es hormones st�ro�des. On peut les consid�rer comme d�rivant de trois hydrocarbures synth�tiques :</p><p>� l�oestrane, � 18 atomes de carbone, m�thyl� en C13 ;</p><p>� l�androstane, � 19 atomes de carbone, m�thyl� en C13 et en C10 ;</p><p>� le pr�gnane, � 21 atomes de carbone, m�thyl� en C13 et en C10, avec une cha�ne lat�rale en C17.</p><p>Cette classification chimique des hormones st�ro�des rend assez bien compte de leur action physiologique ou m�dicamenteuse : � l�oestrane correspondent l�oestrone, ou folliculine, et les oestrog�nes ; � l�androstane, la testost�rone et les androg�nes ; au pr�gnane, la progest�rone, les progestatifs ainsi que les corticost�ro�des : min�ralocor-tico�des et glucocortico�des.</p><p>La connaissance de la structure</p><p>chimique des hormones st�ro�des, en permettant leur synth�se et celle de nombreuses substances voisines, a profond�ment transform� la th�rapeutique, en m�me temps qu��taient introduits de nombreux corps, tels que les anabolisants, les progestatifs, les associations progestatif-oestrog�ne, qui constituent les contraceptifs oraux.</p><p>Les vitamines* � D �</p><p>Les vitamines du groupe D, vitamines liposolubles antirachitiques, peuvent �tre obtenues par l�irradiation aux rayons ultraviolets de certains st�-</p><p>ro�des naturels constituant des provita-mines. Elles sont au nombre de quatre :</p><p>� la vitamine D2, ou calcif�rol, ou ergost�rol irradi�, obtenue par irradiation de l�ergost�rol ;</p><p>� la vitamine D3, ou chol�calci-</p><p>f�rol, obtenue par irradiation du d�hydro-7-cholest�rol ;</p><p>� les vitamines D4 et D5, inemploy�es, qui d�rivent du d�hydro-22-ergost�rol et du d�hydro-7-sitost�rol.</p><p>L�irradiation aux rayons ultraviolets effectu�e sur l�ergost�rol ou dans l�organisme a pour effet d�ouvrir le noyau B de la mol�cule suivant le sch�ma suivant :</p><p>� c�t� des vitamines D, il faut mentionner un st�ro�de utilis� en th�rapeutique pour la fixation du calcium : le dihydrotachyst�rol, ou AT IO. (Les propri�t�s des vitamines D seront �tu-di�es � l�article vitamines.)</p><p>La cortisone</p><p>Isol�e d�s 1935 de la corticosurr�nale sous le nom de compos� E de Kendall, la cortisone n�a pu �tre utilis�e qu�� partir de 1949, quand furent ma�tris�es les techniques permettant sa synth�se, � partir des sels biliaires ou de certains h�t�rosides des Strophantus. Les proc�d�s extractifs ne permettent, en effet, que l�obtention de faibles quantit�s d�hormone, � peine suffisantes pour la recherche.</p><p>Biochimie</p><p>Comme toutes les hormones corticosurr�nales, la cortisone est construite sur le noyau cyclopentanoph�nanthr�nique du cholest�rol. Ces hormones sont dou�es de propri�t�s variables : oestrog�nes (folliculine), progestatives (progest�rone), androg�nes (test�rone), antidiur�tiques (aldost�rone). Elles ne diff�rent entre elles que par l�existence de doubles liaisons, notamment entre les sommets 1 et 2, et l�existence de radicaux alcooliques ou c�toniques, notamment aux sommets 11</p><p>et 19.</p><p>Emplois th�rapeutiques</p><p>La cortisone constitue le chef de file d�une nouvelle s�rie de cortico�des dou�s de propri�t�s anti-inflammatoires (v. inflammation) ; elle a actuellement un int�r�t assez</p><p>th�orique. Utilis�e � l�origine pour le traitement des maladies rhumatismales, en particulier la polyarthrite chronique �volutive, elle est aujourd�hui abandonn�e dans le traitement de ces maladies en raison de sa toxicit� et de la difficult� qu�elle pr�sente pour la conduite des traitements. En revanche, elle demeure utilis�e pour le traitement de la maladie d�Addison (v. surr�-</p><p>nales). Dans la lutte contre l�inflammation, on utilise actuellement des d�riv�s synth�-</p><p>tiques plus maniables, qui se distinguent essentiellement de la cortisone par la pr�-</p><p>sence d�une double liaison en 1-2 (s�rie &#x394;), d�un atome de fluor en 9 ou par ces deux particularit�s. Les compos�s ainsi obtenus, notamment les d�riv�s fluor�s, sont moins toxiques aux doses th�rapeutiques.</p><p>R. D.</p><p>Les savants qui ont</p><p>�tudi� les st�ro�des</p><p>Konrad Bloch, biochimiste am�ricain d�origine allemande (Neisse 1912). Il a le m�rite d�avoir �lucid� le m�canisme de la synth�se du cholest�rol par l�organisme. Il a �galement d�montr� comment le cholest�rol est la base de la formation de tous les autres st�ro�des.</p><p>Il a partag� le prix Nobel de physiologie et de m�decine en 1964 avec Feodor Lynen (n� en 1911) pour leurs travaux sur le m�tabolisme du cholest�rol et des acides gras.</p><p>Philip Showalter Hench, V. SURR�-</p><p>NALES (capsules).</p><p>Edward Calvin Kendall, biochimiste am�ricain (South Norwalk, Connecticut, 1886 - Princeton 1972). Apr�s avoir isol� la thyroxine (v. THYRO�DE), il a �t� � l�origine de l�isolement des diff�rentes hormones st�ro�des de la corticosurr�nale (d�soxycorticost�rone, cortisone, etc.) et de la corticotrophine hypophysaire. Il a partag� le prix Nobel de physiologie et de m�decine en 1950 avec P. S. Hench et T. Reichstein.</p><p>Tadeusz Reichstein, biochimiste suisse d�origine polonaise (W&#x142;oc&#x142;awek 1897).</p><p>Il a �tudi� la structure des hormones st�ro�des, et particuli�rement celle de la cortisone. Il a partag� le prix Nobel de physiologie et de m�decine en 1950</p><p>avec P. S. Hench et E. C. Kendall. V.</p><p>aussi BIOCHIMIE.</p><p>Heinrich Wieland, chimiste allemand (Pforzheim 1877 - Munich 1957). Il a �tudi� la structure des st�rols et re�u le prix Nobel de chimie en 1927 pour ses recherches sur la composition des sels biliaires et du venin de crapaud.</p><p>Adolf Windaus, chimiste allemand (Berlin 1876 - G�ttingen 1959). Il a isol� la vitamine D, dont il a �tudi� la structure. Ces travaux lui ont valu le prix Nobel de chimie en 1928. Il �tudia ensuite la composition de l�ergost�rol (pr�curseur de la vitamine D).</p><p>G. Pincus, Aspects du m�tabolisme des st�-</p><p>ro�des hormonaux (traduit de l�angl., Masson, 1955). / W. Klyne, The Chemistry of the Steroids (Londres, 1957, 3e �d., 1965 ; trad. fr. la Chimie des st�ro�des, Gauthier-Villars, 1966).</p><p>/ L. F. et M. Fieser, Steroids (New York, 1959).</p><p>/ M. F. Jayle et coll., Analyse des st�ro�des hormonaux (Masson, 1961-1965 ; 3 vol.). /</p><p>R. I. Dorfman, Methods in Hormone Research, t. I (New York, 1962 ; 2e �d., 1968). / S. Coffey, Rodd�s Chemistry of Carbon Compounds, t. II (Amsterdam, 1970-71).</p><p>Stevenson</p><p>(Robert Louis)</p><p>�crivain britannique (�dimbourg</p><p>1850 - Vailima, pr�s d�Apia, Samoa occidentales, 1894).</p><p>Enfant du si�cle finissant, Stevenson porte maintes promesses de celui qui vient, ouvre la route � Conrad, � Ki-pling, esquisse la silhouette, famili�re au XXe s., de l��crivain anglais globe-trotter, des Maugham, ou des Greene, annonce la litt�rature de l��trange, du symbolisme, Th�odore Francis Powys et tels autres �crivains des ann�es 20.</p><p>Son art pr�pare nombre de m�tamorphoses de la litt�rature contemporaine.</p><p>Admirateur de Dumas, Stevenson</p><p>s�engage dans les voies de l�aventure pure � � laquelle King Solomon�s Mines (1885) de Henry Rider Hag-gard servira de prototype � et de ces</p><p>� thrillers � lanc�s d�finitivement par A. C. Doyle et A. Christie. Et, comme W. Scott, tenu par lui en haute estime, il pratique m�me la fiction historique et r�gionale de son �cosse natale. Pourtant, avant de se r�aliser, il doit exorciser maints d�mons du pass�. Mieux</p><p>downloadModeText.vue.download 442 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10397</p><p>que Samuel Butler, il secoue le poids du milieu (haute bourgeoisie intellectuelle, conformisme religieux) et la toute-puissance paternelle. Sa fuite dans l��vasion et son agnosticisme t�-</p><p>moignent de l�indomptable r�solution de ce jeune homme fr�le min� par la tuberculose. � sa vocation d��crivain ne r�sistent ni les �tudes d�ing�nieur (1871), ni les perspectives du barreau (1875). � trente ans, son mariage, � San Francisco, avec Fanny Osbourne marque l�heureux d�nouement d�une belle histoire d�amour. Stevenson �crit et voyage. Le d�but de The Wrec-kers (1892) rappelle les souvenirs du Quartier latin et des artistes fr�quent�s � Barbizon (vers 1876), tandis que A Footnote to History (1892) relate l�histoire des Samoa, o� l��crivain finit ses jours en seigneur r�v�r�, portant le surnom de � Tusitala �, le Conteur.</p><p>Parfois ses livres de voyages r�veillent des r�sonances sterniennes : � pied dans le Suffolk (� Roads �, 1873) ; en cano� sur les canaux de Belgique et de France (An Inland Voyage, 1878) ; � dos d��ne dans les C�vennes (Travels with a Donkey in the Cevennes, 1879) ; sur les bateaux en Am�rique, avec les convois d�immigrants vers l�Ouest ou dans les mines abandonn�es (The Sil-verado Squatters, 1883 ; The Amateur Emigrant, 1895).</p><p>Ce go�t d��crire remonte tr�s loin �</p><p>� seize ans, Stevenson publie un pamphlet historique, The Pentland Rising</p><p>�, et un succ�s lent � se dessiner ne le freine pas. Ses premi�res armes, comme critique et essayiste, donnent les moqueuses Edinburgh : Picturesque Notes (1879) et des essais familiers, tels que Virginibus puerisque (1881) ou Familiar Studies of Men and Books (1882), contenant sa remarquable �tude � The Gospel according to Walt Whitman �</p><p>et Memories and Portraits (1887), o�</p><p>� Humble Remonstrance � � Henry</p><p>James fait ressortir sa conception de l�art. S�essayant dans tous les genres, Stevenson r�ussit assez mal dans le th��tre (Deacon Brodie, 1884), mieux</p><p>dans la po�sie avec le charmant recueil A Child�s Garden of Verses (1885) ou Underwoods (1887), o� se trouve sa c�l�bre �pitaphe � Requiem �.</p><p>La nouvelle et surtout le roman</p><p>restent son domaine v�ritable. Tenant de la fiction d��vasion, du � romance �, Stevenson n�oublie cependant pas les le�ons de r�alisme de Flaubert (� The Beach of Falesa �). Son aventure puise dans le contexte imaginaire (Prince Otto, 1885), historique (The Black Arrow, 1888 ; Saint Ives, 1897), �cossais le plus souvent (Kidnapped, 1886 ; sa suite Catriona, 1893 ; Weir of Her-miston, inachev�, 1896). Surtout, elle proc�de de la plus pure essence des rites d�enfants, o� l�adulte aime � se replonger dans le d�sormais classique Treasure Island (1883), une �le de plus au Tr�sor des r�ves des nations.</p><p>A l�action s�ajoutent le fantastique qui baigne les nouvelles de New Arabian Nights (1882) � o� appara�t le � Suicide club � � et le surnaturel dans</p><p>� Thrawn Janet � (du recueil The Merry Men, 1887). Tout cela prend cette forme tr�s caract�ristique de l�oeuvre de Stevenson, faite de la dualit� de la personnalit�, des complexes et inqui�-</p><p>tantes profondeurs de l��me humaine, propre aussi � son ami Henry James. �</p><p>c�t� de � Markheim � et de The Master of Ballantrae (1889), deux variantes, The Strange Case of Dr. Jekyll and Mr. Hyde (1886) en constitue l�illustration la plus parfaite, son oeuvre assurant gloire et succ�s � Stevenson et l�installant, � elle seule, en bonne place dans la lign�e des ma�tres observateurs du mal dans ses effets.</p><p>D. S.-F.</p><p>J. M. Carr�, la Vie de R. L. Stevenson (Gallimard, 1929). / R. Kiely, R. L. Stevenson and the Fiction of Adventure (Cambridge, Mass., 1964). / C. Mackenzie, Robert Louis Stevenson (Londres, 1968).</p><p>Stijl (De)</p><p>Revue et groupe artistique n�erlandais (1917-1932).</p><p>De Stijl (� le style �) est la plus importante contribution des Pays-Bas � l�art moderne. Le premier num�ro</p><p>de la revue mensuelle De Stijl para�t � Leyde en octobre 1917 (l�ensemble de la s�rie a �t� r��dit� en 1968). Un groupe s��bauche avec pour intention d�aller jusqu�au bout des cons�quences logiques du cubisme*. En pr�nant la</p><p>� nouvelle peinture � ou le � n�o-plasticisme �, De Stijl institue une pratique et une th�orie radicale de l�abstraction*, o� les moyens d�expression sont r�duits au minimum ; il s�agit d��tablir un nouveau langage plastique limit� � la ligne droite et � l�angle droit, aux trois couleurs primaires, rouge, jaune, bleu, et aux trois valeurs de base, blanc, gris, noir.</p><p>Les fondements de cet asc�tisme se trouvent dans la trajectoire suivie par les principaux animateurs du groupe et principalement dans celle que trace l�oeuvre de Piet Mondrian*, le plus �g� d�entre eux, qui, de 1915 � 1917, donne la s�rie des toiles puissamment compos�es, presque monochromes, prenant pour sujet la jet�e de Schevenin-gen. Bart Van der Leck (1876-1958), d�abord paysagiste comme Mondrian, fait une reconversion � travers l�exercice de la peinture monumentale. D�s 1912, ses toiles adoptent un caract�re mural d�o� les effets de perspective sont exclus. Fortement g�om�tris�s en 1916, les �l�ments figuratifs disparaissent en 1917, pour faire place � des compositions si proches de celles de Mondrian que l�on peut songer � la parent� de Picasso et de Braque au moment fort du cubisme. Mais, d�s 1918, Van der Leck retourne dans ses toiles � la figure, tout en continuant � d�velopper les inventions abstraites du groupe dans le domaine du d�cor d�int�rieur.</p><p>Theo Van Doesburg, le plus jeune du mouvement, semble �tre aussi son lien et catalyseur le plus d�cisif. � la fois artiste plasticien, homme d�action et �crivain, il est, en 1915, le premier critique d�art � prendre en compte la nouvelle direction que Mondrian imprime � son travail. Il produira en 1917 une oeuvre tr�s proche de celle de ses compagnons, avant de d�velopper un dynamisme original.</p><p>A ces trois personnalit�s essen-</p><p>tielles se joignent le Hongrois Vilmos Husz�r, un peintre qui s�int�ressera au vitrail, et le Belge Georges Van-</p><p>tongerloo (1886-1965), sculpteur aux volumes puissants, �pris de math�matiques, qui se d�tournera plus tard de la droite au profit de la courbe. Aussit�t se rallient au groupe trois architectes n�erlandais : Jacobus Johannes Pieter Oud (1890-1963), Robert Van�t Hoff (n� en 1887) et Jan Wils (n� en 1899).</p><p>Ensuite s�affilieront d�autres architectes, dont Gerrit Thomas Rietveld (1888-1964), et des plasticiens de diff�rents pays. Un philosophe habitant Laren, voisin de Mondrian et de Van der Leck, H. J. Schoenmaekers, joue alors un r�le consid�rable, en fournissant l�appui th�orique n�cessaire � ce groupe d�artistes. Deux livres r�sument sa pens�e, la Nouvelle Image du monde (1915) et Principes des math�matiques plastiques (1916). Son � mysticisme positif �, en partant du principe de la signification symbolique des formes, assigne un r�le essentiel aux lignes verticales et horizontales, et affirme la structure purement math�matique de l�univers. D�s son premier num�ro, la revue De Stijl souligne comme caract�re essentiel de la modernit� la</p><p>� conscience collective du temps �.</p><p>Cet � esprit du temps � indique pour De Stijl l�inexorable tendance vers le collectif, la d�personnalisation, l�anti-individualisme : le monde �chappe de plus en plus � l�homme pour appartenir aux math�matiques. La machine supplante le travail de l�homme. La vie politique et sociale est anim�e par des organisations de masse. Le projet, le plan, le dessein priment la r�alisation, qui, elle, peut se r�duire � l�utilisation de proc�d�s m�caniques ou industriels.</p><p>Si la symphonie existe d�abord sur la partition, l��difice existe tout autant d�s que les plans sont dress�s par l�architecte. Pour le peintre, il ne s�agit plus de saisir l�apparence des choses visibles, mais, au contraire, de fixer les lois qui les r�gissent.</p><p>Un monde et son syst�me de valeurs viennent de s��crouler dans la tourmente de la Premi�re Guerre mondiale.</p><p>Dans cette Hollande rest�e neutre, le contrecoup est surtout intellectuel : une t�che exaltante semble lui �tre assign�e, celle de d�couvrir des normes nouvelles, bases d�un monde nouveau (et on notera que De Stijl �cl�t l�ann�e m�me de la r�volution d�Octobre). La</p><p>Hollande, c�est d�abord un paysage fa�onn� par l�homme contre l�hostilit� de la mer : l�orthogonalit� logique impos�e au d�sordre, aux sinuosit�s naturelles va se retrouver dans la g�om�-</p><p>trie impos�e aux formes par De Stijl ; c�est aussi le pays du puritanisme, de la rigueur et de la s�v�rit� calvinistes, auxquels se rallient la plupart des fondateurs du groupe. Ceux-ci retrouvent naturellement la fureur iconoclaste du XVIe s. et se pr�cipitent dans une abstraction rigoureuse. Pour eux, chaque repr�sentation d�une partie de la cr�ation est une corruption, une alt�ration de la puret� divine des lois de la nature. Nous sommes dans le pays o� le mot schoon signifie � la fois � pur � et</p><p>� beau �. Mais on peut trouver aussi l�origine du groupe dans l�histoire m�me de la peinture hollandaise, dans le d�pouillement g�om�trique des int�rieurs d��glise, clairs et pr�cis, de Pieter Saenredam*, comme dans la s�-</p><p>r�nit� des int�rieurs bourgeois de Ver-meer* ou de Pieter de Hoogh*.</p><p>De Stijl est une asc�se. Son combat est celui de la purification de l�art, de l�affirmation de son autonomie. L�art doit quitter les pesanteurs mat�rielles li�es � la figuration. De Stijl veut dresser une nouvelle grammaire plastique, d�o� la subjectivit� comme les r�f�rences ponctuelles � des objets sont d�finitivement exclues. Plus qu�une es-th�tique, il est une �thique qui tente de rendre sensible l�harmonie universelle.</p><p>Au grand oeuvre pictural de Mondrian r�pond l�architecture. L� aussi, il s�agit d�une r�duction � l�essentiel contre les downloadModeText.vue.download 443 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10398</p><p>baroquismes et les surcharges d�coratives. J. J. P. Oud sera l�un des premiers � utiliser les modes industriels de production, en r�duisant la construction � un jeu modulaire d��l�ments de base permettant de multiples variations</p><p>en fonction des programmes. Pour la maison Schr�der, b�tie � Utrecht en 1924, G. T. Rietveld utilise la couleur � des fins constructives, offrant aux compositions de Mondrian des dimensions monumentales.</p><p>Du tableau � la maquette typographique et au meuble, De Stijl a tent� de repenser, et cela d�une mani�re fondamentale, les arts plastiques et l�environnement. Ce groupe, qui travaillait dans l�ombre, sans b�n�ficier des facilit�s qu�offre le succ�s � et qui se d�sagr�gea en 1932, apr�s la mort de Van Doesburg �, a produit une oeuvre consid�rable, dont les retomb�es se font encore sentir aujourd�hui tant dans l�architecture et le design* que dans des d�marches picturales qualifi�es d�avant-gardistes, tel le minimal* art am�ricain. Il appara�t bien comme l�un des p�les de la cr�ation artistique au XXe s.</p><p>Theo Van Doesburg</p><p>Peintre et architecte n�erlandais (Utrecht 1883 - Davos 1931). Comme peintre d�abord � fauve � et, � partir de 1912, comme critique d�art, il m�ne une �tude approfondie de l�art de C�zanne* et s�in-t�resse tr�s t�t � l�expressionnisme abs-</p><p>trait de Kandinsky* ; d�s 1916, il collabore avec des architectes. Cr�ateur de la revue De Stijl, il en restera le principal animateur. En 1921, il se conduit en v�ritable ambassadeur du mouvement aupr�s du Bauhaus* de Weimar. Il se m�le au mouvement dada* et se lie d�amiti� avec Kurt Schwitters*. En 1923, il expose des projets d�architecture � Paris, � la galerie de l�Effort moderne (galerie Rosenberg) et � l��cole sp�ciale d�architecture.</p><p>Apr�s une s�rie de conf�rences dans diff�rentes capitales europ�ennes, il d�finit une nouvelle tendance, l�� �l�mentarisme �, qui trouvera son application dans la d�coration du restaurant-dancing l�Aubette � Strasbourg (1926-1928, avec Hans Arp* et Sophie Taeuber), puis dans sa maison de Meudon (1930-31, avec l�architecte Cor Van Eesteren). � Paris, en 1930, il �dite la revue l�Art concret (num�ro unique), puis participe � la formation du groupe Abstraction-Cr�ation. En janvier 1932, le dernier num�ro de De Stijl est enti�rement consacr� � sa m�moire.</p><p>J.-L. P.</p><p>F Mondrian (P.).</p><p>H. C. L. Jaff�, De Stijl 1917-1931. The Dutch Contribution to Modern Art (Amsterdam, 1956).</p><p>/ P. Overy, De Stijl (Londres, 1969).</p><p>stock</p><p>Quantit� de mati�res ou de produits qui se trouve dans une entreprise industrielle ou commerciale ; r�serve que se constituent fabricants ou dis-</p><p>tributeurs pour pouvoir travailler convenablement.</p><p>Un stock peut �tre consid�r� sous deux aspects : soit statique (comptage � un instant donn�), soit dynamique (�tude de ses mouvements ou la gestion du stock).</p><p>Ind�pendamment de l�aspect comp-</p><p>table, il existe plusieurs sortes de stocks, qui peuvent �tre regroup�es en quatre cat�gories :</p><p>� mati�res premi�res entrant dans la fabrication ;</p><p>� travaux en cours ou produits</p><p>semi-ouvr�s ;</p><p>� produits finis et commercialisables ;</p><p>� mati�res accessoires (mati�res consommables, emballages, etc.).</p><p>Codification</p><p>Ce premier travail est indispensable.</p><p>Il s�agit d��viter que des articles identiques soient regroup�s sous des rubriques diff�rentes. D�s qu�il existe un mat�riel m�canographique dans l�entreprise, la codification est obligatoire.</p><p>Les codifications num�riques sont pr�-</p><p>f�rables � toutes autres.</p><p>Valorisation du stock</p><p>Un stock est la r�sultante d�un certain nombre de mouvements : des entr�es par le jeu des achats et des sorties. Si la valorisation des achats est simple, celle des sorties l�est moins, car, � la valeur propre du produit, il faut ajouter des frais de stockage et de gardiennage.</p><p>La difficult� est plus grande encore pour les stocks des produits en cours ou pour des stocks de marchandises � cours sp�culatif.</p><p>Valorisation au prix de vente</p><p>Cette m�thode est appliqu�e couramment dans le commerce de d�tail, car on conna�t � l�avance les marges moyennes. La difficult� vient des soldes, surtout quand elles sont effectu�es en plusieurs fois.</p><p>Valorisation au prix d�achat</p><p>Exacte, cette mani�re de faire suppose, cependant, que les entr�es soient individualis�es par lots. Elle pr�sente en outre des risques lorsque les prix d�achat sont en hausse : les prix de revient sont alors sous-estim�s.</p><p>Valorisation au prix</p><p>de remplacement</p><p>Ce proc�d� conduit � valoriser au prix du dernier article, ou produit entr�. Il pr�sente l�inconv�nient inverse du proc�d� pr�c�dent, c�est-�-dire de fausser les prix de revient lorsque les prix d�achat sont � la baisse.</p><p>Valorisation au prix moyen</p><p>pond�r� d�achat</p><p>Ce prix est � calculer � chaque entr�e, ce qui alourdit beaucoup la m�thode, surtout lorsque les entr�es sont nombreuses. Mais on a la possibilit� de regrouper les mouvements d�une p�riode et de ne faire les calculs qu�une fois par p�riode.</p><p>Valorisation � prix standard</p><p>Cette m�thode implique la tenue de comptes d��carts, mais permet un meilleur calcul des prix de revient. En magasin, on peut compter les entr�es im-m�diatement sans avoir � attendre les factures des fournisseurs. Les calculs peuvent �tre ais�ment r�alis�s gr�ce � la m�canographie.</p><p>Surveillance</p><p>des quantit�s</p><p>Dans tout magasin de stocks, il faut tenir � jour un certain nombre de documents : la nomenclature des produits en magasin avec leur emplacement, le classement des bons d�entr�e et de sortie, la comptabilit� en quantit�. Cet ensemble permet de r�aliser toutes les analyses n�cessaires � la bonne gestion du stock.</p><p>Contr�le du stock</p><p>La gestion des stocks peut passer par bien des stades et atteindre une tr�s grande sophistication. Toutefois, les principes restent les m�mes.</p><p>1. R�approvisionnement en fonction des besoins. C�est le cas de nombreux petits d�taillants, qui, en fait, font g�rer leur stock par leurs fabricants. Le r�approvisionnement �tant imm�diat, ils n�ont pratiquement pas de stocks.</p><p>C�est �galement le cas de tr�s gros fabricants, qui passent des ordres d�achat annuels r�visables et se font livrer tous les jours en fonction de leurs besoins, comme les fabricants d�automobiles en ce qui concerne les pneumatiques.</p><p>2. Contr�le visuel du stock. Il s�agit de rep�rer sur les casiers ou dans les surfaces de rangement les produits dont il est n�cessaire d�assurer le r�approvisionnement. Quelques pr�cautions sont toutefois n�cessaires : il doit s�agir de produits facilement identifiables, permanents par leur nature dans le stock, d�un prix unitaire peu �lev�, dont les d�lais de r�approvisionnement sont courts et d�un emploi r�gulier et important. Il est indispensable, au pr�alable, de fixer un stock minimal et un stock maximal, d�attribuer la responsabilit� du r�approvisionnement � une personne d�termin�e, d��tablir la p�riodicit� du contr�le, enfin de pr�voir un moyen simple de rep�rer la passation effective de la commande.</p><p>La comparaison des dates de com-</p><p>mande et de livraison montre le d�lai qui s��coule pour le r�approvisionnement ; elle indique aussi la r�gularit� ou l�irr�gularit� du fournisseur. Les comparaisons entre les quantit�s command�es et les quantit�s consomm�es permettent d�agir sur l�importance de chaque ordre d�approvisionnement en plus ou en moins. S�il s��coule trop de temps entre deux commandes, c�est que la cadence d�utilisation du produit a vari� et que les quantit�s command�es sont maintenant trop importantes.</p><p>3. Fiches de stocks. Elles men-</p><p>tionnent les mouvements (entr�essorties) r�els � elles peuvent aussi tenir compte des mouvements virtuels (affectations, r�servations) � et les soldes. Tenues au service de gestion des stocks, elles s�accompagnent de bons d�entr�e et de bons de sortie qui permettent la valorisation du stock dans les services comptables.</p><p>Utilisation</p><p>des renseignements</p><p>Le but d�un stock �tant de permettre une activit� sans �-coups, il est n�cessaire de maintenir celui-ci toujours � un certain niveau, de fa�on � ne pas se trouver en rupture de stock. Mais, parall�lement, le stockage co�te cher en frais de magasinage et en argent immobilis� ; il est important que le stock tourne le plus vite possible. Le gestionnaire de stocks doit donc toujours jouer entre ces deux extr�mes.</p><p>Le stock plancher, ou stock minimal, est d�termin� par l�examen de downloadModeText.vue.download 444 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10399</p><p>la cadence des sorties au cours d�une p�riode d�termin�e et doit �tre r�vis� fr�quemment. Il est �gal � la quantit� de mati�res � consommer pendant le temps mis � l�obtenir, c�est-�-dire � la moyenne des sorties multipli�e par le d�lai de r�approvisionnement.</p><p>Le stock de s�curit� tient compte en plus des al�as de livraison et des variations �ventuelles de consommation. S�il existe un stock de trois cents pi�ces et que cent d�entre elles sont consomm�es par mois, on peut fixer le stock minimal � deux cents pi�ces, � condition de pouvoir obtenir la commande en deux mois. Le stock de s�curit� viendra donc s�ajouter au stock minimal ; il est fix� en fonction de l�exp�rience et est, lui aussi, r�vis�.</p><p>Pour d�terminer le montant de la commande � passer, on peut proc�der au calcul suivant : si le stock plancher, c�est-�-dire la quantit� n�cessaire � la production pour une semaine, est de dix pi�ces, le stock de s�curit� de seize pi�ces si on passe la commande toutes les deux semaines, et qu�une semaine soit n�cessaire pour livrer, le stock maximal sera de 10 + 10 + 10 + 16 = 46. S�il reste quatorze articles en stock au moment de passer la commande, celle-ci sera de 46 � 14 = 32.</p><p>La rotation du stock est donn�e par le nombre de fois que le stock moyen est sorti sur une p�riode d�termin�e, g�n�ralement l�ann�e. Le stock moyen se calcule de la fa�on suivante : Le calcul de la rotation du stock renseigne sur la cadence des sorties. Si cette cadence est rapide, on peut en d�-</p><p>duire une tr�s bonne gestion du stock ; si elle est lente, elle indique qu�il y a des points � examiner. L�abaissement du taux de rotation est l�indice d�un mal qu�il faut gu�rir. La comparaison des taux de rotation, d�un exercice � un autre, permet de constater si on est en progr�s, stationnaire ou en chute.</p><p>Cependant, la constatation d�un faible taux de rotation n�est pas toujours la cons�quence d�une mauvaise gestion.</p><p>Il peut r�sulter de circonstances �conomiques (p�nurie, baisse de production, etc.).</p><p>De toute fa�on, un stock co�te tr�s cher. Au taux de 10 p. 100 l�an, pour un m�me capital engag�, une rotation de 1 co�te un int�r�t de 10 p. 100, de 2 co�te un int�r�t de 5 p. 100, de 4</p><p>co�te un int�r�t de 2,50 p. 100, de 6</p><p>co�te un int�r�t de 1,66 p. 100. Dans le troisi�me cas, le m�me stock utile n�cessite quatre fois moins d�argent que dans le premier cas.</p><p>Inventaires</p><p>Le Code de commerce oblige tout industriel ou tout commer�ant � proc�der annuellement � un inventaire (comptage r�el des effets mobiliers et immobiliers). Mais cet inventaire obligatoire est, dans bien des cas, insuffisant pour une saine gestion des stocks. On peut pratiquer soit un inventaire permanent, soit un inventaire tournant.</p><p>y L�inventaire permanent consiste � tenir une comptabilit� quantitative mouvement par mouvement de fa�on � avoir pour chaque article un solde des existants � tout moment.</p><p>y L�inventaire tournant s�op�re tout au long de l�ann�e sur l�ensemble du stock, suivant un calendrier pr��tabli. L�inventaire doit �tre rigoureux, effectu� par d�autres personnes que les distributeurs, inopin� et doit per-</p><p>mettre de passer en revue la totalit� du stock au cours d�un exercice. Pour le r�aliser, il est n�cessaire de cr�er pour chaque article une fiche d�inventaire.</p><p>� partir d�une diff�rence de</p><p>0,5 p. 100 entre les chiffres comptables et les quantit�s inventori�es, il est bon de faire des recherches pour situer soit les erreurs, soit les fuites.</p><p>Un stock bien g�r� est un stock qui concilie une rotation optimale avec l�absence de ruptures et qui �vite la formation de � rossignols � (d�chets, surplus � technicit� p�rim�e, erreurs d�approvisionnement, articles jamais utilis�s, etc.).</p><p>F. B.</p><p>F Approvisionnement / Fabrication / Tableau de bord.</p><p>H. T. Lewis, Procurement. Principles and Cases (Chicago, 1948, 3e �d. avec la coll. de W. B. England, Homewood, Illinois, 1957 ; trad. fr. la Fonction d�approvisionnement dans l�entreprise, Dunod, 1961). / S. F. Hein-ritz, Purchasing. Principles and Applications (Englewood Cliffs, N. J., 1961, 4e �d., 1965 ; trad. fr. l�Approvisionnement dans l�entreprise, �d. de l�Entreprise mod., 1963). / P. Lebas, la Gestion des stocks (Hommes et Techniques, 1967). / J. Danty-Lafrance, Strat�gie et politique d�approvisionnement (Fayard et Mame, 1970). / D. Brefort et M. Nussembaum, la Gestion scientifique des stocks (Dunod, 1971). /</p><p>M. Couetoux, les Probl�mes de l�approvisionnement (Dunod, 1972).</p><p>stockage du</p><p>p�trole et du gaz</p><p>Op�ration consistant � immobiliser temporairement certains volumes de p�trole et de gaz en les enfermant dans des enceintes appel�es r�servoirs.</p><p>R�le du stockage</p><p>La n�cessit� de stocker les ressources �nerg�tiques pour mieux contr�ler leur production, leur transport, leur distribution et leur utilisation est �vidente dans la mesure o� l�on d�sire assurer un ravitaillement abondant et r�gulier des industries et des consommateurs.</p><p>Or, l�industrie du p�trole comme celle</p><p>du gaz sont soumises � des al�as de toute esp�ce, dont l�origine peut �tre due � des d�faillances techniques, comme les avaries de machines dans les raffineries, � bord des navires ou sur les ol�oducs, � des causes naturelles impr�visibles, comme l�incertitude de la prospection des gisements, les orages en mer et sur terre ou les incendies, � des probl�mes politiques, �conomiques et commerciaux, comme les crises qui affectent p�riodiquement les relations entre pays producteurs et pays utilisateurs.</p><p>L�importance de la fonction � stockage � peut �tre jug�e par le fait que, dans une raffinerie, le parc de r�servoirs repr�sente une d�pense de capital �quivalente � celle des proc�d�s et des traitements et une occupation du sol qui immobilise 80 p. 100 du terrain disponible.</p><p>Vari�t� du stockage</p><p>En r�alit�, la fonction de stockage doit �tre assur�e � chaque �tape du chemin parcouru par le p�trole pour aller du puits � la pompe ou � la chaudi�re.</p><p>y Stockage du brut. Il est rare</p><p>qu�une raffinerie puisse �tre aliment�e directement � partir du gisement, une double rupture de d�bit devant intervenir lors du trajet interm�diaire par navire-citerne ou par ol�oduc transcontinental, ce qui n�cessite de maintenir un stock de p�trole brut de cinq jours en moyenne aussi bien au port d�embarquement qu�� celui de d�barquement. La capacit� du terminal, ou stockage de t�te de ligne, doit tenir compte de la taille unitaire �</p><p>500 000 t de cargaison pour les plus r�cents supertankers �, de la cadence irr�guli�re d�arriv�e des navires pour charger et pour d�charger, de la capacit� et de la m�thode d�exploitation des ol�oducs, de la n�cessit�, enfin, de stocker � part certains p�troles bruts moins sulfureux. En France, les plus grands terminaux sont ceux du Havre et de Fos, chacun de l�ordre de 4 Mm 3.</p><p>y Stockage en raffinerie. De nombreux r�servoirs doivent �tre pr�vus en amont et en aval de chaque unit�</p><p>de proc�d� pour absorber les discontinuit�s de marche dues aux arr�ts d�entretien et aux traitements altern�s et successifs de mati�res premi�res diff�rentes, pour stocker les bases, dont les produits finis seront ensuite tir�s par m�lange, et pour disposer d�un stock de travail suffisant afin de faire face aux �-coups d�exp�dition, tels que l�enl�vement d�une grosse cargaison par mer. La capacit� moyenne de stockage des vingt-trois raffineries fran�aises, sans les d�p�ts annexes, est de 500 000 m 3.</p><p>y Stockage de distribution. Seule une faible partie de la client�le peut �tre desservie en droiture, c�est-�-dire par un moyen de transport reliant directement l�utilisateur � la raffinerie.</p><p>Dans la majorit� des cas, il est plus �conomique de construire un d�p�t-relais, terminal de distribution, ravitaill� massivement par le moyen de transport venant de la raffinerie, qu�il s�agisse de canalisations (ol�oducs � produits finis), de navires (pour les d�p�ts c�tiers), de chalands fluviaux, de wagons-citernes ou de camions-citernes. � partir de ce d�p�t-relais, le consommateur sera aliment� par un court trajet de gros porteurs routiers ou de camions de distribution. Les six cents d�p�ts fran�ais repr�sentent une capacit� totale de 12 Mm 3.</p><p>y Stockage de r�serve. � la suite de la crise de 1956 (deuxi�me guerre isra�lo-arabe), qui avait conduit � r�tablir le rationnement de l�essence dans certains pays de l�Europe occidentale, la plupart d�entre eux ont introduit une l�gislation de stocks de r�serve obligatoires. En France, les compagnies p�troli�res doivent d�tenir � tout moment dans les r�servoirs des terminaux portuaires, des raffineries et des d�p�ts de distribution une quantit� de produit �gale � trois mois de consommation sur le march� interne ; un quart seulement de ce stock peut �tre conserv� sous forme de p�trole brut, non trait� ; le reste doit �tre constitu� par des produits raffin�s imm�diatement disponibles.</p><p>Le r�servoir de</p><p>stockage classique</p><p>Assemblage soud� de t�les de dimen-</p><p>sions normalis�es, le r�servoir p�trolier peut �tre construit dans toutes les tailles jusqu�� 150 000 m3 environ. Il downloadModeText.vue.download 445 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10400</p><p>est �quip� de nombreux accessoires, tels que soupapes de pression et de vide, trous d�homme pour le nettoyage et l�entretien int�rieurs, serpentins de r�chauffage pour le stockage de produits visqueux comme les fuel-oils, les lubrifiants, les paraffines et les bitumes, h�lico-agitateurs pour le brassage et l�homog�n�isation du contenu, etc.</p><p>La d�termination de la quantit�</p><p>exacte de produit stock� est essentielle pour des raisons techniques (calcul des rendements), commerciales (transfert de propri�t�) et fiscales (droits de douane). Elle se fait par jaugeage soit manuel, par introduction d�un d�ca-m�tre plomb� par le trou de sonde m�nag� dans le toit du r�servoir, soit automatique, par transmission �lectrique de signaux entre un flotteur qui accompagne le niveau liquide et la salle de contr�le, o� la hauteur du produit stock� peut �tre lue sur un instrument ou un �cran cathodique, imprim�e par un t�l�scripteur et trait�e sur ordinateur. Cette information lin�aire doit, en effet, �tre traduite en volume (hectolitres, m�tres cubes) � l�aide du bar�me du r�servoir, d�termin� officiellement par �palement, puis en poids (tonnes) en faisant intervenir la densit� moyenne du contenu, fonction de sa temp�rature.</p><p>Les produits volatils, comme le p�-</p><p>trole brut et les essences, sont stock�s dans des r�servoirs � toit flottant afin de limiter les pertes dues � l��vaporation et au remplissage ainsi que les odeurs provoqu�es par ces �missions � l�atmosph�re ; l��tanch�it� entre le toit et la robe est assur�e par un joint coulissant, le plus souvent en caoutchouc r�sistant aux hydrocarbures. On peut utiliser aussi des r�servoirs � toit fixe munis int�rieurement d�un �cran flottant inalt�rable.</p><p>La construction des stockages a fait</p><p>de grands progr�s gr�ce � l�utilisation d�aciers � haute limite �lastique, permettant de diminuer l��paisseur des t�les, et de machines � souder automatiques. La hauteur peut atteindre 25 m � condition que le sol ait une portance suffisante ou qu�il ait �t� convenablement compact�.</p><p>Le stockage du gaz</p><p>Pendant longtemps, on a stock� le gaz de ville � faible pression, environ 0,01 bar, dans d�immenses � gazo-m�tres � � cuve d�eau et � cloche plon-geante, dont les plus grands pouvaient emmagasiner plusieurs centaines de milliers de m�tres cubes. Avec le d�veloppement de l�industrie gazi�re, cette technique a �t� progressivement supplant�e par le stockage � l��tat liquide sous pression, beaucoup plus �conomique : une fois liqu�fi�, le gaz naturel (m�thane) diminue 600 fois de volume, le propane 250 fois, et ainsi de suite.</p><p>La pression n�cessaire pour maintenir le gaz liquide, en s�opposant � son �vaporation, est d�autant plus �lev�e qu�il est plus volatil : aux temp�ratures de stockage d��t�, le butane se trouve � 3 bar et le propane � 12 bar.</p><p>Le r�servoir � pression de gaz, dont la construction est s�v�rement r�glement�e et contr�l�e, se pr�sente comme un cylindre � fonds elliptiques ou, pour les grandes capacit�s, comme une sph�re qui est la forme g�om�trique naturelle d�une enceinte tridimensionnelle (bulle de savon). N�anmoins, � partir d�une certaine taille et d�une certaine pression de service, l��paisseur de paroi d�acier croissant, on atteint une limite technologique et �conomique, et il est pr�f�rable d�avoir recours au stockage cryog�nique (basse temp�rature) du gaz. C�est ainsi que le m�thane peut �tre maintenu en �quilibre liquide �</p><p>� 160 �C � la pression atmosph�rique, le l�ger d�gazage correspondant au d�but d��bullition �tant compens� par compression et liqu�faction d�une faible quantit� recycl�e. Le r�servoir cryog�nique est � double paroi isolante, comme une gigantesque bouteille Thermos, ou frigorifug� � l�aide de panneaux sp�ciaux (bois de balsa).</p><p>Il est �galement possible de stocker le gaz sous pression dans des formations</p><p>g�ologiques profondes.</p><p>Stockages souterrains</p><p>L�id�e de stocker des produits p�troliers dans le sol n�est pas seulement la manifestation d�un souci de s�curit�, en vue d�assurer une meilleure protection que les r�servoirs classiques aux attentats ; c�est aussi une solution �conomique aux probl�mes des grands stockages, qui �vite d�immobiliser des terrains de valeur ou de d�figurer des sites. La r�alisation de cette id�e se pr�sente actuellement sous des formes tr�s diverses.</p><p>y R�servoir enterr�. Au lieu de</p><p>construire bacs, cuves et autres r�cipients au-dessus du sol, il est tr�s facile, au prix d�un co�t suppl�mentaire, de les construire dans des fosses ensuite remblay�es ou dans des cavernes, carri�res ou mines de sel. En dehors des petites installations (stations-service, chauffage domestique), cette technique est surtout utilis�e pour les stocks militaires strat�giques.</p><p>y Stockage dans le sel. Le sous-sol rec�le d�immenses gisements de sel gemme, dans lesquels on peut cr�er des cavit�s exploitables comme stockage souterrain de produits p�troliers liquides : il suffit de forer des puits gr�ce auxquels on injecte de l�eau douce de lessivage, qui dissout le sel et remonte � la surface sous forme de saumure ; au bout d�un certain temps, on obtient � la base de chaque puits une grande poche remplie de cette saumure, qui est de l�eau satur�e de sel. Le puits sert ensuite au remplissage de la cavit� par d�placement de la saumure recueillie en surface dans un bassin � ciel ouvert, puis � la r�cup�ration du produit stock� (d�stockage), repouss� vers le haut par une r�injection d�eau ou de saumure.</p><p>L�exc�dent de saumure peut �tre trait� pour r�cup�rer le sel ou rejet� en mer soit par un cours d�eau en respectant le taux de salinit� autoris�, soit par pipe-line (saumoduc). En France, on a r�alis� ainsi des stockages de propane (15 000 m3 � Salies-de-B�arn),</p><p>d��thyl�ne (100 000 m3 � 1 500 m de profondeur � Viriat, [Ain]) et surtout de p�trole brut et de gas-oil pr�s de</p><p>Manosque : une capacit� de 10 Mm 3</p><p>y est en cours d�am�nagement � l�aide d�une trentaine de puits � 600 m de la surface.</p><p>y Caverne min�e. En utilisant l�excavation � l�explosif et autres techniques du percement des tunnels, il est possible de r�aliser des galeries souterraines de stockage � une profondeur qui doit �tre d�autant plus grande que le produit est plus volatil, afin que la pression hydrostatique r�gnant dans le sous-sol soit toujours sup�rieure � la tension de vapeur de ce dernier.</p><p>C�est ainsi que le stockage en caverne du propane (120 000 m 3) � Lav�ra (Bouches-du-Rh�ne) a �t� min� dans le calcaire � � 200 m, tandis que celui du fuel-oil (plusieurs millions de m�tres cubes) pr�s de Mantes (Yve-lines) n�est qu�� quelques dizaines de m�tres de la surface.</p><p>y Mine abandonn�e. L�ancienne</p><p>mine de fer de May-sur-Orne (Calvados) a �t� remise en service comme stockage et remplie de gas-oil</p><p>(5 Mm3).</p><p>y Gisement ou formation. Le gaz</p><p>peut �tre stock� sous pression dans des roches poreuses souterraines, qu�il s�agisse de gisements �puis�s ou de structures g�ologiques vides pr�-</p><p>sentant les caract�ristiques voulues ; ainsi, un stockage r�gularisateur �quivalant � 800 Mm 3 de gaz a �t� r�alis� pr�s de Lacq et un de 300 Mm 3 pr�s de Versailles (Beynes).</p><p>Importance du stockage</p><p>Au cours des derni�res ann�es, la capacit� des stockages p�troliers en France est pass�e de 15 � 55 Mm 3 et repr�-</p><p>sente plus de six mois de consommation int�rieure annuelle. Le co�t moyen d�investissement avoisine 250 F/m 3 en surface pour un d�p�t constitu� de r�-</p><p>servoirs classiques en site industriel, mais le recours croissant � des solutions nouvelles, comme le gigantisme et les techniques souterraines, permet de r�duire le prix de revient.</p><p>A.-H. S.</p><p>F Gisement / Offshore / P�trole / Raffinage /</p><p>R�servoir.</p><p>Stockhausen</p><p>(Karlheinz)</p><p>Compositeur allemand (M�drath, pr�s de Cologne, 1928).</p><p>� l�issue d�une jeunesse difficile, il commence v�ritablement ses �tudes musicales � Cologne, aupr�s de Frank Martin, en 1950, date de ses premi�res compositions. En 1951, aux Cours d��t� de Darmstadt, il a la r�v�lation du Mode de valeurs et d�intensit�s, l�une des Quatre �tudes de rythmes de Messiaen*, et le tout premier exemple de s�rialisation int�grale des param�tres sonores. En 1952-53, il s�journe � Paris comme �l�ve de Messiaen, mais il y conna�t �galement Pierre Boulez et fait un stage au studio de musique concr�te de la R. T. F. aupr�s de Pierre Schaeffer. Rentr� en Allemagne, il est engag� par Herbert Eimert (1897-1972) comme collaborateur permanent du studio de musique �lectronique du WDR (Westdeutscher Rundfunk) �</p><p>Cologne. Depuis 1957 (et � la seule exception des �t�s de 1964 et de 1965), il dirige des s�minaires de composition aux Cours d��t� de Darmstadt. � partir de 1963, il prend �galement en charge les � Cours de Cologne pour la musique nouvelle �, transform�s en 1968</p><p>en Institut de musique nouvelle. Mais il est �galement l�h�te de nombreux conservatoires et universit�s d�Europe, du Japon et d�Am�rique. Directeur du studio de musique �lectronique du WDR depuis 1962, il garde sa r�sidence principale pr�s de Cologne.</p><p>downloadModeText.vue.download 446 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10401</p><p>� ses multiples activit�s p�dagogiques sont venues se joindre depuis 1964 de non moins astreignantes activit�s d�interpr�te. � cette date, Stockhausen a, en effet, fond� un ensemble instrumental sp�cialis� dans l�ex�cution de ses propres oeuvres de caract�re mixte (live electronic, c�est-�-dire combinant l�ex�cution instrumentale et les moyens �lectro-acoustiques). La majeure partie de ses oeuvres r�centes</p><p>fait appel � ces moyens mixtes.</p><p>Malgr� ces t�ches multiples, Stockhausen a su demeurer avant tout un cr�ateur, l�un des plus consid�rables de la musique d�aujourd�hui. Au d�but de sa carri�re, il fut l�un des jeunes chefs de file de la musique s�rielle stricte post-webernienne, de pair avec Pierre Boulez, Luigi Nono, Luciano Berio et Bruno Maderna. Mais, d�s 1956, avec son Klavierst�ck XI, il introduisit le tout premier l��l�ment al�atoire dans la pens�e post-s�rielle. Depuis lors, il s�est affirm� comme un cr�ateur d�une souveraine libert�. Ses oeuvres de grande envergure, de Gruppen et de Carr� � Momente, � Stimmung ou � Hymnen, tout en assumant de ma-ni�re toute personnelle l�h�ritage de la grande tradition romantique allemande, t�moignent �galement d�une ouverture f�conde vers la pens�e musicale et philosophique de l�Orient. Pour Stockhausen, la musique est devenue un moyen tout-puissant de communion de l�homme avec l�univers. Si, du point de vue purement esth�tique (de toute mani�re difficile � dissocier chez lui du point de vue �thico-philosophique), ses oeuvres sont d�une r�ussite in�gale, chacune d�entre elles marque n�anmoins une �tape nouvelle sur un itin�-</p><p>raire cr�ateur. En 1956, le Chant des adolescents (Gesang der J�nglinge) fut le premier chef-d�oeuvre v�ritable de la musique �lectro-acoustique pure ; en 1960, Kontakte fut le premier chef-d�oeuvre � mixte � (sources instrumentales et �lectroniques). Gruppen, puis Carr� r�alis�rent � la m�me �poque l��clatement spatial appliqu� � de grandes formations, et cette d�marche avec Fresco (1969), Sternklang (1971) et Alphabet pour Li�ge (1972) aboutira � la sonorisation compl�te d�un lieu, donnant lieu � une multiplicit� de musiques simultan�es. Entre-temps, d�s 1963 (Plus/Minus), Stockhausen avait invit� les interpr�tes � participer � la cr�ation musicale, en leur fournissant des sch�mas, ou programmes verbaux, de caract�re po�tico-philosophique (Aus den sieben Tagen). Dans ce dernier domaine de recherche ainsi que dans sa d�marche vers l�Orient (Stimmung, 1968 ; Mantra, 1970), il s�est sans doute inspir� de l�exemple de John Cage. Il n�en demeure pas moins</p><p>que son rayonnement et son influence sur la jeune musique d�aujourd�hui sont inestimables.</p><p>Les oeuvres principales</p><p>de Stockhausen</p><p>y orchestre : Spiel (1952) ; Punkte (1952-1962) ; Gruppen pour 3 orchestres (1958) ; Carr�, pour 4 orchestres et choeurs (1960) ; Mixtur (avec g�n�rateurs sinuso�daux et modulateurs � anneaux, 1964) ; Stop (1965) ; Troisi�me R�gion des Hymnen (avec musique �lectronique, 1969) ; Fresco, pour 4 groupes d�orchestre, musique de m�ditation (1969) ; Trans (1971) ; Inori (1974).</p><p>y ensembles de solistes : Kreuzspiel (1952) ; Kontra-Punkte (1953) ; Zeitmasse (1956) ; Refrain (1959) ; Momente, pour soprano, 4 choeurs et 13 instrumentistes (1962-1964) ; Mikrophonie I (1964) ; Mikrophonie II (1965) ; Adieu (1966) ; Prozes-sion (1967) ; Stimmung, pour 6 chanteurs (1968) ; Kurzwellen (1969) ; Sternklang (1971) ; Alphabet pour Li�ge (1972) ; Ylem (1973) ; Musik im Bauch pour 6 percussions (1975).</p><p>y musique de chambre et instruments solistes : Schlagquartett (1952) ; Klavierst�cke I-IV (1952-53) ; Klavierst�cke V-X</p><p>(1954-55-1962) ; Klavierst�ck XI (1956) ; Zyklus, pour 1 percussionniste (1959) ; Solo (1965-66) ; Spiral (1968) ; Pole f�r 2</p><p>(1969-70) ; Expo f�r 3 (1969-70) ; Mantra, pour 2 pianistes (1970) ; Dans le Ciel je me prom�ne, 12 chants indiens � 2 voix (1972).</p><p>y musique �lectronique : Elektronische Studie I und II (1953-54) ; Gesang der J�nglinge im Feuerofen (1956) ; Kontakte (1960) ; Telemusik (1966) ; Hymnen (1967).</p><p>y musique intuitive (textes) : Plus/Minus (1963) ; Aus den sieben Tagen (1968) ; F�r kommende Zeiten (1968-1970).</p><p>H. H.</p><p>F Al�atoire (musique) / �lectronique [La musique �lectronique].</p><p>K. Stockhausen, Texte zur elektronischen und instrumentalen Musik (Cologne, 1963-1971 ; 3 vol.). / K. H. W�rner, Karlheinz Stockhausen (Rodenkirchen am Rhein, 1963). /</p><p>J. Cott, Stockhausen. Conversations with the</p><p>Composer (New York, 1973).</p><p>Stockholm</p><p>Capit. de la Su�de ; 750 000 hab. (agglom�ration d�environ 1 400 000 hab.).</p><p>La situation</p><p>C�est la ville la plus importante du royaume et la principale place commerciale et industrielle (usines sid�-</p><p>rurgiques, ateliers de constructions m�caniques, fabriques d�appareils �lectriques [aspirateurs, r�frig�rateurs, �cr�meuses, t�l�phones, etc.], produits chimiques, raffinerie de p�trole, industries du coton, du cuir, du caoutchouc, alimentation, confection, etc.).</p><p>L�agglom�ration groupe 18 p. 100</p><p>de la population active nationale, avec 15 p. 100 des emplois industriels, 27 p. 100 des fonctionnaires et 28 p. 100 des emplois commerciaux.</p><p>Dans l�agglom�ration, 70 p. 100 de la population active rel�vent du secteur tertiaire. Stockholm est le si�ge du gouvernement, des grandes administrations, d�un �v�ch� catholique, des principales acad�mies, d�un centre de recherches nucl�aires et de grandes �coles. C�est aussi un carrefour, au d�bouch�, sur la Baltique, de l�active r�gion des basses terres centrales (Svealand), entre la Su�de m�ridionale industrialis�e et agricole et l�immense Norrland, peu peupl�, mais riche de ses for�ts et de son minerai de fer. Routes et voies ferr�es convergent vers Stockholm, lieu principal de passage entre le nord et le sud du pays. L�a�roport international de Bromma, au nord-ouest de la ville, et le port marchand (Lilla V�rtan), le quatri�me de Su�de (6,5 Mt de trafic), assurent, entre autres, de nombreuses liaisons quotidiennes avec la Finlande.</p><p>Avec ses nombreuses �les cern�es par les eaux lacustres et marines, re-li�es souvent par des ponts aux lignes hardies, jouissant d�un climat agr�able, chaud en �t�, la ville, qui allie harmonieusement les espaces verts, les parcs, et les grands ensembles r�sidentiels ou commerciaux avec la vieille cit� historique et ses nombreux monuments, est une des plus belles de Scandinavie et le</p><p>principal centre de tourisme du pays.</p><p>Par son site, Stockholm est une</p><p>ville-pont, install�e sur l��missaire du lac M�laren : le Riddarfj�rden a son d�bouch� dans le Saltsj�n. Ce dernier, bas fjord d�une vingtaine de kilom�tres au travers de l�archipel du � Sk�rg�rd �</p><p>(� jardin d��cueils �), la met en communication avec la Baltique. La voie terrestre suit un long �s (accumulation lin�aire de mat�riel morainique reposant sur un socle de gneiss et granit�s), cr�ant une chauss�e naturelle orient�e du nord-ouest au sud-est, qui forme un groupe de petites �les, Staden (la cit�), Riddarholmen et Helgeandshol-men, entour�es d��troits chenaux. Site originel de la ville, ces �les en forment actuellement le coeur, et le lieu de passage le plus fr�quent�, d�bouchant au sud sur le remarquable noeud de circulation, de � Slussen � (l��cluse), o� se croisent voies routi�res, chemin de fer, m�tropolitain et navires, au pied de la haute et noire falaise m�ridionale de S�dermalm.</p><p>Le d�veloppement</p><p>historique</p><p>Ce serait vers 1252 que Birger Jarl, r�gent de Su�de, fonda la cit� de Stockholm sur l��le appel�e aujourd�hui Staden (Staden mellan broarna : la cit� entre les ponts) et fit construire le ch�-</p><p>teau appel� par la suite Tre Kronor (les Trois Couronnes), qui br�la en 1697</p><p>downloadModeText.vue.download 447 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10402</p><p>et � l�emplacement duquel fut �difi� et termin� en 1754 l�actuel ch�teau royal. En 1264 d�buta � proximit� le chantier de la Grande �glise, Storkyrkan (d�di�e � saint Nicolas de Myre, patron des navigateurs), cath�drale nationale de la Su�de. Cet �difice fut en grande partie reconstruit au XVe s.</p><p>et tr�s remani� entre 1736 et 1743 par l�architecte J. E. Carlberg. Magnus VII Eriksson et Blanche de Namur y furent couronn�s, ainsi que la reine Christine, Charles XII, Gustave III et les rois de la maison de Bernadotte.</p><p>Sur l��le proche de Riddarholmen fut fond� en 1270 par le roi Magnus Ladul�s un monast�re franciscain.</p><p>Dans l��glise �difi�e vers 1280 reposent actuellement, depuis Gustave II Adolphe (1632), tous les souverains de Su�de. La ville a t�t d�bord� aussi sur la rive nord du lac M�laren, o� fut fond� en 1282 le clo�tre Sainte-Claire, aujourd�hui disparu. � son emplacement s��l�ve, pr�s de la gare, l��glise Klara kyrka, b�tie au XVIe s.</p><p>En 1397 fut r�alis�e l�Union de Kalmar, qui pla�a la Su�de, le Danemark et la Norv�ge sous la souverainet� du roi du Danemark : le conflit entre les int�r�ts danois et su�dois provoqua l��clips� de Stockholm, qui souffrit en outre, dans ses int�r�ts �conomiques, du blocus hans�atique contre les pays scandinaves.</p><p>� la fin du XVe s., la Su�de parvint � secouer le joug danois, et des administrateurs nationaux, les Sture, gouvern�rent le pays. En 1520, cependant, le roi Christian II de Danemark (1513-1523) reconquit la Su�de ; le dernier Sture fut tu� dans la bataille, et Stockholm, h�ro�quement d�fendue par sa veuve, Kristina Gyllenstierna (1494-1559), dut capituler en septembre 1520. Les Danois noy�rent la r�volte dans le sang : ce furent les � v�pres stockholmiennes �.</p><p>Mais ces massacres provoqu�rent</p><p>un sursaut national. En 1521, Gustave Vasa prit la t�te de la r�volte nationale, secoua le joug danois et, en 1523, entra en roi ind�pendant et victorieux � Stockholm, qui devint d�s lors la capitale politique et �conomique de la Su�de.</p><p>Cependant, la ville ne prit vraiment son essor que sous le r�gne de Gustave II Adolphe (1611-1632) : sa population atteignait 9 000 habitants � la mort du souverain ; elle devait passer � 40 000 habitants vers 1660 (la croissance de la ville s��tant poursuivie sous le r�gne de Christine* [1632-1654], fille de Gustave II Adolphe), pour atteindre 75 000 habitants en 1700.</p><p>A partir de la seconde moiti� du XVIIe s. et au XVIIIe s. furent b�tis de nombreux monuments dans une ville qui, d�bordant le cadre des �les, s��ten-</p><p>dait sur les rives nord et sud.</p><p>Au XVIIIe s., Stockholm, devenue un important foyer culturel (scientifique et litt�raire), commen�a � attirer les savants et les �rudits, concurren�ant Lund et Uppsala, en particulier sous le r�gne de Gustave III (assassin� en 1792).</p><p>Au d�but du XIXe s., avec l�av�nement de la dynastie des Bernadotte, la Su�de s�installa dans la paix. La libert� �conomique et le libre-�change allaient, au milieu du si�cle, favoriser l�expansion de Stockholm, tandis que le pouvoir administratif et politique s�y affirmait davantage. En 1850, la ville comptait 90 000 habitants.</p><p>La seconde moiti� du XIXe s. et le d�but du XXe s. voyaient, avec le d�veloppement des voies ferr�es, s�installer des usines ; Stockholm s��tendait sur toutes les �les et les presqu��les dans un rayon de 3 km autour de l��le de Staden avec de longues rues bien trac�es, de grands immeubles et des parcs.</p><p>Nombreux sont les monuments de cette �poque : l�Op�ra royal, le Mus�e national, �difi� en 1866 dans le style de la Renaissance, la Biblioth�que royale, construite en 1870. Le Parlement, Riksdagshuset, fut �lev� en 1905 dans l��le du Norrstr�m, et le palais de justice (R�dhuset) fut inaugur� en 1915</p><p>dans celle de Kungsholmen. Dans l��le de Djurg�rden furent fond�s par le docteur Artur Hazelius en 1872 le Mus�e nordique (Nordiska museet) et en 1891</p><p>le c�l�bre Mus�e historique et folklorique en plein air de Skansen.</p><p>La ville actuelle</p><p>L�urbanisme est caract�ris� par les solutions apport�es aux probl�mes de la circulation : grands ponts, �changeurs (croisement de � Slussen �), r�seau moderne et efficace du m�tropolitain. Des quartiers et des villes satellites, bien reli�s au centre de la ville, telle l�exemplaire cit� de V�llingby (25 000 hab.), o� l�on peut � la fois r�sider et travailler, se sont �difi�s au milieu des parcs, sur les �les et les rives du lac M�laren. En contraste, sur la rive nord, s�est construit depuis 1950</p><p>le Norrmalm, centre des affaires, carre-</p><p>four o� se dressent de hauts immeubles en aluminium, en acier et en verre, si�ges des grandes soci�t�s industrielles, bancaires et commerciales du pays. � proximit� se trouve H�torget avec ses grands magasins, une circulation r�partie sur diff�rents niveaux et un important centre d�achat reli� � la station centrale du m�tro.</p><p>La ville actuelle est form�e par cinq quartiers principaux : Staden, la vieille cit� entre les ponts, au centre, avec ses vieilles rues �troites et ses monuments anciens (la Grande �glise, le ch�teau royal, le Parlement), contourn�e par l�intense circulation qui traverse le Riddarfj�rden ; au nord, install�e sur les hauteurs de l��s, Norrmalm, ville moderne, ordonn�e, centre des affaires, avec la gare ; au nord-est, �stermalm, quartier r�sidentiel luxueux aboutis-downloadModeText.vue.download 448 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10403</p><p>sant au port sur le Lilla V�rtan, bord� au sud par l��le de Djurg�rden avec ses mus�es ; Kungsholmen, l��le du nord-ouest, o� s��l�vent le palais de justice et l�h�tel de ville ; S�dermalm, formant la rive sud du lac M�laren et du Saltsj�n, quartier � la fois r�sidentiel et industriel, qui a gard� pr�s de � Slussen � des rues �troites et de vieilles maisons.</p><p>J. G.</p><p>L�art � Stockholm</p><p>Le Moyen �ge n�a pas laiss� � Stockholm d�h�ritage consid�rable. L�int�-</p><p>rieur gothique de l��glise Saint-Nicolas et l��glise franciscaine de Riddarholmen en sont les t�moins les plus no-toires. Il faut citer aussi l�activit� des sculpteurs sur bois, influenc�s par le style de l�Allemagne du Nord, que re-pr�sente le Saint Georges et le dragon (1489) de Bernt Notke (v. 1440-1509) � la Storkyrkan, la plus vieille paroisse de la ville.</p><p>En 1620, la ville frappait encore les observateurs par son aspect rural, le vert des toits couverts de gazon</p><p>contrastant avec les hautes chemin�es blanches. Mais l�impulsion donn�e par Gustave Adolphe et plus encore par le r�gent A. G. Oxenstierna favorisa une activit� architecturale sans pr�c�dent.</p><p>Le style de la Renaissance nordique, tr�s orn�, est pr�sent � l��glise Saint-Jacob, commenc�e � la fin du XVIe s., et � la � maison de Petersen �. Le milieu du XVIIe s. voit l�importance de Stockholm cro�tre rapidement, et les demeures aristocratiques s��lever les unes apr�s les autres. Le Riddarhuset (palais de la Noblesse), entrepris en 1641 par les Fran�ais Simon (1590-1642) et Jean (1620-1696) de La Vall�e, termin� par le N�erlandais Justus Vingboons (v. 1620-1698), est d�un classicisme marqu� par la Hollande. Dans le m�me esprit, les palais Wrangel, Rosenhane, Oxenstierna, l�ancien h�tel de ville et l�ancienne banque du royaume sont dus � Jean de La Vall�e et au Su�dois Nicodemus Tessin l�Ancien.</p><p>L�un apr�s l�autre, de 1662 � 1700, Nicodemus Tessin l�Ancien (1615-1681) et son fils, Nicodemus le Jeune (1654-1728), dirig�rent les travaux du</p><p>� Versailles su�dois �, le ch�teau de Drottningholm, dans l��le de Lov�. Les b�timents � la fran�aise se dressent au milieu d�un parc orn� de pavillons de style chinois, construits au XVIIIe s. par Carl Fredrik Adelcrantz (1716-1796), d�cor�s sur des mod�les de Fran�ois Boucher et meubl�s d�objets sp�cialement import�s par la Compagnie des Indes. C�est � Nicodemus Tessin le Jeune que revint l�entreprise du nouveau ch�teau royal (1697-1754), dont l�aust�re fa�ade sur la mer emprunte beaucoup au baroque romain. Le b�timent fait partie d�un vaste ensemble qui regroupe sur une terrasse la- place Gustave-Adolphe et le palais du prince h�r�ditaire, plus tardif et qui comprenait autrefois l�Op�ra de Gustave III, d�truit au XIXe s. C�est Trianon qui inspira � Gustave III l�id�e du petit ch�-</p><p>teau de Haga, situ� aux environs de la capitale. L�architecte Olof Tempelman (1745-1816) y collabora avec le d�corateur fran�ais Louis Masreliez (1747-1810), qui propagea en Su�de la mode du style Louis XVI.</p><p>Les oeuvres du XIXe s. c�dent, comme</p><p>ailleurs, � un go�t composite. Plus int�ressantes sont les r�alisations du XXe s. : le nouvel h�tel de ville, b�ti entre 1911 et 1923 par Ragnar �stberg (1866-1945), un peu trop v�nitien, mais de belles proportions ; la biblioth�que municipale (1928) de Gun-</p><p>nar Asplund (1885-1940) ; depuis la Seconde Guerre mondiale, la maison de la culture de Peter Celsing (1920-1974) et surtout les travaux d�urbanisme de Sven Markelius (1889-1972), ma�tre d�oeuvre de la ville satellite de V�llingby.</p><p>Les mus�es de Stockholm sont</p><p>d�un grand int�r�t. Outre les diff�-</p><p>rents mus�es consacr�s aux antiquit�s nationales, au folklore, � l�art ancien (grandes �coles europ�ennes) et � l�art moderne, il faut citer des r�alisations originales, comme le mus�e d�Extr�me-Orient, qui pr�sente dans un d�cor soigneusement �tudi� la collection royale r�cemment donn�e � l��tat, et aussi le mus�e Wasa, o� sont expos�s les objets trouv�s au cours de fouilles sous-marines et provenant d�un vaisseau naufrag� en 1628, aujourd�hui reconstitu�.</p><p>E. P.</p><p>Stockholm, la ville au bord des eaux (Stockholm, 1955).</p><p>sto�ciens (les)</p><p>�cole philosophique grecque.</p><p>Stoa est un mot grec qui signifie</p><p>� portique � : le fondateur du sto�cisme, Z�non, enseignait pr�s du portique Poecile � Ath�nes. On appelle aussi parfois les sto�ciens � philosophes du Portique �.</p><p>C�est vers 312 av. J.-C. que Z�non de Kition (v. 335 - v. 264 av. J.-C.) d�barque � Ath�nes : platoniciens, aristot�liciens, cyniques* et m�ga-riques se disputent l�enseignement philosophique. On l�appelle le � petit Ph�nicien � (Kition [auj. L�rnaka], situ�e dans l��le de Chypre, appartient alors � des colons ph�niciens), marquant par l� peut-�tre le lien et la ressemblance de sa pens�e avec la pens�e orientale. Z�non est fils de marchand, et c�est presque par hasard, � la suite d�un naufrage, qu�il vient �</p><p>la philosophie. �chou� � Ath�nes, il feuillette les M�morables de X�nophon ; aussit�t passionn�, il demande o� l�on peut trouver des hommes aussi remarquables, et le libraire, montrant le philosophe cynique Crat�s de Th�bes, qui passe par l�, lui dit : � Tu n�as qu�� le suivre. � C�est donc par l�enseignement d�un cynique que commence le sto�cisme. La doctrine cynique, fond�e par Antisth�ne, est avant tout un refus des conventions sociales : le sage vit selon la nature et en soci�t� avec lui-m�me. Pour d�noncer les attitudes qu�ils bl�ment chez leurs contemporains, les cyniques utilisent le scandale et le sarcasme : jugeant Z�non trop timide, Crat�s donne � celui-ci un pot de pur�e � porter � travers le quartier du C�ramique. Comme Z�non, confus, essaie de se cacher, il casse le pot d�un coup de b�ton, et la pur�e coule le long des jambes de Z�non, qui s�enfuit, tout honteux. � Pourquoi t�enfuis-tu, petit Ph�nicien, je ne t�ai fait aucun mal ! �, lui crie Crat�s. Z�non, en tout cas, retiendra le sens de la r�partie et de la r�ponse cinglante ainsi que l�id�e, centrale dans le sto�cisme, que le sage est un homme qui vit conform�ment � la nature.</p><p>C�est vers 300 que Z�non commence � enseigner. Vivant avec la parcimonie d�un Barbare, ne faisant pas payer son enseignement, pesant chacun de ses mots, Z�non fait plut�t penser � un proph�te qu�� un rh�teur ou un dialecticien. De fait, l�essentiel du sto�cisme est une attitude que la th�orie ne fait qu��tayer. Cela n�emp�chera pas le sto�cisme d��tre une �cole. Dans son histoire, on distingue traditionnellement trois p�riodes.</p><p>y Z�non se rattache � l�ancien sto�-</p><p>cisme, avec Cl�anthe et Chrysippe.</p><p>Cl�anthe (v. 331 - v. 232 av. J.-C.) est d�abord un athl�te : sa force lui permet d�exercer les travaux les plus p�nibles. On l�appelle le � Puiseur d�eau � ou le � second H�racl�s �.</p><p>On pense que Z�non le choisit pour successeur, non pour son esprit, qui est peu vif, mais pour la fid�lit� avec laquelle il rapporte l�enseignement du ma�tre, dont il est dix-neuf ans l��l�ve. Chrysippe (281-205 av. J.-</p><p>C.) est, au contraire, un orgueilleux</p><p>et savant dialecticien. Bourreau de travail, il aurait �crit, d�apr�s Diog�ne La�rce, 705 ouvrages. L�essentiel de son enseignement est un dogmatisme pol�mique dirig� contre les subtilit�s de l��cole de M�gare, qui, par son go�t des controverses (on l�appelle l�� �cole �ristique � : qui aime les controverses), tendait vers le scepticisme. Si grandes �taient l�assurance et la renomm�e de Chrysippe qu�on en vient � dire de lui : � Si les downloadModeText.vue.download 449 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10404</p><p>dieux font de la dialectique, ils ne se servent pas d�une autre que de celle de Chrysippe. � Avec lui, le sto�cisme prend vraiment un caract�re syst�matique et th�orique.</p><p>y On appelle moyen sto�cisme celui qui se r�pand � Rome gr�ce � Pan�-</p><p>tius (Panaitios) [v. 180 - v. 110 av.</p><p>J.-C.]. Originaire de Rhodes, celui-ci apprend la philosophie � Ath�nes avec Antipatros de Tarse. � Rome, il devient l�ami de Scipion* �milien, qu�il accompagne dans son voyage en Orient. Cette amiti� est un sympt�me significatif : les conqu�tes romaines ont besoin d�une morale personnelle ; l�humanisme universaliste des sto�-</p><p>ciens r�pondra � cette aspiration.</p><p>C�est pourquoi, avec Pan�tius, le sto�-</p><p>cisme s�infl�chit vers un humanisme de la raison, bien fait pour s�duire les Romains ; Cic�ron s�inspirera fortement de son trait� Sur les devoirs dans les deux premiers livres du De officiis.</p><p>y Trois si�cles apr�s Z�non, enfin, avec l�apparition du christianisme et la menace barbare aux fronti�res de l�Empire, se d�veloppe le dernier sto�cisme, ou sto�cisme de l��poque imp�riale, qui aura pour repr�sentant l�empereur Marc Aur�le lui-m�me.</p><p>Le sto�cisme de S�n�que* (v. 4 av.</p><p>J.-C. - 65 apr. J.-C.), homme de lettres et courtisan, est une doctrine affadie et indulgente.</p><p>�pict�te (v. 50 - entre 125-130) est un esclave, vendu au hasard des mar-</p><p>ch�s � �paphrodite, un affranchi de N�ron. �paphrodite le met � l��preuve, en lui emprisonnant la jambe dans un brodequin de torture. � Tu vas me casser la jambe �, l�avertit �pict�te.</p><p>�paphrodite continua...</p><p>� Je t�avais pr�venu, se contenta de constater �pict�te, tu viens de me la casser. �</p><p>Sa sagesse se r�sume en deux mots :</p><p>� Abstiens-toi et supporte. � Comme celui de Socrate, son enseignement fut tout entier oral. Un de ses disciples, Arrien, a recueilli ses Entretiens, dont il ne reste que les quatre premiers livres ; de l� vient le Manuel d��pict�te, que Descartes conna�tra parfaitement. C�est � l�esclave �pict�te que nous devons la distinction entre les � choses qui d�pendent de nous �, c�est-�-dire nos mouvements, nos d�sirs ou nos inclina-tions, et celles � qui ne d�pendent pas de nous �, et que nous devons prendre comme elles arrivent. Cette soumission � l�ordre du monde est sous-tendue par un sentiment religieux et une confiance en la Providence qu�il est difficile de ne pas rapprocher des id�es r�pandues par le christianisme naissant, m�me si �pict�te, tout comme Marc Aur�le, refusa de voir les chr�tiens autrement que comme des insens�s.</p><p>Marc Aur�le* (121-180) perd son</p><p>p�re de bonne heure et rev�t d�s douze ans le manteau des sto�ciens. Ayant �pous� la fille de l�empereur Antonin, Annia Galeria Faustina, il devient empereur lui-m�me, � la mort de celui-ci, en 161. Il reste de lui douze livres de Pens�es, qu�il a �crits en grec, une sorte de journal intime et m�taphysique. En fait, Marc Aur�le cherche un approfondissement du sens du devoir face � une existence �ph�m�re et � une Providence bienveillante. � La dur�e de la vie humaine est un point ; la ma-ti�re, un flux perp�tuel ; la sensation, un ph�nom�ne obscur ; la r�union des parties du corps, une masse corruptible ; l��me, un tourbillon ; le sort, une �nigme ; la r�putation, une chose sans jugement. Pour le dire en somme, du corps, tout est fleuve qui coule ; de l��me, tout est songe et fum�e ; la vie est une guerre, une halte de voyageurs ;</p><p>la renomm�e posthume, c�est l�oubli.</p><p>Qu�est-ce donc qui peut nous servir de guide ? Une chose et une seule, la philosophie. �</p><p>Mais, si la philosophie de Marc</p><p>Aur�le t�moigne d�une profonde inqui�tude, elle s�ouvre aussi sur une sorte d�humanisme avec la notion de</p><p>� citoyen du monde �, � laquelle Marc Aur�le nous invite � nous confronter.</p><p>Apr�s Marc Aur�le, il n�y a plus de grand nom de la philosophie sto�-</p><p>cienne, mais l��thique en demeure vivace � travers le Moyen �ge et les Temps modernes, � tel point que toute r�flexion morale ne peut se passer d�une confrontation au sto�cisme. Les sto�ciens, d�ailleurs, syst�matisaient leur philosophie par des comparaisons o� la morale �tait le fruit : � [...] Ils la comparent � un champ fertile : la cl�-</p><p>ture qui se trouve tout autour, c�est la logique ; le fruit, c�est la morale ; la terre ou les arbres sont la physique �</p><p>(Diog�ne La�rce). Issu de conditions historiques pr�cises, profond�ment ancr� dans la pens�e antique, le sto�-</p><p>cisme a pourtant su, par sa simplicit� et son universalit�, traverser les si�cles.</p><p>D. C.</p><p>A. Virieux-Reymond, la Logique et l��pist�mologie des sto�ciens (Vrin, 1950) ; Pour conna�tre la pens�e des sto�ciens (Bordas, 1976). / V. Goldschmidt, le Syst�me sto�cien et l�id�e de temps (Vrin, 1954). / J. Brun, le Sto�-</p><p>cisme (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1958 ; 6e �d., 1972). / G. Pire, Sto�cisme et p�dagogie (Vrin, 1958). / J. M. Rist, Stoic Philosophy (Londres, 1969). / G. Rodis-Lewis, la Morale sto�cienne (P. U. F., 1970). / A. J. Voelke, l�Id�e de volont� dans le sto�cisme (P. U. F., 1973).</p><p>stomatite</p><p>Inflammation de la muqueuse buccale.</p><p>L��tude clinique des stomatites</p><p>permet de distinguer : des l�sions inflammatoires banales, des gingivo-stomatites scorbutiques, des l�sions sp�cifiques, des ulc�rations chroniques profondes.</p><p>Les l�sions</p><p>inflammatoires banales</p><p>Elles demeurent parfois au stade congestif (rougeur) avec souvent une desquamation des couches superficielles de la muqueuse (stomatite �ryth�mateuse, catarrhale, avec hypers�cr�tion de la muqueuse, ou pultac�e</p><p>[avec pus]). Ces stomatites ou gingivo-stomatites (int�ressant sp�cialement les gencives) peuvent �tre des manifestations de fi�vres �ruptives, telles que la rougeole ou de maladies infectieuses, telles que la grippe ou la typho�de.</p><p>Plus rarement, l�inflammation s�accompagne d�un exsudat s�ro-fibrineux formant une fausse membrane ; il s�agit d�une stomatite pseudo-membraneuse.</p><p>Celle qui est provoqu�e par la dipht�-</p><p>rie* s�accompagne d�une angine, d�une forte ad�nopathie (ganglion) et de troubles g�n�raux (p�leur, fi�vre plus ou moins �lev�e). Lorsque des ulc�-</p><p>rations se forment, occasionn�es par une n�crose limit�e � l��piderme et aux couches superficielles du derme, on se trouve en pr�sence d�une stomatite ulc�reuse. Les l�sions si�gent surtout autour des dents cari�es.</p><p>Il peut exister �galement des causes m�dicamenteuses : stomatite bismuthique, mercurielle, phosphorique, argyrique (argent), antimoniale, ars�no-benzolique.</p><p>Les gingivo-stomatites ulc�-</p><p>reuses peuvent s�observer dans plusieurs affections du sang : leuc�mie*</p><p>aigu�, agranulocytose, angines* avec mononucl�ose.</p><p>Les stomatites gangreneuses sont rares et ne se produisent que lorsque l��tat g�n�ral du malade est tr�s d�ficient et que les germes sont particuli�-</p><p>rement virulents.</p><p>Le noma est une gingivo-stomatite gangreneuse �voluant surtout sur les muqueuses buccales de rougeoleux tr�s d�bilit�s. La muqueuse devient ros� p�le et se recouvre de bulles et de v�sicules (phlyct�nes), et elle pr�-</p><p>sente ensuite une ulc�ration noir�tre qui s��tend rapidement en surface et en profondeur jusqu�aux muscles et au tissu osseux.</p><p>Les gingivo-stomatites scorbutiques</p><p>Signe essentiel du scorbut*, elles sont occasionn�es par une d�ficience en vitamine C (acide ascorbique). Les gencives s�hypertrophient et prennent l�aspect de bourgeons charnus de couleur lie-de-vin.</p><p>Les muqueuses s�ulc�rent au niveau du collet des dents et d�chaussent ces derni�res, qui deviennent mobiles et tombent. Les h�morragies buccales sont fr�quentes.</p><p>Les l�sions sp�cifiques</p><p>En rapport avec une affection bien d�termin�e, elles se manifestent par des pigmentations, des �rosions (v�sicules et bulles, chancre syphilitique), des l�sions saillantes non ulc�r�es de la gencive.</p><p>Les pigmentations</p><p>Elles forment le plus souvent un lis�r� au niveau de la gencive marginale.</p><p>Elles sont occasionn�es en g�n�ral par des intoxications m�dicamenteuses (lis�r� bismuthique ou argentique) ou professionnelles (plomb [lis�r� de Burton], mercure).</p><p>Lorsque le malade, asth�nique,</p><p>hypotendu, pr�sente une coloration fonc�e de la peau (m�lanodermie) et des muqueuses, il s�agit d�une maladie d�Addison (atteinte des capsules surr�nales*).</p><p>Il faut signaler, toutefois, que la pigmentation peut �tre d�origine ethnique (race noire) ou cong�nitale. Elle peut �tre provoqu�e �galement par la syphilis lorsqu�elle est associ�e � la leucoplasie (affection chronique se manifestant par des plaques blanch�tres ou opalines sur les muqueuses, particuli�-</p><p>rement sur la langue). La leucoplasie peut d�g�n�rer en cancer, surtout chez les grands fumeurs.</p><p>Les �rosions</p><p>La gingivo-stomatite aphteuse, l�her-p�s se manifestent par des v�sicules et des bulles. La varicelle se manifeste par des petites v�sicules, et la variole</p><p>par des pustules. Citons, pour m�moire, le zona buccal, tr�s rare. Le chancre syphilitique est une �rosion couleur lie-downloadModeText.vue.download 450 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10405</p><p>de-vin qui repose sur une induration lamelleuse ou nodulaire (v. syphilis).</p><p>Les l�sions saillantes,</p><p>non ulc�r�es de la gencive</p><p>Elles peuvent �tre constitu�es par de petits tubercules se d�veloppant � l�int�rieur de la muqueuse � grains lupiques (lupus) tuberculeux, de couleur sucre d�orge, ou tubercules syphilitiques, rouges, brun�tres et durs �</p><p>ou bien par un nodule si�geant sous la muqueuse gingivale � gomme</p><p>tuberculeuse ou syphilitique, nodule actino-mycosique �, ou bien encore par un processus v�g�tant de la muqueuse � leucoplasie verruqueuse ou papillomateuse.</p><p>Lorsque la tumeur v�g�tante repose sur une base indur�e, on peut se trouver en pr�sence d�un cancer v�g�tant de la muqueuse. Si la tumeur n�entra�ne pas d�infiltrations sous-jacentes, il peut s�agir de tumeurs b�nignes (papillomes ou bien lymphangiomes, tr�s rares).</p><p>Les ulc�rations</p><p>chroniques profondes</p><p>de la muqueuse buccale</p><p>Ces ulc�rations sont, par ordre de fr�-</p><p>quence d�croissante : canc�reuses, tuberculeuses ou traumatiques. Le diagnostic de l�affection en cause doit �tre fait avant l��volution en profondeur, qui repr�sente un stade d�acc�s th�rapeutique difficile.</p><p>Prophylaxie et</p><p>traitement des stomatites</p><p>Une hygi�ne dentaire soigneuse (bros-sages au moins biquotidiens), une mise en �tat r�guli�re de la bouche et des dents (examen buccal par le sp�cialiste tous les six mois ou au moins une fois par an) sont indispensables pour pr�venir toute atteinte gingivale.</p><p>Les stomatites de faible intensit� gu�rissent le plus souvent � l�aide d�un traitement local antiseptique et des instillations faites par le sp�cialiste aux collets des dents et dans les espaces interdentaires � l�aide d�acide chromique ou d�un m�lange d�acides trichlorac�tique et salicylique. Le bros-sage des dents sera effectu� avec des p�tes dentifrices bact�ricides. Enfin, le massage quotidien des gencives pourra �tre effectu� par le patient avec des onguents sp�ciaux.</p><p>Pour les gingivo-stomatites s�v�res, un traitement antibiotique g�n�ral est n�cessaire (par voie buccale ou en injections intramusculaires) ; l�antibiotique est choisi en fonction du ou des germes en cause. Localement, la thyrothricine, bact�riostatique et bact�riolytique, tr�s efficace, ainsi que diff�rents antiseptiques chimiques (hexa-midine, ammoniums quaternaires, etc.) peuvent �tre employ�s. Dans certains cas, des traitements chirurgicaux pourront �tre effectu�s : gingivectomies, ablation de tumeurs par exemple.</p><p>Ch. M. S.</p><p>stomatologie</p><p>F ODONTO-STOMATOLOGIE.</p><p>Stomocord�s</p><p>Embranchement de M�tazoaires deu-t�rostomiens et �pith�lioneuriens qui poss�dent une formation sp�ciale, ou stomocorde, analogue (mais non assimilable) par sa structure cellulaire � la corde des Cord�s. (Syn. H�micord�s.) Les Stomocord�s ont en outre une cavit� pharyngienne qui communique avec l�ext�rieur par des orifices lat�-</p><p>raux, ce qui leur a valu le nom de pha-ryngotr�mes. Les mieux connus constituent la classe des Ent�ropneustes, ou Balanoglosses, qui nous servira d�exemple.</p><p>Description</p><p>Les Balanoglosses ont l�aspect de gros Vers, g�n�ralement de 10 � 15 cm de long et de 1 cm de diam�tre, mais pou-</p><p>vant atteindre 2,50 m chez Balanoglos-sus gigas des mers chaudes. Certains habitent la zone abyssale ; beaucoup occupent la zone de balancement des mar�es dans nos r�gions ; ils creusent avec rapidit� dans le sable ou la vase de longues galeries en forme de U qui leur servent de refuge � mar�e basse et qu�ils quittent � mar�e haute pour rechercher leur nourriture.</p><p>Le caract�re fondamental des Balanoglosses est la division du corps en trois parties : le gland, ou protosome, le collier, ou m�sosome, et enfin le m�tasome, partie la plus importante. Chaque r�gion est pourvue de son propre coelome (impair dans le gland, pair ailleurs). Le gland est un organe �rectile dont l�animal se sert pour fouir ; il a souvent la forme d�un gland de ch�ne : d�o� son nom. Il est ench�ss� dans le collier, qui s�cr�te le mucus tapissant les galeries. La bouche s�ouvre sur la face ventrale, � la limite entre le gland et le collier. Le m�tasome comprend une r�gion ant�rieure, perc�e de vingt � quarante fentes branchiales, une r�-</p><p>gion g�nitale, o� s�ouvrent les pores g�nitaux, et une r�gion post�rieure, qui se termine par l�anus. Le tube digestif occupe la plus grande partie du corps.</p><p>Dans sa partie ant�rieure, ou pharynx, des fentes branchiales le font communiquer avec l�ext�rieur et assurent la respiration. En outre, dans le plan de sym�trie et en avant du tube digestif, il existe un diverticule dorsal, ou stomocorde, qui p�n�tre dans le gland et qui est form� de cellules vacuolis�es et turgescentes analogues � celles de la corde dorsale des Cord�s. Le syst�me nerveux est rudimentaire. Il comprend essentiellement deux troncs longitudinaux dorsal et ventral avec, comme seul centre bien diff�renci�, une zone appel�e moelle centrale, situ�e dans le collier. Il pr�sente la particularit� de rester en contact avec l��piderme (d�o� l��pith�te d��pith�lioneuriens).</p><p>La reproduction est tr�s int�ressante.</p><p>Les organes g�nitaux sont identiques dans les deux sexes et d�bouchent directement � l�ext�rieur. Les oeufs peuvent subir un d�veloppement direct quand ils sont riches en vitellus ou un d�veloppement indirect quand ils sont pauvres en vitellus. Dans ce dernier</p><p>cas, il existe une larve p�lagique qui ressemble beaucoup � la larve bipinna-ria des �toiles de mer (�chinodermes) et qui a re�u le nom de tornaria. Cette larve est caract�ris�e par l�existence de trois ceintures cili�es. Elle se d�veloppe surtout par la r�gion post�rieure � l�orifice buccal ; on y voit appara�tre deux paires de sacs coelomiques, autour desquels s�organisent respectivement le collier et le m�tasome, alors que la r�gion ant�rieure � la bouche, avec son coelome impair, formera le gland.</p><p>Affinit�s</p><p>des Stomocord�s</p><p>Les Stomocord�s tel le Balanoglosse sont des M�tazoaires trisegment�s et �pith�lioneuriens. Ces caract�res se retrouvent chez les �chinodermes, et ce rapprochement est encore renforc� par la morphologie larvaire et l�absence de n�phridies comme organes excr�teurs.</p><p>Mais les �chinodermes ont acquis une sym�trie rayonn�e de type 5 et une grande complication de leur syst�me coelomique, alors que les Stomocord�s ont gard� la sym�trie bilat�rale. Les Pogonophores* sont �galement voisins des Stomocord�s.</p><p>L�existence d�une stomocorde li�e au tube digestif et la pr�sence de fentes branchiales pharyngiennes sugg�rent en outre des rapprochements avec les Cord�s. Ceux-ci ont cependant une corde dorsale bien d�velopp�e (au moins chez les larves) et un syst�me nerveux ind�pendant de l��piderme.</p><p>L�embranchement des Stomocord�s</p><p>comprend :</p><p>� les Ent�ropneustes, ou Balano-</p><p>glosses, que nous venons de d�crire, avec quatre familles et une dizaine de genres ;</p><p>� les Pt�robranches*, animaux marins de forme tr�s diff�rente, mais qui poss�dent les traits anatomiques fondamentaux des Stomocord�s ;</p><p>� les Graptolites*, fossiles de l��re primaire, extr�mement communs dans les schistes, o� ils apparaissent comme downloadModeText.vue.download 451 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10406</p><p>des stries grav�es, d�o� leur nom ; ils sont apparent�s aux Pt�robranches, comme des travaux r�cents l�ont</p><p>d�montr�.</p><p>R. D.</p><p>F Amphioxus / Graptolites / Pogonophores /</p><p>Procord�s / Pt�robranches.</p><p>P.-P. Grass� (sous la dir. de). Trait� de zoologie, t. XI : �chinodermes, Stomocord�s, Procord�s (Masson, 1948).</p><p>strabisme</p><p>F VISION.</p><p>Stradivarius</p><p>Luthier italien (pr�s de Cr�mone 1644 - Cr�mone 1737).</p><p>La c�l�brit� et le myst�re aur�olent encore Antonio Stradivari (dit Stradivarius) plus de deux si�cles apr�s sa mort. En effet, si l�excellence de ses instruments s�impose � l�admiration, si la lutherie* vit toujours des principes qu�il a �tablis, le secret de cette transcendance se d�robe aux investigations scientifiques, celui de sa vie � la curiosit� de l�historien.</p><p>Stradivarius na�t en 1644 dans un petit village pr�s de Cr�mone au foyer d�Alessandro Stradivari et d�Anna Mo-roni. Pas de luthiers parmi ses anc�tres.</p><p>Est-ce une vocation d�j� affirm�e qui incite ses parents � le placer vers sa quatorzi�me ann�e en apprentissage aupr�s de Nicola Amati (1596-1684), seul repr�sentant, vers 1656, d�une des familles de luthiers les plus prestigieuses ? Chez lui, Stradivarius rencontrera d�autres �l�ves promis � la c�l�brit� : Andrea Guarneri (v. 1626-1698), Giovanni Battista Rogeri</p><p>(v. 1650 - v. 1730), Francesco Ruggieri (1650-1720). Il commence � produire vers 1665, sans prendre encore son autonomie, car N. Amati exerce son activit� presque jusqu�au terme de sa longue vie ; le rayonnement du ma�tre</p><p>dut freiner au moins jusqu�en 1680</p><p>l��panouissement de l��l�ve.</p><p>On distingue trois p�riodes dans l�oeuvre de Stradivarius. La premi�re, de 1680 � 1700, est une �re de recherche : grande mobilit� dans les formes et les contours des instruments, influences de N. Amati et de Giovanni Paolo Maggini (1580 - v. 1632). La deuxi�me p�riode, de 1700 � 1730, est celle de la maturit�. Les mod�les ne cessent de varier, mais une largeur de conception, un aspect solide et viril, les unissent, les lib�rent des influences pr�c�dentes. Entre 1710 et 1720 naissent les instruments les plus c�l�bres. Les sept derni�res ann�es sont celles de la vieillesse. Stradivarius se contente de diriger la marche de son atelier, anim� par ses deux fils et son dernier �l�ve, Carlo Bergonzi (1686-1747), de conseiller, de dessiner filets ou F, dont l�irr�gularit� trahit une main moins s�re. Sa nouvelle �tiquette ne porte plus que � Sotto la disciplina di Antonio Stradivari �, en mentionnant parfois son �ge : � de anni 89, 91 �, etc.</p><p>Le 18 d�cembre 1737, Stradiva-</p><p>rius s��teint avant d�avoir atteint quatre-vingt-quatorze ans, laissant une production de plus de 1 100 instruments, dont 540 violons, 12 altos et 50 violoncelles.</p><p>On a attribu� l�excellence de cette oeuvre � un vernis dont la recette reste aur�ol�e de myst�re et de l�gende : le dernier h�ritier l�aurait d�couverte inscrite � la date de 1704 sur la couverture int�rieure d�une Bible. Avant de la d�truire, il en prit une copie qu�il n�a jamais divulgu�e. Certes, le vernis est l�un des facteurs sonores les plus importants, tant par les produits qui le composent que par le soin apport� � son s�chage. Mais une oeuvre d�art est une somme de perfections de d�-</p><p>tail. Le choix des bois, la construction, le r�glage des proportions furent les constants soucis du ma�tre. Aussi les sonorit�s varient-elles au sein d�une m�me qualit� : pures, fines, d��mission ais�e dans la premi�re p�riode ; plus graves, d��mission moins facile chez les � longuets � ; pleines, distingu�es, brillantes et tendres enfin � partir de 1690. Parmi les onze enfants que Stradivarius eut de ses deux femmes, seuls</p><p>ses fils Francesco (1671-1743) et Omo-bono (1679-1742) devaient continuer son oeuvre, mais sans jamais retrouver son g�nie.</p><p>S. M.</p><p>F Lutherie / Violon.</p><p>W. H. Hill, A. F. Hill et A. E. Hill, Antonio Stradivarius, his Life and Work (Londres, 1902, 2e �d., 1909 ; trad. fr. A. Stradivarius, sa vie et son oeuvre, 1644-1737, Fischbacher, 1908). /</p><p>S. F. Sacconi, I � Segreti � di Stradivari (Cr�-</p><p>mone, 1972).</p><p>Strasbourg</p><p>Ch.-l. du d�part. du Bas-Rhin* et capit.</p><p>de la R�gion Alsace* ; 257 303 hab.</p><p>(Strasbourgeois). L�agglom�ration d�passe 370 000 hab.</p><p>La situation</p><p>Pr�fecture de R�gion, si�ge d�un �v�-</p><p>ch�, d�une universit� renomm�e et de la Commission centrale du Rhin, Strasbourg est la m�tropole �conomique et culturelle des deux d�partements du Rhin. L�implantation du Conseil de l�Europe et du Parlement europ�en lui permet de renouer avec le cosmopolitisme m�di�val.</p><p>Ville rh�nane, Strasbourg s�est, toutefois, d�velopp�e � l��cart du grand fleuve : le site primitif est une l�g�re sur�l�vation sur les bords de l�Ill, � 4 km � vol d�oiseau du Rhin. En r�alit�, le Strasbourg historique s�est install� sur une �le form�e par deux bras de l�Ill, ce qui facilitait la d�fense de la cit�. C�est l� que, vers l�an 15 av. J.-C., les Romains ont fond� un poste militaire. La vieille ville pr�sente encore aujourd�hui certains aspects de l�agglom�ration romaine : le carrefour rue des Hallebardes - rue du D�me, � proximit� de la cath�drale, �tait le croisement des deux principales voies romaines. Le castrum n�avait gu�re plus de 500 m sur son c�t� le plus d�velopp�.</p><p>Au Moyen �ge, Strasbourg est en-</p><p>glob�e, sur le plan �conomique et sur le plan culturel, dans l�espace rh�nan : le commerce fait alors sa richesse. La fin du Moyen �ge et la Renaissance sont</p><p>des p�riodes importantes, gr�ce � l�essor de l�humanisme et de la R�forme.</p><p>Si l�Alsace devient fran�aise en 1648, lors des trait�s de Westphalie, Strasbourg, par contre, n�int�gre la monarchie fran�aise qu�en 1681. De ce fait, les liens avec les pays rh�nans pourront se consolider. L�importance quantitative et qualitative de la population protestante va marquer Strasbourg. L�annexion de 1871 survient en pleine p�riode d�essor �conomique : Strasbourg renoue alors plus fortement que jamais avec l�espace �conomique allemand. L�occupant construit les nouveaux quartiers de l�Universit� et de la Gare : le style architectural est celui qui domine dans bien des villes rh�nanes. Une demi-ceinture est �tablie autour de la vieille ville.</p><p>Le Strasbourg monumental s�enrichit de quelques grands �difices : universit�, gare, poste, actuelle pr�fecture, conservatoire, tr�sorerie g�n�rale, palais du Rhin. La � Neustadt �, plus fonctionnelle, avec ses larges avenues, s�oppose � la � Altstadt �, aux ruelles m�di�vales.</p><p>La fin du si�cle enregistre l�essor de la navigation rh�nane. Tout au long du Moyen �ge, le trafic fluvial s�est fait dans le port urbain, quai des Bateliers, non loin de la cath�drale. Un premier d�placement a lieu vers l�actuel bassin d�Austerlitz. Finalement, c�est � la fin du XIXe s. qu�est am�nag� l�actuel port du Rhin.</p><p>L�industrialisation</p><p>Au XVIIIe s., les manufactures de tabac, les brasseries �taient install�es dans la vieille ville. On comptait trente-sept brasseries en 1784 : petit � petit, au cours du XIXe s., elles devaient �tre transf�r�es vers l�ext�rieur (Schiltigheim, Bischheim, Cronenbourg).</p><p>L�essor de l�imprimerie traduit alors le r�le intellectuel de la cit�. Quant aux industries alimentaires, elles �taient d�j� importantes (foie gras, meune-ries, distilleries), et l�industrie du cuir animait le quartier des tanneurs (Petite France).</p><p>Le XIXe s., � la suite du d�veloppement ferroviaire, voit la naissance de la</p><p>m�tallurgie de transformation : ateliers de construction de mat�riel ferroviaire � Bischheim, de locomotives, d�abord, de mat�riel d��quipement, ensuite, � Illkirch-Graffenstaden. � Koenigshoffen, c�est l�industrie m�canique, et � Neudorf l�industrie automobile (Mathis) qui s�installent. Vers la fin du si�cle, d�importantes entreprises allemandes s�implantent dans l�agglom�ration.</p><p>La p�riode 1918-1945 marque un</p><p>arr�t presque total de l�industrialisation : l�antagonisme franco-allemand fait du Rhin une fronti�re strat�gique qui repousse les investissements.</p><p>Il faudra attendre la r�conciliation franco-allemande pour que se produise le red�marrage �conomique et que de nouvelles zones industrielles soient d�s lors am�nag�es.</p><p>downloadModeText.vue.download 452 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10407</p><p>Au port du Rhin, � c�t� d�entreprises plus anciennes (centrale thermique, cellulose), est venue s�installer en 1967</p><p>une usine de la General Motors. Au nord de la ville, � Reichstett et Herrlisheim, dans le Ried, se sont implant�es deux raffineries de p�trole, aliment�es par l�ol�oduc sud-europ�en. � La Want-zenau, une usine canadienne fabrique du caoutchouc synth�tique. Une autre zone, plus spontan�e, s�est d�velopp�e au sud en direction de Graffenstaden-Fegersheim : elle abrite l�industrie l�g�re. L�industrie a ainsi tendance � quitter la ville pour les communes p�ri-ph�riques de l�agglom�ration.</p><p>Aujourd�hui, la m�tallurgie de</p><p>transformation (automobile, �quipement, machines) domine tr�s largement. L��volution se fait au profit des grands �tablissements industriels, alors que, traditionnellement, l�entreprise de moyenne importance l�emportait.</p><p>L�apr�s-guerre a �t� �galement caract�ris� par la p�n�tration des capitaux �trangers.</p><p>Parmi les facteurs favorables � l�industrialisation, il faut citer l��pargne</p><p>r�gionale. C�est apr�s 1871 que se sont d�velopp�es quelques banques, qui, apr�s 1918, ont d� prendre des participations parisiennes : Cr�dit industriel d�Alsace et de Lorraine, Soci�t� G�n�rale alsacienne de banque. Les fusions successives font oublier la multiplicit� bancaire de jadis. Avec, en plus, la Banque populaire, le Cr�-</p><p>dit mutuel (banque f�d�rative rurale) et la Caisse d��pargne, Strasbourg est une place bancaire originale et d�une puissance que beaucoup de villes fran-</p><p>�aises peuvent lui envier. L�assurance, qui mobilise des capitaux importants, a aussi des racines profondes dans la ville (Rhin-et-Moselle).</p><p>Enfin, le port du Rhin, gr�ce � l�am�-</p><p>nagement du Rhin (grand canal d�Alsace), est un instrument �conomique pr�cieux. Avec ses annexes, en aval et en amont de Strasbourg, il totalise un trafic de 14,6 Mt, dont 90 p. 100 aux sorties (potasse, graviers, c�r�ales, carburants).</p><p>L�expansion r�cente</p><p>La ville est � l��troit dans son p�ri-m�tre traditionnel, et l�urbanisation a envahi les communes suburbaines. Les faubourgs du sud, Neudorf et Neuhof, de m�me que les communes au nord, Schiltigheim, Bischheim et Hoenheim, se sont d�velopp�s d�une mani�re anarchique. R�cemment, quelques</p><p>op�rations importantes ont �t� entreprises � la Meinau (La Canardi�re avec 3 000 logements), � la Montagne-Verte (1030), � la cit� de l�Ill (1522), � Cronenbourg. Dans ce dernier faubourg, l�op�ration � Haute-Pierre �, qui porte sur 230 ha, doit comporter au stade final 7 000 logements, abritant 30 000 habitants. � proximit� de la vieille ville, l�op�ration � Esplanade �</p><p>vise � gagner � l�habitation des terrains et des �difices militaires : blocs et tours implant�s sur 74 ha y offriront 4 000 logements ; en outre, on y a d�j� construit les nouvelles facult�s de droit, des lettres et l��cole sup�-</p><p>rieure de chimie ; un centre commercial y a �t� install�. Mais les grandes surfaces commerciales n�ont cess� de gagner la p�riph�rie : � BAG � est au sud, � Illkirch, et Carrefour au nord, � Mundolsheim, favorisant la suburbani-</p><p>sation. La rocade ouest, reliant la p�n�-</p><p>trante sud � la p�n�trante nord, oriente l�urbanisation. Mais la faiblesse du r�seau autoroutier est en net contraste avec le proche pays de Bade, de l�autre c�t� du Rhin.</p><p>L�essor d�mographique</p><p>Au milieu du XVIIIe s., la ville compte 50 000 habitants. Avec 76 000 habitants en 1851, elle passe pour une ville d�j� importante. Malgr� les pertes dues � l�annexion, la population cro�t rapidement : elle atteint 135 000 habitants en 1895 et 179 000 en 1910.</p><p>L�entre-deux-guerres est marqu� par un ralentissement : 193 000 habitants en 1936. L�apr�s-guerre, par contre, enregistre une croissance rapide : 201 000 habitants en 1954 et 250 000</p><p>en 1975. Cependant, la ville proprement dite ne comptait, en 1968, plus que 110 000 personnes, les faubourgs de La Robertsau (18 000), de Neudorf (36 000), de Meinau (20 000), de Neuhof (25 000), de Cronenbourg (19 000), de Koenigshoffen (13 000), de Montagne-Verte (12 000) accapa-rant l�essentiel. L�agglom�ration (d�finition I. N. S. E. E.) de 300 000 habitants en 1962 est pass�e � 370 878 en 1975.</p><p>Les communes p�riph�riques ont,</p><p>d�sormais, tendance � cro�tre plus vite que la ville (commune de Strasbourg : en 1962, 234 000 hab. ; en 1975, 257 000).</p><p>Une loi du 31 d�cembre 1966 a cr�� la communaut� urbaine de Strasbourg, qui englobe vingt-sept communes, d�une superficie totale de 30 925 ha (Strasbourg, 7 825 ha), et r�unit (1975) une population de 390 407 habitants.</p><p>La d�mographie urbaine est largement exc�dentaire : en 1971, le taux de natalit� s��levait � 19,25 p. 1 000 et le taux de mortalit� � 8,85 p. 1 000. Il est rare de trouver un tel dynamisme d�mographique parmi les grandes</p><p>villes. Enfin, la population �trang�re se chiffre � moins de 10 p. 100 du total.</p><p>Un foyer culturel</p><p>prestigieux</p><p>Il existe une vieille tradition culturelle � Strasbourg : c�est un h�ritage rh�-</p><p>nan, d� aussi au contact fertile entre deux civilisations. L�universit� de Strasbourg est une des plus compl�tes de France : elle compte une vingtaine de milliers d��tudiants, et la position de carrefour de la ville lui permet de s�ouvrir � toutes les influences. L�art a des racines profondes : les �glises m�di�vales, la cath�drale, mais aussi les mus�es expriment les richesses accumul�es par la ville et par sa bourgeoisie. La proximit� de l�Allemagne a favoris� le d�veloppement de la musique. Gr�ce au conservatoire de musique, aux choeurs Saint-Guillaume, � la chorale de la cath�drale, � l�orchestre symphonique et au festival de musique, Strasbourg est une des villes les plus � musicales � de France et un</p><p>� phare � de la civilisation fran�aise aux portes de l�Allemagne. L�Op�ra du Rhin, regroupant les th��tres municipaux de Strasbourg, de Colmar et de Mulhouse, conna�t cependant un d�marrage laborieux : con�u dans un esprit de r�gionalisation de la vie culturelle par le minist�re des Affaires culturelles, il doit desservir les trois principales villes d�Alsace. Le Centre dramatique de l�Est, devenu le Th��tre national de Strasbourg, effectue des tourn�es dans toute la France. Enfin, la Foire internationale contribue au rayonnement de la ville.</p><p>Ainsi, Strasbourg, � c�t� de sa puissance �conomique, pr�sente un potentiel culturel vari�, attirant des dizaines downloadModeText.vue.download 453 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10408</p><p>de milliers de touristes : l�h�tellerie a totalis�, en 1972, pr�s de 700 000 nuit�es, dont un tiers au profit des �trangers. Et la gastronomie alsacienne, qui trouve � Strasbourg son plein �panouissement, n�est pas le dernier �l�-</p><p>ment d�attraction pour la grande cit� des bords de l�Ill.</p><p>F. R.</p><p>L�histoire</p><p>Strasbourg entre dans l�histoire � l��poque d�Auguste, quand les Romains y �tablissent un camp : Argentoratum ou Civitas Argentoratensium.</p><p>Ce � castrum �, incorpor� � la ligne de fortifications construite tout le long du Rhin par Drusus, occupe une situation strat�gique particuli�rement favorable, les voies militaires venant d�Italie, de Gaule et de Germanie se croisant en cet endroit. Des fouilles ont permis de reconstituer les murs d�enceinte de ce premier fort en forme de quadrilat�re.</p><p>Des invasions germaniques ruinent � plusieurs reprises cette place forte, qui sert de quartier g�n�ral d�abord � la IIe l�gion Augusta, puis � la VIIIe l�-</p><p>gion. Autour du camp se d�veloppe une agglom�ration civile dont de nombreux vestiges ont �t� retrouv�s.</p><p>Deux routes principales passent</p><p>alors � Argentoratum : celle qui vient de B�le et celle qui se dirige vers Metz (Divodurum) par Saverne (Tres Taber-nae). Au milieu du IVe s., Argentoratum est une des principales places fortes de la Germanie sup�rieure, et l�historien Ammien Marcellin (� v. 400) qualifie le lieu de ville (urbs).</p><p>En 352, la ville est d�truite par les Alamans, mais d�s 357 Julien l�Apos-tat, parti de Saverne dont il a restaur� les fortifications, parvient � refouler les envahisseurs. Julien, devenu empereur, puis ses successeurs r�organisent les d�fenses de la cit�, mais celle-ci ne peut r�sister � une nouvelle pouss�e des Barbares. Au d�but du Ve s., elle est enti�rement d�truite lorsque Vandales, Su�ves et Alains passent le Rhin (31 d�c. 406).</p><p>La ville repara�t au VIe s. sous le nom de Stratisburgo, ou Stratebur-gum (la � ville des routes �), que lui ont donn� les Alamans, rest�s ma�tres du pays apr�s les tourmentes du Ve s.</p><p>Les Francs, apr�s la bataille de Tolbiac (496), s�y �tablissent ; au VIe s., Strasbourg est une des villes royales de la dynastie m�rovingienne. Plusieurs souverains, dont Childebert II (575-596), y r�sident.</p><p>On ne poss�de aucun renseignement pr�cis sur l�introduction du christianisme � Strasbourg. Si l��v�ch� para�t</p><p>remonter � l��poque gallo-romaine, la premi�re mention historique qui en est faite date du d�but du VIIe s., mais, d�s cette �poque, l�autorit� des �v�ques sur la ville semble d�j� bien �tablie.</p><p>Au milieu du VIIIe s., Strasbourg n�est encore qu�une agglom�ration de 1 500 �mes, vivant surtout de l�agriculture (vins, bl�, bois). Avec Charlemagne, qui, en 775, dote les habitants du droit de n�gocier librement avec toutes les r�gions du royaume, s�affirme sa vocation commerciale. La cit�, aux portes de laquelle Louis le Germanique et Charles le Chauve pr�tent en 842 le � serment de Strasbourg � �</p><p>dont les textes conserv�s constituent les plus anciens monuments des langues fran�aise et allemande �, est comprise dans le royaume de Lotharingie au trait� de Verdun (843). En 870, le trait� de Meerssen la rattache, comme le reste de l�Alsace, � l�Allemagne. Trois ans plus tard, Louis le Germanique confirme ses privil�ges et augmente les pouvoirs de l��v�que (droit de battre monnaie).</p><p>Cette politique est poursuivie par ses successeurs, et, en 982, l�empereur Otton II attribue � l��v�que, qui devient le v�ritable souverain de Strasbourg, les pouvoirs de comte. Quatre grands administrateurs aident l��v�que dans ses fonctions : le schultheiss, charg� de la justice, le burgrave, chef des corporations de m�tier, le receveur fiscal et le ma�tre des monnaies.</p><p>Ces fonctionnaires ou minist�riaux seront � l�origine des familles patriciennes de la ville et ne tarderont pas � entrer en conflit avec le pouvoir �piscopal : �volution qu�acc�l�re l�essor �conomique de Strasbourg. Les bourgeois ais�s voudront, � leur tour, s�affranchir de la tutelle de l��v�que ; ils trouveront un appui aupr�s du pouvoir imp�rial, qui favorise l�autonomie des villes aux d�pens des pouvoirs seigneuriaux. En 1119, Henri V all�ge les charges fiscales ducs � l��v�que, et une charte municipale, r�dig�e vers le milieu du si�cle, restreint encore l�autorit� �piscopale en mati�re de juridiction.</p><p>Au cours du XIIIe s., la ville de Strasbourg ach�ve de conqu�rir son auto-</p><p>nomie. En 1201, l�empereur Philippe de Souabe la d�clare ville libre imm�-</p><p>diate ; vers 1214, une seconde charte municipale �tablit une sorte de conseil compos� de nobles et de bourgeois, charg� d�administrer la cit�, et un coll�ge d��chevins, repr�sentant la bourgeoisie, qui r�gle toutes les questions commerciales et industrielles.</p><p>Lorsqu�un �v�que particuli�rement attach� � ses privil�ges, Walther de Geroldseck, veut an�antir ces nouvelles libert�s, �clate alors une �preuve de force, qui se termine � l�avantage de la ville : ligu�e avec B�le et Colmar, celle-ci inflige une s�v�re d�faite � son �v�que, le 8 mars 1262, � Oberhaus-bergen. Le successeur de Walther de Geroldseck fait la paix, et l�empereur Rodolphe Ier de Habsbourg confirme tous les privil�ges acquis par la ville.</p><p>Au cours des XIVe et XVe s., des conflits sociaux opposent patriciens et bourgeois. � la faveur d�une rivalit� entre les familles nobles des Zorn et des Mullenheim, les bourgeois imposent une modification de la constitution municipale et obtiennent l�entr�e au conseil de vingt-cinq repr�sentants des corporations (1332). Le pouvoir du chef des m�tiers (ameister) au sein du conseil s��tend au d�triment de celui des bourgmestres (stettmeister) traditionnels. Progressivement, et malgr� la r�sistance patricienne (crise de 1419-1422), la pr�pond�rance des corporations est acquise.</p><p>Intense foyer spirituel illustr� par ses mystiques (Ma�tre Eckart*, Jean downloadModeText.vue.download 454 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10409</p><p>Tauler [v. 1300-1361]), Strasbourg qui, au XIIe s., avait d�j� abrit� le po�te Gottfried, devient au XVIe s. un des centres principaux de l�humanisme germanique c�l�br� par �rasme, avec Sebastian Brant, Thomas Murner, Gutenberg ; apr�s 1460, l�imprimerie y conna�t un grand essor.</p><p>� partir de 1520, la R�forme est illustr�e par les plus grands noms du</p><p>protestantisme, comme Matth�us Zell, Martin Bucer*, Wolfgang K�pfel (Ca-piton). En 1529, les �chevins votent l�abolition de la messe, et Strasbourg devient un refuge pour les protestants pers�cut�s : Calvin* lui-m�me, banni par les Genevois, y fonde en 1538</p><p>l��glise protestante fran�aise. Un �v�-</p><p>ch� catholique subsiste cependant � Strasbourg, mais les �v�ques r�sident � Saverne. � partir de 1580, le protestantisme y est combattu par les J�suites, auxquels les �v�ques confient le coll�ge de Molsheim.</p><p>Neutre durant la guerre de Trente Ans, Strasbourg demeure ville libre de l�Empire aux trait�s de Wesphalie (1648), tandis que l�Alsace* passe sous la domination fran�aise. C�est Louis XIV qui met fin � son ind�-</p><p>pendance, lorsque, � l�occasion de sa politique des � r�unions �, il l�annexe au royaume le 30 septembre 1681, annexion qui est confirm�e au trait� de Ryswick en 1697.</p><p>D�s lors, Strasbourg suit les destin�es de l�Alsace fran�aise. Foyer d��changes intellectuels entre la France et l�Allemagne au XVIIIe s. (Goethe*</p><p>�tudie � son universit�, fond�e en 1621), la cit�, d�abord favorable aux id�es r�volutionnaires, s�en d�tourne et accueille l�Empire avec chaleur.</p><p>En 1836, le prince Louis Napol�on, le futur Napol�on III, tente, mais en vain, d�y soulever la garnison. Durant la guerre de 1870, Strasbourg est as-si�g�e par les Allemands (13 ao�t -</p><p>28 sept.) et subit un s�v�re bombardement ; son d�fenseur, le g�n�ral Uhrich, devra capituler.</p><p>Capitale de 1871 � 1918 du Reichs-land d�Alsace-Lorraine, la ville est d�livr�e par les arm�es fran�aises en novembre 1918. Elle est reprise par les Allemands le 19 juin 1940 ; les troupes de Leclerc y entrent le 23 novembre 1944, apr�s que la VIIe arm�e am�ricaine eut reconquis l�Alsace. En 1949, Strasbourg est devenue le si�ge du Conseil de l�Europe.</p><p>P. R.</p><p>L�art � Strasbourg</p><p>Les �glises, les demeures et leur d�cor miraculeusement pr�serv� font de Strasbourg un joyau artistique. Les objets pr�historiques et antiques, d�couverts au cours des fouilles, voisinent au mus�e arch�ologique avec les bijoux et les armes du haut Moyen �ge, mais les monuments encore debout ne remontent pas au-del� de l��poque romane.</p><p>La cath�drale de gr�s ros� domine la ville et synth�tise sa longue histoire artistique. La partie orientale de la crypte est un vestige de l��glise b�tie par l��v�que Wernher � partir de 1015. La nef de cet �difice avait d�j� la largeur de la cath�drale gothique, qui repose sur ses fondations. Cette derni�re a �t� commenc�e dans le dernier quart du XIIe s. par le choeur, ferm� par une haute abside, et par le transept, modifi� vers 1220 pour �tre vo�t� d�ogives. Le bras nord a une fa�ade encore romane, alors qu�� la fa�ade du bras sud ont �t� sculpt�s, dans un style gothique en partie influenc� par l�art chartrain et r�-</p><p>mois, les deux portails de la Dormition et du Couronnement de la Vierge. �</p><p>cette fa�ade se dressaient les c�l�bres statues de l��glise et de la Synagogue, aujourd�hui au mus�e de l�OEuvre. Les vo�tes du bras sud sont port�es par le pilier des Anges, entour� de statues re-pr�sentant le Jugement dernier sur plusieurs �tages. Les anges qui r�veillent les morts au son de leurs instruments ont donn� leur nom � cet admirable ensemble. La nef fut commenc�e vers 1240 et termin�e en 1275. C�est un exemple remarquable du style rayonnant avec son triforium ajour�, ses fe-n�tres compos�es et ses larges arcades qui int�grent les bas-c�t�s dans une m�me unit� spatiale int�rieure. La premi�re pierre de la fa�ade fut pos�e en 1277 par l��v�que Conrad III de Lichtenberg (1273-1299), et le couronnement de la fl�che, la plus haute d�Europe, fut termin� � 142 m de hauteur en 1439 par Johannes H�ltz de Cologne (� 1449). Des projets de la fa�ade, les noms de ses principaux architectes, downloadModeText.vue.download 455 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10410</p><p>Erwin, dit de Steinbach (1244-1318), Gerlach, Conrad (ou Contz), Michael de Fribourg, qui �tait peut-�tre apparent� aux Parler, Ulrich d�Ensingen et Johannes H�ltz, ont �t� conserv�s. Le d�cor des trois portails, peut-�tre sugg�r� par Albert* le Grand, date de la fin du XIIIe s. Les statues des Vertus et des Vices, des Vierges sages et des Vierges folles ont �t� d�pos�es au mus�e de l�OEuvre, mais les tympans et les reliefs des soubassements sont en place. Les oeuvres d�art se sont accumul�es � l�int�rieur de la cath�drale ; il faut citer parmi elles le tombeau de Conrad III de Lichtenberg attribu� � Ma�tre Erwin, l��pitaphe du chanoine Conrad de Bus-nang sculpt�e par Nikolaus Gerhaert de Leyde, la chaire ex�cut�e par Hans Hammer (ou Hammerer) en 1485, la cantoria du bras sud avec l�autoportrait de Nikolaus de Haguenau, l�horloge astronomique du XVIe s., les orgues d�Andr� Silbermann, le ma�tre-autel classique de Jean-Fran�ois Blondel, les stalles de Joseph Massol, les tapisseries de la Vie de la Vierge tiss�es � Bruxelles sur des cartons de peintres fran�ais, sans oublier les vitraux de la fin du XIIe s. dans le choeur et la remarquable s�rie de verri�res du XIIIe s. de la nef.</p><p>Les �glises sont nombreuses dans la ville : Saint-�tienne remonte au XIIe s. ; Saint-Thomas a �t� construite aux XIIIe et XIVe s., et abrite le tombeau du mar�chal Maurice de Saxe sculpt� par Pigalle* ; Saint-Pierre-le-Vieux et Saint-Pierre-le-Jeune ont gard� leurs jub�s de la fin du Moyen �ge ; Saint-Guillaume, fond�e en 1300, poss�de une s�rie de vitraux flamboyants.</p><p>L�architecture civile n�est pas moins bien repr�sent�e. Le mus�e de l�OEuvre remonte en partie au XIVe s. Les maisons � pans de bois, aux grands toits pentus, aux pignons � rampants d�co-r�s, aux fa�ades orn�es de loggias et de balcons sculpt�s de motifs flamboyants ou renaissants, abondent dans le quartier de la Petite France, rue du Bain-aux-Plantes, dans la Grand�Rue, dans les quartiers Saint-Thomas et Saint-Nicolas, quai des Bateliers, o� l�h�tellerie du Corbeau accueillit Turenne, Jean Casimir de Pologne, Fr�-</p><p>d�ric II et l�empereur Joseph II, dans le quartier de la cath�drale, o� se dresse la maison Kammerzell, dans le quartier Saint-�tienne, o� s��l�ve la maison Zum Ritter. La plupart de ces maisons datent des XVIe et XVIIe s. Cent cinquante et une d�entre elles sont dat�es. Tous ces vieux quartiers, avec leurs canaux et la rivi�re de l�Ill, concentr�s autour de l�alti�re silhouette de la cath�drale, conf�rent au paysage urbain de Strasbourg un caract�re exceptionnel. Mais Strasbourg est encore une ville du XVIIIe s. Au sud de la cath�drale s��l�ve le ch�teau des Rohan, b�ti de 1730 � 1742 par Joseph Massol sur les plans de Robert de Cotte*. Les statues de la Foi et de la Charit� par Robert Le Lorrain ornent la fa�ade. La salle du Synode, la salle des �v�ques, la chambre du Dais, les appartements de l��v�que ont gard� leurs boiseries de style Louis XV. Le ch�teau conserve les collections du mus�e des Beaux-Arts, d�une grande valeur. Joseph Massol a �t� aussi l�architecte du coll�ge des J�suites, qui est devenu lyc�e ; Armand La Gardelle construisit l��v�ch� en 1727 et Jean-Fran�ois Blondel fit les dessins de la place de l�Aubette, rebaptis�e place Kl�ber. La rue Br�l�e est bord�e d�h�-</p><p>tels du XVIIIe s. : l�h�tel de ville (ancien h�tel de Hesse-Darmstadt), l�h�tel des princes des Deux-Ponts, l�h�tel Marmoutier, l�h�tel de la Pr�fecture (ancien h�tel de Klinglin). D�autres demeures moins nobles dressent leurs sobres fa�ades du XVIIIe s. dans diff�-</p><p>rents quartiers et s�associent aux maisons � pans de bois pour le plaisir des yeux. Si l�on ajoute � cette architecture les richesses des mus�es d�j� cit�s et celles du mus�e des Arts d�coratifs, du Mus�e historique et du Mus�e alsacien, on constatera que Strasbourg est une des villes d�art les plus exceptionnelles de France.</p><p>A. P.</p><p>F Alsace / Rhin / Rhin (Bas-).</p><p>M. Rochefort, l�Organisation urbaine de l�Alsace (Les Belles Lettres, 1960). / P. Dollin-ger, Strasbourg. Du pass� au pr�sent (�d. des</p><p>� Derni�res Nouvelles �, Strasbourg, 1962). /</p><p>H. Haug, l�Art en Alsace (Arthaud, 1962). /</p><p>P. Martin, les Corporations de Strasbourg, du VIIIe si�cle � la R�volution (Istra, 1964). /</p><p>H. Nonn, Strasbourg, des densit�s aux structures urbaines (Les Belles Lettres, 1966). /</p><p>A. Traband, Villes du Rhin. Strasbourg et Mannheim-Ludwigshafen. �tude de g�ographie compar�e (Les Belles Lettres, 1967). / M. Reinhardt, la Cath�drale de Strasbourg (Arthaud, 1972).</p><p>/ R. Aron, Penser la guerre, Clausewitz (2 vol., Gallimard, 1976).</p><p>strat�gie</p><p>Art de coordonner l�action des forces militaires, politiques, �conomiques et morales impliqu�es dans la conduite d�un conflit ou dans la pr�paration de la d�fense d�une nation ou d�une communaut� de nations.</p><p>De l�art militaire</p><p>� la strat�gie</p><p>� Pour prot�ger les Soci�t�s et pour les d�fendre contre les invasions, hostilit�s, etc., la politique ouvre la porte de l�Arsenal d�o� l�on verra sortir l�Art Militaire, ultimam rationem regum.</p><p>La Science Militaire, la Science de la Guerre, ou celle qui convient � tous les officiers pour agir par r�gles et principes [...] appartiennent � la m�canique de l�Art Militaire. � Ainsi se trouve d�fini, par l�Encyclop�die de Diderot (1751-1772), le d�riv� de la politique qu�elle nomme Art militaire. Dans cet immense ouvrage, on chercherait en vain le terme de strat�gie, qui ne commence � �tre employ� en France qu�� la fin du XVIIIe s. Mais l�Encyclop�die se fait largement l��cho de l�intense bouillonnement des id�es sur la guerre qui caract�rise cette �poque.</p><p>Jean-Charles de Folard (1669-1752), l�un des auteurs les plus influents, souligne que, si, dans l�art de la guerre, l��tude ne peut tenir lieu d�exp�rience, elle est indispensable pour la compl�ter : � Quelque avantage qu�on ait re�u, �crit-il, si l�on ne cultive pas ses talents par l��tude et la m�ditation, il ne faut pas esp�rer que Dieu accorde la science de la guerre par infusion. �</p><p>Cette �tude portera d�abord sur des auteurs anciens comme X�nophon,</p><p>Polybe et V�g�ce, mais aussi sur les modernes comme Turenne ou le ma-r�chal de Saxe. Son premier objectif est de d�finir une volont� : � Avant de commencer la guerre, il faut avoir des vues et des desseins. � En m�me temps, alors que la guerre tend � se figer en</p><p>d�interminables op�rations de si�ges, Folard milite pour rendre leur valeur � l�offensive et au mouvement, dont l�objectif ne se limite pas � la conqu�te d�une position, mais vise la destruction de l�adversaire.</p><p>Pr�parer et penser la guerre, organiser ses forces pour les rendre capables d�imposer sa volont� � l�adversaire, ainsi se d�gagent les deux p�les essentiels de ce qu�on va appeler la strat�-</p><p>gie ; cependant, au XVIIe s., le domaine de celle-ci ne d�passe gu�re encore la conduite des op�rations militaires. Rai-mondo Montecuccoli (ou Montecuc-</p><p>culi, 1609-1680) et Antoine de Pas de Feuqui�res (1648-1711) la nomment dispositions g�n�rales ; l�approche du probl�me se poursuit beaucoup plus loin avec Fran�ois de Guibert (1744-1790), qui voit dans la strat�gie l�art de former des projets de guerre compatibles avec les moyens de l��tat, annonce d�j� les guerres nationales et r�v�le la part que prennent dans un conflit la politique, la d�mographie et l��conomie des nations.</p><p>Recueillant le fruit de ces �tudes, qu�il a longuement m�dit�es, h�ritant d�une r�volution qui a fait de la guerre un ph�nom�ne national et populaire, Napol�on* donnera tout son sens � la strat�gie. Par ses fulgurantes campagnes, il lui imprimera un style o� la m�thode rigoureuse de la pr�paration pr�c�de dans l�action la recherche obstin�e de l�initiative pour imposer sa volont� � l�adversaire.</p><p>Il est curieux de constater que, si la stature de l�Empereur domine en France trois ou quatre g�n�rations d�officiers, c�est l��cole allemande, dont le ma�tre sera l�obscur Clausewitz*, qui, apr�s 1815, saura tirer des campagnes fr�d�riciennes et napol�oniennes une strat�gie qui soit � la mesure des �tats modernes. Abordant sous son angle le plus large la r�alit� de la guerre, Clausewitz a le m�rite de la situer dans la hi�rarchie de la pens�e comme un ph�nom�ne second au service exclusif de la politique. En cet ensemble, la strat�gie prend sa place comme moyen d�obtenir par la force l�objectif politique d�fini et voulu par l��tat. S�il s�agit d�abattre un adversaire, il faut</p><p>l�an�antir, et le r�le de la strat�gie sera, pr�cis�ment, de d�finir l�axe d�effort principal (Schwerpunkt) d�o� r�sultera la destruction de ses forces dans leurs donn�es mat�rielles et morales.</p><p>Campagnes et batailles doivent �tre d�cid�es et conduites par une direction de guerre (Kriegsf�hrung) qui ne peut �tre que politique et dans laquelle le commandement militaire se trouve �troitement imbriqu�. � cette fameuse direction de guerre, qui fera la force de l�Allemagne pendant plus d�un si�cle, revient de d�finir les r�sultats � atteindre, que Clausewitz appelle buts de guerre (dans lesquels il distingue les objectifs politiques et strat�giques), et le plan de guerre par lequel ces r�sultats seront obtenus.</p><p>Remarquablement transpos� dans</p><p>le r�el par le grand Moltke*, l�h�ritage intellectuel de Clausewitz donne � l��cole strat�gique allemande une m�thode de pens�e et de raisonnement o�, en dehors de tout dogmatisme et de toute � recette �, l�imagination, l�initiative et le pragmatisme ont une place pr�pond�rante. Directement ordonn�e � la guerre, cette m�thode reste surtout marqu�e par la priorit� absolue du but recherch�, auquel tous les moyens militaires, politiques, techniques et psychologiques sont �troitement sou-downloadModeText.vue.download 456 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10411</p><p>mis. Cela explique avec quelle facilit� la strat�gie allemande s�adaptera � la notion de guerre totale, d�velopp�e par Ludendorff* dans le livre auquel il donnera ce nom en 1935.</p><p>Ce n�est qu�au lendemain de 1870</p><p>que la doctrine allemande est r�pandue en France, o� elle s�affronte aux recherches de ceux qui, m�ditant sur la d�faite, vont totalement r�nover la pens�e militaire fran�aise. Le ma�tre incontestable de ceux-ci est Foch*, dont la doctrine s�exprimera d�abord par son remarquable enseignement � l��cole sup�rieure de guerre (r�sum� dans ses deux livres c�l�bres Principes de la guerre [1903] et Conduite de la guerre [1904]) avant de s�affirmer par</p><p>son prestigieux commandement � la fin de la Premi�re Guerre mondiale.</p><p>D�pouillant la strat�gie du caract�re totalitaire que lui imprimait l��cole allemande, Foch la ram�ne � ses donn�es militaires, mais sait y inclure aussi bien les forces morales, auxquelles il accorde une valeur d�cisive, que le facteur industriel. L�importance de ce dernier sera, avec la naissance de l�aviation et des blind�s, la r�v�lation de la Premi�re Guerre mondiale, o� le rythme des fabrications d�armement conditionnera celui des offensives.</p><p>� la strat�gie, Foch assigne un but : la victoire par la bataille, qui, destin�e � d�truire les forces arm�es adverses, contraindra l�adversaire � se soumettre � la volont� de son vainqueur. Pour atteindre cet objectif, il estime qu�� la diff�rence de la tactique �troitement li�e � l��volution technique de l�armement la strat�gie doit ob�ir � trois principes permanents inh�rents � la nature m�me de la guerre, qui, pour lui, reste essentiellement l�opposition de deux volont�s.</p><p>Le premier de ces principes, � dont l�observation a toujours �t� un gage de succ�s et la violation une cause de d�faite �, consiste, pour le responsable supr�me de la guerre, � avoir une volont� et � s�y tenir r�solument en</p><p>� montant ses forces en syst�me � pour que toutes leurs actions concourent au m�me objectif. Mais cette volont� doit s�exercer malgr� l�adversaire : aussi le principe de s�ret� exige-t-il que les forces soient constamment mises en garde contre tout ce que l�ennemi peut entreprendre pour les d�tourner de l�objectif fix� par le chef. Enfin, le troisi�me principe, dit d��conomie des forces, conduit � une judicieuse r�partition des moyens et � la constitution de puissantes r�serves, avec lesquelles le chef de guerre peut faire sentir son action, ce qui exige d�affecter le minimum de moyens aux entreprises secondaires et le maximum aux objectifs jug�s d�cisifs.</p><p>Petit glossaire</p><p>de la strat�gie</p><p>anticit�s, se dit d�une mise en oeuvre d�armes nucl�aires strat�giques visant �</p><p>atteindre un pays adverse dans ses oeuvres vives que sont ses villes et ses centres �conomiques pour briser toute r�sistance de la population.</p><p>antiforces, se dit d�une mise en oeuvre d�armes nucl�aires strat�giques visant en priorit� la destruction des moyens nu-cl�aires d�un pays adverse pour lui interdire toute possibilit� de riposte. (Sur une zone habit�e, une telle strat�gie n��par-gnerait en fait ni les populations ni les structures �conomiques.)</p><p>blocus naval. V. l�article.</p><p>cr�dibilit�, degr� de certitude ressenti par un �tat quant � la possibilit� et � la d�termination d�une puissance �ventuellement adverse � employer la force d�armes nucl�aires (ou classiques) pour faire respecter sa politique ou son ind�pendance.</p><p>(La cr�dibilit� est un facteur essentiel de la dissuasion.)</p><p>d�fense. V. l�article.</p><p>d�sarmement. V. l�article.</p><p>dissuasion, action de tout ordre men�e par un �tat en vue de d�courager un adversaire �ventuel d�entreprendre contre lui un acte d�agression en lui prouvant que la valeur de l�enjeu qu�il convoite est inf�rieure � celle des dommages que l��tat menac� est d�termin� � lui infliger. (Pour �tre cr�dible, la dissuasion suppose l�existence d�une force de frappe, aujourd�hui nucl�aire, capable, en tout �tat de cause, d�agir en repr�sailles.)</p><p>doctrine militaire, ensemble coh�rent d�orientations ou d�options traduisant la solution qu�un pays a choisie dans une situation donn�e pour assurer le facteur militaire de sa d�fense. (La doctrine militaire, qui �volue en fonction de la situation internationale, est d�termin�e conjointement par le gouvernement et le haut commandement.)</p><p>escalade, progression contr�l�e par l�autorit� politique de l�importance quantitative et qualitative des moyens militaires mis en oeuvre dans un conflit par chacun des adversaires, soit � son initiative, soit pour r�pondre � une surench�re de la partie adverse. (Cette progression comporte aujourd�hui le risque de conduire � l�emploi de l�arme nucl�aire.)</p><p>Par extension, acc�l�ration, jug�e le plus souvent in�luctable, de la puissance des armements nucl�aires qui pourraient �tre mis en oeuvre a partir du moment o� le plus faible d�entre eux aurait �t� effectivement employ� par l�un des partenaires.</p><p>(� L�escalade est � la fois un danger auquel on veut parer et une menace � laquelle on ne peut ni on ne veut renoncer � [Raymond Aron].)</p><p>force de frappe, nom donn� depuis 1945 � un ensemble de moyens militaires dot�s d�armes nucl�aires strat�giques et capables d�agir instantan�ment sur le territoire d�un �tat adverse, notamment pour r�pondre � une agression. (Syn. FORCE DE DISSUASION, FORCE NATIONALE STRAT�GIQUE.) Premi�re frappe, nom donn� dans un conflit � la premi�re mise en oeuvre d�une force de frappe par l�un des partenaires.</p><p>Seconde frappe, engagement d�une force de frappe en repr�sailles des dommages subits du fait d�une premi�re frappe.</p><p>guerre classique ou conventionnelle, conflit o� n�est employ�e aucune arme nu-cl�aire (par opposition � guerre nucl�aire).</p><p>guerre froide, expression employ�e depuis 1948 pour caract�riser les relations am�ricano-sovi�tiques (ou, par extension, celles de deux autres �tats), se traduisant par des actes persistants d�hostilit� de tout ordre (diplomatique, �conomique, etc.), mais excluant d�lib�r�ment la forme d�un conflit arm�.</p><p>guerre psychologique, mise en oeuvre syst�matique de mesures et de moyens divers destin�s � influencer l�opinion ou le comportement des populations ou des arm�es adverses de fa�on � amoindrir, � paralyser ou � briser leur volont� de se battre ou de r�sister.</p><p>guerre r�volutionnaire, doctrine de guerre �labor�e par les th�oriciens marxistes-l�ninistes et qui vise � provoquer, � attiser, � contr�ler et � exploiter les mouvements de masse de toute nature de l�adversaire afin de prendre le pouvoir en s�assurant progressivement le contr�le de la population selon un processus scientifiquement �tudi� et conduit en vertu des principes permanents de la strat�gie.</p><p>guerre subversive, action concert�e dirig�e contre les pouvoirs publics d�un pays par des organisations clandestines disposant ou non de l�appui d�une partie de la population et d�un soutien ext�rieur afin de paralyser l�exercice de ces pouvoirs.</p><p>(Insidieuse et permanente, employant les proc�d�s les plus divers, cette forme de guerre peut viser des objectifs tr�s vari�s, allant du contr�le d�un secteur limit� au bouleversement complet de l�ordre politique ou social.)</p><p>guerre totale, forme de guerre se donnant pour objectif l�an�antissement complet de l�adversaire. (Cette conception, issue de Clausewitz, a �t� reprise au XIXe s. par les pangermanistes, puis par les th�oriciens nationaux-socialistes.)</p><p>logistique. V. l�article.</p><p>op�rationnel, se dit de l�aspect sp�cifiquement militaire de la strat�gie et de tout ce qui concerne les op�rations militaires.</p><p>Par extension, se dit aussi d�un mat�riel d�armement dont l�exp�rimentation est termin�e et qui est d�sormais capable d��tre engag� en op�rations.</p><p>pol�mologie. V. l�article.</p><p>repr�sailles massives, th�orie strat�-</p><p>gique fond�e sur la d�termination affich�e par un �tat de riposter imm�diatement avec la puissance maximale de ses armes nucl�aires � toute agression ou � toute menace caract�ris�e d�agression. (Cette th�orie a �t� adopt�e notamment par les �tats-Unis de 1945 � la fin des ann�es 1950).</p><p>riposte gradu�e, th�orie strat�gique am�ricaine (en anglais flexible response) �labor�e autour de 1961 par McNamara et fond�e sur la volont� d�adapter le plus exactement possible � la nature et � la puissance de la menace ou de l�action exerc�e par un adversaire le choix des moyens militaires � mettre en oeuvre pour lui r�pondre.</p><p>science militaire, �tude objective et th�orique des facteurs qui d�terminent ou conditionnent la nature, la pr�paration ou le d�roulement des conflits. (Elle s�efforce de faire appara�tre les donn�es et les relations d�ordre th�orique pouvant �tre appliqu�es � la solution de probl�mes r�els au</p><p>niveau de la strat�gie, de la logistique, de la tactique, de l�organisation et de l�emploi des forces arm�es.)</p><p>strat�gie g�n�rale, mise en oeuvre, par un gouvernement, des moyens de toute nature (politique, �conomique, militaire, etc.) dont il dispose pour r�aliser les objectifs d�finis par sa politique.</p><p>strat�gie indirecte, celle qui veut �viter l�affrontement brutal et direct avec l�adversaire principal. (Elle s�efforce d�obtenir la d�cision indirectement, soit par des op�-</p><p>rations militaires sur des th��tres secondaires, soit en agissant sur ses alli�s, soit en employant des moyens [politiques ou �conomiques] autres que militaires. La strat�gie indirecte, qui a longtemps caract�ris� la politique britannique, s�oppose � la strat�gie directe, qui recherche la d�cision en attaquant l�adversaire principal sur le th��tre principal avec le maximum de moyens militaires : c��tait celle de la victoire par la bataille de Foch.)</p><p>strat�gie militaire, art, � l��chelon le plus �lev� du commandement des arm�es, de concevoir et d�organiser les forces en temps de paix et, en temps de crise ou de conflit, de pr�parer leur engagement ou de diriger les op�rations en vue de concourir dans le cadre de la strat�gie g�n�rale � la r�alisation des objectifs fix�s par le pouvoir politique. (En France, la comp�tence des grands commandements responsables de l�emploi des forces est d�finie par l�ordonnance du 7 janvier 1959 sur l�organisation de la d�fense. On notera, cependant, que la responsabilit� de l�emploi d�armes nucl�aires, m�me tactiques, est consid�-</p><p>r�e par toutes les puissances nucl�aires comme une d�cision relevant exclusivement du pouvoir politique.) [V. nucl�aire (arme).]</p><p>strat�gique, se dit de toute arme, de toute force ou de toute action, de quelque nature qu�elle soit (politique, �conomique ou militaire), susceptible d�influer directement sur la pr�vention, le d�roulement ou la conclusion d�un conflit (arm� ou non).</p><p>tactique, activit� proprement militaire, ayant pour objet, en adaptant et en combinant par la manoeuvre l�action des diff�rents moyens de combat, d�obtenir sur les forces adverses un r�sultat d�termin�.</p><p>(La tactique est la partie ex�cutive de la strat�gie militaire ; directement ordonn�e</p><p>au combat, elle est fonction de l��tat des downloadModeText.vue.download 457 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10412</p><p>arm�es, de l�armement dont celles-ci disposent, du terrain et du milieu dans lequel elles agissent, des caract�ristiques de l�adversaire qui leur est oppos�. La tactique est donc en continuelle �volution ; alors que la strat�gie se caract�rise par son unit�, il y a un grand nombre de tactiques : tactiques a�rienne, navale, d�infanterie, de blind�s...) th��tre d�op�rations, zone g�ographique pr�sentant une unit� politique, �conomique ou strat�gique et dans laquelle se d�roulent ou peuvent se d�rouler des op�rations militaires. (On dit aussi zone strat�gique, car le th��tre d�op�rations est l�espace � l�int�rieur duquel toutes les actions visent un m�me objectif strat�gique.) Guerres mondiales</p><p>et strat�gie</p><p>L�apparition dans les tranch�es, � No�l 1914, d�un nouveau type de guerre qu�aucun th�oricien n�avait su imaginer marque un tournant important de l�histoire de la strat�gie. Certaines de ses donn�es nouvelles sont communes � tous les bellig�rants, telles que l�importance des effectifs exig�s par des op�rations men�es sur plusieurs immenses fronts, le probl�me de la fabrication d�armements et de munitions qui font de l�activit� industrielle un �l�ment de la d�cision strat�gique, les difficult�s entre alli�s � d�finir une strat�gie commune et, plus encore, � instituer un haut commandement reconnu et accept� de tous... Mais la Premi�re Guerre mondiale souligne aussi combien les strat�gies sont li�es aux facteurs g�ographiques et nationaux.</p><p>Pour les Anglais, l�engagement</p><p>massif et inattendu de leurs forces terrestres sur le front fran�ais et les lourdes pertes qui en r�sult�rent appara�tront surtout comme un exemple � ne pas renouveler et renforceront leur attachement � une strat�gie indirecte, visant � atteindre l�Allemagne par le blocus et par des actions limit�es sur des fronts secondaires.</p><p>Les Allemands, au contraire, sont ceux qui s�adapteront le plus facilement � cette nouvelle guerre, que la strat�gie complexe du g�n�ral Erik von Falkenhayn (1861-1922) cherche � utiliser pour r�aliser les objectifs permanents de la politique allemande en Europe.</p><p>Pour les Fran�ais, enfin, un grave blocage s�op�re : de 1915 � 1918, en effet, tous les efforts de la direction politique de la guerre, ceux du haut commandement, voire des �chelons subordonn�s, tendent � un seul but, la</p><p>� lib�ration du territoire � qui tient lieu � la fois de motivation politique, de but strat�gique et d�objectif tactique.</p><p>Tout se r�sume � r�aliser la fameuse</p><p>� perc�e � du front permettant de re-conduire l�adversaire aux fronti�res, et cette pens�e, devenue une hantise, est commune aux chefs de gouvernements, aux commandants en chef, voire aux commandants de divisions. Cette identit�, aussi fortuite qu�exceptionnelle, entre le domaine de la politique, de la conduite strat�gique des op�rations et de la tactique, � fig�e � par la victoire de 1918, p�sera lourdement sur la pens�e militaire fran�aise de l�entre-deux-guerres.</p><p>Continuant, au contraire, sur sa lanc�e politique, l�Allemagne, qui n�a jamais admis sa d�faite, peut r�aliser un plan strat�gique de mainmise sur l�Europe : pr�par� par des accords �conomiques qui subordonnent � Berlin les petits �tats de l�Europe centrale, ce plan sera ex�cut� par un type nouveau de force de frappe militaire, le couple char-avion, instrument op�rationnel de la guerre �clair. La guerre qui s�ouvre en 1939, et qui sera le dernier grand conflit de la strat�gie classique, appara�t aujourd�hui tr�s proche de la pr�c�dente dans le domaine de la strat�gie. Comme la Premi�re Guerre mondiale, le nouveau conflit est une guerre des puissances maritimes contre le bloc continental d�un nouvel empire allemand. Comme elle, il sera domin� par l�importance encore accrue de la production industrielle d�armements de plus en plus complexes, ce qui, en raison de la puissance de l��conomie am�ricaine, donnera un r�le d�termi-</p><p>nant � la strat�gie �labor�e par le Pentagone. Toutefois, le caract�re mondial de la guerre est beaucoup plus marqu� de 1939 � 1945 que de 1914 � 1918, et c�est � une �chelle intercontinentale que les choix et les d�cisions strat�-</p><p>giques doivent �tre �labor�s au cours de conf�rences politico-militaires qui mobilisent les plus hauts �chelons de gouvernements et de commandements.</p><p>Ce caract�re mondial, imposant en outre, de l�Atlantique � l�Extr�me-Orient, le d�placement de forces et d�approvisionnements consid�rables sur des th��tres �loign�s de milliers de kilom�tres, a donn� � la logistique*</p><p>une importance encore accrue et en a fait un facteur essentiel de toute option strat�gique.</p><p>On notera, enfin, que cette �volution et cette extension du domaine de la strat�gie ont entra�n� une transformation profonde des rapports entre les hauts �chelons du commandement et les pouvoirs politiques. Alors que la distinction, demeur�e tr�s nette jusqu�en 1914, des domaines politique et militaire permettait une s�paration correspondante des responsabilit�s entre gouvernements et commandants en chef, le caract�re total de la guerre moderne a impos� d�sormais un v�ritable dialogue entre les politiques et les militaires. Appr�ciant ensemble les facteurs et les risques de tous ordres d�une d�cision strat�gique, ils peuvent pr�ciser et arr�ter ensemble les options politiques qui conditionneront l�action du haut commandement dans le domaine de la strat�gie proprement militaire, celle qui lui appartient en propre et englobe la direction des op�rations.</p><p>La strat�gie nucl�aire</p><p>Alors qu�en Europe la Seconde Guerre mondiale s�ach�ve dans un cadre encore classique, les bombes atomiques d�Hiroshima et de Nagasaki, provoquant l�effondrement du Japon, ouvrent une �re nouvelle dans l�histoire de la strat�gie. En effet, si le facteur nucl�aire ne supprime pas toutes les donn�es h�rit�es de l�histoire, il s�y ajoute et les domine d�sormais par le seul fait de son existence. Renfor�ant encore les exigences industrielles et financi�res de la d�fense, entra�nant</p><p>pour sa mise en oeuvre une acc�l�ration de plus en plus pouss�e de la recherche technologique en mati�re d�armement, l�arme nucl�aire reste, en outre, marqu�e par le souvenir d��pouvant� qu�a laiss� dans l�opinion mondiale son emploi en 1945. Ses effets destructeurs, disproportionn�s avec le but recherch�, en ont fait heureusement une arme de menace plus qu�un moyen de combat ; d�s qu�en 1949 l�U. R. S. S. mettra fin au monopole atomique am�ricain, chacun des deux super-grands mesurera � l��chelle de son propre territoire le risque de d�vastations comparables � celles qu�il est capable d�infliger.</p><p>Cette constatation donnera une</p><p>singuli�re priorit� � la strat�gie de la dissuasion sur celle de l�action. Elle s�exprimera dans l��quilibre nouveau, sans cesse remis en cause, des relations entre les �tats-Unis et l�Union sovi�-</p><p>tique, dont l��volution conditionnera d�sormais celle de la situation internationale. C�est en fonction de ce duo am�ricano-sovi�tique, qui, de 1947 � 1975, oscillera entre la guerre froide, le pacte tacite de non-agression et le condominium mondial, que les autres pays devront d�terminer leur propre strat�gie : les uns chercheront � conserver une relative ind�pendance en se dotant eux-m�mes de l�arme nucl�aire ; d�autres s�agr�geront plus ou moins volontairement � l�un ou l�autre des deux blocs ; d�autres, enfin, s�efforce-ront de r�aliser tant bien que mal leurs propres objectifs.</p><p>L��re du monopole atomique</p><p>am�ricain (1945-1957)</p><p>Grand vainqueur de la Seconde Guerre mondiale, o� elle a risqu� son existence, l�U. R. S. S. de Staline ne dissimule pas ses ambitions politiques en Europe. Mais, d�s 1947, le pr�sident Truman, fort du monopole nucl�aire am�ricain, d�cide de s�opposer � toute nouvelle expansion sovi�tique, et le plan Marshall vient en aide aux nations europ�ennes r�solues � d�fendre leur ind�pendance. C�est l��poque de la guerre froide, o� la d�termination am�ricaine se fonde sur la possibilit� d�une intervention a�rienne massive sur le territoire sovi�tique, conduite soit depuis les �tats-Unis, soit � partir</p><p>de bases alli�es situ�es � la p�riph�rie de l�U. R. S. S. Cette strat�gie p�ri-ph�rique s�incarne alors dans le Stra-tegic Air Command (SAC), puissant groupement de bombardiers capables d�intervenir � tout instant par bombes nucl�aires ou classiques. Elle entra�ne les �tats-Unis, pour disposer de bases a�riennes en Afrique et au Proche-Orient, � appuyer les mouvements d�ind�pendance qui agitent alors les pays arabes. En Europe, apr�s la mainmise sovi�tique sur Prague (1948), elle conduit � la signature du trait� de l�Atlantique* Nord (1949), dont l�organisation militaire int�gr�e est plac�e en fait sous commandement am�ricain et auquel r�pondra en 1955 le Pacte sovi�tique de Varsovie.</p><p>En 1949, tandis que Mao Zedong</p><p>(Mao Ts�-tong) ach�ve de s�emparer de la Chine, l�U. R. S. S. fait exploser aussi sa premi�re bombe atomique, suivie, en 1953, dix mois apr�s les Am�ricains, de sa premi�re bombe thermonucl�aire. Pour les �tats-Unis, qui n�ont plus l�exclusivit� de l�arme atomique, la strat�gie de dissuasion rev�t une importance accrue. Le souci du Pentagone est alors d��viter la destruction pr�ventive de ses moyens atomiques par une premi�re frappe sovi�-</p><p>tique, afin de conserver une capacit� de seconde frappe, c�est-�-dire de riposte nucl�aire.</p><p>Durant cette p�riode, la dissuasion, pour les Sovi�tiques comme pour les Am�ricains, repose dans le cadre d�une strat�gie anticit�s sur la menace de repr�sailles massives. Mais une telle doctrine appara�t bient�t trop rigide pour faire face aux multiples conflits limit�s (Cor�e*, Indochine*, etc.) qui se pr�sentent dans le monde et qu�il downloadModeText.vue.download 458 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10413</p><p>faut r�gler sans emploi de l�arme nu-cl�aire afin d��viter toute riposte de cette nature. C�est alors que, dans les ann�es 55, les �tats-Unis d�cident de renforcer les forces classiques de leurs alli�s europ�ens et dotent leurs propres troupes d�armes nucl�aires dites tac-</p><p>tiques, en raison de leur faible puissance (v. nucl�aire [arme]). On prendra, cependant, peu � peu conscience de ce que la nature m�me de ces armes et les r�percussions psychologiques de leur emploi en font un nouveau moyen de dissuasion, un premier �chelon de l�escalade, beaucoup plus qu�une arme du champ de bataille.</p><p>La sup�riorit� am�ricaine</p><p>remise en question (1957-1961)</p><p>Durant les dix ann�es qui avaient suivi la fin de la Seconde Guerre mondiale, le parapluie nucl�aire am�ricain avait jou� � plein son r�le. �vitant tout affrontement direct entre les deux super-puissances, il avait, en revanche, donn� un grand essor � toutes les entreprises de strat�gie indirecte, o�, par un emploi syst�matique des conflits marginaux et des techniques des guerres r�volutionnaires et subversives, excell�rent les Sovi�tiques.</p><p>Dans cette situation, la mise sur orbite, en octobre 1957, du premier</p><p>� Spoutnik � sovi�tique r�v�lait que l�U. R. S. S. disposait de missiles intercontinentaux capables de remplacer les avions comme vecteurs de l�arme nucl�aire. Pour Washington, ce fut une tragique surprise : la d�tection et l�interception de ces missiles �tant al�atoire, le territoire am�ricain et notamment les bases a�riennes du SAC</p><p>�taient pour la premi�re fois sous la menace directe du feu nucl�aire adverse !</p><p>La capacit� am�ricaine de riposte en seconde frappe et, par l� m�me, toute la strat�gie de dissuasion �taient remises en cause. La r�action am�ricaine sera tr�s vive : le missile gap (le trou dans le domaine des missiles*) doit �tre combl� de toute urgence. Apr�s des solutions provisoires, ce sera chose faite avec l�entr�e en service simultan�e, en 1961-62, des premiers missiles am�-</p><p>ricains � Polaris �, lanc�s � partir de sous-marins, et � Minuteman �, lanc�s de silos, qui r�tabliront bient�t l��quilibre nucl�aire am�ricano-sovi�tique.</p><p>La strat�gie de McNamara et</p><p>la riposte gradu�e (1961-1965)</p><p>Si la suppression du missile gap r�solvait le probl�me de la s�curit� imm�-</p><p>diate des �tats-Unis, elle ne pouvait, �</p><p>elle seule, tenir lieu de strat�gie. Aussi la nouvelle administration Kennedy, sous l�impulsion de Robert S. McNamara, secr�taire � la D�fense de 1961</p><p>� 1967, entreprend-elle une r�vision compl�te de la strat�gie nucl�aire et g�n�rale am�ricaine.</p><p>Dans le domaine nucl�aire, com-</p><p>parant les avantages et les inconv�-</p><p>nients de l�initiative et de la riposte, elle donne la priorit� � cette derni�re, ce qui implique que demeure � celui qui a �t� assailli une capacit� de survie suffisante pour exercer � son tour des repr�sailles telles que l�adversaire ne puisse s�en relever. Aussi l��l�-</p><p>ment essentiel de la dissuasion entre grandes puissances nucl�aires devient-il la capacit� de repr�sailles en seconde frappe apr�s agression. Une telle strat�gie suppose l�invuln�rabilit� relative des moyens nucl�aires de cette riposte, qui est recherch�e dans l�enfouissement en silos des missiles � Minuteman � et dans la mobilit� des missiles de type � SLBM �, lanc�s de sous-marins. Compens�e par un d�veloppement similaire du potentiel nucl�aire sovi�tique, cette strat�gie fond�e sur l��quilibre de la terreur �cartait le risque d�un conflit majeur am�ricano-sovi�tique. Elle laissait cependant sans solution tous les probl�mes pos�s par les conflits secondaires, puisque, par le simple jeu des alliances, une agression de type classique contre un alli� des �tats-Unis ou de l�U. R. S. S. risquait de d�boucher sur une guerre nucl�aire totale. C�est de cette constatation que na�t aux �tats-Unis le second volet de la doctrine McNamara, la riposte gradu�e, qui, adopt�e par le pr�sident Kennedy et poursuivie par Johnson, se substitue dans les ann�es 1962-1964</p><p>� celle des repr�sailles massives. Son principe de base est de supprimer tout automatisme au caract�re nucl�aire de la riposte, en ne r�pondant � toute menace ou � toute agression qu�avec des moyens militaires strictement adapt�s � la nature et � la mesure du probl�me pos�... L�adversaire est incit�, sous menace de repr�sailles, � r�agir de la m�me mani�re.</p><p>Les cons�quences de la doctrine</p><p>McNamara (1965-1970)</p><p>Rendant sa souplesse � l�action strat�gique, l�application de la doctrine McNamara conduisait le gouvernement am�ricain � distinguer deux domaines dans sa politique de d�fense : celui qu�il estime mettre directement en cause la s�curit� imm�diate du pays et qui, seul, justifie des repr�sailles nucl�aires massives, et celui qui, relevant de ses int�r�ts marginaux, est essentiellement justiciable de la riposte gradu�e.</p><p>Une telle distinction, valable d�sormais pour toute puissance nucl�aire, accentuait nettement le caract�re strictement national de l�emploi strat�gique de l�armement nucl�aire. On con�oit ais�ment qu�en l�occurrence, et notamment en Europe, elle ait conduit les al-li�s des �tats-Unis � s�interroger sur la valeur de la protection nucl�aire am�ricaine. L�utilisation de l�arme nucl�aire, en effet, ne relevait plus d�sormais que de l�appr�ciation, �videmment subjective, de la menace par le seul gouvernement am�ricain. Enfin, pour que ce pouvoir d�appr�ciation puisse s�exercer efficacement, il fallait �viter tout risque d�action militaire individuelle des puissances secondaires, ce qui exigeait qu�un contr�le rigoureux de leurs forces soit exerc� au plus haut niveau, c�est-�-dire � la Maison-Blanche pour les membres du Pacte atlantique.</p><p>Cette situation ne pouvait manquer, au cours des ann�es 1960, de conduire les puissances de second rang � red�finir leur strat�gie en situant leurs positions et leurs int�r�ts dans un monde devenu tr�s diff�rent de celui de la d�cennie pr�c�dente. Pour toutes, cet examen posait en premier lieu le probl�me de leur degr� de d�pendance, notamment dans l�ordre g�ographique, �conomique ou id�ologique vis-�-vis de l�un des deux super-grands. Pour de nombreux pays, la r�ponse � ce pr�alable interdisait tout changement et les obligeait � continuer de s�en remettre � la protection parfois pesante d�une des deux grandes puissances nucl�aires, tout en s�effor�ant de r�cup�rer un minimum d�initiatives en mati�re de diplomatie ou de commerce ext�rieur.</p><p>D�autres �tats, notamment dans le tiers monde, chercheront � maintenir leurs distances entre les deux grands en</p><p>recourant aux subtilit�s de la strat�gie indirecte et en monnayant leurs positions g�ographiques ou la richesse de leurs mati�res premi�res.</p><p>Trois anciennes grandes puis-</p><p>sances m�ritent dans cette r�vision une mention particuli�re. La Grande-Bretagne, puissance nucl�aire depuis 1952, amorce en 1966 le repli de ses positions strat�giques � l�est de Suez, mais, en d�pit des pas qu�elle fait vers l�Europe et qui aboutiront � son entr�e dans le March� commun, sa politique de d�fense et sa strat�gie restent �troitement li�es � celles des �tats-Unis. La Chine, apr�s une longue d�pendance, sort autour de 1960 de la sph�re sovi�-</p><p>tique et inaugure en 1964 un armement nucl�aire qui vient appuyer une strat�-</p><p>gie nouvelle � vocation mondiale enti�-</p><p>rement autonome. Quant � la France, elle adopte une solution de compromis qui appara�t tr�s exigeante. Consid�-</p><p>rant l�Alliance atlantique indispensable � sa s�curit�, elle en demeure membre, mais, refusant d�ali�ner sa libert� d�action entre les mains des �tats-Unis, elle se retire en 1966 de l�organisation militaire atlantique et d�veloppe au m�me moment une force nucl�aire dont elle entend contr�ler seule l�emploi en adoptant, au moins officiellement, la strat�gie des repr�sailles massives.</p><p>� la recherche d�un</p><p>nouvel �quilibre nucl�aire</p><p>Le nouvel �quilibre nucl�aire r�alis� au d�but des ann�es 1960 entre les �tats-Unis et l�U. R. S. S. impliquait une sorte d�accord tacite entre les deux partenaires pour �viter � tout prix, gr�ce au maintien, en temps de crise, de conversations directes et au plus haut niveau entre les deux pays (t�l�-</p><p>phone rouge), qu�une guerre totale ne s�engage par erreur ou par malentendu.</p><p>Il impliquait aussi que les deux puissances s�efforcent d�emp�cher la cr�ation d�autres forces nucl�aires �chappant � leur contr�le, ce que tendront � obtenir les accords am�ricano-sovi�-</p><p>tiques de Moscou (1963) sur l�interdiction des essais nucl�aires a�riens et le trait� de non-prolif�ration nucl�aire de 1968, destin�s tous deux � limiter le nombre des membres du club atomique, qui venait de s�augmenter de la</p><p>France et de la Chine.</p><p>En d�pit de la volont� de Washington et de Moscou s�annon�ait ainsi le passage d�un monde bipolaire � un monde multipolaire, o� les m�canismes de la dissuasion devenaient de plus en plus complexes. En outre, l��quilibre entre les puissances am�ricaine et sovi�tique demeurait tr�s pr�caire et � la merci de toute perc�e d�ordre technologique susceptible de bouleverser tr�s rapidement le rapport de leurs forces. Alors qu�� partir de 1967 les Am�ricains sta-bilisaient le nombre de leurs missiles strat�giques (1 054 � ICBM � et 656</p><p>� SLBM �), les Sovi�tiques consentaient un effort consid�rable en mati�re d�armement. Il se traduira par l�essor prodigieux de leur flotte, qui accentuait le caract�re mondial de leur strat�gie, et par la mont�e en fl�che du nombre de leurs � ICBM � (460 en 1967, 1 618</p><p>en 1975) et de leurs � SLBM � (130 en 1967, 784 en 1975).</p><p>y Les n�gociations nucl�aires. C�est alors qu�� propos des probl�mes n�s downloadModeText.vue.download 459 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10414</p><p>de la d�fense contre les missiles* les �tats-Unis et l�U. R. S. S., plut�t que de poursuivre une course aux armements ruineuse pour leurs �conomies, d�cid�rent de la limiter par un accord d�ment n�goci�. Ce fut l�origine des n�gociations Salt, ouvertes en 1969</p><p>sur la limitation des armements nu-cl�aires strat�giques, dont la premi�re phase aboutit en mai 1972 � la convention sign�e � Moscou par le pr�sident Nixon, qui limitait les armes antimis-siles et fixait jusqu�en 1977 un plafond au nombre des vecteurs des armes nu-cl�aires strat�giques, tout en laissant aux deux partenaires une libert� totale en mati�re de recherche. Cet accord donnait presque aussit�t l�image de sa fragilit�, puisque Washington, se fiant � son avance technique dans le domaine des charges � t�tes multiples (� MIRV �), avait accept� un plafond (710 � SLBM � et 1 000 � ICBM �) nettement inf�rieur � celui des So-vi�tiques (950 � SLBM � et 1 618</p><p>� ICBM �). En 1973, ces derniers, ex-p�rimentant eux-m�mes des charges multiples d�une puissance sup�rieure � leurs homologues am�ricaines,</p><p>compromettaient gravement l��quilibre p�niblement n�goci� l�ann�e pr�c�dente. Cet �v�nement explique l�impasse dans laquelle se trouv�rent au d�but de 1974 les n�gociations sur la s�curit� europ�enne engag�es entre les deux blocs. Il explique sans doute aussi l�inflexion, annonc�e au m�me moment par le secr�taire d��tat James Schlesinger (n� en 1929), de la strat�-</p><p>gie am�ricaine. Sans renoncer � une strat�gie anticit�s, le Pentagone met d�sormais l�accent sur les objectifs antiforces, que constituent les armes et les installations nucl�aires de l�U. R. S. S. Lors de sa rencontre avec Brejnev le 24 novembre 1974 � Vladivostok, le pr�sident Ford confirmait les accords de mai 1972. Les n�gociations Salt reprenaient en 1975 en vue de parvenir � un nouvel accord couvrant la p�riode 1977-1985 et portant notamment sur le nombre des charges nucl�aires multiples.</p><p>Un exemple type</p><p>de conflit limit� :</p><p>la quatri�me guerre</p><p>isra�lo-arabe de 1973</p><p>(guerre du Kippour)</p><p>La complexit� et l�interd�pendance des donn�es de la strat�gie ont �t� particuli�-</p><p>rement mises en �vidence par ce conflit.</p><p>Avec une singuli�re brutalit� et dans un espace de temps limit� au seul mois d�octobre 1973, la guerre du Kippour a mis en cause :</p><p>y le probl�me permanent de l�opposition entre Juifs et Arabes et l�existence m�me de l��tat d�Isra�l ;</p><p>y le facteur g�ostrat�gique du canal de Suez, grande voie de communication entre la M�diterran�e, l�oc�an Indien et l�Extr�me-Orient, ferm�e depuis 1967</p><p>et qui pr�sente un int�r�t particulier pour la strat�gie sovi�tique (Bombay -</p><p>Odessa via Suez = 4 182 miles ; via Le Cap = 11 755 miles) ;</p><p>y le caract�re assez ambigu des relations</p><p>entre l�U. R. S. S. et les �tats-Unis, qui, apr�s avoir aliment� en armes la premi�re les pays arabes et les seconds Isra�l, s�entendent finalement pour imposer les 22 et 23 octobre, par l�interm�diaire du Conseil de s�curit�, un cessez-le-feu imm�diat aux bellig�rants ;</p><p>y l�emploi brutal du facteur �conomique, avec la d�cision prise le 17 octobre par l�Organisation des pays arabes exportateurs de p�trole de r�duire leur production et leurs exportations vers l�Europe occidentale, les �tats-Unis et le Japon, pour obtenir que ces �tats exercent une pression sur Isra�l (cette d�cision, jointe � l�augmentation brutale des tarifs, remettait en cause toute la politique mondiale de l��nergie) ;</p><p>y le facteur militaire de la strat�gie nu-cl�aire, avec la d�cision prise le 25 octobre par le pr�sident Nixon de mettre en alerte toutes les forces strat�giques nucl�aires am�ricaines pour � dissuader � les Sovi�-</p><p>tiques de toute intervention militaire au Moyen-Orient ;</p><p>y le facteur r�volutionnaire, avec le probl�me pos� par l�Organisation de lib�ration de la Palestine ;</p><p>y l�importance psychologique de la tribune de l�O. N. U., les limites que lui impose, quand il existe, le condominium mondial exerc� par les deux super-grands nucl�aires sovi�tique et am�ricain, et le r�le modeste, mais efficace, de la force d�urgence de l�O. N. U. (casques bleus) comme organe militaire d�ex�cution d�une volont� internationale.</p><p>L��nonc� de toutes les composantes strat�giques apparues dans ce conflit ne saurait faire oublier l�aspect proprement militaire de l�affrontement entre les forces arabes et isra�liennes. C�est le r�sultat des op�rations conduites sur les fronts du Golan et de Suez qui cr�a un �v�nement lui aussi d�terminant sur le plan de la strat�gie mondiale (v. Isra�l).</p><p>O� en est la strat�gie ?</p><p>Apr�s trente ans de cheminement tortueux dans l��re nucl�aire, o� en est la strat�gie ? Reste-t-il quelque chose de ses principes traditionnels ? Se r�duit-elle au seul jeu subtil d�une dissuasion formul�e en un vocabulaire de plus</p><p>en plus herm�tique r�serv� aux seuls initi�s ?</p><p>Il semble qu�une telle affirmation serait tr�s excessive, car, tant qu�exis-teront des groupes humains anim�s par une volont� de vie commune, il restera pour eux un probl�me de d�fense dont la solution s�exprimera toujours en une strat�gie. Et c�est pr�cis�ment dans cette volont� d�obtenir un r�sultat par sa force (ou par sa menace), malgr� tout ce qui s�y oppose, ou, plus exactement, comme l��crit le g�n�ral Andr� Beaufre (1902-1975), dans la</p><p>� dialectique des volont�s employant la force pour r�soudre leur conflit �</p><p>que demeure aujourd�hui comme hier l�essence de la strat�gie. Mais le � vouloir � est �troitement subordonn� au</p><p>� pouvoir � : qui dit strat�gie requiert libert� d�action et marge d�initiative, conditions qui apparaissent aujourd�hui singuli�rement limit�es par un certain nombre de donn�es inh�rentes � l��volution du monde au seuil du dernier quart du XXe s.</p><p>On peut, pour simplifier, regrouper ces facteurs externes autour des quelques points suivants. Sans oublier l�importance de la g�ographie, l�imbrication de plus en plus grande des affrontements et des conflits locaux dans la situation mondiale accentue l�interd�pendance de tous les probl�mes strat�giques, si bien qu�en tout</p><p>� point chaud � (Vi�t-Nam, ProcheOrient) c�est l�ensemble de l��quilibre mondial qui se trouve engag�. Si le fait de l�armement nucl�aire semble, par sa surpuissance, avoir fait reculer le danger d�un conflit g�n�ralis�, il n�en reste pas moins qu�aucun probl�me strat�gique, m�me mineur, ne peut �tre d�sormais trait� sans mesurer sa relation avec les int�r�ts politiques, �conomiques et id�ologiques des super-puissances � dimension mondiale que sont les �tats-Unis et l�U. R. S. S., auxquels s�adjoindra un jour la Chine, ne serait-ce qu�en raison de sa d�mographie. Mais, en mati�re strat�gique, le pouvoir s�exprime par la possibilit� d�une pression en force sur un partenaire ou sur un adversaire.</p><p>Dans le monde d�aujourd�hui, comme l�a montr� de fa�on spectaculaire la guerre du Kippour en 1973, c�est dans</p><p>le domaine �conomique qu�� c�t� ou en compl�ment de l�action militaire cette pression s�exerce avec le maximum d�efficacit�. Et c�est encore un facteur �conomique qui conditionne la puissance des arm�es. Quelle que soit leur nature, les armements ont atteint d�sormais une complexit� et un co�t tels que leur production est devenue tributaire d�un haut potentiel industriel et technologique r�serv� � un petit nombre de nations, dont les autres pays ne peuvent �tre que les clients.</p><p>� ces donn�es externes, de plus en plus complexes, � l�int�rieur desquelles se meut la strat�gie, s�ajoutent et p�sent d�un poids de plus en plus lourd des facteurs d�ordre subjectif dont aucun strat�ge ne peut se d�sint�resser. Sans oublier l�importance accrue donn�e par le fait nucl�aire aux composantes psychologiques de la dissuasion, il importe de souligner aussi celle des opinions publiques nationale et internationale, rendues particuli�rement sensibles et fragiles par le d�veloppement prodigieux des moyens d�information. Par eux, la propagande, l�action psychologique, le bluff, le chantage et le ter-rorisme sont devenus des instruments souvent d�terminants de la strat�gie, qui viennent encore limiter la libert� d�action des gouvernements et celle des chefs d��tat responsables.</p><p>En fin de compte, si, dans sa pr�paration et dans sa mise en oeuvre, la strat�gie tend � se rapprocher de plus en plus de la politique de d�fense, elle demeure, au moment des d�terminations fondamentales, le fait de l�instance la plus haute du pouvoir politique, souvent un homme seul, qui, apr�s avoir pes� et jug� en conscience, d�cide et engage un peuple. Faisant appel � l�intuition autant qu�� la raison, cette d�cision strat�gique demeure marqu�e aujourd�hui comme hier par la personnalit� de son auteur et ressortit � sa philosophie politique et � sa conception du monde autant qu�� son savoir et � sa comp�tence.</p><p>B. de B. et P. D.</p><p>F Armement / Aviation / Blocus naval / D�fense / D�sarmement / Logistique / Marine / Missile / Nucl�aire (arme).</p><p>Pour la strat�gie des principaux pays se reporter �</p><p>l�ordre alphab�tique de chacun de ceux-ci ; pour la France, voir R�publique (Ve).</p><p>E. Carrias, la Pens�e militaire allemande (P. U. F., 1948) ; la Pens�e militaire fran�aise (P. U. F., 1960). / A. Doumenc, 1944 et les destin�es de la strat�gie (Arthaud, 1948). / C. Aille-ret, l�Art de la guerre et la technique (Lavauzelle, 1950). / Mao Ts�-tong, la Strat�gie de la guerre r�volutionnaire en Chine (trad. du chinois, �d. sociales, 1950) ; la Guerre r�volutionnaire (trad. du chinois, U. G. E., 1962). / G. Bouthoul, la Guerre (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1953 ; 5e �d., 1973) ; le Ph�nom�ne guerre (Payot, 1962 ; nouv. �d., Trait� de pol�mologie. Sociologie des guerres, Payot, 1970). / R. L. Garthoff, Soviet Military Doctrine (Santa Monica, 1953, nouv. �d., New York, 1966 ; trad. fr. la Doctrine militaire sovi�tique, Plon, 1958). / P. E. Jacquot, la Strat�gie p�riph�rique devant la bombe atomique (Gallimard, 1954). / B. H. Liddell Hart, Strategy (New York, 1957, 2e �d., 1967 ; trad. fr.</p><p>Histoire mondiale de la strat�gie, Plon, 1962).</p><p>/ B. Brodie, Strategy in the Missile Age (Princeton, 1959 ; trad. fr. la Guerre nucl�aire, la nouvelle strat�gie am�ricaine, Stock, 1965). /</p><p>C. Delmas, la Guerre r�volutionnaire (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1959 ; 3e �d., 1972) ; la Strat�gie nucl�aire (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1963 ; 2e �d., 1968). / J. F. Fuller, Conduct of War, 1789 to 1961 (New Brunswick, 1961 ; downloadModeText.vue.download 460 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10415</p><p>trad. fr. la Conduite de la guerre de 1789 � nos jours, Payot, 1963). / J. Perr�, la Guerre et ses mutations (Payot, 1961-62 ; 2 vol.). / R. Aron, Paix et guerre entre les nations (Calmann-L�vy, 1962) ; le Grand D�bat. Initiation � la strat�gie atomique (Calmann-L�vy, 1963). / A. Beaufre, Introduction � la strat�gie (A. Colin, 1963) ; Dissuasion et strat�gie (A. Colin, 1964) ; Strat�gie de l�action (A. Colin, 1966). / B. L. Montgomery, A History of Warfare (Londres, 1968 ; trad. fr.</p><p>Histoire de la guerre, France-Empire, 1970).</p><p>/ J. Guitton, la Pens�e et la guerre (Descl�e De Brouwer, 1969). / R. Girardet, Probl�mes contemporains de D�fense Nationale (Dalloz, 1974).</p><p>stratification</p><p>sociale</p><p>Ensemble des divisions �tablissant une ou plusieurs hi�rarchies entre les individus d�une soci�t�.</p><p>En d�pit d�une profession officielle d��galitarisme, les soci�t�s industrielles se caract�risent aux yeux de tous par une in�gale r�partition des richesses et des statuts de prestige.</p><p>Certains attribuent les injustices sociales � des forces institutionnelles inh�rentes au fonctionnement du syst�me ; d�autres imputent aux individus la responsabilit� d�un �chec ou d�une r�ussite. Certains aspirent � une soci�t� sans classes ; d�autres jugent que la hi�rarchisation n�cessaire des fonctions sociales entra�ne in�vitablement des gratifications diff�rentielles qui servent de motivations � l�action.</p><p>Chacun de ces points de vue renvoie le sociologue � l�analyse objective des syst�mes de stratification.</p><p>Rep�res g�n�raux</p><p>de l�analyse</p><p>Tandis que le mot hi�rarchie d�signe l�ordre de superposition ou le rapport de domination dans lequel se trouvent diff�rentes entit�s qui occupent des positions et des rangs in�gaux, de telle sorte que l�on parle de hi�rarchie militaire, religieuse, politique, le terme de stratification, en rapport d�inclusion avec celui de hi�rarchie, ne s�applique qu�aux relations de subordination des diff�rentes couches et classes sociales r�sultant de la distribution in�gale des droits, des obligations et des privil�ges dans une soci�t�.</p><p>Pour �tre un ph�nom�ne naturel et un trait in�vitable de toute vie sociale, un syst�me de stratification ne suit pas n�cessairement les clivages r�sultant d�in�galit�s biologiques. Son �laboration d�pend en effet de crit�res et de prescriptions socialement d�finis ainsi que de significations conventionnelle-ment attribu�es.</p><p>De ce fait, la stratification se manifeste sous des formes multiples : syst�me de rangs, de lignages, d�ordres (ou d��tats), de castes, de classes, et chaque syst�me rev�t une forme particuli�re selon la soci�t� et la p�riode consid�r�e. En intensit� m�me, la stratification varie depuis la soci�t� id�ale de type �galitaire jusqu�� la soci�t� hyperstratifi�e, comme celle de l�Inde.</p><p>En fonction de toutes ces sp�cificit�s, chaque forme de stratification doit donner lieu � une �laboration particuli�re et � des analyses comparatives.</p><p>Aspects structuraux, dynamiques</p><p>et comparatifs</p><p>Pour la compr�hension des syst�mes sociaux, l�analyse de leur stratification est d�une importance majeure, car elle permet de saisir les lignes de force essentielles, issues du processus de diff�renciation sociale, qui expliquent, par r�f�rence causale, la stabilit�, les tensions et les transformations des soci�t�s. M�me dans les soci�t�s apparemment stagnantes, une tension permanente existe entre les forces de coh�sion et les forces de rupture, d�celable dans les contestations exprim�es, refoul�es ou sublim�es dans un rituel.</p><p>Aussi convient-il d�appr�hender toute stratification sociale sous l�angle structural et de compl�ter l��tude empirique par une comparaison avec d�autres formes de stratification.</p><p>Les premiers aspects suscitent les questions suivantes : quelles sont les structures propres � telle stratification ? Quelles fonctions s�associent � ces structures ? Par quel langage les structures et les fonctions s�expriment-elles ? La r�ponse � ces questions permet d�identifier des groupes r�els tout en d�gageant la nature et l�agencement des rapports entre ces groupes.</p><p>Consid�r�e dans ses aspects dynamiques, l��tude des stratifications porte sur l�engendrement causal des insatisfactions et des antagonismes, sur la dynamique propre � chaque strate et sur la dynamique g�n�rale du syst�me, notamment dans les conjonctures les plus r�v�latrices de ces dynamiques : crises, changements d�institutions, affrontements politiques, coups d��tat.</p><p>Afin d��viter l�extrapolation � partir d�un cas restreint, l�approche comparative aide � la th�orisation en permettant � la vigilance critique du sociologue de s�exercer par une distanciation � l��gard de son objet. La comparaison et la critique emp�cheront le sociologue d��tre victime des id�ologies li�es au syst�me.</p><p>Processus de diff�renciation, de classification et d��valuation Communs � tous les syst�mes de stratification, trois processus sociaux entrent en composition dans leur �laboration : la diff�renciation, la classification hi�-</p><p>rarchis�e et l��valuation.</p><p>y La diff�renciation sociale est le mouvement par lequel se cr�ent des distinctions et des sp�cialisations de r�les individuels ou collectifs � l�int�-</p><p>rieur d�une soci�t�. La recherche de ses origines se situe donc au niveau de l�analyse du sujet historique. Ses manifestations d�bordent de beaucoup le cadre des stratifications sociales, en ce que celles-ci ne constituent que l�un des aspects du ph�nom�ne plus g�n�-</p><p>ral de hi�rarchisation et que la hi�-</p><p>rarchisation elle-m�me r�sulte d�un seul type de diff�renciation : la diff�renciation verticale, distincte mais compl�mentaire d�une diff�renciation des t�ches et des fonctions. Cette pr�-</p><p>cision �nonc�e, on peut admettre que tout syst�me de stratification ne s�engendre que sur la base d�un processus initial de diff�renciation.</p><p>y La classification hi�rarchis�e appara�t donc comme le compl�ment de la diff�renciation des r�les et des statuts. Dans une perspective quelque peu psychologique, Melvin Marvin Tumin (Social Stratification, 1966) retient trois crit�res pour servir � cette classification : a) les caract�ristiques personnelles telles que l�intelligence, la force ou la beaut�, consid�r�es comme n�cessaires � la bonne ex�-</p><p>cution d�un r�le ; b) les aptitudes et les qualifications acquises, jug�es indispensables pour s�acquitter efficacement d�un r�le (ainsi l�habilet� manuelle, la capacit� de scier du bois ou de clouer des clous, ou bien la connaissance du droit ou de la litt�-</p><p>rature savante) ; c) les cons�quences et les effets du r�le sur les membres individuels et sur l�ensemble de la so-ci�t� (par exemple, les acteurs offrent un divertissement, les juges assurent la justice, les policiers maintiennent l�ordre ; on appelle parfois ces cons�-</p><p>quences les fonctions sociales du r�le).</p><p>y L��valuation implique que chacun des statuts soit assign� � une place</p><p>d�finie sur une �chelle de valeurs.</p><p>Elle s�op�re par des jugements de valeur qui s�expriment en termes de prestige impliquant respect et d�f�-</p><p>rence. Le prestige se nuance parfois, d�une part, en popularit�, lorsqu�une personne de statut pas n�cessairement �lev� jouit d�une consid�rable notori�t�, et, d�autre part, en pr�dilection : j�aimerais ressembler �, m�associer �, �tre l�ami de telle personne consid�r�e comme mon �gale ou comme</p><p>sup�rieure.</p><p>Si les motivations � accomplir certains r�les sociaux que donne une so-ci�t� � ses membres en leur attribuant un statut se fondent sur le prestige respectif de chaque position dans la soci�t�, la d�termination de ce prestige ne manque pas d��tre ambigu�, puisque l�on peut consid�rer : 1o le prestige de la position dans l�opinion du chercheur ; 2o le prestige qu�un individu attribue � sa propre position ; 3o le prestige qu�un individu attribue � la position des autres ; 4o le prestige d�une position, accept� unanimement par la soci�t�. Pour avoir souvent confondu ces divers aspects et les avoir combin�s avec des indices objectifs tels que revenu, profession, �ducation, la th�orie de William Lloyd Warner, qui assimile ind�ment le syst�me des classes � celui des statuts sociaux et accorde la priorit� � l��tude empirique, a souvent �t� d�nonc� comme insuffisamment �labor� th�oriquement.</p><p>Si nous nous penchons sur le statut social, ou position qu�une personne poss�de dans la structure d�un groupe, plusieurs ambigu�t�s doivent aussi �tre lev�es, portant sur l�origine m�me du statut, sur l�appr�ciation de ses composantes et sur sa signification sociale. Le prestige d�rive donc d�une multiplicit� de composantes, dont l�ordre d�importance varie � la fois selon les soci�t�s et selon la strate appr�ciatrice.</p><p>Les crit�res de diff�renciation</p><p>des strates</p><p>Si le prestige est le � m�tre � du classement des statuts dans une soci�t� donn�e, il d�pend lui-m�me de variables, ou attributs statutaires, sur le choix et l�importance desquelles les avis diver-</p><p>gent. Ainsi, C. Wright Mills retient comme crit�res primordiaux d�une diff�renciation de classe : 1o la position dans le syst�me de production et l�emploi ; 2o le rapport � la propri�t� et la r�partition des richesses ; 3o la relation au pouvoir politique ; 4o la position en mati�re de statut et de prestige. Melvin Marvin Tumin classe, lui, en trois cat�gories les attributs statutaires : 1o la propri�t�, c�est-�-dire les droits et les responsabilit�s sur les biens et les services ; 2o le pouvoir, ou la capacit� d�atteindre ces objectifs m�me � l�encontre d�une �ventuelle opposi-downloadModeText.vue.download 461 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10416</p><p>tion ; 3o la gratification psychologique, c�est-�-dire toute ressource ou r�action non mat�rielle �manant des autres et procurant de la satisfaction, du bien-</p><p>�tre ou du plaisir. D�autres retiendront de pr�f�rence la richesse, la profession et le savoir.</p><p>De telles variables doivent �tre analys�es en unit�s �l�mentaires pour servir d�instruments sinon de quantification, du moins d�appr�ciation qualitative. La d�termination des crit�res �l�mentaires se complique par la relative d�pendance des variables entre elles. M�me appliqu�e aux soci�-</p><p>t�s industrielles, au lieu de retrouver les classes d�finies qu�avait postul�es le marxisme, la sociologie n�a gu�re donn� son accord qu�� des crit�res de discrimination comme le travail, le revenu, le prestige, le mode d�existence et de consommation (ethos, connu-bium, convivium, commercium, habitat, voiture, relations sociales, etc.), dont les recoupements difficiles embrouillent plut�t qu�ils n��clairent les pr�tendues similitudes entre conditions individuelles et les distinctions entre groupes conscients de leur unit� et de leur opposition aux autres.</p><p>Pour l�instant, la litt�rature sociologique sur la stratification n�a pas encore tranch� de nombreuses questions concernant les crit�res de stratification, notamment :</p><p>1. la pond�ration des crit�res quantitatifs, repr�sentables par des gradations ou des courbes (nombre d�ann�es d��tudes, volume du revenu), et des crit�res qualitatifs, tels la possession ou la non-possession de certains biens, le genre de travail (manuel ou intellectuel), l�accomplissement de fonctions directrices ou subalternes, la position de certaines minorit�s raciales ou ethniques dans quelques soci�t�s ;</p><p>2. l��tablissement des crit�res essentiels et des crit�res secondaires, valables pour une certaine soci�t�, selon leur valeur relative dans les sch�mas des diff�rents chercheurs ;</p><p>3. la d�limitation de l�univers social, dans lequel est valable un syst�me d�indices ; l�anthropologue Walter Goldschmidt critique ainsi la non-application du sch�ma de W. L. Warner � des cas plus g�n�raux, et T. H. Marshall distingue � l�int�rieur m�me d�une soci�t�-nation le secteur rural et le secteur urbain, dans lesquels diff�rent les crit�res de diff�renciation sociale ; 4. le degr� de correspondance entre statuts de prestige et hi�rarchies �tablies selon des crit�res diff�rents.</p><p>Th�ories de</p><p>la stratification</p><p>De Platon � Marx</p><p>Certes, le probl�me des in�galit�s vues dans une perspective morale et celui de la hi�rarchie des groupes sociaux propos�e comme id�al politique ont fait l�objet de bien des discours philosophiques depuis la R�publique de Platon* jusqu�au Manifeste du parti communiste de Karl Marx*. Aristote se pr�occupe des cons�quences des in�-</p><p>galit�s de naissance, de pouvoir et de richesse sur le maintien d�un gouvernement �quitable ; Machiavel* s�interroge sur la personnalit� du Prince et la meilleure forme de gouvernement ; avec Thomas Hobbes* et John Locke*, la philosophie r�formiste du XVIIIe s. se penche sur le probl�me des privil�ges et propose une soci�t� �galitaire, o� hi�rarchies et lois ne correspondraient qu�aux voeux communs des gouvern�s.</p><p>Au d�but du XIXe s., alors que la jeune R�publique nord-am�ricaine com-</p><p>mence � manifester aux yeux de Tocqueville* ses ressources de croissance, les r�volutions populaires font crouler les gouvernements aristocratiques d�Europe et les progr�s de l�industrialisation attisent les conflits de classes fond�s sur le pouvoir et l�avoir.</p><p>C�est dans ce contexte que Marx interpr�te alors la situation �conomique des producteurs et construit une th�orie du changement social sur la base de la lutte des classes. Toute �tude des stratifications sociales se r�f�re � sa th�orie et � sa m�thode dialectique. Selon Marx, toute stratification, sauf dans les communaut�s primitives, est assimil�e � un syst�me de classes, lequel s��labore � partir de la place des groupes sociaux dans le processus de production.</p><p>Un conflit r�sulte de l�antagonisme des int�r�ts par rapport aux moyens de production. Les uns, les bourgeois, recherchent le profit maximal ; les autres, les prol�taires, se sentent l�s�s par l�exploitation que fait le capitaliste de leur force de travail en y pr�levant une plus-value. L�approche marxiste met ainsi l�accent sur le fait que les classes s�inscrivent dans un processus historique, qu�elles sont d�termin�es par le syst�me de production, qu�elles d�terminent � leur tour les rapports sociopolitiques et les superstructures id�ologiques.</p><p>Si l�on excepte les apports essentiels de Max Weber* sur la question, qui ont donn� le branle aux recherches des fonctionnalistes, il faut reconna�tre que la plupart des �tudes faites pendant le demi-si�cle qui a suivi la mort de Marx se sont inscrites en r�action contre sa th�orie. Si elles ont conduit � analyser d�autres types de soci�t�s (les castes par exemple avec C�lestin Bougl�), elles ont eu pour objet de vider l�id�e de classe de son contenu dynamique ou de la relativiser � l�extr�me en mettant l�accent sur la diversit� des stratifications.</p><p>Actualit� du probl�me</p><p>Le regain d�int�r�t concernant le probl�me des stratifications, que l�on constate depuis la Seconde Guerre mondiale, bien que fortement marqu� politiquement et id�ologiquement la</p><p>plupart du temps, semble provenir : 1o des transformations des structures de classes dans les soci�t�s capitalistes (nouvelle classe dirigeante, formation d�une classe techno-bureaucratique, fluctuations des classes moyennes) ; 2o de l�apparition d�une stratification sp�cifique dans les pays socialistes ; 3o des changements rapides de syst�mes de stratification dans les nouveaux �tats en voie de d�veloppement, dans lesquels le politique para�t primer l��conomique en tant que g�n�rateur des nouvelles couches sociales. De toute mani�re, le cumul et l�acc�l�ration des changements rendent inad�-</p><p>quat aux yeux de la plupart des sociologues le sch�ma de r�f�rence valable dans le cadre de la soci�t� industrielle du XIXe s.</p><p>Actuellement, les diff�rentes ma-ni�res d�appr�hender le probl�me se distribuent entre deux p�les extr�mes : celui de la sociologie am�ricaine, dont les �tudes de la stratification incluent souvent des propos conservateurs, et celui du marxisme*, qui souligne l�accentuation in�luctable des affrontements de classes. D�une part, dans la tradition conservatrice des th�ories fonctionnalistes, on con�oit la soci�t� comme syst�me int�gr� aux strates re-li�es par des int�r�ts compl�mentaires, les positions les plus importantes �tant assur�es aux plus qualifi�s et l�in�galit� se pr�sentant comme une n�cessit� fonctionnelle de tout syst�me social.</p><p>D�autre part, les th�ories du conflit inspir�es de la tradition marxiste insistent sur la dynamique des luttes pour le pouvoir et les privil�ges ainsi que sur les m�canismes assurant l�exploitation et la domination d�une classe par une autre ; elles entreprennent une critique radicale des in�galit�s sociales, fond�es sur les privil�ges de possession ou de contr�le des moyens de production. (� On appelle classes de vastes groupes d�hommes qui se distinguent par la place qu�ils occupent dans un syst�me historiquement d�fini de production sociale, par leur rapport</p><p>[la plupart du temps fix� et consacr� par les lois] vis-�-vis des moyens de production, par leur r�le dans l�organisation sociale du travail, donc, par les modes d�obtention et l�importance de la part de richesses sociales dont ils</p><p>disposent �, L�nine.) Le courant marxiste ayant �t� �tudi� � l�article classe sociale, seules feront ici l�objet d�analyse les th�ories de la stratification se reliant au courant fonctionnaliste.</p><p>Weber</p><p>L�influence de Max Weber* sur les th�oriciens am�ricains appara�t d�sormais certaine. Ne pr�tendant pas proposer une � contre-th�orie � de celle de Marx, puisqu�il int�gre dans sa propre th�orie l�importance d�terminante des aspects �conomiques de la stratification, Weber �largit seulement cette vision en insistant sur l�infl�chissement de la th�orie � base �conomique par la n�cessit� et la pratique politique. Tout syst�me de stratification se dessine pour lui sur la base d�un rapport au pouvoir dans les sph�res d�activit�s �conomique, sociale et politique. � ces trois dimensions de la soci�t� correspondent trois syst�mes de stratification :</p><p>� le premier fond� sur la classe sociale comme dimension �conomique ;</p><p>� le deuxi�me sur le statut, ou �tat (Stand), comme dimension sociale ;</p><p>� le troisi�me sur le pouvoir comme dimension politique.</p><p>Weber observe que le pouvoir ac-</p><p>quis dans un des trois domaines pr�-</p><p>cit�s tend � s��largir par la recherche d�un pouvoir �gal dans les deux autres domaines, de telle sorte que, fr�quemment, le pouvoir politique refl�te le pouvoir �conomique et le pouvoir social. Mais il n�est pas de corr�lation automatique entre les trois stratifications. Dans une telle perspective, la structure sociale globale appara�t comme un syst�me complexe de hi�-</p><p>rarchies multiples (non r�ductibles aux seuls aspects �conomiques), dans lesquelles s�ordonnent les diverses relations d�in�galit�.</p><p>Entre Marx et Weber un d�saccord important touche � la probabilit� du processus d�organisation d�une classe �conomique en v�ritable communaut� ayant des objectifs communs et une action concert�e. Weber doute de la possibilit� d�instauration chez les</p><p>ouvriers d�une conscience de classe telle qu�elle les unisse tous dans une lutte commune. T. H. Marshall, qui downloadModeText.vue.download 462 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10417</p><p>s�inspire du sch�ma web�rien, ajoute m�me que, dans la soci�t� moderne, la classe, comme aspect de la structure sociale parmi d�autres, tend � perdre de son importance au profit du statut, qui devient l��l�ment primordial de la stratification.</p><p>Warner</p><p>Reconnaissant au groupe de statuts la m�me importance que Weber, William Lloyd Warner, dont les recherches sur � Yankee City � (Newburyport, Massachusetts) rappellent � beaucoup d��gards celles de Robert S. Lynd et Hellen Merrell Lynd sur � Middletown � (Muncie, Indiana), s�efforce de comprendre une collectivit� nord-am�-</p><p>ricaine � partir des modes selon lesquels les diverses cellules de la soci�t� s�agglom�rent en fonction du principe d�identit� r�elle ou pr�sum�e de position sociale.</p><p>Tout en d�finissant la classe plus par ses attitudes et son degr� de participation sociale que par le mode de production, il s�efforce d��laborer un r�pertoire des caract�ristiques de statut � partir des crit�res d��ducation, de r�sidence, de revenus et d�ant�c�dents familiaux. Ainsi, dans Yankee City, trois grandes classes sont perceptibles et �tiquet�es par les habitants d�apr�s les diff�rents quartiers de la ville.</p><p>Chaque classe se divise � son tour en deux sous-classes : sup�rieure et inf�rieure.</p><p>Les �tudes sur Yankee City ont sans doute permis aux Am�ricains de se mieux voir et de faire tomber leurs illusions quant � l��galitarisme d�mocratique de la soci�t� am�ricaine ; n�anmoins, on a reproch� � l�auteur d�avoir choisi pour l�enqu�te une communaut� locale close et r�percutant peu les rapports de forces au sein de la nation, d�avoir privil�gi� dans sa m�thode</p><p>la perception subjective des valeurs, l�adh�sion des gens � l�id�ologie dominante, d�avoir op�r� un d�coupage plus ou moins pertinent des classes, en fonction de prestiges personnels mesur�s � des crit�res variables selon le niveau dans la hi�rarchie, d�avoir supprim� de son analyse le syst�me de contradictions internes de la soci�t�, au profit d�une �tude de l�harmonie des rapports.</p><p>Davis et Moore</p><p>Tandis que Warner pr�tend seulement � l�analyse empirique d�un cas de stratification sociale, Kingsley Davis et Wilbert E. Moore visent � �laborer une th�orie des facteurs universels et des facteurs variables de toute stratification. � cet effet, ils proposent des d�finitions, des cat�gories, des modes d�analyse d�application g�n�rale.</p><p>Deux principes d�terminent l�ordre des strates :</p><p>� 1o un principe d�utilit� fonctionnelle (aux fonctions les plus importantes correspondent les plus hauts rangs) ;</p><p>� 2o un principe de comp�tence (une position privil�gi�e est attribu�e aux individus les plus talentueux dans l�assomption d�un r�le).</p><p>Le jeu de ces deux principes peut �tre envisag� dans les domaines religieux, politique, �conomique, technique. Aussi le syst�me des strates se qualifie-t-il d�apr�s le mode d�accentuation fonctionnelle de tel ou tel facteur pr�dominant dans les diff�renciations sociales : le religieux domine dans les syst�mes de castes et dans les soci�t�s th�ocratiques, le politique dans les syst�mes d�ordres, l��conomique dans les soci�t�s de classes. Les types de stratifications non seulement varient avec le mode d�accentuation fonctionnelle, mais aussi d�pendent du degr� de diff�renciation et de sp�cialisation des r�les (stratification �l�mentaire ou complexe), de l��cart diff�-</p><p>rentiel entre strates ou rangs (soci�t� � tendance �galitaire ou in�galitaire), du degr� de solidarit� existant � l�int�rieur de chaque strate.</p><p>Valable pour l�analyse en ce qu�elle permet une simplification de la r�alit� sociale, la th�orie de Davis et Moore demeure insuffisante pour parvenir � une explication synth�tique. Quelles valeurs permettent de mesurer l�importance fonctionnelle des diff�rents statuts ? En quoi telle profession est-elle plus utile qu�une autre � la soci�t� ?</p><p>Comment, � partir de cette th�orie, rendre compte des tensions cr��es entre les strates et du dynamisme de la stratification consid�r�e ? Autant de questions en suspens auxquelles la th�orie de Parsons permet d�apporter des �l�ments de solution.</p><p>Parsons</p><p>Pour Talcott Parsons*, chaque sys-t�me de stratification correspond � un syst�me de valeurs. C�est pr�cis�ment dans la typologie des valeurs sociales, qui permettent de comprendre toute forme de stratification, que r�side l�originalit� fondamentale de la th�orie de Parsons.</p><p>Dans chaque soci�t�, l�agencement de quatre types de valeurs (universalisme ou ajustement des moyens aux fins, accomplissement ou engagement � r�aliser certaines fins, int�gration ou solidarit� sociale, maintien des mod�les ou int�riorisation des valeurs) se pr�sente sous un profil particulier.</p><p>Ainsi, le syst�me des valeurs de la so-ci�t� am�ricaine se rapproche du type id�al universalisme-accomplissement, tandis que les soci�t�s traditionnelles privil�gient l�int�gration et le maintien des mod�les. C�est en fonction des valeurs pr�pond�rantes dans une soci�t� que sont jug�s les qualit�s, les r�alisations et l�acquis. En cons�quence, il devient possible, une fois �tabli le type dominant dans une soci�t�, de pr�voir sa forme de stratification.</p><p>Tout en ayant le m�rite de proposer les conditions d�une �tude comparative et g�n�rale, la th�orie parsonienne est insuffisante en ce qu�elle ne permet pas d�expliquer pourquoi tel syst�me de valeurs plut�t que tel autre pr�domine dans tel genre de stratification. Malgr� ses pr�tentions � �tre d�ductive, elle fournit seulement des cadres d�analyse commodes pour l�interpr�tation de cas</p><p>constat�s. Mais ses d�ficiences les plus graves tiennent � ce qu�elle met entre parenth�ses la dynamique sociale dans ses aspects de d�veloppement conflictuel et n�glige les effets des stratifications sur le devenir des soci�t�s.</p><p>Lenski</p><p>Afin de d�passer � la fois les th�ories fonctionnalistes et les th�ories du conflit, Gerhard E. Lenski propose une conception plus r�aliste et plus comparative que les pr�c�dentes lorsqu�il interpr�te la stratification comme un processus de distribution des biens et des services, qui doit �tre saisi comme une d�marche g�n�tique plus encore que comme une analyse des structures.</p><p>Pour lui, les syst�mes sociaux, tous imparfaits et conflictuels, sont in�galement int�gr�s. � des degr�s divers, ils impliquent solidarit� et antagonismes, consensus et coercition, car ni les int�-</p><p>r�ts individuels ni les int�r�ts d�une minorit� dominante ne s�identifient n�-</p><p>cessairement au bien commun. � partir de telles pr�misses, Lenski construit une th�orie du pouvoir comme possibilit� de diriger � son gr� la r�partition des surplus et comme fondement essentiel du privil�ge. Il m�ne une analyse, � ambition dialectique, du r�le des �lites, des comp�titions pour le pouvoir et des dynamismes qui entra�nent des modifications de la structure sociale.</p><p>Au terme de cette rapide revue de quelques th�ories, il appara�t que l�id�e de stratification sociale implique un rangement hi�rarchique de groupes dans les strates selon un ordre d�pendant des valeurs complexes admises par une soci�t� consid�r�e. Mais on s�aper-</p><p>�oit aussi que le rep�rage des valeurs et des crit�res sur lesquels se fondent les hi�rarchies n�entra�ne pas l�accord de tous les sociologues. Les divergences entre eux dans l�analyse d�une m�me soci�t� incitent � se demander si les strates d�crites existent objectivement (dans ce cas, l�analyse des comportements doit en t�moigner) ou si elles ne repr�sentent que des abstractions conceptuelles, simples instruments de classification dans l�enqu�te sociale. Il convient, alors, de se mettre en garde contre l�assimilation des syst�mes de statuts � un syst�me de classes.</p><p>Classe et strate Si quelques auteurs, � l�instar de M. Weber, consid�rent la classe</p><p>comme l�un des �l�ments de stratification dans une structure globale, beaucoup d�autres, en assimilant le concept de classe � celui de strate, en font une modalit� universelle de structuration des groupes. En fait, le vocabulaire importe moins que l�horizon th�orique dans lequel il se situe, qu�il nous est possible maintenant de pr�ciser.</p><p>1. La th�orie marxiste des classes s�in-t�resse aux divisions sociales, aux ph�-</p><p>nom�nes de d�sint�gration, de rupture, d�antagonismes. Par contre, la th�orie de la stratification s�occupe de la diff�-</p><p>renciation sociale dans un milieu int�-</p><p>gr� fonctionnellement.</p><p>2. Les marxistes analysent les classes du point de vue de leur nature alternative et contradictoire (exploiteurs-exploit�s). Les fonctionnalistes diff�-</p><p>rencient les strates selon le crit�re de l�intensit� graduelle de la participation � une �chelle de valeurs en vigueur dans une soci�t�. Donc, au plan des syst�mes de valeurs, ceux de classes se pr�sentent comme oppos�s, ceux de strates comme unifi�s.</p><p>3. Les classes ont, disent les marxistes, une r�alit� objective avant m�me la naissance d�une conscience d�appartenance, tandis que les strates sont distingu�es par une conscience</p><p>d�appartenance.</p><p>4. La th�orie marxiste met en jeu les int�r�ts �conomiques et politiques comme �tant prioritaires, les seconds d�termin�s par les premiers. Les th�ories sociologiques am�ricaines, elles, ne se concentrent pas directement sur le ph�nom�ne des int�r�ts, mais conjuguent les crit�res de genre de vie.</p><p>Sur les points pr�c�dents, les deux interpr�tations semblent diam�tra-downloadModeText.vue.download 463 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10418</p><p>lement oppos�es. N�anmoins, dans l�analyse concr�te, elles pr�sentent quelques points de raccordement.</p><p>1. La ligne de d�marcation entre les strates et les classes est difficile � tracer.</p><p>Entre deux strates extr�mes d�termin�es comme classes existent beaucoup de couches, ou strates, interm�diaires.</p><p>Les diff�rentes positions occup�es par les classes dans la soci�t� repr�sentent effectivement une stratification, mais certes pas un continuum, ni une</p><p>� tranche napolitaine �, selon l�expression d�un sociologue britannique.</p><p>2. Dans la mesure o� les stratifications sont d�termin�es de mani�re importante par les syst�mes de valeurs d�une soci�t�, elles appartiennent � la superstructure sociale, tandis que les classes semblent fondamentalement d�termin�es par l�infrastructure ; mais on ne saurait nier que les classes ne prennent leur profil respectif que dans certains contextes institutionnels, culturels, politiques qui rel�vent de la superstructure.</p><p>3. Des stratifications telles que celles qui sont fond�es sur les cat�gories occupationnelles de prestige ou sur l�appartenance raciale dans les soci�t�s multiethniques trouvent souvent leur origine dans une situation de classe et ne se comprennent vraiment que par rapport � celles-ci. Ainsi la position de l�ouvrier d�industrie sur une �chelle de prestige s�explique-t-elle par la situation objective du prol�tariat au d�but du capitalisme. Malgr� les changements intervenus dans la situation du prol�tariat depuis lors, le statut du prol�taire s�est maintenu � travers un syst�me de valeurs au rythme d��volution plus lent que celui des forces productives et des revenus. De m�me, la discrimination du Noir aux �tats-Unis, m�me si elle est coup�e de toute implication �conomique, tire son origine aussi bien de l�esclavage que du d�veloppement du capitalisme industriel aux �tats-Unis apr�s l�abolition de l�esclavage.</p><p>Elle repose donc au d�part, comme l�a montr� Oliver C. Cox, sur une situation de classe qui se prolonge jusqu�� nos jours.</p><p>4. Dans les fixations ou les projections sociales (justifications juridiques,</p><p>id�ologies religieuses, rationalisations politiques...) repr�sent�es � l�int�rieur des stratifications, des facteurs autres qu��conomiques interviennent, qui ont pour fonction sociologique de donner aux strates une existence autonome par rapport � leur base �conomique.</p><p>Ce d�collage des superstructures par rapport � leurs attaches fondamentales contribue � faire des strates des fossiles de rapports de classes dont elles sont issues. Certains types de stratifications peuvent ainsi n�avoir qu�un rapport lointain avec leur base �conomique : c�est le cas de l�aristocratie dans diverses monarchies d�Europe, des vestiges, en Am�rique latine, de diff�renciations raciales existant sous l��poque coloniale.</p><p>5. Les stratifications, en tant que ph�-</p><p>nom�nes superstructurels, produits de certains rapports de classes, agissent � leur tour sur ces rapports. Elles n�en forment pas le simple reflet passif.</p><p>Les strates interm�diaires servent surtout d��l�ments de d�samor�age ou de r�duction des conflits entre strates polaris�es. La mobilit� sociale joue elle-m�me un r�le semblable ; mais, en rendant plus aigu� la perception des paliers de l��chelle � gravir et des chances d�ascension de l�individu, elle contribue � maintenir � la fois la vision et la r�alit� de la stratification. On peut donc juger sa fonction relativement conservatrice par rapport � celle, essentiellement dynamique, des conflits de classes, qui tendent � accentuer les cloisonnements et � modifier radicalement le syst�me social.</p><p>6. La stratification sociale, tout en divisant la soci�t� en plusieurs groupements sociaux, a surtout fonction d�int�gration sociale et de consolidation des structures socio-�conomiques existantes. Aussi se peut-il que la strate sup�rieure de prestige ne s�identifie pas � la classe qui d�tient le pouvoir politique, bien que les deux puissent se recouper selon les circonstances historiques particuli�res. T�t ou tard, cependant, apr�s une coexistence des deux groupes se d�veloppe un syst�me de stratification correspondant mieux � la structure des classes existantes.</p><p>7. � titre d�hypoth�se, R. Stavenha-</p><p>gen avance que � la stratification est la forme apparente d�une structure sociale dont le syst�me de classes est l�essence r�elle �. La simplification est tentante, mais au nom de quel principe peut-on d�noncer l�irr�alit� de l�apparent ? Il nous semble qu�il s�agit, dans l�un et l�autre cas, de niveaux et de modes diff�rents d�analyse plus que de degr�s de r�alit�.</p><p>8. Au vrai, strate et classe se lient �troitement par le noeud de l�id�ologie*. L�id�ologie explicite ou implicite constitue le support de l�homog�n�it� mentale et de la proximit� psychosociale de strate ; elle est aussi le moteur des attractions et des r�pulsions, donc une des causes de la dynamique du syst�me de stratification. C�est par la conjonction des participations effectives aux valeurs et des id�ologies issues de ces participations que s�op�re dans certaines conditions la transformation des strates en classes sociales. Parmi les conditions n�cessaires � ce passage, on note g�n�ralement un profond immobilisme social, de grandes diff�rences de niveaux de vie entre strates, l�activit� d�un noyau de personnes tendant � faire prendre conscience d�une situation, � structurer une strate, � passer de l�action agressive � l�action d�fensive pour le compte de la strate tout enti�re et avec la volont� de la repr�senter en agissant pour elle. Ce groupe r�el et structur� constitu� � l�int�rieur d�une strate ne rassemble pas n�cessairement tous les individus de la strate, mais pr�tend bien agir en son nom. Il est conduit normalement � s�opposer soit aux groupes repr�sentatifs d�autres strates, soit � la puissance publique qui pr�tend repr�senter la soci�t� globale. Certains ont ainsi affirm� sans paradoxe qu�il n�y a pas de classes sociales tant que ne se constitue pas une ambiance de lutte de classes.</p><p>Formes typiques</p><p>de stratification</p><p>Formes �l�mentaires</p><p>de stratification</p><p>La stratification, entendue comme formalisation des rapports sociaux d�termin�s par l��laboration ou le choix</p><p>d�un mode de valeurs, ou par un ph�-</p><p>nom�ne socio-culturel, n�exclut pas et peut m�me laisser supposer une diff�-</p><p>renciation des individus et des groupes au niveau du monde botanique et du monde zoologique.</p><p>La diff�rence entre le monde animal et le monde humain est-elle de degr�, de complexit� ou de nature ? Le d�bat est toujours pendant et probablement oiseux. Il peut �tre tranch� conventionnellement lorsque l�on observe que, dans le monde humain, les crit�res naturels de classement fond�s sur le sexe et sur l��ge ne re�oivent leur signification que de la culture qui les utilise, c�est-�-dire par rapport aux valeurs pr�pond�rantes dans une soci�t�. Les th�ses relatives � la horde non stratifi�e aussi bien qu�au communisme primitif n�ont jamais pu �tre soumises � des v�rifications. Dans les soci�t�s tot�miques, comme celles d�Australie, estim�es particuli�rement archa�ques, une g�rontocratie appara�t d�j�, et le ma�tre des c�r�monies (alatunja) tire prestige de son r�le dans l�organisation des c�r�monies. Dans les soci�t�s o� l�organisation sociale se confond avec le syst�me familial s��tablissent des diff�rences de positions ou de rangs avec relations d�autorit� entre groupes de parents selon les crit�res conjugu�s de s�niorit�, de primog�niture et de proximit� g�n�alogique par rapport � l�anc�tre commun. Le syst�me des classes d��ge avec acc�s par initiation intervient souvent de mani�re autonome dans la distribution hi�rarchis�e des fonctions : tandis que revient aux anciens la gestion politique des affaires villageoises, les adultes s�occupent � des t�ches de production �conomique et les jeunes ont des charges militaires.</p><p>Dans une perspective dynamique,</p><p>on peut se demander comment s�est effectu� le passage du pouvoir diffus des soci�t�s tribales � la centralisation des chefferies organis�es. Pour James Frazer, la magie serait � la source de la concentration des pouvoirs. La th�se �volutionniste de Georges Davy expliquerait la transition par une d�composition du tot�misme dans les soci�t�s � potlatch, comme celles des Indiens d�Am�rique du Nord.</p><p>Pour Maurice Godelier, qui diff�-</p><p>rencie judicieusement dans les soci�t�s primitives les biens de subsistance et les biens de prestige, les v�ritables probl�mes � r�soudre sont les suivants :</p><p>� Dans quelles conditions se d�veloppe une �conomie de redistribution qui transforme et remplace partiellement les m�canismes de r�ciprocit� qui assuraient traditionnellement les �changes de biens et de services au sein des groupes entre eux ? [...] Comment, s�ajoutant � l�in�galit� de la redistribution du produit social, appara�t une in�galit� dans le contr�le des facteurs de production ? �</p><p>En prenant l�exemple du mode de</p><p>production asiatique comme l�une des formes de transition des soci�t�s sans classes aux soci�t�s de classes, l�auteur montre comment la comp�tition sociale fournit l�incitation majeure � la production de surplus et comment l�exercice des fonctions sociales est � la base d�une supr�matie politique, donc d�un contr�le des hommes et de leurs moyens de production. De certaines formes d�autorit� provisoire d�un individu ou d�un clan, on passe par �tapes � des formes h�r�ditaires d�autorit� fond�es sur la sup�riorit� de naissance, comme dans les aristocraties f�odales ou comme dans les syst�mes de castes.</p><p>Les castes</p><p>Fond� sur une hi�rarchie transmise de g�n�ration en g�n�ration, le syst�me downloadModeText.vue.download 464 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10419</p><p>de castes est apparu autant comme un type id�al de stratification que comme le mod�le qui s��loigne le plus de notre id�al d�mocratique. Parmi les sociologues, une premi�re tendance attribue un sens large � l�expression syst�me de castes, qui repr�sente un cas extr�me, rigide, immobile de stratification, par opposition � une stratification de classes sociales ouverte et mobile. Certains tenants de ce point de vue, notamment Alfred Louis Kroeber, Guwnar Myrdal, William Lloyd Warner, etc.,</p><p>vont m�me jusqu�� consid�rer les race relations aux �tats-Unis, qui repr�sentent quelques-unes des caract�ristiques �nonc�es, comme une variante du</p><p>syst�me de castes. Une deuxi�me tendance, repr�sent�e par Oliver C. Cox aux �tats-Unis et par Louis Dumont en France, consid�re le syst�me de castes comme un ph�nom�ne culturel sp�cifiquement hindou, incompr�hensible hors du syst�me de valeurs et de la philosophie dans lesquels il s�enracine. Selon Dumont, la connaissance de l�id�ologie du syst�me, incluant une axiologie, permet de comprendre comment la hi�rarchie �tablit une unit� symbolique de toutes les castes.</p><p>Le terme de castes, dans ce contexte, peut �tre pris en quatre sens diff�rents selon que l�on se r�f�re : 1o aux var&#x1E47;a traditionnelles : brahmanes, guerriers, marchands, serviteurs ; 2o aux agr�gats de personnes relevant d�une m�me occupation ou d�une m�me r�gion linguistique ; 3o aux groupes professionnels m�me modernes ; 4o aux jati, soit au total environ 3 000 castes et sous-castes endogames, dont l�appellation connote tout d�abord la naissance, le groupe h�r�ditaire (v. Inde).</p><p>De quelque mani�re que l�on appr�-</p><p>hende ces groupes, chacun se situe dans une hi�rarchie verticale de position et tire son identit� � la fois de sa diff�rence par rapport aux autres et de sa compl�mentarit� avec eux, dans le cadre d�activit�s �conomiques et politiques. Une telle compl�mentarit�, fond�e sur des rapports in�galitaires, est clairement saisie au niveau du village dans l�institution d�un conseil de village associant politiquement et juridiquement les groupes, et dans les f�tes annuelles, dont le rituel souligne la coop�ration fonctionnelle des castes et des sous-castes. Au niveau sup�rieur des deux forces ma�tresses, k&#x1E63;atriya et brahma&#x1E47;, une semblable solidarit� se manifeste dans la relation ambivalente d�autorit� : l�autorit� temporelle subordonne la pr�trise au pouvoir royal ; l�autorit� spirituelle renverse le rapport. De cette mani�re se trouvent li�s l�homme qui con�oit, le pr�tre, et celui qui r�alise, le roi.</p><p>L�usage du concept de castes peut fort bien se justifier hors de l�aire</p><p>panindienne. En Afrique occidentale, dans les soci�t�s peules et mandingues par exemple, comme l�a montr� Claude Rivi�re, s�observent les trois crit�res d�cisifs, selon Bougl�, du r�gime des castes :</p><p>1. la s�paration en mati�re de mariage et de contacts directs et indirects ; 2. la division du travail par profession ou fonction sp�cialis�e ;</p><p>3. la hi�rarchie qui ordonne les groupes en tant que relativement sup�rieurs ou inf�rieurs les uns par rapport aux autres.</p><p>De m�me qu�en Inde l�opposition</p><p>du pur et de l�impur sous-tend comme principe chacun de ces crit�res, il existe dans tous les syst�mes de castes une id�ologie � caract�re religieux, justificatrice du syst�me. Les points de faiblesse du syst�me rendent compte en partie de ses possibilit�s endog�nes de d�structuration, qui s�actualisent en Inde par les processus d�occidentalisa-tion et de sanskritisation, et en Afrique occidentale sous la pression d��v�nements ext�rieurs, tels que l�islamisation, la colonisation, le d�veloppement �conomique, le renouveau politique et culturel.</p><p>Les ordres et les �tats</p><p>Le syst�me des ordres (terme juridique) dans le cadre de la soci�t� m�-</p><p>di�vale europ�enne et celui des �tats sous la monarchie* d�Ancien R�gime se pr�sentent comme une hi�rarchisation de groupes statutaires fond�e sur des crit�res d�honneur ou de prestige.</p><p>Le rang dans la hi�rarchie, du moins pour les ordres sup�rieurs, d�pend de la naissance, comme dans le syst�me de castes. N�anmoins, si une certaine endogamie pr�serve les positions de la noblesse, le principe demeure relativement souple en raison des possibilit�s d�anoblissement, et le clerg� (ordre ouvert aux roturiers) ne saurait �tre sp�cifi� par des caract�res h�r�ditaires ou par l�endogamie. On reconna�tra seulement, avec Ferdinand T�nnies, que l�honneur, valeur de r�f�rence, d�pend du statut ; les ordres dirigeants d�tiennent g�n�ralement des fonctions militaires ou religieuses ; l�or-</p><p>gueil aristocratique s�entretient par la conscience d�un style de vie distinctif, r�gi par un code, tandis que le clerg� exploite son privil�ge d�accointance avec le sacr�.</p><p>Dans une �conomie purement</p><p>terrienne comme celle du Xe s., la noblesse* d�tient la possession des grands alleux (propri�t�s) et recherche la puissance en exer�ant des fonctions publiques sur un territoire d�termin� et en tenant sous sa d�pendance les paysans sans terre, les � nourris �.</p><p>Mais � partir du d�but du XIe s. commence � s�op�rer une modification de l��conomie rurale et des rapports de main-d�oeuvre. On observe en effet la concentration des alleux aux mains des clercs, la cession par le seigneur au paysan de droits fonciers contre des redevances, la d�centralisation de l�activit� commerciale et la diversification de l�artisanat. L�id�al chevaleresque qui fleurit alors manifeste la victoire du pouvoir sacerdotal sur la force guerri�re, mais, dans ce mythe d�une aristocratie militaire protectrice de l��glise, l�existence de la paysannerie appara�t comme id�ologiquement marginale.</p><p>� partir du XIIIe s., une soci�t� � �tats va succ�der progressivement � une so-ci�t� � ordres en raison de l�ascension de marchands, d�usuriers, de bourgeois � forte capacit� �conomique. � mesure que l�ordre f�odal est contest� par le bourgeois, la soci�t� en vient � se d�-</p><p>sacraliser ; et, pour relayer le pouvoir religieux comme cadre unificateur, s�op�re un renforcement du pouvoir politique dans une monarchie tendant � l�absolutisme et qui reconna�t comme repr�sentatifs la noblesse, le clerg� et le tiers �tat. Gr�ce � une la�cisation de la soci�t�, � la contestation de l�ordre existant par les philosophes, le tiers �tat sera en mesure, lors de la R�volution, de jeter le discr�dit d�finitif sur les privil�ges de la noblesse et du clerg�, qui conservait mal ses sources de prestige, alors que le r�le subordonn� de la bourgeoisie ne r�pondait plus � la place que celle-ci exigeait en raison de sa r�ussite socio-�conomique (v. bourgeoisie).</p><p>Les classes</p><p>Apr�s la R�volution fran�aise, deux faits, r�percut�s dans les divers pays d�Europe, modifient radicalement le probl�me des stratifications.</p><p>1. La disparition l�gale des rangs et des conditions constitue le fait juridique et politique, mais la mobilit� sociale, les pr�jug�s collectifs et les habitudes acquises sont largement ind�pendants des lois, de telle sorte qu�en France la Restauration et les deux empires napol�oniens manifestent les s�quelles de structures anciennes.</p><p>2. La r�volution industrielle*, amorc�e par la concentration des capitaux r�alis�e par des commer�ants et des financiers, puis donnant lieu aux transformations techniques qui ont permis le d�veloppement de l�industrie moderne, contribue � donner � la structure sociale le visage bipolaris� que Marx a tent� de d�finir.</p><p>D�jouant ce sch�ma projectif, toute une s�rie de ph�nom�nes ont r�clam� une remise en question de la th�orie des classes.</p><p>1. Le rel�vement des niveaux de vie et surtout le d�veloppement des activit�s du secteur tertiaire ont conduit � prendre en consid�ration la place et le r�le des classes moyennes.</p><p>2. Des politiques conscientes survenues � la suite soit d�une prosp�rit� g�n�rale, soit de guerres, ou bien de crises �conomiques ont favoris� une meilleure int�gration sociale et laissent entrevoir le r�le d�une classe techno-bureaucratique.</p><p>3. Les pays de d�mocratie populaire, en m�me temps qu�ils augmentaient leur capacit� �conomique, ont vu se d�velopper une stratification interne fond�e sur des crit�res de participation au pouvoir politique. Prudents, les marxistes parlent alors seulement de couches sociales.</p><p>4. Dans les nouveaux �tats, nagu�re colonis�s, la restratification s�acc�-</p><p>l�re ; elle pr�sente une physionomie originale et r�clame un nouveau mode d�interpr�tation.</p><p>Actuellement, aux �tats-Unis, ni les classes � fondement �conomique, ni la conscience de classe ne semblent ais�ment rep�rables par la majorit� des sociologues am�ricains. N�anmoins, ceux-ci reconnaissent simultan�ment et paradoxalement une tendance � l�uniformit� mat�rielle et id�ologique (provoqu�e par le plein-emploi, l�am�-</p><p>lioration de la productivit�, l�augmentation des salaires, le r�gime fiscal, la force des syndicats), et une tendance � des diff�renciations marqu�es d�une part dans la fortune et le revenu (diff�-</p><p>renciation plus sensible dans les grands centres urbains), d�autre part en fonction de crit�res religieux, ethniques, culturels. Mais les r�sultats d�enqu�tes et les appr�ciations des sociologues concordent rarement avec exactitude.</p><p>Une enqu�te d�opinion de Richard S. Centers, par exemple, indique les r�sultats suivants du classement des individus par eux-m�mes : 3 p. 100</p><p>disent appartenir � la classe sup�-</p><p>rieure, 43 p. 100 � la classe moyenne, downloadModeText.vue.download 465 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10420</p><p>53 p. 100 � la � working class �, 1 p. 100 � la classe inf�rieure, 2 p. 100</p><p>ne se classent pas. Au lieu d�enqu�ter sur les classements subjectifs, Vance Packard recherche plut�t les �l�ments d�appr�ciation du standing. Ce que per�oit le mieux Charles Wright Mills, c�est l��lite du pouvoir, � la fois ferm�e et stable, qui n�est pas, � proprement parler, une classe sociale, mais qui regroupe dans la direction des affaires am�ricaines des hauts fonctionnaires technocrates, des officiers sup�rieurs et des � capitaines d�industrie �. Selon le m�me auteur, la classe moyenne comprend d�une part les petits entre-preneurs et les petits propri�taires (20 p. 100 de la population en 1940), en d�clin rapide, et d�autre part les cols blancs (25 p. 100), employ�s de bureau et salari�s non manuels, qui se consid�rent comme sup�rieurs aux ouvriers (55 p. 100), mais qui, en d�finitive, demeurent plus d�pendants qu�eux de la classe dirigeante.</p><p>Dans les pays europ�ens, la strati-</p><p>fication semble mieux dessin�e, peut-</p><p>�tre en raison de la r�sistance des traditions, et donne lieu � des conflits plus nets, issus d�une psychologie de condamnation du privil�ge d�autrui tout en souhaitant le privil�ge pour soi.</p><p>Suivant la gen�se des stratifications, le poids des diff�rentes cat�gories professionnelles et les possibilit�s de mobilit� sociale, chaque nation pr�sente un visage particulier, mais, en gros, on distingue entre les classes dirigeantes �</p><p>auxquelles appartiennent les membres de l�ancienne aristocratie, encore prestigieuse, et la grande bourgeoisie, qui a fond� sa pr��minence sur la possession de richesses dans l�industrie, le commerce et les finances � et un nouveau groupe de techno-bureaucrates form�s dans les grandes �coles � la gestion des affaires publiques. Dans les classes moyennes, assez h�t�rog�nes et en transformation rapide, sont regroup�s beaucoup d�employ�s du secteur tertiaire, des petits commer�ants* et artisans*, qui ne partagent pas la condition ouvri�re. Une structuration socio-professionnelle s�observe � l�int�rieur de ces classes, parmi lesquelles se d�veloppe le mieux ce que l�on a nomm� la culture* de masse. Gr�ce � l�attrait de leur mode de vie, les classes moyennes tendent � grossir leurs effectifs par la mobilit� de membres de classes voisines. Quant � la classe ouvri�re, si elle a perdu un peu de la conscience de classe qui la caract�risait au XIXe s., elle se sent victime de l�ali�nation cr��e par une automatisation* croissante. Mais, simultan�ment, l�automatisation donne naissance � un nouveau type d�ouvrier technicien qualifi� qui se rapproche du cadre. Plac�e au centre des m�canismes les plus complexes du capitalisme d�organisation, cette � nouvelle classe ouvri�re �, selon les termes de Serge Mallet, est amen�e � prendre une conscience aigu� des contradictions inh�rentes au syst�me, et l�auteur la juge plus � m�me que l�ancienne classe, riv�e � ses besoins imm�diats, de revendiquer des contr�les sur la gestion (v. ouvri�re [question]). Peut-�tre plus d�favoris�e que la classe ouvri�re, certainement plus m�connue, la classe paysanne (16 p. 100 de la population fran�aise en 1970) est affaiblie par une r�duction de la main-d�oeuvre agricole et par la concentration dans les villes</p><p>de l�appareil de services. Le niveau de vie des paysans*, pour la plupart petits et moyens exploitants, mais aussi ruraux non agriculteurs, demeure modeste, comme leur niveau culturel.</p><p>Leurs attitudes varient toutefois sensiblement selon les r�gions. � c�t� de ces classes relativement int�gr�es dans chaque syst�me national de stratification s�est r�cemment d�velopp� un sous-prol�tariat urbain d�origine �trang�re en majorit�. Quant aux aristocrates et aux intellectuels*, leur place demeure difficilement d�finissable en raison de la relative diversit� de leurs options id�ologiques, de leur revenus et de leurs modes de vie.</p><p>Dans les pays socialistes, le pro-bl�me des classes semble avoir �t� r�solu par la d�claration de son inexistence. Mais la vis�e d�une dictature du prol�tariat, si elle r�ussit � modifier l�ordre politique ancien, ne parvient pas � abolir les diff�renciations sociales existantes. Aussi le sociologue polonais Jan Szczepa&#x144;ski note-t-il pour son pays la superposition des classes traditionnelles, h�rit�es de la p�riode pr�c�dant la Seconde Guerre mondiale, et des nouvelles strates, r�sultant de la socialisation de la propri�t�, de la planification centralis�e et des hi�rarchies du parti. En U.R. S. S., malgr� les efforts d�ploy�s pour supprimer les sentiments d�in�galit�, la dualit� (sans antagonisme apparent) entre strate ouvri�re et strate rurale subsiste, et est officiellement reconnue. Mais le plus important probl�me touche � la constitution d�une intelligentsia partisane, les fonctions bureaucratico-politiques ou technocratiques procurant des avantages qui sont refus�s � quiconque n�est pas inscrit au parti. Pour Karl A. Wittfogel, la couche des fonctionnaires de l��tat constitue la classe exploiteuse dans un r�gime socialiste qui pr�sente les caract�res du � despotisme oriental �.</p><p>Dans les pays en voie de d�veloppement, des facteurs tels que la prise en charge de l��tat par les autochtones, la comp�tition pour la place, l�amplification du travail salari� et des �changes mon�taires, la diffusion du savoir ont agi simultan�ment dans le sens d�une transformation rapide des anciennes</p><p>stratifications, sans les effacer toutefois, si bien que la coexistence de syst�mes h�t�rog�nes dus � des rev�-</p><p>tements successifs des p�riodes pr�coloniales, coloniales et postcoloniales d�joue les tentatives de description des classes, du moins pour l�Afrique, o� s�expriment moins des conflits de classes que des luttes pour le pouvoir au sein des �lites en voie d�embourgeoisement. Par contre, en Am�rique latine, la structure de classes se dessine plus nettement, comme l�ont montr� Pablo Gonz�lez Casanova pour le Mexique et Maria Isaura Pereira de Queir�s pour le Br�sil.</p><p>Conclusion</p><p>Dans la plupart des soci�t�s modernes s�affirme � des degr�s divers la volont� d��liminer les in�galit�s injustes et d�assurer � chaque individu la pl�nitude de ses chances. � cette fin visent les syst�mes fiscaux et sociaux de redistribution des revenus, l�am�nagement de syst�mes rationnels de r�mu-n�ration, les garanties de s�curit� de l�existence sociale, l�organisation de l��ducation et de la formation professionnelle, les commissions de discussion entre employeurs et employ�s, etc. Toutes ces politiques conscientes ne r�ussiront probablement pas � supprimer les in�galit�s sociales, car les structures existantes opposent une r�-</p><p>sistance passive et active aux attaques dont elles sont l�objet, mais elles peuvent, du moins, d�samorcer un certain nombre de conflits qui pourraient mettre en p�ril un r�gime. En r�alit�, et dans tous les pays, m�me socialistes, leur fonction semble �tre davantage d�int�gration sociale que de suppression des stratifications.</p><p>C. R.</p><p>F Classe sociale / Marxisme / Organisation sociale / Sociologie.</p><p>K. Marx, Die Klassenk�mpfe in Frankreich (Berlin, 1895, nouv. �d., 1920 ; trad. fr. les Luttes de classes en France, �d. sociales, 1948, nouv. �d., 1972). / C. Bougl�, Essais sur le r�-</p><p>gime des castes (Alcan, 1908). / E. Goblot, la Barri�re et le niveau (Alcan, 1925). / M. Bloch, la Soci�t� f�odale (A. Michel, 1939). / W. L. Warner et P. S. Lunt, The Social Life of a Modern Community (New Haven, 1941 ; 2e �d., 1950).</p><p>/ M. Weber, Essays in Sociology (trad. de l�all., New York, 1947). / T. Parsons, Essays in Sociological Theory Pure and Applied (Glencoe, Illinois, 1949 ; trad. fr. partielle �l�ments pour une sociologie de l�action, Plon, 1955). / R. Bendix et S. M. Lipset (sous la dir. de), Class, Status and Power (Glencoe, Illinois, 1953). / C. W. Mills, The Power Elite (Fair Lawn, N. J., 1956 ; trad. fr. l��lite du pouvoir, Maspero, 1969). / B. Barber, Social Stratification. Comparative Analysis of Structure and Process (New York, 1957). / A. Beteille, Caste, Class and Power. Changing Patterns of Stratification in a Tanjore Village (Berkeley, 1965). / Les Classes sociales dans le monde d�aujourd�hui, num�ros sp�ciaux des Cahiers internationaux de sociologie (P. U. F., 1965).</p><p>/ G. Lenski, Power and Privilege. A Theory of Social Stratification (New York, 1966). / L. Dumont, Homo hierarchicus (Gallimard, 1967). /</p><p>M. Tumin, Social Stratification. The Forms and Functions of Inequality (Englewood Cliffs, N. J., 1967 ; trad. fr. la Stratification sociale, Ducu-lot, Gembloux, 1971). / C. Baudelot, R. Establet, J. Malemort, la Petite Bourgeoisie en France (Maspero, 1974). / R. Boudon, l�In�galit� des chances (Mouton, 1974). / N. Poulantzas, les Classes sociales dans le capitalisme d�aujourd�hui (�d. du Seuil, 1974).</p><p>stratifi�</p><p>et renforc�</p><p>Un mat�riau est stratifi� lorsqu�il est constitu� de strates, c�est-�-dire de couches superpos�es de feuilles �l�mentaires.</p><p>Une mati�re plastique est renfor-c�e si on lui incorpore des charges fibreuses destin�es � accro�tre ses qualit�s de r�sistance m�canique.</p><p>Les mat�riaux stratifi�s se pr�sentent sous une forme plane ou d�veloppable, cylindrique ou tubulaire, c�est-�-dire sous toute forme qui peut �tre communiqu�e � une feuille ou � une superposition de plusieurs feuilles.</p><p>Les plastiques renforc�s peuvent prendre toutes les formes qu�on d�sire leur donner.</p><p>Mat�riaux stratifi�s</p><p>Les feuilles �l�mentaires peuvent �tre de toute nature : papier, tissu, bois lamelle, tissu de verre. La r�sine de liaison est habituellement une r�sine</p><p>ph�nolique pour la plupart des usages techniques. Les r�sines polyesters insatur�es sont �galement utilis�es. Les stratifi�s d�coratifs comportent une �paisseur de papiers impr�gn�s de r�-</p><p>sine ph�nolique et une couche d�corative superficielle de papier impr�gn� de r�sine de m�lamine. Lorsque l��paisseur de la plaque composite est �gale ou sup�rieure � 1,5 mm, le mat�riau est dit lamifi�, pour le distinguer des produits stratifi�s plus minces et plus �conomiques.</p><p>Ces mat�riaux sont pr�par�s en deux stades :</p><p>downloadModeText.vue.download 466 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10421</p><p>1. impr�gnation du support (le plus souvent du papier) par la r�sine liquide et s�chage � basse temp�rature afin d��viter la polym�risation pr�matur�e ; 2. pressage des papiers impr�gn�s entre les plateaux d�une presse � �tages multiples, sous des pressions variant de 50 � 70 kg/cm 2 � des temp�ratures comprises entre 130 et 160 �C.</p><p>Les �l�ments composant les plaques stratifi�es sont ins�r�s entre les plateaux chauffants de la presse par paquets de huit dans chaque �tage de la presse. Il faut environ 25 minutes de chauffage pour parfaire la polym�risation � coeur et ensuite 40 minutes de refroidissement sous pression.</p><p>Les stratifi�s sont utilis�s en rev�tement de mobilier (tables, si�ges, placards), en d�coration int�rieure (lieux publics, restaurants, h�tels, etc.). Dans l�industrie, on les emploie pour divers usages : engrenages silencieux (tissus impr�gn�s de r�sine ph�nolique), pi�ces textiles, isolants �lectriques (bois lamelles impr�gn�s), etc.</p><p>Plastiques renforc�s</p><p>Cette technique de fabrication s�est beaucoup d�velopp�e depuis 1950.</p><p>Les r�sines de liaison utilis�es sont surtout des polyesters insatur�s, des r�sines �poxydes, qui ont la particularit� de durcir � basse temp�rature sous</p><p>l�influence d�un catalyseur ou d�un durcisseur. Elles permettent de r�aliser des pi�ces tr�s importantes sous basse pression ou m�me sans intervention de pression : carrosseries automobiles, bateaux (jusqu�� des chalutiers), meubles, etc. L�avantage de cette m�-</p><p>thode de mise en oeuvre r�side dans la simplicit� du mat�riel : brosses et petit outillage classique ou pistolet de projection sp�cial. En revanche, elle est lente et exige une importante quantit� de main-d�oeuvre poss�dant une grande exp�rience. Le succ�s de ces plastiques renforc�s est d� � l�emploi des fibres de verre, dont les qualit�s de r�sistance m�canique sont remarquables.</p><p>Ces fibres sont utilis�es soit telles quelles, par projection concomitante au pistolet avec la r�sine liquide, soit sous forme de mats (feutres de fibres de verre), ou encore parfois en tissu.</p><p>La fabrication demande de nombreux tours de main et une bonne connaissance des exigences m�caniques de chaque pi�ce � r�aliser, afin de pr�voir les renforts appropri�s aux points critiques. Le tissu donne plus de r�sistance que le mat ou la fibre, mais est plus co�teux et ne peut �tre appliqu� que sur des surfaces d�veloppables.</p><p>On l�utilise surtout pour am�liorer les finitions superficielles. Le mat de verre, plus �conomique, permet davantage de souplesse, tout en assurant de bonnes qualit�s m�caniques. Enfin, la fibre est surtout employ�e en projection au pistolet pour des productions de s�rie. On a mis au point le formage sous basse pression (quelques bars) de pi�ces relativement planes (tables scolaires, si�ges, etc.) en utilisant des moules m�talliques et une presse dont la pression de service peut �tre exactement contr�l�e. Selon que la pression est plus ou moins forte en fin d�op�ration, la teneur en r�sine du complexe est plus ou moins �lev�e. Il existe �galement des compositions pour moulage sous haute pression par la technique de compression (pr�-mixes, plaques).</p><p>Ces mati�res conviennent pour des usages techniques et de grandes s�ries (pi�ces industrielles). Enfin, le renforcement par des fibres de verre a �t� appliqu� aussi aux r�sines thermo-plastiques : polyamides, polyol�fines, polystyr�nes, qui peuvent �tre moul�es</p><p>par injection. Pour des fabrications sp�ciales (armement, a�ronautique, astronautique, etc.), les fibres de verre peuvent �tre remplac�es par des fibres d�amiante, de textiles synth�tiques, de c�ramique, de m�tal, de carbone.</p><p>J. D.</p><p>F Fibre de verre / Plastique (mati�re) / Polyester</p><p>/ Polym�risation.</p><p>Straus (Oscar)</p><p>Compositeur autrichien (Vienne 1870 -</p><p>Bad Ischl 1954).</p><p>Fils d�un banquier originaire de Mannheim, Leopold Straus, Oscar a une enfance heureuse et m�ne de front ses �tudes classiques au lyc�e avec une instruction musicale due � son pr�-</p><p>coce talent artistique. Sur le conseil de Brahms, il entreprend l��tude du contrepoint et de la composition, et part en 1891 pour Berlin ; c�est l� qu�il travaille particuli�rement avec Max Bruch (1838-1920). Gr�ce � Johann Strauss*, il commence une carri�re de chef d�orchestre de th��tre au cours de tourn�es provinciales qui l�entra�nent notamment � Presbourg, � Mayence et � Hambourg. Ses premi�res chansons, qu�il compose en 1900 pour un cabaret de Berlin o� il est pianiste, et ses premi�res op�rettes, qu�il fait repr�senter en 1904 et en 1906 � Vienne et � Berlin, passent en partie inaper�ues, et c�est seulement avec R�ve de valse (Ein Walzertraum), en 1907, qu�il acquiert la c�l�brit�. Son mariage avec la canta-trice Clara Singer contribue � cr�er un climat affectif favorable � l��closion d�oeuvres qui deviennent rapidement populaires. Son inspiration continue � �voluer, sous l�influence d�un s�jour � Hollywood, jusqu�� la veille de la Seconde Guerre mondiale. En 1938, il est contraint d��migrer et se r�fugie d�abord � Paris, puis � New York, enfin � Hollywood. Apr�s les hostilit�s, il se fixe � Bad Ischl, o� il �crit ses huit derni�res oeuvres th��trales, tout en acceptant de diriger dans un certain nombre de festivals �trangers.</p><p>C�est l� aussi qu�il �crira, � quatre-vingts ans, la c�l�bre valse chant�e du film de Max Ophuls la Ronde (1950).</p><p>Les oeuvres d�O. Straus y Une cinquantaine d�oeuvres de th��tre (op�rettes, op�ras, singspiels), parmi lesquelles : les Joyeux Nibelungen (Die lusti-gen Nibelungen, 1904), R�ve de valse (Ein Walzertraum, 1907), la Belle Inconnue (Die sch�ne Unbekannte, 1915), Une nuit de bal (Ein Ballnacht, 1918), la Derni�re Valse (Der letzte Walzer, 1920), les Perles de Cl�op�tre (Die Perlen der Cleopatra, 1923), La Teresina (1925), Une femme qui sait ce qu�elle veut (Eine Frau, die weiss was sie will</p><p>[d�apr�s Louis Verneuil], 1932), Mariette ou Comment on �crit l�histoire (Sacha Guitry, Paris, 1928), Mes amours (A. Willemetz et L. Marchand, Paris, 1940), etc.</p><p>y Musique de film (une dizaine), 500 lieder de cabaret.</p><p>y Un certain nombre de choeurs, d�oeuvres de musique de chambre, d�orchestre.</p><p>G. F.</p><p>A. Bauer, 150 Jahre Theater on der Wien (Vienne, 1952). / F. Hadamowsky et H. Otte, Die Wiener Operette (Vienne, 1947).</p><p>Strauss (les)</p><p>Famille de musiciens autrichiens dont le nom est li� � l�histoire de la valse et de l�op�rette viennoise.</p><p>Plusieurs de ses membres ont connu la gloire comme compositeurs de</p><p>danses et de musique l�g�re.</p><p>Johann Ier (Vienne 1804 - id. 1849), fils d�un aubergiste du mis�rable faubourg de Vienne, Leopoldstadt, vint � la musique en autodidacte. Orphelin de bonne heure, ce fut son beau-p�re, Golder, qui lui offrit son premier violon ; la fr�quentation des � Heurigen �</p><p>de Grinzing acheva de le convertir � ce genre l�ger, que cultivaient les orchestres de cabaret de la r�gion viennoise. Gr�ce � ses dons naturels, Johann put entrer, apr�s une ann�e d��tudes, dans l�orchestre de danse de Michael Pamer comme altiste ; il avait alors quinze ans. C�est l� qu�il connut Josef Lanner et se joignit � son quatuor avant de s�int�grer � l�orchestre que celui-ci fonda en 1824 et qui obtint rapidement</p><p>la faveur des Viennois. Il composa pour cette formation instrumentale de nombreuses valses, des marches et des pots-pourris qui connurent un succ�s �clatant. Sa participation aux bals de la Cour, ses nombreuses tourn�es (1833-1838) en Europe centrale et � Paris, o� Berlioz, Esprit Auber, Cherubini et le roi Louis-Philippe lou�rent son talent, lui valurent � Vienne la cons�-</p><p>cration d�une renomm�e universelle ; Richard Wagner, qui l�entendit dans sa vingti�me ann�e (1833), le qualifia de</p><p>� ma�tre magicien �. Johann Ier a laiss� 251 oeuvres r�pertori�es : ce sont principalement des valses, mais aussi des polkas, des quadrilles et des galops.</p><p>Johann II (Vienne 1825 - id. 1899), fils du pr�c�dent, vint � la musique contre la volont� paternelle ; gr�ce � sa m�re, qui l�aida, il prit secr�tement des le�ons de musique et devint rapidement aussi habile que son p�re ; l�accueil favorable que le public et la critique r�serv�rent � son premier concert, le 15 octobre 1844, fit de lui officiellement d�abord le rival, puis le successeur d�sign� de celui qui pr�-</p><p>tendait s�opposer � sa carri�re. Avec l�orchestre qu�il avait fond�, Johann fit des tourn�es dans toute l�Europe, en Russie et m�me en Am�rique (1872) ; � Vienne, il fut le chef attitr� des bals de la Cour. En 1863, il abandonna son orchestre pour se consacrer � l�op�-</p><p>rette, et le succ�s qu�il remporta dans ce genre rivalisa dans l�esprit du public avec la faveur que celui-ci accordait aux oeuvres de Jacques Offenbach*. Si Strauss fut, ainsi qu�on l�a fort justement dit, � le roi de la valse �, c�est sans doute parce qu�il sut lui donner un visage nouveau et lui faire parler un langage dont la syntaxe provenait en grande partie de la musique r�put�e</p><p>� s�rieuse �. Il ne dirigeait pas seulement ses propres oeuvres ; il s��tait rapidement impos� dans l�interpr�tation des oeuvres classiques et romantiques ; c�est � ce titre qu�il dirigea notamment en 1856 Mazeppa de Liszt et qu�il fut le premier � faire entendre � Vienne, le 31 ao�t 1861, d�importants fragments de Tristan et Isolde, dont Wagner lui avait fourni des versions orchestrales.</p><p>Ses derni�res oeuvres t�moignent d�ailleurs de l�influence que le ma�tre de Bayreuth exer�a sur l��volution de son �criture.</p><p>Sa f�condit� m�rite d��tre lou�e autant que sa gr�ce s�ductrice ; plus downloadModeText.vue.download 467 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10422</p><p>de 500 oeuvres en t�moignent, dont la plus grande part magnifie la valse ; les titres des principales d�entre elles sont c�l�bres : le Beau Danube bleu (An der sch�nen blauen Donau, 1867), Histoires de la for�t viennoise (G�Schich-ten aus dem Wienerwald, 1868), la Vie d�artiste (K�nstlerleben, 1867), Sang viennois (Wiener Blut, v. 1871), Roses du Sud (Rosen aus dem S�den, 1880) ; mais ceux des polkas � Tritsch-Tratsch, Sous le tonnerre et l��clair, Olga, Perpetuum mobile � ne le sont pas moins, ainsi que les brillants quadrilles sur des motifs emprunt�s aux op�ras de Giacomo Meyerbeer, d�Ha-l�vy, de E. Auber et de G. Verdi (Un ballo in maschera).</p><p>Quant aux op�rettes viennoises, qui ont fait le tour du monde, les principales d�entre elles sont encore � l�affiche des grandes sc�nes lyriques et forment le r�pertoire de base du th��tre An der Wien, o�, de 1871 � 1897, elles furent g�n�ralement cr��es : Indigo (1871), la Chauve-Souris (Die Fle-dermaus, 1874), Cagliostro in Wien (1875), Une nuit � Venise (Ein Nacht in Venedig, 1883, Berlin), le Baron tzi-gane (Der Zigeunerbaron, 1885), etc.</p><p>Joseph (Vienne 1827 - id. 1870), fr�re du pr�c�dent, �tait destin� par son p�re � la carri�re militaire, mais il pr�f�ra devenir architecte avant de se consacrer finalement � la musique. Ayant remplac� son fr�re malade � la t�te de son orchestre en 1853, il fonda ensuite sa propre phalange, mais ne cessa de partager les activit�s de son fr�re, lorsque celui-ci �tait indisponible, soit dans les bals de la Cour, soit dans la direction des concerts. On a conserv� de lui pr�s de 300 oeuvres l�g�res : valses, polkas, op�rettes et quadrilles, qui ont joui d�une c�l�brit� presque �gale � celle des oeuvres de son fr�re.</p><p>Eduard (Vienne 1835 - id. 1916),</p><p>fr�re des deux pr�c�dents, abandonna rapidement la diplomatie, vers laquelle on le poussait, pour s�orienter vers la musique. Harpiste de talent (il avait �t� l��l�ve d�Antonio Zamara), il partagea tr�s rapidement les charges de son fr�re Johann, notamment � Pavlovsk (1865), puis comme chef d�orchestre des bals de la cour de Vienne (1870).</p><p>Il fit de tr�s nombreuses tourn�es en Europe, au Canada et aux �tats-Unis avec un succ�s toujours �gal. Plus de 200 oeuvres : valses, polkas, galops, pots-pourris, marches... forment l�essentiel de ses compositions.</p><p>Johann III (Vienne 1866 - Berlin 1939), fils du pr�c�dent, apr�s avoir fait ses humanit�s en �tudiant concurremment le piano, le violon et la composition, occupa diff�rents postes officiels et revint � la musique en 1894, lors de son mariage avec Maria Hofer, fille d�un impr�sario viennois. Chef d�orchestre et concertiste appr�ci�, il fit �galement de nombreuses tourn�es qui le conduisirent jusqu�aux �tats-Unis. De son activit� de compositeur �merge surtout l�op�rette le Chat et la souris (d�apr�s E. Scribe, par F. Gross et V. L�on), repr�sent�e au th��tre An der Wien le 23 d�cembre 1898.</p><p>G. F.</p><p>F Valse / Vienne.</p><p>M. Kronberg, K�nig Walzer (Leipzig, 1938 ; trad. fr. Johann Strauss, la grande valse, �d.</p><p>de France, 1939). / G. Knosp, Johann Strauss, la vie d�une valse (Schott, Bruxelles, 1941). /</p><p>H. E. Jacob, Johann Strauss, Vater und Sohn (Hambourg, 1953 ; trad. fr. les Strauss et l�histoire de la valse, Corr�a, 1955). / H. Fantel, les Strauss, rois de la valse (Buchet-Chastel, 1973).</p><p>Strauss (Richard)</p><p>Chef d�orchestre et compositeur allemand (Munich 1864 - Garmisch 1949).</p><p>Son p�re, corniste �m�rite � la</p><p>cour de Munich, �tait connu pour sa farouche opposition � Wagner, ses grandes admirations �tant r�serv�es � Mozart, � Haydn et � Beethoven. Sans doute admettait-il � la rigueur Mendelssohn, Schumann ou Brahms ; mais les oeuvres des � nouveaux �, Liszt,</p><p>Wagner, n�avaient pas droit de cit� dans le cercle familial, o� l�on faisait pourtant beaucoup de musique.</p><p>Le jeune Richard (dont les dons</p><p>exceptionnels se r�v�l�rent assez t�t) demeure donc longtemps confin� dans l�atmosph�re des classiques. Ce n�est qu�en 1882, � l��ge de dix-huit ans, qu�il obtient la permission d�assister � Bayreuth � la premi�re repr�sentation de Parsifal, donn�e en pr�sence de Wagner. Pendant un s�jour � Berlin, il rencontre pour la premi�re fois Hans von B�low, � qui une amiti� solide et fructueuse le liera bient�t.</p><p>B�low a d�j� dirig� une S�r�nade de Richard � la cour de Meiningen, o� il fera engager celui-ci comme chef suppl�ant en 1885, avant de lui c�der la premi�re place � la fin de l�ann�e. �</p><p>la m�me �poque le jeune Strauss fait la connaissance d�Alexander Ritter, neveu de Wagner par alliance ; gr�ce � ce chef c�l�bre, � ses le�ons et � ses conseils, il comprend l�importance de Liszt et de Wagner dans l�histoire de l�art, et d�couvre ainsi des horizons qui jusqu�alors lui sont demeur�s cach�s.</p><p>D�un bref voyage en Italie en 1886, il rapportera le po�me symphonique Aus Italien, g�n�ralement consid�r� comme sa premi�re oeuvre originale.</p><p>Il est ensuite nomm� troisi�me chef d�orchestre � Munich, aux c�t�s de Hermann Levi et de Franz Fischer. La m�me ann�e se situe son second s�jour � Bayreuth, o� il assume la charge de r�p�titeur au piano et s�enthousiasme pour Tristan. � Munich, ses fonctions l�am�nent � s�occuper non seulement de l�orchestre, mais aussi des choeurs, des solistes, des d�cors, des costumes.</p><p>Ainsi Strauss prend-il conscience des probl�mes du th��tre, ce qui l�incite, d�s 1888, � esquisser son premier op�ra, Guntram, dont la composition l�occupera durant cinq ann�es. Dans le m�me esprit, il �crira plusieurs po�mes symphoniques : Macbeth (1886-1890), puis Don Juan (1888) et Mort et transfiguration (1889), deux oeuvres ma�-</p><p>tresses qui d�termineront sa r�putation.</p><p>Il a vingt-quatre ans lorsqu�il termine son Don Juan, de style tr�s schu-mannien par l��lan de son th�me initial, sa fiert�, son �clat aussi, qui fait songer � celui de la � marche aux fian�ailles �</p><p>de Lohengrin. Quant � l��pisode central, c�est Berlioz qu�il �voque, tout cela manifestant un don indiscutable en d�pit de certaines redites. On notera la fin tragique du h�ros d�sabus�, vaincu au terme de sa recherche effr�n�e de l�id�al f�minin.</p><p>C�est un semblable pessimisme</p><p>que l�on retrouve dans Mort et transfiguration (Tod und Verkl�rung), tout en remarquant que le sujet (celui d�un po�me de Ritter) ne fut imagin� qu�apr�s coup, la musique une fois �crite, laquelle appara�t directement influenc�e par le po�me symphonique de Liszt Tasso, lamenta et trionfo.</p><p>Cette partition se distingue des oeuvres pr�c�dentes par une grande �conomie d��l�ments th�matiques, alors que l�auteur y fait appel � un mat�riel instrumental �tendu.</p><p>Till l�Espi�gle (Till Eulenspiegels lustige Streiche, 1895) se situe en opposition avec les deux oeuvres pr�-</p><p>c�dentes, prenant pour argument les farces et turpitudes souvent cruelles d�une sorte de vaurien, h�ros d�une l�gende tr�s populaire outre-Rhin : Till l�Espi�gle, qui, � force de duperies, d�insultes et de blasph�mes, ameutera contre lui la populace et finira sur la potence. Strauss, en pleine possession de ses moyens, d�ploie ici un travail th�matique extr�mement serr�, unissant par la variation, dans une forme issue du rondo, des �l�ments tr�s diversifi�s. L�orchestre est mani� de main de ma�tre, et la r�ussite est totale.</p><p>Vient ensuite, en 1896, Ainsi parlait Zarathoustra, qui ne pr�tend pas commenter musicalement une th�se philosophique, mais simplement traduire les impressions du musicien � la lecture de l�oeuvre de Nietzsche. Il s�agit d�une s�rie de variations illustrant le d�veloppement de la race humaine depuis ses origines jusqu�� la venue d�un �ventuel surhomme. Mais, celui-ci n�ayant pu r�soudre l��nigme de l�univers, la partition aboutit � une conclusion qui n�en est pas une, l��me du h�ros flottant en un si majeur lumineux au-dessus de l�ut majeur des mondes, r�alisant ainsi en une forme � ouverte � un curieux emploi allusif de la polytonalit�.</p><p>C�est encore la forme � th�me et variations � que d�veloppe Don Quichotte (1897), o� Strauss s�abandonne � l�imitation sonore : trilles �voquant le tournoiement des ailes des moulins, le pi�tinement du troupeau de moutons, etc. Cette musique descriptive devient le pr�texte au d�ploiement d�une grande virtuosit� instrumentale, tant pour l�orchestre que pour le violoncelle solo.</p><p>L�ann�e 1898 voit na�tre Une vie de h�ros (Ein Heldenleben), dont le th�me initial, de la m�me veine enthousiaste que celui de Don Juan, soutient son �lan durant seize mesures. Plut�t qu�� Schumann, c�est � Liszt que l�on pense en �coutant cette oeuvre, qui fit beaucoup de bruit � l��poque. Il est vrai que l��clat exceptionnel de son orchestration est bien fait pour frapper les esprits.</p><p>Nous glisserons rapidement sur</p><p>la Sinfonia domestica (1903), d�un classicisme assez conventionnel, et Guntram, op�ra laborieusement m�ri et qui, pourtant, n�aboutit qu�� un �chec lors de sa pr�sentation � Weimar en 1894.</p><p>Salom� (1905), drame en un acte, est le premier chef-d�oeuvre lyrique de notre auteur, �crit d�apr�s la trag�die d�Oscar Wilde, traduite en allemand par H. Lachmann. Ce chef-d�oeuvre fut fort contest� � l��poque, surtout en ce qui concerne le sujet, jug� scandaleux, immoral, au point que l�ex�cution de Salom� fut interdite en plusieurs villes, dont New York. La musique, franchissant les fronti�res du romantisme pour atteindre � un expressionnisme exacerb�, contribue � intensifier (plut�t qu�� amenuiser) l��rotisme d�cha�n� de la fille d�H�rodiade.</p><p>On pourra cependant reprocher �</p><p>cette partition une certaine vulgarit� downloadModeText.vue.download 468 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10423</p><p>dans les �l�ments th�matiques, peu caract�ristiques par eux-m�mes, d�un sensualisme banal et qui ne prennent</p><p>tout leur relief que par leurs combinaisons polyphoniques. L��volution du langage est d�j� sensible dans cette oeuvre, o� les modulations se font plus hardies, souvent abruptes m�me, tout en conservant de solides attaches avec la tonalit�, malgr� l�introduction ici et l� de dispositifs polytonaux.</p><p>Elektra (1909), trag�die lyrique en un acte de Hugo von Hofmannsthal, d�apr�s Sophocle, comporte les �pisodes principaux suivants : portraits psychologiques des deux soeurs, �lectre, puis Chrysoth�mis ; dialogue mena�ant �lectre-Clytemnestre ; annonce mensong�re de la mort d�Oreste ; �lectre proposant � sa soeur d�ex�cuter � elles deux �gisthe et Clytemnestre, meurtriers de leur p�re, Agamemnon : Chrysoth�mis, au comble de la terreur, refuse, laissant �lectre tout � sa soif vengeresse ; apparition et reconnaissance d�Oreste ; entr�e d��gisthe : combat des partisans et des adversaires d�Oreste � l�int�rieur du palais ; triomphe d�Oreste ; �lectre exultant en une danse fr�n�tique, au terme de laquelle elle s��croule, terrass�e. Sur le plan du langage, cette partition innove en ce sens que la polytonalit�, employ�e jusqu�alors � des fins descriptives, va prendre un aspect organique : un accord complexe qui est utilis� comme pivot dramatique de la polyphonie et qui appara�t d�s la cinqui�me mesure. On retrouvera cet accord, v�ritable leitmotiv, tout au long de la partition. Vue sous l�angle dramatique, la musique d�Elektra, par la violence de ses d�bordements, parvient � une tr�s grande intensit� et doit en grande partie son relief � une orchestration tr�s travaill�e, n�cessitant d�ailleurs un gros effectif (105 ex�cutants).</p><p>Parvenu � cet acm� de v�h�mence</p><p>tragique, il semble s�en �tre d�sormais d�tourn�, comme lass� des audaces harmoniques, qui, dans son esprit, en �taient le corollaire in�luctable.</p><p>Dor�navant, plus de h�ros d�sabus�s, vaincus, mais des figures famili�res, comiques, voire caricaturales.</p><p>Le Chevalier � la rose (Der Rosen-kavalier, 1911) marquera d�j� cette nouvelle ligne stylistique, tout en manifestant une truculence tr�s caract�ristique des moeurs de la soci�t� viennoise</p><p>� l��poque de l�imp�ratrice Marie-Th�-</p><p>r�se. Le titre de l�ouvrage �voque une ancienne coutume aristocratique selon laquelle une ros� d�argent devait �tre offerte en hommage aux couples de fianc�s. Signalons l�influence qu�eut Johann Strauss sur Richard, la valse viennoise devenant, dans cette partition, l�un des �l�ments fondamentaux d�expression et de peinture des caract�res. L�ouvrage est particuli�rement remarquable par l�habilet� avec laquelle le compositeur a r�alis� le m�-</p><p>lange des styles.</p><p>La voie du � baroque musical �</p><p>ayant �t� ouverte par le Chevalier, Strauss, de connivence avec son li-brettiste Hugo von Hofmannsthal, va donner � ce style composite un autre visage : ce sera Ariane � Naxos (1912), op�ra comptant un prologue et un acte.</p><p>Le musicien � qui a toujours profess� une secr�te inclination pour l�art classique fran�ais des XVIIe et XVIIIe s.</p><p>� imagine de m�ler le grotesque au sublime en faisant intervenir dans l�aventure d�Ariane, abandonn�e sur son rocher et enlev�e par Bacchus, une troupe de bouffons italiens. Il tirera un excellent parti sc�nique des contrastes n�s de cette formule mi-tragique, mi-comique, les airs nobles attribu�s aux personnages mythiques s�opposant aux vifs r�citatifs et aux brillantes roulades des acteurs de la commedia dell�arte.</p><p>La Femme sans ombre (Die Frau</p><p>ohne Schatten, 1919) s��tend sur trois actes. L�oeuvre illustre une autre forme de baroquisme qui fait appel � deux univers diff�rents : le f�erique et le r�aliste. Si, sur le plan musical, cet op�ra est plus int�ressant, plus lyrique surtout que son pr�d�cesseur, son action, par contre, encombr�e de mythes, de symboles, est assez herm�tique ; d�o� une certaine confusion de l�effet d�ensemble.</p><p>Dans Intermezzo (1924), Richard</p><p>Strauss se met lui-m�me en sc�ne dans ce qu�il a appel� une � com�die bourgeoise �, qui a trait � une aventure r�ellement survenue dans sa vie intime : une confusion de noms alli�e � une erreur de distribution postale d�clen-chera entre les �poux Strauss une sc�ne de jalousie qui, finalement, n�aura pas</p><p>de cons�quence. Dans Arabella (1933), c�est un p�re ruin� par le jeu qui, pour �viter de doter sa fille, d�cide de faire passer celle-ci pour un gar�on ; d�o� s�ensuivent des situations passablement scabreuses.</p><p>Quant � la Femme silencieuse (Die schweigsame Frau, 1935), il s�agit d�une adaptation par Stefan Zweig de la farce de Ben Jonson. Capriccio, pour sa part (1942), est pr�sent� par le musicien comme une � conversation musicale � qui se d�roule entre une jeune veuve et deux de ses soupirants, un musicien de tendance gluckiste et un po�te, tenant pour Piccinni : allusion � la querelle qui agita la fin du XVIIIe s.</p><p>fran�ais, ce qui motive le lieu de l�action et le style de la musique.</p><p>� consid�rer l�ensemble de son</p><p>oeuvre, Richard Strauss nous appara�t en premier lieu comme un ma�tre de l�orchestration, qui a puis� ses enseignements chez Wagner et aussi chez Berlioz, � qui il a rendu hommage par la mise � jour, en 1909, de son Trait� d�instrumentation, datant de 1844, en y faisant mention des nombreux perfectionnements r�alis�s depuis lors dans la facture instrumentale.</p><p>Pour ce qui concerne le langage</p><p>musical, on ne peut dire que Strauss ait vraiment innov�, ses audaces, ses dissonances ne s�int�grant pas (comme chez Wagner dans Tristan) en un</p><p>tout coh�rent. Toutefois, il palliera cette faiblesse de conception par une grande habilet� � manier la citation musicale, � parodier (un peu comme le fit Stravinski � la m�me �poque) les ma�tres classiques, Mozart en particulier, et � exploiter une certaine forme de musique populaire, sp�cifiquement viennoise.</p><p>On notera �galement la curieuse</p><p>�volution dessin�e par sa pens�e, d�abord nourrie de h�ros plus ou moins l�gendaires, d�aspirations philosophiques, m�taphysiques par lesquelles il prolonge le romantisme, pour ensuite le d�passer par un expressionnisme violent. Et soudain, c�est une volte-face compl�te, orient�e vers les sujets familiers, comiques, voire domestiques. Si bien que ce second Strauss</p><p>appara�t presque comme un reniement du premier.</p><p>Compte tenu de ces donn�es, Ri-</p><p>chard Strauss se profile dans l�histoire musicale comme un des grands compositeurs allemands chevauchant la fin du XIXe s. et une bonne part du XXe.</p><p>Les principales oeuvres</p><p>de R. Strauss</p><p>OEuvres de jeunesse</p><p>De 1876 � 1886 : 2 quatuors, 1 symphonie, 2 concertos, 2 sonates.</p><p>Po�mes symphoniques</p><p>Aus Italien (1886). Don Juan (1888). Mort et transfiguration (Tod und Verkl�rung, 1889). Macbeth (1890). Till l�Espi�gle (Till Eulenspiegels lustige Streiche, 1895). Ainsi parlait Zarathoustra (Also sprach Zara-thustra, 1896). Don Quichotte (1897). Une vie de h�ros (Ein Heldenleben, 1898).</p><p>OEuvres lyriques</p><p>Guntram (1894). Salom� (1905). Elektra (1909). Le Chevalier � la rose (Der Rosen-kavalier, 1911). Ariane � Naxos (Ariadne auf Naxos, 1912). La Femme sans ombre (Die Frau ohne Schatten, 1919). Intermezzo (1924). H�l�ne d��gypte (Die aegyptische Helena, 1928). La Femme silencieuse (Die schweigsame Frau, 1935). Jour de paix (Friedenstag, 1938). Daphn� (1938).</p><p>L�Amour de Dana� (Die Liebe der Danae, 1940 ; 1re repr�s., 1952). Capriccio (1942).</p><p>Ballets</p><p>Les Feux de la Saint-Jean (Feuersnot, 1901).</p><p>Cr�me fouett�e (Schlagobers, ballet viennois, 1924).</p><p>OEuvres diverses</p><p>Sinfonia domestica (1903). Symphonie alpestre (Eine Alpensymphonie, 1915). Nombreuses oeuvres chorales, ainsi que des oeuvres de circonstance, comme Marche de parade pour la cavalerie (1905). Enfin, de 1882 � 1948, environ 150 lieder.</p><p>R. S.</p><p>C. Rostand, Richard Strauss (La Colombe,</p><p>1949 ; nouv. �d., Seghers, 1964). / O. Erhardt, Richard Strauss, Leben, Wirken, Schaffen (Olten, 1953). / N. R. Del Mar, Richard Strauss.</p><p>A Critical Commentary on His Life and Works (Londres, 1962 ; nouv. �d., Philadelphie, 1969, 2 vol.). / H. Kralik, Richard Strauss, Weltb�rger der Musik (Vienne, 1963). / D. Jameux, Richard Strauss (�d. du Seuil, coll. � Microcosme �, 1971).</p><p>Stravinski (Igor)</p><p>Compositeur d�origine russe, naturalis� fran�ais, puis am�ricain (Oranienbaum, pr�s de Saint-P�tersbourg, 1882 - New York 1971).</p><p>Les premi�res ann�es</p><p>Son p�re, Fedor Ignatievitch Stravinski (1843-1902), chanteur de grand renom appartenant � l�Op�ra imp�rial de Saint-P�tersbourg, incarnait, gr�ce � sa grande culture, des r�les absolument oppos�s, tant�t comiques, tant�t dramatiques. Sa famille, cossue, avait sa r�sidence d��t� � Oranienbaum, proche de la capitale des tsars.</p><p>C�est dans ce cadre confortable</p><p>que na�t Igor Fedorovitch le 18 juin 1882. D�s son jeune �ge, le bambin respire une atmosph�re tout impr�gn�e de musique, que ce soient les chants folkloriques des villageois d�Oranienbaum ou, durant les longs hivers de Saint-P�tersbourg, la savante musique d�op�ra qui lui parvient par bribes dans sa chambre d�enfant.</p><p>Ses �tudes de piano, commenc�es</p><p>� neuf ans, progressent rapidement et, tr�s t�t, le jeune Igor peut se plonger downloadModeText.vue.download 469 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10424</p><p>avec passion dans la lecture des partitions lyriques. Au lyc�e, en revanche, il travaille sans conviction et prend beaucoup plus d�int�r�t � ses travaux personnels, improvisation, composition, s�effor�ant ainsi d�acqu�rir par lui-m�me la technique du compositeur.</p><p>Il n�accorde gu�re d�attention aux proc�d�s �tablis, consid�rant d�j� toute composition nouvelle comme � un pro-</p><p>bl�me � r�soudre �. Attitude fondamentalement caract�ristique de son m�tier de musicien et qu�il conservera toute sa vie. Il ressent toutefois la n�cessit� de prendre les conseils d�un ma�tre ; et, gr�ce � son amiti� avec le fils de Rimski-Korsakov*, il entre en contact avec l�auteur de Snegourotchka, l�idole de la jeunesse russe. Plusieurs oeuvres sont �crites sous l��gide de Rimski : le Faune et la Berg�re (chant et orchestre, texte de Pouchkine, 1905-06), deux m�lodies en 1907 et, la m�me ann�e, la symphonie en mi b�mol. OEuvres conventionnelles, attestant, sans plus, d�un bon m�tier acad�mique.</p><p>Les Ballets russes</p><p>Beaucoup plus significatif est d�j� le Scherzo fantastique de 1908, inspir� de la Vie des abeilles de Maeterlinck.</p><p>Ce n�est pas encore Stravinski, mais, pourtant, cette oeuvre, jou�e au cours de l�hiver 1908-09 aux Concerts Ziloti, fait impression sur Diaghilev, le futur animateur des Ballets* russes. Feu d�artifice, qui lui succ�de la m�me ann�e, est une oeuvre d�cisive qui, malgr� sa bri�vet�, r�alise une impression de dynamisme intense. Le flair infaillible de Diaghilev ne s�y trompe pas lorsqu�il confie au jeune compositeur de vingt-huit ans le soin d��crire une oeuvre pour sa seconde saison parisienne des Ballets russes. Ce sera l�Oiseau de feu, dont l�auteur est accueilli comme un ma�tre en ce Paris de 1910 � qui n�est d�j� plus celui de la</p><p>� Belle �poque � � par tous les grands noms de la jeune musique fran�aise : un Paul Dukas*, un Florent Schmitt*, un Claude Debussy*, un Maurice</p><p>Ravel*. En une savante alternance de myst�re et de rutilance, de charme et de fr�n�sie barbare, la partition, brillamment orchestr�e, se d�roule autour d�un conte oriental riche de symboles. De ce jour du 25 juin 1910 date la c�l�brit� d�Igor Stravinski.</p><p>L�ann�e suivante, toujours aux Ballets russes, c�est Petrouchka. Cette nouvelle partition est une exploitation tr�s pouss�e du folklore russe ainsi que de la musique populaire parisienne et viennoise. On y entend, moulues par un orgue de Barbarie �dent� (traduit par une orchestration appropri�e), une</p><p>valse de Joseph Lanner et la chanson Ell� avait un� jamb� de bois, deux airs fort � la mode � l��poque. Le premier tableau, � F�te populaire de la semaine grasse �, donne le ton � tout l�ouvrage, en pr�sentant d�abord le tohu-bohu d�une foule en liesse autour des baraques d�une foire. Cette foule russe, avec ses costumes pittoresques, ses danses caract�ristiques, constitue l�environnement de l�action, mais elle en est aussi l�un de ses personnages, les autres jouant, au deuxi�me tableau, des r�les de marionnettes anim�es par un Charlatan : Petrouchka (l�Arlequin russe), le Maure et la Ballerine, qui, � la commande de leur ma�tre, se mettent � ex�cuter une danse russe effr�n�e, au grand �bahissement des badauds. Au troisi�me tableau, Petrouchka, rudoy� par le Charlatan, maudit celui-ci, puis, amoureux de la Ballerine, se prend de querelle avec le Maure, qui le poursuit hors du th��tre et, finalement, lui fend la t�te avec son sabre. La foule s�attroupe, et la police va chercher le Charlatan, qui montre qu�il ne s�agit que d�un pauvre pantin d�sarticul�.</p><p>La foule s��coule lentement pendant que l�ombre de Petrouchka appara�t au-dessus du petit th��tre, faisant un pied de nez au Charlatan. OEuvre haute en couleur, neuve d��criture comme de forme, Petrouchka fut salu� unanimement comme un chef-d�oeuvre, de caract�re sp�cifiquement russe.</p><p>Et voici, en 1913, le Sacre du printemps. Tout comme Petrouchka, qui a son origine dans l�image d�une poup�e grotesque entrevue au cours de la composition de ce qui devait �tre, tout d�abord, un conzertst�ck pour piano, le Sacre est n� d�une vision : celle d�un rite pa�en o� de vieux sages, assis en cercle, observent la danse � la mort d�une jeune fille, l�� �lue �, qui est sacrifi�e � la renaissance du printemps, conform�ment � une antique croyance selon laquelle la vie na�t de la mort, ce qui n�est rien d�autre, apr�s tout, que le symbole du cycle biologique.</p><p>Le g�nie de Stravinski sera de voir en cette donn�e primitive � et de traduire en musique � tout � la fois le myst�re quasi sacr� qui entourait les c�r�monies magiques et l�id�e de puissance g�ologique qu��voque en Russie l��closion du printemps avec la lib�ration du sol et des eaux arrach�s � leur</p><p>carcan glac�.</p><p>Pour r�aliser ce dessein, le compositeur fait appel � deux �l�ments : un rythme implacable, profond�ment renouvel� dans ses structures ; une polyphonie faite, comme dans Petrouchka, d�une succession d��lans et de repos, mais qui, dans le Sacre, prend un aspect exasp�r�, par suite d�un emploi particulier de la polytonalit�. Sans entrer dans des d�tails techniques, nous dirons que, si l�on consid�re l��tat tonal comme un �quilibre, on concevra que l�introduction, dans cette polyphonie, de tonalit�s �trang�res, rompra cet �quilibre.</p><p>La nouveaut� du langage musical, n� de cette conception, surprend grandement l�auditoire lors de la cr�ation, le 29 mai 1913, au Th��tre des Champs-</p><p>�lys�es (dont c�est la saison inaugurale). La contestation du public est si violente qu�elle d�g�n�re en un pugilat qui, au bout de quelques instants, rend impossible l�audition de l�oeuvre. Bien que la critique condamne unanimement cette attitude des spectateurs, elle ne s�en divise pas moins en deux clans oppos�s, les � pour � et les � contre �</p><p>exprimant avec v�h�mence leurs opinions non seulement dans leurs feuilles respectives, mais �galement dans les cercles priv�s.</p><p>Aux c�t�s de ces grands chefs-</p><p>d�oeuvre sont n�es d�autres compositions prestigieuses, qui ne sauraient �tre pass�es sous silence : le Rossignol (l�gende lyrique, 1909-1914), Deux po�mes de Verlaine (1910),</p><p>Deux po�mes de K. Balmont (1911), Zvezdoliki, le roi des �toiles (choeur et orchestre, 1911), Po�sie de la lyrique japonaise (chant et orchestre de chambre, 1912), ces trois derni�res oeuvres manifestant une recherche vers l�atonalisme.</p><p>Le refuge vaudois</p><p>1914 : l�horizon international s�obs-curcit. En voyage � Kiev, Stravinski se h�te sur le chemin du retour. Le conflit se d�cha�ne alors que, depuis � peine un demi-mois, le musicien est install� � Clarens, o� il a d�j� fait plusieurs s�jours. Quatre ann�es durant, il</p><p>demeurera comme clo�tr� en ce coin de la Suisse vaudoise, errant de Clarens � Salvan, de Morges aux Diablerets et � Ch�teau-d�OEx, pour revenir � Morges.</p><p>De son s�jour � Kiev, il avait rapport� tout un lot de po�sies populaires qui sera pour lui, pour un temps encore, comme un parfum de sa lointaine</p><p>patrie. Ainsi na�tront les Pribaoutki, chansons plaisantes (1914) pour chant et huit instruments, les Berceuses du chat (1915) et surtout les Noces, cantate pour choeur (1914-1917), dont l�orchestration d�finitive ne sera �tablie que beaucoup plus tard. Renard, histoire burlesque, chant�e et jou�e (1915-16, repr�sent�e � Paris en 1922), et diverses autres oeuvres de moindre �tendue sont de la m�me �poque.</p><p>1917 : la r�volution d�Octobre sera pour Stravinski un coup tr�s dur. Non seulement il voit s��crouler ses r�ves d�une Russie r�g�n�r�e, mais, de plus, il est ruin�. Au fond populaire russe se rattacheront encore l�Histoire du soldat (� r�citer, � jouer et � danser, texte de Ramuz, repr�sent�e � Lausanne le 27 septembre 1918) et Quatre Chants russes (1918), dont le dernier, Chant dissident, est comme un adieu douloureux � la Russie natale.</p><p>Au cours d�une furtive �chapp�e � Rome en 1917 pour y retrouver Diaghilev, Stravinski fait la connaissance de Picasso et de Cocteau. De retour en Suisse, il retrouve dans ses papiers des cahiers de musique rapport�s d�Am�-</p><p>rique par Ernest Ansermet, premiers exemplaires parvenus en Europe d�un genre populaire nouveau, le jazz, n� des chants religieux des Noirs d�outre-Atlantique. Ragtime (1918), pour onze instruments, est le premier reflet de l�int�r�t qu�il porta � ces nouveaux rythmes. Et, six mois plus tard, lorsqu�il est remis d�une grave attaque de grippe espagnole, Piano Rag Music (1919) d�veloppera les structures caract�ristiques du jazz en les combinant entre elles par des changements de plans et des dispositifs polytonaux. Ainsi, la mati�re premi�re du jazz constitue pour un temps le point de d�part de l�activit� cr�atrice du compositeur, se substituant au folklore russe, qui, jusqu�alors, a jou� le m�me r�le ; c�est la premi�re manifestation musicale du</p><p>d�tachement progressif de Stravinski vis-�-vis des choses de la Russie.</p><p>Paris.</p><p>Les � ann�es folles �</p><p>1919 : durant un bref s�jour � Paris, le musicien y retrouve Diaghilev, qui, n�ayant pas particip� � la conception de l�Histoire du soldat, refuse de monter cette oeuvre. Diaghilev lui propose alors de composer un ballet sur des th�mes de Pergol�se, dont il a retrouv� des manuscrits dans les biblioth�ques italiennes et londoniennes. Ce sera Pulcinella, que Stravinski �crira � Morges et qui consacrera � Paris, en 1920, une nouvelle mani�re du compositeur, dont Cocteau, dans le Coq et l�Arlequin, chantera les louanges en un style percutant et persifleur.</p><p>Deux nouvelles oeuvres, cependant, d�mentent pour un temps, par le � primitivisme � de leur mati�re sonore, downloadModeText.vue.download 470 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10425</p><p>cette volte-face de l�auteur fauve du Sacre : le Concertino (1920), pour quatuor � cordes, et les Symphonies (1920), pour instruments � vent, d�di�es � la m�moire de Claude Debussy. En 1922, l�op�ra bouffe Mavra, en s�inspirant de Tcha�kovski, semble un dernier vestige de � russisme �. En fait, il s�agit, sous la forme des op�ras bouffes classiques, d�une Russie d�avant 1917 et d�une prise de position de l�auteur contre l�esth�tique des � Cinq* � en g�n�ral et de Rimski-Korsakov en particulier.</p><p>Mavra rejoint �galement la premi�re s�rie des Pi�ces faciles (1915), pour piano, �crites en mani�re de divertissement dans un esprit caricatural.</p><p>La repr�sentation chor�graphique des Noces le 13 juin 1923 peut donner � ceux qui admirent en Stravinski le cr�ateur du Sacre, de Petrouchka l�illusion que le compositeur fait retour � cette premi�re mani�re, en d�veloppant si audacieusement les ressources du folklore slave. C�est simplement oublier que les Noces remontent �</p><p>1917 et que Stravinski, compl�tement d�tach� maintenant de ses premi�res oeuvres, n�a, en orchestrant les Noces pour quatre pianos, choeur et percussion, que c�d� aux objurgations de Diaghilev. En 1923, cette premi�re des Noces cr�e une erreur de perspective chronologique.</p><p>D�sormais, le compositeur adoptera le proc�d� du � mod�le musical � en pastichant tour � tour � avec du reste beaucoup de talent � Bach, H�ndel apr�s Pergol�se, Beethoven, Weber, Rossini, Verdi. L�Octuor (1923), la Sonate (1924) et le Concerto pour piano et orchestre d�harmonie (1924) utiliseront le continuum rythmique des Concertos brandebourgeois, d�j� mis en oeuvre dans les Noces, mais, cette fois-ci, d�une fa�on toute diff�rente, instaurant un style n�o-classique. Ce sera le � retour � Bach �. La S�r�nade en � la � (1925), avec ses formules ar-p�g�es et ses formes m�lodiques bourr�es d�ornements, rappellerait assez le style italien cher aux � coloratura �.</p><p>Peu � peu, la tonalit� et ses fonctions harmoniques se r�installent, chassant les audaces polytonales. OEdipus Rex (1927), op�ra-oratorio, se r�f�re � H�ndel par la sym�trie de ses structures architectoniques. Ce proc�d� du</p><p>� mod�le musical �, quoique tr�s largement interpr�t�, s�apparente � celui de la parodie, jadis si fr�quemment employ�. Il r�gira l�activit� cr�atrice de Stravinski jusqu�au pastiche d�op�ra classique The Rake�s Progress (1951).</p><p>Quelques exceptions, cependant : la Symphonie de psaumes (1930), Pers�-</p><p>phone (1934) et la Messe (1948), d�un hi�ratisme tr�s m�di�val, o� transpara�t un retour aux formes modales, abandonn�es apr�s la st�le fun�raire en hommage � Debussy en 1920. La forme du concerto appara�tra � plusieurs reprises ; c�est que le compositeur, press� par des raisons p�cuniaires, s�est fait pianiste virtuose el chef d�orchestre.</p><p>Hollywood</p><p>Le Septuor (1953) et In memoriam Dylan Thomas (1954) laissent pressentir une nouvelle conversion de Stravinski : son recours � la technique s�rielle. Conversion retentissante si l�on songe � la r�pulsion qu�avait</p><p>jusqu�alors manifest�e le ma�tre russe pour l�art de son rival ex�cr� : Arnold Sch�nberg. Et pourtant, depuis les sombres ann�es du nazisme et de la Seconde Guerre mondiale, l�un et l�autre vivent en exil�s dans les environs d�Hollywood. Malgr� la proximit� de leurs demeures respectives, jamais ils n�ont tent� de se rencontrer. Un an apr�s la mort de Sch�nberg (1951), Stravinski s�essaye � une technique lui permettant d��chapper aux imp�-</p><p>ratifs structurels de la gamme (dans le Septuor). Mais le principe de la s�rie dod�caphonique ne sera d�finitivement mis en oeuvre que dans les partitions qui vont suivre, de 1956 (Canticum sacrum) � 1966 (Requiem Canticles, derni�re oeuvre importante du ma�tre avant sa mort, le 6 avril 1971, � New York).</p><p>� vrai dire, ce ne fut pas � Sch�nberg que Stravinski se r�f�ra en adoptant la technique s�rielle, mais � son disciple A. von Webern*, vraisemblablement parce que celui-ci ban-nissait toute trace de ce romantisme, de cet expressionnisme qui rendaient l�oeuvre de Sch�nberg si antipathique au ma�tre russe. Il n�emp�che qu�il fallut � celui-ci un grand courage pour, � soixante-dix ans, rechercher les fondements d�une technique jusqu�alors repouss�e. Nul doute que, ce faisant, il s�assura d�un nouveau souffle et se d�livra de l�emploi du mod�le musical, qui, depuis trente-cinq ans, avait marqu� la quasi-totalit� de son oeuvre du sceau d�un acad�misme en contradiction avec l�esprit de ses premiers chefs-d�oeuvre. Le Canticum sacrum est une magnifique partition, dans la tradition de ce hi�ratisme apparu maintes fois dans le style polymorphe de Stravinski.</p><p>Il en est de m�me de Threni, id est Lamentationes Jeremiae prophetae (1958). Moins homog�ne techniquement, Agon (1957), ballet pour douze danseurs, est pourtant int�ressant ; le D�luge (1962), lui, se tourne quelque peu vers une abstraction assez aride.</p><p>Ainsi donc, la technique s�rielle fut, pour Stravinski, b�n�fique. Pr�cisons, cependant, que celui-ci n�en a jamais adopt� la cons�quence fondamentale, � savoir l��viction de la tonalit�, l��tat</p><p>tonal alternant g�n�ralement avec l��tat atonal dans ses architectures. De plus n�a-t-il pas d�clar� : � Les intervalles de mes s�ries sont attir�s par la tonalit� ; je compose verticalement, et cela signifie � en un sens tout au moins �</p><p>composer tonalement. �</p><p>De cette seconde proposition (on ne peut plus discutable !), il r�sulte que, sur le plan de l�histoire, Stravinski et Sch�nberg se situent aux deux p�les oppos�s de l��volution technique qui s�est d�velopp�e au cours de notre XXe s. Ajoutons qu�en d�pit de sa retentissante conversion au s�rialisme Stravinski conserve, dans l�ordre des structures, ses caract�ristiques propres, tout comme il le fit en adoptant le mod�le musical. Si bien que, face aux divers aspects de son style, o� alternent hi�-</p><p>ratisme et baroquisme, primitivisme (les premiers chefs-d�oeuvre) et classicisme (Symphonie en � ut �, 1938-1940 ; Symphonie en trois mouvements, 1945), nous retrouvons toujours, plus ou moins rayonnant, le g�nie d�Igor Stravinski.</p><p>Stravinski a laiss�, en outre, plusieurs �crits d�ordre autobiographique, esth�tique ou th�orique (Chroniques de ma vie, 1935 ; Po�tique musicale, 1939-40 ; Memories and Commentaries, avec R. Craft ; 1960).</p><p>R. S.</p><p>B. de Schloezer, Igor Stravinski (Aveline, 1929). / P. Collaer, Stravinsky (Corti, 1931). /</p><p>A. Schaeffner, Igor Stravinsky (Rieder, 1931). /</p><p>L. Oleggini, Connaissance de Stravinsky (Foe-tisch, Lausanne, 1952). / C. F. Ramuz, Souvenirs sur Igor Stravinsky (Mermod, Lausanne, 1952).</p><p>/ R. Craft, P. Boulez et K. Stockhausen, Avec Stravinsky (�d. du Rocher, Monaco, 1958). /</p><p>R. Siohan, Stravinski (�d. du Seuil, coll. � Microcosme � 1959). / M. Philippot, Igor Stravinsky (Seghers, 1965).</p><p>Streptocoque</p><p>Bact�rie tr�s r�pandue, responsable de nombreuses et fr�quentes maladies infectieuses, les streptococcies, toujours sensibles � la p�nicilline.</p><p>Bact�riologie</p><p>Les Streptocoques sont des coques</p><p>(sph�res) prenant la coloration de Gram (Gram positifs). Ils peuvent �tre identifi�s par leurs caract�res cultu-raux et biochimiques, et habituellement group�s antig�niquement gr�ce � leur antig�ne de surface. Les groupes sont class�s par ordre alphab�tique de A � R. Les Streptocoques pathog�nes pour l�Homme sont habituellement du groupe A et du groupe D ; ils appartiennent plus rarement aux groupes B, C, K et M (m�thode de Lancefield).</p><p>Certains Streptocoques sont � ingrou-pables � et sont souvent pathog�nes.</p><p>Les Streptocoques du groupe A poss�-</p><p>dent un antig�ne sp�cifique du type superficiel (M) qui conf�re une immunit� sp�cifique. Cela explique la possibilit� d�infections r�p�t�es � Streptocoque du groupe A. Les Streptocoques, surtout ceux du groupe A, s�cr�tent des substances diffusibles, parmi lesquelles la toxine �rythrog�ne (provoquant des �ruptions rouges), tr�s antig�nique, responsable de la scarlatine, mais im-munisante, et des enzymes, dont les streptolysines (groupe A, C, G). La streptolysine O provoque l�apparition d�antistreptolysines O (ASLO). Le titre de ces ASLO, pathologique au-dessus de 400 unit�s, t�moigne de l�infection streptococcique. Il baisse au 3e mois qui suit la gu�rison de l�infection.</p><p>L�hyaluronidase et la streptokinase d�terminent �galement l�apparition d�anticorps. Mais, en aucun cas, l�absence de mise en �vidence d�anticorps antienzymes comme les ASLO ne permet d��liminer le diagnostic d�infection streptococcique. Dans la majorit� des cas, le diagnostic bact�riologique est fait gr�ce au pr�l�vement et � l�ensemencement sur g�lose ordinaire ou enrichie de sang, pour rechercher une h�molyse. Pour le diagnostic de septic�mie, il faut noter que le streptocoque pousse mieux en a�roana�robiose.</p><p>Manifestations cliniques</p><p>La peau et les muqueuses</p><p>La pathologie li�e aux streptocoques est tr�s riche. Parmi les streptococcies cutan�es, � c�t� de l�intertrigo des plis, de l�imp�tigo tr�s contagieux, des surinfections des plaies ou des br�lures, avec leur risque de scarlatine secondaire, il faut insister sur l��rysip�le, qui est une dermo-�pidermite aigu� annon-</p><p>c�e par des frissons et se manifestant par une fi�vre mod�r�ment �lev�e. La l�sion de l��rysip�le, qui est une plaque rouge, d�bute au niveau d�un orifice naturel, de la face le plus souvent.</p><p>downloadModeText.vue.download 471 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10426</p><p>Tr�s oed�mateuse, extensive, elle est caract�ristique en raison du bourrelet si�geant � la p�riph�rie de la plaque.</p><p>D��volution spontan�ment favorable, � l�exception des formes compliqu�es, l��rysip�le est tr�s sensible � la p�nicilline.</p><p>Les angines streptococciques sont tr�s fr�quentes et justifient le traitement syst�matique par la p�nicilline pour �viter des complications. Le d�but est brutal, avec fi�vre � 40 �C et douleurs pharyng�es. L�examen montre une gorge rouge avec parfois quelques</p><p>� points blancs �. Il existe souvent une ad�nopathie sous-maxillaire. Les urines sont fonc�es, avec prot�inurie (albumine) parfois. La num�ration globulaire montre fr�quemment une hyperleucocytose � 12-15 000 globules blancs avec 80 p. 100 de polynucl�aires. Le pr�l�vement de gorge met en �vidence des Streptocoques b�ta-h�molytiques du groupe A. Le traitement par la p�nicilline s�impose et doit durer une dizaine de jours. Non trait�e, l�angine peut �voluer spontan�-</p><p>ment vers la gu�rison ou se compliquer de phlegmon ganglionnaire, de glom�-</p><p>rulon�phrite, de syndrome poststreptococcique, d��ryth�me noueux.</p><p>La scarlatine* est une affection contagieuse due au streptocoque.</p><p>Les septic�mies</p><p>Les septic�mies � Streptocoque (� l�exclusion des endocardites) sont plus rares depuis l�emploi des antibiotiques*. Elles compliquent une streptococcie m�dicale (�rysip�le, infection cutan�e) ou chirurgicale (affection gy-n�cologique, traumatisme) avec thrombophl�bite septique initiale. Le d�but est brutal par un malaise g�n�ral, accompagn� de frissons, de fi�vre � 40 �C</p><p>oscillante et souvent d�une spl�nom�-</p><p>galie (grosse rate). Il faut rechercher une � porte d�entr�e � � ce syndrome septic�mique, que les h�mocultures vont affirmer ; il faut rechercher aussi des manifestations cliniques en faveur de l��tiologie streptococcique : signes cutan�s (�ruption, purpura) ou articulaires (fluxion ou arthrite). Il faut envisager les m�tastases septiques et entreprendre un traitement par la p�nicilline par voie veineuse. Sous l�action du traitement, l��volution est habituellement favorable. Des complications s�observent parfois : arthrites purulentes ou localisations pleuro-pulmonaires, p�ricardite purulente, m�ningite. La localisation endocarditique aigu� peut s�observer. Elle r�alise un tableau diff�rent de l�endocardite streptococcique lente type Osier. Le traitement des septic�mies � streptocoque associe parfois au traitement m�dical le traitement chirurgical de la porte d�entr�e ou d�un foyer.</p><p>Les complications</p><p>Les complications secondaires des streptococcies sont l�atteinte r�nale sous forme de glom�rulon�phrite aigu� poststreptococcique et le syndrome inflammatoire poststreptococcique.</p><p>La glom�rulon�phrite aigu�</p><p>poststreptococcique succ�de � une infection cutan�e ou muqueuse � Streptocoque du groupe A, habituellement type 12, plus rarement types 1, 2, 4, 25, etc. Elle survient volontiers par petites �pid�mies. Le d�but est brusque, avec fi�vre, douleurs lombaires, diminution du volume des urines (oligurie) et pr�-</p><p>sence de prot�ines (albumine) dans celles-ci. Il existe des oed�mes et une hypertension art�rielle. Le diagnostic �tiologique est pr�cis� par le pr�l�vement de gorge, le dosage des antistreptolysines. Sous repos, r�gime sans sel, l��volution est souvent favorable. Des complications li�es � l�hypertension sont cependant possibles. L��volution vers l�insuffisance r�nale chronique est rare. La p�nicilline prescrite pr�vient une r�cidive streptococcique, mais n�agit pas sur la n�phrite.</p><p>La maladie inflammatoire poststreptococcique appara�t quinze jours envi-</p><p>ron apr�s une angine souvent n�glig�e.</p><p>Classiquement, ses formes aigu�s sont le rhumatisme articulaire aigu et la chor�e. En fait, on distingue des signes g�n�raux et biologiques, des signes articulaires, l�atteinte cardiaque et la chor�e, qui peuvent �tre isol�s ou s�associer. Les signes g�n�raux et biologiques ne sont pas sp�cifiques. Il s�agit de la fi�vre, de l�hyperleucocytose, de l�augmentation nette de la vitesse de s�dimentation (80 mm � la 1re heure), de l�hyperfibrin�mie. Les ASLO sont �lev�es. Ces anomalies biologiques persistent durant au moins trois mois.</p><p>La polyarthrite aigu� est marqu�e par de la fi�vre, avec des signes cutan�s inconstants (�ryth�me margin�, nodosit�s de Meynet). Classiquement, ce tableau r�pond, lorsqu�il est associ� � des anomalies biologiques s�v�res, au rhumatisme articulaire aigu avec son risque majeur d�atteinte cardiaque.</p><p>Mais des syndromes articulaires plus frustes, avec syndrome inflammatoire marqu�, peuvent avoir le m�me risque pronostique.</p><p>La cardite rhumatismale appara�t surtout chez les sujets jeunes au cours d�une atteinte polyarticulaire ou plus fruste. Elle atteint s�par�ment ou simultan�ment une des trois tuniques cardiaques (endocarde, myocarde, p�-</p><p>ricarde). Le risque majeur est l�atteinte de l�endocarde (endocardite) au niveau d�une valvule, avec possibilit�s de s�quelles valvulaires mitrales ou aortiques surtout.</p><p>La chor�e, ou danse de Saint-Guy, est une atteinte des noyaux gris centraux du cerveau ; avec ses troubles du caract�re, ses mouvements involontaires �vocateurs, son syndrome inflammatoire, elle fait courir les m�mes risques cardiaques que le � rhumatisme articulaire �.</p><p>Le traitement du syndrome inflammatoire poststreptococcique associe la p�nicilline durant dix jours (pour d�truire le foyer streptococcique) et les anti-inflammatoires (d�riv�s de l�aspirine et cortico�des) ainsi que le repos durant au moins quatre semaines.</p><p>Il est n�cessairement compl�t� par la pr�vention des r�cidives (p�nicillines-retard durant plusieurs ann�es).</p><p>P. V.</p><p>J. Dumas, Trait� de bact�riologie m�dicale (Flammarion, 1951 ; nouv. �d., 1958). / A. Tintu-rier, Pathologie streptococcique et rhumatisme articulaire aigu (Maloine, 1956). / R. Bastin et coll., Maladies infectieuses (Flammarion, 1971 ; 2 vol.). / L. W. Wannamaker et J. M. Matsen (sous la dir. de), Streptococci and Streptococcal Diseases (New York, 1972 et suiv.).</p><p>Stresemann</p><p>(Gustav)</p><p>Homme d��tat allemand (Berlin 1878 -</p><p>id. 1929).</p><p>Fils d�un cabaretier de Berlin, Gustav Stresemann a choisi lui-m�me ses directions pr�f�r�es d��tude : d�abord l�histoire, celle de la � grande Allemagne � de 1848, celle des � grands hommes � aussi (Napol�on, Karl von Stein), puis la litt�rature, celle des romans de caract�re national et d�mocratique, enfin l��conomie politique �</p><p>�tudiant des universit�s de Berlin et de Leipzig. Sa formation d�homme public a commenc� � Dresde, dans le cadre d�un syndicat d�industriels, rapidement �largi de la Saxe au Reich ; et encore au conseil municipal de Dresde (1904).</p><p>Candidat national-lib�ral, Stresemann entre au Reichstag en 1907 comme d�-</p><p>put� d�Annaberg et principal collaborateur d�Ernst Bassermann (1854-1927).</p><p>Il en est �loign� par la consultation de 1912, mais il y revient en 1914 comme d�put� de la Frise-Orientale, dont le lib�ralisme c�de au nationalisme : peut-�tre sous l�influence de ses rapports avec l�industrie, il est annexion-niste et appuie la guerre sous-marine.</p><p>La perspective de la d�faite l��tourdit un moment : les sacrifices � pr�voir, �crit-il, risquent de nous paralyser pour un si�cle...</p><p>Lorsque, l�Empire tomb�, se des-</p><p>sine un grand parti d�mocratique, que Hjalmar Schacht (1877-1970), Alfred Weber (1868-1958), Theodor Wolf (1861-1943) voudraient �largir jusqu�� lui, Stresemann se d�robe et fonde (15 d�c. 1918) le � parti populiste � (deutsche Volkspartei ou DVP), avec � Libert� et Patrie � pour devise ; ce parti de droite, cryptomo-</p><p>narchiste, refuse de ratifier Versailles.</p><p>Toutefois, le d�put� d�Osnabr�ck, chef d�une � fraction � de quelques dizaines de membres, manifeste une habilet�, un jugement et une souplesse qui contrastent avec la lourdeur de sa silhouette autant qu�avec sa raideur de nagu�re. Il refuse toute filiation avec la droite des � nationaux allemands �</p><p>et envisage un cartel gouvernemental avec les socialistes comme avec le centre (Zentrum) afin de r�soudre le probl�me de l�Allemagne, qui n�est pas celui de son r�gime, mais celui de sa survie et de son redressement. En 1921</p><p>d�j�, il se consid�re comme un candidat au poste de chancelier et prend m�me des contacts avec le repr�sentant de la Grande-Bretagne en vue de fixer un programme facilitant, en l�al-l�geant, l�ex�cution du trait� de Versailles, mais son parti ne l�appuie pas.</p><p>En novembre 1922, au point le plus aigu de la crise franco-allemande, il envisage un � cabinet d�union � sous sa direction, avec Wilhelm Cuno (1876-1933), transf�r� de la chancellerie aux Affaires �conomiques, et des socialistes. Second �chec, peut-�tre voulu par un Ebert rest� m�fiant et intimid� par un Cuno � r�putation d�homme fort. Ces deux ann�es, 1921 et 1922, ont �t� vraiment les ann�es de maturation politique de Stresemann. L��tude des patriotes prussiens de l��poque napol�onienne lui a fait mieux admettre la n�cessit� de certains compromis vis-</p><p>�-vis de la France et le danger d�une politique du pire.</p><p>C�est en pleine catastrophe que</p><p>Stresemann acc�de � la chancellerie et aux Affaires �trang�res (ao�t 1923) : install�s dans la Ruhr, � gage productif �, depuis janvier, les Franco-Belges asphyxient l��conomie allemande, et c�est tout le Reich qui se disloque : ruine de la monnaie, troubles sociaux, mouvements s�paratistes. Constitu� downloadModeText.vue.download 472 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10427</p><p>sur une base large � les socialistes d�-</p><p>l�guant Rudolf Hilferding (1877-1941) aux Finances �, le cabinet Stresemann entreprend une t�che impossible, guett�</p><p>par le � Casque d�acier � (Stahlhelm) et par le g�n�ral Hans von Seeckt (1866-1936) � droite, par les communistes et par les socialistes � gauche. Et n�anmoins, � en cent jours � (il est chancelier du 13 ao�t au 30 octobre, puis du 6 au 23 novembre), il �touffe les s�paratismes, restaure l�ordre, pr�pare le miracle du � Rentenmark � (�mis le 15 novembre) et surtout, d�cidant la fin de la r�sistance passive et de la bataille sans issue de la Ruhr, ouvre la porte � une r��valuation des obligations de l�Allemagne en mati�re de r�parations.</p><p>C�est le sauvetage de l�Allemagne en d�tresse, qui, � lui seul, � assure � Gustav Stresemann une place dans l�histoire de l�Allemagne et une position parmi les hommes d��tat de l�Europe �</p><p>(E. Eyck).</p><p>Pourtant, il ne s�agit l� que d�une pr�face : le grand chapitre de Stresemann, c�est son minist�re des Affaires �trang�res, du 23 novembre 1923 � sa mort, le 3 octobre 1929.</p><p>Au d�part, la pr�occupation et l�objectif de Stresemann se r�sument dans une phrase passionn�e : � La France ne veut pas l�or du Rhin, la France veut le Rhin lui-m�me �, c�est-�-dire qu�elle cherche � maintenir et � accentuer sur les deux rives du grand fleuve l�empi�tement de souverainet� que lui permet le trait� de Versailles. Pour</p><p>� faire l�cher prise � nos �trangleurs �, comme il �crira au Kronprinz, Stresemann multiplie les initiatives, les unes de port�e tr�s g�n�rale (approbation du protocole de Gen�ve sur l�arbitrage</p><p>[sept. 1924]), les autres beaucoup plus diplomatiques (une n�gociation berlinoise avec lord d�Abernon (1857-1941) en vue de reconna�tre le nouveau statu quo sur le Rhin, moyennant des att�nuations s�rieuses au r�gime de surveillance exerc� par les Alli�s [d�c.</p><p>1924 - janv. 1925]). Finalement, il s�adresse directement � la France par le fameux m�morandum du 9 f�vrier 1925, offrant un pacte de garantie territoriale sur le Rhin qui lierait toutes les puissances int�ress�es dans un engagement de ne pas se faire la guerre. C�est reconna�tre, cette fois volontairement, les changements territoriaux de Versailles auxquels la France tient le plus (Alsace et Lorraine) et, compte tenu du maintien de la d�militarisation de</p><p>la zone rh�nane, c�est apporter � une France consciente de son inf�riorit� d�mographique et �conomique une garantie substantielle. Mais le projet suscite deux vagues sym�triques d�opposition ou de contradiction. En France, Herriot* n�entend pas s�enfermer dans une n�gociation bilat�rale et surtout il d�sire obtenir la reconnaissance par l�Allemagne de ses fronti�res de l�Est aussi, sans quoi l��quilibre et la paix de l�Europe pourraient �tre rapidement d�truits. En Allemagne, les nationalistes ne veulent pas d�une �volution vers l�Occident, coupable d�abandonner l�Alsace-Lorraine et de sacrifier la politique amorc�e en 1922 � Rapallo, cette entente avec l�U. R. S. S., l�autre paria international, qui peut permettre de faire front � des partenaires hostiles.</p><p>Stresemann s�est battu, sous le</p><p>regard m�fiant du vieux mar�chal Hindenburg*, r�cemment �lu � la</p><p>pr�sidence de la R�publique. � la commission des Affaires �trang�res du Reichstag, il a plaid� la n�cessit� de s�entendre � avec les pays d�tenteurs de capitaux � : le pacte avec la France facilitera les pr�ts am�ricains.</p><p>Au contraire, � tant que le bolchevisme r�gne l�-bas, je n�attends pas beaucoup du c�t� russe �. Aux partenaires fran-</p><p>�ais, il oppose l�hostilit� fonci�re du peuple allemand � tout engagement concernant les fronti�res de l�Est, qui ont s�par� tant d�Allemands de la m�re patrie ; il objecte aussi la garantie du statu quo que repr�sente d�j� pour la France son entente politique avec la Pologne et la Tch�coslovaquie, et aussi l�existence de la Petite-Entente. C�est la formule stresemannienne de � la question occidentale seule � qui l�emporte, � partir du moment o� Briand*, successeur d�Herriot, l�accepte sur les instances de Londres. Ainsi se pr�parent la conf�rence et les accords de Locarno (oct. 1925). Succ�s allemand majeur, car les engagements souscrits par la France, la Belgique, l�Italie et la Grande-Bretagne interdisent pratiquement � l�avenir toute intervention militaire et politique des Fran�ais en Rh�nanie, quelle que soit la plainte des cr�anciers.</p><p>Succ�s qui porte sa dynamique et peut conduire loin. On ne peut n�gli-</p><p>ger la fameuse lettre au Kronprinz du 7 septembre 1925, m�me si on lui attribue une valeur partiellement tactique (rallier les nationalistes), m�me si on y voit aussi le d�sir du petit-bourgeois d�obtenir l�assentiment d�un</p><p>� grand � : on y lit bien que la solution de la question rh�nane n�est pas autre chose que la renonciation � un conflit pour reconqu�rir l�Alsace-Lorraine, que l�entr�e prochaine � la Soci�t� des Nations permettrait de revendiquer ou au moins de prot�ger de 10 � 12 millions d�Allemands � qui vivent actuellement sous le joug �tranger �, que rien n�est abandonn� en ce qui concerne les � buts orientaux � � rectification de fronti�res, reprise de Dantzig et du couloir polonais �, rien non plus quant au rattachement de l�Autriche, � pr�voir � � plus longue �ch�ance �.</p><p>Cette vision de la reconstitution d�une grande Allemagne se retrouve dans plusieurs discours prononc�s devant le Comit� central du parti � � nous n�avons pas prononc� une renonciation morale et �ternelle � l�Alsace-Lorraine � (22 nov. 1926) �, comme dans des lettres intimes � � Je vois dans Locarno le maintien de la Rh�nanie et la possibilit� de regagner de la terre allemande � l�Est � (27 nov. 1925). Les investissements am�ricains, qui vont s�intensifier, garantiront par ailleurs une bienveillance active des cr�anciers, et cette bienveillance se traduira �ventuellement dans le domaine politique. Enfin, la s�curit� de la France et de la Belgique �tant assur�e, le gouvernement allemand pourra demander l��vacuation rapide de ses territoires occup�s et peut-�tre retourner l�argument de la s�curit� en exigeant le d�-</p><p>sarmement de ses vainqueurs.</p><p>Une ombre : la mise en cause des rapports germano-sovi�tiques, durant toute l�ann�e 1925, par suite de la m�fiance de Moscou, partag�e par l�ambassadeur allemand Ulrich von Brockdorff-Ranzau (1869-1928). �</p><p>la veille m�me de Locarno, les 1er et 2 octobre 1925, Stresemann a re�u la visite du commissaire aux Affaires �trang�res, Gueorgui Vassilievitch Tchitcherine (1872-1936), qui, apr�s une escale � Varsovie, est venu lui reprocher d�entrer dans une conjuration britannique mont�e contre l�Union</p><p>sovi�tique et d�abandonner Rapallo et ses virtualit�s de coop�ration g�n�rale et r�gionale. � Bismarckien �, Stresemann confirme la solidarit� germano-sovi�tique par un accord �conomique sign� au lendemain m�me de Locarno, puis par l�accord politique de Berlin (avr. 1926), qui stipule une promesse r�ciproque de neutralit� en cas d�attaque et limite les engagements de l�Allemagne vis-�-vis de la Soci�t� des Nations. L�Allemagne, d�clare alors Stresemann, est � un pont entre l�Est et l�Ouest �. � l�apog�e de Locarno r�pondra, pour l��quilibrer, l�apog�e de Rapallo.</p><p>Stresemann excelle � faire valoir l�actif de Locarno : la zone de Cologne est �vacu�e entre le 14 novembre 1925</p><p>et le 31 janvier 1926 ; l�Allemagne est admise � la Soci�t� des Nations (sept.</p><p>1926). Mieux, une conversation avec Briand � Thoiry (Ain) soul�ve l�espoir d�une �vacuation anticip�e de la totalit� des territoires rh�nans, de la suppression du contr�le militaire interalli�, de la restitution de la Sarre. Espoir d��u dans l�imm�diat, mais programme r�alis� par �tapes entre 1927 et 1935. On peut se demander quelle place occupaient respectivement dans l�esprit de Stresemann, apr�s Locarno et Thoiry, l�id�e europ�enne, officiellement commune aux responsables allemands et fran�ais, susceptibles de transcender le nationalisme, et la protection, voire le patronage des minorit�s, susceptible de l�exalter. La r�ponse est difficile. En juin 1929, lors du conseil de la Soci�t� des Nations tenu � Madrid, c�est par la question de l��vacuation de la Sarre que Stresemann r�pond � l�expos� g�n�ral de Briand sur une coop�ration �conomique et financi�re de l�Europe occidentale, et, en septembre suivant � � la veille de dispara�tre �, ayant entendu � Gen�ve la proposition Briand d�une</p><p>� organisation europ�enne �, il met en garde contre toute atteinte � la souverainet� nationale ; il comprend l�int�r�t d�un syst�me �conomique et commercial liant une partie de l�Europe, mais il ne croit pas � la possibilit� d�une construction politique. Dans l�imm�-</p><p>diat, il donne la priorit� aux probl�mes de la Sarre et du d�sarmement. Parall�lement, il intervient vigoureusement en faveur des minorit�s, d�veloppant</p><p>l�id�e que le statut de minorit� ne doit pas acheminer vers l�assimilation d�un groupe, mais doit, au contraire, garantir son d�veloppement autonome et m�me accentuer son originalit�.</p><p>Plus semblable � Ulysse qu��</p><p>Achille, selon la remarque d�Erich Eyck, en d�pit de certains �clats, Stresemann a suivi une marche prudente, trouvant plus d�appui � gauche qu�au centre, entra�nant sa propre fraction non sans difficult� et violemment attaqu� par Alfred Hugenberg (1865-1951) � droite. Attentif � la jeunesse, dont le radicalisme (de droite) l�inqui�tait, il aurait voulu la gagner, faire le tour des universit�s, exploitant si possible son prestige de docteur honoris causa de Heidelberg. Aurait-il r�ussi ? C�est douteux, car il n��tait pas fait pour la popularit�, pour le contact avec la foule, agac� par le bavardage et l�indiscr�tion journalistiques.</p><p>Homme fort d�une r�publique fra-</p><p>gile, il sent le sol se d�rober sous ses pas : c�est d�abord la ruine de sa sant�, �vidente en 1928 ; c�est le d�clin de son parti, r�duit � 25 d�put�s ; c�est enfin le premier signe de la catastrophe downloadModeText.vue.download 473 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10428</p><p>�conomique qui bouleversera l�Allemagne � partir de 1930. Mais Stresemann laisse un h�ritage inappr�ciable : la r�habilitation de l�Allemagne et sa restauration en tant que grande puissance europ�enne.</p><p>F. L�H.</p><p>F Briand (Aristide) / Weimar (r�publique de).</p><p>R. Olden, Stresemann (Berlin, 1929 ; trad.</p><p>fr., Gallimard, 1932). / F. E. Hirth, Stresemann (�d. des Portiques, 1930). / J. W. Ewatd, Die deutsche Aussenpolitik und der Europaplan Briands (Marburg, 1961). / M. Walsdorff, Wes-torientierung und Ostpolitik (Breme, 1971). /</p><p>M. O. Maxelon, Stresemann und Frankreich.</p><p>Deutsche Politik der Ost-West-Balance (D�sseldorf, 1972).</p><p>Strindberg</p><p>(August)</p><p>�crivain su�dois (Stockholm 1849 -id.</p><p>1912).</p><p>Une vie</p><p>C�est le 22 janvier 1849 que na�t Johan August Strindberg, au sein d�une famille d�j� nombreuse et qui conna�t des moments difficiles. Son p�re, d�origine bourgeoise, est �picier, puis commis-sionnaire maritime ; se m�re, issue d�un milieu pauvre, a auparavant servi comme bonne. � sa mort, le jeune August, qui fait preuve d�une sensibilit� tr�s vive, est �g� de treize ans. Au sortir du lyc�e, il commence � l�automne de 1867 des �tudes de m�decine � l�universit� d�Uppsala, mais rentre au printemps de 1868 � Stockholm, o� il trouve une place de pr�cepteur : il lui faut gagner sa vie. L�ann�e suivante, il se d�couvre une vocation d�auteur dramatique et renonce � la carri�re m�-</p><p>dicale. Deux autres s�jours � Uppsala, en 1870 et en 1871, ne lui rapportent aucun titre universitaire. � partir de 1872, Strindberg s��tablit � Stockholm, o� il est employ� comme journaliste.</p><p>En d�cembre 1874, il est nomm� assistant � la Biblioth�que royale et le sera jusqu�en 1882.</p><p>Il fait la connaissance et tombe amoureux de Siri von Essen (1850-1912), baronne Wrangel, en</p><p>1875. Apr�s avoir obtenu le divorce, celle-ci fait ses d�buts au th��tre ; Strindberg l��pouse le 30 d�cembre 1877. Les premi�res ann�es de mariage sont heureuses ; Strindberg a deux filles, Karin et Greta. Son premier grand drame, Ma�tre Olof (1872), dont il �crit une seconde version en vers en 1876, et surtout le roman de critique sociale la Chambre rouge (1879) lui ont apport� la c�l�brit�. Mais les critiques ne se font pas faute de l�attaquer, et bient�t sa susceptibilit� maladive le force � fuir la Su�de, brisant ainsi la carri�re dramatique de sa femme. En 1883, Strindberg part pour la France avec sa famille ; l�ann�e suivante, il s�installe en Suisse, o� na�t un fils : Hans. La parution de la premi�re partie de Mari�s (1884) lui attire un proc�s, et il doit se rendre � Stockholm, incident</p><p>qui le laisse empreint d�une profonde amertume. Il vient s��tablir au Danemark en 1887, o� il vit avec sa famille dans des conditions �conomiques de plus en plus pr�caires, et il rentre en Su�de en 1889, dans un climat de folie et de discorde : le divorce sera finalement prononc� en 1891.</p><p>La production litt�raire de Strindberg s�intensifie : autobiographie, qu�il intitule le Fils de la servante (1886) ; romans, parmi lesquels Gens de Hems� (1887) et Au bord de la mer (1890) ; th��tre, avec les grands drames naturalistes : le P�re (1887), Mademoiselle Julie (1888) et Cr�anciers (1888).</p><p>En septembre 1892, Strindberg part pour Berlin, o� il rencontre Frida Uhl (1872-1943), journaliste autrichienne de vingt et un ans. Ils se marient au mois de mai 1893 � Helgoland et font un voyage de noces en Angleterre. Puis ils s�journent en Allemagne et en Autriche. Une petite fille, Kerstin, na�t de leur union. En ao�t 1894, Strindberg vient � Paris et sombre de nouveau dans la mis�re et la folie. Sa femme rompt avec lui, mais ce n�est qu�en 1897 que sera acquis le divorce.</p><p>Pendant son s�jour � Paris, Strindberg entre dans la p�riode de crises qu�il d�crira dans Inferno (1897) : cinq crises de n�vrose de juillet 1894</p><p>� novembre 1896. Il revient ensuite en Su�de et, apr�s un bref voyage en Autriche, s�installe � Lund, o� il restera jusqu�en 1899.</p><p>Sa production litt�raire s�est renouvel�e : les trois parties du drame all�-</p><p>gorique intitul� le Chemin de Damas (1899-1904) sont surprenantes. Mais Strindberg se tourne essentiellement vers les drames historiques, dont le plus c�l�bre est sans conteste Gustave Vasa (1899).</p><p>En 1899, il a cinquante ans : la prosp�rit� lui est enfin revenue, et il peut d�finitivement venir vivre � Stockholm.</p><p>Il s��prend d�une jeune actrice norv�-</p><p>gienne, Harriet Bosse, qu�il �pouse le 6 mai 1901. Mais leur bonheur est de courte dur�e, malgr� la naissance d�une fille, Anne-Marie, l�ann�e suivante. Ils divorcent en 1904.</p><p>Solitaire une fois encore, Strindberg r�dige non sans fureur Drapeaux noirs (1904), puis monte en 1907 son Th��tre-Intime (Kammarspel), ce dont il r�vait depuis longtemps. Il meurt le 14 mai 1912.</p><p>L�oeuvre</p><p>autobiographique</p><p>La vie et l�oeuvre de Strindberg ne font qu�un : toute sa cr�ation artistique est, pour ainsi dire, une confession. Mais l��crivain d�peint en outre une bonne part de son existence dans une s�rie d�ouvrages qui, r�unis, constituent une autobiographie unique dans l�histoire de la litt�rature su�doise.</p><p>C�est � partir de 1886 qu�il en compose les quatre premiers livres : le Fils de la servante, Fermentation, Dans la chambre rouge et l��crivain. Il se fait le disciple de Rousseau, pr�sente le contexte social de son �volution, mais insiste davantage sur la r�alit� psychologique : le premier volume porte un sous-titre r�v�lateur, � Histoire du d�veloppement d�une �me �.</p><p>Voyage par contrainte (1885) d�crit le proc�s de Mari�s : Strindberg s�en prend � divers critiques et aux f�ministes. Il r�unit sous le nom de Lui et elle les lettres qu�il a adress�es � sa future �pouse, Siri von Essen, en 1875-76. D�un tout autre ton sont les attaques qu�il lui lance en 1887 dans le Plaidoyer d�un fou, r�dig� en fran�ais ; on y trouve la premi�re expression de sa misogynie, sentiment d�ailleurs doubl� d�une sorte de v�n�ration pour la femme id�alis�e. �galement �crit et publi� en fran�ais, Inferno (1897) est le r�cit que l��crivain donne lui-m�me de ses douloureuses exp�riences psychiques qui l�ont men� au bord de la folie. D�lire de la pers�cution, sentiment de culpabilit�, heurts entre le r�ve et la r�alit�, tout un bouillonnement de pens�es l�ont agit� dans cette p�riode de crises, travers�e de contradictions, d�angoisses et de souffrances.</p><p>L�gendes (1898) et le Combat de Jacob (1898) font suite � Inferno et exposent les m�mes �preuves : ses visions l�entra�nent sur le chemin de la religion, il satisfait son besoin de surnaturel par la lecture de Swedenborg, participe aux recherches des occultistes, et le catholicisme l�attire pour un temps.</p><p>Mais Strindberg finira par adopter, en mati�re religieuse, une position mod�-</p><p>r�e de tol�rance. Le Deuxi�me R�cit du Ma�tre de quarantaine, qui fait partie de Baie de beaut�, d�troit de honte (1902), est l�histoire � peine romanc�e de son mariage avec Frida Uhl, tel qu�il le voit apr�s Inferno et quatre ans de s�paration. Enfin, dans Seul (1903), Strindberg raconte la vie solitaire qu�il m�ne � Stockholm et dans l�archipel, avant son troisi�me mariage.</p><p>Romans et nouvelles</p><p>S�il est avant tout dramaturge, sa production romanesque n�en est pas moins consid�rable. Ses romans et nouvelles lui ont permis d�exprimer ses id�es, ses sentiments et ses griefs, et sont tout aussi bien le miroir de sa personnalit�.</p><p>Parmi ses premiers �crits, la Saga d��n Bogsveig (1871) est un court r�cit tir� d�une vieille l�gende scandinave ; Fj�rdingen et Svartb�cken (1877) est un recueil de nouvelles qui, nomm� d�apr�s deux quartiers d�Uppsala, �voque la vie � l�universit�. Mais le g�nie de Strindberg se r�v�le dans son premier grand roman, la Chambre rouge (1879), o� l�auteur s�attaque aux divers milieux de la so-ci�t� de Stockholm et fait une critique s�v�re des institutions. Cet ouvrage brillant, � la mani�re naturaliste, �tonnamment riche et vari�, est suivi d�un �pilogue (1882), qui contraste par son optimisme. Avec le Nouveau Royaume (1882), Strindberg poursuit sa critique sociale os�e, impitoyable et se moque presque ouvertement de ses propres adversaires. Au m�me moment, il commence � r�diger ses Destin�es et contes su�dois (1882-1894) ; il y met � profit son go�t pour l�histoire et donne � chaque �pisode dramatique la tournure personnelle de son style.</p><p>Dans les nouvelles group�es sous le titre de Mari�s (premi�re partie, 1884), il r�agit vivement contre le mouvement d��mancipation f�minine : la femme id�ale est l��pouse et la m�re. Et c�est pour avoir ridiculis� dans un des r�cits le dogme de la communion de l��glise su�doise qu�il est l�objet de poursuites judiciaires. La seconde partie de Mari�s (1886) est pr�c�d�e d�une</p><p>pr�face virulente o� s�affirme encore davantage sa pol�mique antif�ministe.</p><p>Cependant, les nouvelles intitul�es Utopies dans la r�alit� (1884-85) sont la premi�re expression litt�raire de son socialisme. Au sein des Vivisections, qui sont des articles, des essais, des esquisses, il faut retenir le Combat des cerveaux (1887), qui �voque le pouvoir de suggestion que peut exercer un cerveau plus fort sur les autres, comme c�est le cas en politique, en litt�rature, en religion.</p><p>Strindberg prend pour cadre l�archipel de Stockholm et la vie des paysans dans Gens de Hems� (1887), roman downloadModeText.vue.download 474 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10429</p><p>d�un humour tendre, aux peintures r�alistes, et Gens de l�archipel (1888), recueil de nouvelles d�un style sobre, aux personnages bien camp�s. Puis sa pens�e �volue dans le sens de la philosophie de Nietzsche : une nouvelle, Tschandala (1888), a pour h�ros le surhomme intellectuel dont r�ve maintenant l�auteur. Et ce m�me id�al se retrouve dans le roman Au bord de la mer (1890), o� se dresse le personnage aussi grandiose que m�prisable de l�inspecteur Borg. Le Marais d�argent, enfin, nouvelle con�ue d�s 1890, mais termin�e huit ans plus tard, refl�te par sa psychologie et les descriptions l��me tourment�e de l�auteur.</p><p>Apr�s Inferno, Strindberg renouvelle ses th�mes ou la fa�on de les traiter, et sa production dramatique l�emporte d�ailleurs. Un ouvrage intitul� Baie de beaut�, d�troit de honte (1902) comprend nouvelles et r�cits de valeur sans doute in�gale, mais empreints de symbolisme et de myst�re. Les Contes (1903) sont de petits r�cits pleins de lyrisme �crits dans le style de H. C. Andersen. Un nouveau d�sir de critique sociale porte Strindberg � �crire les Chambres gothiques (1904), mais ce roman, qui se borne � reprendre des id�es d�j� exprim�es, est mal accueilli par la critique. Strindberg r�dige alors Drapeaux noirs (1904), roman au titre symbolique d�une tout autre port�e,</p><p>t�moignage d�une haine d�mesur�e et d�une indignation sans bornes. Le livre n�est pas publi� avant 1907 � cause du scandale possible, mais il reste un des chefs-d�oeuvre de Strindberg. Celui-ci compose ensuite ses Miniatures historiques (1905), r�cits qui prennent leurs sujets dans l�histoire, depuis l��gypte ancienne jusqu�� la R�volution fran-</p><p>�aise, et Nouvelles Destin�es su�doises (1906), o� il concentre son effort sur la pr�sentation de grands personnages.</p><p>Deux nouvelles, enfin, s�imposent par leur modernisme : le Couronnement de la maison (1906) et le Bouc �missaire (1907) ; dans la premi�re, l�auteur se sert du d�lire traumatique et, sous forme de monologue, fonde son r�cit (qui passe du r�ve � la r�alit�) sur des exp�riences v�cues ; la seconde, centr�e autour des deux personnages principaux, est remarquable par la subtilit� des analyses psychologiques, pourtant tr�s d�pouill�es.</p><p>Une oeuvre multiple</p><p>En marge des romans et des nouvelles, Strindberg est l�auteur de nombreux autres ouvrages en prose. Sa passion pour l�histoire lui fait publier le Vieux Stockholm (1880-1882) et l�Histoire du peuple su�dois (1881-82). Il cherche � montrer que l�histoire d�un pays est celle de tout son peuple et non seulement celle des rois et des grands, et il va � l�encontre des m�thodes su�doises traditionnelles. Citons par ailleurs la s�rie d�articles intitul�s la Mystique de l�histoire universelle (1903). Strindberg recueille le fruit de ses investigations scientifiques dans plusieurs volumes de chimie, de botanique et de sciences occultes. Auteur d�innombrables articles, Semblable et diff�-</p><p>rent (1884) et les Vivisections (1887) notamment, il poursuit son activit� de journaliste jusqu�� la fin de sa vie, faisant para�tre Discours � la nation su�doise, l��tat populaire et la Renaissance religieuse (r�unis en 1910).</p><p>Ses Pantomimes de la rue (1883)</p><p>sont de petits croquis impressionnistes ; ses Po�mes en vers et en prose (1883) inaugurent un style enti�rement libre, presque r�volutionnaire ; ses Nuits d�un somnanbule (1884) sont une introspection sous la forme po�tique ;</p><p>ses Jeux de mots et arts mineurs (1905) sont de merveilleux po�mes lyriques o� abondent descriptions, impressions et pens�es.</p><p>Avec Un livre bleu (1907-1912),</p><p>Strindberg s�efforce, en premier lieu, d�apporter un commentaire � Drapeaux noirs ; il s�agit d�essais, souvent amers ou pessimistes, �crits jour apr�s jour et publi�s tels quels, qui montrent combien l�humeur ou l�opinion de l�auteur peut �tre changeante.</p><p>L�oeuvre dramatique</p><p>Toutefois, la place de choix qu�occupe Strindberg dans la litt�rature mondiale est due avant tout au th��tre. Son oeuvre dramatique, d�une importance consid�rable, ne comprend pas moins d�une soixantaine de pi�ces.</p><p>C�est avec une trag�die antique, en vers �ambiques non rimes, Hermione (1869), que Strindberg fait ses premiers essais, couronn�s par une mention de l�Acad�mie su�doise, seule distinction qui lui soit d�ailleurs jamais accord�e.</p><p>Une com�die, le Libre Penseur (1869), est d�j� caract�ristique de la mani�re dont il transpose ses exp�riences personnelles. Deux pi�ces en un acte, l�une intitul�e � Rome (1870) et l�autre le Banni (1871), pour laquelle il puise aux sources islandaises, sont jou�es au Th��tre dramatique de Stockholm.</p><p>Le premier chef-d�oeuvre de l��crivain, trop audacieux pour l��poque, ne conna�t pas de succ�s imm�diat : Ma�tre Olof (1872), drame en prose consacr� � Olaus Petri, le grand r�formateur su�-</p><p>dois, pose le probl�me de la vocation, mais en termes diff�rents de ceux de Brand d�Ibsen. Strindberg r�dige en vers libres rim�s une seconde version de Ma�tre Olof (1876), plus philosophique, mais mieux adapt�e � la sc�ne : elle sera jou�e au Nouveau Th��tre en 1881. L�Ann�e quarante-huit (1875) est une com�die politique sans grande envergure ; par contre, le Secret de la guilde (1880), trag�die dont l�action se d�roule au Moyen �ge, c�l�bre la foi et d�nigre le doute. Le Voyage de Pierre-L�Heureux (1881) est � mi-chemin entre le conte et la l�gende : tout le m�rite en est une ironie tant�t bouf-</p><p>fonne et tant�t plus mordante. Dans la Femme du chevalier Bengt (1882), l��crivain d�chire le voile romantique qui enveloppe l�id�e que la femme se fait du mariage, marquant au th��tre le d�but de son opposition � l�id�ologie d�Ibsen.</p><p>Apr�s ces trois pi�ces en l�honneur de l�amour, qui refl�tent le bonheur conjugal �ph�m�re de Strindberg, paraissent coup sur coup, de 1886 � 1888, quatre drames naturalistes.</p><p>Le premier, Maraudeurs (1886), qui deviendra par la suite les Camarades (1888), marque essentiellement l��volution de Strindberg vers le naturalisme psychologique ; l��crivain forme et d�veloppe sa nouvelle conception du th��tre, s�en tenant � l�esth�tique et � la force dramatique. Le th�me en est naturellement le f�minisme ; il s�agit de la lutte entre deux �poux, Axel et Ber-tha ; celle-ci compte faire du mariage une camaraderie et vit de � maraude �, de ruse et d�intrigue.</p><p>C�est de m�me un conflit conjugal qui est expos� dans le P�re (1887) ; le capitaine et sa femme, Laura, en d�saccord au sujet de l��ducation qu�il faut donner � leur fille, deviennent les pires ennemis, et Laura r�ussit � �branler, puis � d�truire l��quilibre mental de son mari avec beaucoup de perfidie.</p><p>Mais ce n�est plus une pi�ce � th�se, comme la pr�c�dente, et Strindberg y observe rigoureusement l�unit� d�action et d�int�r�t.</p><p>Il simplifie encore davantage quand il �crit Mademoiselle Julie (1888), drame en un acte, v�ritable chef-d�oeuvre du th��tre europ�en, qu�il analyse lui-m�me dans un avant-propos tout en exposant ses intentions dramatiques. Pendant la nuit de la Saint-Jean, la fille du comte, absent, se donne au valet de chambre de son p�re ; elle est ensuite amen�e � se suicider. On trouve � la fois dans ce drame la tension entre l�homme et la femme et la confrontation de deux classes sociales.</p><p>Strindberg y est influenc� par les id�es de Nietzsche et de Darwin.</p><p>Enfin, Cr�anciers (1888) est sans doute encore plus pr�s de son id�al</p><p>d�un drame bref et concentr�, et la lutte, presque exclusivement psychologique, illustre l�exploitation du mari actuel, Adolf, par sa femme, Tekla, sous l�oeil vindicatif du premier mari, Gustav. Celui-ci, tromp� et ridiculis�, a une � cr�ance � de revanche sur Tekla et sur Adolf, l�autre � cr�ancier �, qui, lui, n�aura de d�livrance que dans la mort.</p><p>Strindberg pousse sa nouvelle � formule � � l�extr�me dans trois courtes sc�nes : Paria, la Plus Forte et Simoun (1888-1890). Puis, apr�s une seconde l�gende dramatique intitul�e les Cl�s du ciel (1892), o� la fiction est empreinte de satire et de po�sie, il �crit six pi�ces en un acte d�un naturalisme plus conventionnel (1892-93) : Doit et avoir prouve sa conception cynique de la vie ; Premier Avertissement a pour sujet la jalousie ; Devant la mort porte � la sc�ne l�ingratitude de trois filles envers leur p�re ; Amour maternel traite du sort r�serv� � la fille d�une courtisane ; Il ne faut pas jouer avec le feu a pour intrigue des infid�lit�s ; le Lien reproduit l�instance en divorce de l�auteur, soulignant sa d�sillusion conjugale.</p><p>Apr�s les crises d�Inferno, l��crivain publie le Chemin de Damas, trilogie dont les deux premi�res parties datent de 1898 et la troisi�me de 1904. Abandonnant la forme dramatique traditionnelle, Strindberg s�emploie � � jeter un pont entre le naturalisme et le super-naturalisme � : en fait, il use d�un symbolisme �clatant dans toutes ses interpr�tations, et l��l�ment naturaliste n�est plus que le fond r�el de son pass�.</p><p>Il n�y a, dans la pi�ce, qu�un seul h�ros, l�Inconnu, c�est-�-dire Strindberg lui-m�me, et l�action se joue en lui, dans son esprit hallucin�. Temps, espace, r�ve et r�alit� sont �trangement m�l�s, alors que l�Inconnu parcourt les �tapes d�un voyage qui doit le mener au repos int�rieur.</p><p>Deux drames r�unis sous le titre de Au tribunal supr�me (1899) sont aussi p�n�tr�s de mysticisme. L�Avent est � l�image d�un myst�re moyen�geux, inspir� de Swedenborg � le symbole y est celui de l�esp�rance � tandis que Crime et crime est un drame moderne qui traite des cons�quences funestes</p><p>que peuvent entra�ner des souhaits malveillants : ce n�est pas un crime qui downloadModeText.vue.download 475 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10430</p><p>soit l�affaire des tribunaux terrestres, et Strindberg introduit dans la pi�ce le motif de la p�nitence, le droit de se punir soi-m�me.</p><p>L�Avent est la premi�re pi�ce d�un cycle des � f�tes de l�ann�e � qui en comprend trois autres, datant toutes de 1900 : P�ques, qui met en valeur la souffrance et �voque des vertus surnaturelles ; le Mardi gras de Guignol, o� des marionnettes jouent d�une mani�re sch�matique des aventures de l�auteur ; la Saint-Jean, dans laquelle un �tudiant trop arrogant subit m�saventures et humiliations.</p><p>Bien diff�rent, le drame intitul� la Danse de mort (1901) rejoint le th��tre naturaliste des ann�es 80 et reprend le th�me du vampirisme, mais avec un �l�ment de myst�re et de surnaturel.</p><p>C�est la lutte �ternelle du couple : le capitaine et Alice, apr�s vingt-cinq ans de mariage, se trouvent attach�s l�un � l�autre par la haine qui na�t de l�amour, et seule la mort pourra d�faire ces liens.</p><p>Trois drames sont publi�s en</p><p>1902. La Mari�e par�e d�une cou-</p><p>ronne, avec pour d�cor la Dal�carlie, abonde de merveilleux ; la religiosit� paysanne qui en �mane va dans le sens de la p�nitence accept�e et de la purification. Blanche-comme-cygne est une pi�ce � la gloire de l�amour : � au pays des r�ves �, l�amour d�un prince et d�une princesse triomphe de tous les obstacles. Cet optimisme refl�te le bonheur des premiers mois du troisi�me mariage de Strindberg. Le Songe, enfin, est inspir� de la philosophie bouddhique ; le monde n�est qu�illusion et les souffrances sont lib�ratrices, telle est la conception esquiss�e dans la pi�ce, qui ne comporte aucune intrigue, mais des �pisodes se succ�dant comme dans un r�ve, avec des personnages et un d�cor d�pourvus de toute consistance.</p><p>Le Songe est une pi�ce curieuse, sans doute la plus originale de toute l�oeuvre de l��crivain.</p><p>D�s 1899, Strindberg se met � composer, avec une f�condit� �tonnante, la s�rie des drames historiques, dans lesquels la peinture des personnages et l�action sont peut-�tre plus vivantes que dans ses autres oeuvres, la personne de l�auteur s�effa�ant devant les h�ros qu�il fait revivre. Le premier drame, la Saga des Folkungs (1899), met en sc�ne le roi Magnus, dernier de la dynastie des Folkungs, qui r�gne en Su�de aux XIIIe-XIVe s., et traite du probl�me du mal et de l�expiation. Le drame suivant, Gustave Vasa (1899), b�ti autour d�un souverain qui sacrifie tout � la mission qu�il s�est donn�e, s�ach�ve sur l�ampleur de son succ�s ; Gustave Vasa a organis� l��tat, fond� une dynastie et fait adopter la R�forme.</p><p>Dans Erik XIV (1899) appara�t son fils, qui lui succ�de, mais qui, d�tr�n�, finit ses jours en prison. Psychologie et politique alternent tout au long du drame.</p><p>Avec Gustave Adolphe (1900), Strindberg retrace l��pop�e de la guerre de Trente Ans et esquisse le destin tragique du roi, absorb� dans une t�che downloadModeText.vue.download 476 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10431</p><p>qui se d�finit au niveau de l�� histoire universelle �. Engelbrekt (1901) �voque la p�riode de l�Union Scandinave, confirm�e � Kalmar (1397), et montre un h�ros qui doit renoncer � un id�al sans, toutefois, en �tre r�-</p><p>compens�. Dans Charles XII (1901), au contraire, les entreprises guerri�res du h�ros menacent de ruiner le pays.</p><p>La Reine Christine (1903) d�peint la femme trop intellectuelle et trop �go-</p><p>�ste, qui se d�sint�resse de sa vraie mission de reine, et Gustave III (1903) est l�histoire du complot ourdi contre le despote �clair�. Pour le Rossignol de Wittenberg (1903), Strindberg s�inspire de la vie de Luther et s�efforce de d�gager des faits et des existences individuelles une valeur universelle de symbole. Le Dernier Chevalier et l�Administrateur du royaume, �crits</p><p>en 1908, ont pour cadre la p�riode qui pr�c�de l�av�nement de Gustave Vasa, tandis que le Jarl de Bj�lbo (1909) se situe au d�but du r�gne des Folkungs.</p><p>Cependant, avec l�aide d�un jeune directeur audacieux, August Falck, Strindberg cr�e le Th��tre-Intime, dont la s�ance inaugurale a lieu le 26 novembre 1907. Son dessein est de transposer au th��tre les atouts de la musique de chambre (comme il l�explique dans le M�moire aux membres du</p><p>Th��tre-Intime de la part du r�gisseur, adress� aux acteurs en 1908). Devant un public limit�, Strindberg veut un jeu de sc�ne concis, dans un d�cor simplifi�, o� la valeur symbolique des objets a un caract�re suggestif. Il �crit lui-m�me pour ce th��tre quatre � pi�ces intimes � qui ont en commun le th�me de l�illusion, du mensonge qui entoure la r�alit�, du sommeil qui engourdit les sens. Dans Orage, le pass� du h�ros, un vieillard solitaire, resurgit devant lui et menace son repos ; mais l�orage passe sans �clater. La Maison br�l�e d�voile les secrets honteux qui, � la suite d�un incendie, ne peuvent plus rester dans l�ombre : la pr�tendue respectabilit� n��tait faite que de mensonges et de d�lits. La Sonate des spectres m�le � la r�alit� un monde fantastique ; l�intrigue a la consistance d�un cauchemar dans lequel les personnages sont mis � nu et leurs crimes r�v�l�s un � un jusqu�� �puisement. Cette pi�ce fascinante poss�de toutes les qualit�s de l�art dramatique, mais elle est pourtant loin des conventions habituelles.</p><p>Le P�lican, enfin, est d�un pessimisme non moins violent ; l�auteur y reprend le th�me de l�enfance malheureuse et celui de l��pouse et de la m�re indigne.</p><p>Strindberg �crit encore deux l�-</p><p>gendes dramatiques : l�une, intitul�e le Gant noir (1909), est un conte de No�l qui rappelle la mani�re de Dickens ; l�autre, les Babouches d�Abou Kassem (1908), emprunte des motifs orientaux aux Mille et Une Nuits. Son dernier drame, la Grand-Route (1909), se compose de tableaux dont chacun re-pr�sente une halte au cours du voyage qu�entreprend le h�ros, le Chasseur, qui n�est autre que Strindberg, vieilli, ind�pendant, assailli par les souvenirs.</p><p>J. R.</p><p>K. L. G. Lindblad, August Strindberg conteur (en su�dois, Stockholm, 1924). / A. Jolivet, le Th��tre de Strindberg (Boivin, 1931). /</p><p>V. B�rge, la Femme dans la vie et l�oeuvre de Strindberg (en danois, Copenhague, 1936).</p><p>/ M. Lamm, August Strindberg (en su�dois, Stockholm, 1940-1942 ; 2 vol.). / M. Gravier, Strindberg et le th��tre moderne (I. A. C., Lyon, 1949). / E. Sprigge, The Strange Life of August Strindberg (New York et Londres, 1949). /</p><p>G. Brandell, la Crise d�Inferno de Strindberg (en su�dois, Stockholm, 1950). / H. Lindstr�m, le Combat des cerveaux (en su�dois, Uppsala, 1952). / C. R. Smedmark, Ma�tre Olof et la chambre rouge (en su�dois, Stockholm, 1952).</p><p>/ E. Poulenard, August Strindberg, romancier et nouvelliste (P. U. F., 1962). / G. Vogelweith, Psychoth��tre de Strindberg (Klincksieck, 1973).</p><p>Stroheim</p><p>(Erich von)</p><p>Metteur en sc�ne et acteur de cin�ma am�ricain d�origine autrichienne (Vienne 1885 - Maurepas, France, 1957).</p><p>Il fait ses �tudes dans divers �tablissements militaires autrichiens avant de devenir, � dix-sept ans, officier de cavalerie. En 1909, il �migr� aux �tats-Unis, o� il fait rapidement partie de la cavalerie am�ricaine. Il d�bute au cin�ma en 1914 comme figurant dans Naissance d�une nation (de D. W. Griffith). Il est ensuite assistant de Griffith*</p><p>dans Intol�rance (1916) et Hearts of the World (1918), puis d�A. Dwan, de J. Emerson, de W. Ruggles, de G. Fitzmaurice et de A. Crosland.</p><p>Apr�s avoir collabor� � plusieurs films comme directeur artistique ou conseiller militaire, il d�bute dans la mise en sc�ne en 1919 avec Maris aveugles ou la Loi des montagnes (Blind Husbands), alors qu�il est d�j� tr�s connu comme com�dien. Apr�s un film mineur, le Passe-Partout du diable (The Devil�s Passkey, 1920), il conna�t un triomphe international avec Folies de femmes (Foolish Wives, 1922), o� il d�crit avec cruaut� l�Europe des ann�es 20.</p><p>R�put� metteur en sc�ne dispen-</p><p>dieux, il est chass� du tournage de Che-</p><p>vaux de bois (Merry-Go-Round, 1923), mais peut, cependant, entreprendre les Rapaces (Greed, 1925), o� il donne libre cours � ses exc�s et � son naturalisme po�tique. Tourn� peu avant l��croulement de Wall Street, ce dernier film appara�t aujourd�hui comme un mod�le du cin�ma r�aliste, peignant la d�gradation et l�ignominie de l��tre humain, mais aussi sa tendresse, sa noblesse et sa puret�. L�oeuvre ayant �t� massacr�e au montage par June Mathis (qui la r�duit de huit heures � trois heures de projection), Stroheim, d�sesp�r�, abandonne le r�alisme pour tourner une commande, la Veuve joyeuse (The Merry Widow, 1925), qui remporte un succ�s consid�rable.</p><p>Sa r�alisation suivante, la Symphonie nuptiale (The Wedding March, 1928), film en deux parties qui devait durer onze heures, lui fut enlev�e pour �tre mont�e par J. von Sternberg*. Une fois de plus brim� par des producteurs tyranniques, Stroheim voit son oeuvre d�form�e, mutil�e, amoindrie. Projet�e en France, celle-ci est interdite aux �tats-Unis.</p><p>Malgr� tout, Stroheim entreprend Queen Kelly (1928), film produit et jou� par la star Gloria Swanson, et dont il ne peut mener � bien que le prologue.</p><p>Non exploit� en Am�rique, ce film inachev� (notamment � cause de l�av�nement du cin�ma parlant) est sans doute l�oeuvre la plus parfaitement ma�tris�e, dans son d�lire, du cin�aste. De l�aveu m�me de celui-ci, Queen Kelly, plus encore que ses films pr�c�dents, visait � � raconter par le film un grand sujet de telle mani�re que le spectateur croie que ce qu�il regarde est r�el �.</p><p>Stroheim r�alise encore un film, Walking down Broadway (1932), que l�on dit assez anodin, puis abandonne � jamais sa carri�re de r�alisateur. Amer et d�sabus�, il �crit plusieurs livres, Poto-Poto, Paprika, les Feux de la Saint-Jean, qui prolongent tant bien que mal sa passion pour le cin�-roman, issu de la tradition litt�raire du XIXe s., puis il se consacre exclusivement � l�interpr�tation, imposant peu � peu un personnage antipathique, maniaque et myst�rieux qui, tant aux �tats-Unis qu�en France, fera son succ�s. Pour le pr�senter au public, un slogan de</p><p>l��poque le d�crit ainsi : � L�homme que vous aimerez ha�r. �</p><p>Cet homme vaincu par la dictature des studios (m�me son ultime film comme metteur en sc�ne est mont� par un autre que lui, le cin�aste A. Werker) sera le partenaire de G. Garbo dans Comme tu me veux (de G. Fitzmaurice, 1932, d�apr�s L. Pirandello), l�officier allemand de la Grande Illusion (de J. Renoir, 1937), le criminel trouble de l�Alibi (de P. Chenal, 1937) et de nouveau un officier allemand, Rommel, dans les Cinq Secrets du d�sert (Five Graves to Cairo, de B. Wilder, 1943). Il jouera aussi au th��tre Arsenic et vieilles dentelles, croyant toujours, malgr� tout, � son retour possible comme metteur en sc�ne.</p><p>Retir� en France, o� il tourne de nombreux films, de moins en moins int�ressants au fur et � mesure qu�il avance en �ge (de Pi�ges [1939], de R. Siodmak, � la Madone des Sleepings [1955], de H. Diamant-Berger, il tient des r�les souvent tr�s brefs dans toute une production m�diocre, com�-</p><p>die et films policiers), il ne franchit plus l�Atlantique qu�une seule fois, en 1950, pour tourner sous la direction de B. Wilder Sunset Boulevard, o� il retrouve G. Swanson et B. Keaton*, � qui Wilder rend hommage. Ce film fait office de chant du cygne pour le star-system tel qu�on le pratiquait au temps du muet et dans lequel, somptueux, g�n�reux et f�roce, Erich von Stroheim occupait une des premi�res places.</p><p>Stroheim laisse peu de films, mais les innombrables projets qu�il for-mulait sans cesse prouvent bien que le cin�ma, en voulant le limiter dans ses normes les plus commerciales, s�est priv� d�un g�ant, auquel, parmi d�autres, O. Welles* et Fellini* doivent beaucoup. Son sens de l�espace, la profusion de ses th�mes et de ses personnages, et surtout sa vision du monde, cynique, avec de brusques flamb�es sadomasochistes, �l�gante et baroque, humaine en d�pit de tout, font aujourd�hui de lui un visionnaire, dont chaque film dressait un r�quisitoire sans appel contre une soci�t�, celle de l�argent, de la facilit� et des compromissions, qui l�a bris�.</p><p>L�officier jet� dans l��gout � la fin de Folies de femmes symbolise bien la m�fiance de Stroheim vis-�-vis de l�apparence et de l�hypocrisie des honneurs. Auteur maudit par excellence, Stroheim annon�ait la d�cadence de notre civilisation, qui n�aime pas les proph�tes. Mais le vol des Rapaces n�a pas fini de nous tourmenter.</p><p>M. G.</p><p>D. Marion et B. Amengual, Stroheim, le mythe et la r�alit� (Lettres modernes, 1966). /</p><p>T. Q. Curtiss, Erich von Stroheim (�d. France -</p><p>Empire, 1970). / F. Buache, Erich von Stroheim (Seghers, 1972).</p><p>downloadModeText.vue.download 477 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10432</p><p>strontium</p><p>F ALCALINO-TERREUX (�l�ments et</p><p>compos�s).</p><p>structural (relief )</p><p>Relief dont les formes sont command�es par la nature et la disposition des roches qui en constituent l�ossature.</p><p>L��tude des reliefs structuraux est appel�e g�omorphologie structurale.</p><p>Deux types d�influences de la structure sur le relief se manifestent.</p><p>Les influences</p><p>lithologiques</p><p>On a reconnu tr�s t�t que les formes du terrain se diff�rencient suivant la nature des roches : qui n�a observ� par exemple le contraste entre les plateaux tertiaires du centre du Bassin parisien, dont les assises calcaires constituent des plates-formes rigides, et les molles ondulations crayeuses de la plaine champenoise ? Chaque roche conditionne par ses propri�t�s l�action des processus morphog�n�tiques qui la mod�lent. Cette influence est parfois si marqu�e que le paysage pr�sente des formes caract�ristiques : ainsi, le model� karstique est sp�cifique des calcaires.</p><p>Cependant, une m�me roche, suivant les lieux o� on l�observe, n�offre pas partout le m�me model�. Qu�on compare les � ballons � vosgiens aux aiguilles du massif du Mont-Blanc, aux pains de sucre de la baie de Rio de Janeiro et aux collines en demi-orange de Guyane, et on r�alisera la diversit� d�aspect des roches granitiques. C�est que le comportement des roches diff�re selon les milieux morphoclimatiques, puisque l�efficacit� des processus varie consid�rablement d�un syst�me morphog�n�tique � un autre.</p><p>Le model� appara�t donc comme</p><p>la r�sultante d�une double influence, structurale et climatique : les propri�-</p><p>t�s physiques des roches favorisent l�action de certains processus, mais les syst�mes morphog�n�tiques, en privil�giant tel ou tel processus, exploitent plus ou moins ces facilit�s.</p><p>D�une fa�on g�n�rale, dans les milieux biostasiques, o� pr�dominent les processus chimiques, la lithologie influe peu sur le model�, car un voile d�alt�-</p><p>rites masque presque compl�tement les roches ; mais un oeil attentif y obser-vera des nuances dans la pente et la forme des versants, et remarquera des diff�rences dans la densit� du r�seau hydrographique qui trahissent le r�le du facteur lithologique. Au contraire, dans les milieux � processus physiques pr�pond�rants et � couverture v�g�tale discontinue, les roches affleurent � nu et commandent par leurs propri�t�s le d�tail des formes du model�.</p><p>Les roches meubles, dont les �l�-</p><p>ments sont ais�ment mobilisables, sauf s�ils sont grossiers, donnent g�n�ralement des reliefs effac�s : les sables s��boulent, les argiles imbib�es d�eau glissent, de sorte que les versants enti�-</p><p>rement fa�onn�s dans ces roches ont des pentes toujours faibles. L�imperm�abilit� des argiles favorise d�autre part le ruissellement des eaux, ce qui explique la densit� du r�seau hydrographique en pays humide et les ravinements finement ramifi�s en pays sec que l�on observe sur ces roches.</p><p>Les roches coh�rentes donnent g�n�-</p><p>ralement des formes plus vigoureuses, sauf si elles sont tr�s sensibles � l�ar�-</p><p>nisation ou � l�argilisation, ou ont �t� rendues tr�s friables par le concassage que leur ont fait subir les efforts tectoniques. Les formes de d�tail y sont command�es par les surfaces de discontinuit�, qui guident le travail des processus morphog�n�tiques : joints, plans de stratification, plans de schis-tosit�, clivages, diaclases. Les formes engendr�es par ces discontinuit�s d�pendent de leur agencement dans la roche : tant�t ce sont des bastions, tou-relles, pinacles, pitons ou aiguilles, d�-</p><p>coup�s le long de diaclases verticales orthogonales ; tant�t ce sont des d�mes convexes, parfois surbaiss�s (ruwares), parfois tr�s �nergiques (pains de sucre), qui s�effeuillent litt�ralement le long de diaclases courbes ; tant�t, enfin, ce sont des blocs d�bit�s dans un r�seau de diaclases verticales, horizontales et courbes, qui constituent des reliefs ruiniformes (castle kopj�) ou chaotiques (tors, compayr�s) parfois branlants.</p><p>Toutes ces formes s�estompent d�s qu�un manteau d�alt�rites recouvre la roche ; pourtant, l�influence des surfaces de discontinuit� reste sensible dans la disposition du r�seau hydrographique qui exploite les lignes de faiblesse de la roche et pr�sente de ce fait des tron�ons rectilignes se recoupant sous des angles constants.</p><p>L�h�t�rog�n�it� de la roche peut aussi �tre � l�origine de formes de d�-</p><p>tail caract�ristiques. Cette influence se manifeste � diverses �chelles, depuis la mise en saillie de quelques millim�tres de min�raux peu sensibles � la m�t�orisation ou le creusement d�alv�oles en nid d�abeilles profond de quelques centim�tres sur les parois rocheuses cristallines ou gr�seuses jusqu�aux reliefs ruiniformes � pinacles r�siduels fa�onn�s dans les dolomies. En roche meuble h�t�rom�trique, le ravinement tend � mettre en relief les gros blocs que le ruissellement ne peut d�placer et donne naissance � ces � chemin�es de f�es � qui attirent l�attention des touristes.</p><p>Enfin, les roches facilement solubles, comme les calcaires et les gypses, pr�-</p><p>sentent, quand elles sont suffisamment pures et �paisses, des surfaces burin�es de lapi�s, taraud�es de dolines et d�avens, creus�es de vall�es s�ches,</p><p>min�es de r�seaux de galeries souterraines..., qui sont les traits sp�cifiques du model� karstique (v. calcaire [relief]).</p><p>Les influences</p><p>tectoniques</p><p>Les d�formations tectoniques des roches exercent une influence sur le relief de deux mani�res : soit directement, les formes du terrain se calquant sur les d�formations ; soit indirectement, l��rosion d�fon�ant les structures cr��es par le jeu de la tectonique et mettant en valeur les roches r�sistantes par excavation des roches tendres. Dans le premier cas, les formes sont dites � originelles � (ou � primitives �). Dans le second cas, le relief ne d�pend plus que de la r�partition des roches in�-</p><p>galement r�sistantes : les formes sont dites � d�riv�es � si elles restent, dans l�ensemble, conformes aux donn�es de la tectonique, c�est-�-dire si les parties soulev�es restent en saillie et les parties affaiss�es en creux ; elles sont dites</p><p>� invers�es � dans le cas contraire.</p><p>Toutefois, il importe de noter que les formes structurales originelles, dont les formes d�riv�es ou invers�es semblent les h�riti�res, n�ont pas n�cessairement exist� : les d�formations tectoniques s��chelonnant sur un temps tr�s long, l��rosion attaque les structures naissantes au fur et � mesure de leur ge-n�se, de sorte que, lorsque leur mise en place s�ach�ve, les formes structurales peuvent �tre d�j� tr�s �volu�es, voire invers�es. D�autre part, l�inversion du relief n�est possible qu�� la condition que l��rosion puisse creuser profond�-</p><p>ment dans des roches tendres de grande �paisseur ; elle n�est donc pas l�aboutissement n�cessaire d�une longue �volution, mais le r�sultat de conditions structurales favorables.</p><p>Les reliefs structuraux combinent de fa�on plus ou moins complexe un certain nombre de formes structurales �l�mentaires.</p><p>Les surfaces structurales</p><p>On appelle surface structurale une surface topographique qui se confond avec le sommet d�une couche s�dimentaire r�sistante. Si la s�rie s�dimentaire</p><p>s�achevait par cette couche, la surface structurale est dite � primitive � ; si, au contraire, elle a �t� d�gag�e par l��rosion diff�rentielle d�une couche tendre sus-jacente, c�est une surface structurale dite � d�riv�e �.</p><p>Suivant la disposition tectonique, on distingue plusieurs types de surfaces structurales : la plate-forme structurale est une surface plane, horizontale ou faiblement inclin�e ; le mont est une surface convexe correspondant � un anticlinal ; le val est une surface concave correspondant � un synclinal. La premi�re est courante dans les structures tabulaires ; les deux autres sont r�alis�es dans les structures pliss�es.</p><p>Le d�gagement d�une surface structurale d�riv�e et la conservation d�une surface structurale primitive supposent l�incapacit� des syst�mes morphog�-</p><p>n�tiques � attaquer la roche r�sistante qui en forme l�armature, alors que les mat�riaux tendres qui la recouvraient �ventuellement ont pu �tre balay�s.</p><p>C�est donc dans les milieux secs, o� le ruissellement, agent d��rosion tr�s s�lectif, joue un r�le pr�pond�rant, que les surfaces structurales sont les plus parfaites. Sous les autres climats, la roche dure subit toujours une d�gradation superficielle qui fait que la sur-downloadModeText.vue.download 478 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10433</p><p>face topographique n�est plus qu�approximativement calqu�e sur elle : on parle alors de surface substructu-rale. Les monts, que les efforts tectoniques tendent � fissurer, sont souvent</p><p>� �corc�s �, c�est-�-dire que la couche dure se trouve amincie au sommet de l�anticlinal.</p><p>Les escarpements monoclinaux</p><p>On appelle escarpement monoclinal un escarpement r�sultant de la superposition d�une couche r�sistante � une couche tendre dans une structure s�-</p><p>dimentaire concordante. Le talus, ou</p><p>� front �, raccorde le � revers � fa�onn� dans la roche dure � une d�pression creus�e dans la roche tendre, la � d�-</p><p>pression monoclinale �. Suivant l�inclinaison des couches, les escarpements monoclinaux sont class�s en quatre types : les coteaux lorsque les couches sont horizontales ou l�g�rement inclin�es dans le sens de la pente du talus ; les cuestas, lorsque le pendage est inverse de la pente du talus et de faible inclinaison ; les cr�ts, lorsque le pendage est accus� ; les barres, lorsque les couches sont subverticales. Les deux premiers types s�observent dans les r�-</p><p>gions de structure tabulaire, et les deux autres dans les structures pliss�es.</p><p>Cette distinction est justifi�e par le fait que les modalit�s du recul des escarpements monoclinaux d�pendent, pour une part importante, du sens et de la valeur du pendage. L�affouillement des roches tendres par l��rosion dans les milieux morphoclimatiques qui s�y pr�tent tend � mettre en porte � faux la roche dure, qui s��boule de temps en temps ; or, l�effondrement d�un paquet de roches dures est plus ais� si le pendage s�incline vers la d�pression que s�il s�incline en sens inverse, et, dans ce dernier cas, il est d�autant plus difficile que le pendage est plus accus�. �</p><p>la limite, dans des couches verticales, il n�y a pas de recul possible. D�une fa�on g�n�rale, le recul d�un escarpement monoclinal est donc plus rapide, toutes choses �gales d�ailleurs, si le pendage est plus faible. Il en r�sulte deux cons�quences quant au model� du talus : comme la corniche de roche dure tend � s��mousser si elle n�est pas fr�-</p><p>quemment raviv�e, le profil de l�escarpement est d�autant plus lourd que le pendage est plus accus� ; d�autre part, si le pendage est faible, les moindres ruisseaux aliment�s par les sources naissant au contact des deux couches font reculer la corniche plus rapidement que les processus ar�olaires, qui agissent seuls dans les intervalles ; d�o� un trac� festonn� du talus, alors qu�avec un pendage accus� le trac� est toujours beaucoup plus rectiligne.</p><p>Le pendage n�est pas le seul facteur qui influence le model� des escarpements monoclinaux. Les facteurs</p><p>lithologiques sont aussi importants.</p><p>Plus les roches tendres sont �paisses par rapport aux roches dures, plus le travail d�affouillement de l��rosion</p><p>est ais� et plus le recul du talus est rapide. Les escarpements � roche tendre �paisse sont donc toujours plus d�li�s et sinueux que ceux qui sont pourvus d�une �paisse couche dure. D�autre part, le contraste de r�sistance entre couche dure et couche tendre, s�il est bien marqu�, favorise les formes nettes et d�li�es.</p><p>Enfin, le model� des escarpements monoclinaux d�pend des conditions morphoclimatiques autant que des facteurs structuraux. Dans les milieux humides � couvert v�g�tal dense, les processus chimiques dominants tendent � �mousser les formes ; en milieu froid, la g�lifraction fait reculer les corniches et en r�gularise le profil, tandis que la solifluxion fa�onne des pentes tr�s adoucies dans les roches tendres ; en milieu sec, enfin, la mise en valeur des contrastes de r�sistance est particuli�-</p><p>rement nette, des corniches vives dominant des pentes concaves model�es en glacis dans les roches tendres.</p><p>Les escarpements de faille</p><p>On appelle escarpement de faille un abrupt li� � une faille. Suivant que l�escarpement a �t� cr�� directement par le jeu de la faille ou qu�il r�sulte seulement du d�gagement d�un plan de faille par l��rosion diff�rentielle, on distingue les escarpements originels des escarpements de ligne de faille.</p><p>Les premiers pr�sentent parfois des facettes triangulaires d�coup�es par les ravins qui les entaillent et que l�on a consid�r�es � tort comme caract�ristiques. Sous l�action de l��rosion, ces escarpements originels tendent � reculer, et leur d�nivellation � diminuer : d�s lors, ils ne correspondent plus au plan de faille, bien que leur existence reste due directement � la d�formation tectonique ; on dit que ce sont des escarpements h�rit�s ou r�siduels.</p><p>Les escarpements de ligne de faille ne sont li�s qu�indirectement � la cassure que l��rosion r�v�le en exploitant l�in�gale r�sistance des roches mises en contact par le plan de faille. Suivant que les roches tendres se trouvent dans un compartiment ou dans l�autre, l�escarpement regarde ou non dans le</p><p>m�me sens que la faille. Dans le premier cas, c�est un escarpement de ligne de faille conforme ; dans le second cas, c�est un escarpement de ligne de faille invers�. Sa d�nivellation est in-d�pendante du rejet de la faille ; elle d�pend uniquement de l��paisseur de roche tendre d�blay�e par l��rosion et varie d�ailleurs au long de l�accident en fonction du creusement in�gal entre vall�es et interfluves.</p><p>Certains escarpements de faille sont composites. Originels dans la partie sup�rieure de l�abrupt, ils ont �t� exag�r�s par le d�gagement d�un escarpement de ligne de faille dans leur partie inf�rieure, l��rosion creusant dans le compartiment effondr� dans la mesure o� des roches tendres y affleurent.</p><p>Les escarpements de faille �tant li�s � des accidents tectoniques rectilignes, leur trac� est, au moins au d�part, �galement rectiligne et le demeure d�autant mieux que l�accident recule plus difficilement, c�est-�-dire qu�il est constitu� de roches plus r�sistantes.</p><p>Lorsque l�escarpement tranche des couches d�in�gale r�sistance, son recul ob�it aux m�mes lois que celles des escarpements monoclinaux. Si, enfin, l�escarpement est enti�rement constitu� de roches de faible r�sistance, il s�efface tr�s vite.</p><p>On peut rattacher aux escarpements de faille les escarpements de pli-faille et de chevauchement, qui se forment en r�gime de compression par rupture downloadModeText.vue.download 479 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10434</p><p>d�un pli. L�inclinaison de la cassure en sens inverse de l�escarpement ne permet cependant pas, dans ce type de structure, la mise en valeur du plan de faille par l��rosion diff�rentielle. Il s�agit donc toujours d�escarpements li�s directement au jeu de la tectonique.</p><p>Cas particulier des</p><p>structures cristallines</p><p>Dans les structures cristallines, la mise en valeur de formes par l��rosion</p><p>diff�rentielle pr�sente des modalit�s particuli�res. En effet, ces structures sont massives, et le passage d�un type de roche � un autre s�y fait graduellement. L��rosion ne peut donc mettre en valeur que des contacts plus ou moins verticaux, r�sultant soit de failles, soit de la mont�e � l�emporte-pi�ce de batholites. Mais l�in�gale r�sistance des roches cristallines est infiniment plus difficile � d�finir que celle des roches s�dimentaires. La composition chimique de la roche ne semble avoir qu�une influence mineure, contrairement � ce qu�avaient pens� les premiers chercheurs ; la composition min�ralogique joue un r�le plus important dans la mesure o� la fragilit� de certains mi-n�raux mine tout l��difice de la roche ; le facteur essentiel semble bien �tre, de l�avis de la plupart des chercheurs, la fissuration de la roche, qui fraie la voie au principal agent d�attaque, l�eau.</p><p>On comprend donc que les socles, ou les roches cristallines affleurent largement, n�offrent que peu de reliefs structuraux en dehors des escarpements de faille et pr�sentent de ce fait une plus grande monotonie de paysage.</p><p>R. L.</p><p>P. Birot, Morphologie structurale (P. U. F., 1958 ; 2 vol.). / C. R. Twidale, Structural Land-forms (Cambridge, Mass., et Londres, 1970).</p><p>structuralisme</p><p>Th�orie commune � certaines sciences humaines, visant � appr�hender le fait humain qu�elles �tudient comme un ensemble d��l�ments � l�int�rieur d�une totalit�, qui se d�terminent les uns par rapport aux autres en fonction de lois g�n�rales.</p><p>D�FINITION</p><p>Le structuralisme se consid�re non pas comme une philosophie, mais comme une m�thodologie. La notion de structure n�est pas une d�couverte r�cente ; mais certaines disciplines, comme la linguistique avec les travaux de Saussure, la psychologie avec la Gestalt-theorie*, l�anthropologie avec le fonctionnalisme* ont mis en �vidence une nouvelle mani�re de concevoir l�inter-</p><p>d�pendance de ph�nom�nes humains.</p><p>C�est la linguistique qui, la premi�re, donne au structuralisme une formulation scientifique, et C. L�vi-Strauss s�impr�gne des travaux des linguistes (Sapir, Bloomfield, Jakobson) pour �laborer cette m�thodologie. D�autres secteurs et d�autres chercheurs se sont sentis concern�s � un moment par le structuralisme : l�histoire*, � la suite des recherches de G. Dum�zil et de F. Braudel, qui a trouv� provisoire-ment dans le structuralisme un terrain revivifiant ; l�histoire des id�es et notamment le marxisme* (L. Althusser, Pour Marx, 1965) ; la philosophie de l�histoire (M. Foucault, les Mots et les choses, 1966) ; la psychanalyse* (dans laquelle J. Lacan [�crits, 1966] occupe une place particuli�re) ; la critique* litt�raire (R. Barthes, Critique et v�rit�, 1966). Le d�veloppement d�un structuralisme ind�pendant de ces domaines des sciences humaines mais commun � tous est parall�le � leur pr�tention � un statut scientifique. En effet, les notions fondamentales du structuralisme, la totalit� et l�interd�pendance, sont id�alement susceptibles d�une formulation logico-math�matique. Ainsi, un syst�me de parent�* peut �tre consid�r� comme une structure r�currente et donc reconstituable par le chercheur dans un syst�me de parent� dont il n�aurait qu�une connaissance partielle : elle permet de comprendre en ethnologie une variante dans une mythologie, en linguistique un allomorphe dans un syst�me morphologique donn� comme une variante combinatoire, int�gr�e � un ensemble qui structure les transformations m�mes du mythe en question ou du morph�me en question. La structure n�est pas une sorte de reconstruction abstraite, comparable � la notion de mod�le logico-math�matique, auquel l�analyse structurale a fr�quemment recours : le mod�le est en effet en partie une simplification du r�el, qu�on a d�pouill� de cas aberrants et exceptionnels ; mais il est utile, puisque c�est gr�ce � lui qu�une structure peut �tre mise en �vidence. En fait, la structure participe aussi au r�el, fait corps avec lui en ce sens qu�elle s�impose en quelque sorte au chercheur, � qui il arrive de changer de mod�les pour rendre compte d�une structure existante. Apr�s la fortune connue par le</p><p>structuralisme dans toutes les sciences humaines dans les ann�es 1950 � 1960, on ne retient aujourd�hui plus gu�re que deux secteurs o� ses m�thodes se sont r�v�l�es f�condes � un moment de leur d�veloppement : la linguistique et l�anthropologie.</p><p>D. C.</p><p>LE STRUCTURALISME</p><p>EN LINGUISTIQUE</p><p>Dans l�histoire de la linguistique, le terme de structuralisme marque l�orientation convergente d�un certain nombre de recherches qui se sont d�velopp�es au d�but du XXe s. et qui ont fait de la linguistique une science de la langue et des langues.</p><p>Issu d�un ensemble de r�flexions entreprises � la fin du XIXe s., dans une perspective critique de la linguistique historique, le structuralisme n�exclut pas une certaine diversit� des �coles, tant sur le plan th�orique que sur le plan m�thodologique. Les points de convergence r�sultent d�une prise de position globale quant � la n�cessit� d��tudier le fonctionnement de la langue en tant que syst�me. La perspective du XIXe s.</p><p>aboutissait � n�apercevoir dans la langue qu�un processus historique sans consid�rer sa fonction de communication � l�int�rieur des groupes humains.</p><p>Les d�buts</p><p>On peut situer la premi�re �tape du structuralisme des d�buts du XXe s. aux ann�es 1925-1930, date � laquelle se constituent les principales �coles. La linguistique se d�finit alors comme un domaine de recherches particulier � l�int�rieur du champ scientifique h�rit� du positivisme. Celui-ci tend, en effet, � s�parer nettement chacune des � disciplines � qui formeront les sciences humaines, toutes issues de la philosophie : la psychologie, la sociologie et la linguistique. Dans le m�me temps, la linguistique cherche � d�finir clairement son objet et ses m�thodes d�analyse. La notion de langue appara�t alors comme un concept fondamental. Ainsi, F. de Saussure* oppose langue et parole, E. Sapir* pattern (= structure) et</p><p>r�alit� parl�e. Ces deux linguistes apparaissent en effet comme deux � pr�-</p><p>curseurs � du structuralisme : ils ont pos� avant 1925, et ind�pendamment l�un de l�autre, les questions qui feront l�objet des discussions th�oriques et m�thodologiques ult�rieures.</p><p>F. de Saussure, � partir d�une critique approfondie des m�thodes pratiqu�es en linguistique au XIXe s., �labore d�s 1900, devant ses disciples parisiens, puis genevois, une hypoth�se th�orique g�n�rale sur la nature du langage et sur son fonctionnement. De mani�re plus dispers�e, E. Sapir entreprend, � partir de la riche mati�re que lui conf�re sa connaissance des langues indo-europ�ennes et des langues am�rindiennes, une r�flexion qui rejoint celle de F. de Sausure.</p><p>Des principes th�oriques</p><p>et m�thodologiques</p><p>communs</p><p>On peut consid�rer comme fonda-</p><p>mental le principe d�immanence selon lequel l��nonc� r�alis� (ce qui fonctionne dans la communication) n�est analysable qu�� partir de ses propri�-</p><p>t�s internes. Celles-ci permettent de d�finir l��nonc� comme une � structure close �, descriptible en tant que telle, en dehors de tout processus historique. Par exemple, ce qui fera l�objet de la description de l�oc�an berce les barques, ce sera, en premier lieu, l�ensemble des rapports qu�entretiennent entre eux les diff�rents �l�ments : le, oc�an, etc. ; dans cette perspective, le linguiste ne s�int�ressera pas au fait que l��l�ment oc�an provient du latin oceanus, lui-m�me li� au grec okeanos.</p><p>Le principe d�immanence est li� ainsi � l�une des distinctions fondamentales pos�e par Saussure entre l��tude synchronique, qui � s�occupera des rapports logiques et psychologiques reliant des termes coexistants et formant syst�me, tels qu�ils sont aper�us par la m�me conscience collective �, et l��tude diachronique, qui � �tudiera au contraire les rapports reliant des termes successifs non aper�us par une m�me conscience collective et qui se substituent les uns aux autres sans former syst�me entre eux �.</p><p>Le principe d�immanence implique �galement la coupure th�orique entre l��nonc� produit et les diff�rents participants de la communication linguistique (les sujets d��nonciation). Cela signifie que l��nonc� ne peut �tre d�crit � partir des motivations psychologiques du sujet parlant ou d�un contexte situa-tionnel capable de rendre compte de la signification et de la structure de l��nonc�. Les �coles peuvent diff�rer quant � l�insertion th�orique des conditions de la communication � un certain niveau de la th�orie linguistique, mais toutes, au d�part, limitent volontairement leurs analyses � l��nonc� r�alis�, coup� de ses conditions de production.</p><p>On s�appuie alors sur un corpus constitu� d�un ensemble d��nonc�s r�unis � downloadModeText.vue.download 480 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10435</p><p>partir de � locuteurs-informateurs � de la langue. Ce corpus doit r�pondre � un certain nombre de crit�res, d�pendant de l�analyse que se propose le linguiste : conditions d�homog�n�it�, de repr�sentativit� par rapport � la communaut� linguistique envisag�e, d�finie elle-m�me g�ographiquement et/ou socialement de mani�re pr�cise.</p><p>Le principe d�immanence est �ga-</p><p>lement sous-jacent � la distinction th�orique entre langue et parole. Dans cette perspective, la parole est identifiable au corpus, tel qu�il a �t� d�fini pr�c�demment. Autrement dit, il s�agit d�un � texte clos � sur lequel diverses proc�dures d�analyse pourront �tre appliqu�es afin de d�gager les unit�s de la langue et les r�gles de combinaison de ces unit�s entre elles. Ainsi la langue appara�t-elle chez F. de Saussure comme la face � abstraite � (et homog�ne) de la r�alit� des actes de parole. Saussure donne dans le Cours de linguistique g�n�rale deux autres d�finitions du couple langue/parole : la langue est aussi � ce qui est social �, par opposition � � ce qui est individuel � ; c�est encore � un fait de m�moire �, par opposition au � fait de cr�ation �</p><p>qu�est la parole. Mais c�est la premi�re d�finition, mettant en relation � code �</p><p>et � r�alisation du code �, qui a d�abord</p><p>retenu l�attention. Aujourd�hui, les trois aspects de l�opposition langue/</p><p>parole sont au centre d�un d�bat qui d�passe le cadre du structuralisme proprement dit.</p><p>La nature des unit�s linguistiques d�gag�es d�rive �galement du principe d�immanence par l�introduction de la notion d�interd�pendance entre les unit�s. Sans doute un des apports essentiels du structuralisme r�side-t-il dans la formation du concept de valeur en linguistique. La valeur de l�unit� linguistique n�est r�ductible ni � son aspect signifi� (le concept : plan du contenu), ni � son aspect signifiant (l�image acoustique : plan de l�expression). Elle est li�e � l�union de ces deux aspects, tous deux de nature psychique, ce qui permet d�opposer une unit� � toutes les autres unit�s appartenant au m�me syst�me linguistique. C�est dans ce sens qu�il est possible d�affirmer avec F. de Saussure que les unit�s linguistiques n�ont que des valeurs n�gatives : � Leur plus exacte caract�-</p><p>ristique est d��tre ce que les autres ne sont pas. �</p><p>Cela signifie que la d�limitation des unit�s linguistiques ne peut �tre con�ue comme l��num�ration des entr�es</p><p>d�un dictionnaire qui associerait certaines � tranches de sons � � certaines</p><p>� tranches de sens �. Ce n�est que par la comparaison des �nonc�s entre eux qu�il est possible de d�terminer les unit�s les unes par rapport aux autres, selon leur fonctionnement � l�int�rieur d�un syst�me linguistique donn�.</p><p>Dans l�exemple donn� pr�c�dem-</p><p>ment, l�oc�an berce les barques, l�unit� oc�an n�est d�limitable (ou segmentable) que par rapport � ses contextes, le, berce, et par rapport � d�autres unit�s susceptibles de lui �tre substitu�es dans le m�me contexte : par exemple le</p><p>� vent � berce les barques.</p><p>La notion de valeur linguistique est li�e aux op�rations qui ont �t� effectu�es sur cet exemple tr�s simple : op�ration de segmentation et op�ration de substitution dans un contexte identique. La proc�dure g�n�rale de l�analyse structurale tend, en effet, � d�limiter les unit�s au travers des re-</p><p>lations qui les unissent. Ces relations sont de deux types : 1o relations syntagmatiques, qui d�finissent les rapports entre des unit�s coexistant � l�int�rieur d�un m�me �nonc� (par exemple entre oc�an et berce) ; 2o relations paradigmatiques, qui d�finissent les rapports entre des unit�s susceptibles d�appara�tre dans une m�me position � l�int�-</p><p>rieur d�un �nonc� (par exemple entre oc�an et vent).</p><p>L�application de cette proc�dure � un corpus donn� conduit � une description de la structure linguistique organis�e en diff�rents niveaux d�analyse, chaque niveau comportant ses propres unit�s : par exemple le phon�me au niveau phonologique et le morph�me au niveau morphologique. Chaque</p><p>unit� est substituable (ou commutable) avec des unit�s de m�me niveau ; chaque unit� s�int�gre dans une unit� de niveau sup�rieur, dont elle est un constituant. Par exemple, les phon�mes</p><p>/d/ et /b/ en fran�ais sont substituables dans le contexte /�o/ : /do/ et /bo/ ; en m�me temps /d/ et /b/ sont constituants respectifs des morph�mes � dos � et</p><p>� beau �.</p><p>E. Benveniste distingue ainsi quatre niveaux d�analyse : le niveau des traits distinctifs (m�rismatique), le niveau phonologique, le niveau morphologique et le niveau phrastique. Les limites de l�analyse apparaissent aux deux niveaux extr�mes, qui ne comportent plus qu�une seule op�ration :</p><p>� en bas �, c�est-�-dire au niveau m�-</p><p>rismatique, est seule possible l�op�ration de substitution ; � en haut �, c�est-</p><p>�-dire au niveau phrastique, est seule possible l�op�ration de segmentation.</p><p>On peut remarquer, par ailleurs, que, du trait distinctif au morph�me, les constituants de l�unit� sup�rieure sont toujours des constituants imm�-</p><p>diats (par exemple, le phon�me est constituant imm�diat du morph�me).</p><p>Par contre, si les morph�mes sont bien des constituants de la phrase, ils n�en sont plus les constituants imm�diats ; autrement dit, il existe n�cessairement entre le niveau morphologique et le niveau phrastique des niveaux d�analyse interm�diaires dont la description linguistique doit rendre compte.</p><p>Les principales �coles Le Cercle linguistique de Prague Fond� en 1926 � l�initiative de Vil�m Mathesius, il est domin� d�s le d�but de ses activit�s par la personnalit� de deux linguistes russes : N. Troubetsko�* et R. Jakobson*.</p><p>Les Th�ses de Prague, pr�sent�es au Congr�s international de La Haye en 1928, sont d�abord un programme de recherche : elles envisagent les questions fondamentales de la linguistique, mais aussi les probl�mes relevant de la langue litt�raire et po�tique ainsi que les probl�mes de description des dialectes slaves. Pour les linguistes de Prague, la langue a une finalit� : elle est un syst�me fonctionnel qui a pour but de permettre l�expression et la communication humaines. Les Th�ses de Prague ont �galement �t� une base pour le d�veloppement de la phonologie*. Cependant, si les � pragois �</p><p>reconnaissent leur dette envers F. de Saussure quant aux grands principes th�oriques, ils �mettent certaines r�-</p><p>serves quant � la distinction entre syn-chronie et diachronie, dans la mesure o� cette distinction n�cessite une trop grande abstraction par rapport � la r�alit� linguistique, toujours tr�s complexe (coexistence de g�n�rations diverses, de groupes sociaux diff�rents, etc.). Ils reconnaissent �galement comme l�un de leurs pr�curseurs le linguiste polonais Jan Baudouin de Courtenay, en particulier pour la d�termination de la notion de phon�me et de trait distinctif.</p><p>Si la personnalit� de N. Troubets-ko� est li�e particuli�rement aux recherches en phonologie, la tendance</p><p>� fonctionnaliste � du Cercle de Prague s�exprime dans l�oeuvre de R. Jakobson, qui cherche � inclure dans un ensemble coh�rent de � fonctions du langage � les diff�rentes hypoth�ses �mises par le Cercle de Prague.</p><p>En France, �mile Benveniste et</p><p>Andr� Martinet, au travers d�oeuvres originales, ont �t� les introducteurs et les continuateurs des th�ories linguistiques de Prague.</p><p>Le Cercle linguistique</p><p>de Copenhague</p><p>Sa cr�ation, en 1931, est due � la collaboration de deux linguistes danois : L. Hjelmslev* et Viggo Br�ndal.</p><p>L. Hjelmslev se r�clame exclusivement de la pens�e de F. de Saussure.</p><p>� partir de 1933, avec la participation de Hans Jorgen Uldall, il envisage la cr�ation d�une nouvelle sorte de linguistique structurale, la gloss�matique, en partant de deux notions fondamentales d�j� aper�ues par F. de Saussure : le principe d�immanence et la notion de valeur.</p><p>La gloss�matique reprend les principaux concepts saussuriens, mais en tentant de les �largir de telle mani�re qu�on puisse, � l�aide de traits logiques tr�s g�n�raux, d�finir non seulement toute langue naturelle, mais �galement toutes les formes de langage ou, selon la terminologie de L. Hjelmslev, toute s�miotique. Sont caract�ristiques, par exemple, de toute s�miotique les deux plans de l�expression et du contenu (proches des notions saussuriennes de signifiant et de signifi�). Ces deux plans sont li�s par la fonction de commutation (toute modification d�un �l�ment de l�un des plans entra�nant une modification � � d�crire � dans l�autre plan), et l�on doit distinguer � l�int�rieur de chacun d�entre eux une forme et une substance.</p><p>L. Hjelmslev a pouss� � leurs ex-tr�mes limites logiques les distinctions saussuriennes, puisqu�il refuse, pour d�finir une unit� linguistique, toute autre consid�ration que la somme des relations dans laquelle entre cette unit�. Sa principale originalit� r�side sans doute dans sa volont� d��largir le syst�me linguistique � un vaste syst�me logique o� toutes les relations de � langage � seraient d�ductibles les unes des autres. Par ailleurs, Hjelmslev est un des premiers structuralistes � avoir pos� le probl�me de la constitution d�une s�mantique g�n�rale en pos-tulant l�existence d�un isomorphisme entre les deux plans de l�expression et du contenu. Enfin, il est �galement l�un des premiers � avoir repris et approfondi le projet saussurien de � s�miologie �, et ses continuateurs en France, tels Aljirdas Jules Greimas et Roland</p><p>Barthes, ont souvent soulign� ce qu�ils lui devaient.</p><p>downloadModeText.vue.download 481 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10436</p><p>Le structuralisme am�ricain</p><p>Deux courants de pens�e se sont exprim�s � l�int�rieur du structuralisme am�ricain. Le premier, celui qui est re-pr�sent� par E. Sapir* dans Language (1921), est assez proche du structuralisme europ�en. Outre l�importance accord�e � la description des langues am�rindiennes, on doit noter ici l�hypoth�se c�l�bre �mise par E. Sapir et Benjamin Lee Whorf, concernant une possible structuration affective et intellectuelle de la pens�e par la langue parl�e dans une communaut� linguistique donn�e. Cette hypoth�se, m�me si elle doit �tre nuanc�e, appara�t actuellement comme plus plausible que l�hypoth�se classique, retenue par les romantiques, selon laquelle la langue d�un peuple est conditionn�e par le</p><p>� g�nie � propre � celui-ci (donc par une sorte de � pens�e collective �).</p><p>La seconde tendance est repr�sent�e par L. Bloomfield* et les linguistes regroup�s autour de la revue Language, organe fondamental de la linguistique structurale am�ricaine, appel�e plus tard, en raison de ses m�thodes, linguistique distributionnelle.</p><p>La position de L. Bloomfield est tr�s particuli�re par rapport au structuralisme europ�en.</p><p>1. Aucun des principes th�oriques formul�s par celui-ci n�est retenu explicitement (sinon la distinction entre �tude synchronique et �tude diachronique).</p><p>2. Il existe une prise de position tr�s marqu�e par rapport � la th�orie psychologique dominante (ce qu��vite la linguistique europ�enne). L. Bloomfield s�appuie en effet sur le b�haviorisme et se montre tr�s hostile � toutes les tendances � mentalistes � ou � sub-jectivistes �. Le b�haviorisme repr�-</p><p>sente en effet non seulement une psychologie du comportement, mais aussi une m�thode scientifique. Dans cette</p><p>perspective, la linguistique a sa place parmi les sciences du comportement humain. Le langage n�est qu�un type, essentiel certes, de comportement et doit �tre �tudi� dans le cadre que fournit le sch�ma de tout comportement : stimulus/r�ponse.</p><p>Comme dans la linguistique euro-</p><p>p�enne, mais de mani�re encore</p><p>plus explicite et imp�rative, c�est un ensemble d��nonc�s r�alis�s par les</p><p>� locuteurs-informateurs � qui servira de corpus pour l�analyse linguistique.</p><p>Et ce sont les propri�t�s internes de ce corpus qui devront �tre d�gag�es par une analyse linguistique respectant parfaitement le principe d�immanence.</p><p>La prise de position en faveur du b�-</p><p>haviorisme a une autre cons�quence : le signe linguistique n�est pas r�ellement pris en compte. En effet, il existe dans tous les cas des �v�nements (ou des comportements) r�els. Une s�-</p><p>quence linguistique rel�ve du domaine de l�expression (r�elle) puisqu�il s�agit d�une suite phonique ; mais son sens (son contenu) peut �tre renvoy� au domaine du r�el ph�nom�nologique ; du m�me coup, l�analyse du contenu est renvoy�e � d�autres sciences, charg�es de d�crire ce r�el.</p><p>Dans cette conception, l�opposi-</p><p>tion entre langue et parole pos�e au d�part dans la linguistique europ�enne n�existe pas. Seul existe le domaine de la parole, que le linguiste doit d�crire � partir de principes m�thodologiques tr�s stricts : il s�agit d�obtenir � une re-pr�sentation compacte, terme � terme, de l�ensemble des �nonc�s qui constituent le corpus � (Harris).</p><p>Outre l�observation de la distinction entre �tude synchronique et �tude diachronique, la linguistique distributionnelle repose sur les deux principes suivants :</p><p>1o les �l�ments linguistiques sont discrets, ce qui autorise la segmentation de la cha�ne parl�e en �l�ments plus petits ; 2o les �nonc�s linguistiques sont lin�aires, ce qui permet d��tudier la distribution des �l�ments (discrets) les uns par rapport aux autres � l�int�-</p><p>rieur de l��nonc�.</p><p>Dans cette perspective, l��cole am�-</p><p>ricaine est amen�e, comme l��cole fonctionnelle, � d�finir une hi�rarchie de niveaux d�analyse.</p><p>Pour identifier les �l�ments � chaque niveau, on doit �galement op�rer des segmentations � l�int�rieur de la cha�ne parl�e � l�aide d�une proc�dure ne faisant pas appel au sens des �nonc�s.</p><p>Pour cela, on comparera entre eux de nombreux �nonc�s du corpus, o� certains �l�ments restent identiques, tandis que d�autres varient. Ult�rieurement, on regroupera pour un m�me �l�ment (qu�il soit phonologique, morphologique ou syntaxique) l�ensemble de ses distributions, ce qui permettra de le classer avec l�ensemble des autres �l�ments ayant une m�me distribution.</p><p>Cette m�thode, pr�sente d�s 1933 chez L. Bloomfield, trouve son ach�vement dans Methods in Structural Linguistics de Z. S. Harris, publi� en 1951.</p><p>Selon Harris, il est possible d�utiliser les m�mes proc�dures distributionnelles non plus sur des unit�s, mais sur des s�quences d�unit�s, elles-m�mes d�finies en termes de classes.</p><p>Ainsi, on peut montrer que la classe Nom poss�de en fran�ais certains types d�environnement (par exemple une classe de d�terminants � gauche) et qu�au moins une partie des adjectifs a sa distribution � droite de N. Dans la formule de phrase d�t. N. Adj. V., on peut montrer que l�ensemble d�t. N. Adj.</p><p>constitue un groupe (constituant) dont la distribution est � gauche de V. On remarquera, ensuite, qu�on peut trouver aussi bien des phrases de formule d�t. N. Adj. V. que d�t. N. V. On dira alors que N. Adj. et N. ont la m�me distribution, ce qui permet de r�duire le nombre des classes dans la formule de la phrase.</p><p>� la suite d�op�rations de ce type, on peut �galement montrer que toute phrase fran�aise, de contour d�intonation neutre, peut �tre ramen�e � deux constituants fondamentaux : N. V. ; chaque symbole pouvant repr�senter toute une suite de classe (par exemple N. = le petit gar�on blond et V. = joue avec le ballon).</p><p>�tant donn� qu�� ce niveau il n�y a</p><p>plus de constituant interm�diaire entre P. (phrase) et N. V., on dira que la suite N. V. repr�sente les constituants imm�diats de la phrase. De l�exploitation de cette notion de constituants imm�diats sont n�es d�abord les premi�res grammaires structurales (dites �galement � syntagmatiques � ou � distributionnelles �), puis les premi�res transformations, consid�r�es au d�but comme des modifications intervenant sur une phrase pr�alable de la forme N1 V. N2 (affirmative), sur laquelle, par exemple, peut �tre appliqu�e la transformation n�gative 7 N1 ne V. pas N2</p><p>ou la transformation passive 7 N2 V. p.</p><p>pass� par N1. C�est � partir de cette tentative qui visait � d�passer certaines des limites que s��tait impos�es la linguistique structurale, en abordant le probl�me de la phrase et des relations entre les phrases, qu�est apparue une critique du mod�le structural lui-m�me quant � sa capacit� de fournir une description totale des langues naturelles.</p><p>Actuellement, le courant structuraliste en linguistique appara�t comme historiquement d�pass� par la linguistique g�n�rative*. Cependant, cette derni�re s�appuie elle-m�me sur de nombreux acquis du structuralisme, en particulier dans la distinction th�orique entre les concepts de comp�tence et de performance issus des concepts saussuriens de langue et de parole. La r�elle remise en cause du mod�le structural en linguistique semble, aujourd�hui, appara�tre dans des disciplines proches de la linguistique, mais faisant appel �galement � d�autres donn�es et � d�autres m�thodes : par exemple, en psycholinguistique, en sociolinguistique ou encore dans le domaine de l��nonciation. En effet, ces diff�rentes approches du probl�me du langage ont en commun de se poser d�abord une question fondamentale rejet�e par la linguistique structurale : celle du sujet linguistique et de sa place non seulement � en langue �, mais �galement dans le discours.</p><p>G. P.-C.</p><p>F. de Saussure, Cours de linguistique g�n�-</p><p>rale (Payot, 1916 ; nouv. �d., 1972). / E. Sapir, Language. An Introduction to the Study of Speech (New York, 1921 ; trad. fr. le Langage,</p><p>Payot, 1953) ; Linguistique (trad. de l�am�-</p><p>ricain, �d. de Minuit, 1968). / L. Bloomfield, Language (New York, 1933, nouv. �d., Londres, 1965 ; trad. fr. le Langage, Payot, 1970). /</p><p>N. S. Troubetzko�, Grundz�ge der Phonologie (Prague, 1939 ; trad. fr. Principes de phonologie, Klincksieck, 1949). / L. Hjelmslev, Prol�-</p><p>gom�nes � une th�orie du langage (en danois, Copenhague, 1943 ; trad. fr., �d. de Minuit, 1968) ; le Langage. Une introduction (en danois, Copenhague, 1963 ; trad. fr., �d. de Minuit, 1966). / Z. S. Harris, Methods in Structural Linguistics (Chicago, 1951 ; nouv. �d. Structural Linguistics, 1963) ; Mathematical Structures of Language (New York, 1968 ; trad. fr. Structures math�matiques du langage, Dunod, 1971) ; Notes de Cours (�d. du Seuil, 1976). / K. Togeby, Structure immanente de la langue fran�aise (Copenhague, 1951 ; 2e �d., Larousse, 1965).</p><p>/ N. Chomsky, Syntactic Structures (La Haye, 1957 ; trad. fr. Structures syntaxiques, �d. du Seuil, 1969). / A. Martinet, �l�ments de linguistique g�n�rale (A. Colin, 1960 ; 2e �d., 1967) ; A Functionnal View of Language (Oxford, 1962 ; trad. fr. Langue et fonction, Gonthier, 1971).</p><p>/ I. I. Revzin, les Mod�les linguistiques (en russe, Moscou, 1962 ; trad. fr., Dunod, 1968).</p><p>/ R. Jakobson, Essais de linguistique g�n�rale (trad. de l�anglais. �d. de Minuit, 1963-1973/</p><p>2 vol.). / J. Dubois, Grammaire structurale du fran�ais (Larousse, 1965-1969, 3 vol.). / �. Benveniste, Probl�mes de linguistique g�n�rale (Gallimard, 1966). / A. J. Greimas, S�mantique structurale (Larousse, 1966) ; Du sens (�d. du Seuil, 1970). / J.-J. Katz, The Philosophy of Language (New York, 1966 ; trad. fr. la Philosophie du langage, Payot, 1971). / G. C. Lepschy, La Linguistica strutturale (Turin, 1966 ; trad.</p><p>fr. la Linguistique structurale, Payot, 1968). /</p><p>G. Mounin, Histoire de la linguistique des origines au XXe si�cle (P. U. F., 1967 ; 2e �d., 1970) ; la Linguistique au XXe si�cle (P. U. F., 1973). /</p><p>N. Ruwet, Introduction � la grammaire g�n�rative (Plon, 1967). / O. Ducrot et coll., Qu�est-ce que le structuralisme ? (�d. du Seuil, 1968). /</p><p>J. Lyons, Introduction to Theoretical Linguistics (Cambridge, 1968 ; trad. fr. Linguistique g�n�-</p><p>rale, introduction � la linguistique th�orique, Larousse, 1970).</p><p>Quelques repr�sentants</p><p>du structuralisme</p><p>en linguistique</p><p>�mile Benveniste, linguiste fran�ais (Alep 1902 - Paris 1976). Professeur de grammaire compar�e au Coll�ge de France de 1937 � 1972, il s�inscrit dans le courant structuraliste du Cercle de Prague. Ses recherches s�orientent</p><p>downloadModeText.vue.download 482 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10437</p><p>dans deux grandes directions : l��tude des langues indo-europ�ennes et la linguistique g�n�rale. Origines de la formation des noms en indo-europ�en (1935) constitue un ouvrage capital dans l�histoire de la grammaire compar�e des langues indo-europ�ennes.</p><p>L�auteur y d�finit la racine primitive comme un ensemble de trois �l�ments : consonne + voyelle + consonne. Dans ce m�me domaine d��tude, il faut citer �galement : Noms d�agent et noms d�action en indo-europ�en (1948), Hittite et indo-europ�en (1962) et le Vocabulaire des institutions indo-europ�ennes (1969-70, 2 vol.). Ses �tudes de linguistique g�n�rale constituent une probl�matique du langage plut�t qu�une th�orie globale. Dispers�es en de nombreux articles, elles ont �t� rassembl�es dans Probl�mes de linguistique g�n�rale (1966-1974, 2 vol.).</p><p>Viggo Br�ndal, linguiste danois (Copenhague 1887 - id. 1942). Sp�cialiste des langues romanes, il est, avec Louis HJELMSLEV*, le fondateur en 1931</p><p>du Cercle linguistique de Copenhague et en 1939 de la revue Acta linguistica, dont il signe le premier article du nu-m�ro 1, intitul� � Linguistique structurale �. Il s�est efforc� de � retrouver dans le langage les concepts de la logique tels qu�ils ont �t� �labor�s par la philosophie depuis Aristote jusqu�aux logiciens modernes �. Pour cela, il faut ramener les cat�gories linguistiques � des relations fondamentales (sym�trie, transitivit�, connexit�). Ses principaux ouvrages sont le Syst�me de la grammaire (1930), Essais de linguistique g�n�rale (1943), les Parties du discours (1948), Th�orie des pr�positions, introduction � une s�mantique rationnelle (1950).</p><p>Zellig Sabbetai Harris, linguiste am�ricain (Balta, Ukraine, 1909).</p><p>�tudiant, puis professeur depuis 1947</p><p>� l�universit� de Pennsylvanie, il travaille d�abord � des �tudes de linguistique descriptive dans une optique strictement bloomfieldienne. Poussant</p><p>� leurs extr�mes cons�quences les principes de l�analyse en constituants imm�diats, il �labore la th�orie distributionnelle (Methods in Structural Linguistics, 1951). La d�termination des �l�ments linguistiques (phon�me, morph�me) et leur classification se font uniquement en fonction de leur position dans les �nonc�s, sans recourir au crit�re du sens. Dans ses ouvrages suivants (String Analysis of Sentence Structure, 1962 ; Discourse Analysis Reprints, 1963 ; Mathematical Structures of Language, 1968), Harris applique ses analyses aux structures de la phrase, ce qui l�am�ne � introduire dans son syst�me la notion de transformation. Il propose �galement une m�thode d�analyse du discours, en transposant au domaine du texte les principes distributionnels utilis�s dans le cadre de la phrase.</p><p>Andr� Martinet, linguiste fran�ais (Saint-Albans-des-Villards, Savoie, 1908). Il est le continuateur du Cercle de Prague, en particulier des principes et des m�thodes de Nikola� TROU-BETSKO�*. Son principal crit�re d�analyse est le concept de fonction pour d�terminer ce qui est pertinent dans la communication linguistique. De 1946 � 1955, il s�journe aux �tats-Unis, o� il enseigne � l�universit� Columbia et dirige la revue du Cercle linguistique de New York, Word. De retour en France, il est directeur d��tudes � l��cole pratique des hautes �tudes et professeur � la Sorbonne (1960). Son oeuvre s�oriente dans trois directions principales : la phonologie descriptive (la Prononciation du fran�ais contemporain, 1954 ; la Description phonologique, avec application au parler franco-proven�al d�Hauteville (Savoie) [1956]), la phonologie diachronique (Phonology as Functional Phonetics, 1949 ; �conomie des changements phon�tiques, Trait� de phonologie diachronique, 1955), la linguistique g�n�rale (�l�ments de linguistique g�n�rale, 1960 ; A Functionnal View of Language [Langue et fonction, 1962]).</p><p>Benjamin Lee Whorf, linguiste am�ricain (Winthrop, Massachusetts, 1897 -</p><p>Wethersfield, Connecticut, 1941). Disciple d�Edward SAPIR*, il �tudie les langues indiennes et contribue � en am�liorer la classification. Sa th�orie, connue sous le nom d�� hypoth�se de</p><p>Sapir-Whorf �, affirme que le langage est en relation causale avec le syst�me de repr�sentation de la r�alit�. Chaque langue d�coupe cette r�alit� selon sa mani�re propre, et ce d�coupage n�affecte pas seulement le vocabulaire mais �galement la morphologie et la syntaxe (expression du temps, relations de personnes). Ses principales �tudes ont �t� rassembl�es apr�s sa mort sous le titre Language, Thought and Reality (1956).</p><p>LE STRUCTURALISME</p><p>EN ANTHROPOLOGIE</p><p>Le structuralisme en anthropologie s�est progressivement affirm� au XXe s., en opposition � la m�thode historique des �coles diffusionniste et �volutionniste du XIXe s., sous l�influence notamment de la sociologie de E. Durkheim*</p><p>et de M. Mauss*, et de la linguistique structurale. Il a donn� naissance � deux courants essentiels : le structuro-fonctionnalisme anglo-saxon (qui prend des formes diff�rentes en Grande-Bretagne et aux �tats-Unis) et le structuralisme fran�ais de C. L�vi-Strauss.</p><p>Le structuro-</p><p>fonctionnalisme</p><p>anglo-saxon</p><p>Il a pour chefs de file B. Malinowski*</p><p>et A. R. Radcliffe-Brown*. Avec eux, l�anthropologie anglaise s�oriente vers l��tude sur le terrain (et non plus dans les biblioth�ques europ�ennes) des soci�t�s archa�ques, appr�hend�es dans leur �tat actuel, afin de d�gager par l�observation et l�induction leurs principes d�organisation et de fonctionnement (et non plus pour tenter de reconstituer de mani�re hypoth�tique leur pass� et leur �volution).</p><p>Cette nouvelle m�thode d�approche peut �tre d�finie comme structuraliste dans la mesure o� elle part du principe qu�une soci�t� constitue un syst�me, c�est-�-dire un ensemble d��l�ments interd�pendants (institutions, croyances, techniques, etc.), qui n�acqui�rent de signification que les uns par rapport aux autres et � la totalit� � laquelle ils appartiennent. D�couvrir la structure d�un tel syst�me, c�est mettre en</p><p>lumi�re les relations qui existent entre ses �l�ments. La structure ainsi d�finie est consid�r�e comme r�elle : elle peut �tre appr�hend�e par une observation attentive. Cette m�thode est �galement qualifi�e de fonctionnaliste, parce qu�elle s�int�resse non seulement � la structure du syst�me, mais aussi � la fonction que remplissent les �l�ments qui le composent. Fond�e sur une conception organiciste de la soci�t�, elle �tablit un lien de causalit� entre les ordres psychophysiologique et socioculturel, expliquant les institutions sociales par leur fonction et celle-ci par les besoins (individuels ou collectifs) qu�elle satisfait. Elle aboutit de la sorte � une explication t�l�ologique ou simplement tautologique, en tout cas d�pourvue de valeur scientifique.</p><p>Fond�e par Malinowski et Rad-</p><p>cliffe-Brown, l��cole structuro-</p><p>fonctionnaliste est repr�sent�e en Grande-Bretagne par Meyer Fortes, E. E. Evans-Pritchard, R. Firth, S. F. Nadel, Max Gluckman et</p><p>E. R. Leach (v. anthropologie). En d�pit de la diversit� des personnalit�s, des tendances et des recherches, et quelles que soient les nuances et les modifications apport�es aux concepts de structure et de fonction, elle trouve son unit� dans l�orientation que lui ont donn�e ses deux ma�tres : pratique de l�enqu�te intensive sur le terrain, m�-</p><p>thode empirique et inductive.</p><p>L��cole am�ricaine, avec T. Par-</p><p>sons*, A. J. Bales, M. J. Levy et R. K. Merton, choisit une voie tr�s diff�rente. D�une part, elle s��loigne de l�ethnologie pour se rapprocher de la sociologie ; d�autre part, elle s�attaque aux probl�mes m�thodologiques, que les Britanniques avaient n�glig�s, cherchant � �laborer une m�thode g�n�rale d�analyse des soci�t�s et de l�action sociale, fond�e sur une d�finition rigoureuse des concepts, sur la formalisation et la th�or�tisation. Nous nous contenterons de tracer ici, � titre d�exemple, les grandes lignes des recherches effectu�es par T. Parsons.</p><p>Celui-ci d�finit la structure comme la disposition stable des �l�ments d�un syst�me social �chappant aux fluctuations qui r�sultent de la relation du syst�me � son environnement ; la fonction exprime au contraire les adapta-</p><p>tions de la structure aux changements ext�rieurs. Les concepts de structure et de fonction sont donc �troitement li�s � l�int�rieur du syst�me : ils rendent compte � la fois de son organisation et de sa dynamique. � l�aide de ces concepts, Parsons construit une th�orie de l�action sociale. Il commence par analyser les types fondamentaux d�alternatives en pr�sence desquelles se trouvent les acteurs, selon qu�ils adh�rent ou non aux valeurs collectives. Ces valeurs, consid�r�es comme les conditions structurelles de l�action, sont r�duites � quelques � pattern-variables � : affectivit� / neutralit� affective, altruisme / �gocentrisme, universalisme / particularisme, qualit�</p><p>/ accomplissement. Parsons pr�cise ensuite les exigences fonctionnelles auxquelles r�pond l�action : r�alisation d�un objectif, adaptation, maintien des mod�les de valeur, int�gration. Il relie ainsi le sch�ma fonctionnel au sch�ma structural, pensant pouvoir, par l� m�me, expliquer n�importe quelle action sociale. Cependant, les th�ories auxquelles il aboutit ont un caract�re � la fois trop rigide et trop g�n�ral ou trop particulier (ces th�ories �tant trop g�n�rales, leur application � des situations sp�cifiques exige la construction de th�ories partielles, qui n�expliquent chacune qu�un petit nombre de faits) pour pouvoir constituer un instrument d�analyse efficace, et ce d�autant plus que les proc�dures de formalisation utilis�es restent �l�mentaires, se r�duisant � la classification, � la mise en relation et au syllogisme. La m�thode �labor�e par Parsons se r�v�le donc d�cevante au regard de ses ambitions.</p><p>Le structuro-fonctionnalisme anglo-saxon, quelles que soient les critiques downloadModeText.vue.download 483 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10438</p><p>qu�on peut lui adresser, n�en a pas moins fait progresser l�anthropologie sur des plans diff�rents et compl�mentaires : empirique en Grande-Bretagne, il a produit d�excellentes monographies ; m�thodologique aux �tats-Unis, il a permis de poser les fondements d�une science des ph�nom�nes socio-</p><p>culturels. Il appartenait au Fran�ais L�vi-Strauss d�op�rer la synth�se de ces deux courants.</p><p>Le structuralisme</p><p>de L�vi-Strauss</p><p>L�vi-Strauss*, s�inspirant des progr�s de la linguistique structurale (notamment des travaux de F. de Saussure, de R. Jakobson et de N. Troubetsko�), des math�matiques et de la logique modernes, s�est attach� � faire du structuralisme une m�thode aussi rigoureuse que celle des sciences exactes, choisissant pour objet d��tude la � pens�e sauvage �, telle qu�elle s�exprime dans les classifications tot�miques, les relations de parent�, les rites et les mythes.</p><p>Pour lui, le structuralisme ne peut �tre scientifique que s�il rompt avec le fonctionnalisme et renonce � l�explication causale ou finaliste comme � l�explication g�n�tique ou historique.</p><p>L�explication structurale se suffit � elle-m�me : elle consiste � remonter des ph�nom�nes � leur structure ca-ch�e, par l�interm�diaire de mod�les, permettant l�exp�rimentation, la pr�vision et la v�rification.</p><p>Principaux concepts et principes y Structure et mod�le. Par structure, L�vi-Strauss d�signe les rapports invariants (de corr�lation ou d�opposition) qui rendent intelligible l�organisation du syst�me et en expriment les propri�t�s essentielles. Cependant, � la notion de structure sociale ne se rapporte pas � la r�alit� empirique, mais aux mod�les construits d�apr�s celle-ci �. Elle n�est donc pas directement observable, tout en ayant</p><p>� un fondement objectif en de�� de la conscience et de la pens�e � : elle est le r�el rendu intelligible par une organisation logique, qui ne fait que rendre manifeste l�ordre implicite qui le sous-tend. L�vi-Strauss s�oppose ainsi � la fois � l�empirisme anglo-saxon, qui fait de la structure une donn�e observable, et � l�id�alisme formaliste, qui r�duit la structure � un simple sch�ma conceptuel.</p><p>Le mod�le est un syst�me sym-</p><p>bolique, construit d�apr�s la r�alit� empirique, de fa�on � rendre compte de ses principaux aspects : c�est par</p><p>son interm�diaire que l�on acc�de � la structure. Il peut prendre les formes les plus diverses, allant du mod�le math�matique (c�est en g�n�ral le cas des mod�les utilis�s dans les Structures �l�mentaires de la parent�) � un simple ensemble de propositions li�es les unes aux autres par des symboles logico-math�matiques (la plupart des mod�les utilis�s dans l�analyse des mythes appartiennent � cette cat�gorie). L�vi-Strauss distingue les mod�les conscients (qui correspondent aux interpr�tations et aux th�ories �labor�es au sein d�une culture) des mod�les inconscients (construits par le chercheur). L�ethnologue doit pr�-</p><p>f�rer ses propres mod�les � ceux que lui propose la soci�t� qu�il �tudie, qui ont pour fonction � de perp�tuer les croyances et les usages, plut�t que d�en exposer les ressorts �.</p><p>Les mod�les repr�sentent le principal instrument d�investigation du structuralisme. C�est gr�ce � eux que celui-ci peut �tre une m�thode exp�rimentale et scientifique.</p><p>y Le principe d�immanence. Il signifie que tout objet d��tude doit �tre consid�r� comme un syst�me clos, qui porte en lui-m�me son intelligibilit�, et peut �tre expliqu� dans son �tat actuel en faisant abstraction des facteurs ext�rieurs, notamment des facteurs historiques ou g�ographiques. Dans les Mythologiques, cependant, L�vi-Strauss l�interpr�te de mani�re plus souple et plus nuanc�e qu�il ne l�avait fait auparavant, ayant fr�quemment recours aux informations que peuvent lui fournir l�histoire et surtout l�ethnographie pour orienter, �tayer ou confirmer son analyse des mythes.</p><p>y Priorit� du tout sur les parties. Ce principe est inclus dans la d�finition m�me du syst�me, comme ensemble</p><p>significatif d��l�ments interd�pendants, qui, �tant pris isol�ment, sont d�nu�s de signification et n�en acqui�rent qu�au niveau du tout.</p><p>Dans un tel syst�me, par cons�quent, les �l�ments composants ne peuvent avoir qu�une signification diff�rentielle et contextuelle : pour comprendre leur sens, il est n�cessaire de confronter les</p><p>diff�rents contextes dans lesquels ils figurent. Le contexte, pour L�vi-Strauss, non seulement d�signe l��nonc� du discours, mais aussi inclut les diff�rentes expressions culturelles de la soci�t� dont provient le syst�me �tudi�.</p><p>D�autre part, le syst�me et ses �l�-</p><p>ments ne deviennent intelligibles qu�envisag�s dans leur ensemble. C�est ainsi que L�vi-Strauss a �t� amen� � examiner plus de huit cents mythes sud- et nord-am�ricains pour parvenir � en expliquer un seul, le sens d�un mythe (des termes, des s�quences et des �pisodes qui le constituent) �tant accessible non pas au niveau du mythe lui-m�me, mais au niveau du syst�me global auquel il appartient, qui doit �tre progressivement reconstitu� : limit� d�abord � un mythe et au groupe de ses variantes, il s��tend ensuite � d�autres groupes apparent�s et finit par inclure de proche en proche tout le corpus mythique des Indiens d�Am�rique.</p><p>Le structuralisme appara�t d�s lors comme une m�thode de connaissance relationnelle et diff�rentielle fond�e sur la comparaison : il est amen� � privil�gier la notion de rapport.</p><p>y Primaut� des rapports sur les</p><p>termes qu�ils unissent. Ce principe est la cons�quence directe du principe de priorit� du tout sur les parties.</p><p>L�analyse structurale implique une transcription des donn�es empiriques en termes de rapports. Cette op�ration d�ordre logique s�effectue par un</p><p>� appauvrissement s�mantique �. Il s�agit d�abord d�isoler les �l�ments susceptibles de constituer des couples d�opposition, et pour cela d�en �liminer d�autres ; il s�agit ensuite de r�duire le sens des termes ainsi isol�s � la fonction qu�ils remplissent dans le syst�me o� ils figurent. L�exemple suivant permet d��clairer les modalit�s d�une telle d�marche. Les mythes am�-</p><p>ricains mentionnent parfois des arbres, d�sign�s comme � prunier � ou comme</p><p>� pommier �. � Mais, affirme L�vi-Strauss, il serait �galement faux de croire que seul le concept � arbre � est important et ses r�alisations concr�tes arbitraires, ou encore qu�il existe une fonction dont un arbre soit r�guli�re-</p><p>ment le � support �. L�inventaire des contextes r�v�le, en effet, que ce qui int�resse philosophiquement l�indig�ne dans le prunier, c�est sa f�condit�, tandis que le pommier attire son attention par la puissance et la profondeur de ses racines. L�un introduit donc une fonction : � f�condit� � positive, l�autre une fonction : � transition terre-ciel � n�gative, et tous deux sous le rapport de la v�g�tation. � On d�finira ainsi progressivement un � univers du conte � analysable en paires d�oppositions, diversement combin�es au sein de chaque personnage, lequel, loin de constituer une entit�, est, � la mani�re du phon�me, tel que le con�oit Roman Jakobson, un � faisceau d��l�ments diff�rentiels �.</p><p>La primaut� des rapports sur les termes constitue la cl� de l�explication structurale. C�est en consid�rant les syst�mes de classification tot�miques comme � une m�thode de d�nomination diff�rentielle, dont les caract�res subsistent, quel que soit le type de d�notation employ�e � (animal, v�g�-</p><p>tal ou autre), que L�vi-Strauss est parvenu � les rendre intelligibles. Quant � l�explication des mythes, elle proc�de du principe que � des structures logiques analogues peuvent se construire au moyen de ressources lexicales diff�rentes �, les �l�ments du r�cit variant, bien que les relations qu�ils entretiennent entre eux demeurent constantes.</p><p>y Importance de la logique binaire.</p><p>M�thode de connaissance relationnelle et diff�rentielle privil�giant les rapports, le structuralisme est appel� � utiliser constamment la logique binaire. L�vi-Strauss, se fondant sur les r�sultats obtenus par la linguistique et l�informatique, estime qu�elle permet d�aboutir � une expression quantitative rigoureuse du qualitatif : il suffit, pour cela, de faire varier le contenu des oppositions et d�en �tablir un nombre suffisant pour pouvoir rendre compte de tous les aspects du syst�me �tudi�.</p><p>Cependant, il a �t� progressivement amen� � d�passer la logique binaire de l�exclusion pour une logique dialectique, qui soit plus souple et nuanc�e, incluant les concepts de compl�menta-</p><p>rit�, de suppl�mentarit�, d�homologie, de sym�trie, de transformation, etc.</p><p>Ce dernier type de rapport constitue d�ailleurs un des outils fondamentaux de l�analyse structurale des mythes : il affirme l��quivalence de deux situations d�finies respectivement par une inversion des termes et des relations.</p><p>L�analyse doit �tre � r�elle, simplificatrice et explicative �. Pour �tre r�elle, elle doit partir d�une observation attentive, objective et compr�-</p><p>hensive de son objet, et ne construire que des mod�les � vrais �, c�est-�-dire n�utilisant pas d�autres faits que ceux qui sont consid�r�s et rendant compte de tous. Pour �tre simplificatrice, il faut qu�elle remplisse les conditions suivantes : � �conomie d�explication ; unit� de solution �. Elle est explicative si elle permet de � comprendre et de reconstruire le syst�me � �tudi�, de � restituer l�ensemble � partir d�un fragment �, autrement dit � de redescendre de l�abstrait au concret �, cette d�marche r�gressive constituant un des downloadModeText.vue.download 484 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10439</p><p>principaux moyens de v�rification des r�sultats de l�analyse.</p><p>Une m�thode exp�rimentale</p><p>La m�thode structurale peut �tre consid�r�e comme scientifique dans la mesure o� elle s�appuie sur des mod�les qui se pr�tent � l�exp�rimentation, � la pr�vision et � la v�rification.</p><p>Par exp�rimentation sur les mod�les, L�vi-Strauss entend � l�ensemble des proc�d�s permettant de savoir comment un mod�le donn� r�agit aux</p><p>modifications, ou de comparer entre eux des mod�les du m�me type ou de types diff�rents �. L�exp�rimentation comporte donc deux d�marches essentielles : la comparaison et la pr�vision.</p><p>La comparaison est fond�e sur la g�n�ralisation, c�est-�-dire sur une r�duction et une formalisation des donn�es empiriques, d�apr�s les principes �nonc�s plus haut : d�finition du sens</p><p>des termes par la fonction que ceux-ci remplissent dans les contextes o� ils figurent ; primat des rapports sur les termes.</p><p>Cette analyse formelle, ou r�duction structurale, permet de d�gager des rapports de corr�lation ou d�opposition qui d�finissent la structure logique du syst�me consid�r� et qui peuvent �tre repr�sent�s par un mod�le.</p><p>Pour expliquer un mythe, par</p><p>exemple, il faut d�abord le d�composer en �pisodes, s�quences et myth�mes (unit�s de base constitu�es de phrases �l�mentaires du type sujet + pr�dicat) ; il faut ensuite regrouper les myth�mes qui comportent un caract�re commun, pr�ciser les rapports existant entre les diff�rents groupes constitu�s et en abstraire les rapports invariants et irr�-</p><p>ductibles qui constituent la structure du mythe. Il devient, d�s lors, possible de comparer des mythes d�origines diverses et de contenu apparemment diff�rent, mais dont la structure appara�t plus ou moins semblable.</p><p>L�vi-Strauss d�montre ainsi que</p><p>les mythes M2 et M124 sont identiques, bien qu�ils diff�rent par leur contenu, au point que nul ne songerait, de prime abord, � les rapprocher, et cela parce que leur message est r�ductible aux m�mes rapports d�opposition : apport</p><p>/ retrait d�un �l�ment, feu / eau, terrestre / c�leste, � la suite d�une disjonction horizontale (h�ros �cras� sous un arbre) / verticale (h�ros s��levant sur une montagne).</p><p>Si l�abstraction formelle de la structure implique un appauvrissement des donn�es, les comparaisons qu�elle autorise permettent d�enrichir l�interpr�-</p><p>tation premi�re des mythes. L�analyse des mythes s�effectue ainsi de mani�re progressive et contrapuntique. Conjuguant la g�n�ralisation et la comparaison, op�rant un va-et-vient du concret � l�abstrait et de l�abstrait au concret, la m�thode structurale peut aboutir � une explication exhaustive.</p><p>La pr�vision prend la forme d�un raisonnement d�ductif, de caract�re empirique ou transcendantal, selon qu�il s�appuie sur l�exp�rience ou sur des</p><p>mod�les. C�est par une d�duction trans-cendantale que L�vi-Strauss a d�couvert la n�cessit� th�orique de l��change g�n�ralis�, avant m�me qu�il parvienne � l�apercevoir dans les faits, les lois de l��change restreint ne permettant pas d�expliquer l�int�gralit� des faits observ�s, en particulier les r�gles du mariage en Australie. Ayant mis en �vidence la formule de l��change g�n�-</p><p>ralis� et montr� que l��change restreint en constitue une modalit�, il entrevoit alors la possibilit� d�� entreprendre l��tude math�matique de tous les types d��change concevables entre n partenaires pour en d�duire les r�gles du mariage � l�oeuvre dans les soci�t�s humaines �.</p><p>Les exemples de d�duction empi-</p><p>rique proc�dant par extrapolation � partir d�un certain nombre de donn�es abondent dans les Mythologiques.</p><p>Nous citerons simplement le chapitre introductif du deuxi�me volume, o� L�vi-Strauss fait le point des r�sultats obtenus dans le premier et en d�duit les grandes lignes de recherche qu�il se propose de poursuivre.</p><p>La v�rification, elle aussi, peut �tre empirique ou formelle. Empirique, elle est fournie par l�exp�rience ou l�ethnographie. Ce fut le cas pour l�explication du syst�me murngin, � laquelle L�vi-Strauss avait abouti par d�ductions successives, � partir de mod�les formels, et en utilisant l�alg�bre et la th�orie des groupes de substitution pour l��tude et la classification des lois du mariage ; la validit� de son explication fut ensuite v�rifi�e sur place, et de fa�on tout � fait ind�pendante, par l�ethnologue R. M. Berndt.</p><p>Dans le domaine de la mythologie, c�est fr�quemment par l�ethnographie ou par le contexte d�autres mythes qu�une interpr�tation peut �tre confirm�e. C�est ainsi que les troisi�me et quatri�me volumes des Mythologiques, consacr�s essentiellement � la mythologie nord-am�ricaine, ont permis � L�vi-Strauss de prouver la l�gitimit� des analyses effectu�es de mani�re largement d�ductive dans les deux premiers volumes, qui �tudient la mythologie sud-am�ricaine.</p><p>Il n�est, cependant, pas toujours possible de v�rifier par les faits ou sur le terrain la pertinence d�une explication, �tant donn� le caract�re souvent partiel et incertain des informations dont dispose l�ethnologue. Celui-ci doit alors se contenter d�une v�rification de nature formelle, dont le but est de s�assurer � la fois de la rigueur de ses propres d�marches et de la valeur explicative des structures mises � jour. Les crit�res d�une telle v�rification sont ceux qui sont �nonc�s plus haut : simplicit�, conformit� au r�el, caract�re exhaustif de l�explication, possibilit� � n�importe quelle �tape de l�analyse de reconstituer par une d�marche r�gressive le syst�me �tudi�.</p><p>La m�thode structurale telle que l�a pratiqu�e L�vi-Strauss s�est r�v�l�e � la fois rigoureuse et f�conde. Certains n�ont pas manqu� d�attribuer sa r�ussite au fait que la � pens�e sauvage � constituait un objet privil�gi� et particuli�rement ad�quat, en raison de l�exub�rance de ses arrangements syntaxiques et de la pauvret� de ses contenus s�mantiques. L�vi-Strauss, cependant, refuse d�admettre une telle interpr�tation, qui r�tablit la dichotomie traditionnelle entre mentalit� primitive et mentalit� civilis�e (la premi�re �tant consid�r�e comme inf�rieure par rapport � la seconde), toutes ses recherches tendant � prouver qu�elle n�est pas fond�e, que la pens�e humaine est une et qu�elle fonctionne selon des lois universelles et intemporelles. La m�thode structurale, estime-t-il, n�a pas d�objets ou de domaines privil�gi�s, mais simplement des situations qui lui sont plus ou moins favorables. Or, la situation de l�ethnologue en face des soci�t�s exotiques est � �minemment favorable �, en raison de la pauvret� de l�information dont on dispose � leur �gard, de la distance qui existe entre l�observateur et son objet d��tude, l�une et l�autre le condamnant � n�en apercevoir que les caract�ristiques fondamentales ; en raison, enfin, de l�existence d��carts diff�rentiels particuli�rement marqu�s entre la soci�t� � laquelle appartient l�observateur et les soci�t�s qu�il �tudie. La conclusion qu�il tire lui-m�me de ces constatations est qu�il est difficile d�appliquer la m�thode structurale � l��tude des soci�t�s contemporaines.</p><p>Il reste � prouver que cette difficult� n�est pas insurmontable.</p><p>M. M.-L.</p><p>F Anthropologie / Fonctionnalisme / L�vi-Strauss (Claude) / Mythe et mythologie / Parent�</p><p>/ Sociologie.</p><p>R. Bastide (sous la dir. de), Sens et usages du terme structure dans les sciences humaines et sociales (Mouton, 1962). / � La Pens�e sauvage � et le structuralisme, num�ro sp�cial de Esprit (�d. du Seuil, 1963). / L�vi-Strauss, nu-m�ro sp�cial de l�Arc (Aix-en-Provence, 1965).</p><p>/ J. Viet, les M�thodes structuralistes dans les sciences sociales (Mouton, 1965). / Le Structuralisme, num�ro sp�cial de Aletheia (1966). /</p><p>Probl�mes du structuralisme, num�ro sp�cial des Temps modernes (1966). / J.-M. Auzias, Clefs pour le structuralisme (Seghers, 1967). /</p><p>J.-B. Fages, Comprendre le structuralisme (Privat, Toulouse, 1967). / Le Structuralisme et les sciences humaines, num�ro sp�cial de Esprit (1967). / R. Boudon, � quoi sert la notion de</p><p>� structure � ? (Gallimard, 1968). / O. Ducrot et coll., Qu�est-ce que le structuralisme ? (�d.</p><p>du Seuil, 1968). / J. Piaget, le Structuralisme (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1968 ; 6e �d., 1974). / Y. Simonis, Claude L�vi-Strauss ou � la Passion de l�inceste �. Introduction au structuralisme (Aubier, 1968). / P. Cressant, L�vi-Strauss (�d. universitaires, 1970). / M. Marc-Lipiansky, le Structuralisme de L�vi-Strauss (Payot, 1973).</p><p>structure</p><p>chimique</p><p>Agencement des atomes, des mol�cules ou des ions dans les esp�ces chimiques, consid�r�es sous leurs divers �tats physiques.</p><p>Dans les gaz, form�s de mol�cules en mouvement incessant et d�sordonn�, la description de la structure se limite � celle des mol�cules ; il en est de m�me en g�n�ral dans les liquides, bien que les mouvements des mol�cules y soient d�amplitude moindre que dans les gaz.</p><p>Dans les solides, les particules constituantes, atomes, mol�cules ou ions, occupent des positions moyennes d�termin�es. Il en r�sulte qu�une structure du solide est � consid�rer, distincte de celle de ses constituants. Cependant, seul le solide cristallis� est caract�ris� par un agencement ordonn� et sp�ci-</p><p>fique des particules ; le solide vitreux, amorphe, qui r�sulte d�un �norme accroissement de la viscosit� du liquide dont il est issu par refroidissement, n�est qu�un prolongement de l��tat liquide, sans organisation sp�cifique de ses parties constituantes.</p><p>Structure</p><p>des mol�cules et</p><p>des ions polyatomiques</p><p>Les liens internes entre atomes y sont de nature covalente. Si la mol�cule ou l�ion est diatomique (HCl, ClO�), la seule donn�e de structure est celle de la distance des noyaux. Par contre, si la mol�cule ou l�ion renferme au moins downloadModeText.vue.download 485 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10440</p><p>trois atomes, sa description comporte des donn�es angulaires, car l�un au moins des atomes �change plusieurs liaisons covalentes, dont l�orientation mutuelle est � consid�rer. Par exemple, voir sch�ma ci-dessus.</p><p>Structure</p><p>des corps cristallis�s</p><p>Selon l�affirmation de l�abb� Ha�y*</p><p>(1784), un grand nombre de propri�-</p><p>t�s des cristaux sont le reflet de leur organisation � l��chelle particulaire.</p><p>L�emploi de la diffraction des rayons X</p><p>par les cristaux, dont l�id�e est due � Laue* (1912), a montr� que la mati�re du cristal est organis�e en un r�seau tridimensionnel dont les ions, les atomes ou les mol�cules, suivant les cas, occupent les noeuds. On associe � chaque cristal un parall�l�pip�de �l�mentaire, appel� maille, et � l�int�rieur de celle-ci un ensemble caract�ristique de particules, le motif cristallin. Par des translations r�p�t�es suivant les trois vecteurs caract�ristiques de la maille, le motif cristallin engendre le cristal.</p><p>� l�int�rieur du cristal, les particules sont unies entre elles par des forces de liaisons chimiques ; aux divers types extr�mes de liaison* correspondent des types extr�mes de cristaux, dont la description fournit dans chaque type une</p><p>approche de la structure r�elle.</p><p>Cristaux ioniques</p><p>Les particules sont des ions de signes contraires (par exemple ion sodium Na+ et ion chlorure Cl� dans un cristal de chlorure de sodium NaCl). Les forces qui unissent ces particules sont de nature �lectrostatique, des liaisons ioniques ; celles-ci n��tant pas dirig�es, le nombre des ions qui se groupent autour d�un ion d�termin� est le nombre maximal permis par la � grosseur � des ions et par le fait que le cristal est neutre au total. Ce nombre est l�indice de coordination de l�ion : il est �gal � six dans NaCl, o� chacun des ensembles des ions d�un signe donn� forme un r�-</p><p>seau dit cubique � faces centr�es (cfc) ; il est �gal � huit dans le chlorure de c�sium (car Cs+ est plus gros que Na+), o� chaque ensemble ionique forme un r�seau cubique simple (c), l�ensemble des deux r�seaux imbriqu�s constituant un r�seau cubique centr� (cc). On rencontre, en dehors des pr�c�dents, d�autres types importants de structure ionique : blende, wurtzite, fluorine (et antifluorine), rutile, etc. Les figures 1, 2, 3 donnent quelques exemples sch�-</p><p>matiques d�organisation de cristaux ioniques ; elles reproduisent dans chaque cas la maille et indiquent (ions entour�s) le motif cristallin.</p><p>L��nergie r�ticulaire d�un cristal ionique, �nergie lib�r�e par la formation du cristal � partir de ses ions s�par�s, est d�origine essentiellement �lectrostatique ; elle est �lev�e (180 kcal/mole pour NaCl), ce qui entra�ne pour les cristaux ioniques un point de fusion �lev� ; le liquide est lui-m�me de constitution ionique, la mol�cule telle que Na+Cl� ne pouvant exister qu�� l��tat vapeur.</p><p>La connaissance des distances interioniques dans les cristaux a permis de d�finir et de calculer pour chaque ion suppos� sph�rique un � rayon ionique � caract�ristique, ind�pendant du cristal dans lequel l�ion est engag� ; on trouve par exemple Na+ = 0,95 �, Cs+ = 1,69 �, Cl� = 1,81 �, etc.</p><p>Cristaux atomiques</p><p>Les particules sont des atomes neutres unis par des liens de covalence. Au contraire de la liaison ionique, la liaison covalente est dirig�e et en nombre limit� � partir d�un atome.</p><p>Les cristaux atomiques n�ont pas la structure compacte des cristaux ioniques (ou m�talliques, v. plus loin), mais ont souvent une structure lacunaire. Par contre, la liaison covalente est localis�e, rigide, courte et forte : les cristaux atomiques sont isolants, durs, peu fusibles (par exemple C</p><p>[diamant], Si, Ge, CSi [carborundum], SiO2 [quartz], etc.). La structure du diamant peut �tre d�crite � l�aide de deux r�seaux cfc d�atomes C, d�cal�s l�un par rapport � l�autre du quart de la diagonale de la maille cubique ; cela entra�ne (fig. 4) que chaque atonie C se trouve au centre d�un t�tra�dre r�gulier dont les sommets sont occup�s par les quatre atomes C qui sont les plus proches voisins du premier. Cette plus courte distance C�C est de 1,54 � ; c�est aussi la distance C�C dans les cha�nes carbon�es de la s�rie aliphatique. Dans le carborundum, de m�me structure que le diamant, l�un des r�-</p><p>seaux est d�atomes C, l�autre d�atomes Si. D�une mani�re g�n�rale, les rayons covalents des atomes diff�rent de ceux des ions ; pour un m�me atome, ils sont plus petits.</p><p>Cristaux mol�culaires</p><p>Les particules sont les mol�cules de la substance, � l�int�rieur desquelles les atomes sont unis par covalence ; la co-h�sion intermol�culaire, celle du cristal, est assur�e par des forces dites de Van der Waals. Ce sont les m�mes qui, s�exer�ant dans les gaz r�els, �loignent ceux-ci de l��tat parfait. D�pendant de la distance, elles sont plus importantes dans les �tats condens�s. Toutefois, l��nergie qui leur correspond est faible, et ces forces ne peuvent maintenir la co-h�sion du cristal que si l�agitation thermique est peu importante : les points de fusion des cristaux mol�culaires sont bas (par exemple : soufre, iode, environ 120 �C ; benz�ne, 5,4 �C ; hydrog�ne, oxyg�ne, azote, chlore, dioxyde de carbone..., dont les points de fusion sont bien inf�rieurs aux temp�ratures ordinaires). En raison de leurs origines diverses, les forces de Van der Waals</p><p>downloadModeText.vue.download 486 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10441</p><p>ne sont que partiellement dirig�es, et l�agencement des mol�cules d�pend en particulier de leur forme ; pour les gaz inertes, dont la mol�cule est monoatomique, la compacit� � l��tat solide est celle de la pile de boulets.</p><p>La glace est un cristal mol�culaire dans lequel la coh�sion est assur�e par des liaisons* hydrog�ne : l�agencement des atomes O rappelle celui des atomes C dans le diamant, mais la sym�trie du cristal est hexagonale ; chaque atome H relie deux atomes O, l�un par une liaison covalente, courte et forte, l�autre par une liaison hydrog�ne, plus longue et d��nergie bien moindre (fig. 5). L�ensemble est fortement lacunaire, et la fusion, en rompant les liaisons hydrog�ne, am�ne un effondrement, avec accroissement de la masse volumique.</p><p>Cristaux m�talliques</p><p>L�absence de localisation et, par suite, de direction de la liaison* m�tallique est � l�origine de la compacit� des structures m�talliques, dont les plus fr�quentes sont : le r�seau cubique de densit� maximale, dans lequel chaque atome a douze plus proches voisins (Al, Ni, Cu, Ag, Au...), et le r�seau hexagonal compact, de compacit� semblable au pr�c�dent (Mg, Zn, Cd...) ; cependant, certains m�taux (alcalins, Fe � temp�rature ordinaire) ont une structure cubique centr�e, moins compacte que les pr�c�dentes. Les noeuds du r�seau m�tallique sont occup�s par les atomes du m�tal, qui mettent en commun un au moins de leurs �lectrons de valence ; ce sont ces derniers qui assurent la coh�sion du cristal ainsi que les conductibilit�s thermique et �lectrique ; quant aux propri�t�s m�caniques, telles que mall�abilit� et ductilit�, elles r�sultent des possibilit�s de glissement des atomes les uns sur les autres et diff�rent suivant le type de structure.</p><p>La structure des alliages, form�s de l�union de m�taux entre eux ou avec un non-m�tal, est analogue � celle des m�taux purs, en ce que c�est aussi la liaison m�tallique qui assure leur coh�-</p><p>sion ; mais l�agencement des atomes peut subir des modifications suivant la composition ; de ce point de vue et dans le cas des alliages binaires, on distingue :</p><p>� les solutions solides de deux m�-</p><p>taux, tels que Ag-Au, Cu-Ni, dans le cas o� les r�seaux des m�taux purs sont du m�me type et les mailles de dimensions voisines ; on observe seulement, en fonction de la composition de l�alliage, une variation continue des dimensions de la maille ;</p><p>� les solutions solides d�insertion, dans lesquelles quelques atomes seulement sont de dimension assez faible pour pouvoir s�ins�rer dans les vides cristallographiques du r�seau de certains m�taux, en y cr�ant seulement une l�g�re distorsion ; c�est le cas de l�azote ou du carbone dans le r�seau du fer, de l�hydrog�ne dans celui du palla-dium ; bien qu�on emploie quelquefois pour ces corps les termes de nitrure, de carbure, d�hydrure (interstitiel), on ne saurait les consid�rer comme des compos�s d�finis ;</p><p>� les compos�s interm�talliques, qui correspondent aux cas o�, les m�taux constituants ayant des structures diff�rentes, la variation progressive de composition de l�alliage fait appara�tre des � phases � successives, &#x3B1;, &#x3B2;, &#x3B3;, &#x3B5;, &#x3B7;, de structures diff�rentes ; � chacune on peut associer un compos� �lectronique de formule d�finie, parfois compliqu�e ; il en est ainsi pour les laitons ;&#x3B2;(CuZn), &#x3B3;(Cu5Zn8), &#x3B5;(CuZn3).</p><p>Les m�mes phases interm�diaires &#x3B2;, &#x3B3;, &#x3B5; se rencontrent pour un certain nombre d�autres alliages binaires ; W. Hume-Rothery a �tabli pour chacune d�elles l�existence d�un rapport constant (respectivement 3/2, 21/13, 7/4) entre le nombre d��lectrons de valence et le nombre d�atomes du compos� interm�tallique.</p><p>Structures</p><p>macromol�culaires</p><p>et macro-ioniques On rencontre dans toute la chimie, tant min�rale qu�organique, des macromol�cules* et des macro-ions ; la connaissance de leur structure est d�abord celle du motif et de sa r�p�tition, puis, le cas �ch�ant, celle du cristal macromol�culaire ou macro-ionique.</p><p>Du point de vue structural, on</p><p>distingue :</p><p>� les macromol�cules et les macro-ions filiformes ou unidimensionnels (par exemple le soufre &#x3BC;, le poly�-</p><p>thyl�ne, la cellulose, etc.) ; l�asbeste (amiante), silicate double de calcium et de magn�sium, offre l�exemple de macro-ions unidimensionnels</p><p>(fig. 6) ;</p><p>� les macromol�cules et les macro-ions lamellaires ou bidimensionnels, dont le graphite fournit un exemple (fig. 7) ; les atomes de carbone y sont dispos�s, dans des plans parall�les, suivant un pavage hexagonal r�gulier, constituant ainsi dans chaque plan une macromol�cule bidimensionnelle Cn, dans laquelle chaque atome C �change avec ses proches voisins, distants de 1,42 �, trois fortes liaisons de covalence orient�es � 120� par hybridation trigonale sp 2 ; de plan � plan, par contre, la distance est plus grande (3,4 �) et la coh�sion beaucoup plus faible, ce qui donne au graphite son caract�re onctueux au toucher et ses propri�t�s lubrifiantes. Une orbitale d�localis�e s��tendant � l�ensemble des atomes d�un plan rassemble les �lectrons, un par atome C, qui ne participent pas � l�hybridation pr�c�dente ; il en r�sulte pour le graphite (cf. m�taux) une bonne conductibilit� �lectrique dans les directions parall�les aux feuillets.</p><p>De m�me, des silicates comme le</p><p>talc, des silico-aluminates comme les micas, ais�ment clivables, et les argiles ont une structure macro-ionique lamellaire : les argiles sont form�es de macroanions et de macroca-tions dispos�s en feuillets</p><p>parall�les et altern�s, entre lesquels la p�n�tration de mol�cules d�eau am�ne</p><p>gonflement et plasticit� ; les macromol�cules et les macro-ions tridimensionnels : le diamant, cristal atomique o� toutes les liaisons sont identiques, en fournit un exemple ; de m�me la silice, cristallis�e ou non. Les feldspaths, les z�olites, silico-aluminates, renferment des macro-ions tridimensionnels : la structure d�une z�olite se con�oit, sch�-</p><p>matiquement, en imaginant que dans la silice un certain nombre d�atomes 14Si soient remplac�s, sans grande d�formation, par autant d�atomes 13Al, dont le noyau renferme une charge positive de moins que celui de Si, dont il prend la place. Il en r�sulte pour l�ensemble une charge n�gative : on a un macroanion tridimensionnel de silico-aluminate ; la neutralit� �lectrique �tant assur�e par des microcations tels que K+, Ca2+, etc., ais�ment interchangeables, on explique ainsi l�emploi des z�olites comme adoucisseurs d�eaux naturelles.</p><p>R. D.</p><p>L. C. Pauling, The Nature of the Chemical Bond and the Structure of Molecules and Crys-tals (Ithaca, N. Y., 1939, 2e �d., 1944 ; trad. fr.</p><p>la Nature de la liaison chimique et la structure des mol�cules et des cristaux, P. U. F., 1949). /</p><p>B. Pullman, la Structure mol�culaire (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1953 ; 7e �d., 1973).</p><p>structure et</p><p>organigramme</p><p>de l�entreprise</p><p>Ensemble des dispositions stables dans lesquelles l�entreprise* d�ploie ses activit�s.</p><p>La structure, c�est le cadre que l�entreprise se donne (volontairement ou sous l�influence de son histoire) downloadModeText.vue.download 487 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10442</p><p>pour agir et par lequel sont codifi�es un certain nombre de solutions � des probl�mes tels que nature et nombre d�organes de fonctionnement, mode de division du travail entre ces organes, liaisons et rattachements hi�rarchiques, mode d�exercice de l�autorit�, syst�me</p><p>de solution des conflits, localisation.</p><p>La structure est influenc�e par la taille, l�activit� et l�anciennet� de l�entreprise ainsi que par l�environnement, le march�, la concurrence, etc.</p><p>Organigramme</p><p>C�est l�aspect le plus formel, mais le plus visible de la structure. Un petit patron peut commander directement � ses subordonn�s. D�s que l�entreprise grandit, le commandement ne peut plus se faire de fa�on directe. Il s�op�re par l�interm�diaire de chefs de service, de contrema�tres, etc.</p><p>Les diff�rents organes de l�entreprise sont, en g�n�ral, rattach�s les uns aux autres hi�rarchiquement ; ils forment une pyramide o� les �tages sont plus ou moins nombreux. Le nombre d��tages augmente avec la dimension de l�entreprise et �galement avec l��ventail de subordination, c�est-�-dire le nombre de subordonn�s se rattachant � chaque chef.</p><p>Ainsi, dans la figure 1, l��ventail de subordination est de 4 pour le directeur g�n�ral, de 2 pour le directeur de production et de 6 pour le chef de fabrication ; il ne s�agit pas l� d�un mod�le.</p><p>Les structures �voluent entre deux tendances (fig. 2) : soit l�organigramme</p><p>� en r�teau � � A �, soit celui � en corde � noeuds � � B. Le premier permet � l�information et aux directives de circuler rapidement, mais le chef, responsable direct de beaucoup de subordonn�s, a du mal � les coordonner et � les contr�ler. Le second conduit � un allongement des communications et � un alourdissement des frais s�il est pouss� � l�extr�me. Or, il n�est pas facile de trouver le juste �quilibre.</p><p>Cependant, la principale qualit� d�une structure doit �tre sa l�g�ret�.</p><p>Organes</p><p>Les diff�rents organes qui constituent la structure peuvent �tre de plusieurs types.</p><p>y Les organes op�rationnels ou d�exploitation, c�est-�-dire la fabrication,</p><p>la vente, etc., effectuent le travail m�me de l�entreprise.</p><p>y Les organes d��tat-major, c�est-</p><p>�-dire les petits services ou les personnes isol�es qui constituent le prolongement des principaux responsables op�rationnels, n�assument pas en principe un travail de routine.</p><p>y Les organes fonctionnels r�alisent un travail permanent de routine, non op�rationnel ; c�est le cas, par exemple, du service du personnel, de la comptabilit�, etc.</p><p>y Les organes fournisseurs assurent en permanence un travail de routine sp�cialis� et regroup� au service de tous les autres, comme le pool dacty-lographique, le service des transports, le service impression, etc.</p><p>Toute fonction d�importance capitale pour l�entreprise doit faire l�objet d�un organe sp�cialis�.</p><p>Liaisons</p><p>Elles sont de plusieurs sortes :</p><p>� les liaisons hi�rarchiques,</p><p>qui existent entre un chef et un subordonn� ;</p><p>� les liaisons de conseil, comme celles qui se nouent entre un cadre el un sp�-</p><p>cialiste venu l�aider dans son travail ;</p><p>� les liaisons fonctionnelles, dans le cas o� le sp�cialiste a aussi un pouvoir de d�cision (c�est ainsi que le responsable du personnel a pouvoir de d�cision, en liaison avec les chefs de service, pour harmoniser les dates de vacances) ;</p><p>� les liaisons fournisseurs.</p><p>Chacune de ces liaisons correspond aux diff�rents types d�organes d�crits.</p><p>Mode d�exercice</p><p>de l�autorit�</p><p>La responsabilit� de d�cision doit �tre d�centralis�e aussi pr�s que possible des hommes qui ex�cutent les t�ches de routine ou les t�ches op�rationnelles.</p><p>Pour les probl�mes de politique g�n�-</p><p>rale qui engagent l�entreprise � long</p><p>terme, l�autorit� n�est pas d�l�gable, mais le chef a int�r�t � y associer les principaux cadres.</p><p>Types de structure</p><p>En fait, lorsqu�on a proc�d� aux pr�c�-</p><p>dentes descriptions, il n�a �t� possible d��voquer que des aspects tr�s formels, ne refl�tant qu�imparfaitement la r�alit� de l�entreprise. La structure est fonction des hommes ; elle a �galement pour objet de permettre � l�entreprise d�atteindre ses objectifs, de poursuivre son d�veloppement. Elle doit �voluer et non se figer dans des r�gles strictes ou des mod�les ext�rieurs. En outre, ces descriptions ne mettent pas en �vidence l�ensemble des liaisons entre les diff�rents services, chacun pouvant �tre tour � tour fonctionnel, op�rationnel, fournisseur, etc. Elles ne signalent pas toutes les sources d�vi�es de l�autorit� (manipulation de l�information, application de sanction, situation de monopole, etc.).</p><p>Parmi les d�fauts les plus courants des structures figure ce que certains auteurs ont appel� la � bureaucratie � la fran�aise �. La division du travail y est tr�s pouss�e, et les �tages de structure y sont tr�s nombreux ; le chef contr�le ses subordonn�s tr�s �troitement, et ceux-ci ont peu de contacts avec les autres d�partements. Chaque service vit isol� dans sa � tour d�ivoire �. L�ensemble est formalis�, lourd, lent � fonctionner.</p><p>Des castes se constituent. L�organisme a tendance � fonctionner plus pour lui-m�me que pour l�ext�rieur et devient pratiquement incapable de s�adapter � un changement quelconque.</p><p>Un autre type de structure est celui de l�entreprise priv�e traditionnelle, g�n�ralement familiale, que certains nomment paternaliste. Rien n�y est �crit ; l�autorit� est d�tenue par le patron ; le poids de la hi�rarchie est important ; le syst�me est peu �volutif.</p><p>Le type le plus r�cent de structure se rattache aux notions de � management � : mobile, �volutive, cette structure r�git les relations chefs-subordonn�s par la notion d�atteinte des r�sultats ; le pouvoir est d�centralis�, et le profit sous-tend tout le syst�me.</p><p>Le malaise ou la remise en question actuelle du capitalisme tend � faire r��-</p><p>tudier par les entreprises une structure qui s�inspirerait des lois du manage-ment moderne : le crit�re souverain ne serait plus uniquement le profit, mais aussi le d�veloppement et l��panouis-downloadModeText.vue.download 488 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10443</p><p>sement des hommes qui composent</p><p>l�entreprise.</p><p>Une structure efficace est celle qui peut �voluer. Tout changement de structure a d�ailleurs int�r�t � �tre r�alis� � froid et non pas sous la pression des �v�nements. Une structure efficace est �galement celle qui est coh�rente avec les syst�mes d�information de gestion. Une responsabilit� qui n�est pas assortie d�objectifs pr�cis, si possible chiffr�s et tout au moins mesurables, conduit soit � des abus, soit � des d�viations, soit � l�inefficacit�.</p><p>Enfin, la structure doit appuyer les grands axes de d�veloppement de l�entreprise, car elle est faite pour assurer l�avenir de la firme.</p><p>Fr. B.</p><p>F Direction / Management.</p><p>C. N. Parkinson, Parkinson�s Law and Other Studies in Administration (Boston, 1957 ; trad.</p><p>fr. � 1 = 2 � ou les R�gles d�or de M. Parkinson, Laffont, 1958). / M. Crozier, le Ph�nom�ne bureaucratique (�d. du Seuil, 1964). / O. G�linier, Fonctions et t�ches de direction g�n�rale (�d. Hommes et techniques, 1965) ; le Secret des structures comp�titives (Hommes et techniques, 1969).</p><p>Stuarts (les)</p><p>Famille et dynastie �cossaise qui r�gna sur l��cosse* (� partir de 1371) et sur l�Angleterre* (� partir de 1603) jusqu�� la r�volution de 1688.</p><p>L�origine de la famille</p><p>Les historiens �cossais du Moyen �ge ont essay� de donner une origine natio-</p><p>nale � la dynastie des Stuarts : ainsi est n� le mythique Banquo, thegn de Lochaber, auquel les sorci�res promirent une gloire plus �clatante encore que celle de Macbeth, ce qui lui valut d��tre assassin� par ce dernier...</p><p>En r�alit�, l�origine de la famille est bretonne : s�n�chal du comte de Dol, l�anc�tre des Stuarts n�est qu�un petit chevalier breton dont les fils s�illus-treront l�un � la premi�re croisade et l�autre dans les troupes des conqu�-</p><p>rants normands de l�Angleterre. Ce dernier, Flaald Fitz Alan (ou Fitzalain), a re�u des terres importantes � la fronti�re galloise : la fortune de la famille date cependant de la rencontre de l�un de ses petits-fils, Walter (Gautier) Fitz Alan, avec le prince d��cosse David (1084-1153), qui r�sida durant sa jeunesse � la cour du roi d�Angleterre.</p><p>Impressionn� par la grandeur de la monarchie normande, David ramena dans son pays natal de nombreux chevaliers rencontr�s � Westminster et commen�a � introduire les institutions f�odales el les pratiques administratives anglo-normandes dans son royaume, lorsqu�il devint roi en 1124. Cette politique sera poursuivie par ses successeurs, � commencer par Guillaume le Lion (roi de 1165 � 1214).</p><p>Ainsi, Walter Fitz Alan (Gautier Fil-zalain) quitta l�Angleterre pour devenir le grand s�n�chal h�r�ditaire (high steward [ou stewart]) du royaume d��cosse : tr�s vite, le nom de Fitzalain fut oubli�, et la famille du s�n�-</p><p>chal fut d�sign�e par son titre h�r�ditaire de Stewart jusqu�au XVIe s., o� la graphie du nom se changera en Stuart.</p><p>David Ier accorda au premier s�n�chal de vastes domaines sur la basse vall�e de la Clyde, dans le Renfrewshire, o� Gautier fonda en 1163 l�abbaye de Paisley. Le mariage du quatri�me s�n�-</p><p>chal, Alexandre Stewart, avec la fille du seigneur de Bute agrandit consid�-</p><p>rablement ces possessions : d�s le milieu du XIIIe s., les Stewart �taient l�une des plus puissantes familles nobles de l��cosse.</p><p>L�une des plus glorieuses aussi : Alexandre Stewart an�antit en 1263 la flotte d�Haakon IV, roi de Norv�ge, et contribua ainsi � �carter d�finitivement</p><p>la menace scandinave qui pesait sur le nord de l��cosse. Jacques (James) Stewart et son fr�re Jean (John) s�illustr�rent �galement dans les luttes patriotiques contre les Anglais, que ce soit aux c�t�s de sir William Wallace (v. 1270-1305) ou de Robert Ier Bruce (roi de 1306 � 1329). Et Gautier (Walter) Stewart (� 1326), le sixi�me grand s�n�chal, se rendit illustre par ses actions d��clat � la bataille de Ban-noekburn (1314).</p><p>Gloire, richesse : on comprend que Robert Ier Bruce ait mari� sa fille Marjorie (ou Marie), alors seule h�riti�re du tr�ne, au jeune Gautier. Certes, la naissance en 1324, de David Bruce (David II) remit en cause l�int�r�t imm�diat de ce mariage. Mais la mort pr�matur�e de Robert Ier Bruce livra l��cosse aux ambitions du roi d�Angleterre �douard III, qui y installa en 1333 un souverain fantoche, �douard de Baliol. Durant cette p�riode, le jeune David �tant en s�ret� en France, Robert, fils de Gautier et de Marjorie, fut l�un des chefs incontest�s du parti patriotique : lorsque, apr�s son retour en �cosse, David II eut �t� fait prisonnier par les Anglais (1346), il exer�a la r�gence. David II �tant mort sans h�ritiers, il monta sur le tr�ne d��cosse en 1371.</p><p>Les rois Stuarts d��cosse</p><p>Robert II (1316-1390),</p><p>roi de 1371 � 1390</p><p>Quels qu�aient pu �tre l��clat des f�tes du couronnement et le caract�re incontestable des pr�tentions de Robert Stewart � recueillir l�h�ritage de David II, il n�en est pas moins vrai qu�acc�dait au tr�ne une nouvelle famille ni plus illustre ni plus riche que beaucoup d�autres. En particulier, la famille Douglas pouvait se targuer d�une puissance bien sup�rieure � celle des Stewart.</p><p>Aussi le r�gne de Robert II fut-il difficile. Et cet homme, qui avait fait preuve de certaines qualit�s dans les p�riodes les plus sombres du r�gne pr�-</p><p>c�dent, �tait affaibli par l��ge et recherchait bien plus un confortable repos que l�exercice du pouvoir. Certes, il b�n�ficia de la passivit� anglaise : en</p><p>ao�t 1388, les �cossais remport�rent � Otterburn un brillant succ�s sous la conduite de James, 2e comte de Douglas et de Mar. Mais aucun avantage diplomatique ou territorial ne vint traduire cette sup�riorit� militaire. Surtout, le souverain se r�v�la incapable de mettre un frein aux pr�tentions et aux actions de la noblesse, � commencer par celles de son propre fils Alexandre, le c�l�bre</p><p>� loup de Badenoch �, qui mit � feu et � sang toute l��cosse du Nord.</p><p>Robert II fut, d�autre part, responsable d�une des plus s�rieuses difficult�s que dut affronter la monarchie des Stuarts � ses d�buts. Son premier mariage, avec Elizabeth Mure, �tait entach� de consanguinit�. Robert II ne se pr�occupa d�obtenir une dispense pontificale que vers 1348, donc bien apr�s la naissance de ses premiers enfants. Ne pouvait-on pas voir en ceux-ci des b�tards ? C�est du moins ce que pr�tendront les diverses familles descendant des enfants du second mariage de Robert II avec Euphemia Ross en 1355, qu�il s�agisse du comte d�Atholl, Walter, ou des descendants, par les femmes, de David, comte de Strathearn, les Graham et les Hamilton, comtes d�Arran. La dynastie �tait, de la sorte, profond�ment min�e.</p><p>Robert III (v. 1337-1406),</p><p>roi de 1390 � 1406, et la r�gence des Albany (1402-1425)</p><p>Robert III s�av�ra plus faible encore que son p�re. D�s 1388, ce dernier l�avait d�ailleurs relev� de toutes ses fonctions en raison de son �tat de sant�.</p><p>Lucide, mais infirme et de caract�re pu-sillanime, le nouveau souverain ne put qu�assister au d�cha�nement de la noblesse : ainsi, en 1390, le � loup de Badenoch � br�lait la ville et la cath�drale d�Elgin. Les guerres priv�es faisaient rage, comme, dans le Nord, celle du clan Chattan contre le clan Kay et celle du seigneur des Iles, Donald, contre le fr�re du roi, Robert, duc d�Albany, qui entra�na la destruction d�Inverness et le sac d�Aberdeen (1411).</p><p>En fait, la direction du gouvernement semble avoir appartenu au duc d�Albany plus qu�� Robert III. En 1399, le prince h�ritier David, duc de</p><p>Rothesay, essaya bien de secouer cette tutelle. Mais, d�bauch� et inconstant, il s�ali�na les principales familles de la noblesse, et plus particuli�rement les Douglas. Arr�t� et confi� � Albany, il ne tarda pas � mourir en prison (1402), dans des circonstances obscures. Robert III semble avoir craint pour la vie de son autre fils, Jacques (futur Jacques Ier), encore un enfant, et il voulut l�envoyer en France : mais un corsaire anglais intercepta le vaisseau qui transportait le jeune prince (mars 1406), qui devait rester dix-huit ans prisonnier. En avril 1406, Robert III mourait : Albany restait � la t�te de l��cosse.</p><p>Ce dernier ne semble pas, en effet, avoir �t� tr�s press� de faire lib�rer son souverain : par contre, il r�ussit � faire lib�rer d�s 1416 son propre fils Murdac (ou Murdoch), comte de Fife, lui aussi prisonnier des Anglais, qui lui succ�da � sa mort, aussi bien comme r�gent d��cosse que comme duc d�Albany. Apr�s l��limination du duc de Rothesay, Albany gouverna l��cosse comme un v�ritable roi. � cet �gard, il s�av�ra aussi faible que Robert II et Robert III : sa position politique d�-</p><p>pendait largement de la tol�rance des grandes familles nobles, qui se firent payer ch�rement leur acceptation.</p><p>Les Douglas, en particulier, accrurent encore leurs richesses. Le second duc d�Albany, Murdac, gouverna selon les m�mes principes que son p�re.</p><p>Jacques Ier (1394-1437),</p><p>roi en 1406 et de 1424 � 1437</p><p>En d�cembre 1423, Jacques Ier fut rel�-</p><p>ch� contre une ran�on de 60 000 marks.</p><p>N� � Dunfermline en 1394, il avait �t� �lev� � la cour d�Angleterre, comme un demi-prisonnier. Mais c��tait un caract�re exceptionnel, et il avait su tirer parti de sa r�clusion pour acqu�rir une culture d�un niveau remarquable pour un la�que : excellent musicien, il fut aussi l�un des meilleurs po�tes de son �poque. Au reste, � partir du r�gne downloadModeText.vue.download 489 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10444</p><p>d�Henri V, la rigueur de sa r�clusion s�att�nua : il lui arriva de quitter la Tour de Londres pour Windsor et il suivit m�me le roi d�Angleterre lors de sa glorieuse campagne de France (1415-1420) [v. Cent Ans (guerre de)].</p><p>Enfin, peu avant sa lib�ration, il fut mari� � Joan (ou Jane) Beaufort, fille de Jean Beaufort, 1er duc de Somerset, et arri�re-petite-fille de Jean de Gand.</p><p>D�s son arriv�e en �cosse, il montra qu�il �tait bien diff�rent de ses pr�d�-</p><p>cesseurs. En deux vagues successives, il fit arr�ter Albany et ses partisans (mai 1424 et mars 1425). Albany, ses deux fils et son beau-p�re, le comte de Lennox, furent ex�cut�s, tandis que Thomas Boyd et sir Robert Graham �taient rel�ch�s. Par la suite, les biens des comtes de Strathearn et de Dunbar furent confisqu�s (1427 et 1434).</p><p>Ainsi, Jacques Ier d�samor�ait les contestations engendr�es par le double mariage de Robert II et reprenait le contr�le de la noblesse turbulente.</p><p>Cependant, l�aspect r�pressif ne fut que secondaire dans la politique de Jacques Ier. Ce dernier fut le cr�ateur d�une monarchie enti�rement nouvelle, en ce sens qu�il chercha, avant tout, � d�velopper la l�gislation statutaire, fond�e sur l�accord du roi et du Parlement. Ainsi, il cr�a une commission form�e de six repr�sentants de chacun des trois �tats du royaume, charg�e de revoir enti�rement la l�gislation ant�-</p><p>rieure. Le r�le l�gislatif du Parlement re�ut une impulsion d�cisive. Et la nouvelle l�gislation concernait aussi bien l�administration de la justice que la vie �conomique et l�organisation militaire du pays. En voici un exemple significatif : Jacques Ier interdit les jeux de balle le dimanche apr�s-midi pour que tous les jeunes gens puissent se consacrer � la pratique du tir � l�arc, afin de renforcer le potentiel militaire de la nation �cossaise. Pour mener cette action, il s�appuya plus particuli�rement sur la petite noblesse, la bourgeoisie et surtout le clerg� : l�une des raisons essentielles de son succ�s fut pr�cis�ment le consensus qu�il r�ussit � cr�er.</p><p>Sur le plan militaire, Jacques Ier d�ploya son �nergie sur deux fronts.</p><p>D�une part, il mena une s�rie d�exp�-</p><p>ditions dans les Highlands, �crasant le seigneur des Iles, Donald, � la bataille de Lochaber. Les partisans du cousin de ce dernier furent � leur tour contraints de demander pardon au roi : le Nord �tait pacifi�. D�autre part, face aux Anglais, Jacques Ier fit preuve d�une grande r�solution : malgr� son mariage avec une Lancastre, il se rapprocha de la France et fian�a sa fille Marguerite au dauphin Louis (futur Louis XI*) en 1428. Une exp�dition anglaise fut �cras�e en 1435 (bataille de Piperden), et, l�ann�e suivante, les Anglais ayant essay� d�intercepter le convoi qui emmenait Marguerite en France, Jacques Ier alla mettre le si�ge devant Roxburgh.</p><p>La carri�re de ce grand roi fut brutalement interrompue. Un groupe de downloadModeText.vue.download 490 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10445</p><p>nobles, dirig� par sir Robert Graham et le comte d�Atholl, assassina Jacques Ier le 20 f�vrier 1437. Le complot avait �t� foment� par les rescap�s du parti d�Albany et par les partisans des descendants de la seconde femme de Robert II : il ne reposait sur aucune base nationale, et les coupables, ne trouvant nul soutien, furent promptement arr�-</p><p>t�s et ch�ti�s.</p><p>Jacques II (1430-1460),</p><p>roi de 1437 � 1460</p><p>L�une des plaies de l��cosse fut sans nul doute la fr�quence et la longueur des r�gences et des minorit�s royales.</p><p>Jacques II n�avait que sept ans � son accession au tr�ne. Officiellement confi� � Archibald, 5e comte de Douglas (v. 1390-1439), il fut en fait l�objet d�une violente comp�tition entre sir William Crichton et sir Alexander Livingstone, la reine m�re s��tant tr�s vite remari�e avec sir James Stewart (le</p><p>� Black Knight of Lorne � des ballades �cossaises). En fin de compte, Crichton et Livingstone se r�concili�rent, conso-lidant leur pouvoir par l�assassinat du jeune William, 6e comte de Douglas,</p><p>en 1440. En 1443, suite � une nouvelle brouille, l��v�que de Saint Andrews, James Kennedy, acc�da � la chancellerie : sous son �gide, Crichton et Livingstone se r�concili�rent de nouveau, et son influence bienfaisante apaisa d�s lors les maux de cette longue minorit�.</p><p>En 1449, le jeune roi �pousa Marie de Gueldre (� 1463) et commen�a � r�gner personnellement. L�ann�e suivante, les Livingstone furent arr�t�s et ex�cut�s. En 1452, Jacques II, dans un acc�s de col�re, assassina de sa propre main William, 8e comte de Douglas, au cours d�une querelle, puis mena une vigoureuse campagne contre les Douglas et leurs alli�s, les Crawford et les Hamilton. Ayant fait leur soumission, ceux-ci b�n�fici�rent du pardon royal. Mais le nouveau comte de Douglas, James (1426-1491), complotait avec les Anglais : en 1455, Jacques II mena une nouvelle exp�dition sur ses domaines, et le comte dut s�enfuir en Angleterre, o� il re�ut une pension.</p><p>La chute de la famille Douglas</p><p>et la r�union � la Couronne d�une grande partie de ses domaines renfor-</p><p>�aient consid�rablement la puissance de Jacques IL Aussi celui-ci put-il d�velopper la l�gislation de son p�re, en s�appuyant, lui aussi, sur le Parlement. Avec ce souverain clairvoyant et �nergique, on pouvait croire revenus les plus beaux jours du r�gne de Jacques Ier. Mais son r�gne aussi devait �tre bref. L�Angleterre �tait en proie � la guerre des Deux-Roses*, et, d�s 1456, Jacques II avait ravag� le Nor-thumberland en riposte aux mesures hostiles � l��cosse prises par les yorkistes. Lors du triomphe de ces derniers en 1460, l��cosse prit le parti des lancastriens, et Jacques II alla mettre le si�ge devant Roxburgh. L�, il fut tu� par l�explosion inopin�e d�une bombarde. La troisi�me minorit� du si�cle commen�ait.</p><p>Jacques III (1452-1488),</p><p>roi de 1460 � 1488</p><p>En fait, la minorit� de Jacques III fut moins troubl�e que les pr�c�dentes : l�oeuvre de ses pr�d�cesseurs s��tait consolid�e, et l��v�que Kennedy tenait bien en main le gouvernement. Jusqu��</p><p>sa mort, en 1465, le pays resta calme et les relations avec l�Angleterre rede-vinrent pacifiques. De 1465 � 1469, le jeune roi resta sous la tutelle de la famille Boyd, qui n�gocia pour lui un mariage avec Marguerite de Danemark.</p><p>Une r�volution de palais �limina les Boyd et, � partir de 1469, Jacques III dirigea effectivement le gouvernement.</p><p>Son r�gne personnel s�ouvrait sous les meilleurs auspices : aucune famille noble n��tait � m�me de porter ombrage � la puissance royale. Toutefois, Jacques III �tait loin d�avoir les �minentes qualit�s de ses pr�d�cesseurs.</p><p>Son go�t pour la musique et les beaux-arts semble avoir �t� le seul penchant qu�il ait h�rit� de Jacques Ier. Entour� d�astrologues et d�instrumentistes, il n�gligeait les affaires du gouvernement, ignorant purement et simplement les membres de cette grande noblesse que son p�re avait si �troitement surveill�e. Les fruits de cette incurie ne tard�rent pas � para�tre : les propres fr�res du roi, Alexandre, duc d�Albany, et John, comte de Mar, furent arr�t�s en 1479 pour avoir conspir� contre le roi.</p><p>Le comte de Mar fut sans doute assassin� dans sa prison, mais le duc d�Albany r�ussit � s��chapper et � gagner la France, puis l�Angleterre, o� il fut fort bien re�u ; en effet, Archibald Douglas, comte d�Angus (v. 1449 - v. 1514), avait effectu� un raid sur le nord de l�Angleterre, raid que Jacques III avait couvert de son autorit� et auquel �douard IV entendait r�pliquer.</p><p>Jacques III r�unit une grande arm�e pour r�sister � son rival : significative-ment, il en avait confi� le commandement � son favori, l�architecte Robert Cochrane, promu comte de Mar pour la circonstance. C�en �tait trop pour les nobles : � Lauder Bridge, o� cam-pait l�arm�e, ceux-ci arr�t�rent les favoris du roi, les d�capit�rent, puis ramen�rent le souverain prisonnier � �dimbourg (mars 1482). La paix avec les Anglais fut r�tablie, moyennant la cession � l�Angleterre de Berwick, et Albany fut restaur� dans toutes ses pr�-</p><p>rogatives. Il semble avoir gouvern� le pays pendant quelque temps, mais son prestige �tait atteint par sa collaboration avec les Anglais, et il dut repasser la fronti�re en avril 1483. Apr�s un</p><p>coup de main infructueux, il se retira en France, o� il mourut peu apr�s (1485).</p><p>Jacques III paraissait donc avoir triomph� : en r�alit�, la noblesse le m�prisait. S�estimant l�s�s dans une obscure affaire de b�n�fices eccl�-</p><p>siastiques, les Home et leurs alli�s les Hepburn s�assur�rent l�appui des comtes d�Angus et d�Argyll, des</p><p>�v�ques de Glasgow et de Dunkeld ainsi que du propre fils du roi, le prince h�ritier Jacques. Jacques III r�ussit � r�unir contre les r�volt�s une puissante arm�e : mais, avant m�me que le r�sultat de la bataille de Sauchieburn (juin 1488) f�t apparu, il s�enfuit seul par une route isol�e. �tant tomb� de cheval, il fut reconnu par un soldat de l�arm�e adverse, qui l�assassina.</p><p>Jacques IV (1473-1513),</p><p>roi de 1488 � 1513</p><p>Il n�avait que seize ans lorsqu�il acc�da au tr�ne : en lui, l��cosse trouvait un souverain de la m�me valeur que Jacques Ier et Jacques II. Tr�s cultiv�, il se passionnait pour les probl�mes intellectuels. Protecteur des �crivains, tels les po�tes Henry le M�nestrel (ou l�Aveugle), William Dunbar et Robert Henryson (c�est l��ge d�or de la po�sie �cossaise), il fonda en 1494 l�universit� d�Aberdeen et confia l��ducation de son fils naturel Alexandre � l�humaniste �rasme. Il s�int�ressait particuli�-</p><p>rement aux sciences : excellent chirurgien, il faisait aussi de nombreuses exp�riences d�alchimie et alla m�me jusqu�� patronner des recherches pouss�es sur la construction d�ailes artificielles... C��tait un athl�te accompli : remarquable cavalier, grand chasseur, il �tait passionn� de tournois. Il tenait une cour splendide. Il jouissait d�une grande popularit�, qui, tout autant que ses qualit�s, l�aida � reprendre la politique inaugur�e par Jacques Ier.</p><p>En 1488, la situation �tait cependant difficile : quelques familles (Lennox, Forbes, Lyle) restaient fid�les au roi d�funt, et d�autres complotaient avec l�Angleterre (Angus). Mais, d�s 1491, une tr�ve �tait conclue avec le roi Henri VII, et l�habilet� du jeune souverain eut rapidement raison des rancoeurs accumul�es dans la noblesse.</p><p>Aussi celui-ci put-il s�attaquer aux causes des d�sordres qui d�solaient les Highlands : en 1493, les sujets du seigneur des Iles, men�s par son neveu Alexandre, furent �cras�s, et Jacques IV vint visiter le nord de l��cosse. En 1497, Alexandre reprit les armes : battu, il fut assassin� peu apr�s.</p><p>En 1503, Donald Dubh, un petit-fils du seigneur des Iles, reprit le combat : il fut battu en 1505 et emprisonn� peu apr�s. D�s lors, contr�l�s par le comte de Huntly au nord et par le comte d�Argyll au sud, les Highlanders cess�rent de troubler le nord de l��cosse.</p><p>Ayant assur� sa mainmise sur</p><p>l��cosse, Jacques IV adopta une attitude plus offensive � l��gard de l�Angleterre, � laquelle il voulait reprendre Berwick, en prot�geant l�imposteur Perkin Warbeck (v. 1474-1490), qui se faisait passer pour le d�funt duc d�York Richard, pr�tendant yorkiste � la couronne d�Angleterre. Lui ayant fait �pouser sa cousine Catherine Gordon, fille du comte de Huntly, il le traita en souverain et, � deux reprises (1496 et 1497), l�aida � mener des ex-p�ditions en Angleterre : mais celles-ci furent infructueuses, et Warbeck, fait prisonnier par les Anglais, fut ex�cut� en 1499. Aussi une nouvelle tr�ve avec l�Angleterre fut-elle conclue. Peu apr�s, Jacques IV accepta de rejoindre l�Angleterre et l�Espagne dans la Sainte Ligue, et il �pousa en 1503 Marguerite Tudor*, fille d�Henri VII : c�est de l� que vinrent les droits des Stuarts � la couronne d�Angleterre.</p><p>Les dispositions pacifiques de</p><p>Jacques IV furent, cependant, mises � rude �preuve par l�attitude arrogante d�Henri VIII*, qui, apr�s avoir favoris� divers incidents de fronti�re, alla jusqu�� faire attaquer la flottille du plus c�l�bre marin �cossais, sir Andrew Barton, qui fut tu� dans l�affaire.</p><p>D�s lors, Jacques IV se rapprocha de la France et commen�a d�intenses pr�-</p><p>paratifs militaires : une flotte neuve fut construite, qui comprenait l�un des plus grands vaisseaux de l��poque, le Great Michael, et un parc d�artillerie exceptionnel fut constitu�. Sit�t la guerre d�clar�e en juillet 1513, l�arm�e �cossaise, forte de 80 000 hommes, prit facilement, gr�ce � son artillerie, les places fortes de la fronti�re, et en parti-</p><p>culier Norham (ao�t). Les perspectives de la campagne �taient donc brillantes : mais l�arm�e anglaise, mal nourrie, mal �quip�e et moins nombreuse, �tait � la fois mieux command�e (par Thomas downloadModeText.vue.download 491 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10446</p><p>Howard, 3e duc de Norfolk) et plus homog�ne. La bataille d�cisive eut lieu � Flodden le 9 septembre 1513 : les frontaliers de lord Home, qui tenaient l�aile gauche, bouscul�rent leurs adversaires directs, mais se dispers�rent aussit�t pour piller, tandis que les Highlanders, qui tenaient la droite, n�offraient pas la r�sistance attendue. Au lieu de diriger la bataille, Jacques IV se jeta dans la m�l�e, o�, avec de tr�s nombreux grands seigneurs �cossais, il trouva la mort (on ne retrouva pas m�me son corps). La � saign�e � de Flodden tient dans l�histoire de l��cosse la m�me place que celle d�Azincourt dans l�histoire de France.</p><p>Jacques V (1512-1542),</p><p>roi de 1513 � 1542</p><p>Une nouvelle minorit� commen�ait, celle de Jacques V, �g� seulement de dix-huit mois. Sa m�re fut assist�e d�un conseil de r�gence compos� d�Archibald Douglas, 6e comte d�Angus (v. 1489-1557), de James Hamilton, 1er comte d�Arran (1475?-1529), d�Alexandre, 3e comte de Huntly</p><p>(� 1524), et de l�archev�que de Saint Andrews, James Beaton (� 1539), auxquels s�adjoignit bient�t Jean Stuart, duc d�Albany (v. 1481-1536), qui avait, jusque-l�, v�cu en France et vint repr�senter les int�r�ts fran�ais en �cosse. En fait, la politique europ�enne d�Henri VIII interdisait � celui-ci une intervention directe en �cosse : aussi sp�cula-t-il sur le jeu des partis et l�action de sa soeur Marguerite, la reine m�re.</p><p>Cette derni�re eut d�ailleurs une vie amoureuse et matrimoniale � peu pr�s aussi compliqu�e que celle de son fr�re ; si l�on ajoute � cela le pourrisse-ment progressif de l��glise d��cosse,</p><p>uniquement pr�occup�e de ses int�r�ts temporels, on comprend que la minorit� de Jacques V ait �t� la plus tragique que l��cosse ait connue.</p><p>Marguerite ayant �pous� en 1514</p><p>le comte d�Angus, une violente rivalit� mit bient�t ce dernier aux prises avec Albany : jusqu�en 1524, celui-ci semble, cependant, avoir � peu pr�s domin� la situation. Mais la victoire du parti pro-anglais d�Angus le contraignit � regagner la France.</p><p>Le succ�s d�Angus fut cependant de peu de dur�e, car Marguerite, tomb�e amoureuse d�Henry Stewart, demanda le divorce (1527) et prit le parti d�Arran. Angus dut s�exiler en Angleterre.</p><p>L�imbroglio politique �tait � peu pr�s d�m�l�, et Jacques V commen�a � r�-</p><p>gner effectivement � partir de 1529 : mais, pendant une quinzaine d�ann�es, le pays avait �t� mis � feu et � sang...</p><p>Cavalier infatigable, bon soldat, Jacques V n�avait pourtant aucune des downloadModeText.vue.download 492 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10447</p><p>qualit�s de son p�re sur le plan intellectuel. Il ne fit preuve ni de volont� ni de clairvoyance. Ses r�actions, face aux atteintes aux pr�rogatives royales, �taient violentes, parfois d�une cruaut� criminelle ; mais elles �taient sporadiques et venaient le plus souvent mal � propos.</p><p>Voulant ramener l�ordre sur la fronti�re anglaise, Jacques V ne r�ussit qu�� transformer en h�ros du patriotisme �cossais les quelques seigneurs pillards qu�il fit tra�ner au supplice. La noblesse fut tout enti�re indign�e par la mort cruelle qu�il r�serva � la soeur du comte d�Angus, lady Janet Gla-mis, et � son fils, qui n�avait pas seize ans, ou encore au populaire sir James Hamilton. Ces ex�cutions furent ressenties non pas comme des mesures de justice, mais comme des vengeances personnelles assouvies � l�ombre de la Couronne.</p><p>La crise de confiance qui atteignait la monarchie �tait d�autant plus grave que le principal appui du souverain, l��glise, �tait tout aussi critiqu�. N�entendant rien aux subtilit�s politiques ou administratives, Jacques V abandonna au clerg�, dirig� par le cardinal David Beaton (v. 1494-1546) une part de plus en plus exorbitante dans le gouvernement du pays.</p><p>Or, l��glise d��cosse n��tait plus qu�un �difice vermoulu : l�urgence d�une r�forme radicale ne pouvait �chapper � personne, et la politique religieuse d�Henri VIII ou des princes d�Allemagne du Nord �tait consid�r�e avec sympathie par une large fraction de l�opinion �cossaise. Jacques V, en fait, ruina rapidement le capital de prestige que ses anc�tres avaient accumul�. Son seul m�rite fut peut-�tre la cr�ation en 1532 du coll�ge de justice, cour supr�me du royaume.</p><p>Tout cela �tait d�autant plus grave que les rapports avec l�Angleterre se tendaient, ne serait-ce que dans la mesure o� l�influence de l��glise �cossaise jouait contre Henri VIII, dont elle d�sapprouvait la politique religieuse.</p><p>Une fois de plus, Jacques V se rapprocha de la France : il �pousa d�abord en 1537 Madeleine (1520-1537), fille de Fran�ois Ier, puis en 1538 Marie de Lorraine (1515-1560), la veuve du duc de Longueville, une femme remarquable � tous �gards, dont Henri VIII essayait, de son c�t�, d�obtenir la main.</p><p>Toutefois, pr�occup� par ses relations avec la France, Henri VIII �tait peu dispos� � rompre avec l��cosse.</p><p>C�est, au contraire, Jacques V qui, sur les conseils du cardinal Beaton, prit l�initiative de la rupture. Or, l�arm�e �cossaise �tait aussi peu pr�te que possible : de nombreux nobles, favorables � la politique religieuse d�Henri VIII, refus�rent de la rejoindre, et Jacques V</p><p>choisit comme g�n�ral un de ses favoris, Olivier Sinclair, universellement d�test�.</p><p>L�arm�e �cossaise, forte de plus de 10 000 hommes, se laissa surprendre � Solway Moss par les 2 000 hommes du duc de Norfolk (24 nov. 1542). Il n�y eut pratiquement pas de combat : les �cossais s�enfuirent en d�sordre au</p><p>premier choc ; les Anglais en massacr�rent quelques-uns et firent plus de 1 500 prisonniers, tandis que la plupart des fuyards se noyaient dans le Solway Moss.</p><p>Humiliante, la d�faite du Solway Moss n��tait pas une irr�parable catastrophe comme Flodden. Pourtant, elle provoqua une terrible crise d�pressive chez le souverain, qui se retira � Falk-land, o�, prostr�, il mourut peu apr�s.</p><p>C�est l� qu�il s��cria, quand on lui annon�a la nouvelle de la naissance de sa fille Marie (v. Marie Ire Stuart), que la souverainet� des Stuarts, � venue avec une fille, partirait avec une fille �. L� encore, il se trompait.</p><p>Les rois Stuarts</p><p>d�Angleterre</p><p>En 1603, � la mort d��lisabeth Ire*</p><p>d�Angleterre, Jacques VI Stuart (roi d��cosse de 1567 � 1625) fut appel� � succ�der � la reine d�funte, puisque, par son arri�re-grand-m�re, Marguerite Tudor, il �tait le dernier descendant d�Henri VII Ainsi, avec lui, qui, sous le nom de Jacques Ier*, r�gna sur une Grande-Bretagne* qui comprenait l�Angleterre, l��cosse, le pays de Galles et l�Irlande, la dynastie des Stuarts acc�da au tr�ne d�Angleterre, o�, avec Charles Ier* (1625-1649), Charles II* (1660-1685) et Jacques II*</p><p>(1685-1688), elle se maintint jusqu�� l�arriv�e de Guillaume d�Orange, qui, en 1688, contraignit les Stuarts � l�exil.</p><p>Les Stuarts en exil</p><p>Jacques �douard Stuart,</p><p>le Pr�tendant (1688-1766)</p><p>[Jacques III d�Angleterre,</p><p>Jacques VIII d��cosse]</p><p>Lorsqu�en novembre 1688 Guillaume d�Orange (futur Guillaume III*) d�bar-qua en Angleterre, sa m�re, Marie de Mod�ne, l�emmena en France. Jacques �douard passa la plus grande partie de sa jeunesse au ch�teau de Saint-Germain, o� il fut soigneusement �duqu� sous la direction de son p�re, Jacques II* d�Angleterre. En 1700, � la mort du fils unique de la reine Anne, Guillaume, duc de Gloucester, les perspectives de restauration apparurent</p><p>moins chim�riques. En r�alit�, ne serait-ce qu�en raison de la guerre entre la France et l�Angleterre, on accumu-lait � Londres les pr�cautions contre une �ventuelle restauration des Stuarts.</p><p>Toutefois, en 1707, l�Acte d�union entre l�Angleterre et l��cosse provoqua un tel m�contentement en �cosse que, pour la premi�re fois, une opportunit� d�action s�offrait aux Stuarts exil�s. La flotte fran�aise �quip�e pour l�occasion fut, toutefois, incapable de d�barquer des troupes, et la tentative �choua (1708).</p><p>Entour� de m�diocres conseillers (il faut excepter Henry Saint John, vicomte Bolingbroke, encore qu�il ne l��cout�t gu�re), le Pr�tendant �tait un homme terne et morose, � la fois bigot et assez d�bauch�, � peu pr�s inapte � la vie politique. Il ne sut jamais profiter de l�existence d�un parti jacobite downloadModeText.vue.download 493 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10448</p><p>outre-Manche. Certes, pendant le r�gne de la reine Anne (1702-1714), mis � part la malheureuse tentative de 1708, il essaya de s�attirer les bonnes gr�ces de la souveraine. Mais celle-ci aurait-elle souhait� une restauration qu�elle n�avait aucun moyen pour la faire aboutir. Sa mort frustra Jacques �douard de toutes ses esp�rances. Aussi celui-ci monta-t-il avec le concours de John Erskine, 6e comte de Mar (1675-1732), un incapable, une nouvelle tentative (1715). Sans tenir compte de l�indisponibilit� d�un soutien fran�ais (du fait de la mort de Louis XIV), ils suscit�rent un soul�vement jacobite en �cosse.</p><p>Mar ne sut pas exploiter les premiers succ�s : le Pr�tendant, � son arriv�e en �cosse, fut d��u et il montra � ses soldats une si triste figure qu�ils en furent compl�tement d�moralis�s. En outre, Mar ravagea le pays de fa�on �pouvantable (et inutile) au cours de sa retraite : la cause jacobite devait en souffrir longtemps. Pour couronner cette peu glorieuse exp�dition, le Pr�tendant et Mar s��clips�rent sur un bateau fran-</p><p>�ais, sans m�me avertir leurs partisans, qu�ils abandonn�rent sans scrupule � la r�pression anglaise (1716).</p><p>Le Pr�tendant dut quitter la France � la suite de cet �chec : il se r�fugia en Italie. L�, en 1719, un mariage fut conclu pour lui avec Marie Cl�men-tine Sobieski (1702-1735), la petite-fille du roi de Pologne. Celle-ci devait donner deux fils au Pr�tendant, mais la conduite de celui-ci � son �gard fut si scandaleuse qu�elle devait ruiner compl�tement son prestige. En 1719, une nouvelle tentative jacobite eut lieu en �cosse avec l�appui espagnol.</p><p>Mais son �chec mit fin aux espoirs de Jacques �douard : ce n�est qu�avec son fils Charles �douard que les jacobites purent tenter de nouveau quelque chose, et le Pr�tendant mourut en 1766 compl�tement � l��cart de la vie politique.</p><p>Charles �douard,</p><p>le Jeune Pr�tendant (1720-1788)</p><p>[Charles III d�Angleterre]</p><p>N� en 1720, il �tait tout diff�rent de son p�re : c�l�bre d�s sa jeunesse par sa beaut�, sa vigueur physique, sa folle intr�pidit� et son charme, il �tait aussi brillant que son p�re �tait terne. Malheureusement, il avait une f�cheuse propension � prendre ses d�sirs pour des r�alit�s. Il s�entourait d�aventuriers sans scrupule plut�t que de sages conseillers et, en fin de compte, il devait se r�v�ler obtus et born�.</p><p>En tout cas, dans les ann�es 40, son prestige �tait au plus haut. La France, d�sireuse de forcer l�Angleterre � retirer ses troupes de Flandre, songea � l�utiliser [v. Succession d�Autriche (guerre de la)]. L��cosse �tait mal gard�e et, de surcro�t, murmurait contre le gouvernement hanovrien. Une exp�-</p><p>dition fran�aise, confi�e au Mar�chal de Saxe, �choua cependant, la flotte anglaise contr�lant la Manche. Avec une folle audace et une �tonnante inconscience, Charles �douard d�cida de monter lui-m�me une petite exp�-</p><p>dition. D�s son arriv�e en �cosse en juillet 1745, il b�n�ficia de l�appui des clans Cameron et Macdonald. Surtout, un homme de tr�s grande valeur, jouissant d�un tr�s grand prestige dans les Highlands, lord George Murray, se rallia � sa cause. Avec ses Highlanders, le Jeune Pr�tendant descendit vers le sud,</p><p>traversant Perth et Scone avant d�entrer dans �dimbourg (17 sept.), que la cavalerie anglaise venait de d�serter (en un lieu dit � Canter of Coltbrig �). Cette r�ussite inattendue stup�fia l�Europe et valut � Charles �douard une folle popularit�.</p><p>Plein d�illusions, ce dernier s�atten-dait � conqu�rir l�Angleterre avec autant de facilit�s. Mais l�aide fran�aise tardait � arriver, et les Lowlands �taient moins enthousiastes que les Highlands.</p><p>Surtout, Charles �douard se d�fiait de son meilleur conseiller, Murray. Pourtant, il partit en novembre vers le sud : ayant battu les Anglais � Glansmuir, il traversa le Cumberland et descendit jusqu�� Manchester et � Derby (4 d�c.) en �vitant l�arm�e du duc de Cumberland, envoy�e par Londres pour l�arr�ter.</p><p>Son but semble avoir �t� la prise de Londres : mais les Highlanders d�sertaient en masse. Aucun signe d�adh�sion des populations anglaises � la cause jacobite ne se manifestait.</p><p>Les chefs �cossais ramen�rent leurs troupes en �cosse, et, la mort dans l��me, Charles �douard dut les suivre (d�c. 1745). Au d�but de 1746, il avait encore 9 000 hommes et put encore remporter une petite victoire � Falkirk (17 janv.). Mais ses troupes �taient �puis�es : le 16 avril, elles furent �cras�es � Culloden. Charles �douard donna � ses partisans l�ordre de se disperser. Lui-m�me, d�jouant toutes les poursuites, ne repassa en France qu�en septembre 1746.</p><p>Par la suite, il multiplia les combinaisons hasardeuses pour tenter une nouvelle exp�dition : mais aucun gouvernement n�avait plus confiance en lui, et Charles �douard sombra dans l�ivrognerie. Il finit par s�installer � Rome, o� il v�cut sous le nom de comte d�Albany et o� il se maria en 1772 avec la princesse Louise de Stolberg (1752-1824). Mais celle-ci l�abandonna pour le po�te Alfieri. Charles �douard mourut d�consid�r� en 1788. Le titre royal passa � son fr�re Henry (1725-1807) [Henri IX d�Angleterre, Henri Ier d��cosse] cardinal d�York, qui dut renoncer � son titre lors de la conqu�te de l�Italie par Napol�on Ier et qui mourut</p><p>en 1807 (Henri IX/Ier).</p><p>J.-P. G.</p><p>F �cosse / Grande-Bretagne.</p><p>T. F. Henderson, The Royal Stewarts (�dimbourg et Londres, 1914). / C. A. Petrie, The Stuarts (Londres, 1937). / A. C. Addington, The Royal House of Stuart (Londres, 1969).</p><p>stup�fiant</p><p>Toute drogue dont l�usage conduit � un �tat physiologique voisin de la narcose et qui est susceptible de provoquer un ph�nom�ne d�accoutumance se traduisant par une baisse de son activit� m�-</p><p>dicamenteuse et par le besoin de prises plus fr�quentes.</p><p><strong>Introduction</strong></p><p>L�usage non justifi� ou non surveill� m�dicalement des stup�fiants peut conduire � la toxicomanie*.</p><p>Les stup�fiants, � l�origine repr�sent�s par des narcotiques, comprennent aujourd�hui certains psychotropes*, substances r�cemment introduites en th�rapeutique, dont les toxicomanes savent exalter les propri�t�s en les associant � l�alcool ou aux s�datifs, ou encore � des substances non utilis�es en th�rapeutique, tels les hallucinog�nes (v. hallucination).</p><p>L�emploi th�rapeutique des stup�-</p><p>fiants fait l�objet de plusieurs articles du Code de la sant� publique, qui en r�glemente la prescription par les m�decins, la d�tention par les pharmaciens aux diff�rents stades de la profession et la dispensation aux malades, et qui institue les peines applicables aux contrevenants, professionnels ou usagers. L�s stup�fiants et les m�dicaments qui en comportent, sous r�serve pour certains d�entre eux de quelques exon�rations, sont inscrits au tableau B</p><p>des substances v�n�neuses.</p><p>Principaux</p><p>m�dicaments stup�fiants</p><p>y Parmi les substances d�origine v�-</p><p>g�tale, on trouve :</p><p>� l�opium*, ses d�riv�s gal�niques</p><p>(poudre, extrait, teinture, laudanum) ainsi que les alcalo�des* qu�on en tire (morphine, cod�ine, cod�thyline, diac�thylmorphine), qui sont de toxicit� tr�s variable (la cod�ine et la cod�thyline, principalement prescrites comme antitussifs, b�n�ficient d�assez larges exon�rations au niveau de la prescription ; par contre, la diac�thylmorphine, plus connue sous le nom d�h�ro�ne, interdite en th�rapeutique, sauf pour cures de d�sintoxication, est un stup�fiant redoutable, qui est recherch� dans les milieux internationaux de la</p><p>� drogue �) ;</p><p>� la coca, ses d�riv�s (poudre, extraits, teinture) et son principal alcalo�de, la coca�ne, utilis�e comme anesth�sique local.</p><p>y Parmi les substances synth�tiques, citons :</p><p>� les analg�siques, tels que la p�thi-dine, utilis�e principalement dans la pr�-anesth�sie, et le dextro-moramide ;</p><p>� certaines amines de r�veil et</p><p>certains anorexig�nes, telles l�am-ph�tamine, l�oxazim�drine et la</p><p>l�vophac�top�rane.</p><p>D�tention</p><p>des stup�fiants</p><p>� tous les stades de la profession pharmaceutique, les stup�fiants sont stock�s dans des locaux ou des placards r�serv�s � cet usage, fermant � clef et sous la responsabilit� directe d�un pharmacien. Tout mouvement � achat, transformation, vente � fait l�objet d�une op�ration comptable consign�e sur un registre cot� et paraph� par le maire ou le commissaire de police. Toute commande � un autre �tablissement pharmaceutique est obligatoirement r�dig�e au moyen d�un carnet � souches d�un mod�le officiel, d�livr� par le Conseil de l�ordre des pharmaciens.</p><p>Prescription</p><p>des stup�fiants</p><p>par les m�decins</p><p>Les ordonnances, extraites d�un carnet � souches �tabli par le Conseil de l�ordre des m�decins, comportent obligatoirement, outre le nom et l�adresse du prescripteur, ceux du malade, la</p><p>date, la posologie en toutes lettres ; elles ne peuvent �tre �tablies pour une dur�e sup�rieure � 7 jours, sauf en ce qui concerne la l�vophac�top�rane downloadModeText.vue.download 494 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10449</p><p>(60 jours). Tout chevauchement dans la prescription, toute augmentation de la posologie doivent �tre signal�s. En service hospitalier, les prescriptions sont obligatoirement journali�res et sous la responsabilit� directe du pharmacien de l��tablissement.</p><p>R. D.</p><p>F Hallucination / Opium / Psychotrope / Toxicomanie.</p><p>C. Vaille et G. Stern, les Stup�fiants, fl�au social (Expansion scientif. fr., 1955).</p><p>Stuttgart</p><p>V. d�Allemagne f�d�rale, sur la rive gauche du Neckar, capit. du Land Bade-Wurtemberg ; 626 000 hab.</p><p>Stuttgart est une ville relativement jeune. Son nom lui vient d�un haras (Stuterei) que le duc de Souabe Lui-dolf, fils de l�empereur Otton Ier, fit construire vers 950 dans une petite vall�e affluente du Neckar.</p><p>L�h�ritage historique</p><p>Le centre de la ville actuelle est entour� de collines d�passant 400 m d�altitude.</p><p>Le fond de la vall�e se situe � 207 m, si bien que la topographie urbaine est assez vari�e. En fait, Stuttgart est situ�e dans une d�pression o� les versants sont constitu�s par des roches vari�es (gr�s, marnes, marnes bariol�es). La faible consistance de certaines roches fait que de vastes surfaces sont non b�ties, abandonn�es � la vigne et aux arbres fruitiers, ce qui ne manque pas de surprendre en pleine ville. Celle-ci est rest�e longtemps confin�e au fond de la vall�e. Au d�but du XIIIe s., Stuttgart obtint le statut de ville et passa aux mains des comtes de Wurtemberg, qui firent construire � c�t� du haras un</p><p>ch�teau (Altes Schloss) � ce � vieux ch�teau � sera remani� au XVIe s. La maison de Wurtemberg eut du mal � d�fendre la ville contre les ambitions des Habsbourg. Toutefois, en 1320, le comte Eberhard (1265-1325) installa sa r�sidence � Stuttgart, qui devint</p><p>� Residenzstadt � en 1482, profitant de la faveur des diff�rents princes.</p><p>C�est sans doute parce qu�elle �tait constamment menac�e par les Habsbourg que la maison de Wurtemberg passa � la R�forme. De 1747 � 1797</p><p>est construit un nouveau ch�teau, le Neues Schloss, qui sera r�sidence royale. Endommag� au cours de la Seconde Guerre mondiale, il a �t� restaur� et abrite le minist�re des Affaires culturelles de Bade-Wurtemberg. Un �v�nement d�cisif pour les structures urbaines fut l�attribution, en 1806, par Napol�on, du titre de roi au duc de Wurtemberg. Le particularisme wurtembergeois put ainsi se cristalliser autour de la royaut�, qui dura jusqu�en 1918. La structure du Land s�inspire largement de l�organisation spatiale ancienne.</p><p>La ville doit ainsi beaucoup aux souverains wurtembergeois (caract�re monumental de la vieille ville [�glises, ch�teaux, parcs, biblioth�ques, mu-s�es], �quipement bancaire, tradition de vie culturelle, industrialisation en relation avec la centralisation de l��pargne et de l�imp�t, construction de la gare principale) et � la pr�sence d�une cour au pouvoir d�achat �lev� (v. Wurtemberg).</p><p>Un grand centre</p><p>industriel</p><p>Bien que le Wurtemberg ne dispose pratiquement d�aucune mati�re premi�re notable, Stuttgart a su se hisser au niveau d�une des plus grandes villes industrielles de la R. F. A. Cela est d� � des initiatives individuelles, dont les plus remarquables furent l�oeuvre de Robert Bosch (1861-1942) et de Gottlieb Daimler (1834-1900).</p><p>Robert Bosch fut non seulement</p><p>le fondateur du Konzern portant son nom, qui emploie aujourd�hui (1974) 114 000 salari�s dans toutes ses usines</p><p>de construction �lectrique, mais encore un des cr�ateurs de la � r�gion � de Stuttgart. Gottlieb Daimler oeuvrait � peu pr�s dans le m�me sens dans le secteur de l�automobile, en association avec Carl Benz (1844-1929). La soci�t� Daimler-Benz, qui fabrique les voitures portant la fameuse �toile � trois branches, a son si�ge social � Stuttgart. Elle procure du travail, dans l�ensemble de ses usines, � 150 000 personnes (1973). Il faut ajouter d�autres entreprises pour mesurer la puissance de Stuttgart : Standard Elektrik Lorenz, Zeiss, Porsche.</p><p>La ville proprement dite compte</p><p>153 000 travailleurs industriels. Mais, comme partout ailleurs, l�industrie a tendance � s�installer hors des grandes villes. Aussi faudrait-il prendre en consid�ration l�industrie des arrondissements voisins, qui reste, malgr� tout, tr�s li�e au milieu urbain (arrondissements de Ludwigsburg [54 000 salari�s industriels], B�blingen [59 000], Leon-berg [18 000], Esslingen [50 000], Waiblingen [41 000]).</p><p>Au total, 48,5 p. 100 de la population active de la ville est employ�e dans l�industrie. L�attraction de Stuttgart est consid�rable. Les travailleurs migrants se chiffrent � 25 p. 100 des travailleurs employ�s dans la ville. L��volution des localisations industrielles entra�ne une certaine diminution de la population.</p><p>Alors que la ville avait 635 000 habitants en 1964, elle n�en comptait plus que 626 000 en 1972.</p><p>Une m�tropole</p><p>commerciale et culturelle</p><p>Stuttgart passe pour �tre une des villes les plus modernes et les plus agr�ables de la R. F. A., cela �tant d�, en partie, � ses fonctions tertiaires. Son march� de gros ravitaille une zone de plus de 2 millions d�habitants ; ses maisons de gros desservent toute l�Allemagne du Sud. Gr�ce � ses banques li�es aux fonctions de capitale, Stuttgart est un important march� de capitaux, disposant, en outre, d�une Bourse active.</p><p>L�a�roport dessert de nombreuses villes �trang�res (son trafic a d�pass� 2,1 millions de passagers en 1972).</p><p>Sur le plan culturel, diff�rents �quipements et institutions placent Stuttgart</p><p>au premier rang des villes allemandes : th��tres, radio et t�l�vision, biblioth�ques et mus�es (Landesmuseum, Staatsgalerie, Linden-Museum f�r V�lkerkunde, etc.). Bien qu�ayant la r�putation d��tre une ville industrielle, la capitale de Bade-Wurtemberg est aussi un important centre touristique.</p><p>La Technische Hochschule est de-</p><p>venue Universit� technique, si bien qu�avec celle de T�bingen la r�gion est remarquablement �quip�e en �tablissements universitaires de tr�s haut niveau.</p><p>F. R.</p><p>F Bade-Wurtemberg / Wurtemberg.</p><p>Stwosz (Wit)</p><p>Ainsi nomm� par les Polonais, VEIT</p><p>STOSS pour les Allemands ; sculpteur d�origine et de formation inconnues (?</p><p>v. 1440 - Nuremberg 1533).</p><p>Un texte le d�signant comme � Ale-manus de Norimberga � a fait supposer que Nuremberg* �tait sa ville natale.</p><p>En r�alit�, le caract�re cosmopolite de cette cit�, plaque tournante de l�Europe centrale, et le manque de rapports entre l�art de Wit Stwosz et les oeuvres nurembergeoises ne permettent pas de conclure. Peut-�tre Stwosz a-t-il fait son apprentissage en Souabe ou dans les pays danubiens. Il semble qu�il ait connu Nikolaus Gerhaert de Leyde (v. 1430-1473).</p><p>On ne sait rien de ses premiers travaux. En 1477, le conseil de fabrique de l��glise Notre-Dame de Cracovie*, au pied du ch�teau royal du Wawel, le charge de l�ex�cution d�un grand retable de bois. Ce retable de Cracovie est, avec celui de Sankt Wolfgang (Salzkammergut), d� � Michael Pacher (v. 1435-1498), le type le plus accompli de ces ensembles monumentaux si r�pandus en terre d�Empire et tr�s diff�rents des retables de style braban�on, peupl�s de figurines sculpt�es. OEuvre sans �gale et sans suite dans la production de l�artiste, il se compose d�un corps central de 5,34 m sur 7,25 m, orn� de dix figures colossales hautes de 2,80 m, en tilleul, repr�sentant la</p><p>Dormition de la Vierge (v. Pologne</p><p>[l�art en Pologne]), domin�e par une sorte de frise mutil�e au centre de laquelle subsiste le Couronnement de la Vierge accueillie au ciel. Ferm�s, les volets illustrent six sc�nes des Joies de la Vierge ; ouverts, douze sc�nes de ses Douleurs. L�ensemble repose sur une pr�delle repr�sentant l�arbre de Jess�.</p><p>C�est l� une somme iconographique sans doute impos�e par le contrat, mais, cependant, d�une grande importance, car ex�cut�e en liaison avec le mouvement dominicain au moment o� s�affirment les d�votions du Rosaire, que Wit Stwosz repr�sentera plusieurs fois. � la veille de la R�forme, on peut consid�rer l�ensemble comme la derni�re grande somme mariale, t�moin du Moyen �ge finissant.</p><p>Dans cette oeuvre, Wit Stwosz ne cherche pas � s��vader des formes et des techniques traditionnelles. Il combine avec virtuosit� sculpture et peinture, cette derni�re �tant utilis�e aussi bien pour le d�cor des fonds que pour la polychromie des figures. Il ne se pr�occupe pas tant de l�ampleur des volumes, de la monumentalit�, de la liaison de chaque �l�ment � l�ensemble que d�une intensit� expressive obtenue par des silhouettes mouvement�es, des plis creus�s, des profils burin�s, d�un graphisme aigu, peut-�tre reflet d�une activit� de graveur.</p><p>Le retable achev� en 1496, Wit</p><p>Stwosz quitte Cracovie, o� il avait �pous� une Polonaise. Son influence se prolongera en Pologne gr�ce � l�activit� de son fils Stanislaus (� v. 1527), qu�il laisse � la t�te de son atelier.</p><p>Quant � lui, il ex�cute encore quelques travaux dans le pays, comme le tom-downloadModeText.vue.download 495 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10450</p><p>beau de Casimir IV Jagellon (1492) � la cath�drale du Wawel de Cracovie et les tombeaux de plusieurs archev�ques, avant de tout abandonner pour s��tablir � Nuremberg jusqu�� la fin de sa vie, marqu�e par des �pisodes sordides et dramatiques : joues marqu�es au fer rouge pour falsification de cr�ance</p><p>de dette, accusation de meurtre. Les oeuvres de cette p�riode � tels : � Nuremberg, le bas-relief du choeur de l��glise Sankt Sebald repr�sentant les premi�res sc�nes du cycle de la Passion (1499), le Rosaire de Notre-Dame (aujourd�hui au mus�e) et le Grand-Rosaire de Sankt Lorenz ; � la cath�drale de Bamberg, le retable de l�Enfance du Christ (ou retable des Carm�lites, 1520-1523) � ne sont qu�un reflet � la fois plus doux et plus gr�le du grand retable de Cracovie, qu�on ne peut donc relier logiquement � l�ensemble de la production de Stwosz.</p><p>Colossal, d�un r�alisme purement technique, le retable de Cracovie met en �vidence l�influence que la peinture flamande et l�art bourguignon ont exerc�e en Europe centrale ; mais il exprime aussi, � une �poque o� les sculpteurs florentins ont d�j� renouvel� le vocabulaire des gestes et rejet� la convention des drap�s gothiques, la rudesse lyrique de l�Allemagne m�di�vale.</p><p>M. L.</p><p>T. Szyd&#x142;owski, le Retable de Noire-Dame � Cracovie (Les Belles Lettres, 1935). / E. Lutze, Veit Stoss (Berlin, 1938 ; 4e �d., 1968). / T. Do-browolski et J. E. Dutkiewicz, Wit Stwosz, le retable de Cracovie (Varsovie, 1964).</p><p>stylistique</p><p>Partie de la linguistique qui �tudie les proc�d�s de style.</p><p><strong>Introduction</strong></p><p>Si le terme de style, �tymologiquement reli� � la pratique mat�rielle de l��criture (du lat. stylus, poin�on), s�applique aujourd�hui � de nombreux domaines (on peut tout autant parler du style d�un fauteuil, d�un comportement, d�une vie que du style d�une oeuvre litt�raire), le terme de stylistique d�signe essentiellement la discipline s�int�ressant au style des objets linguistiques. Sans dire avec Pierre Guiraud que � la vocation de la linguistique est l�interpr�tation et l�appr�ciation des oeuvres litt�raires �, on ne saurait oublier que ce n�est pas l�attention port�e au langage qui a donn� naissance dans l�Antiquit� � la linguistique, mais que celle-ci s�est constitu�e pour r�pondre aux questions</p><p>qu�on se posait sur des textes anciens, religieux ou artistiques. C�est dire que, d�s ses d�buts, la linguistique s�est occup�e d�oeuvres �crites valoris�es.</p><p>Si l�histoire a pu, par la suite, s�parer les pr�occupations linguistiques et stylistiques, celles-ci restent aujourd�hui conjointes pour un grand nombre de linguistes. Ainsi, pour R. Jakobson* :</p><p>� S�il est encore des critiques pour douter de la comp�tence de la linguistique en mati�re de po�sie, je pense � part moi qu�ils ont d� prendre l�incomp�tence de quelques linguistes born�s pour une incapacit� fondamentale de la science linguistique elle-m�me. [...] Un linguiste sourd � la fonction po�tique comme un sp�cialiste de la litt�rature indiff�rent aux probl�mes et ignorant des m�thodes de la linguistique sont d�ores et d�j�, l�un et l�autre, de flagrants anachronismes. � Les progr�s dans ces deux disciplines vont donc de pair, le rapport de d�termination n�allant pas toujours, pour ce qui est de notre �poque, de la linguistique vers la stylistique.</p><p>La stylistique</p><p>de la langue</p><p>La mutation profonde apport�e dans les th�ories linguistiques par l�enseignement de Saussure*, la d�finition de la t�che de la linguistique en tant qu��tude de la langue (sociale) par opposition � la parole (individuelle) sont � l�origine de la stylistique de Charles Bally*.</p><p>Celle-ci se d�finit comme � l��tude des faits d�expression du langage organis� du point de vue de leur contenu affectif, c�est-�-dire l�expression des faits de la sensibilit� par le langage et l�action des faits de langage sur la sensibilit� �. La stylistique consiste donc en un inventaire des potentialit�s stylistiques de la langue (� effets de style �) au sens saussurien et non dans l��tude du style de tel auteur, consid�r� comme un � emploi volontaire et conscient de ces valeurs �. Elle exclut donc l��tude des oeuvres litt�raires. Cette d�finition rattache le style � la sensibilit� : � le sentiment est une d�formation dont la nature de notre moi est la cause � ; ainsi, la m�taphore existe parce que nous pouvons rendre l�esprit � dupe de l�association de deux repr�sentations �.</p><p>C�est aussi sur une semblable analyse de la � nature de notre moi � que se fondait la rh�torique*, art de persuader en faisant appel � la sensibilit� et sur les ruines de laquelle la stylistique de Bally s�est install�e.</p><p>La stylistique de l��cart</p><p>Si les successeurs de Bally franchissent la barri�re que celui-ci avait �lev�e devant les oeuvres litt�raires, c�est � l�in-t�rieur de la dichotomie langue/parole qu�ils continuent � se situer. Tout texte relevant de la parole, utilisation individuelle de la langue, le style est d�fini par r�f�rence � une norme comme un �cart : �cart d�abord par rapport au code (peu souvent transgress� dans le pass�, plus souvent aujourd�hui, comme chez R. Queneau et chez</p><p>H. Michaux) ; �cart ensuite par rapport � un niveau non marqu� de la parole, sorte d�usage moyen et � simple � ; �cart enfin par rapport au style du genre auquel l�oeuvre appartient, et qui constitue une sorte de langue �tablie pr�alablement (on peut �tudier ainsi le style de Racine par rapport � la langue de la trag�die).</p><p>La probl�matique reste la m�me</p><p>lorsqu�on �value l��cart langue/parole, que l�on s�appuie sur une description structurale, g�n�rative (on compare alors des d�rivations) ou sur une description statistique, comme dans les travaux de Charles Muller et de Pierre Guiraud. Ainsi, pour ce dernier, les mots th�mes et les mots cl�s d�une oeuvre sont d�finis selon des crit�res de fr�quence (absolue ou relative).</p><p>Une � stylom�trie � est alors possible, s�appuyant notamment sur la th�orie de l�information.</p><p>La stylistique immanente</p><p>On peut, cependant, consid�rer que c�est non pas par une simple application de l�apport linguistique � l��tude de l�oeuvre litt�raire que se sont produits le renouvellement de la stylistique et sa coupure avec la rh�torique, mais par une v�ritable transplantation de la m�thode d�analyse structurale. Dans le texte, du fait de sa cl�ture, syst�me et discours co�ncident ; le message po�-</p><p>tique engendre son propre code, qui</p><p>doit donc �tre �tudi� en lui-m�me.</p><p>L�oeuvre est � non une langue, mais un langage de connotation (un langage de connotation n�est pas une langue : son plan de l�expression est constitu� par les plans du contenu et de l�expression d�un langage de d�notation). C�est donc un langage dont l�un des plans, celui de l�expression, est une langue �</p><p>(L. Hjelmslev*). Le texte doit donc �tre premi�rement l�objet d�une analyse linguistique d�gageant les unit�s de la langue qui servent � constituer les unit�s du second niveau (ou connotateurs). Il n�y a pas isomorphisme entre les deux niveaux, plusieurs signes linguistiques pouvant constituer un seul connotateur. Le terme de connotation n�est pas employ� ici au sens de � connotations s�mantiques �, attach�es aux mots par diff�rents facteurs, mais d�finit le rapport du double syst�me de la langue et du texte, les connotations s�mantiques du premier niveau �tant les parties constituantes des connotateurs. Ainsi, pour Michael Riffaterre, � c�t� des � codes a priori �</p><p>(langue, genre), l�oeuvre ajoute un</p><p>� code a posteriori �, un surcodage, des significations suppl�mentaires o� les valeurs jouent diff�remment.</p><p>L�oeuvre cr�e ainsi son propre mod�le de r�f�rence. Ce surcodage est analys� en termes de pr�visibilit� : plus un �l�ment est impr�visible, plus il fait.</p><p>impression sur le lecteur ; tel est le proc�d� stylistique, qui tire sa valeur de son contraste avec un microcontexte (contexte stylistique court) et de son rapport avec un macrocontexte (ensemble des donn�es contextuelles pr�-</p><p>sentes � l�esprit du lecteur), qui modifie le premier contraste en l�amplifiant ou en l�att�nuant (si l�effet est souvent r�p�t�). Le contexte est donc, lui aussi, surcod� et d�tient dans le style un r�le aussi important que le proc�d�.</p><p>La stylistique</p><p>comme pratique</p><p>Qu�elles s�appuient sur la structure de la langue ou sur celle du texte, les stylistiques pr�c�dentes postulent l�existence du texte en dehors de toute op�ration de lecture et, si ce n�est par le biais de la th�orie de l�information, ne posent pas le probl�me de la nature</p><p>du travail du stylisticien. L�oeuvre de Leo Spitzer apporte une tentative de r�ponse � ces probl�mes ; mais, en consid�rant l�oeuvre comme totalit� et continuit� dans laquelle le critique p�n�tre par intuition � partir de n�importe quelle unit� et dont il d�gage l�� �tymon spirituel �, cette r�ponse ne constitue pas une m�thode et ne d�finit qu�une pratique individuelle. D�autres travaux font plus nettement appara�tre le r�le du stylisticien dans la cr�ation de son objet. Le texte est d�fini non plus comme une structure plate, mais comme son propre engendrement,</p><p>comme pratique signifiante. La lecture n�est pas un d�chiffrement passif, mais un travail de structuration du signifiant, de production du signifi�. De nouveaux concepts apparaissent, brisant l�antino-downloadModeText.vue.download 496 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10451</p><p>mie auteur/lecteur et mettant l�accent sur la pratique : celui de � lecture-</p><p>�criture �, lecture qui vise � transformer, dans et par les textes, la pens�e d�entr�e discontinue en une pens�e de l�unit� prise au fonctionnement de l��criture ; celui de � g�notexte �, s�-</p><p>quence profonde signifiante construite par la lecture � partir du ph�notexte : l��nonc� ; celui de � litt�rarit� �, sp�cificit� de l�oeuvre comme texte, ce qui le d�finit comme espace litt�raire orient�.</p><p>Notons que ces pratiques stylistiques se r�f�rent souvent aux pratiques les plus modernes de l��criture. L�accent mis ici sur l��criture et la lecture comme pratiques rapproche alors la stylistique litt�raire de l��tude des autres pratiques signifiantes.</p><p>La stylistique g�n�rale</p><p>Gaston Gilles Granger fait appara�tre la notion de style en dehors de la litt�rature comme r�sultat d�un travail.</p><p>� Le passage de l�amorphe au structur� n�est jamais le r�sultat de l�imposition d�une forme venue toute constitu�e de l�ext�rieur. [...] Toute structuration r�sulte d�un travail qui met en rapport tout en les suscitant forme et contenu du champ explor�. � Le style est ainsi la solution individuelle apport�e aux</p><p>difficult�s que rencontre tout travail de structuration ; il est l�individuel comme c�t� n�gatif des structures, la r�sultante d�une exp�rience � la pratique structurante d�une �criture. Il est pr�sent dans toutes les constructions scientifiques ; on peut donc envisager une stylistique g�n�rale, th�orie des oeuvres, qui a sa place entre l��pist�-</p><p>mologie et l�esth�tique.</p><p>B. G.</p><p>F Po�tique / S�mantique / S�miotique / Structuralisme.</p><p>C. Bally, Trait� de stylistique fran�aise (Klincksieck, 1909 ; 2e �d., 1929). / L. Spitzer, Stilstudien (Munich, 1928, 2e �d., 1961, 2 vol. ; trad. fr. �tudes de style, Gallimard, 1970). /</p><p>P. Guiraud, la Stylistique (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1954 ; 7e �d., 1972) ; Essais de stylistique (Klincksieck, 1970). / G. G. Granger, Essai d�une philosophie du style (A. Colin, 1968). /</p><p>C. Muller, Initiation � la statistique linguistique (Larousse, 1968). / P. Guiraud et P. Kuentz, la Stylistique. Lectures (Klincksieck, 1970). /</p><p>H. Meschonnic, Pour la po�tique (Gallimard, 1970). / M. Riffaterre, Essais de stylistique structurale (Flammarion, 1971). / J. Sumpf, Introduction � la stylistique du fran�ais (Larousse, 1971).</p><p>Styron (William)</p><p>�crivain am�ricain (Newport News, Virginie, 1925).</p><p>D�s la parution de son premier</p><p>roman, Lit de t�n�bres (Lie clown in Darkness, 1951), on classa Styron comme romancier sudiste et disciple de Faulkner*. On retrouve en effet chez lui le baroque des grandes damnations faulkn�riennes et sudistes : inceste, impuissance, viol, alcoolisme et une vicieuse et lancinante nostalgie de puret�.</p><p>On retrouve aussi la lourde rh�torique du p�ch�, le sens d�une culpabilit� transmise de g�n�ration en g�n�ration.</p><p>Le Sud est la mauvaise conscience des �tats-Unis. C�est l� que, de Poe*</p><p>� Faulkner et � Styron, l�Am�rique a cherch� ses h�ros hant�s, comme les Atrides, et l�� agonie et la rh�torique �</p><p>d�un style obs�d� et figeant. Or, Styron est n� dans un �tat sudiste, en Virginie, en plein pays Wasp, o� le petit Blanc r�ve de lynchage. � J�avais l�impression, �crit-il, d��tre entour� de n�gres</p><p>sans pourtant jamais entrer en contact avec eux. � Styron s�installa dans le Nord, suivit les cours de creative wri-ting de William Blackburn et v�cut en Europe. Mais il n�oublie jamais que le probl�me noir est la trag�die am�-</p><p>ricaine. Son oeuvre lui est consacr�e.</p><p>Refusant l�optimisme de commande d�une soci�t� o� le bonheur est obligatoire, il choisit de rendre l�Am�rique consciente de sa trag�die.</p><p>� Nous ram�nerons, �crit-il, la trag�-</p><p>die au pays du Coca-Cola. Plus de pop-corn, plus de rivi�res enchant�es, plus de Walt Disney. De la trag�die, Bon Dieu : voil� ce qu�on va leur donner. �</p><p>C�est tout le programme de Styron qui r�veille les fant�mes de l�histoire am�-</p><p>ricaine comme Nat Turner.</p><p>Le th�me de Lit de t�n�bres et sa technique faulkn�rienne de retours en arri�re sont typiquement sudistes.</p><p>L�h�ro�ne, Peyton Loftis, s�est suicid�e. Son p�re et sa m�re, divorc�s, suivent s�par�ment le corbillard et se souviennent, dans la chaleur du Sud, parmi les cantiques des Noirs. Lentement les consciences remontent le temps � la recherche de la faute, dans une atmosph�re de trag�die grecque o� r�dent la fatalit� et l�inceste. Mais cette damnation sudiste est au fond une trag�die de la Gr�ce, de nature m�taphysique, qui oppose le d�sarroi suicidaire du Blanc et la joie liturgique du Noir. Le chemin de la Gr�ce est ais� pour le Noir innocent. Le Blanc, lui, ne peut le trouver qu�au terme du calvaire de ses p�ch�s. Le Christ n�a pas rachet� les Sudistes. Ceux-ci doivent vivre leur propre vendredi saint. Ce paradoxe puritain du salut dans le mal, trait� avec l�emphase d�un Bernanos*, fait un premier roman qui tient � la fois de la trag�die antique, du m�lodrame romantique et du roman policier.</p><p>En 1953, Styron publie une longue nouvelle, la Longue Marche (The</p><p>Long March), inspir�e par son rappel sous les drapeaux, pendant trois ans, lors de la guerre de Cor�e. Tr�s diff�rent dans son d�pouillement, ce texte, �crit � Paris, rappelle l�antimilitarisme de James Jones (n� en 1921) et de Norman Mailer*. C�est l�histoire d�une brimade, une marche forc�e qui</p><p>oppose Mannix, l�officier de r�serve juif, et Templeton, le colonel de carri�re. L�oeuvre, assez mince, marque un tournant du Sudiste, ancien � marine �, vers la gauche lib�rale.</p><p>En 1960, la Proie des flammes (Set This House on Fire) reprend les th�mes obs�dants et le style flamboyant du roman sudiste. Ce tr�s gros roman, �crit en neuf ans, se veut une somme de la conscience am�ricaine. Sous l�apparence d�un fait divers, ce n�est pas un criminel qu�on recherche dans ce roman policier, mais le Mal. Mason, milliardaire am�ricain, s�est suicid� pr�s de Naples, apr�s avoir viol� et tu� une paysanne. Mais un crime originel explique le drame. Styron enqu�te et d�bride la plaie. Dans son enfance, Mason a lynch� un Noir. Le p�ch� originel que les Am�ricains fuient dans l�alcool et l�entreprise, c�est le racisme. Tout a commenc� � en l�ann�e 1619, quand le premier esclave noir fut d�barqu� en Caroline du Sud. Nous payons ce jour-l� et nous continuerons � payer ind�finiment. � Chaque descendant doit vivre son chemin de croix, car le Christ n�est pas mort pour les n�griers. Il faut que le h�ros soit la � proie des flammes � pour �tre sauv�. Le roman, exploitant l�angoisse s�culaire et la lucidit� psychanalytique, est une tentative de th�rapeutique litt�raire. Il s�agit, comme la trag�die grecque, de purger les passions am�-</p><p>ricaines. Le h�ros de cette enqu�te socio-psychanalytique porte le nom symbolique de � Kinsolving � : celui qui r�sout les probl�mes de sa race. Styron essaie de sortir le Sud de sa mal�diction et de d�livrer la conscience am�-</p><p>ricaine du fant�me qui la hante. En ce sens, la Proie des flammes, perfection et d�passement du roman sudiste, est une � trag�die optimiste �.</p><p>Le dernier livre paru, la Confession de Nat Turner (The Confessions of Nat Turner, 1967), dont le th�me obs�dait Styron depuis l�enfance, romance une histoire vraie. Nat Turner, Spartacus am�ricain, en 1831, prit la t�te d�une bande d�esclaves, massacra cinquante-cinq Blancs et fut finalement pendu et d�pec�. L�auteur de la Case de l�oncle Tom s�en inspire dans Dred. �crite � la premi�re personne, la Confession</p><p>de Nat Turner, con�ue comme un retour en arri�re du prisonnier avant le supplice, �voque son enfance, son m�pris des esclaves, son amour d�une femme blanche, sa vision de la r�volte.</p><p>Document sur la vie des Noirs, c�est surtout une all�gorie, pleine de la rh�torique biblique des � negro spirituals �. Nat Turner appara�t comme l�anc�tre du � Christ � la mitraillette �</p><p>de Harlem. Styron, trop lib�ral pour croire en la violence, ne propose pas un programme politique. Il d�chiffre seulement dans l�histoire oubli�e d�une r�volte l�arch�type du drame noir. Son oeuvre est une exploration tr�s sensible et intelligente des fonds secrets de la conscience am�ricaine.</p><p>J. C.</p><p>L. Y. Gossett, Violence in Recent Southern Fiction (Durham, North Carolina, 1965). /</p><p>D. D. Galloway, The Absurde Hero in American Fiction (Austin, 1966 ; nouv �d., 1970).</p><p>Subleyras (Pierre)</p><p>Peintre fran�ais (Saint-Gilles-du-Gard 1699 - Rome 1749).</p><p>La France occupe au XVIIIe s. une place de premier plan dans la vie artistique romaine, et cela en partie gr�ce � Subleyras. Celui-ci, n� la m�me ann�e que Chardin*, est, comme lui, un peintre du silence, des gestes � l�arr�t, de l��motion contr�l�e, mais il aime avant tout les grandes compositions � sujet religieux ou mythologique.</p><p>Fils d�un modeste peintre d�Uz�s, il fut form� � Toulouse dans l�atelier d�Antoine Rivalz (1667-1735). Les quelques toiles de cette p�riode que l�on conserve (mus�e des Augustins � Toulouse) et leurs esquisses (� Malte et � Birmingham) montrent un artiste profond�ment marqu� par la tradition de l��cole toulousaine, une des plus brillantes alors en province. De ces m�mes ann�es datent les premiers portraits de l�artiste : Madame Poulhariez et sa fille (1724, mus�e des Beaux-Arts de Carcassonne), le Sculpteur Lucas (Toulouse). En 1726, Subleyras se rend � Paris. Il concourt l�ann�e suivante pour le grand prix de l�Acad�mie, qu�il remporte avec le Serpent d�airain (N�mes). Ce prix lui ouvre les portes</p><p>de l�Acad�mie de France � Rome. Le 20 juillet 1728, l�artiste quitte Paris d�finitivement.</p><p>downloadModeText.vue.download 497 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10452</p><p>Comme Poussin*, et le parall�le ne s�arr�te pas l�, c�est � l��ge de trente ans qu�il arrive dans la Ville �ternelle, en pleine possession de son m�tier. Le directeur de l�Acad�mie de France � Rome, alors install�e au palais Mancini, �tait Nicolas Vleughels (1668-1737).</p><p>Diverses lettres de celui-ci adress�es au surintendant des B�timents, le duc d�Antin, nous apprennent les rapides progr�s du jeune peintre. Par ces lettres, nous savons aussi que celui-ci ne veut pas retourner en France : gr�ce � diverses interventions, gr�ce aussi aux commandes qu�il ex�cute pour le duc de Saint-Aignan, alors ambassadeur de France a Rome (divers Contes de La Fontaine : mus�e du Louvre, Nantes, etc.), Subleyras obtient non seulement de rester � Rome, mais aussi de continuer � r�sider au palais Mancini, qu�il ne quittera qu�en 1735. Sa premi�re commande la�que importante est, en 1737, la Remise au prince Vaini de l�ordre du Saint-Esprit par le duc de Saint-Aignan (mus�e de la L�gion d�honneur � Paris). Mais de la m�me ann�e 1737 date le non moins important Repas chez Simon, command� par l�ordre de Saint-Jean-de-Latran pour le couvent d�Asti, en Pi�mont (Louvre).</p><p>� partir de cette date, et pour les douze ans qui lui restent � vivre, Subleyras, par l�interm�diaire de divers ordres religieux, recevra quelques-unes des plus importantes commandes pour des �glises non seulement de Rome, mais de toute l�Italie, de France (Toulouse et Grasse) et m�me d�Espagne.</p><p>En 1739, il �pouse la miniaturiste Felice Maria Tibaldi (1707-1770), fille du musicien Giovanni Battista Tibaldi.</p><p>Il laissera de celle-ci deux portraits (mus�es de Baltimore et de Worcester). Elle reproduira en miniature les oeuvres de son �poux, comme le Repas chez Simon (dat� de 1748 et sign� par elle, mus�e du Capitole � Rome), mais collaborera aussi � ses oeuvres. Pour</p><p>s�en convaincre, il suffit de regarder le tableau de l�Acad�mie de Vienne qui nous montre, r�unie dans l�Atelier du peintre, dont les murs sont couverts de ses tableaux, la famille Subleyras tout enti�re au travail.</p><p>En 1740, Subleyras entre en contact avec le cardinal Valenti Gonzaga, qui le recommande au pape Beno�t XIV, dont il fera le portrait officiel l�ann�e suivante (diverses versions, dont une � Chantilly). C�est la protection du saint pontife qui lui vaudra la commande, en 1743, du Saint Basile c�l�brant la messe de rite grec devant l�empereur arien Valens pour Saint-Pierre (aujourd�hui � Santa Maria degli Angeli ; esquisses au Louvre, � Leningrad, etc.).</p><p>Mais, avant d�achever cette gigantesque toile, en 1748, Subleyras donne ses plus beaux tableaux : le Miracle de saint Beno�t (pour les Oliv�tains de P�-</p><p>rouse ; auj. � Santa Francesca Romana, � Rome) ; Saint Ambroise absolvant Th�odose (pour le m�me ordre ; auj.</p><p>au mus�e de P�rouse) ; Saint Camille de Lellis adorant la Croix (�glise du Crucifix des P�res camilliens, Rieti) ; le Mariage de sainte Catherine (collection priv�e, Rome) ; et surtout son chef-d�oeuvre, le Saint Camille de Lellis conjurant l�inondation, une des plus belles toiles de tout le XVIIIe s. (Museo di Roma). Mais la maladie le mine. En d�pit d�un voyage de repos � Naples en 1747, l�artiste mourra bient�t, �g� de cinquante ans. Pompeo Batoni (1708-1787), son cadet d�une g�n�ration, va prendre sa place, la premi�re � Rome.</p><p>Avant tout peintre d�histoire, Subleyras n�a pas pour autant n�glig� la nature morte (Toulouse), la sc�ne de genre plus ou moins leste (Contes de La Fontaine ; outre les toiles cit�es plus haut, deux exemples � l�Ermitage), le portrait (Dom Cesare Benvenuti, Louvre ; Saint Jean d�Avila, Birmingham), la mythologie (le Caron du Louvre), le nu (l�exceptionnel Nu de femme du mus�e Barberini � Rome).</p><p>Quel que soit le genre abord�, il compose avec rigueur, calme, force et une simplicit� d�j� toute n�o-classique. Sa touche est d�licate, minutieuse, reconnaissable entre toutes. Mais c�est surtout son coloris qui lui vaut une place � part ; l�artiste affectionne trois teintes,</p><p>dont il use avec raffinement : le noir, le blanc (�tudes de Diacres pour la Messe de saint Basile, mus�e d�Orl�ans) et surtout le ros�. Peintre exceptionnel, souvent �mouvant et dont la gloire n�a cess� de cro�tre durant la seconde moiti� du XVIIIe s., Subleyras, n�glig� par la suite, sera bient�t compt� de nouveau parmi les plus grands novateurs de son temps.</p><p>P. R.</p><p>sublimation</p><p>Passage direct de l��tat solide � l��tat vapeur. Le changement d��tat inverse est dit � condensation directe de la vapeur en solide �.</p><p><strong>Introduction</strong></p><p>Abandonn�s � l�air libre, certains solides � iode, naphtal�ne, camphre</p><p>� s��vaporent assez rapidement d�s la temp�rature ordinaire, plus vite si l�on chauffe (application � la purification de certains d�entre eux) ; il en est de m�me, mais de fa�on moins rapide, pour la glace aux temp�ratures inf�-</p><p>rieures � 0 �C ; par contre, les m�taux ne se subliment pratiquement pas aux temp�ratures ordinaires.</p><p>La sublimation d�un corps pur cristallis� est, comme sa fusion ou comme la vaporisation du liquide, une transition de premi�re esp�ce (v. corps pur) et ob�it aux lois des �quilibres univariants (1 constituant, 2 phases, v = 1) : la pression pS de l��quilibre cristal-vapeur, dite pression de sublimation, est fonction de la seule temp�rature ; il existe pour chaque corps pur, dans le rep�re T,p, une courbe de sublimation. Par application des lois du d�placement de l��quilibre, la pente de cette courbe est toujours positive, car, � T et p constants, la sublimation s�accompagne d�une augmentation de volume et d�une absorption de chaleur. Cette courbe est le lieu des points figuratifs de l��quilibre cristal-vapeur et s�pare deux domaines du plan T,p, figuratifs des �tats stables monophas�s cristal et vapeur (fig. 1). Elle n�est pas limit�e vers les basses temp�ratures, pour lesquelles pS devient seulement tr�s faible ; vers les hautes temp�ratures,</p><p>elle est limit�e au point triple (v. corps pur), o� se rejoignent, dispos�es en �toile, les trois courbes d��quilibres diphas�s du corps pur. Suivant que la pression du point triple est inf�rieure ou sup�rieure � la pression atmosph�rique, le corps pur, chauff� sous cette derni�re pression, fond avant de bouillir, c�est-�-dire existe � l��tat liquide dans un certain domaine de temp�ratures (cas le plus fr�quent), ou se sublime, le liquide n��tant stable que sous des pressions plus �lev�es (CO2, fig. 2). Seul l�h�lium, qui n�a pas de point triple, n�a pas de courbe de sublimation.</p><p>Chaleur de sublimation</p><p>C�est, comme pour les autres changements d��tat, la quantit� de chaleur qu�il faut fournir � l�unit� de masse du cristal pour le sublimer, � T et p constants. Elle est donn�e par la formule de Clapeyron</p><p>LS = T(uV � uS) dpS/d&#x2032;T,</p><p>uV et uS �tant les volumes massiques de la vapeur et du solide ; c�est aussi la variation d�enthalpie massique qui accompagne la sublimation, et elle est li�e � la variation d�entropie &#x394;S par LS = T . &#x394;S ; on voit donc que, comme pour les autres changements d��tat, la quantit�</p><p>&#x394;G = &#x394;H � T . &#x394;S</p><p>est nulle ; l�enthalpie libre massique G</p><p>a la m�me valeur � l��quilibre pour le cristal et pour sa vapeur. Les mesures directes de chaleur de sublimation �tant d�licates et peu pr�cises, c�est la formule de Clapeyron qui fournit le meilleur moyen d�obtenir LS ; rappelons enfin qu�au point triple la chaleur de sublimation d�un corps pur est �gale � la somme des chaleurs de fusion et de vaporisation :</p><p>LS = LF + LV.</p><p>substitution</p><p>R. D</p><p>Tout automorphisme d�un ensemble fini.</p><p>G�n�ralit�s</p><p>Une substitution op�re dans un</p><p>ensemble E fini dont les �l�ments peuvent donc �tre index�s par une partie finie de l�ensemble N des entiers naturels. Le plus simple est d�identifier l�ensemble E � l�ensemble</p><p>{1, 2, ..., n}, n &#x2208; N. Une substitution est alors une bijection de l�ensemble</p><p>{1, 2, ..., n} = E. Elle transforme tout �l�ment de l�ensemble E en un �l�ment de l�ensemble E, et deux �l�ments distincts ont deux images distinctes. On convient de repr�senter une substitution par deux lignes, la premi�re indiquant l�ensemble E dans lequel on se place, les �l�ments �tant rang�s dans l�ordre naturel, la seconde indiquant les images obtenues par la substitution.</p><p>EXEMPLE. n = 3, E = {1, 2, 3},</p><p>downloadModeText.vue.download 498 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10453</p><p>&#x3C3; op�re dans l�ensemble E de fa�on que :</p><p>&#x3C3; (1) = 3 ; &#x3C3; (2) = 1 ; &#x3C3; (3) = 2.</p><p>Ainsi, une substitution est d�finie par sa seconde ligne, c�est-�-dire par une permutation de l�ensemble E. Il y a autant de substitutions de l�ensemble E</p><p>que de permutations des �l�ments de l�ensemble E, donc n !</p><p>Groupe sym�trique Sn</p><p>On peut munir l�ensemble des substitutions op�rant dans un ensemble E</p><p>de cardinal n d�une op�ration interne, qui est la composition des applications, not�e &#x25E6; et qui est associative.</p><p>Ainsi, &#x3C3; = &#x3B2; &#x25E6; &#x3B1; est une substitution d�finie � partir des deux substitutions &#x3B1; et &#x3B2; op�rant dans E = {1, 2, ..., n}, de fa�on que, si &#x3B1; (i) = j et &#x3B2; (j) = k, &#x3C3; (i) = &#x3B2; [&#x3B1; (i)] = k, quand i d�crit l�ensemble E.</p><p>EXEMPLE</p><p>De plus, quel que soit n, il existe une substitution identique de l�ensemble E, celle qui laisse inchang� tout �l�ment</p><p>de cet ensemble. Enfin, �tant donn� la substitution &#x3C3; op�rant dans l�ensemble E, celle-ci est une bijection de l�ensemble E, et il existe une bijection r�ciproque, not�e &#x3C3;� 1, telle que, si &#x3C3; (i) = j, &#x3C3;� 1 (j) = i et &#x3C3; &#x25E6; &#x3C3;� 1 = &#x3C3;� 1 &#x25E6; &#x3C3; = IE, identit� de E. L�ensemble des substitutions de l�ensemble E forme donc un groupe qu�on appelle le groupe sym�trique, not� Sn et dont l�ordre est n! Cette structure fait l�int�r�t de l�ensemble des substitutions op�rant dans un ensemble de cardinal n.</p><p>D�composition</p><p>d�une substitution</p><p>On appelle cycle ou permutation circulaire toute substitution qui transforme, dans E = {1, 2, ..., n}, chaque �l�-</p><p>ment en son suivant et n en 1. On note (1, 2, 3, ..., n � 1, n) ou simplement (1, 2, ..., n) au lieu de</p><p>On appelle transposition tout cycle d�ordre deux tel que (2, 5), qui signifie 2 est transform� en 5 et 5 en 2.</p><p>y Toute substitution &#x3C3; est le produit de cycles deux � deux permutables, op�rant sur des ensembles formant une partition de E. L�ordre de &#x3C3; est �gal au p. p. m. c. des ordres des cycles composants.</p><p>EXAMPLE. Dans E = {1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10},</p><p>Les cycles obtenus sont d�ordre 4</p><p>ou 2. Comme on peut le v�rifier, la d�composition ci-dessus signifie que, pour effectuer la substitution &#x3C3;, on peut utiliser les trois cycles composants dans l�ordre que l�on veut. De plus, l�ordre de &#x3C3; est �gal � 4, p. p. m. c. de 4, 4 et 2, ce qui signifie que</p><p>&#x3C3;4 = &#x3C3; &#x25E6; &#x3C3; &#x25E6; &#x3C3; &#x25E6; &#x3C3; = IE.</p><p>y Tout cycle est d�composable en un produit de transpositions. Ainsi (1, 2, ..., n) = (1, 2) (2, 3) ... (n � 1, n), ce qui signifie que, pour effectuer le cycle (1, 2, ..., n), on peut utiliser dans cet ordre les substitutions (n � 1, n), puis (n � 2, n � 1), ..., (2, 3) et (1, 2), le produit de transformations s��crivant</p><p>et se lisant de gauche � droite, mais s�effectuant de droite � gauche. De la d�composition en produit de cycles on passe donc � la d�composition en produit de transpositions.</p><p>y Toute substitution est le produit de transpositions. Ainsi</p><p>&#x3C3; = (1,3,6,8) (2,4,7,9) (5,10) =</p><p>= (1,3) (3,6) (6,8) (2,4) (4,7) (7,9) (5, 10).</p><p>Enfin, on peut aller plus loin dans la d�composition en utilisant l��galit� (h, h + i) = (h + i � 1, h + i) (h + i � 2</p><p>, h + i � 1) ... (h + 1, h + 2) (h, h + 1) (</p><p>h + 1, h + 2) ... (h + i � 2, h + i � 1) (h</p><p>+ i � 1, h + i),</p><p>qui montre que toute transposition est le produit de transpositions permutant des �l�ments cons�cutifs.</p><p>Parit� d�une substitution</p><p>Une substitution &#x3C3; dans E = {1, 2, ..., n}</p><p>change ou conserve le signe du</p><p>produit :</p><p>Si &#x3C3; garde son signe � P, elle est dite paire ; sinon, elle est dite impaire.</p><p>Toute transposition est impaire. En effet, si dans P on permute i et j, les facteurs (i � j), (i � k) et (k � j), pour k = i + 1, ..., j � 1, changent de signe et P change de signe, puisqu�il y a un nombre impair de changements de signe. Par suite, la parit� du nombre de transpositions est un invariant dans la d�composition d�une substitution.</p><p>Une substitution paire est d�composable, de fa�on non unique, en un produit d�un nombre pair de transpositions. Une substitution impaire est le produit d�un nombre impair de substitutions. Comme le produit de deux substitutions paires est une substitution paire et que l�inverse d�une substitution paire est paire, l�ensemble, not� An, des substitutions paires op�rant dans un ensemble de cardinal n est un groupe, appel� groupe altern�, sous-groupe distingu� du groupe sym�trique Sn. Comme le produit d�une transposi-</p><p>tion donn�e par une substitution paire est une substitution impaire et inversement, il y a autant de substitutions paires que de substitutions impaires dans Sn. Il en r�sulte que l�ordre de An est raison pour laquelle An est</p><p>distingu� dans Sn.</p><p>Le groupe An est engendr� par les n � 2 cycles (1, 2, i) = (1, i) (1, 2), pour i =3, 4, ..., n.</p><p>TH�OR�ME DE CAYLEY</p><p>Tout groupe fini d�ordre n est isomorphe � un sous-groupe du groupe sym�trique Sn.</p><p>En effet, si G est un groupe d�ordre n dont les �l�ments, �crits dans un certain ordre, sont a1, a2, ..., an et si b est un �l�ment quelconque, mais fix� dans le groupe G, tous les produits</p><p>pour i = 1, 2, ..., n sont distincts et les �l�ments sont tous les</p><p>�l�ments de G qui forment simplement une permutation diff�rente de la permutation a1, a2, ..., an. On peut ainsi associer � l��l�ment b du groupe G la substitution</p><p>� chaque �l�ment du groupe G correspond une substitution, et deux �l�-</p><p>ments distincts du groupe G donnent deux substitutions distinctes, car bai = b&#x2032;ai   b = b&#x2032;. Si c appartient au groupe G, de sorte</p><p>que, si c correspond � la substitution au produit cb correspond la substitution et l�on a &#x3C3; = &#x3B2; &#x25E6; &#x3B1;. L�application qui � un �l�ment du groupe G associe une substitution du groupe sym�trique Sn est un morphisme injectif du groupe G dans le groupe Sn. L�image du groupe G par cette application est donc un groupe, sous-groupe du groupe sym�trique Sn.</p><p>Ce th�or�me a les cons�quences</p><p>suivantes : il n�existe qu�un nombre fini de groupes finis d�ordre n et non isomorphes entre eux. On �puise ces groupes en cherchant tous les sous-groupes d�ordre n du groupe Sn, lesquels sont en nombre fini, puisque n est fini, donc n! aussi, et que l�ordre d�un sous-groupe divise l�ordre d�un</p><p>group�. De plus, quand on donne � n toute valeur enti�re possible, on obtient tous les groupes finis possibles.</p><p>Ces groupes forment donc un ensemble d�nombrable, puisque cet ensemble est une r�union d�nombrable d�ensembles finis.</p><p>On utilise les substitutions dans le d�veloppement d�un d�terminant suivant les �l�ments d�une ligne ou d�une colonne.</p><p>Enfin, dans la th�orie de Galois, conduisant � d�importants r�sultats sur les �quations alg�briques, le fait que, pour le groupe altern� An</p><p>n�admet pas de v�ritable sous-groupe distingu� joue un r�le essentiel.</p><p>Le groupe de Klein, V4</p><p>V4 est un sous-groupe du groupe sym�-</p><p>trique S4 et du groupe altern� A4.</p><p>forment un groupe, car :</p><p>Ce groupe est commutatif. Les trois substitutions a, b et c sont caract�ris�es par la propri�t� suivante : �changeant deux �l�ments entre eux, elles permutent les deux autres. Cela est �quivalent � : les substitutions a, b et c ne laissent aucun �l�ment de E invariant et sont involutives.</p><p>V4 est sous-groupe distingu� de S4 ou de V4. En effet, si &#x3B1; &#x2208; V4 et &#x3C3; &#x2208; S4, pour &#x3B1; = e, &#x3C3;&#x3B1;&#x3C3;� 1 &#x2208; V4.</p><p>Si &#x3B1; &#x2260; e, &#x3B1;2 = e et</p><p>(&#x3C3;&#x3B1;&#x3C3;� 1) 2 = &#x3C3;&#x3B1;&#x3C3;� 1 &#x3C3;&#x3B1;&#x3C3;� 1 = &#x3C3;&#x3B1; 2 &#x3C3;� 1 = &#x3C3;&#x3C3;� 1 = e.</p><p>De plus, si x &#x2208; E, si l�on avait &#x3C3;&#x3B1;&#x3C3;�1(x) = x, on aurait &#x3B1;&#x3C3;� 1 (x) = &#x3C3;� 1 (x) ou &#x3B1; [&#x3C3;� 1 (x)] = &#x3C3;� 1 (x) et l��l�ment &#x3C3;� 1 (x) de E serait invariant par &#x3B1;, ce qui n�est pas le cas. Donc &#x3C3;&#x3B1;&#x3C3;� 1 (x) &#x2260; x et la substitution &#x3C3;&#x3B1;&#x3C3;� 1 &#x2208; V4 d�apr�s la deuxi�me forme de la propri�t� caract�ristique des �l�ments de V4.</p><p>E. S.</p><p>F Combinatoire (analyse) / D�terminant /</p><p>Groupe.</p><p>P. Dubreil, Alg�bre, t. I : �quivalences, op�-</p><p>rations, groupes, anneaux, corps (Gauthier-Villars, 1946 ; nouv. �d., 1963). / A. G. Kurosh.</p><p>The Theory of Groups (en russe, Moscou, 1953 ; trad. angl., New York, 1955-56, 2 vol.). / P. Du-</p><p>breil et M. L. Dubreil-Jacotin, Le�ons d�alg�bre moderne (Dunod, 1961 ; 2e �d., 1964).</p><p>subventions</p><p>Sommes vers�es par l��tat* (ou une collectivit�* locale) � une soci�t�*, � une entreprise*, � un individu.</p><p>Ces sommes font partie des aides financi�res de l��tat. Ce sont des � aides � fonds perdus �, n�impliquant aucun remboursement ult�rieur du b�n�fi-downloadModeText.vue.download 499 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10454</p><p>ciaire (contrairement aux � concours financiers �, c�est-�-dire pr�ts, avances, garanties). Les subventions sont le fait d�un � �tat-providence � qui, selon l�int�r�t g�n�ral, aide des secteurs d�favoris�s et qui, devant les obligations qu�il impose aux producteurs de biens* et de services, se voit oblig� de les prendre en charge ou de les aider partiellement.</p><p>Les diff�rents types</p><p>de subventions</p><p>On distingue trois sortes de subventions, diff�renci�es par la qualit� de leur r�gime et de leurs b�n�ficiaires : y les subventions administratives, sommes vers�es par l��tat � une collectivit� publique de rang inf�rieur ; y les subventions publiques ; sommes attribu�es par une collectivit� publique � une personne priv�e, physique ou morale, pour susciter, encourager ou soutenir des initiatives dans des domaines d�int�r�t g�n�ral ; y les subventions �conomiques, qui, selon l�Inventaire de la situation financi�re de la France (1946), sont</p><p>� �gales � la diff�rence entre le prix r�el de revient et le prix de vente impos� d�une marchandise ou d�un service, (et) ont essentiellement pour fonction de stabiliser les prix* ou de les maintenir artificiellement bas �.</p><p>Les subventions �conomiques re-</p><p>l�vent d�un service de la Direction du budget*. Nous les trouvons, dans la nomenclature des d�penses de la loi de finances : dans les d�penses ordinaires et de transfert au titre IV, interventions publiques, 4e partie (action �conomique : encouragement et intervention) et 5e partie (action �conomique : subventions aux entreprises d�int�r�t national) ; dans les d�penses en capital au titre VI (investissements ex�cut�s avec le concours de l��tat dans le cadre des subventions [agriculture, �nergie, usines, transports et t�l�communications, entreprises industrielles et commerciales, logement et urbanisme]).</p><p>Initialement, on rencontre deux</p><p>sortes de subventions �conomiques : des subventions compensatrices de prix</p><p>� l��tat prend en charge une partie du prix des denr�es essentielles, permettant ainsi d�en fixer un prix relativement peu �lev� (ex. : pain) � et des subventions � la production*, accord�es � des groupes de producteurs (industrie-agriculture) dont l�activit� est d�une faible rentabilit� ou dont l�importance est vitale pour l��conomie.</p><p>On peut distinguer encore des allocations en esp�ces pour toute quantit� suppl�mentaire produite (remises sur les biens d�investissement* acquis par le producteur, sous forme de ristournes, de primes d�indemnit�s [agriculture, aide � l�exportation]).</p><p>Les secteurs particuliers</p><p>L�agriculture</p><p>Seuls les pouvoirs publics peuvent limiter les effets n�fastes des lois du march� sur les revenus* des paysans et fournir les moyens indispensables � la modernisation des structures. Les concours de l��tat sont r�partis en trois rubriques.</p><p>L�ACTION SUR</p><p>LES MARCH�S AGRICOLES</p><p>Une politique de soutien des prix et de prix garantis tente de limiter la d�t�-</p><p>rioration des revenus des agriculteurs, d�orienter la production et de faciliter les exportations. Ces subventions se pr�sentent sous diverses formes.</p><p>1. Subventions au F. O .R. M. A.</p><p>(Fonds d�orientation et de r�gu-</p><p>larisation des march�s agricoles).</p><p>Le F. O. R. M. A. coordonne et</p><p>concentre les moyens financiers accord�s pour soutenir l�ensemble des march�s agricoles (sauf c�r�ales, sucre, ol�agineux, tabacs, alcools).</p><p>2. Subventions �conomiques et comptes de commerce. Il s�agit de redistributions aux exportateurs de c�r�ales et de sucre pour rem�dier aux r�percussions des productions exc�dentaires, ainsi que de versements de primes pour les ol�agineux.</p><p>L�ACTION SUR</p><p>L�APPAREIL DE PRODUCTION</p><p>Au niveau des structures et des conditions de production. On tente de stimuler l�action des hommes par : des subventions d�installation (installation, agrandissement, cr�ation d�exploitation dans un domaine abandonn�</p><p>[art. 184 code rural]) ; des aides aux investissements agricoles pour financer la modernisation (ex. : ristourne de 15 p. 100 sur l�achat du mat�riel agricole neuf en 1955) ; des aides � la transformation et � la commercialisation des produits agricoles (stockage) sous forme de subventions sp�ciales et de � pr�ts bonifi�s � (l��tat verse annuellement une subvention � la Caisse nationale de Cr�dit agricole pour compenser la diff�rence entre le co�t des capitaux collect�s et les int�r�ts procur�s par les pr�ts bonifi�s, ce qui permet de pr�ter aux agriculteurs � des taux favorables) ; des subventions d��quipement pour financer des travaux d�am�-</p><p>nagement foncier, d�adduction d�eau et de construction rurale, dont b�n�ficient des zones sp�ciales d�action rurale et des zones d�sh�rit�es (loi du 8 ao�t 1962) dans le cadre des grands am�-</p><p>nagements r�gionaux (subventions de 50 � 70 p. 100). Actuellement, le Fonds europ�en d�orientation et de garantie agricoles (F. E. O. G. A.), dans le cadre de la politique communautaire (section</p><p>� orientation �), regroupe les d�penses relatives aux structures agraires sous la forme de subventions aux investissements sur la base d�un taux maximal de 25 p. 100 de l�effort � r�aliser, avec possibilit� d�atteindre 45 p. 100.</p><p>Au niveau de la production. Les m�-</p><p>thodes d�incitation agissent dans deux sens : augmentation ou limitation de la production ; une prime est vers�e par l��tat aux cultivateurs renon�ant � certaines cultures (ex. : vigne [art. 31</p><p>du d�cret du 30 septembre 1953]) ou s�engageant � en d�velopper d�autres (reboisement [art. 200 du code forestier] ; culture de l�olivier). Actuellement, les subventions sont �troitement r�glement�es dans le cadre du March� commun agricole : le F. E. O. G. A. les accorde dans le cadre de programmes communautaires.</p><p>L�ACTION AU NIVEAU DE</p><p>LA COMMERCIALISATION</p><p>Du fait de la surproduction dans certains domaines, l�exportation est une n�cessit�. L��tat a d� pendant longtemps subventionner les exportations en raison des diff�rences entre les prix int�rieurs fran�ais et les cours mondiaux. Actuellement, le F. E. O. G. A.</p><p>prend en charge ses d�penses pour les exportations effectu�es vers les pays ext�rieurs � la communaut�.</p><p>L�industrie</p><p>L�aide � l�industrie peut �tre envisag�e d�un point de vue sectoriel et d�un point de vue g�ographique.</p><p>y D�un point de vue sectoriel, les subventions s�adressent � des secteurs en crise ou en restructuration : aide � la construction navale, qui est une subvention pure et simple aux chantiers navals (400 millions de francs en 1970) ; aide � l�industrie informatique, pr�vue par le � plan calcul �</p><p>(convention du 13 avril 1967) sous forme de march�s d��tudes et de</p><p>recherches qui sont en fait des subventions � fonds perdus ou de subventions remboursables en cas de succ�s.</p><p>y D�un point de vue g�ographique, l�aide au d�veloppement r�gional, depuis 1955, est consentie pour favoriser l�implantation d�activit�s nouvelles dans les r�gions en d�clin, sous forme de primes d�investissements (prime de d�veloppement industriel, prime d�adaptation industrielle, prime</p><p>de location de service). Elle pose des probl�mes de m�thode, la meilleure solution semblant l�action sur les infrastructures (communications et t�l�-</p><p>communications) plut�t que l�octroi de subventions en faveur des investissements des entreprises afin de les attirer dans une zone donn�e.</p><p>Le logement</p><p>Dans le secteur H. L. M., le financement de ces logements* provient pour l�essentiel de la caisse de pr�ts aux H. L. M., aliment�e en partie par des subventions de l��tat.</p><p>Le financement des</p><p>entreprises publiques</p><p>Il s�op�re par des subventions, parfois des subventions d�guis�es : certains pr�ts aux entreprises publiques sont finalement consolid�s sous forme de � dotations en capital � (tant�t apports de capitaux, tant�t consolidations de pr�ts du F. D. E. S.).</p><p>Les subventions</p><p>On peut distinguer des subventions compensatrices (charges sp�ciales, refus de hausse de tarif), d��quilibre (pour combler le d�ficit) et d��quipement (correspondant � des investissements pr�cis). En 1970, le total des subventions �tait de 2 000 millions de francs. Ces entreprises subventionn�es concernent le domaine de l��nergie (Gaz de France, Charbonnages de France, E. D. F., Compagnie nationale du Rh�ne), et les transports (S. N. C. F., R. A. T. P., A�roport de Paris, Air France).</p><p>Un exemple : la S. N. C. F.</p><p>Le principe recherch� est l��quilibre du compte d�exploitation. Il est naturellement poursuivi dans d��ventuelles adaptations de tarifs (convention de 1921 : majoration automatique des tarifs en cas de d�ficit).</p><p>Mais l�exp�rience en a r�v�l� le caract�re illusoire. La r�forme de 1937 conjugue d��ventuels rel�vements tarifaires et des subventions � fonds perdu de l��tat.</p><p>Cette subvention d��quilibre joue dans deux cas : si, � la suite des rel�vements tarifaires, il demeure une insuffisance de recettes et si, � la fin de chaque exercice, le compte d�exploitation est d�ficitaire.</p><p>En principe subsidiaire, venant apr�s un</p><p>pr�l�vement sur un fonds de r�serve, elle comble en fait les d�ficits d�exploitation.</p><p>Air France</p><p>On trouve le m�me principe de l��quilibre budg�taire. Mais, pour tenir compte des obligations particuli�res (ex. : acquisitions au prix fix� par l��tat de certains types d�appareils [C. E. arr�t 12.12.53, Syndicat national des transports a�riens]) qui lui sont impos�es dans l�int�r�t g�n�ral, Air France peut recevoir des subventions de downloadModeText.vue.download 500 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10455</p><p>l��tat (ex. : subventions d��quipement, loi de 1948, art. 12). La formule de ces subventions a �t� modifi�e par des d�crets du 30 septembre 1953.</p><p>M. T. L. P.</p><p>A. de Laubad�re, Trait� �l�mentaire de droit administratif (L. G. D. J., 1966). / M. Lali-gant, l�Intervention de l��tat dans le secteur agricole (L. G. D. J., 1969). / J. de Gaudusson, l�Agriculture et les finances publiques (A. Colin, coll. � U 2 �, 1970). / P. Fourneret, l�Administration �conomique (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1972).</p><p>succession</p><p>R�gime juridique des biens* et des obligations transmis � cause de mort.</p><p>Lors de son d�c�s, et par le fait m�me de son d�c�s, la personne transmet les droits et les obligations dont elle �tait titulaire ou redevable aux individus d�sign�s (par la loi ou par la volont� du d�funt) pour les recueillir.</p><p>� Le mort saisit le vif, son hoir le plus proche habile � lui succ�der. � En droit fran�ais, la transmission h�r�ditaire est fond�e sur la consanguinit� : pour h�riter, il faut �tre du m�me sang.</p><p>Ainsi, le fils h�rite de son p�re, le fr�re de son fr�re (mais pas l��poux, qui n�est pas du m�me sang et qui, jusqu�� une �poque r�cente, ne pouvait b�n�ficier que d�un droit en usufruit* tr�s limit� ; l��poux n�est pas encore compl�tement assimil� � un h�ritier et il ne b�n�ficie</p><p>pas encore d�une � r�serve �). Ce n�est qu�� d�faut de fr�res ou soeurs ou de descendants de fr�res ou soeurs que le conjoint recueille la totalit� de la succession, �liminant les collat�raux ordinaires. C�est � d�faut de descendants, d�ascendants, de conjoint et de collat�raux que l��tat* peut appr�hender la totalit� de la succession.</p><p>R�gles des successions :</p><p>les h�ritiers</p><p>Pour pouvoir h�riter, le sujet de droit doit exister au moment de l�ouverture de la succession. Cependant, l�enfant simplement con�u est admis � h�riter de son p�re ou � le repr�senter.</p><p>Les enfants et descendants re-</p><p>cueillent la succession de leurs parents ou grands-parents ; les ascendants sont h�ritiers de leurs enfants ou descendants si ces derniers n�ont pas laiss� de post�rit� ; � d�faut de descendants ou d�ascendants, la succession est recueillie par les fr�res ou soeurs ou leurs descendants, par le conjoint survivant et par les collat�raux ordinaires jusqu�au sixi�me degr�. La proximit� de parent� s��tablit par le nombre de g�n�rations ; chaque g�n�ration s�appelle un degr�. La suite des degr�s forme la ligne.</p><p>La ligne directe est form�e par la suite des personnes qui descendent l�une de l�autre ; la ligne collat�rale est constitu�e par les personnes qui ne descendent pas les unes des autres, mais qui proviennent d�un auteur commun.</p><p>En ligne directe, on compte autant de degr�s qu�il y a de g�n�rations entre les personnes (le fils est au premier degr� par rapport � son p�re d�funt, le petit-fils au deuxi�me, l�arri�re-petit-fils au troisi�me). En ligne collat�rale, les degr�s se comptent par g�n�rations, depuis le d�funt jusques et non compris l�auteur commun et depuis celui-ci jusqu�� l�autre parent (deux fr�res sont au deuxi�me degr�, l�oncle et le neveu au troisi�me, les cousins germains au quatri�me).</p><p>Les successions �chues soit aux</p><p>ascendants, soit aux collat�raux se divisent en deux parts �gales : l�une pour les parents de la ligne paternelle,</p><p>l�autre pour les parents de la ligne maternelle. C�est le principe dit de</p><p>� la fente �. Les parents consanguins ou ut�rins ne prennent part que dans leur ligne, sauf s�il n�y a de fr�res ou soeurs que d�un c�t�. Dans ce cas, ils succ�dent � la totalit�, � l�exclusion de tous autres parents de l�autre ligne.</p><p>Une fois la division faite entre la ligne paternelle et la ligne maternelle, il n�y a plus de division. La portion d�volue � chaque ligne appartient � l�h�ritier ou aux h�ritiers les plus proches en degr�s, sauf le cas de la repr�sentation.</p><p>Ascendants et</p><p>collat�raux privil�gi�s</p><p>Les ascendants recueillent la succession de leur descendant si celui-ci est d�c�d� sans post�rit� et ne laisse ni fr�re, ni soeur, ni neveu. La succession se divise alors par moiti� entre les ascendants de la ligne paternelle et ceux de la ligne maternelle. Si le d�funt a laiss� � la fois son p�re et sa m�re ainsi que des fr�res ou soeurs ou des neveux, une moiti� est d�volue aux ascendants et l�autre moiti� aux fr�res ou soeurs ou aux neveux, � collat�raux privil�gi�s �.</p><p>Si l�un des p�re ou m�re est pr�d�c�d�, les collat�raux privil�gi�s (fr�res ou soeurs ou leurs descendants) recueillent les trois quarts de la succession et le p�re ou la m�re survivant le dernier quart. Les fr�res ou soeurs ou neveux, s�ils ne sont pas en concours avec des ascendants, recueillent la totalit� de la succession.</p><p>Successions collat�rales</p><p>� d�faut de fr�res ou soeurs ou de neveux et � d�faut d�ascendants dans une ligne, la succession est d�volue en entier aux ascendants de l�autre ligne ; s�il n�y a pas d�ascendants dans l�une et l�autre ligne, la succession est d�volue par moiti� aux parents les plus proches dans chaque ligne. S�il y a plusieurs parents au m�me degr�, ceux-ci partagent par t�tes.</p><p>On ne peut h�riter, sauf pour les descendants des fr�res ou soeurs du d�funt, au-del� du sixi�me degr�. Toutefois, si le d�funt est incapable de tester ou s�il est frapp� d�interdiction l�gale, les collat�raux peuvent h�riter jusqu�au</p><p>douzi�me degr�. S�il n�y a ni conjoint ni parents au degr� successible dans une ligne, les parents de l�autre ligne succ�dent pour le tout.</p><p>Repr�sentation</p><p>C�est une fiction de la loi, dont l�effet est de remplacer un h�ritier d�funt par ses enfants ou descendants.</p><p>En ligne directe descendante, elle a lieu � l�infini.</p><p>Elle n�existe pas au profit des ascendants, le plus proche excluant toujours le plus �loign�.</p><p>Elle joue en ligne collat�rale uniquement en faveur des enfants et descendants de fr�res ou soeurs.</p><p>Dans tous les cas o� la repr�sentation est admise, le partage se fait par souches.</p><p>L�enfant qui a renonc� � la succession de son p�re peut le repr�senter s�il vient � recueillir une succession en concours avec des oncles ou des tantes.</p><p>Enfants naturels et adult�rins</p><p>y Jusqu�� une �poque r�cente, les enfants naturels n�avaient que des droits r�duits dans la succession de leur auteur. Les enfants adult�rins n�avaient aucun droit, la reconnaissance de leur �tat �tant interdite par la loi, qui ne leur attribuait qu�une �ventuelle vocation � des aliments et � l�apprentissage d�un � art m�canique �, le tout laiss� � la libre discr�tion de leur p�re ou m�re. Il a fallu attendre la loi du 25 mars 1896 pour qu�un droit de succession limit� soit accord� aux enfants naturels. Mais c�est la loi du 3 janvier 1972 qui est venue attribuer � l�enfant naturel, dont la filiation est r�guli�rement �tablie, les m�mes droits qu�un enfant l�gitime sur les successions de ses p�re et m�re et autres ascendants ainsi que sur les h�r�dit�s de ses fr�res ou soeurs et autres collat�raux.</p><p>y Quant aux enfants adult�rins, ils viennent eux aussi � la succession de leur auteur, mais, s�ils sont en concours avec le conjoint ou avec des enfants l�gitimes, n�s de l�union pen-</p><p>dant laquelle l�adult�re a �t� commis, ils ne recevront qu�une moiti� de la part qu�ils auraient eue s�ils avaient �t� l�gitimes. Le parent adult�rin peut �carter l�enfant adult�rin de l�op�ration de liquidation de sa succession en lui faisant, de son vivant, une attribution suffisante et en stipulant qu�elle a lieu en r�glement anticip� de ses droits successoraux. Cette attribution n�aura le caract�re de r�glement anticip� de la succession que si un mandataire est d�sign� pour repr�-</p><p>senter l�enfant adult�rin aux op�rations de liquidation et de partage, au cours desquelles il sera d�termin� si l�attribution exc�de ou est inf�rieure aux droits de l�enfant adult�rin dans la succession de son auteur.</p><p>L��tat h�ritier</p><p>� d�faut d�h�ritiers du sang, de conjoint ou de l�gataire, la succession est d�volue � l��tat.</p><p>Comourants</p><p>Dans notre p�riode moderne, il arrive assez fr�quemment que des personnes respectivement appel�es � la succession l�une de l�autre disparaissent dans le m�me �v�nement sans que l�on puisse d�terminer celle qui est morte la premi�re, par exemple dans un accident d�auto ou d�avion.</p><p>C�est la th�orie dite � des comorientes �</p><p>qui �tablit des pr�somptions de survie d�termin�es par des circonstances de fait et, � leur d�faut, par la force de l��ge ou du i sexe. Les articles 721 � 724 du Code civil �tablissent ces r�gles, qui posent dans la pratique des cas parfois fort difficiles � r�soudre.</p><p>Acceptation,</p><p>renonciation,</p><p>acceptation b�n�ficiaire</p><p>L�h�ritier peut accepter ou renoncer � la succession. S�il accepte, il recueille tout l�actif de la succession, mais il est tenu d�acquitter int�gralement le passif et � payer � l��tat les droits de mutation par d�c�s. S�il veut s�exon�-</p><p>rer de ces charges, il doit renoncer � la succession par une d�claration faite au greffe du tribunal de grande instance du lieu o� s�est ouverte la succession. Pour ne pas �tre amen� � payer</p><p>plus qu�il ne re�oit, il peut accepter la succession sous b�n�fice d�inventaire downloadModeText.vue.download 501 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10456</p><p>par une d�claration faite au greffe du tribunal de grande instance, suivie d�un inventaire des �l�ments actifs ou passifs de la succession fait dans les trois mois. Il aura ensuite un d�lai de quarante jours pour d�lib�rer. Il peut vendre les meubles sur autorisation de justice aux ench�res publiques, mais il ne peut ali�ner les immeubles que par adjudication publique. Il doit rendre compte aux cr�anciers du r�sultat de ces op�rations.</p><p>Usufruit l�gal du conjoint</p><p>survivant</p><p>Le conjoint n�est pas un v�ritable h�ritier : il ne tient ses droits que de la loi (qui, jusqu�� une �poque r�cente, ne lui accordait qu�un droit d�usufruit tr�s modique en pr�sence de descendants ou d�ascendants, ou de collat�raux privil�gi�s) ou que d�une disposition de volont� de son �poux (qui ne pouvait, d�ailleurs, disposer au profit de son conjoint que d�une fraction moindre que celle dont il pouvait disposer au profit d�une autre personne).</p><p>Ce n�est qu�en l�absence de descendants, d�ascendants, de fr�res ou soeurs, de neveux que le conjoint peut recueillir la totalit� de la succession de son �poux.</p><p>Le conjoint qui ne succ�de pas � la pleine propri�t� a sur la succession de son �poux pr�d�c�d� un droit d�usufruit qui est d�un quart en pr�sence d�enfants l�gitimes ou naturels, de moiti� en pr�sence de fr�res ou soeurs, de neveux, d�ascendants ou d�enfants adult�rins. Cet usufruit peut, d�ailleurs, �tre converti en une rente viag�re � la demande des enfants.</p><p>Successions vacantes</p><p>S�il ne se pr�sente personne pour r�clamer une succession, celle-ci est d�clar�e vacante, et le tribunal de grande instance nomme un curateur qui proc�de � sa liquidation.</p><p>Indivision</p><p>Quand plusieurs h�ritiers sont appel�s ensemble � recueillir un h�ritage, ils sont dits � �tre dans l�indivision �.</p><p>L�article 815 du Code civil, tr�s souvent �voqu�, stipule que nul ne peut �tre contraint de rester dans l�indivision et que le partage peut toujours �tre provoqu�. Il peut, cependant, �tre convenu que le bien restera dans l�indivision ; ce pacte d�indivision ne peut pas d�-</p><p>passer une dur�e de cinq ans, mais il peut �tre renouvel�. D�autre part, on peut maintenir dans l�indivision, m�me sans l�accord des parties et par d�cision du tribunal, une exploitation* agricole constituant une unit� �conomique et dont la mise en valeur �tait assur�e par le d�funt ou son conjoint.</p><p>Partage</p><p>S�il y a des mineurs ou des incapables parmi les h�ritiers, l�action en partage doit �tre poursuivie devant le tribunal, (lui commet un notaire* pour proc�der aux op�rations de compte, de liquidation et de partage, et qui ordonne toutes les mesures n�cessaires pour y parvenir.</p><p>Si tous les h�ritiers ont leur pleine capacit�*, le partage peut �tre fait � l�amiable en s�effor�ant d��viter de morceler les h�ritages et de diviser les exploitations. Afin d��viter le morcellement des exploitations agricoles, l�article 832 du Code civil pr�voit que le conjoint survivant ou tout h�ritier copropri�taire, � la condition qu�il ait particip� � l�exploitation, peut se la faire attribuer pr�f�rentiellement, � charge de verser une soulte au profit de ses coh�ritiers. Les m�mes r�gles sont valables pour toute entreprise* commerciale, industrielle ou artisanale non exploit�e sous forme sociale et dont l�importance n�exclut pas le caract�re familial.</p><p>Pour �tablir la masse partageable, l�h�ritier doit rapporter les dons qu�il a re�us du d�funt soit directement, soit indirectement. Ces dons ne peuvent �tre retenus que s�ils n�ont pas exc�d� la � quotit� disponible �, c�est-�-dire s�ils ont maintenu intacte la � r�serve �</p><p>que la loi reconna�t aux h�ritiers en ligne directe. Il en est de m�me pour les legs. Cette r�serve est d�une moiti� si le d�funt ne laisse qu�un seul enfant, des deux tiers s�il laisse deux enfants, de trois quarts s�il laisse trois enfants ou plus.</p><p>Il est accord� une r�serve aux ascendants s�ils sont h�ritiers : elle est d�un quart pour chacun d�eux. Il n�est pas accord� de r�serve aux fr�res ou soeurs ou aux neveux, pas plus d�ailleurs qu�au conjoint survivant. L�enfant adult�rin est compt� pour l��tablissement de la r�serve et de la quotit� disponible quand il vient en concours avec des enfants l�gitimes, mais la part qui lui revient est diminu�e de moiti�, l�autre moiti� profitant aux enfants l�gitimes.</p><p>Le rapport des dons se fait � en moins prenant � et est d� sur la valeur du bien donn� au moment du partage, d�apr�s son �tat au moment de la donation. L�h�ritier a la facult� d�effectuer le rapport en nature du bien donn� si celui-ci existe toujours au moment du partage, mais � la condition qu�il soit libre de toute charge ou occupation.</p><p>Il doit alors �tre tenu compte � l�h�ritier rapporteur des am�liorations qu�il a apport�es au bien donn�, mais cet h�ritier supporte les d�gradations ou d�t�riorations que le bien a subies. Si le bien donn� d�passe la valeur de la part revenant � l�h�ritier, le donataire doit une indemnit� �quivalente � ce qui d�passe la valeur de son lot.</p><p>Les partages peuvent �tre rescind�s (c�est-�-dire remis en question) pour cause de violence ou de dol. Si un h�ritier s�estime l�s� de plus d�un quart, il peut demander la rescision du partage.</p><p>L�action en rescision se prescrit par cinq ans.</p><p>D�volution de la</p><p>succession par</p><p>donation ou testament</p><p>Il est possible � une personne de modifier la d�volution l�gale de sa succession en disposant de ses biens soit par donation*, soit par testament, soit par une institution contractuelle dans son contrat* de mariage*.</p><p>Le testament peut �tre olographe, c�est-�-dire �crit, dat� et sign� de la main du testateur, ou authentique, c�est-�-dire re�u par un notaire � qui le testateur dicte ses derni�res volont�s (le testament dit � mystique � est peu employ�). Comme, en pratique, beaucoup de testaments d�pos�s chez des notaires, des banquiers ou avocats ne sont pas ex�cut�s faute, par les d�positaires, d��tre inform�s du fait du d�c�s du testateur, le Conseil de l�Europe a �tabli une convention (B�le, 16 mai 1972) relative � la cr�ation d�un syst�me d�inscription des dispositions de derni�res volont�s, et une loi du 6 juin 1973 a autoris� pour la France l�approbation de cette convention. Un fichier des actes des derni�res volont�s a �t� cr�� � l�initiative du notariat et fonctionne au si�ge du Conseil r�gional des notaires du ressort de la cour d�appel d�Aix-en-Provence.</p><p>Les successions et le fisc</p><p>Les droits de mutation par d�c�s en ligne directe peuvent aller jusqu�� 20 p. 100</p><p>de l�actif successoral et jusqu�� 60 p. 100</p><p>pour les successions recueillies par des collat�raux ou des l�gataires �trangers � la succession.</p><p>En ligne directe, des abattements sont accord�s jusqu�� un certain chiffre par parts (actuellement 175 000 F) ; en ligne collat�rale, un abattement symbolique (actuellement de 10 000 F) est �galement consenti. Des r�ductions pour charges de famille sont �galement accord�es.</p><p>Un d�lai de six mois, la plupart du temps tr�s insuffisant, est accord� pour souscrire la d�claration de succession. Les paie-ments des droits hors d�lai sont frapp�s de lourdes p�nalit�s.</p><p>R�duction des</p><p>donations et des legs</p><p>Comme il a �t� dit, les dispositions par donations entre vifs ou par testaments peuvent �tre r�duites si le d�funt laisse des h�ritiers � r�serve (descendants ou ascendants) et si la quotit� disponible a �t� d�pass�e.</p><p>Les donations au profit du conjoint</p><p>� appel�es dans la pratique donations</p><p>entre �poux ou donations au dernier vivant � b�n�ficient d�une quotit� disponible sp�ciale. Le conjoint survivant peut en effet recevoir soit une moiti�, soit un tiers, soit un quart en pleine propri�t� suivant qu�il y a un ou deux ou trois h�ritiers r�servataires et il peut recevoir en outre le reste de la succession en usufruit. Il peut opter aussi pour l�attribution de la totalit� de la succession en usufruit.</p><p>S�il est en concours avec des ascendants r�servataires, ceux-ci re�oivent le quart ou la moiti� que constitue leur droit, mais en usufruit seulement.</p><p>J. V.</p><p>H. Soum, la Transmission de la succession testamentaire (L. G. D. J., 1957). / Le R�gime fiscal des successions (Libr. du Journal des notaires et des avocats, 1958). / R. Chauveau, la Pratique des successions (Delmas, 1963). /</p><p>M. Vialleton, les Successions (A. Colin, 1963).</p><p>/ F. Boulanger, �tude comparative du droit international priv� des successions en France et en Allemagne (L. G. D. J., 1 964). / Les R�gimes matrimoniaux et les successions en droit international priv� dans les six pays du March� commun (Bruylant, Bruxelles, 1965). / R. Guimbel-lot, les Successions (Sirey, 1967).</p><p>Succession</p><p>d�Autriche</p><p>(guerre de la)</p><p>Conflit qui opposa en Europe, de 1740</p><p>� 1748 la Prusse, la France, la Bavi�re, la Saxe et l�Espagne � l�Autriche, dont l�alli�e �tait l�Angleterre.</p><p>Tandis que Grande-Bretagne et</p><p>Espagne s�affrontent depuis un an, le d�c�s inattendu de l�empereur Charles VI* (20 oct. 1740) est l�occasion d�une remise en cause g�n�rale de l��quilibre europ�en, n� des trait�s de 1713-14 et longtemps sauvegard� par le pacifisme de Fleury et Walpole*. Un long conflit en d�coule, � la fois colonial, dans lequel la France downloadModeText.vue.download 502 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10457</p><p>rejoint l�Espagne (1744), et continental apr�s l�invasion, en d�cembre 1740, de la Sil�sie par Fr�d�ric II* de Prusse, d�sireux de monnayer sa voix �lectorale. Une double menace vise alors les Habsbourg : la perte de la dignit� imp�riale �lective, vu l�incapacit� juridique de Marie-Th�r�se* d�y pr�-</p><p>tendre, et le d�mant�lement de leurs �tats h�r�ditaires, malgr� l�acceptation par l�Empire (1732), les puissances europ�ennes et germaniques � Bavi�re except�e � du principe, d�fini par la pragmatique sanction de 1713, de leur transmission indivisible � la descendance, m�me f�minine, de Charles VI.</p><p>La comp�tition �lectorale oppose Fran�ois de Lorraine, grand-duc de Toscane et �poux de Marie-Th�r�se, � l��lecteur Charles Albert de Bavi�re, qui conteste � celle-ci la couronne de Boh�me en tant que descendant direct de la fille a�n�e de l�empereur Ferdinand Ier. Sur l�initiative du mar�chal de Belle-Isle (1684-1761), une alliance est sign�e entre Charles Albert et l�Espagne au ch�teau de Nymphenburg le 28 mai 1741. Face � la coalition foment�e par l�actif Belle-Isle, qui regroupe la Prusse, la Bavi�re, l�archev�ch� de Cologne, tenu par un Wittelsbach, la Saxe (sept.) et, � terme, la Boh�me, soit cinq voix �lectorales sur neuf, Marie-Th�r�se, d�j� battue � Mollwitz (auj. Malujowice, Pologne)</p><p>[10 avr.], en est r�duite � attendre les subsides de Georges II d�Angleterre, �lecteur de Hanovre, et les contingents de Hongrie, dont elle est reine depuis le 25 juin. La tr�ve austro-prussienne de Klein-Schnellendorf, impr�vue (9 oct.), n�arr�te pas l�offensive franco-bavaroise, qui m�ne Charles Albert de Linz � Prague (26 nov.) et lui assure les couronnes boh�mienne et imp�-</p><p>riale (Charles VII, 24 janv. 1742) au prix de l�occupation de la Bavi�re par l�Autriche (f�vr.). Inquiet, Fr�d�ric II reprend la lutte ; victorieux � Chotu-sitz (auj. Chotusice, Tch�coslovaquie)</p><p>[17 mai], il obtient la Sil�sie et le comt� de Glatz au trait� de Berlin (28 juill.), qui cl�t la premi�re guerre de Sil�sie et que prolonge la paix austro-saxonne de septembre. � d�couvert d�sormais, Belle-Isle quitte Prague, d�fendue par Fran�ois de Chevert (1695-1769), qui</p><p>capitule (2 janv. 1743). Le 12 mai, Marie-Th�r�se s�y fait couronner.</p><p>L�Angleterre, sous l�impulsion de John Carteret (1690-1763), oriente alors le conflit dans des voies nouvelles avec l�intervention de son arm�e</p><p>� pragmatique �, victorieuse, � Det-tingen, sur le Main, des Fran�ais, qui �vacuent l�Allemagne (23 juin). Alli�e exigeante, qui menace de supprimer ses subsides, elle s�efforce d�engager sur d�autres fronts l�Autriche, d�j� attaqu�e dans ses possessions italiennes (Milanais, Parme) par l�Espagne, et l�invite � intensifier son action aux Pays-Bas pour y fixer le gros de l�arm�e fran�aise. Le trait� de Worms (sept.</p><p>1743), auquel adh�re la Sardaigne-Savoie, couronne ses vis�es, mais provoque la rupture officielle de Versailles avec Londres et Vienne (f�vr. -</p><p>avr. 1744). L�Alsace red�couvre alors l�invasion avec les raids des cavaliers hongrois au large de Strasbourg, tandis que la France s�empare du Pi�mont-Savoie, pr�pare le d�barquement en �cosse du pr�tendant Charles �douard Stuart et obtient la rentr�e en guerre de Fr�d�ric II, qui s�empresse d�occuper la Boh�me en ao�t.</p><p>En 1745, une animation intense</p><p>r�gne sur tous les fronts. Battue au Canada � Louisbourg (juin), la France, par sa victoire de Fontenoy (11 mai), force les portes des Pays-Bas autrichiens, et les jacobites menacent Londres (d�c.).</p><p>� trois reprises, de juin � d�cembre, Fr�d�ric II bouscule les Austro-Saxons du beau-fr�re de Marie-Th�r�se,</p><p>Charles de Lorraine (1712-1780), aux confins boh�mo-sil�siens (Hohenfrie-deberg [auj. D&#x105;bromierz], Soor, Kes-selsdorf). Cependant, la mort impr�vue de Charles VII Albert (20 janv. 1745) ranime la querelle imp�riale. Malgr� les pressions fran�aises, Fran�ois de Lorraine est �lu empereur le 13 septembre ; la Bavi�re, en reconnaissant enfin la pragmatique sanction par le trait� de F�ssen (22 avr.), et la Saxe ont ralli� sa cause et neutralis� Fr�d�-</p><p>ric II. Isol�, ce dernier n�gocie avec George II (convention de Hanovre, juill.) et met fin � la deuxi�me guerre de Sil�sie. Le trait� de Dresde (25 d�c.) confirme celui de Berlin et restitue la Boh�me � Marie-Th�r�se.</p><p>Achev�e � l�est, la guerre s�intensifie ailleurs par la volont� du marquis d�Argenson (1694-1757), du duc de Newcastle (1693-1768) ensuite. Si la d�faite de Culloden an�antit les espoirs et la diversion jacobites (16 avr. 1746), les Fran�ais, malgr� l�invasion de la Provence par les Austro-Sardes (�t�), accumulent les succ�s aux Indes (prise de Madras, sept.) et aux Pays-Bas, m�-</p><p>thodiquement conquis par le mar�chal de Saxe apr�s sa victoire de Rocourt (oct.), pr�lude � une action g�n�rale, au printemps de 1747, contre les Provinces-Unies, alli�es � l�Angleterre, et inaugur�e par la prise de Bergen op Zoom (16 sept.).</p><p>Cette menace sur les bouches de</p><p>l�Escaut inqui�te l�Angleterre apr�s l��chec de sa tentative de dissocier l�alliance franco-espagnole lors des conversations de Breda, avec la France, et de Lisbonne, avec le nouveau roi d�Espagne Ferdinand VI. L�Angleterre consent alors � rejoindre � Aix-la-Chapelle les pl�nipotentiaires des sept puissances encore bellig�rantes (janv.</p><p>1748). Press� d�en finir et soucieux de ne pas indisposer la Prusse ni d�alarmer l�Angleterre, Louis XV* rejette les propositions, faites par H. von Br�hl (1700-1763) et W. A. von Kaunitz (1711-1794), d�un rapprochement franco-autrichien en �change d�avantages territoriaux aux Pays-Bas. Aussi traite-t-il d�abord avec Londres et la Hollande sur la base d�une restitution r�ciproque des conqu�tes coloniales et l��vacuation sans compensation des Pays-Bas (30 avr.). Le trait� final du 18 octobre est � la charge exclusive des Habsbourg. Leurs possessions italiennes sont entam�es : la Sardaigne-Savoie conserve le Milanais occidental entre la Sesia et le Tessin ; les duch�s de Parme et de Plaisance passent � une branche cadette des Bourbons d�Espagne, d��us de ne pas recouvrer Gibraltar et Minorque. Enfin, la reconnaissance de la pragmatique sanction et de l��lection de 1745 compense mal la garantie, accord�e � la Prusse par les signataires, des cessions consenties � Dresde, � l�exception des duch�s de Teschen, de Troppau (auj. Opava), de J�gerndorf, fragments r�siduels d�une downloadModeText.vue.download 503 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10458</p><p>Sil�sie que Marie-Th�r�se ne d�sesp�re pas de r�cup�rer en totalit�, � l�occasion d�une nouvelle agression prussienne, gr�ce � l�alliance d��lisabeth de Russie conclue en 1746.</p><p>Au total, d�ceptions et rancoeurs mal dissimul�es l�emportent. L�ampleur des concessions fran�aises d�concerte le royaume, qui y voit pr�cipitation et impr�voyance, dues � une surestimation de la puissance anglaise, encore contest�e pourtant par la r�sistance de l�Empire hispano-am�ricain et le dynamisme colonial fran�ais. Pour les Habsbourg, le prix de la paix est excessif. Par rapport � 1740, le r�tablissement est spectaculaire et le d�mant�-</p><p>lement territorial limit� au maximum, mais au prix d�un surcro�t d�autonomie � la Hongrie et d�une alliance trop humiliante avec l�Angleterre. Rien d�essentiel n�est r�gl� : la rivalit� franco-anglaise demeure, et le dualisme austro-prussien mine l�Empire germanique au milieu d�une incertitude diplomatique profonde.</p><p>F. Y. L. M.</p><p>F Autriche / Fr�d�ric II le Grand / Marie-Th�r�se.</p><p>Succession</p><p>d�Espagne</p><p>(guerre de la)</p><p>Conflit europ�en qui dura de 1701 � 1714.</p><p>La difficile succession</p><p>de Charles II*</p><p>Le roi d�Espagne Charles II, dernier des Habsbourg espagnols, prince mala-dif et qui ne pouvait avoir d�h�ritiers, avait d�sign� pour lui succ�der un fils de l��lecteur de Bavi�re, Joseph Ferdinand.</p><p>Depuis la paix de Ryswick en 1697, la diplomatie europ�enne s�employait � r�gler les probl�mes de cette suc-</p><p>cession. Il y avait de nombreux comp�titeurs, les deux principaux �tant Louis XIV et l�empereur L�opold Ier, tous deux petits-fils de Philippe III d�Espagne, tous deux �poux de soeurs de Charles II. Louis XIV et la reine Marie-Th�r�se avaient bien jadis renonc� � leurs droits, mais cette renonciation, subordonn�e � des clauses qui n�avaient pas �t� respect�es, �tait consid�r�e comme nulle.</p><p>L�Angleterre et les Provinces-Unies surveillaient attentivement les projets de r�glement, car, si un Habsbourg de Vienne �tait d�sign�, c��tait l�empire de Charles Quint reconstitu�, situation mena�ante pour l��quilibre europ�en, si cher � l�Angleterre, dangereuse pour les Provinces-Unies et aussi pour le pape, qui voyait d�j� les forces imp�-</p><p>riales install�es en Italie, aux portes de Rome. Si, par contre, un Bourbon r�-</p><p>gnait en Espagne, c��tait le commerce anglais et hollandais menac� en M�diterran�e et en Am�rique espagnole.</p><p>Louis XIV, pour apaiser les craintes des Anglais et les Hollandais, signa un accord provisoire � La Haye (oct.</p><p>1698), qui d�mantelait l�Empire espagnol en attribuant diverses possessions aux Bourbons, aux Habsbourg d�Allemagne et au prince �lectoral de Bavi�re. � Madrid, cette solution se heurta au patriotisme des Espagnols et provoqua indignation et fureur.</p><p>Aussi Charles II, d�sireux de pr�server l�unit� territoriale de sa monarchie, d�-</p><p>signa-t-il pour unique h�ritier le prince bavarois, seul susceptible de recueillir la totalit� de l�h�ritage espagnol sans alarmer l�Europe (nov. 1698).</p><p>� Il n�y a plus de</p><p>Pyr�n�es. �</p><p>Mais on dut renoncer � cette solution lorsque la maladie emporta Joseph Ferdinand de Bavi�re, un enfant de six ans, le 6 f�vrier 1699. Les diplomates conclurent alors un nouvel accord, aux termes duquel l�Espagne, les Pays-Bas et l�Am�rique reviendraient au fils de L�opold, l�archiduc Charles, � la condition que ces terres ne seraient jamais r�unies � l�Empire ; la Lorraine, le Guip�zcoa et les Deux-Siciles</p><p>seraient la part du Grand Dauphin, qui pourrait les r�unir au royaume de France. Malgr� l�opposition de l�empereur, la France, l�Angleterre et les Provinces-Unies sign�rent ce trait� (11 juin 1699).</p><p>En Espagne, malgr� l�hostilit� du roi et de la reine Marie-Anne de Neu-bourg, le � parti fran�ais �, dirig� par le primat d�Espagne, le cardinal Porto-carrero (1635-1709), incita Charles II � l�guer tout son h�ritage � un petit-fils de Louis XIV, le seul prince, � leurs yeux, assez puissant pour sauvegarder l�unit� de la monarchie.</p><p>Apr�s avoir consult� le pape Innocent XII (1691-1700), qui, dans sa crainte � �tay�e par un lourd pass�</p><p>� de voir la puissance imp�riale revenir en Italie, donna un avis favorable, Charles II se r�signa : le 2 octobre 1700, un mois avant sa mort (1er nov.), il paraphait un nouveau testament, qui faisait du duc Philippe d�Anjou, deuxi�me fils du Grand Dauphin, son unique h�ritier.</p><p>La mort et le testament de Charles II furent connus � Versailles le 9 novembre ; Louis XIV, malgr� l�accord ant�rieur avec les puissances maritimes, se d�cida � accepter le testament et rendit publique sa d�cision le 16 novembre en pr�sentant en ces termes le duc d�Anjou : � Messieurs voici le roi d�Espagne ; la naissance l�appelait � cette couronne ; toute la nation l�a souhait� et me l�a demand� instamment ; ce que je leur ai accord� avec plaisir : c��tait l�ordre du Ciel. � Le Mercure de France pouvait �crire : � Il n�y a plus de Pyr�n�es. �</p><p>La grande coalition</p><p>contre la France et</p><p>les d�buts de la guerre</p><p>(1701-1703)</p><p>Louis XIV savait que son acceptation provoquerait la guerre avec L�opold Ier et sans doute avec les puissances maritimes signataires du trait� de 1700.</p><p>Il ne fit rien pourtant pour calmer les inqui�tudes des grandes puissances : p�n�tration des troupes fran�aises aux Pays-Bas espagnols, conservation au nouveau roi d�Espagne, Philippe V, et</p><p>� ses descendants de leurs droits � la couronne de France, etc.</p><p>En Angleterre et dans les Provinces-Unies, l�ouverture de l�empire colonial espagnol au commerce fran�ais souleva l�opinion, et une Grande Alliance, orchestr�e par le roi Guillaume III*</p><p>d�Angleterre, fut conclue � La Haye le 7 septembre 1701. Cette vaste coali-downloadModeText.vue.download 504 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10459</p><p>tion regroupait l�Angleterre, les Provinces-Unies, l�Empire et la plupart des princes allemands. La France, de son c�t�, avait pour alli�s l�Espagne, la Bavi�re, Cologne, le Portugal et la Savoie.</p><p>Les coalis�s disposaient de la ma�-</p><p>trise de la mer (les Anglo-Hollandais poss�daient 230 vaisseaux environ, c�est-�-dire plus de deux fois la flotte fran�aise) ; de plus, les troupes imp�-</p><p>riales, aguerries par leurs victorieuses campagnes du Danube contre les</p><p>Turcs, �taient renforc�es par des soldats fournis par les princes allemands.</p><p>Et la France devait compter avec la puissance financi�re de l�Angleterre, qui, � la fin de la guerre, entretenait de ses deniers, sur le continent, pr�s de 200 000 soldats anglais ou alli�s.</p><p>La coalition, malgr� la mort du roi Guillaume III le 19 mars 1702, d�clare la guerre � la France et � l�Espagne le 15 mai. Elle compte trois chefs �minents : le Grand Pensionnaire de Hollande, Anthonie Heinsius (1641-1720) ; Eug�ne de Savoie-Carignan (1663-1736), g�n�ralissime autrichien et grand strat�ge ; John Churchill, duc de Marlborough*, grand capitaine et habile diplomate.</p><p>Du c�t� franco-espagnol, � part</p><p>quelques grands g�n�raux, comme</p><p>Vend�me*, Villars* ou Catinat (1637-1712), il y a peu de fortes personnalit�s, et le vieux Louis XIV, priv� des grands ministres des d�buts du r�gne, doit assurer non seulement le gouvernement de la France, mais aussi celui de l�Espagne, affaiblie par l�inertie ad-</p><p>ministrative, le s�paratisme provincial et l�esprit frondeur des Grands.</p><p>Les deux premi�res ann�es de la</p><p>guerre sont, cependant, plut�t favorables � la France : le 14 octobre 1702, Villars culbute les troupes imp�riales � Friedlingen et, le 20 septembre 1703, il les bat de nouveau � H�chst�dt. Toutefois, les Franco-Bavarois ne peuvent mener � bien leur plan de marche sur Vienne ; le duc de Savoie, Victor-Am�d�e II, fait d�fection et passe aux coalis�s (nov. 1703) ; ce qui entra�nera la perte du Milanais (mars 1707).</p><p>� la suite des d�boires des Franco-Espagnols dans la guerre sur mer, le Portugal signe avec l�Angleterre, le 27 d�cembre 1703, le trait� de commerce de Methuen (du nom de l�ambassadeur anglais John Methuen [v. 1650-1706], qui engagea les n�gociations), qui ouvre aux Anglais le march� portugais et br�silien.</p><p>Les d�faites fran�aises</p><p>(1704-1709)</p><p>L�ann�e 1704 voit la victoire du Prince Eug�ne et de Marlborough sur les troupes franco-bavaroises, dirig�es par de m�diocres g�n�raux, Marsin (1656-1706) et Tallart (1652-1728), � H�chst�dt (13 ao�t). Des 50 000 hommes que comptait l�arm�e franco-bavaroise, 30 000 sont tu�s, captur�s ou en fuite : la Bavi�re doit �tre abandonn�e. En Espagne, si les Anglais ne peuvent s�emparer de Madrid, ils prennent Gibraltar (ao�t 1704) et font reconna�tre le fr�re de l�empereur, l�archiduc Charles, comme roi d�Espagne (octobre 1705).</p><p>Des propositions de paix formul�es par Louis XIV en octobre 1705 sont finalement repouss�es par Heinsius en avril 1706 ; la victoire de Marlborough sur Villeroi (1644-1730) � Ramillies le 23 mai 1706 fait perdre aux Fran�ais la plus grande partie des Pays-Bas ; cette m�me ann�e voit �galement la perte de l�Italie du Nord, apr�s la d�faite des troupes fran�aises � Turin (sept.).</p><p>Le sort de l�Espagne se joue en</p><p>1707, lorsque le duc de Berwick, James Fitzjames (1670-1734), fils naturel de l�ancien roi d�Angleterre Jacques II, oblige les Anglo-Portugais � abandon-</p><p>ner le royaume de Valence et l�Aragon, et r�tablit l�autorit� de Philippe V</p><p>sur la plus grande partie du territoire espagnol.</p><p>Apr�s d�autres d�faites sur le front nord (d�route d�Oudenaarde et prise de Lille en 1708), Louis XIV, dont l�ar-m�e est affam�e et d�moralis�e, dont les finances sont ruin�es, demande de nouveau la paix : � La Haye, il c�de � toutes les exigences des coalis�s, mais refuse l�humiliation supr�me d�envoyer ses propres troupes faire la guerre � son petit-fils pour le d�tr�ner.</p><p>Cette paix honteuse repouss�e, il lui faut reprendre la guerre : la sanglante bataille de Malplaquet (11 sept.</p><p>1709) n�est qu�une demi-victoire. Si les coalis�s restent ma�tres du champ de bataille, c�est au prix de terribles pertes : 43 000 hommes, la moiti� de leurs effectifs, contre 7 000 hommes du c�t� fran�ais.</p><p>La fin de la guerre</p><p>et le revirement de</p><p>l�Angleterre (1709-1711)</p><p>Louis XIV, au terme de la difficile ann�e 1709, reconstitue ses troupes.</p><p>La faim et le ch�mage jettent un grand nombre de paysans, d�apprentis et des compagnons vers l�arm�e, et d�habiles mesures financi�res de Nicolas Desma-rets (1648-1721) [dixi�me �galitaire touchant les privil�gi�s] permettent de r��quiper les soldats. C�est une troupe rajeunie qui, le 10 d�cembre 1710, remporte la bataille de Villaviciosa.</p><p>Cette victoire, qui consolide la situation de Philippe V en Espagne, donne � r�fl�chir aux Anglais, qui voyaient d�j� la France vaincue : le revirement de l�opinion anglaise, lasse d�un conflit meurtrier et interminable, am�ne la chute des whigs bellicistes et le rappel des tories par la reine Anne, favorable � la paix.</p><p>Des pr�liminaires de</p><p>Londres aux trait�s</p><p>d�Utrecht et de Rastatt</p><p>(1711-1714)</p><p>Des pourparlers s�engagent � Londres</p><p>entre Fran�ais et Anglais en janvier 1711. Ils sont pr�cipit�s par la mort inattendue de l�empereur Joseph Ier (17 avr. 1711) et la promotion comme empereur de son fr�re, l�archiduc Charles, que les coalis�s ont essay� de faire proclamer roi d�Espagne.</p><p>La crainte de voir se reconstituer l�empire de Charles Quint incite l�Angleterre � signer les pr�liminaires de paix le 8 octobre 1711. Apr�s la disgr�ce de Marlborough, des n�gociations de paix s�engagent � Utrecht � partir du 29 janvier 1712. La victoire de Villars � Denain sur les troupes du Prince Eug�ne (24 juill.) provoque le 22 ao�t 1712, � Fontaibleau, la conclusion d�un armistice entre l�Angleterre et la France jusqu�� la signature de la paix.</p><p>Celle-ci est sign�e � Utrecht le 11 avril 1713 entre Louis XIV et les coalis�s, moins l�empereur, qui se d�cide � son tour, � Rastatt, le 6 mars 1714 apr�s de nouveaux succ�s fran-</p><p>�ais (prise de Landau le 20 ao�t et de Fribourg-en-Brisgau le 31 octobre 1713).</p><p>Ces trait�s �tablissent pour deux si�cles la pr�pond�rance de l�Angleterre. Philippe V reste roi d�Espagne, mais doit abandonner les Pays-Bas, qui reviennent aux Habsbourg de Vienne, ainsi que Naples et le Milanais. Gibraltar et Minorque restent � l�Angleterre.</p><p>C�est la fin du r�ve d�une h�g�monie franco-espagnole sur le bassin m�diterran�en ; c�est aussi le d�but du d�mant�lement de l�Empire fran�ais d�Am�-</p><p>rique : Terre-Neuve � � l�exclusion du droit important de p�cheries �, l�Acadie, la baie d�Hudson, clefs du Canada, sont donn�es aux Anglais, qui s�assurent �galement Saint-Christophe dans les Antilles.</p><p>La France renonce aux privil�ges sp�ciaux de commerce en Am�rique espagnole, qui passent � l�Angleterre.</p><p>Gr�ce � l�� asiento � et au � vaisseau de permission �, les �normes b�n�fices de la traite des n�gres et du commerce triangulaire entre l�Europe, l�Afrique et l�Am�rique espagnole reviennent aux Anglais.</p><p>Si ces trait�s sont pour la France un �chec sur le plan �conomique, ils ne sont pas alors ressentis comme tels, car, en d�pit de ses d�boires, Louis XIV</p><p>conserve ses fronti�res intactes ; de plus, il a pu maintenir son petit-fils sur le tr�ne d�Espagne et dans ses possessions d�Am�rique, but essentiel de la terrible guerre de Succession.</p><p>P. R.</p><p>F Charles II / Espagne / Louis XIV / Marlborough</p><p>/ Philippe V.</p><p>K. F. J. von Noorden, Der spanische Erbfol-gekrieg (D�sseldorf, 1870-1882 ; 3 vol.). / M. R.</p><p>De Courcy, la Coalition de 1701 contre la France (Plon, 1886 ; 2 vol.). / A. Legrelle, la Diplomatie fran�aise et la succession d�Espagne (Pichon, 1888-1893 ; 4 vol.). / G. Pag�s, Contributions � l�histoire de la politique fran�aise en Allemagne sous Louis XIV (Soc. nouv. de libr., 1905). /</p><p>F. Taylor, The Wars of Marlborough, 1702-1709 (Oxford, 1921 ; 2 vol.). / A. von Bayern, Das Ende der Habsburger in Spanien (Munich, 1929 ; 2 vol.). / G. M. Trevelyan, England under Queen Anne (Londres, 1930-1934 ; 3 vol.).</p><p>sucre</p><p>Aliment de saveur caract�ristique, cristallis�, que l�on extrait surtout de la canne � sucre et de la betterave � sucre.</p><p>Historique</p><p>La fabrication du sucre remonte � une �poque tr�s ancienne � 2 000 ans peut-�tre � dans le Bengale, pays d�origine de la canne � sucre. La sucrerie de betteraves est, en revanche, relativement moderne : c�est la rar�faction des produits d�outre-mer caus�e par les guerres de l�Empire qui amena en 1811</p><p>la fabrication, par J. Chaptal (1756-1832) et B. Delessert (1773-1847), � Paris, du premier � sucre indig�ne �.</p><p>Apr�s une longue concurrence durant le XIXe s., les deux produits � sucre de canne et sucre de betterave � ont trouv� leur �quilibre dans la consommation mondiale.</p><p>Donn�es statistiques</p><p>et �conomiques</p><p>Durant de longues ann�es, la production mondiale de sucre a �t� l�g�re-downloadModeText.vue.download 505 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10460</p><p>ment sup�rieure � la consommation : par exemple, en 1970-71, 74,346 Mt ont �t� produites contre 72,223 Mt consomm�es. Depuis trois ans, la tendance s�est invers�e, le stock mondial s�est r�sorb� et le prix du sucre sur le march� international a subi une hausse tr�s rapide : il a sensiblement doubl� entre mars 1973 et mars 1974. Il en r�sulte, dans le monde entier, et en France en particulier, un effort marqu� pour accro�tre la production : alors que la capacit� moyenne d�une sucrerie en France est de 3 000 t de betteraves travaill�es par vingt-quatre heures, plusieurs usines vont porter leur capacit� � 12 000 t. Une sucrerie de cette importance est maintenant en service en Champagne. Ainsi, la production mondiale, qui atteignait 81,597 Mt en 1973-74, est en d�veloppement.</p><p>Malgr� des conditions climatiques d�favorables, la production a approch� 3 Mt en France m�tropolitaine pour la m�me p�riode, production � laquelle s�ajoutent 300 000 t environ provenant des sucreries de cannes des d�partements d�outre-mer (R�union, Guade-loupe et Martinique).</p><p>Les grands producteurs de sucre dans le monde (1972-73) sont l�U. R. S. S.</p><p>(8,5 Mt), le Br�sil (6,16), Cuba (5,4), les �tats-Unis (4,77), l�Inde (4,28), la Chine (3,35). La France, qui vient ensuite, occupe une position honorable.</p><p>Technologie sucri�re</p><p>Approvisionnement de l�usine</p><p>La mati�re premi�re est soit la canne � sucre, sous forme de tiges de 2 � 5 m de long pour 3 � 5 cm de diam�tre et contenant de 13 � 18 p. 100 de saccharose, soit la betterave, sous forme de racines (poids moyen : environ 800 g) contenant de 15 � 20 p. 100 de saccharose.</p><p>Dans le premier cas, la canne est coup�e � la main ou (de plus en plus) par des machines r�colteuses. L�op�ration suppose l��limination de l�extr�mit� de</p><p>la tige (bout blanc, riche en impuret�s) et des feuilles. L�effeuillage, difficile � r�aliser m�caniquement, est souvent remplac� par le � br�lage � du champ arriv� � maturit� : on �limine ainsi les feuilles d�j� s�ch�es. Les cannes, coup�es en b�tons ou hach�es en tron-</p><p>�ons suivant le type de machine, sont charg�es sur des v�hicules de transport pour �tre amen�es � l�usine. Elles sont alors soit pass�es directement dans les appareils d�extraction, soit entass�es pour constituer un stock de nuit. Mais la dur�e de stockage ne doit jamais d�passer vingt-quatre heures. L�usine paie les cannes en fonction de leurs teneurs en sucre et en fibre (mati�res insolubles de la tige), d�termin�es � partir d�un �chantillon pris par une sonde dans le chargement du v�hicule de transport.</p><p>La betterave est arrach�e par des machines qui coupent en outre le collet supportant les feuilles. Les racines sont achemin�es vers l�usine par des camions, mais une partie des betteraves peut rester en stock en bordure de champ pendant quelques semaines (pratique qui provoque une certaine perte de sucre). La betterave transport�e retient de la terre, des pierres, des feuilles, qui constituent la tare (parfois 50 p. 100 du poids total). Une op�ration s�rieuse de nettoyage est donc n�cessaire � l�entr�e de l�usine : lavage, �limination des mati�res lourdes (pierres) ou l�g�res (feuilles). La terre ainsi amen�e � la sucrerie constitue un s�rieux probl�me. La betterave est pay�e en fonction de sa teneur en sucre, sur �chantillons pr�lev�s directement dans le champ ou pris � la sonde dans le chargement.</p><p>Le probl�me de l�approvisionne-</p><p>ment peut se r�sumer ainsi : un camion de 20 t de charge utile, plein de betteraves, contient en r�alit�, du fait de la tare, de 10 � 18 t de betteraves propres.</p><p>Si nous consid�rons une usine de 6 000 t par jour, il faut donc, � 16 t en moyenne, quatre cents camions. Si le transport fonctionne douze heures par jour, on aura donc � l�entr�e de l�usine des camions arrivant � et repartant</p><p>� � raison de trente-trois par heure, devant subir une pes�e en charge, vider leur chargement et repasser sur une</p><p>bascule pour le poids � vide.</p><p>Extraction du sucre</p><p>Le sucre, substance de r�serve, est contenu clans les vacuoles d�un tissu � grosses cellules � moelle de la tige pour la canne, parenchyme de la racine pour la betterave. On le fait passer dans un jus d�extraction soit par pression (canne), soit par diffusion (betterave, et parfois canne).</p><p>y Pression. La canne subit d�abord une pr�paration : les tiges sont broy�es plus ou moins grossi�rement (ce travail ne doit pas lib�rer de jus), le plus souvent par un appareil � couteaux tournants, le coupe-cannes. Le produit broy� passe dans les cylindres d�extraction, les moulins. Chaque moulin est constitu� par trois cylindres � axe horizontal, un en haut et deux en bas. La canne subit une premi�re pression entre le cylindre sup�rieur et le premier cylindre inf�rieur (d�entr�e), puis une seconde entre le cylindre sup�rieur et le second cylindre inf�rieur (de sortie). Le jus qui s��coule porte le nom de vesou. Dans un moulin moderne, les cylindres ont un diam�tre de 1 m environ pour une longueur utile de 2 m, tournent � une vitesse de trois � cinq tours par minute. Le cylindre su-p�rieur est appliqu� sur les cylindres inf�rieurs par des v�rins hydrauliques qui fournissent la force de pression, avec une pouss�e pouvant atteindre 700 t. L�ensemble d�extraction comporte en g�n�ral quatre ou cinq moulins, soit douze ou quinze cylindres, et peut, dans ces dimensions, traiter de 4 000 � 5 000 t par jour � en demandant une puissance d�entra�nement de l�ordre de 2 000 ch, fournis par des turbines � vapeur. Le r�sidu d�extraction � �corce, moelle et fibres de la tige � est la � bagasse �. Ramen� par la pression � 45 p. 100 d�humidit�, il est surtout employ� comme combustible et assure compl�tement l�alimentation �nerg�tique de l�usine.</p><p>y Diffusion. La betterave lav�e est d�abord d�coup�e en lani�res de</p><p>4 mm de largeur et de 2 mm d��paisseur environ, les cossettes, par des coupe-racines. Ces cossettes sont</p><p>soumises au processus de diffusion : dans un appareil vertical ou horizontal (le plus courant), on fait circuler en sens contraire la cossette et de l�eau.</p><p>Ainsi, l�eau s�enrichit de plus en plus en mati�res extraites (dont le sucre), tandis que la cossette perd ses composants solubles. On va donc � une extr�mit� (t�te) de l�appareil faire entrer la cossette et sortir un jus de diffusion qui contient la presque totalit� du sucre, tandis qu�� l�autre (queue) entre l�eau de diffusion et sort la pulpe, ou cossette �puis�e, contenant 93 p. 100 d�eau environ. L�op�ration se fait � chaud, � 72-73 �C. Il existe divers appareils de diffusion, le plus employ�, dit � R. T. � (Raffinerie Tir-lemontoise), tournant sur des chemins de roulement � raison de vingt-cinq tours par heure environ. Il peut traiter jusqu�� 6 000 t par vingt-quatre heures. Le jus sort avec une richesse en sucre un peu inf�rieure � celle de la betterave � c�est la diff�rence de richesse qui conditionne l�extraction.</p><p>La pulpe est ramen�e par pression � 80 p. 100 d�humidit� (de consistance molle, elle se pr�te mal � la pression), puis est s�ch�e et agglom�r�e pour fournir un aliment du b�tail (destin� aux ruminants) assez appr�ci�.</p><p>L�extraction par diffusion commence � �tre utilis�e pour la canne, se faisant dans des appareils moins complexes et exigeant moins de force motrice que les moulins. Mais elle ne supprime pas la pression, n�cessaire pour amener la bagasse � l��tat de combustible.</p><p>�puration des jus</p><p>Pression ou diffusion ont extrait, avec le sucre, les autres constituants solubles : sels min�raux, mati�res colorantes, acides organiques du v�-</p><p>g�tal, mati�res azot�es solubles et collo�dales. L��puration a pour objet d��liminer la plus grande partie possible du � non-sucre �, surtout les collo�des et les mati�res colorantes. Le jus d�extraction est en effet vert noir�tre (vesou) ou bleu-noir (betterave), double dans les deux cas. Apr�s �puration, il doit �tre clair, d�une teinte jaune plus ou moins fonc�e.</p><p>Le r�actif �purant principal est la</p><p>chaux, pr�par�e par calcination de la pierre calcaire (carbonate de calcium) dans un four sp�cial. Sa consommation est surtout importante en sucrerie de betteraves, o� l�on a besoin �galement du gaz carbonique provenant de la r�action de d�composition. Le four est un cylindre vertical, garni int�rieurement de r�fractaires et qui re�oit � la partie sup�rieure la pierre m�l�e � 10 p. 100 de coke (combustible). Le m�lange descend peu � peu dans le four, o� le coke br�le, fournissant la chaleur de d�composition et un appoint de gaz carbonique. La chaux cuite (chaux vive) est extraite � la base. Le gaz est tir� � la partie sup�rieure par l�aspiration d�une pompe � gaz qui assure donc le tirage. La chaux vive est trait�e par l�eau et donne, sous forme de chaux �teinte, un lait de chaux.</p><p>C�est sous cette forme qu�ajout�e au jus elle provoque la formation d�un pr�cipit� contenant les mati�res �limin�es. En canne, on ajoute juste assez de chaux (quelques grammes par litre) pour amener les jus � un pH alcalin : de 5,5 environ, on remonte vers 7,5-7,8. On peut augmenter le volume du pr�cipit� par addition de phosphates solubles ou d�anhydride sulfureux. On d�cante ensuite le jus clair ; les boues du d�canteur sont filtr�es de mani�re � s�parer le r�sidu solide, ou � tourteau �, qui est �vacu�. Ces op�rations sont effectu�es � une temp�rature de 80-85 �C. Le jus �pur� est � peu pr�s neutre (pH : de 6,8 � 7).</p><p>downloadModeText.vue.download 506 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10461</p><p>Pour la betterave, le processus est plus complexe : les jus sont plus difficiles � �purer convenablement. Le proc�d�, dit � calco-carbonique �, se fait en six �tapes.</p><p>a) Une addition de chaux (environ 2 g par litre) provoque la formation d�un pr�cipit�. Mais celui-ci ne peut �tre s�par� par filtration : il se tasse trop facilement et devient imperm�able sur les surfaces filtrantes.</p><p>b) On ajoute un exc�s de chaux (au total 15 g par litre environ) � ce jus.</p><p>c) On pr�cipite la chaux en exc�s en faisant passer dans le liquide, � chaud (80 �C), un courant de gaz carbonique : c�est la carbonatation. Le pr�cipit� de carbonate de calcium form� � arme �</p><p>le pr�cipit� mou du chaulage et le rend filtrable. Mais, si on �limine toute la chaux, une partie du pr�cipit� repasse en solution. On arr�te donc la carbonatation avant d�avoir pr�cipit� toute la chaux.</p><p>d) On s�pare le pr�cipit� par filtration ou d�cantation avec filtration des boues, comme en canne.</p><p>e) On peut alors, par une deuxi�me carbonatation, �liminer toute la chaux restante.</p><p>f) Il faut alors s�parer par une nouvelle filtration le pr�cipit� produit par la deuxi�me carbonatation.</p><p>On utilise aussi d�autres proc�-</p><p>d�s d��puration. Ainsi, le barbotage d�anhydride sulfureux dans le jus provoque une diminution de la coloration et facilite le travail de cristallisation par la suite. Gr�ce au traitement sur �changeurs d�ions, employ�s surtout pour remplacer les ions calcium encore contenus dans les jus �pur�s par des ions sodium, on vise ainsi � �liminer la formation de d�p�ts dans les appareils d��vaporation, qui diminuent consid�-</p><p>rablement l�efficacit� de ceux-ci.</p><p>Le jus �pur� est l�g�rement dilu� par addition de lait de chaux. Il contient encore 14 p. 100 environ de saccharose et diverses impuret�s que l��puration n�a pas pu �liminer : la plupart des sels min�raux de la betterave � sels de potassium principalement �, certaines mati�res azot�es (aminoacides) et une assez grande vari�t� de produits divers, le tout repr�sentant 1,5 p. 100.</p><p>Ces impuret�s se retrouveront dans la m�lasse en fin de travail.</p><p>Concentration des jus</p><p>y Le jus �pur� � de 15 � 16 p. 100 de mati�res s�ches sortant de l��puration</p><p>�, est concentr� jusqu�� 70 p. 100</p><p>environ pour permettre ensuite l�extraction du sucre par cristallisation</p><p>m�thodique. La quantit� d�eau � �vaporer est �norme : une usine traitant 3 000 t de betteraves par jour doit vaporiser 120 m3 d�eau par heure environ. On y parvient � moindres frais gr�ce au dispositif connu sous le nom de multiple effet : lorsque le jus, chauff� par la vapeur, bout, il fournit de la vapeur. On utilise cette vapeur pour chauffer un autre appareil, fournissant lui-m�me la vapeur � un troisi�me, et ainsi de suite. Bien entendu, le chauffage n�est possible que si la temp�rature de la vapeur chauffante � donc sa pression � est plus �lev�e que la temp�rature � ou la pression d��bullition du jus. On a donc le long du syst�me une chute r�-</p><p>guli�re, qui conduit de 130 �C en t�te</p><p>� au premier effet � � 70 �C � peu pr�s au dernier, qui, par cons�quent, fonctionne sous une pression inf�-</p><p>rieure � la pression atmosph�rique.</p><p>Dans cet intervalle, on arrive � placer cinq appareils successifs en sucrerie de betteraves et quatre en cannes, o� l�on part de temp�ratures plus basses en t�te. Ainsi, 1 kg de vapeur pourrait vaporiser 5 kg d�eau. Mais l�usine a besoin d�autres vapeurs de chauffage, pour la diffusion, les r�chauffages divers, les appareils de cristallisation. En g�n�ral, on n�a pas besoin d�une vapeur aussi chaude que celle qui alimente le premier corps. On va donc la prendre au niveau voulu, le plus �conomique entre les effets. Ces</p><p>� pr�l�vements � abaissent quelque peu le rendement du multiple effet, mais ils sont n�cessaires : en fait, la station d��vaporation est, d�une part, l�atelier qui transforme par concentration le jus en sirop et, d�autre part, l�organe distributeur de la vapeur de chauffage � toute l�usine.</p><p>Pour cela, elle doit �tre aliment�e en t�te. La sucrerie dispose d�une chauf-ferie produisant de la vapeur � haute pression, de 30 � 40 bar, surchauff�e.</p><p>downloadModeText.vue.download 507 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10462</p><p>Cette vapeur passe d�abord dans les turbines d�une centrale qui fournit</p><p>toute la puissance �lectrique n�cessaire � l�usine (de l�ordre de 1 kW par tonne de betteraves par jour). D�tendue vers 2,5 bar, d�surchauff�e par son travail, elle devient apte � alimenter l��vaporation. Mais la quantit� de vapeur prise par les turbines est ind�pendante de celle qui demande la concentration des jus et lui est g�n�ralement un peu inf�rieure. Un appoint est n�cessaire ; il est fourni par un peu de vapeur � haute pression, dont on utilise l��nergie latente pour recomprimer de la vapeur prise entre deux effets, la renvoyer plus haut et am�liorer ainsi le rendement du syst�me : c�est la recompression.</p><p>En sucrerie de cannes, le syst�me est un peu diff�rent. La force motrice n�cessaire aux moulins est fournie directement par des turbines � vapeur dont l��chappement va � l��vaporation, avec celui de la centrale �lectrique. La quantit� de vapeur fournie devient suffisante, et la recompression n�est pas utilis�e.</p><p>L��vaporation fournit aussi de l�eau : presque toute l�eau enlev�e au jus se retrouve sous forme de condensats qui alimentent les chaudi�res et une bonne partie des besoins de l�usine. Cette eau est tr�s chaude, et une partie des calories est r�cup�r�e. Enfin, elle comporte une annexe : le poste de condensation, qui maintient le vide dans le dernier effet. La vapeur qui en sort est condens�e dans le condenseur barom�trique, chambre o� elle est m�lang�e � de l�eau froide � le m�lange s��coulant par un tube vertical de hauteur sup�-</p><p>rieure � celle que peut maintenir la pression atmosph�rique ; d�o� le nom de l�appareil. L�eau de refroidissement est recycl�e � travers un r�frig�rant avant de revenir au condenseur, et l�ensemble est autonome au point de vue de la consommation.</p><p>Cristallisation</p><p>� partir du sirop, le sucre est extrait sous forme pure par cristallisation. Le principe est le suivant : un corps, m�me tr�s soluble dans l�eau comme le sucre, arrive tout de m�me � une limite de solubilit� si l�on concentre la solution ; on dit qu�on est arriv� � saturation.</p><p>Si l�on d�passe la saturation, on peut arriver � former des cristaux qui gros-</p><p>sissent dans le liquide sursatur�. Mais on pr�f�re, en g�n�ral, ajouter des cristaux tr�s fins (sucre broy�), qui servent d�amorce.</p><p>L�op�ration est conduite ainsi : dans un appareil muni d�un syst�me de chauffage par la vapeur (faisceau tubulaire ou analogue), on introduit une quantit� suffisante de sirop, que l�on concentre jusqu�� sursaturation mod�r�e. On ajoute alors l�amorce de cristallisation ; les cristaux grossissent en absorbant le sucre en exc�s. On les nourrit en continuant � alimenter en sirop, tout en concentrant toujours pour maintenir la sursaturation. Peu � peu, l�appareil se remplit. Quand il est plein, on termine en poussant un peu la concentration, de mani�re � augmenter le rendement en cristaux (serrage), puis on vide l�appareil dans un bac d�attente � agitateur, le malaxeur. L�appareil � cuire a un volume de 300 � 500 hl.</p><p>L�op�ration dure plusieurs heures.</p><p>Pour limiter la destruction du sucre par le chauffage prolong�, le travail se fait � temp�rature r�duite : � 80 �C</p><p>environ, donc sous vide. Le vide est maintenu par le syst�me de condensation de l��vaporation � ou par un appareil analogue. Le produit obtenu est un m�lange de cristaux et d�eau m�re (environ 50 p. 100 de cristaux), appel� masse-cuite. � chaque cycle, l�appareil en fournit de 45 � 75 t.</p><p>La masse-cuite coul�e dans le</p><p>malaxeur est ensuite reprise dans des essoreuses centrifuges ; celles-ci s�parent les cristaux de sucre de l�eau m�re, qui prend le nom d��gout pauvre.</p><p>Comme l�essorage ne peut �liminer la pellicule d��gout adh�rente aux cristaux, on compl�te par un lavage par pulv�risation d�eau chaude dans le panier de l�essoreuse : c�est le clair�age, qui fournit, avec une l�g�re refonte des cristaux, l��gout riche. Ces essoreuses, discontinues � c�est-�-dire travaillant par cycles �, prennent � chaque op�ration de 500 � 700 kg de masse-cuite et sont enti�rement automatiques.</p><p>Les �gouts contiennent encore une quantit� importante de sucre cristallisable. L��gout pauvre sert � alimenter un autre appareil � cuire, dit � de deuxi�me jet �, qui fournit une masse-</p><p>cuite donnant � son tour � l�essorage un �gout pauvre et un sucre. Le sucre est le plus souvent refondu, et le sirop obtenu retourne en premier jet, comme l��gout riche. L��gout pauvre donne un troisi�me jet, ou � bas-produits �, qui fournit le sucre roux et la m�lasse, dernier �gout pauvre. Dans ces milieux, o� les impuret�s se sont concentr�es, la cristallisation devient tr�s lente : c�est le malaxeur qui en assure une partie, par un refroidissement tr�s progressif, au cours d�un s�jour pouvant atteindre soixante heures. La m�lasse est consid�r�e comme incristallisable. Le sucre roux est refondu, souvent apr�s une op�ration d�affinage � malaxage avec un �gout pauvre, suivi d�un nouvel essorage �, et le sirop obtenu revient aussi en premier jet. Dans cet atelier de cristallisation circulent des produits tr�s divers : sirop d��vaporation, sirop de refonte, masses-cuites, �gouts pauvres et riches. Mais il ne sort, en fait, que du sucre blanc et de la m�lasse, les autres produits sont continuellement recycl�s. Ce proc�d� constitue la cristallisation m�thodique.</p><p>Le sucre</p><p>Le sucre sortant des essoreuses est chaud et contient de 1 � 1,5 p. 100</p><p>d�humidit�. On le fait passer dans des s�cheurs, o� il circule lentement au contact d�air sec pour ramener son taux d�humidit� � 0,02-0,05 p. 100 et abaisser sa temp�rature. Il est ensuite tamis� pour �liminer les cristaux agglom�r�s, ou macles, et envoy� au stockage. Le stockage a longtemps �t� r�alis� dans des entrep�ts o� le produit �tait contenu dans des sacs de jute de 100 kg. On pr�f�re maintenant le stockage en vrac, dans des silos horizontaux ou verticaux. On conserve le sucre en atmosph�re conditionn�e (temp�rature maintenue vers 20 �C ; humidit� relative descendue vers 60 p. 100). Les plus r�cents silos verticaux peuvent contenir 40 000 t et assurent une tr�s bonne conservation.</p><p>Longtemps, la sucrerie a produit uniquement du sucre cristallis� blanc, directement commercialisable, ou, surtout pour la canne, brut, c�est-�-dire non clairc�. Ce sucre brut est jaun�tre (betterave) ou gris verd�tre (canne) et</p><p>il est trait� en raffinerie, ainsi que certains roux. Avec les proc�d�s de cristallisation que nous avons d�crits, les roux sont refondus et ne sortent pas de l�usine ; la production m�tropolitaine en blanc �tant devenue tr�s largement sup�rieure � la production d�outre-mer en brut, la raffinerie a perdu peu � peu de son importance. Ce travail de la raffinerie peut se r�sumer ainsi : le sucre brut est refondu en sirop, apr�s affinage s�il s�agit d�un roux. Le sirop est filtr�, d�color� gr�ce au noir animal ou aux charbons actifs v�g�taux, puis recristallis�. L�atelier de cristallisation est analogue � celui d�une sucrerie, en plus complexe : il peut comporter de six � huit jets. Le sucre cristallis�, tr�s beau pour les premiers jets, est mis sous les diff�rentes formes que l�on rencontre dans le commerce. Ces formes sont : a) les sucres agglom�r�s, obtenus par compression dans un moule d�un cristallis� l�g�rement humide, puis par s�chage � l��tuve apr�s d�moulage (morceaux de diff�rents calibres, mis ensuite en bo�tes de 1 kg ou envelopp�s par 2 ou 3 morceaux, et pains de 2 kg le plus souvent, cette forme ancienne �tant encore fabriqu�e pour l�exportation vers l�Afrique du Nord) ;</p><p>b) les sucres broy�s et tamis�s (les parties les plus grosses donnent le sucre semoule, alors que les fines, apr�s nouveau broyage, constituent le sucre glace utilis� par les p�tissiers) ; c) de nombreux produits sp�ciaux : le sucre liquide, sirop � 66-68 p. 100</p><p>de saccharose, utilis� dans certaines industries (boissons gazeuses, bis-cuiterie et p�tisserie industrielle) ; le candi, encore fabriqu� dans le nord de la France (sucre en cristaux g�ants de 1 � 2 cm produits par une cristallisation tr�s lente sur des fils tendus qui leur servent de support) ; les vergeoises (r�gion du Nord), autrefois sucres roux de raffinerie, actuellement fabriqu�es en m�langeant un sucre blanc avec un sirop color� ; le � sucre instantan� �, peu connu en France, � dissolution tr�s rapide, qui r�sulte du s�chage rapide d�un sirop tr�s pur.</p><p>downloadModeText.vue.download 508 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10463</p><p>Tous ces produits �taient autrefois fabriqu�s exclusivement par la raffinerie, mais, actuellement, certaines sucreries produisent les morceaux agglom�r�s et les formes semoule et glace.</p><p>Les sous-produits</p><p>y Les pulpes de betteraves sont s�-</p><p>ch�es et agglom�r�es. Malgr� le co�t �lev� du s�chage, d� � leur teneur importante en humidit�, elles constituent un aliment du b�tail int�ressant, surtout pour les bovid�s, capables d�assimiler au moins partiellement la cellulose (v. alimentation rationnelle du b�tail).</p><p>y La bagasse des sucreries de cannes, constitu�e de fibres dures, siliceuses, impropres � l�alimentation des animaux, est employ�e comme combus-</p><p>tible dans les g�n�rateurs de vapeur de l�usine. L�exc�dent est parfois utilis� pour fabriquer des panneaux agglom�r�s pour la construction, �ventuellement comme mati�re premi�re pour la papeterie.</p><p>y Les tourteaux de filtres, ou �cumes, sont les r�sidus de l��puration : ceux de betteraves, contenant plus de 90 p. 100 de carbonate de chaux pr�-</p><p>cipit�, peuvent servir d�amendement calcaire pour les terres � tendance acide. Leur faible teneur en azote organique leur ajoute un l�ger pouvoir fertilisant.</p><p>y La m�lasse est le sous-produit le plus important. Elle est normalement produite � raison de 4 kg environ pour 100 kg de betteraves trait�es, alors que la production de sucre est de 13 � 15 kg. Elle contient � peu pr�s 50 p. 100 de sucre (saccharose) et 33 p. 100 d�impuret�s (sels min�-</p><p>raux de la betterave, mati�res azot�es, produits de d�gradation du sucre). Sa composition est tr�s complexe. La m�lasse de cannes a une composition assez diff�rente : elle contient moins de saccharose (35 p. 100), mais poss�de une forte teneur (20 p. 100) en hexoses (glucose et fructose). C�est dans les deux cas un liquide brun-</p><p>noir extr�mement visqueux, d�odeur agr�able pour les m�lasses de cannes, plut�t d�sagr�able pour celles de betteraves.</p><p>Les emplois de la m�lasse sont</p><p>divers.</p><p>a) R�cup�ration du saccharose pour la sucrerie. On peut y parvenir soit par l�utilisation d��changeurs d�ions, soit par traitement � la chaux s�parant un complexe chaux-saccharose insoluble (sucraterie). Ces proc�d�s se heurtent au probl�me des eaux r�siduaires.</p><p>b) Utilisation par une industrie de fermentation. La distillerie produit des rhums � partir des m�lasses de cannes, de l�alcool industriel avec celles de betteraves ; la levurerie fournit les levures de panification employ�es en boulangerie. Mais on peut produire aussi l�acide citrique, le glyc�rol, le butanol, l�ac�tone, etc. La m�lasse a l�avantage de contenir de fortes quantit�s de sucres, aliments des microorga-nismes, � un prix nettement inf�rieur � celui du sucre pur.</p><p>c) Alimentation du b�tail. Le pouvoir nutritif de la m�lasse est �lev� gr�ce aux sucres, mais cet aliment manque de protides (teneur en azote insuffisante) et surtout de lipides (mati�res grasses).</p><p>Il est donc n�cessaire de le compl�-</p><p>ter par m�lange avec des produits qui apportent les �l�ments manquants.</p><p>En outre, la teneur en sels de potassium, trop �lev�e, pourrait causer des troubles digestifs si elle n��tait dilu�e dans le m�lange. Enfin, l�utilit� de la m�lasse dans la ration humaine para�t difficile � prouver : les sels min�raux qu�elle poss�de se trouvent dans la plupart des aliments. Les vitamines que contenait la mati�re premi�re ont �t� d�truites par les traitements chimiques d��puration et les temp�ratures �lev�es en t�te d��vaporation. Tout au plus, du fait de la composition extr�mement vari�e, pourrait-on lui reconna�tre un apport d�oligo-�l�ments. Mais cela ne justifie gu�re le succ�s rencontr� en di�t�tique par les � sucres roux �, qui n�apportent, en plus du saccharose, qu�une petite quantit� de m�lasse.</p><p>La sucrerie et</p><p>l�environnement</p><p>La pollution industrielle est maintenant tr�s contr�l�e, et les sucreries ont d� s�adapter � des conditions nouvelles.</p><p>y La consommation d�eau. Le pom-</p><p>page dans les nappes phr�atiques est r�glement�, et les usines ont tr�s fortement r�duit leur consommation par des recyclages et par l�emploi des eaux condens�es de l��vaporation.</p><p>y Le rejet d�eaux r�siduaires. Les eaux r�siduaires ne contiennent aucun toxique. Leur effet nocif provient des mati�res fermentescibles : sucres et petites quantit�s de composes azot�s.</p><p>Les fermentations qui se produisent dans ces eaux ou dans un cours d�eau apr�s rejet ont pour effet d�absorber l�oxyg�ne dissous et de causer la mort par asphyxie des poissons et autres animaux aquatiques. Le probl�me se pose surtout pour les sucreries m�tropolitaines (betteraves).</p><p>Les eaux r�siduaires sont :</p><p>a) les eaux boueuses provenant du lavage des betteraves, qui entra�nent la terre et qu�on d�cante de mani�re � ne rejeter que 20 p. 100 de boues �paissies ;</p><p>b) les eaux provenant du pressage des pulpes, tr�s nocives, car tr�s charg�es en �l�ments solubles, et qui sont totalement recycl�es dans l�appareil de diffusion ;</p><p>c) l�eau sortant avec les tourteaux de filtres, dont la quantit� a pu �tre r�duite � 50-60 p. 100 du poids des tourteaux secs, soit 50 litres par tonne de betteraves ;</p><p>d) l�eau de refroidissement des condenseurs, maintenant enti�rement recycl�e � travers un syst�me de r�frig�rants ; e) les eaux de lavage et de r�g�n�ration des appareils �changeurs d�ions, tr�s charg�es, tr�s difficiles � �purer et qui sont la cause du d�veloppement r�duit de ces proc�d�s de traitement modernes (m�me difficult� avec les eaux provenant de la sucraterie).</p><p>Les tourteaux de filtres sont pomp�s</p><p>dans un bassin o� l�eau s��vapore peu � peu, laissant le r�sidu sec. Les boues d�cant�es et m�lang�es aux autres effluents en moindre quantit� sont �galement envoy�es dans des bassins de surface importante � une dizaine d�hectares �, parfois situ�s � plusieurs kilom�tres de l�usine. La terre se d�pose, et l�eau surnageante est le si�ge de fermentations qui �liminent peu � peu les mati�res nocives. Le fond des bassins a �t� rendu imperm�able pour �viter toute contamination des eaux souterraines par les infiltrations.</p><p>On peut reprendre ces eaux apr�s un traitement compl�mentaire �ventuel (passage sur lits bact�riens) et les utiliser de nouveau pour la manutention hydraulique des betteraves dans la cour.</p><p>Ou bien ces eaux restent stock�es dans les bassins et vont s��vaporer pendant les mois chauds de l��t�. Ou encore, l��puration par fermentation �tant � peu pr�s compl�te, on peut enfin les rejeter dans une rivi�re. Mais la terre, qui repr�sente un apport de quelque 500 kg par tonne de betteraves trait�es, comble peu � peu les bassins, qui doivent p�riodiquement �tre recreus�s.</p><p>Un autre facteur de nuisance provient des fermentations elles-m�mes dans les bassins d��puration. L�odeur d�gag�e est assez d�sagr�able ; heureusement, ces terrains sont le plus possible situ�s � l��cart des agglom�rations.</p><p>M. R.</p><p>F Aliment / Betterave / Glucides / Tropicales (cultures).</p><p>E. Hugot, la Sucrerie de cannes (Dunod, 1949 ; 2e �d., 1970). / F. Charny, le Sucre (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1950 ; 2e �d., 1965). / J. Dubourg, Sucrerie de betteraves (Bailli�re, 1952). /</p><p>V. E. Baikow, Manufacture and Refining of Raw Cane Sugar (New York, 1967). / H. Cayre, Vingt Ans d��conomie betterave-sucre en Europe (�d.</p><p>Cujas, 1967). / R. Fauconnier et D. Bassereau, la Canne � sucre (Maisonneuve et Larose, 1970).</p><p>Sucre</p><p>F BOLIVIE.</p><p>Sud�tes</p><p>La d�nomination d�Allemands des Su-</p><p>d�tes (Sudetendeutsche) pour d�signer les Allemands de Boh�me, de Moravie et de Sil�sie (Deutschb�hmen) ne s�est g�n�ralis�e que lors de l�entre-deux-guerres. Leur nom vient des monts des Sud�tes, qui bordent le nord de la Bo-h�me. Les historiens fran�ais r�servent l�appellation de Sud�tes � la minorit� allemande en Tch�coslovaquie de 1918</p><p>� 1947.</p><p>Le contexte historique</p><p>Lors de la n�gociation du trait� de paix de Saint-Germain avec l�Autriche en 1919, le rattachement des Sud�tes � l��tat tch�coslovaque ne suscite pas de profondes dissensions parmi les Al-li�s. Il semble normal de prendre pour fronti�re avec l�Allemagne les limites historiques de l�ancien royaume de Boh�me. Les Sud�tes se sentent avant tout Allemands d�Autriche, mais il est impossible de les rattacher � ce pays, car la fronti�re aurait alors un trac� aberrant. Ils n�ont jamais fait partie de l�Empire allemand et ils ont toujours �t� tourn�s vers Vienne et non vers Berlin. � la fin de 1918, un putsch irr�-</p><p>dentiste organis� par Rudolf Lodgman von Auen �choue, et les Allemands des Sud�tes semblent se r�signer. Ils n�avaient pas envoy� de d�l�gu�s � l�Assembl�e constituante tch�coslovaque. Lorsque s��vanouissent les derniers espoirs d�anschluss, ils �lisent en mai 1920 des d�put�s au Parlement de Prague.</p><p>Selon les statistiques de 1921, les Sud�tes repr�sentent 3 millions d�habitants, soit 23,4 p. 100 de la population downloadModeText.vue.download 509 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10464</p><p>de l��tat. Ils sont massivement group�s sur le pourtour de la Boh�me, en Moravie du Nord et dans les villes de Prague et de Br�nn (Brno). Ils ont leurs propres partis politiques, qui se d�clarent en majorit� activistes, c�est-�-dire partisans d�une coop�ration active avec le gouvernement tch�coslovaque.</p><p>De 1920 � 1929, les partis activistes obtiennent entre 74 et 83 p. 100 des</p><p>voix allemandes. De 1926 jusqu�au printemps de 1938, des ministres les re-pr�sentent au sein des diff�rentes coalitions gouvernementales : l�agrarien Spina (Bund der Landwirte), le chr�tien social Maye-Harting (Deutsche Christ-lichsoziale Volkspartei), puis, � partir de 1929, un membre du puissant parti social-d�mocrate allemand (Deutsche Sozialdemokraten), Ludwig Czech, qui d�tient le portefeuille des Affaires sociales. Les communistes allemands ne forment pas un parti s�par�, mais, � l�int�rieur du parti tch�coslovaque, l�aile allemande, avec Karel Kreibich, a une certaine autonomie.</p><p>Les partis � n�gativistes �, qui persistent dans leur hostilit� de principe, sont faibles : il s�agit surtout de nationaux-socialistes (DNSAP), qui existent depuis 1903, et du parti national allemand (DNP). L�irr�dentisme a rapidement d�clin�. Le Hilfsverein f�r Deutschb�hmen und S�detenland, fond� en f�vrier 1919, avait 40 000 membres en Allemagne et en Autriche, mais ne repr�sentait aucun danger r�el.</p><p>Dans les ann�es 20, l�irr�dentisme se r�fugie dans des mouvements de jeunesse ou des associations folkloriques.</p><p>En 1919, une organisation secr�te, la B�hmerlandbewegung, recrute ses ad-h�rents parmi les scouts et parmi les �claireurs, les Wanderv�gel. Mais ces organisations irr�dentistes sont rapidement affaiblies par les querelles de personnes qui ont toujours caract�ris� les mouvements sud�tes. Le Hilfsverein, que dominait la tendance pro-autrichienne, est remplac� en 1927 par le Sudetendeutscher Heimatbund, dont le centre se trouve � Berlin.</p><p>� partir de 1926, un architecte, Heinrich Rutha, et un assistant de l�universit� de Vienne, W. Heinrich, d�veloppent parmi les jeunes, surtout parmi les �tudiants, une nouvelle soci�t� secr�te, le Kameradschaftsbund, inspir�e par l�enseignement antid�mocratique et corporatiste d�Othmar Spann (1878-1950), professeur de l�universit� de Vienne. Inspir�e de la franc-ma-</p><p>�onnerie, l�association subordonne � des initi�s la masse des membres des degr�s inf�rieurs. Mais son audience reste limit�e.</p><p>La crise �conomique qui commence en 1930 aggrave les tensions nationales, car elle touche particuli�rement les industries de consommation exportatrices (verrerie, textile) et les industries lourdes de la r�gion des Sud�tes.</p><p>Le ministre des Affaires sociales, l�Allemand Czech, r�partit l�aide aux ch�-</p><p>meurs sans discrimination nationale.</p><p>Mais la propagande nationaliste rend l��tat tch�coslovaque responsable de la crise �conomique. En octobre 1932, les deux partis n�gativistes, le DNSAP</p><p>et le DNP, sont dissous par les autorit�s de Prague.</p><p>Le mouvement</p><p>de Henlein</p><p>Profitant de la crise des anciennes associations, Konrad Henlein (1898-1945), pr�sident pour la Tch�coslovaquie de l�association de gymnastique Deutscher Turnverband, fonde en 1933 le Sudetendeutsche Heimatfront, qui rassemble des nouveaux venus et d�anciens militants nationalistes.</p><p>Il se pr�sente comme un mod�r�,</p><p>loyal envers l��tat tch�coslovaque, pr�t � entrer dans le gouvernement. En 1934, malgr� la faiblesse de ses moyens financiers et l�hostilit� des extr�mistes, il rassemble 85 000 membres. Il se tient � l��cart de l�Allemagne nazie.</p><p>D�s le 10 f�vrier 1933, Hitler fait allusion � la situation des Sud�tes. Un des buts de la politique nazie en Europe centrale et orientale est de mobiliser � son profit des minorit�s allemandes.</p><p>La t�che para�t difficile en Tch�coslovaquie, terre d�asile des �migr�s antifascistes allemands (Thomas Mann).</p><p>Les Allemands des Sud�tes comptent un important prol�tariat industriel, encadr� par la social-d�mocratie ; la bourgeoisie industrielle, souvent d�origine juive, n�a aucune raison de soutenir le nazisme.</p><p>Les succ�s de Henlein sont donc surprenants. D�s 1934, il passe un accord �lectoral avec les agrariens allemands.</p><p>Aux �lections de mai 1935, sa formation, le Sudetendeutsche Partei (SdP), recueille 1 200 000 voix. Le parti est d�chir� en 1936 par un conflit interne entre anciens du DNSAP et du Kame-</p><p>radschaftsbund. Berlin arbitre alors le conflit en sa faveur et renforce son influence.</p><p>En octobre 1937, le parti se radica-lise, provoque des incidents � Teplice, proteste aupr�s de la Soci�t� des Nations. En f�vrier 1938, l�adjoint de Henlein, Karl Hermann Frank, passe un accord avec le dirigeant de la minorit� allemande de Slovaquie, F. Karma-sin, pour une action coordonn�e contre le gouvernement de Prague.</p><p>La r�ussite de l�anschluss pr�cipite la d�composition des partis activistes.</p><p>En mars 1938, les partis agrarien, chr�-</p><p>tien social et des artisans fusionnent avec le parti de Henlein. La social-d�mocratie, que dirige alors Wenzel Jaksch, quitte le gouvernement en avril 1938 et ne peut enrayer l�h�morragie de ses cadres et de ses �lecteurs.</p><p>Le parti de Henlein, qui a alors 770 000 membres, 65 d�put�s, tient le 24 avril 1938 sa conf�rence � Karlsbad (Karlovy Vary). Il pr�sente au gouvernement tch�que un v�ritable ultimatum en huit points, r�clamant la formation d�une r�gion autonome que domi-neraient les nazis. Lors des �lections municipales de mai 1938, Henlein obtient dans les r�gions allemandes plus de 90 p. 100 des voix. Bene�*, sous la pression des gouvernements fran�ais et anglais (tentative de m�diation de Walter Runciman, ao�t-sept.), accorde des concessions de plus en plus larges et, le 7 septembre, dans son quatri�me plan, accepte virtuellement les huit points, mais les Sud�tes prennent pr�texte d�un incident pour rompre les n�gociations. Le 16 septembre, les henleiniens tentent un putsch, soutenu par l�Allemagne : celui-ci �choue, provoquant la dissolution du parti. Mais la capitulation des grandes puissances � Munich (29-30 sept. 1938) livre � l�Allemagne les Sud�tes.</p><p>Apr�s Munich et</p><p>pendant la guerre</p><p>La r�gion des Sud�tes est int�gr�e dans le Reich sous le nom de Reichs-gau Sudetenland. Avec une majorit� de 98,8 p. 100 de voix, 41 d�put�s Sud�tes sont �lus au Reichstag. Seuls</p><p>262 000 Allemands restent dans le protectorat de Boh�me-Moravie, constitu� apr�s le 15 mars 1939, mais ils b�n�ficieront d�un statut privil�gi�.</p><p>Les Sud�tes jouent un grand r�le dans l�administration du protectorat, avec Karl Hermann Frank, secr�taire d��tat, puis ministre d��tat pour la Boh�me et la Moravie. Ils inspirent des projets de germanisation du protectorat. Lors de la d�faite des arm�es nazies, � l�approche des arm�es russes, une partie des Allemands des Sud�tes se replient en Allemagne ou en Autriche.</p><p>L�expulsion</p><p>des Allemands</p><p>Dans le gouvernement tch�coslovaque de Londres, Bene� a des discussions avec des Sud�tes antinazis, le communiste Karel Kreibich et le socialiste Wenzel Jaksch. D�s janvier 1942, il envisage d�expulser apr�s la guerre des Allemands pronazis. En novembre 1942, il durcit sa position en pr�voyant une expulsion sur une large �chelle. Il obtient en 1943 un accord de principe des Alli�s. Mais le plan d�finitif est pr�sent� apr�s la victoire et approuv� � la conf�rence de Potsdam (17 juill. -</p><p>2 ao�t 1945). Au total, ce sont, de janvier � novembre 1946, 2 165 000 Allemands qui sont transf�r�s vers la zone am�ricaine ou vers la zone sovi�tique en Allemagne. Les expuls�s ne peuvent emporter que de 30 � 50 kg de bagages et 1 000 Reichsmark. Il ne reste alors en Tch�coslovaquie que 165 000 Allemands, et ce nombre n�est plus que de 80 000 en 1972. Pour l��conomie tch�coslovaque, cet exode a signifi� la perte d�une main-d�oeuvre hautement sp�cialis�e et le d�peuplement des r�-</p><p>gions agricoles fronti�res.</p><p>Parmi les Allemands des Sud�tes</p><p>expuls�s en Allemagne f�d�rale</p><p>se d�veloppe, entre autres mouvements irr�dentistes, une association de r�fugi�s allemands des Sud�tes (Sudetendeutsche Landsmannschaft), revendiquant le droit � la patrie (Hei-matsrecht). Elle a �t� pr�sid�e par le socialiste Wenzel Jaksch (1896-1966), puis par le chr�tien-d�mocrate Hans Christoph Seebohm (1903-1967). Mais son audience aupr�s des jeunes est faible, et l�accord sign� le 11 d�cembre 1973 avec l��tat tch�coslovaque sur la</p><p>nullit� des accords de Munich ne lui laisse plus comme r�le que l��vocation nostalgique du pass�.</p><p>B. M.</p><p>F Tch�coslovaquie.</p><p>W. Jaksch, Europas Weg nach Potsdam (Stuttgart, 1958). / J. Cesar et B. &#x10C;ern&#xFD;, le Nazisme et le Troisi�me Reich (en tch�que, Prague, 1963). / R. Lu&#x17E;a, The Transfer of the Sudeten Germans. A Study of Czech-German Relations, 1933-1962 (New York, 1964). / E. Frank, Karl Hermann Frank (Heusenstamm, 1971).</p><p>Sud-Ouest</p><p>africain</p><p>F NAMIBIE.</p><p>downloadModeText.vue.download 510 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10465</p><p>Su�de</p><p>En su�d. SVERIGE, �tat de l�Europe du Nord.</p><p>LE CADRE NATUREL</p><p>L�histoire g�ologique</p><p>Environ 80 p. 100 du territoire sont form�s par un substratum de roches arch�ennes constitu� principalement de gneiss et de granit�s, appartenant au bouclier fennoscandinave et que les g�ologues su�dois appellent</p><p>� Urberg �, en distinguant plusieurs �tapes dans sa formation, survenue entre 2 500 et 900 millions d�ann�es.</p><p>Les formations rocheuses les plus anciennes (entre 1 700 et 2 100 millions d�ann�es) contiennent, avec des schistes et des calcaires, des roches m�tamorphiques : les � leptites �, tr�s riches en minerai de fer, � l�origine des mines du Bergslag et de Laponie. Les roches du syst�me orog�nique gothique (de 1 400 � 1 650 millions d�ann�es) et celles du syst�me dalslandique (de 900 � 1 100 millions d�ann�es), compos�es surtout de gneiss, se sont mises en place dans le sud-ouest de la Su�de.</p><p>La p�riode algonkienne (de 800 �</p><p>500 millions d�ann�es), qui succ�de � la formation de l�Urberg, semble surtout avoir �t� une p�riode d��rosion intense. Des �ruptions volcaniques eurent lieu, qui form�rent le large �panchement de porphyre de Dal�carlie. Des foss�s tectoniques s�ouvrirent dans l�actuelle r�gion du lac V�ttern, combl� par des s�diments gr�seux travers�s de sills de dol�rite. Au climat chaud et sec succ�da un climat froid, marqu� par des restes de moraines, des cailloux stri�s, des varves dans les formations schisteuses, t�moignant d�une glaciation algonkienne. � la fin de l��poque algonkienne, l�Urberg et les formations rocheuses plus r�centes �taient aras�es par la p�n�plaine pr�-</p><p>cambrienne, dont l�allure s�est impos�e depuis 600 millions d�ann�es aux surfaces d��rosion qui l�ont reprise, expliquant ainsi la monotonie et la faiblesse actuelle du relief de la plus grande partie du territoire.</p><p>L��poque primaire est marqu�e, du Cambrien au Silurien, par une transgression marine qui, du sud vers le nord, recouvre progressivement la p�n�plaine pr�cambrienne avec une alternance d�avanc�es et de reculs. Les s�diments devinrent par la suite des gr�s, des calcaires (marbre de Visby) et des schistes. Ils ne subsistent actuellement qu�en Scanie, sur les c�tes d��land, de Gotland, de la province de Kalmar, de Dal�carlie, d��sterg�tland, de V�sterg�tland et de N�rke, ainsi que le long de la cha�ne des Scandes, o� ils sont chevauch�s par le mat�riel algonkien des nappes de charriage venues de l�ouest lors du plissement cal�donien. Des coul�es de lave siluriennes ont conserv� les calcaires au sud du lac V�nern et forment la grande mesa actuelle du Kinnekulle. Vers le sud-est, les s�diments du Pal�ozo�que inf�rieur se dressent actuellement en bourrelet de roche dure au-dessus de la surface de l�Urberg, donnant une ligne de glint en partie ennoy�e par la Baltique et qui forme certaines parties des c�tes occidentales d��land et de Gotland. Ce sont les calcaires ordovi-ciens (500 millions d�ann�es) qui font la richesse agricole d�une partie de la Scanie, du J�mtland, de l�aur�ole du lac Siljan, des �les �land et Gotland, o� les marnes alimentent de grandes</p><p>cimenteries.</p><p>C�est � l��poque de l�orogen�se cal�-</p><p>donienne que s�est form� le massif des Scandes, long bourrelet montagneux qui limite la Su�de vers l�ouest. Il est compos� d�un mat�riel vari� : schistes, quartzites avec roches m�tamorphiques et �ruptives se disposant en nappes de charriage superpos�es. Les contrecoups des orogen�ses hercyniennes et alpines n�ont gu�re modifi� les traits structuraux fondamentaux acquis au lendemain des p�riodes algonkienne (p�n�plaine de l�Urberg) et cal�donienne (montagnes occidentales). Des mouvements tectoniques, avec jeu de horsts et grabens, ont donn� un syst�me de blocs bascul�s dans la Su�de centrale, la r�gion de Stockholm ainsi qu�en Scanie. Au Trias (Rh�tien), des couches de houille atteignant parfois 1 m d��paisseur, mais donnant un charbon de mauvaise qualit� se sont form�es en Scanie, o� l�on trouve au sud des calcaires cr�tac�s. Les s�diments tertiaires n�existent qu�en faible �paisseur, autour de Malm�.</p><p>Les glaciations quaternaires ont jou� un r�le essentiel dans l��laboration du relief actuel de la Su�de, et leurs effets se font encore sentir de nos jours. En Su�de, on ne conna�t que deux glaciations, que l�on appelle la grande glaciation (la plus ancienne) et la glaciation r�cente. Le centre de ces glaciations semble avoir �t� au voisinage du golfe de Botnie. Les masses de glace ont pu atteindre une �paisseur de 3 000 � 3 500 m en leurs points culminants. Lors de la grande glaciation, l�inlandsis s�est �tendu jusqu�� l�Europe centrale, la mer du Nord et les �les Britanniques. La seconde, moins puissante, plus restreinte, a �pargn� � l�int�rieur de la cha�ne des Scandes de nombreux reliefs, qui constituent des nunataks comme le Kebnekaise.</p><p>Lors de la fonte des glaces, les moraines se d�pos�rent, et le mat�riel morainique couvre alors d�un manteau plus ou moins �pais pr�s de 95 p. 100</p><p>du territoire su�dois. En Su�de centrale, un syst�me de moraines terminales et de d�p�ts delta�ques fluvio-glaciaires rappellent, � petite �chelle, la Salpausselk� de Finlande. La topo-</p><p>graphie de drumlin (basses collines morainiques de forme elliptique) est courante dans la Su�de centrale. Des moraines radiales (longues bandes form�es dans la direction d��coulement des glaces) caract�risent les c�tes du Norrland, particuli�rement autour d�Ume�. Le mat�riel fluvio-glaciaire, sp�cialement sous la forme d�eskers (ou �s) [chapelets de collines formant d��troites chauss�es], se rencontre au sud de la Scanie, o� il isole des lacs, � l�ouest du lac V�nern et dans les r�-</p><p>gions �lev�es. La plus c�l�bre r�gion d�eskers du monde est situ�e au nord du lac M�laren, o� ils forment les terrains les plus �lev�s. La ville de Stockholm est b�tie sur l�un d�eux.</p><p>Dans le Sud, les d�p�ts morainiques provenant de la langue de glace install�e sur la Baltique sont moins fournis en blocs et en sables que ceux qui viennent de l�int�rieur, mais sont plus riches en argile et en chaux ; ils donnent de bonnes terres. Les moraines d�origine baltique repr�sentent en Scanie 80 p. 100 des terres de labour et furent les premi�res colonis�es.</p><p>Le retrait des glaciers a fait monter le niveau des mers � la suite de la fusion des glaces, provoquant des transgressions marines sur les basses terres su�doises, mais, en m�me temps, par suite du ph�nom�ne de l�isostasie, le substratum fennoscandinave, d�charg� du poids des glaces, se releva, provoquant l�exhaussement des littoraux.</p><p>Dans la p�riode postglaciaire, transgression et r�gression se sont succ�d� dans la moiti� m�ridionale de la Su�de.</p><p>Ainsi, la Baltique, au cours de phases alternativement lacustres et marines (mer � Yoldia, lac � Ancylus, mer � Littorina), a recouvert plus ou moins la zone de basses terres qui relient G�teborg � Stockholm et les plaines littorales du Norrbotten d��paisses couches de marnes argileuses favorables � l�agriculture. Depuis quelques mill�naires, le soul�vement se poursuit seul. Encore fort dans le Nord (1 m par si�cle en moyenne au V�sterbotten), il est de 40 cm � Stockholm, de 20 cm � G�teborg et a pratiquement cess� en Scanie. Les archipels autour de G�teborg et de Stockholm sont des formes transitionnelles li�es au soul�vement ;</p><p>le bas plateau ondul� du Blekinge, au sud-est, est aussi la fin d�un archipel ; il en est de m�me de l�&#x1FA;ngermanland, dont les collines formaient un sk�rg�rd au XIVe s.</p><p>Les grands traits du relief</p><p>y Le Nord-Ouest montagneux cor-</p><p>respond � la vieille cha�ne cal�donienne des Scandes (portant le nom de monts K�len [Kj�len, en Norv�ge] au centre), large au maximum de 140 km, mais dont la Su�de ne poss�de que le versant oriental, o� alternent schistes, gneiss, granit�s, amphibolites et p�ri-dotites. On y rencontre d�assez hauts sommets ; au nord culminent le Sa-rektj�kko (2 090 m) et le Kebnekaise (2 135 m), le point culminant du pays.</p><p>La topographie la plus courante est celle de hauts plateaux d�nud�s, por-downloadModeText.vue.download 511 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10466</p><p>tant le nom de fj�lls, compartiment�s par des vall�es parall�les, model�es par les glaces, o� s�allongent encore des lacs glaciaires (Torne tr�sk, Lu-levatten, Hornavan, Storuman, etc.), qui constituent d�importantes r�serves d�eau, des sites touristiques estivaux, des zones prot�g�es o� se conservent la faune et la flore.</p><p>y Le Norrland et la Dal�carlie forment une s�rie de plaines et de plateaux �tages plus ou moins accident�s, s��levant progressivement du golfe de Botnie (basses plaines c�ti�res argileuses sortant de la mer du Norrbotten et du V�sterbotten) aux contreforts des monts K�len (vastes plateaux du Lappland au nord-ouest entre 500 et 200 m, pi�mont accident� et calcaire du J�mtland avec le lac Storsj�n au sud-ouest vers 500 m). Les sillons parall�les des vall�es profondes interrompent souvent la monotonie du paysage des plaines � monadnocks (reliefs r�siduels). Les fleuves, appel�s �lv (Klar, Dal, Indals, �ngerman, Ume, Skellefte, Pite, Lule, Kalix, Torne, etc.), ont un d�bit abondant, mais un cours coup� de nombreux</p><p>rapides. Servant au transport du bois,</p><p>ils sont de plus en plus utilis�s pour la production d��nergie hydro-�lectrique. Vers le sud, la Dal�carlie, avec le lac Siljan, fait transition entre le pi�mont montagneux et les plaines de la Su�de centrale. La c�te sur la Baltique est bord�e par le Sk�rg�rd ; c�est une zone de d�troits, de baies (vik), d�estuaires (fj�rd), de petites �les et d��cueils.</p><p>y Le Svealand et la r�gion des</p><p>grands lacs forment de la Baltique au Skagerrak, sur l�axe Stockholm-G�teborg par �rebro, une s�rie de plaines (moins de 100 m) recouvertes en partie de d�p�ts argileux par o� s��tal�rent et s��coul�rent les mers et les lacs postglaciaires. Les grands lacs (V�nern, V�ttern, Hj�lmaren, M�laren) occupent des foss�s tectoniques anciens (pal�ozo�ques), dont les failles ont rejou� jusqu�� l��poque actuelle. Les couches s�dimentaires cambro-siluriennes, comblant les grabens et d�gag�es par l��rosion, sont parfois recouvertes d�une chappe de dol�rite (roche volcanique) qui forme de petits plateaux du type mesa, comme au sud du lac V�ttern.</p><p>y Le Sm�land, vers le sud, comprend dans sa partie septentrionale un plateau arch�en affect� de nombreux accidents tectoniques et parsem� de lacs, de mar�cages et de tourbi�res.</p><p>Le Tomtabacken (377 m) et le Taberg (342 m) en sont les points culminants.</p><p>Le substratum est form� de gneiss � l�ouest et de granit� � l�est, aras� par la vieille p�n�plaine de l�Urberg et recouvert par un mince manteau de d�p�ts morainiques. La c�te du Bohusl�n est frang�e d�un archipel (Sk�rg�rd). Plus au sud, le Sm�land, est un pays de plaines qui s��tire du Halland, � l�ouest, sur le Skagerrak, au pays ondul� du Blekinge, � l�est, o� la p�n�plaine subcambrienne</p><p>plonge doucement sous la Baltique.</p><p>y La Scanie (Sk�ne), � l�extr�me sud, est un bas pays d�bit� par des failles courant du nord-ouest au sud-est en trois larges blocs. Au nord-est, des roches cristallines arch�ennes continuent la plaine du Sm�land.</p><p>Au centre, les schistes siluriens sont recouverts par d��pais d�p�ts m�so-</p><p>zo�ques du Trias sup�rieur (avec bancs de lignites), qui donnent au nord-ouest un paysage de cuestas.</p><p>Le bloc sud-ouest, face � l��resund, est form� de calcaires cr�tac�s qui se poursuivent au Danemark.</p><p>y Les �les �land et Gotland, peu �le-v�es, form�es de terrains cambro-siluriens o� dominent marnes et calcaires, montrent des cuestas sur leurs faces ouest.</p><p>Le climat et la v�g�tation</p><p>Abrit� des influences atlantiques par les montagnes scandinaves, la Su�de conna�t un climat continental et rude, avec une pluviosit� att�nu�e, un contraste net entre l�hiver et l��t�, marqu� par des extr�mes de temp�ratures plus accentu�s. C�est un climat froid de type polaire avec de longues nuits hivernales qui r�gne dans le Nord, o� la temp�rature moyenne annuelle n�est que de � 3 �C. En Laponie int�rieure, � Karesuando, la moyenne de janvier est de � 13,8 �C (13 �C en juillet) avec des nuits tr�s courtes.</p><p>La saison v�g�tative, c�est-�-dire celle o� la moyenne des temp�ratures journali�res est sup�rieure � 3 �C, dure 4 mois ; la couverture neigeuse va de la mi-octobre � la mi-mai. Les pr�cipitations, r�parties sur 165 jours par an, sont faibles : 325 mm d�eau. �</p><p>Haparanda, au fond du golfe de Botnie, le climat est moins s�v�re, avec une moyenne de temp�rature de � 10,3 �C</p><p>en janvier et de 15,5 �C en juillet.</p><p>Les pr�cipitations sont plus �lev�es (532 mm d�eau par an), et la saison v�g�tative dure 6 mois.</p><p>La Su�de centrale jouit d�un climat continental � �t� assez chaud (Stockholm : moyenne de 16,9 �C en juillet), qui permet la maturation des c�r�ales, et � hiver froid (moyenne de � 2,5 �C en janvier). Les pr�cipitations annuelles sont de 569 mm d�eau, et la couverture neigeuse ne dure que 4 mois, tandis que la saison v�g�tative d�passe 7 mois.</p><p>En Su�de m�ridionale, le climat est plus chaud, avec 7 �C de temp�rature moyenne annuelle, mais avec des pr�-</p><p>cipitations plus �lev�es (738 mm par an � G�teborg) ; il est soumis aux in-</p><p>fluences oc�aniques et � la circulation des vents maritimes de secteur ouest ; la temp�rature moyenne atteint 17,1 �C</p><p>en juillet et environ 0 �C en janvier (5,9 �C en avril et 8,2 �C en octobre).</p><p>Le climat de la Su�de est peu favorable aux cultures. Dans le Centre, l�hiver est trop long, le printemps trop humide, l��t� trop court et l�automne trop sec. Dans le Nord, les cultures sont difficiles et tr�s al�atoires quand on s��l�ve en latitude. Seule la partie m�ridionale jouit d�un climat assez favorable, mais l�agriculture craint les ann�es trop humides ou trop froides.</p><p>Le froid hivernal entrave la circulation fluviale et maritime.</p><p>D�s d�cembre, les premi�res glaces bloquent les entr�es de ports et les estuaires des c�tes du golfe de Botnie, sur lequel toute navigation devient impossible en janvier. En mars, la mer de Botnie est prise, avec une zone plus ou moins libre et un pack en son centre, tandis qu�au sud de l�archipel d��land la c�te de Stockholm � Karlskrona est � son tour bloqu�e. Dans cette r�gion, les brise-glace maintiennent l�acc�s aux ports. Les ports du golfe de Botnie (Kalix, Lule�, Skelleftehamn, Holmsund) sont bloqu�s de 4 � 6 mois par an. Ceux de la mer de Botnie sont inaccessibles pendant un temps moindre : :�rnsk�ldsvik, 3 mois ; H�r-n�sand, Sundsvall, 2 mois ; G�vle, au sud, 1 mois. Si les routes du Nord sont impraticables l�hiver, les trains roulent quand m�me ; la voie ferr�e Kiruna-Narvik transporte avec une grande r�gularit� pendant l�hiver et la nuit polaires pr�s de 10 Mt de minerai le fer vers le port norv�gien libre de glace.</p><p>Les diff�rents facteurs climatiques d�terminent des zones de v�g�tation.</p><p>Aux moyennes pluviom�triques et</p><p>thermiques tr�s basses du nord du Lappland (Laponie) correspond une zone de v�g�tation de type subarctique, o� le bouleau remonte les vall�es, s�installe dans les d�pressions, faisant contraste avec les hauteurs, o� l�on ne trouve que mousses et lichens.</p><p>C�est la zone de � toundra �, qui ne couvre que 5 p. 100 du territoire su�-</p><p>dois. Des conditions climatiques tr�s</p><p>dures r�gnent en hiver au-dessus de 1 500 m dans la cha�ne des Scandes, tol�rant une rare v�g�tation, form�e surtout de mousses et de lichens, avec un �tage inf�rieur de type alpin � pelouses estivales.</p><p>La zone bor�ale des conif�res forme, en Su�de, le barrskog, immense for�t exclusivement peupl�e de pins, d��pi-c�as, sauf sur ses marges. Elle couvre dans le Norrland, le V�rmland et en Da-l�carlie plus du tiers du territoire. Vers le nord, les pins, qui dominent parfois en peuplement naturel pur, c�dent progressivement le pas aux bouleaux, qui font la transition avec la for�t-toundra.</p><p>Les tourbi�res � sphaigne et les marais � mousse occupent une place importante (jusqu�� 30 p. 100 du sol forestier au Norrbotten) dans le barrskog.</p><p>Svealand et Sm�land, au sud, sont situ�es sur la zone de v�g�tation de la for�t mixte nord-europ�enne, o� 75 p. 100 des arbres sont encore des conif�res. Les bouleaux et les trembles ne sont pas rares, mais on y rencontre aussi l�aulne, le tilleul, l��rable, l�orme, le fr�ne, le ch�ne et le h�tre. Ces deux derniers caract�risent la v�g�tation de la Scanie, qui fait partie de la zone europ�enne des for�ts de feuillus. On y trouve de belles h�traies � sous-bois d�if, de lierre et de houx.</p><p>J. G.</p><p>LES GRANDES �TAPES</p><p>DE L�HISTOIRE DE</p><p>LA SU�DE</p><p>Un des plus anciens</p><p>r�seaux commerciaux</p><p>du monde</p><p>La pr�histoire</p><p>y D�s que recule l��norme carapace glaciaire qui couvre la Baltique et la p�ninsule scandinave, s�installent en Su�de les chasseurs de rennes.</p><p>y IIIe mill�naire : exploitation de l�ambre, export� du Jylland vers la M�diterran�e.</p><p>y �poque du bronze : le sud de la Su�de participe � la richesse agricole du Danemark. Les monuments</p><p>m�galithiques en sont une preuve. Les gravures rupestres t�moignent de la vocation maritime des Svears.</p><p>downloadModeText.vue.download 512 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10467</p><p>y �poque du fer : influence celtique, puis romaine, mais ind�pendance du pays, qui se constitue en f�d�rations.</p><p>Uppsala, centre politique et religieux (culte public de la triade Odin, Thor, Freyr).</p><p>Les Vikings (IXe - Xe s.)</p><p>y Les historiens contemporains rejettent l�ancienne explication des migrations scandinaves li�es � une situation �conomique pr�caire, � la famine.</p><p>Un grand bouillonnement national, la conqu�te de richesses, un gros effort commercial s�expliquent par l�apport technique et le dynamisme des Fri-sons, qui multiplient les march�s en Scandinavie et forment des gildes avec les Su�dois.</p><p>y Tandis que les Danois et les Norv�giens (Vikings ou Normands*) �cument l�Ouest europ�en, les Su�dois tournent leur activit� vers l�est, o� on les conna�t sous le nom de Var�gues ou de Russes ; ils cr�ent en Russie des villes marchandes (Novgorod, Kiev).</p><p>y Vers 830, le christianisme est pr�-</p><p>ch� en Su�de par Anschaire.</p><p>Formation de la nation</p><p>su�doise (Xe - XIVe s.)</p><p>1008-1250 :</p><p>l��glise su�doise, seul �l�ment</p><p>d�unit�</p><p>y 994 : mort d�Erik Segers�ll, roi de Su�de et du Danemark.</p><p>y 1008 : bapt�me du roi Olof Sk�tko-nung (994-1022).</p><p>y 1060 : fin de la premi�re dynastie su�doise, celle d�Uppsala, en partie l�gendaire, par la mort d�Edmond le Vieux.</p><p>y 1060-1130 : r�gne de la famille de Stenkil. Triomphe d�finitif du christianisme.</p><p>y 1164 : cons�cration du premier archev�que d�Uppsala, qui devient �</p><p>mais cette fois sous le r�gne du christianisme � la capitale religieuse de la Su�de : jusque-l�, l��glise de Su�de d�pendait de l�archev�que danois de Lund. L��glise est plus fortement organis�e que l��tat, dont l�autorit� reste d�pendante de l�autonomie des provinces. D�o� les difficult�s successorales perp�tuelles.</p><p>y 1130-1250 : disparition de la</p><p>famille de Stenkil. Lutte entre les Sverker et les Erik. Alternance des deux dynasties. Sverker Ier l�Ancien (1130-1156) appelle en Su�de les moines cisterciens missionnaires et d�fricheurs. Erik Jedvardsson, dit</p><p>� le Saint � (1156-1160), est assassin� durant la messe par Magnus Hen-riksson : il passe pour un martyr, et le jour de sa mort (18 mai) est f�te nationale en Su�de. Charles Sverkersson (v. 1160-1167), Knut Eriksson (1167-1196), Sverker II le Jeune (1196-1208), Erik Knutsson (1208-1216), Jean Sverkersson (1216-1222), Erik Eriksson (1222-1250) se succ�dent</p><p>sur le tr�ne.</p><p>1250-1363 :</p><p>r�gne des Folkungs</p><p>y 1250 : le jarl (premier dignitaire) Birger � habituellement appel� Birger Jarl (� 1266) �, de la dynastie des Folkungs, s�empare du pouvoir, fait �lire son fils Valdemar (1250-1275), mais est le vrai ma�tre du pays. Son nom est li� au premier effort pour unifier r�ellement le royaume. De Stockholm, dont il fait sa capitale, Birger Jarl surveille le nord du pays, �limine les marchands de Novgorod et incorpore la Finlande � la Su�de (annexion consacr�e en 1323).</p><p>y 1266-1319 : Son oeuvre se d�sa-gr�ge en partie : la f�odalit� se d�veloppe ; les r�gnes de Magnus Ladul�s (1275-1290) et de Birger Magnusson (1290-1318) ternissent le prestige de la royaut�, qui est r�tabli par Ingeborg, belle-soeur de Birger Magnusson. Celle-ci, en 1319, assure � son fils Magnus Eriksson les deux couronnes de Su�de et de Norv�ge.</p><p>y 1319-1363 : fin des Folkungs ; p�riode de troubles. L�union pr�caire downloadModeText.vue.download 513 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10468</p><p>de la Su�de et de la Norv�ge se maintient sous Magnus Eriksson, d�pos� en 1363.</p><p>1363-1389 :</p><p>Albert de Mecklembourg</p><p>y L�union de la Su�de et de la Norv�ge ne se maintient pas. Albert de Mecklembourg, choisi comme roi par les Su�dois, se d�barrasse des derniers Folkungs, mais se laisse d�border par Bo Jonsson (� 1386), qui se</p><p>taille un immense fief. Albert ayant voulu confisquer les terres exempt�es d�imp�ts de la noblesse, celle-ci fait appel � la r�gente de Danemark et de Norv�ge, Marguerite.</p><p>y Cette derni�re bat Albert � Falk�-</p><p>ping (1389) et devient ma�tresse en fait des trois royaumes scandinaves.</p><p>Le temps de</p><p>la Scandinavie.</p><p>L�union de Kalmar</p><p>(1397-1523)</p><p>1397-1439 :</p><p>Marguerite et Erik de Pom�ranie</p><p>y 1397 : au ch�teau de Kalmar,</p><p>l�union scandinave est juridiquement reconnue. Marguerite fait couronner roi des trois pays son petit-neveu Erik de Pom�ranie, cor�gent avec elle. Cependant, la Su�de garde ses propres lois.</p><p>y 1397-1412 : politique autocratique et unitaire de Marguerite, qui favorise la pr�pond�rance danoise en Su�de ; celle-ci devient le principal secteur du commerce hans�atique ; nombreux marchands allemands (L�beck) �tablis � Stockholm.</p><p>y 1412-1439 : Erik de Pom�ranie</p><p>poursuit la politique de Marguerite.</p><p>La crise �conomique (notamment</p><p>dans le district minier de Dal�carlie) favorise la r�sistance su�doise de l�union avec le Danemark (aristocratie, clerg�) et les nationalistes, appuy�s sur les masses populaires.</p><p>y 1435 : le Riksdag d�Arboga proclame r�gent du royaume le h�ros national Engelbrekt ; mais celui-ci est assassin� d�s 1436. Durant un si�cle, la Su�de va �tre boulevers�e par la lutte entre partisans.</p><p>y 1439 : Erik de Pom�ranie est</p><p>d�pos�.</p><p>1440-1523 :</p><p>l�Union de Kalmar constamment</p><p>contest�e. Les Sture</p><p>y 1440-1448 : Christophe de Ba-</p><p>vi�re, neveu d�Erik de Pom�ranie, � la t�te de l�Union.</p><p>y 1448-1481 : Christian Ier d�Oldenburg lui succ�de.</p><p>y 1448-1483 : Charles VIII Knutsson (� 1470), puis son neveu Sten Sture l�Ancien (� 1503) cherchent le pouvoir � la t�te du parti national.</p><p>y 1483-1501 : r�gne de Jean Ier de Danemark, impos� par les unionistes et par l�archev�que Jakob Ulfsson, fondateur, en 1477, de l�universit� d�Uppsala.</p><p>y 1501 : expulsion de Jean Ier.</p><p>y 1503-1520 : le flambeau de l�ind�-</p><p>pendance est successivement repris par Svante Sture (� 1512) et Sten Sture le Jeune (� 1520), qui se proclament r�gents de Su�de.</p><p>y 1520 : Sten Sture est tu� au cours d�une bataille gagn�e au lac �sunden par Christian II de Danemark, appel� par l�archev�que Gustav Trolle.</p><p>Christian massacre ses adversaires (le parti des Sture) au cours des � v�pres stockholmiennes � (nov. 1520). La Dal�carlie se soul�ve.</p><p>L��poque de la r�forme</p><p>(1523-1611)</p><p>Gustave Ier* Vasa ou le triomphe des patriotes (1523-1560)</p><p>y 1521-1523 : Gustave Eriksson</p><p>Vasa chasse les Danois.</p><p>y 6 juin 1523 : au Riksdag de Str�n-gn�s, Gustave est �lu roi (Gustave Ier Vasa). Il doit accorder aux L�beckois un privil�ge leur donnant le monopole du commerce dans le Sund : il tirera bient�t la Su�de de ce vasselage �conomique (� guerre du comte �</p><p>d�Oldenburg).</p><p>y 1527 : pr�par�e par un disciple de Luther, Olaus Petri, la R�forme s�impose en Su�de par la volont� du roi. Le Riksdag de V�ster�s pose les fondements d�une �glise nationale su�doise, de foi luth�rienne.</p><p>y 1544 : pacte de succession ; la couronne est proclam�e h�r�ditaire.</p><p>L�oeuvre de Vasa remise en cause (1560-1611)</p><p>y 1560-1568 : r�gne d�Erik XIV, fils de Gustave Vasa. Humaniste, il ouvre la Su�de aux influences europ�ennes, puis, devenu � moiti� fou, il est emprisonn� par son fr�re Jean (III), qui le fait �gorger en 1577.</p><p>y 1568-1592 : r�gne de Jean III, qui entreprend la constitution d�un Empire su�dois en Baltique. En 1581, il s�empare de Narva et rattache l�Estonie � la couronne su�doise. Il reprend contact avec Rome et veut r�tablir le catholicisme en Su�de.</p><p>y 1592-1599 : r�gne de Sigismond Vasa, fils de Jean III, d�j� roi de Pologne. Apr�s le synode d�Uppsala (1593), il doit s�engager � respecter la Bible et la Confession d�Augsbourg ; mais il reste catholique. Il voit alors se dresser devant lui le luth�rien Charles de Sudermanie, proclam� r�gent en 1595 et qui le fait d�poser en 1599. Il se retire en Pologne sans renoncer � ses droits.</p><p>y 1607-1611 : r�gne de Charles de Sudermanie (Charles IX), qui reprend la tactique d�expansion vers la Pologne et le Danemark.</p><p>La Su�de,</p><p>ma�tresse de la Baltique.</p><p>le si�cle d�or (1611-1718)</p><p>Le r�gne glorieux de Gustave II*</p><p>Adolphe (1611-1632)</p><p>y 1611 : une charte royale �tablit une �troite collaboration entre le roi et son peuple ; le Riksdag prend allure de Parlement ; deux cours d�appel sont cr��es.</p><p>y Grand capitaine, Gustave-Adolphe dote la Su�de d�une arm�e puissante, car il r�ve de faire de la Baltique un lac su�dois ; il met aussi cette arm�e au service du protestantisme.</p><p>y 1617 : la paix de Stolbova avec le Danemark et la Russie lui laisse les mains libres sur le continent. �</p><p>l�int�rieur, un r�glement regroupe les quatre ordres (noblesse, clerg�, bourgeois, paysans) dans le Riksdag ; la noblesse est appel�e � coop�rer au gouvernement.</p><p>y 1621-1629 : guerre contre la Pologne. Les Su�dois s�emparent de la Livonie et occupent la Prusse ducale, terre dans la mouvance polonaise.</p><p>y 1630-1632 : Gustave-Adolphe</p><p>entre dans la guerre de Trente Ans, d�barque en Pom�ranie, � boulevard de la Su�de �, d�o� il d�loge les Imp�riaux. Appuy� par Richelieu, il occupe le Brandebourg, �crase Tilly � Breitenfeld (17 sept. 1631), sauvant ainsi le protestantisme en Allemagne.</p><p>Ma�tre de l�Allemagne, il est pr�s d�aller dicter la paix � l�empereur � Vienne, quand il est tu� devant L�tzen (16 nov. 1632).</p><p>Christine* de Su�de (1632-1654)</p><p>y Christine, fille de Gustave-</p><p>Adolphe, lui succ�de sous la r�gence (� partir de 1632) d�Axel Gustavsson Oxenstierna (1583-1654), qui, en 1634, dote la Su�de d�une Constitution : celle-ci consacre le triomphe de la bureaucratie nobiliaire.</p><p>y 1644 : majorit� de la reine ; d�but de son r�gne personnel.</p><p>y 1645 : paix de Br�msebro, qui</p><p>donne � la Su�de nombre de terres et d��les danoises.</p><p>y 1648 : trait�s de Wesphalie, qui font de la Su�de la ma�tresse de la Baltique, notamment par l�acquisition d�une bonne partie de la Pom�ranie et l�installation des Su�dois � l�embouchure des trois fleuves allemands.</p><p>y 1654 : attir�e par le catholicisme et la France, Christine abdique en faveur de son cousin Charles-Gustave.</p><p>y De nombreux Allemands s�ins-</p><p>tallent en Su�de et contribuent � lui donner une armature �conomique de type occidental.</p><p>Charles X et Charles XI</p><p>(1654-1697)</p><p>y Charles X Gustave (1654-1660) envahit la Pologne, qui se r�volte sous ses pas avec l�aide des Danois. Ceux-ci, �cras�s par les Su�dois, signent le trait� de Roskilde (1658), qui �largit les avantages gagn�s par la Su�de aux trait�s de Wesphalie.</p><p>y Charles XI (1660-1697) doit suivre le parti fran�ais dans une guerre contre l�empereur, les Provinces-Unies et le Danemark. Il est battu, mais gr�ce � Louis XIV, au trait� de Saint-Germain (1679) il ne perd que la Pom�ranie occidentale, au profit du Danemark. � l�int�rieur, Charles XI abaisse la noblesse et �tablit la mo-downloadModeText.vue.download 514 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10469</p><p>narchie absolue : le Riksdag devient un simple conseil royal (1682).</p><p>Charles XII*, h�ros national</p><p>(1697-1718)</p><p>y Une grande partie du r�gne de ce soldat follement courageux (le � roi de fer �) est occup�e par les p�rip�-</p><p>ties de la guerre du Nord (1700-1721), qui oppose la Su�de � une coalition comprenant le Danemark, la Russie, la Saxe et la Pologne, d�cid�s � �liminer les Su�dois des rives m�ridionales de la Baltique. Si bien que le roi, constamment absent, laisse tourner � vide les rouages du gouvernement, abandonnant au Holsteinois Georg Heinrich G�rtz (1668-1719) le soin d�instaurer une �conomie de guerre.</p><p>y Vainqueur � Narva (1700),</p><p>Charles XII est bless� et vaincu par Pierre le Grand � Poltava (1709), mais il r�ussit � se r�fugier en Turquie (1709-1714). L�Empire su�dois s��croule : le retour de Charles XII n�y change rien. D�ailleurs, le roi est tu� au si�ge de la forteresse de Fredriksten, � Fredrikshald (11 d�c.</p><p>1718).</p><p>L�� �re des libert�s � et</p><p>l�ouverture aux id�es nouvelles (1719-1771)</p><p>Une lourde succession</p><p>y Ulrique-�l�onore (1719-20), soeur de Charles XII, puis son �poux, Fr�-</p><p>d�ric Ier de Hesse (1720-1751), liquident une situation d�sastreuse : les trait�s de Frederiksborg (1720) et de Nystad (1721) marquent un net recul de la Su�de, qui perd la ma�trise de la Baltique et abandonne des territoires importants (Estonie, Livonie, bouches des fleuves allemands, une partie de la Finlande...).</p><p>y � l�int�rieur, Ulrique-�l�onore, sous la pression des nobles, qui se d�barrassent de Georg Heinrich von G�rtz, doit accepter d��tre �lue par le Riksdag. En 1720, Fr�d�ric de Hesse accepte une Constitution qui ouvre l�� �re des libert�s � dans le pays.</p><p>y D�sormais, la Su�de va se tourner vers des pr�occupations �conomiques et culturelles sous l�influence du pi�-</p><p>tisme allemand et du rationalisme fran�ais.</p><p>L�� �re de la libert� � :</p><p>r�gnes de Fr�d�ric Ier de Hesse</p><p>(1720-1751) et d�Adolphe-</p><p>Fr�d�ric (1751-1771)</p><p>y 1720-1738 : influence du chancelier Arvid Horn (1664-1742), chef des pacifistes (les Bonnets), qui intensifie l�activit� �conomique. La flotte mar-</p><p>chande passe de 228 � 480 b�timents entre 1723 et 1726.</p><p>y 1731 : fondation d�une Compagnie su�doise des Indes orientales.</p><p>y Au parti pacifiste des Bonnets (de nuit) s�oppose le parti militaire profran�ais, qui prend pour embl�me le chapeau, symbole de libert� et de courage. En attendant la guerre avec la Russie (dont Horn passe pour �tre une cr�ature), de nombreux jeunes nobles s�engagent dans l�arm�e fran-</p><p>�aise (le Royal-Su�dois).</p><p>y 1738 : Carl Gyllenborg (1679-</p><p>1746), chef des Chapeaux, supplante Horn et devient Premier ministre.</p><p>y 1741-1743 : guerre contre la Russie. Le trait� de Turku (1743) enl�ve le sud-est de la Finlande � la Su�de.</p><p>y La longue domination des Cha-</p><p>peaux favorise l��conomie su�doise et aussi l�influence culturelle fran�aise : fondation de l�Acad�mie des sciences (1739), de l�Acad�mie des belles-lettres (1753).</p><p>y 1756-1771 : longue lutte d�in-</p><p>fluence des Chapeaux et des Bonnets.</p><p>La Su�de au bord de l�anarchie.</p><p>downloadModeText.vue.download 515 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10470</p><p>L��re gustavienne et</p><p>le grand tournant</p><p>(1771-1815)</p><p>Le despotisme �clair� de</p><p>Gustave III* (1771-1792)</p><p>y Gustave III, fils d�Adolphe-Fr�-</p><p>d�ric, fait un v�ritable coup d��tat, abolissant la dictature du Riksdag au profit du pouvoir royal : le Conseil, d�sormais, n�est responsable que devant le roi, qui partage le pouvoir l�gislatif avec les �tats.</p><p>y Despote �clair�, marqu� par les id�es fran�aises, Gustave III supprime la torture, la v�nalit� des grades, donne un statut lib�ral � la presse. Il fonde une Acad�mie su�doise (1786) et un Op�ra. Un style � gustavien �, variante du style Louis XVI, s�impose en Su�de. Le luth�ranisme s�affadit ; les non-protestants sont tol�r�s.</p><p>y L�hostilit� de la noblesse (les Chapeaux) am�ne Gustave III � restaurer l�absolutisme (Acte d�union et de s�-</p><p>curit�, 1789). D�autre part, une guerre end�mique oppose Russes et Su�dois en Finlande.</p><p>y Le roi meurt en 1792 � la suite d�un attentat perp�tr� par le capitaine J. J. Anckarstr�m.</p><p>Le temps de la R�volution</p><p>fran�aise et de Bonaparte</p><p>(1792-1815)</p><p>y Gustave IV Adolphe (1792-1809) entre d�abord dans la ligue des neutres (1800) pour sauvegarder le commerce su�dois. Mais son hostilit� pour la France l�am�ne � participer aux troisi�me et quatri�me coalitions (1805-1807) ; le seul r�sultat est de faire perdre � la Su�de ses derni�res possessions en Allemagne. Lors du Blocus continental, Gustave IV choisit l�alliance anglaise ; les Russes ayant alors pris la Finlande (1808), le roi est arr�t� par le g�n�ral K. J. Adlercreutz, chef du parti militaire : il mourra en exil en 1837.</p><p>y Charles XIII (1809-1818), oncle du roi d�chu, doit accepter une Constitution qui impose le veto du Conseil</p><p>aux mesures inconstitutionnelles ; les �tats se r�uniront d�sormais tous les cinq ans. Le trait� de Fredrikshamn (1809) enl�ve � la Su�de la Finlande, la Laponie et les �les d��land.</p><p>y 1810 : mort du populaire prince h�ritier Christian-Auguste d�Augus-tenborg. Charles XIII d�signe comme successeur le g�n�ral fran�ais Bernadotte, qui s�est signal� par son humanit� en Pom�ranie et que Napol�on a disgraci�. Bernadotte, devenu Charles-Jean, refuse de rompre avec l�Angleterre.</p><p>y 1812 : accord russo-su�dois. En �change d�une intervention su�doise sur le continent, Alexandre Ier promet d�aider Charles-Jean � r�aliser l�union de la Norv�ge � la Su�de, mais la convention de Moss (1814) pr�cise que les �tats constitueront � chacun un royaume libre et ind�pendant sous un m�me roi �.</p><p>y 1815 : les trait�s de Vienne ratifient cette union.</p><p>Les Bernadotte et</p><p>la monarchie su�do-</p><p>norv�gienne (1815-1905)</p><p>Le r�gne de Bernadotte</p><p>(Charles XIV*) [1818-1844]</p><p>y Devenu roi (Charles XIV) en 1818, Charles-Jean pratique une politique r�solument pacifiste, qui, poursuivie par ses successeurs, permettra � la Su�de d�atteindre en un si�cle � un haut niveau de vie et � une forte maturit� politique.</p><p>y 1840 : Charles XIV accepte la r�-</p><p>forme de la Constitution dans un sens plus lib�ral. Le Conseil d��tat prend la forme d�un minist�re divis� en sept d�partements sp�cialis�s.</p><p>Les successeurs de</p><p>Charles XIV (1844-1905)</p><p>y Oscar Ier (1844-1859), fils de Charles XIV, a quelque difficult� avec la Russie � propos de la fronti�re commune en Laponie et de la d�militarisation des �les d��land. Frapp� d�ali�nation mentale, il laisse la r�-</p><p>gence � son fils Charles (1857).</p><p>y Charles XV (1859-1872) refuse</p><p>d�intervenir, malgr� le scandinavisme naissant, en faveur du Danemark</p><p>lors de la guerre des Duch�s (1864).</p><p>Cependant, l�attitude belliqueuse de la Prusse va peu � peu resserrer les liens entre les pays scandinaves. En 1865, Charles XV fait accepter une Constitution qui remplace les �tats par deux chambres �lues au suffrage censitaire : lune aristocratique, l�autre � majorit� paysanne, bient�t domin�e par le parti agrarien (fond� en 1867). En m�me temps, le Code p�nal et le statut des non-luth�riens sont lib�ralis�s.</p><p>y Sous Oscar II (1872-1907), le parti agrarien, au pouvoir depuis deux d�cennies, doit compter avec le parti social-d�mocrate, fond� en 1889.</p><p>y La transformation �conomique et sociale de la Su�de est favoris�e par l�adoption du libre-�change (1888) : le commerce des bois, vers l�Angleterre notamment, prend son essor ; en 1880, la surface cultivable est quatre fois plus consid�rable qu�en 1750.</p><p>L��migration rurale profite aux villes, � l�industrie (papier, houille blanche, allumettes), mais aussi aux �tats-Unis, o� s��tablissent de nouveaux �migrants su�dois. En 1898 na�t le syndicalisme su�dois, qui va lutter contre la prol�tarisation de la Su�de.</p><p>En 1905, la Norv�ge obtient la dissolution de l�union avec la Su�de.</p><p>La Su�de contemporaine</p><p>Politique int�rieure</p><p>Sous les r�gnes de Gustave V (1907-1950), puis de Gustave VI Adolphe (1950-1973), la Su�de conna�t la prosp�rit� �conomique et atteint au revenu moyen par habitant le plus �lev� d�Europe.</p><p>Ces r�sultats sont dus d�abord � une d�mocratisation intense du r�gime : suffrage universel (1907-1909), �tablissement du r�gime parlementaire complet (1917), vote des femmes</p><p>(1918). Ils sont aussi la cons�quence de l�action du syndicalisme (400 000 ad-</p><p>h�rents en 1944) et du parti social-d�mocrate, dont l�efficacit� se traduit par le vote de lois sociales importantes (assurance vieillesse, 1913 ; journ�e de huit heures, 1918). En 1964, 30 p. 100</p><p>du budget national sera attribu� au syst�me social. Le parti social-d�mocrate grandit au point qu�en 1920 Gustave V</p><p>confie � son chef, Hjalmar Branting*, la formation d�un gouvernement homog�ne (1920, 1921-1923, 1924-25). De 1932 � 1964, les sociaux-d�mocrates ont souvent d�tenu la majorit� absolue � la seconde chambre : Per Albin Hansson (de 1932 � 1946), puis Tage Erlander (de 1946 � 1969) � l�homme de l�� �tat-Providence � � sont en m�me temps que les chefs du parti les chefs du gouvernement.</p><p>Cependant, � partir des �lections du 20 septembre 1964, la social-d�mocratie su�doise semble s�essouffler. C�est que l�inflation atteint la Scandinavie et que la ran�on fiscale du progr�s social se fait plus lourde d�j� ; la Su�de n�appara�t plus alors tout � fait comme le pays des � enfants g�t�s de l�Europe �.</p><p>De plus en plus, les syndicats su�dois se battent pour instaurer la � d�mocratie industrielle �, et le � socialisme � la su�doise � r�v�le ses faiblesses. Cependant, malgr� les attaques de l�opposition contre le Premier ministre Tage Erlander, les socialistes remportent une victoire d�une grande ampleur aux �lections l�gislatives du 15 septembre 1968 en occupant au Parlement 125 si�ges (51 p. 100 des suffrages).</p><p>Le parti du centre, dirig� par Gunnar Hedlund, gagne 3 si�ges, mais les communistes, victimes de l�intervention sovi�tique en Tch�coslovaquie, perdent 5 des 8 si�ges qu�ils d�tenaient pr�c�demment. La division des partis bourgeois entre eux (centre et droite) explique en partie l�importance du raz de mar�e social-d�mocrate.</p><p>Apr�s vingt-cinq ann�es pass�es � la t�te du parti social-d�mocrate et du gouvernement de la Su�de, Tage Erlander se retire de la politique et, en octobre 1969, fait �lire � ces deux postes son secr�taire particulier, Olof Palme, qui appartient � l�aile gauche du parti.</p><p>Le nouveau Premier ministre an-</p><p>nonce aussit�t un train de r�formes sous le slogan � �galit� � : resserre-ment de l��ventail des revenus par le moyen de la fiscalit�, d�mocratisation de l�enseignement et de l�entreprise, modification du statut de la famille et suppression des entraves juridiques � la compl�te �mancipation des femmes.</p><p>Malgr� ces mesures, au d�but de l�an-n�e 1970, il se heurte � une grave crise sociale et �conomique.</p><p>Le patronat, inquiet d�une fiscalit� galopante et de salaires trop lourds, a vu ses b�n�fices diminu�s en quelques ann�es de 25 p. 100 : aussi des centaines d�entreprises ont-elles ferm� leurs portes, ce qui provoque le ch�-</p><p>mage de 25 000 salari�s. � partir de d�cembre 1969, des gr�ves sauvages dans les mines de fer de Kiruna, en Laponie, et qui durent jusqu�en f�vrier 1970, sont d�clench�es sans l�accord des puissantes f�d�rations syndicales, les Landsorganisationen (LO). Elles entra�nent dans le pays un vaste mouvement de solidarit� et portent un coup tr�s dur � l�image du socialisme su�dois.</p><p>Les �lections l�gislatives du 20 septembre 1970 sanctionnent le recul de la social-d�mocratie, qui perd 5 p. 100</p><p>des suffrages et se retrouve � la nouvelle chambre unique avec 163 si�ges sur 350 ; les partis bourgeois, � eux seuls, en comptent 170. Si Olof Palme, chef d�un gouvernement minoritaire, reste au pouvoir, il le doit au soutien des communistes, qui ont remport� 17 si�ges.</p><p>Les sociaux-d�mocrates retrouvent les m�mes probl�mes : hausse des prix, downloadModeText.vue.download 516 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10471</p><p>inflation, budget d�ficitaire, etc. Pour y rem�dier, ils adoptent une politique d�aust�rit� qui pr�voit la suspension de milliers de fonctionnaires (officiers, professeurs). Aussi, un long conflit �clate entre l��tat et les fonctionnaires, leurs syndicats r�clamant une augmentation de salaires d�au moins 20 p. 100, et bient�t le pays est paralys� (arr�t de</p><p>la circulation ferroviaire, fermeture des �coles).</p><p>Pour �viter l�asphyxie de l��conomie, le gouvernement, soutenu par les partis bourgeois, d�cide de r�quisitionner les fonctionnaires et d�interdire toute gr�ve durant une p�riode de six semaines. Finalement, la crise est d�nou�e, et, en juin 1971, un accord est conclu dans l�industrie entre le patronat et les LO.</p><p>Craignant l��ch�ance �lectorale de septembre 1973, Olof Palme essaie, au d�but de l�ann�e 1973, de faire aboutir un certain nombre de r�formes sociales (assurance dentaire g�n�rale, allocations familiales et de ch�mage, subventions aux r�gions pauvres pour mettre fin au d�peuplement des campagnes, etc.). En outre, le gouvernement veut s�parer l��glise luth�rienne, �glise officielle en Su�de, de l��tat, lib�raliser la proc�dure du mariage et du divorce, et faire reconna�tre l�union libre ; il propose aussi des mesures �nergiques pour lutter contre l�ins�-</p><p>curit� dans les villes (en Su�de, o� le r�gime p�nitentiaire est tr�s lib�ral, la criminalit� a doubl� depuis dix ans).</p><p>Une nouvelle Constitution, destin�e � remplacer celle de 1809, est vot�e en premi�re lecture en juin 1973.</p><p>Mais ces mesures pr�vues semblent aller contre un certain regain des id�es conservatrices ; la fiscalit� trop lourde, le ch�mage grandissant, le rel�chement des moeurs, le d�nigrement de l�arm�e, l�augmentation de la criminalit� provoquent un revirement de l�opinion, et les �lections du 16 septembre 1973, pr�c�d�es la veille par la mort du vieux roi, Gustave VI Adolphe, et l�av�nement de son petit-fils, Charles XVI Gustave, se soldent par un net recul de l�ensemble de la gauche et surtout des sociaux-d�mocrates.</p><p>Les deux blocs, partis bourgeois et partis de gauche, obtiennent un nombre �gal de si�ges (175) au Riksdag, ce qui g�ne consid�rablement Olof Palme, � la merci d�un tirage au sort. Les sociaux-d�mocrates (43 p. 100 seulement des voix et 156 si�ges) ne doivent leur maintien au pouvoir qu�aux �lus communistes (19 si�ges).</p><p>Le 28 f�vrier 1974, en deuxi�me lecture, le Riksdag, par 321 voix contre 20</p><p>(communistes plus un mod�r�) adopte la nouvelle Constitution qui entre en vigueur le 1er janvier 1975. La royaut� est r�duite � une fonction purement honorifique. Le Parlement est monoca-m�ral (il l�est, en r�alit�, depuis 1970), les �lections sont fond�es sur la repr�-</p><p>sentation proportionnelle, la majorit� �lectorale est abaiss�e de vingt ans � dix-huit ans, le nombre des d�put�s est fix� � 349, au lieu de 350, afin d��viter la parit� des blocs de gauche et de droite. En 1976, par ailleurs, une nouvelle l�gislation du travail est adopt�e, consacrant le droit d�intervention des travailleurs dans les d�cisions de l�entreprise.</p><p>Mais aux �lections de septembre</p><p>� avant lesquelles l�opposition a fait campagne contre la socialisation du pays, pour la d�centralisation et pour l�abandon du programme nucl�aire �</p><p>le parti social-d�mocrate (42,9 p. 100</p><p>des voix et 152 si�ges) est battu. Les partis centristes, lib�raux et conservateurs, totalisent 50,7 p. 100 des voix et 180 si�ges. Le centriste Th�bj�rn F�ll-din constitue alors un gouvernement de coalition.</p><p>Politique ext�rieure</p><p>La Su�de, neutre durant les deux guerres mondiales, s�int�resse fortement aux probl�mes de la paix (r�le du prince Folke Bernadotte [1895-1948]</p><p>en Palestine, de Dag Hammarskj�ld</p><p>[1905-1961] comme secr�taire g�n�-</p><p>ral des Nations unies). Elle entre � l�O. N. U. en 1946, � l�O. E. C. E. en 1948, au Conseil de l�Europe en 1949, dans la zone de libre-�change en 1960.</p><p>En m�me temps, elle resserre les liens qui l�unissent traditionnellement aux autres pays scandinaves.</p><p>Le souci majeur d�Olof Palme est de ne pas porter atteinte au fragile �quilibre de l�Europe du Nord. La Su�de approuve la conf�rence sur la s�curit� europ�enne propos�e par la Finlande (juill. 1969), et le Premier ministre se rend � Paris en avril 1970 et rencontre le chancelier Willy Brandt, de l�Allemagne occidentale, en ao�t 1970. Ces visites sont li�es au probl�me de l��largissement du March� commun.</p><p>L�U. R.S. S., qui a vu d�un mauvais oeil le projet d�une communaut� �conomique des pays nordiques, qui risque-rait d�entra�ner la Finlande et la Su�de dans un ensemble � atlantique �, craint �galement l�entr�e de la Su�de dans la C. E. E.</p><p>En mars 1971, le gouvernement su�-</p><p>dois fait part de son d�sir de ne pas adh�rer au March� commun, estimant que cette adh�sion est incompatible avec le maintien de sa neutralit� ; un accord de libre-�change pour la production industrielle est cependant approuv� par le Parlement su�dois en d�cembre 1972. En mai 1973, le projet NORDAC, destin� � consacrer la coop�ration des pays nordiques en mati�re de recherche nucl�aire, est abandonn� apr�s le refus de la Su�de de participer � son financement.</p><p>P. P.</p><p>F Branting (Hjalmar) / Charles XII / Charles XIV</p><p>ou Charles-Jean / Christine de Su�de / Danemark</p><p>/ Finlande / Gustave Ier Vasa / Gustave II Adolphe</p><p>/ Gustave III / Norv�ge / Russie / Schleswig-Holstein / Stockholm / Trente Ans (guerre de).</p><p>R. Svanstr�m et C. F. Palmstierna, Histoire de la Su�de (trad. du su�dois, Delamain et Boutelleau, 1914 ; nouv. �d.. Stock, 1944). /</p><p>I. Andersson, Histoire de la Su�de des origines � nos jours (en su�dois, Stockholm, 1943, 3e �d., 1950 ; trad. fr., Horvath, Roanne, 1973).</p><p>/ S. C. O. Carlsson et J. Ros�n, Histoire de Su�de (en su�dois, Stockholm, 1961-62 ; nouv. �d., 1964 ; 2 vol.). / Svensk historik bibliografi, 1936-1950 (Stockholm, 1964). / R. Nordling, Su�de socialiste et libre entreprise (Fayard et Mame, 1970).</p><p>LA POPULATION</p><p>Vers 1650, la population �tait estim�e � 1,2 million d�habitants. Un si�cle plus tard, en 1749, lors du premier recensement dans le royaume, on d�nombrait 1,8 million de personnes.</p><p>Depuis, cette population n�a cess� de cro�tre gr�ce � un exc�dent naturel qui s�est maintenu malgr� la baisse du taux de natalit� et l�immigration vers le d�but du XXe s. Aux XVIIe et XVIIIe s., le taux de natalit� �tait en moyenne de 30 � 35 p. 1 000 et celui de mortalit� de 25 � 30 p. 1 000. Le cro�t naturel</p><p>annuel �tait donc de 0,5 p. 100 environ. Au XIXe s., l�hygi�ne et la m�decine firent baisser le taux de mortalit� infantile et prolong�rent la vie ; le cro�t naturel atteignait 1,2 p. 100 dans les ann�es 70 et 80, provoquant rapidement la surpopulation du territoire eu �gard aux ressources et aux emplois offerts. Un grand nombre de Su�dois durent �migrer. Amorc�s d�s 1840</p><p>vers l�Am�rique du Nord, les d�parts annuels atteignirent 40 000 unit�s par an vers 1880. De 1865 � 1914, environ 1,3 million de Su�dois quitt�rent leur pays (0,3 million revinrent en Su�de).</p><p>L��migration a pratiquement cess� au d�but des ann�es 30. Durant et depuis la Seconde Guerre mondiale, la Su�de a re�u des immigrants, principalement des Finlandais et des Allemands ainsi que des travailleurs yougoslaves. En 1971, il y avait 200 000 �trangers (2,5 p. 100 de la population), dont 85 000 Finlandais.</p><p>En 1975, la population s��levait � 8 200 000 habitants. Aujourd�hui, l�accroissement naturel est tr�s lent : en 1975, le taux de natalit� �tait seulement de 12,6 p. 1 000 et celui de mortalit� de 10,8 p. 1 000. En 1973, il y avait 30 p. 100 de moins de 20 ans, 52,5 p. 100 d�adultes de 20 � 59 ans et 17,5 p. 100 de personnes �g�es de 60 ans et plus. La population active groupait environ 45 p. 100 des habitants (10 p. 100 dans les activit�s primaires, 42 p. 100 dans le secteur secondaire et 48 p. 100 dans le tertiaire).</p><p>La population est concentr�e dans les parties m�ridionales et centrales du pays ainsi que sur le littoral du golfe de Botnie. La cha�ne des Scandes, le nord-ouest de la Laponie (pr�s de 20 p. 100</p><p>du territoire) sont presque totalement inhabit�s. Le barrskog, la grande for�t, qui s��tend sur la majeure partie du Norrland et de la Dal�carlie, n�est peupl� que de fa�on ponctuelle. La population rurale repr�sente 25 p. 100 de la population nationale (en fait, beaucoup moins si, comme en France, on comptait comme ville toute agglom�ration d�au moins 2 000 habitants). � la suite du lagaskifte de 1827, loi de remembrement pr�par�e par le storskifte de 1757 et l�enskifte de 1807, qui imposa l��clatement des villages et l��parpille-</p><p>ment des habitations, l�habitat rural se pr�sente partout sous la forme d�une extr�me dispersion. � peu pr�s seule, la Dal�carlie continue � rassembler ses maisons en village. L�habitat permanent se double souvent d�un habitat temporaire ; les chalets d��t� (f�bod), utilis�s autrefois lors de l�estivage du b�tail, sont devenus maintenant des g�tes ruraux pour touristes. La dispersion de l�habitat rural a pour contrepartie une forme sp�cifiquement su�doise, les t�torter, qui sont de petits centres de services administratifs, commerciaux et culturels, et qui comptent quelques centaines d�habitants. Il y en a environ 1 pour 4 000 habitants.</p><p>On compte 225 agglom�rations de</p><p>plus de 2 000 habitants. Mais toutes n�ont pas droit au titre de villes. Le terme a une acception administrative et est attribu� par une loi. La fonction commerciale des villes est attest�e par le fait que les plus grandes, Stockholm, G�teborg, Malm�, sont des ports. Ces derniers sont encore nombreux parmi les villes de 30 000 � 100 000 habitants (Lule�, Ume�, �rnsk�ldsvik, Sundsvall, G�vle, V�stervik, Kalmar, Karls-downloadModeText.vue.download 517 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10472</p><p>krona, Kristianstad, Trelleborg, etc.), particuli�rement au Norrland, o� la plupart des sites urbains sont des fonds d�estuaire. L�industrie, li�e aux mines � l�origine, a fait na�tre la vie urbaine du Bergslag et a d�velopp� quelques grandes agglom�rations dans l�int�-</p><p>rieur de la Su�de centrale (Norrk�ping, J�nk�ping, �rebro). Dans le Norrland, G�llivare et Kiruna sont des cit�s industrielles li�es aux mines de fer. La fonction intellectuelle s�est �panouie � Lund et � Uppsala.</p><p>L��CONOMIE</p><p>D�veloppement,</p><p>niveau de vie et</p><p>politique �conomique</p><p>La Su�de est un pays industriel o� la p�che et l�agriculture ne jouent qu�un r�le secondaire malgr� l�importance</p><p>qu�elles peuvent repr�senter pour l��conomie nationale : l�agriculture couvre 90 p. 100 des besoins alimentaires du pays. En un si�cle (1870-1970), la proportion des personnes vivant de l�agriculture est tomb�e de 52 � 13 p. 100 et celle des personnes vivant de l�industrie et du commerce s�est �le-v�e de 9,5 � 48 p. 100. Actuellement, la Su�de est l��tat d�Europe dont le revenu moyen par habitant est le plus �lev�. Pourtant, � l�origine, c��tait un pays pauvre aux richesses naturelles tr�s limit�es et, pendant longtemps, ce fut une nation exclusivement agricole. La pouss�e industrielle d�buta au cours des ann�es 1850-1860 gr�ce au d�veloppement de l�industrie du bois, d�abord des scieries, puis des usines de p�tes m�caniques et chimiques, et ensuite des papeteries et des cartonne-ries, toutes ces industries alimentant une exportation croissante. L�essor g�n�ral de l�industrie se produisit dans les derni�res ann�es du XIXe s., lorsque la Su�de put tirer parti des gisements septentrionaux de minerai de fer de haute qualit�, exploiter totalement ses immenses for�ts et utiliser ses eaux courantes pour la production d��nergie �lectrique � bon march�. Manquant de charbon au d�part, l�industrie lourde se d�veloppa lentement, mais les Su�dois s�orient�rent rapidement vers une industrie de transformation de qualit� (p�te � papier, aciers sp�ciaux, machines, mat�riels �lectroniques et de pr�cision) travaillant pour l�exportation. Disposant d�un outillage ultra-moderne, servie par une main-d�oeuvre peu nombreuse, mais hautement qualifi�e, la Su�de appara�t comme un pays de grande productivit�, comparable aux �tats-Unis. Au cours des derni�res d�cennies, elle a atteint un des niveaux de vie le plus �lev� d�Europe.</p><p>Depuis 1946, le pouvoir d�achat n�a cess� de s�accro�tre de 2,5 � 3,5 p. 100</p><p>environ par an. Le taux de croissance du produit national brut pour la p�riode 1950-1970 s��tablit � 3,9 p. 100. La part des activit�s industrielles et artisanales dans le produit national brut en 1971</p><p>�tait de 39,3 p. 100 contre 56,2 p. 100</p><p>pour le secteur tertiaire et 4,4 p. 100</p><p>pour l�agriculture et la sylviculture.</p><p>L��conomie est dite � socialiste � en</p><p>ce sens que l��tat contr�le l�essentiel des services publics (chemins de fer, �nergie �lectrique) ainsi que certaines grandes branches de production (mines de fer, aci�ries). Il accorde d�importantes subventions pour l��quipement du pays et la protection de l�environnement, et stimule les investissements industriels. Il �tend progressivement son emprise sur l��conomie dans les secteurs les plus vari�s : projet de nationalisation des pharmacies, financement d�une usine de p�te � papier en 1972, d�une centrale nucl�aire pr�s de Malm�, etc. Mais, dans le domaine de la production industrielle, les neuf dixi�mes rel�vent du secteur priv�.</p><p>L��tat intervient aussi au niveau de la distribution des revenus (imp�ts qui �cr�tent les revenus �lev�s), des salaires et de l�emploi. Comme dans toute la Scandinavie, les coop�ratives tiennent une place notable dans le commerce de gros et de d�tail. Elles d�veloppent un pouvoir compensateur propre � emp�cher que les grandes entreprises ne profitent pleinement d�avantages de monopole.</p><p>Salaires �lev�s, prix relativement stables, haute productivit�, niveau de vie �lev� sont le r�sultat d�une politique de concertation o� interviennent l��tat, les coop�ratives, les syndicats et le patronat. Entre les diff�rentes cat�gories sociales, la transition est insensible. Sur le plan �conomique, la disparit� ville-campagne s�att�nue progressivement. Le paysan su�dois dispose � l�heure actuelle d�un confort inconnu dans la plupart des campagnes europ�ennes. Par ailleurs, il n�existe pas en Su�de de r�gions v�ritablement �conomiquement ou socialement arri�r�es.</p><p>L�agriculture</p><p>Par suite de la pauvret� du sol (les surfaces cultiv�es ne couvrent actuellement que 9 p. 100 de la superficie totale) et de la rigueur du climat, l�agriculture fut longtemps m�diocre. Les seules r�gions productives �taient la Scanie et les plaines argileuses entourant les grands lacs. Les surfaces agraires �taient tr�s r�duites, et les rendements faibles. Pourtant, pendant longtemps, la Su�de a �t� essentiellement une nation</p><p>de paysans ; 90 p. 100 de la population s�adonnaient � l�agriculture au XVIe s.</p><p>et 69 p. 100 au milieu du XIXe s., soit, � cette �poque, 2 407 000 personnes. Le chiffre maximal a �t� atteint en 1880</p><p>avec 3 100 000 personnes (67 p. 100</p><p>de la population totale). Depuis la derni�re guerre, la population rurale n�a cess� de d�cro�tre et semble s��tre stabilis�e vers 2 000 000 de personnes, soit moins du quart de la population en 1973. Il s�agit surtout de petits propri�-</p><p>taires. Les grands domaines (au-dessus de 50 ha) sont situ�s g�n�ralement dans les r�gions les plus fertiles, en Scanie notamment. Le reste des terres est divis� en petites propri�t�s, ce qui a frein� longtemps la modernisation.</p><p>L��tat doit encore venir en aide aux trop petits propri�taires et leur accorder des primes � l�occasion des livraisons de lait.</p><p>La superficie cultiv�e repr�sente environ 3 200 000 ha. De grands travaux de drainage ont �t� accomplis : 27 p. 100 du territoire cultiv� sont drain�s artificiellement, en particulier dans le Sud et l�Est, sur les grandes propri�t�s, qui co�ncident aussi avec les meilleurs terroirs. L�agriculture couvre 90 p. 100 des besoins alimentaires du pays.</p><p>Les trois quarts de la terre cultivable sont mis en fourrage. L��levage joue en effet un r�le important dans l�agriculture su�doise, et les trois quarts environ des revenus procur�s en d�rivent, dont une grande partie provient des produits laitiers. Ceux-ci forment la plus importante source de b�n�fices pour les petites exploitations, except� celles qui sont sp�cialis�es dans les l�gumes et fruits.</p><p>En 1971, le cheptel bovin �tait d�environ 2 900 000 t�tes, en augmentation de 12 p. 100 en dix ans ; l��levage pour la viande progresse, tandis qu�on assiste � un recul de la production du lait et du beurre. Le troupeau de porcins (2 155 000 animaux en 1971) ainsi que la production de viande de porc sont stables ; les porcs sont particuli�rement nombreux en Scanie et dans la plaine de Halland, au sud-ouest. Les chevaux (� peine 100 000) sont en recul. Le troupeau d�ovins est de 200 000 t�tes,</p><p>et celui de rennes (175 000 b�tes environ) nomadise dans le Norrland avec des �leveurs lapons.</p><p>Avec une production de 2,2 Mt,</p><p>l�orge est la principale c�r�ale cultiv�e en Su�de. En dix ans, la production a doubl�. C�est la base principale de l�alimentation du b�tail, et son essor r�cent est li� � celui de l��levage.</p><p>L�orge � deux rangs de grains, de qualit� sup�rieure, mais qui demande de bonnes conditions climatiques et p�dologiques, est intensivement cultiv�e en Scanie et sur les sols calcaires d��land, de Gotland, d��stergotland et des rives du lac M�laren. L�orge � six rangs, de moindre valeur nutritive, supporte des climats plus durs et est cultiv�e sur les c�tes du golfe de Botnie et dans downloadModeText.vue.download 518 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10473</p><p>la plaine du J�mtland. La production d�avoine (1,8 Mt en 1973), souvent en association avec l�orge, a progress� les dix derni�res ann�es (de moiti�).</p><p>La principale r�gion productrice est la plaine centrale.</p><p>La production de bl� (1,5 Mt), elle aussi en progression constante, a plus que doubl� par rapport � 1946. La culture atteint seulement l�extr�me sud du Norrland (vers 61� de lat. N.). Les rendements s��l�vent � 35 quintaux � l�hectare en Scanie et dans les basses plaines centrales. Le seigle, malgr� une progression l�g�re de la production (0,3 Mt), ne vient plus qu�au dernier rang des c�r�ales cultiv�es. Les limites de culture sont les m�mes que pour le bl�. Sur les riches terres du Sud-Ouest et en Scanie, la culture d�ol�agineux (lin en recul et colza en progr�s) et celle de la betterave � sucre (1,8 Mt) prennent une grande importance � proximit� des grandes raffineries de sucre du pays (0,3 Mt de sucre). La production de pomme de terre, cultiv�e jusqu�au Norrland, se maintient autour de 1,2 Mt par an.</p><p>Les herbages, qui couvrent 88 p. 100</p><p>de la superficie cultivable dans le Norrbotten, n�en occupent que 40 p. 100</p><p>dans le Centre et 20 p. 100 dans le Sud.</p><p>La culture des fruits et l�gumes est tr�s d�velopp�e. En Scanie, la r�colte de fruits et de baies, souvent le fait de grandes fermes, va principalement aux usines de conserves de produits surge-l�s. Les l�gumes sont surtout cultiv�s en Scanie (B�stad), sur la c�te sud-est (Kivik), dans le sud du Sm�land et dans l�ouest d��land (pour les oignons). Les abords du lac V�ttern et le sk�rg�rd de Stockholm sont sp�cialis�s dans la culture des fraises et des framboises.</p><p>Les principales serres pour les fleurs sont localis�es en Scanie et autour de Stockholm et de G�teborg.</p><p>La for�t</p><p>Les ressources foresti�res du barrskog, dont les r�serves consid�rables fournissent � l�industrie du bois de pulpe et du bois d�oeuvre, placent la Su�de au quatri�me rang dans le monde, apr�s l�U. R. S. S., les �tats-Unis et le Canada, avec une production de 64 millions de m�tres cubes de bois ronds en 1972. Le r�le de la for�t dans l��conomie nationale est primordial. Vers 1950, l�abattage des arbres en hiver employait 400 000 personnes, mais les progr�s r�cents de la m�canisation ont r�duit ce chiffre � 180 000 environ. La for�t occupe environ la moiti� du territoire, soit 225 000 km 2 (pr�s de 3 ha de bois par habitant). Les for�ts couvrent de 15 � 40 p. 100 du territoire dans l�extr�me Nord, de 50 � 60 p. 100</p><p>au sud du Norrland, de 70 � 80 p. 100</p><p>dans le Centre-Ouest et la Dal�carlie, de 40 � 70 p. 100 dans le Centre-Est et le Sm�land, moins de 15 p. 100 en Scanie.</p><p>La for�t est form�e pour 85 p. 100</p><p>de r�sineux. On rencontre des feuillus dans la partie m�ridionale, en Scanie, o� le h�tre est dominant, et dans les r�gions septentrionales, o� les peuplements de bouleaux sont assez abondants. Partout ailleurs, les for�ts sont constitu�es de conif�res, avec parfois des �lots de bouleaux et de trembles. Le peuplement m�lang� � pin-�pic�a �, caract�ristique des for�ts scandinaves, occupe la Su�de centrale et septentrionale jusqu�au cercle polaire. En Su�de m�ridionale, les for�ts pures de pin ou d��pic�a sont en g�n�ral d�origine arti-</p><p>ficielle ; une grande partie de la for�t originelle a �t� d�frich�e. Dans le nord de la Laponie, on trouve des peuplements purs de pin ; il y avait primitivement un m�lange pin-�pic�a, avec pin dominant, mais l��pic�a a �t� supprim� d�s les premi�res �claircies syst�matiques. Environ 40 p. 100 de la superficie de la for�t su�doise sont peupl�s de pins et 45 p. 100 d��pic�as, le reste �tant en feuillus.</p><p>Jusqu�� la fin du XIXe s., les for�ts ont �t� exploit�es sans r�gles sylvicoles et sans limitation du volume des coupes.</p><p>Des coupes massives furent pratiqu�es, en particulier dans le Norrland, o� les peuplements exploit�s furent remplac�s par des for�ts d�grad�es claires.</p><p>Actuellement, la for�t est en pleine reconstitution. Depuis la derni�re guerre, le capital producteur s�est accru d�environ 15 p. 100, et l�on estime que la production des for�ts est aux trois quarts de la capacit� th�orique maximale.</p><p>Sur le plan foncier, 75 p. 100 des for�ts sont des for�ts priv�es ; parmi ces derni�res, le tiers appartient � des soci�t�s industrielles, qui se trouvent ainsi poss�der un domaine forestier (5 641 000 ha) pratiquement aussi vaste que celui de la Couronne et des collectivit�s publiques (5 859 700 ha).</p><p>Les domaines de la Couronne se</p><p>trouvent en grande partie au Norrland.</p><p>Les for�ts particuli�res appartiennent surtout � des petits propri�taires, la plupart exploitants agricoles. Ces derniers poss�dent 39 p. 100 de la superficie foresti�re dans le Norrland, mais 88 p. 100 dans le Sud, en Scanie, dans le Halland et le Blekinge.</p><p>Dans le Norrland, une grande partie du bois abattu l�hiver �tait achemin� par flottage vers les scieries et les usines de p�tes � papier pendant les hautes eaux de printemps et d��t�, � la fonte des neiges. Mais le d�veloppement des routes foresti�res et des installations hydro-�lectriques ont fait reculer le flottage.</p><p>La p�che</p><p>La Su�de poss�de de nombreux cours d�eau et lacs et un littoral maritime de 2 500 km. Brochets, truites, saumons sont abondants dans les eaux courantes.</p><p>Dans le domaine maritime, la p�che fournit entre 200 000 et 300 000 t de poissons par an. La majeure partie des captures est compos�e de harengs (60 p. 100) et de morues (30 p. 100). Si les captures progressent, le nombre des p�cheurs est en diminution rapide. On en comptait plus de 14 000 en 1949, la moiti� en 1972. Une partie d�entre eux n��taient pas des professionnels, mais de petits agriculteurs qui compl�taient leur revenu agricole par la p�che. Ce genre de vie mixte est en forte r�gression. Environ 80 p. 100 des prises sont d�barqu�s dans le Bohusl�n et � G�teborg, o� vivent environ 60 p. 100 des p�cheurs. Le long des 100 km de la c�te rocheuse et d�coup�e du Bohusl�n se localisent beaucoup de petits ports de p�che, qui livrent leur production � G�teborg et aux usines de conserves qui traitent aussi les l�gumes. La p�che, autrefois c�ti�re, est devenue hauturi�re, et les chalutiers et seineurs quittant les parages du Catt�gat et du Skagerrak vont p�cher au large des Shetland et des H�brides.</p><p>Si la c�te de la Baltique est de beaucoup la plus d�velopp�e, elle borde une mer peu poissonneuse. Le principal poisson captur� en Baltique est une vari�t� de hareng, le str�mming, dont une grande partie est consomm�e frais dans les villes de la c�te, � Stockholm notamment.</p><p>Les ressources</p><p>�nerg�tiques et mini�res</p><p>y L�hydro-�lectricit�. Sans p�trole ni houille � sauf un gisement, aujourd�hui sans importance �cono-</p><p>mique, de charbon en Scanie (bassin houiller de H�gan�s) �, la Su�de est abondamment pourvue en ressources �nerg�tiques d�origine hydraulique.</p><p>Les cours d�eau sont nombreux et bien aliment�s. La plupart ont une forte pente et des gorges assez nombreuses, offrant des sites propices � l�installation des barrages et d�usines. L��rosion glaciaire a multipli� les ruptures de pente et am�nag� de nombreux lacs qui servent de r�servoirs naturels. Environ les deux tiers des installations hydro-�lectriques comportent des chutes de moins de 10 m. La plupart des meilleurs sites sont dans le Nord,</p><p>r�gion peu peupl�e, o� les eaux sont gel�es en hiver, ce qui a oblig� � des am�nagements co�teux pour leur utilisation. � Porjus, � Harspr�nget, on a install� l�usine sous terre et l�on proc�de l�hiver � un r�chauffement pour lib�rer l�eau. La plus grande partie de l�hydro-�lectricit� est fournie par le complexe de l�Indals�lven, celui de l��ngerman�lven et de ses affluents (�sele�lven, Fj�llsjo�lven, Fax�lven) et par les centrales du Lule �lv, du Dal �lv et du G�ta �lv. La production totale d��lectricit� (aux trois quarts d�origine hydraulique) avoisine</p><p>80 TWh.</p><p>y Les ressources mini�res. Malgr� la raret� des terrains calcaires et mar-neux, la Su�de est exportatrice de ciment (production de 3,8 Mt). L�industrie est localis�e en Scanie autour de Malm�, � Gotland (Slite), � �land (Degerhamn) ainsi que dans les ports.</p><p>Le minerai de cuivre est actuellement extrait par la Bolidens Gruv AB dans la r�gion de Skellefte� (V�sterbotten), o� la production approche 40 000 t.</p><p>Au nord-est du lac V�ttern, les mines de zinc d�Ammeberg ont fourni</p><p>100 000 t de m�tal. Le mangan�se, le plomb (75 000 t), l�arsenic, l�argent, le pyrites sont aussi extraits.</p><p>Le minerai de fer est abondant</p><p>dans le Bergslag, � l�ouest de Stockholm. La production est de 3 � 4 Mt par an. Les centres d�extraction sont Gr�ngesberg, Bl�tberget, Idkerberget et H�ksberg. Mais les plus importants gisements exploit�s sont ceux de Laponie. L�extraction a d�but� � la fin du XIXe s. au Malmberget (la � montagne de fer �), pr�s de G�llivare, puis avec la construction du chemin de fer de Lule� (1892) furent ouvertes les mines de Kiruna (Kiirunavaara), de Luossavaara et de Tuolluvaara, tandis que la voie ferr�e atteignait en 1902 Narvik, port norv�gien, libre toute l�ann�e des glaces, par o� passe la plus grande partie des exportations (environ 45 p. 100</p><p>du minerai est export� en Allemagne f�d�rale et 30 p. 100 au Benelux).</p><p>L�exploitation des mines est assur�e par la LKAB (Luossavaara-Kiirunavaara Aktiebolaget), soci�t� mixte dont l��tat d�tient une partie des capitaux.</p><p>Il s�agit d�un minerai de fer � haute teneur, form� de magn�tite et d�h�ma-</p><p>tite contenant jusqu�� 70 p. 100 de fer.</p><p>downloadModeText.vue.download 519 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10474</p><p>downloadModeText.vue.download 520 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10475</p><p>L�exploitation, en grande partie � ciel ouvert, est facile, mais, � Tuolluvaara, l�exploitation souterraine pr�sente le grand avantage de ne pas conna�tre le froid, qui ralentit la production hivernale. Un nouveau centre d�extraction � ciel ouvert a �t� mis en service � Svappavaara, � 50 km au sud-est de Kiruna, en 1966. Les r�serves totales sont estim�es � 4 milliards de tonnes.</p><p>La production est de l�ordre de 30 Mt de minerai (plus de 20 Mt de m�tal contenu) par an. Les deux tiers environ sont export�s par Narvik, et le reste va vers le port et les aci�ries de Lule�.</p><p>Kiruna, ville mini�re de 30 000 habitants, cr��e dans une contr�e d�serte, est la capitale de cette r�gion mini�re.</p><p>L�activit� industrielle</p><p>L�industrie, qui occupe 29,2 p. 100 de la population active, se pr�sente avant tout comme une industrie de qualit�.</p><p>Elle est fortement concentr�e, avec 15 p. 100 des entreprises employant plus de 1 000 ouvriers. Un certain nombre d�entre elles ont atteint des dimensions et une r�putation mondiales : l�ASEA (Allm�nna svenska elektriska Aktiebolaget) avec plus de 25 000 employ�s, sp�cialis�e dans la construction de mat�riel �lectrique de haut voltage ; la Svenska Cellulosa AB de Sundsvall avec plus de 15 000 ouvriers, deuxi�me firme su�doise et l�un des plus grands fabricants de p�tes et de papiers du monde ; la SKF (Aktiebolaget Svenska Kullage fabriken) avec plus de 10 000 personnes, qui produit 15 p. 100 des roulements � billes du monde et contr�le une quarantaine de filiales dans les pays les plus divers. Il faut citer encore la soci�t� AB Bofors (manufacture d�armes), l�AB Separator</p><p>(outillage des fabrications laiti�res), l�AB Electrolux (appareils m�nagers), les chantiers navals G�taverken, la soci�t� Kockums Mekaniska Verks-tads AB (chantier naval et appareils de levage), les usines Volvo (un des grands constructeurs d�automobiles et de camions d�Europe), etc.</p><p>Les industries du bois viennent au premier rang en Su�de avec 13 p. 100</p><p>des emplois industriels. Elles se r�partissent en plusieurs secteurs d�activit�s. Les usines de p�tes sont localis�es principalement le long de la c�te du Norrland, au d�bouch� des fleuves qui am�nent ou ont amen� dans un pass� r�cent les bois flott�s du barrskog.</p><p>Une autre concentration d�usines est situ�e sur les rives du lac V�nern, qui re�oit les bois du J�mtland ; la p�te est alors achemin�e par le G�ta �lv au port de G�teborg. Des usines r�centes de grande capacit� ont �t� construites, en dehors de ces concentrations, sur les c�tes de l�extr�me Nord, � Munk-sund, � L�vholmen, � Karlsborg et, au sud-est, sur les c�tes du Sm�land, � M�nster�s, � M�rrum et � Nym�lla.</p><p>La production de p�tes est de 7 � 8 Mt par an (soit environ 10 p. 100 de la production mondiale et 30 p. 100 du commerce international des p�tes [la moiti� de la production �tant export�e]). Les industries du papier et du carton (en moyenne 4 Mt par an) sont moins d�-</p><p>pendantes des estuaires, et une grande partie des papeteries sont localis�es en Su�de centrale, de la r�gion de G�teborg � G�vle, et dans le Norrland, en passant par les rives du lac V�ttern.</p><p>Des papeteries se trouvent group�es dans le Norrland autour de Sundsvall (Ortviken), dans le Nord autour de Pite� et dans le Sud-Est autour de Norrk�ping. Les scieries sont nombreuses et exportent la moiti� de leur production. Les industries de contre-plaqu� sont install�es principalement � Kris-tinehamn, au nord-est du lac V�ttern, et celle des allumettes � J�nk�ping, au sud du lac V�ttern. La fabrication des panneaux en fibre de bois, dont la Su�de est le deuxi�me producteur mondial apr�s les �tats-Unis, anime de nombreuses usines dans le Norrland.</p><p>R�put�e pour sa qualit� depuis plu-</p><p>sieurs si�cles, la production d�acier d�passe 5,5 Mt. Environ 70 p. 100 de l�acier sont produits au four �lectrique.</p><p>Les usines sid�rurgiques se trouvent surtout dans le Bergslag et sont localis�es pr�s des chutes d�eau qu�elles utilisaient autrefois. De puissantes so-ci�t�s sid�rurgiques se sont constitu�es dans cette r�gion. La Uddeholms AB, dans le V�rmland, au nord du lac V�nern, cr��e en 1720, emploie maintenant 15 000 personnes et, par ses filiales, a �tendu ses activit�s de l�acier aux papiers. La plus c�l�bre soci�t�, la plus ancienne aussi, la Stora Kop-parbergs Bergslags AB, a plus de six si�cles d�existence. Exploitant � l�origine les mines de cuivre de Falun, elle a joint � ses usines sid�rurgiques de downloadModeText.vue.download 521 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10476</p><p>Domnarvet les forges de S�defors, la papeterie de Kvarnsveden, la scierie et les fabriques de cellulose de Skutsk�r, des usines hydro-�lectriques sur le Dal �lv, 300 000 ha de for�ts et d�exploitations agricoles, et une raffinerie de p�-</p><p>trole � G�teborg. La plus puissante des soci�t�s est la Trafik AB Gr�ngesberg-Oxel�sund, compagnie ferroviaire � l�origine, qui, avec l�aide de l��tat, a fond� la LKAB, exploitant le minerai de fer de Laponie, et cr�� � Lule� la plus importante aci�rie du pays, la Norrbottens j�rnverk AB, pouvant fournir plus du tiers de la production su�doise.</p><p>La grosse m�tallurgie de transformation consiste surtout dans les constructions navales, surtout localis�es au sud du pays (G�teborg, Landskrona, Malm�), et dans celles du mat�riel ferroviaire et de levage. Les industries m�caniques sont la branche d�industrie la mieux repr�sent�e en Su�de avec plus de 30 p. 100 de la valeur de la production industrielle. Elles sont localis�es surtout dans les grandes villes, particuli�rement dans celles de la Su�de centrale. Elles sont tr�s va-ri�es : balances de pr�cision, roulement � billes, automobiles, gros appareillage �lectrique, armes, etc. Elles sont prolong�es actuellement par les fabrications de mat�riel �lectronique, locali-</p><p>s�es aussi dans les grandes villes de la Su�de centrale et m�ridionale.</p><p>L�industrie textile, qui fournit le march� national, occupe environ</p><p>10 p. 100 des ouvriers su�dois. Travaillant principalement le coton � l�origine, elle est concentr�e autour de G�-</p><p>teborg, port d�importation des mati�res premi�res, et � Bor�s, ville proche. Ces deux centres travaillent aussi le lin et le jute. Malm� et Norrk�ping, premier centre de tissage de Su�de, travaillent aussi la laine. Les industries alimentaires sont localis�es � proximit� des mati�res premi�res, dans les ports et les plaines du centre et du sud de la Su�de.</p><p>Les principales minoteries sont install�es � Stockholm, � G�teborg, � Malm� et � Kalmar.</p><p>Les transports et</p><p>le commerce</p><p>Environ 50 p. 100 du tonnage des marchandises sont transport�s par les chemins de fer, dont le trafic se maintient sans restriction en hiver, en particulier dans le Norrland. Il s�agit surtout du transport de pond�reux, principalement de bois et de minerai de fer. La route assure 40 p. 100 du trafic des marchandises, et la voie d�eau 10 p. 100 ; le cabotage maritime est handicap� l�hiver par les glaces qui bloquent les ports su�dois au nord de Stockholm.</p><p>Un r�seau de canaux fut cr�� au XIXe s.</p><p>Le canal de Trollh�tte fut ouvert au trafic en 1800, joignant par le G�ta �lv le lac V�nern � G�teborg. En 1832, le G�ta Kanal fut cr�� entre la Baltique et le lac V�nern. Actuellement, le canal de Trollh�tte et celui de S�dert�lje, au sud de Stockholm, entre la Baltique et le lac M�laren, sont accessibles � des navires de haute mer.</p><p>N��tant en communication par voies terrestres qu�avec la Norv�ge et l�ex-tr�me Nord finlandais, la Su�de utilise surtout la voie d�eau dans ses relations avec les autres pays. Si les liaisons a�riennes jouent un r�le important pour le transport des voyageurs, une grande partie d�entre eux utilisent les services des paquebots, des vedettes, des hydroglisseurs et des cars-ferries, qui assurent les relations avec la Finlande, la Pologne, l�Allemagne f�d�-</p><p>rale et surtout le Danemark (par Malm� et H�lsingborg). La construction d�un tunnel entre Malm� et Copenhague, et desservant l�a�roport international de l��le de Saltholm, est envisag�e. En accroissement continu, le trafic des ports d�passe 60 Mt, dont 65 p. 100 aux importations. Il existe un seul grand port, G�teborg, qui a un trafic d�passant 20 Mt, dont 80 p. 100 aux importations ; viennent ensuite H�lsingborg et Lule� avec un trafic de 6,5 Mt chacun (85 p. 100 aux exportations pour Lule�</p><p>[principalement du minerai de fer]), puis Stockholm, port de marchandises vari�es, avec un trafic de 6,5 Mt �galement, dont 80 p. 100 aux importations.</p><p>La marine su�doise a un tonnage de 5,6 Mt.</p><p>Malgr� sa forte production d��lectricit� hydraulique, la Su�de doit acheter des quantit�s croissantes d��nergie (coke et hydrocarbures). Des importations de c�r�ales, de fruits et de produits alimentaires tropicaux sont n�cessaires � son ravitaillement, et l�industrie a besoin de mati�res premi�res (laine, coton, caoutchouc, min�raux, etc.). Les importations d�automobiles, de tracteurs sont aussi importantes. Malgr� la progression constante de la valeur des importations ces derni�res ann�es, la balance commerciale �tait en exc�dent en 1975. Les exportations sont form�es principalement de bois, de p�tes � papier, de papiers et de cartons (en tout 25 p. 100), de minerai de fer et d�aciers (en tout 10 p. 100), de machines-outils, de mat�riel �lectrique et �lectronique (25 p. 100), d�automobiles (7 p. 100) et de navires (6 p. 100). En 1974, les principaux partenaires de la Su�de �taient les pays du March� commun (pr�s de 60 p. 100 des exportations et les deux tiers des importations). Le produit par habitant est aujourd�hui �gal � celui des �tats-Unis, et le niveau de vie est l�un des plus �lev�s du monde (une voiture et un poste de t�l�vision pour trois habitants), avec un syst�me de protection sociale tr�s �labor�.</p><p>J. G.</p><p>F G�teborg / Stockholm.</p><p>G. Chabot, l�Europe du Nord et du Nord-Ouest, t. II : la Finlande et les pays scandinaves (P. U. F., 1958). / C. Chaline, F. Rog� et</p><p>P. George, l�Europe des marchands et des navigateurs (P. U. F., 1964). / A. S�mme, A Geography of Norden (Oslo, 1966 ; nouv. �d., Londres, 1969). / G. Alexandersson, les Pays du Nord (P. U. F., coll. � Magellan �, 1971). / Statistisk �rsbok 1972 (Stockholm, 1973).</p><p>LA LITT�RATURE</p><p>SU�DOISE</p><p>F V. scandinaves (litt�ratures).</p><p>LA MUSIQUE SU�DOISE</p><p>F V. scandinaves (musiques).</p><p>LE CIN�MA SU�DOIS</p><p>Le kin�toscope d�Edison est pr�sent� pour la premi�re fois au public su�dois en f�vrier 1895. Seize mois plus tard, � l�occasion de l�Exposition industrielle de Malm�, on projette quelques films tourn�s par les fr�res Lumi�re. En 1897, Promio, l�un des plus c�l�bres op�rateurs itin�rants de la maison Lu-mi�re, filme l�arriv�e du roi Oscar II � l�exposition du Jubil�, inaugure � Stockholm une salle de projections, le � Lumi�re Kinematograph �, et initie � la technique cin�matographique Carl Ernest Florman (1862-1952), le fils d�un photographe de la Cour, qui devient ainsi l�un des grands pionniers du cin�ma su�dois. Un autre pionnier est l�illusionniste danois Nils Jacobsen, qui ouvre plusieurs nouvelles salles fixes, et l�op�rateur Robert Ohlson.</p><p>Mais la v�ritable naissance du cin�ma su�dois se situe n�anmoins aux alentours de 1909. C�est en effet l�ann�e o� Charles Magnusson (1878-1948), le tr�s dynamique directeur de la Svenska Biografteatern (soci�t� de production fond�e le 16 f�vr. 1907 et qui s��tait signal�e � l�attention des chercheurs en appliquant � quelques courts m�-</p><p>trages un proc�d� de cin�ma sonore), lance sur le march� scandinave un film de 425 m�tres : les Gens du V�rmland (V�rml�nningarna), tourn� par un acteur de th��tre, Carl Engdahl, et adapt� d�une op�rette c�l�bre de F. A. Dahlgren. Le succ�s commercial semblant concluant, Magnusson cherche � �tendre la renomm�e de sa firme : il engage en 1910 un metteur en sc�ne de th��tre, Gustaf Linden (dit</p><p>Muck Linden, 1875-1936), et surtout un excellent op�rateur, Julius Jaenzon (1885-1960) ; il fait appel en 1911 � deux acteurs, Victor Sj�str�m et Mauritz Stiller, qui vont tr�s rapidement prendre place parmi les r�alisateurs les plus dou�s de leur �poque. D�abord fortement influenc�e par le cin�ma danois, la production su�doise se tourne d�s 1912 vers des th�mes plus nationaux : plusieurs pi�ces de Strindberg, dont Mademoiselle Julie et le P�re, apparaissent sur les �crans. En 1912, la Svenska entreprend 25 films. Plusieurs cin�astes (comme Georg Af Klercker par exemple) remportent d�honorables succ�s publics, mais, d�s 1913, ann�e o� Sj�str�m signe son premier grand film (Ingeborg Holm), l�esprit du ci-n�ma su�dois s�incarne tout entier dans ces deux noms : Sj�str�m et Stiller.</p><p>La Premi�re Guerre mondiale, en</p><p>r�duisant consid�rablement l�activit� des cin�mas allemand, italien et fran-</p><p>�ais, donne par contrecoup une impulsion tr�s vive � la production su�doise.</p><p>Pendant une dizaine d�ann�es, Victor Sj�str�m et Mauritz Stiller s�impose-ront non seulement sur le plan national par la qualit� et l�originalit� de leurs r�alisations, mais �galement sur le plan international en influen�ant d�innombrables artistes europ�ens : tous deux iront principalement puiser leur inspiration dans les grandes sagas scandinaves, les amples romans de Selma Lagerl�f (la Voix des anc�tres</p><p>[Ingmarss�nerna, 1918], la Montre bris�e [Karin Ingmarsdotter, 1919], la Charrette fant�me [K�rkarlen, 1920], de Victor Sj�str�m ; le Tr�sor d�Arne</p><p>[Herr Arnes Pengar, 1919], le Vieux Manoir [Gunnar Hedes Saga, 1922], la L�gende de G�sta Berling [G�sta Berlings Saga, 1923], de Mauritz Stiller), les oeuvres des grands prosateurs nordiques, soit finlandais comme J. Linnankoski (Dans les remous [S�ngen om den Eldr�da Blomman, 1918], de M. Stiller ou J. Aho, � travers les rapides [Johan, 1920], de M. Stiller), soit norv�gien comme H. Ibsen (Terje Vigen [1916], de V. Sj�str�m), soit islandais comme J. Sigurj�nsson (Proscrits [Berg-Ejvind och hans hustru, 1917], de V. Sj�str�m), su�dois enfin comme Hjalmar Bergman (l��preuve du feu [Vem D�mer ?, 1921] ; le Vaisseau tragique [Eld Ombord, 1922], de</p><p>V. Sj�str�m).</p><p>downloadModeText.vue.download 522 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10477</p><p>Caract�ris�s par une incontestable beaut� plastique, un sens rare du d�cor, un go�t tr�s s�r dans le choix des espaces naturels � le r�le de la nature est en effet pr�dominant �, une photographie (due surtout aux op�rateurs Julius et Henryk Jaenzon) savante et inspir�e qui sait doser avec subtilit� les jeux d�ombre et de lumi�re, la plupart des grands films de l��ge d�or du cin�ma su�dois doivent essentiellement leur r�putation � une mise en sc�ne lyrique qui n�a � l��poque aucun �quivalent, sinon dans quelques productions am�-</p><p>ricaines de Thomas Ince.</p><p>Sj�str�m et Stiller entrem�lent avec bonheur un r�alisme pr�cis et volontiers moralisateur et, par le truchement de savants retours en arri�re et de surimpressions, un onirisme parfois m�lancolique et sentimental, parfois symbolique et grave. Mais l�un (Sj�s-tr�m) se sent davantage attir� vers un lyrisme panth�iste qui convient parfaitement � l�atmosph�re des oeuvres qu�il adapte, tandis que l�autre (Stiller) donne ses premi�res lettres de noblesse � la com�die sophistiqu�e (Erotikon), o� s�illustrera quelques ann�es plus tard Lubitsch.</p><p>Autour de ces deux incontestables porte-drapeau du cin�ma su�dois des ann�es 1920 �voluent plusieurs individualit�s qui ne doivent pas pour autant �tre n�glig�es : ainsi Ivan Hedqvist (1880-1935), Rune Carlsten, John W. Brunius (1884-1937) et surtout Gustaf Molander, qui amorce d�s 1920, mais surtout � partir de 1924 (les Maudits [2 parties : Ingmarsarvet et Till �sterland]), une prolifique carri�re.</p><p>Cependant, d�s 1923, le bel �quilibre du cin�ma su�dois va �tre rompu.</p><p>La Svenska subit les cons�quences funestes d�une crise �conomique dont profitent imm�diatement les compagnies am�ricaines, inqui�tes � juste titre de l�influence en Europe des ci-n�astes scandinaves. Attir�s par des</p><p>contrats s�duisants, Victor Sj�str�m, Mauritz Stiller, les acteurs Lars Hanson et Greta Garbo, alors toute d�butante, vont s�expatrier. Broy�s par le syst�me hollywoodien, transplant�s dans un monde o� leur talent ne parvient pas � s�exprimer pleinement, les deux r�alisateurs ne retrouveront que fugacement la chance de tourner un film important (une exception cependant lorsque Sj�str�m r�alise en 1928</p><p>le Vent [The Wind], qui rappelle ses meilleurs films r�alis�s au pays natal).</p><p>Le d�part de Sj�str�m et de Stiller, en amputant la Su�de de ses plus brillants �l�ments, sera l�une des causes majeures de l�effacement total du cin�ma su�dois pendant une quinzaine d�ann�es. Durant les premiers temps du cin�ma parlant, aucune oeuvre marquante ne franchit les fronti�res, et les meilleurs cin�astes (Gustaf Edg-ren [1895-1954], Gustaf Molander, Per Lindberg [1890-1944]) doivent se contenter d�une r�putation limit�e au seul march� national. Des actrices su�-</p><p>doises font certes parler d�elles, mais c�est en s�expatriant pour aller travailler en Allemagne (Zarah Leander et Kristina S�derbaum) ou aux �tats-Unis (Ingrid Bergman).</p><p>Ce n�est qu�en 1940 qu�apparaissent les premiers signes d�une renaissance avec Un crime (Ett Brott), d�Anders Henrikson, et Avec la vie pour enjeu (Med Livet som insats), d�Alf Sj�berg.</p><p>Ce dernier sera le v�ritable chef de file de ce renouveau lorsqu�il tournera successivement le Chemin du ciel (Himlaspelet, 1942) et Tourments (Hets, 1944, dont le sc�nario est d� � un jeune homme nomm� Ingmar</p><p>Bergman). D�autres metteurs en sc�ne �paulent bient�t Sj�berg et Molander, qui n�a pas cess� de tourner depuis 1920 : Hampe Faustman, Arne Mattsson, Hasse Ekman, Lars-Erik Kjellgren, �ke Ohberg, les documentaristes Arne Sucksdorf et G�sta Werner. En 1950, le triomphe international de Mademoiselle Julie (Fr�ken Julie), que Sj�berg adapte de la pi�ce de Strindberg, et le succ�s commercial de Elle n�a dans� qu�un seul �t� (Hon dansade en sommar), d�Arne Mattsson, rendent au cin�ma su�dois la place qu�il avait depuis longtemps perdue sur le plan</p><p>international. Quelques ann�es plus tard, un metteur en sc�ne de th��tre, qui signe depuis 1945 des films pro-metteurs sans pour autant voir sa r�-</p><p>putation �tablie au-del� des fronti�res de son pays, s�affirme comme l�une des personnalit�s les plus convaincantes des ann�es 1950 : c�est Ingmar Bergman, dont toute l�oeuvre, d�abord influenc�e par un r�alisme po�tique assez pessimiste, oscille ensuite entre plusieurs th�mes obsessionnels. Certains sont d�ordre m�taphysique (le Septi�me Sceau [Det Sjunde Inseglet, 1956], les Communiants [Nattvards-gaesterna, 1962]), d�autres s�attachent � l�analyse corrosive et satirique de l�incommunicabilit� du couple (Une le�on d�amour [En lektion i k�rlek, 1954], la Nuit des forains [Gycklarnas afton, 1953], Sourires d�une nuit d��t�</p><p>[Sommarnattens Leende, 1955]). Apr�s une trilogie o� transpara�t l�inqui�tude d�un auteur conscient des contradictions et des angoisses de son �poque (� travers le miroir [S�som i en Spe-gel, 1961], les Communiants [1962], le Silence [Tystnaden, 1963]), Bergman approfondit encore ses recherches dans des oeuvres plus aust�res mais tout aussi tourment�es comme Persona</p><p>(1966), l�Heure du loup (Vargtimmen, 1967), la Honte (Skammen, 1968), Une passion (En Passion, 1969). En 1972, il remporte un immense triomphe dans la plupart des pays du monde avec Cris et Chuchotements (Viskningar och rop), triomphe qu�il renouvelle en 1974 avec Sc�nes de la vie conjugale, s�rie de 6 �missions de t�l�vision qui est ensuite projet�e sur les �crans de cin�ma dans une version abr�g�e, et en 1976 avec Face � face.</p><p>Cependant, si incontestablement</p><p>Ingmar Bergman domine l�ensemble de la production su�doise � partir de 1950, il n�en suscite pas moins l��mulation de ses compatriotes, et, � partir de 1962, apparaissent un certain nombre de r�alisateurs tr�s talentueux, parmi lesquels Bo Widerberg (Elvira Madigan, 1966 ; �dalen 31, 1969 ; Joe Hill, 1971), Vilgot Sj�man (Ma soeur mon amour [Sys-konb�dd 1782, 1965], Je suis curieuse</p><p>[2 films : Jag �r nyfiken gul et Jag �r nyfiken bl�, 1967-68]), J�rn Donner (Aimer [Att �lska, 1964]), Jan Troell (les Feux de la vie [H�r har du ditt liv,</p><p>1966], les �migrants [Utvandrarna, 1969], le Nouveau Monde [Nybyg-garna, 1971]), l�actrice Mai Zetterling (les Amoureux [�lskande Par, 1964], Jeux de nuit [Nattlek, 1965]), Lars-Magnus Lindgren, Jan Halldoff, Roy Andersson, Jonas Cornell, Johan Bergenstr�hle, Kjell Grede. Le cin�ma su�dois a �galement r�v�l� depuis 1950</p><p>des acteurs (Gunnar Bj�rnstrand, Max von Sydow, Per Oscarsson, Thommy Berggren), et des actrices (Anita Bj�rk, Eva Dahlbeck, Bibi Andersson, Harriet Andersson, Ingrid Thulin, Liv Ullmann</p><p>[d�origine norv�gienne]) de tout premier plan.</p><p>J.-L. P.</p><p>J. B�ranger, la Grande Aventure du cin�ma su�dois (le Terrain vague, 1961) ; le Nouveau Cin�ma scandinave de 1957 � 1968 (Losfeld, 1968). / P. Cowie, Swedisch Cinema (Londres, 1966 ; nouv. �d., 1970, 2 vol.). / Les Films partants et leurs r�alisateurs (en su�dois, Stockholm, 1967 ; 2e �d., 1969).</p><p>Quelques grands</p><p>metteurs en sc�ne</p><p>su�dois</p><p>Ingmar BERGMAN. V. l�article.</p><p>Gustaf Molander (Helsinki 1888 -</p><p>Stockholm 1973). Apr�s avoir �t� acteur, puis sc�nariste � notamment de certains films de Sj�str�m (Terje Vigen) et de Stiller (Dans les remous, le Tr�sor d�Arne) �, il d�bute comme r�alisateur en 1920. Au cours de sa tr�s longue carri�re, il tourne de nombreux films, parmi lesquels : les Maudits (1924-1926) d�apr�s Selma Lagerl�f, Intermezzo (1936, avec une d�butante nomm�e Ingrid Bergman), la Parole (Ordet, 1943), l�Empereur du Portugal (1944).</p><p>Alf Sj�berg (Stockholm 1903). Metteur en sc�ne de th��tre tr�s pris� � � l�instar d�Ingmar Bergman, qu�il fait d�buter au cin�ma comme sc�nariste dans Tourments en 1944 �, il poursuit parall�lement une carri�re cin�matographique commenc�e � la fin du muet (le Plus Fort, 1929). Il est � l�origine de la renaissance du cin�ma su�dois apr�s 1940 : Avec la vie pour enjeu (1940), le Chemin du ciel (1942), la Chasse royale</p><p>(1944), Iris et le lieutenant (1946), Rien qu�une m�re (1949), Mademoiselle Julie (1950), Karin M�nsdotter (1954), les Oiseaux sauvages (1954), le Juge (1960), l��le (1964), le P�re (1969).</p><p>Vilgot Sj�man (Stockholm 1924). Journaliste, �crivain, critique th��tral et litt�raire, il signe sa premi�re mise en sc�ne de cin�ma en 1962 (la Ma�tresse).</p><p>Il tourne ensuite 491 (1964), Ma soeur mon amour (1965), Je suis curieuse en 2 parties : Jaune (1967) ; Bleu (1968), P�ques joyeuses (1970), Troll (1972), Une poign�e d�amour (1974).</p><p>Victor SJ�STR�M. V. l�article.</p><p>Mauritz Stiller (Helsinki 1883 - Stockholm 1928). Certains de ses films, comme Dans les remous (1918), le Tr�-</p><p>sor d�Arne (1919), � travers les rapides (1920), le Vieux Manoir (1922) et la L�-</p><p>gende de G�sta Berling (1923), comptent parmi les plus belles r�ussites de la grande �poque muette du cin�ma su�-</p><p>dois. Stiller est aussi � l�aise dans les oeuvres dramatiques, �piques et po�-</p><p>tiques que son ami Victor Sj�str�m, mais il se distingue de ce dernier par un go�t prononc� pour les com�dies l�g�res (Erotikon, 1920). Les dirigeants de Hollywood proposent � Stiller un contrat. Il franchit l�Atlantique en compagnie de l�actrice Greta Garbo, qu�il a lanc�e, mais il ne peut s�habituer aux conditions de travail des cin�astes am�-</p><p>ricains : les oeuvres qu�il r�alise hors de Su�de sont des �checs artistiques. Sa sant� d�clinant, Stiller revient dans son pays natal pour y mourir.</p><p>Arne Sucksdorff (Stockholm 1917).</p><p>Auteur complet de ses films, il se r�v�le vers 1940 comme l�un des grands documentaristes mondiaux (le Vent d�ouest ; 1942 ; Rythmes de la ville, 1947 ; le Vent et la rivi�re, 1950 ; la Grande Aventure, 1953 ; l�Arc et la fl�te, 1957). Son lyrisme naturel s�exprime de fa�on moins convaincante dans ses longs m�trages de fiction : le Gar�on dans l�arbre (1960), downloadModeText.vue.download 523 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10478</p><p>Chez moi � Copacabana (1964).</p><p>Jan Troell (Limhamn, pr�s de Malm�, 1931). Chef op�rateur renomm� (il travaille avec Widerberg pour le P�ch� su�dois en 1962), il aborde la mise en sc�ne en 1966 (les Feux de la vie). En 1967, il r�alise Am Stram Gram. De 1969 � 1972, il entreprend une vaste fresque lyrique en deux volets : les �migrants et le Nouveau Monde, qui sera l�un des plus grands succ�s au box-office de toute l�histoire du cin�ma su�-</p><p>dois. Aux �tats-Unis, il tourne en 1974</p><p>Zandy�s bride.</p><p>Bo Widerberg (Malm� 1930). �cri-</p><p>vain connu, il dirige son premier long m�trage en 1962 : le P�ch� su�dois. D�s le Quartier du corbeau (1963), il prend place parmi les plus talentueux r�alisateurs de la � nouvelle vague su�-</p><p>doise �. Son nom devient surtout connu hors des fronti�res de son pays � partir de son drame romantique Elvira Madigan (1966). Il tourne ensuite Adalen 31</p><p>(1969), Joe Hill (1971) et Tom Foot (1973).</p><p>L�art su�dois</p><p>PR�HISTOIRE ET PROTOHISTOIRE</p><p>y La Su�de participe � un art de chasseurs-p�cheurs (gravures sur os et sur pierre) qui se r�pand en Scandinavie � la suite de l�installation des hommes du M�solithique, entre 10000 et 8000 av. J.-C. Vers 3000 apparaissent les premiers cultivateurs n�olithiques, et, � partir de ce moment, la Scandinavie entre en relations suivies avec les diverses civilisations europ�ennes. La taille du silex, � son apog�e, reproduit la forme d�objets de bronze (poignards, haches) qui sont d�abord import�s, avant que s�installe une industrie locale du m�tal. Sur les pierres tombales grav�es de Kivik (Scanie) apparaissent des sc�nes de courses de chevaux, des processions de guerriers casqu�s, arm�s de haches. Des barques, attestant un important commerce maritime, figurent sur les rasoirs (pour la toilette du mort ?) retrouv�s dans les tombes de l��ge du bronze.</p><p>y Celui-ci donne lieu, en Scandinavie, � une civilisation brillante et originale. Les croyances religieuses et fun�raires suscitent une floraison de figurines (hommes casqu�s, chevaux, etc.), d�armes et de bijoux d�une perfection grandissante,</p><p>d�objets tels que des tambours de bronze mont�s sur des sortes de roues (�voquant le soleil ou la foudre ? ; mus�e des Antiquit�s nationales de Stockholm). L��poque du bronze ancien (d�s le milieu du IIe mill�-</p><p>naire av. J.-C.) offre un d�cor g�om�trique o� se retrouve la spirale de l�art cr�to-my-c�nien, � laquelle succ�de l��toile, suivie elle-m�me d�un retour � la ligne ondulante.</p><p>Apr�s le milieu du Ier mill�naire av. J.-C., la Scandinavie entre dans l�orbe celtique, et une nouvelle floraison, associant fer et bronze, se produit au IIe s. av. J.-C.</p><p>L�ART DES VIKINGS</p><p>Du Ve s. apr. J.-C. jusque vers l�an 1000, la civilisation viking (v. Normands) fait revivre le style spirale et tourbillonnant de l��ge du bronze. Mais elle h�rite �galement de nouvelles influences �trang�res : celle des Celtes romanis�s (bract�ates d�or, v. 400-600 apr. J.-C., mus�e des Antiquit�s nationales) et probablement celle des peuples nomades de l�Est, avec lesquels la Su�de entretient des rapports suivis (fibules en forme d�oiseau � bec recourb�).</p><p>De l�alphabet romain, les peuples du Nord ont tir� leurs runes. Des inscriptions plus ou moins bien d�chiffr�es subsistent sur des bijoux, des objets, et sur les c�l�bres pierres runiques, qui portent parfois des sc�nes figur�es et dont certaines demeurent dress�es � leur emplacement d�origine. L��poque proprement dite des Vikings, guerriers et navigateurs, marchands d�j� cosmopolites et amateurs d�art (fin du VIIIe s. - d�but du XIe), a laiss� des traces de villes-march�s (fouille de Birka, dans une �le du lac M�laren) et un art d�coratif d�une luxuriance particuli�re, associant les repr�sentations figuratives et le d�cor curviligne, l�entrelacs byzantin et sa variante zoomorphe venue d�Irlande*</p><p>(sculptures sur bois, armes, objets et bijoux de m�tal incrust�s d�argent et d�or, pierres tombales).</p><p>LE MOYEN �GE</p><p>y Au d�but du XIe s. commence � se d�-</p><p>velopper un art chr�tien qui prolongera pendant un certain temps les formes d�ornementation des Vikings ainsi que leur architecture de bois (nombreuses �glises, pour la plupart disparues).</p><p>En Scanie, province longtemps unie au Danemark, subsiste la cath�drale</p><p>romane de Lund (XIIe s.), qui s�apparente � des mod�les lombards et rh�nans. La p�n�tration des cisterciens bourguignons a pour t�moins les ruines de l�abbaye d�Alvastra (1143) et l��glise de Varnhem, reb�tie au XIIIe s. dans un style de transition romano-gothique.</p><p>y Le gothique fran�ais est repr�sent� par les cath�drales d�Uppsala (XIIIe-XVe s.) et de V�ster�s, tandis que la cath�drale de Link�-</p><p>ping rel�ve de l�influence germanique, qui l�emporte au XVe s. Du d�but de ce si�cle date la belle �glise, aux vo�tes complexes, du couvent de Vadstena, maison m�re de l�ordre de Sainte-Brigitte. Un centre important de l�architecture gothique est l��le de Gotland, qui ne conserve pas moins de quatre-vingt-dix �glises anciennes ; dans la ville fortifi�e de Visby, un mus�e abrite d�importants sp�cimens de sculpture sur bois : Mater dolorosa, saints, crucifixions.</p><p>Plus caract�ristiques que les grands sanctuaires, certaines petites �glises conservent des peintures de vo�tes ex�cu-t�es � la fin de l��poque gothique dans un style populaire.</p><p>LE XVIE ET LE XVIIE SI�CLE</p><p>Sous Gustave Ier Vasa, au XVIe s., l��glise catholique c�de le pas � la R�forme. On ne construit plus d��glises, et l�art se met au service d�un pouvoir s�culier qui entreprend de hausser le pays au niveau des grands �tats europ�ens.</p><p>y Architecture</p><p>D�importants travaux de fortification sont effectu�s au d�but de cette p�riode : ch�-</p><p>teaux forts � tours rondes (Landskrona, Gripsholm, Vadstena, reconstruction de la forteresse de Malm�), places fortes de Marstrand et de Karlskrona. D�s la fin du XVIe s., certains de ces ch�teaux, et de plus anciens (Kalmar), re�oivent des am�nagements d�une qualit� sup�rieure ; de nouveaux sont entrepris : Uppsala, Svartsj�, dot� d�une cour circulaire.</p><p>Toutefois, la Su�de ne poss�de pas encore d��cole nationale, et la v�ritable p�n�tration du classicisme s�accomplira au cours du XVIIe s. sous les influences ex-t�rieures : allemande (�glise de la Trinit� de Kristianstad), hollandaise (s�rie de ch�-</p><p>teaux, notamment en Scanie, et d�h�tels urbains), puis fran�aise avec les architectes</p><p>Simon (� 1642) et Jean (1620-1696) de La Vall�e. Un Su�dois, Nicodemus Tessin l�Ancien (1615-1681), commence en 1662</p><p>le ch�teau de Drottningholm, pr�s de Stockholm*.</p><p>y Sculpture</p><p>Elle est soumise � diverses influences �trang�res et ne joue qu�un r�le effac�.</p><p>y Peinture</p><p>Le principal artiste officiel est l�Allemand David Kl�cker von Ehrenstrahl (1629-1698), surtout portraitiste et animalier-paysagiste, entour� de quelques Su�dois et Hollandais.</p><p>LA FIN DU XVIIE SI�CLE ET LE XVIIIE SI�CLE</p><p>L�influence fran�aise devient capitale gr�ce � l�inclination du roi Gustave III et aux voyages que font � Paris de nombreux artistes su�dois. L�Acad�mie su�doise des beaux-arts est cr��e en 1735 par le peintre fran�ais Guillaume Taraval (1701-1750).</p><p>y Architecture</p><p>Nicodemus Tessin le Jeune (1654-1728) reprend la d�coration int�rieure du ch�-</p><p>teau de Drottningholm et dessine son parc � la fran�aise. Il entreprend en 1697 sa grande oeuvre, la reconstruction du ch�-</p><p>teau royal de Stockholm, et fait appel � de nombreux artistes et ouvriers fran�ais pour d�corer celui-ci. Son fils, le diplomate Carl Gustav Tessin, rassemble lors de ses s�jours � Paris une monumentale collection de livres, de gravures et de dessins (notamment des projets d�architecture), qui sont aujourd�hui l�une des richesses du Mus�e national de Stockholm. Le ch�-</p><p>teau royal, termin� vers 1754 seulement, donne une impulsion qui se r�percute dans les oeuvres d�autres architectes, tels Carl Harleman (1700-1753), qui y collabore d�ailleurs, et Carl Fredrik Adelcrantz (1716-1796). Jean Eric Rehn (1717-1793) �volue du style rococo jusqu�� un n�o-classicisme qu�illustrent Erik Palmstedt (1741-1803) et le Fran�ais Louis Jean Desprez (1743-1804).</p><p>y Sculpture</p><p>Le Flamand Nicolas Millich (seconde moiti� du XVIIe s.) et l�Allemand Burchard Precht le Vieux (1651-1738) travaillent pour les ch�teaux et surtout pour l�am�nagement</p><p>int�rieur des �glises. Les Fran�ais Ren� Chauveau (1663-1722) et Bernard Fouquet (ainsi que son fr�re a�n�, le peintre Jacques Fouquet) participent � la premi�re campagne de d�coration du ch�teau royal (ensembles rappelant Versailles avec une tendance au baroque). Le milieu du XVIIIe s. est domin� par d�autres Fran�ais, tels Jacques Philippe Bouchardon* et Pierre Hubert Larchev�que (1721-1778 ; statue �questre de Gustave-Adolphe). Larchev�que forme le Su�dois Johan Tobias Sergel (1740-1814), qui travaillera � Paris, � Rome et � Stockholm, et qui sera gagn� par l�id�al n�o-classique (l�Amour et Psych�, Mus�e national).</p><p>y Peinture</p><p>Un certain nombre d�artistes, qui font une bonne part de leur carri�re en France, ont peu d�influence sur r�volution artistique de la Su�de : Charles Boit (miniaturiste sur �mail, 1663-1727), Carl Gustav Klingstedt (miniaturiste, 1657-1734), Gustaf Lund-berg (pastelliste, 1695-1786), Per Adolf Hall (miniaturiste, 1739-1793), les bons portraitistes Alexander Roslin (1718-1793) et Adolf Ulrik Wertm�ller (1751-1811 ; carri�re en France et aux �tats-Unis), le miniaturiste et gouachiste Niklas Lafrensen le Jeune, dit Lavreince (1737-1807), dont on gravera les sujets l�gers. D�autres peintres travaillent en Allemagne ou, comme le puissant Carl Gustaf Pilo (1711-1793), au Danemark.</p><p>Appel� en Su�de pour travailler au ch�-</p><p>teau royal, Guillaume Taraval, soucieux de trouver des aides, ouvre en 1735 un cours de dessin, transform� par la suite en Acad�mie des beaux-arts. Taraval et le sculpteur J. P. Bouchardon (qui lui succ�de � la t�te de l�Acad�mie) jouent un r�le dans la formation des portraitistes Johan Pasch (1706-1769), Per Krafft (1724-1793) et Lorens Pasch (1733-1805). Per Hilles-tr�m (1733-1816) est un peintre de genre et d�histoire, et Elias Martin (1739-1818) le premier paysagiste su�dois. � la fin du si�cle appara�t l�un des meilleurs portraitistes europ�ens de l��poque, Carl Fredrik von Breda (1759-1818), qui se met � l��cole de Reynolds et de Gainsborough.</p><p>LE XIXE SI�CLE</p><p>Au d�but du si�cle, l�influence de la France est supplant�e par celle de l�Allemagne et par l�attraction des id�es romantiques,</p><p>puis une prise de conscience nationale se produit. Artur Hazelius fonde � Stockholm, en 1872, le Nordiska Museet (vie paysanne, arts d�coratifs, choix des peintures murales populaires de Dal�carlie) et, en 1891, le mus�e en plein air de Skansen, lui aussi consacr� au folklore (reconstitution d�une �glise, de fermes, d�ateliers et de maisons anciennes).</p><p>y Architecture</p><p>Elle est marqu�e d�abord par l��clectisme, avec quelques r�ussites dans le domaine downloadModeText.vue.download 524 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10479</p><p>n�o-classique (Frederik Blom, 1781-1853).</p><p>Puis un style scandinave s��labore, inspir� par l�architecture ancienne de bois et de brique. Les restaurations de Helgo Zetter-vall (1831-1907) font de celui-ci le Viollet-le-Duc su�dois. Le Nordiska Museet (1889-1907) d�Isak Gustaf Clason (1856-1930) accuse des r�miniscences berlinoises et munichoises ; en 1900, dans sa banque de Scanie � Stockholm, Gustaf Wickman (1858-1916) combine une d�coration raffin�e � des formes puissantes, ramass�es comme pour lutter contre un climat hostile.</p><p>y Sculpture</p><p>Johan Niklas Bystr�m (1783-1848) tente de rivaliser avec Thorvaldsen* ; Bengt Fo-gelberg (1786-1854) dresse de colossales figures du panth�on nordique. Puis des artistes comme Johan Petter Molin (1814-1873) et Per Hasselberg (1850-1894) parviennent � un art plus souple.</p><p>y Peinture</p><p>Elle s�inspire de l��cole davidienne, du romantisme allemand, voire, chez un Olof Johan S�dermark (1790-1848), portraitiste de Stendhal, du souvenir des ma�tres italiens.</p><p>� partir de 1875 environ, les peintres su�dois viennent de nouveau tr�s nombreux �tudier � Paris. Alfred Wahlberg (1834-1906) trouve au contact de l��cole de Barbizon de quoi r�sister � un acad�misme envahissant. Contre celui-ci se forme en</p><p>1886 une Ligue des artistes (Konstn�rs-f�rbundet), qui, malgr� les pers�cutions dont elle est victime, favorise l�essor d�une remarquable �cole su�doise. Les oeuvres visionnaires que Carl Fredrik Hill (1849-1911) et Ernst Josephson (1851-1906), d�abord proches de l�impressionnisme*, ont produites apr�s avoir �t� atteints de troubles mentaux inspireront certains artistes du XXe s., de m�me que les marines</p><p>� informelles � peintes par le dramaturge Strindberg*.</p><p>Carl Larsson (1853-1919) est un d�corateur aimable, et Richard Bergh (1858-1919) un bon portraitiste, comme le peintre et graveur Anders Zorn (1860-1920). Karl Nordstr�m (1855-1923) est le paysagiste de l��pre c�te du Catt�gat, Bruno Liljefors (1860-1939) un peintre animalier. Enfin, Carl Wilhelmson (1866-1928) est parmi ceux qui ont le mieux exprim� la vie populaire su�doise.</p><p>LE XXE SI�CLE</p><p>L�art contemporain, nuanc� parfois de romantisme nordique, a progressivement obtenu droit de cit� jusque dans ses hardiesses extr�mes. L��tat sert aujourd�hui une pension � plus de cent artistes d�mocratiquement choisis par leurs pairs ; les commandes d�ordre monumental aux peintres et aux sculpteurs se multiplient ; l�Acad�mie des beaux-arts et les mus�es jouent un r�le actif, et tout sp�cialement le Moderna Museet de Stockholm, dont Pontus Hult�n a fait � partir de 1958 l�un des mus�es les plus importants d�Europe par l�int�r�t de ses manifestations d�avant-garde.</p><p>y Architecture</p><p>Ragnar �stberg (1866-1945) �l�ve l�h�tel de ville de Stockholm (1911-1923), et Carl Bergsten (1879-1935) la galerie d�art Lil-jevalch � Stockholm (1916), que caract�-</p><p>risent l�g�ret� et continuit� spatiale. Les leaders de l�architecture fonctionnelle, bien accept�e dans un contexte d�id�es sociales progressistes, sont Erik Gunnar Asplund (1885-1940 ; pavillons d�acier et de verre de l�Exposition de Stockholm, 1930 ; cr�matorium en for�t du cimeti�re sud de la capitale, 1935-1940) et Sven Markelius (1889-1972 ; salle de concert de H�lsingborg, 1932 ; V�llingby, ville satellite de Stockholm, � partir de 1953). On citera encore Osvald Almqvist (1884-1950),</p><p>Sigurd Lewerentz (n� en 1885), Nils Einar Eriksson (n� en 1889), Nils �hrbom (n� en 1905), Peter Celsing (1920-1974)...</p><p>y Sculpture</p><p>Un panth�isme puissant, servi par des formes simplifi�es, caract�rise l�art de Carl Milles (1875-1955), qui terminera sa carri�re aux �tats-Unis. La tradition figurative est encore repr�sent�e par Christian Eriksson (1858-1935), Carl Eldh (1873-1954) et Gunnar Nilsson (n� en 1904), install� en France d�s 1928. Aux tendances avanc�es de la sculpture moderne appartiennent Christian Berg (n� en 1893), Eric Grate (n� en 1896), Bror Hjorth (1894-1968), un</p><p>� primitif paysan � �galement peintre, Bror Marklund (n� en 1907), Arne Jones (n� en 1914), membre du groupe des � concr�-</p><p>tistes � (abstraction g�om�trique) de 1947, Asmund Arle (n� en 1918) et Per Olof Ultvedt (n� en 1927), auteur d��tonnants assemblages anim�s en bois.</p><p>y Peinture</p><p>� un expressionnisme de la couleur ou de la forme se rattachent Carl Kylberg (1878-1952), Siri Derkert (1888-1973), �galement sculpteur, Nils Dardel (1888-1943), Isaac Gr�newald (1889-1946), Sven Erixson (1899-1970), Evert Lundquist (ne en 1904), sans oublier le groupe des � peintres de G�teborg � (Ivan Ivarson, 1900-1939 ; Ragnar Sandberg, 1902-1972).</p><p>La tendance de l�art � concret � ou constructiviste est repr�sent�e par Otto G. Carlsund (1897-1948), proche de Theo Van Doesburg, � Paris, en 1930. Un groupe surr�aliste se forme, auquel Andr� Breton pr�f�rera toujours les f�eries �rotiques de Max Walter Svanberg (n� en 1912). Depuis la Seconde Guerre mondiale se sont confront�s le groupe des � concr�tistes �</p><p>(Olle Baertling, n� en 1911), le groupe des</p><p>� imaginistes � (Svanberg ; Carl Otto Hul-ten, n� en 1916) et le � groupe Ouest � du Hongrois Endre Nemes (n� en 1909), qui a ouvert � ses �l�ves de G�teborg les portes d�une prospection de l�imaginaire. Torsten Anderson et Gustaf Bolin (n� en 1920) se sont r�v�l�s au sein de l�abstraction lyrique ou paysagiste, tandis qu��yvind Fahlstr�m (1928-1976) et Carl Fredrik Reutersw�rd (n� en 1934) ont fait �clater les concepts traditionnels de l�art avec une force de d�cision qui leur vaut une notori�t� internationale.</p><p>G. G.</p><p>H. Cornell, Histoire de l�art su�dois (en su�-</p><p>dois, Stockholm, 1944-1947 ; nouv. �d., 1966 ; 2 vol.). / P. Grate (sous la dir. de), Tr�sors d�art su�dois des temps pr�historiques au XIXe si�cle (Malm�, 1963 ; 2e �d., 1973). / O. Granath, Art su�dois contemporain (Stockholm, 1974).</p><p>Su�tone</p><p>En lat. CAIUS SUETONIUS TRANQUILLUS, historien latin (Ostie ou Hippone ?</p><p>v. 60 - � entre 122 et 126 ou apr. 128</p><p>apr. J.-C.).</p><p>Homme de biblioth�que qui sut</p><p>sacrifier la carri�re des armes � celle des lettres, il attire sur lui l�attention de l�empereur Hadrien, qui le prend comme secr�taire. Dans ce poste, il a acc�s au secret des archives de l�Empire et note dans de nombreux ouvrages ses d�couvertes de toute sorte.</p><p>S�il traite les sujets les plus divers �</p><p>aussi bien les jeux grecs ou latins que des questions d�histoire naturelle ou des probl�mes linguistiques �, il doit surtout sa renomm�e aux huit livres de ses Vies des douze C�sars, compos�s vers 120, apr�s sa disgr�ce, et sa seule oeuvre parvenue jusqu�� nous, outre des fragments d�un De viris illustribus et d�un De grammaticis et rhetoribus.</p><p>Les titres m�mes indiquent la pr�dilection de l��crivain pour la biographie.</p><p>Sans doute, le genre, nouveau �</p><p>Rome, appelle avec Su�tone quelques r�serves. L�historien ne hi�rarchise pas, c�est-�-dire qu�il accorde une identique valeur � l��v�nement important et au d�tail secondaire. Le manque d�id�es g�n�rales, l�absence de hauteur de vue, la monotonie de la pr�sentation laissent insatisfait le lecteur, oblig� de se contenter de la � petite histoire �. Au moins l�id�e de Su�tone de tout centrer sur la personne d�un empereur est-elle heureuse, puisque l�auteur s�applique � ne rien passer sous silence en une �poque o� le prince r�sume l�essentiel de son temps. Par ailleurs, on peut railler ou m�priser son go�t pour l�anecdote : il reste que, aujourd�hui, on n�est pas f�ch� de la trouver pour �clairer des si�cles qui, sans lui, seraient dans l�ombre. Ajoutons que Su�tone est discret, quelle que soit la place qu�il</p><p>accorde au � petit fait vrai � : il raconte avec d�tachement et avec une impassi-bilit� qui n�est pas qu�apparente. Il est le narrateur id�al, absent de son oeuvre, qui se contente de rapporter ce qu�il a lu ou appris, sans intervenir. De l� une appr�ciable impression de v�rit� : Su�-</p><p>tone n�est pas un historien dont on peut mettre syst�matiquement en doute la v�racit�, s�il est vrai qu�il n�influence jamais son lecteur par des partis pris et des jugements.</p><p>Le style imperturbable de ce r�cit, o� voisinent le scandale, les histoires d�alc�ve � c�t� de portraits enlev�s (celui de Caligula, par exemple) et de sc�nes puissantes (ainsi la mort de N�ron), offre une qualit� remarquable : la sobri�t�. Su�tone rapporte sans s�indigner et, sous une feinte n�gligence, use du mot juste. Avec une honn�tet� d�daigneuse des surcharges, il avance sur un mode �gal et mesur�. Il n�a pas la force dramatique d�un Tacite, il se refuse � sonder les reins et les coeurs, mais il �vite toute rh�torique et sait, par d�autres voies, arriver � des effets de po�sie ou d�horreur presque aussi saisissants.</p><p>A. M.-B.</p><p>A. Mac�, Essai sur Su�tone (Fontemoing, 1900). / W. Steidle, Sueton und die antike Biographie (Munich, 1951). / G. D�Anna, Le Idee litterarie di Suetonio (Florence, 1954).</p><p>sueur</p><p>Liquide s�cr�t� par les glandes sudoripares de la peau.</p><p>La sueur est une solution renfermant 6 g de sels min�raux et 4 g de mati�re organique pour un litre d�eau. Acide au d�but, la s�cr�tion devient alcaline par la suite. La s�cr�tion des glandes sudoripares est sous la d�pendance du syst�me neurov�g�tatif et de la circulation dans les capillaires de la peau. Elle est accrue par la pilocarpine et r�duite par l�atropine. Humidifiant la peau, la sueur, comme le s�bum, en pr�vient la dessiccation. Elle �limine certaines substances nocives (ur�e chez les ur�-</p><p>miques) ainsi que divers m�dicaments : arsenic, mercure, brome, quinine. Son r�le principal, thermor�gulateur, est de</p><p>lutter contre la chaleur.</p><p>L�hyperhidrose</p><p>(exag�ration de</p><p>la sudation)</p><p>Elle est g�n�ralis�e ou r�gionale. Les hyperhidroses des maladies infectieuses sont � respecter, car elles sont un moyen compensateur de l��l�vation thermique. Elles s�observent aussi au cours de certains troubles endocriniens : maladie de Basedow, acrom�-</p><p>galie, m�nopause, suites d�ovariecto-mie. L�hyperhidrose palmaire apporte downloadModeText.vue.download 525 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10480</p><p>une g�ne dans l�ex�cution de travaux d�licats et entrave certaines activit�s professionnelles. L�hyperhidrose plantaire ramollit l��piderme, d�termine des ampoules et rend souvent la marche p�-</p><p>nible. L�hyperhidrose axillaire, surtout f�minine, pr�dispose aux intertrigos et aux abc�s tub�reux. L�hyperhidrose nasale infantile associe hyperhidrose et rougeur de l�extr�mit� nasale et pr�sence de multiples papulettes miliaires rouges (granulosis rubra nasi de J. Jadassohn). Cette affection gu�rit spontan�ment � la pubert�. La bromi-drose consiste en s�cr�tions de sueurs f�tides riches en mati�res organiques perceptibles surtout aux aisselles et aux pieds. L�odeur de telles sudations peut entra�ner des r�percussions familiales, sociales et professionnelles. La chro-midrose (�mission de sueurs color�es) peut survenir, mis � part la simulation, dans les mycoses (leptothrix), le port de v�tements color�s et chez les ouvriers de la pyrocat�chine (sueurs bleu-violet).</p><p>L�anidrose (ou anhidrose)</p><p>Insuffisance de la s�cr�tion sudorale, elle est soit cong�nitale (grands ichtyo-siques, syndrome de Rothmund), soit circonscrite, r�sultant alors de la destruction ou de l�annihilation des sudoripares (cicatrices, psoriasis inv�t�r�, placards de lupus ou de favus), et se manifeste au cours de l�intoxication</p><p>tellurique. La maladie de Fox et For-dyce atteint surtout les aisselles (si�ge des glandes apocrines). Elle comporte un prurit violent et une turgescence des orifices sudoraux qui donnent au toucher une impression r�peuse. L�affection atteint surtout les femmes sujettes � des perturbations sexuelles et psychiques. C�est �galement aux aisselles principalement que surviennent les hidroad�nites suppur�es (abc�s tub�-</p><p>reux), lesquelles sont favoris�es par l�ob�sit�, l�hyperglyc�mie (diab�te), l��pilation ou le rasage des poils faits sans pr�cautions d�asepsie.</p><p>Les r�tentions sudorales</p><p>Elles sont dues � l�existence d�un mi-nibouchon k�ratosique obstruant les glandes : le canal excr�teur, alors distendu, se rompt, d�terminant une v�si-culette intradermique. C�est l� le m�canisme de production des miliaires. La miliaire cristalline s�observe lors de la phase terminale des pyrexies (fi�vres) prolong�es. La miliaire rouge (bour-bouille, gale b�douine, lichen tropicus) est fr�quente sous les tropiques. Tr�s prurigineuse, avec pr�dilection sur le thorax, elle peut associer c�phal�e, palpitations et tendance au collapsus (asth�nie tropicale anhidrotique). L�infection secondaire des l�sions d�termine la miliaire pustuleuse ou miliaire jaune. La d�sinfection de la peau avec des solutions antiseptiques �vite ces complications.</p><p>Les bains de sudation</p><p>Ce sont des proc�d�s destin�s � augmenter la s�cr�tion sudorale dans un but hygi�nique. La chaleur s�che ou humide en est le principal �l�ment, le plus souvent combin� � l�hydroth�rapie et aux massages.</p><p>L�action bienfaisante des bains de sudation est connue depuis l�Antiquit�, mais l�interpr�tation des m�canismes par lesquels ces � bains � agissent a vari� avec les si�cles, et les progr�s des connaissances physiologiques permettent maintenant de les utiliser � bon escient.</p><p>Chez les Romains, les thermes, qui atteignirent leur plus haut degr� de perfectionnement au IIIe s. (thermes de Caracalla),</p><p>comportaient des salles chaudes et humides (caldarium), des salles pour les bains ti�des (tepidarium), des �tuves s�ches (la-conicum) et des salles froides (frigidarium).</p><p>Le passage successif dans ces diff�rentes salles pr�figurait les circuits des bains de sudation actuels, et l��limination de la sueur �tait consid�r�e comme un �l�ment important de la propret� du corps.</p><p>Le &#x1E25;amm&#x101;m des pays musulmans, qui appara�t au VIIIe s. en Syrie, constitue une r�plique simplifi�e des thermes romains.</p><p>Il comporte des salles ti�des, des �tuves et des salles d�inhalations de vapeurs balsamiques, ainsi que des salles d�aspersion froide. Annexe de la mosqu�e, le hammam permet l�ablution totale du fid�le en �tat d�impuret�.</p><p>Les bains de sudation modernes</p><p>consistent � placer l�organisme dans un local (individuel ou collectif) o� on maintient une temp�rature �lev�e et un air sec.</p><p>Une forte sudation est obtenue, laquelle �limine des d�chets analogues � ceux qui sont contenus dans l�urine (ur�e, cr�ati-nine, etc.), mais ce n�est pas l� sa principale action physiologique, car la sueur obtenue par la chaleur contient moins de d�chets que celle qui est �limin�e apr�s un gros effort physique. L��l�vation de la temp�rature superficielle du corps cr�e une vaso-dilatation qui am�ne le sang � la p�riph�rie (rougeur de la peau), puis le sujet est soumis � une douche ou � un bain froids qui provoquent une vaso-constriction, d�o� il r�sulte un brassage du sang favorable � tout l�organisme. Enfin, l�action r�flexe sur le syst�me nerveux de la chaleur, puis de la � r�action � froide am�ne une s�dation favorisant la d�tente sur un lit de repos, qui est suivie d�une nette sensation de bien-�tre.</p><p>Les saunas des pays scandinaves</p><p>partent du m�me principe avec quelques variantes : les bains de sudation se font dans des cabines en bois r�sineux dans lesquelles on fait chauffer des pierres, provoquant le temps � �tuve s�che �, puis on asperge les pierres avec de l�eau et la vapeur produite facilite la volatilisation des essences du bois, qui sont inhal�es et p�n�trent dans la peau. Les Scandinaves sortent ensuite de leur cabine et vont se baigner dans l�eau froide des rivi�res ou des lacs. Dans les saunas des grandes villes, la douche ou le bain se font en piscine.</p><p>Par leur action stimulante sur la circulation et s�dative sur le syst�me nerveux, plus encore que par la sudation obtenue, les bains de sudation sont utiles dans de nombreuses affections, et leurs contre-indications sont peu nombreuses. Certaines stations thermales sont �quip�es d�installations de bains de sudation.</p><p>A. C.</p><p>Suez (canal de)</p><p>Canal mettant en relation la M�diterran�e orientale et la mer Rouge � travers le territoire �gyptien. Il s�allonge sur 161 km entre Port-Sa�d au nord et Suez au sud.</p><p>Le projet de joindre la M�diterran�e � la mer Rouge remonte � l�Antiquit�, car d�s cette �poque l�isthme de Suez joua un r�le capital dans les relations politiques et commerciales.</p><p>Au temps des pharaons, on son-</p><p>gea � percer une voie d�eau capable de mettre en communication les deux mers, ou bien le Nil et la mer Rouge.</p><p>C�est cette derni�re solution qui fut adopt�e au d�but du IIe mill�naire av.</p><p>J.-C., lorsqu�on creusa deux canaux, l�un reliant la mer Rouge au grand lac Amer et l�autre unissant le lac � un bras du Nil (la branche P�lusiaque). Ces canaux furent restaur�s et entretenus par les conqu�rants perses au Ve s. av. J.-</p><p>C., puis par les Lagides. Mais, apr�s la conqu�te arabe du VIIe s., ils ne furent plus entretenus et p�riclit�rent.</p><p>� la fin du XVe s., la d�couverte de la route des Indes par le cap de Bonne-Esp�rance redonna au probl�me du percement de l�isthme de Suez toute son importance. Toutefois, il fallut attendre la fin du XVIIIe s. et l�exp�dition de Bonaparte en �gypte pour voir le projet s�rieusement �tudi�. Un architecte fran�ais, Jean-Baptiste Lep�re (1761-1844), se pronon�a pour la r�ouverture de l�ancien canal pharaonique, seul susceptible � ses yeux de joindre les deux mers, car il jugeait impossible la construction d�une voie d�eau les unissant directement, en raison de leurs diff�rences de niveau.</p><p>Au milieu du XIXe s., l�ouverture de</p><p>l�Extr�me-Orient au commerce europ�en donna une actualit� nouvelle au projet. D�s 1840, une compagnie maritime anglaise avait �tabli une ligne de vapeurs entre l�Inde et Suez : le raccord avec Alexandrie se faisait par diligence, puis par chemin de fer apr�s la construction d�une ligne de 1855 � 1857.</p><p>La question du percement fut</p><p>reprise par les saint-simoniens, par le p�re Enfantin (1796-1864), Paulin Talabot (1799-1885), les fr�res Alexis (1812-1867) et �mile (1799-1869) Barrault. En 1853, l�explorateur fran�ais M. A. Linant de Bellefonds (1800-1883) fut d�un avis diff�rent de celui de Lep�re et conclut � la possibilit� d�un canal direct entre les deux mers ; le kh�dive d��gypte le chargea d�entreprendre les premiers travaux d�exploration.</p><p>Il �tait r�serv� au diplomate fran�ais Ferdinand de Lesseps* (1805-1894) de mener le projet � bien. Jouissant de la confiance de Mu&#x1E25;ammad Sa�&#x12B;d, pacha d��gypte, et de l�appui du gouvernement fran�ais, il obtint en 1854</p><p>une concession de 99 ans et cr�a en d�cembre 1858 une soci�t�, la Compagnie universelle du canal maritime de Suez, au capital de 200 millions de francs r�parti en 400 000 actions.</p><p>Les Fran�ais souscrivirent aussi-t�t plus de la moiti� des actions. Les b�n�fices devaient �tre r�partis ainsi : 15 p. 100 pour l��gypte, 75 p. 100 pour les actionnaires et 10 p. 100 pour les fondateurs.</p><p>Malgr� la vive opposition de l�Angleterre et du sultan de Constantinople, suzerain de l��gypte, les travaux commenc�rent en avril 1859, apr�s l�adoption du projet de trac� direct de l�ing�nieur autrichien Alois Negrelli (1799-1858), sans �cluses ni barrages (d�c. 1856). Cependant, il fallut l�intervention de la diplomatie de Napol�on III pour que cette grande oeuvre p�t se poursuivre. En effet, l�Angleterre, qui craignait de voir la France �tendre sa domination sur les pays du Levant et menacer la route des Indes, avait fait interrompre les travaux (1863-1866).</p><p>� partir de 1866, ceux-ci furent activement men�s (mise en chantier de dragues modernes d�une grande puissance), et le canal fut solennellement ouvert � la navigation le 17 novembre 1869 par l�imp�ratrice Eug�nie. Cette nouvelle route allait permettre des gains de temps approchant des deux tiers pour la plupart des travers�es.</p><p>Le voyage de Londres au Japon �tait ramen� d�une centaine de jours � downloadModeText.vue.download 526 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10481</p><p>quarante-huit. La M�diterran�e reprit l�importance primordiale qu�elle avait perdue au XVe s. et elle redevint la route de l�Orient aux d�pens de celle du Cap.</p><p>Les ports m�diterran�ens prosp�r�rent d�autant, et le tonnage des navires du port de Marseille passa de 2 700 000</p><p>en 1860 � 6 500 000 en 1878. Dix ans apr�s son ouverture, le canal voyait passer annuellement 1 600 navires transportant 72 000 passagers.</p><p>Aussi l�Angleterre r�visa-t-elle ses positions et en novembre 1875, par l�interm�diaire de la banque Rothschild de Londres, le cabinet Disraeli rachetait les actions du kh�dive Ism&#x101;�&#x12B;l, op�ration qui faisait de la Grande-Bretagne le premier actionnaire du canal, pr�parait sa mainmise sur l��gypte (1882) et lui permettait de r�aliser de fructueux b�n�fices, les actions de Suez ayant d�s 1886 vu leur valeur quadrupler.</p><p>Une convention, sign�e � Constantinople le 29 octobre 1888, donna son statut international au canal, qui devait en temps de paix ou de guerre �tre ouvert aux navires de commerce et de guerre de toutes les nations. L�Angleterre, ma�tresse de l��gypte depuis 1882 et dont les troupes gardaient le canal, n�appliqua pas cet accord durant les deux guerres mondiales. L�Allemagne essaya vainement de s�emparer de Suez en 1915 et en 1916, ainsi qu�en 1942 (offensive de Rommel).</p><p>Les �gyptiens, qui retiraient peu de profit du canal, interdirent en 1950</p><p>aux navires isra�liens de l�emprunter et, le 26 juillet 1956, le gouverne-</p><p>ment du colonel Nasser en d�cr�ta la nationalisation. Les Anglais d�cid�rent alors de s�opposer par la force � cette mesure et ils re�urent l�appui de la France, soucieuse de combattre Nasser, qui soutenait les rebelles alg�riens.</p><p>Apr�s l�attaque d�Isra�l par l��gypte en octobre, les parachutistes franco-britanniques furent lanc�s sur la zone du canal et s�empar�rent sans difficult� de Port-Sa�d et de Port-Fouad (5 nov.</p><p>1956). Mais la pression conjugu�e des �tats-Unis et de l�U. R. S. S. obligea Fran�ais et Britanniques � interrompre l�op�ration le 7 novembre, et l�O.N. U.</p><p>exigea le d�part des troupes franco-britanniques. Le canal fut rouvert en avril 1957. En avril 1958, par l�accord de Rome, l��gypte assura aux actionnaires le paiement d�une indemnit�.</p><p>Le trafic du canal, qui, de 1955 � 1967, �tait pass� de 107 � 242 Mt, fut de nouveau interrompu en juin 1967, � la suite de la nouvelle guerre isra�lo-arabe. La construction de p�troliers g�ants risque toutefois, apr�s la r�ouverture � pr�vue � l�issue de la quatri�me guerre isra�lo-arabe et effective en juin 1975 �, de transformer cette route en une voie maritime secondaire.</p><p>P. R.</p><p>F �gypte / Lesseps (Ferdinand de).</p><p>J. Charles-Roux, l�Isthme et le canal de Suez (Hachette, 1901 ; 2 vol.). / C. W. Hallberg, The Suez Canal, its History and Diplomatic Importance (New York, 1931). / E. Morand, le Canal de Suez et l�histoire ext�rieure du second Empire (Figui�re, 1936). / J. Dautry, le Percement de l�isthme de Suez, une porte ouverte entre deux mondes (Bourrelier, 1947). / H. Poydenot, le Canal de Suez (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1955). / H. Azeau, le Pi�ge de Suez, 5 novembre 1956 (Laffont, 1964). / S. C. Burchell, Building The Suez Canal (New York, 1966 ; trad. fr. le Canal de Suez, R. S. T., 1967). / H. Labrousse, le Golfe et le canal. La r�ouverture du canal de Suez et la paix internationale (P. U. F., 1973).</p><p>Suffren</p><p>de Saint-Tropez</p><p>(Pierre Andr� de)</p><p>Marin fran�ais (ch�teau de Saint-Can-nat, pr�s d�Aix-en-Provence, 1729 -</p><p>Paris 1788).</p><p>De vieille souche proven�ale, troisi�me fils du marquis de Suffren, le futur bailli de Suffren entre � quatorze ans aux gardes marines de Toulon, o� il se fait remarquer par son ardeur et son dynamisme ; enseigne de vaisseau en 1748, il a particip� � deux combats navals avant d�avoir vingt ans. Apr�s la paix d�Aix-la-Chapelle, il se rend � Malte et compl�te son apprentissage maritime � bord des gal�res de l�Ordre.</p><p>Revenu en 1756 dans la marine royale, il est au combat de Port-Mah�n, puis, au m�pris de la neutralit� portugaise, est fait prisonnier des Anglais � Lagos.</p><p>Malgr� sa valeur, son avancement sera lent et il attendra 1772 pour �tre capitaine de vaisseau. En 1779, il commande avec brio aux Antilles le Fantasque, vaisseau de 64 canons, dans l�escadre de d�Estaing envoy�e au secours des Am�ricains. Propos� comme chef d�escadre, il voit sa promotion ajourn�e par le roi. Frein� dans sa carri�re, Suffren, dont la volont� est de fer et l��nergie sans limite, se forme seul par la r�flexion et l��tude de l�histoire.</p><p>Tr�s dur pour ses capitaines, il est au contraire plein de sollicitude pour ses �quipages. En 1781, on lui confie une division de cinq vaisseaux destin�s � la mer des Indes. En route vers le cap de Bonne-Esp�rance, o� il doit d�barquer des troupes pour renforcer des Hollandais, alli�s de la France, il reconna�t l�escadre anglaise de George Johnstone � l�ancre � Porto Praia, dans l�archipel portugais du Cap-Vert. Tout autre aurait �vit� le combat pour devancer les Anglais au Cap. Lui, n�gligeant � son tour la neutralit� portugaise, attaque le 16 avril l�ennemi au mouillage, mais, n��tant pas suivi par ses capitaines, doit rompre le combat pour �viter de trop lourdes pertes. Un de ses vaisseaux, le H�ros, est tr�s avari�, un autre, l�Annibal, d�m�t�, mais Suffren, tout en faisant r�parer � la mer, poursuit sa route et parvient le 20 juin en vue du Cap, tandis que Johnstone, d�moralis�, ne songeait plus qu�� �viter son terrible adversaire. Apr�s l�escale du Cap, Suffren se range � l��le de France (Maurice) sous les ordres du comte d�Orves, qui ne tarde pas � mourir (f�vr. 1782). D�-</p><p>sormais chef d�escadre et seul ma�tre de douze vaisseaux, Suffren poursuit sa route vers l�Inde, o� il doit secourir le</p><p>sultan de Mysore, &#x1E24;aydar �Al&#x12B;, alli� de la France. Le 17 f�vrier, Suffren livre le combat de Sadras � l�amiral Edward Hughes (v. 1720-1794), l�un des meilleurs hommes de mer anglais. Il essaye de prendre l�arri�re-garde ennemie entre deux feux, mais l�incompr�hension de l�un de ses capitaines permet � Hughes de se r�fugier � Madras.</p><p>Ayant d�barqu� ses troupes, Suffren garde l�amiti� d�&#x1E24;aydar �Al&#x12B; et r�v�le des dons diplomatiques �tonnants avec les Indiens, qui s�emparent de Cuddalore (Gond�lour). Sur mer, Suffren livre trois combats acharn�s � l�amiral Hughes : � Provedien, sur la c�te de Ceylan (12 avr.), � Negapatam (6 juill.) et � Trincomalee (Trinquemal�), o� il r�ussit le 2 septembre � s�emparer du meilleur mouillage de Ceylan.</p><p>La campagne de 1782 �tant ainsi</p><p>achev�e avec succ�s, il emm�ne son escadre se refaire � Sumatra, au vent de la c�te de Coromandel. En janvier 1783, il fait une r�apparition foudroyante sur les c�tes indiennes et capture un convoi de navires marchands anglais. Entre-temps, Hughes s�est renforc� et dispose de 18 vaisseaux et de 1 414 canons ; les troupes anglaises investissent Cuddalore par la terre, mais Suffren, avec sa force de 15 vaisseaux (1 018 canons), accourt de Trincomalee pour secourir la place assi�-</p><p>g�e. L�escadre de Hughes se pr�sente et Suffren manoeuvre habilement pour la tirer au large, puis, ayant compl�t� ses �quipages, il livre le 20 juin 1783 le dernier combat de la campagne : c�est un affrontement classique en ligne de file, mais � la fin de la journ�e l�escadre anglaise doit se retirer et Cuddalore est d�livr� gr�ce � l��lan des Fran�ais. Les pr�liminaires de la paix de Versailles suspendent les hostilit�s sur cette victoire. Suffren, qui vient d��tre nomm� lieutenant g�n�ral des arm�es navales par Louis XVI et bailli par l�ordre de Malte, conna�t alors une extraordinaire popularit�. Acclam� � son passage � l��le de France, il est ovationn� � son arriv�e � Paris, o� il re�oit bient�t une charge de vice-amiral que le roi cr�e pour le r�compenser. En 1787, au moment d�une nouvelle crise avec l�Angleterre, on lui confie le commandement de l�ensemble des forces navales, puis tout s�apaise : Suffren vit</p><p>� Paris, o� il repr�sente le grand ma�tre de l�ordre de Malte et o� il mourra victime d�un acc�s de goutte mal soign�.</p><p>A. L.</p><p>G. Labat, le Bailli de Suffren. Documents in�dits sur la campagne de l�Inde, 1781-1784</p><p>(F�ret, Bordeaux, 1901). / R. Boutet de Monvel, la Vie martiale du bailli de Suffren (Plon, 1930).</p><p>/ E. Davin, Suffren (Soc. d��d. g�ogr., mar. et coloniales, 1947). / J. de La Varende, Suffren et ses ennemis (�d. de Paris, 1948).</p><p>suicide</p><p>Meurtre de soi-m�me.</p><p>Il est d�usage de distinguer le suicide au sens strict, acte r�ussi sanctionn� par la mort, la tentative de suicide, acte incomplet en raison de la survie du sujet, la vell�it� de suicide, qui est une action � peine �bauch�e, l�id�e de suicide, simple repr�sentation mentale de l�acte, sous-tendue par un d�sir plus ou moins intense de mourir. En fait, la vell�it� ou la tentative de suicide ont souvent la m�me signification que le suicide.</p><p>Suicide sinc�re ou</p><p>chantage au suicide</p><p>La distinction entre conduite suicidaire sinc�re et conduite suicidaire de chantage se r�v�le tr�s difficile en pratique, et dangereuse, car la gravit� ou la b�nignit� apparente des cons�quences de l�acte suicidaire ne refl�tent pas exactement les intentions r�elles de la personne : la tentative de suicide n�est souvent qu�un suicide que l�on a emp�ch� de r�ussir. Le fait que la d�cision soit habituellement prise � la l�g�re n�autorise pas � croire � l�insinc�rit� de son auteur. D�autre part, celui qui se sert du suicide comme d�un chantage ou d�une menace peut se tromper sur les risques v�ritables qu�il court et mourir sans l�avoir d�sir� tout � fait. C�est dire que la plus grande prudence s�impose dans l�interpr�tation des intentions du suicidant. Toute tentative d�autodestruction downloadModeText.vue.download 527 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10482</p><p>doit faire l�objet d�un examen m�dical psychiatrique.</p><p>Comportements qui</p><p>�quivalent � des suicides</p><p>Tels sont le refus d�un traitement ou d�une intervention chirurgicale importante, le refus de l�alimentation, les toxicomanies graves lorsque le sujet a �t� averti de sa d�ch�ance prochaine, la recherche consciente et gratuite du danger vital que l�on rencontre par exemple chez les adolescents ou chez certains conducteurs de v�hicules.</p><p>�tude clinique</p><p>Circonstances des suicides</p><p>Il ne fait pas de doute que les tentatives de suicide sont de plus en plus nombreuses actuellement, mais l�accroissement du taux des issues fatales est heureusement moindre. Cette extension de la conduite suicidaire appara�t comme un ph�nom�ne social r�pandu dans bien des pays. � son origine, on veut parfois voir le r�le des moyens modernes de diffusion de l�information relatant complaisamment les tentatives de suicide et favorisant les r�actions d�imitation chez les sujets fragiles, surtout les adolescents. Mais il est certain qu�interviennent de multiples autres facteurs. On compte environ un suicide r�ussi pour huit tentatives.</p><p>Le suicide s�observe surtout dans la seconde moiti� de la vie, chez des hommes trois fois sur quatre. La tentative, en revanche, int�resse davantage la premi�re moiti� de la vie, notamment l�adolescent et singuli�rement le sexe f�minin. Chez les vieillards, l�acte entra�ne plus fr�quemment la mort. La femme en p�riode menstruelle ou puer-p�rale para�t particuli�rement expos�e au suicide. Le niveau intellectuel, les acquisitions scolaires et professionnelles ne jouent pas un r�le d�terminant. Les d�biles mentaux r�ussissent moins souvent leurs tentatives que les sujets d�intelligence normale.</p><p>Le fait d��tre c�libataire ou mari�, avec ou sans enfants, n�offre pas non plus de particularit�s notables.</p><p>Dans l�ensemble, les tentatives ont lieu plus volontiers en fin de journ�e, les suicides au petit matin, mais il s�agit l� d�une notion statistique qui laisse place � de nombreuses variantes.</p><p>On d�nombre actuellement en France annuellement 8 000 morts par suicide, alors que les tentatives atteignent le chiffre consid�rable de 40 000 � 50 000</p><p>environ.</p><p>Les moyens utilis�s</p><p>Ils sont infiniment vari�s, mais les intoxications apparaissent de plus en plus comme l�agent privil�gi� : m�dicaments de toutes sortes, barbituriques, tranquillisants, s�datifs, analg�siques, etc., mais aussi insecticides, raticides, produits de nettoyage, etc. La section des veines du poignet peut s�associer au poison ou constituer la seule voie choisie pour mourir. La r�gle classique</p><p>� aux femmes le poison, aux hommes la violence � (pendaison, d�fenestration, usage des armes � feu) se trouve assez souvent respect�e. On observe aussi l�asphyxie par le gaz d��clairage, la noyade, ou des proc�d�s plus extraordinaires : l�emmurement, l�autodestruction par le feu, l�autodissection minutieuse d�une art�re, l�automuti-lation, l�utilisation de machines ou d�instruments broyeurs, marteau-pilon, �tau, etc.</p><p>Psychopathologie</p><p>du suicide</p><p>Suicides pr�sum�s normaux</p><p>L�existence �ventuelle de suicides</p><p>� normaux � a toujours soulev� des controverses qui sont loin d��tre apais�es. Diverses th�ories philosophiques, des consid�rations morales, m�taphysiques ou sociales, voire politiques, ont tent� de justifier l�acte suicidaire en tant que conduite lucide, r�fl�chie ou rationnelle. On ne manque pas d�apologies du suicide ayant valeur de sacrifice consenti ou d�une affirmation d�une certaine conception de la libert� individuelle. D�ailleurs, l�attitude de l�homme � l��gard du suicide varie en fonction du groupe socioculturel auquel il appartient. Dans nos soci�-</p><p>t�s occidentales, l�attitude pratique des m�decins est devenue sociopsychia-trique, c�est-�-dire que toute tentative</p><p>d�autodestruction est consid�r�e a priori comme morbide ou antisociale.</p><p>La distinction entre suicide normal et suicide pathologique tend � s�effacer.</p><p>Telle est la position des pays scandinaves et anglo-saxons, des Pays-Bas, etc.</p><p>Le suicidant, quels que soient ses mobiles, essaie d��chapper aux imp�-</p><p>ratifs et aux liens sociaux parce qu�il les refuse ou ne se croit plus capable de s�y adapter : c�est un d�viant social qui se comporte anormalement. S�il est excessif d�affirmer que tout suicidant est un malade mental, l�exp�rience du m�decin, notamment du psychiatre, indique que la majorit� de ces sujets ont des difficult�s psychologiques parfois tr�s secr�tes qu�ils ne parviennent pas � r�soudre seuls, ou bien souffrent d�affections psychiatriques caract�ris�es.</p><p>La conduite suicidaire, si b�nigne soit-elle en apparence, se r�v�le en pratique comme le cri d�alarme, l�appel � l�aide ou la r�action de r�volte d�sesp�r�e en face d�une situation int�rieure ou ext�rieure v�cue comme intol�rable.</p><p>Conduite suicidaire pathologique Elle peut r�pondre � deux ordres de faits selon qu�elle survient chez un malade mental ou qu�elle constitue un ph�nom�ne morbide isol�.</p><p>y Suicide chez les malades mentaux.</p><p>Il est des cas o� le suicide traduit une maladie mentale caract�ris�e (quatre cinqui�mes des cas), une psychose, une n�vrose ou un d�s�quilibre du caract�re.</p><p>Les �tats psychotiques sont responsables d�un cinqui�me environ des tentatives de suicide. Parmi eux, citons la d�pression m�lancolique, dans laquelle le d�sir et l�id�e de la mort sont tr�s fortement sous-tendus par la douleur morale, les id�es de culpabilit� et d�indignit� qui enfoncent le malade au plus profond de la d�sesp�rance. Il peut s�agir aussi d�une schizophr�nie, avec un suicide impulsif et immotiv�, ou bien au contraire longuement m�-</p><p>dit� et pr�par� pendant des mois. Les d�lirants chroniques peuvent tenter de se suicider pour fuir d�imaginaires</p><p>pers�cuteurs, ob�ir � des hallucinations ou se venger de proches, qu�ils consid�rent comme des ennemis ou des tra�tres. Il est assez fr�quent que les malades, plong�s dans une confusion mentale profonde, assaillis par les visions terrifiantes de l�onirisme ou dans l�inconscience d�une ivresse pathologique, d�une crise d��pilepsie, tentent de se d�truire : l�acte se d�roule alors en l�absence de toute lucidit�. Les d�ments, au contraire, se suicident rarement ou alors ils le font</p><p>� maladroitement �, sauf � la p�riode de d�but de l�affaiblissement intellectuel, o� quelques-uns d�entre eux prennent conscience de leur d�ch�ance progressive.</p><p>Dans les �tats n�vrotiques, pho-</p><p>biques, hyst�riques, obsessionnels, anxieux et psychasth�niques, la tentative de suicide est rare, car � la hantise l�emporte sur l�envie de mourir �.</p><p>N�anmoins, les �tats d�pressifs non m�lancoliques, qui surviennent chez des malades atteints de n�vrose ou ayant simplement une personnalit� ou un caract�re n�vrotiques, peuvent entra�ner des tentatives d�autodestruction. Certains de ces troubles d�pressifs frappent accidentellement des individus normaux soumis � des chocs affectifs graves, � une situation vitale objectivement p�nible et prolong�e, � un surmenage intense ou � un surcro�t de responsabilit�s. Parfois, ces d�-</p><p>pressions nerveuses, dites � r�actionnelles �, sont favoris�es par un r�gime amaigrissant trop s�v�re, surtout s�il s�accompagne d�une prise de m�dicaments anorexig�nes, de diur�tiques ou d�extraits thyro�diens. De m�me, les hypotenseurs r�serpiniques chez les sujets �g�s, les excitants c�r�braux de type amph�tamine et toutes les drogues majeures, les hormones cortico�des ou certains antibiotiques antituberculeux provoquent des d�sordres de l�humeur et, secondairement, des tendances suicidaires.</p><p>Chez les hyst�riques, l�acte suicidaire prend un tour sp�cial, tenant � la fois du chantage et de la d�monstration th��trale : il traduit le d�sir morbide d�attirer l�attention sur soi et d�obtenir de l�entourage davantage d�affection, de sollicitude et de d�vouement.</p><p>L�erreur serait d�interpr�ter le geste de l�hyst�rique comme pure simulation. Il comporte toujours une part de sinc�-</p><p>rit� et d�inconscience. Le sujet, comme l�acteur sur la sc�ne, se prend � son propre jeu et peut parfois r�ussir son suicide, malgr� l�apparente � com�-</p><p>die � qui en annonce l�ex�cution.</p><p>Le d�s�quilibre caract�riel est sans doute responsable d�un grand nombre de conduites suicidaires � la fois impulsives et r�cidivantes : celles-ci surgissent � l�occasion des multiples scandales ou ratages que ne manquent pas d�engendrer les app�tits sans frein des d�s�quilibr�s ou des personnalit�s psychopathiques. L�instabilit� de la vie professionnelle, familiale ou conjugale, celle des relations amicales ou amoureuses, l�agressivit� ou la nonchalance de ces sujets, voire leur perversit� entra�nent une inadaptation sociale, aggrav�e par des actes d�lictueux. � des situations parfois inextri-cables ou explosives, les d�s�quilibr�s esp�rent �chapper par le suicide : tant�t la mort est sinc�rement ressentie comme la seule issue possible, tant�t la menace de se donner la mort avec un semblant d�ex�cution devient un moyen d�attendrir ou de manipuler les proches. L� encore, la part du chantage conscient est fort difficile � faire : il est certain que des acc�s de sombre abattement, pr�cipit�s par des exc�s alcooliques et l�abus de drogues hautement downloadModeText.vue.download 528 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10483</p><p>toxiques, facilitent de dangereux passages � l�acte.</p><p>y Suicide isol�. Il est des cas o� le comportement suicidaire ne se rattache � aucune affection psychiatrique classique et constitue en soi une sorte de ph�nom�ne morbide isol� qui se r�v�le extraordinairement tentant et facile pour certaines personnes (adolescents et adultes jeunes surtout</p><p>[un cinqui�me des cas]). On parle alors de � suicide maladie � ; il s�agit d�une mani�re anormale d�exprimer un sentiment de malaise int�rieur, un d�plaisir profond. Ainsi le suicide est-</p><p>il parfois une r�action imm�diate et ir-raisonn�e aux frustrations inh�rentes � toute existence humaine. Les motifs invoqu�s par ces sujets apr�s leur tentative paraissent souvent insuffisants.</p><p>Les vraies causes sont profondes et partiellement inconscientes : insatisfaction affective mal formul�e, besoin d�amour et de s�curit� que ne comble pas un entourage maladroit ou distant.</p><p>Sans pr�senter d�anomalies mentales graves, ces candidats au suicide se caract�risent parfois par une immaturit� psychologique, une intol�rance extr�me � des contrari�t�s minimes et, surtout, � l�attente sous toutes ses formes. Tout d�lai avant d�obtenir une satisfaction sentimentale ou mat�rielle est v�cu comme insupportable. Souvent, le suicide semble provoqu� par une personne dont d�pend �troitement le sujet : �poux, parents, etc. Lorsque l�on reconstitue les instants qui ont pr�c�d� l�essai d�autodestruction, on retrouve, plus qu�une volont� absolue de se d�truire, un d�sir d��vasion d�finitive, un besoin d�oublier et d��chapper aux conflits, � je voulais dormir, dormir toujours �, mais aussi des sentiments agressifs, une sorte de ressentiment ou de haine mal assum�s.</p><p>La plupart des enqu�tes �tablissent en effet la signification essentiellement agressive du suicide en g�n�ral, quel que soit le motif invoqu�. L�agressivit�, apr�s avoir initialement vis� autrui de fa�on consciente ou inconsciente, se retourne contre soi. Ainsi le suicide doit-il s�interpr�ter comme un acte violemment autopunitif ou auto-agressif, du moins dans un bon nombre de cas.</p><p>Enfin, on a beaucoup d�battu du r�le de l�h�r�dit� dans le suicide. On ne peut d�montrer actuellement la r�alit� d�une � h�r�dit� suicidaire �, mais on sait que certaines maladies mentales susceptibles de se compliquer de suicide sont transmissibles. Il est s�r, d�autre part, que le fait de conna�tre l�ant�c�dent suicidaire d�un parent proche peut obs�der l�individu et faciliter son passage � l�acte.</p><p>Traitement</p><p>Le traitement id�al du suicide devrait �tre sa pr�vention. Or, cela n�est possible que dans un certain nombre de cas : ainsi, lorsque les signes pr�mo-nitoires d�une affection psychiatrique se font jour chez l�un des membres d�une famille ou d�une collectivit� quelconque, on doit rapidement inciter le sujet � consulter le m�decin. Ce dernier, avec l�aide d�un sp�cialiste, peut �valuer le risque du suicide et surtout traiter l��tat n�vrotique ou psychotique en cause. L�hospitalisation en milieu sp�cialis� s�impose parfois, ne serait-ce que pour passer un cap dangereux.</p><p>De m�me, lorsqu�il y a eu tentative de suicide, il faut pr�venir la r�cidive, qu�il s�agisse ou non d�une personne pr�sentant des troubles psychiques (on observe parfois des r�cidives dans un tiers des cas, surtout chez les jeunes).</p><p>Il faut donc veiller � ce que le traitement prescrit soit r�guli�rement suivi ou � ce que les am�nagements de vie, les attitudes, les m�thodes conseill�s par le m�decin soient correctement appliqu�s. D�s que les id�es ou vell�it�s r�apparaissent, on ne doit pas attendre pour d�cider une nouvelle consultation, voire une hospitalisation. Rappelons que l�alcoolisme aigu favorise singuli�rement les impulsions au suicide.</p><p>Il faut savoir qu�il est des suicides que rien, ni traitement, ni attitude psychologique, ni pr�cautions, ne peut emp�cher. Le sujet qui met assez d�acharnement, surtout dissimul�, parvient toujours � ses fins. � noter que, parmi les th�rapeutiques chimioth�rapeutiques ou biologiques qui peuvent pr�venir le mieux un danger majeur de suicide, le lithium, chez les maniacod�-</p><p>pressifs et les m�lancoliques, les �lectronarcoses, en g�n�ral, sont les plus efficaces.</p><p>Toute conduite suicidaire, qu�elle semble b�nigne ou non, doit faire l�objet d�un examen m�dical psychiatrique. Ou bien l�on se trouve devant une affection neuropsychique indiscutable qui justifie le recours aux m�thodes th�rapeutiques appropri�es, voire � l�internement en cas de r�cidives graves, ou bien alors l�examen ne montre pas d�anomalies psychopathologiques majeures et le probl�me est de rechercher les motivations psy-</p><p>chologiques du suicide, c�est-�-dire les conflits, les �checs, les chocs affectifs, les situations de tension, etc., qui ont pu se produire en milieu familial, conjugal, professionnel ou scolaire. La coop�ration de l�entourage du patient est �videmment indispensable au m�-</p><p>decin ou au sp�cialiste qui vont aider le patient � r�soudre le conflit ou � surmonter ses difficult�s. Ces m�thodes psychoth�rapiques individuelles ou collectives sont ici d�un grand int�r�t.</p><p>Leur but n�est pas de dicter sa conduite au suicidant, mais de favoriser en lui une sorte de maturation psychologique avec renforcement des d�fenses, qui doit aboutir � une meilleure adaptation au milieu. Bien des entretiens sont n�cessaires avec la famille, les amis, les employeurs, etc. Ce qui compte, c�est de bien p�n�trer la signification de l�acte par rapport aux relations affectives du sujet avec les personnes de son entourage et la soci�t� en g�n�ral.</p><p>Rappelons que cet acte doit �tre compris comme un appel � l�aide, donc un besoin de communication avec autrui, m�me s�il ressemble au chantage le plus conscient. Cependant, l�attitude de compr�hension face au � d�sesp�r� � ne saurait tomber dans l�exc�s d�une sensiblerie larmoyante, surtout si l�on s�adresse � un adulte. Trop de sollicitude aussi, inqui�te et � couveuse �, entra�ne la r�gression affective ou le comportement infantile du suicidant.</p><p>En revanche, la provocation ironique le met au pied du mur et le pousse � de dangereuses r�cidives.</p><p>G. R.</p><p>E. Durkheim, le Suicide (Alcan, 1897 ; nouv.</p><p>�d., P. U. F., 1966). / L. Meynard, le Suicide, �tude morale et m�taphysique (P. U. F., 1954). /</p><p>A. Gorceix et N. Zimbacca, �tudes sur le suicide (Masson, 1968). / A. Haim, les Suicides d�adolescents (Payot, 1969). / P. Moron, le Suicide (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1975).</p><p>downloadModeText.vue.download 529 sur 627</p><p>downloadModeText.vue.download 530 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10485</p><p>Suisse</p><p>En allem. SCHWEIZ, en ital. SVIZZERA, �tat d�Europe.</p><p>LE MILIEU</p><p>Un carrefour de</p><p>civilisations</p><p>La Conf�d�ration suisse, avec</p><p>41 290 km 2 de superficie, est un des plus petits pays d�Europe. Pourtant, sa puissance industrielle et financi�re est �norme. La population s��l�ve � 6,3 millions d�habitants, ce qui repr�-</p><p>sente une densit� de 153 habitants au kilom�tre carr�, chiffre �lev� lorsqu�on consid�re que plus de la moiti� du pays est situ�e � une altitude sup�rieure � 500 m. La progression d�mographique a �t� rapide. En 1850, la population ne s��levait encore qu�� 2,4 millions d�habitants. De 1960 � 1970, elle s�est accrue de pr�s d�un million d�habitants.</p><p>Toutefois, ces derni�res ann�es, l�accroissement d�mographique est plus la cons�quence de l�immigration que du cro�t naturel. En 1973, le taux de natalit� se montait � 13,6 p. 1 000 et la mortalit� � 8,8 p. 1 000. L�immigration, n�cessit� �conomique, deviendra peut-</p><p>�tre une n�cessit� d�mographique. Elle se heurte � la r�sistance des milieux conservateurs, qui voudraient limiter l�arriv�e des immigrants : cependant en octobre 1974, les deux tiers des Suisses se sont prononc�s pour le maintien des immigrants.</p><p>Un coup d�oeil sur la carte montre que la Suisse est une zone de dispersion hydrographique. Pr�s des deux tiers du territoire font partie de la zone de drainage du Rhin. Le reste se partage entre les r�seaux du Danube (Engadine), du P� (Tessin) et du Rh�ne (Alpes bernoises, Valais, une partie du Jura, lac L�man). Quoi d��tonnant alors que les migrations aient mis en place des peuples aux parlers diff�rents ? Cette situation de dispersion �quivaut aussi � une situation de carrefour o� se rencontrent les influences occidentales (fran�aises), m�diterran�ennes (italiennes), europ�ennes centrales (allemandes et autrichiennes).</p><p>Pr�s des trois quarts des habitants parlent allemand, un cinqui�me, fran-</p><p>�ais, pr�s de 5 p. 100, italien et environ</p><p>1 p. 100, le rh�to-roman (romanche).</p><p>La fronti�re linguistique, qui n�a gu�re vari� depuis le haut Moyen �ge, court du nord au sud, passant au sud-ouest de B�le, par le lac de Bienne, Fribourg, Gruy�res et coupant le Valais en amont de Sion. L�italien est surtout parl� dans le Tessin. Le rh�to-roman est limit� aux Grisons.</p><p>Le pluralisme religieux complique la mosa�que linguistique. Pr�s de 53 p. 100 des habitants se rattachent au protestantisme. Dans les r�gions francophones, la religion r�form�e est la plus r�pandue. Dans les cantons germaniques protestants, le protestantisme est souvent de tendance luth�rienne.</p><p>Les catholiques repr�sentent un peu plus de 45 p. 100. Les aires linguistiques et religieuses ne se recouvrent nullement, sauf peut-�tre dans le Tessin, o� domine le catholicisme. Les juifs sont tr�s peu nombreux. Au si�cle dernier, la population protestante �tait, proportionnellement, plus importante.</p><p>L�immigration italienne, au cours des derni�res d�cennies, a modifi� la r�partition religieuse, si bien que des r�actions x�nophobes ont �clat� ces derni�res ann�es, surtout dans certains milieux conservateurs protestants qui craignaient d��tre � submerg�s � par les immigr�s m�ridionaux. Probl�mes d�mographiques, linguistiques et religieux ne peuvent pas �tre dissoci�s.</p><p>Les donn�es climatiques</p><p>Sur le plan de la circulation g�n�rale atmosph�rique, la Suisse n��chappe pas aux facteurs g�n�raux qui d�terminent les climats europ�ens, mais le relief introduit des nuances consid�-</p><p>rables. Aussi peut-on distinguer trois groupes de climats r�gionaux.</p><p>y Le Mittelland. � Berne (alt.</p><p>572 m), la temp�rature moyenne est de � 1,1 �C en janvier et de 18 �C en juillet. Les pr�cipitations s��l�vent � 1 000 mm, avec un maximum de juin � ao�t (juin, 118 mm ; juill., 116 mm ; ao�t, 114 mm). Aucun mois n�a moins de 53 mm (f�vr.). L�ensoleillement annuel est de 1 759 heures, contre 1 693 � Zurich. Les �t�s sont donc relativement ti�des, les hivers, pas trop froids.</p><p>y Le Jura. Il pr�sente des donn�es de moyenne montagne. La dissym�-</p><p>trie avec le Jura fran�ais est �vidente.</p><p>Les sommets re�oivent plus de 2 m de pr�cipitations, alors que le versant oriental est plus sec. Neuch�tel ne re-</p><p>�oit que 981 mm. Dans cette derni�re station, la temp�rature de janvier est de 0 �C en moyenne, contre 18,4 �C</p><p>en juillet. Les conif�res apparaissent vers 800 m pour dispara�tre � 1 600 m d�altitude.</p><p>y Les Alpes. Du fait de l�importance des d�nivellations, les Alpes pr�sentent de grands contrastes saisonniers et diurnes. � Davos (alt. 1 588 m, Grisons), la moyenne thermique de janvier est de � 6,3 �C. Elle est de</p><p>� 0,2 �C � Sion (alt. 548 m, Valais), de</p><p>� 8,7 �C � S�ntis (alt. 2 501 m, au sud de Saint-Gall), de 2,3 �C � Lugano (alt. 276 m). Par contre, en juillet, les chiffres sont respectivement de 11,6 �C � Davos, 19,6 �C � Sion, 5 �C</p><p>� S�ntis et 21,3 �C � Lugano. Dans le Sud, les influences m�diterran�ennes sont plus nettes. Quant aux pr�cipitations, elles refl�tent �galement une grande diversit� : 2 480 mm � S�ntis, 1 007 mm � Davos, 1 726 mm � Lugano, mais seulement 592 mm �</p><p>Sion. Les vall�es, bien expos�es ou abrit�es, contrastent avec les massifs, qui sont de v�ritables ch�teaux d�eau.</p><p>La vigne est encore cultiv�e dans le Valais. Mais ici plus qu�ailleurs, l�exposition (adret, ubac) joue un r�le d�-</p><p>terminant. L�ensoleillement est �galement variable, mais ne d�savantage pas syst�matiquement la haute montagne. Davos compte 1 666 heures d�ensoleillement par an, S�ntis 1 880, contre 1 699 pour Neuch�tel, 1 672</p><p>pour Montreux, 1 971 pour Lausanne et 1 979 pour Gen�ve. Saint-Moritz, avec 1 805, se place encore bien. Les stations du Tessin sont les plus favoris�es : Locarno, 2 286 ; Lugano, 2 101.</p><p>L�ensoleillement privil�gie les stations de montagne. En hiver, certaines de celles-ci pr�sentent un ensoleillement d�une dur�e double ou triple de celle de certaines villes de plaine.</p><p>Ainsi l�ensoleillement, en d�cembre, est de 37 heures � Zurich, 52 � B�le, 46 � Berne, 29 � Neuch�tel, mais de</p><p>117 heures � S�ntis, 80 � Saint-Moritz, 115 � Montana, 79 � Davos, 102</p><p>� Lugano. Cette situation se r�p�te de novembre � f�vrier. Les stations d�altitude sont ainsi favoris�es en hiver sur le plan de l�ensoleillement, qui n�est pas � confondre avec celui des temp�ratures.</p><p>F. R.</p><p>L�HISTOIRE</p><p>Des origines �</p><p>la naissance de</p><p>la Conf�d�ration</p><p>C�est vers la fin du Pal�olithique sup�-</p><p>rieur que les hommes commenc�rent � s�installer sur le territoire actuel de la Suisse. Avec le recul des glaciations, ce peuplement s��tendit des vall�es vers les montagnes (Pal�olithique et M�solithique). Au N�olithique, cultivateurs et �leveurs cr��rent les premiers petits centres agricoles. Pendant l��ge du bronze s��tablirent des cit�s lacustres construites sur pilotis. Puis, � l��ge du fer, les civilisations celtiques de Hallstatt et surtout de La T�ne (qui doit son nom � une station protohisto-rique situ�e � l�extr�mit� orientale du lac de Neuch�tel) se d�velopp�rent, downloadModeText.vue.download 531 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10486</p><p>et des relations se nou�rent avec l�Italie du Nord. Vers la fin de l��poque de La T�ne, des Celtes, les Helv�tes et les Rauraci du Jura et des plateaux, �tablirent des villages et des places fortifi�es.</p><p>En 58 av. J.-C., les Helv�tes ga-gn�rent la Gaule en qu�te de nouvelles terres. Mais C�sar les arr�ta (victoire romaine de Bibracte) et les refoula dans leurs montagnes ; leur pays fut soumis au pouvoir de Rome et rattach� � la Gaule romaine. L�Helv�tie joua, en raison de l�importance de ses voies naturelles de communication, un r�le important dans le monde romain. L�occupant y installa quelques colonies de v�t�rans, une � Nyon (Julia Eques-tris) et une autre pr�s de B�le, � Augst (Augusta Rauracorum), ainsi qu�une</p><p>garnison � Windisch (Vindonissa), en Argovie. Le pays, dont le chef-lieu �tait Avenches (Aventicum), se romanisa rapidement et profita d�une certaine prosp�rit�. Deux grandes routes franchissaient les Alpes : l�une, par le Grand-Saint-Bernard, d�bouchait dans la vall�e du Rh�ne ; l�autre, par le Spl�gen, mettait l�Italie en communication avec celle du Rhin. D�autres voies transversales assuraient le trafic d�ouest en est.</p><p>Sous la domination romaine, l�Hel-v�tie commen�a � se christianiser au IVe s. Mais, pendant la p�riode de la grande migration des peuples, les Alamans repouss�rent le christianisme vers l�ouest, et c�est seulement au VIIe s., sous l�action des missionnaires venant en partie d�Irlande, que peu � peu tout le pays s�est converti � la foi chr�tienne. Quant � la juridiction ec-cl�siastique, elle devait �tre attribu�e aux �v�ch�s de B�le, de Constance, de Coire, de C�me, de Sion, de Gen�ve et de Lausanne. La fondation d�abbayes comme Saint-Gall, Pf�fers et, plus tard, Einsiedeln marqua les �tapes de cette christianisation progressive.</p><p>Plac�e sur la fronti�re de l�Empire romain, l�Helv�tie avait subi d�s la fin du IIIe s. les invasions barbares et, au Ve s., le pays avait �t� occup� par des tribus germaniques, les Burgondes � l�ouest, les Alamans � l�est. Les Burgondes se m�l�rent facilement � la population autochtone, dont ils adopt�rent la langue. Ce ne fut pas le cas des Alamans � encore pa�ens � cette �poque �, qui repouss�rent les habitants dans les vall�es sup�rieures des Alpes. Mais la germanisation progressa et finit par gagner tout le pays. Dans les hautes vall�es des Alpes (la Rh�tie), les dialectes romains (le romanche et le ladin) se maintinrent. Ce fut d�abord la Reuss qui forma la fronti�re primitive entre les Burgondes et les Alamans ; plus tard, la limite fut report�e � l�Aar, puis � la Sarine, rivi�re qui aujourd�hui encore s�pare les ethnies allemande et romande.</p><p>Pendant que se constituait lentement la f�odalit�, les r�gions helv�tiques me-n�rent une vie effac�e dans le royaume m�rovingien, puis dans l�Empire caro-</p><p>lingien ; le pays devint peu � peu un conglom�rat de souverainet�s la�ques, eccl�siastiques et urbaines. Plusieurs dynasties cherchaient l�h�g�monie : la maison de Savoie au nord du L�man ; les Z�hringen, qui jusqu�� leur extinction en 1218 cr��rent dans le Nord-Est et au-del� du Rhin plusieurs villes fortes (Fribourg-en-Brisgau, Fribourg-en-Nuithonie). De 888 � 1032, l�ouest de l�Helv�tie fit partie d�un royaume autonome de Bourgogne qui avait son centre en Suisse romande. Mais les rois de Bourgogne �taient incapables de tenir t�te � la f�odalit� grandissante : la puissance r�elle appartenait � leurs vassaux. En 1032, � la mort du dernier roi de Bourgogne, le roi de Germanie h�rita de son titre et, d�s lors, l�Helv�tie enti�re fit partie du Saint Empire germanique.</p><p>La Conf�d�ration</p><p>Tandis que la puissance imp�riale s�amenuisait, la bourgeoisie des premi�res communaut�s urbaines s�employa � obtenir l�autonomie, en particulier dans le domaine de la police et de la justice. Ces communaut�s obtinrent de Fr�d�ric II des privil�ges de villes libres et imp�riales : l�empereur avait en effet besoin de soutien dans la lutte qui l�opposait au pape. Mais l�appui de l�Empire �tait insuffisant, et les villes durent se grouper pour assurer leur d�fense : ainsi naquirent un peu partout des conf�d�rations. La Conf�d�ration suisse fut l�une d�entre elles, mais elle dut son origine � l�existence de communaut�s paysannes dont la coh�sion reposait sur la gestion en commun des bois et des alpages, assur�e par l�assembl�e des propri�taires, qui se r�unissait chaque printemps et constituait un embryon de force politique.</p><p>� la fin du XIIe s., les habitants d�Uri, qui formaient avec Schwyz une de ces corporations rurales, avaient rendu accessible le passage du Saint-Gothard, ce qui leur apportait des ressources financi�res consid�rables, en raison de l�importance des �changes entre l�Allemagne et l�Italie. Craignant d��tre mis au rang de tenanciers de la maison de Habsbourg, qui souhaitait �tendre son autorit� sur la plus grande partie de la Suisse centrale actuelle,</p><p>ils recherch�rent l�appui de l�empereur, qui accorda � Uri, en 1231, et � Schwyz, en 1240, une lettre de franchise (charte d�imm�diatet�) leur procurant la facult� de se gouverner eux-m�mes. Cependant, en 1273 � apr�s le Grand Interr�gne �, Rodolphe de Habsbourg fut �lu empereur, et les communaut�s rurales n�eurent plus la possibilit� d�opposer l�empereur aux Habsbourg, les deux personnages �tant confondus. L�empereur fit administrer les vall�es autour du lac des Quatre-Cantons par des fonctionnaires (baillis) qui indispos�rent la population et menac�rent les libert�s traditionnelles des communaut�s.</p><p>Apr�s la mort de Rodolphe Ier</p><p>(juill. 1291), les cantons montagnards et forestiers (Waldst�tte) d�Uri et de Schwyz, ainsi que celui d�Unterwald, dont s��taient �galement empar�s les Habsbourg, conclurent le 1er ao�t 1291</p><p>un pacte perp�tuel pour la d�fense mutuelle des droits et des libert�s de chaque communaut� : ainsi naissait la Conf�d�ration suisse. Les trois communaut�s s�engageaient � se porter assistance, mais elles se refusaient � recevoir dans les vall�es, comme juge, tout repr�sentant de l�autorit� sup�-</p><p>rieure qui ne serait pas ressortissant de la vall�e. Ainsi, pour les paysans comme pour les bourgeois des communaut�s urbaines, l�autonomie locale semblait la seule garantie des biens et des droits.</p><p>L�attaque de Schwyz contre les</p><p>terres de la riche abbaye d�Einsiedeln, qui �tait sous la protection des Habsbourg, fut le pr�texte d�une intervention autrichienne : le duc L�opold Ier voulut r�tablir par la force l�autorit� des Habsbourg � Schwyz et dans l�Unterwald. Mais les Conf�d�r�s l�emport�rent au Morgarten le 15 novembre 1315 et, en 1318, sign�rent la paix avec les Habsbourg.</p><p>Ces origines de la Conf�d�ration helv�tique ont fait na�tre une tradition l�gendaire (l�histoire de Guillaume Tell) qui n�est pas fond�e sur des textes contemporains ni sur des t�moignages authentiques, mais repose sur des chroniques �crites deux si�cles apr�s les �v�nements. Au XVIIIe s., �poque o�</p><p>on s�enthousiasma pour l�id�e de la libert�, Guillaume Tell et les conjur�s du Gr�tli devinrent des h�ros de l�humanit�. Ils occupaient une place importante dans les esprits et dans la litt�rature � l��poque de la R�volution fran�aise et du romantisme (le po�te allemand Schiller leur d�dia une pi�ce de th��tre, le compositeur italien Rossini les prit comme sujet pour un op�ra).</p><p>La critique des XIXe et XXe s. a ni� la valeur historique de ces l�gendes et en a r�v�l� les traits mythologiques (Max Frisch).</p><p>� la suite de la victoire du Morgarten, les trois cantons d�Uri, de Schwyz et d�Unterwald renouvel�rent leur alliance par le pacte de Brunnen (1315) : le texte de cet accord n��tait plus r�-</p><p>dig� en latin comme celui de l�alliance de 1291, mais en allemand ; il devait �tre lu devant chaque Landsgemeinde et jur� par tous les citoyens, qui devenaient des � Conf�d�r�s � (Eidgenossen), li�s par le serment.</p><p>downloadModeText.vue.download 532 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10487</p><p>Au noyau de cette union primitive s�agr�g�rent une s�rie de territoires, ce qui, en 1353, allait porter l�alliance � huit cantons. En 1332, la ville de Lucerne adh�ra � la Conf�d�ration ; en 1351, ce fut le tour de Zurich, o� une r�volution municipale avait chass� l�aristocratie des bourgeois anoblis, au profit des corporations de commer�ants et d�artisans. L�Autriche tenta de reprendre la ville et, au cours du conflit, les Conf�d�r�s occup�rent Glaris et Zoug, qui entr�rent dans l�alliance en 1352. Enfin, en 1353, la cit� de Berne adh�ra � la Conf�d�ration. Cette ville, qui avait vaincu les seigneurs f�odaux des environs (bataille de Laupen, 1339), �tait une puissance militaire non n�gligeable.</p><p>La Conf�d�ration des huit cantons n��tait encore qu�un agglom�rat tr�s l�che dont les trois cantons primitifs formaient le noyau et dont la coh�-</p><p>sion d�pendait principalement de la conjoncture. Cette coh�sion fut mise � l��preuve lors des deux batailles de</p><p>Sempach (1386) � o� le duc L�opold III fut tu� � et de N�fels (1388) ; les Autrichiens furent vaincus et durent reconna�tre l�ind�pendance des cantons.</p><p>Nouvelles alliances et</p><p>conqu�tes au XVe si�cle</p><p>La victoire de Sempach eut un profond retentissement dans toute l�Allemagne et fonda la r�putation militaire des Suisses. Ceux-ci d�finirent dans le</p><p>� convenant de Sempach � (1393) les obligations militaires qu�ils se devaient mutuellement. La pression d�mographique, li�e au manque de terre nourrici�re, et la valeur militaire de son arm�e assur�rent l�expansion de la Conf�d�-</p><p>ration au cours du XVe s. Entre 1403</p><p>et 1416, Uri occupa, pour contr�ler le d�bouch� italien du Saint-Gothard, la L�ventine (haute vall�e du Tessin) et les vall�es Maggia et Verzasca. En 1415, les Conf�d�r�s s�empar�rent de l�Argovie autrichienne et, en 1460, de la Thurgovie. � c�t� des alli�s, ces territoires constitu�rent les pays sujets, ou bailliages, propri�t�s d�un seul canton ou appartenant � plusieurs. Ces pays sujets conserv�rent une large autonomie. Cependant, les cantons conf�d�r�s y percevaient les revenus fonciers dus aux anciens seigneurs et y jugeaient en derni�re instance tous les litiges. Ils y nommaient un bailli charg� du gouvernement et renouvelable tous les deux ans. Chaque ann�e, les d�l�gu�s des cantons se r�unissaient pour v�rifier les comptes et constituer le tribunal supr�me. Bient�t, ces d�put�s, r�unis � cette occasion, �largirent l�objet de leur rencontre � l�ensemble des probl�mes de la Conf�d�ration : on peut voir dans cette assembl�e annuelle les pr�mices de l�actuelle Di�te f�d�rale.</p><p>Gr�ce � ses victoires militaires, la Conf�d�ration accrut son influence et s�allia avec de nouvelles communaut�s : l�abbaye et la ville de Saint-Gall, la communaut� rurale de Toggenburg, les trois ligues des grisons, les dizains du Valais, les villes de Schaffhouse, de Soleure et de Fribourg, le comt� et la ville de Neuch�tel et d�autres nou�rent des liens de combourgeoisie avec les cantons. Ces nouveaux alli�s, dont le statut diff�rait de celui des huit can-</p><p>tons, ajout�rent � l�importance politique et militaire de la Conf�d�ration.</p><p>En 1436, un conflit �clata entre Schwyz et Zurich : ces deux cantons se disputaient la possession du comt� de Toggenburg, qui commandait l�acc�s aux voies transalpines vers l�Autriche et les cols des Grisons. Zurich fit appel aux Habsbourg, mais fut vaincue par les sept autres cantons � Saint-Jacques sur la Sihl (1443). L�empereur demanda alors � la France de d�tourner contre les cantons 40 000 mercenaires (Armagnacs), qui l�emport�rent sur les conf�d�r�s, pr�s de B�le, � Saint-Jacques sur la Birse (1444), puis arr�-</p><p>t�rent leur offensive. Les querelles entre les cantons citadins et les cantons montagnards continu�rent, et c�est seulement au bout de dix ans de guerre que Zurich reprit sa place dans l�alliance.</p><p>Les ducs de Bourgogne, qui, par la Franche-Comt�, �taient les voisins des Suisses, fournissaient � Berne et � ses alli�s les marchandises qui leur �taient indispensables. Ils �taient jusqu�alors en bons termes avec les Conf�d�r�s ; mais l�ambition territoriale de l��tat bourguignon prit nettement forme avec le r�gne de Charles le T�m�raire et commen�a � inqui�ter les Bernois, en particulier � la suite de l�acquisition par le T�m�raire de la Haute-Alsace.</p><p>Louis XI, roi de France et adversaire de la Bourgogne, sut profiter de cette inqui�tude des Bernois ; usant de sa diplomatie et de son or, il les persuada de signer la paix avec l�Autriche (1474) et d�attaquer, avec leurs alli�s de Suisse occidentale, Charles le T�m�raire. En 1474, la Haute-Alsace fut lib�r�e et, en 1475, les Bernois envahirent le pays de Vaud savoyard. Charles le T�m�-</p><p>raire fut vaincu � Grandson (2 mars 1476) et � Morat (22 juin 1476) par les Conf�d�r�s, venus secourir les Bernois. Apr�s ces victoires d�cisives, Berne conservait � partiellement en commun avec Fribourg � une s�rie de terres vaudoises, et les Valaisans gard�rent le bas Valais, jusque-l� savoyard. Louis XI, craignant de voir la puissance des Suisses succ�der � celle des Bourguignons sur ses fronti�res, obtint la restitution � la Savoie du pays de Vaud conquis.</p><p>Mais au lendemain de la guerre, le partage du butin provoqua de nombreuses difficult�s ; la supr�matie des Waldst�tte au sein de la Conf�d�ration semblait mise en question par les grands cantons. En outre, Soleure et Fribourg, qui avaient fourni � Berne une aide importante contre les Bourguignons, demandaient en retour � �tre admises dans la Conf�d�ration.</p><p>Les cantons paysans y �taient hostiles, car ils craignaient que les villes prennent une trop grande influence � leur d�triment.</p><p>En 1481, la Di�te de Stans chercha en vain � trouver un accord dans ce tr�s grave diff�rend ; l�arbitrage de l�ermite Nicolas de Flue permit d��viter la rupture. Soleure et Fribourg entr�rent dans la Conf�d�ration (1481).</p><p>La Conf�d�ration</p><p>devient majeure</p><p>La concorde r�tablie, les Suisses, membres de l�Empire sous le nom de ligue de la haute Allemagne, s�oppos�rent de nouveau � l�Autriche. L�empereur Maximilien Ier cherchait, avec l�aide des �tats du sud de l�Allemagne (ligue de Souabe), � r�int�grer � son Empire tout ce qui s�en �tait d�tach�.</p><p>Mais les cantons suisses, qui avaient acquis autonomie et puissance, ne voulaient plus se soumettre � l�autorit� imp�riale, et un nouveau conflit �clata (guerre de Souabe, 1499). Plusieurs fois vaincu (Frastanz, Calven, Dornach), Maximilien dut signer la paix de B�le, par laquelle �tait reconnue l�in-d�pendance de fait de la Suisse. B�le et Schaffhouse entr�rent dans la Conf�-</p><p>d�ration en 1501 et, en 1513, ce fut le tour du pays d�Appenzell, ancien sujet de l�abb� de Saint-Gall. La Conf�d�ration compta alors treize cantons.</p><p>Lors des guerres d�Italie*, de nombreux mercenaires suisses prirent part aux combats pour la conqu�te du Milanais. En 1503, Uri, Schwyz et Unterwald obtinrent de Louis XII, en r�compense pour les services militaires rendus, Bellinzona, dont les soldats suisses s��taient empar�s peu auparavant. Mais, en 1510, sous l�influence du cardinal valaisan Mathieu Schiner, les treize cantons particip�rent</p><p>� la Sainte Ligue, form�e par le pape Jules II contre la France. Les Suisses prirent le Milanais pour le compte du duc de Milan, et Mendrisio, Locarno et Lugano devinrent des bailliages communs (1512). En 1513, les Suisses bat-tirent les Fran�ais � Novare, �tablirent � Milan Maximilien Sf�rza en lui imposant leur protectorat, et assi�g�rent Dijon. Mais, d�sunis (les cantons occidentaux avaient sign� une paix s�par�e), ils furent vaincus par Fran-</p><p>�ois Ier � Marignan les 13 et 14 septembre 1515. La Conf�d�ration signa avec la France, en 1516, une avantageuse � paix perp�tuelle � : les cantons re�urent une importante indemnit� de guerre et obtinrent de conserver le Tessin. D�s lors, les Suisses allaient renoncer � intervenir directement dans les affaires europ�ennes et se contenter de fournir des mercenaires.</p><p>La R�forme en Suisse</p><p>La R�forme n�eut pas en Suisse les, origines politiques qu�elle connut en Allemagne : les abbayes et le clerg� s�culier �taient sous l�autorit� des cantons et il n�y avait pas de principaut�s eccl�siastiques. La R�forme helv�tique fut l�oeuvre d�une �lite intellectuelle d�humanistes qui se passionn�rent pour les controverses th�ologiques : les imprimeurs de B�le et de Burgdorf diffus�rent les travaux des humanistes rh�nans, dont B�le �tait alors un des foyers les plus brillants. � partir de cette recherche philosophique et th�ologique, Ulrich Zwingli* pr�cha � Zurich, d�s 1519, une r�forme beaucoup plus radicale que celle de Luther, avec qui il ne s�entendit gu�re. Le protestantisme se r�pandit � Berne (1528), � B�le et � Schaffhouse (1529). Claris et Appenzell adopt�rent les deux confessions religieuses, mais les cantons anciens, avec Lucerne et Zoug, demeur�rent catholiques.</p><p>Cette situation provoqua bient�t des querelles confessionnelles qui aboutirent � une guerre civile entre cantons catholiques et cantons r�form�s. Apr�s les deux batailles de Kappel, celle de 1529 et celle de 1531 (o� Zwingli fut tu�), la r�partition des confessions en Suisse se pr�cisa d�finitivement : il y eut sept cantons catholiques (Uri,</p><p>Schwyz, Unterwald, Lucerne, Zoug, Soleure et Fribourg) et quatre cantons r�form�s (Zurich, B�le, Berne et Schaffhouse) ; � Glaris et � Appenzell, les deux confessions coexistaient librement.</p><p>Dans le pays romand, les villes, d�-</p><p>sireuses de secouer la domination des downloadModeText.vue.download 533 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10488</p><p>princes fran�ais (les ducs d�Orl�ans � Neuch�tel, la maison de Savoie � Gen�ve), adopt�rent la R�forme et conclurent des pactes de combourgeoisie avec les cantons protestants. �</p><p>Neuch�tel et � Gen�ve, ce furent des humanistes fran�ais (Guillaume Farel, Th�odore de B�ze) ou vaudois (Pierre Viret) qui pr�ch�rent la R�forme : les deux villes lui firent un accueil favorable. Membre de la combourgeoisie Berne-Gen�ve-Fribourg depuis 1526, Fribourg, rest�e catholique, rompit avec la ville de Gen�ve, qui fut d�li-vr�e par les Bernois de la menace que faisait peser sur elle le duc de Savoie (1536). Les Bernois occup�rent le pays de Vaud, o� le protestantisme s�installa et qui fut transform� en bailliage de Berne. Fribourgeois et Valaisans s�empar�rent des autres terres savoyardes, au nord et � l�est du L�man.</p><p>� la suite de l�intervention bernoise, la R�forme l�emporta dans toute la Suisse romande. Lausanne et Gen�ve, o� Calvin* s��tablit en 1536, devinrent les foyers de la diffusion du protestantisme : Gen�ve devait m�riter le titre de</p><p>� Rome du protestantisme �.</p><p>La consolidation doctrinale des deux confessions, l�une sous l�influence calviniste, l�autre sous celle de la ContreR�forme, rendit d�finitif le clivage de la Conf�d�ration.</p><p>En 1601, la France annexa le pays de Gex, et, en 1602, Gen�ve r�sista � une derni�re offensive des Savoyards (nuit de l�Escalade, 11-12 d�c.).</p><p>Pendant la guerre de Trente Ans, les deux forces oppos�es demand�rent leur aide aux Suisses. Ceux-ci la refus�rent,</p><p>par crainte de conflits int�rieurs, et c�est ainsi que naquit cette tradition de neutralit� qui est rest�e depuis � la base de la politique suisse. Les trait�s de Westphalie (1648) reconnurent l�ind�-</p><p>pendance totale des cantons vis-�-vis de l�Empire ; la Conf�d�ration s��tait �mancip�e d�finitivement.</p><p>Les si�cles de paix</p><p>Pendant le XVIIe et le XVIIIe s., la Suisse fut en Europe un havre de paix. Elle b�n�ficia d�un remarquable d�veloppement �conomique gr�ce � la diversification d�une agriculture prosp�re � l�abri des guerres et � une premi�re industrialisation de type encore artisanal. Le service militaire � l��tranger procura des ressources : souvent les fils de famille dans les r�gions agricoles �taient officiers, propri�taires de leur troupe et profitaient de nombreuses occasions pour faire fortune.</p><p>De nouvelles industries purent s��tablir gr�ce � l�afflux des protestants fran�ais chass�s par la r�vocation de l��dit de Nantes (1685) : industrie textile � B�le, � Zurich et � Saint-Gall ; horlogerie � Gen�ve et dans le pays de Neuch�tel. L�exportation de cette production enrichit rapidement le patriciat urbain, qui consacra ses capitaux aux activit�s bancaires � Gen�ve, B�le, Zurich, Berne. La Suisse allait devenir le pays idyllique de la Nouvelle H�lo�se et des philosophes du droit naturel.</p><p>L�influence de la culture fran�aise et de l�esprit des lumi�res se fit sentir partout : Voltaire s�journait au bord du lac L�man, Rousseau accomplis-sait ses promenades solitaires sur l��le de Saint-Pierre ; en Suisse allemande, les membres de la haute soci�t� parlaient le fran�ais. Mais, en revanche, la Conf�d�ration, sauf dans les anciens petits cantons de d�mocratie directe, connut la tutelle de la bourgeoisie oligarchique : les principales fonctions �taient occup�es par les membres de quelques familles. Des tensions s�-</p><p>rieuses se firent jour dans cette soci�t�, o� les � sujets � de la campagne et les</p><p>� habitants �, install�s r�cemment, �taient exclus de la vie civique : ce furent en 1723 la tentative du major Davel pour soulever le pays de Vaud</p><p>contre Berne et, en 1726, des mouvements dirig�s contre le prince-�v�que de B�le. � Gen�ve, le r�gime oligarchique dut briser plusieurs r�voltes, avec l�aide de l��tranger.</p><p>La Grande R�volution</p><p>et la Suisse</p><p>D�s ses d�buts, la R�volution fran-</p><p>�aise eut d�importantes r�percussions en Suisse. En 1792, � Gen�ve, les � natifs �, alli�s aux bourgeois, mirent l�oligarchie � bas et constitu�rent un gouvernement r�volutionnaire (5 d�c.) ; une insurrection �clata � B�le. Des �migr�s royalistes fran�ais afflu�rent en grand nombre ; le r�cit de leurs malheurs refroidit bient�t l�opinion publique suisse � l��gard sinon des id�es, tout au moins des m�thodes r�volutionnaires.</p><p>Victorieux en Italie (1796), Bonaparte enleva la Valteline aux Grisons pour la rattacher � la r�publique Cisal-pine (1797). D�sireux de pr�server ses conqu�tes italiennes, le Directoire chercha un pr�texte pour intervenir en Suisse. Ce pr�texte lui fut fourni par l�action du � Club helv�tique �. Cette soci�t� groupait des Suisses qui, m�-</p><p>contents de leurs gouvernements oligarchiques, avaient �migr� � Paris ; le Vaudois Fr�d�ric C�sar de La Harpe lan�a, au Club helv�tique, des appels � la lib�ration du joug aristocratique, tandis qu�� B�le Pierre Ochs d�non�ait, lui aussi, les m�faits du r�gime oligarchique. Le 24 janvier 1798, les villes vaudoises proclam�rent leur ind�pendance. Quelques jours plus tard, le pays de Vaud fut occup� par l�arm�e fran-</p><p>�aise, ainsi que les vall�es jurassiennes sous protectorat bernois. La Di�te de la Conf�d�ration restant sans r�action, le gouvernement de Berne lutta seul contre l�invasion. Mais ses troupes furent d�faites � Grauholz, et l�arm�e fran�aise entra � Berne le 5 mars. Les cantons du centre de la Suisse durent bient�t capituler ; ce fut ensuite le tour de Mulhouse (ville alli�e), de Gen�ve et du Valais.</p><p>Apr�s cette d�sagr�gation de la</p><p>Conf�d�ration des treize cantons, la Suisse fut r�organis�e sur le mod�le fran�ais et re�ut une constitution unitaire. Rompant nettement avec le</p><p>downloadModeText.vue.download 534 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10489</p><p>pass�, le Directoire imposa, en avril 1798, une R�publique helv�tique, unitaire, d�coup�e en circonscriptions administratives. Amput�e par la France d�importants territoires (Mulhouse, Gen�ve, Bienne, vall�es du Jura), occup�e militairement, la R�publique helv�tique subit bient�t une grave crise �conomique et, en 1799, elle servit de champ de bataille aux troupes fran-</p><p>�aises et austro-russes. Le pays sombra dans l�anarchie. Devant la r�action f�-</p><p>d�raliste contre le nouveau r�gime, Napol�on Ier retira les troupes fran�aises et promulgua l�� Acte de m�diation �</p><p>(19 f�vr. 1803), qui reconstitua l�organisation f�d�rale en r�tablissant la Di�te et les treize cantons anciens. Les anciens pays alli�s et sujets (sans Mulhouse, Bienne et Gen�ve, qui furent annex�s � la France) form�rent six nouveaux cantons : Saint-Gall, Grisons, Argovie, Thurgovie, Tessin et Vaud.</p><p>Les dix-neuf cantons constitu�rent la</p><p>� Conf�d�ration helv�tique �. L�Acte de m�diation r�tablit le calme int�rieur, et, si le Blocus* continental porta atteinte � l��conomie suisse, le pays profita, en revanche, d�importants travaux routiers (am�lioration du Grand-Saint-Bernard, am�nagement du Simplon).</p><p>Les d�faites des troupes napol�oniennes entra�n�rent l�abrogation par la Di�te de l�Acte de m�diation (d�c.</p><p>1813), et Gen�ve retrouva son ind�pendance (1814). Au congr�s de Vienne, la Conf�d�ration fut repr�sent�e par des d�l�gu�s de la Di�te et des cantons.</p><p>Le congr�s fit restituer par la France � la Suisse les anciens alli�s du Valais, de Neuch�tel (devenu fran�ais par le trait� de Sch�nbrunn en 1805 et confi� par Napol�on � Berthier en 1806) et de Gen�ve, qui form�rent trois nouveaux cantons. Il lui c�da en plus quelques terres fran�aises pour accro�tre le territoire de Gen�ve et les districts jurassiens qui avaient �t� int�gr�s au canton de Berne pour indemniser celui-ci de la perte du pays de Vaud et de l�Argovie.</p><p>En outre, le congr�s de Vienne garantit</p><p>la neutralit� perp�tuelle de la Suisse.</p><p>Le 7 ao�t 1815, les anciens gou-</p><p>vernements des cantons conclurent un nouveau pacte f�d�ral. Ce pacte ne cr�ait pas un v�ritable pouvoir conf�-</p><p>d�ral : la Di�te restait une simple r�union d�ambassadeurs ; le directoire f�d�ral �tait exerc� tour � tour et pendant deux ans par Zurich, Berne et Lucerne ; le seul organe permanent �tait la chancellerie f�d�rale. Quant aux cantons, ils gard�rent des gouvernements conservateurs, et les nouveaux venus renonc�rent m�me, partiellement, � la d�mocratie repr�sentative.</p><p>Lib�ralisme et d�mocratie</p><p>La Constitution de 1848</p><p>Apr�s 1815, la Suisse connut une �poque de prosp�rit� �conomique. Elle commen�a � construire des machines pour ses filatures et d�veloppa ainsi l�industrie m�tallurgique. L�horlogerie fut en essor. Quant � l�am�lioration du r�seau routier, il contribua tout � la fois � l�essor industriel et au d�veloppement de l�agriculture. C�est � cette �poque que le tourisme et son compl�-</p><p>ment, l�h�tellerie, firent leur apparition en Suisse. Les �trangers � Britanniques surtout � vinrent nombreux admirer les paysages pittoresques et accident�s que c�l�braient les �crivains et les peintres romantiques.</p><p>Mais la situation politique restait pr�occupante : l�aristocratie avait r�tabli l�Ancien R�gime, renvers� par la R�volution, la Di�te n�avait que des pouvoirs tr�s r�duits, et la Suisse, devenue le refuge de nombreux proscrits politiques, connaissait des difficult�s avec ses voisins fran�ais et autrichiens, qui ne pouvaient admettre de voir la Conf�d�ration se transformer en foyer r�volutionnaire et qui obtinrent de la part des cantons des mesures s�v�res � l�encontre des r�fugi�s.</p><p>Encourag�e par la r�volution parisienne de 1830, l�opposition lib�rale obligea certains cantons (Thurgovie, Argovie, Saint-Gall, Schaffhouse, Zurich, Soleure, Lucerne, Berne, Vaud, Fribourg) � � se r�g�n�rer � en adoptant diverses libert�s, en acceptant l��lection d�un Grand Conseil au suffrage universel et en substituant</p><p>l�imp�t direct aux redevances f�odales.</p><p>En revanche, les lib�raux �chou�rent � Neuch�tel et � B�le. Dans ce dernier canton, les citadins refus�rent l��mancipation des ruraux et on dut cr�er deux demi-cantons : B�le-Ville et B�le-Campagne. Dans plusieurs cantons, les animosit�s confessionnelles reprirent et l�intol�rance religieuse se manifesta de nouveau (suppression des couvents dans le canton d�Argovie ; � Lucerne, lutte contre les J�suites, que le gouvernement avait appel�s pour leur confier la direction de l�enseignement secondaire).</p><p>Les lib�raux furent bient�t d�bor-d�s par la Jeune-Suisse, d�inspiration mazzinienne, et par les radicaux anticl�ricaux et partisans d�une d�mocratisation totale. Inquiets, les sept cantons conservateurs et catholiques de Lucerne, Uri, Schwyz, Unterwald, Zoug, Fribourg et Valais constitu�rent en 1845 une � Alliance d�fensive s�-</p><p>par�e � (Sonderbund), tenue d�abord secr�te. Les chefs de l�alliance demand�rent et obtinrent l�appui des gouvernements r�actionnaires autrichien, sarde et fran�ais. L�opinion publique, irrit�e de cet appel � l��tranger, exigea la dissolution du � Sonderbund �</p><p>et l�expulsion des J�suites. Les radicaux prirent le pouvoir dans plusieurs cantons (Lausanne, 1845 ; Gen�ve</p><p>[James Fazy], 1846) et, en 1847, obtinrent la majorit� � la Di�te, qui d�-</p><p>clara le � Sonderbund � incompatible avec le pacte f�d�ral et en pronon�a la dissolution. Les cantons catholiques refus�rent de se soumettre, et la Di�te ordonna une intervention arm�e. Une br�ve campagne des milices f�d�rales, command�e par le g�n�ral genevois Guillaume Henri Dufour (1787-1875), contre les troupes catholiques d�Ulrich de Salis-Soglio se termina par la capitulation des chefs-lieux du � Sonderbund � Fribourg, Zoug et Lucerne (nov. 1847). Les cantons dissidents r�int�gr�rent la Conf�d�ration et expuls�rent les J�suites. En septembre 1848, une nouvelle constitution fit de la Suisse un v�ritable �tat f�d�ral, dot� d�un gouvernement central si�geant � Berne, et non plus une simple conf�d�-</p><p>ration d��tats : le pouvoir, qui appartenait jusqu�ici presque exclusivement aux cantons, est d�sormais partag�</p><p>entre ceux-ci et l��tat f�d�ral.</p><p>L��volution pacifique</p><p>Au lendemain de 1848, la Suisse</p><p>connut la stabilit�, et les graves divergences qui avaient oppos� les uns et les autres lors de la guerre du Sonderbund s�estomp�rent peu � peu. Des mesures lib�rales permirent la disparition des p�ages int�rieurs, la libert� d��tablissement des Conf�d�r�s dans tous les cantons, la libert� de l�industrie et du commerce, la cr�ation de chemins de fer et les progr�s de l�industrialisation.</p><p>La vie intellectuelle connut un remarquable essor, en particulier gr�ce � l�activit� des universit�s : celle de B�le existait depuis 1460 ; Berne et Zurich avaient fond� les leurs apr�s 1830 ; � Gen�ve, Lausanne et Neuch�tel existaient des acad�mies qui, au cours du XIXe s., furent transform�es en universit�s ; � Fribourg une universit� catholique fut fond�e en 1889. L��cole polytechnique de Zurich (1855) devint un centre important de recherches scientifiques. La fondation de la Croix-Rouge*, en 1863, due � l�initiative du Genevois Henri Dunant, donna un sens positif et altruiste � la neutralit� suisse.</p><p>En 1848, les lib�raux avaient proclam� la r�publique dans la principaut� de Neuch�tel, possession des rois de Prusse depuis 1707 ; en 1856, une contre-r�volution royaliste avait �t� �touff�e gr�ce � l�intervention f�d�-</p><p>rale. Fr�d�ric-Guillaume IV, ne voulant pas abandonner les royalistes qui avaient combattu pour lui, avait pr�-</p><p>par� une exp�dition arm�e contre la Conf�d�ration. Gr�ce � l�entremise des puissances europ�ennes (Napol�on III et la Grande-Bretagne), l�incident put �tre r�gl� pacifiquement. � la conf�-</p><p>rence de Paris (1857), le roi de Prusse renon�a � ses droits sur le canton, et Neuch�tel resta r�publique et canton suisse.</p><p>En 1860, l�annexion de la Savoie � la France suscita l�inqui�tude du canton de Gen�ve, qui craignait l�encer-downloadModeText.vue.download 535 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10490</p><p>clement fran�ais. Le gouvernement f�d�ral tenta en vain d�obtenir de Napol�on III la cession de la Savoie du Nord, que d�sirait une partie de la population.</p><p>En 1870-71 pendant la guerre</p><p>franco-allemande, la Suisse mit sur pied l�arm�e f�d�rale pour prot�ger sa neutralit� ; apr�s la d�faite de l�arm�e fran�aise de l�Est (sous Bourbaki), elle accueillit un contingent de plus de 80 000 hommes, qui furent intern�s jusqu�� la fin des hostilit�s.</p><p>L�existence de r�gimes juridiques cantonaux tous diff�rents les uns des autres �tait � la source de nombreuses difficult�s. Beaucoup souhaitaient une unification du droit et d�siraient remplacer, au sein de la Conf�d�ration, le r�gime de la d�mocratie repr�sentative par le syst�me d�une d�mocratie directe, comme c��tait d�j� le cas dans plusieurs cantons. Ces tendances aboutirent � la r�vision de la Constitution de 1848. Apr�s l��chec d�un premier projet, le nouveau texte constitutionnel r�vis� fut accept� par le peuple et les cantons en 1874 : il se caract�risa par l�accroissement des pouvoirs f�d�raux en mati�re militaire et par l�introduction du droit de r�f�rendum (compl�t�, en 1891, par le droit d�initiative populaire en mati�re constitutionnelle).</p><p>Apr�s 1870, la Suisse connut �</p><p>comme l�Allemagne de Bismarck �</p><p>une p�riode d�anticl�ricalisme (Kul-turkampf), marqu�e par la lutte contre l�� ultramontanisme � intransigeant.</p><p>Cette lutte, parfois passionn�e, aboutit � l�introduction de quelques articles dans la Constitution de 1874, destin�s � assurer la pr�pond�rance de l��tat sur l��glise, sp�cialement en mati�re scolaire. L�application de ces articles provoqua des conflits dans les cantons catholiques, et la tension politique diminua seulement lorsque les conservateurs eurent obtenu un si�ge au Conseil f�d�ral en 1891.</p><p>Vers la fin du XIXe s., la Suisse connut un grand essor industriel et conquit une place importante sur le march� mondial (industrie des textiles en Suisse orientale, horlogerie dans le Jura, industrie des machines, mat�riel ferroviaire,</p><p>appareils �lectriques, instruments de pr�cision, industrie chimique et �lectrochimique, industrie d�aluminium, fabrication de produits alimentaires).</p><p>La configuration montagneuse du</p><p>pays et les fronti�res douani�res entre les cantons s��taient longtemps oppos�es � la construction de grandes lignes de chemin de fer. Mais � partir de 1855, le r�seau ferroviaire se d�veloppa rapidement et une vive comp�tition entre cantons, villes et groupements �conomiques accompagna cette �volution.</p><p>De 1872 � 1882, le percement du tunnel du Saint-Gothard fut r�alis�, avec l�appui de capitaux germano-italiens.</p><p>En 1906, ce fut le tour du Simplon. En 1898, le peuple avait vot� le rachat par la Conf�d�ration des lignes principales jusqu�alors entre les mains d�organismes priv�s.</p><p>De 1850 � 1910, la population passa de 2,3 � 3,7 millions d�habitants. Le d�veloppement industriel attira un grand nombre d�ouvriers �trangers (en 1910, 550 000, c�est-�-dire 15 p. 100</p><p>de la population). Le mouvement ouvrier s�organisa contre les exc�s du lib�ralisme (dur�e excessive du travail, mauvaise hygi�ne dans les usines, emploi abusif de la main-d�oeuvre f�minine et enfantine). Peu apr�s 1870 se form�rent la F�d�ration ouvri�re et les syndicats ouvriers ; un parti socialiste fut cr��. En 1877, le travail fut r�glement� et, � partir de 1912, une l�gislation sur les assurances ouvri�res fut promulgu�e.</p><p>La Suisse au XXe si�cle</p><p>Pendant la Premi�re Guerre mondiale, la neutralit� suisse fut de nouveau mise � l��preuve. La volont� de d�fendre la Conf�d�ration contre toute attaque unit tous les citoyens, mais les sympathies des Suisses ne s�adressaient pas toutes au m�me camp. Dans les cantons al�-</p><p>maniques, le peuple prit parti pour les Allemands et leurs alli�s, tandis que la Suisse romande sympathisait ouvertement avec les combattants fran�ais et britanniques. Malgr� ce foss�, la solidit� de l�alliance f�d�rale ne fut jamais s�rieusement �branl�e. �pargn�e par la guerre, la Suisse exer�a une action charitable envers des milliers de grands</p><p>bless�s et de prisonniers intern�s sur son territoire.</p><p>Le fait que le pays � pour la pre-mi�re fois depuis 1815 � �tait entour� d��tats en guerre provoqua de graves probl�mes pour son approvisionnement. Vers la fin du conflit, de s�rieuses difficult�s sociales se manifest�rent ; au sein du parti socialiste, l�extr�me gauche, favorable � la R�volution russe (L�nine avait r�sid� � Zurich jusqu�en 1917), commen�a � dominer les �l�-</p><p>ments mod�r�s. En 1917, une r�solution socialiste rejeta le budget militaire et se pronon�a pour le refus du service. Comme le gouvernement restait intransigeant devant ces exigences, la gr�ve g�n�rale fut d�cid�e (1918).</p><p>Pour briser la r�sistance ouvri�re, les troupes f�d�rales occup�rent Berne, Zurich et Olten, centre du mouvement r�volutionnaire, mais la soumission de la plupart des gr�vistes et une grave �pid�mie de grippe qui d�cimait les troupes firent �viter des heurts plus graves. Apr�s ces incidents, certaines revendications des chefs socialistes (augmentation des salaires, semaine de 48 heures) obtinrent satisfaction, et la tension sociale s�apaisa peu � peu.</p><p>Le trait� de Versailles (1919)</p><p>confirma la neutralit� suisse. La Conf�-</p><p>d�ration renon�a � l�annexion du Vorarlberg autrichien, dont la population avait exprim� le d�sir de former un vingt-troisi�me canton suisse. En revanche, elle conclut avec la principaut� de Liechtenstein une union diplomatique, mon�taire et �conomique. Malgr� une vive opposition en Suisse al�-</p><p>manique, le peuple suisse se pronon�a pour l�adh�sion du pays � la Soci�t� des Nations (si�ge � Gen�ve), mais revint, en 1938, � la neutralit� int�grale.</p><p>Apr�s 1919, le parti radical � majoritaire jusqu�alors � partagea le pouvoir avec les conservateurs et le nouveau parti de paysans, artisans et bourgeois (ancienne aile droite du parti radical, qui s�en �tait d�tach�e).</p><p>Au Conseil national, les partis</p><p>conservateur, radical et socialiste d�tenaient chacun le quart des si�ges, les paysans le dixi�me et quelques petits partis le reste. Ce rapport de forces,</p><p>rest� plus ou moins le m�me jusqu�� nos jours, contribua � la stabilit� politique du pays. Comme ce fut le cas dans les �tats voisins, les socialistes suisses transform�rent leur parti r�volutionnaire en un groupement r�formiste : en 1936, le parti abandonna le principe de la dictature du prol�tariat, renia l�antimilitarisme et se rallia � la politique de d�fense nationale.</p><p>Pendant la crise mondiale (1921, 1930-1936), la Suisse subit une r�cession �conomique sensible : le franc suisse fut d�valu� d�environ 30 p. 100, les exportations industrielles tomb�rent de 2,1 milliards � 750 millions de francs, le ch�mage atteignit, en 1936, 124 000 personnes. L�industrie textile et l�h�tellerie furent particuli�rement frapp�es par cette crise. En revanche, d�autres activit�s industrielles se d�velopp�rent : ainsi les entreprises hydro-</p><p>�lectriques et les chemins de fer, qui furent �lectrifi�s presque enti�rement.</p><p>Les autorit�s f�d�rales intervinrent par un soutien accord� � certaines banques en difficult�, par la cr�ation d�emplois et par la r�glementation de plusieurs branches �conomiques. Ces mesures sociales et l�attitude mod�r�e du parti socialiste contribu�rent � une att�-</p><p>nuation de la lutte des classes, qui, en 1937, trouva son expression dans des conventions collectives, r�guli�rement renouvel�es depuis, entre syndicats ouvriers et organisations patronales.</p><p>Depuis lors, la Suisse a connu ce que l�on a appel� la � paix du travail � : les gr�ves sont rares, et les conflits sociaux se r�glent par voie d�arbitrage et de conciliation. En m�me temps, les mentalit�s souvent tr�s diff�rentes des r�gions linguistiques se rapprochent de plus en plus, faisant preuve de tol�-</p><p>rance : en 1938, le romanche (langue parl�e dans les Grisons) a �t� �lev� au rang de quatri�me langue nationale.</p><p>Bien que des partisans de Hitler, group�s dans les � fronts � d�extr�me droite, vers 1933-1935, eussent connu un certain succ�s de propagande, la conception politique des nazis allemands ne put jamais rencontrer une v�ritable audience en Suisse. Lorsque d�buta la Seconde Guerre mondiale, l�unit� du peuple se manifesta par la confiance dans son arm�e bien �qui-</p><p>p�e et bien entra�n�e ainsi que dans son chef, le g�n�ral Henri Guisan.</p><p>Une �conomie de guerre habilement �labor�e (plan Wahlen) et une diplomatie adroite, oblig�e � n�gocier en m�me temps avec le Reich et les pays alli�s, assur�rent l�approvisionnement et les importations n�cessaires pour le maintien de la production industrielle.</p><p>Fid�le � sa tradition humanitaire, la Suisse h�bergea des intern�s militaires et des r�fugi�s civils ; elle exp�dia aussi des dons et des colis dans de nombreuses r�gions d�vast�es par les conflits. Les probl�mes d�accueil ou de refoulement des r�fugi�s politiques mirent souvent le gouvernement f�d�-</p><p>ral et les cantons devant des situations difficiles et maintes fois insolubles.</p><p>Le retour � une �poque pacifique, en 1945, trouva une Suisse encore plus attach�e � la politique traditionnelle du f�d�ralisme et de la neutralit�, mais consciente aussi de ses obligations futures comme pays �pargn� par les d�sastres de la guerre au milieu d�une Europe en reconstruction.</p><p>Le principal probl�me � l��chelon f�d�ral, � partir de 1963, est celui du Jura bernois, qui r�clame son autonomie. Apr�s une dizaine d�ann�es d�agitation, le Jura suisse francophone s�est prononc� par le r�f�rendum du 23 juin 1974 (36 802 voix pour, 34 057 contre) en faveur de la cr�ation d�un 23e canton de la Conf�d�ration. Cependant, en mars 1975, les trois districts franco-downloadModeText.vue.download 536 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10491</p><p>phones du Jura-sud (Moutier, Courte-lary et La Neuveville) se sont d�clar�s pour leur maintien dans le canton de Berne.</p><p>D�autre part, en octobre 1974, un r�f�rendum a rejet� un projet qui aurait entra�n� l�expulsion, en trois ann�es, d�environ un demi-million d��trangers.</p><p>H. O.</p><p>J. Dierauer, Geschichte der schweizerischen Eidgenossenschaft (Gotha, 1882, 2 vol.,</p><p>nouv. �d., 1887-1919, 4 vol. ; trad. fr. Histoire de la Conf�d�ration suisse, Payot, Lausanne, 1910-1919, 6 vol.). / E. Gagliardi, Geschichte der Schweiz (Zurich, 1920, 2 vol., 4e �d., 1939, 3 vol. ; trad. fr. Histoire de la Suisse, Payot, Lausanne, 1925, 2 vol.). / A. Heusler, Schweizerische Verfassungsgeschichte (B�le, 1920 ; nouv. �d., Aalen, 1968). / Dictionnaire historique et biographique de la Suisse (Neuch�tel, 1934 ; 8 vol.). / H. Ammann et K. Schib, Atlas historique de la Suisse (Sauerl�nder, Aarau, 1943 ; nouv. �d., 1958). / C. Gilliard, Histoire de la Suisse (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1944 ; 6e �d., 1974). / G. Guggenb�hl, Geschichte der schweizerischen Eidgenossenschaft (Zurich, 1947-48 ; 2 vol.). / A. Siegfried, la Suisse, d�mocratie t�moin (la Baconni�re, Neuch�tel, 1949 ; nouv. �d., 1970). / P. D�rrenmatt, Schweizer Geschichte (Berne, 1957). / W. Drack, K. Schib, S. Widmer et E. Spiess, Illustrierte Geschichte der Schweiz (Einsiedeln, 1958-1961 ; 2e �d., Olten, 1971, 3 vol.). / W. Martin, Histoire de la Suisse (Payot, Lausanne, 1959). / H. Helbling, Schweizer Geschichte (Zurich, 1963 ; trad. fr.</p><p>Histoire suisse, Droz, Gen�ve, 1964). / D. de Rougemont, la Suisse ou l�Histoire d�un peuple heureux (Hachette, 1965). / J. Rohr, la Suisse contemporaine (A. Colin, 1972). / Histoire du mouvement ouvrier en Suisse (Droz, Gen�ve, 1972). / Handbuch der Schweizer Geschichte (Zurich, 1972-73 ; 2 vol.). / A. Ruffer, la Suisse et la R�volution fran�aise (Clavreuil, 1974). /</p><p>J. Ziegler, Une Suisse au-dessus de tout soup-</p><p>�on (�d. du Seuil, 1976).</p><p>LES R�GIONS</p><p>La Suisse est compos�e de trois r�gions assez nettement d�limit�es : le Jura suisse � l�ouest, le Mittelland au centre, les r�gions alpines � l�est et au sud.</p><p>Les �l�ments montagneux dominent � l�ouest et � l�est, faisant du Mittelland une grande voie de passage.</p><p>Le Jura* suisse</p><p>Face au Mittelland et aux r�gions alpines, le Jura suisse n�occupe qu�une place modeste : sa surface ne couvre que 10 p. 100 du territoire national, mais rassemble environ 14 p. 100 de la population totale.</p><p>Les facteurs g�ographiques</p><p>Le Jura suisse est une montagne p�ri-ph�rique, pliss�e et calcaire. Il comprend la partie orientale de la cha�ne jurassienne, qui s��panouit surtout en</p><p>France. Vers l�ouest, la fronti�re est peu marqu�e. � l�est, la retomb�e sur le Mittelland se fait sous la forme d�une v�ritable muraille. La cha�ne se continue, toutefois, vers le nord, � travers les cantons de B�le et de Schaffhouse, pour reprendre vigueur � travers le Jura souabe et le Jura franconien. Le Jura est � l��cart des grands axes de circulation. Aucun fleuve important, � l�exception du Rhin, ne le dra�ne sur des �tendues importantes.</p><p>Le Jura appara�t comme un faisceau de plis, serr�s et �lev�s au sud (la D�le, 1 680 m ; le mont Tendre, 1 683 m ; le Chasseron, 1 611 m), de direction S. O. - N. E. Le faisceau s��largit vers le centre ; les plis prennent plus d�ampleur aux environs de B�le-Schaffhouse, donnant parfois un paysage tabulaire aux altitudes proches de 600 m.</p><p>Ce n�est que dans le Jura souabe et franconien que les plis ont plus de vigueur. La direction d�ensemble s�explique par la pr�sence de m�les de r�sistance (Vosges, For�t-Noire) lors de l�orogen�se tertiaire.</p><p>y Le Jura pliss�. Les vall�es longitudinales l�emportent. Presque toujours, elles correspondent � des synclinaux (vaux), encadr�s par des anticlinaux (monts). Le relief invers� n�est pas absent. Les passages transversaux sont rares. Souvent les routes sont oblig�es de franchir les monts par des cols �lev�s (la Vue des Alpes, entre La Chaux-de-Fonds et Neuch�tel,</p><p>1 283 m).</p><p>y Le Jura tabulaire. Tectoniquement, il est tributaire du foss� rh�nan. L�absence de m�le de r�sistance a permis des plissements moins serr�s, d�o� un aspect tabulaire en relation avec des plis en coffre. Sur le plan hydrologique, dans la partie nord, les cours d�eau convergent vers le Rhin (Birse, Ergolz, Aar). De ce fait, les influences rh�nanes gagnent le Mittelland.</p><p>Les lacs, surtout ceux de l�avant-pays (Joux, Neuch�tel, Bienne),</p><p>�pousent les directions tectoniques.</p><p>y Une montagne calcaire. Les roches jurassiques et cr�tac�es qui composent le Jura sont � dominante cal-</p><p>caire. Cela explique les nombreuses formes karstiques et la faiblesse du r�seau hydrographique suba�rien.</p><p>Bien des r�gions, surtout dans le sud du Jura pliss�, sont confront�es au probl�me de l�eau, malgr� des pr�cipitations relativement �lev�es.</p><p>Les bons sols sont rares. L�importance du lessivage tend � la d�calcification ; d�o�, assez paradoxalement, un manque de chaux pour des sols install�s sur les roches calcaires. Les meilleurs sols, riches en humus, se situent dans les d�pressions ou sur les terrasses fluviales.</p><p>Sur le plan agricole, le bilan naturel n�est donc pas tr�s favorable. La densit� des populations n�en est que plus �tonnante.</p><p>Un peuplement industriel</p><p>Les handicaps naturels n�ont pas em-p�ch� l�implantation d�une population laborieuse qui a su suppl�er au manque de ressources agricoles.</p><p>y L�histoire du peuplement. Au</p><p>nord, le peuplement est pr�coce, car la circulation est ais�e : c�est une colonisation venue du nord, d�origine germanique. Au sud, l�occupation humaine est plus tardive (Moyen �ge et XVIe s.), venue du sud et du Mittelland romand. Ce double peuplement se</p><p>traduit par l�existence d�une fronti�re linguistique et aussi par l�existence de deux civilisations agraires. Au nord, les d�frichements ayant �t� plus pr�-</p><p>coces, les labours sont importants, en particulier dans les bassins et vall�es.</p><p>Les plateaux m�diocrement fertiles restent le domaine de la for�t.</p><p>Dans le Jura pliss�, plus montagnard et moins ouvert, les cellules autarciques sont plus nombreuses, associant les ressources des versants (p�turages, for�ts) et celles des vall�es (pr�s, champs). Mais dans les deux cas le r�le de l�exposition est pr�pond�rant. On pourrait associer � ces deux types de paysage celui de la bordure orientale, bien expos�e sur un riche pi�mont de mat�riaux de d�composition calcaire, o� la vigne trouve des conditions optimales. Toutefois, la seule �conomie</p><p>agricole n�arrive pas � expliquer les densit�s actuelles, l�g�rement sup�-</p><p>rieures � la moyenne nationale (l�agriculture trouve de meilleures conditions dans le Mittelland). C�est l�industrie qui en fournit l�explication.</p><p>y Une montagne industrielle et urbaine. Les facteurs d�industrialisation ont �t�, avant tout, d�ordre humain : pr�sence d�une main-d�oeuvre artisanale traditionnelle et qualifi�e, longtemps habitu�e aux travaux de pr�-</p><p>cision (serruriers, armuriers, etc.) ; loisirs forc�s d�hiver ; absence quasi g�n�rale de ressources locales, sauf le bois. Au nord, le Jura b�n�ficie de l�hydro-�lectricit� (Rhin, Aar) et de la pr�sence de B�le.</p><p>L�horlogerie r�pond le mieux � ces conditions. Elle s�installe dans le Jura d�s le XVIe s., mais l�essor viendra au XVIIIe s. En 1705, Daniel Jeanrichard (1665-1741), de La Sagne, installe son atelier d�horlogerie au Locle ; peu � peu les ateliers se multiplient dans cette localit�. Toutefois, pendant plus de deux si�cles, l�horlogerie reste un travail � domicile, occupant des milliers de paysans-ouvriers. La machine � vapeur, l��lectricit� am�neront une certaine concentration. De 1850 � 1910, La Chaux-de-Fonds passe de 12 000</p><p>� 37 000 habitants ; Le Locle, pendant la m�me p�riode, de 8 500 � 12 700.</p><p>L�horlogerie a suscit� d�autres activit�s : la m�canique de pr�cision a suivi tr�s rapidement.</p><p>L�orientation industrielle a entra�n� un fort courant d�immigration dans le Jura, qui compte une cinquantaine de villes, selon la d�finition fran�aise (population sup�rieure � 2 000 hab.).</p><p>Entre 1950 et 1960, l�augmentation du canton de Neuch�tel a �t� due pour 77 p. 100 � l�immigration. La baisse du taux de natalit�, depuis, fait que l�apport des �trangers devient de plus en plus important.</p><p>Les aspects r�gionaux</p><p>y Le Jura pliss�.</p><p>Les hautes vall�es. Il s�agit des hautes vall�es du pays de Vaud, de celles du canton de Neuch�tel, c�est-</p><p>�-dire des vall�es de Joux, de la Br�-</p><p>vine, du Locle, de La Chaux-de-Fonds.</p><p>L�altitude y d�passe presque toujours 1 000 m. Ces vall�es correspondent presque toutes � des synclinaux ; les bassins y sont nombreux, ce qui en accentue le caract�re autarcique. Le fond des vall�es et des d�pressions est recouvert de mat�riel tertiaire ou glaciaire. L�habitat est limit� � la p�riph�-</p><p>rie des vall�es, et les villages-rues sont fr�quents. L�agriculture ob�it � une zonation g�ologique et climatique : les champs montent jusqu�� 1 200 m ; vers les sommets, prairies et for�ts dominent. Les p�turages forestiers sont nombreux dans cette r�gion o� le d�frichement a �t� tardif. La r�gion du Locle a �t� d�frich�e au Moyen �ge, gr�ce � des lettres de franchise accord�es par les seigneurs aux colons.</p><p>L�horlogerie a �t� introduite en partant de Gen�ve. Ce sont des Juifs alsaciens qui sont, pour une part, � l�origine de l�organisation du commerce.</p><p>Le d�veloppement de l�horlogerie a cr�� un paysage tr�s original, celui des hautes vall�es urbanis�es, bien que les villes aient plut�t l�aspect de tr�s gros bourgs. Les vall�es o� l�industrie est absente restent des r�servoirs de main-d�oeuvre. Les mouvements de travailleurs migrants ont pris de l�ampleur.</p><p>Seules les hautes terres se d�peuplent.</p><p>downloadModeText.vue.download 537 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10492</p><p>Toutefois, les difficult�s �prouv�es lors des crises mondiales, la concurrence des �tats-Unis et du Japon ont conduit � un changement d�orientation qui touche surtout le Jura du Sud. Ce dernier se tourne de plus en plus vers la production d�appareillage �lectrique et la photographie (Vallorbe, Sainte-Croix).</p><p>Les basses vall�es. Ce sont le val Saint-Imier, le val de Travers, la vall�e de Tavannes, le val de Ruz et le val de Balsthal. Les altitudes se situent autour de 700 m. Le drainage est, ici, suba�rien, alors que dans les hautes vall�es il est fr�quemment souterrain.</p><p>Les conditions thermiques accroissent</p><p>les possibilit�s d�une agriculture intensive. L�estivage du b�tail est une pratique courante, qui entra�ne une dissociation de l�habitat : villages group�s dans la vall�e et exploitations estivales dispers�es sur les versants (m�tairies, vacheries).</p><p>Les conditions hydrauliques per-</p><p>mettent l�installation d�usines �lectriques. Aussi l�industrie y est-elle plus diversifi�e que dans les hautes vall�es : horlogerie et cimenterie � Saint-Imier ; m�tallurgie � Tavannes ; poteries � Balsthal.</p><p>Les basses vall�es permettent des liaisons avec l�int�rieur du Jura et la France et sont les axes pr�f�rentiels pour les relations intrajurassiennes.</p><p>Toutes sont parcourues par le chemin de fer. Par leurs conditions climatiques plus cl�mentes, et par leur diversification, elles annoncent la bordure orientale du Jura.</p><p>Le Vignoble. Il s�agit d�un gigantesque adret o� l�ensoleillement peut d�passer 2 000 heures par an. Les conditions climatiques favorables sont � l�origine de deux activit�s importantes qui manquent au Jura des cha�nes : la vigne et le tourisme.</p><p>Les sols de d�composition du calcaire conviennent � la culture. Malheureusement, les trop fortes pentes sont un obstacle � une exploitation rationnelle, et il a fallu y rem�dier en �difiant des terrasses. Les rendements d�passent 75 hl/ha. Dans le canton de Neuch�tel, la surface cultiv�e est de 600 ha, dans celui de Vaud, de 3 300 ha et dans celui de Gen�ve, de 1 050 ha. Les c�pages blancs l�emportent partout, et la vigne est g�n�ralement d�un bon rapport.</p><p>Quant au tourisme, il b�n�ficie, outre d�un climat cl�ment, d�excellentes voies de communication, de sites magnifiques, de richesses historiques et architecturales consid�rables. Les sites lacustres ont d�termin� l�essor de stations baln�aires. Neuch�tel, Bienne sont les grands centres du tourisme.</p><p>Mais les villages viticoles attirent aussi un nombre croissant de visiteurs. C�est une publicit� pour l��coulement de la production vinicole.</p><p>L�industrie prend des allures plus vari�es (� Neuch�tel : horlogeries, chocolateries [Suchard], manufacture de tabac, constructions �lectriques).</p><p>Aussi n�est-il pas �tonnant que le chapelet de gros bourgs et de villes du Vignoble rassemble des densit�s tr�s fortes (500 hab. au km2).</p><p>La transition avec le Jura tabulaire s�op�re par la r�gion des Franches-Montagnes, que le g�ographe H. Gu-tersohn appelle le Jura des plateaux.</p><p>y Le Jura des plateaux. Il s�agit de la r�gion situ�e entre le val Saint-Imier et le Jura b�lois (r�gion de Del�mont).</p><p>Ici, les plis sont moins visibles, car ils ont �t� attaqu�s par l��rosion : ils forment un plateau d�une altitude maximale de 1 000 m.</p><p>L�aspect g�n�ral du paysage est</p><p>celui de p�turages bois�s. L�absence de relief, c�est-�-dire l�absence d�abri, d�termine des conditions climatiques rudes. L�habitat, dans l�ensemble, est dispers� : chaque ferme est isol�e au milieu de ses terres, groupant for�ts, pr�s, p�turages et champs. Cette r�gion a �t� le grand centre suisse de l��levage du cheval. C�est une r�gion assez isol�e, par rapport au reste de la Suisse ; Del�mont est la seule localit� de quelque importance, mais elle appartient autant aux Franches-Montagnes qu�� l�Ajoie. Toutefois, l�attraction du Foss� rh�nan et de B�le s�intensifie.</p><p>y Le Jura tabulaire. D�altitude plus basse, il pr�sente des conditions climatiques plus favorables. Le Jura tabulaire appara�t comme une vaste surface l�g�rement inclin�e vers le sud ; les vall�es sont, ici, les facteurs de r�gionalisation.</p><p>� l�ouest, l�Ajoie est quelque peu isol�e. Les d�frichements ont �t� importants et les vall�es sont intens�-</p><p>ment utilis�es. On y pratique l�assolement triennal am�lior�. Les arbres fruitiers font leur apparition. L�habitat est group�, par opposition � celui des Franches-Montagnes. Ces deux r�gions constituent des r�duits francophones au sein du Jura bernois, qui est, lui, dans l�ensemble, germanophone.</p><p>Un fort mouvement r�gionaliste s�est d�velopp� dans ces deux r�gions, qui refusent, selon le chef du Front de lib�ration jurassien, � d��tre une nation d�horlogers colonis�e par un pays de fromagers � dont l�aboutissement pourrait �tre, � court terme, la cr�ation d�un 23e canton dans la Conf�d�ration.</p><p>La vall�e de la Birse. Elle est le prolongement vers le sud de la plaine d�effondrement du Rhin sup�rieur. L�agriculture y trouve de bonnes conditions naturelles. Quelques ressources locales (minerai de fer de Del�mont) expliquent l�ampleur du travail industriel dans les bourgs et petites villes. Mais les localit�s de la basse vall�e constituent d�j� la grande banlieue de B�le.</p><p>Le Jura b�lois. Il va de la Birse jusqu�� Rheinfelden ; le plateau est d�coup� par cinq vall�es confluentes.</p><p>Le travail industriel domine : l�hydro-</p><p>�lectricit� a jou� un grand r�le dans la naissance de l�industrie moderne.</p><p>Liestal, chef-lieu du demi-canton B�le-Campagne, est une ville industrielle.</p><p>Olten, plus au sud, est un des grands carrefours ferroviaires de la Suisse.</p><p>Mais l�influence de B�le domine toute la r�gion.</p><p>Le Jura de Schaffhouse. Trois petites r�gions peuvent �tre distingu�es : � l�ouest, le Klettgau, ancienne vall�e du Rhin o� arboriculture et viticulture, d�terminent le paysage ; au centre, le Randen, table calcaire en partie bois�e (Schaffhouse, ville-pont, gr�ce � l�hydro-�lectricit�, a vu se d�velopper d�importantes activit�s industrielles, dont la m�tallurgie et les chutes du Rhin sont une attraction touristique) ; � l�est, le Hegau, surmont� d�une double rang�e de culots volcaniques, encore rural.</p><p>Le Jura tabulaire porte topographiquement et �conomiquement la marque du Mittelland. Il semble que ce soit le Jura du Nord qui d�termine l�avenir de l�ensemble de la cha�ne. C�est l� que l�accroissement de la population est le plus fort depuis quelques d�cennies.</p><p>Malgr� l�amorce d�une dissym�trie entre le nord et le sud, c�est-�-dire entre un Jura rh�nan et un Jura traditionnel,</p><p>l�ensemble de la montagne jurassienne suisse reste homog�ne par ses densit�s importantes.</p><p>Le Mittelland</p><p>Entre Jura et Alpes se glisse du S.-O.</p><p>au N.-E., du lac L�man au lac de Constance, la troisi�me r�gion suisse : le Mittelland. Sa surface occupe environ le tiers de la Suisse.</p><p>Les facteurs g�ographiques</p><p>L��cartement croissant, du sud au nord, entre Jura et Alpes, fait que la r�gion mesure 10 km � la latitude de Gen�ve, mais 70 entre Schleitheim et Ebnat.</p><p>Deux cours d�eau la drainent : au sud-ouest, le Rh�ne avec le lac L�man ; dans le reste du Mittelland, le Rhin. Ce n�est que sur une faible �tendue, au sud du lac de Constance, que le drainage est direct vers le Rhin. Plus � l�ouest, il se fait par l�interm�diaire de l�Aar. La ligne de partage des eaux, d�une importance capitale par ses cons�quences sur le plan humain, traverse le Mittelland, passant par le seuil du Valais et longeant le lac L�man au nord de Vevey.</p><p>Le lac L�man est situ� � 372 m d�altitude, celui de Constance � 396 m. Les altitudes les plus basses du Mittelland se situent ainsi aux alentours de 400 m.</p><p>Les cours d�eau, issus des Alpes, sont � leur d�bouch� dans le Mittelland � des altitudes tr�s variables : 558 m au lac de Thoune, 434 m au lac des Quatre-Cantons, 406 m au lac de Zurich, mais 670 m au d�bouch� de Saint-Gall.</p><p>Entre les vall�es s�alignent des cha�nons dont les altitudes d�passent 1 000 m : le Gibloux (1 206 m) dans le Mittelland de Fribourg, le Napf (1 408 m) dans celui de Berne et le H�rnli (1 136 m) dans le Mittelland de Zurich.</p><p>La base du Mittelland est constitu�e par la molasse oligoc�ne et mioc�ne.</p><p>Les faci�s sont vari�s ; gr�s et marnes pr�dominent. La tectonique est simple : � proximit� du Jura, les couches sont l�g�rement ondul�es ; par contre, dans la plus grande partie du Mittelland, elles sont horizontales. Localement, la molasse peut �tre affect�e de flexures</p><p>ou de failles. L�horizontalit� est r�alis�e surtout dans le pays de Vaud, qui est aussi appel� le plateau suisse. Dans la Suisse al�manique, l�encaissement des vall�es est plus net et le relief plus vari�.</p><p>De larges �tendues de molasse sont recouvertes d��l�ments quaternaires.</p><p>Les glaciations ont laiss� des traces importantes : en effet, � l��poque du maximum glaciaire, le Mittelland a �t� presque totalement recouvert par les glaces. Mais, pour les conditions de la vie agricole actuelle, c�est l��poque w�rmienne qui a �t� d�cisive. D�p�ts, formes glaciaires et p�riglaciaires d�-</p><p>terminent bien des paysages du Mittelland. Le glacier du Rh�ne, s��tendant vers le nord sous forme d��ventail jusqu�� la ligne Bienne-Zurich, a largement influenc� l�hydrographie du Mittelland m�ridional. Les glaciers de l�Aar, de la Reuss, de la Limmat, de la Thur et celui du Rhin ont �galement marqu� le relief dans la partie nord. Par contre, les zones �pargn�es par les gla-downloadModeText.vue.download 538 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10493</p><p>ciers, par exemple le Schwarzenburger Land entre les glaciers du Rh�ne et de l�Aar, ont subi pendant l��poque w�rmienne l��rosion fluviale. Parmi les formations r�centes, il faut signaler l��dification de deltas dans les lacs.</p><p>Les limites du Mittelland avec les r�gions encadrantes du Jura et des Alpes ne sont pas faciles � tracer : il y a souvent interp�n�tration, sur le plan des influences humaines, d�une r�gion � l�autre.</p><p>En partant du sud vers le nord, on peut distinguer les r�gions suivantes : le pays de Gen�ve ; le pays de Vaud ; le Mittelland fribourgeois ; le Mittelland bernois ; le pays de Lucerne ; l�Argovie ; le Mittelland zurichois ; la Thurgovie. L�histoire et le particularisme suisses permettraient de distinguer un plus grand nombre de petites unit�s, mais on se tiendra, ici, � l�essentiel.</p><p>Les aspects r�gionaux</p><p>y Le pays de Gen�ve. Son originalit� vient de la pr�sence du lac L�man*.</p><p>En plus, la r�gion est situ�e � 100-200 m plus bas que le Mittelland du Nord. La � cuvette � de Gen�ve est dans l�ombre pluviom�trique du Jura.</p><p>Au Quaternaire, pendant les �poques interglaciaires, le Rh�ne �tait bloqu� par du mat�riel morainique dans la r�gion de l��cluse. De ce fait, l�eau s�accumula jusqu�� une altitude de 425 m ; � l��poque w�rmienne, son niveau tomba � 405 m ; il est de 372 m aujourd�hui. Ces changements expliquent la topographie actuelle, et notamment la pr�sence de terrasses. La m�tropole protestante et internationale qu�est Gen�ve* a contribu� � marquer de son sceau le paysage. Capitale de l�horlogerie, Gen�ve commande � une partie de la Suisse. L�agriculture, favoris�e par le climat, est intensive.</p><p>y Le pays de Vaud*. Le canton de Vaud est � cheval sur les trois r�gions suisses. C�est une des plus importantes zones de passage. Les altitudes s��chelonnent entre 400 et 700 m, en moyenne. Le glacier du Rh�ne a laiss� des traces importantes. De tout le Mittelland, c�est la r�gion la plus rurale : les moraines de fond constituent de bons sols ; les labours dominent et la rotation la plus courante est l�association tr�fle-c�r�ales. L��levage par stabulation exprime l�intensit� de l�agriculture. L�habitat est group� en villages-rues ou en villages-tas.</p><p>Le protestantisme donne � cette r�-</p><p>gion un certain caract�re aust�re. Les villes sont de taille r�duite. Lausanne*, centre industriel, est aussi le centre culturel du pays de Vaud. Mais, alors que cette ville est encore marqu�e par les influences rhodaniennes, le nord du pays de Vaud est d�j� plus rh�nan.</p><p>y Le Mittelland fribourgeois. Il s�agit d�une r�gion frontali�re : la fronti�re linguistique passe par la ville de Fribourg. Dans le canton de Fribourg, 86 p. 100 des habitants sont catholiques, 63 p. 100 sont francophones et 34 p. 100 germanophones. Mais ni les diff�rences linguistiques ni les diff�rences religieuses ne se r�per-</p><p>cutent dans les paysages. L�agriculture ressemble encore � celle du pays de Vaud, quoique l�habitat dispers� prenne, ici, une importance consid�rable. La vigne n�est pas absente.</p><p>Tabac, betterave � sucre, ma�s sont fr�quents. � proximit� des Alpes, les villages s�orientent davantage vers l��levage. Les villes sont rares : aussi l�influence de Fribourg est-elle d�terminante.</p><p>y Le Mittelland bernois. Tout le canton de Berne* ne fait pas partie du Mittelland. Les altitudes d�passent parfois 2 000 m. Les glaciers du Rh�ne et de l�Aar ont exerc� une influence consid�rable : la vall�e de l�Aar a �t� consid�rablement �largie par son glacier entre Thoune et Berne.</p><p>Le Mittelland bernois est constitu� d�une s�rie de vall�es et plateaux. Le Schwarzenburger Land, non englac� � l��poque w�rmienne, a des sols pauvres, et l�habitat y est fr�quemment isol�. Vall�es de la G�rbe, de l�Aar, de l�Emme constituent des cellules agricoles particuli�res. Dans les vall�es, l�assolement triennal l�emportait, mais dans les fermes isol�es l�absence de contraintes a permis toutes les �volutions. La prosp�rit� agricole des fermes �tait, souvent, li�e au minorat, syst�me successoral qui attribuait l�h�ritage au fils le plus jeune. � proximit� des Alpes, la Grasackerwirtschaft (prairies) gagne en ampleur. Les fromageries de la vall�e de l�Emme �taient mondialement c�l�bres d�s 1800 (Emmental).</p><p>L�ensemble de la r�gion vit sous l�influence de la capitale f�d�rale, dont le rayonnement s��tend rapidement.</p><p>y Le pays de Lucerne. Le canton</p><p>de Lucerne s��tend essentiellement dans le Mittelland. Les cours d�eau issus des Alpes, les lacs d�coupent le pays en petites unit�s g�ographiques.</p><p>L�influence des Alpes est grande tant sur le plan hydrologique et climatique que sur le plan morphologique et p�-</p><p>dologique. Les villages sont localis�s sur la bordure montagneuse, alors que vers l�ouest les fermes isol�es sont nombreuses. C�est l��levage qui l�emporte, m�me si dans cette derni�re r�gion r�gne la Grasackerwirtschaft.</p><p>Quelques villes m�di�vales expriment l�anciennet� de l�urbanisation et des fonctions commerciales. L�industrie, li�e � la force hydraulique, est dispers�e ; toutefois, une certaine concentration se r�alise autour de Lucerne (�lectrotechnique, fibres synth�tiques, confection, industries alimentaires).</p><p>y L�Argovie. Elle correspond avant tout aux parties inf�rieures des vall�es de la Limmat, de la Reuss et de l�Aar.</p><p>� l�ouest, l�Aar argovienne coule dans une goutti�re le long du Jura. Par contre, toute une s�rie de cours d�eau issus des Alpes (Murg, Wigger, Suhr, Wina, Reuss, Limmat, etc.) donnent � cette r�gion une densit� hydrographique in�gal�e. En plus, ils font de la r�gion une des grandes zones de passage entre Foss� rh�nan et Alpes. Mais, malgr� cette densit�, le relief reste relativement simple. Il n�y a aucune ville importante, mais une multitude de bourgs et de petites villes tourn�es vers le commerce et l�industrie. Celle-ci est tr�s diversifi�e : textiles, produits alimentaires, m�tallurgie, bois. Baden, station thermale d�s l��poque romaine, est aussi le si�ge du puissant konzern Brown, Boveri et Cie (BBC), expression de la technologie avanc�e suisse.</p><p>y Le Mittelland zurichois. Pour les g�ographes suisses, cette r�gion englobe le sud du lac de Zurich ainsi que la zone de Schaffhouse. Le rapprochement des Alpes et du Jura tabulaire est l��l�ment physique fondamental. Le lac de Zurich est n� de fractures alpines qui ont leur prolongement dans le bassin molassique.</p><p>Sur le plan �conomique, la r�gion se caract�rise par une tr�s nette interp�n�tration de l�industrie et de l�agriculture : l�urbanisation des campagnes est quasi compl�te. Gr�ce � la pr�sence de Zurich*, la m�tropole �conomique de la Suisse, la r�gion poss�de un poids consid�rable � l�int�rieur de la Conf�d�ration.</p><p>y La Thurgovie. L�une des r�-</p><p>gions de la Suisse du Nord-Est, elle s�ouvre, gr�ce au voisinage du lac de Constance, sur les r�gions al�maniques de l�Allemagne m�ridionale.</p><p>La partie m�ridionale est un pays de</p><p>collines o� les moraines expliquent souvent les traits essentiels du paysage. La vall�e de la Thur, parall�le au lac de Constance, forme, avec les rives de ce dernier, l�axe essentiel du pays. L�agriculture porte d�j� des caract�res rh�nans : l�arboriculture est intensive et la vigne appara�t. Le paysage rural pr�domine, mais l�industrie, plus importante qu�il ne para�t, anime bourgs et petites villes. Plus de 58 p. 100 de la population active de Thurgovie sont employ�s dans le secteur secondaire.</p><p>Les Alpes*</p><p>Elles occupent 62 p. 100 de la superficie. Si la partie suisse ne renferme pas les �l�ments les plus �lev�s de la cha�ne, par contre elle abrite la majeure partie des glaciers : pr�s de 2 000 km 2, soit pr�s de la moiti� des glaciers alpins.</p><p>On peut distinguer deux grandes</p><p>zones alpines � l�int�rieur de la Suisse : les Pr�alpes calcaires, qui frangent le Mittelland � l�est ; plus � l�est, les hautes Alpes cristallines et charri�es.</p><p>Cependant, la g�ographie r�gio-</p><p>nale ne se calque pas toujours sur le milieu physique. Rhin, Rh�ne et Inn introduisent des facteurs de vari�t�. Le relief cloisonn� a favoris� le d�veloppement du particularisme suisse : l�histoire de la Conf�d�ration est largement li�e aux Alpes, et l�esprit montagnard a profond�ment marqu� la mentalit� suisse. Ce milieu rude n�est pourtant pas d�laiss� : l�agriculture y est tr�s moderne malgr� quelques archa�smes qui se maintiennent gr�ce aux conditions topographiques et climatiques, l�industrie a �t� renouvel�e par l�hydro-�lectricit� et le tourisme est une des principales branches �conomiques de la Suisse.</p><p>Le Valais*</p><p>Il correspond, essentiellement, � la zone de drainage du Rh�ne, s��tirant sur 120 km, du Saint-Gothard vers l�ouest. Sur le plan morphologique, le Valais appartient en quasi-totalit� aux massifs centraux (Alpes Pennines). Le Rh�ne, entre Lo�che-la-Ville (Leuk) et Martigny, coule dans une goutti�re</p><p>au contact du massif cristallin et de sa couverture secondaire. Les glaciers actuels occupent 18 p. 100 de la surface du canton du Valais. Ce dernier est original sur le plan climatique. La vall�e du Rh�ne, encadr�e de montagnes culminant � 3 000-4 000 m, est un �lot de s�cheresse ; du fait des vents ascendants, l�ensoleillement, est important, d�passant 2 120 heures par an � Sion. La faiblesse des pr�cipitations (570 mm � Riddes) rend l�irrigation n�-</p><p>cessaire : l�eau est apport�e gr�ce � un downloadModeText.vue.download 539 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10494</p><p>syst�me de canaux (les bisses). La vall�e du Rh�ne est un milieu privil�gi�.</p><p>Canton montagnard, le Valais</p><p>compte 50 p. 100 de surfaces non productives : les alpages s��tendant sur 26 p. 100 et la for�t sur 17 p. 100</p><p>du territoire, il ne reste donc qu�environ 7 p. 100 pour la surface agricole utile. Toutefois, le centre du Valais pr�sente un aspect presque horticole : l�arboriculture y est pratiqu�e intensivement (pommes, abricots, p�ches) ; s�y ajoutent des cultures l�gumi�res (tomates, asperges). Les coop�ratives agricoles prennent une grande part � cette activit�. Mais c�est surtout la vigne qui marque une partie du Valais : importante � partir de Lo�che-la-Ville, vers l�aval, elle s��tend sur plus de 3 000 ha et monte jusqu�� 920 m d�altitude (Venth�ne). La r�colte repr�sente le tiers du total suisse (9 p. 100 de vins blancs).</p><p>Le fond de la vall�e a �t� am�nag� afin de r�duire les effets des crues et gagner des terres nouvelles.</p><p>Les vall�es lat�rales ont gard� leur originalit� : c�est le cas du val d�Anni-viers. Une exploitation agricole peut avoir des terres situ�es entre 520 et 2 800 m d�altitude. Les migrations de travail sont ainsi tr�s complexes.</p><p>L�industrie ne se marque gu�re dans les paysages. Pourtant, l�hydro-�lectricit� a boulevers� l��conomie. Il en va de m�me du tourisme, qui constitue</p><p>pour certaines communes l�essentiel des revenus (Zermatt, Sion, Martigny, etc.). La haute vall�e du Rh�ne est travers�e par la fronti�re linguistique : le bois des Finges, � fronti�re plus inqui�tante que le torrent de la Ras-pille �, pr�tend un prospectus valaisan, marque la limite des deux aires linguistiques. Le tunnel du Simplon ouvre le Valais sur l�Italie.</p><p>Le Tessin*</p><p>C�est le seul canton suisse situ� sur le versant sud des Alpes. Il forme un triangle dont la base, longue de 50 km, s�adosse au massif du Saint-Gothard.</p><p>Sa pointe m�ridionale s�enfonce sur 90 km et approche la plaine du P�. La partie nord du Tessin appartient au domaine des roches cristallines. � l�approche des grands lacs italiens, la couverture secondaire constitue l�essentiel des roches. La masse montagneuse forme une protection remarquable contre les influences climatiques du nord. Aussi le Tessin est-il une zone privil�gi�e. Les hivers sont relativement doux, les �t�s, chauds ; d�j� s�annoncent les aspects m�diterran�ens (�levage du mouton, vigne). Mais les hautes vall�es se d�peuplent. L�industrie est moins d�velopp�e que dans les autres cantons suisses. L�hydro-�lectricit� n�a touch� que les hautes vall�es.</p><p>Chaque vall�e constitue un milieu particulier. Les plus peupl�es sont celles qui d�bouchent sur les lacs. L�, l�agriculture est intensive (dans la vall�e de la Maggia : pr�s et labours, 68 p. 100</p><p>de la surface ; vignes, 2 p. 100 ; for�t, 8 p. 100 ; p�turages, 4 p. 100).</p><p>Le tourisme devient la premi�re des activit�s �conomiques. Son essor explique l�accroissement d�mographique des petites villes : Locarno, Ascona, Ronco, Bellinzona (chef-lieu du canton du Tessin). La population du canton s��levait � 118 000 habitants en 1850 ; elle est de 240 000 habitants en 1971.</p><p>Les Grisons*</p><p>La complexit� physique est, ici, plus grande que dans le Valais et le Tessin.</p><p>Les deux tiers de la surface sont drain�s vers le Rhin ; le reste, essentiellement vers le Danube par l�interm�-</p><p>diaire de l�Inn. L�Engadine est s�par�e du reste des Grisons par une ligne de partage des eaux d�importance europ�enne. Sur le plan morphologique, les Grisons appartiennent aux massifs centraux alpins. Malgr� leur morcellement, ils souffrent d�un certain isolement : c�est le cas en particulier des vall�es m�ridionales (Mesocco, Brega-glia, Poschiavino et M�nster). Dans le</p><p>� canton des 150 vall�es �, les grandes vall�es, encadr�es par des massifs de plus de 2 000 m d�altitude, pr�sentent des fonds plats. Les cols sont situ�s � plus de 2 000 m (Spl�gen, 2 113 m ; Fl�ela, 2 383 m ; Strela, 2 350 m ; Ofen, 2 149 m ; Saint-Gothard, 2 108 m).</p><p>Sur une superficie de 710 890 ha, les terres de labours n�occupent que 3 465 ha ; la for�t, 147 064 ha ; les pr�s, 46 551 ha ; la vigne, 212 ha. Les terrains improductifs (montagnes, glaciers, lacs, cours d�eau) couvrent plus de 400 000 ha. Ces chiffres expriment bien le caract�re montagnard des Grisons. L�agriculture est de type alpin : les alpages constituent souvent � les meilleures terres �. Seulement 1 p. 100</p><p>des terres est situ� � moins de 600 m d�altitude ; 10 p. 100, � moins de 1 200 m, mais 68 p. 100 au-dessus de 1 800 m. Aussi la plupart des fermes associent-elles l�exploitation des terres de vall�es et les alpages. On compte 822 alpages dans le canton.</p><p>Sur le plan de l�habitat, l�originalit� des Grisons vient des �lots d�habitations de Valaisans (Avers, Vals, Davos, Arosa). Les Valaisans se sont �tablis � partir du XIIIe s., surtout dans les hautes vall�es, au niveau des alpages. Habitant dans des fermes isol�es, ils ignorent les assolements et les alpages communaux.</p><p>L�hydro-�lectricit� et le tourisme ont boulevers� l��conomie du pays.</p><p>Le canton poss�de des stations touristiques, qui comptent parmi les plus importantes de Suisse : Saint-Moritz (7 500 lits), Arosa (3 900 lits), Val-bella (4 035 lits), Flims (4 400 lits), Dorf (4 900 lits) ; l�ensemble de Davos (Landschaft Davos) totalise 18 300 lits.</p><p>Les Alpes bernoises</p><p>Il s�agit de la haute montagne d�limit�e par le Rh�ne � l�est et le Mittelland � l�ouest : c�est le domaine des grands sommets qui ont fait la r�putation de la Suisse (Jungfrau, M�nch, Eiger, Wild-horn, les Diablerets).</p><p>Les vall�es principales (Simme,</p><p>Kander, Hasli) sont d�termin�es par la tectonique. � l�est, le massif de l�Aar est constitu� de roches cristallines.</p><p>Vers l�ouest, la couverture s�dimentaire autochtone forme les r�gions au contact du Mittelland molassique.</p><p>Les Alpes bernoises sont fragmen-t�es en petites unit�s : vall�e de la Simme, Frutigland, vall�es de la L�ts-chine (ou vall�es de Lauterbrunnen et Grindelwald), vall�e de la Hasli, r�gions lacustres de Brienz et Thoune.</p><p>Les paysages agraires dominent.</p><p>L��levage, gr�ce � l�exploitation des pr�s et alpages, d�termine les revenus paysans. C�est dans la vall�e de la Hasli que l�hydro�lectricit� est le plus r�pandue. Mais le tourisme ouvre le pays sur l�ext�rieur : les stations touristiques les plus importantes sont Grindelwald, M�rren, Wengen, Beatenberg.</p><p>Les Alpes du nord de la Suisse</p><p>Une �tude d�taill�e permettrait de distinguer les Alpes de Glaris et les Alpes de Thurgovie. Le fait physique dominant est la pr�pond�rance du domaine pr�alpin pliss� calcaire. L�ouverture des vall�es se fait, nettement, sur le monde germanique.</p><p>Les syst�mes de cultures sont intensifs et varient avec l�altitude : au fur et � mesure que celle-ci diminue, les labours augmentent. Les densit�s sont fortes : dans le canton de Saint-Gall, elles atteignent 170 habitants au kilom�tre carr� ; certaines zones montagneuses d�passent 100 habitants au kilom�tre carr� (Werdenberg). C�est que l�industrie a p�n�tr� profond�ment la montagne, d�s le XIXe s., permettant de distinguer nettement les Alpes du Nord des autres r�gions alpines suisses. Le travail du textile anime les vall�es des Alpes de Glaris ; 67,8 p. 100 des habitants de ce canton travaillent dans l�industrie. Si les villes ne sont pas de</p><p>taille consid�rable, elles sont pr�sentes dans toutes les vall�es.</p><p>Le monde alpin suisse est original � un triple �gard : il n�est gu�re soumis � un exode humain important (cas fr�quent dans d�autres r�gions du massif) ; l�industrie, surtout dans le Nord, retient hommes et femmes ; le tourisme, en gagnant les r�gions les plus �lev�es, donne une vie nouvelle aux hautes vall�es.</p><p>LA POPULATION</p><p>ET L��CONOMIE</p><p>La population</p><p>Elle est pass�e de 2,4 millions en 1850</p><p>� 6,3 millions en 1972. L�accroissement naturel le plus important se situe entre 1896 et 1914, l�exc�dent naturel d�passant alors chaque ann�e 30 000 personnes. L�augmentation de la population continue aujourd�hui gr�ce � l�exc�dent des naissances. Par contre, le bilan migratoire est n�gatif pour la p�riode 1946-1970, les d�parts d�passant les arriv�es de 700 � 4 000</p><p>par an.</p><p>Lorsqu�on analyse la distribution de la population en fonction de l�altitude, on constate qu�entre 1888 et l��poque actuelle aucune tranche d�altitude n�a vu sa population d�cro�tre, bien que les</p><p>� pays-bas � aient connu une augmentation plus nette. Les r�gions entre 400</p><p>et 700 m � donc une grande partie du Mittelland � ont doubl� de population pendant cette p�riode (1,85 million en 1888 ; 3,725 millions actuellement).</p><p>L�immigration a diminu� du fait</p><p>d�une campagne x�nophobe d�clen-</p><p>ch�e dans certains milieux ruraux et religieux. Une l�gislation sp�ciale a �t� mise en place. Les �migrants non saisonniers se sont stabilis�s autour de 440 000 travailleurs. Les frontaliers sont pr�s de 80 000. La main-d�oeuvre �trang�re totale se montait, en 1974, � 550 000 unit�s.</p><p>L�agriculture</p><p>Elle refl�te les trois grands milieux naturels. C�est le Mittelland qui est la r�gion agricole la plus importante. C�-</p><p>r�ales, cultures fourrag�res, betterave �</p><p>sucre, tabac, plantes ol�agineuses sont downloadModeText.vue.download 540 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10495</p><p>downloadModeText.vue.download 541 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10496</p><p>cultiv�s selon des rotations intensives.</p><p>L��levage par stabulation n�est jamais absent et peut m�me fournir l�essentiel des revenus. Ce sont les cantons de Berne, de Lucerne et de Zurich qui comptent le plus grand nombre de bovins. Par contre, Jura et Alpes sont davantage tourn�s vers l��levage (pr�s et alpages).</p><p>La taille des exploitations � temps complet varie : elle se situe en moyenne aux alentours de 30 ha, et les grandes exploitations (plus de 100 ha) sont rares.</p><p>Le protectionnisme f�d�ral a contribu� � maintenir une population rurale importante pour des raisons �conomiques et pour des raisons strat�giques (syst�me de service militaire).</p><p>Le rendement moyen est de 35,6 q � l�hectare pour le bl�, 41,8 q pour le seigle, 33,2 q pour l�orge, 351,6 q pour les pommes de terre, ce qui place l�agriculture suisse parmi les plus intensives d�Europe, voire du monde. La moyenne de la production laiti�re est de 4 000 kg par vache et par an.</p><p>La coop�ration est tr�s r�pandue : elle concerne aussi bien la production, la commercialisation que le cr�-</p><p>dit. Sur une production totale de pr�s de 1 Mt par an de fromages, emmen-thal, gruy�re et sbinz totalisent pr�s de 80 p. 100. La production de beurre oscille aux alentours de 500 000 t La vigne occupe au total 12 000 ha : une partie de sa production est export�e.</p><p>La population active agricole pouvait �tre �valu�e en 1974 � 8 p. 100 de la population active totale.</p><p>L�industrie</p><p>Mis � part les calcaires et quelques autres roches d�importance secondaire, la Suisse ne dispose d�aucune mati�re premi�re en quantit� notable. Et pourtant, l�industrie emploie plus de la moiti� de la main-d�oeuvre.</p><p>L��nergie</p><p>L��nergie hydro-�lectrique est la seule �nergie d�origine nationale. Elle est le fait des r�gions alpines. Sur 410 usines fonctionnant en 1971, le Valais en tota-lisait 62 ; les Grisons, 61 ; le canton de Berne, 55 ; le Tessin, 25. Sur 9,6 GW</p><p>de puissance install�e, le Valais en poss�dait 2,69 ; les Grisons, 2,29 ; le Tessin, 1,34 ; le canton de Berne, 0,78. Les usines de haute chute dominent dans les Alpes : Grande-Dixence (Valais, productibilit� de 1,6 TWh), Maggia (Tessin, 1,3 TWh). Sur le Rhin, les usines au fil de l�eau de Ryburg-Schw�rstadt et de Birsfelden produisent respectivement 0,7 et 0,5 TWh.</p><p>Il existe de plus petites installations sur l�Aar et le Rh�ne.</p><p>Mais l�hydro-�lectricit� n�en-</p><p>trait plus que pour 15 p. 100 dans le bilan �nerg�tique national en 1971 : 78 p. 100 de l��nergie sont fournis par les hydrocarbures, 5 p. 100 par le charbon, le reste par le gaz et le bois.</p><p>La Suisse poss�de deux raffineries de p�trole, l�une � Aigle-Collombey (vall�e du Rh�ne), l�autre � Cressier (Neuch�tel), chacune ayant une capacit� de traitement de l�ordre de 3 Mt.</p><p>La premi�re est ravitaill�e par un ol�oduc venant de G�nes, l�autre par celui qui vient de Lav�ra. � pr�sent, la Suisse utilise du gaz naturel n�erlandais transitant par la France. De plus, la Suisse est travers�e depuis 1973</p><p>par un grand gazoduc qui relie la Hollande � l�Italie : la capacit� de celui-ci est de 6 milliards de m�tres cubes par an, sur laquelle la Suisse peut pr�lever 500 millions de m�tres cubes.</p><p>L�industrie de transformation</p><p>Elle plonge ses racines au Moyen �ge.</p><p>On fabriquait, du XIIIe au XVe s., des soieries � Zurich, des draperies � Fri-</p><p>bourg. L�industrie cotonni�re occupait 200 000 personnes d�s la fin du XVIIIe s.</p><p>Les foires de Gen�ve et Zurzach (Argovie) au XVe s. avaient une audience internationale.</p><p>Aux XVIe, XVIIe et XVIIIe s., l�apport de r�fugi�s, protestants surtout, enrichit la Suisse � tous points de vue. Souvent le travail � domicile pr�parait le travail en usine au XIXe s.</p><p>L�industrie est une cr�ation humaine continue. Les initiatives individuelles expliquent la naissance des grandes firmes d�importance mondiale : Nestl�, Ciba-Geigy, Hoffmann-La Roche,</p><p>Brown, Bovery et Cie (BBC), Sandoz, Oerlikon, Bally, Suchard (Interfood).</p><p>Nestl� compte plus de 110 000 salari�s en Suisse et � l��tranger ; BBC, 96 000 ; Ciba-Geigy, 70 000.</p><p>L�industrie se caract�rise par sa technologie avanc�e et par la haute valeur de ses produits ; elle repose sur des mati�res premi�res en quantit� faible.</p><p>La fabrication de machines, l��lectrotechnique, l�horlogerie, la m�canique de pr�cision, l�industrie pharmaceutique, les industries alimentaires sont des sp�cialit�s suisses, dont une grande partie de la production est destin�e � l�exportation.</p><p>On compte environ 1 700 entreprises horlog�res employant pr�s de 89 000</p><p>personnes dont 13 p. 100 d��trangers.</p><p>L�horlogerie participe pour 11 p. 100</p><p>aux exportations totales de la Suisse.</p><p>Une certaine concentration est en cours ; la Soci�t� g�n�rale de l�horlogerie suisse S. A. (Neuch�tel) groupait 20 380 salari�s en 1971, et la Soci�t� suisse pour l�industrie horlog�re S. A.</p><p>(Gen�ve), 7 340.</p><p>Cependant, si les entreprises sont financi�rement concentr�es, cela n�est gu�re le cas sur le plan g�ographique.</p><p>Les grandes r�gions industrielles sont les agglom�rations de Zurich, de Berne et de B�le, la r�gion de Gen�ve, le Jura et les Alpes du Nord. Ces deux derni�res r�gions sont des zones d�industries diffuses.</p><p>Le march� suisse �tant trop �troit, la plupart des grandes firmes sont deve-</p><p>nues des entreprises multinationales.</p><p>La banque et</p><p>la Bourse suisses</p><p>On a pu dire que la Suisse est un pays de fromagers, de chocolatiers et d�horlogers. On pourrait ajouter : de banquiers. La structure cantonale a donn� naissance � de nombreuses banques locales et r�gionales. Certaines se sont hiss�es au niveau international : Schweizerische Bankgesellschaft</p><p>(Union de banques suisses) [Zurich, premier rang], Schweizerischer Ban-kverein (Soci�t� de banque suisse)</p><p>[B�le, deuxi�me rang], Schweizerische Kreditanstalt (Cr�dit suisse) [Zurich, troisi�me rang], Zurich est la grande place bancaire. La banque protestante fran�aise (Lausanne-Gen�ve) est r�pu-t�e, mais elle a �t� largement d�pass�e au cours des vingt derni�res ann�es par la banque des cantons germanophones.</p><p>Il existe toute une gamme d��tablissements bancaires : grandes banques, banques cantonales, banques r�gionales, caisses d��pargne, cr�dit mutuel.</p><p>Collectant l��pargne suisse et aussi �trang�re, la banque suisse est largement responsable de l�essor industriel, touristique et commercial. Sans elle, il n�y aurait pas eu de � miracle suisse permanent �. Il faut y ajouter les Bourses, qui, en n�gociant des effets �trangers, en collectant l��pargne �trang�re, contribuent �galement � l�essor �conomique : la Bourse de Zurich domine largement, mais celles de B�le, de Gen�ve et de Berne ne sont pas d�importance n�gligeable.</p><p>Le tourisme,</p><p>une activit� nationale</p><p>Gr�ce � la diversit� des paysages et � l�ampleur du domaine alpin, la Suisse est un grand pays de tourisme.</p><p>Pour le nombre de lits, les Grisons, avec plus de 40 000 lits, viennent en t�te suivis du Valais (28 000), du Tessin (27 000), de l�Oberland bernois (27 000), de Vaud (15 000), de Zurich (12 000), de Lucerne (11 000), de Saint-Gall (11 000), de Gen�ve (11 000).</p><p>Les touristes �trangers constituent pr�s des deux tiers de la client�le pour</p><p>le nombre de touristes, et les trois cinqui�mes pour les nuit�es. Les �trangers sont plus nombreux pendant la saison d��t� (65 p. 100 des nuit�es) qu�en hiver (55 p. 100 des nuit�es). La fr�-</p><p>quentation, en �t�, est le double de downloadModeText.vue.download 542 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10497</p><p>celle d�hiver. Les recettes du tourisme se montent � 15 p. 100 de la valeur totale des exportations.</p><p>La Suisse et le Rhin</p><p>Pays continental, la Suisse poss�de une flotte de haute mer d�environ 350 000 t. Toutefois, ce sont les chemins de fer et le Rhin qui jouent le r�le essentiel dans le commerce ext�-</p><p>rieur suisse. En 1904, le premier train de p�niches remorqu�es arriva � B�le, apportant 300 t de charbon de la Ruhr : c��tait l� le couronnement d�une vaste campagne visant � faire du Rhin une art�re fluviale permettant la grande navigation moderne. Aujourd�hui, le trafic de B�le oscille autour de 9 Mt. Le port rh�nan assure la redistribution des marchandises import�es dans toute la Suisse du Nord. Gr�ce au grand canal d�Alsace, la navigation est possible toute l�ann�e. L�industrialisation de la Suisse du Nord (la chimie b�loise par exemple) est en relation avec la navigation rh�nane. La Suisse poss�de environ 450 bateaux fluviaux d�un tonnage global de 450 000 t, circulant entre B�le et Rotterdam.</p><p>Le commerce ext�rieur</p><p>Malgr� des exportations industrielles nombreuses, le bilan du commerce ext�rieur est n�gatif. Les productions de la construction �lectrique et m�canique, de la chimie industrielle constituent plus des deux tiers des exportations, bien loin devant les traditionnelles ventes de produits laitiers et de tabac. L�Allemagne est nettement le principal partenaire commercial (surtout aux importations), devan�ant d�autres pays limitrophes (France et Italie). La place du commerce ext�-</p><p>rieur est bien marqu�e par le fait que les exportations suisses repr�sentent au moins en valeur le quart du produit national brut. Toutefois, les revenus des capitaux suisses � l��tranger et le tourisme permettent � la Suisse d��quilibrer sa balance des comptes.</p><p>Les villes suisses</p><p>Il peut para�tre anormal de s�parer l��tude urbaine de l��tude r�gionale.</p><p>Cette s�paration se justifie cependant, car les villes, tout en impr�gnant leur environnement de leurs caract�res propres, expriment aujourd�hui plus que jamais l�originalit� de la Suisse.</p><p>Aussi doit-on consid�rer les villes sous un quintuple aspect : elles concentrent de plus en plus la population suisse (sans oublier la main-d�oeuvre �trang�re) ; elles sont les foyers de la prosp�rit� nationale, l�industrie suisse �tant une industrie des villes ; le syst�me bancaire, qui permet les relations internationales, est un ph�nom�ne urbain ; les villes suisses ont �volu� dans un cadre cantonal, ce qui a favoris� le maintien de leur originalit� politique, �conomique et culturelle ; cependant, les n�cessit�s de la vie moderne engendrent une unification, une certaine centralisation au niveau des d�cisions �conomiques, voire politiques, et la centralisation f�d�rale gagne du terrain. Les grands industriels et les grands financiers regardent aujourd�hui plus volontiers vers Berne que vers leur canton d�origine.</p><p>Les facteurs d�urbanisation</p><p>y �volution de la population urbaine et industrialisation. Le r�le croissant jou� par la Suisse � partir de la fin du XIXe s. est li� au d�veloppement de l�armature urbaine. Ne disposant d�aucune mati�re premi�re importante, la Suisse ne pr�sente pas de r�gions industrielles du type anglais ou allemand. L�industrie, d�un niveau technologique �lev�, a �t� un facteur d�urbanisation, comme en t�moigne l�horlogerie. Activit� rurale d�appoint pour les paysans ayant des loisirs forc�s en hiver, la fabrication des horloges et des montres a d�abord �t� le fait des campagnes. Puis, surtout</p><p>dans la seconde moiti� du XIXe s., elle s�est concentr�e dans des ateliers sp�cialis�s qui se d�velopp�rent dans les bourgs et les petites villes. Le Locle, La Chaux-de-Fonds sont des villes n�es de l�industrie horlog�re, des villes industrielles sans fum�es.</p><p>Bien que 50 p. 100 des actifs travaillent dans l�industrie (et l�artisanat), les zones industrielles, mis � part quelques exceptions, marquent moins les villes suisses que les villes industrielles allemandes ou anglaises. La plupart des villes horlog�res sont des villes de montagne : La Chaux-de-Fonds est situ�e � 997 m et est une des downloadModeText.vue.download 543 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10498</p><p>plus hautes cit�s d�Europe, Le Locle est � 925 m et Saint-Imier � 826 m.</p><p>Les Alpes sont plus pauvres en villes.</p><p>Le ferment industriel y a �t� moins actif. Fonction de passage, r�le administratif et tourisme l�emportent sur le travail industriel. Coire, Gruy�res, Glaris, Sargans, par exemple, doivent leur importance � leur situation sur les grandes voies europ�ennes. Il en va de m�me des villes du Tessin, o� la fonction touristique, de cr�ation plus r�cente, s�est greff�e sur les activit�s traditionnelles. L�arriv�e du chemin de fer, au XIXe s., a accentu� l�importance de maint bourg alpin. Cependant, ce sont les villes du Mittelland qui en ont le plus profit�.</p><p>Au milieu du XIXe s., les quatre grandes villes actuelles (Zurich, Berne, B�le, Gen�ve) n��taient encore que des cit�s de moyenne importance. Leur influence s�exer�ait, avant tout, � l�int�-</p><p>rieur du canton. Le chemin de fer leur a permis de d�border tr�s largement le cadre administratif traditionnel. C�est � partir de 1880 que l�industrialisation et l�urbanisation de la Suisse ont fait de rapides progr�s ; cette �poque marque aussi l�internationalisation du pays avec la naissance du tourisme et des sports d�hiver, ainsi qu�avec l�essor de la banque internationale.</p><p>y R�le des grandes perc�es alpines.</p><p>La perc�e des tunnels alpins fit de la Suisse la zone de passage obligatoire pour les relations ferroviaires entre le nord et le sud de l�Europe de l�Ouest.</p><p>Le premier tunnel creus� fut celui du Hauenstein, en 1852 (longueur 2 495 m) qui, termin� en 1857, �tait alors le plus long d�Europe. Le tunnel du Saint-Gothard fut commenc� en 1872 et achev� en 1882. C�est le type du tunnel de base, par opposition aux premiers ouvrages, qui se situaient plus haut. En effet, il s�ouvre � 1 109 m � G�schenen et � 1 142 m � Airolo, et sa pente est faible (longueur 14,9 km).</p><p>Le tunnel du L�tschberg, sur la voie du Simplon, fut creus� entre 1906 et 1911. Les issues se trouvent respectivement � 1 243 et � 1 218 m (longueur 14,6 km). Le Simplon relie la vall�e du haut Rh�ne et l�Italie (longueur 19,7 km). En r�alit�, il s�agit de deux tunnels � une voie chacune, s�par�s par un intervalle de 17 m ; au centre, un croisement permet de passer de l�un � l�autre tunnel. Si le Saint-Gothard a �t� financ� par l�Allemagne et l�Italie, la ligne (et les tunnels) du Berne-L�tschberg-Simplon l�ont �t�, principalement, par la France. Le financement des grandes perc�es alpines est une autre illustration de l�� internationalisation � de la Suisse � la fin du XIXe et au d�but du XXe s.</p><p>Au total, les voies ferr�es comptent pr�s de 230 tunnels. Gr�ce � ces gigantesques travaux d�infrastructure, la travers�e des Alpes est relativement ais�e. Au lieu d��tre des r�gions d��migration, les cantons montagnards ont m�me vu leur population augmenter.</p><p>Il y a un lien direct entre l�essor ferroviaire, le percement des grands tunnels et l�urbanisation. Gr�ce aux grandes perc�es alpines, la Suisse n�est pas contourn�e, mais litt�ralement irrigu�e � partir de tous les pays de l�Europe de l�Ouest.</p><p>L�urbanisation r�cente</p><p>En tenant compte de la d�finition suisse (ville = commune de plus de 10 000 hab.), on constate que la population urbaine a doubl� entre 1910 et 1968 :</p><p>La population urbaine a ainsi doubl� en l�espace d�un demi-si�cle, l�accroissement �tant plus rapide pour la p�riode 1950-1968 que pour celle de 1910-1950. Ces rythmes diff�renci�s sont l�expression de l��volution g�n�-</p><p>rale de l��conomie suisse. Cette derni�re a connu, � partir de 1950, une expansion inconnue jusqu�alors.</p><p>Le ralentissement de l�augmenta-</p><p>tion de la population (comme � B�le et � Berne), voire son recul (Zurich et Gen�ve), ne doit pas faire conclure au d�clin du fait urbain. Bien au contraire, car celui-ci conna�t d�autres aspects : l�industrialisation gagne les centres urbains de moyenne et de faible importance ; le centre des grandes villes se d�peuple au profit des communes p�riph�riques ; l�urbanisation des campagnes est tr�s avanc�e dans les cantons du Mittelland. Le ph�nom�ne urbain, dans les environs des grandes villes, fait tache d�huile et fait �clater les cadres politiques h�rit�s du pass�.</p><p>Les cas de Zurich et de B�le sont tr�s expressifs : l�urbanisation gagne les cantons voisins, avec toutes les cons�-</p><p>quences �conomiques et financi�res qui en d�coulent pour les villes qui sont les initiatrices de cette �volution.</p><p>F. R.</p><p>F Alpes / Berne / Gen�ve / Grisons / Jura /</p><p>Lausanne / L�man (lac) / Tessin / Valais / Vaud /</p><p>Zurich.</p><p>P. Gabert et P. Guichonnet, les Alpes et les �tats alpins (P. U. F., coll. � Magellan �, 1966). /</p><p>H. Staedeli, Die Stadtgebiete der Schweiz (Zurich, 1969). / G. Colin, la Suisse (C. D. U., 1970).</p><p>/ J. Barbier et coll., G�ographie de la Suisse (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1973). / R. Nord-mann et P. Keller, la Suisse, notre aventure. De la p�nurie � la prosp�rit� (Payot, Lausanne, 1973). / R. Lebeau, la Suisse (Masson, 1975).</p><p>LES INSTITUTIONS</p><p>La Constitution f�d�rale adopt�e en 1848 et r�vis�e le 29 mai 1874 est la charte fondamentale de la Conf�d�ration suisse. La � conf�d�ration � (qui constitue en fait une � f�d�ration �) est un �tat f�d�ral de vingt-deux cantons souverains (dont trois sont divis�s en</p><p>demi-cantons) qui exercent tous les droits � l�exception de ceux qui sont attribu�s � la Conf�d�ration. Le principe de la cr�ation d�un nouveau canton dans le Jura, approuv� par r�f�rendum le 23 juin 1974, devrait porter ce chiffre � vingt-trois. Chaque canton a sa propre constitution, son Parlement et son gouvernement.</p><p>Le syst�me institutionnel suisse pr�-</p><p>sente l�originalit� d�allier un syst�me de d�mocratie* directe � un syst�me de d�mocratie semi-directe. Des vestiges de d�mocratie directe subsistent dans trois cantons seulement (Glaris, Unterwald et Appenzell), gr�ce aux assembl�es g�n�rales du peuple qui se r�unissent une fois par an et dont le but essentiel est de voter les lois, le budget et les r�visions constitutionnelles, pr�par�s par un Conseil cantonal �lu.</p><p>En revanche, trois institutions, plus importantes, caract�risent le r�gime d�mocratique semi-direct ; ce sont le r�f�rendum* (facultatif ou obligatoire), le droit d�initiative et le droit de r�vocation populaire, ou � recall �.</p><p>La d�mocratie</p><p>semi-directe</p><p>Le r�f�rendum</p><p>Il est obligatoire, sur le plan f�d�ral et cantonal, pour toute modification constitutionnelle. Il est facultatif sur le plan f�d�ral en mati�re l�gislative : il n�a lieu en effet que sur une p�tition de 30 000 �lecteurs ou sur la demande de huit gouvernements cantonaux. Il peut �tre parfois obligatoire en mati�re l�gislative sur le plan cantonal.</p><p>Le droit d�initiative</p><p>L�initiative populaire existe dans les cantons en mati�re l�gislative et constitutionnelle, alors que sur le plan f�d�-</p><p>ral elle existe uniquement en mati�re constitutionnelle : il faut une p�tition de 50 000 �lecteurs demandant une r�vision totale ou partielle de la constitution. C�est pourquoi des mati�res l�gislatives furent progressivement introduites dans la Constitution.</p><p>Le droit de r�vocation populaire</p><p>Analogue au � recall � am�ricain, ce droit n�existe qu�au niveau cantonal.</p><p>Les Parlements et les gouvernements cantonaux peuvent �tre dissous sur votation � la demande des citoyens (il faut un nombre minimal de citoyens selon les cantons). Mais ce droit est tr�s rarement exerc�.</p><p>Les organes</p><p>politiques f�d�raux</p><p>Le pouvoir l�gislatif</p><p>Il est exerc� par l�Assembl�e f�d�rale (Bundesversammlung), qui comprend deux conseils : le Conseil national (Na-tionalrat), repr�sentant le peuple, et le Conseil des �tats (St�nderat), repr�-</p><p>sentant les cantons en tant qu��tats.</p><p>Le Conseil national se compose de d�put�s du peuple suisse, �lus � raison d�un d�put� par 22 000 �mes de population totale. (Les fractions en sus downloadModeText.vue.download 544 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10499</p><p>de 11 000 �mes sont compt�es pour 22 000.) Chaque canton (ou demi-canton) a, au moins, droit � un d�put�.</p><p>Tout Suisse �g� de vingt ans a le droit de voter. Le Conseil national est �lu pour quatre ans � la repr�sentation proportionnelle. Le Conseil des �tats comprend quarante-quatre d�put�s. Chaque canton en d�l�gue deux et, dans les cantons partag�s, chaque demi-canton en �lit un. Les deux conseils tiennent leur session quatre fois par an. Leurs pouvoirs sont �gaux ; ils prennent leurs d�cisions s�par�ment. Toutefois, ils si�gent en assembl�e commune pour assurer notamment la validit� des lois et arr�t�s, pour �lire le Conseil f�d�-</p><p>ral, le Tribunal f�d�ral ainsi que le pr�sident de la Conf�d�ration. C�est l�Assembl�e f�d�rale qui dispose de la force militaire, qui exerce le droit de gr�ce et qui est charg�e de la haute surveillance sur l�administration et la justice f�d�rale. Elle cumule ainsi des fonctions l�gislatives, administratives et judiciaires.</p><p>Le pouvoir ex�cutif</p><p>L�autorit� � directoriale et ex�cutive sup�rieure � est exerc�e par le Conseil f�d�ral (Bundesrat), compos� d�un coll�ge de sept membres �lus par les deux chambres r�unies pour quatre ans (donc pour une dur�e �gale � celle de l�Assembl�e). Aucun canton ne peut avoir plus d�un membre au Conseil f�d�ral. L�Assembl�e f�d�rale �lit pour un an le pr�sident de la Conf�d�ration parmi les membres du Conseil f�d�ral.</p><p>Le Conseil f�d�ral veille � l�ex�cution des lois, et en �labore �galement. Chacun de ses membres est charg� d�un d�partement minist�riel avec des pouvoirs identiques.</p><p>Pouvoir l�gislatif et pouvoir ex�cutif ont des moyens d�action l�un sur l�autre. Le Parlement agit par la nomination des membres du gouvernement et de son pr�sident, par les interpel-lations, les postulats et les motions.</p><p>Le gouvernement doit lui pr�senter chaque ann�e un rapport de gestion.</p><p>En revanche, le gouvernement a l�initiative des lois concurremment avec les d�put�s et donne son avis sur les propositions de lois des assembl�es.</p><p>Mais il ne peut en aucun cas dissoudre les chambres et il n�a aucun pouvoir sur les sessions. Les rapports existant entre le pouvoir l�gislatif et le pouvoir ex�cutif constituent la grande originalit� du syst�me suisse et contribuent � assurer une stabilit� de l�ex�cutif.</p><p>Les cantons</p><p>Les cantons constituent des �tats ind�-</p><p>pendants et souverains, poss�dant leur Parlement (Conseil cantonal ou Grand Conseil) et leur gouvernement (Conseil d��tat). Ils ont en outre leur tribunal et leur administration des finances publiques. Le canton constitue l�arrondissement �lectoral pour l��lection de la Chambre du peuple : le Conseil national. Chaque canton �lit aussi deux repr�sentants au Conseil des �tats ; chaque demi-canton en �lit un. Selon les cantons, on applique le syst�me �lectoral majoritaire ou proportionnel, mais c�est ce dernier qui est le plus largement appliqu�. Depuis f�vrier 1971, les femmes ont le droit de vote et sont �ligibles au niveau f�d�ral, cantonal et communal, sauf dans un nombre restreint de cantons et de communes.</p><p>D. N.</p><p>W. E. Rappard, The Government of Switzer-land (New York, 1936). / A. Siegfried, la Suisse d�mocratie-t�moin (la Baconni�re, Neuch�tel, 1948 ; 4e �d., 1969). / M. Duverger, Droit constitutionnel et institutions politiques (P. U. F., 1955). / C. J. Gignoux, la Suisse (L. G. D. J., 1960).</p><p>/ J. Steiner (sous la dir. de), Das politische System der Schweiz (Munich, 1971). / R. Ruffieux et coll., la D�mocratie r�f�rendaire en Suisse au XXe si�cle, t. I : Analyse de cas (�d. universitaires, Fribourg, 1972).</p><p>LE SYST�ME MILITAIRE</p><p>Le syst�me militaire helv�tique, adapt� aux r�alit�s du pays, reste fid�le � des traditions remontant au pacte de d�-</p><p>fense mutuelle de 1291, et au convenant de Sempach (1393), qui pr�cise les obligations militaires de chaque canton.</p><p>D�s l�origine, les forces arm�es helv�tiques sont constitu�es de tous les hommes valides de 16 � 60 ans, mobilis�s dans chaque canton sous les ordres d�un � capitaine g�n�ral � et conservant � leur domicile leur armement et leur �quipement. Ces milices cantonales permettront � la Conf�d�ration de se constituer progressivement en entit� politique au travers de luttes arm�es men�es essentiellement contre les Habsbourg. Cependant, d�s la fin du XVe s., la Suisse surpeupl�e fournit des contingents sold�s � toutes les cours d�Europe, et principalement � la France. Les accords conclus avec Charles VII (1453), Louis XI (1474) et Fran�ois Ier (1516) marquent le d�but de la longue tradition du recrutement d�unit�s helv�tiques � au service de France �. La Compagnie des cent-suisses, constitu�e par Louis XI, appartient � la Maison du Roi jusqu�� la R�-</p><p>volution, de m�me que le r�giment des gardes suisses, dont 1 200 hommes, le 10 ao�t 1792 aux Tuileries, paieront de leur vie leur fid�lit� � leur serment.</p><p>Des r�giments d�infanterie suisses et grisons participent aux op�rations des arm�es fran�aises de 1477 � 1830, date de la dissolution des quatre derniers d�entre eux.</p><p>En 1859, le Parlement f�d�ral inter-</p><p>dit le service � l��tranger. Quelques an-n�es plus t�t, il avait confirm�, par une loi du 8 mai 1850, les principes qui r�-</p><p>gissent encore l�arm�e f�d�rale, fond�e sur un service actif court, dit � �cole des recrues �, mais aussi sur d�importantes obligations dans les r�serves. Ce syst�me permet � la Suisse de mobiliser 200 000 hommes (6 divisions), en 1914. Gr�ce � un effort encore accru, la mobilisation de 1940 portera l�arm�e suisse � 13 divisions, 800 000 hommes.</p><p>La valeur de cette arm�e, la d�termination de son chef, le g�n�ral Henri Guisan (1874-1960), et la r�solution de la population p�seront tr�s lourd dans la d�cision de Hitler de renoncer � violer la neutralit� helv�tique.</p><p>En 1961, une r�organisation de l�ar-m�e met l�accent sur la mobilit� des unit�s, sur la puissance et la modernisation des armements et ram�ne de 60 � 50 ans (sauf pour les officiers) la limite d��ge des obligations militaires. En 1970, tandis qu�un mouvement d�opinion r�clamait l�adoption d�un service civil pour les objecteurs de conscience, les r�glements de l�arm�e suisse (notamment celui de discipline) �taient r�vis�s dans un sens plus lib�ral pour s�adapter � l��volution de la soci�t� contemporaine.</p><p>La politique de d�fense</p><p>La neutralit� de la Suisse, reconnue par le trait� de Westphalie (1648) et r�affirm�e par celui de Versailles en 1919, est � la base de la politique de d�fense de la Conf�d�ration. L�exp�rience des deux guerres mondiales a fait ressortir que cette d�fense ne pouvait se limiter aux probl�mes militaires et devait s��tendre au domaine �conomique et � la d�fense des populations civiles.</p><p>y La d�fense militaire est � la charge de l�arm�e, dont la mission, strictement d�fensive, est de dissuader tout agresseur �ventuel, de lui infliger le maximum de pertes s�il franchit la fronti�re et de maintenir la souverainet� de la Conf�d�ration au minimum dans un � r�duit national �. La manoeuvre des unit�s s�appuie sur un r�seau dense de destructions et d�installations enterr�es (P. C., transmis-sions, d�p�ts multiservices...) pr�vues</p><p>d�s le temps de paix. L�organisation originale de cette arm�e en fait le prototype de l�arm�e de milice. Il n�y a pas d�arm�e permanente, des unit�s n��tant mises sur pied, hors le cas de mobilisation, que trois semaines par an pour des p�riodes d�instruction.</p><p>Seul existe un noyau de personnel de carri�re qui constitue l��tat-major du temps de paix, pr�pare l�organisation des p�riodes d�instruction et permet de disposer en tout temps de quelques formations de d�fense a�rienne.</p><p>Tous les hommes valides effectuent � 20 ans un service actif de quatre mois dans des �coles de recrues. Ils sont ensuite astreints de 20 � 32 ans � huit p�riodes d�instruction de trois semaines (cours de r�p�tition) dans leur unit� de mobilisation, de 33 � 42 ans � trois nouvelles p�riodes dans le cadre de la Landwehr, et de 43 � 50 ans � deux semaines de service dans le cadre de la Landsturm. Tout � citoyen soldat � doit chaque ann�e participer � une s�ance de tir et pr�senter l��quipement et l�armement individuel dont il est responsable. Les sous-officiers doivent, avant leur nomination, suivre pendant un mois les cours d�une</p><p>�cole, puis participer pendant quatre mois � l�encadrement d�une �cole de recrues. De m�me, les officiers, � chaque franchissement de grade, sont astreints � deux p�riodes d�instruction de quatre mois dans une �cole d�officiers, puis dans une �cole de recrues.</p><p>Ils doivent, en outre, en tout temps, s�occuper de l�administration et de la pr�paration des p�riodes d�instruction de leur unit� de mobilisation.</p><p>y La d�fense �conomique appara�t essentielle dans un pays neutre qui, par sa situation g�ographique, risque, en cas de conflit, d��tre coup� de ses approvisionnements. Des stocks de produits alimentaires et de mati�res premi�res (dont le niveau peut atteindre six mois de consommation) sont constitu�s aux diff�rents �chelons : entreprises, communes, cantons, conf�d�ration.</p><p>y Enfin, les probl�mes de la protection civile ont vu cro�tre leur importance avec l�av�nement de l��re nu-cl�aire. Une loi de 1960 a pr�vu la constitution d�un � Office f�d�ral de la protection civile � charg� d��tudier</p><p>et de faire appliquer la r�glementation n�cessaire. Le personnel est fourni essentiellement par les hommes de 50</p><p>� 60 ans lib�r�s des obligations militaires. Une nouvelle loi du 20 mars 1972 tend � centraliser l�organisation ant�rieure dans le cadre d�une</p><p>� Planification g�n�rale de la protec-downloadModeText.vue.download 545 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10500</p><p>tion civile �. L�effort doit porter sur la r�alisation d�abris individuels et collectifs (de fa�on � porter de 42 � 100 p. 100 en 1990 la proportion de la population disposant d�abris) ainsi que sur le recrutement et l�instruction du personnel n�cessaire au service des abris (120 000 hommes en 1990), qui doit �tre fourni par des � volontaires �</p><p>d�gag�s des obligations militaires.</p><p>y Le budget de d�fense repr�sente environ le quart du budget f�d�ral. �tant donn� l�importance croissante des armements, toutes les questions techniques, financi�res et commerciales pos�es par leur acquisition � l��tranger ou leur fabrication rel�vent depuis 1968 d�un chef de l�armement (R�s-tungchef). La part relative du budget de d�fense par rapport au P. N. B. est cependant en diminution, passant de 2,2 p. 100 en 1969 � 1,8 p. 100 en 1976. Pour 1977, ce budget s��levait � 3 041 millions de francs suisses, dont environ 8 p. 100 au titre de la d�fense civile.</p><p>Les forces arm�es</p><p>helv�tiques</p><p>� partir d�un noyau de 6 500 militaires de carri�re et de 36 000 recrues, les forces arm�es helv�tiques peuvent, en 1975, mettre 625 000 hommes</p><p>sur pied en quarante-huit heures. Les 536 000 hommes de l�arm�e de terre seraient r�partis entre 3 corps d�arm�e de manoeuvre (comprenant chacun</p><p>1 division d�infanterie, 1 division frontali�re et 1 division blind�e), 1 corps d�arm�e de montagne (3 divisions) et 23 brigades frontali�res, de forteresse ou de r�duit. Ces unit�s sont dot�es de chars � Centurion � britanniques,</p><p>� AMX � fran�ais et, depuis 1971, d�un char dit � Panzer 1961-1968 �, de fabrication helv�tique.</p><p>L�aviation, qui n�a acquis son autonomie qu�en 1936, dispose d�environ 345 appareils de combat (dont 150</p><p>� Venom FB 50 �, 55 � Mirage III �</p><p>et 140 � Hunter F 58 �), servis par 46 000 hommes � la mobilisation.</p><p>Parmi les unit�s, seule une � escadre de surveillance � est op�rationnelle en temps de paix. Pour pr�server sa neutralit�, la Suisse s�est toujours efforc�e de diversifier les origines de ses appareils militaires ou de les construire elle-m�me, �ventuellement sous licence. 2 bataillons de 32 missiles � Bloodhound � participent � la d�fense antia�rienne.</p><p>B. de B.</p><p>LES LITT�RATURES</p><p>DE LA SUISSE</p><p>Litt�rature</p><p>d�expression allemande</p><p>Le premier apport culturel notable d�un territoire faisant partie aujourd�hui de la Suisse al�manique devance de plusieurs si�cles le pacte politique constitutif de 1291. Du IXe au XIe s., le couvent de Saint-Gall* apporte une contribution d�cisive � l��dification d�une nouvelle civilisation europ�enne. C�est l� que nous trouvons une des premi�res �pop�es occidentales modernes (le chant latin de Walthari), la premi�re prose scientifique allemande n�e de traductions du latin, ces chefs-d�oeuvre po�tiques (latins) que sont les s�quences de Notker (v. 840-912) et, sans parler des chroniques du r�gne de Charlemagne, cet embryon d�un th��tre sacr� que repr�sentent les tropes de Tuotilo. Plus tard, c�est dans un couvent argovien (Muri) qu�on retrouvera le premier myst�re pascal allemand, et � Saint-Gall le premier myst�re de No�l (fin du XIIIe s.). L��re du Minnesang est riche en po�tes al�maniques. Le chevalier zurichois R�diger Manesse (� 1304) semble</p><p>�tre � l�origine de la c�l�bre anthologie dite � de Heidelberg �. En Suisse, la tendance au r�alisme se manifeste d�embl�e chez les plus marquants des</p><p>po�tes. C�est � Steinmar (XIIIe s.) qu�on doit la premi�re et combien �paisse chanson � manger et � boire des lettres allemandes. Le cycle (der Ring) de Heinrich Wittenweiler (d�but du XVe s.) prononce, dans un contexte satirique et paysan, � rabelaisien � avant la lettre, un jugement s�v�re sur les moeurs de l��poque et sur les guerres d�vastatrices. Mais l�histoire suisse s�ouvre par une suite de combats lib�rateurs.</p><p>Le sentiment de leur valeur guerri�re suscite d�s le XIIIe s. chez les Conf�-</p><p>d�r�s une suite de chants historiques, plus t�t venus et plus nombreux que dans les autres provinces de langue allemande.</p><p>Le XVe s., gr�ce � la r�union des conciles de Constance et de B�le aux confins de la Conf�d�ration, inspire les premiers humanistes d�origine helv�tique, notamment Nicolas de Wil (Niklas von Wyle [v. 1410 - v. 1478]), traducteur de P�trarque, de Boccace et d�Enea Silvio Piccolomini. Ce dernier, devenu le pape Pie II, parraine l�universit� de B�le. La ville rh�nane, o� s�installent des imprimeurs de premier plan (Johannes Amerbach [v. 1445-1514], Johannes Froben [v. 1460-</p><p>1527], devient un des hauts lieux de l�humanisme au nord des Alpes. Elle attire peintres, savants, �crivains, parmi lesquels deux noms brillent en lettres d�or : Holbein et Erasme. Les succ�s politiques s�expriment dans l�oeuvre color�e des chroniqueurs qui inspireront, � la fin du XVIIIe s., l�oeuvre monumentale de l�historien Johannes von M�ller (1752-1809). Au XVIe s., l�humanisme helv�tique � rude,</p><p>p�destre, itin�rant et g�n�reux � est repr�sent� notamment par Thomas</p><p>Platter (1499-1582), chevrier valaisan devenu directeur d��cole et imprimeur de Calvin � B�le (ses souvenirs sont un joyau de la litt�rature autobiographique), et surtout par Paracelse, l�une des figures les plus �tonnantes de l�histoire de la m�decine occidentale.</p><p>Contrastant avec cet h�r�tique g�nial, le sage et doux Conrad Gesner (1516-1565) construit une oeuvre encyclop�-</p><p>dique (botanique, zoologie, bibliographie, �tude comparative des langues europ�ennes).</p><p>La R�forme est repr�sent�e par</p><p>Zwingli*, Vadianus (v. 1483-1551) et OEcolampade (1482-1531). Peu</p><p>d�hommes ont exerc� sur les destins de la Suisse une influence comparable � celle de Zwingli, le r�formateur de Zurich, d�un quart de si�cle plus �g� que Calvin. Cette influence est sensible dans l�histoire des lettres helv�-</p><p>tiques, o� les pr�occupations d�ordre religieux, moral et civique apparaissent dominantes. Le th��tre pol�mique r�form� est illustr� au XVIe s. par le peintre, soldat et homme d��tat Niklaus Manuel Deutsch (1484-1530), un des nombreux repr�sentants suisses d�une double vocation litt�raire et picturale.</p><p>La crudit� de ses images verbales devance celle de ses successeurs et compatriotes bernois Gotthelf et D�rrenmatt*. La Suisse catholique r�pond aux pamphlets r�form�s par la bouche de Hans Salat (1498-1561), chroniqueur et auteur dramatique lucernois.</p><p>Au XVIIIe s., le m�decin, botaniste, physiologiste et homme d��tat Albrecht von Haller (1708-1777) ouvre avec ses Alpes (1729) et ses grands po�mes philosophiques, un nouveau chapitre de la po�sie helv�tique et inaugure l��re classique de la po�sie allemande. Les Alpes (Die Alpen), traduites en fran�ais, contribu�rent, avec les Idylles (1756 et 1772) de Salomon Gessner (1730-1788), po�te et graveur, et les �crits de Rousseau, � mettre � la mode une Helv�tie bucolique dont le hameau de Marie-Antoinette semblait une image fid�le. Les voyages en Suisse se firent nombreux ; l�un des centres d�attraction fut Zurich, o� l�on venait saluer le pr�dicateur Johann Kaspar Lavater (1741-1801), dont les Fragments physiognomoniques</p><p>(1775-1778) allaient inspirer plus d�un romancier du XIXe s. Le combat men� contre Gottsched par les Zurichois Johann Jakob Bodmer (1698-1783), et Johann Jakob Breitinger (1701-1776) repr�sente un chapitre important dans l�histoire des lettres allemandes. La traduction de Milton, la d�couverte des Nibelungen et du Minnesang par Bodmer devaient avoir des suites heureuses. C�est � Bodmer (commentateur de Dante) qu�on doit aussi l�initiative de la traduction allemande de Shakespeare. Helvetia mediatrix. La voie est ouverte qui m�ne aux grandes heures</p><p>de Coppet. Mais les pages les plus fra�ches que nous a l�gu�es le XVIIIe s.</p><p>al�manique ont �t� r�dig�es dans la solitude rustique par un petit paysan besogneux du Toggenburg : Ulrich Br�ker (1735-1798), auteur d�une savoureuse autobiographie et de commentaires originaux de Shakespeare.</p><p>Le passage du XVIIIe au XIXe s. est domin� par le p�dagogue Johann</p><p>Heinrich Pestalozzi (1746-1827). Son L�onard et Gertrude (1781-1787)</p><p>ouvre l�histoire du roman d��dification populaire, qu�illustre d�une mani�re g�niale, au XIXe s., son puissant disciple Jeremias Gotthelf (1797-1854), la plus forte personnalit� cr�atrice qu�aient connue les lettres suisses. Malheureusement, l�auteur du Miroir des paysans (Bauernspiegel, 1837), d�Uli le valet (Uli der Knecht, 1841), de l�Argent et l�esprit (Geld und Geist, 1843) n�a pas trouv� encore de traducteur fran�ais � sa mesure. Peut-�tre l�impr�gnation dialectale de son oeuvre rend-elle celle-ci intraduisible.</p><p>Une g�n�ration plus tard, deux Zurichois : Gottfried Keller* et Conrad Ferdinand Meyer (1825-1898), comptent parmi les ma�tres de la po�sie, de la nouvelle et du roman allemands dans la seconde moiti� du XIXe s. Henri le Vert de Keller est un des sommets du Entwicklungs- und Bildungsroman</p><p>germanique. Il illustre aussi ce mouvement de d�part � l��tranger et de retour qui inspira tant d�oeuvres helv�tiques.</p><p>Les r�cits historiques de Meyer et son culte de la Renaissance italienne sont contemporains des �crits de l�historien b�lois Jacob Burckhardt (1818-1897), l�auteur de la Civilisation de la Renaissance en Italie (Kultur der Renaissance in Italien, 1860), ce ma�tre livre dans la descendance duquel se place le Quattrocento (1901) du Genevois Philippe Monnier (1864-1911).</p><p>downloadModeText.vue.download 546 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10501</p><p>� partir de Burckhardt se d�veloppe l�oeuvre de Heinrich W�lfflin (1864-1945), historien du baroque, et c�est dans Burckhardt que le psychologue</p><p>Carl Gustav Jung* a trouv� la notion de Urbild (image m�re), premi�re version de l�arch�type, qui occupe une place centrale dans la psychologie du disciple dissident de Freud. Quant aux types d�intraverti et d�extraverti, Jung les a reconnus dans le grand po�me d�un ancien �l�ve de Burckhardt, le Prom�th�e et �pim�th�e (1880-81) de Carl Spitteler (1845-1924) [prix Nobel de litt�rature. 1919]. B�le est aussi la ville de Johann Jakob Bachofen (1815-1887), le th�oricien du matriarcat primitif, et de Karl Barth*, dont la th�ologie dialectique renouvela la pens�e protestante au XXe s.</p><p>� la g�n�ration de Spitteler, et comme lui en r�action contre une litt�rature r�gionaliste accommodant les restes de Gotthelf et de Keller, succ�dent les �crivains non conformistes Robert Walser (1878-1956), si pris� par Kafka, Albert Steffen (1884-1963), successeur de Rudolf Steiner (1861-1925) � la t�te de l�anthroposophie, Jakob Schaffner (1875-1944), qui succombera � la tentation nazie, en attendant les oeuvres tourment�es d�un Albin Zollinger (1895-1941) ou d�un Otto Wirz (1877-1946), d�un Adrien Turel (1890-1957). La voix de la terre, la constante �pique retentit encore au XXe s. dans l�oeuvre de Meinrad Inglin (1893-1971) ; il est, avec l�historien et essayiste b�lois Carl Jacob Burckhardt (1891-1974), un des �crivains de la plus haute tenue que connaisse la Suisse contemporaine.</p><p>Deux noms avant tout se sont af-</p><p>firm�s au lendemain de la Seconde Guerre mondiale : ceux de Max</p><p>Frisch* et de Friedrich D�rrenmatt*, dont l�oeuvre corrosive et vigoureuse a conquis les sc�nes du monde entier. �</p><p>leur suite, une g�n�ration en r�action contre les voix traditionnelles lance ses essais divers. Citons notamment Adolf Muschg, Kurt Marti, Walter Matthias Diggelmann, Peter Bichsel, Otto Walter, J�rg Steiner. � signaler le nombre d��crivains allemands venus chercher en Suisse, aux ann�es sombres du XXe s., la libert� cr�atrice.</p><p>Parmi eux, deux grands � naturalis�s �</p><p>suisses : Hermann Hesse* et Max Picard (1888-1965).</p><p>Litt�rature</p><p>de langue fran�aise C�est � partir de la R�forme que s�affirme dans certains des terroirs qui constituent aujourd�hui la Suisse romande une vie intellectuelle et spirituelle d�un caract�re original. Au Moyen �ge, ces contr�es participaient � la vie de la catholicit� de langue fran-</p><p>�aise, mais d�une mani�re plus r�ceptive qu�active. Un seul nom important � signaler, au XVe s., celui du po�te courtois Otton de Grandson. Au XVIe s., la Belle au bois romande est �veill�e brusquement par les R�formateurs venus de France, assist�s de quelques autochtones, dont le Vaudois Pierre Viret (1511-1571), qu�on a appel� � le sourire de la R�forme �. Neuch�tel, Lausanne et surtout Gen�ve re�oivent leur vocation. Pendant des si�cles, c�est � eux qu�il incombera de faire entendre la voix du protestantisme francophone, alors que les autres provinces litt�-</p><p>raires fran�aises hors de France resteront fid�les � la foi catholique. Une litt�rature d��dification, de r�flexion religieuse, p�dagogique et politique va na�tre sous l�impulsion d�immigrants qui ont abandonn� leur terre natale pour rester fid�les � leur id�al de v�rit�.</p><p>Qui s��tonnera de voir dans leurs productions la part du jeu et la d�lectation esth�tique sacrifi�es au souci moral ?</p><p>L�Institution de la religion chr�tienne de Calvin* fait date dans l�histoire de la prose philosophique fran�aise ; l�Abraham sacrifiant de Th�odore de B�ze* est un jalon dans l��volution de la trag�die. On sait la place tenue dans la chr�tient� r�form�e par le recueil de Psaumes de De B�ze. Longtemps, les voix de l�Esprit dominent les voix de la Terre. Les chroniqueurs locaux au parler imag� (Fran�ois de Bonivard, Pierre de Pierrefleur) n�auront pas de successeurs d�envergure.</p><p>S�il se manifeste sous la plume de certains r�fugi�s fran�ais une sorte de po�sie de style baroque r�form�, il faut attendre l�apparition de J.-J. Rousseau*</p><p>pour que la Suisse fran�aise (qui n�est pas encore unie politiquement) apporte � la France un message po�tique d�une originalit� irr�ductible. Inutile de rappeler l�importance, la port�e des livres de Rousseau, mais on notera que ces ouvrages, qui appartiennent au patri-</p><p>moine europ�en, loin de renier leurs origines locales, sont nourris d�une s�ve genevoise et abondent en r�f�-</p><p>rences helv�tiques (explicites ou implicites). La Nouvelle H�lo�se a pour cadre une gentilhommi�re vaudoise.</p><p>Elle a r�v�l�, notamment, la beaut� et l�effet tonique des Alpes valaisannes, prolongeant en cela l�oeuvre du Bernois Albrecht von Haller et pr�c�-</p><p>dant les r�cits d�excursions alpestres d�un Horace B�n�dict de Saussure (1740-1799), d�un Rodolphe Toepffer (1799-1846) et d�un Eug�ne Rambert (1830-1886). Rousseau p�dagogue</p><p>aura, ind�pendants ou d�pendants de lui, des successeurs helv�tiques de notori�t� europ�enne : le P. Gr�goire Girard (1765-1850), Mme Necker de Saussure (1766-1841), �douard Clapa-r�de (1873-1940), fondateur de l�Institut des sciences de l��ducation, dirig� apr�s lui par Jean Piaget*. L�auteur des Confessions, le r�veur solitaire, avide d�un contact direct avec le divin manifest� dans la nature, se rattache par certains aspects au pi�tiste B�at de Murait (v. 1665-1749), auteur des Lettres sur les Anglais et les Fran�ais et sur les voyages (1725), et m�ne � Henri Fr�d�-</p><p>ric Amiel (1821-1881), h�ros et martyr du Journal intime. Leur descendance au XXe s. est singuli�rement riche.</p><p>Le th�oricien du Contrat social est suivi de nombreux publicistes dont les doctrines (du demi-Suisse Jean-Paul Marat* au th�oricien de la Restauration, le Bernois Karl Ludwig von Haller [1768-1854]) recouvrent de l�ex-tr�me gauche � l�extr�me droite tout l��ventail politique. Mentionnons ici le brain-trust genevois de Mirabeau (Dumont, Clavi�re, du Roveray, Reybaz) et surtout l��cole lib�rale de Coppet, rassembl�e autour de Mme de Sta�l*</p><p>et de Benjamin Constant. On a appel� les rencontres de Coppet les �tats g�n�-</p><p>raux de l�esprit europ�en. Ici s��labore toute une psychologie compar�e des peuples et des litt�ratures ; on confronte l�Homme du Midi et l�Homme du Nord (titre d�un ouvrage publi� en 1824 de Charles Victor de Bonstetten [1745-1832], inspir� par Corinne et par De l�Allemagne) ; Sismondi r�dige ses cours sur les litt�ratures du midi de l�Europe et son histoire des r�publiques italiennes ; Mme Necker de Saussure</p><p>traduit le Cours de litt�rature dramatique de W. Schlegel, et Benjamin Constant le Wallenstein de Schiller.</p><p>Ce genre d��tudes comparatives, on l�a vu � propos de la Suisse allemande, r�pond � une vocation helv�tique, plus encore peut-�tre que le g�nie d�introspection dont fait preuve, avant Amiel, l�auteur d�Adolphe et du Cahier rouge.</p><p>Avec Rodolphe Toepffer, � p�re des bandes dessin�es � et d�licat auteur de la Biblioth�que de mon oncle (1832), l��crivain romand le plus marquant de la premi�re moiti� du XIXe s. est le th�ologien et critique litt�raire Alexandre Vinet* (1797-1847).</p><p>Jusqu�au seuil du XXe s., la marque protestante est dominante, avec l�esprit d�analyse et d�abstraction. Vers 1900, les choses changent. On constate chez l��crivain un besoin d�enracinement, d�incarnation, de concret, de couleur.</p><p>Et le catholicisme s�affirme litt�rairement, alors que jusqu�ici la contribution de Fribourg, du Valais et du Jura bernois avait �t� des plus modestes.</p><p>Le Fribourgeois Gonzague de Rey-</p><p>nold (1880-1970) fait � cet �gard figure de chef de file. Le Vaudois protestant Charles Ferdinand Ramuz*, le plus grand �crivain romand du XXe s., construit un monde plein et dense � partir de la vision, de la sensation, de l��l�-</p><p>mentaire. L�insaisissable po�te Charles Albert Cingria (1883-1954) quitte r�solument les sentiers battus. Blaise Cen-drars* rompt les amarres pour mener sa vie de bourlingueur � l��chelle de la plan�te. Ainsi, d�une part, philosophie � partir d�un enracinement terrien (voir l�oeuvre d�Edmond Gilliard</p><p>[1875-1969]), de l�autre ob�issance � l�appel du large, besoin de � d�paysements � (voir l�Europe romantique de Guy de Pourtal�s). Mais toujours participation de l�int�rieur au concert des lettres (et des revues) fran�aises, que l��crivain habite la Suisse ou Paris.</p><p>La r�flexion protestante, d�mocratique et f�d�raliste se poursuit dans l�oeuvre de Robert de Traz (1884-1951) et de Denis de Rougemont, cependant que le roman d�analyse a pour repr�sentants Jacques Chenevi�re (1886-1976) [les Captives], Georges Borgeaud, Bernard Barbey (1900-1970), l��diteur Edmond Buchet, Emmanuel Buenzod, Jacques Mercanton. Le myst�re �ma-</p><p>nant des �tres et des choses s�exprime de mani�re diverse dans les oeuvres de Monique Saint-H�lier (1895-1955), de Catherine Colomb (1899-1965).</p><p>Quel renouvellement, apr�s le XIXe s.</p><p>de Victor Cherbuliez (1829-1899) et d��douard Rod (1857-1910) ! Renouvellement simultan� de la critique avec l��me romantique et le r�ve (1937) d�Albert B�guin (1901-1957), De Baudelaire au surr�alisme (1933) de Marcel Raymond (n� en 1897) et les essais de leurs contemporains et successeurs, parmi lesquels Jean Rousset et Jean Starobinski. La po�sie, dont la pauvret� en Suisse romande contrastait � la fin du XIXe s. avec la richesse po�tique belge, s�est manifest�e au XXe s. par la voix de Pierre-Louis Matthey (1893-1970), d�Edmond Henri Crisinel, de Gustave Roud, de Philippe Jaccottet, de Gilbert Trolliet, d�Edmond Jean-neret, de Georges Haldas. Une vision renouvel�e du terroir inspire, apr�s la g�n�ration de Maurice Zermatten et de Charles Fran�ois Landry, l�oeuvre valaisanne de Maurice Chappaz et vaudoise de Jacques Chessex. Le � nou-downloadModeText.vue.download 547 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10502</p><p>veau roman � parisien a b�n�fici� de l�apport de Robert Pinget. Parmi les auteurs d�aujourd�hui, on remarque encore Georges Pirou�, Jean-Pierre Monnier, Yves Velan. Edmond Fleg (1874-1963) et Albert Cohen (n� en 1895) occupent une place importante dans la renaissance de la litt�rature juive au XXe s.</p><p>Litt�rature</p><p>en langue italienne</p><p>Le Tessin et les vall�es italiennes grisonnes n�ont pas produit de litt�-</p><p>rature aussi importante et originale que la Suisse allemande ou romande : leurs habitants ne repr�sentent que les 7 p. 100 de la population suisse, et le Tessin fut pays sujet jusqu�� la fin du XVIIIe s. Les lettres italiennes en Suisse d�pendent �troitement de la civilisation m�re et font partie du domaine lombard, dont Manzoni demeure la voix privil�gi�e. C�est dans le domaine des</p><p>arts plastiques, surtout de l�architecture et de la sculpture, que les fils des communes italiennes de Suisse ont donn� leur pleine mesure. On rencontre des t�moignages de leur labeur dans toute l�Europe. Ainsi, � Rome, l�oeuvre des</p><p>� trois grands � : Domenico Fontana, Carlo Maderno, Francesco Borromini.</p><p>Comme eux, les �crivains tessinois du pass� ont trouv� dans la p�ninsule italienne le lieu de leur �panouissement.</p><p>Premier nom notable, celui de l�humaniste Francesco Cicereo, commentateur du th��tre antique et correspondant de l��diteur b�lois Oporinus. Au XVIIIe s., Giampietro Riva (1696-1785),</p><p>� le sublime cygne helv�tique �, traduit Racine et Moli�re. P�dagogue au grand coeur, pionnier de l��cole pour tous en Italie, auteur de nouvelles traduites dans les principales langues europ�ennes, le pr�tre Francesco Soave (1743-1806) adapte � son tour po�tes allemands, anglais, grecs et latins. Au XIXe s., la politique, au Tessin, prend le pas sur les pr�occupations esth�tiques.</p><p>On citera pourtant les Confessions d�un visionnaire (1892) d�Alfredo Pioda (1848-1909) et les �pres r�cits de Giuseppe Cavagnari, qui �voquent le labeur �crasant des habitants d�une terre de beaut�. Un nom domine les autres, celui d�un �rudit solitaire, le pasteur Giovanni Scartazzini (1837-1901), qui construisit autour de l�oeuvre de Dante un monument de critique historique et th�ologique unique en son temps. Au seuil du XXe s. appara�t le po�te tessinois qui op�re la perc�e d�cisive : Francesco Chiesa (1871-1973), � qui cent ans de vie seront accord�s pour r�aliser son oeuvre toute de mesure et de haute culture. Ayant �voqu�, dans les 220 sonnets de Calliope (1907), les grandes �tapes de la civilisation occidentale, le po�te se penche sur son pass� et sur la terre de son jardin pour en tirer ses livres les plus attachants (Racconti puerili [1921], Tempo di marzo [1925], Racconti del mio orto</p><p>[1929]). Il se consacre aussi � la d�-</p><p>fense du patrimoine artistique et de l�italianit� du Tessin, sans cesse menac�e. � sa suite, Hugo Donati (1891-1967), Piero Bianconi (n� en 1899, auteur de l�Arbre g�n�alogique), Pio Ortelli (1910-1966) ont c�l�br� l�oeuvre des grands artistes tessinois. Giuseppe Zoppi (1896-1952) a exprim� l��mer-</p><p>veillement d�une enfance entour�e par la beaut� des monts, et Valerio Abbon-dio (1891-1958) le fr�missement d�une �me infiniment sensible � l�appel de la nature. Parmi les voix plus modernes, on nommera le po�te Giorgio Orelli, le prosateur Adolfo Jenni et Reto Roedel, auteur de l��tonnant tableau du devenir humain : l��pinoche et les mythes de l�homme ; Piero Scanziani, que pr�occupe aussi l�Aventure de l�homme sur les Cinq Continents et qui convie son lecteur au Jugement d�Adam ; Felice Filippini enfin, �crivain, peintre et graveur, auteur de Seigneur des pauvres morts.</p><p>Litt�rature rh�to-romane</p><p>En 1938, le peuple suisse reconnut officiellement le romanche comme quatri�me langue nationale. Geste significatif � l�heure o� les r�gimes totalitaires mena�ant le pays n�avaient gu�re le souci des infimes minorit�s ; 1 p. 100 � peine de la population helv�-</p><p>tique parle cette langue, ou plut�t ces langues, car on distingue plusieurs variantes de ladin dans la vall�e de l�Inn et de romanche dans la vall�e du Rhin de ce canton des Grisons, qui, germa-nophobe dans sa majorit� et dot� par surcro�t de vall�es italiennes, imprime ses manuels scolaires en sept idiomes diff�rents. Pour �tre cantonn� dans de hautes vall�es et parl� par une population paysanne alpine, le romanche (qu�on a compar� � l��tat de la langue romane au temps du serment de Strasbourg) n�en est pas moins d�fendu et illustr� par une production litt�raire impressionnante, dont la moins belle n�est pas la traduction par Alfons Tuor (1871-1904) du Code civil helv�tique.</p><p>Ses lettres de noblesse datent de la R�forme. C�est alors que Gian Travers (1483-1563), Jachiam Bifrun et Durich Chiampel cr��rent une po�sie �pique vigoureuse, traduisirent psaumes, drames bibliques, cat�chismes et surtout le Nouveau Testament (Nuof Sainc Testamaint da nos Signer Jesu Christ, 1560). La pi�t� catholique, aliment�e par l�abbaye de Disentis, r�pondit par d�innombrables publications, parmi lesquelles on retiendra la Consolazium dell�olma devoziusa (Consolation de l��me d�vote, 1690). � signaler encore la dynastie des Gabriel, � qui l�on doit</p><p>une traduction compl�te de la Bible (1719). Inspiration religieuse et folklorique, veine satirique et burlesque, comme dans toute po�sie populaire, mais aussi lyrisme de � d�racin�s �, expression du mal du pays ressenti par les innombrables �migrants que leurs montagnes ne pouvaient nourrir. Le XIXe s. voit para�tre les Rimas lyriques de Conradin de Flugi d�Aspermunt (1787-1874), anc�tre de Guillaume Apollinaire et promoteur de l�h�tellerie engadinoise, les rares mais vigoureux po�mes de Gian Antoni Huonder (1824-1867), chantre du � paysan souverain �, les oeuvres rigoureusement �labor�es de Zaccaria Pallioppi (1820-1873), les chants �piques de Giachen C. Muoth (1844-1906). Le XXe s. est domin� dans sa premi�re moiti� par le po�te engadinois Peider Lansel (1863-1943), rassembleur des chansons et traditions populaires, traducteur en ladin des plus belles oeuvres lyriques du patrimoine mondial. Plus pr�s de nous se situent Gian Fontana (1897-1935), dont la br�ve carri�re produisit des oeuvres narratives d�une intense int�riorit�, le p�re capucin Alexander Lozza (1880-1953), le vigoureux conteur Cla Biert, le po�te et essayiste Andri Peer, dont l�effort tend � �largir l�univers po�tique ladin par l�assimilation des voix les plus modernes du lyrisme contemporain.</p><p>A. B.</p><p>P. Godet, Histoire litt�raire de la Suisse fran�aise (Fischbacher, 1889 ; nouv. �d., 1894).</p><p>/ V. Rossel, Histoire litt�raire de la Suisse romande (Kahn, Neuch�tel, 1889 ; nouv �d., 1904). / G. Decurtins, R�toromanische Chres-tomathie (Erlangen, 1896-1919 ; 13 vol.). /</p><p>G. de Reynold, Histoire litt�raire de la Suisse au XVIIIe si�cle, t. II (Bridel, Lausanne, 1912). /</p><p>J. Nadler, Literaturgeschichte der deutschen Schweiz (Zurich et Leipzig, 1932). / E. Ermatin-ger, Dichtung und Geistesleben der deutschen Schweiz (Munich, 1933). / J. Moser, le Roman contemporain en Suisse allemande de Carl Spitteler � Jacob Schaffner (Freudweiler-Spiro, Lausanne, 1934). / Scrittori della Svizzera italiana (Bellinzona, 1936 ; 2 vol.). / P. Kohler, Histoire de la litt�rature fran�aise, t. III ; Du milieu du XIXe s. � nos jours avec une histoire de la litt�rature romande (Payot, Lausanne, 1949). / C. Clerc, l��me d�un pays (Delachaux et Niestl�, Neuch�tel, 1950). / F. Filippini, Una corona di ricci (Bellinzona, 1950). / P. Lansel,</p><p>Musa Romontscha (Anthologie) [Coire, 1950].</p><p>/ A. Z�ch, Die Dichtung der deutschen Schweiz (Zurich, 1951). / M. Weber-Perret, �crivains romands, 1900-1950 (�d. Vie, Lausanne, 1952).</p><p>/ F. Jost, la Suisse dans les lettres fran�aises au cours des �ges (�d. universitaires, Fribourg, 1956) ; Essais de litt�rature compar�e (�d.</p><p>universitaires, Fribourg, 1964). / G. Calgari, Storia delle quattro letterature della Svizzera (Milan, 1958). / C. Guyot, �crivains de Suisse fran�aise (Francke, Berne, 1961). / A. Berch-told, la Suisse romande au cap du XXe si�cle (Payot, Lausanne, 1964). / K. Marti, Die Schweiz und ihre Schriftsteller (Zurich, 1966). / J. Chessex, les Saintes �critures (Lausanne, 1972). /</p><p>M. Gsteiger, Die zeitgen�ssischen Literaturen der Schweiz (Zurich et Munich, 1974). / G. M�t-zenberg, Destin de la langue et de la litt�rature rh�to-romanes (Lausanne, 1974).</p><p>L�ART EN SUISSE</p><p>La pr�histoire</p><p>et la protohistoire</p><p>� la fin de l��re pal�olithique</p><p>(v. 50000-8000 av. J.-C.), dans les parties non recouvertes de glace du Jura, apparaissent, sous forme de dessins rupestres d�couverts dans les cavernes de Wildkirchli, de Kesslerloch, de Veyrier-du-Lac, les premi�res manifestations d�un art qui ne trouvera son d�veloppement que plusieurs mill�-</p><p>naires apr�s, au N�olithique (v. 5000-1800 av. J.-C.), avec l�apparition des monuments de la civilisation m�galithique (dolmens, cromlechs...) et des cit�s lacustres, dont des vestiges ont �t� mis au jour au lac de Pf�ffikon, � Steckborn, � Obermeilen (sur le lac de Zurich) et � Morges. Aux outils rudimentaires de silex poli du Pal�olithique et du N�olithique succ�dent, � l��ge du bronze et des m�taux (� partir d�environ 1800 av. J.-C.), des armes, des parures et toutes sortes d�objets en bronze, fer, cuivre et or richement orn�s, tels que les pr�cieux sp�cimens d�couverts � la station de La T�ne, petite rivi�re du lac de Neuch�tel (Ve-Ier s.</p><p>av. J.-C. ; v. Celtes).</p><p>La conqu�te romaine</p><p>et le haut Moyen �ge</p><p>C�est cependant lors de l�occupation de tout le pays des Helv�tes par les Romains, durant un demi-mill�naire,</p><p>que l�art prit un essor qui ne devait plus se ralentir. Des fouilles � Avenches, � Augst, � Windisch, pr�s de Brugg, � Martigny dans le Valais indiquent que des villes importantes s��difi�rent en ces lieux, suivies par des monast�res, tels ceux de Saint-Maurice en Valais et de Saint-Victor � Gen�ve.</p><p>Afin de contenir la pouss�e des Barbares, Rome fortifie le Rhin vers 270</p><p>et fonde Baie (Basilea) en 374. Cependant, v. 440, les Burgondes et les Alamans font, en occupant tout le pays, s��crouler la puissance romaine. Les downloadModeText.vue.download 548 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10503</p><p>premiers, convertis au christianisme, s�installent dans la r�gion de Gen�ve et adoptent les coutumes gallo-romaines, les seconds, encore idol�tres, occupant l�actuelle Suisse al�manique. Ces deux peuples ont laiss� des tombeaux, des ornements stylis�s ayant appartenu � des chaires et � des choeurs d��glises, des manuscrits, des armes et des bijoux champ-lev�s, des boucles de ceinture incrust�es d�argent. Le blockhaus est un type d�habitation de bois en grande partie d� aux Alamans. De l�architecture des Burgondes subsiste le baptist�re de Riva San Vitale (Tessin), construit en l�an 500.</p><p>Vers 612, des moines venus d�Ir-</p><p>lande, ayant � leur t�te les missionnaires Colomban (v. 540-615) et Gall, introduisent le christianisme dans les r�gions occup�es par les Alamans.</p><p>L�abbaye fond�e � l�emplacement de l�actuelle ville de Saint-Gall* deviendra au IXe s. un haut lieu spirituel et artistique. De l��poque carolingienne (VIIIe-Xe s.) subsistent de petites �glises � trois absides et nef unique de la r�-</p><p>gion rh�tique (Saint-Jean de Munster), dans lesquelles apparaissent les premiers �l�ments de l�art roman primitif, ainsi que les couvents alpins de Pf�-</p><p>fers, de Disentis, celui d�Einsiedeln, reconstruit au XVIIIe s. � ce groupe se rattache l��glise de Zillis, dont le plafond peint est le plus ancien conserv� en Europe.</p><p>L�art roman</p><p>Le roman se d�veloppe sur tout le territoire avec des caract�ristiques diverses dues aux influences des pays limitrophes. Une place � part doit �tre faite � l��glise abbatiale de Romain-m�tier (d�but du XIe s.), monument de l�art roman le plus c�l�bre en Suisse, et � celle de Payerne (fin du Xe s.-XIIe s.), toutes deux inspir�es de l�architecture clunisienne. Mais, alors que la cath�-</p><p>drale de Schaffhouse (abbatiale de l�ancien couvent Allerheiligen, XIIe s.) perp�tue l�art roman allemand, que Saint-Pierre de Clages en Valais, la ca-th�drale de Coire, le choeur de la cath�-</p><p>drale de Gen�ve subissent l�influence du roman fran�ais, le style lombard impr�gne par contre les �glises tessinoises de Giornico, de Muralto, pr�s de Locarno, le Grossm�nster de Zurich et certaines parties de la cath�drale de B�le*, qui, avec sa porte Saint-Gall et ses six figures d�ap�tres, conserve quelques-uns des plus beaux sp�cimens de la sculpture romane.</p><p>L�art gothique</p><p>Les Cisterciens vont d�s le XIIe s. introduire l�art gothique, ses hardiesses, son �l�gance. C�est sous l�influence de la Bourgogne que s��rigent en Suisse romande l��glise Notre-Dame-de-Va-l�re, � Sion, la coll�giale de Neuch�tel et surtout les cath�drales de Gen�ve et de Lausanne, cette derni�re appartenant pour l�essentiel au XIIIe s. avec son portail m�ridional richement sculpt�.</p><p>Les cath�drales de Berne et de Fribourg (XIIIe-XVe s.), les anciennes abbatiales de K�nigsfelden (en Argovie) et de Kappel (canton de Zurich) appartiennent par contre � un gothique tardif, de m�me que les �glises monumentales valaisannes de Glis, de Rarogne, de Saint-Th�odule de Sion, construites au XVIe s. par l�architecte Ulrich Ruffi-ner. Alors que les �glises de la r�gion de Winterthur se signalent par leurs fresques, celles de K�nigsfelden et de Kappel poss�dent de remarquables vitraux. L�art gothique se retrouve encore dans la dalle fun�raire du chevalier Ulrich II von Regensberg (Mus�e national, Zurich), les statues du por-</p><p>tail sud de la cath�drale de Fribourg, le mausol�e de Fran�ois de La Sarraz (� 1363) � La Sarraz, au gisant d�un r�alisme effrayant, ou encore dans les fontaines du march� aux poissons de B�le, du march� aux vins de Lucerne.</p><p>Mais les ordres religieux et l��glise ne sont pas les seuls � adopter le gothique. Les militaires, l�aristocratie, puis les bourgeois l�accaparent � leur tour, modifiant ou construisant, entre autres, les ch�teaux forts de Chillon, sur le L�man, de Grandson, sur le lac de Neuch�tel, de Gruy�res, les h�tels de ville de Zoug et de B�le...</p><p>En face de ce primat de l�architecture, peinture et sculpture n�acqui�rent leur autonomie qu�� l��poque du gothique tardif. Konrad Witz*, � B�le, en apporte le t�moignage dans ses tableaux d�autel, auxquels l�observation directe de la r�alit�, jointe � la force plastique, donne un accent nouveau (Saint Joachim et sainte Anne, mus�e des Beaux-Arts de B�le ; l�Annonciation, Germanisches Nationalmuseum, Nuremberg). Nombre d�artistes du XVe s., tels le Ma�tre des Cartes � jouer, le Ma�tre de l�Adoration des Mages de Zurich, le Ma�tre b�lois de 1445, suivront l�exemple de Witz. Avec Hans Fries (v. 1465 - v. 1518), de Fribourg, qui a un amour prononc� pour le</p><p>downloadModeText.vue.download 549 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10504</p><p>drame, les clairs-obscurs profonds, un nouveau pas sera franchi, qu�embo�te le sculpteur Hans Geiler (actif � Fribourg de 1513 � 1534), auteur de fontaines � Fribourg et � Berne.</p><p>La Renaissance</p><p>Ainsi pr�par�es, les orientations nouvelles de la Renaissance vont s�affirmer avec le Bernois Niklaus Manuel (dit � Deutsch �, 1484-1530), dessinateur, graveur et peintre, po�te et homme d��tat, qui peint pour le couvent des Dominicains de Berne une Danse macabre (connue par des copies), mais s�attaque aussi bien au Jugement de P�ris (mus�e des Beaux-</p><p>Arts de B�le) ; avec le Soleurois Urs Graf (v. 1485 - v. 1527-28), orf�vre, peintre graveur, qui introduit la sensualit�, le cynisme, le libertinage en d�crivant avec complaisance la vie des truands, ribaudes et mis�reux ; avec surtout Hans Holbein* le Jeune, que la Suisse peut revendiquer comme l�un des siens, bien qu�il f�t d�origine allemande. N� � Augsbourg, Holbein, t�t install� � B�le, devient en 1520</p><p>bourgeois de cette ville ; c�est l� qu�il d�veloppe son art et r�v�le son g�nie.</p><p>Si ses premi�res peintures sont encore impr�gn�es de gothique tardif, il ne tarde pas � �tre gris� par le souffle de la Renaissance. Avant de devenir en Angleterre le peintre attitr� d�Henri VIII, il ex�cute � B�le et � Lucerne des peintures murales, des portraits, comme celui d��rasme, peint son Christ mort (mus�e de B�le) d�une bouleversante expression, illustre des Bibles pour les �diteurs b�lois... Son influence se fera sentir pendant pr�s d�un si�cle dans les oeuvres des peintres suisses (Hans Bock le Vieux, v. 1550 - v. 1624).</p><p>Avec le d�corateur portraitiste Tobias Stimmer (1539-1584) surgissent les premiers signes d�une inspiration nouvelle, son art se situant � la charni�re de la Renaissance et du baroque (d�cor de fa�ade de la maison du Chevalier � Schaffhouse).</p><p>Si l�on ne rencontre pas en Suisse de grands monuments religieux de la Renaissance, du moins le nouveau style participe-t-il � l�ornementation de certaines �glises, sous forme de campaniles (�glise de la Madonna del Sasso de Morcote), de portails (D�me de Lugano) ou de fresques (Santa Maria delle Grazie de Bellinzona) ; le Tessin va du reste donner � l�Italie deux de ses plus grands architectes : Domenico Fontana (1543-1607), puis Borromini*.</p><p>Par contre, de nombreux �difices publics et demeures bourgeoises rel�vent en partie de l�art renaissant, ainsi le palais Ritter et la maison G�ldlin � Lucerne, les h�tels de ville de Lucerne et de Zurich (XVIIe s.), les maisons Schnyder von Wartense � Sursee et Winkelried � Stans, etc.</p><p>Du baroque</p><p>au romantisme</p><p>Les formes du baroque et du rococo, propag�es par les J�suites, laissent indiff�rents les cantons pass�s au protestantisme, mais s�imposent en terre catholique : couvent d�Einsiedeln, reconstruit au d�but du XVIIIe s.</p><p>par l�architecte autrichien Kaspar Moosbrugger (1656-1723) ; abbatiale de Saint-Gall (1755-1767) ; diverses �glises � Lucerne, Fribourg, Muri...</p><p>�difi�e par Gaetano Matteo Pisoni (1713-1782) et par son neveu Paolo Antonio Pisoni (1738-1804), d�Ascona, la cath�drale de Soleure (1762-1773) se r�f�re plut�t au classicisme de Palladio.</p><p>Si le style Louis XIV a �t� � peu pr�s ignor� en Suisse (la bourgeoisie restant alors fid�le aux formes de la Renaissance), par contre la rocaille, puis le n�o-classicisme se d�ploient assez largement dans l�architecture civile du XVIIIe s. L�influence fran�aise marque ainsi ch�teaux (celui de Mme de Sta�l, � Coppet) et riches demeures urbaines (h�tels Buisson et Saussure � Gen�ve, Maison Blanche et Maison Bleue � B�le...).</p><p>Toute une pl�iade d�artistes affirment la vitalit� de la peinture et des arts graphiques : les Mattha�s Merian p�re et fils, le premier graveur topographe (1593-1650), le second portraitiste (1621-1687) ; l��mailleur Jean Petitot (1607-1691) et le miniaturiste Joseph Werner (1637-1710), tous deux employ�s � la cour de France ; le portraitiste et orientaliste Jean �tienne Liotard (1702-1789) ; le portraitiste Anton Graf (ou Graff, 1736-1813), qui travailla � Dresde ; le pr�romantique Johann Heinrich F�ssli (1741-1825), devenu c�l�bre en Angleterre...</p><p>Le XIXe si�cle</p><p>Le th�me du paysage trouve un premier �panouissement dans les courants n�o-classique et romantique. Une �cole genevoise se constitue avec le peintre et caricaturiste Wolfgang Adam Toepffer (1766-1847), son fils Rodolphe (1799-1846), conteur et dessinateur spirituel, l�animalier Jacques Laurent Agasse (1767-1849), les paysagistes alpestres Fran�ois Diday (1802-1877)</p><p>et Alexandre Calame (1810-1864). En Italie travaillent L�opold Robert (1794-1835), qui y d�peint la vie populaire, puis l��tonnant Arnold B�cklin*, qui y retrouve en visionnaire une mystique pa�enne de la nature. �l�ve � Gen�ve de Barth�lemy Menn (1815-1893),</p><p>autre paysagiste aux petits formats lumineux, Ferdinand Hodler* apporte � la fin du si�cle la fermet� monumentale de ses rythmes charg�s de symboles, comme le sont les paysages division-nistes de l�Italien Giovanni Segantini (1858-1899), fix� dans les Grisons. �</p><p>Paris travaillent le d�licat sculpteur James Pradier (1792-1852) et, professeur aux Beaux-Arts, le peintre acad�-</p><p>mique Charles Gleyre (1806-1874).</p><p>Les arts plastiques</p><p>au XXe s.</p><p>Les courants novateurs europ�ens ont de bons repr�sentants en les personnes de F�lix Vallotton (v. nabis), du n�o-impressionniste Giovanni Giacometti (1868-1933), des c�zanniens Ren� Auberjonois (1872-1957) et Wilhelm Gimmi (1886-1965), de Cuno Amiet (1868-1961), proche du fauvisme. Le sculpteur Carl Burckhardt (1878-1923) apporte le mod�le d�un style figuratif d�pouill� et de haute tenue.</p><p>Sophie Taeuber-Arp (v. Arp [Hans]), apr�s avoir appartenu au mouvement dada*, fond� au cabaret Voltaire, � Zurich, en 1916, se consacre � la prospection des rythmes g�om�triques. Le Corbusier*, le c�l�bre architecte, est, avec A. Ozenfant, le promoteur du purisme*. Non moindre est la gloire de Paul Klee*, po�te du signe et th�oricien p�n�trant, et celle d�Alberto Giacometti*, initiateur de la sculpture surr�aliste.</p><p>L�apport des artistes suisses est important dans le domaine de l�abstraction g�om�trique, avec Johannes Itten (1888-1967), qui fut, comme Klee, professeur au Bauhaus* allemand</p><p>avant d�en prolonger l�enseignement � la tr�s f�conde �cole d�Arts appliqu�s de Zurich, avec le peintre, sculpteur et architecte Max Bill (n� en 1908), �l�ve du Bauhaus et l�un des fondateurs du groupe Allianz, qui d�fendit l�art � concret � et dont firent partie Frijz Glarner (1899-1972), �migr� aux</p><p>�tats-Unis, et Richard Paul Lohse (n� en 1902). C�est d�une g�om�trie complexe que jouent les sculpteurs Walter Bodmer (1903-1973) et Hans Aeschba-cher (n� en 1906). Le peintre G�rard Vulliamy (n� en 1909), qui vit � Paris, passe vers 1934 de l�abstraction � une tendance surr�aliste, domaine qui sera celui des objets de Meret Oppenheim (n�e en 1913).</p><p>Les artistes aujourd�hui les plus connus, dont beaucoup vivent �</p><p>l��tranger et notamment en France, repr�sentent un �ventail de la plupart des tendances de l�art occidental actuel. G�rard Schneider (n� en 1896) s�est r�v�l� comme abstrait lyrique en 1945, date � partir de laquelle Wil-frid Moser (n� en 1914) se consacre � ses peintures-assemblages, devenues plus tard des assemblages architectoniques. Longtemps designer graphique, le peintre Gottfried Honegger (n� en 1917) fait servir l�ordinateur � une oeuvre constructiviste. Robert M�ller (n� en 1920) traduit dans le fer et le bronze une vision organique imaginative et puissante, avec laquelle contrastent les machines bruyantes et d�risoires de Jean Tinguely* comme les hi�ratiques constructions m�canistes de Bernhard Luginb�hl (n� en 1929), �galement graveur r�put�.</p><p>Remarquables encore les tableaux-pi�ges de Daniel Spoerri (v. r�alisme</p><p>[nouveau]), les mannequins aux attitudes fig�es d�Eva Aeppli (n�e en 1925), le tachisme ambigu de Rolf Iseli (n� en 1934), le bonheur pictural et les actions �cologiques de Samuel Buri (n� en 1935), les images froides et dilat�es (pneus d�automobiles) de Peter St�mp-fli (n� en 1937), les volumes d�coratifs en plastique de Pierre-Martin Jacot (n� en 1941), les immenses dessins � hyperr�alistes � d�Alfred Hofkunst (n� en 1942). Dans le domaine plus confidentiel de l�invention n�o-dada�ste, de la po�sie graphique et de la recherche conceptuelle, parfois associ�es, se distinguent Diter Rot (n� en 1930), Andr� Thomkins (n� en 1930), Markus Raetz (n� en 1941).</p><p>L�architecture moderne</p><p>La construction a �t� active durant tout le XIXe s., mais s�est limit�e � des</p><p>pastiches du n�o-classicisme ou de la Renaissance. Le XXe s. s�ouvre avec les audaces mal accept�es de l�ing�-</p><p>nieur Robert Maillart (1872-1940), pionnier du b�ton arm� (dalles, arcs raidis, piliers-champignons), que l�on conna�t surtout pour ses ponts, d�une l�g�ret� inconnue auparavant. Karl Moser (1860-1936) fait appel � sa collaboration en 1911 pour les nouveaux b�timents de l�universit� de Zurich ; le m�me architecte �l�vera en 1926-27</p><p>l��glise Saint-Antoine � B�le, enti�rement en b�ton.</p><p>Le Corbusier* a tr�s peu construit en Suisse, et son cousin Pierre Jean-downloadModeText.vue.download 550 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10505</p><p>neret (1896-1967) encore moins. Mais son influence y sera grande, comme celle de Hannes Meyer (v. Bauhaus), un autre rationaliste qui travaillera surtout en Allemagne, en U. R. S. S.</p><p>et au Mexique. La cr�ation � La Sarraz, en 1928, des C. I. A. M. (Congr�s internationaux d�architecture moderne) favorisera le d�veloppement d�une architecture fonctionnelle mesur�e dans sa conception, soign�e dans son ex�-</p><p>cution, assurant aux �coles, h�pitaux, habitations collectives, un haut niveau moyen. Bas� sur une recherche de formes � organiques �, le Goetheanum du philosophe et p�dagogue autrichien Rudolf Steiner (1861-1925), th��tre et universit� libre construit en 1924-1928 � Dornach pr�s de B�le, en b�ton apparent, est une �tonnante r�alisation d�architecture prospective.</p><p>En 1938-39, Hermann Baur (n� en</p><p>1894) ouvre largement sur des espaces verts son �cole de plein air du Bru-derholz, pr�s de B�le �galement. �</p><p>Max E. Haefeli (n� en 1901), Rudolf Steiger et Werner M. Moser sont dus le Kongresshaus de Zurich (1938-39, avec le concours de R. Maillart), l�h�-</p><p>pital cantonal de Zurich, commenc� en 1942, et l�immeuble d�affaires � Zur Palme � (1969) dans la m�me ville. Max Bill �difie en Allemagne la Hochschule f�r Gestaltung d�Ulm, qu�il dirige de 1951 � 1956. L�ensemble d�habitations</p><p>de Halen (1957), pr�s de Berne, par l�Atelier 5 et Niklaus Morgenthaler, est un bon exemple d�utilisation de terrains en d�clivit�. Deux r�alisations tr�s remarqu�es ont �t� le Centre industriel Nestl� � Vevey (1960), par Jean Tschumi (1904-1962), et l��cole des hautes �tudes �conomiques et sociales de Saint-Gall (1964), par Walter F�rderer (n� en 1928), qui y a r�alis� une importante exp�rience d�int�gration des arts, avec le concours de grands artistes de l��cole de Paris. � Max Schlup est d� le Palais des Congr�s de Bienne (1961-1966). On citera encore les �glises � tendance � brutaliste �</p><p>de Justus Dahinden (n� en 1925), architecte de la Ferro-Haus � Zurich (1971), l��cole des Nations-Unies � Gen�ve, par Jean-Marc Lamuni�re, le Lyc�e libre de Berne, par Daniel Reist, l�Asile communal de Viganello (1972), par Aurelio Galfetti, Flora Ruchat et Ivo Tr�mpy.</p><p>C. G.</p><p>P. Ganz, Malerei der Fr�hrenaissance in der Schweiz (Zurich, 1924 ; trad. fr. la Peinture suisse avant la Renaissance, J. Budry, 1925). /</p><p>J. Gantner, Kunstgeschichte der Schweiz von den Anf�ngen bis zum Beginn des 20. Jahrhunderts (Frauenfeld, 1936-1962, 4 vol. ; trad.</p><p>fr. Histoire de l�art en Suisse, Attinger, 1941-1956, 2 vol. parus). / G. Schmidt, E. Gradmann, M. Huggler et A. M. Cetto, Schweizer Malerei und Zeichnung (B�le 1943-1948, 3 vol. ; trad.</p><p>fr. Peinture et dessin en Suisse, XVe-XIXe s., �d.</p><p>Holbein, B�le, 1943-1948, 3 vol.). / G. Pille-ment, la Suisse architecturale (A. Michel, 1949).</p><p>/ M. Joray, la Sculpture moderne en Suisse (le Griffon, Neuch�tel, 1955-1967 ; 3 vol.). / la Suisse romane (Zodiaque, La Pierre-qui-vire, 1958). / C. Lapaire, Mus�es et collections de la Suisse (Haupt, Berne, 1965). / Architekturf�hrer der Schweiz (Zurich, 1969 ; trad. fr. Guide d�architecture suisse, Art�mis, Zurich, 1969). / C.</p><p>von Tavel, Ein Jahrhundert Schweizer Kunst.</p><p>Malerei und Plastik. Von B�cklin bis Alberto Giacometti (Gen�ve, 1969 ; trad. fr. Un si�cle d�art suisse. Peinture et sculpture, de B�cklin � Giacometti, Skira, Gen�ve, 1969). / W. Hugels-hofer, Schweizer Zeichnungen. Von Niklaus Manuel bis Alberto Giacometti (Berne, 1969). /</p><p>J. Bachman et S. von Moos, Orientamenti nuovi nell�architettura svizzera (Milan, 1970). / L. et A. Burkhardt et D. Peverelli, Moderne Architektur in der Schweiz seit 1900 (Winterthur, 1970).</p><p>/ R. Creux, Arts populaires en Suisse (�d. de</p><p>Fontainemore, Paudex et Bibl. des arts, 1970).</p><p>/ F. Deucher et coll., la Peinture suisse (Skira, Gen�ve, 1975).</p><p>LA MUSIQUE EN SUISSE</p><p>Du Moyen �ge</p><p>au XIXe si�cle</p><p>Jusqu�� la fondation de la Conf�d�ration, c�est surtout la religion qui influence la vie musicale. Les centres importants sont le couvent de Saint-Gall, l�abbaye de Saint-Maurice ainsi que, un peu plus tard, les choeurs des cath�-</p><p>drales et les universit�s. D�s la formation des cantons, l�absence d�unit� politique, linguistique et confessionnelle conduit � des activit�s et � des traditions locales, qui se maintiennent vivaces jusqu�� nos jours. C�est ainsi que Berne, capitale politique de l��tat, n�a pas plus d�importance en musique que Zurich, B�le, Lausanne, Gen�ve.</p><p>Le cloisonnement a longtemps r�-</p><p>duit les compositeurs � eux-m�mes, a emp�ch� leur rayonnement et a fait obstacle � la p�n�tration en Suisse des formes musicales cr��es � l��tranger.</p><p>D�s le XVIe s., les musiciens suisses ont l�impression que la musique se fait ailleurs. Ils quittent leur patrie pour chercher des impulsions dans les pays environnants : Ludwig Senfl (v. 1490 -</p><p>v. 1543) va � Munich, Jean-Jacques Rousseau � Paris.</p><p>Au XIXe s., un effort de centralisation appara�t avec l�agrandissement de la Conf�d�ration. En 1808 se fonde la</p><p>� Soci�t� de musique helv�tique �, en 1842 la � Soci�t� f�d�rale de chant �, en 1900 l�� Association des musiciens suisses �. La musique p�n�tre dans des couches plus profondes de la population. La mode est aux Festspiele (festivals) et aux f�tes de chant, car d�j� � cette �poque le Suisse pr�f�re chanter ou jouer d�un instrument collectivement plut�t qu�individuellement.</p><p>Bien que le folklore soit relativement pauvre, le chant choral constitue l�activit� principale. Son r�pertoire subit fortement l�influence germanique, m�me en Suisse romande.</p><p>L�essor de la musique</p><p>au XXe si�cle</p><p>Depuis le d�but du si�cle, la musique fait un bond prodigieux. On constate une grande activit� orchestrale gr�ce � 126 orchestres dont 34 formations symphoniques. Dans le secteur choral, on compte environ 150 000 chanteurs pour l�ensemble du pays, ainsi que 70 000 instrumentistes group�s dans 1 850 fanfares et harmonies. La tendance g�n�rale est de transformer les choeurs d�hommes en choeurs mixtes.</p><p>Dans les villes, ceux-ci deviennent des formations professionnelles ou semi-professionnelles inscrivant � leurs programmes surtout des oratorios. Les concerts par abonnement se d�veloppent, ainsi que les r�citals de virtuoses. Dans l�entre-saison, des festivals atteignent un public form� non seulement d�auditeurs du pays, mais d��trangers en vill�giature, ainsi � Lucerne, � Montreux, � Zurich, � Lausanne, � Sion.</p><p>Bien que le cantonalisme culturel soit un obstacle � la diffusion de la musique, que le m�c�nat soit rare, qu�il existe peu d��changes entre la Suisse romande et la Suisse al�manique, que l�enseignement musical dans les �coles soit encore lacunaire, les autorit�s centrales se pr�occupent toujours davantage du probl�me de la coordination et de la diffusion des sources musicales.</p><p>� l�int�rieur du pays, l�� Association des musiciens suisses � et le � Conseil suisse de la musique �, fond� en 1964, oeuvrent pour faire conna�tre interpr�tes et compositeurs. � l�ext�rieur, cette t�che est r�serv�e � � Pro Helvetia �, institution patronn�e par le conseil f�d�ral lui-m�me.</p><p>Avec �mile Jaques-Dalcroze (1865-1950) et Gustave Doret (1866-1943), la Suisse romande laisse p�n�trer l�influence fran�aise. Une impulsion est donn�e par Igor Stravinski*, lors de son s�jour en Suisse de 1910 � 1919. Il collabore avec Charles Ferdinand Ramuz pour l�Histoire du soldat, Renard, les Noces. Le th��tre du Jorat, cr�� par Ren� Morax (1873-1963), constitue une forme int�ressante de th��tre lyrique populaire avec le Roi David et Judith d�Arthur Honegger*, la Servante d��vol�ne de Gustave Doret.</p><p>Des chefs d�orchestre comme Ernest</p><p>Ansermet (1883-1969) et Paul Sacher (n� en 1906) modernisent le r�pertoire.</p><p>Il n�est donc pas �tonnant qu�une pl�iade de compositeurs de valeur soit apparue, � leur suite, sans toutefois former une �cole, tant leur sensibilit� et leur temp�rament sont diff�rents. Au premier rang, il faut citer Arthur Honegger et Frank Martin*, qui ont atteint une audience internationale gr�ce � une synth�se f�conde des qualit�s latines et germaniques. Outre sa collaboration d�j� cit�e avec le th��tre du Jorat, Arthur Honegger a trouv� son inspiration dans les paysages et les rythmes de notre pays, ainsi dans Pastorale d��t�, l�oratorio Nicolas de Flue, la quatri�me symphonie (les D�lices de B�le). Son influence a �t� tr�s grande sur toute une g�n�ration de jeunes compositeurs, d�autant plus que Paul Sacher a cr�� la majorit� de ces pages symphoniques � B�le ou � Zurich.</p><p>Influenc� par Jaques-Dalcroze et ses investigations rythmiques, Frank Martin, d�origine genevoise, mais �tabli en Hollande d�s 1946, s�est acquis un style personnel en l�enrichissant des conqu�tes s�rielles. Son inspiration noble et aust�re est au service d�une foi ardente d�crivant les conflits de la chair et le drame du p�cheur implorant la gr�ce du Tout-Puissant et imaginant le calvaire du Christ. C�est dans ses oratorios, le Vin herb�, Golgotha, le Myst�re de la Nativit�, son Requiem que son art est le plus saisissant ; mais le cycle de m�lodies d�amour et de mort du Cor-nette de R. M. Rilke comme ses pages de musique pure, dont la c�l�bre Petite Symphonie concertante, montrent les diverses faces de son message vibrant d�humanit� et d�espoir. Martin est l�une des figures les plus attachantes de la musique contemporaine.</p><p>Ma�tre du lied de langue allemande, Othmar Schoeck (1886-1957) est un digne continuateur de Schubert* et Hugo Wolf*. Son lyrisme s�est �panch� dans des centaines de m�lodies, ainsi que dans de nombreuses oeuvres symphoniques et des op�ras dont les plus connus sont Penthesilea et Mas-similla Doni. Romantique plein de temp�rament et capable de v�h�mence, Schoeck est reconnu dans les pays de langue germanique comme un des plus</p><p>grands m�lodistes de la premi�re moiti� du XXe s.</p><p>Parmi les compositeurs se rattachant de pr�s ou de loin au syst�me tonal, citons, en Suisse romande, Henri Gag-nebin (n� en 1886), �l�ve de Vincent d�Indy*, dont l�inspiration muscl�e downloadModeText.vue.download 551 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10506</p><p>mais non d�pourvue d�humour atteint un sommet dans le Requiem des vanit�s du monde, et Roger Vuataz (n� en 1898), dont l�imposante production �</p><p>plus de 500 opus � s�est manifest�e dans tous les genres, affichant un style complexe r�pugnant � tout effet ext�-</p><p>rieur, dont t�moignent de grands oratorios (Abraham, Mo�se, J�sus). Plus proches de l��cole fran�aise, dont ils poss�dent les architectures a�r�es et la sensibilit� aux timbres, sont Aloys Fornerod (1890-1965), Andr� Fran�ois Marescotti (n� en 1902), dont les derni�res oeuvres ne sont pas insensibles aux structures s�rielles, Jean Binet (1893-1960), � l�inspiration concise et gracieuse, Julien Fran�ois Zbinden (n� en 1917), dont l�art plein de fantaisie n�exclut pas la profondeur, exaltant la voix humaine dans Esperanto, concerto pour voix parl�e, choeur et orchestre, et Bernard Reichel (n� en 1901).</p><p>En Suisse al�manique, Willy</p><p>Burkhard (1900-1955) a domin� ses contemporains par la puissance de son imagination cr�atrice et l�ampleur des architectures polyphoniques qu�il r�alisa dans des oratorios, Das Gesicht Jesaias (la Vision d�Isa�e), Das Jahr (l�Ann�e), un op�ra, Die schwarze Spinne (l�Araign�e noire), des cantates comme Die Sintflut (le D�luge), t�moignant de ses dons de visionnaire. Aux c�t�s de Conrad Beck (n� en 1901) �</p><p>qui ajoute � la densit� germanique un sens des timbres venu de son s�jour � Paris, o� il travaille avec Jacques Ibert (1890-1962) et Nadia Boulanger (n�e en 1887) �, de Rolf Liebermann (n� en 1910), compositeur habile et sensible plus connu pour ses qualit�s de directeur musical � Hambourg et � l�Op�ra de Paris, Heinrich Sutermeister (n� en</p><p>1910) est une figure marquante de l�art dramatique. Ses op�ras, dont Rom�o et Juliette, Raskolnikov, ont conquis les plus c�l�bres sc�nes du monde par leur dynamisme, leur couleur et leur v�rit� psychologique. Sutermeister a fait des recherches int�ressantes dans le domaine de l�op�ra t�l�vis�.</p><p>Quant � Armin Schibler (n� en</p><p>1920), il s�est cr�� un langage personnel � la suite de plusieurs s�jours � Darmstadt. Dans des op�ras comme Der spanische Rosenstock (le Rosier espagnol), Die F�sse im Feuer (la Foi sanglante), Blackwood and Co., dans des ballets, dans de nombreuses pages pour orchestre ou musique de chambre o� l�on sent sa pr�dilection pour la voix humaine, il exprime avec passion les probl�mes de notre temps.</p><p>Avec Rudolf Kelterborn (n� en 1931), il constitue la transition entre l��cole traditionnelle et l�avant-garde. Celle-ci, qui re�ut une vive impulsion � la suite des cours donn�s par Pierre Boulez* � B�le, a comme chefs de file Klaus Huber (n� en 1924), Heinz Hol-liger (n� en 1939), dont la r�putation d�hautbo�ste d�passe encore celle de compositeur, Hans Ulrich Lehmann (n� en 1937), tandis que Vladimir Vogel (n� en 1896) int�resse par ses r�alisations dans le domaine du choeur parl� (Worte, Aforismi e Pensieri di Leonardo da Vinci).</p><p>En Suisse romande, la seule fi-</p><p>gure marquante de lavant-garde est Constantin Regamey (n� en 1907), dont le message raffin�, enrichi des conqu�tes les plus subtiles dans le domaine de la m�lodie, du rythme et du timbre, doit beaucoup aux musiques de l�Orient (Cinq �tudes pour voix de femme et orchestre, Symphonie des incantations). Citons encore l�activit� du Studio de musique contemporaine de Gen�ve sous la direction de Jacques Guyonnet (n� en 1933), les oeuvres exp�rimentales, mais d�notant une vive sensibilit� d��ric Gaudibert (n� en 1936), les recherches moins os�es et plus substantielles de Jean Balissat (n� en 1936), d�sign� comme compositeur de la F�te des vignerons de 1977.</p><p>Cette f�te, qui a lieu � Vevey tous les vingt-cinq ans, est le t�moignage que</p><p>le folklore, avec ses anciens Festspiele, ses carnavals, est encore vivant. La population de toute la contr�e y participe par des cort�ges, des chants et des danses. Le succ�s de ce spectacle, qui est devenu tr�s �labor� avec les ann�es, est d�autant plus �norme que la musique s�y d�mocratise.</p><p>P. M.</p><p>G. Becker, la Musique en Suisse depuis les temps les plus recul�s jusqu�� la fin du XVIIIe si�cle (Henn, Gen�ve, 1923). / G. Doret, Temps et contretemps. Souvenirs d�un musicien (Libr. de l�Universit�, Fribourg, 1942). /</p><p>Quarante Compositeurs suisses contemporains (Amriswil, 1956). / W. Schuh, H. Ehinger, P. Meylan et H. P. Schanzlin, Dictionnaire des musiciens suisses (Atlantis, Zurich, 1964).</p><p>suite de danses</p><p>OEuvre de musique instrumentale</p><p>constitu�e par une succession de danses stylis�es et compos�e in extenso dans la m�me tonalit�.</p><p>La suite est surtout pratiqu�e sous cette forme aux XVIe, XVIIe et XVIIIe s., et elle est d�sign�e, selon l��poque et le pays, du nom de balleto, de lesson, d�ordre, d�ouverture, de partita ou de sonata. Elle trouve son origine en Occident au XIIIe s. dans la ductia, la nota et l�estampie (stantipes), danses populaires chant�es ou jou�es sur la vielle, qui, divis�es respectivement en cinq ou six sections (ou puncta =</p><p>points), sont d�velopp�es selon le principe de la variation. Dans un manuscrit italien du XIVe s. conserv� � Paris (Bibl.</p><p>nat.), deux danses en mesure ternaire, le Lamento di Tristano et la Manfre-dina, sont suivies d�une rota, qui les reprend en mesure binaire. Au XVe s., des danseurs professionnels confirment la persistance de cette coutume.</p><p>Domenico da Piacenza montre dans son trait� (1416) comment la bassa danza (basse danse) devient la cellule principale d�une s�rie d�autres danses.</p><p>En 1455, Antonio Cornazzano, dans son Art de danser, fait suivre la basse danse de trois autres mouvements : la quadernaria, le saltarello et la piva, en observant chaque fois une modification du rythme et une acc�l�ration progressive du tempo. Ainsi se pr�cise peu �</p><p>peu l�intention de faire se succ�der, au cours d�une m�me pi�ce plusieurs mouvements de danse, qui peuvent �tre chant�s ou jou�s par un ou plusieurs instrumentistes.</p><p>Au XVIe s., les premiers recueils imprim�s de danses instrumentales paraissent � Venise chez O. Petrucci (1507) et � Paris chez P. Attaingnant (1529-1533) ; ils contiennent des pi�ces pour le luth, le clavier ou des ensembles, qui se r�partissent de plusieurs mani�res. Des danses sont dispos�es par couple. En Italie, on r�unit passemezzo (danse lente march�e ou basse danse) et saltarello (danse haute, parce que saut�e, et plus rapide). En France, selon un usage qui s��tablira dans toute l�Europe, la pavane pr�c�de la gaillarde. Selon Thoinot Arbeau (Orch�sographie, 1588), elle est une danse de parade, de rythme binaire, qui est jou�e par les hautbois et les sacque-boutes, tandis que la gaillarde, � trois temps rapides, comprend cinq pas et un saut. Ces danses coupl�es, d�allure et de mouvements diff�rents, ont toujours une parent� entre elles, au point d��tre parfois b�ties sur le m�me th�me et de conserver int�gralement la m�me m�lodie et la m�me harmonie. D�autres danses ont plus de deux mouvements : basse danse, recoupe, tourdion. Les branles, dont Thoinot Arbeau fournit la th�orie, peuvent s�encha�ner ainsi : branle double, branle simple, branle gay, branle de Bourgogne.</p><p>Apr�s 1530, de nombreux composi-</p><p>teurs, luthistes, guitaristes ou clavecinistes, exploitent dans leurs tablatures les danses � la mode et celles qui le deviennent vers la fin du si�cle, comme l�allemande (de mesure binaire), la courante (de mesure binaire ou ternaire), la volte (de mesure ternaire) et d�autres import�es d�Espagne, telles la sarabande, la chaconne et la passacaille. Ils s�en emparent au fur et � mesure de leur apparition, comme d�une mati�re premi�re qu�ils peuvent modeler � leur guise, dans le dessein instinctif de d�velopper la technique instrumentale et de d�couvrir des moyens originaux d�expression.</p><p>A. Casteliono (1536), Antonio Rota (1546), Melchiorre de Barberiis (1546, 1549), Domenico Bianchini (1554),</p><p>Giacomo Gorzanis (1561), Vincenzo Galilei (1568), Giovanni Antonio Terzi (1593, 1599) et Simone Moli-naro (1599) en Italie, Alonso Mudarra (1546) en Espagne, Hans Neusidler (1536) en Allemagne et Adrian Le Roy (1552-1554) en France s�inspirent de la danse. Attaingnant publie aussi � Paris des livres de Danseries � quatre parties (1545-1557), o� les auteurs, Claude Gervaise et �tienne Du Tertre, rassemblent en plusieurs s�ries des branles, des pavanes et des gaillardes qui, en d�pit de leur qualit�, semblent plus propres � la danse qu�� �tre entendues comme des oeuvres d�art. Il devient alors plus difficile de faire le d�part de la � suite fonctionnelle � et de la � suite artistique �, qui s��labore.</p><p>Le terme de suite appara�t d�ailleurs pour la premi�re fois dans le septi�me livre de Danseries (1557). Il n�est pas pr�s de se g�n�raliser pour autant et ne deviendra commun � toute l�Europe qu�au XIXe s., c�est-�-dire lorsqu�il ne r�pondra plus exactement � sa d�finition. Pour l�instant, la confusion persiste. En 1581, Fabrizio Caroso, dans Il Ballarino, d�signe du nom de sonata une s�rie de danses. Dans ses balletti, il cherche � diversifier les danses et juxtapose, comme plus tard dans la suite classique, des pi�ces ind�pendantes les unes des autres. En Angleterre, on appelle lesson la suite pour orgue ou clavecin, ce qui implique dans les trait�s ou les m�thodes une intention p�dagogique, mais sert aussi bien � qualifier la suite artistique (Thomas Morley, Consort Lessons pour six instruments, 1599). Au XVIIe s., la suite, bien qu�essentiellement mobile, d�signe une s�rie de danses stylis�es, qui ob�it � certaines r�gles. Tout d�abord, chaque morceau qui la compose doit avoir la forme-suite. Il se divise en deux parties : dans la premi�re, le th�me est expos� dans une tonalit� majeure ou mineure et se d�veloppe en �voluant soit vers la dominante, soit vers le ton relatif majeur ; downloadModeText.vue.download 552 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10507</p><p>dans la seconde, il est d�abord repris dans le nouveau ton avant de revenir au premier. Chaque pi�ce doit avoir,</p><p>de plus, la m�me tonalit�. On attribue cette derni�re particularit� au luth, dont l�accord �tait difficile � modifier au cours d�une ex�cution.</p><p>La suite, qui avait connu au si�cle pr�c�dent un grand d�veloppement � partir des rythmes des divertissements populaires et mondains, s��panouit maintenant sous la forme d�une musique uniquement destin�e aux instruments. Alors que Fabrizio Caroso et Cesare Negri s�inspirent encore des balletti, que Michael Praetorius, dans Terpsichore Musarum (1612), harmonise � cinq voix des danses et des airs de ballets de cour fran�ais, Giovanni Maria Trabaci (1603) publie des gaillardes et des courantes pour le clavier. G. Frescobaldi*, dans ses canzoni et ses balletti, pr�figure la v�ritable suite. Dans l�Aguntia (1615), un balletto est suivi d�une courante, d�une passacaille et d�un second ballet avec sa courante. En Allemagne, Paul Peuerl publie en 1611 une partita pour instruments � cordes compos�e d�une paduana (pavane), d�une intrada, d�une d�ntz et d�une galliarda.</p><p>En 1650, J. J. Froberger* �crit pour le clavecin une suite en si majeur, constitu�e par des pi�ces caract�ristiques, qui figureront, en partie ou en totalit�, dans les nombreuses suites du XVIIIe s. : allemande, courante, sarabande et gigue. Dans le manuscrit dit � de Cas-sel � (1650-1670), qui r�unit vingt suites d�orchestre dont les auteurs sont pour la plupart parisiens, les trois premi�res danses voisinent le plus souvent. En France, des luthistes comme Denis Gaultier, les Du But, les Gallot, Charles Mouton h�ritent des traditions et multiplient les pi�ces de la suite en les faisant pr�c�der d�un pr�lude libre.</p><p>L��cole des clavecinistes ne proc�de pas autrement. Mais, comme celle des luthistes, elle ne cherche pas � fixer le cadre de la suite. Jacques Champion de Chambonni�res (1670), L. Couperin*, Jean Henri d�Anglebert (1689), Nicolas Leb�gue (1687), Louis Marchand (1702, 1703) et, apr�s eux, F. Couperin* et J.-P. Rameau* conservent, afin d��viter la monotonie, l�alternance de mouvements diff�rents ; mais ils encha�nent aux pavanes, aux courantes et aux gaillardes nombre de pi�ces aux titres pittoresques. Leur pr�occupation est essentiellement d�ordonner</p><p>des morceaux dans la m�me tonalit�.</p><p>C�est sans doute la raison pour laquelle F. Couperin intitule ses suites ordres. Cependant, dans son premier livre (1713), il reste assez proche de la suite traditionnelle. Mais, dans les livres suivants (1717, 1722, 1730), il d�laisse l�ancien cadre et, bien que retenant le principe de l�alternance des tempi, diminue consid�rablement le nombre des danses et leur substitue des pi�ces descriptives ou psychologiques (portraits et caract�res). On peut penser qu�il s�emploie � satisfaire le go�t fran�ais, hostile � un art qui ne s��loi-gnerait de la danse que pour se rapprocher de la musique pure et peu enclin � disjoindre une belle m�lodie des pas, des gestes, des paroles ou des images, qui stimulent l�imagination. Au d�but du XVIIIe s., J.-P. Rameau, dans ses trois livres de pi�ces de clavecin (1706, 1724, v. 1728), multiplie aussi les titres �vocateurs. Comme Couperin, il n�use pas exclusivement de la forme suite ; il se sert �galement de la forme rondeau (ABA), qui peut avoir un ou plusieurs couplets. Dans ses Pi�ces de clavecin en concerts (1741), il encha�ne des mouvements courts pour clavecin, fl�te ou violon et viole de gambe, � l�int�rieur desquels surgit parfois une seconde id�e, qui annonce plut�t la sonate. En Italie, la suite, qui, au si�cle pr�c�dent, �tait assimil�e souvent � la sonata ou au balletto, en vient rapidement, dans la seconde moiti� du XVIIe s. � alors que se pr�cise la distinction entre les oeuvres destin�es � l��glise et � la chambre �, � se confondre avec la sonata da camera (sonate de chambre), qui, chez A. Corelli*, Giovanni Battista Vitali, Giuseppe Torelli et A. Scarlatti*, admet ses rythmes dansants. Mais, au XVIIIe s., la suite n�en adopte pas moins un chemin propre. Outre un pr�lude (intrada, pr�ambule, ouverture), l�allemande, la courante, la sarabande et la gigue, elle comprend une grande quantit� d�autres danses, que le musicien dispose � son gr� : sicilienne, bourr�e, passe-pied, menuet, gavotte, rigaudon, loure, for-lane, canarie, polonaise, etc. En Allemagne, Johann Rosenm�ller, dans ses sonate da camera (1670), a d�j� fait la synth�se de l�esprit italien et de l�esprit allemand, et pr�par� la voie � ses successeurs. Apr�s lui, sous l�influence</p><p>des �l�ves allemands de Lully, Georg Muffat, Johann Caspar Fischer et Johann Sigmund Kusser, des �l�ments fran�ais p�n�trent le genre. J.-S. Bach*</p><p>devait largement tenir compte de ces diff�rents apports. Ses suites pour violoncelle (v. 1720), ses Suites anglaises (v. 1722), ses Suites fran�aises (v. 1722), ses partitas (1731), ou suites allemandes pour clavier, et ses quatre Suites pour orchestre (1721, 1727-1736) marquent l�apog�e de la suite classique. Il y ins�re toutes sortes de danses, notamment le rondeau fran�ais (partita en ut mineur), des morceaux de musique pure (air dans la partita en mi mineur ; aria de la suite d�orchestre en r�) et des pi�ces de fantaisie (burlesque de la partita en la mineur ; caprice de la partita en ut mineur ; badinerie de la suite pour orchestre en si mineur).</p><p>Ses suites d�orchestre, qu�il d�signe du nom d�ouvertures, sont toutes pr�-</p><p>c�d�es d�une ouverture � la fran�aise ; elles opposent une musique savante tr�s travaill�e � une musique de caract�re plus populaire. G. F. H�ndel*, dans ses suites pour le clavier, varie, comme son �mule, l�ordre des danses ainsi que ses morceaux d�introduction (pr�ludes, fugues ou ouvertures). Ses pi�ces sont parfois apparent�es, parfois ind�pendantes. Quant � ses concerti, ils participent souvent de la sonate, de la suite et de la sinfonia. Cette confusion devient fr�quente dans la seconde moiti� du XVIIIe s. Les premiers quatuors de J. Haydn* de m�me que les divertissements, les cassations et les s�r�-</p><p>nades de l�art classique viennois sont con�us dans l�esprit de la suite. Mais la forme-suite, peu d�velopp�e, sera bient�t concurrenc�e par la forme-sonate et n�appara�tra plus que dans les mouvements lents, le menuet et le finale de la nouvelle composition.</p><p>Sans dispara�tre tout � fait, la suite conna�t au d�but du XIXe s. une �clipse qui prend fin en Allemagne avec le renouveau d�int�r�t pour J.-S. Bach.</p><p>Franz Lachner (1803-1890) et Joachim Raff (1822-1882) sont les premiers � faire retour � l�ancienne forme. Sans s�astreindre maintenant aux r�gles anciennes (forme binaire, tonalit� unique), de nombreux compositeurs europ�ens, s�duits par la libert� et la fantaisie qu�autorise le genre, s�y</p><p>essaient : Mendelssohn* (Suite de concert pour orchestre, 1843), Bo�ly (4 Suites pour le piano dans le style des anciens ma�tres, 1854), Masse-net* (1re suite d�orchestre, 1867), Saint-Sa�ns* (Suite alg�rienne, 1880), Chabrier* (Suite pastorale, 1888), et d�Indy* (Suite en � r� � dans le style ancien, 1887). D�autres groupent des extraits de ballet, les �l�ments d�une musique de sc�ne ou des tableaux descriptifs sous le titre (ou le sous-titre) de suite symphonique, comme Bizet*</p><p>(l�Arl�sienne, 1872), Grieg* (Peer Gynt, 1876), Lalo* (Namouna, 1882), Gustave Charpentier (Impressions d�Italie, 1887), Rimski-Korsakov*</p><p>(Sch�h�razade, 1888) et Faur�* (Pell�as et M�lisande, 1898).</p><p>Au XXe s., la suite, consid�r�e jusque-l� comme un genre mineur, ouvre un champ tr�s libre � l�inspiration des musiciens. Son cadre appara�t moins conventionnel que celui de la sonate et de la symphonie. Jusque vers 1950, elle devient un moyen d�expression privil�gi� auquel s�int�ressent des artistes de toutes tendances qui font oeuvre originale, soit en transposant le style ancien dans le langage moderne, soit en faisant appel � la danse populaire ou aux danses d�aujourd�hui, sans jamais renoncer aux moyens techniques qu�ils ont choisis. Citons notamment : Debussy* (Printemps, 1887 ; Petite Suite pour piano � quatre mains, 1889 ; Suite bergamasque, 1891 ; Pour le piano, 1901 ; Children�s Corner, 1908 ; En blanc et noir, 1915) ; Alb�niz* (Suite espa�ola, 1908) ; Ravel* (Ma m�re l�Oye, 1908 ; le Tombeau de Couperin, 1917), Prokofiev* (Suite Scythe, 1915 ; suite de l�Amour des trois oranges, 1934), Berg* (Suite lyrique, 1925), Charles Koechlin (Suite en quatuor, 1915), Gian Francesco Malipiero (Im-pressioni dal vero, 1910-1922), Max Reger* (Eine romantische Suite, 1912 ; Suite im alten Stil, 1916), Stravinski*</p><p>(Histoire du soldat, 1918 ; Pulcinella, 1920), Hindemith* (Das Nusch-Nuschi, suite pour marionnettes, 1921 ; suite pour piano, 1922), Bart�k* (Suite de danses, 1923), Sch�nberg* (suite pour piano, 1924 ; suite en sol pour cordes, 1935), Kod�ly* (suite de H�ry J�nos, 1926), Roussel* (Suite en � fa �, 1926 ; Petite Suite pour orchestre, 1929), Poulenc* (Suite fran�aise d�apr�s</p><p>Gervaise, 1935), Gabriel Piern� (Impressions de music-hall, 1927), Ernst K&#x159;enek (Jonny spielt auf, 1927, qui contient des �l�ments de jazz), Schmitt* (Suite en rocaille, 1935 ; Suite sans esprit de suite, 1938), Durufl� (Trois Danses, 1938), Britten* (Suite, 1935), M. Emmanuel* (Suite fran-</p><p>�aise, 1934-35), Milhaud* (Suite proven�ale, 1936 ; Suite fran�aise, 1944), Jolivet* (Suite liturgique, 1942 ; Suite delphique, 1943 ; Suite transoc�ane, 1955), Daniel Lesur (Suite m�di�vale, 1946), Pierre Schaeffer (Suite pour quatorze instruments, 1949), Honegger* (Suite archa�que, 1951), Ohana*</p><p>(Suite pour un mimodrame, 1951) et Boulez* (Suite indienne, 1958).</p><p>A. V.</p><p>M. Brener, Histoire de la symphonie � orchestre depuis ses origines jusqu�� Beethoven inclusivement (Gauthier-Villars, 1882). /</p><p>A. F. H. Kretzschmar, F�hrer durch den Konzert-Saal, t. I : Sinfonie und Suite (Leipzig, 1887 ; nouv. �d., 1932). / V. d�Indy, Cours de composition musicale, t. II (Durand, 1909). / J. Ecor-cheville, Vingt Suites d�orchestre du XVIIe si�cle fran�ais (Fortin, 1906 ; 2 vol.). / C. Nef, Ges-downloadModeText.vue.download 553 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10508</p><p>chichte der Sinfonie und Suite (Leipzig, 1921).</p><p>/ F. Blume, Studien zur Vorgeschichte der Or-chestersuite im 15. und 16. Jahrhundert (Leipzig, 1925). / G. Oberst, Die englische Orchester-Suiten um 1600 (Wolfenb�ttel, 1929). /</p><p>M. Pearl, The Suite in Relation to Baroque Style (New York, 1957). / A. Machabey, la Musique de danse (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1966).</p><p>suite de</p><p>nombres r�els</p><p>Application de l�ensemble N des entiers naturels dans l�ensemble R des nombres r�els, not�e (xn), telle que n 7 xn, n &#x2208; N, xn &#x2208; R.</p><p>G�n�ralit�s</p><p>L��tude des suites de nombres r�els comporte un grand nombre de d�finitions et de propri�t�s li�es aux structures de l�ensemble R des nombres r�els : structure d�espace topologique</p><p>dont les ouverts sont les intervalles ouverts et structure de corps archim�-</p><p>dien totalement ordonn� par la relation d�in�galit�.</p><p>xn est le terme g�n�ral de la suite (xn). Pour d�finir une suite, il suffit de se donner l�expression de xn en fonction de n : tel est le cas de la suite dont le terme g�n�ral est qui</p><p>n�est d�finie que pour et dont la limite, quand n 7 + &#x221E;, est le nombre e, base des logarithmes n�p�riens. Il se peut que la suite ne soit d�finie que pour C�est le cas de la suite</p><p>pr�c�dente et aussi, par exemple, de la suite</p><p>d�finie seulement pour</p><p>�tudier une suite, c�est pr�ciser, quand n varie et augmente ind�finiment, comment se comporte son terme g�n�ral, c�est-�-dire s�il augmente ou, au contraire, diminue, s�il reste born�, s�il devient infini, s�il tend vers une limite finie, s�il oscille autour d�une limite, etc.</p><p>y Une suite (xn) est dite born�e s�il existe M &#x2208; R tel que, quel que soit n,</p><p>|xn| d�signant le module de</p><p>xn ou sa valeur absolue.</p><p>y La suite (xn) tend ou converge vers l &#x2208; R ou admet l comme limite si, quel que soit &#x3B5; &gt; 0, il existe n&#x3B5; &#x2208; N tel que n &gt; n&#x3B5;, entra�ne |xn � l| &lt; &#x3B5;. Ainsi, si (xn) est d�finie par</p><p>(xn) tend vers 1.</p><p>y La suite (xn) est une suite de Cauchy si, quel que soit le nombre &#x3B5; &gt; 0, il existe un entier n&#x3B5;, tel que n &gt; n&#x3B5;</p><p>et p &gt; n&#x3B5;, entra�ne |xn � xp| &lt; &#x3B5;. Pour qu�une suite de nombres r�els soit convergente, il faut et il suffit qu�elle soit de Cauchy.</p><p>Exemple.</p><p>, o�</p><p>(&#x3B5;n) est une suite de nombres �gaux � 1</p><p>ou � � 1. Pour p &gt; q,</p><p>Par suite,</p><p>La suite (xn) est une suite de Cauchy.</p><p>Elle converge donc dans R vers une limite l que l�on peut encadrer.</p><p>En effet</p><p>et</p><p>tend vers 2 par valeurs inf�rieures quand n 7 + &#x221E;, en croissant. Il en r�sulte que</p><p>y La suite (yn) est dite �quivalente � la suite (xn) s�il existe une suite (&#x3B1;n) tendant vers 1, telle que, pour n &gt; n0, yn = &#x3B1;nxn. Si la suite (xn) est convergente, il en est de m�me de la suite (yn). Inversement, si (xn) et (yn) sont deux suites convergeant vers une m�me limite non nulle, elles sont �quivalentes.</p><p>Exemple. Les suites</p><p>sont �quivalentes.</p><p>y La limite d�une suite de Cauchy est unique. Si (xn) est � termes positifs ou nuls, sa limite est positive ou nulle.</p><p>Si la limite l de la suite (xn) � termes positifs ou nuls �tait n�gative, pour n &gt; n&#x3B5;, on aurait |l � xn| &lt; &#x3B5;, ce qui signifie que tous les termes de (xn) sont n�gatifs si l�on prend &#x3B5; = |l|. Ce qui est faux. Donc l = 0.</p><p>Comme cons�quence, si (xn) et (yn) sont deux suites convergeant respectivement vers l et l&#x2032;, et si, pour tout n, alors En effet, la</p><p>suite (zn) = (xn � yn), � termes positifs ou nuls, a une limite positive ou nulle qui est �gale � l � l&#x2032;.</p><p>y Si les suites (xn) et (yn) convergent respectivement vers l et l&#x2032;, la suite (zn) = (xn + yn) converge vers l + l&#x2032;. Si la suite (xn) tend vers z�ro et si la suite (yn) est born�e, la suite (vn) = (xnyn) tend vers z�ro. Si la suite (xn) tend vers une limite l non nulle, la suite tend vers</p><p>Suites adjacentes</p><p>Si deux suites (xn) et (yn) sont telles que (xn) soit croissante, (yn) d�croissante, pour tout n &#x2208; N et xn � yn 7 0,</p><p>ces deux suites ont une limite commune l : et Les suites</p><p>(xn) et (yn) sont dites adjacentes.</p><p>Exemple.</p><p>La suite (xn) est donc croissante. De plus,</p><p>La suite (yn) est donc d�croissante.</p><p>Enfin, on a</p><p>tend vers z�ro puisque</p><p>D�o� l�existence de la limite commune l = 2a &#x3B8;, �quivalent commun de xn et yn, quand n 7 + &#x221E;.</p><p>Suites monotones</p><p>Tout sous-ensemble X major� (respect, minor�) de R poss�de une borne sup�rieure (respect, inf�rieure), ou plus downloadModeText.vue.download 554 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10509</p><p>petit majorant M (respect, plus grand minorant m), telle que :</p><p>Il en r�sulte que :</p><p>� toute suite d�croissante minor�e a une limite finie et toute suite d�croissante non minor�e tend vers � &#x221E;.</p><p>� toute suite d�croissante minor�e a une limite finie et toute suite d�croissante non minor�e tend vers � &#x221E;.</p><p>Dans le premier cas, quel que soit &#x3B5; &gt; 0, il existe p &#x2208; N tel que, l d�signant la borne sup�rieure, Pour</p><p>n &gt; p, xn &gt; xp ; d�o� ce</p><p>qui montre que la suite (xn) tend vers l.</p><p>Dans le cas d�une suite d�croissante, la limite est la borne inf�rieure.</p><p>Ces deux importants th�or�mes</p><p>permettent d��tudier de nombreuses suites.</p><p>Exemples. Soit � �tudier la suite Cette suite est croissante. En effet, Supposons xn &gt; xn�1.</p><p>Alors</p><p>Cette suite est major�e par le nombre 2. En effet, . Supposons</p><p>xn &lt; 2. Alors</p><p>La suite (xn) a donc une limite positive qui v�rifie n�cessairement la relation l est donc la racine</p><p>positive de l��quation l2 � l � 2 = 0, c�est-�-dire l = 2.</p><p>Plus grande et</p><p>plus petite limite</p><p>� toute suite (xn) de nombres r�els, on peut associer deux �l�ments de R qui g�n�ralisent la notion de limite et qui sont �gaux � la limite de (xn,) quand (xn) converge.</p><p>Plus grande limite</p><p>ou limite sup�rieure</p><p>de la suite (xn)</p><p>C�est un �l�ment L de unique, tel que :</p><p>� quel que soit &#x3BB; &lt; L, l�ensemble des xn qui v�rifient xn &gt; &#x3BB; est infini ;</p><p>� quel que soit &#x3BB; &gt; L, l�ensemble des xn qui v�rifient xn &gt; &#x3BB; est fini.</p><p>On note</p><p>Plus petite limite</p><p>ou limite inf�rieure</p><p>de la suite (xn)</p><p>C�est un �l�ment l de unique, tel que :</p><p>� quel que soit &#x3BB; &gt; l, l�ensemble des xn qui v�rifient xn &lt; &#x3BB; est infini ;</p><p>� quel que soit &#x3BB; &lt; l, l�ensemble des xn qui v�rifient xn &lt; &#x3BB; est fini.</p><p>On note</p><p>On a L = + &#x221E; (respect. l = � &#x221E;) si et seulement si la suite (xn) est non major�e (respect, non minor�e).</p><p>Pour qu�une suite (xn) soit convergente dans il faut et il suffit que L = l, et l�on a</p><p>La notion de suite est importante.</p><p>Le probl�me des s�ries num�riques, par exemple, revient � l��tude d�une suite form�e de la somme des n premiers termes de la s�rie. D�autre part, la plupart des notions pr�c�dentes, c�est-�-dire celles qui font appel � la structure d�espace topologique de la droite r�elle R, sont susceptibles d��tre d�finies dans un espace topologique E</p><p>g�n�ral ou dans un espace m�trique E</p><p>muni d�une distance d. Il en est ainsi de la notion de limite et de celle de suite de Cauchy.</p><p>E. S.</p><p>F N / Q / R / S�rie / Topologie / Z.</p><p>G. Valiron, Cours d�analyse math�matique, t. I : Th�orie des fonctions (Masson, 1942 ; 3e �d., 1966). / G. Choquet, Cours d�analyse, t. II : Topologie (Masson, 1964). / L. Chambadal et J.-L. Ovaert, Cours de math�matiques, t. I : Notions fondamentales d�alg�bre et d�analyse (Gauthier-Villars, 1966). / J. Lelong-Ferrand et J. M. Arnaudi�s, Cours de math�matiques, t. II : Analyse (Dunod, 1972).</p><p>Sukarno</p><p>Homme d��tat indon�sien (Surabaya, 1901 - Jakarta 1970).</p><p>Sukarno (ou Sockarno) �tait fils d�un instituteur d�origine javanaise et d�une m�re balinaise. Son nom unique de Sukarno lui a �t� donn� par r�f�-</p><p>rence � un personnage du wayang, ou th��tre d�ombres javanais ; apr�s l�in-d�pendance, les Indon�siens l�appel�rent volontiers du nom familier, et respectueux, de Bung Karno (� fr�re Karno �) ; certains journalistes, trouvant son nom trop court, lui forg�rent</p><p>sans aucun fondement le � pr�nom �</p><p>d�Achmad.</p><p>Sukarno commence ses �tudes dans une �cole primaire europ�enne (Eu-ropeesche Lagere School � Sidoarjo et les poursuit dans un coll�ge secondaire de Surabaya. Durant son s�jour � Surabaya, il prend pension dans la famille de Haji Umar Said Cokroaminoto, l�un des fondateurs du Sarekat Islam, l�une des premi�res associations politiques d�Indon�sie ; cela lui permet de faire la connaissance de diverses personnalit�s et de s�initier aux id�es politiques du moment. Puis il se rend � Bandung pour suivre les cours de l��cole sup�-</p><p>rieure technique (Technische Hoges-chool) et en sort avec le titre d�ing�-</p><p>nieur ; membre de l�association Jong Java, il est un des promoteurs du Studie Club de Bandung.</p><p>Avec quelques autres nationalistes (Dr. Cipto Mangunkusumo, Budiarjo, Sunaryo), il cr�e en juillet 1927 l�Association nationale indon�sienne (Per-serikatan Nasional Indonesia), qui prend l�ann�e suivante le nom de parti national indon�sien (Partai Nasionalis Indonesia, PNI). En d�cembre 1929, il est arr�t� par les autorit�s coloniales et condamn� en ao�t 1930 � quatre ans de prison pour activit�s subversives.</p><p>Le discours qu�il prononce pour sa d�fense (et qui fut publi� par la suite) lui vaut beaucoup d�admirateurs et de partisans. Lib�r� d�s d�cembre 1931, Sukarno reprend ses activit�s au sein du Partindo (Partai Indonesia), en essayant de ranimer le PNI. Arr�t� de nouveau en juillet 1933, il est exil� � Endeh, dans l��le de Flores.</p><p>Ces huit ann�es d�intense activit� politique (1925-1933) sont suivies de neuf ann�es de retraite forc�e et d�isolement (1933-1942), � Flores tout d�abord, puis, � partir de 1937, dans le petit port de Bengkulu (sur la c�te occidentale de Sumatra sud). Sukarno y lit beaucoup et y met au point quelques-unes des id�es qu�il publiera par la suite. En juillet 1942, il est lib�r� par les Japonais, qui le font venir � Jakarta avec l�intention de lui confier des responsabilit�s dans le gouvernement de collaboration qu�ils projettent. De 1942 � 1945, il occupe une place �minente dans les divers organismes cr��s</p><p>par l�occupant (Putera, Jawa Hokokai, Cuo Sangui In). Peu de jours avant la capitulation du Japon (14 ao�t 1945), il se rend � Dalat pour rencontrer le mar�chal Terauchi, qui ne se montre pas d�favorable � l�id�e d�une ind�pendance indon�sienne.</p><p>Le 17 ao�t 1945, il proclame l�in-d�pendance de l�Indon�sie � Jakarta et devient le premier pr�sident de la R�publique (avec Mohammad Hatta</p><p>comme vice-pr�sident). Repli� � Jogjakarta, capitale de la jeune R�publique, il dirige la lutte contre les Hollandais, qui essaient de reprendre pied. En d�cembre 1948, Jogjakarta est prise et Sukarno fait prisonnier : il est transf�r� � Prapat (Sumatra), puis � Bangka.</p><p>Finalement lib�r�, il rentre � Jogjakarta en juillet 1949 ; en d�cembre, il devient pr�sident de la R�publique des �tats-Unis d�Indon�sie (Republik Indonesia Serikat [RIS]) et s�installe d�finitivement � Jakarta. Le 14 ao�t 1950, il proclame la R�publique unifi�e. En septembre 1951, il re�oit le titre de docteur honoris causa de l�universit� de Jogjakarta pour sa conception du Pancasila.</p><p>Son pouvoir se trouve d�s lors limit� par les r�gles du syst�me parlementaire qui vient d��tre institu�. En d�pit de certaines pressions (notamment celles de l�arm�e en 1952) qui l�incitent � adopter une position forte � l��gard du Parlement, le pr�sident jouera le jeu jusqu�en 1957. Int�rieurement, le pays est encore divis� par des mouvements s�paratistes et, � l�ext�rieur, il doit se faire une place dans le concert international. La conf�rence de Bandung (avr. 1955) consacre de fa�on �clatante la place de l�Indon�sie dans le monde et vaut � Sukarno un succ�s personnel indubitable.</p><p>L�ann�e 1957 marque un tournant</p><p>dans les conceptions du pr�sident.</p><p>Abandonn� par Mohammad Hatta,</p><p>par certains �l�ments musulmans et par une partie de l�arm�e, Sukarno se d�cide � rompre avec le syst�me parlementaire et instaure une � d�mocratie dirig�e �, qui r�unit en ses seules mains l�essentiel du pouvoir. Le 30 novembre, � Jakarta, il �chappe dans le quartier de Cikini � un attentat, ce qui l�engage plus avant dans la voie du radicalisme. Les derni�res ann�es de</p><p>sa pr�sidence sont marqu�es par un net virage � gauche ; tout en pr�chant le Nasakom, l�union sacr�e des nationalistes, des partis religieux et des communistes, Sukarno s�engage dans une politique � anti-imp�rialiste �, hostile � la Grande-Bretagne et peu favorable aux �tats-Unis. Peu soucieux des probl�mes �conomiques, il laisse la situation sociale se d�t�riorer, et, en 1965, le � Mouvement du 30 septembre �</p><p>(Gestapu) marque la fin de son autorit�. Sukarno est oblig� de transf�rer ses pouvoirs au g�n�ral Suharto, puis est maintenu par l�arm�e dans un iso-downloadModeText.vue.download 555 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10510</p><p>lement qui l�emp�che de retrouver un r�le politique. Il meurt le 21 juin 1970.</p><p>Une partie de ses articles et de ses discours, concernant notamment sa conception du marhaenisme (marhaen �tant le type du prol�taire indon�sien), se trouvent regroup�s dans un recueil intitul� Sous le drapeau de la R�volution (Di bawah bendera Revol�si).</p><p>D. L.</p><p>F Indon�sie.</p><p>T. Vittachi, la Chute de Sukarno (Gallimard, 1967).</p><p>sulfamides</p><p>M�dicaments chimiques pr�par�s par synth�se et caract�ris�s par un groupement soufr� et amin� (SO2NH2), d�nomm� groupement sulfamide, par analogie avec le groupement amide (CONH2).</p><p>Les sulfamides fournissent � la th�-</p><p>rapeutique trois familles de m�dicaments : des antiseptiques chlor�s, plus g�n�ralement d�sign�s sous le nom de chloramines ; des antibiotiques* antimicrobiens, ou sulfamides proprement dits ; des hypoglyc�miants, utilis�s dans le traitement du diab�te sucr�.</p><p>Les chloramines</p><p>Elles ont �t� introduites au cours de la Premi�re Guerre mondiale, comme antiseptiques, pour le lavage des plaies et pour l� st�rilisation de l�eau de boisson ; elles agissent par lib�ration de chlore ; la chloramine T lib�re un atome d�oxyg�ne par mol�cule de chloramine. Ces m�dicaments d�application uniquement locale sont employ�s en dermatologie, gyn�cologie, etc.</p><p>Les sulfamides</p><p>antimicrobiens</p><p>D�couverts par G. Domagk, ils ont �t� introduits en th�rapeutique en 1935 � la suite des travaux de Constantin Leva-diti (1874-1953) et de Vaisman d�une part, de Jacques Tr�fou�l (n� en 1897), de Th�r�se Tr�fou�l (n�e en 1892), de Fr�d�ric Nitti (1905-1947) et de Daniel Bovet (n� en 1907) d�autre part. Ils se diff�rencient des chloramines par le fait qu�ils peuvent �tre administr�s par voie g�n�rale, buccale le plus souvent.</p><p>D�s le d�but du XXe s. (Paul Ehrlich et Sahachiro Hata, 1904 ; Charles Nicolle et F. Mesnil, 1906), l�attention avait �t� attir�e sur le pouvoir antimicrobien de certains colorants diazo�ques. Ces travaux aboutirent � la mise en �vidence, en 1932, du pouvoir antibact�rien de la sulfamidochryso�dine, qu�on utilisa durant une trentaine d�ann�es dans les streptococcies, notamment dans le traitement de l��rysip�le. D�s 1935, il fut d�montr� que l�action antibiotique de ce colorant �tait ind�pendante de sa fonction azo�que colorante N=N, mais li�e � un de ses m�tabolites, d�riv� non colorant poss�dant un groupement sulfamide. L�utilisation en th�rapeutique de deux d�entre eux, le para-amino-benz�ne-sulfamide, ou 1 162 F d�Ernest Fourneau (1872-1949), et le para-benzylaminoph�nyl-sulfamide, donna des r�sultats spectaculaires dans le traitement des infections � germes pyo-g�nes, les gonococcies (blennorragies), les m�ningococcies (m�ningites).</p><p>Malheureusement les ph�nom�nes de r�sistance des germes aux sulfamides, bient�t constat�s, vinrent diminuer au bout de quelques ann�es l�int�r�t de ces nouveaux m�dicaments. Il en r�sulta une prolif�ration de m�dicaments sulfamides, �tudi�s en vue de</p><p>la lutte contre le ph�nom�ne de r�sistance, mais �galement dans le dessein d�en �tendre le spectre antimicrobien.</p><p>On admet que l�action antibiotique des sulfamides serait due � l�acide para-amino-benzo�que provenant de leur m�tabolisme, qui viendrait, par analogie de structure, bloquer un des constituants n�cessaires � un processus enzymatique intervenant dans le d�veloppement des bact�ries.</p><p>Gerhard Domagk</p><p>Biochimiste allemand (Lagow, Brandebourg, 1895 - Burgberg, For�t-Noire, 1964), c�l�bre pour sa d�couverte des sulfamides en th�rapeutique anti-infectieuse en 1935. Il ouvrit ainsi l��re de la chimioth�rapie antibact�rienne et obtint le prix Nobel de m�decine en 1939, mais, d�chu par Hitler, il ne put recevoir le prix qu�en 1947. Pendant les derni�res ann�es de sa vie, il se consacra � la chimioth�rapie anticanc�reuse.</p><p>Les sulfamides</p><p>hypoglyc�miants</p><p>Ils ont �t� introduits � la suite des travaux de Marcel Janbon (n� en 1898), qui constata les propri�t�s antidiab�-</p><p>tiques de certains sulfamides (1942).</p><p>Ils ont, par la suite, pris une place importante dans la th�rapeutique antidiab�tique (v. diab�te).</p><p>Actuellement, leur utilisation est en progr�s constants ; par contre, celle des sulfamides antimicrobiens est fortement concurrenc�e par l�usage des antibiotiques fongiques ou synth�tiques.</p><p>Toutefois, si beaucoup de sulfamides ont d� �tre abandonn�s par suite des ph�nom�nes de r�sistance microbienne ou pour leur toxicit�, l�industrie pharmaceutique pr�pare encore des sulfamides dont le spectre s�est �tendu jusqu�� certains germes � Gram n�gatifs � ou que leurs caract�res de solubilit�, intervenant dans leur absorption au niveau de la muqueuse intestinale, rend pr�cieux dans le traitement de nombreuses infections.</p><p>� c�t� des sulfamides, il faut mentionner les sulfones, chimiquement caract�ris�es par un groupement SO2</p><p>downloadModeText.vue.download 556 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10511</p><p>reli� � deux noyaux cycliques (sulfones sym�triques : diph�nylsulfone ou D. D. S. [R�SO2�R&#x2032;]) ou, d�une part, � un noyau cyclique et, d�autre part, � un noyau quelconque. Ces corps sont actifs contre les bacilles acido-r�-</p><p>sistants (tuberculose, l�pre), mais ils sont toxiques et difficiles � manier ; ils ont �t� d�tr�n�s par les antibiotiques fungiques.</p><p>R. D.</p><p>F Chimioth�rapie.</p><p>sulfhydryl�s</p><p>(d�riv�s)</p><p>Compos�s renfermant le groupement sulfhydryle �SH.</p><p>Les thiols R�SH, les thioph�nols &#x424;�SH, les thio�thers R�S�R&#x2032;,</p><p>&#x424;�S�R, &#x424;�S�&#x424; sont les analo-</p><p>gues sulfur�s des alcools, des ph�nols, des �thers-oxydes. Quelques-uns ont �t� signal�s � l��tat naturel (C2H5SH</p><p>dans l�urine apr�s un repas d�asperges).</p><p>Les thiols et les thioph�nols sont d�si-gn�s du nom des alcools ou des ph�-</p><p>nols, dans lequel le suffixe ol fait place au suffixe thiol.</p><p>CH3�CH2�CH2SH : propane thiol-1.</p><p>Les thio�thers sont consid�r�s</p><p>comme sulfures du radical li� au soufre.</p><p>CH3�CH2�S�CH2�CH3 : sulfure</p><p>d��thyle.</p><p>Les thiols et les thioph�nols r�sultent de la r�duction des chlorures d�acides sulfoniques :</p><p>R�SO2Cl + 6 H 7 HCl + 2 H2O + R�SH ; &#x3A6;�SO2Cl + 6 H 7 HCl + 2 H2O + &#x3A6;�SH.</p><p>Mais les thiols aliphatiques s�obtiennent plus facilement par action des monosulfures alcalins sur les �thers halohydriques :</p><p>RX + NaSH 7 NaX + R�SH.</p><p>Les thio�thers sym�triques r�sultent de l�action des sulfures neutres sur les �thers halohydriques :</p><p>2 R�X + Na2S 7 2 NaX + R�S�R.</p><p>Les thio�thers dissym�triques se forment dans l�action des �thers halohydriques sur les sels alcalins des thiols ou des thioph�nols :</p><p>R�SNa + R&#x2032;X 7 NaX + R�S�R&#x2032; ;</p><p>&#x3A6;�SNa + RX 7 NaX + &#x3A6;�S�R.</p><p>Les thiols sont des liquides : les termes les plus simples sont plus volatils que les alcools correspondants, car moins associ�s ; par contre, les termes lourds sont moins volatils que les alcools correspondants. Les thio�-</p><p>thers sont des liquides moins volatils que les �thers-oxydes ; ces compos�s sont moins solubles dans l�eau que les alcools, les ph�nols, les �thers-oxydes de m�me squelette.</p><p>Les thiols et les thioph�nols poss�-</p><p>dent une odeur naus�abonde tr�s puissante. Bien purs, les thio�thers ont une odeur �th�r�e.</p><p>Les thiols et les thioph�nols ont une grande analogie avec les alcools et les ph�nols. Ils s�en distinguent par une acidit� nettement sup�rieure ; c�est ainsi que les thiolates RSNa prennent naissance sous l�action de la soude et sont bien moins hydrolyses que les alcoolates. HgO forme un sel (RS)2Hg, ce qui a fait donner � RSH le nom de mercaptan.</p><p>Il y a cependant deux diff�rences</p><p>essentielles.</p><p>Alors que l�oxydation permanga-</p><p>nique des alcools porte sur le carbone, celle des thiols et des thioph�nols porte sur le soufre :</p><p>R�SH + 3 O 7 R�SO3H ;</p><p>&#x3A6;�SH + 3 O 7 &#x3A6;�SO3H.</p><p>D�autre part, l�oxydation par l�iode est duplicative :</p><p>2 RSH + I2 7 2 HI + R�S�S�R</p><p>(disulfure).</p><p>Les thio�thers fixent une mol�cule de chlore :</p><p>L�hydrolyse de ce dichlorure conduit � un sulfoxyde :</p><p>L�oxydation permanganique va plus loin et forme des sulfones :</p><p>Les thio�thers s�unissent aux �thers halohydriques pour engendrer des sels de sulfonium ternaire :</p><p>R�S�R + RI 7 S+(R)3, I�.</p><p>Ces sels, bien cristallis�s, sont transform�s par Ag+, OH� en bases sulfonium ternaires :</p><p>I&#x2032;.S+ (R)3 + AgOH 7 AgI + OH�, S+</p><p>(R)3.</p><p>Ces bases, aussi fortes que la potasse, sont tr�s solubles dans l�eau, mais thermiquement instables ; elles se d�composent, vers 130� C, comme les bases ammonium quaternaire :</p><p>OH�, (C2H5)3S+ 7 H2O + (C2H5)2S +</p><p>CH2=CH2.</p><p>Comme le ph�nate de sodium, le thioph�nate subit la r�action de Kolbe : Ce dernier est un interm�diaire dans la synth�se du thio-indigo.</p><p>Thioac�tals</p><p>Les thioac�tals se forment par action directe des thiols sur les ald�hydes ou les c�tones :</p><p>Comme les thio�thers, ils sont oxydables en sulfones :</p><p>Le sulfonal est utilis� comme</p><p>hypnotique.</p><p>C. P.</p><p>sulfon�s (d�riv�s)</p><p>ou acides</p><p>sulfoniques</p><p>Compos�s caract�ris�s par la pr�sence, sur un atome de carbone, du groupe fonctionnel �SO3H.</p><p>Les repr�sentants aliphatiques se forment dans l�action du sulfite monosodique sur les �thers halohydriques ou par oxydation des thiols ; les repr�sentants aromatiques nucl�aires, de beaucoup les plus importants, se pr�parent par la r�action dite � de sulfonation � : &#x3A6;H + H2SO4 7 H2O + &#x3A6;�SO3H.</p><p>En pratique, on emploie surtout les ol�ums, et la sulfonation peut se r�p�-</p><p>ter, principalement en meta et tr�s difficilement en 1�3�5.</p><p>Les d�riv�s sulfones des deux s�ries ont un grand nombre de propri�t�s communes. Ce sont des liquides tr�s solubles dans l�eau, le plus souvent hygroscopiques et cristallisant difficilement. Ce sont des acides tr�s forts, dont tous les sels sont aquosolubles.</p><p>Ils catalysent, mieux que l�acide sulfurique, la d�shydratation des alcools. PCl5 les transforme en chlorures d�acides R�SO2Cl et &#x424;�SO2CI,</p><p>dont les propri�t�s rappellent celles des chlorures d�acides carboxyliques ; la r�duction de ces chlorures conduit</p><p>� des thiols ou � des thioph�nols ; ils transforment les alcools non tertiaires en �thers sulfoniques R�SO2OEt et &#x424;�SO2OEt, et les amin�s non tertiaires en sulfamides :</p><p>R�SO2Cl + &#x424;NH2 7 HCl + &#x424;�</p><p>SO2NH&#x424;.</p><p>� cette fonction correspondent les sulfamides pharmaceutiques. Les carbures aromatiques (en pr�sence de AlCl3) conduisent � des sulfones : R�action analogue avec les organo-magn�siens :</p><p>R�SO2Cl + R&#x2032;MgX 7 R�S(O2)�R&#x2032;.</p><p>La liaison &#x424;�SO3H est amphot�re.</p><p>En milieu acide, elle se coupe en &#x424;�, SO3H+.</p><p>La sulfonation est r�versible :</p><p>L�acide nitrique remplace �SO3H par</p><p>�NO2 :</p><p>&#x3A6;�SO3H + HNO3 7 SO4H2 + &#x3A6;�</p><p>NO2.</p><p>En milieu alcalin, la coupure est inverse :</p><p>Une application importante est la fusion alcaline :</p><p>elle a servi longtemps � la pr�paration des ph�nols.</p><p>On peut en rapprocher les deux r�actions suivantes :</p><p>qui, d�ailleurs, n�ont gu�re d�int�r�t pratique.</p><p>La sulfonation des colorants et des m�dicaments ne modifie gu�re la couleur ou les propri�t�s pharmacodynamiques, mais rend ces compos�s solubles dans l�eau sous forme de sels alcalins. Cette propri�t� du groupe sulfonique est largement utilis�e.</p><p>Les sels d�acides sulfoniques �</p><p>longue cha�ne</p><p>CH3�(CH2)n�2�CH2�SO3Na</p><p>poss�dent des propri�t�s d�tergentes ; ces savons ne forment pas de grumeaux avec les eaux riches en sels de calcium.</p><p>C. P.</p><p>downloadModeText.vue.download 557 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10512</p><p>sulfurique (acide)</p><p>F SOUFRE.</p><p>Sulla ou Sylla</p><p>(Lucius Cornelius)</p><p>G�n�ral et homme politique romain (138 - Cumes 78 av. J.-C.).</p><p>Il est issu d�une branche obscure de la gens Cornelia. Amateur de litt�rature, il s�engage tardivement dans la politique, � la faveur des ressources d�un h�ritage. Son absence de scrupule et de moralit� aussi bien que les qualit�s dont il fera preuve dans ses fonctions militaires marqueront l�ensemble de son originale carri�re.</p><p>La conqu�te du pouvoir</p><p>Questeur en 106, Sulla participe, sous le commandement de Marius*, � la guerre contre Jugurtha. Il sait, en diplomate, persuader Bocchus, roi</p><p>de Mauritanie, de livrer Jugurtha. En outre, Bocchus lui accorde son appui financier. Sulla accompagne ensuite Marius dans ses op�rations contre les Cimbres et les Teutons : en qualit� de l�gat, il bat plusieurs chefs barbares.</p><p>Mais la jalousie r�ciproque entre lui et Marius s�aggrave rapidement. De retour � Rome, Sulla brigue en vain la pr�ture ; il ne l�obtiendra, � force d�argent, qu�en 97. Propr�teur ensuite en Cilicie, il fait �nergiquement la chasse aux pirates et obtient sans trop de difficult� de Mithridate VI* Eupator, roi du Pont, la restitution de la Cappadoce � Ariobarzane Ier, roi prot�g� par Rome.</p><p>Il re�oit une ambassade des Parthes et signe le premier accord avec eux.</p><p>� son retour � Rome, o� sa renom-m�e s�est accrue, il est accueilli comme l�un des chefs possibles de la faction aristocratique. La Guerre sociale (91-88), contre les peuples r�volt�s d�Italie, lui donne une nouvelle occasion de se distinguer. L�gat en 89, Sulla remporte plusieurs victoires sur les Samnites.</p><p>Consul en 88, il enl�ve les principales places occup�es par les r�volt�s et met ainsi fin � la guerre.</p><p>Sa rivalit� avec Marius atteint alors le sommet : l�un et l�autre ambitionnent d��tre charg�s de la guerre contre Mithridate, dont les empi�tements en Asie requi�rent une �nergique r�plique. Le s�nat d�signe Sulla. Marius obtient � son tour le commandement, � la faveur d�une �meute provoqu�e par un tribun de la pl�be. Il semble que Sulla ait abandonn� Rome � Marius, � condition de disposer lui-m�me des troupes.</p><p>Marius avait profit� de la situation.</p><p>Mais, contrairement � ses pr�visions, Sulla r�ussit � persuader ses soldats de marcher contre Rome (les officiers sup�rieurs, eux, ont pr�f�r� prendre le large) et p�n�tre dans la ville en d�pit de la r�sistance de la pl�be. Ma�tre de la situation, il n�a plus qu�� dicter ses volont�s au s�nat : il se fait attribuer la direction de la guerre, et Marius est d�-</p><p>clar� ennemi public. En 87, Sulla part, laissant Rome aux mains de gens qui lui semblent d�vou�s. Et quand bien m�me ses ennemis reprendraient le dessus � Rome, ce ne pourrait �tre qu�� titre provisoire, car il a d�j� en main la recette de la dictature militaire.</p><p>En Orient, Sulla trouve une situation d�sastreuse : Mithridate a massacr� les Romains, ruin� leur commerce, s�duit leurs alli�s. La Gr�ce s�est retourn�e vers lui. C�est tout l�ensemble des pays gr�co-asiatiques qui est � reconqu�rir.</p><p>Sulla s�avance � travers la Gr�ce en r�quisitionnant et en ran�onnant, et as-si�ge ses adversaires dans Ath�nes, qui est bient�t affam�e : on mange le cuir des outres et les orties de l�Acropole.</p><p>S�emparant d�Ath�nes, puis du Pir�e (86), Sulla fait un v�ritable carnage et se venge des moqueries des Ath�niens, qui l�ont trait� de � m�re saupoudr�e de farine �, allusion � sa face blafarde et boutonneuse. � Ch�ron�e et � Or-chom�ne, il bat peu apr�s les arm�es envoy�es par Mithridate au secours d�Ath�nes. La Gr�ce d�Europe est de nouveau soumise. Quant � l�Asie, elle se lasse rapidement du despotisme de Mithridate, et les partisans de l�alliance romaine reprennent le dessus. Mithridate essaie de tergiverser, puis apporte sa soumission � l�entrevue de Darda-nos (85). Sulla reconstitue la province d�Asie, fait une utile r�forme fiscale et remplit ses coffres en r�clamant les arri�r�s d�imp�t. Il s�attarde en Gr�ce, o� il veille � l�embarquement de son butin. Le butin, les soldats combl�s : il ne faut pas autre chose pour consolider sa position � Rome.</p><p>Pendant ses quatre ans d�absence, Marius et ses partisans ont �t� les ma�tres � Rome et y ont r�gn� en tyrans : la maison de Sulla a �t� ras�e, et ses partisans ont �t� massacr�s. Sulla adresse au s�nat une lettre vengeresse qui fait trembler les p�res et les incite � pr�parer une r�conciliation. Puis, sans se presser, il d�barque en 83 � Brindes avec son arm�e et son immense flotte.</p><p>Beaucoup passent aussit�t dans son camp. Beaucoup, mais pas tous : il faudra un an � Sulla pour s�ouvrir le chemin de Rome (victoire du d�fil� de Sacriport, pr�s de Pr�neste, en 82), o� il entrera apr�s un ultime combat � la porte Colline. Il a, en m�me temps que p�n�tr� dans la ville, an�anti les derni�res troupes des marianistes et mis fin � la guerre civile, non sans beaucoup devoir � ses amis (ou complices du moment) Metellus et Pomp�e*.</p><p>La dictature</p><p>Sulla a �t� l�un des initiateurs de la p�riode de d�sordre qui a fait passer Rome de la R�publique � l�Empire.</p><p>L�historien Appien observait d�j� que le coup de Sulla, en 88, marquait une coupure dans l�histoire romaine, � partir de laquelle les g�n�raux victorieux se conduisaient en despotes. Il avan�ait que Sulla aurait pu fonder une monarchie. La question a �t� reconsid�r�e par les historiens modernes : si J�r�me Carcopino fait de l�entreprise de Sulla une tentative de monarchie, H. H. Scullard pense, au contraire, que le dictateur a voulu restaurer l�autorit� s�natoriale, aux d�pens des autres institutions. Pour C. Nicolet, Sulla repr�-</p><p>sente le succ�s d�une faction du s�nat, celle des aristocrates. Comme on le voit, il y a place aujourd�hui pour une certaine diversit� d�hypoth�ses. Il est certain que Sulla a pratiqu� une politique r�formiste coh�rente, r�sultant d�une intention pr�cise. � l�examen de ces r�formes, l�intention profonde demeure cependant plus ou moins</p><p>�nigmatique.</p><p>Sulla a commenc� par se faire nommer dictateur � vie par la lex Valeria (82), qui lui donne tous les pouvoirs, et par faire dispara�tre non seulement ses adversaires politiques, mais tous ceux dont il a � se venger. Tandis qu�il dicte ses volont�s au s�nat, on entend les hurlements de ceux qu�il fait massacrer dans le cirque voisin. Ceux qui ne sont pas tu�s sont proscrits. Longue est leur liste, et le proscrit n�a plus de biens ni de droit � la vie. N�importe qui peut l�abattre : occasion r�v�e pour maints r�glements de comptes, tant chez les nobles que dans une populace jalouse des riches. Apr�s quoi, une loi � de majest� � voue au pire ceux qui l�veraient des troupes, fomenteraient des d�sordres ou simplement prof�reraient des propos diffamatoires en public.</p><p>Une certaine terreur ainsi institutionnalis�e, Sulla en vient aux r�formes, qui, rapidement ex�cut�es, modifient nettement les conditions de fonctionnement de l��tat.</p><p>Un des traits caract�ristiques de ses r�formes est la tendance � l��parpille-ment des pouvoirs entre un plus grand nombre de personnes, ce qui peut</p><p>satisfaire un certain nombre de petits partisans ambitieux, tout en diminuant l�autorit� des fonctions concern�es.</p><p>Le s�nat, qui a �t� d�cim�, est non seulement reconstitu�, mais �largi : 600 membres, dont 500 sont d�si-gn�s par Sulla, beaucoup �tant issus de l�ordre �questre. Cet ordre est, au contraire, d�mantel� : il perd aussi bien ses privil�ges honorifiques que ses attributions judiciaires ou fiscales. Le nombre des magistrats est augment� : les pr�teurs passent de six � huit, et les questeurs de huit � vingt. Un artifice subtil permet de partager davantage le pouvoir des consuls sans augmenter le nombre officiel de ceux-ci. Quant au tribunat de la pl�be, aux armes trop efficaces, Sulla le r�duit � un pouvoir th�orique et � une voie sans d�bouch�s.</p><p>Enfin, le gouvernement des provinces et le commandement des arm�es sont retir�s aux magistrats pour �tre confi�s uniquement � des proconsuls, ou propr�teurs, en nombre suffisant, �quivalant � celui des provinces, ce qui fait dispara�tre le privil�ge des proro-gations r�p�t�es. L�Italie �chappe au syst�me, gouvern�e d�sormais par les magistrats ordinaires, non pourvus de l�gions. En revanche, elle est colonis�e par les fid�les v�t�rans : 120 000</p><p>d�entre eux re�oivent des terres, le plus souvent en Campanie, au Latium et en �trurie, ce qui assure l�encerclement de Rome.</p><p>Les autres r�formes du dictateur vont dans le sens du r�tablissement ou de la consolidation de l�ordre et de la tradition. Sulla s�efforce de revaloriser la religion traditionnelle, accro�t le nombre des pontifes et des augures, reconstruit le Capitole. Il l�gif�re activement en mati�re p�nale, renforce les ch�timents contre les homicides, les incendiaires, les porteurs d�armes cach�es, les faussaires, les faux-monnayeurs. La brigue �lectorale frau-duleuse est poursuivie avec rigueur.</p><p>Sulla s�ing�nie � codifier par le menu les d�lits et � en tarifier les amendes.</p><p>L�immoralit� n��chappe pas � son z�le : l�adult�re, les jeux de hasard, les festins ruineux sont vis�s par son despotisme tracassier. L�activit� du dictateur s��tend aussi aux prestations accord�es � la pl�be romaine : il supprime les distributions de bl� aux indigents, mais taxe impitoyablement le</p><p>prix des denr�es alimentaires. � Rome, il construit ou reconstruit les temples de V�nus et d�Hercule, il trace de nou-downloadModeText.vue.download 558 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10513</p><p>velles voies, remanie le Forum et �difie le Tabularium, dont on peut encore admirer les solides arcades. Au peuple, il offre de spectaculaires r�jouissances : en 94 le premier combat de lions, en 81 un banquet colossal. Apr�s la rude p�riode de la guerre civile, cette d�-</p><p>tente est la bienvenue ; la vie litt�raire elle-m�me reprend son cours, bien que l��loquence politique ne se soit pas trouv�e encourag�e. On a attribu� � Sulla la paternit� des atellanes tant il les a appr�ci�es. Cette sorte d�op�ra-comique fait des progr�s aux d�pens de la com�die classique. En mati�re d�art, Sulla, connaisseur, passe pour l�introducteur � Rome du pavage en marque-terie de marbre. De son temps date la formation du second style ornemental, dont les peintures pomp�iennes offrent de nombreux exemples.</p><p>La retraite</p><p>Sulla renonce brusquement � tous ses pouvoirs en 79, soit au bout de fort peu de temps. Quand il juge son oeuvre termin�e, selon certains. Quand il sent de sombres nuages s�accumuler, selon d�autres. Parmi ces nuages figurent l�ambition de Pomp�e, la perte du soutien des Caecilii Metelli, qu�il a toujours eu, la d�ception de l�aristocratie s�natoriale, au pouvoir r�duit, enfin un scandale : l�assassinat de Roscius Amerinus, occasion du plaidoyer de Cic�ron en faveur de Sextus Roscius, fils de la victime. Sulla se retire dans sa villa de Cumes, o� il passe son temps � chasser ou � �crire ses M�moires.</p><p>Quand il meurt, deux ans apr�s son abdication, il a droit � de solennelles fun�railles. Le destin lui a �t� singuli�rement favorable. Sulla �tait d�ailleurs un d�vot de la d�esse Fortune, dont le temple de Pr�neste fut, de son temps, reconstruit sur une �chelle spectaculaire. Il s��tait lui-m�me donn� le surnom de F�lix (� Heureux �) d�s novembre 82.</p><p>R. H.</p><p>F Marius / Rome.</p><p>J. Carcopino, Sylla ou la Monarchie manqu�e (l�Artisan du livre, 1931). / H. H. Scullard, From the Gracchi to Nero (Londres, 1959 ; 2e �d., 1963).</p><p>Sullivan</p><p>(Louis Henri)</p><p>F CHICAGO [l��cole de Chicago].</p><p>Sully</p><p>(Maximilien de</p><p>B�thune, baron</p><p>de Rosny, duc de)</p><p>Homme d��tat fran�ais (Rosny-sur-Seine, pr�s de Mantes, 1560 - Villebon, Beauce, 1641).</p><p>L�homme</p><p>Sully naquit de Fran�ois de B�thune et de Charlotte Dauvet. Son p�re l��leva avec ses autres fils dans la religion protestante et, sa famille �tant peu fortun�e, il fut plac� de bonne heure aupr�s d�Henri de Navarre, de sept ans son a�n� (1571).</p><p>Au moment de la Saint-Barth�lemy (24 ao�t 1572), il se trouvait � Paris et faisait ses �tudes au coll�ge de Bourgogne. Cet enfant de douze ans fit preuve d�une remarquable pr�sence d�esprit : pour �chapper aux ex�cuteurs, il se munit d�un gros livre de pri�res catholique, mit sa robe d��colier et, � travers un Paris livr� aux �gorgeurs, il se rendit � son coll�ge, o� le principal le cacha pendant quelques jours.</p><p>Lorsque le roi de Navarre s��chappa de la cour de France en f�vrier 1576, Rosny l�accompagna et se distingua � ses c�t�s dans maintes rencontres.</p><p>En 1584, de retour en France, il �pousa une riche h�riti�re, Anne de Courtenay. D�s cette �poque, il prit soin de bien g�rer sa fortune et parut toujours pr�occup� de s�enrichir sans se montrer trop scrupuleux sur les moyens.</p><p>Valeureux capitaine, il dirigea l�artillerie � la bataille de Coutras (20 oct.</p><p>1587), remport�e par Henri de Navarre contre les troupes royales du duc de Joyeuse (1561-1587). Son ma�tre �tant devenu roi de France, il continua de se battre � ses c�t�s et fut gri�vement bless� � la bataille d�Ivry (14 mars 1590), ce qui lui valut d��tre salu� par Henri IV du titre de � brave soldat, vrai et franc chevalier �. Sans renier pour sa part sa religion d�enfance, il conseilla vivement au roi de se convertir au catholicisme pour pacifier le royaume.</p><p>D�s 1596, Henri IV* lui confia la direction de ses finances. Aussit�t, Rosny entreprit de parcourir les provinces fran�aises et d�y faire rendre gorge aux receveurs ind�licats. Nomm� en 1598</p><p>surintendant des finances, il ajouta � ce titre de nombreuses autres charges : grand ma�tre de l�artillerie et superintendant des fortifications et b�timents, grand voyer de France en 1599, gouverneur de la Bastille en 1602, gouverneur du Poitou et capitaine h�r�ditaire des canaux et rivi�res en 1604. En 1606 fut cr�� pour lui le duch�-pairie de Sully.</p><p>L�oeuvre financi�re</p><p>Elle consiste essentiellement en une politique d��conomie et de remise en ordre. La guerre civile avait ruin� le tr�sor royal ; l�agriculture et le commerce �taient fortement atteints. Pour redonner confiance au peuple dans le pouvoir royal, Sully fit remise de 20 millions d�arri�r�s sur les tailles, qu�il fit ensuite diminuer de 5 millions.</p><p>Des domaines royaux usurp�s ou</p><p>abandonn�s furent recouvr�s, et des charges inutiles supprim�es. Les d�-</p><p>penses de l��tat furent s�v�rement contr�l�es, Sully allant jusqu�� s�opposer aux lib�ralit�s du roi envers ses ma�tresses ; aussi, chaque ann�e un important exc�dent de recettes futil d�pos� � la Bastille, o� en 1610 on trouva pr�s de 42 millions, fruit des sages �conomies du ministre. Cependant, si Sully r�ussit � tirer le meilleur parti possible du mauvais syst�me fiscal existant, les imp�ts rest�rent mal r�partis et la monarchie ne parvint ni � se passer des exp�dients financiers,</p><p>ni � supprimer la v�nalit� des charges, qui ne fit que s�aggraver de l�h�r�dit� compl�te.</p><p>� Labourage et</p><p>p�turage... �</p><p>Sully ne prit pas moins de soins de l��conomie. On conna�t sa devise c�l�bre au sujet de l�agriculture. Pour la favoriser, il avait r�duit la taille et remis l�arri�r� des imp�ts ; � ces mesures, il ajouta le rachat des pr�s communaux ali�n�s � vil prix par les paroisses, l�insaisissabilit� du b�tail et des instruments de culture par les cr�anciers, la libert� pour les exportations de bl� ou de vin, l�abolition des p�ages, la construction de routes, de ponts, de canaux (canal de Briare).</p><p>Il cr�a un conseiller agricole dans chaque province, charg� d�aider les exploitants. La mise en service de coches publics avec relais, de prises d�eau facilita la circulation et la reprise des affaires. Sully soutint aussi les efforts d�Olivier de Serres, l�auteur du Th��tre d�agriculture (1600), pour l��levage des vers � soie, et ceux d�un Hollandais de Bergen op Zoom, Humphrey Bradley, qu�il nomma ma�tre des Digues (1599). Gr�ce � l��tablissement d�ouvriers hollandais en France, de grands travaux d�ass�chement furent r�alis�s en Aunis, en Limagne, dans le Poitou et dans l�estuaire de la Seine.</p><p>Sully conserva durant toute sa vie du go�t pour les affaires militaires et, en tant que grand ma�tre de l�artillerie et superintendant des fortifications, il participa, d�une mani�re positive, � la prise de Charbonni�res et de Montm�-</p><p>lian au cours de la campagne contre le duc de Savoie.</p><p>Sully et Henri IV</p><p>Jusqu�au bout, Sully sut garder la confiance de son ma�tre, s�il ne fut pas l�inspirateur de tous les grands actes du r�gne, comme il s�est plu � l��crire dans des M�moires embellis. Henri IV</p><p>appr�cia toujours ses qualit�s d�ordre, d��conomie et d�honn�tet�, et surtout la franchise de ses avis. Sully n�h�sita jamais � s�opposer aux folies amoureuses du roi et d�chira la promesse</p><p>�crite de mariage faite � Henriette d�Entragues.</p><p>S�il fut un ministre des Finances honn�te, il ne fut pas d�sint�ress� et amassa une �norme fortune. Richelieu l�absout pourtant dans ces termes : � On peut assurer avec v�rit�, �crit-il, que les premi�res ann�es de ses services furent excellentes ; et, si quelqu�un ajoute que les derni�res furent moins aust�res, il ne saurait soutenir qu�elles lui aient �t� utiles sans l��tre beaucoup � l��tat. �</p><p>Les derni�res ann�es</p><p>Henri IV fut assassin� alors qu�il allait rendre visite � Sully dans sa demeure de l�Arsenal. � l�annonce de cette mort, le ministre prit peur, refusa d�aller au Louvre, o� la reine Marie*</p><p>de M�dicis le demandait, et s�enferma dans la Bastille, dont il �tait gouverneur. Par la suite, il se retira dans ses terres avec sa deuxi�me femme, Rachel de Cochefilet.</p><p>R�sidant au ch�teau de Villebon, dans la Beauce, ou � Sully, il y mena un train de vie princier et s�y employa � vendre ses charges de surintendant des finances et de gouverneur de la Bastille. Il r�digea des m�moires auxquels il donna le titre de M�moires des sages et royalles oeconomies d�Estat, domestiques, politiques et militaires de Henry le Grand ; les deux premiers volumes parurent en 1638 et les deux derniers apr�s sa mort, en 1662. Elles sont l�oeuvre d�un esprit amer et critique. Sully y attribue � Henri IV un downloadModeText.vue.download 559 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10514</p><p>� grand dessein � politique visant � unifier l�Europe sous son sceptre ; mais la r�alit� du projet de cette r�publique chr�tienne a �t� d�nonc�e par certains historiens qui, ne trouvant pas trace d�un tel projet dans les archives des puissances europ�ennes, pensent que Sully a, par son imagination ou sa duplicit�, suppl�� aux documents, n�h�sitant pas � en fabriquer de toutes pi�ces.</p><p>En 1634, Louis XIII donna � Sully le titre de mar�chal de France, le r�compensant de son z�le � pr�cher la soumission au roi � ses coreligionnaires r�volt�s. Sully mourut quelques ann�es apr�s, au ch�teau de Villebon.</p><p>P. P. et P. R.</p><p>F Henri IV.</p><p>C. Rupin, les Id�es �conomiques de Sully (Universit� de Rennes, 1907). / H. Carr�, Sully, sa vie et son oeuvre (Payot, 1932). / G. Hano-taux, C. Rist, J. Pannier et A. Paul, Un bon Fran-</p><p>�ais, Sully (�d. Je sers, 1941). / H. Pourrat, Sully et sa grande passion (Flammarion, 1942). /</p><p>M. M. Martin, Sully le Grand (�d. du Conquista-dor, 1960) ; Sully le Grand, l�ami du roi (Perrin, 1965).</p><p>Sumatra</p><p>�le d�Indon�sie*.</p><p>La grande �le de Sumatra</p><p>(473 000 km 2) a une population de 20 800 000 habitants (1971), soit une densit� de 44 habitants au kilom�tre carr�.</p><p>Le milieu</p><p>Sous un climat �quatorial � pluies continues toute l�ann�e, qui a donn� initialement un couvert forestier, l��le oppose une longue �chine montagneuse orient�e N.-O. - S.-E. � l�ouest et une grande plaine � l�est. Elle est donc dissym�trique, et tous les fleuves importants coulent d�ouest en est, vers le d�troit de Malacca.</p><p>L��chin� montagneuse (les monts</p><p>Barisan) forme un ensemble dissym�-</p><p>trique, aux aspects tr�s divers, mais massif et lourd, en d�pit de l�existence d�une d�pression longitudinale qui fend en quelque sorte la montagne, le Median Graben : le rebord occidental est un mur ravin� par des rivi�res violentes, au-dessus de m�diocres plaines alluviales ; le rebord oriental est plus doux, pr�c�d� d�une ligne de collines de pi�mont. Les paysages sont ici tr�s divers : plateaux de tufs entaill�s de larges vall�es � fond plat ou de gorges extraordinaires (chutes de l�Asahan) ; c�nes volcaniques ; karst � pitons (au sud du volcan Kerinci) ; longs escarpe-</p><p>ments rectilignes et tr�s frais. Enfin, la montagne est assez difficilement franchissable et mal a�r�e, le M�dian Graben n�est bien dessin� que par endroits et il est en outre constamment interrompu par des appareils volcaniques et parfois compl�tement obstru�, notamment par l�� intumescence Toba �.</p><p>Les monts Barisan sont un �l�ment important de l�� arc interne � de l�Insulinde, de cette guirlande d�orogen�se tr�s r�cente et de volcanisme actuel. Ils sont dus � des mouvements plio-pl�istoc�nes. Cependant (diff�rence fondamentale avec Java), ces mouvements ont affect� non pas un mat�riel tr�s jeune et tendre mais des terrains anciens du � pseudo-socle de la Sonde �, pliss�s une derni�re fois au Cr�tac� et riches en granites intrusifs, et �galement des terrains volcaniques et des granites mioc�nes rigides. L�orogen�se plio-pl�istoc�ne, dans ces conditions, s�est traduite essentiellement par des failles (en particulier celles qui sont responsables du M�dian Graben),</p><p>failles tr�s jeunes qui donnent des escarpements tr�s frais ; les mouvements ne sont pas termin�s : des coraux quaternaires ont �t� sur�lev�s ; des failles ont fractur� l�intumescence quaternaire du Toba ; les s�ismes sont fr�quents sur la c�te orientale. Il en r�sulte un relief non volcanique vigoureux, qui rend la montagne beaucoup moins p�n�trable qu�� Java.</p><p>La plaine orientale, large de 200 km � hauteur de l��quateur et de Palembang et tr�s monotone, a �t� construite par des fleuves tr�s charg�s en alluvions, aux lits constamment changeants (Asahan, Rokan, Kampar, Indragiri, Hari, Musi) ; ces fleuves sont remont�s par la mar�e, qui provoque une inondation biquotidienne ; aussi la plaine est-elle en grande partie amphibie et occup�e par la mangrove ou la for�t inond�e d�arri�re-mangrove, tr�s riche en palmiers, et cela sans parler des mar�-</p><p>cages proprement dits. Les alluvions masquent une structure g�ologique tr�s complexe, qui appara�t d�ailleurs par endroits : terrains tertiaires et terrains du pseudo-socle de la Sonde. Les terrains tertiaires forment une zone de collines de pi�mont au pied des monts Barisan, des hauteurs isol�es (monts Gumai, C�lalani), et surtout des col-</p><p>lines align�es et parall�les, qui apparaissent dans la r�gion de Palembang ; ces collines d�altitudes insignifiantes (de 30 � 60 m de haut) sont des anticlinaux affectant une s�rie tr�s �paisse (5 000 m) de terrains tendres, anticlinaux aplanis par l��rosion en m�me temps qu�ils se formaient, mais restant en relief par suite de la persistance du mouvement ; les m�mes terrains sont masqu�s par les alluvions entre Jambi et Pakanbaru : ils sont tr�s riches en p�trole. Les terrains du pseudo-socle de la Sonde apparaissent aux monts Tigapuluh, qui coupent presque l��le � hauteur de Jambi en inselberg (monts Batu, pr�s de Palembang), et dans les �les de Belitung (Billiton) de Bangka, de Lingga (1200 m) et de Riau.</p><p>Sumatra a un climat �quatorial. Les pluies sont tr�s abondantes : 3 831 mm � Padang (1� de lat. S.), 2 170 mm � Medan ; elles tombent toute l�ann�e, avec deux minimums peu marqu�s,</p><p>en f�vrier et en juin-juillet (sans que les pr�cipitations soient inf�rieures � 100 mm), et deux maximums, l�un modeste d�avril-mai, l�autre consid�rable d�octobre-novembre. Palembang, au sud, et l�extr�me Nord ont des climats un peu plus secs, mais, dans toute l��le, la v�g�tation naturelle est la for�t dense sempervirente ; � une altitude variable, mais normalement entre 1 500 m et 1 800 m, appara�t la for�t � moussue �</p><p>(nebelwald). Les immenses zones de savane � Imperata (alang-alang) sont l�oeuvre des hommes.</p><p>J. D.</p><p>L�histoire</p><p>Consid�rablement moins peupl�e que sa voisine, Java, et mise en valeur d�une fa�on moins syst�matique, la grande �le de Sumatra nous a livr� moins de vestiges arch�ologiques ; cela ne veut pas dire qu�elle a jou� un r�le historique moindre, et il ne se passe gu�re d�ann�es sans qu�on retrouve dans ses for�ts ou dans ses brousses quelque nouvelle inscription ou quelque nouvelle sculpture.</p><p>Si on laisse de c�t� les grossi�res figures de pierre de la r�gion de Pasemah (Sumatra-Sud), difficilement datables,</p><p>mais peut-�tre de p�riode protohisto-rique, l�histoire commence ici avec les c�l�bres inscriptions de &#x15A;r&#x12B;vijaya, retrouv�es dans la r�gion de l�actuelle ville de Palembang, dans l��le de Bangka et plus r�cemment dans l�extr�me sud du pays lampung ; il s�agit de textes r�dig�s en vieux malais (avec une forte proportion de mots sanskrits) et grav�s sur pierre dans une �criture qui rappelle les �critures utilis�es en Inde aux VIe et VIIe s. ; ces inscriptions, exactement dat�es (683-686), �voquent les campagnes victorieuses d�un souverain qui se donne � lui-m�me le titre de mah&#x101;r&#x101;j&#x101; de &#x15A;r&#x12B;vijaya, et r�v�lent une atmosph�re fortement teint�e de bouddhisme mah&#x101;y&#x101;niste.</p><p>Se fondant sur ces inscriptions, ainsi que sur divers passages de sources arabes et chinoises, qui mentionnent �galement la pr�sence d�une grande puissance dans la r�gion du d�troit � cette �poque, l�orientaliste fran-</p><p>�ais George Coed�s a insist� sur le r�le jou� du VIIe au XIe s. (et peut-�tre m�me jusqu�au XIIIe s.) par les rois de &#x15A;r&#x12B;vijaya, qui, install�s � proximit� d�une des plus grandes routes maritimes de l�Asie, d�velopp�rent � Sumatra, mais aussi en p�ninsule malaise, une culture florissante, dont seuls quelques bronzes, quelques statues (comme le Bouddha de 3 m de haut retrouv� pr�s de Palembang) et quelques ruines (pr�s de Jambi notamment) portent t�moignage.</p><p>Aux XIIIe et XIVe s., les conditions changent sensiblement avec, d�une part, l�essor de Java* (� empire �</p><p>concurrent de Majapahit, dont le centre est au Java oriental), et avec, d�autre part, l�apparition de l�isl&#x101;m, qui, d�s la fin du XIIIe s. (Marco Polo* en est t�moin), s�installe dans les petits comptoirs marchands du nord de l��le : Perlak, Pasai et Samudra, dont l�essor sera tel qu�il donnera son nom � l��le enti�re. Avant de dispara�tre peu � peu devant l�isl&#x101;m, la culture indianis�e s��panouit une derni�re fois � l�int�-</p><p>rieur de l��le, en pays minangkabau (actuelle province de Sumatra-Ouest), o� le roi &#x100;dityavarman introduit au XIVe s. certaines conceptions religieuses (bouddhisme tantrique) qu�il a probablement ramen�es d�un s�jour � Java.</p><p>De nouveaux venus interviennent en-</p><p>core : les Chinois, qui �migrent de plus en plus, constituent � Palembang une petite communaut� assez forte pour prendre le pouvoir au d�but du XVe s.</p><p>Le XVe s. voit le triomphe de l�isl&#x101;m en p�ninsule malaise (v. Malaysia) avec la formation du grand emporium de Malacca (Malaka) ; de nombreux Sumatranais passent alors le d�troit, et c�est une m�me culture qui s��tablit de part et d�autre, avec la m�me langue, le malais ; la m�me religion, l�isl&#x101;m, et la m�me litt�rature, not�e en caract�res arabes. Lorsque Malacca tombe aux mains des Portugais (1511), le commerce des marchands musulmans change de rive, et beaucoup d�entre eux pr�f�rent, d�sormais, se retrouver � Aceh, � la pointe la plus septentrionale de l��le, dans un port favorable qui devient bient�t le centre d�un tr�s puissant sultanat.</p><p>H�ritier des anciens comptoirs de Pasai et de Samudra, proche des �tats musulmans de l�Inde, Aceh est plus downloadModeText.vue.download 560 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10515</p><p>qu�un carrefour maritime ; c�est aussi le centre d�une autorit� politique puissante, qui s��tend sur la c�te occidentale de Sumatra jusqu�� Tiku, Pasaman et Padang, d�o� proviennent le poivre et l�or, et qui parvient � r�duire en vas-salit� plusieurs des �tats musulmans de la p�ninsule (Johore [Johor], Pahang, Kedah). Le XVIIe s. est sans conteste l�un des plus grands qu�ait connus Sumatra. Sous le r�gne du grand sultan Iskandar Muda (le � nouvel Alexandre �)</p><p>[1607-1636], Aceh est le centre d�une intense r�flexion philosophique, d�une grande production litt�raire et d�une culture de cour raffin�e.</p><p>Au cours de la seconde moiti� du XVIIe s., le d�clin commence. De nouveaux acteurs sont entr�s en sc�ne : les Hollandais. Les premiers d�entre eux (les fr�res Cornelis et Frederik Van Houtman) ont fait escale � Aceh d�s 1599, mais ils ont situ� leur centre d�action � Java (fondation, en 1619, de Batavia [auj. Jakarta]), et ce n�est</p><p>qu�apr�s 1650 qu�ils commencent � s�int�resser � Sumatra, notamment � la c�te du pays minangkabau, d�o� ils es-p�rent tirer de l�or (1663, trait� de Pai-nan, qui leur donne la disposition de la mine de Salida). Au XVIIIe s., la Compagnie hollandaise des Indes orientales se contente encore d�entretenir quelques factoreries, mais, � partir du XIXe s., le gouvernement de Batavia entreprend une r�elle politique de colonisation.</p><p>Profitant de querelles intestines (guerre dite � des Padri �, 1822-1837), les Hollandais s�installent en pays minangkabau (1825) et, parall�lement, � Palembang et � Jambi. La r�sistance d�Aceh est beaucoup plus vive, et la meurtri�re � guerre d�Aceh � durera trente-cinq ans (1873-1908). Avec la d�couverte du p�trole (1886) et la mise en valeur de la r�gion de Medan (nombreuses plantations de tabac, d�h�v�as et de palmiers � huile), Sumatra prend une valeur �conomique de tout premier plan.</p><p>Ce r�le majeur n�a fait que se</p><p>confirmer depuis l�ind�pendance. Une grande partie des Indon�siens les plus �minents sont originaires de Sumatra (notamment du pays minangkabau), et le p�trole sumatranais constituait en 1970 pr�s de la moiti� des exportations du pays.</p><p>D. L.</p><p>La population</p><p>Sumatra est encore peu peupl�e, en d�pit de progr�s d�mographiques r�-</p><p>cents consid�rables. Elle n�avait que 8 millions d�habitants (18 hab. au km 2) en 1930 et 15 millions en 1961. Ce faible peuplement, plus marqu� encore au d�but de ce si�cle quand s�ach�ve la conqu�te hollandaise, est difficilement explicable, car Sumatra avait �t� atteinte tr�s t�t par la grande civilisation indienne (d�s le VIIe s. dans la r�gion de Jambi), qui avait provoqu� la naissance et le rayonnement pendant pr�s de six si�cles de la thalassocratie de &#x15A;r&#x12B;vijaya (Palembang). Ce faible peuplement est, par ailleurs, in�gal : Sumatra-Nord (Sumatera Utara) a 94 habitants au kilom�tre carr�, Sumatra-Ouest (Sumatera Barat) 42, cependant que</p><p>la province de Jambi n�en a que 16 et la province de Riau 13. Or, les parties peupl�es sont, pour une part, des r�-</p><p>gions montagneuses, ce qui est tout � fait exceptionnel en Asie du Sud-Est et reste inexpliqu�. Par contre, la grande plaine orientale est mis�rablement peupl�e et l��tait plus encore au d�but de ce si�cle (4 hab. au km 2 en 1930), alors qu�elle avait �t� la premi�re touch�e par la civilisation indienne : il y a l� une �nigme.</p><p>Les populations de Sumatra sont</p><p>vari�es. On ne compte pas moins</p><p>de quinze langues diff�rentes. Cette vari�t� ethno-linguistique se refl�te dans les divisions administratives, qui peuvent servir de base � une �tude r�gionale.</p><p>Les r�gions</p><p>� l�extr�me nord, l�Aceh a 2 millions d�habitants, soit 34 au kilom�tre carr�.</p><p>La population dominante est le groupe atjeh (ou atjihais). Ces Deut�ro-Malais n�ont pas d�unit� ethnique ; ils sont divis�s en nombreuses tribus, mais parlent une m�me langue, qui s��crit avec un alphabet arabe. Les Atjehs sont musulmans. Leur pays est presque enti�rement montagneux ; il est �galement massif ; le M�dian Graben, � peine esquiss�, est d�ailleurs n�glig� par les voies de communication (qui empruntent la plaine orientale), et le soubassement de terrains non volcaniques est ici particuli�rement �lev� (3 381 m au mont Leuser). Le volcanisme r�cent est discret. Le climat est le plus sec de Sumatra, au moins en plaine (1 500 mm � Banda Aceh [anc.</p><p>Kutaraja], la capitale). Les Atjehs sont un peuple de plaine, associant au riz quelques cultures commerciales (cocotier, poivrier, giroflier, muscade). Cependant, les montagnes sont couvertes de savanes. Plus au sud, les Gayos, Proto-Malais plus ou moins islamis�s, pratiquent des cultures sur br�lis (ladang). Des populations plus primitives encore vivent de chasse et de cueillette dans l�Aceh central.</p><p>Sumatra-Nord (Sumatera Utara,</p><p>6 620 000 hab., soit 94 hab. au km 2) est la province la plus peupl�e ; c�est aussi, pour une grande part, le pays</p><p>batak, le pays du lac Toba, le pays des plantations. Les Bataks constituent le groupe ethnique le plus nombreux et, probablement, le groupe le plus original et le plus dynamique. Ces Proto-Malais, coup�s de tout contact avec le monde jusque vers 1825, soumis en 1907 seulement, sont divis�s en six tribus, dont les plus importantes sont les Karos et les Tobas. Chaque tribu est compos�e d�un certain nombre de clans patrilin�aires, mais exogames.</p><p>Les Bataks vivent en petits villages ou en hameaux serr�s. Autrefois animistes, ils ont �t� convertis en majorit� au protestantisme. Ils peuplaient jadis les montagnes, en densit�s parfois tr�s fortes, faisant des br�lis ou cultivant � la houe des rizi�res en terrasses. Ils ont aujourd�hui �migr� vers les pentes ext�rieures du Toba, vers la plaine orientale (vers Medan). Instruits par les missions et tr�s dynamiques, ils jouent un r�le important en Indon�sie.</p><p>L�aspect physique des monts Barisan est, ici, compl�tement modifi� par la pr�sence d�une �norme masse volcanique, l�� intumescence Toba �</p><p>(100 km de large, 300 km de long), coupole qui barre le Median Graben sur toute son �paisseur, atteignant 2 000 m d�altitude. Le coeur s�est effondr� sur 3 000 km 2 et est partiellement occup� par un lac de 1 200 km 2</p><p>(plus du double du lac L�man) et d�une profondeur de 500 m, au centre duquel s��l�ve l��le de Samosir (1 600 m). Sur les flancs orientaux de l�intumescence Toba et dans l��troite plaine alluviale, l� o� elle n�est pas occup�e par des rizi�res et des cocotiers, s��tend une des plus grandes zones de plantations du monde. De grandes soci�t�s hollandaises, anglaises, am�ricaines, franco-belges avaient cr�� ici, dans un pays pratiquement vide, sur des sols dacitiques et and�sitiques fertiles, des plantations de tabac (1863), de th�iers (1911), d�h�v�as (1907), d�elaeis (palmiers � huile) et de sisal. La population de ce qui �tait l�Oostkust est pass�e de 116 000 habitants en 1880</p><p>� 1 675 000 habitants en 1930 et � quelque 4 millions de nos jours gr�ce � une immigration massive (Chinois, Javanais et Bataks). La plupart des plantations ont �t� nationalis�es entre 1958 et 1965, et ont connu une p�riode de crise. � l�heure actuelle, les planta-</p><p>tions d�h�v�as et d�elaeis sont de nouveau en pleine production gr�ce � une politique �nergique de remise en �tat.</p><p>Des gisements de p�trole c�d�s par Shell � la soci�t� d��tat Pertamina produisent 5 Mt dans la baie d�Aru, raffin�es � Pangkalan Brandan. Medan, capitale de la province, a 635 000 habitants, et son port Belawan a un trafic sup�rieur � 1 Mt et est le deuxi�me port d�Indon�sie par la valeur des exportations.</p><p>Sumatra-Ouest (Sumatera Barat,</p><p>2 790 000 hab., soit 42 au km 2) est le pays minangkabau. Les Minangkabaus sont des Deut�ro-Malais qui pr�sentent le caract�re paradoxal d��tre � la fois musulmans tr�s pratiquants et matrilin�aires.</p><p>Ils habitent l��troite plaine c�ti�re orientale et aussi les hautes terres. Le Median Graben est, ici, particuli�rement bien marqu� (hautes vall�es de la Sumpur et de la Hari), quoique morcel� par trois ensembles volcaniques : Marapi, Talang et Kerinci. Le coeur du pays minangkabau est au pied de l�ensemble Marapi, l� o� les monts Barisan sont particuli�rement faciles � franchir (de l� l�importance de Bukit Tinggi).</p><p>Les Minangkabaus pratiquaient une agriculture soign�e (rizi�res irrigu�es) et, d�s le d�but du XIXe s., des cultures commerciales (cocotiers et caf�iers).</p><p>Si l�agriculture est rest�e largement commercialis�e (cocotiers en plaine, manioc, canne � sucre, piments, �pices, tabac, l�gumes en altitude), elle est toutefois en d�cadence. C�est la cons�-</p><p>quence d�une tr�s forte �migration.</p><p>Le d�part des hommes vers les villes de l��le, vers Jakarta et m�me vers l��tranger est de tradition ancienne, d�, semble-t-il, � la structure matrilin�aire de la soci�t�, mais cette �migration a pris une ampleur consid�rable du fait du surpeuplement, aggrav� par la crise du caf�, par la disparition de l�artisanat. Sumatera Barat est la province qui a le moins progress� d�mographique-ment depuis 1930 (1 910 000 hab.) ; Padang (200 000 hab.), la capitale de la province, est un port secondaire ; le pays minangkabau est sur la mauvaise face de Sumatra.</p><p>Les deux provinces de Riau et de Jambi sont beaucoup moins peupl�es (2 600 000 hab., soit 14 hab. au km 2) ; elles forment la plus grande partie de la plaine orientale, en partie amphibie, avec d�immenses estuaires remont�s par la mar�e. Des pionniers chinois ont d�velopp� la p�che (par pi�ges sur cette c�te basse) et l�exploitation du bois ; des pionniers de diverses origines ont cr�� des � small holdings �</p><p>downloadModeText.vue.download 561 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10516</p><p>(petites plantations) d�h�v�as sur quelque 200 000 ha, dont la production est export�e vers Singapour. Surtout la province de Riau contient � Minas et � Duri les plus riches gisements de p�trole d�Indon�sie : quelque 40 Mt extraites par Caltex et export�es par le port de Dumai, terminal du pipe-line. L�archipel des Riau est riche en bauxite.</p><p>Sumatra-Sud (Sumatera Selatan),</p><p>autre portion de la plaine orientale, bien qu�elle englobe aussi une partie des monts Barisan avec le volcan actif Dempo (3 159 m) et le lac Ranau, est plus peupl�e (3 400 000 hab., soit 33 hab. au km2). Cela est d� � l�importance des � small holdings � d�h�v�as (100 000 ha), � celle des cultures vivri�res d�velopp�es par des immigr�s javanais dans le cadre de la � transmigration �, � la pr�sence de Palembang, sur la Musi, � 100 km de la mer, ville de 580 000 habitants, port et centre industriel actifs (raffineries de Plaju et de Sungai Gerung, usine d�engrais chimiques), dont l�influence s��tend loin vers l�int�rieur gr�ce aux voies ferr�es. Le p�trole des anticlinaux tertiaires est exploit� et raffin� par la Stanvac (Standard Oil et Socony Va-cuum) ; les mines de charbon de Bukit Asem sont en plein d�clin. Bangka et Belitung font de l�Indon�sie le sixi�me producteur mondial d��tain.</p><p>La province de Bengkulu</p><p>(519 000 hab., 25 hab. au km 2) correspond � une portion des monts Barisan mal connue et sans int�r�t �conomique ainsi qu�� une zone c�ti�re sans grande</p><p>activit�, peupl�e en grande partie d�immigr�s javanais. Quant � la province de Lampung (2 770 000 hab., soit 82 hab. au km2), elle constitue la plus grande zone pionni�re de l�Indon�sie. La population, qui n��tait que de 380 000 habitants en 1931, a presque d�cupl� en quarante ans, et surtout gr�ce � une immigration officielle javanaise, organis�e par les Hollandais � partir de 1905, mais n�ayant pris de l�extension qu�apr�s 1932, poursuivie syst�matiquement sous le nom de transmigration par le gouvernement indon�sien. Les autochtones lampungs ont des ladangs de riz et de cultures commerciales (h�v�a, poivrier) ; les Javanais ont apport� avec eux leur riziculture intensive, irrigu�e, avec utilisation d�engrais (plaines de Tanjungka-rang et de Metro-Sukadana). Toutefois, les r�sultats de cette transmigration ont �t� diversement appr�ci�s par les observateurs.</p><p>J. D.</p><p>F Empire colonial n�erlandais / Indon�sie.</p><p>D. Lombard, le Sultanat d�Atjeh au temps d�Iskandar Muda, 1607-1638 (�cole fr. d�Ex-tr�me-Orient, 1967). / A. Reid, The Contest for North Sumatra : Atjeh, the Netherlands and Bri-tain, 1858-1898 (Singapour, 1970). / O. W. Wor-ters, The Fall of &#x15A;r&#x12B;vijaya in Malay History (Singapour, 1970).</p><p>Sum�riens</p><p>Peuple de l�Antiquit�, dont la pr�sence est attest�e en basse M�sopotamie depuis le IVe mill�naire au moins et dont la langue, que l�on cesse de parler � la fin du IIIe mill�naire, est �crite jusqu�� l�extinction de la culture m�sopotamienne (Ier s. apr. J.-C.).</p><p>Le terme de sum�rien a �t� tir� par les modernes du nom du pays de Sumer (ou, plus exactement, de Shoum�rou, mot akkadien qui s��crivait en id�ogrammes KI.EN.GI, que l�on a pu interpr�ter comme � Pays. Ma�tre, du Roseau �). Sumer a d�abord d�sign� toute la basse M�sopotamie, puis, � partir du XXIVe s., seulement le sud du Bas Pays, quand la partie septentrionale de cette r�gion a pris de l�importance et re�u le nom d�Akkad*.</p><p>Langues et</p><p>ethnies de Sumer</p><p>La basse M�sopotamie, colonis�e � partir du milieu du VIe mill�naire, a re�u au moins trois ethnies (populations formant chacune une unit� culturelle) diff�rentes : les S�mites, qui ont d� venir de la p�ninsule arabique et assez longtemps avant la date o� leur langue appara�t dans les textes du Bas Pays (XXVIIe s.) ; un peuple anonyme, dont les sp�cialistes croient retrouver la langue dans les noms des villes de Sumer ; une ethnie sum�rienne primitive, qui pourrait venir du sud-ouest de l�Iran et qui doit �tre install�e en basse M�sopotamie quand est invent�e l��criture (v. 3500) qui servira d�abord � �crire du sum�rien.</p><p>� une date qui reste inconnue,</p><p>les ethnies du Bas Pays se m�lent et adoptent une culture commune.</p><p>Comme le sum�rien est pratiquement la seule langue �crite dans cette r�gion avant le XXIVe s. et comme la culture de la basse M�sopotamie est assimil�e par tous les groupes humains qui y p�n�trent jusqu�au milieu du IIIe mill�naire, les historiens suivent l�usage ancien qui parlait du pays de Sumer et appellent Sum�riens et l�ethnie primitive qui a apport� sa langue dans la r�gion et la population r�sultant de la fusion des ethnies qui ont peupl� la basse M�sopotamie.</p><p>Les Sum�riens,</p><p>la civilisation mat�rielle</p><p>et la culture du Bas Pays</p><p>Faute de conna�tre la date de leur arriv�e dans ce qui sera le pays de Sumer, on ne peut attribuer � l�ethnie sum�-</p><p>rienne primitive cette civilisation mat�-</p><p>rielle fond�e sur l�agriculture irrigu�e qui est n�e vers 5500 et qui �volue sans ruptures pendant des mill�naires, car la basse M�sopotamie a connu plus d�infiltrations et de migrations pacifiques que d�invasions massives et destructrices. Les Sum�riens originaux ne sont peut-�tre m�me pas � l�origine de la mutation qui fait passer le Bas Pays du stade des villages ind�pendants � celui de la cit�-�tat (�tat compos� d�une ville et de la campagne avoisinante) au</p><p>cours du IVe mill�naire, mais ces villes nouvelles leur doivent probablement une bonne part de l�originalit� de leur culture, que nous appelons sum�rienne.</p><p>Chacune de ces communaut�s poli-</p><p>tiques poss�de sa divinit� principale, � qui va l�essentiel du culte c�l�br� pour obtenir la protection des humains et de leurs biens. Quoique les textes et les oeuvres d�art ne pr�sentent qu�un tr�s petit nombre de ces personnifications des forces de la nature, les dieux et les d�esses du IVe mill�naire sont, sans doute, identiques aux divinit�s que l�on rencontre plus tard et qui se maintiennent jusqu�� la disparition de leurs villes : la d�esse Inanna (la f�condit�), les dieux Enlil (le vent), An (le ciel), En-ki (l�eau douce), Nanna (le dieu Lune) � pour ne nommer que ceux � qui leur caract�re cosmique vaut une grande renomm�e au-del� de leur cit� d�origine.</p><p>Le dieu de la ville en est le Seigneur et est aussi le propri�taire de biens �tendus, qui constituent la principale unit� �conomique de la cit�-�tat. Et c�est la concentration des terres et de la main-d�oeuvre dans le domaine divin qui entra�ne les progr�s de l�organisation �conomique et des techniques au IVe mill�naire : la houe remplac�e un peu partout par l�araire ; la sp�cialisation de la main-d�oeuvre, dont on n�a plus besoin aux champs ; le tour � potier, qui permet une production de masse pour les r�cipients ; les progr�s de la m�tallurgie du cuivre, qui renouvellent l�outillage ; l�invention du chariot � quatre roues ; l�essor du grand commerce, qui introduit en basse M�sopotamie les mati�res premi�res (bois, pierre, cuivre) et les produits de luxe (or, argent, lapis-lazuli, etc.) qui lui manquent totalement ; enfin, pour la gestion des biens de la divinit�, l�invention d�un nouveau type de sceau, de forme cylindrique, et de l��criture.</p><p>�criture n�est peut-�tre pas le mot exact pour ces comptes, qui comprennent seulement des chiffres et des pictogrammes (dessins figurant un objet ou un �tre et dont certains ont �galement des valeurs symboliques : le dessin de la montagne peut signifier, par association d�id�es, �tranger,</p><p>ennemi, esclave). Il s�agit vraiment d��criture lorsqu�un peu avant 3000</p><p>on essaie d��crire en sum�rien des noms propres, des termes abstraits et des phrases, o� les substantifs ont une forme grammaticale avec pr�fixe et suffixe. Pour cela, on a l�id�e d�utiliser des pictogrammes avec leur valeur phon�tique, suivant le principe du r�bus. On a d�s lors une �criture compos�e d�id�ogrammes (pictogrammes avec leurs sens visibles ou sugg�r�s), de phonogrammes (pictogrammes dont on lit le nom pour n�en retenir que le son ; ainsi, pour �crire la vie � ti en sum�rien �, on dessine la fl�che, qui se dit �galement ti dans cette langue) et de d�terminatifs (pictogrammes indiquant une cat�gorie d��tres ou d�objets, que l�on place devant les substantifs ; ainsi de l��toile devant les noms de dieux). Dans ces conditions, les signes, pourtant tr�s nombreux, ont chacun, plusieurs valeurs. De plus, le dessin originel du pictogramme cesse vite d��tre bien reconnaissable : sous l�influence du mat�riel utilis� (le roseau taill� en biseau pour tracer des signes sur l�argile fra�che de la tablette), il se sch�matise et se d�forme pour donner, au cours du IIIe mill�naire, le signe cun�iforme (� en forme de coin �).</p><p>On comprend que, d�s avant 3000, le scribe se constitue des listes de mots, qui deviennent, � l��poque suivante, de v�ritables lexiques.</p><p>L�enrichissement de la communaut� se traduit par la construction d�une agglom�ration urbaine autour du temple, qui loge maintenant, outre la divinit� et les pr�tres, l�administration des biens du dieu. Dans ces conditions nouvelles, l��difice sacr� prend de vastes proportions et re�oit une d�coration soign�e.</p><p>Les fid�les y placent des ex-voto et des orants, reliefs et statues d�un art g�n�-</p><p>ralement m�diocre (la Dame d�Ourouk est une exception), qui se caract�rise par une curieuse sorte de repr�sentation humaine, avec une t�te ronde, downloadModeText.vue.download 562 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10517</p><p>un nez puissant et aquilin, une nuque peu marqu�e. Dans cette figure qui</p><p>se maintient inchang�e jusqu�� la fin du IIIe mill�naire, on a vu longtemps le type racial des Sum�riens (si tant est qu�il se soit conserv� au contact des autres populations de la basse M�sopotamie), mais on pense maintenant qu�il s�agit d�une repr�sentation conventionnelle qui exclut toute id�e de ressemblance pr�cise, individuelle ou collective. Dans ces images de personnages importants, on a beaucoup de mal � distinguer le chef de la cit�, que les sp�cialistes croient voir dans le terme de EN, Seigneur, qui appara�t dans les textes de la fin du IVe mill�naire et qui sera employ� plus tard pour les dieux aussi bien que pour les souverains temporels. Aucun palais n�a �t� retrouv�, aucun texte ne c�l�bre les exploits guerriers ou les constructions du Seigneur de la ville, et l�on suppose que celui-ci loge dans le temple, que son prestige est limit� par la pr��minence du dieu et que son pouvoir, � la fois religieux et militaire, est contr�l� par les Anciens dont parlent les textes.</p><p>Les cit�s rivales</p><p>(XXVIIe-XXIVe s.)</p><p>Au d�but du IIIe mill�naire, en basse M�sopotamie, le nombre des habitats diminue et la population se concentre encore davantage dans les villes. Par les fouilles, qui sont loin d�avoir �puis� le terrain, nous en connaissons d�j� une douzaine de premi�re importance : au nord, Kish (� l�est de Babylone) ; au centre, Nippour, la ville sainte d�Enlil, qui fut un temps le Seigneur des dieux, Adab (ou Arab), Oumma, Shouroup-pak (act. Fara), patrie du No� m�sopotamien ; tout � fait au sud, Ourouk*, la cit� du h�ros Gilgamesh et des grands temples du IVe mill�naire, Our*, �ridou, Girsou (act. Tello) et Ouroukouga (act. tell al-Hiba), forment la cit�-�tat de Lagash.</p><p>Cet entassement des villes sur une partie seulement de la basse M�sopotamie r�duit chacune d�elles � un petit territoire (de 1 000 � 3 000 km2). Mais les progr�s de l�irrigation font vivre une population toujours plus abondante et soutiennent l�expansion de l��conomie, dont t�moignent l�invention du bronze et le haut niveau de la production artistique r�v�l� par les tr�sors des tombes royales d�Our (XXVIe s.).</p><p>Le dynamisme qui se manifeste dans l��conomie et l�art de Sumer � partir du XXVIIe s. appara�t �galement dans l�expression �crite. L��criture est maintenant connue dans toutes les villes du Bas Pays, et ses emplois s��tendent. La technique de la comptabilit� progresse, attestant l�existence de ce que l�on a pu nommer une bureaucratie. Et surtout on trouve les premi�res inscriptions royales, tr�s courtes, mentionnant les travaux effectu�s pour les dieux, les offrandes plac�es dans les temples et les victoires sur les rois des autres cit�s.</p><p>La comptabilit� des biens royaux, maintenant tr�s importants, les textes �manant des souverains et les oeuvres d�art les repr�sentant nous r�v�lent une v�ritable mutation de la royaut� par rapport aux institutions du IVe mill�-</p><p>naire. Le chef de la cit�-�tat, que l�on appelle maintenant, suivant les villes, En (Seigneur), ENSI (Vicaire du dieu), LUGAL (Homme grand � que l�on</p><p>traduit par roi), tend � abandonner le temple pour un b�timent nouveau, le palais, o� il installe les scribes qui g�rent ses possessions. Il se consacre avant tout � sa fonction militaire et se heurte parfois aux chefs du clerg�, qui ont pris une certaine ind�pendance.</p><p>Mais, dans la mesure o� il administre � son profit les terres des temples et o� la guerre devient chronique, le souverain temporel, chef de l�arm�e de la cit�-</p><p>�tat, jouit d�un prestige plus marqu� qu�� l��poque pr�c�dente. Dans des cas exceptionnels, il obtient des honneurs fun�raires, qui ne se rencontrent en M�sopotamie qu�� cette p�riode : � Mari*, � Kish et surtout � Our (XXVIe s.), des rois sont enterr�s dans des caveaux ma�onn�s, avec des tr�-</p><p>sors extraordinaires, et des serviteurs doivent les accompagner dans la mort par dizaines.</p><p>Mais, en g�n�ral, l�ambition du</p><p>chef de la cit�-�tat est plus mesquine.</p><p>Avec son infanterie lourde de piquiers et ses chars (tir�s par des onagres ou des �nes), celui-ci m�ne des campagnes d�vastatrices (encore qu�elles n�entravent pas l�essor �conomique du Bas Pays) dans le dessein d�imposer sa souverainet� aux chefs des villes voisines ; souverainet� essentiellement</p><p>honorifique, que le vainqueur va faire consacrer par le dieu Enlil � Nippour, cit� sainte qui n�a pas de dynastie locale. Ces guerres concernent essentiellement le Pays (basse M�sopotamie), mais, � l�occasion, elles s��tendent aux pays voisins, � travers lesquels passe le commerce des cit�s du Bas Pays : la vall�e moyenne de l�Euphrate, domin�e par la ville de Mari ; la vall�e de la Diy&#x101;l&#x101; ; la Susiane et l��lam*</p><p>montagneux, domaines des belliqueux �lamites. Il n�en r�sulte que des dominations g�ographiquement limit�es et instables, qui nous sont connues par deux types de sources, malheureusement contradictoires. D�une part, les inscriptions royales, dues au hasard des fouilles, r�v�lent les noms de rois victorieux et plus particuli�rement, gr�ce aux trouvailles de Tello, l�histoire de la puissante dynastie de Lagash (v. 2525-2375). D�autre part, la � liste royale �, �labor�e entre le XXIe et le XVIIIe s., �nu-m�re avant le D�luge (mais sans doute s�agit-il de litt�rature mythique) des rois ayant r�gn� chacun des dizaines downloadModeText.vue.download 563 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10518</p><p>de milliers d�ann�es et apr�s le D�luge, jusqu�� l�empire d�Akkad, quatorze dynasties de souverains ayant exerc� la</p><p>� royaut� � sur l�ensemble du pays : on y trouve, � c�t� de personnages proprement historiques portant des noms su-m�riens ou s�mitiques, des dieux et des h�ros ayant r�gn� chacun des centaines ou des milliers d�ann�es. Mais bon nombre de rois victorieux attest�s par les inscriptions contemporaines, et en particulier ceux de Lagash, ne figurent pas dans la � liste royale �, et l�arch�ologie interdit de placer aucun des souverains historiques de la � liste � audel� du XXVIIIe s.</p><p>Pour r�soudre ces difficult�s, on suppose que les auteurs de ce document ont pr�sent� comme successives des dynasties qui devaient �tre contemporaines et ont choisi de fa�on partiale les lign�es et les villes qu�ils entendaient ainsi honorer. En combinant les deux</p><p>types de sources et les renseignements fournis par l�arch�ologie sur l�importance et l�activit� des sites, on remarque la pr�dominance d�un tr�s petit nombre de villes pour la p�riode des luttes historiques entre cit�s : Lagash, dont les fouilles de Tello ont fourni tant de vestiges au Louvre ; Kish, � qui la � liste � attribue quatre dynasties de</p><p>� royaut� �, dont les souverains sont souvent dot�s de noms s�mitiques ; Ourouk, avec trois dynasties, dont la premi�re comporte le fameux Gilgamesh ; Our, cr�dit�e de deux dynasties, qui ont toutes chances de se situer dans l�histoire, puisque l�on a retrouv� � Obe�d le temple du deuxi�me souverain de la premi�re (XXVe s.).</p><p>On peut appr�cier de fa�on tr�s</p><p>diverse cet apog�e de culture sum�-</p><p>rienne. L�art de l��poque en montre bien les aspects contrast�s : l�habilet� technique et le sens esth�tique d�licat des artistes qui ont orn� de gracieuses figures animales les pi�ces d�orf�vrerie et les meubles des tombes royales d�Our, en m�me temps la lourdeur et m�me la grossi�ret� de la repr�sentation humaine dans le m�me ensemble artistique. � bien des �gards inf�rieure � la civilisation contemporaine de l�ancien Empire �gyptien, celle de Sumer conna�t, du fait de sa position centrale, une diffusion bien plus �tendue, qui est particuli�rement sensible en haute M�-</p><p>sopotamie. Si Mari est la seule � emprunter l��criture cun�iforme, les techniques et les conventions artistiques de Sumer sont adopt�es avec plus ou moins de fid�lit� � l��gard du mod�le par bien d�autres cit�s, sur la basse Diy&#x101;l&#x101;, dans les bassins du Kh&#x101;b&#x16B;r (tell Brak, Chagar Bazar) et du Bal&#x12B;kh (tell Khuera), et surtout � Assour, sur le Tigre moyen. Mais l�avance prise par le Bas Pays va aussi y attirer les populations moins �volu�es.</p><p>Les empires</p><p>m�sopotamiens et</p><p>le recul du sum�rien</p><p>(XXIVe-XXIe s.)</p><p>Jusque-l�, le m�lange S�mites-Sum�-</p><p>riens, o� la proportion des premiers devait cro�tre sans cesse avec l�arriv�e de nouveaux groupes provenant du d�sert syro-arabe ou de la haute M�sopota-</p><p>mie, restait domin�, dans le cadre de la cit�-�tat de basse M�sopotamie, par les �l�ments des deux ethnies qui avaient acc�d� depuis tr�s longtemps � la civilisation urbaine et � la totalit� de la culture sum�rienne. Mais tout change avec la construction d�un empire m�-</p><p>sopotamien. Cette formule politique appara�t au XXIVe s. Elle aurait �t� inaugur�e par un vicaire d�Oumma, puis d�Ourouk, qui porte un nom sum�rien, Lougal-zaggesi (v. 2375-2350), mais nous ne savons rien sur les m�thodes qui lui auraient permis de dominer du golfe persique � la M�diterran�e. Cet empire �ph�m�re c�de la place � celui de la dynastie s�mitique de la ville d�Akkad (v. 2350-2225), fond�e par le roi Sargon (un nom de r�gne s�mitique : � Roi l�gitime �), qui s�appuie sur les populations du nord de la basse M�sopotamie, que l�on appelle d�sormais le pays d�Akkad.</p><p>Les Akkadiens, des S�mites entr�s au pays des Deux Fleuves moins anciennement que ceux du sud de la basse M�sopotamie, acc�dent maintenant � la culture par une voie nouvelle, l�akkadien, qui devient langue officielle et va s��crire au moyen du syst�me cun�iforme avec des id�ogrammes (que l�on lira dans la langue s�mitique) et les compl�ments phon�tiques correspondant � ce dialecte ; le pays d�Akkad adopte l�essentiel du rituel traditionnel de la basse M�sopotamie dans la langue de Sumer, mais se donne un panth�on nouveau, qui juxtapose ou fusionne les divinit�s s�mitiques et su-m�riennes. La culture m�sopotamienne de langue akkadienne est appel�e � son tour � une vaste diffusion, et son adoption explique que la langue sum�rienne disparaisse rapidement des villes du nord du Bas Pays.</p><p>Ce n�est pas la promotion de la</p><p>culture s�mitique qui provoque les r�voltes g�n�rales au d�but et � la fin de chaque r�gne de la dynastie d�Akkad, mais l�antagonisme entre la vieille aristocratie urbaine, laiss�e � la t�te des cit�s de Sumer, et les Akkadiens, qui contr�lent les vicaires sur place et qui sont consid�r�s, de fa�on assez injuste, comme des Barbares plus encore que des �trangers.</p><p>Mais, lorsque la domination imp�-</p><p>riale d�Akkad s�effondre (v. 2200), les villes et leurs vicaires retrouvent leur ind�pendance. Au pays de Sumer, le sum�rien reprend son rang de langue officielle, et, dans les cit�s les plus importantes, comme Lagash au temps de Goud�a (probablement dans la</p><p>premi�re moiti� du XXIIe s.), l�art traditionnel conna�t une nouvelle activit�, mais avec la marque tr�s nette de l�influence de l�art de la cour d�Akkad, qui lui est nettement sup�rieur. On a pris l�habitude de qualifier de n�o-su-m�rienne la civilisation de l��poque de Goud�a et surtout de l�empire dirig� par la IIIe dynastie d�Our (2133-2025).</p><p>En fait, le sum�rien, qui est redevenu langue officielle, qui est employ� dans tous les rites et qui reste la langue de culture pour l�aristocratie urbaine d�un pays de Sumer r�duit au sud de la basse M�sopotamie, n�a pu reconqu�rir ses anciennes positions dans le Nord, et, dans l�ensemble du Bas Pays, il est supplant� par l�akkadien, seul parl� dans la vie, priv�e et dans les autres domaines. Les cultures akkadienne et sum�rienne sont en train de fusionner.</p><p>L�h�ritage de Sumer</p><p>Le sum�rien perd d�finitivement sa place de langue officielle lors de la chute de la IIIe dynastie d�Our (2025).</p><p>Mais, dans la M�sopotamie morcel�e en de petits royaumes gouvern�s par des Barbares venus de l�ouest, la communaut� des savants se pr�occupe de sauver la litt�rature et la � science � de Sumer, des collections de recettes de magie, de r�cits mythiques, d�hymnes et de rites, probablement aussi de pr�-</p><p>sages et, plus scientifiques � notre point de vue, de recettes de math�matiques, de m�decine et de pharmacop�e. Tout cela s�est transmis et amplifi� au cours des si�cles presque uniquement par la voie orale. Mais, comme le sum�-</p><p>rien n�est plus parl�, les scribes entreprennent de mettre par �crit tout ce fonds de la culture en Sumer, qu�ils n�h�sitent pas, par la suite, � compl�ter en sum�rien.</p><p>Ainsi, malgr� sa difficult�, la langue sum�rienne, exprimant la culture ancienne de la basse M�sopotamie, continue � �tre employ�e sous forme de pri�res compos�es sur le mod�le</p><p>traditionnel, de textes litt�raires ou scientifiques sans cesse recopi�s, ou d�id�ogrammes incorpor�s dans le syst�me cun�iforme, non seulement au pays des Deux-Fleuves, mais aussi chez les Hittites et les Canan�ens au IIe mill�naire, et, dans son pays d�origine, elle est �crite ou r�cit�e devant les dieux jusqu�� l�extinction de la religion et de la culture m�sopotamiennes (Ier s. apr. J.-C.). Mais d�j� les Grecs avaient tir� de l�h�ritage de Sumer, pass� aux Akkadiens et aux Chald�ens, des �l�ments pour leurs constructions mythiques et leurs cosmogonies. Quant aux conventions artistiques d�origine religieuse qui appartiennent � ce m�me fonds de culture sum�rienne, enrichies par l�apport des Akkadiens, elles ne sont jamais totalement abandonn�es : adopt�es successivement par tous les peuples de l�Asie occidentale, elles vont, par l�interm�diaire de la Perse sassanide, contribuer � l�iconographie de l�art roman et de l�h�raldique europ�enne.</p><p>Effectivement, bien des choses</p><p>avaient commence en Sumer, o� les peuples qui venaient s�y m�ler allaient perp�tuer pendant des mill�naires les qualit�s traditionnelles de t�nacit� et de sens pratique qui avaient permis d��lever vers le ciel les temples d�Ourouk et les ziggourat de la IIIe dynastie d�Our.</p><p>Quelques textes</p><p>Du roi M�silim (XXVIIe ou XXVIe s.)</p><p>� M�silim, roi de Kish, constructeur de la Maison de Ningirsou, a plac� (cette masse d�armes votive) pour Ningirsou, Lougals-hagengour (�tant) ENSI de Lagash � (Ningirsou est le dieu de Lagash).</p><p>Du roi Lougal-zaggesi (XXIVe s.)</p><p>� Quand Enlil, roi des pays, � Lougal-zaggesi, roi d�Ourouk, roi du Pays, pr�tre d�An, proph�te de Nisaba (d�esse de l��criture, protectrice d�Oumma), fils de Boubou, ENSI d�Oumma et proph�te de Nisaba, regard� avec faveur par An, roi des pays, grand ENSI d�Enlil, dou� d�intelligence par En-ki, dont le nom a �t� prononc� par Outou (dieu Soleil), grand ministre de Sin, lieutenant d�Outou, qui donne � Inanna ce dont elle a besoin, enfant de Nisaba, nourri de lait</p><p>sacr� par Ninhoursag (la Dame de la Montagne, �pouse d�Enlil), premier nourrisson de Ninabouhadou, la ma�tresse d�Ourouk, inspir� par les dieux, quand, � ce Lougal-zaggesi, Enlil, roi des pays, eut donn� la royaut� sur le Pays, quand, devant le Pays, il l�eut conduit, eut jet� les pays sous ses pieds et les lui eut soumis du levant au couchant, il aplanit pour lui les chemins de la Mer d�en bas � la Mer d�en haut, en passant par le Tigre et l�Euphrate. �</p><p>De l�ENSI Goud�a (XXIIe s.)</p><p>� Pour la deuxi�me fois, (Ningirsou), au dormeur, au chevet du dormeur se pr�-</p><p>sente ; il le touche de l��clair. � toi, qui me downloadModeText.vue.download 564 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10519</p><p>construiras, � toi qui me construiras, � toi, ENSI, qui me construiras mon temple, � toi, Goud�a, puisque tu me construiras mon temple, le signe, je veux te donner, mon ordonnance, par ce ph�nom�ne pur du ciel, je veux te la proclamer. Mon temple, la Maison de Cinquante, r�plique du ciel, ses puissances divines sont consid�rables, surpassant toute autre puissance divine, temple, dont le roi porte au loin son regard, � la voix duquel, comme � celle de l�oiseau divin Imdougoud, le ciel r�sonne. Sa splendeur redoutable atteint le ciel, l��clat de mon temple frappe les montagnes, � son nom, depuis les limites du ciel, les montagnes se rallient. �</p><p>G. L.</p><p>L�arch�ologie et</p><p>l�art sum�riens</p><p>Caract�res et probl�mes Le pays de Sumer s��tend sur les vall�es inf�rieures du Tigre et de l�Euphrate, sans limite tr�s pr�cise au nord : le passage vers la Babylonie se fait insensiblement � la latitude de Nippour. Les constituants essentiels de ce pays, l�eau et l�argile, ont fait, en d�pit d�une pauvret� apparente, sa v�ritable richesse lorsque les hommes ont �t� capables, dans le courant du N�olithique, de discipliner l�eau et de pratiquer la culture des c�r�ales. La pr�sence de grands espaces, l�existence d�un limon fertile et de cette eau si importante ont permis l�essor d�une agriculture dont la production d�passait les besoins des communaut�s qui s�y adonnaient ; ces surplus ont donn� la possibilit� de compenser par un syst�me d��changes tr�s t�t d�velopp� l�absence totale dans le pays de toute autre mati�re premi�re, alors m�me que la supr�matie, en ce temps o� le bronze jouait un r�le de plus en plus important dans la vie quotidienne, appartenait de toute �vidence au possesseur du m�tal.</p><p>� s�en tenir � cette notion g�ographique, le fait sum�rien serait facile � cerner ; mais la r�alit� para�t plus complexe. Deux probl�mes viennent se greffer sur cette d�finition. Un premier glissement s�est op�r� lorsque l�on est pass� de la notion g�ographique � celle de � civilisation sum�rienne �, car les fouilles ont montr� que les manifestations majeures de celle-ci d�bordaient largement le cadre g�ographique ainsi d�fini, puisqu�on les retrouve en M�-</p><p>sopotamie dans la vall�e de la Diy&#x101;l&#x101;, sur le Tigre � Ninive* et � Assour, sur le moyen Euphrate � Mari* et m�me, quoique � un moindre degr�, � tell Khuera, entre le Bal&#x12B;kh et le Kh&#x101;b&#x16B;r.</p><p>Ainsi, la notion de civilisation sum�-</p><p>rienne en vient � rendre compte d�un moment tr�s pr�cis du d�veloppement de l�Orient, encore que l�accord ne se soit pas r�alis� entre les divers sp�-</p><p>cialistes sur l��poque exacte de son apparition.</p><p>Le deuxi�me glissement s�est fait dans le sens d�une valeur ethnique, puisque l�habitude a �t� prise de parler</p><p>de Sum�riens pour d�signer les habitants de Sumer au moment o� fleurit cette civilisation, alors m�me que les indig�nes ne se sont jamais d�sign�s eux-m�mes � l�aide de ce vocable.</p><p>Cette diversification de l�emploi du terme masque la difficult� que l�on �prouve � d�finir la composition ethnique de la partie m�ridionale du pays des Deux-Fleuves : s�il appara�t de plus en plus que des groupes s�mitiques sont install�s dans cette r�gion sans doute bien avant le IIIe mill�-</p><p>naire, rien ne permet, dans le mat�riel arch�ologique, de pr�ciser le moment de l�arriv�e des � Sum�riens � et donc de d�finir en quoi ils se distinguent de leurs pr�d�cesseurs ou des groupes avec lesquels ils cohabitent. Les divers indices sur lesquels les sp�cialistes ont cherch� � s�appuyer sont assez peu probants, et l�on pourrait �tre tent� de refuser l�hypoth�se d�une origine allog�ne, normalement admise, pour proposer au contraire celle d�un d�veloppement interne qui aurait conduit, vers la fin de l��poque d�Obe�d et, en tout cas, � l��poque d�Ourouk, � l�affirmation d�une originalit� remarquable par rapport aux traits sp�cifiques des groupes s�mitiques. La langue de ces populations, de type agglutinant, ne rend celles-ci comparables � aucun downloadModeText.vue.download 565 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10520</p><p>autre peuple connu de cet espace g�ographique ; constatation qui, � elle seule, ne permettrait pas de conclure � l�impossibilit� d�un d�veloppement purement interne si certaines particularit�s de cette langue ne conduisaient les sum�rologues � penser que les Sum�-</p><p>riens sont venus d�ailleurs. Ce d�bat est de grande importance, autant pour l�arch�ologue que pour l�historien, car comment attribuer � chacune des communaut�s r�sidant en Sumer ce qui lui revient, comment d�finir si un site hors du pays proprement sum�rien fait partie de la m�me civilisation si l�on n�est pas capable de pr�ciser ce que recouvre le terme ? Peut-�tre alors, provisoirement, est-il plus sage de s�en tenir � une d�finition assez large, faisant appel � une �tape du d�veloppement</p><p>de la M�sopotamie et non � la sp�cificit� d�une ethnie oppos�e au groupe s�mitique.</p><p>L�exploration arch�ologique</p><p>Le monde sum�rien a fait une entr�e tardive dans la red�couverte des civilisations de la M�sopotamie antique, car la recherche s��tait d�abord int�ress�e aux tells du pays assyrien, richement dot�s de bas-reliefs. Il revint � Ernest de Sarzec (1832-1901), vice-consul de France � Bassora, de d�couvrir sur le site de Tello quelques formes majeures de cette civilisation, que d�autres avaient pressentie pour des raisons linguistiques, et d�en comprendre la signification ; il explora le site � partir de 1877, et les comptes rendus qu�il donna de ses trouvailles provoqu�rent imm�diatement l�int�r�t des sp�cialistes. De grandes fouilles ont, depuis lors, illustr� les phases importantes de l�histoire sum�rienne. Pour l��poque archa�que (fin du IVe mill�naire et d�but du IIIe), c�est le site d�Ourouk*, explor� depuis 1912 par l��cole allemande, qui a fourni l�essentiel de la documentation, en permettant de saisir les premi�res �tapes de Sumer.</p><p>L��poque des premi�res dynasties est illustr�e essentiellement par Tello, qui, apr�s les travaux de Sarzec, a �t� fouill� jusqu�en 1933, par Our* la prestigieuse et Obe�d (H. R. Hall [1919] et L�onard Woolley [1922-1934]), par �ridou (fouilles anglaises et irakiennes �pisodiques) et, depuis peu, par al-Hiba, qui se r�v�le comme un site faisant partie du domaine de Lagash ; hors du pays sum�rien, on trouve Nippour, grand centre religieux fouill� par les Am�ricains de 1889 � 1900 et apr�s 1948, ainsi que les centres de la vall�e de la Diy&#x101;l&#x101; (tell Asmar, Khafadje, tell Agrab), �tudi�s par l�Institut oriental de Chicago de 1932 � 1938, et enfin Kish (Henri de Genouillac, 1912 ; E. Mackay, S. H. Langdon, C. Watelin, 1923-1933). L��poque de la Renaissance sum�rienne (fin du IIIe mill�-</p><p>naire) est illustr�e principalement par Our et par Tello.</p><p>Aspects de l�art</p><p>La p�riode sum�rienne fait figure de moment privil�gi� dans l�ensemble de</p><p>la production m�sopotamienne. C�est elle qui, dans un premier temps, met en oeuvre une architecture d�abord religieuse, puis civile, dont les racines plongent en plein N�olithique (temples d��ridou de la phase d�Obe�d). Mais le fait nouveau et riche d�avenir est que les nouveaux b�timents s�organisent maintenant dans un cadre urbain ; ce dernier est nettement visible � Ourouk, qui offre la meilleure, voire la seule image de ce moment privil�gi� (phases d�Ourouk V-IV-III) et marque la rupture d�finitive avec le N�olithique. Les temples d�alors, tout � fait nouveaux, s�organisent, semble-t-il, par paires et perpendiculairement l�un par rapport � l�autre dans l�ensemble d�un quartier religieux qui frappe par l�ampleur de ses dimensions (� lui seul, le temple Calcaire, appel� ainsi en raison du ma-t�riau utilis� dans son soubassement, qui, dans ce pays de limon, avait �t� n�cessairement import�, mesurait environ 30 m sur 80 m), mais aussi par l�emploi d��paisses colonnes de terre rev�tues de mosa�ques polychromes r�alis�es � l�aide de c�nes de terre cuite ou de pierre.</p><p>Toutes ces innovations sont de peu pr�c�d�es par celle du sceau-cylindre (niveau V), dont l�usage de plus en plus fr�quent a permis le d�veloppement d�une iconographie aussi diversifi�e par ses th�mes que riche dans ses qualit�s artistiques et qui donne souvent la mesure de la technique et du go�t des lapicides et des utilisateurs sum�riens eux-m�mes. C�est bien souvent aussi gr�ce � cette iconographie qu�il nous est possible de p�n�trer dans l�univers de ces soci�t�s archa�ques.</p><p>L�art du lapicide s�accompagne de l�apparition d�un art de la statuaire dont la premi�re manifestation connue, la Dame de Warka (t�te conserv�e au mus�e de Bagdad), est aussi exceptionnelle qu�attachante.</p><p>� l��poque sum�rienne classique, ou �poque des premi�res dynasties, les tendances sensibles � l��poque archa�que, une certaine spontan�it�, un go�t de la vie et un sens du mouvement, trouvent encore leur expression dans certaines manifestations des activit�s artistiques ; celles-ci sont tr�s diversifi�es, mais la qualit� en est sou-</p><p>vent moins recherch�e. La glyptique, riche encore dans certaines �coles (Fara par exemple), conna�t un certain rel�chement dans une production peut-�tre plus courante, tandis que la statuaire se diversifie selon les centres producteurs en se faisant plus enjou�e et parfois d�une rare qualit� � Mari, plus rigide mais non moins expressive � tell Asmar, souvent plus lourde et moins dynamique dans le Sud. De nouvelles formes font leur apparition, en particulier dans l�art du m�tal, dont le Cimeti�re royal d�Our a �t� prodigue, ou dans ces compositions de mosa�ques fr�quentes, � en croire les vestiges arch�ologiques, mais trop rarement parvenues intactes jusqu�� nous (comme cet exceptionnel � �tendard d�Our � du British Museum). Cet essor notable de l��poque classique est peut-</p><p>�tre � mettre au compte de la nouvelle forme politique qui se d�veloppe � la monarchie � et qui, en m�me temps qu�une architecture palatiale de grande envergure (Kish, �ridou, Mari), donne naissance � un art aulique de qualit�, r�serv� � une �lite.</p><p>De profondes transformations</p><p>marquent l�art � l��poque akka-</p><p>dienne � cet entracte dans l�histoire sum�rienne qui se pr�sente � maints �gards comme une rupture avec le pass� (v. Akkad). La Renaissance sum�rienne, qui suit de peu la fin de l�Empire akkadien, est certes marqu�e d�une volont� de retour � ce qui avait fait l�originalit� de Sumer ; pourtant, dans le domaine artistique comme ailleurs, les modifications provoqu�es par l�empire de Sargon ont trop marqu� la M�sopotamie pour qu�un tel retour en arri�re soit r�ellement possible : aussi bien dans le bas-relief (par exemple st�le d�Our-Nammou, mus�e de Philadelphie) que dans la statuaire (toute la s�rie des Goud�a de Tello), un certain hi�ratisme et une grande rigidit� apparaissent, plus conformes aux canons du IIe ou du Ier mill�naire, qu�ils annoncent, qu�au charme ou � une certaine fantaisie de leurs ant�c�dents purement sum�riens, qu�ils cherchent � perp�tuer.</p><p>J. C. M.</p><p>F Akkad / �lam / Mari / M�sopotamie / Our /</p><p>Ourouk.</p><p>F. Thureau-Dangin, Inscriptions de Sumer et d�Akkad (Leroux, 1905). / C. Jean, la Religion sum�rienne (Geuthner, 1931). / S. N. Kramer, Sumerian Mythology (Philadelphie, 1944) ; From the Tablets of Sumer (Indian Hills, Co., 1956 ; trad. fr. L�Histoire commence � Sumer, Arthaud, 1957, nouv. �d., 1975) ; The Sumerians. Their History, Culture and Character (Chicago, 1963). / A. Parrot, Arch�ologie m�-</p><p>sopotamienne, t. I (A. Michel, 1946) ; Sumer (Gallimard, 1960) ; l�Art de Sumer (A. Michel, 1970). / J. Pirenne, la Civilisation sum�rienne (Mermod, Lausanne, 1952). / H. Schm�kel, Das land Sumer (Stuttgart, 1955 ; trad. fr. Sumer et la civilisation sum�rienne, Payot, 1964). /</p><p>J. Deshayes, les Civilisations de l�Orient ancien (Arthaud, 1969). / Y. Rosengarten, Trois Aspects de la pens�e religieuse sum�rienne (De Boccard, 1972).</p><p>sunnites</p><p>Musulmans qui suivent la sunna et qui constituent la tendance majoritaire dite</p><p>� orthodoxe � de l�isl&#x101;m.</p><p>Historiquement, l�isl&#x101;m sunnite se caract�rise par la reconnaissance des quatre premiers califes (les � califes orthodoxes �), donc par l�approbation du califat �lectif ; pour les ch&#x12B;�ites (de ch&#x12B;�a : � parti �, parti de la famille du Proph�te), au contraire, le pouvoir califal appartient aux membres de la famille du Proph�te exclusivement.</p><p>Ces quatre premiers califes sont : Ab&#x16B;</p><p>Bakr (632-634), vieux compagnon du Proph�te, qui lui succ�da � la t�te de la communaut� musulmane ; �Umar</p><p>(634-644), �galement compagnon</p><p>du Proph�te ; �Uthm&#x101;n (644-656), gendre du Proph�te, de qui descend la branche des Omeyyades* ; enfin �Al&#x12B;, autre gendre du Proph�te, mari de sa fille F&#x101;&#x1E6D;ima, qui fut calife de 656 � 659, date � laquelle il fut d�pos� par Mu�&#x101;wiyya, puis finalement assassin� en 661. Avec Mu�&#x101;wiyya commence la dynastie des califes omeyyades, reconnue par les sunnites, mais contest�e par les Ch&#x12B;�ites.</p><p>La sunna</p><p>Les sunnites, ce sont les � gens de la sunna et de la communaut� �. La sunna est, apr�s le Coran*, la seconde source de la Loi. Au sens propre, le mot sunna</p><p>(plur. sunan) signifie � conduite, ma-ni�re d�agir �, d�o� � coutume � ; en isl&#x101;m, il s�applique � la coutume du Proph�te et de ses compagnons (sunnat al-nab&#x12B; wa al-t&#x101;b&#x12B;�&#x16B;n). Le musulman sunnite est donc celui qui suit, outre le Coran, consid�r� comme la Parole r�-</p><p>v�l�e de Dieu, la tradition, sunna, �tablie par le Proph�te et ses compagnons (a&#x1E63;&#x1E25;&#x101;b). En ce sens, sunna s�oppose � bid�a, qui signifie � innovation � et donc � trahison de la tradition �, et qui finira par prendre le sens d�� h�r�sie �.</p><p>Selon Henri Mass�, la sunna est � la pratique et la th�orie de l�orthodoxie musulmane �. Elle est principalement fond�e sur le &#x1E25;ad&#x12B;th, ou � dire �, qui downloadModeText.vue.download 566 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10521</p><p>remonte au Proph�te lui-m�me ou � ses compagnons selon une cha�ne de garants successifs. Le &#x1E25;ad&#x12B;th retrace les faits et gestes du Proph�te, ses paroles, son approbation muette. Il a �t� class� au IXe s. et consign� en six ouvrages accept�s apr�s une critique comparative visant � l�expurger au maximum des &#x1E25;ad&#x12B;th apocryphes. On distingue cependant entre &#x1E25;ad&#x12B;th &#x1E63;a&#x1E25;&#x12B;&#x1E25;, authentique, regroup� en deux ouvrages, celui d�Ab&#x16B; �Abd All&#x101;h Mu&#x1E25;ammad</p><p>al-Bukh&#x101;r&#x12B; (810-870) et celui de Mus-lim (Ab&#x16B; al-&#x1E24;usayn al-Kuchayr&#x12B; al-N&#x12B;ch&#x101;b&#x16B;r&#x12B;, �875), et &#x1E25;ad&#x12B;th &#x1E25;asan, regroup� en quatre volumes, celui d�Ab&#x16B; D&#x101;w&#x16B;d (� 888), celui d�al-Nas&#x101;�&#x12B; (� 915), celui d�al-Tirmidh&#x12B;</p><p>(� 892) et celui d�ibn M&#x101;dja (� 886).</p><p>Cela constitue donc la tradition du Proph�te, � laquelle s�ajoute celle des deux premi�res g�n�rations qui l�ont suivi.</p><p>� partir de ces deux sources de la Loi, Coran et sunna, la communaut� musulmane sunnite a �labor� une loi canonique, la char&#x12B;�a, et une th�ologie, le kal&#x101;m.</p><p>La char&#x12B;�a et le kal&#x101;m</p><p>y La char&#x12B;�a est la loi canonique qui r�git par le fiqh, ou droit canon, toute la vie de la communaut� : vie int�-</p><p>rieure (relation de l�homme � Dieu et culte [�ib&#x101;d&#x101;t]) et vie ext�rieure (rela-</p><p>tion des hommes entre eux, famille, soci�t�, politique [mu�&#x101;mal&#x101;t]). Cette-loi r�partit tous les actes humains en cinq ordres : ceux qui sont obligatoires, ceux qui sont recommand�s, ceux qui sont indiff�rents ou permis, ceux qui sont r�prouv�s et ceux qui sont interdits. Tout ce qui n�est pas interdit (&#x1E25;ar&#x101;m) est licite (&#x1E25;al&#x101;l).</p><p>L��laboration du fiqh � partir des deux sources de la Loi a �t� le fait de plusieurs docteurs, qui ont fond� des syst�mes juridiques, madh&#x101;h&#x12B;b (sing.</p><p>madhab), l�g�rement diff�rents les uns des autres. Quatre madh&#x101;h&#x12B;b, appel�s improprement � rites � en fran�ais, se partagent la l�gislation de la communaut� musulmane sunnite. Ces quatre �coles �taient d�j� reconnues et accept�es comme canoniques au XIIIe s.</p><p>La plus ancienne de ces �coles juridiques est le madhab mal�kite (ou m&#x101;likite), fond� par M&#x101;lik ibn Anas (710-795), juge de M�dine, qui s�appuie sur le Coran, sur la sunna, sur le droit coutumier (�amal) de M�dine, sur le consensus (idjm&#x101;�) des docteurs de M�dine, et sur l�interpr�tation personnelle (r&#x101;�y). Le madhab mal�kite r�git l�Afrique du Nord et l�Afrique noire ainsi que la Haute-�gypte ; il �tait appliqu� en Espagne musulmane.</p><p>La deuxi�me �cole est le madhab</p><p>&#x1E25;anafite (ou &#x1E25;an&#x12B;fite), fond� par Ab&#x16B;</p><p>&#x1E24;an&#x12B;fa (v. 696-767), juriste d�origine persane. Il s�appuie sur le Coran, sur la sunna, sur le principe d�analogie (qiy&#x101;s), qui entra�ne un jugement personnel temp�r� par la recherche de la meilleure solution (isti&#x1E25;s&#x101;n), et enfin sur le consensus g�n�ral. Originaire d�Iraq, le madhab &#x1E25;anafite s�est �tendu en Syrie, en Asie Mineure, au Khor&#x101;s&#x101;n et en Transoxiane, en Afgh&#x101;nist&#x101;n, en Inde et au P&#x101;kist&#x101;n, en Asie centrale turque et en Chine. Il est li� aux peuples turcs en g�n�ral et sp�cialement � l�Empire ottoman, par lequel il s�est implant� avec l�isl&#x101;m chez certains peuples des Balkans et de l�Europe orientale.</p><p>Le troisi�me madhab est le chaf�ite (ou ch&#x101;fi�ite), fond� par Ab&#x16B; �Abd All&#x101;h Mu&#x1E25;ammad ibn Idr&#x12B;s al-Ch&#x101;fi�&#x12B;</p><p>(767-820), qui s�appuie sur le Coran,</p><p>sur la sunna, sur le consensus g�n�ral et sur le principe d�analogie seulement, car il repousse l�isti&#x1E25;s&#x101;n. La recherche d�une liaison (isti&#x1E63;&#x1E25;&#x101;b), argumentation qui essaie de rattacher un �tat post�-</p><p>rieur � un �tat ant�rieur, a �t� introduite tardivement dans le fiqh chaf�ite.</p><p>L�isti&#x1E63;&#x1E25;&#x101;b exprime que les r�gles du fiqh pour tel �tat ne restent en vigueur que tant qu�il est �tabli que cet �tat n�a pas chang�. Le madhab chaf�ite se localise en �gypte, au Y�men et en Arabie du Sud, au Bahre�n, en Malaysia ainsi qu�en Afrique orientale.</p><p>Enfin, le quatri�me madhab, fond� par A&#x1E25;mad ibn &#x1E24;anbal (780-855),</p><p>ancien �l�ve d�al-Ch&#x101;fi�&#x12B;, est nomm� &#x1E25;anbalite ; il ne s�appuie que sur le Coran et la sunn&#x101;, n�utilisant en cas de n�cessit� absolue que la d�duction par analogie (qiy&#x101;s). Avant le pouvoir ottoman qui a r�pandu le fiqh &#x1E25;anafite, le madhab &#x1E25;anbalite �tait plus �tendu ; actuellement, on le trouve dans certaines r�gions de l�Inde et du Maghreb, mais surtout en Arabie, car le mouvement wahh&#x101;bite, fond� au XVIIIe s. par le r�formateur Mu&#x1E25;ammad ibn �Abd al-Wahh&#x101;b et auquel appartient la dynastie d�ibn Sa�&#x16B;d, pratique le fiqh &#x1E25;anbalite.</p><p>Notons qu�il existait autrefois trois autres madh&#x101;h&#x12B;b, qui ont disparu faute d�adeptes.</p><p>Ceux qui �tudient le fiqh, les fuqah&#x101;�</p><p>(sing. faq&#x12B;h), selon l�une de ces quatre �coles, sont les l�gislateurs de la communaut� sunnite dans tous les domaines et peuvent �tre consult�s pour tous les probl�mes li�s � la loi canonique. En ce qui concerne le probl�me de la foi, le musulman sunnite peut �tudier, s�il le juge bon, la th�ologie (kal&#x101;m) ; il devient alors un mutakallim.</p><p>y Le kal&#x101;m, � la fois ex�g�se et th�ologie coraniques, est un essai d�application des arguments rationnels aux articles de la foi. Il a d�battu en particulier de la question du libre arbitre, oppos� au d�cret universel et �ternel de Dieu (qadar). Ainsi, les qadarites, qui d�fendent le libre arbitre, s�oppos�rent aux djabarites, partisans de la contrainte divine. La grande �cole th�ologique qui a cr��</p><p>la dogmatique sp�culative a �t�, aux VIIIe-IXe s., la mu�tazila. Mais les mu�tazilites, poussant � l�extr�me les th�ories qadarites, fond�rent la foi sur la raison ; leur rationalisme, impr�gn� d�ailleurs de philosophie hell�nistique, fut condamn� par les tenants de la tradition, les gens du &#x1E25;ad&#x12B;th. Deux �coles de kal&#x101;m se partagent depuis lors l�enseignement officiel : l��cole acharite, fond�e par Ab&#x16B; al-&#x1E24;asan alAch�ar&#x12B; (873-935), pour qui la volont� humaine est peu importante face � la volont� divine, et l��cole m&#x101;tur&#x12B;d&#x12B;te, fond�e par al-Matur&#x12B;d&#x12B; (� 944), qui accorde plus d�importance au libre arbitre et pour qui la raison est l�instrument de la croyance en Dieu (et non pas la source comme chez les mu�tazilites). Les grands th�ologiens al-Rhaz&#x101;li (1058-1111) et Fakhr al-D&#x12B;n al-R&#x101;z&#x12B; (1149-1209) ont introduit des conceptions de la philosophie hell�nistique dans le m&#x101;tur&#x12B;d&#x12B;sme.</p><p>Il faut noter que certaines tendances de l�isl&#x101;m sunnite sont contre le kal&#x101;m, notamment celle des &#x1E25;anbalites ; ces derniers sont des � gens du &#x1E25;adith et de la tradition � (ahl al-&#x1E25;adith wa al-naql), oppos�s aux � gens du kal&#x101;m et de la raison � (ahl al-kal&#x101;m wa al-</p><p>�aql). Mais les partisans des deux mouvements sont d�accord sur les principes de l�orthodoxie islamique expos�s dans des sommaires (�aq&#x101;�id ; sing.</p><p>�aq&#x12B;da), dont les plus connus sont dus � al-Rhaz&#x101;li et � al-R&#x101;z&#x12B;. Les �aq&#x101;�id les plus anciennes sont appel�es fiqh al-akbar et constituent le droit canon sup�rieur ; elles datent d�une �poque o� la distinction entre kal&#x101;m et fiqh, entre th�ologie et droit canon, n�existait pas encore. Les deux premiers fiqh al-akb&#x101;r sont attribu�s � Ab&#x16B; &#x1E24;an&#x12B;fa et le troisi�me � al-Ch&#x101;fi�&#x12B;.</p><p>En conclusion, on peut dire que, malgr� toutes ces diff�rences entre les madh&#x101;hib en ce qui concerne le fiqh et ces tendances divergentes du kal&#x101;m, ce qui caract�rise l�isl&#x101;m sunnite, c�est le sentiment de la communaut� de foi et de conduite, fond� sur le Coran et sur la sunna.</p><p>Sur les 520 millions de musulmans recens�s approximativement dans le monde, on compte environ 460 mil-</p><p>lions de sunnites.</p><p>J. D.</p><p>F Arabes / Ch&#x12B;�isme / Isl&#x101;m.</p><p>L. Gordet et M. M. Anawati, Introduction � la th�ologie musulmane (Vrin, 1949).</p><p>/ H. Laoust, les Schismes dans l�isl&#x101;m (Payot, 1965).</p><p>Sun Yat-sen</p><p>Homme d��tat chinois (province du Guangdong [Kouang-tong] 1866 -</p><p>P�kin 1925). Sun Yat-sen est la forme coutumi�re cantonaise d�un nom dont la forme p�kinoise serait Sun Yixian (Souen Yi-hien). La transcription phon�tique de la forme cantonaise s��crit traditionnellement Sun Zhongshan en pinyin, Souen Tchong-chan en</p><p>E. F. E. O.</p><p>Les d�buts</p><p>Sun Yat-sen na�t dans une famille de paysans pauvres de la province du Guangdong (Kouang-tong). Apr�s un d�but d��ducation traditionnelle, il rejoint son fr�re a�n� � Honolulu en 1879, va � l��cole anglaise et se convertit au protestantisme. De retour au village natal (1883), il brise les idoles du temple communal avant de s�inscrire au Queen�s College de Hongkong. Il effectue des �tudes de m�decine occidentale et se marie � l�ancienne mode.</p><p>D�s 1885, il se donne pour t�che le renversement de la dynastie mandchoue et l��tablissement de la r�publique. Il participe alors � l�activit� de soci�t�s secr�tes et fonde en 1894 avec d�autres jeunes r�volutionnaires cantonais un parti politique, l�� Association pour le redressement de la Chine �, juste avant la d�faite humiliante de la Chine devant le Japon (1895). Un premier soul�vement � contre le palais du gouverneur de Canton � �choue en septembre</p><p>1895. Sun �chappe � la r�pression et se r�fugie au Japon.</p><p>Il va aux �tats-Unis, puis en Grande-Bretagne, o� il est kidnapp� le 11 octobre 1896 par la police secr�te mandchoue et lib�r� quelques jours plus tard gr�ce � l�intervention d�un ami anglais et l�appui de la presse. Le voici brusquement c�l�bre. Il visite l�Europe</p><p>avant de rejoindre le Japon. Ce premier downloadModeText.vue.download 567 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10522</p><p>p�riple sera capital dans la formation de sa pens�e politique.</p><p>Les Trois Principes</p><p>du peuple et</p><p>la r�volution de 1911</p><p>En 1900, une seconde tentative de soul�vement �choue. Mais, cette fois, la paysannerie a soutenu le mouvement.</p><p>Sun repart autour du monde. � son retour � T&#x14D;ky&#x14D; en 1905, au moment de la victoire du Japon sur la Russie, il cr�e un nouveau parti, la Ligue d�union jur�e (Tongmenghui [T�ong-mong-houei]), dont l�audience d�passe de beaucoup la premi�re association et qui poss�de un v�ritable programme politique. Celui-ci est constitu� par les � Trois Principes du peuple � : son</p><p>� ind�pendance �, sa � souverainet� �</p><p>et son � bien �tre �. Le manifeste du parti fixait quatre objectifs imm�diats � la r�volution chinoise : chasser les Mandchous ; restaurer la Chine comme �tat national r�publicain, dans lequel l��galit� des droits politiques serait assur�e gr�ce en particulier au Parlement et au pr�sident de la R�publique ; enfin �galiser la propri�t� de la terre.</p><p>Personne ne pourrait plus monopoliser la force de travail du peuple. Malgr� les apparences, l�intervention active de la population ne d�passait gu�re les p�titions de principe et les membres du nouveau parti pr�f�raient s�en tenir � une pratique de soci�t� secr�te. D�autre part, les r�volutionnaires mettaient plus l�accent sur la lutte antimandchoue que sur la lutte anti-imp�rialiste.</p><p>En 1907, Sun Yat-sen et ses amis pr�parent une s�rie d�insurrections avec l�aide tr�s hypoth�tique de la France ; une nouvelle tentative �choue en mars 1911, � Canton, o� soixante-douze r�volutionnaires perdent la vie.</p><p>Sun repart pour l�Occident chercher subsides et encouragements. Il se trouve aux �tats-Unis quand, le 10 octobre 1911, �clate � Wuchang (Woutch�ang) le soul�vement qui va faire</p><p>tomber le plus vieil empire du monde.</p><p>Mais le succ�s de la r�volution de 1911 tient moins � sa pr�paration par le Tongmenghui qu�au renversement in�luctable de l��quilibre des forces.</p><p>Les membres du parti de Sun Yat-sen r�coltent les fruits d�un grand mouvement qui secoue alors la Chine. Sun rentre au pays, non sans tenter d�obtenir en Grande-Bretagne et en France des soutiens politiques et financiers.</p><p>La premi�re pr�sidence</p><p>de la R�publique</p><p>Les d�l�gu�s de toutes les provinces, dont la r�union prend le nom d�� Assembl�e nationale �, �lisent Sun pr�-</p><p>sident provisoire de la R�publique le 29 d�cembre 1911. Mais les membres du Tongmenghui forment une minorit� au sein du premier gouvernement, et leur force militaire est pratiquement nulle. Au nord, le g�n�ral Yuan Shikai (Yuan Che-k�ai*) fait la loi. Il b�n�ficie du soutien des notables et des puissances. Entre l�affrontement et l�effacement, Sun choisit : il laisse la place � son ambitieux rival, qui devient pr�-</p><p>sident de la R�publique le 14 f�vrier 1912 et qui obtient l�abdication du dernier empereur mandchou.</p><p>La travers�e du d�sert</p><p>En ao�t, le Guomindang (Kouo-min-tang) � parti national du peuple, plus souvent appel� parti nationaliste �</p><p>remplace le Tongmenghui. Son programme se situe nettement en de�� de celui qui fut �nonc� par Sun en 1895.</p><p>Celui-ci visite alors la Chine et rencontre Yuan Shikai, qui le nomme directeur g�n�ral des chemins de fer.</p><p>L�entente entre les deux hommes et les deux courants ne dure pas longtemps.</p><p>Un conflit arm� les oppose bient�t. La</p><p>� seconde r�volution � (1913) tourne court, et Sun est contraint de se r�fugier au Japon. Son amertume est temp�r�e par un second mariage avec Song Qingling (Song K�ing-ling), la fille d�un membre de son parti, qui deviendra vice-pr�sidente de la R�publique populaire de Chine.</p><p>Pendant plusieurs ann�es, le vieux r�volutionnaire va reprendre, sans les approfondir, les id�es d�antan et</p><p>essayer de r�organiser son parti. Il revient � son r�ve panasiatique au moment m�me o� le Japon veut imposer � la Chine � 21 demandes � qui auraient abouti � faire pratiquement de celle-ci une colonie nippone. Le gouvernement de T&#x14D;ky&#x14D; profite de l�absence des autres puissances et de son entr�e en guerre contre l�Allemagne pour mener � bien sa politique expansionniste.</p><p>Yuan Shikai accepte la majorit� de ces</p><p>� demandes � (mai 1915).</p><p>En Chine, o� le pr�sident de la R�-</p><p>publique tente de restaurer � son profit la monarchie, une nouvelle guerre civile �clate. La mort de Yuan en juin 1916 cl�t le d�bat et ouvre une �re encore plus confuse d�anarchie militaire.</p><p>Contre l�avis de beaucoup de Chinois et de Sun en particulier, qui souhaitent que leur pays reste neutre dans un conflit o� les responsabilit�s entre imp�rialistes sont partag�es, le gouvernement de P�kin choisit de passer du c�t� des Alli�s en ao�t 1917. Des � seigneurs de guerre � se constituent des petites principaut�s dans les provinces.</p><p>De retour � Canton, Sun Yat-sen</p><p>entreprend de constituer une base r�-</p><p>volutionnaire restreinte en se servant des � seigneurs de guerre � cantonais et assume la pr�sidence d�un gouvernement militaire (sept. 1917). Mais il perd d�s mai 1918 tout pouvoir au sein de cette alliance douteuse, dont il fut un temps le � Grand Mar�chal �, et repart pour Shanghai (Chang-hai) en 1919. C�est l� qu�il assiste au � Mouvement du 4 mai 1919 �, qui marque un tournant d�cisif dans l�histoire de la Chine contemporaine. Les �tudiants de P�kin protestent ce jour-l� contre les d�cisions de la conf�rence de la Paix � Paris, qui remettent au Japon les anciens privil�ges allemands en Chine.</p><p>Le mouvement s��tend bient�t � tout le pays. Pour la premi�re fois, un puissant courant populaire met en cause avec vigueur les d�fenseurs de l�ordre ancien et les puissances �trang�res. Pour la premi�re fois aussi, l�intelligentsia, le prol�tariat et la bourgeoisie urbaine font cause commune. Sun ne tardera pas � percevoir quelles nouvelles voies s�ouvrent d�sormais � la r�volution chinoise.</p><p>Une politique nouvelle Sun est de nouveau � Canton en 1920</p><p>gr�ce � l�alliance avec le seigneur de guerre local, le g�n�ral Chen Jiong-ming (Tch�en Kiong-ming), et se fait �lire le 5 mai 1921 pr�sident de la R�publique. Canton devient alors la premi�re exp�rience chinoise de gestion municipale sur une base d�mocratique. Une fois de plus, son � alli� � se retourne contre lui (juin 1922), et Sun revient � Shanghai, o� le parti communiste, malgr� sa faiblesse num�rique et sa jeunesse � il a tout juste un an �, s�affirme d�j� une force politique. Des contacts s��tablissent. Sun n�est pas indiff�rent � la R�volution russe et � la d�cision du gouvernement sovi�tique de renoncer aux � trait�s in�gaux �.</p><p>En janvier 1923, � la veille de se r�installer � Canton, il signe � Shanghai avec l�envoy� officiel de Moscou une d�claration pr�cisant sur quelles bases l�U. R. S. S. accordera son appui au Guomindang. Cette fois, il ne n�gli-gera ni la jeunesse intellectuelle, ni le mouvement paysan, ni le mouvement ouvrier. Cette nouvelle politique se fera en collaboration avec les communistes chinois et avec le soutien de l�U. R. S. S. Mikha�l Borodine devient le conseiller politique de Sun Yat-sen. Le Guomindang, dont le premier congr�s national se r�unit � Canton en janvier 1924, est alors r�organis� suivant un mod�le l�niniste. Une acad�mie militaire pr�sid�e par Tchang Ka�-chek* est fond�e � Huangpu</p><p>(Houang-p�ou). Canton se transforme bient�t en une v�ritable base r�volutionnaire de mieux en mieux contr�-</p><p>l�e par des milices syndicales. � la fin de l�ann�e 1924, Sun quitte Canton via le Japon pour n�gocier avec le nouveau ma�tre de P�kin, le g�n�ral Feng Yuxiang (Fong Yuh-siang), qui affirme vouloir favoriser les forces de progr�s et qui a propos� la r�union � P�kin d�une conf�rence de restauration de la Chine. Le 12 mars 1925, il meurt sans avoir r�ussi � mener � bien l�unit� nationale qu�il souhaitait r�aliser.</p><p>Premier homme d��tat moderne de</p><p>la Chine, Sun Yat-sen a �t� profond�-</p><p>ment marqu� par son empirisme : il a fini par s�appuyer sur les forces orga-</p><p>nis�es du monde du travail apr�s avoir cru que la bourgeoisie des villes �tait capable de diriger la r�volution et par d�noncer l�imp�rialisme des puissances apr�s avoir r�v� de parlementarisme � l�occidentale. De m�me, les � Trois Principes du peuple �, qu�il invoquera toujours, prennent sur le tard une autre signification : le nationalisme auquel il fait r�f�rence s�oppose � l�� imp�rialisme occidental �, la suppression du militarisme est le pr�alable indispensable � toute �volution d�mocratique, et le � bien-�tre du peuple � prend � la fin de sa vie l�aspect du � socialisme �.</p><p>C. H.</p><p>F Chine.</p><p>L. Sharman, Sun Yat-sen. Its Life and its Meaning (New York, 1934 ; nouv. �d. Stanford, 1968). / M. B. Jansen, The Japanese and Sun Yat-sen (Cambridge, Mass., 1954). /</p><p>J. Chesneaux, Sun Yat-sen (Club fr. du livre, 1959). / H. Z. Schiffrin, Sun Yat-sen and the Origins of the Chinese Revolution (Berkeley, 1968).</p><p>superfluidit�</p><p>Terme introduit initialement pour d�signer l��coulement sans viscosit� de l�h�lium liquide dans des fentes ou des tubes tr�s �troits, au-dessous d�une temp�rature de 2,17 K, appel�e point lambda et not�e T&#x3BB;.</p><p>� cette propri�t� sont reli�s d�autres ph�nom�nes d�couverts en U. R. S. S.</p><p>ou en Grande-Bretagne entre 1936 et 1941, tels que :</p><p>downloadModeText.vue.download 568 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10523</p><p>� la possibilit� pour l�h�lium de s��lever le long des parois d�un r�cipient pour s��couler dans un r�cipient inf�rieur ;</p><p>� la cr�ation d�un jet par chauffage de liquide situ� au-dessus d�une poudre tr�s fine (� effet fontaine �) ;</p><p>� l�existence d�un �coulement agissant sur une petite h�lice plac�e � l�en-tr�e d�un tube ferm� � l�autre bout et</p><p>dans lequel on apporte de la chaleur.</p><p>Ces ph�nom�nes constitu�rent un</p><p>ensemble de propri�t�s myst�rieuses jusqu�� ce que, en 1941, le Sovi�tique Lev Davidovitch Landau (1908-1968) propose, pour les expliquer, un mod�le dit mod�le � deux fluides, se traduisant par les �quations constituant la base de la thermohydrodynamique de l�h�lium liquide ; au-dessous de 2,17 K, l�h�-</p><p>lium liquide se comporte comme s�il �tait form� de deux fluides : le superfluide, qui a perdu toute viscosit� et toute entropie, et le fluide normal, qui poss�de encore ces deux propri�t�s. La masse volumique du superfluide, &#x3C1;s, celle du fluide normal, &#x3C1;n, et celle du fluide total, &#x3C1;, sont li�es par &#x3C1;s + &#x3C1;n = &#x3C1;.</p><p>�crivant cette relation ainsi qu�une relation de conservation de la masse pour le fluide total, une relation pour l�acc�-</p><p>l�ration du superfluide sous l�action des gradients de pression et de temp�rature, le th�or�me de la quantit� de mouvement pour le fluide total et enfin la relation de conservation de l�entropie, Landau pr�voit alors l�existence de deux modes distincts de propagation des ondes : l�un, le premier son, dans lequel les deux fluides oscillent ensemble � la m�me vitesse et qui ne se distingue en rien du son ordinaire dans un liquide ; l�autre, le second son, dans lequel les deux fluides oscillent en opposition de phase, l�un transportant de la chaleur et l�autre pas, et dont la c�l�-</p><p>rit� de propagation c est donn�e par o� T est la temp�rature, S l�entropie sp�cifique et Cv la chaleur sp�cifique � volume constant.</p><p>Les divers ph�nom�nes s�expliquent alors soit par la possibilit� pour le seul superfluide de s��couler dans des zones o� le fluide normal ne peut, du fait de sa viscosit�, qu�assurer un d�bit n�gligeable (par exemple, les pores d�une poudre tr�s fine, des fentes tr�s �troites ou le film form� sur des parois), soit par l�existence d�un �coulement des deux fluides avec des d�bits �gaux et de sens inverses, cr�� par le chauffage, le fluide normal �tant le seul � exercer une action sur l�h�lice.</p><p>Le mod�le � deux fluides devait recevoir de 1944 � 1946, en U. R. S. S., deux confirmations : l�une constitu�e</p><p>par la d�tection du second son et la mesure de sa vitesse de propagation par V. P. Pechkov ; l�autre constitu�e par l�exp�rience dite � de la pile de disques � par E. L. Andronikach-vili. Ce dernier faisait osciller dans l�h�lium liquide un pendule de torsion comportant 180 disques tr�s fins et tr�s proches les uns des autres, et il d�duisait de la variation de la p�riode du syst�me la proportion &#x3C1;n/&#x3C1; en fonction de la temp�rature du fluide normal, qui est entra�n� entre les disques par viscosit�.</p><p>Or, l�expression de la vitesse du second son permettait de d�duire de la mesure de celle-ci et des valeurs de S et C</p><p>v</p><p>connues � partir de mesures calorim�-</p><p>triques une autre d�termination de &#x3C1;n/&#x3C1;</p><p>en fonction de T. L�accord entre les deux d�terminations s�av�ra excellent.</p><p>Cependant, en 1950, le mod�le �</p><p>deux fluides conna�t un �chec apparent : le Britannique D. V. Osborne, en observant le m�nisque du liquide en rotation, constate que le creux pa-rabolique de celui-ci ne dispara�t pas lorsque la temp�rature diminue et que, mieux encore, celui-ci est ind�pendant de la temp�rature, ce qui montre que tout le fluide participe � la rotation.</p><p>Pour tenter de comprendre ce ph�-</p><p>nom�ne, il faut, comme R. Feynman l�a fait en 1955, essayer d��tendre les cons�quences de l�explication m�me de la superfluidit�. Cette explication, abord�e par Landau et Fritz London, peut se r�sumer ainsi : conform�ment au troisi�me principe de la thermodynamique, l�entropie d�un corps, mesure de son d�sordre, doit tendre vers z�ro en m�me temps que la temp�rature de celui-ci. Mais, pour s�ordonner, tout en rendant la somme de son �nergie cin�tique et de son �nergie potentielle minimale, le corps a le choix entre deux solutions : ou bien fixer la position de ses atomes (processus de solidification), ou bien fixer leur quantit� de mouvement. Conform�ment au principe d�incertitude de Heisenberg, selon lequel le produit des incertitudes &#x394;x sur la position et &#x394;p sur la quantit� de mouvement doit rester inf�rieur � la constante de Planck h, divis�e par 4&#x3C0;, la premi�re solution, o� &#x394;x tend vers 0, sera co�teuse en quantit� de</p><p>mouvement p et, par cons�quent, pour des corps l�gers, de faible masse m, en �nergie cin�tique p2/2m. La seconde solution autorise au repos une �nergie cin�tique nulle et en mouvement une �nergie cin�tique bien d�termin�e et qui reste faible au prix d�une incertitude tr�s grande sur la position de chaque atome.</p><p>C�est cette situation qui se rencontre dans l�h�lium, corps l�ger, dont les forces d�attraction entre atomes sont assez faibles pour que le � puits de potentiel � o� chaque atome tendrait � se fixer soit peu profond et pour qu�une tentative de fixation de la position cr�e une �nergie cin�tique suffisante pour que l�atome sorte du puits et se � d�localise �. Tel n�est pas le cas, par contre, pour l�hydrog�ne, pourtant plus l�ger, mais dont le puits de potentiel est beaucoup plus profond.</p><p>L�h�lium reste donc liquide jusqu�� des temp�ratures suffisamment basses pour que la longueur d�onde de De Broglie associ�e � la</p><p>quantit� de mouvement due � l�agitation thermique, devienne plus grande que la distance interatomique. Les mouvements des atomes ne peuvent plus alors �tre ind�pendants, et les chocs qui en r�sultent tendent � dispara�tre. La superfluidit� appara�t donc pour une partie du fluide. Pour cette partie, la m�canique quantique ne d�crit plus l��tat d�un atome, mais celui de tout le superfluide, qui doit �tre repr�sent� par une fonction d�onde unique.</p><p>On peut donc s�attendre non seulement � l�apparition d�une composante caract�ris�e par la valeur nulle de la viscosit� et aussi de l�entropie, mais �galement � la manifestation � l��chelle macroscopique de ph�nom�nes habituellement rencontr�s � l��chelle des dimensions atomiques.</p><p>C�est ainsi que Feynman �met en</p><p>1955 l�hypoth�se que dans l�h�lium en rotation doivent exister des tourbillons rectilignes parall�les � l�axe de rotation et que le moment cin�tique de chaque atome du superfluide autour d�un de</p><p>ces tourbillons est nh/2&#x3C0;, o� h est la constante de Planck et n un entier. Il revient au m�me d��crire que la circulation &#x393; de la vitesse superfluide sur un contour ferm� entourant un tourbillon est quantifi�e</p><p>o� m est la masse de l�atome d�h�lium.</p><p>La situation n = 1, �tant la moins co�-</p><p>teuse en �nergie cin�tique, repr�sente le comportement le plus probable.</p><p>Ces tourbillons quantifi�s ont �t� d�tect�s par W. F. Vinen, qui a observ� la pr�cession du plan de vibration d�une corde vibrante � laquelle s�attache dans l�h�lium liquide en rotation un tourbillon. Celui-ci et, par cons�-</p><p>quent, la corde � laquelle il s�est attach� subissent une force dite � force de Magnus �, bien connue en a�rodynamique, normale au plan de vibration et provoquant une lente rotation de celui-ci, dont on d�duit la valeur du quantum de circulation.</p><p>Il existe une autre m�thode, plus commode, pour observer non seulement des tourbillons rectilignes, mais aussi, �ventuellement, des tourbillons d�form�s. Il s�agit de la mesure de l�at-t�nuation du second son par les tourbillons. Ceux-ci, du fait des vitesses tr�s intenses r�gnent � de</p><p>faibles distances r de leur axe, jouent le r�le de centres diffuseurs pour les excitations constituant le fluide normal, et il en r�sulte une att�nuation importante de toute vibration relative du fluide normal et du superfluide, et donc, en particulier, du second son.</p><p>Cette att�nuation, observ�e en 1956</p><p>par H. E. Hall et W. F. Vinen, traduit l�existence d�une force de friction mutuelle entre le fluide normal et le superfluide associ�e � la pr�sence des tourbillons et � leur mouvement relatif par rapport au fluide normal et au superfluide. Cette att�nuation est proportionnelle non seulement � la densit� de tourbillons, mais aussi, localement, au carr� des sinus de l�angle entre un �l�ment de tourbillon et la direction de propagation du second son, et au moment cin�tique des atomes superfluides tournant autour du tourbillon.</p><p>L�observation, gr�ce � l�att�nuation</p><p>du second son, des �tapes successives de la d�formation des tourbillons cr��s par rotation, mais soumis �galement � l�action suppl�mentaire d�un courant superfluide de vitesse vs, perpendiculaire ou parall�le � l�axe de rotation et auquel on peut associer une longueur d�onde de De Broglie &#x3BB; = h/mvs, a permis d��tablir ou de confirmer par l�exp�rience un certain nombre de propri�t�s fondamentales du r�seau form� par ces tourbillons et des d�formations que ceux-ci subissent en pr�sence de courants superfluides superpos�s � la rotation.</p><p>En effet, le Sovi�tique</p><p>V. K. Tkatchenko a �tabli que le r�seau de tourbillons rectilignes, parall�les � l�axe, dans l�h�lium en rotation, devait poss�der une maille triangulaire et pouvoir propager le long des tourbillons des ondes collectives de torsion du r�seau de tourbillons avec une vitesse de propagation o� &#x3BD; est le</p><p>nombre de tours par unit� de temps.</p><p>downloadModeText.vue.download 569 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10524</p><p>Or, la mesure, par un groupe de</p><p>chercheurs fran�ais, de l�att�nuation du second son a montr� r�cemment que la d�formation des tourbillons appara�t lorsque la longueur d�onde &#x3BB; associ�e au courant superfluide, devient �gale � la distance d entre tourbillons, et que les �tapes suivantes de la d�formation d�butent pour des valeurs simples du rapport d/&#x3BB;. De m�me, dans le cas o� l��coulement superfluide est parall�le � l�axe de rotation et si l�on introduit la longueur d�onde associ�e aux</p><p>ondes de torsion, c�est le nombre &#x3BB;s/&#x3BB;</p><p>qui joue un r�le simple, semblable � celui qui est jou� par d/&#x3BB; dans le cas pr�c�dent. Le ph�nom�ne de d�formation est alors analogue � l�effet Tche-renkov en optique ou au ph�nom�ne de Mach en a�rodynamique supersonique.</p><p>De plus, les valeurs des att�nuations mesur�es ont entre elles des rapports tr�s simples aux points de changement de pente ou sur les paliers des courbes obtenues dans deux directions respectivement normale et parall�le � l�axe</p><p>de rotation. Ces rapports ont pu �tre compar�s � des expressions th�oriques tir�es des propri�t�s d�j� cit�es de l�at-t�nuation du second son et de l�hypoth�se que les tourbillons deviennent des h�lices faisant des angles simples avec l�axe de rotation, cette d�formation �tant la manifestation macroscopique de la quantification spatiale du moment angulaire.</p><p>L�existence, dans l�h�lium liquide II, de ces tourbillons quantifi�s est d�ailleurs l�une des manifestations les plus profondes des analogies existant entre la superfluidit� de l�h�lium liquide et le ph�nom�ne de superfluidit� des �lectrons coupl�s par paires, qui constitue la supraconductivit�*.</p><p>Dans un grand nombre de m�taux et surtout d�alliages supraconducteurs, il existe �galement, en effet, en pr�sence d�un champ d�induction, des � tourbillons �, qui sont ici des tubes de flux d�induction quantifi�, le quantum de flux �tant h/2e, o� e est la charge de l��lectron. Ces tourbillons, dont le mouvement (sous l�action d�une force exerc�e par un courant �lectrique et qui est analogue � la force de Magnus) ou, au contraire, l�absence de mouvement, gr�ce � des � forces d�ancrage �, re-v�tent une grande importance technologique, forment �galement un r�seau triangulaire.</p><p>De cette analogie d�coule une caract�ristique des syst�mes superfluides, qu�il s�agisse des supraconducteurs ou de l�h�lium II : l�existence des effets Josephson (du nom du chercheur britannique Brian D. Josephson, qui les a pr�vus th�oriquement en 1962).</p><p>L�un de ces effets, l�effet Josephson alternatif, se manifeste, pour des supraconducteurs, par des paliers dans les courbes du courant en fonction de la tension, en pr�sence d�un champ �lectrique alternatif superpos� � un champ continu et peut �tre interpr�t� comme d� � des synchronisations de l�apparition et de la disparition des tourbillons, dont le d�filement est associ� � la tension continue, avec leur vibration impos�e par le champ alternatif.</p><p>Un analogue de tels effets a pu �tre observ� tr�s r�cemment dans un �coulement vertical d�h�lium liquide en</p><p>pr�sence du second son, dans lequel la pesanteur joue vraisemblablement un r�le analogue � celui d�un champ continu, le second son jouant le r�le du champ alternatif. L�att�nuation du second son, qui se d�veloppe par paliers en fonction de la vitesse superfluide et qui mesure la densit� de tourbillon, pr�sente alors une allure analogue � celle de la tension en fonction du courant.</p><p>M. L. R.</p><p>C. T. Lane, Superfluid Physics (New York, 1962). / I. M. Khalatnikov, Introduction to the Theory of Superfluidity (trad. du russe, New York, 1965). / R. J. Donnelly et coll., Experimen-tal Superfluidity (Chicago, 1967).</p><p>superpara-</p><p>magn�tisme</p><p>Sorte particuli�re de magn�tisme.</p><p>Lorsqu�une substance ferromagn�-</p><p>tique est subdivis�e en grains suffisamment fins, de dimensions inf�rieures � l��paisseur d�une paroi de Bloch, c�est-</p><p>�-dire quelques centaines d�angstr�ms pour le fer, chaque grain ne contient qu�un seul domaine �l�mentaire,</p><p>puisque les parois n�ont pas la place de se former. L�aimantation est alors uniforme dans tout le grain et �gale � l�aimantation spontan�e Js. Un grain de volume v poss�de ainsi un moment magn�tique MT de grandeur vJs.</p><p>En g�n�ral, le grain est anisotrope, qu�il s�agisse soit d�une anisotropie propre � la substance elle-m�me, comme l�anisotropie magn�tocristal-line, soit d�une anisotropie de forme : plus ou moins grand allongement du grain. L��nergie du grain d�pend donc de l�orientation de MT. Les directions d��nergie minimale sont dites � de facile aimantation � : ce sont celles que MT occupe aux tr�s basses temp�-</p><p>ratures. Pour sauter d�une de ces directions � une autre, MT doit franchir une barri�re de potentiel de hauteur W proportionnelle au volume du grain.</p><p>Deux �ventualit�s se pr�sentent</p><p>alors, selon les valeurs compar�es de W et de l��nergie d�agitation thermique kT (k �tant la constante de Planck et T</p><p>la temp�rature absolue).</p><p>Si W est nettement plus grand que kT, le moment MT, apr�s avoir �t� orient� dans une certaine direction au moyen d�un champ magn�tique suffisamment intense, ne peut plus la quitter spontan�ment et la conserve ind�finiment en l�absence de perturbations ext�rieures.</p><p>On a mis � profit cette propri�t� pour fabriquer certains types d�aimants permanents, en agglom�rant avec un liant un ensemble de tels grains.</p><p>Si W est de l�ordre de grandeur de kT ou inf�rieur, ce qui correspond pour le fer � un diam�tre inf�rieur � 50 �, le moment MT saute spontan�-</p><p>ment, sous l�influence de l�agitation thermique, d�une direction de facile aimantation � une autre, de sorte que l��quilibre thermodynamique s��tablit entre toutes les orientations possibles.</p><p>Il en r�sulte qu�un grain de moment MT</p><p>se comporte d�une mani�re analogue � celle d�un atome de moment &#x3BC;, et l�on peut appliquer la th�orie du paramagn�tisme de Langevin. Les principales diff�rences consistent en ce que MT est plusieurs milliers de fois plus grand que &#x3BC; et en ce que MT d�cro�t lorsque la temp�rature s��l�ve pour s�annuler � la temp�rature de Curie, tandis que &#x3BC; est essentiellement invariable.</p><p>Ce comportement a re�u le nom de superparamagn�tisme.</p><p>Dans un champ magn�tique H suf-</p><p>fisamment faible pour que le rapport a = MTH/kT soit petit devant l�unit�, le moment magn�tique r�sultant pris par un ensemble de N grains identiques orient�s au hasard s��crit</p><p>Quelques dizaines d�oersteds suffisent g�n�ralement pour atteindre � la temp�rature de l�h�lium liquide le moment r�sultant � saturation, �gal � NMT.</p><p>Lorsque l�anisotropie des grains est n�gligeable, la loi compl�te d�aimantation s�exprime par la formule de Langevin</p><p>En dehors des grains mat�riellement distincts, le superparamagn�tisme appara�t aussi dans un alliage lorsque,</p><p>au cours du refroidissement, une phase ferromagn�tique se s�gr�ge en petits grains magn�tiques noy�s dans une matrice non magn�tique.</p><p>Le superparamagn�tisme a re�u</p><p>quelques applications : les ferrofluides sont des suspensions de ces grains dans un liquide neutre tel que le tolu�ne ; ils sont attir�s vers les r�gions o� r�gne le champ magn�tique le plus intense.</p><p>On peut ainsi les maintenir en �quilibre dans une r�gion choisie de l�espace, malgr� la pesanteur.</p><p>Il convient de remarquer qu�en</p><p>chauffant des grains � aimantation permanente on les transforme</p><p>toujours en grains superparamagn�-</p><p>tiques � une certaine temp�rature &#x3B8;B, dite temp�rature de blocage, inf�rieure � la temp�rature de Curie &#x3B8;C : cela r�sulte de ce que W/kT tend vers z�ro quand T tend vers &#x3B8;C. Un ensemble de N grains identiques, refroidis depuis une temp�rature sup�rieure � &#x3B8;B, prend � la temp�rature &#x3B8;B un moment r�sultant �gal � en d�si-</p><p>gnant respectivement par HB et MB les valeurs � cet instant du champ magn�-</p><p>tique et du moment magn�tique du grain.</p><p>Si l�on poursuit le refroidissement, les orientations des moments des grains restent fig�es, tandis que leur grandeur continue � cro�tre. Le moment r�sultant M que prend l�ensemble des grains ne d�pend plus des variations �ventuelles du champ magn�tique, pourvu que ce champ reste faible, et est donn� par en d�signant par M le moment actuel A</p><p>du grain.</p><p>Le moment r�sultant M est paral-</p><p>l�le et proportionnel au champ HB, qui existait au moment o� la temp�rature passait par la valeur &#x3B8;B. L�ensemble des grains poss�de donc une m�moire magn�tique. Cette propri�t� a re�u d�importantes applications en g�ophysique pour reconstituer les valeurs que le champ magn�tique terrestre a prises dans le pass�.</p><p>L. N.</p><p>supraconductivit�</p><p>�tat particulier de la mati�re port�e � tr�s basse temp�rature, dont la premi�re caract�ristique est la disparition de la r�sistance �lectrique.</p><p>Le ph�nom�ne a �t� d�couvert en</p><p>1911 par Kamerlingh Onnes, qui, ayant r�ussi � liqu�fier de l�h�lium, observa downloadModeText.vue.download 570 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10525</p><p>que la r�sistance d�un �chantillon de mercure tombait brutalement � une valeur trop faible pour �tre mesur�e.</p><p>Un courant lanc� (par induction �lectromagn�tique) dans une spire supra-conductrice se maintient pendant des mois, sans force �lectromotrice. �</p><p>partir de mesures d�att�nuation de tels courants, on a pu d�terminer que la r�sistivit� d�un corps supraconducteur �tait au moins dix millions de fois plus faible que celle des m�taux tr�s bons conducteurs � tr�s basse temp�rature (inf�rieure � 10� 22 ohm-cm).</p><p>Seuls certains corps, souvent des alliages de deux ou de trois m�taux, deviennent supraconducteurs � basse temp�rature. La cessation de l��tat supraconducteur et le retour � l��tat normal sont rapides et se font � une temp�rature bien d�termin�e, dite</p><p>� temp�rature critique �, caract�ristique du corps : 7,2 K (soit � 265,9 �C) pour le plomb ; 3,78 K pour l��tain ; 1,14 K pour l�aluminium ; 21 K pour un compos� ternaire � base de niobium, d�aluminium et de germanium, soit la temp�rature critique la plus �le-v�e connue actuellement. Pour les fils de niobium-titane, qui ont aujourd�hui la pr�f�rence des techniciens � cause de leurs qualit�s m�caniques, la temp�rature critique est de 9,7 K, et les sp�cialistes mettent au point un alliage de niobium-�tain dont la temp�rature critique est nettement plus �lev�e, soit 18 K. Le cuivre et l�argent ne deviennent pas supraconducteurs.</p><p>Mais la disparition de la r�sistance</p><p>�lectrique n�est pas la seule caract�ristique de l��tat supraconducteur. Pour toute temp�rature inf�rieure � la temp�-</p><p>rature critique, en pr�sence d�un champ magn�tique, on observe l�effet Meissner : le flux d�induction magn�tique ne p�n�tre pratiquement pas dans le supraconducteur tant que le champ reste inf�rieur � un certain champ critique ; le mat�riau se comporte comme un corps diamagn�tique id�al de susceptibilit� �gale � � 1. Lorsque le champ est sup�rieur au champ critique, le flux p�-</p><p>n�tre dans le mat�riau, qui cesse alors d��tre supraconducteur. Cette cessation est brutale pour les supraconducteurs doux et progressive pour les supraconducteurs durs. D�autre part, la valeur du champ critique est d�autant plus �le-v�e que la temp�rature est plus basse ; elle est nulle � la temp�rature critique.</p><p>Ce champ magn�tique, susceptible de faire cesser la supraconductivit�, peut �tre ext�rieur au supraconducteur ou �tre produit par le courant �lectrique qui y circule. Or, tout champ magn�-</p><p>tique cr�� par un courant est proportionnel � l�intensit� de ce dernier ; il existe donc une limite � l�intensit� du courant qui peut parcourir un supraconducteur ; elle est directement li�e � la valeur du champ magn�tique critique. Par exemple, l�alliage niobium-titane, dans l�h�lium liquide, ne peut �tre parcouru par un courant d�passant 2.104 A/cm 2, alors que, dans les m�mes conditions, l�alliage niobium-�tain peut supporter une densit� de courant d�passant 106 A/cm 2.</p><p>La compr�hension du m�canisme de cette � superfluidit� � des �lectrons du supraconducteur, ainsi que celle de la propri�t� compl�mentaire du diamagn�tisme parfait, n�a �t� obtenue qu�en 1957 par trois physiciens de l�universit� de l�Illinois, John Bardeen, Leon N. Cooper et John Robert Schrieffer (prix Nobel de physique en 1972).</p><p>Le m�canisme propos� par ces trois auteurs met en jeu la formation de</p><p>� paires � d��lectrons responsables de l��tat supraconducteur, l��nergie de couplage d�une paire �tant sup�rieure � l��nergie d�agitation thermique, qui est proportionnelle � la temp�rature absolue. On peut alors dire, en simplifiant, que l�un des �lectrons attire l�autre</p><p>dans son � sillage �. Plusieurs m�canismes ont �t� propos�s pour expliquer une interaction attractive suffisamment forte pour vaincre la r�pulsion cou-lombienne entre �lectrons. Certains permettent m�me d�envisager la possibilit� d�un �tat supraconducteur � la temp�rature ordinaire. Par contre, la pr�diction de la pr�sence ou de l�absence de supraconductivit� d�un corps donn� reste encore tr�s partielle.</p><p>Les applications de la supracon-</p><p>ductivit� commencent seulement � se d�velopper. On peut citer :</p><p>� les �lectro-aimants supraconducteurs, �tudi�s en particulier pour les nouveaux acc�l�rateurs de particules et qui permettent d�obtenir des champs magn�tiques de 5 � 20 teslas ;</p><p>� le Cryotron, qui entre dans la r�alisation de circuits complexes, et notamment des calculateurs �lectroniques. Un fil de tantale, par exemple (Tc = 4,25 K), est entour� par un enroulement r�alis� avec un fil de niobium-titane (Tc = 9,7 K), et le tout est plac� dans de l�h�lium liquide (T = 4,2 K).</p><p>Un courant passant dans l�enroulement de niobium-titane peut cr�er un champ magn�tique capable de faire cesser la supraconductivit� du fil de tantale sans faire cesser celle du niobium-titane. Ainsi, avec tr�s peu d��nergie, puisque l�enroulement de commande reste supraconducteur, on peut contr�-</p><p>ler et m�me annuler le courant passant dans le fil de tantale en faisant varier la r�sistance de celui-ci dans un rapport �norme.</p><p>On songe m�me � utiliser la supraconductivit� pour supprimer les pertes dans le transport d��nergie �lectrique � grande distance.</p><p>A. T.</p><p>E. A. Lynton, Superconductivity (Londres et New York, 1962, 2e �d., 1964 ; trad. fr. la Supraconductivit�, Dunod, 1964). / M. Tin-kham, Superconductivity (New York, 1965). /</p><p>A. W. B. Taylor, Superconductivity (Londres, 1970).</p><p>supr�matisme</p><p>F LISSITSKI ET MALEVITCH.</p><p>surdit�</p><p>Perte de la fonction auditive.</p><p><strong>Introduction</strong></p><p>Plus g�n�ralement, on d�signe sous le terme de surdit� toutes les diminutions de l�acuit� auditive, ou hypoacousies.</p><p>L�audiom�trie* permet de pr�ciser le degr� de la surdit� (�valu� en d�ci-bels de perte), et son type. On distingue ainsi les surdit�s de transmission, qui int�ressent le conduit auditif externe (oreille externe), le tympan, la caisse et les osselets (oreille moyenne), et les surdit�s de perception, qui correspondent � une l�sion de la cochl�e ou du nerf auditif (oreille interne). Des vertiges peuvent alors �tre associ�s, et l�exploration labyrinthique est g�n�-</p><p>ralement n�cessaire. Les surdit�s centrales, enfin, sont en rapport avec une l�sion des centres nerveux.</p><p>L�examen d�un sourd doit donc �tre complet. Cependant, dans la majorit� des cas, il est facile d��tablir un diagnostic � partir du mode de constitution de la surdit�, de son caract�re �volutif, de l�examen du tympan et des constatations acoum�triques et audiom�triques. L��tiologie de l�affection pr�cis�e, il convient de rechercher les possibilit�s th�rapeutiques. Seules les surdit�s de transmission b�n�ficient � ce jour de traitements chirurgicaux.</p><p>Les surdit�s de perception, une fois constitu�es, ne rel�vent que de la proth�se auditive, dont il faut souligner les progr�s actuels. Un espoir pourrait na�tre des tentatives r�centes de stimulation directe de la cochl�e par �lectrodes, mais il ne s�agit encore que de proc�d�s exp�rimentaux.</p><p>Les surdit�s de</p><p>transmission</p><p>y Au niveau du conduit auditif externe. Tout obstacle constitue une g�ne � l�audition. Il en est ainsi du bouchon de c�rumen, extirpable par simple lavage, du bouchon �pidermique, plus dur, pouvant n�cessiter une extraction chirurgicale, et des</p><p>st�noses (r�tr�cissements). Celles-ci peuvent �tre acquises ou cong�nitales. Dans ce dernier cas, l�absence de conduit est rarement isol�e et entre dans le cadre plus g�n�ral des aplasies d�oreille.</p><p>y Au niveau de la caisse et des osselets. La surdit� peut appara�tre comme un �l�ment s�m�iologique</p><p>d�une affection transitoire. Ainsi, l�otite aigu� et plus g�n�ralement tous les �panchements liquidiens de l�oreille moyenne, qu�ils soient purulents, s�reux ou h�matiques, s�accompagnent d�une baisse de l�acuit� auditive. La gu�rison de l�affection causale est suivie d�une r�cup�ration de l�ou�e, souvent un peu retard�e par rapport � l��volution des constatations otoscopiques.</p><p>Dans certains cas, la caisse du tympan est remplie de liquide �pais, visqueux, difficile � �vacuer. Cet aspect, en rapport avec un trouble de la perm�abilit� de la trompe d�Eustache, peut devenir chronique et n�cessiter la mise en place d�un drain transtympa-nique. Le simple catarrhe tubaire, ou inflammation de la trompe, entra�ne une sensation d�oreille bouch�e, par d�s�quilibre entre la pression dans la caisse et la pression atmosph�rique.</p><p>C�est aussi � des troubles de pression qu�il faut rattacher l�otite barotrauma-tique (v. barotraumatisme).</p><p>En fait, beaucoup plus inqui�tantes apparaissent les surdit�s de transmission permanentes ou �volutives. Elles rel�vent de causes diverses.</p><p>y L�aplasie d�oreille. C�est l�absence de d�veloppement de l�oreille.</p><p>Elle peut �tre totale, int�ressant le pavillon, qui se trouve r�duit � un bourrelet cutan�, le conduit auditif et la caisse du tympan, modifi�e dans sa forme, sa dimension et son contenu.</p><p>Les osselets sont absents ou plus souvent malform�s et mal individualis�s.</p><p>D�autres malformations sont souvent downloadModeText.vue.download 571 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10526</p><p>associ�es au niveau de la bouche, des paupi�res et de la face en g�n�ral.</p><p>Le traitement chirurgical des aplasies d�oreille est particuli�rement difficile et ne doit �tre confi� qu�� des op�rateurs entra�n�s. Il consiste � cr�er artificiellement un conduit auditif, une caisse et � �tablir une relation avec les espaces p�rilabyrinthiques et l�oreille interne.</p><p>y L�otite chronique. Elle perturbe l�audition par divers facteurs : tympan perfor�, osselets lys�s ou d�truits par l�infection, magma blanch�tre �pidermique ou cholest�atome envahissant la caisse. M�me lorsque la gu�rison de l�infection est obtenue spontan�ment ou par le traitement, les destructions tympano-ossiculaires (tympan et osselets) subsistent � titre de s�quelles. Certaines infections r�-</p><p>cidivantes peuvent d�ailleurs aboutir � des l�sions dont les cons�quences sur l�audition sont analogues. La tympa-noscl�rose se caract�rise par la p�trification des osselets et de la caisse, envahis par un tissu pseudo-cartilagineux ou franchement calcaire qui bloque le fonctionnement du syst�me tympano-ossiculaire.</p><p>y L�otite scl�ro-adh�sive. C�est une symphyse de la caisse, dont les �l�-</p><p>ments sont immobilis�s par des trous-seaux fibreux et des syn�chies (adh�-</p><p>rences). Le traitement de ce type de surdit� porte le nom g�n�ral de tym-panoplastie, nom qui recouvre des solutions chirurgicales diverses. La simple greffe du tympan, ou myrin-goplastie, permet d�obturer la br�che tympanique. De multiples techniques sont utilis�es : greffe d�apon�vrose, homogreffes conserv�es, etc. La reconstitution de la cha�ne fait appel � des montages utilisant au mieux les restes d�osselets, de fa�on � �tablir un contact entre le tympan et la platine de l��trier. Toutes ces techniques ne peuvent �tre mises en oeuvre qu�apr�s �radication des foyers infectieux, ce qui suppose parfois des interventions r�p�t�es.</p><p>y La fracture du rocher. C�est une vari�t� de fracture du cr�ne qui int�-</p><p>resse plus sp�cialement l�oreille interne, mais le traumatisme peut par-</p><p>fois l�ser la cha�ne des osselets avec dislocation ossiculaire. L� encore, une r�cup�ration peut �tre obtenue par action directe sur la cha�ne. On en rapprochera les l�sions du tympan par traumatisme direct ou par d�tonation.</p><p>y L�otospongiose. C�est une affection � caract�re familial caract�ri-s�e par une fixation de la platine de l��trier, dont les mouvements normaux � l�int�rieur de la fen�tre ovale sont bloqu�s. De ce fait, la vibration tympanique, entra�n�e par les sons, n�est pas transmise aux liquides labyrinthiques et, partant, aux cellules sensorielles de la cochl�e. L�affection �volue g�n�ralement vers une surdit� mixte, c�est-�-dire qu�une surdit� de perception vient s�ajouter � la surdit� de transmission initiale.</p><p>Cette affection est maintenant parfaitement op�rable avec un tr�s grand pourcentage de succ�s totaux. L�intervention consiste � enlever l��trier, sous microscope, � l�aide de microcrochets et � le remplacer par une proth�se constitu�e d�un tube en poly�thyl�ne ou d�un piston en T�flon accroch� � l�enclume et dont l�extr�mit� est en contact avec le liquide labyrinthique.</p><p>Une protection labyrinthique peut �tre assur�e en pla�ant entre la proth�se et l�oreille interne un fragment de veine ou de tissu conjonctif appliqu� sur la fen�tre ovale et l�obturant.</p><p>Cette op�ration tr�s minutieuse re-pr�sente actuellement la forme la plus spectaculaire de la r�habilitation de l�audition. Dans quelques cas exceptionnels, on a pu constater cependant l�apparition d�une surdit� de perception dans les suites op�ratoires pouvant aboutir � la cophose, ou surdit� totale du c�t� op�r�. La tr�s faible incidence de ce risque ne peut �tre mise en parall�le avec l�importance des succ�s obtenus.</p><p>Les surdit�s de</p><p>perception</p><p>Elles sont le t�moignage d�une l�sion de la cochl�e ou du nerf auditif.</p><p>y Les surdit�s toxiques. Elles sont souvent d�origine m�dicamenteuse</p><p>et plus particuli�rement dues � un traitement par certains antibiotiques de la s�rie des aminoglyc�rides : dihydrostreptomycine, kanamycine, streptomycine, framyc�tine, n�omycine (qui n�est plus employ�e par voie g�n�rale) et, � un degr� moindre, gen-tamycine. La prescription de ces antibiotiques, parfois indispensable, doit donc �tre assortie d�une surveillance audiom�trique pr�cise. Il existe en effet des susceptibilit�s individuelles et surtout des facteurs de haut risque (insuffisance r�nale, association avec antibiotiques n�phrotoxiques). Une fois constitu�e, la surdit� est d�finitive et tr�s difficilement appareillable.</p><p>Les fr�quences aigu�s sont les premi�res touch�es. Aucune protection ne peut �tre obtenue, et aucune th�-</p><p>rapeutique propos�e. Cependant, le risque est n�gligeable en r�gle g�n�-</p><p>rale pour des doses peu importantes pendant un temps limit�. D�autres toxiques peuvent �tre en cause : la quinine, la chloroquine, voire l�aspirine dans certains cas.</p><p>y Les infections cochl�aires. Elles entrent dans le cadre des labyrinthites et sont g�n�ralement secondaires � une otite aigu� ou surtout chronique.</p><p>Souvent, des vertiges pr�c�dent la surdit�, et le traitement pr�coce peut �viter l��volution vers la cophose, terme habituel des labyrinthites suppur�es.</p><p>y Les traumatismes cochl�aires. Ils peuvent s�inscrire dans le cadre d�une fracture du rocher, qui, en r�gle g�-</p><p>n�rale, l�se � la fois la cochl�e et le vestibule. Il peut s�y ajouter une paralysie faciale et un �coulement de liquide c�phalo-rachidien par l�oreille.</p><p>Le traumatisme sonore peut �tre le r�sultat d�un bruit violent (d�tonation d�une arme � feu � proximit� de l�oreille, explosion unissant un souffle � un son violent) ou d�une exposition prolong�e dans un milieu bruyant, entrant alors dans le cadre des surdit�s professionnelles. Les fr�quences aigu�s sont d�abord int�ress�es, et plus particuli�rement la fr�quence de 4 000 Hz. L�audiogramme pr�sente � ce niveau une baisse �vidente, r�alisant une courbe en forme de V, dont la</p><p>pointe est centr�e sur cette fr�quence.</p><p>Au d�but r�versible, la surdit� devient d�finitive et s�accentue en l�absence de soustraction au bruit, qui appara�t comme la seule mesure th�rapeutique efficace.</p><p>y La presbyacousie. Elle est le signe du vieillissement normal de l�oreille interne. Elle peut �tre cependant d��volution rapide et correspond alors � une pr�disposition particuli�re, dont le caract�re familial peut parfois �tre retrouv�. Quoi qu�il en soit, cette forme de surdit� d�bute par l�atteinte downloadModeText.vue.download 572 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10527</p><p>des fr�quences aigu�s et atteint progressivement les sons graves. Il en r�-</p><p>sulte une courbe audiom�trique plon-geante et sym�trique pour les deux oreilles. Aucun traitement ne peut �tre valablement propos�.</p><p>y Le syndrome de M�ni�re. Il se caract�rise en principe par une modification de la tension des liquides labyrinthiques, associant vertiges, surdit� et bourdonnement, et d��volution paroxystique. La surdit� s�aggrave au moment de la crise, et la r�p�tition des acc�s aboutit � un d�ficit auditif important, dont le caract�re principal est de porter �galement sur toutes les fr�-</p><p>quences. De ce fait, la courbe audiom�trique est � peu pr�s horizontale.</p><p>Le traitement de la crise fait appel au repos strict et aux anti-vertigineux.</p><p>Les formes vertigineuses invalidantes n�cessitent le recours aux techniques chirurgicales de destruction labyrinthique ou, mieux, de section du nerf vestibulaire.</p><p>y Les surdit�s brusques. Elles sont g�n�ralement rattach�es � une atteinte vasculaire au niveau de l�art�re auditive interne. Elles correspondent � un spasme, � une thrombose ou � une h�morragie. En l�absence de certitude sur la pathog�nie de l�affection, il convient d�utiliser des m�dications vaso-dilatatrices, qui peuvent, lorsqu�elles sont employ�es imm�diatement, lever le spasme et permettre</p><p>une r�cup�ration partielle ou totale.</p><p>Certaines atteintes virales (oreillons, zona, grippe) peuvent entra�ner des surdit�s de ce type. Elles aboutissent g�n�ralement � la cophose. Il n�existe dans ces cas aucune th�rapeutique curative ou pr�ventive. En fait, il s�agit d�une atteinte du nerf auditif.</p><p>y Les surdit�s r�trocochl�aires. Elles correspondent � une l�sion du nerf auditif proprement dit.</p><p>Celle-ci peut s�inscrire dans le cadre d�une affection m�ning�e (pneumo-coque) ou d�une infection de voisinage avec arachno�dite. Les n�vrites peuvent �tre infectieuses (oreillons, etc.) ou toxiques, le plomb, l�arsenic, le tabac, l�alcool pouvant �tre incrimin�s.</p><p>y Le neurinome de l�acoustique.</p><p>C�est une tumeur d�velopp�e aux</p><p>d�pens de la gaine du nerf auditif. La n�cessit� d�un diagnostic pr�coce � la phase otologique oblige � le rechercher syst�matiquement devant une surdit� unilat�rale, dont les examens audiom�triques ont affirm� le caract�re r�trocochl�aire. Les radiographies et les tomographies du rocher peuvent montrer un �largissement du conduit auditif interne, dont les bords sont �rod�s par la tumeur. L�introduction de substance de contraste dans les espaces m�ning�s permet de visualiser celle-ci ou simplement d�affirmer l�existence d�un obstacle au niveau du conduit. L�intervention enl�ve la tumeur, mais sacrifie bien entendu le nerf int�ress� : sa cons�quence est donc une surdit� totale unilat�rale.</p><p>Toutefois, cette intervention constitue la pr�vention indispensable de graves complications neurologiques en rapport avec la croissance de la masse tumorale et avec les ph�nom�nes de compression que celle-ci entra�ne au cours de son �volution.</p><p>La proth�se auditive</p><p>Les appareils pour sourds connaissent d�importants perfectionnements gr�ce � la miniaturisation des appareils par circuits int�gr�s. L�amplification lin�aire peut �tre utilis�e dans les surdit�s de transmission. Elle augmente tous les sons dans</p><p>les m�mes proportions. Les surdit�s de perception b�n�ficient des proc�d�s de contr�le automatique de volume sonore dits � � compression �, qui permettent de fixer une limite � l�intensit� de sortie de l�appareil et, de ce fait, de filtrer les sons en fonction de leur intensit�. L�examen de la courbe audiom�trique vocale montre en effet dans certains cas une diminution de l�intelligibilit� � partir d�un certain seuil (courbe en cloche) ; cet aspect constitue, bien entendu, une tr�s grande difficult� � l�utilisation d�une proth�se. Le proc�d� C. R. O. S., utilisant un embout ouvert et une : captation controlat�rale des sons, repr�sente un grand progr�s et permet parfois l�appareillage de sourds jusqu�alors consid�r� comme impossible.</p><p>Les surdit�s de l�enfant</p><p>En dehors des surdit�s de transmission d�j� cit�es (aplasie d�oreille, infection et ses s�quelles, traumatisme), les surdit�s de l�enfant s�inscrivent dans le cadre des surdit�s de perception h�r�-</p><p>ditaires ou cong�nitales. Elles aboutissent, en dehors d�une r�habilitation tr�s pr�coce, � un d�faut d�acquisition du langage, r�alisant la surdimutit�.</p><p>Les surdit�s h�r�ditaires peuvent �tre dominantes ou r�cessives et n�cessitent dans ce cas une �tude compl�te des ant�c�dents familiaux pour �tre rattach�es � leur cause.</p><p>Les surdit�s cong�nitales correspondent aux embryopathies infec-</p><p>tieuses, parmi lesquelles il faut citer la rub�ole, dont l�incidence est diversement appr�ci�e selon les pays. L�atteinte de l�oreille interne peut survenir lorsque la maladie est contract�e au cours de sa formation, c�est-�-dire entre la 7e et la 10e semaine de la grossesse. D�autres affections virales et la toxoplasmose peuvent �tre en cause.</p><p>La syphilis cong�nitale peut entra�-</p><p>ner une surdit� pr�coce, apparaissant d�s la naissance et correspondant � une m�ningo-n�vrite de la VIIIe paire, ou tardive (vers dix ou quinze ans).</p><p>Cette surdit� constitue le troisi�me �l�-</p><p>ment de la triade d�Hutchinson, associ� aux dystrophies dentaires et � la k�ratite interstitielle. La positivit� des r�actions s�rologiques est un facteur</p><p>essentiel du diagnostic. Le pronostic est grave malgr� le traitement pr�coce.</p><p>Enfin, la surdit� de l�enfant peut �tre la cons�quence d�une incompatibilit� foeto-maternelle avec ict�re nucl�aire ou d�une souffrance foetale due � une anoxie* lors de l�accouchement. Dans tous les cas de surdit�s n�o-natales, il faut insister sur la n�cessit� d�un diagnostic pr�coce souvent difficile, qui, seul, permet une acquisition du langage � partir d�une utilisation des restes auditifs par amplificateurs, toujours associ�e � une r��ducation phoniatrique.</p><p>Les surdit�s centrales</p><p>Elles correspondent � des l�sions des noyaux acoustiques situ�s dans la r�-</p><p>gion bulbo-protub�rantielle ou du lobe temporal.</p><p>L�origine est le plus souvent vasculaire, plus rarement tumorale ou traumatique.</p><p>L�agnosie auditive est caract�ris�e par la conservation relative des perceptions auditives �l�mentaires avec troubles de la reconnaissance et de l�identification des perceptions.</p><p>J. T.</p><p>F Audiom�trie / Audition / Oreille.</p><p>L. Kantzer, l�Enfant sourd (Maloine, 1950-1953 ; 2 vol.). / M. Aubry, la Chirurgie de la surdit� (Masson, 1959). / L. Chacun-Desbois, les Surdit�s (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1965 ; 2e �d., 1972). / P. Kluyskens et H. Geldaf, la Surdit� h�r�ditaire (Acta medica belgica, Bruxelles, 1966).</p><p>s�ret� de l��tat</p><p>(atteintes � la)</p><p>Infractions* qui compromettent la d�-</p><p>fense nationale ou mettent en p�ril la paix int�rieure.</p><p>Jusqu�en 1960, le l�gislateur fran-</p><p>�ais avait �tabli une nette s�paration entre les infractions � la s�ret� ext�-</p><p>rieure de l��tat et les infractions � la s�ret� int�rieure de l��tat, les premi�res �tant r�put�es de droit commun pour l�application des peines et punies des peines de droit commun, alors que les</p><p>secondes �taient consid�r�es comme des infractions politiques et punies de peines politiques ; une ordonnance du 4 juin 1960 a aboli cette distinction et d�fini sous la d�nomination commune de � crimes* et d�lits* contre la s�ret� de l��tat � un certain nombre d�infractions qui, les unes, compromettent la d�fense nationale et, les autres, mettent en p�ril la paix int�rieure, mais qui sont, les unes et les autres, autant d�atteintes � la s�ret� de l��tat.</p><p>Les actes constitutifs</p><p>d�atteinte � la s�ret�</p><p>de l��tat</p><p>y Les principales formes d�atteinte � la d�fense nationale sont la trahison et l�espionnage. La trahison, qui est punie de mort, implique chez son auteur la qualit� de Fran�ais ou, au moins, de militaire au service de la France et l�intention de servir les int�r�ts d�une puissance �trang�re au d�triment de ceux de la France.</p><p>Elle rev�t des aspects divers : il pourra s�agir de port d�armes contre la France, ou bien d�intelligence avec une puissance �trang�re pour l�inciter � entreprendre des hostilit�s contre la France, ou m�me de livraison � une puissance �trang�re de troupes, de munitions, d�arsenaux ou de mat�-</p><p>riels utiles � la d�fense nationale ; ce pourra �tre, en temps de guerre, le fait de provoquer des militaires ou des marins � passer au service d�une puissance �trang�re en guerre contre la France, le fait d�entretenir des intelligences avec une puissance �trang�re en vue de favoriser les entreprises de cette derni�re contre la France, le fait d�entraver la circulation du mat�-</p><p>riel militaire ou le fait de participer sciemment � une entreprise de d�moralisation de l�arm�e ou de la nation ayant pour objet de nuire � la d�fense nationale ; enfin sont encore constitutives de trahison certaines atteintes aux secrets de la d�fense nationale.</p><p>L�espionnage, �galement puni de</p><p>mort, ne se distingue de la trahison que par la nationalit� �trang�re de son auteur ; les actes constitutifs d�espionnage sont les m�mes qu�en mati�re de trahison, � une exception pr�s : le port d�armes contre la France ne peut, par</p><p>sa nature m�me, �tre reproch� qu�� un citoyen fran�ais, un militaire ou un marin au service de la France.</p><p>y Il est d�autres formes d�atteinte � la d�fense nationale, qui peuvent �tre le fait aussi bien d�un Fran�ais que d�un downloadModeText.vue.download 573 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10528</p><p>�tranger ; leur �l�ment intentionnel n�est pas n�cessairement la volont� de favoriser les int�r�ts d�une puissance �trang�re au d�triment de ceux de la France. Elles sont soit des crimes, soit des d�lits et regroupent un nombre important d�infractions, dont la seule �num�ration serait fastidieuse, mais qu�il est possible de r�partir sous quatre rubriques : atteintes aux secrets de la d�fense nationale, atteintes � la s�curit� nationale, actes de nature � nuire � la d�fense nationale, faits de non-r�v�lation des activit�s de nature � nuire � la d�fense nationale.</p><p>y Les atteintes � la paix int�rieure englobent les crimes et d�lits contre l�autorit� de l��tat et l�int�grit� du territoire national, les crimes tendant � troubler l��tat par le massacre ou la d�vastation, les crimes commis par la participation � un mouvement insurrectionnel. Dans la premi�re cat�gorie figurent le complot et l�attentat ayant pour objet soit de d�truire ou de changer le r�gime constitutionnel, soit d�exciter les citoyens, ou habitants, � s�armer contre les autres, soit de porter atteinte � l�int�grit� du territoire national ; il faut y inclure l�emploi ill�gal de la force publique, l�enr�-</p><p>lement et l��quipement de troupes sans ordre ou autorisation, l�exercice ill�gal d�un commandement militaire, l�emploi de la force publique contre l�ex�cution des lois sur le recrutement militaire ou sur la mobilisation ; il faut y comprendre l�atteinte � l�int�-</p><p>grit� du territoire national, qu�il se soit agi de porter atteinte � l�int�grit� du territoire national lui-m�me ou de soustraire � l�autorit� de la France une partie des territoires sur lesquels cette autorit� s�exerce.</p><p>y On peut encore distinguer les crimes tendant � troubler l��tat par le massacre ou la d�vastation dans une ou plusieurs communes ainsi que l�organisation de bandes arm�es en vue de troubler l��tat � l�aide d�un des moyens sp�cialement �num�r�s par le l�gislateur.</p><p>y Enfin, sous la rubrique crimes commis par la participation � un mouvement insurrectionnel, le Code p�nal r�prime cinq sortes d�agissements : 1o la confection de barricades, de re-tranchements ou de tous autres travaux ayant pour objet de g�ner ou d�arr�ter l�exercice de la force publique ; 2o les entraves � la convocation ou � la r�union de la force publique et la provocation ou l�aide au rassemblement des insurg�s ;</p><p>3o l�envahissement ou l�occupation des �difices publics ou des habitations particuli�res ;</p><p>4o la pr�hension d�armes, de munitions ou de mat�riels de toutes esp�ces par violences, menaces, pillages ou d�sarmement des agents de la force publique ;</p><p>5o le port d�armes apparentes ou ca-ch�es, de munitions, le port illicite d�uniforme ou d�insignes civils ou militaires (avec cette particularit� que le cumul du port d�armes ou de munitions avec celui d�uniforme ou d�insignes constitue une circonstance aggravante de l�infraction). Ces dispositions sont compl�t�es par un texte qui, parall�lement � ce qui existe pour les bandes ar-m�es, incrimine ceux qui auront dirig� ou organis� un mouvement insurrectionnel, ou qui lui auraient sciemment et volontairement fourni ou procur� des armes et des instruments de crime, ou envoy� des subsistances, ou qui auraient, de toute mani�re, pratiqu� des intelligences avec les dirigeants de mouvements.</p><p>Le r�gime des peines</p><p>Tous les crimes et d�lits contre la s�ret� de l��tat doivent �tre consid�-</p><p>r�s comme des infractions politiques.</p><p>Il s�en d�duit qu�en cas de crime le</p><p>coupable encourra l�une des peines politiques pr�vue par le Code p�nal : la mort (par fusillade), la d�tention*</p><p>criminelle � perp�tuit�, la d�tention criminelle � temps, le bannissement ou la d�gradation civique. En cas de d�lit, il sera passible de l�emprisonnement et de l�amende, comme en droit commun, sous r�serve de certaines faveurs conc�d�es par la pratique administrative en mati�re de d�tention : dispense de travail p�nal et de costume p�nal, d�tention dans des locaux distincts, droit (sur autorisation du ministre de la Justice) de faire venir du dehors � ses frais des livres ou des journaux.</p><p>La d�tention, inconnue du Code</p><p>p�nal, a �t� pr�vue par la loi du 28 avril 1832. L�ordonnance du 4 juin 1960 lui fait remplacer la d�portation, la d�tention pouvant, dans ce cas, �tre perp�tuelle. C�est une peine afflictive et infamante, dont les peines accessoires sont celles qui sont attach�es � la r�clusion criminelle � temps (en cas de d�-</p><p>tention temporaire) ou celles qui sont attach�es � la peine de mort (en cas de d�tention perp�tuelle).</p><p>Il faut ajouter qu�en dehors des peines accessoires attach�es par le droit commun aux condamnations criminelles le Code p�nal assortit les crimes et d�lits contre la s�ret� de l��tat de peines compl�mentaires : interdiction de s�jour, privation des droits de l�article 42 du Code p�nal, confiscation sp�ciale ou confiscation g�n�rale.</p><p>Les r�gles g�n�rales concernant la tentative, la complicit� et le recel sont applicables � ces infractions, sous r�-</p><p>serve de quelques particularit�s en ce qui concerne la complicit� et le recel.</p><p>Les circonstances att�nuantes et le sursis simple sont aussi applicables dans les conditions du droit commun. La contrainte par corps n�existe pas en mati�re politique, et l�extradition ne joue pas pour les infractions contre la s�ret� de l��tat, sauf entre pays alli�s ou en cas de guerre contre un ennemi commun. Enfin, le l�gislateur accorde une exemption de peine � l�individu qui, avant toute ex�cution ou tentative d�un crime ou d�un d�lit contre la s�ret� de l��tat, en donne, le premier, connaissance aux autorit�s administra-</p><p>tives ou judiciaires ; il s�agit l� d�une excuse l�gale absolutoire, qui exempte de peine le coupable, mais le laisse passible de l�interdiction de s�jour ainsi que de la privation des droits de l�article 42 du Code p�nal.</p><p>En temps de paix, les infractions contre la s�ret� de l��tat sont jug�es par la Cour de s�ret� de l��tat (v. justice [organisation de la]). L�action publique est mise en mouvement par le minist�re public pr�s cette Cour, sur ordre �crit du ministre de la Justice. Certaines r�gles particuli�res de proc�dure sont applicables. En temps de guerre, les infractions sont jug�es par les tribunaux des forces arm�es (v. justice [organisation de la]). Le ministre des Arm�es, et, sous son autorit�, les commissaires du gouvernement, exercent l�action publique.</p><p>J. B.</p><p>s�ret�s</p><p>Garanties sp�ciales d�ex�cution des obligations offertes par les d�biteurs � leurs cr�anciers.</p><p>Tout cr�ancier a un droit de gage g�n�ral sur le patrimoine* de son d�biteur ; mais ce droit n�est pas une bonne garantie d�ex�cution de l�obligation par le d�biteur : il ne conf�re au cr�ancier aucun droit particulier sur les biens composant ce patrimoine ; le d�biteur malhonn�te peut organiser son insolvabilit� avant l��ch�ance ou le d�biteur malchanceux peut tomber dans la mis�re ; en outre, tous les cr�anciers ordinaires sont plac�s sur un pied d��galit� : il n�existe aucune cause de pr�f�rence entre eux ; sont pay�s ceux qui se pr�sentent les premiers.</p><p>Le cr�ancier avis� ne se contente donc pas de son droit de gage g�n�ral et demande au d�biteur de lui fournir une meilleure garantie d�ex�cution de son obligation : il s�agit des s�ret�s.</p><p>Les s�ret�s personnelles</p><p>Le cr�ancier peut d�abord demander au d�biteur de trouver une tierce personne qui accepte de s�engager � ses c�t�s.</p><p>La garantie de paiement est donc ici fournie par cette tierce personne, sur le patrimoine de laquelle le cr�ancier</p><p>acquiert un droit de gage g�n�ral, qui s�ajoute au gage sur le patrimoine du d�biteur principal. Le meilleur exemple est offert par le cautionnement, contrat* par lequel une personne appel�e caution promet au cr�ancier d�ex�cuter les obligations du d�biteur principal si celui-ci ne tient pas ses engagements. Il peut y avoir plusieurs cautions pour une m�me dette.</p><p>L�engagement de la caution est plus ou moins complet : on distingue le cautionnement simple et le cautionnement solidaire.</p><p>Dans le cautionnement simple, la caution est tenue d�ex�cuter l�obligation en cas de carence du d�biteur principal, quitte � exercer un recours contre ce dernier au cas o� elle paierait � sa place. Le cr�ancier qui se heurte � un refus d�ex�cution du d�biteur principal s�adresse donc � la caution. Celle-ci peut invoquer le � b�n�fice de discussion � : il s�agit du droit pour la caution poursuivie de demander au cr�ancier de saisir d�abord les biens du d�biteur principal. S�il y a plusieurs cautions, celles-ci disposent aussi du � b�n�fice de division �, qui oblige le cr�ancier � les poursuivre s�par�ment, chacune pour sa part.</p><p>Dans le cautionnement solidaire, la ou les cautions perdent le b�n�fice de discussion et celui de division, de telle sorte que la situation du cr�ancier est tr�s simplifi�e.</p><p>Les s�ret�s personnelles ne sont pas de bonnes s�ret�s : le cr�ancier, � l��ch�ance de sa cr�ance*, peut tr�s bien se trouver en face d�un d�biteur principal et d�une caution se r�v�lant tous d�eux insolvables.</p><p>Les s�ret�s r�elles</p><p>Elles r�sultent de l�affectation par le d�biteur d�un ou de plusieurs biens � la garantie du cr�ancier. � partir de cette affectation, le cr�ancier devient downloadModeText.vue.download 574 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10529</p><p>titulaire sur ce ou ces biens d�un droit</p><p>r�el que les autres cr�anciers du m�me d�biteur n�ont pas. Ce droit r�el lui permet, en effet, de retenir la chose qui lui a �t� affect�e, si elle se trouve entre ses mains (droit de r�tention) ; mais surtout le cr�ancier a le droit de faire vendre cette chose et d��tre pr�f�r� � tous les autres cr�anciers du d�biteur sur le prix de vente (droit de pr�f�-</p><p>rence) ; et il a le droit de suivre la chose entre les mains des tiers acqu�reurs (droit de suite). Il n�a donc � craindre ni la concurrence des autres cr�anciers du d�biteur, ni la malhonn�tet� de celui-ci. Plusieurs classifications des s�ret�s r�elles peuvent �tre op�r�es : il faut retenir surtout la distinction entre les s�ret�s qui entra�nent la d�possession du d�biteur et celles qui laissent le d�biteur en possession du bien objet de la s�ret� (ces derni�res, �conomiquement plus commodes, ont pris le pas sur les pr�c�dentes).</p><p>Les s�ret�s r�elles qui entra�nent la d�possession du d�biteur :</p><p>le nantissement</p><p>Cette forme de s�ret� r�elle implique la remise de la chose, objet de la s�ret�, par le d�biteur au cr�ancier ou � un tiers qui la d�tiendra pour le compte du cr�ancier. Cette s�ret� s�appelle le nantissement. Il y a deux formes de nantissement : le nantissement mobilier, qui s�appelle gage, et le nantissement immobilier, l�anti-chr�se.</p><p>y Le gage est le contrat par lequel le d�biteur se dessaisit d�un meuble pour l�affecter au paiement de la dette, soit entre les mains du cr�ancier, soit entre les mains d�un tiers qui conserve la chose pour le compte du cr�ancier (entiercement). Il peut, d�ailleurs, �tre constitu� par un tiers, qui prend alors le nom de caution r�elle. Sa condition essentielle est le dessaisissement du d�biteur ; en outre, il doit �tre r�dig� un �crit (sauf lorsque le gage est commercial). Le contrat de gage fait na�tre un droit r�el sur la chose gag�e au profit du cr�ancier-gagiste : celui-ci dispose du droit de retenir la chose tant que la cr�ance n�a pas �t� pay�e.</p><p>S�il vient � perdre involontairement la d�tention de la chose, il dispose d�un droit de revendication pour la r�cup�-</p><p>rer. Et s�il n�est pas pay� � l��ch�ance, il a le droit de faire vendre la chose</p><p>pour �tre pay� par pr�f�rence � tout autre cr�ancier sur le prix de vente, � moins qu�il ne pr�f�re se faire attribuer la chose en pleine propri�t� pour sa valeur d�termin�e � dire d�experts.</p><p>En contrepartie, il doit restituer la chose lorsqu�il est int�gralement pay� et, pour cela, il doit veiller � sa bonne conservation tant qu�elle se trouve en sa possession, sans avoir le droit de l�utiliser pour son agr�ment personnel.</p><p>y L�antichr�se est le nantissement des immeubles et de leurs fruits.</p><p>En raison des inconv�nients de ce contrat, il est extr�mement rare dans la pratique.</p><p>Les s�ret�s r�elles sans</p><p>d�possession du d�biteur</p><p>Ces s�ret�s r�elles laissent le d�biteur en possession de l�objet qui sert de garantie au cr�ancier. Aussi sont-elles g�n�ralement pr�f�r�es � toutes les autres, bien que le contrat de gage conserve encore la faveur du public (cf.</p><p>notamment les monts-de-pi�t�).</p><p>y Les privil�ges sont des droits de pr�-</p><p>f�rence accord�s par la loi � certains cr�anciers en raison de la nature particuli�re de leur cr�ance. Ils peuvent �tre rang�s dans plusieurs cat�gories : privil�ges g�n�raux sur les meubles et les immeubles, qui frappent tous les biens* du d�biteur ; privil�ges g�n�-</p><p>raux sur les meubles, qui p�sent sur tous les biens meubles du d�biteur ; privil�ges sp�ciaux mobiliers, qui n�atteignent que certains meubles du d�biteur ; privil�ges sp�ciaux immobiliers. L�effet essentiel du privil�ge est de conf�rer au cr�ancier privil�gi� un droit de pr�f�rence sur les biens du d�biteur qui en sont atteints, de telle sorte qu�il prime les cr�anciers ordinaires (chirographaires) et m�me les cr�anciers hypoth�caires.</p><p>y Les s�ret�s r�elles sans d�possession peuvent �tre aussi d�origine conventionnelle. Comme elles supposent l�existence d�une publicit� de nature � avertir les tiers que le d�biteur n�a plus la ma�trise compl�te des biens qui en sont l�objet, elles n�ont d�abord �t� imagin�es que pour les</p><p>immeubles, dont la fixit� permettait une publicit� facile. Mais, � l�heure actuelle, il y a �galement des s�ret�s r�elles sans d�possession d�origine conventionnelle portant sur certains meubles.</p><p>L�hypoth�que est une s�ret� immobili�re qui n�entra�ne pas la d�possession actuelle du d�biteur propri�taire de l�immeuble hypoth�qu� et qui</p><p>conf�re au cr�ancier, s�il n�est pas pay� � l��ch�ance, le droit de faire saisir et vendre cet immeuble en quelques mains qu�il se trouve et de se payer par pr�f�rence sur le prix. Ses caract�ristiques sont donc le droit de suite et le droit de pr�f�rence qu�elle donne au cr�ancier. L�hypoth�que r�sulte g�n�-</p><p>ralement d�un contrat (mais il y a aussi des hypoth�ques l�gales). Lorsqu�elle a une origine conventionnelle, elle est n�cessairement constat�e dans un acte notari� appel� obligation. Elle n�est opposable aux tiers qu�� la condition d�avoir �t� publi�e � la conservation des hypoth�ques, avec l�indication des immeubles sur lesquels elle porte (sp�-</p><p>cialit� de l�hypoth�que). Si le d�biteur voulait vendre le bien hypoth�qu�, il est probable qu�il ne trouverait pas d�acqu�reur, puisque le cr�ancier peut saisir le bien entre quelques mains qu�il se trouve. Toutefois, il est possible � l�acqu�reur d�un bien hypoth�qu� de proc�der � la purge de l�hypoth�que en offrant le prix d�achat au cr�ancier hypoth�caire.</p><p>Les s�ret�s mobili�res sans d�possession, g�n�ralement de cr�ation r�cente, ont une importance pratique consid�rable ; leur d�nomination est variable : citons le nantissement du fonds de commerce, de l�outillage et du mat�riel d�exploitation d�une entreprise, des films cin�matographiques, les warrants agricoles, h�teliers et p�troliers, sans oublier le gage sans d�-</p><p>possession des v�hicules automobiles.</p><p>Toutes ces s�ret�s permettent aux propri�taires de ces objets de trouver le cr�dit* qui leur est indispensable : il s�agit donc de les favoriser au maximum.</p><p>A. V.</p><p>C. Alphand�ry, les Pr�ts hypoth�caires (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1968).</p><p>Surinam</p><p>�tat de l�Am�rique du Sud.</p><p>Surinam est devenu le nom officiel de la Guyane hollandaise quand les Pays-Bas ont accord� l�autonomie politique au territoire qu�ils d�tenaient. Sa superficie atteint � peine 150 000 km 2, sa densit� est inf�rieure � 3 habitants au kilom�tre carr� et ses ressources, pr�caires, reposent essentiellement sur l�exploitation de la bauxite.</p><p>Le milieu naturel</p><p>Le pays a la forme d�un quadrilat�re d�environ 400 km de longueur sur 300 km de largeur et se situe pr�s de l��quateur, entre 2 et 6� de lat. N.</p><p>C�est un vaste plateau form� par les vieilles roches cristallines du socle des Guyanes, qu�ont disloqu� des mouvements tectoniques plus r�cents. Les lignes horizontales dominent, mais quelques zones plus �lev�es prennent l�allure de monts tr�s �rod�s aux formes douces et dont l�altitude ne d�passe pas 1 000 m. Dans l�ensemble, le climat correspond � la position du territoire en latitude : c�est un climat �quatorial chaud et humide ; les temp�-</p><p>ratures oscillent fort peu, autour d�une moyenne de 27 �C. La for�t �quatoriale subsiste sur pr�s des deux tiers du pays et abrite des tribus �parses de Noirs et d�Indiens.</p><p>M. R.</p><p>L�histoire</p><p>La c�te de la Guyane est aper�ue en 1498 par Christophe Colomb, mais elle n�est pas explor�e par les Europ�ens avant la fin du XVIe s. Des marins anglais comme Robert Dudley et Walter Ralegh visitent ce pays, alors peupl� par des tribus d�Indiens cara�bes, Arawaks et Tupis. Dans les premi�res ann�es du XVIIe s., l�Angleterre y fonde des �tablissements pour la culture du tabac tandis que les Hollandais s�implantent sur les rives de l�Essequibo (1602) et de la Berbice (1627), sur le territoire de l�actuel �tat de Guyane*.</p><p>Vers 1650, des Anglais conduits par lord Willoughby viennent de l��le Bar-bade fonder sur le Surinam une colonie, qui jouit rapidement d�une grande prosp�rit� gr�ce � la culture de la canne � sucre. Mais, au printemps de 1667, une troupe de Hollandais s�empare de la r�gion, dont la possession leur est reconnue par les Anglais au trait� de Breda (juill. 1667) ; cette cession est confirm�e en 1674 par le trait� de Westminster.</p><p>En 1682, les �tats g�n�raux des Provinces-Unies donnent ce territoire en concession � la Compagnie n�erlandaise des Indes occidentales qui en confie l�administration � un gouverneur �nergique, Cornelis Van Aerssen (1683-1688). L�arriv�e de nombreux huguenots et l�introduction de la culture du caf� am�liorent le sort de la colonie, dont les plantations de canne prosp�rent gr�ce � la mise en place downloadModeText.vue.download 575 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10530</p><p>d�un syst�me perfectionn� d�irrigation (digues et canaux).</p><p>Apr�s l�occupation des Pays-Bas</p><p>par les arm�es de la R�volution fran-</p><p>�aise, la Grande-Bretagne s�empare de la Guyane hollandaise (1796) ; elle la restitue � la paix d�Amiens (1802) et l�occupe de nouveau de 1804 � 1816. �</p><p>la suite de la convention de Londres (13 ao�t 1814) et du deuxi�me trait� de Paris (20 nov. 1815), elle rend le Surinam � la Hollande.</p><p>De 1828 � 1848, le Surinam et les Antilles hollandaises sont plac�s sous l�autorit� d�un seul gouverneur r�sidant � Paramaribo, la capitale du Surinam. Mais les grandes plantations p�riclitent, essentiellement par manque de main-d�oeuvre. L�abolition de l�esclavage en 1863 contribue au d�clin �conomique de la colonie, qui, pour se ravitailler en main-d�oeuvre, fait largement appel � l�immigration indienne (r�glement�e par un accord avec la Grande-Bretagne en 1870) et indon�sienne. L�importance �conomique</p><p>du Surinam est �clips�e par celle des colonies n�erlandaises de l�Insulinde et plus tard par celle de Cura�ao dont les raffineries traitent le p�trole du Venezuela. Apr�s la Seconde Guerre mondiale, l�exploitation des gisements de bauxite donne un nouvel essor �conomique au pays.</p><p>Apr�s avoir d�clar� le Surinam partie int�grante de la m�tropole en 1948, les Pays-Bas y instaurent en 1950 le r�gime parlementaire et le suffrage universel. En 1954, ils lui donnent l�autonomie, la Constitution instituant la responsabilit� des ministres devant un Conseil l�gislatif �lu tous les quatre ans.</p><p>La d�pendance �conomique du</p><p>Surinam � l��gard des Pays-Bas, qui aident le territoire � �quilibrer son budget et absorbent annuellement environ 15 000 �migr�s surinamais, fait longtemps obstacle � la r�vision du statut du Surinam dans le sens d�une ind�pendance totale. Le parti national r�publicain (P. N. R.), repr�sentant des cr�oles, dont le leader J. Pengel dirige la vie politique surinamaise comme Premier ministre de 1963 � 1969, s�efface apr�s les �lections l�gislatives de 1969 devant le parti � hindoustani �</p><p>(Vatan Hitkari Partij, V. H. P.), plus conservateur. Mais l�agitation sociale (�meutes � Paramaribo en f�vrier 1973) et la victoire des progressistes aux �lections de novembre 1973</p><p>conduisent la conf�rence r�unie � La Haye en mai 1974 � pr�voir l�accession du Surinam � l�ind�pendance avant la fin de 1975. En juillet 1975, le Surinam devient une r�publique ind�pendante.</p><p>P. R.</p><p>La population</p><p>Le territoire, tr�s peu peupl� � l�arriv�e des Hollandais, connut une premi�re immigration d�s les XVIIe et XVIIIe s., compos�e � la fois de Fran�ais, d�Anglais, de N�erlandais et d�Allemands, qui d�velopp�rent les plantations de canne � sucre gr�ce � une main-d�oeuvre d�esclaves import�s d�Afrique.</p><p>Lorsque l�esclavage fut aboli en 1863, la colonie se peupla d�Asia-</p><p>tiques, venus particuli�rement de l�Inde et de l�Indon�sie. La population est encore fort peu nombreuse aujourd�hui : elle d�passe l�g�rement 400 000 habitants (le recensement de 1971 en ayant d�nombr� 385 000).</p><p>Elle est tr�s cosmopolite et comprend des groupes humains assez vari�s : 40 p. 100 de cr�oles, descendants des esclaves noirs, pr�s de la moiti� d�Asiatiques (dont 15 p. 100 d�Indon�siens) et des repr�sentants des diff�rents pays d�Europe. Elle est en augmentation rapide, non pas du fait de l�immigration, qui a pratiquement cess�, mais par suite d�une importante croissance naturelle. Elle est tr�s in�-</p><p>galement r�partie : l�int�rieur du territoire est pratiquement d�sert et n�abrite que les tribus de la for�t ; les habitants se concentrent dans la plaine c�ti�re et aux environs de la mer, particuli�rement autour de la capitale Paramaribo, � laquelle il faut ajouter les habitants des deux villes voisines qui sont en symbiose avec elle, ce qui aboutit, pour l�ensemble, � une population de plus de 150 000 habitants (environ les deux cinqui�mes de la population totale).</p><p>L��conomie</p><p>L�activit� essentielle fut pendant longtemps la monoculture de la canne � sucre, comme dans l�ensemble de la zone des Cara�bes et des plaines tropicales de l�Am�rique du Sud. La d�cadence de cette activit� de plantation a entra�n� le d�veloppement d�une agriculture plus vari�e, fond�e sur les produits de subsistance, particuli�-</p><p>rement le riz, qui est devenu le premier produit agricole, mais aussi sur la culture des fruits, notamment de la banane, et sur quelques tentatives de plantation de caf� et de cacao. Toutes les activit�s agricoles se font dans la plaine c�ti�re, tr�s bien mise en valeur avec des syst�mes de canaux de drainage imit�s des techniques pratiqu�es aux Pays-Bas. Mais la d�couverte, en 1938, de gisements de bauxite, exploit�s surtout apr�s la Seconde Guerre mondiale, a fait du Surinam un territoire dont l��conomie est essentiellement d�pendante de l�exportation de ce minerai. En effet, celui-ci, export� sous forme brute ou sous forme d�alumine, repr�sente plus de 85 p. 100 des</p><p>exportations du pays ; c�est la Suralco, une filiale d�une compagnie des �tats-Unis, l�Aluminium Company of America (Alcoa), qui exploite l�ensemble des gisements et qui traite une partie de la bauxite sur place pour la transformer en alumine dans des usines qui sont �galement sa propri�t�. C�est pour r�pondre aux besoins d��lectricit� de ses �tablissements industriels que la Suralco a particip� � la construction sur la rivi�re Surinam du grand barrage de Brokopondo. Celui-ci, termin� en 1965, alimente maintenant une centrale �lectrique qui a aussi permis de multiplier l�utilisation de l��nergie �lectrique soit dans la vie urbaine, soit pour le d�veloppement, tr�s modeste il est vrai, de quelques autres industries (usines de bois de construction, distilleries transformant la canne � sucre en rhum, auxquelles il convient d�ajouter une fabrique de cigarettes et quelques industries textiles). Toute cette activit� industrielle ne constitue, en fait, rien de bien spectaculaire par rapport � l�importance primordiale de l�exportation brute ou semi-brute de la bauxite vers les �tats-Unis. Ceux-ci restent le principal client et fournisseur du Surinam, bien avant les Pays-Bas, en d�pit des relations �conomiques privil�gi�es du territoire avec son ancienne m�tropole.</p><p>M. R.</p><p>J. G. Stedman, Narrative of a Five Year�s Expedition against the Revolted Negroes of Surinam from the Year 1772 to 1777 (Londres, 1796, 2e �d., 1806, 2 vol. ; trad. fr. Voyage � Surinam et dans l�int�rieur de la Guyane, F. Buisson, 1799, 3 vol.). / Encyclopaedie van Nederlandsch West-Indie (La Haye, 1914-1917).</p><p>/ M. Dev�ze, les Guyanes (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1968). / A. Carpenter et J. C. Lyons, Surinam (Chicago, 1970).</p><p>surr�alisme</p><p>Mouvement litt�raire et artistique du XXe s.</p><p>LE MOUVEMENT</p><p>SURR�ALISTE</p><p>Une crise de civilisation</p><p>La Premi�re Guerre mondiale mit en �vidence le d�risoire de l�humanisme</p><p>occidental. Celui-ci venait d�aboutir � une des plus grandes catastrophes de l�histoire. Ses valeurs ne r�sistaient plus � la r�alit� : il fallait les red�finir.</p><p>Il fallait red�finir l�homme et le monde.</p><p>Dada* r�agit violemment. Il eut pour but de d�truire ; le surr�alisme prit la rel�ve. D�truire d�abord, agir ensuite, tenter de susciter une re-naissance en tenant compte des grandes r�volutions intellectuelles et politiques de l��poque, le freudisme et le marxisme, ne craignant pas de les associer tout en faisant appel � d�autres disciplines, comme l��sot�risme. Les cloisons qui, jusque-l�, s�paraient les diff�rents chemins de la connaissance �taient r�duites � n�ant. Tous les moyens furent envisag�s pour r�viser de fond en comble l�homme malade de civilisation de ce d�but du XXe s.</p><p>Jusque-l�, l�homme avait trouv�</p><p>refuge dans l�art ou la religion pour �viter d��tre confront� � une r�alit� qui se d�gradait peu � peu ; � partir du surr�alisme, l��cart �tabli entre la r�alit� et l�irr�el, entre le possible et l�impossible fut ni�. Pour la premi�re fois, la volont� de r�aliser le r�ve dans le quotidien commen�a � voir le jour ; elle n��tait plus le but de la litt�rature, mais la raison de vivre.</p><p>Dans cette perspective, le surr�alisme avait �t� pr�par� de longue date.</p><p>Chaque �poque a eu ses marginaux qui ont consid�r� la litt�rature comme un pis-aller, seul lieu possible pour redo-rer le blason de la vie. � commencer par le marquis de Sade. Mais il faudra attendre la p�riode romantique pour que soit mis au premier plan le r�le de l�� artiste � et de son imagination pour modifier la mani�re de vivre. Les surr�alistes ont surtout reconnu comme des leurs les romantiques allemands Novalis*, H�lderlin* et surtout Achim von Arnim, qui, d�s 1817, affirmait :</p><p>� Nennen wir die heiligen Dichter auch Seher � (le po�te devenait le voyant de la r�alit� telle qu�elle devait �tre). Les</p><p>� petits romantiques � fran�ais (P�trus Borel, Aloysius Bertrand, Xavier For-neret) et surtout Rimbaud* et Lautr�amont* servirent de rep�res aux surr�alistes. N�avaient-ils pas v�cu la vanit� de la cr�ation litt�raire par le silence de l�exil ou celui de la mort ? M�me s�ils</p><p>ne voulurent pas de guide, les surr�alistes eurent pour fanal ces chercheurs d�absolu dans la vie.</p><p>� Deux vagues dont</p><p>tour � tour chacune va</p><p>recouvrir l�autre. �</p><p>Bien avant la Premi�re Guerre mondiale, les sympt�mes du malaise de downloadModeText.vue.download 576 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10531</p><p>la civilisation s��taient d�j� fait sentir dans l�art : le futurisme*, le cubisme*</p><p>fustig�rent l�art dit � classique �. Pendant la guerre, les revues Nord-Sud, Sic r�unirent, sous l�inspiration de Guillaume Apollinaire*, tous ceux qui mettaient en cause non seulement les formes artistiques, mais encore la r�alit� � proprement parler. C�est chez Guillaume Apollinaire qu�Andr� Breton*, Philippe Soupault et Louis Aragon* se rencontreront. Ils cr�ent ensemble, en mars 1919, la revue Litt�rature, ainsi nomm�e par d�rision et qui fait para�tre des Po�sies de Lautr�amont et, paradoxalement, des textes de Gide et de Val�ry. Dans le m�me temps, Breton est entr� en correspondance avec Tristan Tzara, qui, � Zurich, anime all�grement le mouvement dada. La lecture du Mani-</p><p>feste dada 1918 impressionne le petit groupe. La rencontre avec Tzara, qui vient � Paris, galvanise ses membres.</p><p>Litt�rature prend un tour plus virulent. Mais, tout au long de sa p�riode dada (1919-1922), la revue gardera un caract�re qui lui est propre, ne serait-ce d�j� que dans sa pr�sentation apparemment classique. D�s 1919 �taient entrepris les premiers essais d��criture automatique, dus � la collaboration de Breton et de Soupault, et qui para�-</p><p>tront en 1920 sous le titre les Champs magn�tiques. � partir de 1921, les surr�alistes s�adonnent au sommeil hypnotique. Ces deux activit�s majeures sont une cr�ation sp�cifique. Breton, qui deviendra le chef de file des surr�alistes, s�est d�ailleurs d�fendu d��tre un �mule de dada : � Il est inexact et chronologiquement abusif de pr�senter le surr�alisme comme un mouvement</p><p>issu de dada ou d�y voir le redressement de dada sur le plan constructif.</p><p>La v�rit� est que dans les revues dada proprement dites, textes surr�alistes et textes dada offrent une alternance continuelle. � Surr�alisme, dada�sme,</p><p>� deux vagues dont, tour � tour, chacune va recouvrir l�autre �. La vague de fond surr�aliste finira par recouvrir le tourbillon dada. Mais il n�emp�che que dada a donn� au surr�alisme un style, une intransigeance qui, tout au long de sa longue histoire, lui permettront de garder la vigilance n�cessaire pour ne pas s��garer de sa ligne. Le fant�me dada n�est pas �tranger � la rigueur, au radicalisme que Breton, sa vie durant, exigera pour lui-m�me et pour ses compagnons de route.</p><p>� la suite du � proc�s Barr�s �, qui a lieu le 13 mai 1921, Breton et ses amis rompent avec dada. � ceux de la premi�re heure, Aragon et Soupault, se sont joints Paul Eluard*, Robert Desnos (1900-1945), Benjamin P�ret (1899-1959). Ils s�engagent totalement dans l�exp�rience surr�aliste, qui, � cette �poque, est essentiellement une pratique : essais d��criture automatique, jeux (le cadavre exquis), r�ves �veill�s, sommeils hypnotiques. Il est bien entendu que l�art et plus particuli�rement la litt�rature ne sont pas le but de ces entreprises. Il s�agit de retrouver ce que Michel Carrouges a appel� les � donn�es imm�diates de la conscience � : il s�agit de briser tous les pr�jug�s, les tabous qui font barrage, qui emp�chent une prise directe de la r�alit� telle qu�elle est, tout en essayant d�oublier celle que la culture d�forme et v�hicule.</p><p>De 1922 � 1924, les surr�alistes se livrent principalement au sommeil hypnotique, d� � l�initiative de Ren� Crevel (1900-1935). Robert Desnos s�y montre expert. Le groupe tout entier vit dans un �tat second : � Une �pid�-</p><p>mie de sommeil s�abattit sur les surr�alistes. [...] Ils sont sept ou huit qui ne vivent plus que pour ces instants d�oubli o�, les lumi�res �teintes, ils parlent sans conscience, comme des noy�s en plein air. � Ils baignent dans un climat d�ivresse, d�exaltation continues. Ils ne connaissent aucune limite � leur prospection dans l�imaginaire. � Poursuite</p><p>de quoi, je ne sais, mais poursuite �</p><p>(Breton). Malgr� les apparences, ces r�veries volontaires ne sont qu�un faux d�part dans l�id�alisme o� les surr�alistes semblent s�engager.</p><p>Manifestes et th�ories</p><p>Bien vite, les surr�alistes se ressaisissent, donnent le bilan de leurs investigations fantasmagoriques. En 1924, Breton publie le Manifeste du surr�alisme. Il se montre le th�oricien lucide et rigoureux de ce nouvel art de vivre, o� le sommeil et le r�ve ne sont que des pr�liminaires pour �tablir dans la conscience un vide capable ult�rieurement d�accueillir de nouvelles formes de pens�e.</p><p>Le surr�alisme se r�fl�chit et s�organise : 1924 est �galement la date de la fondation officielle du mouvement autour de la personne d�Andr� Breton, qui s�est impos� d�embl�e. Au groupe initial viennent se joindre encore Man Ray, Francis Picabia*, Max Ernst*, Pierre Unik, Roger Vitrac, Pierre de Massot, Andr� Masson, Georges Limbour, Maxime Alexandre. Une permanence est institu�e : le � Bureau des recherches surr�aliste �, � une romantique auberge pour les id�es inclassables et les r�voltes poursuivies �. �</p><p>partir du 1er d�cembre, le groupe a une revue, la R�volution surr�aliste, qui pa-ra�tra sous ce titre jusqu�en 1929. Les surr�alistes se manifestent encore par des tracts, des papillons appos�s �� et l�, des pamphlets. Dans un pamphlet intitul� Un cadavre, le groupe c�l�bre � sa fa�on la mort d�Anatole France :</p><p>� Avec France, c�est un peu de la ser-vilit� humaine qui s�en va. Que ce soit la f�te, le jour o� l�on enterre la ruse, le traditionalisme, le patriotisme, l�opportunisme, le scepticisme et le manque de coeur. � Le coup d�envoi est donn� pour attaquer la soci�t� bourgeoise. C�est le scandale. Il ne sera pas le seul. Au cours d�un banquet donn� en l�honneur de Saint-Pol Roux, Rachilde fait l�erreur de proclamer qu�� une Fran�aise ne doit pas �pouser un Allemand �. Or, le chauvinisme, la haine anti-allemande �taient, pour les surr�alistes, la marque m�me de l�esprit petit-bourgeois born�, qu�ils ha�ssaient. Les cris � Vive l�Allemagne �,</p><p>� � bas la France � fusent. La soir�e se termine au commissariat de police. �</p><p>la suite de cet incident, les surr�alistes ont mauvaise presse. Paul Claudel qualifie leur activit� de � p�d�rastique �...</p><p>G�n�ralement, on pr�f�re consid�rer les surr�alistes comme de jeunes bourgeois oisifs qui s�amusent.</p><p>Mis � part ces manifestations spectaculaires, les r�veurs en chambre poursuivent leur activit� onirique. Ils �largissent le champ de leurs investigations et recherchent � pr�sent le r�ve dans le quotidien, et plus particuli�-</p><p>rement dans la rue : � La rue que je croyais capable de livrer � ma vue ses surprenants d�tours ; la rue, avec ses inqui�tudes et ses regards, �tait mon v�ritable �l�ment ; j�y prenais comme nulle part le vent de l��ventuel �</p><p>(Breton). Les surr�alistes explorent la ville. Ils fr�quentent les lieux les plus ordinaires : les caf�s (le Cert�, le Grillon, le Cyrano). Ils d�couvrent des lieux qu�ils consid�rent comme privil�gi�s : les passages, les cin�mas de quartiers o� se donnent des films de pr�f�rence mauvais, les th��tres qui donnent des pi�ces idiotes, les bordels.</p><p>D�apr�s eux, il se joue dans ces lieux des spectacles qui ont l�avantage de ne pas avoir �t� d�form�s par la culture.</p><p>Ils les valorisent. Le Paysan de Paris (1926), Nadja (1928) rendent compte de cette attitude vis-�-vis du monde, qui se caract�rise par le go�t d�errer � la recherche du surprenant et de l�insolite, rencontr�s dans l��l�ment le plus anodin, valoris�. Le r�ve se trouve quasi r�alis� par le d�sir opini�tre de l�obtenir. Cette qu�te ininterrompue tente de r�v�ler ce qui se cache derri�re les apparences, de forcer les barri�res de l�invisible.</p><p>Telles sont les activit�s essentielles de ces ann�es : la cr�ation, � proprement parler, est surtout pr�sente dans les manifestes, les pamphlets et les tracts. Avant de se livrer � toute �laboration artistique, il est n�cessaire de retrouver la vie telle quelle, non pour �tre en mesure d�en parler apr�s coup, mais pour r�duire l��cart qui s�pare ordinairement la vie de l�oeuvre d�art, pour, � la limite, les fondre en une seule et m�me chose de mani�re � les effacer l�une et l�autre en �laborant une vie</p><p>qui serait une oeuvre d�art, l�art n��tant plus qu�un moyen pour mieux vivre.</p><p>L�engagement politique</p><p>Mais, bient�t, les surr�alistes s�aper-</p><p>�oivent des limites, voire de la vanit� et m�me de la pu�rilit� de leur attitude face � la soci�t�. Ils se veulent scandaleux. Ils ne font que susciter l�int�r�t amus� des intellectuels, l�indignation, qui tourne vite � l�indiff�rence, des bourgeois. Pour les uns comme pour les autres, ces incartades, si scandaleuses soient-elles, ne risquent gu�re de provoquer quelques changements.</p><p>Finalement, elles n�ont aucun effet sur le monde. L�engagement politique devient n�cessaire.</p><p>La guerre du Maroc sert de pr�texte.</p><p>Breton et ses amis prennent position contre la r�pression dont sont victimes les Marocains. Sans encore entrer dans les rangs des communistes, ils adoptent leurs points de vue sur cette question et collaborent � leur revue Clart� :</p><p>� Nous ne sommes pas des utopistes : cette r�volution, nous ne la concevons que sous sa forme sociale � (oct. 1925).</p><p>Le surr�alisme entre dans la p�riode que Maurice Nadeau a appel�e � rai-sonnante �. Les lectures de L�nine, d�Engels et de Trotski ont influenc� Breton. L�id�alisme subversif laisse la place au mat�rialisme dialectique.</p><p>La R�volution surr�aliste fait part de ces pr�occupations nouvelles : � Il faut aboutir � une nouvelle d�claration des droits de l�homme. � Le m�me num�ro d�clare (au d�but de 1925) : � Ouvrez les prisons, licenciez l�arm�e. � Dans un tract du 27 janvier de la m�me ann�e, les surr�alistes s�expliquent clairement : � Le surr�alisme n�est pas une forme po�tique. Il est le cri de l�esprit qui se tourne vers lui-m�me et est bien d�cid� � broyer d�sesp�r�ment ses entraves. Et, au besoin, par des moyens mat�riels. � Le surr�alisme met l�ac-downloadModeText.vue.download 577 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10532</p><p>cent sur son aspect r�volutionnaire, qui ne se cantonne pas � une r�volution des</p><p>formes artistiques : � Le mouvement surr�aliste n�est pas un mouvement dans l�abstrait et sp�cialement dans un certain aspect po�tique au plus haut point ha�ssable, mais est r�ellement capable de changer quelque chose dans les esprits. �</p><p>Malgr� cet engagement politique, ce flirt avec les communistes (la fusion de Clart� et de la R�volution surr�aliste avait m�me �t� envisag�e), les surr�alistes continuent de former un groupe autonome et poursuivent les activit�s qui leur sont propres. Dans L�gitime D�fense, Breton affirme cette ind�pendance indispensable : � Dans le domaine des faits, nulle �quivoque.</p><p>Il n�est personne d�entre nous qui ne souhaite le passage du pouvoir des mains de la bourgeoisie � celle du prol�tariat. En attendant, il n�en est pas moins n�cessaire, selon nous, que les exp�riences de la vie int�rieure se poursuivent, et cela bien entendu sans contr�le ext�rieur, m�me marxiste. �</p><p>Et les surr�alistes commencent � donner les produits de leurs exp�-</p><p>riences de l�inconscient : 1924, le Libertinage d�Aragon, Mourir de ne pas mourir d�Eluard ; 1926, le Paysan de Paris d�Aragon, Capitale de la douleur d�Eluard ; 1927, la Libert� ou l�amour ! de Robert Desnos, Babylone de Ren� Crevel. L�ann�e 1928 voit une floraison d�oeuvres capitales. Breton fait para�tre le Surr�alisme et la peinture et Nadja, Aragon Trait� du style, Benjamin P�ret le Grand Jeu, Crevel l�Esprit contre la raison. Luis Bu�uel*</p><p>exerce la d�marche surr�aliste dans le cin�ma : Un chien andalou. L��ge d�or sera r�alis� en 1930. La R�volution surr�aliste rend compte des exp�riences qui se poursuivent dans le domaine du r�ve, de l�hallucination, de l�hyst�rie.</p><p>Le cinquantenaire de l�hyst�rie est c�-</p><p>l�br�. Mais, � partir de juillet 1930, la R�volution surr�aliste devient le Surr�alisme au service de la R�volution (SASDLR).</p><p>Dissensions et exclusions</p><p>La mise en oeuvre du surr�alisme au service de la r�volution ne se fait pas sans ce que Breton a appel� des</p><p>� tiraillements �. Peu � peu, les surr�alistes commencent � douter du</p><p>fait que l�am�lioration des conditions mat�rielles, pr�n�es par le marxisme, soit n�cessaire et suffisante pour rendre meilleure la situation de l�homme dans le monde. Ils deviennent sceptiques et, par voie de cons�quence, suspects aux yeux des � politiques �. La crise latente �clate � la suite du IIe Congr�s international des �crivains r�volutionnaires, qui se tient � Karkhov (nov. 1930).</p><p>Aragon a pour mission de repr�senter la ligne surr�aliste. Il revient en France converti au communisme, d�non�ant le freudisme comme id�aliste et antir�volutionnaire. Il �crit Front rouge.</p><p>Accus� de faire appel � l�assassinat politique, il est menac� de prison. Les surr�alistes, par solidarit�, prennent sa d�fense, mais la rupture avec Aragon est consomm�e. Breton en rend compte dans Mis�re de la po�sie : � Front rouge n�ouvre pas � la po�sie une voie nouvelle. � Dans ce m�me article, il s�en prend aux conceptions r�alistes socialistes du parti communiste. � la suite de cette prise de position sans �quivoque, Aragon est exclu du groupe et, peu de temps apr�s, en 1933, Breton quitte le parti, auquel il avait adh�r� en 1927. Pour lui, le surr�alisme ne peut �tre inf�od� au marxisme ; celui-ci ne peut se permettre d�imposer des limites � l�activit� surr�aliste, qui a justement pour but de les faire �clater toutes.</p><p>C�est �galement � partir de cette �poque que le surr�alisme commence � perdre la vigueur de l��lan initial qui l�avait motiv�. Breton exerce sur le groupe un attrait, une autorit�, une pression qui commencent � peser sur certains membres. D�s 1926, Philippe Soupault, un surr�aliste de la premi�re heure, avait �t� exclu. Ce fut le tour d�Antonin Artaud*, pour avoir os� composer avec la soci�t� bourgeoise en faisant repr�senter une pi�ce de Strindberg dans le circuit commercial. Dans le Second Manifeste du surr�alisme (dans la R�volution surr�aliste, 1929 ; en vol., 1930), Breton s�en prend aux</p><p>� d�viationnistes � qui s��cartent de la � voie royale � du surr�alisme : Desnos, pour � trop grande complaisance envers soi-m�me � ; Pierre Naville, pour � passage inconditionnel � l�activit� politique � ; Limbour, pour</p><p>� scepticisme, coquetterie litt�raire �.</p><p>Georges Ribemont-Dessaignes, Michel</p><p>Leiris, Raymond Queneau, Jacques Pr�vert, Georges Bataille font partie des condamn�s. Ensemble, ils r�agissent et composent Un cadavre, r�-</p><p>plique parodique du pamphlet qui avait �t� r�dig� contre Anatole France. Cette fois, c�est Breton qui est pris � parti : cur�, flic sont les injures qui reviennent le plus souvent. La conclusion est la m�me que celle qui fut �crite par Breton, quelques ann�es plus t�t, au sujet d�Anatole France : � Il ne faut plus que cet homme fasse de la poussi�re. �</p><p>Breton et le renouveau</p><p>du mouvement</p><p>Plus solitaire, Breton poursuit son oeuvre tout en continuant d�essayer d�intervenir dans la vie politique. Mais, � l�occasion du Congr�s des �crivains pour la d�fense de la culture (juin 1935), il prend conscience de � l��croulement des espoirs qu�envers et contre tout, durant des ann�es (les surr�alistes avaient) mis dans la conciliation des id�es surr�alistes et de l�action politique sur le plan r�volutionnaire �.</p><p>Ces ann�es marquent aussi un renouveau du groupe surr�aliste, dans lequel entrent Pierre Mabille, Gis�le Prassi-nos et Jacques Herold. Breton fait pa-ra�tre Qu�est-ce que le surr�alisme ?, Point du jour, l�Air de l�eau (1934), Eluard la Rose publique (1934), Salvador Dal�* la Conqu�te de l�irrationnel (1936). Et le surr�alisme s�internatio-nalise. En 1936, une exposition a lieu � Londres. Breton voyage, en Europe centrale, o� il fait des conf�rences, en Suisse, aux Canaries. En 1938, il est au Mexique, o� il rencontre Trotski.</p><p>Pendant la Seconde Guerre mondiale, le surr�alisme se transporte aux �tats-Unis, o� Breton s�est r�fugi�. Celui-ci y retrouve Andr� Masson et Yves Tanguy. Il publie en 1942 les Prol�-</p><p>gom�nes � un Troisi�me Manifeste du surr�alisme ou non. L�Anthologie de l�humour noir (1940) et Fata Morgana (1942) avaient �t� censur�s par le gouvernement de Vichy.</p><p>Apr�s la guerre, le groupe surr�aliste se reforme en France, compl�tement renouvel�, rajeuni. Breton en est toujours le centre r�f�rentiel. Le groupe se manifeste par des expositions � Paris (1947 et 1959), � Prague (1948), � New</p><p>York (1960) ainsi que par des revues : N�on (1948-49), M�dium (1952-1959), le Surr�alisme m�me (1956-1959), Bief (1959-60), la Br�che (1961-1965), l�Archibras (1967-1969).</p><p>S�il conserve son autonomie, il</p><p>continue � intervenir, en son propre nom, dans les probl�mes importants de l�heure (Hongrie, Vi�t-nam, Alg�rie).</p><p>Andr� Breton meurt le 28 septembre 1966. Les surr�alistes, par l�interm�-</p><p>diaire de l�Archibras, sous la direction de Jean Chuster, poursuivent une activit� qui, priv�e de son animateur essentiel, finit par s�arr�ter en tant que telle, mais l�� esprit � surr�aliste, qui, durant cinquante ann�es, avait anim� l�avant-garde de l�activit� artistique, �tait suffisamment diffus� pour n�avoir plus besoin d�un centre institu� pour le maintenir.</p><p>Le surr�alisme</p><p>et le langage</p><p>L�art de vivre cultiv� par les surr�alistes n�a pas compl�tement supplant� l�art d��crire, qui prend une tout autre signification. Il n�est point d�art po�tique donn� a priori, mais une r�alit� du langage � reconqu�rir en laissant les mots parler ce qu�ils disent, oubliant les surcharges apport�es par les litt�ratures ant�rieures. Il faut les laisser faire, les laisser agir, autonomes, leur laisser faire l�amour entre eux, pour reprendre une expression de Breton. D�eux m�mes, ils s�attirent ou se repoussent, composant des images, r�v�lant une r�alit� qui n�est pas n�cessairement dite : � Je m��tais mis � choyer immod�r�ment les mots pour l�espace qu�ils admettent autour d�eux, pour leurs tangences avec d�autres mots innombrables que je ne pronon�ais pas. �</p><p>L�image ainsi form�e est, selon Pierre Re-verdy, � une cr�ation pure de l�esprit. Elle ne peut na�tre d�une comparaison, mais du rapprochement de deux r�alit�s plus ou moins �loign�es. Plus les rapports des deux r�alit�s rapproch�es seront lointains et justes, plus l�image sera forte. �</p><p>L�exemple le plus �tonnant est donn� par Lautr�amont : � Beau comme [...] la rencontre fortuite d�une machine � coudre et d�un parapluie sur une table de dissection. � C�est ainsi qu�Aragon a pu dire : � Le vice appel� surr�alisme est l�emploi d�r�-</p><p>gl� et passionnel du stup�fiant image. �</p><p>L�image ainsi utilis�e provoque l��trange,</p><p>le merveilleux, l�insolite, le stup�fiant (la Jolie Menuiserie du sommeil, Breton).</p><p>Ambiance ou doctrine ?</p><p>� ses d�buts, le surr�alisme fut une r�union d�hommes jeunes, en r�volte contre la soci�t� et le monde �tablis, qui avaient un seul but : conna�tre le monde et le transformer. Petit � petit, sous la f�rule d�Andr� Breton, un mouvement se forma, mais il se tint toujours � l��cart des syst�mes (philosophiques), des �coles (litt�raires). Si, de nos jours, il trouve une place dans les manuels � l�usage des �coles, il r�siste encore � l�int�gration qui transformerait ce � mouvement �, cette � activit� � en �tat. Plus qu�un art litt�raire ou plastique ou cin�matographique, le surr�alisme fut un art de vivre dont la litt�rature, la peinture et le cin�ma furent des moyens pour y parvenir.</p><p>Pratiquement, tous les esprits avanc�s de l��poque, les peintres comme les po�tes, ont, de pr�s ou de loin, �t� influenc�s par le surr�alisme.</p><p>Certains sympathisants du groupe, comme Jacques Rigaut, par exemple, n�ont m�me jamais rien cr��. Mais ils ont m�rit� au plus haut point le titre de surr�aliste par leur comportement exemplaire ; ce sont ceux-l� que les surr�alistes ont le plus ch�ris, ceux qui avaient d�cid� de faire de leur propre downloadModeText.vue.download 578 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10533</p><p>vie une oeuvre d�art et qui pouss�rent jusqu�au bout l�exp�rience de la vie, jusque dans la mort, refusant de la subir, la d�cidant point par point, �tape par �tape (Jacques Vach�, Ren� Crevel, Arthur Cravan).</p><p>Pourtant, les surr�alistes eurent une</p><p>� doctrine �, consign�e d�s 1924 dans le Manifeste du surr�alisme, o� Breton tra�a les grandes lignes d�un r�seau alors � peine structur� et qui demeure encore valable.</p><p>En premier lieu, le surr�alisme se porte contre la civilisation occidentale, qui a donn� suffisamment de preuves</p><p>de sa barbarie (la Premi�re Guerre mondiale fut l��l�ment catalyseur) : civilisation fond�e sur la violence, la domination de l�homme par l�homme.</p><p>Pour les surr�alistes, cette situation est non seulement le produit du monde capitaliste, mais celui d�un esprit qui, depuis Descartes, s�applique � ranger les objets dans des cat�gories, les pla�ant par ordre de grandeur tout en leur attribuant une valeur morale parfaitement arbitraire. L�homme fait lui-m�me partie de ces objets class�s. Il est manipul� par les autres, par les id�ologies, contraint par les devoirs d�un soi-disant int�r�t g�n�ral. Il oublie de vivre ce qu�il est. L�improbable, l�impalpable, le r�ve, le possible, qui �chappent � ces classifications, sont r�prim�s : � Sous couvert de civilisation, sous pr�texte de progr�s, on est parvenu � bannir de l�esprit tout ce qui se peut taxer � tort ou � raison de superstition, de chim�re ; � proscrire tout mode de recherche de la v�rit� qui n�est pas conforme � l�usage � (Breton). La logique est mise en cause : � Cette intraitable manie qui consiste � ramener l�inconnu au connu, au classable, berce les cerveaux. Le d�sir d�analyse l�emporte sur les sentiments. � Le � sentiment � ou, plut�t, la sensation, la r�ceptivit�, la disponibilit� sont valoris�s. Breton d�clare solennellement : � Je veux qu�on se taise quand on cesse de ressentir. � La folie de l�abstraction menace l�homme.</p><p>Celui-ci est � � reconqu�rir � (Ren� Char). La v�rit�, comme le dit Rimbaud, ne peut �tre poss�d�e que � dans une �me et dans un corps � et non dans de savantes �lucubrations arbitraires, coup�es de tout lien avec le r�el v�cu.</p><p>Tout comme Rimbaud, Breton voit le mal dans la morale chr�tienne. � Rien ne me r�conciliera avec la civilisation chr�tienne. Du christianisme, je repousse toute la dogmatique masochiste appuy�e sur l�id�e d�lirante du � p�ch� originel � non moins que la conception du salut dans un autre monde avec les calculs sordides qu�elle entra�ne dans celui-ci. �</p><p>L�imagination au pouvoir</p><p>Comment retrouver ce savoir des sens an�antis par cette morale, savoir que seules les soci�t�s dites � primitives �</p><p>peuvent encore conna�tre ? D�abord par</p><p>l�imagination. Celle-ci doit prendre le pouvoir sans craindre la folie, qu�elle risque d�entra�ner : � Ce n�est pas la crainte de la folie qui nous forcera � laisser en berne le drapeau de l�imagination. � Elle est consciencieusement cultiv�e dans le sommeil �veill�, le r�ve, l��criture automatique. L�, elle ne conna�t pas de bornes et s�exprime en toute libert�, et, par l� m�me, l�homme peut se d�livrer de toutes les entraves et �tre libre : � Le seul mot de libert� est tout ce qui m�exalte encore. Je le crois propre � entretenir, ind�finiment, le vieux fanatisme humain. Il r�pond sans doute � ma seule aspiration l�gitime. �</p><p>Pour laisser libre cours � l�imagination, les surr�alistes ont port� une attention particuli�re � la vie inconsciente, au r�ve, le suscitant par tous les moyens, dont l�hypnose. Ils voulurent retirer les barri�res qui s�parent la r�alit� du r�ve, le conscient de l�inconscient. Le r�ve devient un moyen de connaissance et non plus, comme chez Freud, dont ils s�inspirent, le lieu o� la conscience refoule ce qu�elle ne peut admettre. Il permet � l�imagination de s�enrichir d�images toujours renouvel�es, de sensations qui ne sont pas pass�es par le tamis de la r�flexion... Il s�agit non seulement du r�ve oppos� � la veille, mais du r�ve �veill�, �tat second qui peut surgir, volontairement ou non, qui d�place et d�forme les objets de la r�alit� objective pour en faire pa-ra�tre de nouveaux qu�ils masquaient.</p><p>Le r�ve r�it�re l�homme des commencements. Il le remet, comme le pr�cise Breton, � en communication avec les forces �l�mentaires � avant que celles-ci n�aient �t� analys�es par la logique, d�tourn�es par le langage et l�habitude.</p><p>L��criture automatique est aussi un moyen pour permettre � l�imagination de retrouver ses droits imprescrip-tibles. Le scripteur ne fait qu�enregistrer, comme un sismographe, les mots qui viennent. Il doit s�obliger � ne pas penser, � se mettre � l��coute de ce qui se pr�sente, sans plus de contrainte, pas m�me celle d�un langage. � Fiez-vous au caract�re in�puisable du murmure �, a dit Breton, murmure continu, non organis�, que les mots, dans la phrase, s�efforcent de rendre tel quel, mots inscrits au fur et � mesure de leur pr�-</p><p>sentation. Il n�est pas question de relire et de corriger le r�sultat ainsi obtenu.</p><p>Celui-ci est le produit, � l��tat brut, de l�inconscient. Cette r�ceptivit� passive permet de promouvoir une � pens�e parl�e �, concr�tis�e par les mots. La d�finition de l��criture automatique sert d�ailleurs, dans le Manifeste, de d�finition au surr�alisme : � Surr�alisme, n. m., automatisme psychique par lequel on se propose d�exprimer soit verbalement, soit par �crit, soit de toute autre mani�re le fonctionnement r�el de la pens�e. Dict�e de la pens�e en l�absence de tout contr�le exerc� par la raison, en dehors de toute pr�occupation esth�tique ou morale. �</p><p>Faire ainsi le vide donne toutes les possibilit�s pour acqu�rir le plein, pour recevoir la r�alit� non censur�e par la culture, par l��ducation, par la morale �tablies.</p><p>Le Cadavre exquis</p><p>Jeu invent� par les surr�alistes afin de donner au hasard la toute autorit� dans la confection d�un po�me, d�un dessin.</p><p>Plusieurs personnes sont r�unies et se passent un papier sur lequel chacune, � tour de r�le, �crit une phrase, une image dont elle masque le contenu avant de le passer � son voisin, qui fait de m�me. On obtient de cette mani�re des textes parfois invraisemblables, le plus souvent �tonnant de � r�alit� �, comme si le r�sultat obtenu avait �t� voulu. � Qu�est-ce qu�une lune ?</p><p>Un vitrier �tonnant. �</p><p>� Le surr�alisme est</p><p>� la port�e de tous</p><p>les inconscients. �</p><p>Mis � part le r�ve et l��criture automatique, capables de redonner � l�homme son �tat d�innocence, les surr�alistes ont pr�n� toutes les formes de la d�-</p><p>raison, et la plus radicale entre toutes : la folie. La folie n�est pas autre chose que le r�ve prolong�, entretenu par le</p><p>� malade � pour �chapper � la pression d�une r�alit� inacceptable. Dal�, plus pr�cis�ment, s�est fait le d�fenseur de la folie dans ce qu�il a appel� la � parano�a-critique � : � Tous les m�decins sont d�accord pour reconna�tre la vitesse de l�inconcevable sta-</p><p>bilit� fr�quente chez le parano�aque, lequel, se pr�valant de motifs et de faits d�une finesse telle qu�ils �chappent aux gens normaux, atteint des conclusions souvent impossibles � contredire [...] et qui, en tous cas, d�fient toute analyse. � La parano�a-critique est, selon Dal�, une m�thode spontan�e de connaissance irrationnelle qui ne conna�t pas les limites ou les r�gles d�un savoir, quel qu�il soit. Le domaine du psychisme humain se trouve �largi jusqu�aux fronti�res de l�impossible, l� o� le r�ve, pour le � malade �, devient r�alit�, l� o� l�infini ne cesse d��tre saisi, m�me si les cons�quences de ce</p><p>� voyage � sont graves, puisque ce dernier se termine dans un asile d�ali�n�s.</p><p>La folie permet de laisser libre cours � la � toute-puissance du d�sir �. Le merveilleux, le fantastique, l�incroyable sont � port�e de main, n��tait la r�pression exerc�e sur le � malade � qu�on enferme, � qui l�on interdit d�exprimer des d�sirs qui paraissent aberrants.</p><p>Pour trouver le fantastique, le merveilleux, dans des normes raisonnables, il ne reste qu�� fr�quenter les oeuvres litt�raires, le seul merveilleux l�gitimement accord� � l��tre humain, � son imagination, toujours d�sireuse de cr�ations nouvelles : � C�est seulement � l�approche du fantastique, en ce point o� la raison humaine perd son contr�le, qu�a toutes les chances de se traduire l��motion la plus profonde de l��tre humain. � C�est l� que l�extraordinaire peut esp�rer s�ins�rer dans le quotidien, l� o� l��tre qui ne se reconna�t plus risque de se conna�tre enfin. C�est pourquoi les surr�alistes ont particuli�rement pris� le roman noir anglais (Melmoth le Vagabond de Charles Robert Maturin, Ambrosio ou le Moine de M. G. Lewis). Ils ont remis en vogue le roman populaire fran�ais : les Myst�res de Paris d�Eug�ne Sue.</p><p>Ils ont mis en lumi�re les r�alisations extravagantes, comme le ch�teau du facteur Cheval, que celui-ci construisit durant trente ann�es.</p><p>� Le Grand Jeu �</p><p>Revue fond�e par Roger Gilbert-Lecomte, Ren� Daumal, Roger Vailland et Joseph Sima, issue du surr�alisme en 1928. Les animateurs du Grand Jeu se r�clament de</p><p>Rimbaud et des mystiques � et plus particuli�rement des mystiques orientaux. Ils se voulaient mystiques, occultistes, r�volutionnaires et po�tes, mais ils s�ab�m�rent essentiellement dans des recherches �sot�riques visant � la perte de soi dans la r�solution des contraires pour parvenir au grand Tout. D�abord s�duits par cette position spiritualiste, les surr�alistes rest�rent m�fiants : Dieu y tenait une place trop importante.</p><p>L�alchimie</p><p>comme �thique</p><p>Ce go�t du merveilleux, de l�extraordinaire syst�matique, de l�insolite a entra�n� les surr�alistes � aller toujours plus avant dans la recherche du cach� et � s�int�resser plus particuli�rement downloadModeText.vue.download 579 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10534</p><p>� l��sot�risme. Tout comme dans la tradition herm�tique, plus pr�cis�ment dans la Cabale, le surr�alisme est � la recherche du point supr�me, om�ga de la connaissance : � Tout porte � croire qu�il existe un certain point de l�esprit d�o� la vie et la mort, le r�el et l�imaginaire, le pass� et le futur, le communicable et l�incommunicable cessent d��tre per�us contradictoirement.</p><p>Or c�est en vain qu�on chercherait � l�activit� surr�aliste un autre mobile que l�espoir de d�termination de ce point. � Ce d�passement des contraires est, certes, emprunt� � l�h�g�lianisme, mais ce point � atteindre, supr�me, constamment diff�r�, jamais acquis tant il �chappe encore � l�homme, est �tranger � la doctrine du philosophe.</p><p>C�est � la poursuite du Grand OEuvre telle que l�entendent les alchimistes, poursuite qui s�apparente � la conqu�te de l�homme total, que les surr�alistes ont travaill� sans rel�che.</p><p>Mais, quelles que soient les facettes par lesquelles l�activit� surr�aliste est envisag�e, il convient de donner � l�humour une place de choix. L�humour permit aux surr�alistes, malgr� tout le s�rieux et m�me le myst�rieux de leurs investigations, de ne jamais se laisser prendre dans les mailles d�une</p><p>doctrine qui trouverait place parmi les autres syst�mes philosophiques ou litt�raires. Aussi bien dans leur vie que dans leurs oeuvres, les surr�alistes ont toujours gard� une distance pour ne pas se laisser surprendre par l�autorit� des concepts, des id�ologies qu�ils condamnaient. Or, l�humour n�est-il pas le meilleur moyen pour d�mystifier la r�alit� et permettre � l�homme atterr� de secouer les contraintes qui s�exercent sur lui ? Il est le dernier regain d��nergie utilis�e par l�homme fatigu� � parfois d�sesp�r� � de sa condition, � moyen extr�me pour le moi de surmonter les traumatismes du monde ext�rieur et surtout de faire appara�tre qu�aux grands maux du moi les grands rem�des ne peuvent venir, au sens freudien, que du soi �. L�humour des surr�alistes ne fait pas particuli�rement rire ; il est � noir �. Il touche aux fronti�res de l�homme entre la vie et la mort, et l�emp�che de basculer dans la n�gation totale. Le rire le r�cup�re et permet de le faire durer. Mais, � force d�en rire, certains en ont p�ri. Les chants les plus � dr�les � des surr�alistes ont �t� aussi les plus d�sesp�r�s :</p><p>� Essayez, si vous le pouvez, d�arr�ter un homme qui voyage avec son suicide � la boutonni�re � (Jacques Rigaut).</p><p>Du bon usage de l�amour</p><p>Cette situation extr�me ne supprime pourtant pas l�espoir. Dans la vie de tous les jours, il est possible de trouver le merveilleux, d�approcher le point supr�me. Ce peut �tre par la rencontre dans des lieux tout � fait accessibles, dans la rue, dans les rues de Paris, qui fourmillent en merveilleux pour ceux qui savent y voir. Cette rencontre</p><p>� tend toujours, explicitement ou non, � prendre les traits d�une femme � (ou d�un homme pour une femme). Elle est d�autant plus pris�e qu�elle n�a pas �t� pr�m�dit�e. Le hasard dit � objectif �</p><p>l�a seul suscit�e, hasard qui ne peut se produire que pour celui qui s�y est d�ment pr�par� : � Du fait m�me qu�il adopte cette posture ultra-r�ceptive, c�est qu�il compte bien par l� aider le hasard, comment dire, se mettre en �tat de gr�ce avec le hasard, de mani�re � ce que se passe quelque chose, � ce que survienne quelqu�un. � Autrement dit, l�amour est le seul moyen � la port�e de l�homme pour qu�il puisse avoir</p><p>une image de ce que pourrait �tre le monde ; il appara�t comme un refuge o� se r�alise le monde � venir, dont la soci�t� emp�che la venue. Il permet le d�passement des contraires dans l�unit� retrouv�e : � C�est par l�amour et par lui seul que se r�alise au plus haut degr� la fusion de l�existence et de l�essence. [...] Je parle naturellement de l�amour qui prend tout le mouvoir. �</p><p>Amour total, exclusif, fou, m�lange diffus d�amour courtois et d��rotisme, envisag� comme un moyen de connaissance dont la femme est l�instrument port� au pinacle. Dans ce domaine plus que dans tout autre, il est interdit d�interdire. L�amour devient m�me une arme r�volutionnaire avec pour moteur le d�sir (� le seul ressort du monde, le d�sir, seule rigueur que l�homme ait � conna�tre �). Pour la r�alisation totale du d�sir, les tabous de la morale sont transgress�s, le p�ch� originel n�existe plus. � Amour seul amour qui soit, amour charnel, j�adore, je n�ai jamais cess� d�adorer ton ombre v�n�neuse, ton ombre mortelle. Un jour viendra o� l�homme saura te reconna�tre pour son seul ma�tre et t�honorer jusque dans les merveilleuses perversions dont tu t�entoures. � L�amour devient le terrain d�essai pour pulv�riser les structures du monde occidental, le premier pas vers la r�volution finale, le seul lieu que la soci�t� �tablie risque de ne pas atteindre pour imposer ses restrictions, ses contraintes.</p><p>Brisement des limites, �clatement de tous les interdits dans lesquels se compla�t la soci�t� occidentale, table rase � partir de laquelle tout pourrait rena�tre, se perp�tuer et se modifier constamment au cours de l�ordre du devenir, tels sont, dans ses grandes lignes, les mots d�ordre implicites du surr�alisme. � l�heure actuelle, il n�existe plus de groupe surr�aliste en tant que tel. Mais l�esprit qui pr�sida � sa cr�ation et qui permit son �panouissement n�est pas mort. Le refus de toute autorit�, la recherche par tous les moyens (la drogue y compris) pour lib�rer les esprits ligot�s, l�amour du scandale, le d�go�t de l�ordre, qui caract�risent une tendance de la soci�t� moderne, viennent directement du surr�alisme.</p><p>Sur les murs de la Sorbonne, en mai 1968, s�il �tait d�fendu d�interdire,</p><p>s�il valait mieux prendre ses d�sirs pour des r�alit�s et croire � la r�alisation de ses d�sirs, s�il faut encore faire l�amour et pas la guerre, c�est bien parce qu�Andr� Breton et ses amis, d�s 1924, avaient r�duit tout art et toute culture � � sa plus simple expression qui est l�amour �, cherchant � retrouver dans l�homme ce qui valait la peine d�exister, recherchant ses forces vives pour les faire servir � vivre et non � servir des id�ologies pour le plus grand bien d�un �tat (abstrait), d�une religion (douteuse), d�une production dont les produits (pas toujours n�cessaires) filent sur une cha�ne, devant ses yeux assez rapidement pour qu�il ne puisse les saisir. Utopie ? D�raison ? Certainement, si l�on consid�re l��cart qui existe entre la r�alit� �tablie et le projet surr�aliste. Espoir et m�me certitude si l�on constate que cette r�alit� est bien loin de r�aliser les d�sirs profonds de l�homme et pr�f�re, quand elle s�en pr�occupe, satisfaire ses envies fictives au d�triment de ses besoins r�els, de ce qu�il est convenu, depuis Andr� Breton, d�appeler � la vie � perdre haleine �, qui s�applique moins � l�organisation planifi�e de la vie qu�� l�intensit� de certains moments destin�s � �tre multipli�s.</p><p>M. B.</p><p>F Aragon (L.) / Breton (A.) / Dada (mouvement)</p><p>/ Eluard (P.).</p><p>J. Monnerot, la Po�sie moderne et le sacr� (Gallimard, 1945). / M. Nadeau, Histoire du surr�alisme (�d. du Seuil, 1945). / M. Carrouges, Andr� Breton et les donn�es fondamentales du surr�alisme (Gallimard, 1950). / Y. Duplessis, le Surr�alisme (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1950 ; 9e �d., 1971). / A. Kyrou, le Surr�alisme au cin�ma (Arcanes, 1953 ; nouv. �d., Losfeld, 1964). / F. Alqui�, Philosophie du surr�alisme (Flammarion, 1956). / G. Ribemont-Dessaignes, D�j� jadis ou Du mouvement Dada � l�espace abstrait (Julliard, 1958 ; nouv. �d., U. G. E., 1973). / J.-L. B�douin, Vingt Ans de surr�alisme, 1939-1959 (Deno�l, 1961) ; la Po�sie surr�aliste (Seghers, 1964 ; nouv. �d., 1970).</p><p>/ P. Waldberg, le Surr�alisme (Skira, Gen�ve, 1962). / V. Crastre, le Drame du surr�alisme (�d. du Temps, 1963). / H. B�har, �tude sur le th��tre dada et surr�aliste (Gallimard, 1967).</p><p>/ M. Alexandre, M�moires d�un surr�aliste (la Jeune Parque, 1968). / F. Alqui� (sous la dir. de),</p><p>Entretiens sur le surr�alisme (Mouton, 1968). /</p><p>H. Kapidzic-Osmanagic, le Surr�alisme serbe et ses rapports avec le surr�alisme fran�ais (Les Belles Lettres, 1968). / J. Baron, l�An I du surr�alisme (Deno�l, 1969). / J. Schuster, Archives 57-68, batailles pour le surr�alisme (Losfeld, 1969). / A. Le Brun, Les mots font l�amour (Losfeld, 1970). / Le Surr�alisme international, num�ro sp�cial d�Opus international (G. Fall, 1970). / A.-V. Aelberts et J.-J. Auquier (sous la dir. de), Po�tes singuliers du surr�alisme et autres lieux (U. G. E., 1971). / R. Br�chon, le Surr�alisme (A. Colin, coll. � U 2 �, 1971). /</p><p>G. Durozoi et B. Lecherbonnier, le Surr�alisme, th�ories, th�mes, techniques (Larousse, 1971) ; Andr� Breton, l��criture surr�aliste (Larousse, 1974). / X. Gauthier, Surr�alisme et sexualit� (Gallimard, 1971). / S. Alexandrian, le Surr�alisme et le r�ve (Gallimard, 1974). / P. Audouin, les Surr�alistes (�d. du Seuil, 1974).</p><p>L�ART SURR�ALISTE</p><p>Le probl�me des limites</p><p>Un recueil de gravures publi� en 1973</p><p>s�intitule Quatre Si�cles de surr�alisme. Il est tentant, en effet, surtout dans le domaine artistique, d��tendre � d�autres �poques et � d�autres cultures les objectifs esth�tiques qui furent ceux des surr�alistes. Ceux-ci n�ont pas manqu� eux-m�mes de dire tout l�int�r�t que rev�taient � leurs yeux les oeuvres d�un Bosch*, d�un Gr�newald*, d�un Piero di Cosimo, d�un Uccello*, d�un Arcimboldo, d�un Caron, d�un Watteau*, d�un F�ssli, d�un Goya*, d�un Friedrich, d�un Bocklin*, d�un Moreau*, d�un Gauguin*, d�un Munch*, dans lesquelles ils d�couvraient ou croyaient d�couvrir des pr�occupations qui annon�aient les leurs (v. fantastique [le]). De m�me, la passion avec laquelle ils ont consid�r� les arts primitifs d�Oc�anie* et d�Am�rique (v. Indiens), � l�exclusion expresse de l�Afrique, ou encore avec laquelle ils se sont associ�s � la red�-</p><p>couverte des Celtes*, signifiait la prise de conscience d�affinit�s ind�niables avec des cultures si �loign�es dans l�espace ou dans le temps.</p><p>Il n�en est pas moins vrai que tout cela ne va pas au-del� de la reconnaissance de ces affinit�s, d�ailleurs plus particuli�rement sensibles dans tel ou tel cas individuel que pour la collectivit� surr�aliste, et que le surr�alisme</p><p>demeure avant tout un mouvement du XXe s. parfaitement inscrit dans l�histoire de notre temps. � tel point que, par une attitude inverse de celle qui consiste � le d�couvrir partout et de pr�f�rence l� o� il n�est pas, on a r�gu-li�rement tent�, depuis sa fondation, downloadModeText.vue.download 580 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10535</p><p>d�en limiter la dur�e r�elle � 1929, � 1935 ou � 1947 par exemple, selon la bonne foi variable des observateurs et la diversit� des int�r�ts qu�ils avaient � d�fendre. La seule honn�tet� comman-derait d��tre attentif aux dates fournies par les surr�alistes eux-m�mes, � savoir, d�une part, 1919 (les Champs magn�tiques de Breton et Soupault ; les premiers collages de Max Ernst) et, d�autre part, 1969, date � laquelle le mouvement surr�aliste, en France, a proclam� sa propre dissolution.</p><p>Le probl�me des crit�res</p><p>Qu�est-ce qui distingue une oeuvre d�art surr�aliste ? � cette question, les surr�alistes ont souvent r�pondu d�une mani�re qui peut passer pour dilatoire : est surr�aliste ce qui est fait par les surr�alistes ou encore ce qui a �t� jug� tel par les surr�alistes. R�ponses qui ne sont pas aussi tautologiques qu�il y para�t, dans la mesure o� elles sous-entendent des activit�s non pas s�par�es, mais r�unies au sein d�une collectivit� agissante et pensante se d�finissant en premier lieu par ses relations d�hostilit� avec le milieu environnant. La qualification surr�aliste est la sanction d�une activit� collective, elle-m�me fond�e sur un certain nombre de principes commun�ment admis par les</p><p>participants ; comme il est logique, le manquement � ces principes entra�ne la perte de cette qualification (en d�autres termes, l�exclusion) tant pour l�individu que pour les oeuvres par lui produites. Le meilleur exemple en serait l�exclusion de Max Ernst lorsque celui-ci re�ut en 1954 le Grand Prix de peinture de la Biennale de Venise.</p><p>Aux yeux des surr�alistes, en effet, il n�est pas concevable que les oeuvres continuent d��tre subversives lorsque</p><p>leur auteur a fait acte de soumission � l��gard de l�id�ologie dominante et de ses institutions. La qualification surr�aliste appara�t donc avant tout comme une qualification morale, qu�elle porte sur un homme (ou une femme) ou sur une oeuvre d�art. Mais il va de soi que cette qualification morale d�coule d�une relation avec les principes fondateurs du surr�alisme, qui, eux-m�mes, ont un double aspect, � la fois �thique et esth�tique.</p><p>Les principes</p><p>de la cr�ation</p><p>En sch�matisant quelque peu, on pourrait dire que, pour les surr�alistes, une oeuvre d�art ne se justifie que si elle contribue � � changer la vie �. Le m�pris qu�ils affichent pour l�art en g�n�ral comme pour la litt�rature en g�n�ral vient justement de ce qu�ils les tiennent, sauf exception, pour radicalement incapables de souscrire � cette exigence. Mais comment une oeuvre d�art peut-elle contribuer � cette subversion de l�existence quotidienne ?</p><p>En refusant de sacrifier les pouvoirs inventifs de l�artiste � la description du monde ext�rieur. La th�orie du</p><p>� mod�le int�rieur �, telle que Breton la d�veloppe d�s 1925, vise � d�tourner les artistes de la repr�sentation r�aliste telle qu�elle s�vit en Occident depuis la Renaissance : l�artiste, d�sormais, ne doit plus chercher � porter sur la toile que les seules images qui surgissent en lui-m�me. N�est-ce pas aux m�mes exigences que r�pondent l�apparition et le d�veloppement de l�abstraction* ?</p><p>Oui, si l�on consid�re les premi�res oeuvres non figuratives de Kandinsky*</p><p>entre 1911 et 1914. Non, s�il s�agit du n�o-plasticisme ou du supr�matisme, qui, apr�s avoir fait table rase de la figuration traditionnelle, �laborent un syst�me esth�tique de frustration pure, o� le d�sir n�a pas sa place. Car c�est finalement aux images du d�sir que le surr�alisme entend donner issue, comme les seules capables de mettre en cause l�ordre moral et politique, que sert un art attach� � d�crire uniquement les apparences des biens terrestres.</p><p>La part de l�automatisme</p><p>Serait-ce � dire que le surr�alisme am-</p><p>bitionne de produire un art de l�assou-vissement ? Certainement pas, et c�est l� ce qui d�j� suffit � le distinguer, par exemple, d�une certaine imagerie �rotique qui, aujourd�hui, se pr�vaut abusivement de Hans Bellmer ou de Dal�. Car ce n�est pas servir le d�sir dans son ambition m�taphysique que le satisfaire superficiellement � l�aide d�images gracieuses ou vaguement salaces. La r�f�rence du surr�alisme � Freud implique que le d�sir (ce que la psychanalyse nomme la � libido �) est saisi � la fois dans toute son imp�tuosit� et dans toute sa complexit�. Et l�on pourrait aller jusqu�� affirmer que les plus accomplies parmi les oeuvres d�art surr�alistes sont celles qui se pr�sentent comme le champ o� s�affrontent �ros et Thanatos, le principe de plaisir et le principe de r�alit�.</p><p>De ce point de vue, l�automatisme*, dont on sait qu�il constitue le principe moteur du surr�alisme, repr�sente la possibilit� optimale d�accession de l�inconscient � l�expression picturale, en d�liant le geste cr�ateur de l��troit contr�le de la raison et du savoir-faire.</p><p>Qu�il soit producteur de formes, de textures ou de rythmes, selon les individus, selon les circonstances ou selon les proc�d�s employ�s, il conduit obligatoirement l�artiste qui s�y rallie � une nouvelle conception de l�oeuvre d�art, affranchie non seulement du � mod�le ext�rieur �, mais des lois de la composition ou du � rendu � traditionnel. Par lui, un nouvel espace tend aussi � s�imposer, qu�il s�agisse de l�espace purement bidimensionnel propre � Mir� ou de l�espace cosmique dans lequel s�affirmeront Matta, Onslow-Ford et Paalen. Il suffit de songer � la consid�-</p><p>rable diversit� de solutions que, gr�ce � lui, se d�couvrirent les peintres surr�alistes, d�Arp � Tanguy et de Dom�nguez � Hanta�, pour s�assurer qu�ici nul danger d�acad�misme ne menace, pour peu que le recours � l�automatisme soit con�u non pas, comme ce fut trop souvent le cas dans l�abstraction lyrique, en tant qu�instrument d�une m�galo-manie ou d�une confortable industrie, mais en tant que ressort d�une qu�te de la v�rit� profonde de l�artiste.</p><p>Aspects de l�automatisme</p><p>surr�aliste</p><p>Car, ainsi que l��crivait Adrien Dax,</p><p>� c�est dans le sens d�une r��ducation lib�ratrice de la vue, dont la port�e d�passe sensiblement les seules satisfactions esth�tiques, que la pratique de l�automatisme a pu laisser appara�tre une �troite parent� avec les divers proc�d�s divinatoires �. En effet, des proc�d�s tels que le � frottage �, le � grattage �, le � fumage �, la � d�calcomanie �, le � coulage �, qui participent de cette cat�gorie de l�automatisme que l�on pourrait dire m�canique, ont pour r�sultat de produire des textures complexes, dans lesquelles, comme dans les murs o� L�onard* de Vinci conseillait de � lire � des paysages ou des batailles, l�oeil a tendance � d�chiffrer des figures fantastiques, ainsi que le fait la tradition populaire de la divination en pr�sence du marc de caf�, du plomb fondu, voire des accidents g�ologiques et des configurations nuageuses. Par opposition � la peinture traditionnelle, qui ne se pr�occupe de peindre que ce qui est, l�automatisme permettrait ainsi de peindre ce qui sera. Aussi singulier qu�il y paraisse, cette conviction est inh�rente � la peinture surr�aliste, dans laquelle le hasard, provoqu� ou non, d�o� proc�de l�oeuvre est volontiers accueilli comme oracle et, en tout cas, interpr�t� jusqu�� ce qu�il livre son sens (cela encore � la diff�rence des expressionnistes abstraits, qui s�en tiennent � la � beaut� �</p><p>du marc de caf�, du plomb fondu, du rocher ou du nuage, comme s�ils redoutaient d�y d�chiffrer leur avenir).</p><p>Une autre cat�gorie de l�automatisme surr�aliste, c�est celle que l�on pourrait nommer l�automatisme sensoriel, selon la d�finition qu�en donnait le m�tapsychiste Frederic William Henry Myers (1843-1901) relativement aux</p><p>� produits de la vision et de l�audition interne ext�rioris�s de fa�on � rev�tir le caract�re de quasi-perceptions �.</p><p>Cette cat�gorie conviendrait on ne peut mieux pour accueillir les oeuvres de la p�riode g�niale de De Chirico, qui semble avoir peint comme � sous la dict�e � d�un � guide � myst�rieux, ainsi que pr�tendent faire les artistes m�diumniques. � la diff�rence de l�automatisme m�canique, producteur de � fonds � qu�il convient ensuite d�interpr�ter (dans lesquels, en somme,</p><p>l�artiste reconna�t son pr�sent et son futur), l�automatisme sensoriel pr�-</p><p>sente une image d�finitive, que l�artiste doit se contenter de transcrire sans le moindre effort d�interpr�tation. � ce stade, rarement atteint en dehors de De Chirico, si ce n�est par Giacometti entre 1930 et 1935, et peut-�tre dans quelques toiles de Toyen, l�artiste se comporte parfaitement en automate.</p><p>Reste une autre cat�gorie encore, celle de l�automatisme moteur, relevant toujours selon Myers, d�� impulsions motrices internes ind�pendantes de la volont� consciente �. C�est de cet automatisme-l� que se r�clameront aussi bien les � automatistes � canadiens group�s autour de Paul-�mile Borduas (1905-1960) que les expressionnistes abstraits am�ricains. C�est lui aussi qui se fait jour d�s 1924 dans les dessins automatiques d�Andr� Masson, qui, p�riodiquement, assure la relance lyrique chez Mir�, qui atteint enfin sa pleine dimension vers 1938-39 chez Dom�nguez, Paalen, Matta, Onslow-Ford, Franc�s.</p><p>Bien entendu, l�oeuvre surr�aliste peut se situer � des degr�s interm�-</p><p>diaires entre ces diverses cat�gories automatiques. En outre, on constate fr�quemment qu�� un � d�marrage �</p><p>automatique se substitue ensuite une interpr�tation relativement laborieuse (chez Tanguy notamment), compte</p><p>tenu, �galement, d�une intol�rance plus ou moins marqu�e � l��gard des aspects non figuratifs � taches, coulures ou traits incoh�rents � de la � donn�e �</p><p>automatique. C�est dire l�infinie complexit� des relations de la peinture surr�aliste avec l�automatisme, doctrine avou�e et cependant secr�te par sa nature m�me.</p><p>downloadModeText.vue.download 581 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10536</p><p>La part de l�objet</p><p>Bien que l�automatisme surr�aliste entra�n�t l�artiste � projeter, en m�me temps que l�espace de son d�sir, les contraintes qui pesaient sur celui-ci, il y avait n�anmoins un risque, au moins th�orique, de voir le surr�alisme pic-</p><p>tural se pr�senter exclusivement sous l�apparence d�un id�alisme peint. Or, il est ind�niable que les surr�alistes entendaient acc�der � davantage de r�alit�, donc � un r�alisme sup�rieur, et non pas � moins de r�alit�, donc � un irr�alisme ou � un id�alisme. Si bien que l�investigation du � mod�le int�-</p><p>rieur �, c�est-�-dire du d�sir jusque-l� informul� qui se voit invit� � prendre forme et sens, allait entra�ner r�ciproquement et compl�mentairement le d�sir � se porter sur les objets existants afin de les charger de subjectivit�. La relation dialectique entre le � mod�le int�rieur � objectiv� et le � mod�le ex-t�rieur � subjective allait, en peinture, inspirer la relation entre l�automatisme et ce que l�on nomme parfois l�� imagerie surr�aliste �, d�ailleurs souvent et abusivement donn�e comme la plus caract�ristique. Bien que ces deux tendances aient �t� parfois, et jusque dans le surr�alisme lui-m�me, tenues pour antagonistes, elles ne le sont pas en fait, et, d�ailleurs, certains peintres surr�alistes comme Ernst, Dal�, Dom�nguez et Paalen ont sacrifi� tant�t � l�une, tant�t � l�autre. D�autre part, comme on a pu le voir � propos de De Chirico, cette imagerie est quelquefois le r�sultat d�un v�ritable automatisme, qui, au lieu de se traduire par des impulsions rythmiques, produit une image en quelque sorte � ready-made �, issue non pas de l�industrie manufacturi�re, mais de l�inconscient. C�est ce qui explique que l�oeuvre de Magritte, radicalement �trang�re � l�automatisme, ait occup� depuis 1927 au sein du surr�alisme une place de tout premier plan.</p><p>Certes, chez le peintre belge, il est bien �vident que la description attentive du</p><p>� mod�le ext�rieur � est mise au service d�une subversion g�n�ralis�e des images re�ues et, par cons�quent, de l�ordre social et philosophique dont ces images sont l�expression convenue. Mais c�est aussi comme si, dans les tableaux de Magritte, les objets familiers rejetaient le fardeau de leurs obligations quotidiennes et se faisaient d�sormais les complices du d�sir : par l�, ils r�pondraient aux m�mes exigences que celles qui, � partir de 1930, conduisirent � l�objet surr�aliste et � ses cons�quences sculpturales.</p><p>L�objet surr�aliste et</p><p>la sculpture surr�aliste C�est en 1924, dans son Discours sur le peu de r�alit�, que Breton �met le voeu que soient r�alis�s concr�tement certains objets apparus en r�ve.</p><p>L�attention port�e � l�� objet trouv� �</p><p>comme � pr�cipit� du d�sir � va encourager les surr�alistes � tenter d��tablir un pont entre le r�ve, ou le hasard, et la r�alit� en fabriquant des objets qui r�pondent de mani�re plus imm�diate et plus palpable que la peinture aux exigences souterraines. Au projet de Breton r�pond pour la premi�re fois, en 1930, une singuli�re sculpture mobile de Giacometti, l�Heure des traces.</p><p>Une r�flexion collective, dans laquelle Dal� occupe une place de premier plan, conduit � la notion d�objet surr�aliste (1931). Dal�, Breton, Valentine Hugo, Tanguy, Dom�nguez, Marcel</p><p>Jean, Mir�, Meret Oppenheim, Seligmann, Paalen comptent parmi les plus inventifs auteurs de tels objets avant la Seconde Guerre mondiale. Certains de ces objets sont d�une extr�me complexit� : ainsi ceux de Breton et de Dal�. Au contraire, Meret Oppenheim se contente de recouvrir de fourrure une tasse, une soucoupe et une petite cuill�re, Paalen d�envelopper de lierre une chaise, Seligmann d�emplumer une soupi�re ou de composer un si�ge � l�aide de quatre jambes de femme.</p><p>Ainsi se d�veloppe avec une grande diversit� de structure et d�apparence un nouveau type d�intervention plastique, qui se distingue tout autant de la peinture que de la sculpture. Pourtant, il para�t difficile de ne pas constater que cette initiative participe justement des nombreuses interventions du surr�alisme dans le domaine sculptural.</p><p>C�est en effet de 1929-30 que datent les premi�res sculptures surr�alistes de Giacometti et de Hans Arp, tandis que, dans le m�me temps, Picasso entreprend une synth�se originale entre l�objet et la sculpture. Par ailleurs, le Suisse Serge Brignoni (n� en 1903) tente une approche de la plastique oc�anienne, tandis que Calder* essaie de concilier le cin�tisme et la po�sie, et que Gonz�lez* esquisse les premiers totems de l�art moderne. Bient�t, ce sera le tour d�Henry Moore* de se rapprocher du surr�alisme. Alors que, jusqu�en 1930, la sculpture ne s��tait</p><p>pas d�livr�e des s�quelles du cubisme et du constructivisme, il semble que c�est de l�objet surr�aliste qu�elle re-</p><p>�oit une nouvelle impulsion.</p><p>Les grands initiateurs</p><p>Si l�influence r�elle des multiples pr�-</p><p>curseurs que l�on pr�te � la peinture surr�aliste a �t� nulle sur le surgissement de celle-ci, il n�en va pas de m�me pour trois artistes dont on peut penser qu�ils ont jou� un r�le indispensable d�initiateurs : Picasso*, De Chirico* et Marcel Duchamp*. Il est certain, en effet, que, si Picasso n�avait, le premier, fait litt�ralement �clater l�image picturale du � mod�le ext�rieur � � l��poque h�-</p><p>ro�que du cubisme*, ni le surr�alisme ni d�ailleurs l�art abstrait n�auraient �t� possibles. La prise en consid�ration par les historiens d�art des seules r�percussions architectoniques du cubisme les emp�che, d�ordinaire, de remarquer quels prodigieux encouragements au subjectivisme furent, de ce fait, prodigu�s, notamment � Chagall* et � De Chirico. Ce dernier, on le sait, fait figure de prototype du peintre surr�aliste, et il suscita dans une large mesure les vocations de Max Ernst, de Magritte, de Dal�, de Tanguy, de Brauner.</p><p>Ce qui est chez lui � la fois exemplaire et inimitable, c�est qu�il est parvenu � fixer l�angoisse la plus profonde dans des images d�apparence on ne peut plus banales de paysages urbains, de natures mortes ou d�int�rieurs. Mais c�est sa soumission totale � l�automatisme de la vision qui dote ses oeuvres de tout leur retentissement. Alors que la peinture surr�aliste est n�e de la r�v�lation de De Chirico et de Picasso, l�exemple de Duchamp agit sur elle plut�t comme un mythe qu�� travers les oeuvres, dont la plus importante, le � Grand Verre �, ne sera d�ailleurs connue que vers 1934. Mais l�ascendant de Duchamp se traduit par une mise en cause de l�art lui-m�me, la d�nonciation de ses limites et la volont� implicite de le pousser � d�border ces limites.</p><p>Les grands mod�les</p><p>Si les grands initiateurs du surr�alisme dans les arts plastiques sont trois parmi les plus fortes personnalit�s artistiques du XXe s., par contraste on serait tent� d�affirmer que les grands</p><p>mod�les en sont, eux, anonymes ou presque. Ce sont en effet le sauvage, le schizophr�ne et le m�dium. L�artiste</p><p>� sauvage �, et plus particuli�rement le sculpteur oc�anien de Nouvelle-Guin�e ou de Nouvelle-Irlande, b�n�ficie d�une consid�ration toute particuli�re de la part des surr�alistes en raison de sa relation avec une mythologie authentique et de la fantastique invention m�taphorique qui en r�sulte. En outre, il se fait l�interpr�te d�une pens�e collective sans renoncer aux accents les plus aigus du g�nie individuel.</p><p>Au contraire, l�artiste schizophr�ne semble tout tirer de lui-m�me, �tant donn� les conditions de rel�gation qui sont d�ordinaire les siennes. Mais, en fait, alors qu�il oeuvre � refaire de toutes pi�ces un monde enfin habitable, sa d�marche recoupe �trangement celle du sauvage. L�artiste m�diumnique, enfin, s�il s�abandonne � l�automatisme pour entrer en communication avec les</p><p>� d�sincarn�s �, re�oit en �change de cet abandon une merveilleuse s�ret� cr�atrice, que celle-ci se d�ploie dans une profusion d�lirante de courbes ou, au contraire, selon une rigoureuse ordonnance de droites (v. brut [art]).</p><p>De la peinture surr�aliste, on serait en droit de dire qu�elle n�a pas de plus profonde ambition que celle de reconqu�rir l�� �tat de gr�ce � qui est celui du sauvage, du schizophr�ne ou du m�-</p><p>dium. La technique de cette reconqu�te est �videmment l�automatisme, qui appara�t ainsi non seulement comme une pratique relevant de l�esth�tique et de la mancie, mais aussi comme une asc�se.</p><p>Les principales �tapes</p><p>Les d�buts de la peinture</p><p>surr�aliste (1919-1928)</p><p>Si l�ann�e 1919 est celle o� De Chirico sombre dans l�acad�misme, c�est aussi celle des premiers collages* obtenus par Max Ernst* d�une perversion syst�matique des images. Ernst fait donc figure de premier peintre surr�aliste stricto sensu, et c�est pourquoi, sit�t arriv� � Paris en 1922, il � tire le portrait � du groupe en formation (Au rendez-vous des amis). Man Ray (�tats-Unis, 1890-1976) est l� lui aussi, mais alors surtout pr�occup� de photogra-</p><p>phie* (les � rayogrammes � ou � rayo-graphes �). Fin 1923 - d�but 1924, Andr� Masson* et Joan Mir�* font leur apparition et proposent, le premier dans le dessin, le second en peinture, les premi�res applications plastiques de l�automatisme. L�ann�e 1925 sera d�cisive : en r�ponse � Pierre Naville, qui mettait en doute la possibilit� d�une peinture surr�aliste, Breton commence la publication, dans la R�volution surr�aliste, du Surr�alisme et la peinture, o� il avance la notion de � mod�le int�rieur � ; Arp* se rallie au mouvement ; Ernst ex�cute ses premiers</p><p>� frottages � ; enfin a lieu la premi�re exposition surr�aliste, qui groupe Arp, De Chirico, Ernst, Klee*, Masson, Mir�, Picasso, Man Ray, Pierre Roy (France, n� en 1880). En 1925, Picasso downloadModeText.vue.download 582 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10537</p><p>peint la Danse, toile par laquelle il se d�tache du cubisme pour se rapprocher du surr�alisme. La m�me ann�e, Tanguy* et Magritte* peignent leurs premiers tableaux surr�alistes. En 1927, Magritte s�installe � Paris et participe aux activit�s collectives. Au cours de cette p�riode apparaissent les plus c�-</p><p>l�bres parmi les peintres surr�alistes.</p><p>Il est bon, aujourd�hui, de se souvenir qu�ils rencontrent cependant l�hostilit� la plus vive de la part des marchands, des collectionneurs et de la presse.</p><p>L��poque de la diffusion</p><p>internationale (1929-1939)</p><p>La deuxi�me p�riode de la peinture surr�aliste est marqu�e d�abord par l�arriv�e de deux recrues de choix : Dal�* et Giacometti*. En 1929, Dal� fait sa premi�re exposition, pr�fac�e par Breton, laquelle, bien entendu, fait scandale ; d�j� il fourbit sa � m�thode parano�aque-critique �, qu�il entend opposer � l�automatisme. � partir de 1929, Giacometti construit sous la pression de son inconscient des oeuvres singuli�res, v�ritables sculptures de r�ve. C�est ce que fait aussi Arp, de son c�t�, mais en choyant des formes �l�mentaires, embryonnaires et pourtant voluptueuses. � partir de</p><p>1931, l�objet surr�aliste va s�duire la plupart des peintres surr�alistes, aussi bien les a�n�s que les nouveaux venus. Entre 1932 et 1935, Hans Bellmer (Allemagne, 1902-1975), Victor Brauner*, Oscar Dom�nguez (Espagne</p><p>[Canaries], 1906-1957), Richard Oelze (Allemagne, n� en 1900), Meret Oppenheim (Suisse, n�e en 1913), Wolfgang Paalen (Autriche, 1907-1959), Kurt Seligmann (Suisse, 1901-1962) font leur apparition � Paris. � dater de 1935, la diffusion internationale du surr�alisme se marque par des expositions au Danemark, aux Canaries, en Tch�coslovaquie, � Londres, � New York, au Japon, enfin � Paris (1938), o� sont repr�sent�s soixante-dix artistes de quatorze pays diff�rents. Un style particulier de pr�sentation s�impose dans ces Expositions internationales du surr�alisme par la cr�ation d�un climat �trange et parfois mena�ant.</p><p>En 1938-39 se dessine, encourag�e par les � d�calcomanies � (1936) de Dom�nguez et les � fumages � (1937) de Paalen, une tendance vers l�� automatisme absolu � avec Matta*, Gordon Onslow-Ford (Grande-Bretagne, n� en 1912) et Esteban Franc�s (Espagne, n� en 1914). Masson, qui s��tait �loign� en 1929, r�int�gre le groupe, tandis que Dal�, qui professe de plus en plus des opinions r�actionnaires, cesse toutes relations avec les surr�alistes.</p><p>La peinture surr�aliste</p><p>pendant la guerre (1940-1946)</p><p>La guerre disperse les surr�alistes. Ne restent en France, Picasso except�, que Brauner, Dom�nguez et Jacques Herold (Roumanie, n� en 1910). Ernst, Franc�s, Masson, Matta, Onslow-Ford, Man Ray, Seligmann, Tanguy se r�fugient aux �tats-Unis, Leonora Carrington (Angleterre, n�e en 1917), Paalen, Remedios (Remedios Lissagara Varo, Espagne, 1913-1963) au Mexique.</p><p>Mir� retourne en Catalogne. Exil�e aux Am�riques, la peinture surr�aliste va atteindre l�un de ses plus hauts sommets. C�est le cas notamment chez Masson, que l�influence des mythes am�rindiens conduit � ses oeuvres les plus lyriques ; chez Max Ernst, qui adopte la technique de la � d�calcomanie � et en tire de fabuleux paysages de r�ve ; chez Matta, dont les somp-</p><p>tueuses visions cosmiques n�es de l�automatisme c�dent le pas, en 1944, � l�image d�chir�e de l�homme de notre temps ; chez Tanguy enfin, qui, seul de tous les surr�alistes, s�installera � demeure aux �tats-Unis. Le Cubain Wifredo Lam*, qui fit la rencontre des surr�alistes en 1940 � Marseille, inaugure une oeuvre flamboyante inspir�e par le Vaudou. Aux �tats-Unis, la pr�sence des surr�alistes agit comme un coup de fouet sur les artistes am�ricains, pour lesquels l�automatisme sera la voie de l��mancipation. Parmi eux, Arshile Gorky* atteint d�s 1944 � un incomparable niveau d��motion dans l�expression picturale. Mais il se suicidera en 1948.</p><p>La peinture surr�aliste</p><p>apr�s la guerre (1947-1969)</p><p>L�Exposition internationale du surr�alisme de 1947, � Paris, est l�occasion d�un regroupement de forces au lendemain de la guerre. L�automatisme tient d�sormais le haut du pav�, mais il entra�nera � diverses reprises des d�viations du c�t� de l�abstraction lyrique : ainsi chez Francis Bott (Allemagne, n� en 1904), Jean-Paul Riopelle*, Iaroslav Serpan (Tch�coslovaquie, n� en 1922), plus tard chez Simon Hanta� (Hongrie, n� en 1922) et Antonio Saura (Espagne, n� en 1930). Install�e � Paris depuis 1947, Toyen (Marie &#x10C;erm�nov�, Tch�-</p><p>coslovaquie, n�e en 1902) s�y r�v�le comme le peintre par excellence des hallucinations. Acc�dant maintenant � une notori�t� internationale, les premiers peintres surr�alistes se d�-</p><p>tachent de l�activit� collective : c�est le cas d�Arp, de Mir�, de Magritte, de Tanguy. Des ruptures se produisent : en 1948 Matta et Brauner, en 1951</p><p>Herold, en 1954 Ernst. En revanche, de nouvelles adh�sions interviennent, presque sans interruption : en 1949</p><p>Adrien Dax (France, n� en 1913), en 1953 Hanta� et Max Walter Svanberg (Su�de, n� en 1912), en 1956 Agust�n C�rdenas (Cuba, n� en 1927) et Pierre Molinier (France, 1900-1976), en 1957</p><p>Le Mar�chal (France, n� en 1928), en 1958 Robert Lagarde (France, n� en 1928), en 1959 Jean Beno�t (Canada, n� en 1922), Yves Laloy (France, n� en 1920), Mimi Parent (Canada, n�e en 1924) et Friedrich Schr�der-</p><p>Sonnenstern (Lituanie, n� en 1892), en 1961 Jean-Claude Silbermann (France, n� en 1935), en 1962 Jorge Camacho (Cuba, n� en 1934), en 1963 Gabriel Der Kevorkian (France, n� en 1932).</p><p>Autour de 1955, gr�ce au critique Charles Estienne, s�esquisse sous le signe du tachisme un rapprochement avec quelques abstraits lyriques, tels Degottex, Duvillier, Loubchansky, Messagier (v. abstraction). � partir de 1960, une alliance tactique avec le groupe � Phases �, anim� par �douard Jaguer, permet � certains artistes, tels que Pierre Alechinsky (Belgique, n� en 1927), Enrico Baj (Italie, n� en 1924), Alberto Gironella (Mexique, n� en 1929), Konrad Klapheck (Allemagne, n� en 1935) et Herv� T�l�maque</p><p>(Ha�ti, n� en 1937), d�entrer en contact avec les surr�alistes.</p><p>Deux grandes Expositions inter-</p><p>nationales du surr�alisme auront de nouveau lieu � Paris du vivant de Breton : � Eros � en 1959 et � l��cart absolu � en 1965, qui marqueront avec force la position du mouvement sur le plan de l��rotisme* et face � la soci�t� de consommation. Apr�s la mort de Breton (1966), de nouveaux peintres indiscutablement surr�alistes se r�v�lent encore, par exemple Th�o Gerber (Suisse, n� en 1928) et Ivan Tovar (Saint-Domingue, n� en 1942).</p><p>Et si l�on d�couvre en 1969 l�oeuvre � laquelle Duchamp avait travaill� vingt ans durant (1946-1966), �tant donn�s : 1o la chute d�eau, 2o le gaz d��clairage, doit-on l�interpr�ter comme le mot de la fin de l�aventure surr�aliste dans le domaine des arts plastiques ou, plus vraisemblablement, comme le signe qu�une �tape du surr�alisme est close et qu�une autre s�annonce ?</p><p>J. P.</p><p>F Automatisme / Dada (mouvement).</p><p>A. Breton, le Surr�alisme et la peinture (Gallimard, 1928 ; 3e �d., 1965). / M. Jean et A. Mezei, Histoire de la peinture surr�aliste (�d.</p><p>du Seuil, 1959). / P. Waldberg, le Surr�alisme (Skira, Gen�ve, 1962). / J. Pierre, le Surr�alisme (Rencontre, Lausanne, 1967) ; Der Geist des Surrealismus (catalogue d�exposition) [Cologne, 1971] ; le Surr�alisme (Hazan, 1973). /</p><p>W. Rubin, Dada and Surrealist Art (New York,</p><p>1969). / Quatre Si�cles de surr�alisme. L�art fantastique dans la gravure (Belfond, 1973).</p><p>surr�nales</p><p>(capsules)</p><p>Glandes endocrines situ�es au-dessus des reins, dont les s�cr�tions, indispensables � la vie, sont complexes et la pathologie tr�s vari�e.</p><p>Anatomie</p><p>Les glandes surr�nales sont au nombre de deux, l�une � droite, l�autre � gauche : elles sont situ�es au-dessus et en dedans du rein correspondant. Ce sont deux languettes aplaties d�avant en arri�re, en forme de virgule, mesurant en moyenne de 4 � 5 cm de long, de 2 � 4 cm de large, 1 cm d��paisseur, et pesant chacune de 8 � 10 g.</p><p>Elles sont de couleur jaune chamois, contrastant avec les organes voisins, ce qui facilite leur rep�rage chirurgical. De consistance ferme, mais d�une grande friabilit�, leur surface est parcourue de nombreux sillons.</p><p>Situation</p><p>Les surr�nales sont situ�es en arri�re du p�ritoine* et r�pondent au flanc la-t�ral de la 12e vert�bre dorsale et de la 1re lombaire ; elles ont une position tr�s fixe. Elles sont entour�es par la capsule fibreuse et adipeuse du rein, mais elles sont s�par�es de celui-ci par le fascia inter surr�nalo-r�nal. Elles sont maintenues en place par les parois de la loge r�nale, par les diff�rents ligaments p�riton�aux, par leurs vaisseaux, et surtout par les nombreux filets nerveux qui amarrent leur face post�rieure : quand le rein se d�place, la surr�nale correspondante ne bouge pas.</p><p>Rapports avec les organes voisins La face post�rieure, plane ou convexe, regarde en arri�re et en dedans : elle s�appuie sur le diaphragme qui la s�-</p><p>pare de la 12e vert�bre dorsale, de la lre lombaire et du cul-de-sac pleural ; l�abord chirurgical post�rieur est donc g�n� par la pl�vre.</p><p>Entre le diaphragme et la surr�nale se trouvent les �l�ments nerveux et</p><p>veineux : le premier ganglion sympathique lombaire, le grand et le petit nerf downloadModeText.vue.download 583 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10538</p><p>splanchnique et la partie externe du ganglion semi-lunaire (plexus solaire), la veine lombaire ascendante, � droite la racine interne de la grande veine azygos et � gauche le canal veineux r�no-azygo-lombaire.</p><p>La face ant�rieure a des rapports diff�rents � droite et � gauche.</p><p>� La surr�nale droite r�pond en avant et en dedans � la veine cave inf�rieure, qui la recouvre presque totalement et � laquelle elle est reli�e par la veine surr�nale moyenne : c�est un rapport capital et dangereux dans l�ex�r�se de cette glande. Plus en dehors, elle r�pond au foie. Plus bas, elle est recouverte de p�-</p><p>ritoine de fa�on variable, si bien qu�il existe un cul-de-sac p�riton�al entre foie et surr�nale, dont le fond constitue le ligament h�pato-surr�nal. Plus bas, elle r�pond parfois au genu superius duod�nal (angle entre premi�re et deuxi�me portion du duod�num).</p><p>� La surr�nale gauche est recouverte par l�accolement de l�arri�re-cavit� des �piploons (v. p�ritoine). Sa partie inf�-</p><p>rieure est masqu�e par le corps du pancr�as, accol� au plan sup�rieur. Plus haut, la glande r�pond � la face post�-</p><p>rieure de l�estomac par l�interm�diaire de l�arri�re-cavit�.</p><p>La base r�pond au rein correspondant et se moule sur la convexit� de son p�le sup�rieur, descendant plut�t sur la face ant�rieure. La surr�nale gauche, situ�e plus bas, se rapproche du p�dicule r�nal.</p><p>Le bord externe r�pond � la face ant�rieure du rein.</p><p>Le bord interne est recouvert � droite par la veine cave ; � gauche, il reste � distance de l�aorte. Il est long� par l�art�re diaphragmatique inf�rieure ; enfin, il est en rapport intime avec le ganglion semi-lunaire.</p><p>Vaisseaux</p><p>La richesse de la vascularisation art�rielle est remarquable. Chaque surr�nale re�oit une art�re surr�nale sup�rieure issue de la diaphragmatique inf�rieure, une art�re surr�nale moyenne issue de l�aorte, une art�re inf�rieure n�e de l�art�re r�nale.</p><p>Les veines n�ont aucune analogie avec les art�res : il existe une veine surr�nale principale, ou centrale, qui se termine � droite dans la veine cave, � gauche dans la veine r�nale en un point fixe au bord gauche de l�aorte.</p><p>Les veines accessoires se jettent en haut dans la diaphragmatique inf�-</p><p>rieure, en bas dans la veine r�nale.</p><p>Ph. de L.</p><p>Biochimie et</p><p>physiopathologie</p><p>Deux glandes endocrines ind�pen-</p><p>dantes existent dans les capsules surr�nales, dont elles occupent respectivement les zones m�dullaire (le centre) et corticale (la p�riph�rie, ou cortex surr�nal). Leurs fonctions reposent sur la s�cr�tion d�hormones de types tr�s diff�rents, et la pathologie de chaque zone surr�nale conduit, de ce fait, � des syndromes particuliers � l�une ou � l�autre.</p><p>M�dullo-surr�nale</p><p>Dans l�exp�rimentation sur l�animal, la suppression par curetage chirurgical de la m�dullaire ou la surr�nalectomie totale avec traitement substitutif aux seules hormones corticales permettent la survie. La s�cr�tion m�dullaire ne para�t donc pas indispensable, compte tenu, toutefois, du fait que d�autres organes ou cellules (paraganglions sympathiques, hypothalamus, m�-</p><p>senc�phale ou corps stri� du cerveau, terminaisons nerveuses des fibres sympathiques) en produisent des quantit�s non n�gligeables.</p><p>y Nature et activit� des hormones.</p><p>Les extraits surr�naux renferment une hormone hypertensive, l�adr�naline*, isol�e par J. Takamine d�s 1901 et</p><p>synth�tis�e peu apr�s. Ce produit est le 3-4-dihydroxyph�nylm�thyl-amino�thanol ; il est accompagn�, dans les cellules chromaffines (prenant bien les colorants) de la glande, de la noradr�naline, ou 3-4-dihydroxyph�nyl-amino�thanol, d�couvert en 1949 par le physiologiste su�dois Ulf Svante von Euler. Cette derni�re substance ne diff�re de la premi�re que par l�absence d�un groupement m�thyle, CH3, fix� � l�azote de la cha�ne d�amino�thanol ; toutes deux renferment un carbone asym�trique (&#x3B2;), et l�isom�re naturel est la forme L (l�vogyre). Un pr�curseur de la noradr�naline, la dopamine ou 3-4-di-hydroxyamino-�thylph�nyle, existe dans la m�dullo-surr�nale et dans les cellules hormonog�nes extra-surr�naliennes, en particulier dans les centres nerveux o� la noradr�naline est beaucoup plus abondante que l�adr�naline.</p><p>On d�signe ces produits, dihydroxyl�s en 3, 4, comme le cat�chol, sous le nom g�n�rique de cat�cholamines.</p><p>L�activit� de l�adr�naline et celle de la noradr�naline sont qualitativement identiques, mais quantitativement diff�rentes ; elles s�exercent � des doses tr�s faibles, de 0,1 � 1,0 &#x3BC;g/kg chez l�homme. On admet que ces hormones agissent en se fixant � deux types de r�cepteurs cellulaires, dits � &#x3B1; et &#x3B2;</p><p>adr�nergiques �, pour lesquels elles pr�sentent une affinit� particuli�re.</p><p>Leurs actions sont multiples. Elles sont fortement hypertensives par augmentation de la fr�quence et de la puissance des systoles cardiaques et par une action sur la constriction vasculaire, diff�rente selon les territoires tissulaires. La noradr�naline est exclusivement vaso-constrictrice, sauf sur les coronaires, tandis que l�adr�naline, vaso-constrictrice sur la peau et les visc�res, est vaso-dilatatrice dans les muscles et sur les coronaires. Les cat�-</p><p>cholamines provoquent la contraction des muscles lisses de nombreux visc�res (intestin, ut�rus), des bronches, de l�iris. Des actions m�taboliques multiples sont exerc�es de 8 � 10 fois plus intens�ment par l�adr�naline que par la noradr�naline. La premi�re augmente jusqu�� plus de 30 p. 100</p><p>le m�tabolisme de base de l�homme ;</p><p>elle provoque une hyperglyc�mie par augmentation de la glycog�nolyse h�patique et musculaire et stimule la lib�ration des acides gras � partir du tissu adipeux.</p><p>Toutes ces activit�s sont identiques � celles qui mettent en jeu l�excitation des fibres nerveuses sympathiques. Les cellules dont proviennent ces fibres sont de m�me origine embryologique que les cellules chromaffines de la m�dullo-surr�nale, et leur excitation conduit � la lib�ration au niveau de leurs synapses p�riph�riques de l�adr�-</p><p>naline et de la noradr�naline associ�es � la dopamine comme m�diateurs</p><p>chimiques.</p><p>y Biosynth�se et s�cr�tion. La biosynth�se des cat�cholamines com-</p><p>prend une succession d��tapes. Elles d�rivent d�un acide amin� cyclique, la ph�nylalanine, ou acide ph�nyl &#x3B1;-aminopropionique, et du produit de son hydroxylation en position 4, la tyrosine, ou 4-hydroxyph�nylalanine, constituants de la plupart des prot�ines alimentaires. La 3-4-dioxy-ph�nylalanine, ou dopa, se forme par hydroxylation de la tyrosine en 3, et la d�carboxylation de la cha�ne d�alanine de la dopa la transforme en dopamine.</p><p>Cette derni�re est le pr�curseur direct de la noradr�naline, par hydroxylation du carbone &#x3B2; de la cha�ne d�alanine, et de l�adr�naline, par m�thylation du groupe amin� de la noradr�naline.</p><p>Tous ces corps et enzymes sp�cifiques de chacune des r�actions leur donnant successivement naissance ont �t� mis en �vidence dans la m�dullo-surr�-</p><p>nale et dans les diverses cellules qui les �laborent. Chez l�homme, le d�bit quotidien des surr�nales en cat�cholamines est de 2 � 3 mg, dont 80 p. 100</p><p>environ d�adr�naline et 20 p. 100 de noradr�naline. La s�cr�tion des cat�-</p><p>cholamines est explor�e en clinique par leur dosage fluorom�trique ; le taux plasmatique normal de l�adr�-</p><p>naline est de 1,2 &#x3BC;g/l, et celui de la noradr�naline de 5,2 &#x3BC;g/l. Une partie des cat�cholamines circulantes est �limin�e par l�urine, qui en renferme en moyenne 400 &#x3BC;g par jour chez</p><p>l�homme.</p><p>downloadModeText.vue.download 584 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10539</p><p>La s�cr�tion hormonale peut pr�-</p><p>senter des variations importantes du taux global des cat�cholamines ou de l�une de celles-ci. Ce taux est directement contr�l� par les nerfs splanchniques, dont l�excitation produit une d�charge hormonale. L�ac�thylcholine et la nicotine, � faible concentration, augmentent leur synth�se. Il en est de m�me des facteurs biologiques de la stimulation du tonus nerveux ortho-sympathique, que mettent en jeu toutes les circonstances dans lesquelles l�organisme r�agit en s�opposant � une perturbation de son �quilibre circulatoire (h�morragie, �tat de choc), humoral (hypoglyc�mie) ou thermique (lutte contre le froid). Toutes ces agressions s�accompagnent d�une stimulation sympathique et d�une hypers�cr�tion de cat�cholamines. Une surproduction de ces hormones de secours est n�cessaire dans des circonstances critiques, alors que leur s�cr�tion n�est pas absolument indispensable en dehors de celles-ci, ce qui permet la survie apr�s ablation de la m�dullo-surr�nale.</p><p>y Aspects physiopathologiques. Les �tats pathologiques les plus caract�-</p><p>ristiques d�une hyperproduction de cat�cholamines sont les ph�ochromocytomes, ou tumeurs chromaf-</p><p>fines, provenant de la transformation tumorale b�nigne ou maligne des</p><p>cellules chromaffines, ou ph�ochromotocytes. Des �lots de ces cellules s�cr�trices existent non seulement dans la m�dullo-surr�nale, mais le long de l�aorte ou des gros vaisseaux pelviens, et leur canc�risation provoque une forte augmentation de la s�cr�tion des cat�cholamines qu�elles �laborent, ce qui a pour cons�quence une hypertension art�rielle. De 0,2 � 2 p. 100 des hypertensions chroniques ou paroxystiques de l�homme sont dues � des ph�ochromotocytomes,</p><p>au cours desquels le taux sanguin des cat�cholamines d�passe de 10 � 100</p><p>fois sa valeur normale. Le seul traitement de ces tumeurs est chirurgical.</p><p>La maladie d�Addison, qui est due � une fonte ou � une scl�rose totales</p><p>des surr�nales, provoque une hypotension due au d�faut de s�cr�tion des cat�cholamines.</p><p>L��tude du taux de la dopamine dans la m�dullo-surr�nale et dans les cellules chromaffines du syst�me nerveux central a donn� des r�sultats d�un grand int�r�t dans la maladie de Parkinson, au cours de laquelle la teneur en ce corps diminue fortement. L�administration de 3-4-dihydroxyph�nylalanine, ou L-dopa, pr�curseur de la dopamine, conduit � une augmentation du taux de la dopamine dans les m�mes cellules et fait r�gresser certains sympt�mes neurologiques de la maladie de Parkinson (tremblements). On peut esp�rer gu�rir celle-ci par une th�rapeutique fond�e sur l�emploi de la L-dopa.</p><p>Par ailleurs, un m�tabolite de la dopa, la dim�thoxyphen�thylamine, dans lequel les deux groupements hydroxyles sont m�thyl�s (�O�CH3), est dou� de propri�t�s hallucinog�nes, et sa r�tention ou sa surproduction seraient � l�origine de certains d�sordres mentaux.</p><p>Corticosurr�nale</p><p>La surr�nalectomie bilat�rale (ablation compl�te des surr�nales) est toujours mortelle en quelques jours. La mort survient apr�s une p�riode d�asth�nie profonde et un ensemble de troubles m�taboliques, dont les plus caract�ristiques sont une augmentation de l�ex-cr�tion urinaire du potassium et une diminution de celle du sodium, ainsi qu�une hyperglyc�mie avec ou sans glycosurie. La destruction des capsules surr�nales au cours de la maladie d�Addison conduit progressivement � des troubles identiques. L�adr�naline est inefficace � l��gard de ces sympt�mes ; en revanche, un extrait surr�nal d�pourvu d�adr�naline, appel� cortine, s�est r�v�l� vers 1928 capable d�assurer la survie des animaux surr�nalectomis�s. On a par la suite isol� de la cortine un ensemble d�hormones corticosurr�nales pures, dont la synth�se a bient�t �t� r�alis�e.</p><p>y Nature et activit� des hormones corticosurr�nales. On a isol� du cortex surr�nal des hormones pr�sentant</p><p>la structure g�n�rale de d�riv�s des st�rols et appartenant, de ce fait, � la s�rie des st�ro�des*, comme les hormones sexuelles m�les et femelles.</p><p>Elles renferment le squelette carbon� polycyclique du cyclopentanoph�-</p><p>nantr�ne. Les hormones corticales, que Tadeus Reichstein et Edward</p><p>C. Kendall ont contribu� � faire conna�tre et que P. S. Hench a introduites dans la th�rapeutique des rhumatismes, ont �t� rang�es en deux s�-</p><p>ries selon que leur activit� biologique pr�dominante porte sur le m�tabolisme min�ral (min�ralo-cortico�des) ou glucidique (gluco-cortico�des).</p><p>On a identifi� dans le cortex surr�-</p><p>nal plus de cinquante st�ro�des, mais la plupart de ceux-ci sont des produits interm�diaires de la biosynth�se des trois hormones physiologiquement efficaces : la corticost�rone et le cortisol d�une part, l�aldost�rone d�autre part ; on y trouve en outre des st�ro�des de la s�rie sexuelle, surtout des androg�nes, dont l�androst�nedione, qui existe �galement dans le testicule.</p><p>Le sch�ma de structure des principaux de ces corps est le suivant (voir ci-dessous).</p><p>Les essais de restitution de la s�cr�-</p><p>tion corticale apr�s surr�nalectomie ont montr� la dualit� des min�ralo- et des glucocortico�des. En effet, seule l�administration simultan�e d�hormones des deux types, en particulier d�aldost�rone et de cortisol, permet alors la survie.</p><p>L�action de l�aldost�rone, min�ralo-cortico�de type et le plus puissant de ceux-ci, s�exerce sur la r�sorption de l�ion Na+ (sodium) dans les diverses portions des tubes contourn�s du rein, o� elle s�op�re apr�s filtration de Na+</p><p>downloadModeText.vue.download 585 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10540</p><p>au niveau des glom�rules, alors que le potassium (K+) est �limin�. Une baisse de la s�cr�tion d�aldost�rone entra�ne la conservation des ions K+ et la fuite</p><p>urinaire des ions Na+, provoquant un important d�s�quilibre hydromin�ral, car le d�faut d��limination r�nale de Na+ va de pair avec une r�duction de la diur�se et un stockage tissulaire et humoral d�eau. Un autre corticost�ro�de du m�me groupe � la d�soxycorticost�rone, isol�e en 1936 et synth�ti-s�e peu apr�s � a �t� pendant longtemps employ� en th�rapeutique avant la d�couverte de l�aldost�rone, qui ne fut faite que pr�s de vingt ans apr�s.</p><p>Elle est 25 fois moins active que cette derni�re, dont les effets se manifestent chez l�homme apr�s administration de quelques microgrammes. Les min�-</p><p>ralo-cortico�des ont une action relativement faible, mais non n�gligeable, sur le m�tabolisme glucidique.</p><p>Celle du cortisol et des autres glucocortico�des, en particulier de la corticost�rone, se manifeste sur l�utilisation cellulaire des glucides et la glycog�nogen�se h�patique ou musculaire, quelle que soit l�origine de la cha�ne carbon�e impliqu�e dans celle-ci (acides gras, acides amin�s ou glucides). De ce fait, le cortisol stimule indirectement le m�tabolisme azot� et l�ur�ogen�se ; il est en outre dou� d�une action de min�-</p><p>ralo-cortico�de, 150 fois moindre que celle de l�aldost�rone. Cette derni�re action ne doit pas �tre n�glig�e lors de l�emploi th�rapeutique du cortisol aux doses de 100-500 &#x3BC;g/kg. Le cortisol et les st�ro�des de la m�me s�rie, en particulier la cortisone (11-d�shydrocorti-cost�rone) et de nombreux d�riv�s de synth�se, sont tr�s utilis�s en th�rapeutique (v. st�ro�des).</p><p>y Biosynth�se des hormones corticales et r�gulation de leur s�cr�tion.</p><p>La s�cr�tion quotidienne d�aldost�-</p><p>rone est de 100 � 200 &#x3BC;g, celle du cortisol de 10 � 25 mg et celle de la corticost�rone de 2 � 4 mg chez l�adulte.</p><p>Elle peut subir des fluctuations importantes, dues soit � une modification de la vitesse de leur biosynth�se, soit � la r�gulation physiologique complexe de leur s�cr�tion.</p><p>La biosynth�se de tous les corti-co�des a pour point de d�part le cholest�rol*, lequel se forme en abondance dans les glandes (15 mol�cules d�ac�-</p><p>tate par mol�cule de st�rol) comme dans de nombreux tissus. Le cholest�-</p><p>rol ne donne naissance aux corticost�-</p><p>ro�des que dans le cortex surr�nalien, o� il est �galement la substance m�re de st�ro�des sexuels, en particulier d�androg�nes identiques � ceux qui prennent naissance dans la glande interstitielle du testicule. Le d�faut d�une des nombreuses enzymes impliqu�es dans les processus conduisant � l�hor-monogen�se provoque des perturbations de celle-ci. L�origine commune des deux types de corticost�ro�des et des hormones sexuelles explique que des troubles de la biosynth�se des unes conduisent � la surproduction des autres. Les corticost�ro�des circulent dans le plasma sanguin combin�s � une prot�ine sp�cifique, la transcortine, qui en fixe de 50 � 300 &#x3BC;g par litre de plasma. Leur taux moyen est de 0,03 � 0,15 &#x3BC;g par litre de plasma pour l�aldost�rone, de 60 � 200 &#x3BC;g pour le cortisol et de 20 � 50 &#x3BC;g pour la cortisone.</p><p>Ils sont inactiv�s dans les tissus par des actions enzymatiques qui modifient leur structure, et l��limination urinaire de produits du type des 17-c�tost�-</p><p>ro�des ou des 17-21-dihydroxy-20-c�-</p><p>tost�ro�des peut �tre suivie par colorim�trie avec la r�action de Porter et Silber (coloration jaune donn�e par la ph�nylhydrazine en milieu sulfurique).</p><p>Un fractionnement chromatographique permet de doser chacun des corps pr�-</p><p>sents dans le m�lange naturel urinaire ou sanguin.</p><p>La s�cr�tion des corticost�ro�des est r�gie par m�canisme physiologique complexe, pr�sentant des particularit�s propres � chaque type d�entre eux. Dans le cas de l�aldost�rone, ce m�canisme repose sur trois facteurs : le syst�me r�nine-angiotensine, la concentration plasmatique en ions Na+</p><p>et K+ et la s�cr�tion ant�hypophysaire de corticotrophine, ou A. C. T. H.</p><p>(� adreno-cortico-trophic-hormone �).</p><p>Cette derni�re est lib�r�e sous l�action d�une hormone hypothalamique, le C. R. F. (abr�viation de � corticotrophin releasing factor �), l�activit� du syst�me r�nine-angiotensine �tant sous l��troite d�pendance d�une hormone c�r�brale m�senc�phalo-�pi-</p><p>physaire, la glom�rulotrophine, ou G. T. H. Des d�charges d�A. C. T. H., provoquant une hypers�cr�tion cortico-</p><p>surr�nalienne, participent au syndrome d�adaptation de H. Seyle (stress) lors de la r�action de l�organisme � de multiples agressions thermiques, sensorielles ou sensitives, qui d�clenchent par ailleurs une forte adr�nalinos�cr�-</p><p>tion, signal�e plus haut.</p><p>La r�nine est une enzyme r�nale</p><p>�labor�e par les cellules juxtaglom�-</p><p>rulaires et agissant sp�cifiquement sur une globuline plasmatique, l�angio-tensionog�ne, dont elle lib�re l�angiotensine I, laquelle est hydrolys�e avec formation d�angiotensine II. Cette derni�re, le plus puissant des agents hypertenseurs actuellement connus, stimule la s�cr�tion de l�aldost�rone dans la zone glom�rulaire du cortex.</p><p>La teneur du plasma en ions Na+ et K+</p><p>joue un r�le important dans la formation de l�angiotensine II, que l�augmentation de Na+ r�duit et celle de K+ stimule. L�action de l�A. C. T. H.</p><p>et celle de C. R. F. sont moins sp�cifiques, en ce sens qu�elles conduisent � une augmentation de la synth�se et de la s�cr�tion de l�ensemble des corticost�ro�des hormonaux. Elles stimulent, en particulier, la s�cr�tion du cortisol, pour laquelle on a mis en �vidence l�existence d�un m�canisme autor�gulateur (r�troaction). Le cortisol r�git, en effet, la lib�ration du C. R. F. hypothalamique et, par l�, secondairement, celle de l�A. C. T. H. ant�hypophysaire, lesquelles sont �galement stimul�es par l�abaissement du taux plasmatique de ce cortico�de et inhib�es par son augmentation.</p><p>y Aspects physiopathologiques.</p><p>Comme dans tous les domaines de</p><p>l�endocrinologie, la m�decine a largement contribu� � la connaissance des fonctions corticosurr�nales. Un ensemble de tests biologiques permet aujourd�hui de contr�ler l��tat de ces fonctions ; les uns reposent sur le dosage des corticost�ro�des ou de leurs d�riv�s m�taboliques dans les humeurs, les autres sur l��tude de la r�ponse du cortex surr�nal � l�A. C. T. H. (test de Thorn) ou � des inhibiteurs de la synth�se hormonale (test de freinage � la dexam�thazone), ou sur celle du blocage de la s�cr�tion d�A. C. T. H. (test � la m�totyrone).</p><p>Insuffisance de fonctionnement du cortex surr�nal</p><p>L�hypocorticisme peut pr�senter des degr�s divers, dont le plus grave rel�ve de la destruction bilat�rale des glandes surr�nales au cours de la maladie d�Addison, due � une fonte tuberculeuse ou � l�atrophie scl�reuse de celles-ci.</p><p>Dans d�autres cas, une insuffisance corticosurr�nale secondaire peut �tre provoqu�e par d�faut de la s�cr�tion ant�hypophysaire d�A. C. T. H. ou survenir apr�s administration prolong�e de cortico�des. Il est essentiel dans les deux cas de d�celer sur lequel des groupes d�hormones porte la diminution de la s�cr�tion pour instituer une th�rapeutique.</p><p>La maladie d�Addison</p><p>C�est une insuffisance surr�nale lente, due � la baisse importante des s�cr�tions hormonales, provoqu�e par la destruction progressive et globale des deux glandes.</p><p>En 1853, on avait d�j� attribu� � une n�crose des glandes surr�nales une maladie qui entra�nait une grande fatigue et un teint bronz�. Mais c�est le m�decin anglais Th. Addison qui, en 1885, individualisa d�-</p><p>finitivement la maladie � laquelle il donna son nom, en en faisant une description clinique sur laquelle on n�est jamais revenu.</p><p>Causes</p><p>Toute destruction progressive des deux surr�nales touchant aussi bien la corticale que la m�dullaire entra�ne in�vitablement l�apparition de la maladie d�Addison.</p><p>La cause de loin la plus fr�quente est la tuberculose bilat�rale des surr�nales. Ce n�est cependant pas la seule. Les auteurs anglo-saxons signalent la fr�quence croissante d�une atrophie surr�nale simple, non tuberculeuse et � laquelle on ne trouve aucune cause dans l��tat actuel de nos connaissances. Tr�s rarement, une syphilis �volu�e, des m�tastases canc�reuses, des l�sions parasitaires, leuc�miques, une lymphogranulomatose* maligne, une d�g�n�rescence amylo�de sont les causes de l�insuffisance surr�nale. Signalons enfin les insuffisances surr�nales dites � fonctionnelles �, qui rel�vent d�une cause ne touchant pas directement les surr�nales : l�insuffisance hypophysaire (la surr�nale n�est plus stimul�e), le myxoed�me s�v�re</p><p>(v. thyro�de) qui retentit sur les surr�nales, un traitement cortisonique prolong� qui, mettant la surr�nale au repos, entra�ne l�atrophie de la glande et une insuffisance surr�nale � l�arr�t du traitement.</p><p>Sympt�mes</p><p>Le d�but de la maladie est lent et insidieux.</p><p>La premi�re manifestation est une fatigue profonde, une grande fatigabilit� � l�effort telles qu�au bout d�un certain temps d��volution de la maladie, et surtout pendant les crises aigu�s d�insuffisance surr�nale, le malade se trouve incapable d�effectuer les actes les plus �l�mentaires de l�existence et se trouve clou� au lit ou dans un fauteuil, bien qu�il n�y ait jamais de paralysie � proprement parler.</p><p>Cette fatigue est bient�t rattach�e � son origine par l�apparition de la m�lanodermie, qui est une coloration brun sale de la peau, plus ou moins fonc�e, pouvant donner � des sujets de race blanche l�aspect des mul�tres (d�o� le nom de � maladie bronz�e �). Elle atteint toute la surface du corps, mais d�bute et reste toujours pr�dominante sur les parties expos�es : visage, dos des mains, ainsi que sur les r�gions soumises au frottement. On remarque d�autre part sur les muqueuses et notamment � l�int�rieur des joues l�existence de</p><p>� plaques ardois�es �.</p><p>Par ailleurs, la tension art�rielle baisse, le pouls est faible, les bruits du coeur sont sourds. Le malade perd l�app�tit, pr�sente des troubles digestifs vari�s, des douleurs abdominales, des vomissements. Il maigrit, sa vie sexuelle r�gresse jusqu�� l�impuis-downloadModeText.vue.download 586 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10541</p><p>sance ou la frigidit�. Le caract�re se d�t�-</p><p>riore : irritabilit� ou apathie, d�pression, ralentissement des facult�s intellectuelles.</p><p>Au point de vue biologique, le malade est an�mique, hypoglyc�mique (baisse du sucre sanguin), il perd de l�eau et du sel par ses urines, o� on note la baisse tr�s importante du taux des st�ro�des* (produits de d�gradation des hormones surr�naliennes). Le test de Thorn est n�gatif, ce qui veut dire que la glande reste sans</p><p>r�ponse � une injection d�hormone corti-cotrope (A. C. T. H., v. hypophyse).</p><p>�volution et traitement</p><p>Avant la d�couverte de la cortisone, la maladie �voluait habituellement par pouss�es, qui traduisaient l�incapacit� o� se trouve l�organisme de r�pondre aux multiples agressions de l�existence, car les surr�nales s�cr�tent l�adr�naline, dite</p><p>� hormone du stress � et qui mobilise les r�serves de l�organisme face aux �preuves qu�il peut subir. Les crises addisoniennes �taient donc provoqu�es par tout facteur intercurrent dans la vie du malade : infection m�me b�nigne, traumatisme, intervention chirurgicale, simple extraction dentaire, �motion... Le malade mourait fr�-</p><p>quemment lors d�une de ces crises.</p><p>Cela ne devrait plus arriver de nos jours, o� le r�gime sal�, la th�rapeutique hormonale substitutive � base de cortisone et d�hydrocortisone � vie ont consid�rablement am�lior� le pronostic, donnant aux sujets qui en sont atteints une esp�rance de vie normale, � condition que le traitement soit �troitement surveill� et adapt� aux circonstances. Il sera par ailleurs utile au malade de porter sur lui une carte mentionnant la maladie et son traitement.</p><p>A. G.</p><p>Exc�s de fonctionnement</p><p>du cortex surr�nal</p><p>La maladie de Cushing est un type d�hy-perfonctionnement cortical portant sur la s�cr�tion de cortisol et de glucocortico�des, d� � une tumeur surr�nale ou � une hypertrophie du cortex surr�nal provoqu�e par la s�cr�tion d�un exc�s d�A. C. T. H. par l�ant�hypophyse. Elle se caract�rise par une ob�sit� localis�e � la face et au tronc, une atrophie des muscles, une asth�nie profonde et des troubles du m�tabolisme glucidique (hyperglyc�mie, glycosurie) souvent associ�s � un d�s�quilibre hydromin�-</p><p>ral avec r�tention sod�e.</p><p>Un syndrome surr�no-g�nital, au</p><p>cours duquel existe une hyperexcr�-</p><p>tion urinaire de 17-c�tost�ro�des, est observ� lorsqu�un trouble du m�tabolisme des cortico�des conduit � la biosynth�se d�un exc�s d�androg�nes corticaux. Ce syndrome, souvent d�</p><p>� l�existence d�une tumeur surr�nalienne, se caract�rise par l�existence d�un virilisme avec d�veloppement du syst�me pileux, voix masculine et des caract�res sexuels secondaires m�les.</p><p>Des hyperplasies cong�nitales sur-r�naliennes sont dues � des maladies, h�r�ditairement transmissibles selon les lois de la g�n�tique, comportant un d�faut du m�tabolisme des cortico�des provoquant une hypers�-</p><p>cr�tion permanente d�A. C. T. H. Ce d�faut consiste en l�absence d�une des enzymes participant � la biosynth�se hormonale : 21-hydrolase, 11 &#x3B2;-hydroxylase, 11 &#x3B1;-hydroxylase et 3 &#x3B2;-hydroxyst�ro�de-deshydrog�nase.</p><p>Enfin, il y a lieu de rappeler que l�action anti-inflammatoire non sp�cifique du cortisol de la cortisone et de d�riv�s synth�tiques voisins a rendu leur usage th�rapeutique irrempla�able dans de tr�s nombreux �tats pathologiques, entre autres dans les rhumatismes de diverses origines. (V. inflammation.) Le d�veloppement de la biochimie des hormones corticosurr�nales a incontestablement ouvert � la m�decine un champ d�action d�une exceptionnelle f�condit�. Il a permis d�identifier et de traiter des troubles localis�s � la s�cr�tion d�une seule des hormones du cortex, comme l�hyperaldost�ronisme, ou � celle d�un groupe de st�ro�des.</p><p>On a pu substituer � un diagnostic anatomo-clinique, n�cessairement peu sp�cifique, le diagnostic biologique d�un ensemble de troubles fonctionnels bien d�finis.</p><p>J. R.</p><p>Les grands m�decins</p><p>qui ont �tudi�</p><p>les surr�nales et</p><p>leurs s�cr�tions</p><p>Thomas Addison, m�decin anglais</p><p>(Long Benton, pr�s de Newcastle on Tyne, 1793 - Brighton 1860). Professeur de m�decine � Londres � partir de 1827, il d�crit l�insuffisance surr�nale lente, � laquelle on a donn� son nom, dans un ouvrage publi� en 1855 et intitul� Effets constitutionnels et locaux de la maladie des capsules surr�nales.</p><p>Philip Showalter Hench, m�decin am�ricain (Pittsburgh, 1896 - Ocho Rios, Jama�que, 1965). Il est avec E. C. Kendall � l�origine de l�emploi des corticost�ro�des en th�rapeutique humaine. Il a partag� le prix Nobel de physiologie et de m�decine en 1950</p><p>avec celui-ci et avec T. Reichstein.</p><p>Edward Calvin Kendall. V. ST�RO�DES.</p><p>Jokichi Takamine, physiologiste et biologiste japonais (Takaota 1854 -</p><p>New York 1922). Il isola le principe actif de la m�dullo-surr�nale parall�lement aux travaux du biochimiste am�ricain Thomas Bell Aldrich. Il en �tablit la formule en 1901 et lui donna le nom d�adr�naline. En 1904-05, le biochimiste am�ricain, d�origine britannique, Sir Henry Drysdale Dakin et le biochimiste allemand Friedrich Stolz devaient r�ussir la synth�se de l�adr�naline.</p><p>F Adr�naline / Endocrinologie / Hormone / St�-</p><p>ro�des.</p><p>A. C. Da Costa, le Cortex surr�nal. Les bases morpho-physiologiques de sa connaissance.</p><p>Son r�le dans la pathologie et la th�rapeutique (Masson, 1952). / S. Blondin, Chirurgie des surr�nales (Masson, 1965). / T. Symington, Functional Pathology of the Human Adrenal Gland (�dimbourg, 1969). / D. De Wied et A. W. M. Weijnen (sous la dir. de), Pituitary, Adrenal and the Brain (Amsterdam, 1970).</p><p>Chirurgie des surr�nales</p><p>LA TECHNIQUE CHIRURGICALE</p><p>y Voies d�abord. Profond�ment situ�es, dans l�abdomen, au contact des gros vaisseaux post�rieurs, aux confins thoraco-lombaires, les surr�nales sont d�abord chirurgical malais�, et de nombreuses voies ont �t� propos�es : la voie post�rieure, qui peut �tre trans- ou sous-diaphragmatique, les voies lat�rales ou post�rolat�rales, qui peuvent �tre extra- ou trans-pleurales ; enfin la voie ant�rieure transp�riton�ale, qui est actuellement la plus utilis�e et dont les avantages sont consid�rables : exploration des deux surr�nales, h�mostase, contr�le des gros vaisseaux, exploration de tout le contenu abdominal, r�alisation simple.</p><p>y Suites op�ratoires. Une insuffisance corticosurr�nale postop�ratoire est toujours � redouter : d�o� la r�gle, d�s le r�veil, de pratiquer une corticoth�rapie substitutive de plusieurs jours (cortisone ou hydrocortisone). La poursuite ult�rieure de ce traitement d�pend de l�acte op�ratoire r�alis� et de la maladie initiale.</p><p>TRAITEMENT DES DIFF�RENTS</p><p>SYNDROMES ANATOMO-CLINIQUES</p><p>y Les ph�ochromocytomes surr�naliens.</p><p>Ce sont des tumeurs s�cr�tant des cat�-</p><p>cholamines fonctionnellement actives (adr�naline, noradr�naline) et si�geant le plus souvent dans la m�dullo-surr�nale.</p><p>Le signe clinique principal est l�hypertension art�rielle paroxystique (25 p. 100 des cas) ou permanente (60 p. 100 des cas).</p><p>D�autres signes peuvent �tre r�v�lateurs : rougeurs, sueurs, anxi�t�, agitation, crises douloureuses abdomino-thoraciques, tachycardie, troubles psychiatriques. Le diagnostic repose sur le dosage biologique des cat�cholamines et de leurs m�tabolites urinaires. Il doit �tre compl�t� par diff�rentes explorations radiologiques : urographie intraveineuse, phl�bographie surr�nalienne, et surtout aortographie et art�riographie s�lective qui visualisent la tumeur surr�nalienne, ses localisations aberrantes �ventuelles, les m�tastases h�patiques possibles.</p><p>L�indication chirurgicale est formelle.</p><p>L�anesth�sie n�cessite des pr�cautions particuli�res, car des modifications brutales de tension art�rielle peuvent se produire au cours ou au d�cours de la surr�nalectomie (ablation de la surr�nale).</p><p>Il convient de plus pour l�op�rateur de ne pas m�conna�tre des foyers tumoraux extra-surr�naliens.</p><p>Le pronostic lointain d�pend de la nature b�nigne ou maligne de la tumeur extirp�e : la d�tection des m�tastases (poumon, foie, ganglions) est d�ailleurs le seul crit�re certain de malignit�.</p><p>y Le syndrome de Cushing. Il r�alise un hypercorticisme par hypers�cr�tion d�hormones cortisoliques du cortex surr�nalien.</p><p>Il est d� soit � une atteinte primaire de la surr�nale (tumeur b�nigne ou maligne), soit � une hyperplasie bilat�rale non tumorale des surr�nales, secondaire � une production anormale de corticotrophine hypophysaire d�origine inconnue, ou encore</p><p>� une tumeur maligne non surr�nalienne (poumon, thymus, pancr�as) produisant une substance � corticotrophinelike � (hypercorticisme paran�oplasique).</p><p>Cliniquement, le syndrome de Cushing se manifeste par une ob�sit� caract�ristique de la face et du tronc, une hypertension art�rielle, des troubles gyn�cologiques avec hirsutisme, des troubles caract�riels, une asth�nie.</p><p>Les examens biologiques affirment le diagnostic en montrant une augmentation du cortisol sanguin et des m�tabolites urinaires (17-OH et 17-c�to-st�ro�des).</p><p>Des tests dynamiques, des particularit�s cliniques et des explorations radiologiques (art�riographie s�lective, phl�bographie surr�nalienne, scintigraphie) permettent de pr�ciser l�origine tumorale ou hyperplasique.</p><p>Dans le premier cas, l�intervention chirurgicale s�impose ; la voie d�abord, l�importance de l�ex�r�se d�pendent de la nature b�nigne ou maligne de la tumeur surr�nalienne.</p><p>En cas d�hyperplasie bilat�rale (maladie de Cushing), les probl�mes th�rapeutiques sont complexes et l�on peut discuter l�hypophysectomie, la chimioth�rapie anti-cortisolique, les agents physiques � vis�e hypothalamo-hypophysaire ou surtout la surr�nalectomie totale bilat�rale, qui reste le traitement de base.</p><p>y Le syndrome de Conn. Il r�alise un hyperaldost�ronisme primaire. Il est d� � un ad�nome corticosurr�nalien b�nin, s�cr�tant.</p><p>Cliniquement, il est r�v�l� par une hypertension art�rielle associ�e � des manifestations biologiques tr�s caract�ristiques : potassium sanguin (kali�mie) inf�-</p><p>rieur � 3,9 mEq/1, potassium urinaire �lev�, sodium sanguin normal, alcalose m�tabolique (augmentation du CO2 plasmatique, alcalose urinaire).</p><p>L��limination des 17-c�to et 17-OH</p><p>est normale. L�hyperaldost�ronisme est affirm� par l�augmentation de l��limination urinaire de la t�trahydroaldost�rone (T. H. A.). La mise en �vidence de l�ad�-</p><p>nome responsable est difficile et b�n�fi-downloadModeText.vue.download 587 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10542</p><p>cie des opacifications d�j� cit�es : on peut associer � la phl�bographie surr�nalienne le dosage du sang veineux surr�nalien et parvenir ainsi � distinguer l�ad�nome de l�hyper-plasie.</p><p>Les probl�mes chirurgicaux sont complexes et varient selon l��tiologie de l�hyperaldost�ronisme.</p><p>y Les tumeurs non s�cr�tantes de la surr�-</p><p>nale. Elles sont tr�s rares : on oppose les tumeurs kystiques (kyste parasitaire, kyste vrai, pseudo-kyste h�matique) et les tumeurs solides (corticosurr�nalome malin, ad�nome b�nin).</p><p>R�v�l�es par des douleurs, des signes de compression des organes voisins, elles sont habituellement d�couvertes tardivement, en l�absence de contexte endocrinien, sous forme d�une volumineuse masse ferme, per�ue dans la r�gion lombaire. Des diff�rentes opacifications radiologiques, l�art�riographie est essentielle.</p><p>L�ex�r�se chirurgicale s�impose, mais le pronostic des l�sions malignes est redoutable.</p><p>y Les tumeurs surr�naliennes avec syndromes masculinisants ou f�minisants. Les tumeurs f�minisantes se r�v�lent par une gyn�comastie (d�veloppement des seins chez l�homme) par exc�s d�oestrog�nes observ�e de fa�on constante, associ�e parfois � une perte de la libido, � une atrophie testiculaire, � une tumeur surr�nalienne palpable, � une augmentation de l�excr�tion urinaire des m�tabolites des oestrog�nes.</p><p>Ces syndromes sont dus � un ad�nome b�nin ou � un cancer surr�nalien. Le traitement en est chirurgical.</p><p>Les syndromes virilisants purs par tumeur sont rares.</p><p>y L�hypertension art�rielle essentielle.</p><p>Cette affection, tr�s r�pandue (v. hypertension), peut b�n�ficier dans certains cas de la chirurgie surr�nalienne en raison du r�le des hormones surr�naliennes dans les m�canismes r�gulateurs de la tension art�rielle et dans les r�sistances vasculaires p�riph�riques. En fait, on s�est orient� vers</p><p>des op�rations mixtes agissant � la fois sur les surr�nales et sur le sympathique (surr�-</p><p>nalectomie de r�duction bilat�rale et sympathectomie). L�indication de ces interventions n�est l�gitime qu�apr�s �chec d�un traitement m�dical bien conduit.</p><p>y Cancer du sein m�tastatique. Il est connu que le d�veloppement du cancer du sein avec m�tastase est en relation avec le taux de st�ro�des* f�minisants. Le but du traitement �tant de tarir la source des oestrog�nes dans l�organisme, la chirurgie surr�nalienne a sa place dans l�arsenal th�rapeutique de ce type de cancer m�tastas�, � c�t� de l�hypophysectomie, de la chimioth�rapie, et surtout � c�t� de la castration chirurgicale, qui reste la m�thode de base et qui doit toujours pr�c�der ou accompagner la surr�nalectomie bilat�-</p><p>rale. Apr�s ces interventions, l�hormonoth�rapie substitutive est indispensable.</p><p>Ph. de L.</p><p>surtension</p><p>�l�vation de tension, par rapport � la tension de service normal, pouvant exister entre deux parties �lectriques.</p><p>G�n�ralit�s</p><p>La connaissance des surtensions est de premi�re importance pour la d�termination correcte des isolations et, dans le cas des r�seaux, pour d�finir les caract�ristiques des disjoncteurs et le niveau d�isolement du mat�riel. On peut classer les surtensions de diff�-</p><p>rentes fa�ons :</p><p>� surtensions permanentes aux fr�-</p><p>quences industrielles dans les conditions normales d�exploitation, c�est-�-</p><p>dire n�exc�dant pas la tension la plus �lev�e � laquelle est soumis le mat�riel en r�gime permanent ;</p><p>� surtensions temporaires � fr�quence industrielle (fr�quence du r�seau ou fr�quence tr�s voisine) ;</p><p>� surtensions de manoeuvre ou surtensions internes ;</p><p>� surtensions atmosph�riques ou surtensions externes.</p><p>Ces deux derniers types de surtensions transitoires ont une amplitude �lev�e et une dur�e courte. (Une surtension transitoire est caract�ris�e par son amplitude, sa dur�e et sa forme d�onde.) La connaissance de l�amplitude des surtensions permet de resserrer les marges des divers niveaux de protection et de tenue du mat�riel. La fr�quence d�occurrence est une indication du risque de claquage des isolations et du nombre d�interventions des dispositifs de protection.</p><p>Le coefficient de surtension, appel� aussi coefficient de qualit�, est la caract�ristique essentielle d�un circuit oscillant : �tant la</p><p>capacit�, R la r�sistance ohmique, L le coefficient de self-induction de ce circuit et &#x3C9; la pulsation du courant qui le traverse. Ce coefficient est �gal au quotient des deux tensions U0 �tant la tension maximale dans le cas le plus g�n�ral et UN la tension nominale.</p><p>Surtensions permanentes</p><p>Pour �tudier les surtensions permanentes dues � la constitution du circuit, on se ram�ne toujours � un circuit r�sonnant LCR soit en s�rie, soit en parall�le, constitu� par une inductance LR et un condensateur C. En effet, tous les g�n�rateurs, machines tournantes, g�n�rateurs � haute fr�quence ou autres utilisent les propri�t�s de ces circuits : pour assurer un fonctionnement correct, il faut compenser la puissance r�active de la charge de fa�on que le g�n�rateur n�ait � fournir que la puissance active r�ellement utile.</p><p>Surtensions temporaires</p><p>� la fr�quence industrielle</p><p>On a une surtension dynamique pouvant durer plusieurs secondes et qui d�pend des conditions d�exploitation du r�seau, en particulier de l��tat du neutre par rapport � la terre.</p><p>Surtension aux bornes</p><p>des alternateurs en cas de</p><p>d�clenchement brusque d�une</p><p>charge</p><p>La force �lectromotrice interne des alternateurs est notablement plus �le-</p><p>v�e que la tension aux bornes du fait de leur r�actance synchrone. En cas de d�clenchement brusque d�une charge, la tension du r�seau tend vers la force �lectromotrice interne de l�alternateur.</p><p>La mont�e en vitesse de l�alternateur ainsi d�charg� peut aggraver la surtension, d�o� l�emploi de r�gulateurs de tension et de vitesse des alternateurs.</p><p>Cette surtension peut facilement atteindre un facteur 1,4.</p><p>Cas d�une ligne longue � vide.</p><p>Effet Ferranti</p><p>C�est un ph�nom�ne transitoire et ce n�est plus l�amplitude de la surtension qui est importante, mais la forme d�onde. Les surtensions sont dues � la r�sonance, la tension croissant lin�airement vers l�extr�mit� ouverte. En effet, aux fr�quences industrielles, LC&#x3C9; 2 est inf�rieur � 1, mais on trouvera toujours un harmonique d�ordre n pour lequel LC n2&#x3C9; 2 = 1. On a</p><p>Us �tant la tension � l�extr�mit� ouverte, Ue la tension � l�entr�e de la ligne, L l�inductance effective totale de la ligne et C la capacit� effective totale de la ligne. Le coefficient de surtension Q est de l�ordre de 1,05 pour une ligne de 300 km et de 1,16 pour une ligne de 500 km.</p><p>Mise � la terre d�une phase</p><p>Les deux autres phases subissent une surtension Sd donn�e approximativement par la formule :</p><p>X0 �tant la r�actance homopolaire, et Xd la r�actance directe du r�seau vue du point de d�faut.</p><p>Surtensions de manoeuvre</p><p>ou surtensions internes</p><p>engendr�es par les</p><p>disjoncteurs</p><p>Il s�agit dans ce cas de surtensions transitoires d�amplitude �lev�e et de courte dur�e. On admet de plus que ces surtensions sont des ondes � front</p><p>lent (hautes fr�quences plus ou moins amorties). Les surtensions internes les plus �lev�es se manifestent lors de coupures de fortes charges r�actives (bobine de r�actif), de charges des groupes de production, des transformateurs et des lignes � vide, des batteries de condensateurs sous tension (machines d�branch�es). La forme de l�onde de surtension d�pend du type de disjoncteur, de son emplacement, de la fr�-</p><p>quence propre du circuit, de la situation du neutre par rapport � la terre et du type de la charge coup�e. La dur�e des downloadModeText.vue.download 588 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10543</p><p>surtensions de manoeuvre est de l�ordre de une � quelques millisecondes.</p><p>Coupure de fortes charges</p><p>r�actives. Coupure de charges</p><p>des groupes de production et</p><p>coupure des transformateurs</p><p>Les surtensions qui se manifestent � ces occasions concernent la coupure de faibles courants inductifs. Elles sont provoqu�es par l�arrachement de courant, c�est-�-dire par la coupure anticip�e avant le passage au z�ro naturel du courant � fr�quence de service, du fait de l�instabilit� de l�arc � faible intensit�. Par exemple, dans un transformateur, � une valeur i0 du courant arrach� correspond une �nergie �lectromagn�tique accumul�e dans la</p><p>r�actance, et une oscillation LC qui se traduit par une surtension d�amplitude aux bornes du transformateur.</p><p>La quantit� est l�imp�dance ca-</p><p>ract�ristique du circuit coup�. Le coef-</p><p>ficient de surtension est au plus �gal � 2, si la coupure se fait au passage � z�ro ; sinon, il est beaucoup plus �lev�.</p><p>Coupure des lignes � vide</p><p>Le ph�nom�ne est diff�rent puisqu�il s�agit d�un r�amor�age du disjoncteur qui produit des oscillations de tension sensibles, essentiellement c�t� ligne.</p><p>La surtension est donn�e par l�oscillation propre de la ligne ouverte � ses deux extr�mit�s. Elle peut atteindre 3 fois la valeur de la tension de cr�te pr�existante entre phase et terre. Les valeurs des surtensions ainsi obtenues sont sup�rieures aux pr�c�dentes.</p><p>Coupure d�une batterie de</p><p>condensateurs sous tension</p><p>(machines d�branch�es)</p><p>La surtension aux bornes d�un condensateur est extr�mement importante, car elle influe sensiblement sur la temp�rature du di�lectrique, donc sur la rigidit� di�lectrique, qui d�cro�t. Dans ce cas, la surtension agit autant par sa dur�e que par son amplitude. Lorsqu�on s�pare une batterie de condensateurs d�un r�seau, celle-ci conserve g�n�ralement une charge r�siduelle qui ne se dissipe que lentement.</p><p>Mise sous tension brusque</p><p>des lignes</p><p>On a alors le ph�nom�ne du r�amor-</p><p>�age des disjoncteurs. Le circuit �tant au repos, on lui applique une tension qui d�termine, une fois le r�gime transitoire amorti, un r�gime forc�. On a superposition d�un r�gime transitoire de pulsation &#x3C9;&#x2032; au r�gime permanent du circuit oscillant ; l�intensit� i du courant transitoire a pour valeur �tant la pulsation du r�seau. La pulsation &#x3C9;&#x2032; du r�gime transitoire �tant tr�s sup�rieure � la pulsation &#x3C9; du r�seau, le courant i peut �tre tr�s grand. On suppose que la tension est maximale au moment o� l�on ferme l�interrupteur : ayant une surintensit�, on a automatiquement une surtension.</p><p>Surtensions externes ou</p><p>surtensions d�origine</p><p>atmosph�rique</p><p>Ces surtensions ont une amplitude �le-v�e (plus forte que celle des surtensions de manoeuvre). Elles peuvent atteindre le mat�riel �lectrique d�un poste � haute tension (HT) ou � moyenne tension (MT). Les surtensions externes se propagent sur les lignes a�riennes reli�es au poste soit directement jusqu�aux transformateurs, soit par des c�bles reli�s eux-m�mes aux transformateurs et aux disjoncteurs. Ce sont des ondes mobiles tr�s br�ves, de quelques dizaines de microsecondes, le coup de foudre direct �tant plus rare.</p><p>D�autre part, les isolants claquent pour des tensions d�autant plus �lev�es que la dur�e est plus courte.</p><p>Cas des disjoncteurs ouverts</p><p>Le mat�riel reli� � l�extr�mit� du c�ble pr�sente une admittance caract�ristique consid�r�e comme purement capacitive.</p><p>Coup de foudre</p><p>La foudre d�termine l�amor�age du r�-</p><p>gime libre du circuit, qui se superpose au r�gime forc� r�sultant de l�application de la tension. Si l�impulsion est br�ve, le circuit peut osciller durant un certain temps. Si cette impulsion est r�p�t�e � intervalles r�guliers convenables, l�oscillation peut se reproduire.</p><p>La foudre conduit � des d�faillances avec d�charge de longue dur�e. Un coup de foudre de faible intensit� se pr�sente sous la forme d�une succession de d�charges �tal�es dans un intervalle de temps sup�rieur � 1 000 &#x3BC;s.</p><p>On admet que la propagation de l�onde de foudre le long d�une ligne ferm�e r�pond � l��quation des cordes vibrantes : c�est une onde de choc.</p><p>E. D.</p><p>F Canalisation / Coupure (appareil de) / Distribution industrielle de l��lectricit� / Foudre /</p><p>Ligne �lectrique / Protection �lectrique / R�seau �lectrique.</p><p>Suse</p><p>F �LAM.</p><p>suspension</p><p>Ensemble de m�canismes �lastiques articul�s qui transmettent aux essieux le poids d�un v�hicule et servent � soustraire les occupants ainsi que le chargement aux chocs dus aux in�galit�s du chemin de roulement.</p><p>V�hicule automobile</p><p>Les �l�ments de suspension</p><p>Pour se garantir des chocs, on dispose de trois sortes d��l�ments d�in�gale efficacit� : le pneu, qui entoure la jante de la roue et qui est capable d�absorber, par d�formation �lastique, surtout s�il est gonfl� � basse pression, les petites in�galit�s de la route ; les si�ges, qui contiennent des ressorts multiples en fil d�acier et un rev�tement superficiel ca-pitonn� ; enfin les ressorts de suspension, qui forment la partie principale de l�ensemble, car la caisse, ainsi isol�e des roues et des essieux, assure � la fois le confort des occupants et l�am�lioration de la tenue de route aux grandes vitesses. � l�imitation de la pratique adopt�e pour la voiture hippomobile, les premiers ressorts employ�s �taient du type � lames et consistaient en un empilage de plusieurs lames cintr�es, de longueurs d�croissantes et r�unies en leur milieu par deux brides. La lame principale, ou lame ma�tresse, �tait enroul�e � chacune de ses extr�mit�s pour �tre clavet�e sur le ch�ssis. La variation de longueur des lames en fonction des flexions impos�es �tait assur�e par des articulations � jumelle. Le ressort � lames tend � s�effacer devant le ressort h�lico�dal, fabriqu� � partir d�une barre d�acier que l�on fa�onne, � chaud, par enroulement en forme d�h�lice. Cette forme de ressort ne n�cessite aucun entretien et elle se plie ais�ment � la r�alisation de suspensions modernes o� les roues sont ind�pendantes de la carrosserie. La barre de torsion est un cylindre en acier qui poss�de la propri�t� de tourner autour de son axe sous l�action d�un effort appliqu� � l�extr�-</p><p>mit� d�un bras de levier solidaire de la roue et li� � l�une des extr�mit�s de la barre, l�autre �tant fix�e par ancrage au ch�ssis. Enfin, le ressort pneumatique utilise l��lasticit� de l�air emprisonn� et comprim� dans un habitacle de forme appropri�e. Avec l�appoint d�huile sous pression, il est possible de</p><p>maintenir la carrosserie � une hauteur du sol ind�pendante de la charge support�e. C�est ce qu�on r�alise dans la suspension ol�opneumatique Citro�n.</p><p>Chacun des ressorts est constitu� d�une downloadModeText.vue.download 589 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10544</p><p>sph�re contenant de l�azote et dont le bas, plein d�huile, communique avec un cylindre dont le piston est li� au bras de roue. Lorsque cette roue se soul�ve, le piston refoule une colonne d�huile qui, par l�interm�diaire d�une membrane s�parant le liquide de l�azote, comprime le gaz dans sa sph�re. L�huile, �tant frein�e par des clapets en haut du cylindre, agit comme amortisseur.</p><p>Flexibilit� et assiette</p><p>Un ressort de suspension est caract�-</p><p>ris� par sa flexibilit�. Au repos, il prend une hauteur libre invariable. Lorsqu�on monte la partie suspendue, le ressort fl�chit et retrouve une autre position d��quilibre � une hauteur inf�rieure.</p><p>Cette d�flexion sous charge est proportionnelle au poids support�, et sa valeur d�pend de la flexibilit� du ressort, d�finie comme le rapport de la d�flexion au poids qui l�a motiv�e. Elle est constante, et la position d��quilibre prise par l�ensemble partie suspendue -</p><p>ressort de suspension constitue l�assiette du v�hicule. Cette partie suspendue subit une r�action �gale et oppos�e � la force qui a caus� la d�flexion du ressort, c�est-�-dire au poids support�.</p><p>� l�abord d�un cahot, la roue transmet une r�action additionnelle, inversement proportionnelle � la flexibilit�, ce qui tendrait � d�montrer que l�efficacit� d�une suspension est fonction directe de la flexibilit� et qu�� l�extr�me une flexibilit� infinie caract�riserait une suspension parfaite. Malheureusement, cette proposition ne serait v�rifi�e que si la surcharge due aux occupants ou au poids transport� �tait constante, ce qui n�est jamais le cas. Toute surcharge, en effet, impose une variation d�assiette d�autant plus importante que la flexibilit� est plus grande. � la limite, il serait impossible d�assurer le d�battement</p><p>de la suspension. D�autre part, � cette limitation g�om�trique de la valeur de la flexibilit� s�ajoute une limitation dynamique. Un v�hicule progressant rapidement ne peut tenir compte de la variation du profil de la route. En abordant une mont�e, la caisse a tendance � poursuivre sa course horizontalement en raison de son inertie. C�est au mouvement ascendant de la roue � qui, en comprimant le ressort de suspension, augmente la valeur de la r�action �</p><p>que la caisse parvient � se soulever, et cette action est d�autant plus faible que la flexibilit� est plus grande.</p><p>N�cessit� de l�amortissement</p><p>L�ensemble masse suspendue-ressort de suspension constitue un syst�me pendulaire, et ses oscillations sont les m�mes que celles d�un pendule.</p><p>�cart� de sa position d��quilibre, ce syst�me sera le si�ge d�un mouvement oscillatoire dont la p�riode est repr�-</p><p>sent�e par l�intervalle de temps s�parant deux passages successifs, dans le m�me sens, � la position d��quilibre.</p><p>Une suspension pr�sente la m�me</p><p>p�riode d�oscillation que celle d�un pendule simple dont la longueur serait �gale � la d�flexion statique du ressort. � partir de cette observation, il est possible de calculer les p�riodes du syst�me pendulaire en fonction de la d�flexion sous charge et d�utiliser ces r�sultats pour fixer la valeur optimale � donner � la d�flexion statique du ressort pour que les occupants ressentent une impression de confort. Les meilleures p�riodes sont comprises entre 0,5 et 1,1 s, ce qui correspond � une plage de d�flexions allant de 7 � 30 cm. Un autre probl�me se pr�sente ensuite : celui de l�amortissement des oscillations. Il est li� au ph�nom�ne de r�sonance. La suspension �tant assimilable � un oscillateur harmonique, il suffit que des impulsions se pr�sentent en rev�tant un caract�re d�fini de r�p�tition et de p�riodicit� pour que le syst�me se trouve soumis � un r�gime permanent d�oscillations entretenues, g�nantes pour les occupants du v�hicule. � l�extr�me, lorsque la p�riode de ces impulsions occasionnelles atteint la p�riode propre d�oscillation de la suspension, la r�sonance synchrone qui en r�sulte augmente exag�r�ment les am-</p><p>plitudes du mouvement oscillatoire, ce qui perturbe gravement la s�curit� de marche. Le rem�de consiste � absorber l��nergie accumul�e par l�oscillateur dans un appareil appel� amortisseur, fonctionnant par frottement et transformant le mouvement re�u en chaleur, qui se dissipe dans l�atmosph�re. Plusieurs m�thodes permettent de r�aliser pratiquement cet amortissement, mais, pour les voitures, le syst�me visqueux est maintenant g�n�ralis�. En principe, l�appareil se compose d�un cylindre, solidaire de l�essieu de la voiture, dans lequel se meut un piston reli� � la partie suspendue du v�hicule. Le cylindre est rempli d�huile, et l�al�sage du piston pr�sente un certain jeu, appel� dashpot et au droit duquel l�huile, refoul�e par le piston, se trouve lamin�e, la r�sistance visqueuse qui en r�sulte �tant proportionnelle � la vitesse du d�placement relatif cylindre-piston. Contrairement � l�amortissement solide employ� autrefois, cet appareil et ses d�riv�s ne pr�sentent pas de seuil de blocage, c�est-�-dire que, m�me �cart�s tr�s faiblement de leur position d��quilibre, ils tendent toujours � y revenir. De plus, en cas de sollicitations forc�es, il y a toujours une r�ponse, qui est maximale au moment de la r�sonance, lorsque les deux p�riodes, celle du syst�me oscillateur et celle de l�excitateur, sont en synchronisme. Le mouvement caus� par les sollicitations impos�es est caract�ris� par des amplitudes qui sont proportionnelles � leur importance, alors que l��nergie d�pens�e par l�amortisseur cro�t comme le carr� de ces amplitudes. Les amplitudes pertur-batrices ne peuvent cro�tre ind�finiment et l�appareil amortisseur peut toujours les contr�ler. L�amortisseur hydraulique est semblable � cet appareil, � la seule diff�rence pr�s que le dashpot est remplac� par des ajutages perc�s dans le piston et � travers lesquels l�huile est lamin�e. Le r�le de l�amortisseur est n�cessairement bivalent, en ce sens qu�il doit assurer �galement l�amortissement de la partie non suspendue, dont la roue forme le principal. Cette masse constitue un oscillateur m�canique � p�riodes courtes qui peut entrer en r�sonance sous l�action des impulsions dues aux cahots. Faute d�une action �nergique de l�amortisseur, suppl�ant � l�insuffisance du pouvoir absorbant</p><p>du pneumatique, les roues seraient, � grande vitesse, anim�es de ressauts qui viendraient perturber le guidage transversal du pneu par adh�rence au sol.</p><p>Toutefois, on peut absorber les mouvements verticaux du train roulant par un batteur compos� d�un cylindre accol� � la roue et contenant une masse m�tallique pesante suspendue � un ressort.</p><p>Par inertie, cette masse tend � rester immobile et le ressort prend appui sur elle pour ramener la roue au sol.</p><p>downloadModeText.vue.download 590 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10545</p><p>Flexibilit� variable et</p><p>correction d�assiette</p><p>La flexibilit� constante du ressort de suspension est un d�faut lorsque le v�-</p><p>hicule est appel� � subir des variations importantes de la charge. On y rem�die en imaginant des dessins de suspension o� la flexibilit� varie en raison inverse de la charge. Avec une suspension classique, la p�riode d�oscillation est proportionnelle � la racine carr�e de la charge. Avec une suspension � flexibilit� variable, elle est proportionnelle � la racine carr�e du produit de la charge par la flexibilit�, qui peut �tre une constante si la flexibilit� est inversement proportionnelle � la charge. C�est ce qu�on r�alise dans la suspension de l�ing�nieur fran�ais J. A. Gr�goire avec un syst�me compensateur constitu� de deux ressorts additionnels dont les effets s�ajoutent � celui du ressort principal. Au repos, l�action des ressorts compensateurs est nulle, mais, au fur et � mesure que la charge augmente, ils se tendent et durcissent progressivement la suspension, ce qui supprime la variation de l�assiette. Cependant, le taux de raidissement ne peut �tre augment� exag�r�ment, c�est-�-dire qu�il existe une limite � l�assouplissement des ressorts. On a parfois recours au correcteur d�assiette. En principe, la caisse suspendue transmet la charge par l�interm�diaire d�une console dont on peut faire varier verticalement la position par rapport au ch�ssis, ce qui compense l��crasement subi par le ressort. La manoeuvre de la console est</p><p>command�e par un moteur �lectrique, ce qui est assez compliqu�. Il est plus facile de r�aliser cette op�ration avec une suspension hydropneumatique o� la compensation se fait par modification des quantit�s de liquide contenues dans les blocs command�s par les d�-</p><p>battements des bras de suspension.</p><p>Balancier et essieu bris�</p><p>Lorsqu�on �carte de sa position d��quilibre la partie suspendue d�un v�hicule � deux essieux, la suspension amorce un mouvement complexe compos� d�un rebondissement vertical et d�oscillations angulaires autour du centre de gravit�. Appel� galop, ce mouvement complexe, qui pr�sente parfois une p�riode trop s�che pour �tre acceptable par les occupants, peut �tre contr�l� par une interconnexion � balancier, articul�e au niveau du centre de gravit� et reliant les suspensions avant et arri�re situ�es d�un m�me c�t� du ch�ssis. Ce sch�ma de base est utilis� sur la 2 CV</p><p>Citro�n, o� le bras de suspension portant la roue pivote autour d�une articulation solidaire du ch�ssis. � l�abord d�un obstacle, un syst�me de tringlerie entra�ne un ressort de suspension qui lui est li� et le fait travailler en compression, la d�tente se produisant d�s que l�obstacle est franchi. Dans le syst�me Hydrolastique, l�interconnexion est r�alis�e sous forme d�une liaison ol�opneumatique. Les suspensions � roues avant ind�pendantes sont utilis�es avec profit depuis de nombreuses ann�es. On a connu des difficult�s de tenue de route lorsqu�on s�est avis� de rendre les roues arri�re �galement ind�pendantes. En effet, l�action de d�vers, due � la sollicitation d�une force transversale qui tend � d�porter le v�hicule, est d�autant plus sensible que la distance du centre de gravit� � l�axe de d�vers est plus grande. Cette distance est minimale lorsque les deux trains sont li�s par des essieux rigides.</p><p>Elle augmente en cas de suspension � roues avant ind�pendantes, contraintes de rester parall�les � elles-m�mes, o� l�axe de d�vers s�incline pour passer par le centre de d�vers avant, qui est ramen� au sol. Pour �viter que le centre de d�vers arri�re ne s�abaisse de m�me, il faut recourir � des montages sp�ciaux comme l�essieu bris�,</p><p>qui est le plus usit�. Les bras oscillants s�articulent sur un centre d�oscillation situ� sous le diff�rentiel. Le guidage transversal est assur� par des tubes d�essieu, et le guidage longitudinal par des jambes de pouss�e. Ce montage donne une meilleure stabilit� dans les virages en raison d�une variation assez faible du carrossage et de la voie. On peut �galement utiliser un correcteur de d�vers sous forme d�une barre de torsion reliant les moyeux de roue d�un m�me train par l�interm�diaire de ses extr�mit�s renvoy�es � l��querre.</p><p>J. B.</p><p>V�hicule ferroviaire</p><p>Aspect g�n�ral</p><p>Un v�hicule ferroviaire comprend une suspension verticale, par l�interm�-</p><p>diaire de laquelle son poids est r�parti sur les essieux, et une suspension transversale lorsqu�il existe un rappel �lastique entre la caisse et les organes de roulement. La suspension verticale a pour but d�absorber les variations de niveau impos�es par les rails aux essieux et de les communiquer � la partie suspendue du v�hicule. Elle permet aussi d��viter les variations de charge importantes de l�essieu sur la voie, en limitant la masse en contact direct avec le rail, et de r�duire les contraintes dynamiques subies par la voie au passage des v�hicules. La suspension transversale permet de soustraire la caisse du v�hicule aux mouvements transversaux des organes de roulement, en particulier au lacet des essieux dans la voie.</p><p>En outre, elle limite les efforts dynamiques transversaux exerc�s sur la voie en r�duisant la masse en contact direct avec les organes de roulement, qui servent aussi au guidage des v�hicules.</p><p>LA SUSPENSION VERTICALE</p><p>Elle fut longtemps tr�s simple et constitu�e d�un ressort � lames dispos� au-dessus de chaque bo�te d�essieu.</p><p>Cette disposition est encore tr�s r�pandue sur le mat�riel ne comportant pas de bogies. Avec ceux-ci, la suspension fut d�abord plac�e entre les essieux et le ch�ssis du bogie, sur lequel la</p><p>caisse reposait directement par l�interm�diaire d�un pivot. Puis un second �tage de suspension et un dispositif de rappel transversal furent introduits entre la caisse et le ch�ssis du bogie.</p><p>La plus grande part du mat�riel actuel � bogies comporte ainsi deux �tages de suspension verticale et une suspension transversale.</p><p>y La suspension primaire des bogies est souvent constitu�e par des ressorts en h�lice, plus l�gers et moins encombrants que les ressorts en lames, ou par une combinaison des deux. Les ressorts peuvent �tre dispos�s de part et d�autre de la bo�te d�essieu (suspension individuelle) ou sur des balanciers r�unissant les bo�tes d�essieu d�un m�me c�t� du bogie (suspension �quilibr�e, balanc�e ou compens�e).</p><p>downloadModeText.vue.download 591 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10546</p><p>Certains bogies utilisent des �l�ments en caoutchouc ou des ressorts mixtes (acier et caoutchouc).</p><p>y La suspension secondaire peut aussi comporter des ressorts � lames, des ressorts en h�lice ou des �l�ments de caoutchouc, mais �galement des ressorts pneumatiques constitu�s d�une enceinte contenant de l�air sous pression.</p><p>LA SUSPENSION TRANSVERSALE</p><p>Toujours dispos�e entre la caisse et le ch�ssis de bogie, elle consiste en un dispositif de rappel �lastique tendant � ramener les axes longitudinaux du bogie et de la caisse dans un m�me plan vertical. Ce rappel peut �tre obtenu naturellement par l�interm�diaire de la gravit�. Les suspensions transversales sont des suspensions pendulaires, r�alis�es au moyen de bielles pendulaires ou de plans inclin�s, dans lesquelles un d�saxement de la caisse se traduit par une force de rappel �gale � une composante horizontale du poids. Les dispositions pendulaires ont l�avantage de pr�senter des caract�ristiques �lastiques constantes et ne n�cessitant pas de r�glages. Elles sont tr�s r�pandues</p><p>sur le mat�riel, mais leur amortissement interne est souvent important en raison des frottements accompagnant le d�placement relatif des organes de liaison. Pour cette raison, le mat�riel moderne est plus souvent �quip� de dispositifs �lastiques constitu�s de ressorts ou d��l�ments en caoutchouc travaillant au cisaillement, compl�t�s par un ou plusieurs amortisseurs visqueux. Le m�me organe �lastique peut quelquefois r�aliser simultan�ment la suspension verticale secondaire et le rappel transversal.</p><p>Caract�ristiques des suspensions Les caract�ristiques de la suspension verticale sont d�termin�es par la recherche d�un bon confort et le respect des tol�rances relatives � la hauteur des organes de choc et d�attelage des v�hicules. Pour les wagons, dont la diff�-</p><p>rence entre le poids � vide et le poids en charge est tr�s importante, c�est le respect des tol�rances pour la hauteur des organes de traction qui fixe les caract�ristiques des ressorts. Ces v�hicules n�ont qu�un �tage de suspension, dispos� sur chaque bogie, dont les caract�ristiques sont telles que la fr�quence propre d�un wagon est rarement inf�-</p><p>rieure � 2,5 Hz en pleine charge, pour atteindre 5 Hz � vide. Sur les voitures � voyageurs, o� les variations de charge sont peu importantes (20 p. 100), c�est la recherche d�un bon confort qui d�finit la suspension verticale. En g�n�ral, ces v�hicules poss�dent deux �tages de suspension, et la fr�quence basse r�sultant des caract�ristiques de ces deux �tages est comprise entre 1 et 1,3 Hz.</p><p>Ces valeurs sont difficiles � obtenir sur le mat�riel de banlieue, o� les variations de charge sont telles que l�assiette des v�hicules subirait des modifications incompatibles avec les tol�rances permises par la hauteur des attelages.</p><p>La suspension pneumatique permet de satisfaire ces deux crit�res en modifiant la pression � l�int�rieur des ressorts en fonction de la charge support�e, de telle sorte que la hauteur des ressorts reste constante. Sur les locomotives, o� la variation de poids est nulle et o� le confort peut �tre moins soign� que dans une voiture, la flexibilit� de la suspension primaire est souvent d�termin�e par les d�battements permis par</p><p>les organes de transmission du couple moteur. Sur les engins ne poss�dant que ce seul �tage, la fr�quence propre est g�n�ralement comprise entre 1,4 et 2 Hz. Lorsqu�il existe un second �tage, cette fr�quence peut �tre plus basse et le confort am�lior�.</p><p>La suspension verticale conditionne �galement le mouvement de roulis du v�hicule. Ce mouvement est coupl� avec le mouvement de ballant, qui r�sulte du d�placement relatif transversal entre caisse et bogie, et qui d�pend de la suspension transversale. D�une fa�on g�n�rale, la stabilit� d�une caisse est fonction de la valeur des fr�quences coupl�es r�sultant des mouvements de ballant et de roulis.</p><p>Ces fr�quences doivent �tre inf�rieures aux fr�quences de lacet des bogies, afin d��viter l�apparition de mouvements entretenus rapides, pr�judiciables au confort (mouvement de tamis). Les fr�-</p><p>quences caract�risant les mouvements transversaux des caisses des v�hicules sont g�n�ralement comprises entre 0,6 et 1,5 Hz. Tant verticalement que transversalement, les suspensions des v�hicules ferroviaires exigent un taux d�amortissement relativement faible (de 0,10 � 0,25).</p><p>Essai des suspensions</p><p>Les v�hicules ferroviaires peuvent �tre soumis � diff�rents essais permettant de conna�tre exp�rimentalement les param�tres caract�risant leurs suspensions. Des essais r�alis�s � poste fixe permettent de mesurer les caract�ristiques des ressorts, les fr�quences propres et les taux d�amortissement relatif � chaque mouvement fondamental. Des bancs d�essai permettent �galement de d�terminer la fonction de transfert du v�hicule tant verticalement que transversalement. Enfin, par des essais en ligne, au cours desquels sont enregistr�s de nombreux param�tres (d�placement, acc�l�ration), on appr�cie le confort des v�hicules. On en d�duit �galement les fonctions de transfert au moyen de m�thodes statistiques tenant compte de l��tat de la voie et des r�sultats enregistr�s.</p><p>Cl. M.</p><p>F Automobile / Ch�ssis / Tenue de route / Voiture / Wagon.</p><p>Sutzkever</p><p>ou Suzkever</p><p>(Abraham)</p><p>�crivain isra�lien d�expression yiddish (Smorgon, pr�s de Vilnious, 1913).</p><p>Sa famille, dont le lignage rabbi-nique est ancien, fut transplant�e lors de la Premi�re Guerre mondiale � Omsk, en Sib�rie. Les paysages sib�-</p><p>riens de l�enfance du po�te ne dispara�tront jamais de sa m�moire ni de son oeuvre. En 1920, � la mort du p�re, la famille revient � Smorgon, devenue polonaise, puis s��tablit � Wilno (ou Vilna, auj. Vilnious). Le jeune Abraham fr�quente d�abord une �cole traditionnelle, puis un lyc�e o� il �tudie l�h�breu et le polonais. Mais, d�s sa premi�re jeunesse, il commence � �crire. Au d�but des ann�es 1930, il se lie d�amiti� avec un groupe de po�tes et de peintres qui se donne le nom de</p><p>� Jeune Vilna � et qui devait jouer un grand r�le dans le d�veloppement de la po�sie yiddish moderne. Sutzkever, qui a publi� son premier po�me en 1933, donne son premier recueil de Po�mes en 1937 � Varsovie, puis le second, Sylvestre, en 1940 � Wilno, o� transpara�t d�j� une personnalit� originale.</p><p>En 1941, Wilno est occup�e par les Allemands. Enferm� avec sa famille dans le ghetto, Sutzkever participe � la r�sistance et aux mouvements de partisans. Toujours en danger de mort, plusieurs fois sauv� de l�ex�cution, il ne cesse d��crire des chants et des po�mes dont certains forment des sommets de la po�sie juive de ce temps. En 1943, � la veille de la liquidation du ghetto, il fait avec son groupe une sortie remarqu�e et rallie la brigade de partisans</p><p>� Vengeance � dans les bois autour du lac de Narotch. L�ann�e suivante, il est d�l�gu� au congr�s du Comit� juif antifasciste, r�uni � Moscou. De l�, il fait pour le monde entier le r�cit des massacres nazis dans le ghetto de Wilno. En 1946, il publie ses souvenirs de guerre et t�moigne au proc�s de Nuremberg, tandis que paraissent � New York ses Po�mes du ghetto. En 1946, il quitte l�Union sovi�tique et, apr�s un bref s�jour en Pologne, s��tablit �</p><p>Paris, o� il �crit notamment la Ville secr�te (1948), l�une de ses oeuvres les plus importantes, inspir�e par la lutte du ghetto de Wilno, moins description que sublimation po�tique. En 1947, il s�installe en Isra�l, � Tel-Aviv, et fonde en 1949 la revue litt�raire la Cha�ne d�or, �dit�e par la Histadrouth et qui est devenue la plus importante revue litt�raire yiddish du monde entier. Sutzkever ne cesse cependant d��crire : la Rue juive (1948), Sur un char de feu (1952), Sib�rie (illustr�e par Marc Chagall, 1953), Ode � la co-lombe (1955), Dans le d�sert du Sina� (1956), Oasis (1960), Terre spirituelle (1961). � l�occasion de son cinquantenaire, on a rassembl� en deux tomes son oeuvre po�tique pour les ann�es 1934-1962. Puis viennent les Lettres carr�es et prodiges (1968) et Visages m�rs (1970).</p><p>Dans la po�sie yiddish moderne,</p><p>Sutzkever occupe une place capitale.</p><p>C�est un po�te intellectuel, mais qui, en m�me temps, introduit dans la po�-</p><p>sie un nouvel ensemble d�images, un lexique nouveau qui composent une musicalit� nouvelle, dynamique fondamentale de sa vision et de sa perception po�tiques. T�moin de la vie du ghetto et des luttes des partisans, de la naissance de l��tat d�Isra�l et des guerres men�es pour son existence, l�oeuvre de Sutzkever est port�e par le noeud des tensions tragiques de son temps. Une s�rie de visions fondamentales, toute une gamme de symboles r�apparaissent dans son oeuvre sous un aspect toujours diff�rent : la Sib�rie, Wilno, J�rusalem, les ann�es d�enfance, les ghettos et les bois sont des centres autour desquels tourne sa cr�ation, non en rond mais downloadModeText.vue.download 592 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10547</p><p>en spirale. Sa po�tique est � la fois une et pourtant constamment renouvel�e.</p><p>L�entrelacs des images auditives et visuelles, le rythme du vers qui sait associer naturel et surprise, l�expression qui rel�ve � la fois de l��motion et de l�art, tout cela se m�le dans l�oeuvre de Sutzkever. Que son chant soit tragique, lyrique, contemplatif ou porteur</p><p>de destin, sur lui plane toujours, selon l�expression de S. Bickel, � la b�n�diction de la beaut� � : l� r�side le secret de son influence esth�tique et morale.</p><p>M. L.</p><p>Svevo (Italo)</p><p>Pseudonyme de ETTORE SCHMITZ, romancier italien (Trieste 1861 - Motta di Livenza 1928).</p><p>On s�est beaucoup interrog� sur le</p><p>� cas Svevo � : apr�s avoir souffert toute sa vie � jusqu�� douter de sa vocation litt�raire � du silence qui accueillit son oeuvre, le romancier triestin fut d�couvert in extremis par Joyce, lanc� � Paris par Val�ry Larbaud et Benjamin Cr�mieux, et du jour au lendemain c�l�bre en Europe bien avant d�avoir un public en Italie. La situation marginale de Trieste (qui d�pendait alors de l�Autriche) par rapport au reste de l�Italie contribua doublement � isoler Svevo de la soci�t� litt�raire de son temps : d�une part, en le coupant de l�actualit� sur laquelle cette soci�t� fondait ses valeurs et, d�autre part, en l�initiant � quelques-unes des exp�riences de pointe de la culture europ�enne, ne serait-ce que Freud et Joyce, que la plupart de ses confr�res italiens ignoreraient encore longtemps, certains m�me jusqu�au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. En outre, le polylinguisme de Svevo (le dialecte triestin, l�italien, l�allemand, qui fut la langue de ses �tudes, le fran�ais, celle de ses lectures, et plus tard l�anglais, celle de son activit� commerciale) ne le pr�disposait gu�re � l�acad�misme du bel �crire qui alors, en Italie, tenait trop souvent lieu d�esth�tique. Et les d�tracteurs de Svevo ne se priv�rent pas de reprocher � ses admirateurs �trangers de conna�tre aussi mal l�italien que Svevo lui-m�me, qui avait d�ailleurs conscience de cette lacune qu�il regretta longtemps de ne pouvoir combler par un s�jour en Toscane avant que la lecture de Freud lui r�v�l�t tout le parti qu�il pouvait en tirer. Enfin, l�esth�tique naturaliste des premiers romans de Svevo, parus en pleine vogue symboliste, put sembler � beaucoup fruste et d�pass�e.</p><p>Autant qu�� sa double origine ethnique (p�re juif allemand et m�re italienne), le pseudonyme de Svevo fait allusion � sa double formation linguistique et intellectuelle d�Italo-Allemand. Issu d�une riche famille commer�ante de la bourgeoisie isra�-</p><p>lite triestine, Svevo, comme ses fr�res Adolfo et Elio, est en effet envoy� faire des �tudes commerciales en Allemagne, dans le coll�ge de Segnitz, pr�s de W�rzburg. Il se d�couvre d�s ce moment-l� une vocation litt�raire et th��trale, qu�encourage son fr�re Elio.</p><p>Rentr� � Trieste � l��ge de dix-sept ans, il accepte n�anmoins d�entreprendre la carri�re commerciale � laquelle le destine son p�re, sans abandonner pour autant la lecture (classiques italiens, roman russe et fran�ais de la fin du XIXe s., Schopenhauer), et il �crit sa premi�re pi�ce de th��tre, rest�e inachev�e : Ariosto governatore.</p><p>La faillite de son p�re, en 1880, l�oblige � interrompre ses �tudes et � entrer comme employ� dans la succursale triestine de la banque Union de Vienne, o� il travaille jusqu�en 1899. La grise exp�rience de ces longues ann�es de banque est minutieusement transcrite dans son premier roman, Une vie (Una vita, 1892), publi� � compte d�auteur. L�accueil glacial fait � son livre l��branl� profond�ment. Il interrompt sa collaboration au quotidien triestin L�Indipendente, qui avait accueilli ses premiers articles de critique litt�raire, musicale et th��-</p><p>trale (Svevo, pendant la m�me p�riode, travaillait aussi � la r�daction du Piccolo, o� il d�pouillait, de nuit, la presse �trang�re). Il accepte, en 1893, en plus de son travail � la banque, un enseignement de correspondance commerciale en fran�ais et en allemand aupr�s de l�Institut Revoltella, o� il a �t� �lev�.</p><p>Quelques mois apr�s la mort de sa m�re (1895), il se fiance avec Livia Veneziani, fille unique d�un riche industriel en vernis sous-marins, et l��pouse en 1896. L�aisance mat�rielle lui redonne le loisir et le go�t d��crire. Mais son second roman, S�nilit� (Senilit�, 1898), est encore plus mal accueilli que le pr�-</p><p>c�dent. Renon�ant apparemment � la litt�rature (renon�ant en tout cas � publier), Svevo consacre � l��tude du violon le temps que lui laisse la conduite des affaires de son beau-p�re, pour le</p><p>compte duquel il effectue de fr�quents voyages � l��tranger, surtout en Allemagne et en Angleterre. Il prend des le�ons pour perfectionner son anglais.</p><p>Il a pour professeur James Joyce*, qui r�side � Trieste de 1904 � 1915 et y �crit Ulysse. Le personnage de Bloom (dans Ulysse) pr�sente de nombreuses analogies avec Italo Svevo, et la d�licieuse Livia Veneziani Svevo deviendra Anna Livia Plurabelle dans Finne-gans Wake. Joyce surtout, apr�s avoir lu et aim� ses deux premiers romans (en particulier Senilit�), encouragea vivement Svevo � poursuivre son oeuvre.</p><p>Celui-ci, f�t-ce par intermittences et en secret, n�avait, en fait, jamais cess� d��crire des pi�ces de th��tre, des nouvelles, des projets de romans et un journal. La lecture de Freud enfin, dont il d�couvrit les oeuvres dans les ann�es 1908-1912 et dont il traduisit en 1918</p><p>la Science des r�ves, l�engagea sur la voie de l�introspection analytique et fut ainsi d�cisive dans la gen�se de son chef-d�oeuvre, la Conscience de Zeno (La Coscienza di Zeno, 1923). Joyce, alors � Paris, parle du roman � Val�ry Larbaud et � Benjamin Cr�mieux,</p><p>qui d�cident de consacrer � Svevo un num�ro sp�cial de la revue le Navire d�argent (1926), et Zeno est traduit en fran�ais d�s 1928. Du c�t� italien, le premier article critique important est d� � Eugenio Montale, qui avait entendu parler de Svevo par le Triestin Roberto Bazlen. Avant de mourir, en 1928, dans un accident de voiture, Svevo avait projet� un nouveau roman, Le Memorie del vegliardo, qui aurait d� �tre la suite de Zeno. Ses nouvelles, ses essais et son th��tre ont �t� rassembl�s apr�s sa mort : le Bon Vieux et la belle enfant (La Novella del buon vecchio e della bella fanciulla e altri scritti, 1929), Corto viaggio sentimentale e altri racconti inediti (1949), Saggi e pagine sparse (1954), Com-medie (1960) ; ainsi que son journal de 1896 (l�ann�e de ses fian�ailles) : Diario per la fidanzata (1962), et sa correspondance : Epistolario (1967), o� sont particuli�rement nombreuses et int�ressantes les lettres � sa femme.</p><p>Si l��diteur ne s�y �tait pas oppos�, Svevo aurait voulu intituler son premier roman � Un inetto � (un incapable, un rat�). Et, en un certain sens, tous les h�ros de Svevo sont � la fois</p><p>des m�diocres et des victimes. Mais, alors que dans Una vita l��chec social et amoureux conduit Alfonso Nitti au suicide, dans Senilit� il est assum� par Emilio Brentani avec une d�lectation masochiste, et, dans La Coscienza di Zeno, Zeno Cosini d�couvre avec une stupeur amus�e tous les avantages qu�il peut y avoir � �tre un � homme sans qualit�s �. La m�me �volution se retrouve � travers les rapports que, dans chacun des romans, le h�ros entretient avec le personnage qui est en quelque sorte son double invers� : en se suicidant, Alfonso Nitti retourne contre lui-m�me la haine qu�il porte au fr�re de son inaccessible fianc�e ; pour se pr�munir contre les infid�lit�s de la volage Angiolina, Emilio Brentani ne trouve rien de mieux que de la pr�senter � son meilleur ami, avec qui elle s�empressera de le tromper ; tandis qu�un savoureux lapsus entra�ne Zeno derri�re un corbillard qui n�est pas celui de son beau-p�re Guido, lequel se tue par inadvertance apr�s deux feintes tentatives de suicide.</p><p>Una vita raconte, non sans lon-</p><p>gueurs, la passion malheureuse d�un employ� de banque pour la fille de son directeur. Le titre rappelle Maupassant, qui �tait alors, avec Flaubert, Daudet et Zola, un des auteurs pr�f�r�s de Svevo.</p><p>Senilit� oppose, d�une part, le personnage falot d�Emilio Brentani, petit employ� provincial r�vant de gloire litt�raire, � celui de son ami le sculpteur Stefano Balli, aussi pi�tre artiste qu�heureux amant ; d�autre part, la tr�s jeune ma�tresse du h�ros (et de quelques autres...), Angiolina (dont l��nigmatique spontan�it� animale pr�figure parfois le portrait proustien d�Odette Swann), � sa soeur, qui mourra d�amour (pour Balli) et de tuberculose.</p><p>La Coscienza di Zeno se pr�sente comme une auto-analyse visant �</p><p>contester le bien-fond� et l�efficacit� de la psychanalyse. D�o� le ton tr�s particulier du livre, partag� entre l�auto-ironie et la d�rision du discours freudien. D�o� surtout, � d�faut de toute v�ritable intrigue, l�incessant rebondissement d�une �criture fond�e sur le double jeu de cette double parodie. Au demeurant, le narrateur y traite</p><p>de tout et de rien, au fil d�une chronique maritale riche en paradoxes et en cocasseries ; notamment : apr�s avoir longtemps h�sit� entre des soeurs (Ada, Alberta, Augusla) qui semblent lui �tre destin�es par l�initiale de leur pr�nom (leur A r�pondant � son Z), Zeno finit par �pouser celle des trois qui lui plai-sait le moins et il faudra qu�il la trompe pour d�couvrir qu�il ne peut pas se passer d�elle. Mais ce n�est pas le moindre paradoxe du discours n�vrotique et infiniment retors de Zeno que de donner � lire les lois de l�inconscient qui le structure, lors m�me qu�il pr�tend le r�cuser � force de pr�tentions, d�esquives et de d�n�gations.</p><p>J.-M. G.</p><p>G. Debenedetti, Saggi critici, nuova serie (Milan, 1955 ; 2e �d., 1971) ; Il romanzo del novecento (Milan, 1971). / L. Veneziani Svevo, Vita di mio marito con altri inediti di Italo Svevo downloadModeText.vue.download 593 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10548</p><p>(Trieste, 1958). / G. Luli, Italo Svevo (Milan, 1961 ; 2e �d., Florence, 1967). / B. Maier, La per-sonalit� e l�opera di Italo Svevo (Milan, 1961 ; 2e �d., 1968). / G. Spagnoletti, � Italo Svevo � in Letteratura italiana, I contemporanei (Milan, 1963). / A. Borlenghi, Tradizione e novit� nelle esperienze narrative d�eccezione di Svevo e Pirandello (Milan, 1966). / M. David, La Psicanalisi nella cultura italiana (Turin, 1966) ; Letteratura e psicanalisi (Milan, 1967). / M. Forti, Svevo romanziere (Milan, 1966). / P. N. Furbank, Italo Svevo, the Man and the Writer (Londres, 1966).</p><p>/ R. Barilli, La linea Svevo-Pirandello (Milan, 1972). / M. Fusco, Italo Svevo. Conscience et r�alit� (Gallimard, 1973).</p><p>Swazis</p><p>Ethnie du Swaziland* et de la r�publique d�Afrique* du Sud. L�ethnie se d�signe par Ebantfu, Bakan, Gwane, peuple de Ngwane, Ngwane �tant</p><p>un nom royal. Les Swazis parlent le siswati.</p><p>La r�gion de plateaux qu�ils oc-</p><p>cupent est d�une grande vari�t� de climat, de v�g�tation et de sol, car c�est une zone de transition entre les hautes</p><p>et les basses terres c�ti�res.</p><p>Les Swazis sont environ 600 000, en majorit� cultivateurs. Bien qu�ils produisent suffisamment pour assurer leur subsistance, ils importent des c�r�ales d�Afrique du Sud et de Mozambique. Le coton, la canne � sucre et les fruits sont les principales cultures commerciales du Swaziland ; cependant aujourd�hui la moiti� des terres cultiv�es appartiennent � de grands fermiers europ�ens ou � des entreprises europ�ennes.</p><p>Autrefois, les Swazis n��levaient que des moutons et des ch�vres, mais les Blancs ont introduit les chevaux, les mules, les �nes, les porcs et les poulets.</p><p>Les Swazis pratiquent la chasse ; les terrains sont contr�l�s par les chefs, qui organisent les chasses collectives (�l�phant, lion, l�opard, antilope).</p><p>La division du travail est sexuelle : les hommes font la guerre et la chasse, et s�occupent du troupeau, tandis que les femmes entretiennent la maison, pilent le grain et vont chercher l�eau.</p><p>Cependant, hommes et femmes coo-</p><p>p�rent lors des travaux agricoles et pour la construction des cases.</p><p>L�unit� sociale de base est la</p><p>concession l�umuti. Elle comprend un chef l�umumzana, sa m�re, sa ou ses femmes, des fils mari�s avec leur famille. Elle s�organise selon un plan pr�cis : au centre un espace pour le b�tail, autour duquel sont dispos�es en arc la case principale et les cases d�habitation.</p><p>Lors du mariage, accompagn� de</p><p>danses, de jeux parodiques, la jeune fille est recouverte d�argile rouge pour symboliser la perte de la virginit�. Son rang d�termine l�importance du paiement en b�tail.</p><p>La famille patrilin�aire assure l��conomie et les obligations rituelles. Le clan patrilin�aire est exogame (sauf pour les Nkosis, sous-groupe des Swazis). Ses membres respectent les tabous envers la nourriture et les rituels associ�s � la naissance, au mariage et � la mort. Hommes et femmes sont divis�s en classes d��ge.</p><p>Les structures politiques traditionnelles subsistent. Le roi, l�ingwen-yama, et sa m�re l�indlovukati, sont au sommet de la hi�rarchie. Ils sont responsables de l�ordre et du respect de la loi, et se partagent le pouvoir �conomique. Deux conseils (liqoqo et libandla), compos�s d�aristocrates et de personnages influents, se r�unissent une fois par an.</p><p>Les Swazis croient en un dieu su-pr�me et en son messager. Ils vouent un culte aux anc�tres et associent le Soleil et la Lune � la destin�e humaine.</p><p>Les rois ont la r�putation d��tre de grands faiseurs de pluie.</p><p>J. C.</p><p>Swaziland</p><p>�tat de l�Afrique australe.</p><p>Le Swaziland est une enclave</p><p>de 17 363 km 2 entre la r�publique d�Afrique du Sud (Transvaal et Natal), � l�ouest et au sud, et le Mozambique, au nord et � l�est.</p><p>La g�ographie</p><p>Sur les pentes inf�rieures du Grand Escarpement, le Swaziland pr�sente dans sa moiti� occidentale un paysage de montagnes (atteignant 1 800 m d�altitude) et de hautes collines, tandis que vers l�est se d�veloppent des �tendues plus planes (vers 250 m d�altitude), basses surfaces nivelant la bordure du socle pr�cambrien et d�pression p�riph�rique domin�e par l�imposante cuesta des Lebombo Mountains, qui marque la fronti�re avec le Mozambique et le Zoulouland.</p><p>Les pr�cipitations, qui ont lieu en saison chaude (d�octobre � mars), varient entre 1 et 2 m sur les pentes du Grand Escarpement et sont seulement de 600 mm dans la d�pression p�riph�rique. La v�g�tation foresti�re originelle, qui couvrait jadis les parties montagneuses, a partout disparu, remplac�e par de vastes reboisements de pins et d�eucalyptus. Dans la partie orientale, la moins arros�e et la moins accident�e, l��levage extensif a</p><p>aussi fait reculer notablement le bush primitif.</p><p>La population d�passe 430 000 habitants, en majorit� Bantous de l�ethnie des Swazis*. Le taux d�accroissement annuel est estim� � 2,9 p. 100. La densit� moyenne est de l�ordre de 25 habitants au kilom�tre carr�. La population active comprend environ 50 000 salari�s, dont plus de la moiti� dans l�agriculture et moins du cinqui�me dans l�industrie. Il existe une �migration du travail, d�une dur�e variable vers la r�publique d�Afrique du Sud (environ 6 500 salari�s vers les mines et l�industrie).</p><p>Essentiellement rurale (taux d�urbanisation de 15 p. 100), cette population se r�partit en un grand nombre de villages et de hameaux. Les deux principales villes sont la capitale, Mbabane (14 600 hab.), situ�e dans la partie occidentale, la plus montagneuse, et Manzini (16 000 hab.), � peu pr�s au centre du pays.</p><p>Les Bantous pratiquent une agriculture traditionnelle, fond�e sur le mais, le millet et le sorgho, ainsi qu�un �levage bovin extensif, � l�origine d�une �rosion acc�l�r�e des sols, surtout dans la partie occidentale. Les cultures d�exportation sont pratiqu�es surtout dans de grandes concessions europ�ennes (accord�es pour la plupart � la fin du si�cle dernier) : canne � sucre (150 000 t de sucre), coton (10 000 t), agrumes et fruits tropicaux. La plupart de ces grandes exploitations agricoles sont localis�es sur des p�rim�tres d�irrigation l� o� les principales rivi�res d�bouchent de la zone montagneuse</p><p>� sur la Komati et la Black Umbeluzi (r�gion de Tshaneni et de Mhlume), sur le Great Usutu (r�gion de Big Bend), sur l�Ingwavuma (r�gion de Nsoko) �</p><p>ainsi qu�au sud-ouest de Manzini.</p><p>Le cheptel est estim� � 580 000 bovins, � 270 000 caprins, � 40 000 ovins et � 12 000 porcins.</p><p>Mais les principales richesses du pays sont les ressources mini�res : l�amiante (exploit� � Havelock, pr�s de la fronti�re du Transvaal, dans les montagnes du Nord-Ouest [40 000 t]), le fer (dont il existe des r�serves �</p><p>Ngwenya au nord-ouest de Mbabane</p><p>[1,5 Mt de m�tal contenu, en 1971]), le charbon (100 000 t) et le kaolin. On trouve aussi de l�or, du b�ryl, de la pyrophyllite et de l��tain.</p><p>L�industrialisation se limite � deux raffineries de sucre, � des conserveries de fruits et de viande, � une usine d��grenage du coton, � quelques manufactures de filature et de tissage, et � une usine de p�te � papier.</p><p>Le r�seau routier comprend</p><p>1 800 km. Une voie ferr�e relie la mine de Ngwenya au Mozambique (exportation vers le Japon par Maputo).</p><p>La balance commerciale est exc�-</p><p>dentaire, gr�ce principalement aux ventes de fer. La Grande-Bretagne, l�Afrique du Sud et le Japon sont les principaux clients du pays, dont l�Afrique du Sud est de loin le premier fournisseur et avec laquelle le Swaziland est li� par des accords commerciaux et mon�taires.</p><p>R. B.</p><p>L�histoire</p><p>L��tat et la nation swazis se sont form�s au XIXe s. Au cours des grandes migrations qui boulevers�rent l�Afrique orientale, des clans bantous, en particulier celui des Dlaminis, se r�fugi�rent dans le massif du Drakensberg. Les Dlaminis et consorts occup�rent la r�gion entre le Transvaal et le port de Louren�o Marques, au Mozambique.</p><p>Sous les r�gnes de Sobhuza Ier (1815-1836) et de Mswazi (1836-1868),</p><p>qui donna son nom au royaume, ils fusionn�rent avec les autochtones, accueillirent de nouveaux r�fugi�s, organis�rent une arm�e capable de se mesurer avec les Zoulous et pratiqu�rent une habile diplomatie. Ils s�efforc�rent, souvent par une politique matrimoniale, d�entretenir des relations amicales avec leurs voisins, s�alli�rent aux uns pour r�sister aux autres, combat-tirent les Zoulous aux c�t�s des Boers jusqu�� l�annexion du Transvaal par la Grande-Bretagne (1877). Mbandzeni, qui succ�da en 1874 � Mswazi, accorda trop innocemment des concessions aux Boers, qui finirent par menacer sa sou-</p><p>verainet�. Apr�s sa mort, en 1889, la reine r�gente r�clama vainement le protectorat britannique, qui ne fut obtenu qu�au lendemain de la guerre des Boers (1899-1902).</p><p>Le protectorat fut administr� par le Colonial Office. Celui-ci, escomptant toujours une entente avec l�Union sud-africaine, pratiqua un r�gime d�administration indirecte. Mais l�accord se r�v�la impossible apr�s l�accession au pouvoir des nationalistes (1948) et le d�veloppement d�une l�gislation downloadModeText.vue.download 594 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10549</p><p>d�apartheid. Le Swaziland re�ut alors en 1963 une Constitution qui cr�a un Conseil l�gislatif �lu. Il obtint l�autonomie interne avec la Constitution de 1967, puis l�ind�pendance, proclam�e par le roi Sobhuza II en septembre 1968. En 1973, celui-ci, s�arrogeant les pleins pouvoirs, suspend la Constitution et dissout les partis politiques. Il annonce la cr�ation d�une arm�e �quip�e et form�e par l�Afrique du Sud, dont par ailleurs d�pend largement le pays.</p><p>H. B.</p><p>F Afrique du Sud.</p><p>H. Kuper, The Swazi (Londres, 1952). /</p><p>W. M. Hailey, Native Administration in the British African Territories, t. V : The High Commission Territories (Londres, 1953). / M. Wilson et L. Thompson, The Oxford History of South Africa (Oxford, 1964-1971 ; 2 vol.). / J. Halpern, South Africa�s Hostages : Basutoland, Bechua-naland and Swaziland (Harmondsworth, 1965).</p><p>Sweelinck</p><p>(Jan Pieterszoon)</p><p>Compositeur et organiste n�erlandais (Deventer 1562 - Amsterdam 1621).</p><p>J. P. Sweelinck est, avec J. Obrecht*, l�un des compositeurs les plus marquants des Pays-Bas et celui dont le rayonnement et l�autorit� s�impos�rent avec la plus grande rapidit� sa vie durant, m�me � l��tranger, bien qu�il n�ait</p><p>jamais quitt� son pays.</p><p>Il semble en effet certain au-</p><p>jourd�hui, contrairement aux all�gations fantaisistes de Mattheson, qu�il ne dut sa formation qu�� des ma�tres n�erlandais : en premier son p�re Pieter, organiste de l��glise Saint-Nicolas (Oude Kerk) d�Amsterdam, puis Jan Willemszoon Lossy, organiste � Haarlem. S�il connut l�enseignement de Zarlino (il l�appr�cia au point d��crire un trait� de composition d�apr�s ses th�ories), ce put fort bien �tre par ses seuls �crits, qui circulaient dans toute l�Europe occidentale, et surtout en Hollande, dont les �diteurs, du fait de leur intense activit�, avaient fait un centre de premi�re importance, un carrefour d�influences. D�une part, des manuscrits y affluaient, tant de provenance fran�aise (chansons et psaumes) que de provenance italienne (madri-gaux et tablatures) ; d�autre part, des musiciens s�y installaient, comme les organistes Peter Philips et John Bull, qui, tous deux, furent en relation avec Sweelinck et gr�ce � qui celui-ci put conna�tre l��cole d�orgue anglaise alors florissante.</p><p>En 1577, alors �g� de quinze ans, Sweelinck re�oit la charge d�organiste de l�Oude Kerk d�Amsterdam et la conservera jusqu�� sa mort (son fils Dirck [1591-1652], l�a�n� de, ses six enfants, lui succ�dera). � peine en poste, il voit, en 1578, son statut se modifier du fait de l�adoption par la ville d�Amsterdam de la religion calviniste.</p><p>N�ayant plus de r�le pour le service religieux, il donnera chaque jour dans son �glise des concerts publics qui contribueront � �tablir sa renomm�e de virtuose et de compositeur.</p><p>Son oeuvre rev�t trois aspects essentiels. Le premier aspect, c�est celui de continuateur de l�art des polyphonistes fran�ais et italiens qui s��taient illustr�s dans la chanson fran�aise et dans le madrigal. Respectueux de cet h�ritage, Sweelinck oeuvre avec finesse et distinction dans ce domaine, s�orien-tant toutefois de pr�f�rence (sauf dans son recueil de Rimes fran�aises et italiennes, � deux et trois voix, de 1612), comme ses contemporains Las-sus et Palestrina par exemple, vers un effectif choral de plus de quatre voix</p><p>(le plus souvent cinq, comme dans le madrigal).</p><p>Dans cette m�me optique, il rev�t d�une musique de quatre � huit voix les 153 psaumes fran�ais du psautier de l��glise r�form�e (quatre livres publi�s en 1604).</p><p>Il est plus novateur � c�est le</p><p>deuxi�me aspect de sa production �</p><p>quand, � la fin de sa vie, en 1619, il �crit ses Cantiones sacrae, trente-sept motets latins � cinq voix, en y adjoignant une basse continue � l�instar des Italiens.</p><p>Le troisi�me aspect de son activit�, c�est celui de pionnier dans le domaine de l��criture pour clavier (orgue et clavecin). S�inspirant sans doute de l�art des virginalistes anglais, notamment dans ses variations (Ma jeune vie a une fin ; Est-ce mars ?), et de celui des Italiens auteurs de ricercari et de toccate, Sweelinck r�alise une admirable synth�se de ces apports diff�rents et annonce v�ritablement une �re nouvelle en �laborant une technique de composition et une science du d�veloppement qui permettent de structurer des pi�ces d�ample dimension. Ses fantaisies sur un seul th�me ouvrent la voie � la fugue. Ses fantaisies en �cho connaissent un grand succ�s, ainsi que ses commentaires de chorals.</p><p>Sa renomm�e de compositeur et de professeur d�orgue lui attire de nombreux �l�ves des Pays-Bas et d�Allemagne, dont, entre autres, Samuel Scheidt et Jakob Praetorius, gr�ce � qui son influence s�exercera sur l��cole du nord de l�Allemagne, aupr�s de laquelle Bach puisera bien des �l�ments de son langage.</p><p>B. G.</p><p>C. Van den Borren, les Origines de la musique de clavier dans les Pays-Bas jusque vers 1630 (Bruxelles et Leipzig, 1914). / B. Van den Sigtenhorst Meyer, Jan Sweelinck en zijn instrumentale muziek, t. I : De vocale muziek (La Haye, 1946).</p><p>Swift (Jonathan)</p><p>�crivain irlandais (Dublin 1667 - id.</p><p>1745).</p><p>� L�indignation ardente</p><p>ne peut plus d�chirer</p><p>son coeur. Va, voyageur,</p><p>et imite si tu le peux</p><p>quelqu�un qui se voua</p><p>enti�rement � la cause de</p><p>la libert�. �</p><p>Ces mots, grav�s selon la volont� du doyen Swift sur sa tombe en sa cath�drale de Saint-Patrick � Dublin, r�sonnent comme le dernier �cho de toute une vie pleinement et dangereusement v�cue, et qui ne sembla jamais combler tout � fait ce misanthrope altruiste. Alors qu�un ressort secret maintient toujours en train l�infatigable fourmi Defoe sur les pentes du sort contraire, l�aigle Swift vole haut et vigoureusement. Et son regard per-</p><p>�ant lui donne une image d�solante d�un monde, qui ne permettait le choix qu�entre � fou � et � coquin �. Aussi peu enthousiasmante que � l��tat se-rein et paisible d��tre un fou parmi les coquins � s�offrant � lui (A Tale of a Tub, sect. IX : � A Digression concerning Madness �). Il refuse cet �tat, comme il repousse le � spleen �, � qui n�attaque en g�n�ral que les riches, les paresseux, les sensuels �, lui opposant le seul rem�de connu de lui, � travailler rudement � (les Voyages de Gulliver, IV, VII). Il s�y trouve d�autant plus invit� que, priv� au d�part des atouts de titre et de fortune � ainsi qu�il l��crit � Pope �, il d�sire par ailleurs forcer le respect de ceux qui l�estiment.</p><p>La route s�annonce donc longue pour l��tudiant � la charge de son oncle Godwin et difficile pour le jeune homme intelligent et ambitieux contraint de servir de secr�taire, d�abord chez l�illustre sir William Temple, politicien, �crivain �l�gant et �picurien, essayiste distingu�, puis chez lord Berkeley.</p><p>Chez le premier, cependant, ardent d�fenseur des Anciens contre les Modernes, Swift fait son apprentissage des lettres. Il �crit la Bataille des livres (The Battle of the Books) et le Conte du tonneau (A Tale of a Tub), ridiculisant la suffisance des Modernes. Ces deux productions l�incitent � abandonner la po�sie avec de lourdes productions</p><p>dans le style pindarique, telle cette Ode to the Athenian Society. Malgr� le respect qu�il porte � sir William Temple (Ode to Sir William Temple) et en d�pit de l�estime qu�on lui t�moigne chez les Berkeley, o� il �crit M�ditation sur un manche � balai (M�ditation on a Broomstick) pour la ma�tresse des lieux, Swift r�ve d�un autre destin. Pour un jeune homme pauvre, une seule voie s�ouvre : celle qui conduit � l��tat eccl�siastique. Swift s�y engage � vingt-sept ans. Mais sa lente ascension dans la hi�rarchie ne se fera pas, comme il l�esp�rait, en Angleterre, mais en Irlande, o�, comme Spenser, il se sentira toujours un peu exil�. Sa carri�re religieuse ne s��loigne jamais beaucoup des chemins de la pol�mique (probl�me de l�extension � l��glise irlandaise de la � r�mission des annates � par exemple) et de la politique, o� il conduit une navigation p�rilleuse entre whigs et tories jusqu�en 1715. Au Discourse on the Contests... (1701), visant les tories, succ�de The Public Spirit of the Whigs (1714), contre les whigs. Dans l�intervalle se place la lutte de l��crivain pour le maintien du Test Act en Irlande (Letter... concerning the Sacramental Test, 1709) avec le fameux tract An Argument against abolishing Christiany in England, o� il prend � partie les � chr�tiens nomi-naux �, soucieux, avant tout, de leur int�r�t personnel, et les whigs, partisans de l�abrogation du Test Act. Swift collabore �galement avec les tories � la campagne pour la signature du trait� d�Utrecht avec la France, et son pamphlet The Conduct of the Allies p�se d�un grand poids sur l�opinion publique. Quand le minist�re tory chute, il se retrouve doyen de Saint-Patrick � Dublin. Il y engage alors le combat pour la cause de l�Irlande, r�duite � l�impuissance politique et �conomique. � l�id�e de � boycott � avant la lettre (Proposal for the Universal Use of Irish Manufactures, 1720) des produits anglais s�ajoutent les virulents pamphlets contre le gouvernement de Londres, tels les Lettres du drapier � ses � fr�res, amis, compatriotes... � et ce A Modest Proposal..., d�non�ant un v�ritable g�nocide du peuple irlandais, dont il affirme qu�il vaudrait mieux qu�il vende ses enfants comme viande downloadModeText.vue.download 595 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10550</p><p>de boucherie, leur �vitant ainsi � ... � cause de l�oppression des landlords, l�impossibilit� de payer des loyers sans argent ou commerce, le manque de nourriture �l�mentaire, avec ni toit ni v�tements pour les prot�ger des intemp�ries, et la perspective in�vitable de l�guer les m�mes ou de plus grandes mis�res � leur descendance pour toujours �.</p><p>� [...] Ma harpe fut</p><p>mont�e</p><p>Sans un seul mot</p><p>des traits de Cupidon,</p><p>Des prunelles assassines,</p><p>ou des coeurs qui</p><p>saignent.</p><p>D�estime et d�amiti�</p><p>poss�d�,</p><p>Je n�ai jamais admis</p><p>l�amour chez moi �</p><p>(To Stella, who collected and</p><p>transcribed his Verses, 1720).</p><p>Swift garde sans doute un souve-</p><p>nir amer de l��chec de sa premi�re et unique demande officielle en mariage.</p><p>� Varina �, alias miss Jane Waring, connue vers 1695, en refusant le jeune pr�tre aux maigres revenus, blesse son orgueil et le d�tourne � jamais des formes traditionnelles de l�Amour.</p><p>Il leur pr�f�re un commerce subtil et ambigu d�amiti� amoureuse. En particulier avec de toutes jeunes femmes, et intelligentes. On pense �videmment � Ruskin et � Rose La Touche, � Lewis Carroll et � Alice Liddell quand on �voque les relations de Swift avec ses deux Esther. � vingt-deux ans, chez sir William Temple, Swift rencontre la premi�re, Esther Johnson, de naissance myst�rieuse et �g�e alors de huit ans. Elle deviendra � Stella �. Peut-�tre aussi son �pouse secr�te en 1716. Dix-huit ans plus tard, le chanoine de Saint-Patrick, alors quadrag�naire, d�couvre</p><p>� Vanessa � et ses dix-neuf ans, Esther Vanhomrigh, fille d�un riche marchand hollandais. De Stella, il �crit dans son po�me � To Stella, visiting me in my</p><p>Sickness � (1720) : � Elle poss�dait plus d�esprit que n�en re�oit ordinairement son sexe. � Comme Lewis Carroll, il choisit un langage adapt� � sa jeunesse, dont on retrouve les marques affectueuses et famili�res dans Journal to Stella, qui r�unit sa correspondance avec la jeune fille durant son s�jour � Londres de 1710 � 1714. Le m�me ton et la m�me discr�tion avec des allusions compr�hensibles d�eux seuls impr�gnent ses lettres � Vanessa, et Cadenus and Vanessa exprime une fois encore le caract�re dominant d�une certaine jouissance c�r�brale dans la fr�quentation de celle qui doit � Pallas</p><p>� [...] les semences longtemps inconnues de la gent f�minine, / Principalement accord�es aux coeurs virils, / Les semences du savoir, du bon sens, de l�esprit �. Qu�on ne s�y trompe pas toutefois. L�apparente misogynie de Swift ne s�accompagne nullement de l�admiration du reste du monde.</p><p>� J��cris dans le noble but</p><p>d�instruire, d�am�liorer</p><p>le genre humain [...] �</p><p>(les Voyages de Gulliver, IV, XII).</p><p>Une passion d�vorante de r�formateur anime la plume de Swift, et nul n�y �chappe, ni femme, ni homme. Swift se fait le d�fenseur de la rectitude des moeurs religieuses et politiques, de la vie courante, ainsi que de l�hygi�ne physique et mentale des humains. Bien des fois avec duret�. Mais on n�extirpe jamais le mal sans quelque douleur.</p><p>Lettres, pamphlets, tracts, satires, po�-</p><p>sies ou romans luttent pour la Raison.</p><p>Avec la Raison. Sous l�all�gorie des trois fr�res de A Tale of a Tub appara�t la satire des �glises chr�tiennes, incapables de pr�server l�int�grit� de la religion, avec Peter, � un coquin �</p><p>et � un gredin �, avec Jack, dont il dit que � le z�le ne trouve jamais si grand ravissement que lorsque vous lui don-nez quelque chose � d�chirer �, et enfin avec Martin, le plus sage en d�finitive, quoique � extr�mement flegmatique et compos� �. Dans les � Digressions �</p><p>qui entrelardent ce Conte du tonneau se dessine aussi la critique du p�dantisme, th�me favori de Swift et objet de la Bataille des livres, �pop�e burlesque mettant en sc�ne la Critique �</p><p>t�te d�Ane, fille de l�Orgueil, �pouse de l�Ignorance, soeur de la versatile Opinion et m�re d�une longue lign�e, Bruit, Impudence, Ennui, Vanit�, Cat�gorique, P�dantisme et Mauvaises-Mani�res. Hom�re y malm�ne Sam Wesley et y d�cerv�le Perrault et Fontenelle. Swift ne manque aucune occasion de faire entendre la voix de la Raison. Il suffit parfois d�une M�ditation sur un manche � balai : � [...]</p><p>mais un balai, me direz-vous peut-�tre, repr�sente un arbre se tenant sur la t�te ; et s�il vous pla�t, comment d�fini-rez-vous l�homme, sinon une cr�ature � l�envers, ses instincts animaux dominant perp�tuellement sa raison, sa t�te l� o� ses talons devraient se trouver, se vautrant par terre [...]. � Voil� Swift et son lecteur pr�ts � passer dans l�univers cher � S. Butler ou � Carroll, l� o� l�exacte mesure de l�homme se prend � la jauge de la relativit�.</p><p>Avec les Voyages dans plusieurs nations �loign�es du monde par Lemuel Gulliver, d�abord chirurgien, puis capitaine de divers navires, on franchit le pas. L�ouvrage impressionna les plus grands esprits du temps � � commencer par le difficile Pope et, en France, Montesquieu, Voltaire ou Marivaux � pour finir, selon le processus habituel, comme Robinson Cru-soe, en classique pour enfants. Swift n�en r�vait pas autant en une �poque o� trois cents livres poussaient � d�-</p><p>noncer l�auteur des Lettres du drapier et o� la publication d�un tel ouvrage</p><p>� comme la plupart de ses �crits de combat, sauf A Proposal for Correcting... the English Tongue � relevait du plus strict et prudent anonymat. Les Voyages de Gulliver participent d�une veine litt�raire � laquelle appartiennent l�Utopia de Thomas More, Nova Atlantis de Bacon, Voyages au pays de la Lune et du Soleil de Cyrano de Bergerac et tant d�autres qui, sous couvert de pseudo-relations de voyages, cherchent � r�former l�homme. Ils connaissent un �norme succ�s. Chef-d�oeuvre de Swift, ils renferment l�essentiel de ses id�es et r�unissent la somme de son exp�rience sans illusions. De Lilliput, avec ses gens hauts � tout au plus de six pouces �, � Brobdingnag, avec ses autochtones aussi grands � qu�un clocher ordinaire �, et chez les Hou-</p><p>yhnhnms, o� les chevaux poss�dent raison et point les hommes (les Yahoos), en passant par Laputa, Balni-barbi, Luggnagg ou Glubbdubdrib, Gulliver, voyageur moyen, parfait sa connaissance de la cr�ature humaine et de ses folies. � c�t� de l�attaque des institutions anglaises, de la noblesse, des gouvernants, des querelles st�riles entre whigs et tories (� talons bas �</p><p>et � talons hauts �), entre les �glises (� gros-boutistes � et � petits-boutistes �) et des intrigues des courtisans, on per�oit dans cet ouvrage des r�sonances �tonnamment modernes. Dans son ardeur � perfectionner le monde, Swift n�oublie rien. Cela va du contr�le des naissances au r�gime sans sel et de l��tatisation de l��ducation des enfants � l��mancipation de la femme et � l�an-ticolonialisme. La d�nonciation des scandales politiques y acquiert valeur d�enseignement. Swift pr�ne le retour � la vie saine et r�gl�e, la d�mocratisation des emplois, la d�romantisation du mariage. Il d�nonce les lois faites pour accabler plut�t que pour d�fendre, la stupidit� de la science utilis�e sans discernement, les vices de l��conomie.</p><p>Il proclame sa haine du mensonge, du p�dantisme, des faux-semblants, et toute d�nonciation, par le talent de son auteur, contient, explicite ou implicite, le conseil raisonnable et le rem�de correspondants.</p><p>� Ils ha�ssent l�affectation</p><p>dans le langage et le style</p><p>pr�cieux, soit en vers</p><p>soit en prose [...] �</p><p>(les Voyages de Gulliver, I, VIII).</p><p>Le demi-exil de Swift n�emp�che</p><p>donc pas celui-ci de jouer un r�le actif dans la vie intellectuelle de son temps.</p><p>Avec l�irrascible Pope et quelques autres comp�res, John Gay, Thomas Parnell, John Arbuthnot, Swift fonde m�me le � Scriblerus Club �, en guerre contre toutes les formes du p�dantisme. Dans un tel combat, il ne peut, avec son caract�re, qu�adopter la satire pour forme et l�ironie pour arme.</p><p>Des oeuvres � la veine l�g�re et gaie, comme Mrs. Harris�s Petition (1701) ou The Predictions for the Year 1708...</p><p>by Isaac Bickerstaff, ou comiques sans arri�re-pens�es, comme Directions to</p><p>Servants, demeurent l�exception. A Modest Proposal, par contre, justifie le titre de � p�re de l�humour noir �</p><p>que Breton conf�re � Swift par le ton imperturbable et impersonnel avec lequel l�auteur expose son projet an-thropophage, donnant par contrecoup une extr�me acuit� au tragique de la situation d�sesp�r�e des Irlandais.</p><p>Les Voyages de Gulliver offrent �galement toutes les gammes de l�ironie, de la plus l�g�re � la plus tragique, et de la satire, de la plus directe � la plus �labor�e et la plus corrosive quand on aborde au pays des Houyhnhnms. Ici, plus de trace de l�ironie charmante de la premi�re partie du voyage. M�me l�humour particulier de Swift, aigu, ni c�r�bral ni sentimental, mais lucide et concret, c�de le pas � l�humour au vitriol, qui ne laisse qu�angoisse, larmes, cendres et, de la cr�ature humaine, � un horrible m�lange de chairs meurtries et d�os �.</p><p>Tout cela avec une langue et un style plut�t exceptionnels pour l��poque.</p><p>Clart�, phrases courtes, simplicit� presque aust�re les caract�risent. P�dagogue dans l��me, Swift sait exactement quoi dire et comment l��crire pour se faire comprendre de tous et se mettre � la port�e de n�importe qui, ce qui explique sans doute son succ�s aupr�s de la jeunesse. � Par exemple, si un chapelier vend une douzaine de chapeaux cinq shillings la pi�ce, ce qui fait un total de trois livres et re�oit le paiement downloadModeText.vue.download 596 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10551</p><p>en monnaie de Mr. Wood, il touche en r�alit� seulement la valeur de cinq shillings � (Premi�re Lettre du drapier aux boutiquiers, commer�ants, fermiers et petit peuple d�Irlande). Ainsi, par la gr�ce de Swift, un probl�me �conomique rebutant se r�duit � une donn�e de niveau �l�mentaire et s�impose le march� de dupes que constitue l�affaire Wood pour les Irlandais. Images, (image du v�tement pour la religion, que le testament [l��vangile] du p�re recommande � ses enfants de conserver intact dans A Tale of a Tub), comparaisons pr�cises et concr�tes, r�f�rence �</p><p>des objets familiers, mesures exactes (pieds et pouces), etc., donnent aux Voyages de Gulliver un v�ritable c�t� reportage et conf�rent � ses mondes imaginaires une vie fascinante et � sa le�on une port�e exemplaire. Swift y ajoute une touche po�tique quand il voit par exemple les dames de la cour de Brobdingnag faisant de la brise avec leurs �ventails � l�esquif de Lemuel ou bien les habitants de Laputa, l��le vo-lante, p�chant des oiseaux sur les bords de leur monde. Enfin intervient l�art de la langue, depuis le langage pu�ril, le</p><p>� petit langage �, jusqu�� la technique merveilleuse et les trouvailles linguistiques. Noms de pays et langues imaginaires �merveillent le lecteur, tandis que Lemuel, � quinbusflestrin �</p><p>ou � homme-montagne �, acharn� des langues �trang�res, nous r�gale de probl�mes de traductions et d�explications �tymologiques d�une l�g�ret� et d�un naturel miraculeux. Art et non artifice.</p><p>Extraordinaire manipulateur du langage, Swift n�en demeure pas moins en la mati�re un puriste sourcilleux.</p><p>Il s�institue critique et d�fenseur de la langue, et ce non seulement au travers d��crits comme A Proposal for Correcting... the English Tongue, Hints towards an Essay on Conversation, Complete Collection of Genteel and Ingenious Conversation, etc., mais �galement dans toute l�oeuvre. Son souci constant peut se d�finir ainsi : am�-</p><p>lioration du langage, gage de l�am�-</p><p>lioration des moeurs. Am�lioration de l�orthographe, apuration, surveillance du vocabulaire, des mots techniques et des mots nouveaux, pr�cision, clart�, prononciation correcte, et l�une de ses plus c�l�bres satires des impudents manipulateurs du langage et des p�dants se situe sans doute dans les Voyages de Gulliver lors de la visite de l�acad�mie de Lagado.</p><p>� [...] que tous les fid�les</p><p>casseront leurs oeufs par</p><p>le bout le plus commode</p><p>[...] �</p><p>(les Voyages de Gulliver, I, IV).</p><p>Il se r�v�le toujours difficile d�enfermer un homme comme Swift dans le cadre contraignant d�une d�finition �troite. Comme son grand-p�re, cler-</p><p>gyman sous Cromwell, on le sent du c�t� de l��glise �tablie, contre les catholiques ou contre les dissidents, qu�il traite sans sympathie (The Mechanical Operation of the Spirit).</p><p>Mais, si l�ordre dans l��tat s�impose, Swift pr�f�rerait aussi, � tout prendre, la tol�rance aux inutiles effusions de sang, consid�rant que chacun, apr�s tout, doit pouvoir penser ce qu�il veut.</p><p>En v�rit�, il ne se place ni parmi les mystiques, ni parmi les angoiss�s. Il ne craint pas la mort et parle en sceptique (Thoughts on Religion). La perspective de l�immortalit� sur terre � comme les infortun�s Struldburgs � lui fait horreur, et il ne la contrebalance m�me pas par l�esp�rance de l�immortalit� dans l�au-del�. Ni invoqu�, ni r�fut�, Dieu n�appara�t pas dans les Voyages de Gulliver, roman de l�Homme. Un Homme en qu�te de lui-m�me, qui ne se trouve que trop, en fin de compte, dans toute sa hideur, l��pouvantable vision des Yahoos ; celle-ci donne � Gulliver la phobie de la race humaine, de ses fonctions physiologiques et d�bouche chez Swift sur une v�ritable obsession � l�origine de ce qu�on appelle sa � vision excr�mentale � ; peu appr�ci�e de Thackeray ou de Macau-lay, cette vision atteint � son plus cru dans The Panegyric on Dean (1730) ou Lady�s Dressing Room, sans omettre la profusion de d�tails scatologiques dans la quatri�me partie des Voyages de Gulliver.</p><p>Swift dit et redit sans cesse, et sans �quivoque, sa haine de l�Homme. Trop peut-�tre pour que de cet exc�s m�me ne naisse quelque doute et qu�on ne nuance cette haine, se souvenant qu�il �crit � Pope en 1725 : � Je hais et je d�-</p><p>teste cet animal nomm� Homme, bien que j�aime de tout coeur Jean, Pierre, Thomas et autres. � La vision extr�me des Yahoos sonne sans doute comme un avertissement. Non comme une fin.</p><p>Elle ne peut faire oublier le personnage principal du roman, l�individu Lemuel Gulliver, d�brouillard, plein de bon sens, fondamentalement droit et bon, sain jusqu�� la moelle, d�une curiosit� universelle, pratique, mais ouvert � tout et ne d�daignant aucune le�on.</p><p>Comme son h�ros, Swift s�insurge contre � [...] un monde de difformit�s et de maladies du corps et de l�esprit</p><p>toutes engendr�es par l�orgueil [...] �.</p><p>Mais ne pourrait-on pas admettre que tout ce pessimisme et cette misanthropie ne refl�tent finalement qu�un amour trop lucide de l�humanit� et un espoir toujours renouvel� que celle-ci s�amende ?</p><p>D. S.-F.</p><p>J. M. Murry, Jonathan Swift, a Critical Biography (Londres, 1954 ; nouv. �d., New York, 1967). / I. Ehrenpreis, Swift, the Man, his Works and the Age (Cambridge, Mass., 1962-1967 ; 2 vol.). / P. Frederix, Swift, le v�ritable Gulliver (Hachette, 1964). / E. Tuveson (sous la dir. de), Swift, a Collection of Critical Essays (Englewood Cliffs, N. J., 1964). / B. Vickers (sous la dir. de), The World of J. Swift. Essays for the Tercente-nary (Oxford, 1968). / D. Donoghue, Jonathan Swift, a Critical Introduction (Londres, 1969). /</p><p>W. A. Speck, Swift (Londres, 1969). / J. R. Clark, Form and Frenzy in Swift�s � Tale of a Tub �</p><p>(Londres, 1970).</p><p>Dates et oeuvres</p><p>principales</p><p>1667 Na�t � Dublin (30 nov.).</p><p>1682 Entre au Trinity College aux frais de son oncle.</p><p>1686 Re�u bachelier.</p><p>1689 La r�volution le fait se r�fugier chez sa m�re, en Angleterre ; devient secr�taire de sir William Temple � Moor Park, pr�s de Farnham ; y rencontre Stella (Esther Johnson).</p><p>1692 Ode to the Athenian Society.</p><p>1695 Ordonn� pr�tre � Kilroot, pr�s de Belfast.</p><p>1696 Retour � Moor Park ; s�int�resse � la politique.</p><p>1698 Accompagne sir William Temple � Londres.</p><p>1699 Mort de Temple ; secr�taire de lord Berkeley en Irlande.</p><p>1700 Chanoine de Saint-Patrick � Dublin.</p><p>1701 Docteur en th�ologie ; A Discourse on the Contests and Dissensions between the</p><p>Nobles and Commons in Athens and Rome...</p><p>1702 En relation avec les whigs.</p><p>1704 A Tale of a Tub (�crit entre 1696 et 1699) ; The Battle of the Books (�crit vers 1697-98) ; The Mechanical Operation of the Spirit.</p><p>1707 Mission politique � Londres ; fait la connaissance de Vanessa (Esther Vanhomrigh).</p><p>1708 The Predictions for the Year 1708... by Isaac Bickerstaff, Esq. ; An Argument against abolishing Christianity in England ; The Sentiments of a Church of England Man...</p><p>1709 A Project for the Advancement of Religion... ; Hints towards an Essay on Conversation (publi� en 1763).</p><p>1710 Revient � Londres en mission politique ; r�dacteur (jusqu�en d�cembre 1711) � l�Examiner, hebdomadaire tory ; A M�ditation on a Broomstick ; premi�res lettres du Journal to Stella (poursuivi jusqu�en 1713 et publi� en 1784).</p><p>1711 The Conduct of the Allies.</p><p>1712 A Proposal for Correcting, improving and ascertaining the English Tongue.</p><p>1713 Doyen de Saint-Patrick ; fonde le Scriblerus Club avec John Arbuthnot, Thomas Parnell, John Gay et Alexander Pope.</p><p>1714 Retour en Irlande ; The Public Spirit of the Whigs.</p><p>1722 Affaire Wood.</p><p>1723 Mort de Vanessa.</p><p>1724 The Drapier�s Letters.</p><p>1726 Entrevues avec Walpole (Londres) ; Travels into Several Remote Nations of the World by Lemuel Gulliver, first a Surgeon, and then a Captain of Several Ships ; Cadenus and Vanessa (�crit en 1712).</p><p>1728 Mort de Stella ; A Short View of the State of Ireland (premier des vingt-trois tracts irlandais).</p><p>1729 A Modest Proposal...</p><p>1737 Gravement malade, commence � perdre la raison.</p><p>1738 Complete Collection of Genteel and Ingenious Conversation (commenc� vers 1731).</p><p>1742 D�clar� officiellement incapable ; apathie.</p><p>1745 Mort � Dublin. Directions to Servants.</p><p>1758 The History of the Four Last Years of the Queen.</p><p>1765 Thoughts on Religion.</p><p>Swinburne</p><p>(Algernon Charles)</p><p>Po�te et critique anglais (Londres 1837 - id. 1909).</p><p>Il vient d�une famille aristocratique, pieuse, classique. � treize ans, il �crit The Unhappy Revenge, une trag�die puis�e aux sombres sources du th��tre �lisab�thain et jacob�en. Pour des raisons obscures, il quitte Eton en 1857. �</p><p>Oxford, il ne reste que trois ans. Not� esprit dangereux, il pr�f�re partir de sa propre initiative (1860). D�j� se forme son image de marque : r�publicain, ath�e, nihiliste, tenant de l�� art pour l�art �. Si l�on y ajoute une vie dissolue, voici, apr�s Byron, un po�te bien propre � d�frayer la chronique, � incarner le personnage de l�ant�christ aux yeux des bien-pensants victoriens.</p><p>Sa po�sie, en effet, ne rappelle en rien l�art rassurant d�un Tennyson. Enfant spirituel de Shelley et de celui sur qui il donne une critique importante, William Blake (1868), comme eux, Swinburne se place d�embl�e dans le camp de la downloadModeText.vue.download 597 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10552</p><p>libert�. D�s 1857, il fr�quente les pr�-</p><p>rapha�lites D. G. Rossetti, W. Morris et E. Burne-Jones. D�ailleurs, Robert Williams Buchanan (1841-1901), lan-</p><p>�ant contre ceux-ci dans la Contemporary Review son c�l�bre � The Fleshly School of Poetry � (1871), s�attirera</p><p>de lui ce tr�s beau morceau de pol�-</p><p>mique litt�raire, Under the Microscope (1872). Swinburne admire des r�volutionnaires � G. Mazzini et W. S. Landor � T. Gautier, Baudelaire � � qui il rend l�hommage �l�giaque d�un de ses plus beaux po�mes, � Ave Atque Vale � (1867) dans Poems and Ballads, second s�ries (1878) � et le marquis de Sade.</p><p>Deux courants se partagent donc son oeuvre po�tique : un courant politique, vers lequel l�entra�ne l�exemple de son idole, Victor Hugo (Study of Victor Hugo, 1886), et, d�abord, le courant esth�tique, qui lui vaut les attaques de ce qu�il appelle, dans Notes on Poems and Reviews (1866) � ce ph�nix certifi�, la �vertu� des journalistes professionnels �. Swinburne dit : � L�art pour l�art d�abord et tout le reste viendra ensuite � (William Blake). Pour lui</p><p>� et si l�on excepte � The Triumph of Time � (1862), rappelant ses amours, classiques et d��ues, avec Jane Faulkner �, cela rev�t cette esp�ce de narcissisme pervers si pris� par les</p><p>� d�cadents � anglais. � Thalassius �</p><p>(1880) chante certes Beaut�, Amour.</p><p>Mais empreints de masochisme et de sadisme, d�ambigu�t� et de cruaut�.</p><p>En t�moignent encore The Queen</p><p>Mother, Rosamond (1860) et Chaste-lard (1865), qui forment une trilogie �rudite avec Bothwell (1874) et Marie Stuart (1881). �galement � A Ballad of Life �, � A Ballad of Death �, � Dolores �, � Anactoria �, quelques-unes des pi�ces de Poems and Ballads, qui fit scandale � sa parution en 1866. Il y plane cette philosophie sadienne d�un pessimisme cosmique, baignant d�j�, mais d�une fa�on plus subtile, Atalanta in Calydon (1865) sur le mo-d�le des trag�dies grecques � comme Erectheus (1876), d�ailleurs bien accueilli par la critique.</p><p>Il se trouve, cependant, que le</p><p>� jeune homme d�moniaque � �</p><p>comme le baptise John Ruskin dans sa lettre � C. E. Norton (28 janv. 1866)</p><p>�, dans la bonne tradition de ses fr�res sataniques en litt�rature, se dresse �galement contre les tyrans en g�n�ral et la monarchie en particulier. D�laissant le genre qui voit s��panouir son talent et qui produit ses plus belles fleurs �</p><p>m�me si v�n�neuses � de musique</p><p>des mots et de splendeur des images, il s�int�resse � l�Italie. Il s�engage dans les chemins arides de la po�sie politique. Apr�s A Song of Italy (1867) viennent Songs before Sunrise (1871), d�o� �mergent � Hertha �, � Genesis �</p><p>ou � Hymn of Man �, po�mes qui font appara�tre son antith�isme, sa conception de l�homme, roi de la cr�ation, avec sa libert� intrins�que � la nature.</p><p>En 1879, sous l�influence tr�s</p><p>d�cri�e d�un homme de loi, Walter Theodore Watts-Dunton (1832-1914), Swinburne rentre dans la � respectabilit� �, l�abstinence et embouche les trompettes de l�orthodoxie imp�rialiste (The Commonweal, a Song for Unionists, 1886 ; The Jubilee, 1887...). D�-</p><p>sormais, la note nostalgique impr�gne ses po�mes, tels � A Vision of Spring in Winter � (Poems and Ballads,</p><p>1878), � On the Cliff � (Songs of the Springtides, 1880), The Tale of Balen (1896), � To a Seamew � (Poems and Ballads, third series, 1889), tandis qu�il s�adonne de plus en plus � la critique litt�raire, domin�e par son Study of Shakespeare (1880). Mais, par la br�che ouverte, le vent de la lib�ration de l�art soufflant de France semait les graines de l�esth�tisme en Angleterre avant de repartir vers le continent influencer la litt�rature � fin de si�cle �.</p><p>D. S.-F.</p><p>R. L. Peters, The Crowns of Apollo : Swinburne�s Principles of Literature and Art (Detroit, 1965). / J. O. Fuller, Swinburne, a Critical Biography (Londres, 1968). / C. K. Hyder (sous la dir. de), Swinburne, the Critical Heritage (Londres, 1970).</p><p>swing</p><p>F JAZZ.</p><p>Sydney</p><p>V. d�Australie, capit. de la Nouvelle-Galles du Sud ; 2 717 000 hab.</p><p>Le d�veloppement</p><p>Sydney est la plus ancienne ville d�Australie : le c�l�bre capitaine Cook explora toute la c�te sud-est en 1770 ; l�Angleterre d�cida alors d�en prendre</p><p>possession et d�y installer une colonie p�nitentiaire : le premier convoi (the first fleet), comportant 200 marins et 700 for�ats (convicts), arriva � Botany Bay le 18 janvier 1788, mais le chef de l�exp�dition, le capitaine Arthur Phillip (1738-1814), pr�f�ra s��tablir dans une petite anse qu�il appela Sydney Cove, situ�e � l�int�rieur de la profonde baie ramifi�e de Port Jackson : le mouillage �tait excellent, et les ressources en eau potable �taient abondantes. La petite colonie, tr�s �loign�e de la m�re patrie, eut des d�buts difficiles, mais, d�s 1793, les premiers colons libres commenc�rent � d�barquer. Tandis que les pionniers s�enfon�aient vers l�int�rieur du pays et multipliaient les troupeaux de moutons introduits d�s 1797 par le capitaine John Macarthur, de nouveaux postes �taient cr��s sur la c�te australienne. Certains furent ensuite d�tach�s de Sydney et de la Nouvelle-Galles pour constituer de nouvelles colonies (la terre de Van Diemen, future Tas-manie, 1825 ; Australie-M�ridionale, 1834 ; Victoria, 1851 ; Queensland, 1859), mais Sydney conserva un r�le essentiel d�interm�diaire pour les relations avec le reste du monde. La ru�e vers l�or � partir de 1850 amena un afflux consid�rable d�immigrants, mais profita plus encore � Melbourne* qu�� Sydney. La ville continua, cependant, � s��tendre et connut une nouvelle impulsion lorsque la voie ferr�e franchit la Cordill�re australienne (1868) : le port concentra l�exportation des produits agricoles (bl�, laine) d�un vaste territoire. Son dynamisme lui permit de reprendre alors la premi�re place parmi les villes australiennes, devant Melbourne, et, � l�heure actuelle, l�agglom�ration de Sydney groupe � elle seule pr�s de 60 p. 100 de la population de la Nouvelle-Galles du Sud et plus de 20 p. 100 des habitants de toute l�Australie. Sydney est devenue une grande m�tropole parce qu�elle a �t� la premi�re fondation anglaise en Australie et parce que son port est remarquable ; par contre, l�arri�re-pays imm�diat est assez m�diocre au point de vue agricole : la plaine argileuse de Wianamatta n�est pas tr�s �tendue et est encadr�e de plateaux gr�seux peu fertiles.</p><p>L�espace urbain</p><p>Comme dans toutes les grandes villes australiennes, le centre des affaires (City) s�oppose aux quartiers industriels et r�sidentiels. La City de Sydney correspond exactement � la ville primitive, cr��e au fond de la Sydney Cove ; entre le port et le jardin botanique, une s�rie de rues parall�les, assez �troites et aujourd�hui fort embouteil-l�es, regroupent les grands magasins, les bureaux des soci�t�s, les banques, les cin�mas, les th��tres (Pitt Street, Elizabeth Street, George Street). Les b�timents administratifs sont surtout nombreux de part et d�autre de Macquarie Street et en bordure du jardin botanique. De l�autre c�t�, entre York Street et les installations portuaires (Darling Harbour), les entrep�ts se multiplient et les encombrements de camions succ�dent � ceux des voitures. Dans tout ce Central Business District, les gratte-ciel se sont multipli�s au cours des derni�res ann�es.</p><p>Le Skywalk a 200 m de haut. Toutes les activit�s tertiaires de Sydney ne peuvent �tre concentr�es dans la seule City ; c�est le cas, par exemple, des trois universit�s, University of Sydney, University of New South Wales, Macquarie University, install�es dans la p�riph�rie.</p><p>Les quartiers de r�sidence sont ex-tr�mement �tal�s. � proximit� de la City, l�habitat est assez dense : ainsi � Kingscross, � Newtown, � Redfern, etc. ; fr�quemment, des groupes de maisons mitoyennes assez m�diocres alternent avec des �tablissements industriels ; les immigrants r�cents (new Australians) sont nombreux dans ces secteurs, o� la r�novation urbaine se marque par l�apparition d�immeubles � appartements. Au-del� commence l�immense banlieue r�sidentielle, constitu�e essentiellement de petites maisons individuelles avec jardins.</p><p>Vers l�est, l�agglom�ration de Sydney s��tend jusqu�� la c�te avec les belles maisons de Darling Point ou de Double Bay et la plage anim�e de Bondi. Vers le sud, les quartiers r�sidentiels vont jusqu�� Botany Bay, au moins dans les secteurs non mar�cageux (Mascot, Ramsgate). Mais c�est vers le sud-ouest et l�ouest que les petites maisons ont couvert d��normes territoires, les</p><p>voies ferr�es et, plus r�cemment, les axes routiers ayant permis � la banlieue de s��tendre jusqu�� plus de 30 km du centre. C�est d�abord Enfield, Croy-don, Strathfield, Bankstown, puis Merrylands, Cabramatta, Seven Hills, Blacktown. Le vieux noyau urbain de Parramatta, � 23 km de la City, est aujourd�hui encercl� par la banlieue.</p><p>Vers le nord, de l�autre c�t� de la baie de Sydney, le d�veloppement des quartiers r�sidentiels a �t� facilit� par la multiplication des bateaux, les ferry-boats, qui desservent chaque �chan-crure de la baie, et par la construction de ponts : le c�l�bre pont de Sydney, achev� en 1932, s��l�ve � 50 m au-dessus de la mer et permet un intense trafic routier (huit voies) et ferroviaire ; deux autres ponts ont �t� construits plus en amont. L�habitat, qui devient tr�s dense � Saint Leonards, reste plus dilu� ensuite et va jusqu�� l�oc�an, pr�s de la plage de Manly. Ces quar-downloadModeText.vue.download 598 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10553</p><p>tiers r�sidentiels ont aujourd�hui leurs centres commerciaux autonomes, leurs supermarch�s.</p><p>Dans les quartiers p�riph�riques, un certain nombre de zones industrielles ont �t� d�limit�es ; ainsi, � l�ouest, le Cumberland City Council a r�serv� aux usines des aires � Bankstown, � Hurtsville, � Rockdale, � Meadow-bank, � West Ryde. Les industries sont tr�s vari�es : constructions m�caniques, textiles, alimentation, chimie, etc. Plus pr�s du centre, � Redfern, � Camperdown, les fabriques s��parpillent au milieu des maisons. Mais les plus grosses entreprises sont localis�es pr�s du port.</p><p>Le port</p><p>Les activit�s portuaires se localisent dans deux zones bien distinctes : le port de Sydney proprement dit comprend les installations de la baie, c�est-�-dire de Port Jackson, en aval du grand pont, et de Parramatta River, en amont. La Sydney Cove est aujourd�hui r�ser-</p><p>v�e aux paquebots (250 000 passagers d�outre-mer chaque ann�e) et aux ferry-boats (trafic local concentr� � Circular Quay). Les principaux docks de marchandises sont situ�s � l�ouest de la City : installations de Pyrmont avec centrale thermique et raffinerie de sucre, de Glebe Island avec, ses silos � grain d�une capacit� de 200 000 t, de Balmain avec le port charbonnier, une autre centrale �lectrique et le terre-plein pour conteneurs, qui a commenc� � fonctionner en 1969.</p><p>Le second port de Sydney est install� sur les rives de Botany Bay : c�est un port de pond�reux, surtout un port p�trolier (deux raffineries de p�trole ont �t� construites, l�une sur la rive nord [Matraville] et l�autre au sud, sur la presqu��le de Kurnell). Une grosse centrale thermique a �t� �difi�e � Bunnerong. Les terres mar�cageuses de la baie ont �galement �t� utilis�es pour �tendre l�a�roport international de Kingsford Smith.</p><p>Le port de Sydney a un trafic consid�rable : plus de 4 000 navires y ont charg� ou d�charg� 25,3 Mt en 1971-72, dont 7,5 Mt pour Botany Bay. Les importations sont nettement sup�-</p><p>rieures aux exportations (15 Mt contre 10) ; elles comportent le p�trole brut destin� aux raffineries de Botany Bay, des produits raffin�s pour Sydney m�me (8,5 Mt), des produits chimiques (0,8 Mt), du charbon (0,8 Mt), des engrais (0,4 Mt), du bois (0,5 Mt), du sucre brut (0,4 Mt), des machines...</p><p>Les exportations sont constitu�es par les c�r�ales (2 Mt), du charbon (2,4 Mt), des produits p�troliers raffin�s (2,1 Mt), de la laine (Sydney est le premier port lainier du monde).</p><p>Le commerce de cabotage repr�sente 5,6 Mt, dont 1,3 Mt de commerce avec les ports des autres �tats australiens.</p><p>Tout le reste du trafic se fait avec l��tranger, et Sydney est en relation avec le monde entier, en particulier avec l�Europe, les �tats-Unis, le Japon, l�Indon�sie et les producteurs de p�-</p><p>trole du Moyen-Orient. Il faut signaler le rapide d�veloppement du trafic des conteneurs (plus de 150 000 conteneurs, soit 2,4 Mt en 1971-72).</p><p>Ce dynamisme du port souligne bien l�importance croissante de Sydney, principale m�tropole du sud-ouest du Pacifique.</p><p>A. H. de L.</p><p>F Nouvelle-Galles du Sud.</p><p>syllogisme</p><p>Raisonnement par lequel, � partir de deux pr�misses contenant chacune deux termes dont l�un est commun, on �limine ce terme commun pour</p><p>conclure � un rapport n�cessaire entre les termes restants.</p><p>Les propositions A, E, I, O</p><p>Consid�rons, ind�pendamment de</p><p>leur v�rit�, les quatre propositions suivantes :</p><p>Tout athl�te est bronz�.</p><p>Aucun athl�te n�est bronz�.</p><p>Quelques athl�tes sont bronz�s.</p><p>Quelques athl�tes ne sont pas bronz�s.</p><p>Ces propositions ont en commun</p><p>d��tre cat�goriques, c�est-�-dire de ne contenir ni hypoth�se ni alternative. Elles diff�rent entre elles par leur forme (affirmative ou n�gative) et par leur quantit� (universelle ou particuli�re). On les d�signe par les lettres A, E, I, O, comme l�indique le tableau ci-contre.</p><p>Dans chacune d�entre elles, � ath-l�te � est le sujet (ce dont quelque chose est pr�diqu�) et � bronz� � est le pr�dicat. La distinction est donc fonctionnelle et ne d�pend nullement de ce que, dans ces exemples, le sujet est un substantif et le pr�dicat un adjectif.</p><p>Le symbolisme de la logique math�-</p><p>matique permet, en supposant que l�extension du sujet n�est pas vide, d��crire ce qui suit (v. calcul des pr�dicats) : A (&#x2200;x)(ax &#x2283; bx)</p><p>E (&#x2200;x)(ax &#x2283; ~ bx).</p><p>I (&#x2203;x)(ax &#x22C0; bx)</p><p>O (&#x2203;x)(ax &#x22C0; ~ bx).</p><p>Les propositions A et O, d�une part, E et I, d�autre part, sont telles que, si l�une est vraie, l�autre est fausse et r�ciproquement. On dit qu�elles sont en relation de contradiction. Les propositions A et E ne sont jamais vraies ensemble. Elles sont en relation de contrari�t�. Les propositions I et O ne sont jamais fausses ensemble. Elles sont en relation de subcontrari�t�.</p><p>Enfin, A implique I et E implique O.</p><p>Les couples A et I, d�une part, E et O, d�autre part, sont en relation de subalternation. Tout cela se r�sume par le carr� des oppositions.</p><p>Paraphrasons les quatre propositions et �crivons :</p><p>A Tous les a sont parmi quelques-uns des b.</p><p>E Tous les a sont exclus de tous les b.</p><p>I Quelques a sont parmi quelques-uns des b.</p><p>O Quelques a sont exclus de tous les b.</p><p>On peut �noncer alors les lois</p><p>suivantes.</p><p>(&#x3B1;) Dans A et E, propositions universelles, le sujet est universel.</p><p>(&#x3B2;) Dans I et O, propositions particuli�res, le sujet est particulier.</p><p>(&#x3B3;) Dans A et I, propositions affirmatives, le pr�dicat est particulier.</p><p>(&#x3B4;) Dans E et O, propositions n�gatives, le pr�dicat est universel.</p><p>Les figures du syllogisme</p><p>(cat�gorique)</p><p>Un syllogisme est constitu� par trois propositions dont chacune pr�diqu� cat�goriquement quelque chose d�un sujet. Les deux premi�res sont pos�es et constituent les pr�misses du syllogisme. La troisi�me est inf�r�e et constitue la conclusion (C) du syllogisme. Ind�pendamment de sa fonction sujet ou pr�dicat, chaque pr�misse doit contenir un terme commun, dit moyen terme (t). L�inf�rence se fait en �liminant t, de sorte que la conclusion est</p><p>form�e des deux termes non communs des pr�misses, dits termes extr�mes. Le terme extr�me qui est pr�dicat dans la conclusion est appel� le grand terme (g), et celui qui est sujet le petit terme (p). Enfin, par convention, la pr�misse � laquelle est emprunt� le grand terme est appel�e la majeure (M), et celle � laquelle est emprunt� le petit terme la mineure (m).</p><p>Comme le moyen terme figure dans les deux pr�misses et qu�il peut �tre soit sujet, soit pr�dicat dans chacune, on a quatre combinaisons, qui constituent les quatre figures du syllogisme (voir sch�ma ci-dessous).</p><p>Les modes du syllogisme</p><p>Chacune des trois propositions d�un syllogisme peut �tre d�une des formes A, E, I ou O, de sorte que chaque figure peut donner lieu � 43 = 64 r�alisations, dont chacune est appel�e un mode. Puisqu�il existe quatre figures, le nombre total des modes � consid�-</p><p>rer est donc 256. Il est toutefois �vident que tous les modes ne constituent pas des raisonnements valides. Par exemple :</p><p>M Les baleines sont des mammif�res A m Quelques animaux marins sont des baleines I</p><p>C Les animaux marins sont des baleines A</p><p>est un raisonnement incorrect. Le mode AIA n�est pas concluant : on ne saurait conclure universellement en pr�sence d�une pr�misse particuli�re.</p><p>downloadModeText.vue.download 599 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10554</p><p>Les cinq r�gles suivantes permettent d��liminer 52 des 64 combinaisons possibles pour une figure.</p><p>R�gle 1. Les deux pr�misses ne peuvent �tre n�gatives. Sont donc exclues les combinaisons de la forme EEX, EOX, OEX, OIX et OOX, soit 16 modes.</p><p>R�gle 2. Les deux pr�misses ne peuvent</p><p>�tre particuli�res. Sont donc exclues les combinaisons de la forme IIX, IOX, OIX et OOX d�j� exclues, soit 12 nouveaux modes.</p><p>R�gle 3. Si les deux pr�misses sont affirmatives, la conclusion ne peut �tre n�gative. Sont donc exclues les combinaisons AAE, AAO, AIE, AIO, IAE, IOA et IIE, IIO qui le sont d�j�, soit encore 6 modes.</p><p>R�gle 4. Si une pr�misse est n�gative, la conclusion ne peut �tre affirmative.</p><p>On exclut donc, parmi les modes restants qui se terminent par A ou I, tous ceux qui contiennent un E ou un O, soit 12 modes.</p><p>R�gle 5. Si une pr�misse est particuli�re, la conclusion ne peut �tre universelle. On exclut ainsi, dans ce qui reste encore, parmi les modes qui se terminent par A ou E, tous ceux qui contiennent un I ou un O, soit 6 modes.</p><p>Il reste donc finalement</p><p>64 � (16 + 12 + 6 + 12 + 6) = 64 � 5</p><p>2 = 12</p><p>modes, que nous num�rotons de 1 � 12</p><p>(tableau 1).</p><p>Le dernier pas consiste � �tudier, en fonction de la position des termes dans chaque figure, lesquels de ces 12</p><p>� candidats � sont valides. Pour cela, nous posons la loi g�n�rale suivante : le moyen terme doit �tre universel dans une des pr�misses au moins. On obtient les r�sultats du tableau ci-dessus en notant + les modes concluants, (+) les modes concluants mais impliqu�s par les pr�c�dents et � ceux qui ne le sont pas.</p><p>Montrons, sur l�exemple de la pre-mi�re figure, la fa�on de raisonner pour parvenir � ces r�sultats. Si m �tait n�gative, C le serait aussi (R�gle 4) et g serait universel (&#x3B4;). Donc, g serait universel dans M (d�finition de g) et M serait n�gative (&#x3B4;). Cela contredit la R�gle 1. Donc, m ne peut �tre que A ou I, ce qui �limine les modes 3, 5, 6</p><p>et 11. D�autre part, dans m, t est particulier (&#x3B3;). La loi g�n�rale impose qu�il soit universel dans M, o� il est sujet.</p><p>Donc, M ne peut �tre que A ou E (&#x3B1;), ce</p><p>qui �limine les modes 10 et 12. Enfin,</p><p>� tout p est g � implique � quelques p sont g � ; donc AAA implique AAI. D�une mani�re analogue, EAE implique EAO.</p><p>Les modes 2 et 8 sont superflus.</p><p>Pour des raisons mn�motechniques, la tradition a donn� un nom � chacun des 19 modes et les a arrang�s dans un ordre canonique. Le tableau 2 reproduit cette liste et fournit un �quivalent dans le symbolisme de la logique des pr�dicats.</p><p>L�adjonction d�une pr�misse sup-</p><p>pl�mentaire pour AAI et EAO r�sulte de ce que les Anciens n�utilisaient jamais une proposition de la forme � tous les a sont b � lorsque l�extension du terme a �tait vide, mais que l�expression (&#x2200;x) (ax &#x2283; bx) est trivialement vraie s�il n�existe pas de x tel que a.</p><p>Le sens des voyelles dans la no-</p><p>menclature est �vident. Quant aux consonnes, tout au moins � certaines d�entre elles, elles r�sultent de l�id�e que les modes de la premi�re figure sont imm�diatement fond�s et que ceux des autres figures se justifient en les y r�duisant. C�est ainsi que la consonne initiale est toujours celle du mode auquel peut se faire la r�duction : Darapti, Disamis, Datisi et Dimatis se r�duisent � Darii. La consonne � s � indique qu�il faut proc�der en permutant le sujet et le pr�dicat dans la proposition qui pr�-</p><p>c�de (conversion simpliciter). Ainsi Cesare se r�duit � Celarent en conver-tissant simplement sa majeure</p><p>(&#x2200;x)(gx &#x2283; ~ tx) en (&#x2200;x)(tx &#x2283; ~ gx).</p><p>La consonne � p � indique qu�il faut permuter le sujet et le pr�dicat de la proposition qui pr�c�de, et, dans le symbolisme moderne, changer le quan-tificateur et l�op�rateur (conversion per accidens). On passe ainsi de Darapti � Darii en transformant la mineure (&#x2200;x)(tx &#x2283; px) en (&#x2203;x)(px &#x22C0; tx).</p><p>La consonne � m � conduit � permuter les deux pr�misses (mutare), donc � prendre p pour g et r�ciproquement.</p><p>Ainsi passe-t-on de Dimatis � Darii.</p><p>La consonne � c � indique la n�cessit�</p><p>d�un raisonnement par l�absurde (per contradictionem). Ainsi, si Baroco n��tait pas valide, on aurait</p><p>~ (&#x2203;x)(px &#x22C0; ~ gx),</p><p>soit</p><p>(&#x2200;x)(px &#x2283; gx).</p><p>En pr�sence de la pr�misse qui n�est pas suivie d�un � c � ici, la majeure (&#x2200;x)(gx &#x2283; tx), et en appliquant Barbara (commence par � B �), on conclut � (&#x2200;x)(px &#x2283; tx), soit �</p><p>~ (&#x2203;x)(px &#x2227; ~ tx),</p><p>ce qui est incompatible avec la mineure. Les autres consonnes, enfin, n�ont pas de signification particuli�re.</p><p>J.-B. G.</p><p>F Aristote / Logique.</p><p>W. V. O. Quine, Elementary Logic (New York, 1941, nouv. �d. Cambridge, Mass., 1966 ; trad. fr. Logique �l�mentaire, A. Colin, 1972). /</p><p>A. Sesmat, Logique (Hermann, 1950-51 ; 2 vol.).</p><p>/ J. Dopp, Notions de logique formelle (Nauwe-laerts, Louvain, 1965).</p><p>sylviculture</p><p>Science qui a pour objet la culture et l�entretien des bois.</p><p>Le terme de foresterie a un sens sensiblement plus vaste : c�est l��tude de tout ce qui touche � la for�t. La sylviculture s�attache � pr�server et � am�-</p><p>liorer la croissance des arbres � tous les �ges, � leur permettre d�exercer au mieux leurs multiples fonctions protectrices ou productrices ; il s�agit en particulier souvent � mais non toujours</p><p>� de produire le volume le plus �lev� de bois de la meilleure qualit� possible.</p><p>Conserver en bon �tat, r�g�n�rer et faire produire, telle est la triple mission du sylviculteur.</p><p>G�n�ralit�s</p><p>On distingue plusieurs r�gimes : 1o la futaie, dans laquelle les arbres proviennent g�n�ralement de semis et downloadModeText.vue.download 600 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10555</p><p>qui peut �tre r�guli�re ou irr�guli�re (synonyme approximatif : jardin�e) ; 2o le taillis, terme qui d�signe aussi bien l�op�ration pratiqu�e que le peuplement trait�, les arbres provenant de rejets ou drageons (le taillis peut �tre simple [aspect uniforme] ou furet�</p><p>[perches de divers �ges] ; le taillis sart� est � ou plut�t, en France, �tait � un taillis combin� avec une culture agricole) ; 3o le taillis sous futaie, dans lequel, entre les plages de taillis, sont r�-</p><p>serv�s des sujets plus �g�s (baliveaux, modernes, anciens, bisanciens) ; 4o le pr�-bois, dans lequel arbres isol�s ou bouquets de futaie alternent avec le p�turage.</p><p>Le sylviculteur veille � la production du bois, mais de quel bois ? La rectitude des f�ts, leur cylindricit� plus ou moins marqu�e, la pr�sence ou l�absence de branches, le diam�tre de celles-ci... sont autant de facteurs que l�on constate ou sur lesquels il peut agir ; en faisant p�n�trer lumi�re, chaleur, pluie ou vent dans l�int�rieur du peuplement suivant des rythmes dont, par la coupe, il est ma�tre, le sylviculteur dispose de notables facteurs d�action, dans les limites, bien entendu, de certaines amplitudes impos�es par la nature ; � lui de supputer ces derni�res, � lui de les accro�tre ou de les r�duire en jouant ainsi sur les sous-�tages et sur les essences d�accompagnement.</p><p>R�g�n�ration (ou rajeunissement) En dehors du cas du taillis, la r�g�n�ration se fait souvent par voie naturelle : ensemencement par des porte-graines pr�sents sur la parcelle ou (en g�n�-</p><p>ral) peu �loign�s. Elle peut se faire par coupe rase ou par coupes progressives.</p><p>Elle se r�alise aussi par voie artificielle : semis direct sur terre crochet�e ou cultiv�e, ou, plus souvent, plantation de jeunes sujets sortis de p�pini�re foresti�re, soit apr�s coupe blanche (totale ou par bandes), soit dans une coupe d�abri.</p><p>Les op�rations par lesquelles se concr�tise la sylviculture sont : 1o avant</p><p>tout, la coupe des gros arbres, qui assure la production de la for�t (produits principaux) ; 2o la coupe des produits interm�diaires (�claircies de sujets trop serr�s, enl�vements � but sanitaire...) ; 3o les d�pressages (qui desserrent des semis trop touffus) et les d�gagements de semis (qui �liminent des concurrents g�nants, sujets d�essences dites</p><p>� secondaires �...).</p><p>Caract�ristiques d�un peuplement Ce sont la densit�, la hauteur (la hauteur totale maximale caract�rise assez bien une station, en particulier la fertilit� globale de son sol) et l��tat de sant�.</p><p>Les essences</p><p>En France m�tropolitaine, il y a une cinquantaine d�esp�ces principales, compl�t�es par une trentaine d�esp�ces plus petites. Mais, en un endroit d�termin�, il n�y a gu�re le choix qu�entre trois ou quatre essences.</p><p>Chaque essence a son influence</p><p>sur les autres. Si le H�tre succ�de au Ch�ne, il risque de l��liminer d�finitivement (� moins que le sylviculteur n�intervienne vigoureusement), car le jeune H�tre supporte le couvert peu dense du Ch�ne, mais le jeune Ch�ne ne supporte pas celui du H�tre. Pourtant, il y a des ph�nom�nes d�alternance : Sapin-�pic�a, puis �pic�a-Sapin, � cause du changement d�humus.</p><p>Certaines essences d�gradent le sol, alors que d�autres l�am�liorent. Les m�langes sont permanents ou temporaires, intimes ou par bandes, par petits groupes ou par grands groupes.</p><p>L��claircie est l�une des op�rations les plus importantes de la sylviculture. Elle peut �tre, avant tout, s�lective, donc �liminatrice et qualitative.</p><p>Elle vise alors � r�partir au mieux les sujets � conserver, � mettre en de meilleures conditions d�entourage les arbres d�avenir (les � pr�tendants �) : � f�t droit, � section r�guli�re et � faible d�croissance, couronne r�guli�re bien proportionn�e, pousse terminale dominante, sant� et vitalit� (d�celables par la couleur, la luisance...). Elle peut aussi �tre une �claircie de mise en lumi�re, ayant pour objet principal un</p><p>plus fort accroissement en diam�tre ; elle est � entreprendre avant la fin de l�accroissement en hauteur ; souvent, elle succ�de � l��claircie s�lective.</p><p>Caract�ristiques</p><p>La sylviculture doit s�adapter aux buts recherch�s. Si le but principal est la fonction de production, deux cas au moins sont � consid�rer. Si l�on recherche la quantit�, il faut tout faire pour avoir l�accroissement annuel maximal. Si l�on recherche la qualit� (menuiserie, d�roulage...), suivant les particularit�s connues du bois, on h�-</p><p>tera ou on ralentira la croissance ; on recherchera souvent par un �tat serr� � favoriser l��lagage naturel (ce qui diminuera le nombre et le diam�tre des noeuds futurs du bois). Dans le cas o� l�on veut maintenir en bon �tat les sols ou r�gulariser sources et ruisselle-ments, ou s�il s�agit de for�t d�grad�e, il faudra �viter de d�garnir : une sylviculture �cologique tr�s conservatrice et un jardinage prudent s�imposent.</p><p>Le grand moyen d�action du sylviculteur, c�est la coupe. Il y a diverses sortes de coupes : en futaie r�guli�re, on pratique la coupe d�ensemencement, la coupe de r�g�n�ration et les coupes d�am�lioration ; en futaie jardin�e (peuplement irr�gulier), la distinction est moins nette, et les coupes ont souvent un caract�re mixte ; en taillis, la coupe enl�ve toutes ou presque toutes les tiges pr�sentes, isol�es ou en c�p�es.</p><p>Une des notions de base de la sylviculture est celle d�exploitabilit�. Un arbre peut �tre r�put� � exploitable �</p><p>suivant des crit�res assez diff�rents.</p><p>La sylviculture, et en cela elle se distingue de l�agriculture, concerne non des productions annuelles, mais des productions �chelonn�es sur 30, 50, 100, 200 ans ; il faut attendre et pr�voir, il faut travailler pour les g�n�rations suivantes ; tout cela est lourd de cons�-</p><p>quences. Une autre particularit� est l�incorporation du revenu au capital : il est difficile d�enlever juste l�accroissement de la p�riode qui s�est �coul�e depuis la derni�re coupe, puisqu�il s�agit d�anneaux ligneux embo�t�s et join-</p><p>tifs ; d�o� des abus possibles (capital sacrifi�) ou des mesures excessivement prudentes et conservatrices (accumulation de mat�riel sur pied).</p><p>La sylviculture subit profond�ment l�influence de l�origine des for�ts : celles-ci sont, pour la plupart, des r�sidus (tr�s transform�s) de la v�g�-</p><p>tation foresti�re primitive, que l�on n�a conserv�s que sur les sols trop en pente, trop caillouteux, trop humides, trop infertiles : la for�t tire, certes, le meilleur parti de ces terres, mais elle est loin d��tre ce qu�elle serait sur les meilleurs sols voisins.</p><p>Aper�u historique</p><p>La sylviculture primitive consistait surtout � prendre les produits utiles et d�sir�s ; il y avait abondance relative des for�ts, et la s�lection �tait surtout n�gative. Peu � peu il apparut que cette</p><p>� �conomie de r�colte � ne convenait plus et qu�il fallait penser � la perp�-</p><p>tuation de la for�t et � l�am�lioration de ses facult�s productrices. Au XVIIIe s., simultan�ment, des Fran�ais et des Allemands firent avancer la science foresti�re. Ensuite, les professeurs de l��cole nationale des eaux et for�ts de Nancy (cr��e en 1825) �tablirent une doctrine, aujourd�hui parfois quelque peu contest�e, mais qui eut le m�rite de restaurer des for�ts fort d�grad�es et d�accorder son importance � l��cologie. Les grands noms de la sylviculture fran�aise sont G. Bagneris, L. Boppe, C. Broillard, A. Jolyet, G. Vaulot, A. Gurnaud, A. Mathey, H. Perrin.</p><p>Relations de</p><p>la sylviculture avec</p><p>diverses sciences</p><p>ou techniques</p><p>y Avec la climatologie. La pr�sence et la bonne croissance des essences d�pendent �troitement du climat r�-</p><p>gional en fonction des facteurs d�action permanente (insolation) et des facteurs d��limination (d�passement de seuils critiques : gels). Mais il faut surtout consid�rer le climat stationnel (m�soclimat [celui d�un demi-hectare par exemple]) et le microclimat (sous le couvert). La photologie influence particuli�rement la sylviculture,</p><p>puisque le premier r�sultat de toute coupe est d�augmenter la lumi�re et de modifier �galement la composition des radiations qui parviennent au sol et aux jeunes plants ou, lat�ralement, aux feuillages des arbres adultes.</p><p>y Avec la botanique syst�matique.</p><p>Les relations sont �videntes en ce domaine.</p><p>y Avec la g�n�tique. Le sylviculteur fait la chasse aux races inadapt�es ou mal conform�es. Il recherche les li-gn�es les plus robustes, les plus r�sistantes aux divers ennemis ou les plus prolifiques. Il s�lectionne des arbres d��lite pour r�colter leurs graines ou des arbres + (arbres plus) pour pr�lever sur eux des greffons.</p><p>y Avec l��cologie v�g�tale ou animale. La for�t est un milieu vivant complexe ; toute action du sylviculteur (comme aussi l�action du berger et de son troupeau ou celle de l�ing�-</p><p>nieur qui ouvre une route, ou m�me celle du promeneur) retentit sur le milieu, l�am�liore ou le d�t�riore.</p><p>La for�t est l�objet d��quilibres, les uns stables ou r�versibles, les autres pr�caires ; certains m�me ne sont pas r�versibles. Les forestiers ont �t� des pr�curseurs en �cologie, des �colo-gistes sans le savoir.</p><p>y Avec la phytog�ographie et la phy-tosociologie. Toute for�t est un �tre multiple, complexe.</p><p>y Avec la physiologie et la ph�nologie v�g�tale. Ces sciences �tudient les downloadModeText.vue.download 601 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10556</p><p>m�canismes de circulation de la s�ve, de d�veloppement des bourgeons, de l��longation des rameaux, de la chute des feuilles.</p><p>y Avec la zoologie (Oiseaux, In-</p><p>sectes, etc.).</p><p>y Avec la pathologie. Contre les Champignons qui attaquent les arbres, il faut savoir lutter, rarement par des</p><p>traitements chimiques, qui sont trop co�teux, mais le plus souvent par la s�lection rapide (si possible d�s que les premiers signes ont �t� d�cel�s).</p><p>y Avec la science du sol (g�ologie, g�omorphologie, lithologie, min�ralogie, p�dologie...). Le sol agit sur la for�t, et la for�t agit sur le sol.</p><p>y Avec l�hydrologie.</p><p>y Avec la p�dozoologie, la p�do-</p><p>microbiologie et la mycologie. Ces sciences ont des applications sylvicoles importantes.</p><p>y Avec la dendrom�trie (qui �tudie les lois de la croissance des arbres, ind�pendamment des conditions).</p><p>Les arbres font l�objet de mensurations (longueur, diam�tre et circonf�rence du f�t, �paisseur des cernes annuels, �paisseur et volume, proportion d��corce, etc.). Le dendrologiste se sert aussi du calcul statistique pour jauger la valeur de ses mesures. Pour cela, il �tudie des placeaux �chantillons de peuplement, par exemple avec le relascope de Bitterlich. Il dresse des tables de production.</p><p>y Avec la technologie (propri�t�s m�caniques, physiques, chimiques des divers bois ; leur r�sistance aux Insectes, aux Champignons). Le sylviculteur �tablit donc le choix des essences � favoriser, l��ge d�exploitabilit�, la p�riodicit� des �claircies (� moins que ce ne soit le technolo-giste qui soit oblig� de tirer le meilleur parti des bois que lui a procur�s le sylviculteur !).</p><p>y Avec la photographie a�rienne.</p><p>y Avec l�esth�tique paysagiste. Souvent, le forestier a eu la pr�occupation de maintenir ou de recr�er une certaine beaut�. Le besoin de d�cor paysager est devenu un accessoire important de la production ligneuse et parfois m�me s�est substitu� � cet objectif traditionnel. Les citadins, promeneurs et touristes attendent ou des f�ts �lanc�s ou parfois, au contraire, un paysage sauvage.</p><p>y Avec l�histoire et la g�ographie.</p><p>En un point donn� de l�espace et �</p><p>une �poque donn�e, une for�t est l�aboutissement (provisoire) d�une longue s�rie d�actions, les unes naturelles (changement climatique, glaciations...), les autres artificielles, humaines (incendies, exploitations et surexploitations, p�turages...) : on ne comprend rien � l��tat d�un peuplement et � sa dynamique si l�on n�glige cette histoire.</p><p>Variantes de</p><p>la sylviculture</p><p>Il y a eu une sylviculture de la for�t p�tur�e : jusqu�aux XVIIe et XVIIIe s., la ressource principale n��tait pas le bois, mais l�herbe, le gland, la fa�ne ; on recherchait souvent une futaie clairi�r�e ; les gravures du XVIIIe s. en donnent de nombreuses images.</p><p>Il y a encore en pays chauds une sylviculture d�arbres fourragers : Arganier (au Maroc), Caroubier, Prosopis, Acacia, Gleditschia. Il y a une sylviculture mixte, qui unit la production de bois � la culture agricole sur br�lis. On a pratiqu� jusqu�au XIXe s. une sylviculture de bois de marine ; le but principal ou unique �tait de faire produire � la for�t des Ch�nes � bois dur ; ces bois devaient �tre courbes (avec des courbures vari�es) ; il fallait aussi des planchers et des m�ts tr�s longs. Il y a eu aussi une sylviculture des taillis � �corce : le d�collement des �corces, lorsqu�il fut pratiqu� sur pied, fut m�me tr�s nuisible � l��volution des peuplements, et l��tat actuel de ceux-ci s�en ressent. On pratique une sylviculture des reboisements par enrichissement, substitution, reboisement de terrains nus, ou landes. La ligniculture est une sylviculture intense (culture du sol, irrigation, engrais, s�lection s�v�re, �lagages). Elle peut porter sur des Peupliers, mais aussi sur des Saules et des Platanes (�tats-Unis). La sylviculture d�incendie cherche � �viter la nouvelle propagation d�incendies par l�extraction de r�sineux sur des bandes marginales, par la cr�ation de cordons peu combustibles, par les nettoyages p�riodiques des broussailles, du sous-bois, etc. La sylviculture de gemmage est pratiqu�e sur le Pin maritime des Landes de Gascogne (gemmage � vie et gemmage � mort). Dans la sylviculture</p><p>du Ch�ne-Li�ge, les lev�es de li�ge sont faites suivant un certain rythme, coordonn�es avec les coupes. En montagne, on pratique une sylviculture des pr�s-bois. Il y a une sylviculture des</p><p>� r�serves naturelles dirig�es �, tr�s simple (avec exploitabilit� physique).</p><p>La sylviculture sp�ciale de restauration des peuplements d�grad�s consiste souvent d�abord � augmenter le couvert. Il existe aussi une sylviculture protectrice des terrains sujets � �rosion ou dominant des sources ; elle aussi doit �tre tr�s pr�cautionneuse et conservatrice. La sylviculture ornementale (peuplements pas trop serr�s et de composition tr�s vari�e) pr�voit des clairi�res et installe des arbres ornementaux. La sylviculture des for�ts urbanis�es s�apparente � celle des parcs bois�s : elle vise � cr�er le meilleur environnement et � assurer une perp�tuation � au besoin par voie artificielle � des diff�rentes esp�ces d�arbres qui existaient initialement.</p><p>Sylvicultures �trang�res</p><p>La sylviculture �quatoriale (A. Aubre-ville) constate la pr�sence diss�min�e d�essences de haute valeur dans une masse d�essences sans int�r�t �conomique : elle doit donc faire un � �cr�-</p><p>mage � rationnel qui m�nage l�avenir. On replante souvent ces essences pr�cieuses par layons. La sylviculture nord-am�ricaine a longtemps �t� extractive ; bien des abus ont �t� commis, mais un appareil scientifique tr�s important a �t� mis en place (J. W. Tou-mey). La sylviculture de l�U. R. S. S.</p><p>(G. F. Morossov) concerne, dit-on, 750 millions d�hectares. D��normes surfaces dans le Nord ne sont pas encore mises en valeur. Sur de grandes �tendues, il y a d�ailleurs un mat�riel m�r et exc�dentaire, justifiant de fortes exploitations. La faiblesse du relief et l��tatisation ont permis la cr�ation de combinats groupant exploitation et utilisation. La sylviculture nordique, agissant sur des peuplements qui semblent uniformes au profane, op�re des distinctions en fonction des plantes indicatrices (A. K. Cajander, H. Hessel-man) ; la production y est faible (de 1,5</p><p>� 2,5 m3/ha par an), mais les surfaces bois�es sont tr�s �tendues. La sylviculture des deux Allemagnes (J. Gayer,</p><p>A. Dengler, J. Oelkers, J. N. Kostler, E. Assmann, G. Mitscherlich, M. Pro-dan, Krahl-Urban, K. Rubner) est tr�s m�thodique ; son application est facilit�e par la mentalit� de la population favorable � la for�t. Jadis syst�matique et orient�e vers la production r�sineuse, elle a maintenant davantage le souci �cologique. La sylviculture belge se rapproche de la sylviculture fran�aise (G. Delevoy, N. P. Crahay, F. Goblet d�Alviella, A. Poskin, C. J. Quairi�re, A. Galoux). La sylviculture danoise est extr�mement pr�cise ; sa production unitaire est en t�te des productions europ�ennes (6,6 m3/ha par an).</p><p>La sylviculture suisse s�efforce de suivre de pr�s les �volutions naturelles (A. Engler, H. Burger, H. E. Biolley, W. Schaedlin, H. Leibundgut, H. et E. Badoux, H. Etter...) ; elle est, elle aussi, une sylviculture intensive, qui a le souci de faire jouer pleinement leur r�le aux � for�ts de protection �</p><p>(qui sont d�ailleurs aux trois quarts des for�ts publiques). Il en est de m�me de la sylviculture autrichienne (A. Cies-lar). Quant � la sylviculture italienne enfin (A. Pavari, A. De Philippis), elle s�int�resse beaucoup � l�introduction d�exotiques ; Piccarolo a donn� un essor remarquable � la populiculture de l�Italie et de toute l�Europe.</p><p>Tendances en sylviculture</p><p>Elles sont fonction de l��tat des peuplements, du but recherch� et du temp�rament du sylviculteur. La sylviculture r�aliste tend � tirer le meilleur parti des conditions actuelles du peuplement et recherche seulement � supputer ses virtualit�s imm�diates ; la sylviculture id�aliste se fixe imp�rativement un but lointain (justifi� par les besoins futurs) et force par tous les moyens le peuplement actuel � r�aliser ce but, en lui substituant m�me un autre s�il appara�t incapable de le r�aliser. Il y a une sylviculture prudente, qui craint les calamit�s naturelles, proc�de par petits paliers, se montre patiente, pr�cautionneuse, pr�ventive, et une sylviculture brutale, qui � prend des risques �, qui consid�re que certains bouleversements de situation sont aussi naturels, salutaires et efficaces. Il y a une sylviculture extensive, qui consid�re que la for�t doit gratuitement fournir ses</p><p>produits, et une sylviculture intensive, qui estime que de forts investissements (main-d�oeuvre, produits...) sont rentables.</p><p>Quelques progr�s</p><p>en sylviculture</p><p>On peut esp�rer : des progr�s, des sciences de base (p�dologie fine, physiologie des auxines, g�n�tique...) ; un choix, parfois nouveau, des essences (utilisation des exotiques � fort accroissement) ; une s�lection toujours plus s�v�re et plus fr�quente (tests pr�coces) ; la pr�d�signation de certains sujets ; des cloisonnements (qui permettront de mieux adapter la production aux techniques modernes</p><p>d�exploitation) ; une adaptation de la production aux besoins nouveaux.</p><p>Ce dernier probl�me est particuli�rement d�licat, car, lorsqu�on �duque un jeune arbre, on ignore les usages qu�on en fera cinquante ans apr�s. Il en est ainsi pour les petits bois : gr�ce aux downloadModeText.vue.download 602 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10557</p><p>lamell�s-coll�s, on utilise des bois plus courts qu�autrefois.</p><p>Probablement sera-t-on amen�, tout en conservant � beaucoup de for�ts leurs fonctions multiples, � mieux les sp�cialiser, autrement dit � mieux subordonner les diverses fonctions de chaque for�t ou m�me de chaque canton forestier.</p><p>Les professeurs de sylviculture</p><p>du XIXe s. ont eu l�immense m�rite de d�couvrir certaines exigences et d�inculquer � plusieurs g�n�rations de forestiers une rigueur et un esprit de suite qui conviennent � une sp�culation dont la dur�e globale s��tend bien au-del� d�une g�n�ration d�hommes.</p><p>Ils ont enseign� un conservatisme qui est l�essence m�me de l��cologie v�g�-</p><p>tale. Ainsi s�est heureusement accru le volume sur pied de nombreux peuplements, volume qui �tait trop faible au d�but du XIXe s.</p><p>On a r�agi et on r�agira encore, par-</p><p>fois avec raison, pour assouplir certaines m�thodes un peu trop math�matiques. On tend � r�duire la dur�e des pr�visions ; si on ne le fait pas au d�triment des grandes lignes, ce peut �tre b�n�fique. On tend � suivre l��volution de la nature, en particulier la r�action du peuplement apr�s la coupe. Depuis 1910, d�ailleurs, des sylviculteurs de progr�s ont pr�conis� la m�thode du contr�le, mais sur de petites surfaces seulement : des comptages p�riodiques fr�quents permettent de voir comment le peuplement �volue et d�aller, par les coupes, dans le sens le plus opportun, gr�ce � une retouche fr�quente de la possibilit� recrut�e.</p><p>Autre nouveaut� : lorsque la r�g�-</p><p>n�ration naturelle se fait trop attendre, on proc�de, pour ne pas laisser le sol inutilis� et ne pas le laisser se d�grader par le d�couvert, � des plantations artificielles de compl�ment.</p><p>G. P.</p><p>F Arbre / Bois / For�t.</p><p>C. Broillard, le Traitement des bois en France (Berger-Levrault, 1881). / K. Rubner, Die Pflanzengeographischen Grundlagen des Waldbaues (Neudamm, 1924 ; 4e �d., Berlin, 1953). / A. Poskin, Trait� de sylviculture (Ducu-lot, Gembloux, 1926 ; 2e �d., 1939). / A. Mathey, Trait� th�orique et pratique des taillis (A. Le-breton, Le Mans, 1933). / Vade-mecum du forestier (Impr. Jacques et Demontrond, Besan�on, 1946 ; nouv. �d., La Maison rustique, 1961). /</p><p>F. S. Baker, Principles of Sylviculture (New York, 1950). / H. Perrin, Sylviculture (�cole nat. des eaux-et-for�ts, Nancy, 1953-1955, 2 vol. ; nouv.</p><p>�d., 1958-1964, 3 vol.). / M. Dev�ze, Histoire des for�ts (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1965 ; 2e �d., 1972). / W. K�mmerly (sous la dir. de), la For�t. Le monde des arbres, les arbres du monde (Kummerly et Frey, Berne, 1973).</p><p>symbiose</p><p>Union de deux �tres qui sont li�s par des rapports r�ciproques et �troits apportant un avantage � chacun des deux participants. (Syn. MUTUALISME.) Il existe de nombreux cas de symbiose, r�alis�s avec des variantes diverses : entre Bact�ries et v�g�taux, entre deux v�g�taux (Algues et Cham-</p><p>pignons, chez les Lichens*), entre animaux et v�g�taux, comme, d�ailleurs, entre deux esp�ces animales et aussi entre des Bact�ries et des animaux.</p><p>Symbiose entre</p><p>Bact�ries et v�g�taux</p><p>Une telle association est fr�quente chez les L�gumineuses (90 p. 100 des esp�ces �tudi�es, parmi lesquelles 200</p><p>plantes cultiv�es) ; elle provoque sur les racines des nodosit�s riches en Bact�ries : Rhizobium leguminosa-rum sur le Pois, la Vesce, la Lentille.</p><p>Ces nodosit�s sont de formes vari�es ; assez grosses et localis�es sur les racines principales chez le Lupin, elles sont petites et arrondies chez le Pois, plus allong�es chez le Tr�fle, subdivis�es chez la Vesce et souvent situ�es sur les racines lat�rales chez ces derni�res esp�ces. Si l�on sectionne une de ces masses, on y trouve un grand nombre de Bact�ries ayant des formes en X et en Y, et charg�es d�un pigment rouge, la legh�moglobine. Des tissus vasculaires relient les nodosit�s aux faisceaux lib�roligneux de la racine.</p><p>Au voisinage des racines jeunes non encore infect�es, il existe une prolif�ration de Bact�ries en forme de b�tonnets, qui semblent stimul�es par la pr�sence des racines. Ces Bact�ries p�n�trent dans celles-ci au niveau des poils absorbants, qui se modifient, se raccourcissent et se tordent ; un � cordon bact�rien � suit le poil et assure l�infection des couches internes ; enfin, parvenues assez profond�ment dans les tissus de l�h�te, parfois jusqu�au p�ri-cycle, les Bact�ries, prenant un aspect en X ou Y, colonisent des cellules qui s�hypertrophient ; le nodule se forme, vraisemblablement gr�ce � une stimulation chimique (auxines).</p><p>Une v�ritable sp�cificit� existe entre la Bact�rie et l�h�te. Ainsi, on observe chez le Haricot Rhizobium phaseoli, chez le Lupin R. lupini ; lorsque les connexions s��tablissent entre la nodosit� et les vaisseaux de l�h�te, les Bact�ries acqui�rent la facult� de fixer l�azote atmosph�rique et de synth�-</p><p>tiser des produits ammoniac�s dont elles ont besoin. Ces derniers sont rapidement transform�s en substances amin�es, vraisemblablement dans le</p><p>cytoplasme de l�h�te. Les acides amin�s form�s migrent dans la plante, qui trouve ainsi une riche source azot�e.</p><p>Mais cette propri�t� ne se manifeste que si le Rhizobium est bien aliment� en oses. L�origine de ceux-ci se trouve dans la photosynth�se effectu�e dans les organes verts des L�gumineuses.</p><p>Les oses se d�placent vers les racines et sont alors utilis�s par le Rhizobium. Cet �change nutritionnel appara�t comme une v�ritable symbiose. Le v�g�tal vert peut vivre seul, mais sa croissance est plus lente, car son alimentation azot�e se fait alors uniquement � partir des sels min�raux (nitrates). D�autre part, le Rhizobium peut subsister seul dans le sol, mais il lui est alors impossible de fixer l�azote libre de l�air. Il s�agit donc d�une v�ritable aide mutuelle.</p><p>La fixation de l�azote libre par les Bact�ries est soumise � plusieurs conditions ; outre la pr�sence indispensable de sucres disponibles, il faut un milieu d�pourvu de nitrates et d�ions ammonium (les engrais azot�s sont plus nuisibles qu�utiles aux L�gumineuses).</p><p>L�oxyg�ne, sans exc�s, est aussi n�-</p><p>cessaire, mais, aux fortes teneurs, il bloque certains fonctionnements enzymatiques. La legh�moglobine, voisine de l�h�moglobine sanguine, semble fortement li�e � la r�action : elle peut fixer l�oxyg�ne, mais elle jouerait plut�t le r�le de transporteur d��lectrons (oxydor�duction li�e aux synth�ses azot�es) ; elle ne se forme que lorsqu�il y a r�union des deux symbiotes et elle s�accumule alors dans le cytoplasme des cellules h�tes ; en vieillissant (en automne chez les plantes annuelles), les nodules verdissent, et la transformation de la legh�moglobine en pigment vert correspond � la perte d�activit� du nodule.</p><p>Les L�gumineuses sont consid�r�es � juste titre comme des plantes am�liorantes, car l�azote fix� (de 50 � 300 kg par hectare et par an dans des champs ensemenc�s en L�gumineuses) sert � la plante h�te, et, apr�s la mort de cette derni�re, les racines, en se d�composant (ou les parties a�riennes, si elles n�ont pas �t� pr�lev�es), enrichissent le sol et permettent des cultures ult�-</p><p>rieures avides de produits azot�s sans apport d�engrais. Mais, d�s le d�but de l�activit� des nodules, avant la florai-</p><p>son de la Papilionac�e, des substances azot�es exsudent des racines et sont utilis�es par la flore d�accompagnement : les Graminac�es voisines sont beaucoup plus d�velopp�es et vigoureuses que les plantes t�moins cultiv�es loin des L�gumineuses dans un sol identique. L�emploi d�azote marqu� permet de montrer que ces plantes se sont bien nourries des mol�cules ammoniac�es, acides aspartique ou glutamique fra�chement synth�tis�s.</p><p>Ce rejet peut �tre de 25 jusqu�� parfois 50 p. 100 de la production totale.</p><p>On compte qu�une prairie bien �quilibr�e doit contenir un quart de L�gumineuses pour que celles-ci favorisent la pousse des autres �l�ments. En 1960, la culture des Tr�fles et des Luzernes a fourni au sol national 250 000 t d�azote, alors que la production d�engrais azot� en rapportait 550 000 t. Les zones semi-arides du globe devraient �tre favoris�es par ces cultures. On conna�t des ph�nom�nes analogues dans d�autres groupes de v�g�taux. Par exemple, les Aulnes (B�tulac�es) poss�dent sur leurs racines des nodosit�s qui grossissent jusqu�� une dizaine de centim�tres de diam�tre et se lignifient.</p><p>Le micro-organisme symbiotique est une Bact�rie actinomyc�tale (Actinomyces alni) ; les �changes gazeux avec l�ext�rieur ont lieu � travers les lenti-celles. Ici encore, on trouve des traces d�h�moglobine dans les nodosit�s. Le rendement est �norme, jusqu�� 500 kg d�azote par hectare et par an, et l�on observe une excr�tion favorisant le d�veloppement des plantes associ�es (Pins par exemple). D�autre part, la chute des feuilles ram�ne au sol une part importante des substances organiques form�es. L�Aulne est ainsi une plante pionni�re int�ressante, qui est capable de coloniser les terrains pauvres en humus (Alaska, �boulis alpins). Hip-pophae rhamnoides (�l�agnac�es) est une bonne plante fixatrice et fertili-sante des dunes tant que les sujets sont inocul�s. On conna�t des symbioses du m�me type : Eleagnus sheperdia (�l�agnac�es), Caeanothus (Rhamnac�es), Myria, Coriaria, Casuarina et parfois le Caf�. Chez les Rubiac�es tropicales, ce m�me r�le de fixation d�azote serait jou� par des nodosit�s port�es par les feuilles.</p><p>Associations entre deux v�g�taux</p><p>Des Algues bleues fixatrices d�azote peuvent s�associer avec de nombreux h�tes : des H�patiques (Peleia), des Pt�ridophytes (Anaboena azollae sur Azolla), des Gymnospermes (Anaboena downloadModeText.vue.download 603 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10558</p><p>cycadae sur le Cycas), des Angiospermes (Nostocs sur les Myrtales).</p><p>Mais l�exemple le plus remarquable de symbiose est fourni par les Lichens*.</p><p>En effet, l�union d�un Champignon et d�une Algue constitue un ensemble si coh�rent qu�on en fait un groupe � part dans la nomenclature au m�me titre que les Algues, les Champignons ou les Mousses. Dans la plupart des cas, les deux partenaires ne peuvent survivre isol�s dans la nature, et il faut alors tous les soins d�un laboratoire pour les conserver ind�pendants, dans des conditions fort �loign�es de celles qu�ils supportent habituellement.</p><p>Symbioses entre</p><p>animaux et v�g�taux</p><p>De nombreuses esp�ces aquatiques poss�dent des inclusions vertes, jaun�tres ou brun�tres que l�on peut identifier comme des Algues. Les animaux sont des Protozoaires, des Spongiaires, des Coelent�r�s, et leurs symbiotes sont surtout des Zooxanthelles ou des Zoo-chlorelles. Ces derni�res sont dans le cytoplasme, qui les tol�re comme de v�ritables inclusions cellulaires. On a pu s�parer l�animal de son symbiote en l��levant � l�obscurit�, au froid et dans une eau de composition min�rale particuli�re ; � ce moment-l�, l�animal p�lit ; mais il faut un long traitement pour que l�Algue soit d�finitivement �limin�e. De tels animaux Protozoaires se laissent tr�s vite r�infester par de nouvelles Algues : ils les absorbent dans des vacuoles digestives, dont les sucs sont impuissants devant la Chlorelle, qui, peu � peu, passe directement dans le cytoplasme ; l�Algue doit utiliser le CO2 et les d�chets rejet�s par</p><p>l�animal, qui emploie l�oxyg�ne, les vitamines et l�amidon �labor�s par le v�g�tal ; le Protozoaire peut, cependant, r�sorber l�exc�s de population de l�Algue, qui se multiplie fort bien dans ces conditions. Certaines Hydres vivent aussi en symbiose avec des Chlorelles ; des Turbellari�s marins (Convoluta) sont associ�s � des Algues flagell�es ; des Protozoaires, des Actinies, des Coraux, quelques Mollusques opistho-branches portent des Zooxanthelles qui s�attaquent aux d�chets azot�s.</p><p>Certains auteurs consid�rent comme une forme de symbiose le mode de pollinisation* entomophile de quelques Angiospermes. L�Insecte se nourrit de nectar et de pollen, qu�il transporte d�une �tamine � un stigmate, assurant ainsi la persistance de l�esp�ce. La sp�-</p><p>cificit� entre l�Insecte et son h�te est tr�s �troite dans de nombreux cas. Il y a parfois une stricte adaptation de la plante � son visiteur : la Sauge porte une sorte de p�dale qui fait basculer l�anth�re sur le dos de l�Insecte. La fleur d�Ophrys (Orchid�e) ressemble � une femelle d�Insecte et, de ce fait, attire m�me les m�les. Chez Victoria regia, de petits Col�opt�res visitent les fleurs ouvertes la nuit ; enferm�s le jour, ils ne seront lib�r�s que le soir, apr�s s��tre enduits du pollen des �tamines m�res ; ils porteront celui-ci dans une autre fleur, o�, peut-�tre, les stigmates seront r�ceptifs. On conna�t �galement des pollinisations par des Oiseaux (Oiseaux-Mouches), par de petits Mammif�res (Chauves-Souris) ou des Mollusques (Escargots). Chez le Yucca, un Insecte pond dans les fleurs des larves qui s�y d�velopperont, mais, dans ses nombreux voyages, il pollinise avant sa ponte plus de fleurs qu�il n�en d�truira, assurant ainsi sa reproduction et celle de son h�te. Un Hym�nopt�re cynipide (Blastophaga) est �galement responsable de la f�condation des Figuiers sauvages, dont il pollinise certaines fleurs en recherchant son lieu de ponte.</p><p>On consid�re aussi parfois comme symbiose les relations �tablies entre quelques esp�ces de Fourmis et des v�g�taux. En Am�rique du Sud, la pr�sence de Fourmis vivant dans</p><p>les entre-noeuds du tronc de Cecro-</p><p>pia prot�gerait cette plante contre les ravages des Fourmis coupe-feuilles.</p><p>Certaines Fourmis (Atta...) et quelques Termites cultivent des Champignons en pr�parant autour de leurs larves des constructions, v�ritables meules de culture, faites de feuilles hach�es, o� le myc�lium se d�veloppe et forme ses organes reproducteurs (conidies) ; lorsque la larve �cl�t, elle se nourrit de la plante ou du bois transform� par les enzymes du Champignon. Ainsi, la reproduction et la nutrition du v�g�tal et de l�Insecte sont assur�es.</p><p>On trouve aussi des symbiotes dans les groupes d�animaux vivant d�amidon ; c�est le plus souvent des levures qui en favorisent la d�gradation. Ces derni�res sont localis�es, chez les Ano-bid�s, dans des cellules sp�cialis�es de l�intestin moyen. Chez les femelles pr�tes � pondre, des Levures migrent vers l�appareil g�nital, et la coquille de l�oeuf en est couverte ; � la ponte, la larve s�en infecte en mangeant cette coquille � la naissance. Dans d�autres groupes, des proc�d�s diff�rents expliquent l�infection des jeunes. Ces Champignons fournissent �galement des vitamines.</p><p>Symbioses entre animaux</p><p>Des symbioses existent � l�int�rieur du r�gne animal, telle l�association du Bernard-l�Hermite et de l�An�mone de mer Adamsia palliata, qui s�cr�te une lame prolongeant la coquille dans laquelle vit le Bernard-l�Hermite lorsque celui-ci s�accro�t. Il y a entre les deux �tres des rapports alimentaires et de protection. De m�me, l�association entre Pagure et Bryozoaires est fr�quente. Des Flagell�s assurent la digestion de la cellulose chez certains Termites. Ces protistes leur apportent � leur mort, aussi rapide que leur reproduction, un ravitaillement en protides important aussi bien qu�un ravitaillement appr�ciable en glucides au cours de leur vie.</p><p>On peut encore citer les rapports �troits qui existent entre des grands Mammif�res de la savane tropicale et des Oiseaux ; ces derniers d�barrassent leurs h�tes de quantit�s de parasites g�nants qui leur servent de nourriture : Tiques, Varrons. Certains</p><p>les avertissent par leurs cris du danger.</p><p>Les H�rons Pique-Boeufs chassent les Mouches sur les Mammif�res, comme Merops nubicus le fait sur le Mouton.</p><p>Le Pluvian se comporte de m�me avec le Crocodile, et il en est ainsi de certains Poissons de petite taille (Labri-d�s, Cobiid�s ...) avec de plus grands (M�rous, Sabres, Balistes...), qui se font nettoyer en prenant des positions caract�ristiques, comme d�ailleurs les Hippopotames dans les rivi�res africaines.</p><p>Symbiose entre</p><p>animaux et Bact�ries</p><p>On trouve fr�quemment chez les herbivores et les xylophages une symbiose avec des Bact�ries capables d�attaquer la cellulose. Chez les Ruminants, les symbiotes sont localis�s dans la panse ainsi qu�au niveau du caecum, qui joue un r�le important dans ce mode de digestion. Certaines larves d�Insectes (Lamellicornes, Tipules) poss�dent des chambres de digestion remplies de Bact�ries capables d�attaquer la cellulose. Le groupe bact�rien peut subsister � l�abri de son h�te, qui le ravitaille abondamment, alors que ce dernier re�oit le surplus important de la digestion et utilise les corps bact�riens, qui se dissolvent r�guli�rement en lib�rant une part importante de substances alimentaires ; la symbiose est effective entre l�animal et le groupe bact�rien.</p><p>De m�me, les Termites sup�rieurs h�bergent plusieurs symbiotes, parmi lesquels des Bact�ries dig�rant la cellulose.</p><p>Chez les C�phalopodes, des Bact�-</p><p>ries provoquent la luminescence. Des glandes sp�cialis�es ou m�me de v�ritables organes r�flecteurs peuvent y �tre rencontr�s. On observe des dispositions semblables dans le groupe des Poissons.</p><p>J.-M. T. et F. T.</p><p>F Commensalisme / L�gumineuses / Lichens /</p><p>Orchid�es / Parasitisme.</p><p>symbole</p><p>On trouve le symbole partout. Dans les sciences exactes : math�matiques, phy-</p><p>sique, chimie, logique, linguistique.</p><p>Dans la vie intime et personnelle, o� la psychologie recherche l�affabulation inconsciente. Dans la vie culturelle enfin et surtout : en ethnologie, c�est le syst�me de base de toute soci�t� dite � primitive � ; la tripartition des classes dans le monde indo-europ�en, d�apr�s G. Dum�zil, ou le rapport co-lonisateur-colonis� chez les Romains, d�apr�s A. Piganiol, seraient en rapport avec la mythologie ; dans les religions,</p><p>� rares sont les ph�nom�nes qui n�impliquent pas un certain symbolisme �</p><p>(M. �liade) ; dans l�art, la litt�rature ou m�me la r�flexion philosophique, le symbolisme n�est pas moins g�n�ral, et cela depuis toujours.</p><p>Ce � fut le trait distinctif des premiers �ges de l�humanit� � (E. Renan, De l�origine du langage, 1848). Pour le christianisme plus encore, par l�importance du sacramentalisme, qui put s��panouir librement dans la pens�e des P�res, l�art et la foi des douze premiers si�cles de notre �re : � La conviction profonde que l�histoire et la nature ne sont qu�un immense symbole [...]</p><p>qu�au travers de toutes choses de ce monde, on peut atteindre � l�esprit pur, on peut entrevoir Dieu, voil� le vrai g�nie du Moyen �ge � (�. M�le). Mais qu�y a-t-il de commun dans ce symbolisme multiforme ?</p><p>Un jeu de</p><p>correspondances</p><p>ind�finies</p><p>�tymologiquement, symbolon, sym-</p><p>ball� r�f�rent � la coutume de tenir les parties d�un objet bris� pour signe de reconnaissance, lorsque des partenaires, se rencontrant, � rejoignent �</p><p>ces tessons de mani�re qu�ils se rembo�tent l�un dans l�autre. De m�me, en toute vision symbolique, � les downloadModeText.vue.download 604 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10559</p><p>choses ne sont pas le voile arbitraire de la signification qu�elles couvrent (ce serait une simple all�gorie, c�est-</p><p>�-dire expression indirecte d�une</p><p>r�alit� spirituelle sous le voile de ses embl�mes mat�riels) : les choses sont r�ellement une partie au moins de ce qu�elles signifient, ou plut�t elles ne deviennent compl�tes que lorsque leur signification est compl�te � (Claudel, Sur Dante).</p><p>Si divers puisse-t-il �tre, le symbole inclut donc toujours une certaine correspondance. Pure �quivalence lorsqu�il s�agit de deux membres de symboles math�matiques r�unis sous le signe =, cette correspondance est, au contraire, subtile et variable lorsqu�elle joue entre les � �tages � de l�homme</p><p>� organique, psychique, spirituel �</p><p>ou du monde v�g�tal, animal, humain.</p><p>Mais elle peut �tre aussi lat�rale, puisque � les parfums, les couleurs et les sons se r�pondent � (Baudelaire).</p><p>Le secret du po�te est de reconna�tre ces � correspondances �. Shelley, note F. Thompson, poss�dait une perception intuitive des analogies sous-jacentes, des secrets passages existant entre la mati�re et l��me, des gammes chromatiques que nous devinons vaguement et dont se sert le Tout-Puissant pour moduler en toutes les clefs de la cr�ation.</p><p>Mais on sait aujourd�hui que l�art est justement d��voquer ces rapports en les transposant dans un autre symbolisme, re-cr�ateur : l�analogie qui peut exister entre son et sens dans les mots ou le rythme des vers (Paul Val�ry), comme entre formes ou couleurs et r�actions spirituelles (Maurice Denis). Tout l�art non figuratif est d�j� postul� par Rimbaud : � Nous arracherons la peinture � ses vieilles habitudes de copie... On ne reproduira plus les objets, on imposera des sentiments gr�ce � des lignes, des couleurs et des sch�mes pris au monde ext�rieur simplifi� et dompt� : une v�-</p><p>ritable magie ! �</p><p>De fait, la religion use de ces</p><p>moyens symboliques. Tout rite cherche � provoquer, par gestes et paroles, la d�marche spirituelle correspondante.</p><p>Mais, plus g�n�ralement, tout, dans le monde, se r�v�le porteur d�une signification compl�mentaire des apparences : le soleil et les astres, la lune et les eaux, la terre et ses pierres, la v�g�tation et l�agriculture, l�espace et le temps (cf. le Trait� d�histoire des religions de Mircea �liade). Le chris-</p><p>tianisme, loin de renier ces pressenti-ments pa�ens, prend la nature � � la suite de saint Paul (Romains, I, 20) �</p><p>comme r�v�lation symbolique de Dieu.</p><p>Plus encore �videmment, la Bible joue des � correspondances � entre les histoires qu�elle relate (= sens litt�ral) et leur port�e triplement symbolique : du Christ � venir, de la vie chr�tienne et des fins derni�res (= sens typologique, tropologique, anagogique). � Comprends-le : en tout l��criture sainte est sacrement �, proclame le plus litt�raliste des P�res, saint J�r�me.</p><p>L�efficacit� propre</p><p>au symbole</p><p>Si l�efficacit� est par excellence le fait du sacrement* chr�tien, on peut voir que tout symbole y tend. Car cette</p><p>� r�-union �, ce discernement des</p><p>� correspondances � entre des r�alit�s apparemment s�par�es, distinctes, ne saurait donc appara�tre directement aux sens ou � l�intelligence. Le symbole ne se d�couvre que dans et par une action elle-m�me symbolique : au cours d�un rite religieux ou par la transposition en sons, en rythmes et en couleurs de l�exp�rience po�tique proprement ineffable, d�o� r�sulte le po�me, la symphonie ou la fresque.</p><p>La connaissance ne se fait que comme une prise de conscience r�flexive de ce dont l�action symbolique a t�moign�.</p><p>C. L�vi-Strauss a montr�, sur un cas de chamanisme, qu�en jouant de cet engrenage de l�incantation po�tique (ou rituelle), un mythe pur peut avoir un effet b�n�fique sur un processus physiologique comme l�accouchement.</p><p>Bien plus, la science actuelle des r�-</p><p>flexes semble �tablir qu�il � existe une �troite concomitance entre les gestes du corps, les centres nerveux et les repr�sentations symboliques �, si bien que Gilbert Durand a centr� son analyse des � Structures anthropologiques de l�imaginaire � sur ce symbolisme en acte qu�il appelle � trajet anthropologique �, c�est-�-dire � l�incessant �change qui existe au niveau de l�imaginaire entre les pulsions subjectives et assimilatrices et les intimations objectives du milieu cosmique et social �.</p><p>Le symbolisme</p><p>facteur d�unit�</p><p>C�est paradoxal, puisque, contrairement au signe purement conventionnel ou au signal purement pratique, dont le sens est bien d�termin�, le symbole inclut souvent plusieurs sens : on le dit ambivalent, mais il serait en r�alit� plurivalent. Pourtant, on remarque de plus en plus la coh�rence et l�universalit� des syst�mes symboliques. Surtout rappelons-nous qu�avant de donner une connaissance pr�cise le symbole est plus fondamentalement action, et action unifiante.</p><p>Par le rite, il devient possible de prier corps et �me r�unis. Bien plus, par ce qu�il a d�ext�rieur et de sensible, le symbole est moyen essentiel de communication entre les hommes, que cette communion r�sulte du symbolisme liturgique ou du symbolisme artistique (au concert, au th��tre, etc.). Or, en tout cela, l�homme d�couvre sa r�sonance avec le cosmos entier, et donc l�harmonie qui r�gne dans l�accord musical entre les diverses � partitions �</p><p>(le microcosme et le macrocosme), suivant l�incessant � �change � dont parlait plus haut G. Durand, �change qui serait le myst�re fondamental du christianisme m�me, s�il est vrai que l�incarnation du Fils de Dieu �tablit un symbolisme total (Magnum sacramen-tum � Admirabile commercium) entre Dieu m�me et l�homme, primitivement cr�� � � son image et ressemblance �</p><p>(Gen�se, I, 26). Ainsi le symbole re-</p><p>�oit-il son ultime accomplissement.</p><p>Car � un symbole r�v�le toujours, quel qu�en soit le contexte, l�unit� fondamentale de plusieurs zones du r�el. [...]</p><p>� la limite, un objet qui devient un symbole tend � co�ncider avec le Tout.</p><p>[...] Mais cette � unification � n��quivaut pas � une confusion ; le symbolisme permet le passage, la circulation d�un niveau � l�autre, en int�grant tous ces niveaux, mais sans les fusionner �</p><p>(Trait� d�histoire des religions).</p><p>Sans doute, depuis Descartes au</p><p>moins et le triomphe des � id�es-claires �, l�Occident a vu s�atrophier le sens des symboles : de th�ologiques, ils sont devenus moralisateurs, puis sociologiques, si m�me ils ne se sont pas perdus ou n�ont pas �t� d�vi�s en des symbolisme � n�vrotiques.</p><p>C. J.-N.</p><p>F Myst�re / Mythe et mythologie / Psychanalyse</p><p>/ Roman (art) / Sacrement / Symbolisme.</p><p>J. Piaget, la Formation du symbole chez l�enfant (Delachaux et Niestl�, 1945). / M. �liade, Images et symboles (Gallimard, 1952). / E. Orti-gues, le Discours et le symbole (Aubier, 1962).</p><p>/ G. de Champeaux et S. Sterckx, Introduction au monde des symboles (Zodiaque, La Pierre-qui-Vire, 1966 ; 2e �d., 1972). / J. Chevalier et A. Gheerbrant (sous la dir. de), Dictionnaire des symboles (Laffont, 1969 ; nouv. �d., Seghers, 1973, 4 vol.). / H. Peyre, Qu�est-ce que le symbolisme ? (P. U. F., 1974). / D. Sperber, le Symbolisme en g�n�ral (Hermann, 1974).</p><p>Le symbole</p><p>dans les arts plastiques</p><p>Selon l��tymologie, une repr�sentation symbolique serait une image renvoyant � une r�alit� partiellement invisible. Depuis longtemps, on s�est accord� � reconna�tre qu�une fresque, un tableau ne sont pas de simples assemblages de couleurs, qu�un temple n�est pas une simple accumulation mat�rielle de pierres. Ils traduisent des n�cessit�s dont certaines n�apparaissent gu�re � un premier examen. Dans le langage courant, on a d�ailleurs coutume de nommer symboliques les oeuvres d�art qui posent un probl�me d�interpr�tation.</p><p>Ainsi, on est plus tent� de l�appliquer aux diableries de J�r�me Bosch* qu�aux paisibles troupeaux peints par Paulus Potter ou Constant Troyon � ces derniers ayant trouv� une raison d��tre dans leur habilet� � reproduire la r�alit� objective, recueillant l�admiration qui s�attache g�n�ralement � la pr�cision du dessin.</p><p>Pourtant, si l�on remonte le cours de l�histoire des arts, ceux-ci apparaissent non pas comme des activit�s de loisir, mais comme des moyens pour exprimer une r�alit� qui d�passe la repr�sentation figur�e. Il ne s�est agi que rarement, par ailleurs, de r�v�ler par des images une aventure int�rieure propre � l�artiste. Lorsque, au VIIIe s., le pape Gr�goire II, s�adressant aux iconoclastes, �crit que !a fonction de l�art est de � d�montrer ce qui est invisible par ce qui est visible �, on se doute bien qu�il s�agit de r�v�ler une v�rit� surnaturelle consid�r�e comme universellement</p><p>acceptable. La fonction symbolique appara�t alors comme la justification m�me de l�activit� artistique, m�diatrice indispensable entre les hommes et le monde invisible. Les croyances religieuses ont d�ailleurs orient� de tout temps la cr�ation artistique.</p><p>L�OUTILLAGE SYMBOLIQUE</p><p>Les fid�les des grandes religions ont trouv� des images qui sugg�rent l�essentiel de leurs croyances en un raccourci � valeur magique : la croix des chr�tiens, la clef de vie des anciens �gyptiens, le disque ail� commun aux religions antiques du Proche et du Moyen-Orient... Mais il faut aussi �voquer tout un travail de repr�sentation de notions abstraites, soit de type moral, comme les Vertus et les Vices, soit de type cosmogonique, comme les Vents ou les Forces telluriques, g�n�ralement int�gr�es dans un syst�me religieux. Ici intervient le proc�d� de la personnification, qui correspond � une attitude fondamentale de la pens�e, l�anthropomorphisme. Ainsi, dans l�art classique europ�en, d�crit-on la Charit� sous les traits d�une femme qui donne � manger � des enfants, les Vents comme des hommes ou des enfants aux joues gonfl�es par leur souffle. Pour pr�ciser au maximum les notions ainsi humanis�es, des si�cles d��rudition ont ajout� des accessoires � ces figures. Le Temps est un vieillard ail� � barbe blanche, porteur d�une faux et d�un sablier ; lorsque la faux ou le sablier sont repr�sent�s seuls, ils prennent alors valeur de symboles. L�importance de l�inspiration litt�raire a �t� consid�rable dans la cr�ation de ces images, faites de personnifications et d�objets symboliques, et auxquelles on donne le nom d�all�gories. Elles ont souvent donn� lieu � des compositions de type dramatique, comme la psychomachie, si souvent peinte et sculpt�e par les artistes du Moyen �ge, et qui montre le combat des Vertus contre downloadModeText.vue.download 605 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10560</p><p>les Vices, imagin� au d�but du Ve s. par le po�te Prudence.</p><p>Si l�on s�en tient � la signification la plus simple du mot symbole (le sablier symbole du temps), il ne concernerait pas les repr�-</p><p>sentations des grands r�cits sacr�s comme la Bible, la vie du Bouddha, ni celles des grandes �pop�es. Leur d�chiffrement suppose la connaissance des textes qui les ont inspir�s ; c�est donc apparemment un probl�me historique que l�iconographie* est � m�me de r�soudre � l�aide d�une solide connaissance du contexte.</p><p>Cependant, dans certaines conditions, ces images peuvent signifier autre chose que la suite des �pisodes illustr�s souvent de fa�on litt�rale. Ainsi, la fa�on dont certains des �v�nements sont mis en rapport avec d�autres, de mani�re � faire ressortir le lien profond qui les unit, conform�ment � une typologie en honneur � la fin du Moyen �ge, t�moigne d�un esprit symbolique �</p><p>le terme �tant alors entendu dans un sens beaucoup plus large.</p><p>HISTOIRE ET SYMBOLES</p><p>Dans cet esprit, on peut remarquer l�influence qu�a exerc�e sur les arts une oeuvre de la fin du Moyen �ge comme le Specu-lum humanae salvationis, ou Miroir de la R�demption de l�humain lignage. Cette histoire de la Chute et de la R�demption fait de l�histoire ant�rieure � la naissance du Christ une pr�figuration de la vie de J�sus et de celle de Marie. � chaque fait de l�histoire �vang�lique correspondent trois pr�figurations. Des sculptures du portail de la cath�drale de Strasbourg, les verri�res de l��glise Saint-�tienne de Mulhouse, celles d��glises de Colmar et de Wissembourg, entre autres, les pr�sentent de fa�on synoptique. Les personnages ne sont pas all�goriques ; ils sont historiques (ou suppos�s tels), mais leur juxtaposition est symbolique. Le souci de semblables programmes iconographiques, dont on sait qu�ils �taient g�n�ralement respect�s avec scrupule, �tait de sugg�rer une vision synth�tique et non pas historique de l��volution de l�humanit�.</p><p>C�est une des propri�t�s de l�art symbolique que de pouvoir ainsi accumuler en une vision unique des �l�ments emprunt�s � des milieux relativement �loign�s dans le temps et dans l�espace, et issus de traditions philosophiques, religieuses ou plastiques diff�rentes. Prenons l�exemple des repr�sentations sculpt�es d�un �pisode biblique, le char d��lie enlev� au ciel. Ce th�me appara�t sur plusieurs sarcophages (romains, arl�sien, ...) et aussi � la porte de l��glise Santa Sabina � Rome. L�ex�g�se a fait la relation entre l�image du char d��lie</p><p>et le nom grec donn� au bapt�me par certains P�res de l��glise des premiers si�cles, qui signifie � v�hicule vers Dieu �. Le m�me mot (okh�ma) avait un sens platonicien, tir� du Tim�e, celui de � corps v�hicule de l��me �, et un sens n�o-platonicien, relatif � l�ascension de l��me dans les sph�res plan�taires. Il s�y ajoutait un sens biblique, rappelant la vision d��z�chiel dans laquelle les s�raphins sont les roues du char qui porte Dieu. Une analogie avec le char ail� de Zeus, dont il est question dans le Ph�dre de Platon, a sans doute jou� aussi ; de m�me le th�me hell�nistique de l�apoth�ose (th�me plastique celui-l�), con�ue comme un enl�vement sur le char d�H�lios, dont le nom fut � sciemment � confondu avec celui d��lie (H�lias en grec). Le th�me de l��mersion-ascension, aspect essentiel de la symbolique du bapt�me, appara�t en outre lorsque le char d��lie passe au-dessus du corps d�un homme couch�, qui repr�sente un fleuve dans l�art gr�co-latin et, dans ce cas pr�cis, le Jourdain.</p><p>LA CLASSIFICATION DES SYMBOLES</p><p>Alors que le go�t de la description d�taill�e se g�n�ralise dans l�art de la fin du Moyen �ge � pensons aux Tr�s Riches Heures du duc de Berry, � la flore (symbolique ou non) des tableaux de Van Eyck* �, que la philologie devient l�instrument essentiel de la connaissance des textes, la n�cessit� se fait sentir, d�s le XVe s., de classer les symboles. Cela peut sembler oppos� � la nature m�me du symbole, dont nous avons vu qu�il peut r�unir des �l�ments h�t�ro-g�nes, mais difficiles � s�parer et encore plus malais�s � dater rigoureusement.</p><p>Pourtant, les recueils d�images symboliques fleurissent � la Renaissance. Au XVe s., les Hi�roglyphes d�Horatius Apollo et le Discours du songe de Poliphile de Francesco Colonna, au si�cle suivant les Embl�mes d�Andr� Alciat, l�Iconologie de Cesare Ripa (r��dit�e jusqu�en 1764), les Immagini degli Dei degl� Antichi de Vincenzo Cartari fixent pour deux si�cles au moins un vocabulaire symbolique o� presque toute l�Europe cultiv�e se reconna�t, o� les artistes peuvent puiser pour r�aliser les grandes oeuvres d�coratives. �</p><p>y regarder de pr�s, on s�aper�oit que l�influence la plus litt�rale de ces livres s�est exerc�e sur le d�cor des f�tes : carrousels, d�fil�s de chars, architectures �ph�m�res invent�es pour les mariages, les entr�es</p><p>et les fun�railles des princes. Les d�cors et les costumes � symboles, les personnages all�goriques conviennent bien au mode d�expression th��tral, symbolique par excellence. La statuaire est sans doute l�art qui s�accommode le mieux de l�all�gorie, et la d�coration sculpt�e d�un parc comme celui de Versailles* peut �tre enti�rement consacr�e � l�illustration d�un symbole (la puissance solaire), chaque statue ou groupe all�gorique contribuant � la signification de l�ensemble. Mais il existe aussi de grands d�cors peints qui font appel � l�arsenal du symbolisme classique (galerie Fran�ois-Ier � Fontainebleau).</p><p>Il ne faudrait pas oublier, dans l�activit� symbolique des artistes de la Renaissance, les cr�ateurs de cit�s id�ales, les utopistes qui rompent avec la tradition m�di�vale, dans laquelle la cit� �tait surtout la J�rusalem c�leste. La Sforzinda du Filarete (Antonio Averlino) ou la ville qui surgit du De re aedificatoria d�Alberti* sont des cr�ations symboliques plus que des mod�les � ex�-</p><p>cuter tels quels (v. visionnaire [architecture]).</p><p>LE SYMBOLISME DANS L�ART MODERNE</p><p>Le fort courant rationaliste qui habite l�Europe de la fin du XVIIIe s. fait se vider de son sens le vocabulaire symbolique de l��ge classique. On s�en aper�oit en lisant les oeuvres que J. J. Winckelmann a consacr�es � l�art antique : on y trouve les r�flexions d�un arch�ologue et d�un esth�te, mais les images qu�il commente ont perdu leur dynamisme.</p><p>Si les romantiques semblent surtout pr�occup�s de r�v�ler leur aventure personnelle, ils lib�rent par l� m�me des courants favorables � la reconnaissance de l�imaginaire. D�j�, une oeuvre comme celle de Caspar David Friedrich manifeste une aspiration � l�universalit�, qui fut d�ailleurs peu comprise de ses contemporains (v. romantisme). Mais la fin du XIXe s. voit appara�tre un mouvement litt�raire et pictural qui se nomme ouvertement symboliste, r�agissant contre le pitoyable r�alisme des Salons acad�miques (v. symbolisme).</p><p>Ces peintres et ces po�tes se veulent des visionnaires et souhaitent trouver un nouveau langage qui leur permettrait de traduire cette � autre moiti� des choses �</p><p>qui n�int�resse pas la soci�t� bourgeoise de leur temps. Leurs ambitions, au-del� de la r�alit� quotidienne et des recherches</p><p>formelles, les m�nent aux grands th�mes �ternels : la vie et la mort, la f�condit�, l��coulement du temps. La pr�cision du dessin chez L�on Fr�d�ric, Fernand Khnopff, Xavier Mellery est alli�e � l��tranget� du traitement de la lumi�re. Surtout, on voit, chez les symbolistes, appara�tre le r�ve comme source d�inspiration primordiale. Les �clairages nocturnes de William Degouve de Nuncques, les visions gran-diloquentes de Jean Delville sont l��cho � peine transpos� d�un appel onirique. Peu importe que ces artistes se soient nourris � des sources pseudo-philosophiques d�une solidit� douteuse. L�essentiel est qu�ils aient fray� une nouvelle voie par des moyens plastiques. Les professions de foi en l�invisible sont fr�quentes : celle de Gustave Moreau*, d�clarant n�ajouter foi qu�� ce qu�il ne voyait pas ; celle du po�te et aussi graveur Tristan Corbi�re, recommandant de peindre � uniquement ce qu�on n�a jamais vu et ce qu�on ne verra jamais �.</p><p>Avec l�art surr�aliste, le symbole prend une signification autre (v. surr�alisme).</p><p>L�absence totale de coh�rence historique frappe au premier regard dans une oeuvre comme celle de Paul Delvaux*, qui m�le des �l�ments de paysage de la grande tradition classique � ruines, bords de mer, perspectives de b�timents � la romaine</p><p>� avec des th�mes emprunt�s � la � modernit� � � chemins de fer, tramways, verri�res de gares �, des hommes sangl�s dans leur redingote avec des femmes nues coiff�es de grands chapeaux � fleurs. L�indiff�rence de l�esprit symbolique au temps historique est affirm�e avec plus de force que jamais. Mais on n�avait pas encore vu, avant les surr�alistes, des artistes ignorer totalement le souci de coh�rence logique, au moins en apparence. Ren� Magritte*</p><p>disait : � ce que l�on voit sur un objet c�est un autre objet cach� �. Et il intitulait un tableau o� le ciel se refl�te dans un oeil le Faux Miroir. Mais il refusait que l�on cherche dans sa peinture un sens symbolique, s��tonnant, d�ailleurs, que l�on puisse se d�lecter � interpr�ter des symboles.</p><p>Il comprenait donc le mot symbole dans son sens le plus simple, celui dans lequel l�entendaient les auteurs du XVIe s. : une repr�sentation codifi�e, dont le sens cach� est restituable � l�aide d�une cl�. L�oeuvre des surr�alistes, en fait, est symbolique � un plus haut niveau, dans la mesure o� elle d�couvre des �l�ments fondamentaux du psychisme humain, �claire la face diurne</p><p>de celui-ci par sa face nocturne.</p><p>La psychanalyse, dans le m�me sens, a pu voir une analogie entre l��laboration de l�oeuvre d�art et les m�canismes du r�ve*.</p><p>Ainsi l�artiste donne-t-il � son oeuvre un contenu manifeste, mais aussi un contenu</p><p>� latent �, qu�il faut interpr�ter et qui peut �tre le plus important. Les images qu�il cr�e sont alors des symboles de ce qui se produit dans son inconscient. Dans la peinture surr�aliste, l��tranget� de l�assemblage des �l�ments suscite naturellement ce genre d�analyse. Le danger, pour la juste appr�-</p><p>ciation de l�oeuvre d�art, est de faire subir aux images un d�codage syst�matique et de s�y limiter, comme s�il s�agissait d�analyser les attributs d�une divinit� antique ou d�un saint gu�risseur, ou comme ferait un psychiatre analysant un r�ve pour y d�-</p><p>couvrir les causes de troubles psychiques.</p><p>C�est sans doute ce que redoutait Magritte.</p><p>Le probl�me du contenu symbolique de l�oeuvre d�art � dont il faut bien distinguer celui de sa structure s�miotique*</p><p>� se pose obligatoirement � qui s�interroge sur les finalit�s de l�art abstrait (voir par exemple l�oeuvre peint et les �crits de Kandinsky*). L�art abstrait, ne demandant pas au spectateur une profonde �rudition historique ou litt�raire, mais l�habitude de la contemplation, touche ou pourrait toucher un aussi grand public que les � all�-</p><p>gories symboliques � d�origine religieuse.</p><p>Certaines tendances de la philosophie, depuis le d�but du XXe s., vont dans le m�me sens (ne citons que la Philosophie des formes symboliques d�Ernst Cassirer). Selon ces tendances, tout l�art serait symbolique.</p><p>L��tude des motivations de la cr�ation artistique montre, en effet, que le signe plastique ne r�sulte jamais d�un choix arbitraire, mais qu�il est toujours signifiant en profondeur, c�est-�-dire symbolique au sens large. Le style individuel d�un peintre connu ou celui des �difices �lev�s selon les canons d�une �poque d�termin�e se relient ainsi aux grands arch�types du psychisme humain.</p><p>E. P.</p><p>F Art / Esth�tique / Iconographie ou iconologie.</p><p>E. Panofsky, Gothic Architecture and Scholasticism (Latrobe, Pa, 1951 ; nouv. �d., Cleveland, 1963) ; Meaning in the Visual Arts (New York, 1955 ; trad. fr. l�OEuvre d�art et ses significations, Gallimard, 1969). / G. de Terva-</p><p>rent, Attributs et symboles dans l�art profane 1450-1600 (Droz, Gen�ve, 1958-1965 ; 2 vol.).</p><p>/ G. Durand, les Structures anthropologiques et l�imaginaire (P. U. F., 1960). / J. Dani�lou, les Symboles chr�tiens primitifs (�d. du Seuil, 1961). / O. Belgbeder, la Symbolique (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1957) ; Lexique des symboles (Zodiaque, La Pierre-qui-Vire, 1969). /</p><p>E. H. Gombrich, Symbolic Images, Studies in the Art of Renaissance (Londres, 1972).</p><p>downloadModeText.vue.download 606 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10561</p><p>symboles,</p><p>notations et</p><p>abr�viations</p><p>math�matiques</p><p>Les math�matiques dites � modernes �</p><p>utilisent, pour d�signer les �tres abstraits intervenant dans une th�orie, des notations canoniques, des notations courantes, des abr�viations et des symboles.</p><p>y Les notations canoniques</p><p>concernent des �l�ments privil�-</p><p>gi�s li�s � certaines structures, par exemple Z : anneau des entiers relatifs. Elles sont d�finitives.</p><p>y Les notations courantes sont susceptibles d�une plus grande sou-</p><p>plesse. Ainsi, une application d�un ensemble E dans un ensemble F peut �tre d�sign�e par f, par &#x3C6; ou par toute autre lettre ou tout autre signe d�un ensemble de symboles, et l�on �crira y Les abr�viations remplacent un mot ou une phrase dont le sens pr�cis doit �tre connu de l�utilisateur, ainsi cov, ou Cov, pour covariance, dans Cov (X, Y), � covariance de X et de Y �. Mais une abr�viation peut �tre un mot � la place d�un autre : Ker f ou Ker (f) signifiant � noyau de f �. En fait, Ker est l�abr�viation de kernel, qui, en anglais, signifie � noyau �.</p><p>y Les symboles d�signent des op�-</p><p>rations ou des relations sur des �tres math�matiques repr�sent�s par des notations courantes. Beaucoup sont immuables, comme les notations</p><p>canoniques.</p><p>E. S.</p><p>Notations</p><p>Notations canoniques</p><p>cardinal de N</p><p>GL (E) groupe lin�aire de E.</p><p>Mn (K) alg�bre des matrices carr�es d�ordre n � �l�ments dans K.</p><p>Mn, p (K) espace vectoriel des matrices � n lignes et p colonnes � �l�-</p><p>ments dans K.</p><p>N ensemble des nombres entiers</p><p>naturels.</p><p>Q corps des nombres rationnels.</p><p>R corps des nombres r�els.</p><p>droite num�rique achev�e.</p><p>Z anneau des entiers positifs, n�gatifs et du z�ro.</p><p>Z/nZ anneau des classes r�siduelles modulo n.</p><p>Sn groupe sym�trique de degr� n.</p><p>An groupe altern� de degr� n.</p><p>Notations courantes</p><p>B (n, p) loi binomiale de param�tres n et p.</p><p>id�al.</p><p>L (E) alg�bre des endomorphismes de E.</p><p>L (E, F) espace vectoriel des applications lin�aires de E dans F.</p><p>loi de Laplace-Gauss de</p><p>param�tres m et &#x3C3;.</p><p>topologie.</p><p>loi de Poisson de param�tre</p><p>m.</p><p>A anneau, espace affine, partie, �v�nement.</p><p>A* ensemble des �l�ments non nuls de l�anneau A.</p><p>&#x100; �v�nement contraire de l��v�nement A.</p><p>extension quadratique de</p><p>l�anneau A.</p><p>B base d�un espace vectoriel, d�un module.</p><p>B* base duale de la base B.</p><p>d distance, �cart, application</p><p>lin�aire.</p><p>E ensemble, espace vectoriel, module, alg�bre, espace topologique, espace vectoriel topologique.</p><p>e �l�ment neutre, nombre de Neper.</p><p>F fonction de r�partition d�une variable al�atoire.</p><p>f application, correspondance,</p><p>fonction, distribution d�une variable al�atoire.</p><p>f&#x2032; d�riv�e de f.</p><p>f&#x2033; d�riv�e seconde de f.</p><p>f(p) d�riv�e p-i�me de f.</p><p>d�riv�e � droite de f.</p><p>d�riv�e � gauche de f.</p><p>, f� 1 application r�ciproque de f, correspondance r�ciproque de f.</p><p>f(P) image de la partie P par f.</p><p>f(x) image de l��l�ment x par f.</p><p>image r�ciproque de la partie</p><p>Q par f.</p><p>G graphe, groupe.</p><p>I ensemble d�indices.</p><p>IE application identique de E.</p><p>i �l�ment (0, 1) de R2 tel que i2 = � 1, indice.</p><p>K corps, partie compacte.</p><p>M matrice, module.</p><p>conjugu�e de la matrice M.</p><p>M* adjointe de la matrice M.</p><p>tM transpos�e de la matrice M.</p><p>P matrice de passage, partie, polyn�me, probabilit�.</p><p>compl�mentaire de la partie P,</p><p>conjugu� du polyn�me P, adh�rence de la partie P.</p><p>PB probabilit� conditionnelle relative � B.</p><p>Q forme quadratique, forme</p><p>hermitienne.</p><p>R relation, fraction rationnelle.</p><p>V voisinage.</p><p>X ind�termin�e, variable al�atoire.</p><p>x �l�ment d�un ensemble.</p><p>x+ successeur de x.</p><p>x� pr�d�cesseur de x.</p><p>|x| valeur absolue de x.</p><p>xj j-i�me coordonn�e de la famille (xi)i&#x2208;I.</p><p>inverse de x.</p><p>� x oppos� de x.</p><p>x vecteur.</p><p>||x|| norme du vecteur x.</p><p>z nombre complexe.</p><p>conjugu� du nombre complexe z.</p><p>|z| module de z.</p><p>Abr�viations</p><p>Aut (E) groupe des automorphismes de E.</p><p>Card (E) cardinal de l�ensemble E.</p><p>codimEE&#x2032; codimension de E&#x2032; dans E.</p><p>Coim (f) coimage de f.</p><p>Coker (f) conoyau de f.</p><p>Cov (X, Y) covariance de X et de Y.</p><p>d0 degr�.</p><p>detB d�terminant dans la base B.</p><p>det (f) d�terminant de l�endomorphisme f.</p><p>det (M) d�terminant de la matrice carr�e M.</p><p>det (x1, x2, ..., xn) produit mixte des vecteurs x1, x2, ..., xn.</p><p>dim E dimension de l�espace vectoriel E.</p><p>dimK E dimension de l�espace vectoriel E sur K.</p><p>E (X) esp�rance math�matique de X.</p><p>borne inf�rieure de P.</p><p>borne inf�rieure de f sur</p><p>E.</p><p>Ker (f) noyau de f.</p><p>lim infF f limite inf�rieure de f suivant F.</p><p>lim supF f limite sup�rieure de f suivant F.</p><p>Mor (A, B) ensemble des mor-</p><p>phismes de A dans B.</p><p>Mr (X) moment d�ordre r de X.</p><p>classe des objets de la cat�-</p><p>gorie</p><p>rang (f) rang de l�application lin�aire (ou semi-lin�aire) f.</p><p>rang (M) rang de la matrice M.</p><p>rang (P) rang de la partie P.</p><p>rang (S) rang de la forme bilin�aire (ou sesquilin�aire) S.</p><p>borne sup�rieure de P.</p><p>borne sup�rieure de f sur</p><p>E.</p><p>Tr (M), tr (M) trace de la matrice carr�e M.</p><p>v valuation.</p><p>Var (X), V (X) variance de X.</p><p>K [X] alg�bre des polyn�mes � une ind�termin�e � coefficients dans K.</p><p>K (X) corps des fractions ration-</p><p>nelles � une ind�termin�e � coefficients dans K.</p><p>K [X1, X2, ..., Xp] alg�bre des polyn�mes � p ind�termin�es.</p><p>K (X1, X2, ..., Xp) corps des fractions rationnelles � p ind�termin�es.</p><p>Symboles</p><p>non P, &#x2308;P n�gation de la relation P.</p><p>P et Q, P &#x2227; Q conjonction des relations P et Q.</p><p>P ou Q, P &#x2228; Q disjonction des relations P et Q.</p><p>P   Q P implique Q.</p><p>&#x2200; quel que soit.</p><p>&#x2203; il existe.</p><p>&#x2205; ensemble vide.</p><p>x &#x2208; E x appartient � E.</p><p>x &#x2209; E x n�appartient pas � E.</p><p>E &#x2282; F E inclus dans F.</p><p>E &#x2284; F E non inclus dans F.</p><p>E = F E �gal F.</p><p>E &#x2260; E diff�rent de F.</p><p>x &#x2261; y (mod. a) x congru � y modulo a.</p><p>x inf�rieur � y.</p><p>x sup�rieur � y.</p><p>x &lt; y x strictement inf�rieur � y.</p><p>x &gt; y x strictement sup�rieur � y.</p><p>f &#x227C; g, f = O(g) f est domin�e par g.</p><p>f &#x227C; g, f = o(g) f est n�gligeable devant g.</p><p>downloadModeText.vue.download 607 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10562</p><p>E/R ensemble quotient de E par R.</p><p>f : E 7 F application de E dans F.</p><p>f(x) est l�image de x par f.</p><p>T &#x22A5; loi de composition interne.</p><p>f &#x2032; &#x2218; f application compos�e des applications f &#x2032; et f, correspondance compos�e des correspondances f &#x2032; et f.</p><p>compl�mentaire de P dans E.</p><p>E � F diff�rence des ensembles E et F.</p><p>b � a diff�rence des �l�ments b et a.</p><p>E &#x2206; F diff�rence sym�trique des ensembles E et F.</p><p>(xi)i&#x2208;I famille d��l�ments index�e par I.</p><p>E &#x22C2; F intersection de E et de F.</p><p>intersection de la famille</p><p>(Pi)i&#x2208;I.</p><p>E &#x22C3; F r�union de E et de F.</p><p>r�union de la famille (Pi)i&#x2208;I.</p><p>x . y xy produit de x et de y.</p><p>&#x3B1; . x &#x3B1;x image du couple (&#x3B1;, x) par une loi de composition externe.</p><p>produit de la suite</p><p>produit de la famille (xi)i&#x2208;I.</p><p>produit de la suite (xn).</p><p>E � F produit cart�sien des en-</p><p>sembles E et F.</p><p>E2 produit cart�sien de l�ensemble E</p><p>par lui-m�me, produit cart�sien.</p><p>produit cart�sien de la famille</p><p>(Ei)i&#x2208;I.</p><p>produit cart�sien de la suite</p><p>En produit cart�sien de n ensembles �gaux � E.</p><p>x + y somme de x et de y.</p><p>somme de la suite</p><p>somme de la famille (xi)i&#x2208;I.</p><p>somme d�une famille de</p><p>sous-espaces vectoriels.</p><p>somme d�une famille</p><p>d�ensembles.</p><p>somme directe d�une famille</p><p>d�espaces vectoriels, de sous-esp�ces vectoriels.</p><p>x1 &#x2227; x2 &#x2227; ... &#x2227; xn�1 produit vectoriel des vecteurs x1, x2, ..., xn�1.</p><p>produit tensoriel des es-</p><p>paces vectoriels E1 et E2.</p><p>n! factorielle n.</p><p>cardinal de l�ensemble des</p><p>arrangements de p �l�ments d�un ensemble � n �l�ments.</p><p>coefficient binomial, cardi-</p><p>nal de l�ensemble des combinaisons de p �l�ments d�un ensemble � n �l�ments.</p><p>{x} ensemble � un �l�ment.</p><p>{x, y} ensemble � deux �l�ments.</p><p>(x, y) couple.</p><p>(x, y, z) triplet.</p><p>[a, b] intervalle ferm� d�origine a et</p><p>d�extr�mit� b.</p><p>]a, b[ intervalle ouvert d�origine a et d�extr�mit� b.</p><p>[a, b[ intervalle semi-ouvert � droite.</p><p>]a, b] intervalle semi-ouvert �</p><p>gauche.</p><p>]� &#x221E;, b] section commen�ante</p><p>ferm�e.</p><p>]� &#x221E;, b[ section commen�ante</p><p>ouverte.</p><p>[a, + &#x221E;[ section finissante ferm�e.</p><p>]a, + &#x221E;[ section finissante ouverte.</p><p>]� &#x221E;, + &#x221E;[ droite num�rique.</p><p>[� &#x221E;, + &#x221E;] droite num�rique achev�e.</p><p>[a, b] segment d�extr�mit�s a et b.</p><p>(x|y) produit scalaire des vecteurs x et y.</p><p>J. D. et E. S.</p><p>symbolisme</p><p>Peu de notions sont aussi controvers�es que celle de symbolisme et d��cole symboliste. Verlaine d�j� s��criait :</p><p>� Symbolisme ? Connais pas ! Ce doit �tre un mot allemand ! � Et plus d�un po�te r�put� symboliste n�accepterait l��tiquette que du bout des l�vres, comme un terme commode et rien de plus. Quant aux critiques et aux historiens, ils ont souvent tendance � en �largir les contours jusqu�� n�y plus voir qu�un avatar � ou la queue � du romantisme.</p><p>LE COURANT</p><p>Le symbolisme a pourtant sa r�alit� et son originalit�, qu�on le consid�re dans son d�roulement chronologique, dans son extension g�ographique ou dans son contenu esth�tique et ses</p><p>manifestations.</p><p>Si ses racines doivent �tre cherch�es dans le romantisme allemand, dans la philosophie de Hegel et de Schopenhauer, dans le pr�rapha�lisme anglais et l�oeuvre de Swinburne, dans la tradition �sot�rique du XIXe s., ses origines et sa naissance sont fran�aises.</p><p>Une � crise d��mes �</p><p>Vers 1880 prend corps dans la jeunesse litt�raire et artistique un �tat d�esprit fait � la fois de fr�missement devant la vie et de lassitude d�sabus�e � l��gard d�une civilisation trop vieille. On se sent �galement solidaire et prisonnier du monde moderne, exil� au coeur d�un univers hostile et fascinant. Ce n�est pas encore le symbolisme, mais seulement la sensibilit� d�cadente. Dans les caf�s et les tavernes se r�unissent des clubs qui s�appellent Hydropathes, Hirsutes, Zutistes, Je-m�en-foutistes ; Rodolphe Salis (1851-1897) cr�e le cabaret du Chat-Noir (1881) ; des revues apparaissent, comme Lut�ce, la Nouvelle Rive gauche. �mile Goudeau (1849-1906), le fondateur des Hydropathes, chante la ville et ses Fleurs de bitume (1878). Alphonse Allais (1855-1905), Charles Cros (1842-1888) introduisent dans la vie et le langage la dimension de l�absurde. Maurice Rollinat (1846-1903) avec ses paroxysmes des N�vroses (1883) et Jules Laforgue*</p><p>avec ses complaintes douces-am�res expriment leur angoisse sur des registres divers.</p><p>La d�cadence a ses ma�tres, ses</p><p>mod�les. Dans les Essais de psychologie contemporaine (1883), Paul Bourget (1852-1935) consacre des �tudes � Stendhal, � Taine, � Renan, � Flaubert et surtout � Baudelaire. En 1884, Verlaine* r�v�le dans ses Po�tes maudits les oeuvres alors pratiquement inconnues de Mallarm�, de Cros, de Corbi�re et de Rimbaud. La m�me</p><p>ann�e, J.-K. Huysmans* d�finit dans �</p><p>rebours le type de l�esth�te d�cadent.</p><p>Son h�ros, Flor�as des Esseintes, vit confin� dans un univers artificiel de sensations rares et de r�veries nourries des oeuvres de Poe, de Baudelaire, de Verlaine, de Mallarm�, de Gustave Moreau ; son extr�me lucidit� le</p><p>condamne � une angoisse sans recours.</p><p>Tous ceux qui devaient jouer un r�le dans le symbolisme ont, � des degr�s divers, connu cette � crise d��mes � de 1880-1885. Dans sa revue les Taches d�encre (1884-85), Maurice Barr�s publie un essai sur Baudelaire. En 1889</p><p>encore, les Serres chaudes de Maurice Maeterlinck sont plus d�cadentes que symbolistes. Il en est de m�me en 1891</p><p>de l�Andr� Walter d�Andr� Gide. �</p><p>dix-huit ans, le jeune Val�ry ne jure que par � rebours, sa � Bible �. Le premier recueil de Milosz (1899) s�intitule le Po�me des d�cadences. Et des �crivains comme Jean Lorrain (1855-1906) et Robert de Montesquiou-Fezensac prolongent jusqu�aux premi�res ann�es du XXe s. une atmosph�re d�cadente.</p><p>Cependant, l�esprit d�cadent comme ph�nom�ne collectif dispara�t apr�s 1885, malgr� les efforts d�Anatole Baju pour lancer en 1887, avec le soutien �ph�m�re de Verlaine, une �cole d�cadente. Des pr�occupations id�ologiques et esth�tiques nouvelles s�affirment. Les jeunes po�tes commencent � fr�quenter rue de Rome les � Mardis �</p><p>de Mallarm�. Ils y apprennent � donner un sens aux aspirations qui les appelaient au-del� des raffinements et des d�go�ts de la d�cadence, et � chercher un fondement m�taphysique � la po�-</p><p>sie ; ils retiennent aussi de l�exemple et de la parole du ma�tre que l�art doit �tre herm�tique et r�serv� aux initi�s. Ils se tournent �galement vers A. Villiers*</p><p>de L�Isle-Adam, qui r�pand les th�mes id�alistes : le monde o� nous vivons n�est qu�un r�ve o� nous projetons les reflets de notre Moi. Enfin, �douard Dujardin (1861-1949), dans la Revue wagn�rienne, qu�il cr�e en 1885, et �douard Schur� (1841-1929), dans le Drame musical, r��dit� la m�me ann�e, d�veloppent d�apr�s le ma�tre de Bayreuth l�id�e d�une solidarit� fondamentale entre les arts.</p><p>Une conscience commune</p><p>Le 18 septembre 1886, Jean Mor�as publie dans le suppl�ment litt�raire du Figaro un article en forme de manifeste qu�on tient commun�ment pour l�acte de naissance du symbolisme.</p><p>En fait, ce texte est sans grande port�e</p><p>th�orique et ne manque pas de confusion, dans la pens�e comme dans la langue. Il a surtout le m�rite de cristalliser autour du mot symbolisme les tendances qui se cherchent.</p><p>Aussi bien ne s�agit-il pas d�une �cole qui s�organise autour d�une doctrine, mais d�une conscience commune qui se d�couvre. Les le�ons de Mallarm� ont �t� pr�f�r�es � l�exemple de Verlaine, l�id�e � la sensation, le r�ve � l� vie, la musique pure � la chanson.</p><p>On �labore une conception exigeante de la po�sie, dans ses buts comme dans sa facture ; on met l�accent sur la valeur suggestive du langage, qui ne sera pleinement exploit�e que par un emploi s�r et savant des mots. On se r�-</p><p>f�re � la formule de Mallarm� dans son Avant-dire au Trait� du Verbe (1886) de Ren� Ghil (1862-1925), qui �tablit la fonction po�tique du langage, m�-</p><p>diateur magique entre le r�el et l�id�e :</p><p>� Je dis : une fleur ! et, hors de l�oubli downloadModeText.vue.download 608 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10563</p><p>o� ma voix rel�gue aucun contour, en tant que quelque chose d�autre que les calices sus, musicalement se l�ve, id�e rieuse ou alti�re, l�absente de tous bouquets. �</p><p>Mais si l�on se r�clame du symbole comme du secret de la po�sie, sa d�finition manque de clart� : il est pour certains, quoi qu�ils en disent, peu diff�rent de l�all�gorie, pour les wagn�-</p><p>riens formulation du mythe, correspondance pour ceux qui n�ont pas oubli� Baudelaire, d�chiffrement du myst�re par la suggestion pour les disciples de Mallarm�.</p><p>Les convergences qui s��tablissent n�emp�chent pas les luttes int�rieures.</p><p>En 1888, Ren� Ghil se s�pare de</p><p>Mallarm� et d�veloppe sa th�orie de l�instrumentation verbale, qui s�duira quelque temps Stuart Merrill : elle s�appuie sur des relations rigoureuses, qu�il pr�tend m�me scientifiquement �tablies entre les sons des voyelles, les couleurs et les instruments de musique.</p><p>On dispute du vers libre, de ses ori-</p><p>gines, de sa nature, de sa fonction. Il est pour Laforgue la modulation fid�le d�une psychologie mobile. Gustave Kahn, tout en observant qu�il doit permettre � � chacun d��couter la chanson qui est en soi et de la traduire le plus strictement possible �, veut organiser la strophe selon une unit� � la fois structurale et th�matique. Mallarm� r�pugne � cette technique, et son � On a touch� au vers ! � r�pond au cri de F. Viel�-Griffin : � Le vers est libre ! �</p><p>Les nombreuses � et le plus souvent �ph�m�res � revues qui paraissent dans les ann�es 1886-1888 se font l��cho de tous ces d�bats : la Vogue, le Symboliste, la Wallonie, �crits pour l�art, la Revue ind�pendante...</p><p>La formalisation</p><p>du syst�me</p><p>� partir de 1889 commence une nouvelle phase. Cette ann�e-l� paraissent, outre une r�union d�articles de Mor�as sous le titre les Premi�res Armes du symbolisme, deux ouvrages th�oriques importants. L�un est l�Art symboliste (1889), o� Georges Vanor relie les conceptions esth�tiques du symbolisme � un symbolisme universel, �so-t�rique ou religieux : � l�univers n�est que le symbole d�un autre monde �, c�est � le livre de Dieu �. Par le jeu des analogies � des symboles �, le po�te le d�chiffrera et atteindra au surnaturel et au myst�re original. Dans la Litt�rature de tout � l�heure (1889), Charles Morice (1861-1919) repr�sente l�art comme un sacerdoce, menant au Vrai par le Beau, ramenant aux sources l�-</p><p>gendaires et religieuses, suscitant un mysticisme nouveau, fond� sur � la Loi de l�analogie et l��vangile des correspondances �. En 1893, dans l�Id�alisme, Remy de Gourmont (1858-1915) syst�matise les rapprochements d�j� �tablis entre la philosophie id�aliste et le symbolisme, faisant de ce dernier la forme esth�tique de cette � v�rit� nouvelle �, � �vang�lique et merveilleuse, lib�ratrice et r�novatrice � qu�est le</p><p>� principe de l�id�alit� du monde �.</p><p>Ainsi, qu�il s�agisse de doctrines �so-t�riques ou religieuses, de syst�me philosophique, le symbolisme devient une explication du monde, et la po�sie se fait moyen de connaissance. Dans les m�mes ann�es, Albert Aurier (1865-</p><p>1892) consacre sa critique d�art dans le Mercure de France � d�finir, par opposition � l�impressionnisme, une peinture id�iste ou symboliste, repr�sent�e par Gauguin, Van Gogh, C�zanne.</p><p>De nouvelles revues sont appa-</p><p>rues : le Mercure de France, la Revue blanche, les Entretiens politiques et litt�raires, la Plume, l�Ermitage, qui seront plus durables que leurs a�n�es.</p><p>Une seconde g�n�ration s�annonce avec de jeunes �crivains comme Gide*, Val�ry*, Claudel*, Francis Jammes, Paul Fort. L�enqu�te men�e par Jules Huret (1864-1915) sur l�� �volution litt�raire � (1891) se solde par un triomphe du symbolisme sur le naturalisme, interpr�t� comme celui du spiri-tualisme sur le mat�rialisme.</p><p>� cette formalisation d�un syst�me, quelle oeuvre po�tique r�pond ? Ne par-lons pas de Mallarm�, ma�tre reconnu des symbolistes et, un peu malgr� lui, leur conscience. Ni de Villiers de L�Isle-Adam, � portier de l�Id�al �, selon le mot de Remy de Gourmont.</p><p>Tous deux repr�sentent certes un accomplissement du symbolisme, mais ils le d�passent par leur propre destin comme par leur oeuvre, qui est en grande partie ant�rieure � 1885.</p><p>Parmi les cr�ateurs et les animateurs du symbolisme, certains se complaisent dans la r�verie sentimentale sans oser s�aventurer jusqu�aux sources obscures de la conscience et � l�onirisme : il en r�sulte tout un courant �l�giaque, perm�able � l�influence de Verlaine, des po�mes d�Ephra�m Mikha�l (1866-1890) � ceux d�Albert Samain (Au jardin de l�Infante, 1893).</p><p>D�autres se contentent de la l�gende comme succ�dan� du mythe et tracent sur leurs itin�raires d��vasion une imagerie f�erique et pseudo-m�di�vale : ainsi Gustave Kahn avec Domaine de f�e (1895), A. Ferdinand H�rold avec les Chevaleries sentimentales (1893), Adolphe Rett� (1863-1930) avec Une belle dame passa (1893), Mor�as</p><p>avec les Cantil�nes (1886). Les recherches linguistiques de Ren� Ghil et les Gammes (1887) de Stuart Merrill (1863-1915), qui s�en inspirent, sont, en fin de compte, bien timides. Henri de R�gnier (1864-1936) est d�s ses d�-</p><p>buts (Po�mes anciens et romanesques, 1887-1889, 1890, Tel qu�en songe, 1892) un symboliste mod�r� et pr�f�re la petite fl�te qui fait chanter la for�t aux puissantes combinaisons symphoniques que laissent pressentir les le-</p><p>�ons de Wagner. Francis Viel�-Griffin (1863-1937) est peut-�tre le plus original de nos po�tes symboliques, ma�tre du vers libre, pr�f�rant la joie, la vie</p><p>� belle du bel espoir � � l��vasion et au r�ve (la Clart� de vie, 1897).</p><p>Diversit� et divergences</p><p>Mais ces po�tes ne tarderont pas � s��loigner du symbolisme. Mor�as, le premier, fonde en 1891 l�� �cole romane �. Stuart Merrill glisse vers un chant proche de la nature dans les Petits Po�mes d�automne (1895), avant d�atteindre un large souffle humain dans Une voix dans la foule (1909).</p><p>Gustave Kahn s�ouvre � l�inspiration populaire et � la vie du terroir. Adolphe Rett� prend parti contre Mallarm� en 1895. Henri de R�gnier �volue vers un classicisme de l�inspiration et de l�expression (les M�dailles d�argile, 1900 ; la Cit� des eaux, 1902 ; la Sandale ail�e, 1906) et sera en 1911 le premier symboliste �lu � l�Acad�mie.</p><p>Quant � la g�n�ration de Gide, de Va-l�ry, de Francis Jammes, de Paul Fort, c�est dans des voies diff�rentes qu�elle s�accomplira.</p><p>La fa�on m�me dont se dissolvent ainsi les valeurs symbolistes aux environs de 1895 montre qu�elles n�ont pas �t� dans l�existence de ces po�tes la qu�te obstin�e � laquelle s��tait consacr� Mallarm� ; ceux-ci ont v�cu le symbolisme comme une prise de conscience et un passage plus que comme une exigence fondamentale.</p><p>Le symbolisme fran�ais est indissolublement li� au symbolisme belge.</p><p>C�est autour de la revue la Jeune Belgique, fond�e en 1881, que s��tait manifest� un esprit nouveau dans la litt�rature belge d�expression fran�aise : on y d�fend le naturalisme, l�art pour l�art, la d�cadence. Une rupture amorc�e en 1886 par la cr�ation de la revue la Wallonie par Albert Mockel (1866-1945) est consacr�e en 1887 apr�s la publication du Parnasse de la Jeune</p><p>Belgique : partisans de l�art pour l�art et symbolistes se s�parent.</p><p>Georges Rodenbach (1855-1898) a</p><p>attach� son nom � un climat de m�lancolie d�cadente, dont toutes les composantes sont r�unies dans son roman Bruges-la-Morte (1892). Charles Van Lerberghe (1861-1907) est peut-�tre le plus purement symboliste. Sa Chanson d��ve (1904) est, avant la Jeune Parque, le po�me musical de l��veil d�une conscience vierge � la vie et au monde. Mais les personnalit�s les plus marquantes sont celles de Maurice Maeterlinck et d��mile Verhaeren. L�oeuvre strictement po�tique de M. Maeterlinck* est br�ve : elle se r�duit � deux courts recueils, Serres chaudes et Quinze Chansons (1900), le premier lourd d�une angoisse fi�vreuse, l�autre d�ployant l�imagerie symboliste dans une savante fluidit�. E. Verhae-ren*, au contraire, est un po�te ample et abondant, qui, parti d�une inspiration romantique et parnassienne (les Flamandes, 1883 ; les Moines, 1886), en arrive, apr�s une crise physique et morale que jalonnent les hallucinations des Soirs, des D�b�cles (1888) et des Flambeaux noirs (1890), � un lyrisme puissant de la vie moderne (les Villes tentaculaires, 1895 ; les Forces tumultueuses, 1902 ; la Multiple Splendeur, 1906 ; les Rythmes souverains, 1910).</p><p>Avec lui, le symbolisme belge, � la diff�rence de ce qui s�est pass� en France, s�est orient� vers le monde contemporain et ses probl�mes, s�ouvrant, au lieu de les rejeter, � certaines conceptions de l�art social.</p><p>Un roman</p><p>impressionniste</p><p>Le manifeste de Mor�as pr�conisait un</p><p>� roman symbolique � fond� sur une vision subjective du r�el. D�autre part, les publications de Teodor de Wyzewa (1863-1917) et le Roman russe (1886) d�Eug�ne Melchior de Vogu� (1848-1910) font conna�tre les litt�ratures �trang�res � du Nord �. Mais les premi�res tentatives romanesques des symbolistes se r�duisent souvent � une simple technique impressionniste habill�e du pire jargon symboliste. Tel est le cas des nouvelles de Mor�as et Paul Adam r�unies sous le titre le Th� chez Miranda en 1886. M�me Dujardin, qui,</p><p>dans Les lauriers sont coup�s (1888), pr�tend adapter au roman les proc�d�s de composition de Wagner, se d�gage mal d�un impressionnisme psychologique dans lequel on a vu la source du monologue int�rieur. Barr�s*, dans downloadModeText.vue.download 609 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10564</p><p>Sous l�oeil des barbares (1888), Un homme libre (1889), le Jardin de B�r�-</p><p>nice (1891), trace bien cette � aventure int�rieure dans un d�cor plus sugg�r� que d�crit � dont parlait Mor�as, mais l�aventure, si elle a des attaches symbolistes, est d�j� purement barr�sienne.</p><p>En fin de compte, c�est peut-�tre dans la Sixtine (1890) de Remy de Gourmont qu�on trouve la formule la plus achev�e du roman symboliste.</p><p>Un th��tre pour l�esprit</p><p>Le th��tre a fascin� les symbolistes.</p><p>Ceux-ci ont r�v� apr�s Wagner d�un th��tre total ; ils ont pens� que le drame devait s�adresser � l�esprit plus qu�au regard et qu�il pouvait le faire sans d�concerter le spectateur s�il pr�sentait plusieurs niveaux de signification.</p><p>Ils ont eu leurs sc�nes avec le th��tre d�Art, fond� en 1890 par le jeune Paul Fort, et le th��tre de l�OEuvre, fond� en 1893 par Lugn�-Poe.</p><p>Axel, publi� en 1890, apr�s la mort de Villiers de L�Isle-Adam, et repr�-</p><p>sent� en 1894, apparut comme l�oeuvre exemplaire. Parmi les titres les plus caract�ristiques, on retiendra la Fille aux mains coup�es (1893) de Pierre Quillard, myst�re aux personnages sans nom qui se d�roule hors du temps et de l�espace, et la L�gende d�Antonia (1891-1893) d��douard Dujardin.</p><p>Plus que dans ses po�mes, Saint-Pol Roux (1861-1940) r�alise la pl�nitude des th�mes symbolistes dans la Dame � la faulx (1899). Mais le dramaturge du symbolisme reste Maurice Maeterlinck, avec ses pi�ces haletantes et angoiss�es qui sugg�rent le myst�re et le tragique de la vie � travers un univers de symboles ; ainsi la Princesse Maleine (1889), l�Intruse (1890), les Aveugles (1890), Pell�as et M�lisande</p><p>(1892). Cependant, en 1890, un jeune inconnu avait publi� son premier drame � cent exemplaires : Claudel donnait d�embl�e, avec T�te d�or, sa puissance mythique au symbolisme.</p><p>M�tamorphoses et</p><p>traditions nationales</p><p>� partir de 1895, le symbolisme est abandonn�, quand il n�est pas vigoureusement battu en br�che, par une nouvelle g�n�ration plus sensible aux valeurs de la vie et de la nature qu�� celles du r�ve et de l�id�al : c�est le temps des nourritures terrestres.</p><p>On ne peut dire, pourtant, que le symbolisme est mort. Il se m�tamorphose plut�t dans quelques-unes des grandes oeuvres du XXe s. Le Val�ry de la Jeune Parque (1917) et de Charmes (1922) n�est plus symboliste, ni le Claudel des Cinq Grandes Odes (1904-1910) ; mais l�un a conserv� de ses convictions de 1890 le sens de l�autonomie de la po�sie et de la perfection technique, et l�autre renouvelle par sa foi catholique l�� explication orphique du monde �</p><p>que Mallarm� assignait pour but � la po�sie. Milosz, Victor Segalen suivent dans leur aventure spirituelle et esth�-</p><p>tique une voie ouverte dans les grandes recherches de 1885-1890.</p><p>La vie du symbolisme se poursuit �galement en Europe et dans le monde entier. Il �tait vou� d�s ses origines au cosmopolitisme. Mor�as n��tait-il pas grec, Stuart Merrill et Viel�-Griffin am�ricains, Teodor de Wyzewa polonais ? D�autre part, l�Allemand Stefan George* est un familier de la rue de Rome, comme les Britanniques Arthur Symons et George Moore. Le Hollandais Ary Prins (1860-1922) est un ami de Huysmans. Le Hongrois</p><p>Endre Ady et d�autres encore viennent s�journer quelque temps � Paris. Des revues � vocation internationale circulent � travers l�Europe. D�s 1885, la revue hollandaise De Nieuwe Gids (le Nouveau Guide) publie les jeunes �crivains fran�ais. En 1890, Kasimir Leino (1866-1919), rentrant de Paris, fait conna�tre Verlaine, Mallarm�, Mo-r�as en Finlande. La po�sie symboliste fran�aise et belge se r�pand rapidement et suscite dans de nombreux pays</p><p>des orientations litt�raires nouvelles.</p><p>Cette diffusion prend naturellement des formes diverses selon les nationalit�s et aussi les personnalit�s. D�une fa�on g�n�rale, elle est fond�e sur une conception �largie du symbolisme, qui englobe Baudelaire et s�appuie plut�t sur Verlaine que sur Mallarm�. D�autre part, elle s�adapte en rejoignant les traditions nationales ou populaires, ou en se confondant avec d�autres tendances.</p><p>En Allemagne, la p�n�tration du</p><p>symbolisme belge a �t� rapide : Ve-rhaeren et Maeterlinck ont �t� tr�s vite traduits et �tudi�s. Mais le r�le d�terminant a �t� celui de Stefan George.</p><p>Celui-ci traduit Baudelaire, Verlaine, Mallarm�, Rimbaud et aussi Dante Gabriel Rossetti, Swinburne, Dow-son, Willem Kloos, Albert Verwey, D�Annunzio, Wac&#x142;aw Rolicz-Lieder.</p><p>Il fonde en 1892 la revue Bl�tter f�r die Kunst (Feuilles pour l�art), qui acquiert une r�putation internationale.</p><p>Il publie en 1892 Algabal, un grand po�me o� interf�rent les influences d�cadentes et les exigences mallar-m�ennes. Cependant, il ne tarde pas � s��loigner de cette premi�re inspiration et, malgr� des initiatives comme la revue internationale Pan, on ne peut parler d�un groupe symboliste allemand. Peut-�tre parce que le romantisme de l�Allemagne, sa philosophie, son esth�tique musicale (et particuli�-</p><p>rement le wagn�risme) sont trop �troitement m�l�s aux sources et au destin du symbolisme, celui-ci reste pr�sent sans jouir d�une existence autonome.</p><p>Ses tendances se heurteront d�ailleurs � celles de l�expressionnisme et, bient�t, de l�avant-garde.</p><p>L�influence de Verlaine a �t� plus forte en Autriche. Elle s�est conjug�e � celle de Baudelaire, de Huysmans, de Villiers de L�Isle-Adam, introduits par Hermann Bahr (1863-1934), et s�est notamment exerc�e sur les po�tes</p><p>� fin de si�cle � de la Jung-Wien, qui se retrouvaient en elle, tels Leopold von Andrian-Werburg (1875-1951). Felix D�rmann (Felix Biedermann) [1870-1928], auteur de recueils aux titres caract�ristiques de Neurotica (1889) et de Sensationen (1892). Les deux grands po�tes autrichiens du d�but de ce si�cle sont �galement tributaires du</p><p>symbolisme dans leurs d�buts. Hugo von Hofmannsthal* collabore aux</p><p>Bl�tter f�r die Kunst et commence par professer un � id�alisme magique � qui se r�f�re � Novalis, mais qui n�ignore ni Swinburne, ni Baudelaire, ni Mallarm�. Rainer Maria Rilke* n�est pas �loign� dans ses premiers recueils des Chansons de Maeterlinck, et la qu�te obstin�e de l�invisible qui oriente son oeuvre enti�re nous incite � voir en lui, comme en Claudel, en Val�ry ou en Milosz, un de ces hommes qui ont approfondi le message symboliste.</p><p>Prague fait alors partie de l�Empire austro-hongrois et, quelle que soit la force grandissante du mouvement national et culturel tch�que, est sensible aux impulsions venues de Vienne ou d�Allemagne. Julius Zeyer (1841-1901), qui a voyag� � travers l�Europe et s�est notamment li� avec Odilon Redon et Huysmans, ram�ne dans son pays des images d�esth�tes d�cadents.</p><p>La Modern� Revue, fond�e en 1894, r�pand cet esprit de d�cadence, qui atteindra son apog�e aux environs de 1900 et tendra � l�esth�tisme.</p><p>Comme l�Allemagne, l�Angleterre</p><p>pouvait sembler pr�par�e au symbolisme. Le pr�rapha�lisme* avait cr�� avant 1870 l�atmosph�re vaporeuse du r�ve et des figures id�ales. D�autre part, George Moore (1852-1933) avait, en 1891, fait conna�tre Rimbaud et Verlaine (Two Unknow Poets), et Arthur Symons (1865-1945) avait publi� en 1899 The Symbolist Movement (le Mouvement symboliste en litt�rature), o�, de l�oeuvre de Mallarm� et de celle de Villiers de L�Isle-Adam � la premi�re d�Ubu roi, les aspects divers de la litt�rature nouvelle �taient pr�sent�s au public anglais.</p><p>Cependant, la protestation des artistes contre la soci�t� victorienne avait pris des formes voisines de certaines manifestations d�cadentes. Le satanisme de Swinburne*, proche de celui de Baudelaire et de Poe (Laus Veneris, 1866), se prolonge dans les raffinements morbides d�Oscar Wilde* et les gravures d�Aubrey Vincent Beardsley (1872-1898), fondateur de la revue The Yellow Book (1894-95). Quand, � partir de 1891, de jeunes po�tes comme</p><p>Richard Le Gallienne, Arthur Symons, W. B. Yeats*, Ernest Downson, Lionel Johnson se r�unissent chaque semaine � Londres au Rhymer�s Club, c�est plus dans un esprit d�cadent et � fin de si�cle � que par r�f�rence � l�exemple de Mallarm� et du symbolisme. Cependant, la curiosit� de Yeats pour l��sot�-</p><p>risme et la th�osophie le rapproche de la recherche symboliste de l�unit� ; il fr�quentera d�ailleurs des cercles �so-t�riques dans les deux s�jours qu�il fera � Paris en 1892 et en 1896.</p><p>Plus que le po�te irlandais, c�est T. S. Eliot*, d�origine am�ricaine, mais Anglais d�adoption, qui incarne l�h�ritage anglo-saxon de la d�cadence et du symbolisme. Ses premiers vers, Prufrock (1917) et Poems (1919), rappellent Corbi�re et Laforgue. The Waste Land (la Terre vaine, 1922), dont les assises sont la l�gende du Graal, les livres d�Adonis, Attis, Osi-ris, la mythologie hindoue, constitue une synth�se des ambitions et des d�-</p><p>marches du symbolisme. Les dates de ces oeuvres montrent combien durable a pu �tre la trace de l��cole de 1886-1895 dans la litt�rature europ�enne.</p><p>Viel�-Griffin et Stuart Merrill (qui y s�journa de 1885 � 1889 et en 1890) auraient pu �tre les introducteurs du symbolisme aux �tats-Unis. Il n�en fut rien. C�est essentiellement par le canal de la critique anglaise qu�apr�s 1890</p><p>Baudelaire, Verlaine, Mallarm� sont introduits outre-Atlantique. Si, dans les derni�res ann�es du si�cle, Richard Hovey (1864-1900) traduit des po�mes de Verlaine, de Mallarm�, de Maeterlinck et le th��tre de ce dernier, c�est l�influence de Verlaine qui est pr�pond�rante jusqu�aux environs de 1910 ; elle se manifeste en particulier sur les po�tes canadiens de langue anglaise.</p><p>downloadModeText.vue.download 610 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10565</p><p>� partir de 1912, l�imagisme</p><p>s�organise autour de po�tes comme F. S. Flint et Ezra Pound*. Ceux-ci ne cachent pas tout ce qu�ils doivent au symbolisme. Quand John Gould Fletcher (1886-1950) �crit The Vowels,</p><p>il pense � Rimbaud ; James Gibbons Huneker (1860-1921) est fortement influenc� par Huysmans dans Painted Veils (1929) ; et F. S. Flint dira de lui-m�me, d�Ezra Pound et de Thomas Ernest Hulme (1883-1917) : � Nous avons subi une tr�s grande influence du moderne symbolisme fran�ais. � Mais l�imagisme est bien diff�rent du symbolisme. L�image est pour ces po�tes</p><p>� ce qui pr�sente un complexe intellectuel et �motionnel dans une fraction de temps �. �non�ant quelques pr�ceptes dans la revue Poetry de mars 1913, Ezra Pound d�clare qu�il faut traiter</p><p>� directement � le sujet, bannir tout mot inutile, composer une s�quence comme une phrase musicale, sur le battement du m�tronome. On est plus pr�s de l�avant-garde des ann�es 1910-1920</p><p>et m�me de l�expressionnisme que du symbole et de la musique du vers.</p><p>Esth�tique de transition, l�imagisme est nettement tourn� vers la po�sie du XXe s.</p><p>Dans les pays slaves, la fortune du symbolisme a �t� presque imm�diate.</p><p>Le mouvement de la � Jeune Pologne �</p><p>est � la fois national et artistique. Il prend racine dans la tradition populaire et patriotique, mais se tourne aussi vers l�Europe occidentale et surtout vers la France, images de libert� politique et intellectuelle. Stanis&#x142;aw Wyspia&#x144;ski*, qui meurt en 1907 � trente-huit ans, est l��me du mouvement ; peintre, illustrateur, po�te, dramaturge, traducteur, animateur politique, il repr�sente bien dans ses activit�s multiples les tendances diverses du mouvement, o� se joignent, du point de vue litt�raire et artistique, la tradition du romantisme visionnaire et les id�es nouvelles.</p><p>Son catholicisme entra�ne Wyspianski vers le Moyen �ge et les cath�drales gothiques, son romantisme vers un mysticisme politique et social. Mais il n�ignore pas Maeterlinck, dont proc�de sa pi�ce les Noces (Wesele), donn�e en 1901 � Cracovie, et il r�pand en Pologne la th�orie du drame wa-gn�rien. Son a�n� d�un an. Stanis&#x142;aw Przybyszewski (1868-1927) �crit la premi�re partie de son oeuvre en allemand. En 1898, il s�installe � Cracovie et se convertit � sa langue natale. Son satanisme, son illuminisme fascinent ses disciples, qui s�appellent � fils de Satan �. Przybyszewski a lu Barbey</p><p>d�Aurevilly, Huysmans, Verlaine, Laforgue et il admire les dessins de F�licien Rops. La revue &#x17B;ycie (la Vie), dont il prend la direction, est ouverte aux grandes orientations europ�ennes de la d�cadence, du symbolisme et de l�occultisme. Aupr�s de ces deux po�tes, Jan Kasprowicz (1860-1926) allie l�image de Baudelaire � un r�ve m�di�val, Georges Tetmajer est d�cadent � la mani�re de Jean Lorrain, Bo&#x142;eslaw Le&#x15B;mian (1878-1937) [qu�on a parfois rapproch� de Jarry], plus soucieux d�alchimie verbale, corrode par l�humour la fascination du fantastique.</p><p>Mentionnons enfin le r�le de la revue Chimera, o� parurent de nombreuses traductions, notamment celle d�Axel en 1901. Sensible aux influences allemandes autant qu�aux influences fran-</p><p>�aises, ancr� dans une tradition qui remonte au d�but du si�cle, le mouvement de la Jeune Pologne repr�sente une �tape originale dans le d�veloppement du symbolisme.</p><p>Dans la Russie imp�riale de 1890, le recours � l�Occident est �galement la manifestation d�un esprit progressiste. Lorsqu�en 1892 Semen Afanas-sievitch Venguerov (1855-1929) pr�-</p><p>sente la nouvelle po�sie dans Vestnik Ievropy (le Messager de l�Europe), un groupe symboliste existe d�j� en Russie. Valeri Iakovlevitch Brioussov (1873-1924) fait figure de chef de file.</p><p>Il publie en 1894-95 les trois cahiers intitul�s les Symbolistes russes. En 1895, ses Chefs-d�oeuvre s�inspirent de Baudelaire, de Verlaine, de Rimbaud, de Viel�-Griffin, d�Henri de R�gnier ; en 1897, Me meum esse d�veloppe le th�me que le monde est la repr�sentation que s�en fait le po�te d�miurge.</p><p>K. D. Balmont*, Dans l�immensit� (1895), est plus pr�occup� de probl�mes techniques et de structure du vers, et Dmitri S. Merejkovski, dans Symboles (1892), de messianisme et de mysticisme. L�unit� du groupe ne fut pas durable. Brioussov se s�pare de la revue Novyi Pout (Nouvelle Voie), o� le groupe s�exprimait, pour fonder Vessy (la Balance), qui aura Ren� Ghil comme collaborateur r�gulier. � partir de 1904, il �volue vers une po�sie n�o-classique et s�oppose � l�exaltation mystique de Merejkovski et de ses disciples.</p><p>Une seconde g�n�ration est celle des po�tes qui ont vingt ans en 1900, comme Aleksandr Aleksandrovitch</p><p>Blok* et Andre� Bely�* ; leur ma�tre est Vladimir Solovev, mort en 1900, id�aliste et mystique, pour qui la po�-</p><p>sie �tait exp�rience spirituelle. Ils ont moins de liens avec la France que les collaborateurs de Novyi Pout et sont plus ouverts aux influences germaniques ainsi qu�aux sources nationales ; les pr�occupations esth�tiques les retiennent moins que la philosophie et la mystique.</p><p>La vie f�conde et tourment�e du</p><p>symbolisme russe se heurte � partir de 1910 au futurisme, � l�acm�isme, � toutes les formes de l�avant-garde, qu�il a contribu� � cr�er, mais qui se d�tachent de lui en se tournant r�solument vers l�avenir et en mettant au premier plan les probl�mes d��criture.</p><p>Dans d�autres pays de l�Europe centrale, le rayonnement du symbolisme est plus tardif. En 1892. Alexandru Macedonski (1854-1920) publie en Roumanie un manifeste qui se r�clame du symbolisme et de l�instrumentisme de Ren� Ghil, mais c�est apr�s 1905</p><p>seulement que les id�es symbolistes se r�pandent dans le pays avec la revue Via&#x163;a nou&#x103; (Vie nouvelle). En Bulgarie, les r�f�rences symbolistes sont post�rieures � 1900 et se prolongent jusqu�apr�s la guerre, notamment avec la revue Hyperion ; elles concernent d�ailleurs plus Verlaine, A. Samain et M. Rollinat que Mallarm�. Et, si un courant d�cadent, volontiers blasph�-</p><p>matoire, appara�t dans la po�sie hongroise � la fin du si�cle (Tristia de G�za Szil�gyi [1875-1958], 1896), il faut attendre le troisi�me recueil d�Endre Ady*, Po�mes neufs (1906), et la fondation de la revue Nyugat (Occident) en 1908 pour que se manifeste un �lan po�tique nouveau qui se r�clame de Baudelaire et de Verlaine aussi bien que de l�exemple des peintres impressionnistes. Sang et or d�Ady (1907) et ses recueils suivants sont charg�s de visions hallucin�es et proph�tiques.</p><p>Dezs� Kosztol�nyi* s�inscrit dans la lign�e de Baudelaire. Mih�ly Babits (1883-1941) est plus esth�te et de go�t aristocratique. Ce courant symboliste</p><p>reste vivace de nombreuses ann�es et ne sera balay� que par les bouleversements politiques de l�apr�s-guerre.</p><p>Dans les pays m�diterran�ens de langues latines et en Am�rique du Sud, la fortune du symbolisme prit des formes diverses.</p><p>En Italie, G. D�Annunzio*, n� en 1863, donc contemporain de la g�n�-</p><p>ration symboliste fran�aise, d�veloppe d�s les ann�es 80 tous les grands th�mes de la d�cadence, �gotiste comme Barr�s et esth�te comme Montesquiou. Mais il est peu sensible aux appels purement symbolistes. Il en va de m�me des cr�pusculaires comme Guido Gozzano (1883-1916), Sergio Corazzini (1886-1907), Ferdinando Martini (1841-1928), qui, h�ritiers de la po�sie �l�giaque de Giovanni Pas-coli*, sont proches de Laforgue ou de Jammes par le sens de la banalit� de la vie quotidienne et l�attendrissement devant le r�el. Leur p�riode d�activit� s��tend de 1900 � 1915. � partir de 1910, d�autres mouvements s�affirment, qui, comme le futurisme, sont r�solument tourn�s vers l�avenir, mais qui, paradoxalement, ont peut-�tre plus d�attaches avec le symbolisme. Filippo Tommaso Marinetti (1876-1944), par sa revue Poesia, a beaucoup contribu� � la diffusion des id�es symbolistes.</p><p>Ardengo Soffici (1879-1964) publie en 1911 une �tude sur Rimbaud. Un po�te comme Dino Campana*, issu du groupe fragmentiste, a pu �tre compar� � Rimbaud. Arturo Onofri (1885-1928), enfin, est celui qui participe le plus intens�ment de l�aventure symboliste dans sa qu�te de l�essentiel et son exp�rience de la vie universelle.</p><p>Dans le monde linguistique espagnol commence vers 1890 le mouvement du modernisme, qu�on a parfois assimil� au symbolisme. Il est vrai que des rapprochements s�imposent. Le modernisme est cosmopolite, non seulement parce qu�il est le fait d��crivains venus de pays diff�rents (Rub�n Dar�o*</p><p>est originaire du Nicaragua, Manuel Guti�rrez N�jera [1859-1895] du</p><p>Mexique, Jos� Asunci�n Silva [1865-1896] de Colombie, etc.), mais aussi parce qu�il est ouvert aux influences �trang�res. Dar�o parle de son � galli-</p><p>cisme mental � ; d�autres se r�f�rent � Verlaine, � Rimbaud, � Laforgue. Le modernisme est sensible aux suggestions de la musique, celle de Wagner, celle de Debussy, � la magie de la peinture de Gustave Moreau. C�est un art artistocratique, qui s�oppose aux � barbares �. Mais il est �galement proche du Parnasse par le sens de la Beaut�, et, si ses repr�sentants ont conscience de la n�cessit� d�une r�novation du langage po�tique, ils ont recours � la tradition populaire autant qu�� la recherche savante. Avec le d�but du XXe s., le modernisme se d�tachera de l�esth�-</p><p>tisme pour s�ouvrir aux probl�mes politiques, particuli�rement dans les pays de l�Am�rique latine.</p><p>Au Portugal, un mouvement de re-</p><p>nouveau litt�raire se d�veloppe � partir de 1890 sous des formes diverses : Parnasse, r�alisme, symbolisme.</p><p>Eug�nio de Castro (1869-1944) fit divers s�jours en France et fr�quenta Mallarm�, Ren� Ghil et les cercles symbolistes ; mais, s�il est lui-m�me pr�occup� des probl�mes d�expression po�tique, Laforgue et Verlaine parlent downloadModeText.vue.download 611 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10566</p><p>plus directement � la sensibilit� de ses contemporains et s�incorporent plus ais�ment � la litt�rature nationale. D�-</p><p>cadence et symbolisme continueront d�innerver les tendances qui, au XXe s., seront en relation avec les avant-gardes europ�ennes : Fernando Pessoa (1888-1935) alliera dans un nationalisme culturel valeurs symbolistes et th�mes futuristes.</p><p>Voudrait-on suivre au-del� des langues europ�ennes le destin du symbolisme, on rel�verait qu�en 1905 para�t au Japon une anthologie des symbolistes fran�ais qui a incit� les po�tes japonais � imaginer des structures pro-sodiques nouvelles, ou que les po�tes occidentalistes chinois lui doivent beaucoup. Pour la premi�re fois peut-</p><p>�tre, un mouvement esth�tique atteint � une telle extension et prend ainsi la dimension du monde moderne : n� des aspirations de l�Europe du XIXe s., le</p><p>symbolisme m�ne � l�universalisme intellectuel et esth�tique du XXe s.</p><p>M. D.</p><p>R. Taupin, l�Influence du symbolisme fran-</p><p>�ais sur la po�sie am�ricaine de 1910 � 1920</p><p>(Champion, 1929). / A. J. Former, le Mouvement esth�tique et � d�cadent � en Angleterre, 1873-1900 (Champion, 1931). / G. Michaud, Message po�tique du symbolisme (Nizet, 1947 ; 3 vol.).</p><p>/ A. G. Lehmann, The Symbolist Aesthetic in France, 1885-1895 (Oxford, 1950). / K. Cornell, The Symbolist Movement (Hamden, Connect., 1951 ; nouv. �d., 1970). / C. David, Stephan George, son oeuvre po�tique (I. A. C., Lyon, 1953). / C. Feidelson, Symbolism and American Literature (Chicago, 1953). / G. Donchin, The Influence of French Symbolism on Russian Poetry (La Haye, 1958). / N. Richard, � l�aube du symbolisme (Nizet, 1961). / A. Balakian, The Symbolist Movement : a Critical Appraisal (Westminster, Maryland, 1968). / P. Delsemme, Teodor de Wyzewa et le cosmopolitisme litt�raire en France � l��poque du symbolisme (P. U. F., 1969 ; 2 vol.). / A. Karatson, le Symbolisme en Hongrie, l�influence des po�tiques fran�aises sur la po�sie hongroise dans le premier quart du XXe si�cle (P. U. F., 1969). /</p><p>A. Mercier, les Sources �sot�riques et occultes de la po�sie symboliste, 1870-1914, t. I : le Symbolisme fran�ais (Nizet, 1969). / G. Marie, le Th��tre symboliste (Nizet, 1973).</p><p>LE MOUVEMENT</p><p>SYMBOLISTE DANS</p><p>LES ARTS PLASTIQUES</p><p>Les sources du</p><p>symbolisme artistique</p><p>Dans le domaine artistique aussi bien que dans le domaine po�tique, le symbolisme peut �tre consid�r� comme un approfondissement du romantisme*</p><p>ou, plus exactement, d�s l�instant que, de ce dernier mouvement, on balaie les aspects superficiels qui en ont le plus souvent occult� la raison profonde, comme un retour � ses principes fondamentaux. La tentative de cerner ce qu�il y a justement d�incernable dans les �tats d��me, de porter sur la sc�ne l�indicible et m�me l�invisible, plus g�n�ralement de donner le pas au fantasme sur le r�el et au r�ve sur la banalit�, enfin de consacrer l�id�e aux d�pens de la mati�re, c�est ce qui d�j� apparaissait dans le pr�romantisme</p><p>anglais avec Henry Fuseli et William Blake*, comme dans le romantisme allemand de Caspar David Friedrich, de Philipp Otto Runge et de Carl Gustav Carus. La nostalgie d�un �ge d�or d�avant le p�ch� de la connaissance, qui prend corps dans la peinture avec les nazar�ens, ces Allemands r�fugi�s � Rome au d�but du XIXe s. afin d�y d�couvrir le rem�de � la concupiscence dans le culte d�un art religieux intemporel, se poursuit � partir de 1848 du fait des pr�rapha�lites* anglais, lesquels pensent trouver dans le quattrocento le rem�de souverain contre le rationalisme esth�tique, pour d�boucher de fa�on assez caricaturale dans le bric-�-brac des Salons Rose-Croix de la fin du si�cle, patronn�s par Jos�phin P�ladan (1859-1918). Mais, si l�on y prend garde, les plus grands peintres du symbolisme, Gustave Moreau*, Arnold B�cklin* et Paul Gauguin*, sont tout entiers � cette nostalgie. Et, de diff�-</p><p>rentes mani�res, en Belgique Antoine Joseph Wiertz (1806-1865), en France Th�odore Chass�riau*, Charles M�-</p><p>ryon (1821-1868) et Rodolphe Bresdin (1825-1885) assurent la transmission, du romantisme au symbolisme, d�une vision fantastique des �tres et des lieux qui nous en d�voile comme la face cach�e.</p><p>Le mythe pr�f�r�</p><p>� l�histoire</p><p>Le passage du premier au second de ces mouvements s�accomplit par un d�ni de plus en plus marqu� de l�histoire au profit du mythe. Non pas que les r�f�rences historiques soient absentes en totalit� de l�aire symboliste ou pr�symboliste, mais visiblement elles y jouissent d�une consid�ration infiniment moindre qu�aux yeux des peintres acad�miques ou m�me des romantiques de la veine h�ro�que de Gros* et de Delacroix*. C�est sur ce point, d�ailleurs, que le symbolisme s�inscrira dans la contestation par rapport aux Salons officiels, o� la peinture d�histoire jouit de la plus haute consid�ration, en m�me temps qu�il se refuse � rejoindre Delacroix dans le culte de l��nergie. � l�histoire des �v�nements r�els, il pr�f�re de beaucoup la l�gende, surtout lorsqu�elle prend racine dans une tradition long-</p><p>temps d�daign�e par la culture issue de la Renaissance (ainsi le � Celtic Revival � en Grande-Bretagne) ou dans la litt�rature la plus prestigieuse (Dante et Shakespeare par exemple chez les pr�rapha�lites). C�est que la l�gende autorise une approche du mythe que le respect de la � couleur locale � ou de la v�rit� des faits risque d�entraver, car il ne s�agit � aucun moment de s�en tenir, comme le fit la peinture des �ges classiques dans la majorit� des cas, � une pure et simple illustration de la mythologie, d�ailleurs pr�texte chez les plus grands � d�veloppements de la seule plastique. Le symbolisme se distingue au contraire par une attention port�e � l�essence des mythes, longtemps dissimul�e sous le vernis de la tradition humaniste. En cela, il participe d�un mouvement de l�intelligence et de la sensibilit� auquel appartient �galement la psychanalyse, qui, dans la lointaine geste d�OEdipe, red�couvre les origines de notre plus actuel comportement.</p><p>De l�all�gorie au symbole</p><p>D�ailleurs, la psychanalyse, en �tablissant, comme le fait Claude Girard � propos d�Ernest Jones, la diff�rence fondamentale entre le symbole et l�al-l�gorie, � le symbole �tant une image ayant un contenu inconscient, et l�all�-</p><p>gorie une image libre de tout refoulement �, nous invite � reconna�tre dans le symbolisme artistique le champ par excellence o� s�inscrit cette diff�rence.</p><p>Le parcours op�r� par un m�me mythe dans trois oeuvres du XIXe s. permettra de s�en rendre compte. En 1808, dans OEdipe et le Sphinx, Ingres* fait dialoguer comme dans un salon le h�ros porteur de lumi�re et le monstre issu de la nuit, le premier p�n�tr� de la double supr�matie masculine et occidentale, le second marqu� de la double barbarie f�minine et orientale. En 1864, Gustave Moreau nous montre au contraire le Sphinx agripp� � la poitrine et � la cuisse d�OEdipe ainsi que dans un d�but d��treinte amoureuse : le refoul�, c�est ici le m�lange de fascination et d�horreur que provoque la femme chez Moreau, ce qui fait basculer cette image de la c�l�bration de la sagesse grecque vers une illustration de la guerre des sexes. En 1896, c�est au tour de Fernand Khnopff de nous pr�senter, sous le titre tr�s ambigu l�Art ou les Caresses</p><p>ou le Sphinx, une vision de panth�re � la t�te de femme faisant des c�lins � un Khnopff-OEdipe dont le visage a �t� pos� par la soeur de l�artiste. Le Sphinx se montrant infiniment plus viril ici que son interlocuteur, nul doute que ce tableau ne nous r�v�le un refoul� autrement complexe que celui de Moreau, � savoir une homosexualit� latente de nature masochiste avec fixation inces-tueuse sur la soeur. � travers ces trois exemples, on est donc en mesure d�affirmer que le symbolisme s�accomplit par un renforcement de la pr�sence du refoul� dans le mythe, qui, en m�me temps, concourt � la destruction de sa repr�sentation traditionnelle. Car plus le refoul� s�investit dans le mythe et moins il devient possible de d�crire celui-ci en termes impersonnels.</p><p>Une esth�tique</p><p>du porte-�-faux</p><p>Cependant, le symbolisme, art du cach�, de l�ailleurs, de l�invisible, n�a pas d�autres recours, dans le domaine des arts plastiques, que d�en passer par le truchement du visible, objets ou figures. Les symboles peints ou sculpt�s sont donc des signes qui signifient plus qu�ils ne paraissent, et le plus de signification qu�ils rec�lent indique le refoul�. Ce d�calage entre ce qui est montr� et ce qui est signifi� fortifie par cons�quent tous les autres types de d�-</p><p>calages formels, dont l�art symboliste est particuli�rement prodigue. Ainsi, chez B�cklin, une facture robuste et sensuelle, qui n�est pas si �loign�e de celle de Courbet*, sert-elle � la description de personnages de la Fable : centaures, sir�nes, tritons... Chez Gauguin, les � images chinoises �, comme disait C�zanne*, imposent un style � deux dimensions que d�ment la dimension � la fois voluptueuse et mythique de la couleur port�e � l�incandescence majeure. Chez Gustav Klimt, � l�inverse, le rendu des visages et des chairs en g�n�ral, d�un naturalisme saisissant, se d�coupe sur un d�cor g�om�trique sans profondeur (v. art nouveau). Et si les all�gories de Puvis* de Chavannes et de Hodler* d�roulent � nos yeux un panorama exempt, � premi�re vue, de tout refoulement, le rigorisme m�me de la composition trahit en r�alit� une g�ne secr�te dans le d�ploiement de ces</p><p>nudit�s d�une chastet� si recherch�e.</p><p>Cela pour ne point parler du jardin des �mes qu�explorent sans rel�che les peintres Rose-Croix et dans lequel les pures vestales et autres communiantes n��l�vent si souvent les yeux au ciel que pour ne pas voir quelles obsc�nes excitations elles entretiennent chez ceux qui les peignent ! Si l�art symboliste tout entier est gouvern� par le refoulement et orchestr� par le porte-</p><p>�-faux entre la forme et le sens, reste, downloadModeText.vue.download 612 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10567</p><p>bien entendu, que, lorsque se d�couvre dans la b�ance une �motion assez vigoureuse, la peinture est sauv�e �</p><p>et que, sinon, on ne franchit pas les limites du mi�vre et de l�alambiqu�.</p><p>Mais certains pensent aussi que le m�-</p><p>rite est � la mesure du risque et que, si les symbolistes n��vitent pas toujours le ridicule, ceux qui ne le risquent pas, comme les impressionnistes*, sont de nul m�rite.</p><p>L�id�alisme acad�mique</p><p>Comme avant lui le romantisme et apr�s lui le surr�alisme*, le symbolisme veut voir dans la peinture un moyen beaucoup plus qu�une fin. Cela ne veut pas dire qu�il se d�sint�resse des propri�t�s plastiques, bien au contraire. Mais il se pr�occupe de leurs vertus magiques plus que de leur capacit� de plaire ou de satisfaire � des exigences exclusivement formelles. C�est ce qui explique l�attachement de nombreux peintres de la mouvance symboliste � une exactitude acad�mique que l�on pourrait dire dans certains cas photographique (et, en effet, il n�est pas niable que certains pr�rapha�lites ou un Khnopff ont �troitement mis la photographie � contribution), ce qui a permis � leurs adversaires de les amalgamer g�n�reusement avec les � pompiers � du temps, dont les ambitions sont pourtant on ne peut plus diff�rentes. Sans doute attendent-ils d�une description aussi illusionniste d�un geste, d�un visage ou d�un objet que se d�gage par contraste le nond�crit, le secret, le myst�re, en vertu</p><p>de ce d�calage pr�c�demment signal�.</p><p>Les plus nobles repr�sentants de cet id�alisme acad�mique seraient donc le Belge Fernand Khnopff (1858-1921) et son compatriote Xavier Mellery (1845-1921), admirables t�moins du silence.</p><p>� diff�rents degr�s de la compromission avec un mysticisme parfois insupportable de niaiserie, on trouverait en France Lucien L�vy-Dhurmer (1865-1953) ou Edgar Maxence (1871-1954) et, fid�les comme les deux derniers des Salons Rose-Croix, le Belge Jean Delville (1867-1953) et le Suisse Carlos Schwabe (1866-1926). Une variante serait l�id�alisme naturaliste de Puvis de Chavannes et d�Eug�ne Carri�re (1849-1906) en France, de Hans Thoma (1839-1924) en Allemagne, de L�on Fr�d�ric (1856-1940) en Belgique, de Hodler en Suisse, d�Akseli Gallen-Kal-lela (1865-1931) en Finlande.</p><p>L�id�alisme baroque</p><p>Au contraire des pr�c�dents, certains peintres symbolistes attendent tout de la pl�nitude des moyens plastiques, et, justement, cette efficacit� que les autres demandaient � un rendu photographique, ils la demandent � une p�te savoureuse qui les apparente parfois aux V�nitiens ou � Rubens. C�est tout particuli�rement le cas de B�cklin, puissant animateur de la mythologie grecque, comme, avec moins d��clat, dans l�aire germanique, de Hans von Mar�es (1837-1887), de Max Klinger (1857-1920), de Franz von Stuck (1863-1928) et enfin d�Alfred Kubin (1877-1959), nettement orient�, lui, du c�t� du fantastique* onirique. Gustave Moreau participe avec �clat, et sans doute plus de modernit� dans le recours aux moyens picturaux que B�cklin, de ce m�me mouvement baroque, voie</p><p>dans laquelle il est suivi avec moins d�assurance par Odilon Redon*.</p><p>On pourrait en dire autant du Russe Mikha�l Aleksandrovitch Vroubel</p><p>(1856-1910), du Tch�que Jan Preisler (1872-1918), du Belge Henri de Groux (1867-1930). Une variante de cet id�alisme baroque serait l�id�alisme impressionniste (ou n�o-impressionniste*), lorsque les m�mes pr�occupations tentent de se concilier les s�ductions lumineuses de l��cole de Monet*</p><p>ou de celle de Seurat*. En France, si Henri Fantin-Latour (1836-1904)</p><p>s��tait montr� sensible � l�impressionnisme, Alphonse Osbert (1857-1939), Henri Martin (1860-1943) et surtout Henri Le Sidaner (1862-1939) sacrifient � une sorte de symbolisme n�o-impressionniste, comme le firent en Italie avec plus de lyrisme Giovanni Segantini (1858-1899), Gaetano Pre-viati (1852-1920) et Giuseppe Pelizza da Volpedo (1868-1907).</p><p>L�id�alisme synth�tique</p><p>Si l�id�alisme acad�mique se r�f�rait somme toute � la tradition classique et l�id�alisme baroque � celle des V�nitiens, de Rubens et de Rembrandt, voire de Watteau, le synth�tisme �labor� par Gauguin et �mile Bernard (1868-1941) se veut d�lib�r�ment moderne, r�solument en dehors d�une tradition, bien qu�il n�ignore ni les miniatures m�di�-</p><p>vales, ni la peinture �gyptienne, ni l�art khmer, ni les estampes japonaises.</p><p>Aussi est-ce avec lui que le symbolisme se fait le plus r�volutionnaire en tant que novation dans l�histoire des styles, nouvelle proposition d�organisation picturale, nouveau rapport de la plastique avec le sens. Le retentissement de la formule synth�tique sera d�autant plus grand que, port�e par le g�nie de Gauguin, celle-ci a prouv� sa facult� de servir � la peinture du mythe et du r�ve. Outre les nabis* et l��cole de Pont-Aven, elle vient stimuler et, au moins passag�rement, f�conder non seulement le mouvement g�n�ral de l�Art nouveau, mais ce que l�on pourrait nommer l�id�alisme d�cadent, dans lequel les travers du symbolisme s�exacerbent � plaisir et qu�illustrent diversement l�Anglais Aubrey Beardsley (1872-1898), les N�erlandais Jan Too-rop (1858-1928), Johan Thorn Prikker (1868-1932) et Christophe Karel Henri de Ner�e tot Babberich (1880-1909), les Autrichiens Gustav Klimt (1862-1918), Koloman Moser (1868-1918) et Egon Schiele (1890-1918), les Belges �mile Fabry (1865-1966) et Leon Spilliaert (1881-1946), enfin l�Italien Vittorio Zecchin (1878-1947).</p><p>Ce n�est pas un hasard si plusieurs des artistes nomm�s trahissent d�j� des traits expressionnistes. En effet, Gauguin except�, le plus g�nial repr�sentant de l�id�alisme synth�tique, ce sera le Norv�gien Edvard Munch*, p�re de</p><p>l�expressionnisme* germanique.</p><p>Les id�alismes</p><p>m�diumnique</p><p>et sculptural</p><p>Deux des plus remarquables parmi les peintres symbolistes trouvent malais�-</p><p>ment leur place dans les trois cat�gories entre lesquelles on a tent� de r�partir l�art du symbolisme. Ce sont William Degouve de Nuncques (1867-1935), � qui on doit de fantastiques paysages nocturnes, et Alberto Martini (1876-1954), qui illustre tardivement Edgar Poe de cinquante gravures (1905-1908) bien faites, � notre avis, pour renvoyer dans l�oubli celles d�Odilon Redon.</p><p>Le caract�re extatique de leur inspiration autoriserait � les englober dans une cat�gorie inattendue, celle des artistes m�diumniques, que le spiritisme a suscit�s depuis le milieu du XIXe s.</p><p>Ceux-ci se manifestent plastiquement soit par des figurations id�alistes qui ne sont pas si �loign�es de celles des artistes de la Rose-Croix, soit, au contraire, par des oeuvres � automatiques � auxquelles les surr�alistes em-prunteront plus tard leurs divagations inventives.</p><p>Andr� Breton a �galement consid�r� comme m�diumnique le Palais id�al que Ferdinand Cheval (1836-1924) commen�a � �difier en 1879 et acheva en 1912, ce qui couvre amplement la p�riode symboliste. C�est une invita-downloadModeText.vue.download 613 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10568</p><p>tion � ne pas oublier les sculpteurs dans l�aventure du symbolisme, du Tch�que Franti�ek B�lek (1872-1941) au Norv�-</p><p>gien Gustav Vigeland (1869-1943), du Belge George Minne (1866-1941) au Finlandais Ville Vallgren (1855-1940), de l�Italien Adolfo Wildt (1868-1931) au Polonais Bo&#x142;eslaw Biegas (1878-1954), d�Antonio Gaud�* � Medardo Rosso*, sans oublier Auguste Rodin*.</p><p>M�diums et sculpteurs apparaissent, en effet, plac�s aux deux extr�mit�s</p><p>d�une m�me tendance � donner corps � l�invisible, qu�il s�agisse avec les premiers de traduire graphiquement les voeux des � d�sincarn�s � ou avec les seconds de conf�rer les trois dimensions de la r�alit� aux voeux les plus secrets de l��me.</p><p>Ici comme l�, ou encore, ainsi que nous avons pu le v�rifier, d�Ingres � Moreau et � Khnopff, et, ainsi que nous pourrions assur�ment le v�rifier, dans le symbolisme tout entier, c�est OEdipe, bien entendu, qui tente son impossible r�conciliation avec le Sphinx.</p><p>Tentative qui n�a pas cess� de s�agiter dans les coulisses de l�art du XXe s., puisque le symbolisme s�est r�incarn� par Boccioni dans le futurisme*, par De Chirico* dans le surr�alisme, par Kandinsky* et Kupka* dans l�abstraction* � et qu�� certains signes on serait pr�t � croire qu�il ne demande qu�� refaire surface en cette tr�s proche fin de si�cle.</p><p>J. P.</p><p>F Art nouveau / Romantisme / Surr�alisme.</p><p>C. Chass�, le Mouvement symboliste dans l�art du XIXe si�cle (Floury, 1947). / P. Jullian, Esth�tes et magiciens (Perrin, 1969) ; les Symbolistes (Ides et Calendes, Neuch�-</p><p>tel, 1973). / F.-C. Legrand, le Symbolisme en Belgique (Laconti, Bruxelles, 1972). /</p><p>J. Pierre, le Symbolisme (Hazan, 1976).</p><p>Catalogues d�exposition. Il Sacra e il profana nell�arte dei Simbolisti, Galleria civica d�Arte moderna (Turin, 1969). / Le Symbolisme en Europe (Rotterdam-Paris, 1975-76).</p><p>sym�trie</p><p>Transformation ponctuelle eucli-</p><p>dienne qui conserve les distances, ou isom�trie.</p><p>Une telle isom�trie peut �tre un d�-</p><p>placement : c�est le cas, dans le plan, de la sym�trie par rapport � un point, qui est une rotation d�angle &#x3C0; autour de ce point, et, dans l�espace, de la sym�-</p><p>trie par rapport � une droite, ou retournement, qui est une rotation involutive autour d�un axe port� par la droite.</p><p>Ce peut �tre aussi un antid�placement, transformant une figure en une</p><p>figure inversement �gale : c�est le cas, dans le plan, de la sym�trie par rapport � une droite ou, dans l�espace, des sy-m�tries par rapport � un plan ou � un point.</p><p>Sym�tries dans le plan</p><p>Sym�trie par rapport � une droite Dans un plan (fig. 1) rapport� � un rep�re orthonorm� le vecteur �tant port� par la droite (D), la sym�trie par rapport � la droite (D) associe � un point M(x, y) quelconque du plan le point unique M&#x2032; (x, � y). La sym�trie SD par rapport � la droite (D) est donc la transformation ponctuelle d�finie par (x&#x2032; = + x, y&#x2032; = � y). C�est une transformation bijective et involutive, c�est-�-dire telle que SD &#x2218; SD = I, identit� du plan, &#x2218; d�signant la composition des transformations ou applications du plan dans lui-m�me. En effet, si x&#x2032; = x et y&#x2032; = � y, on a x =x&#x2032; et y = � y&#x2032; : la transformation inverse, qui est d�finie, est identique � la transformation initiale SD. Sous une autre forme, la droite (D) �tant la m�diatrice du segment MM&#x2032;, si le point M&#x2032; est le transform� du point M par SD, le point M est le transform� du point M&#x2032; par SD.</p><p>Si, d�autre part, il existe deux points M1(x1, y1) et M2(x2, y2), dont les sym�-</p><p>triques par rapport � la droite (D) sont et on a,</p><p>d�apr�s le th�or�me de Pythagore, d d�signant la distance. Ainsi, la sy-</p><p>m�trie par rapport � une droite est une isom�trie, puisqu�elle conserve les distances. Enfin, un angle orient�</p><p>est transform� en un angle oppos�</p><p>[fig. 2] : la sym�trie par rap-</p><p>port � une droite, dans le plan, est un antid�placement.</p><p>PRODUITS DE DEUX SYM�TRIES PAR</p><p>RAPPORT � DEUX DROITES</p><p>Les deux droites sont concourantes (fig. 3). Les sym�tries SD, puis SD&#x2032;</p><p>transforment respectivement le point M en un point M1 et le point M1 en un point M&#x2032;. Donc SD&#x2032; &#x2218; SD transforme le point M en M&#x2032;. Si l�on oriente (D) et (D&#x2032;) arbitrairement de fa�on � obtenir deux axes et dont l�angle est</p><p>modulo 2 &#x3C0;, on passe du</p><p>point M au point M&#x2032; par la rotation de centre O et d�angle 2 &#x3C0;, puisque l�angle est double de l�angle</p><p>et est donc ind�pendant du</p><p>point M choisi, et que, d�autre part, OM = OM1 = OM&#x2032;.</p><p>Le produit de deux sym�tries d�axes concourants est donc un d�placement que l�on peut d�ailleurs d�composer d�une infinit� de mani�res en un produit de deux sym�tries dont les axes passent par le centre de la rotation et qui font entre eux un angle �gal � la moiti� de l�angle de la rotation : on effectue la sym�trie par rapport � X, puis par rapport � X&#x2032;.</p><p>y Les deux droites sont parall�les (fig. 4). Le transform� du point M par le produit SD&#x2032; &#x2218; SD est le point M&#x2032;. On passe du point M au point M&#x2032; par la translation de vecteur �tant</p><p>le vecteur de la translation qui transforme la droite (D) en la droite (D&#x2032;).</p><p>Le produit SD&#x2032; &#x2218; SD est donc un d�placement qui, inversement, peut �tre d�compos� d�une infinit� de mani�res en un produit de deux sym�tries</p><p>d�axes parall�les :</p><p>�tant la translation qui transforme la droite (D) en la droite (D&#x2032;).</p><p>Sym�trie par rapport � un point</p><p>On peut l�obtenir comme produit de deux sym�tries par rapport � deux droites concourantes et perpendiculaires. Cette transformation est identique � la rotation de centre O et d�angle &#x3C0; (fig. 5). On voit sur la figure 5</p><p>que, des trois sym�tries, SO, SD, SD&#x2032;, l�une est le produit commutatif des deux autres :</p><p>SO = SD&#x2032; &#x2218; SD = SD &#x2218; SD&#x2032; ; SD = SO &#x2218; SD&#x2032; ; SD&#x2032; = SO &#x2218; SD.</p><p>Si une figure plane admet, parmi les trois �l�ments de sym�trie constitu�s par deux axes perpendiculaires et leur point de rencontre, deux de ces �l�-</p><p>ments, elle admet le troisi�me.</p><p>Sym�tries dans l�espace</p><p>Sym�trie par rapport � un plan</p><p>Dans l�espace (fig. 6) rapport� au re-p�re orthonorm�</p><p>appartenant au plan (P) qui d�finit la sym�trie, la sym�trie par rapport au downloadModeText.vue.download 614 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10569</p><p>plan (P) transforme le point M(x, y, z) en un point M&#x2032;(x&#x2032;, y&#x2032;, z&#x2032;) avec</p><p>x&#x2032; = x, y&#x2032; = y, z&#x2032; = � z.</p><p>Le plan (P) est le plan m�diateur du segment MM&#x2032;. Si les points M1(x1, y1, z1) et M2(x2, y2, z2) sont respectivement transform�s en des points et</p><p>on a :</p><p>La transformation conserve donc les distances : c�est une isom�trie. De plus, elle est bijective et involutive ; cela r�-</p><p>sulte de la traduction analytique de la sym�trie.</p><p>TRANSFORM�ES DE FIGURES DONN�ES</p><p>La figure transform�e d�un segment AB</p><p>est un segment �gal A&#x2032;B&#x2032; ; celle d�une droite est une droite et celle d�une demi-droite, une demi-droite. Un angle droit est transform� en un angle droit et un triangle ABC en un triangle �gal A&#x2032;B&#x2032;C&#x2032;. Deux plans ou deux droites parall�les sont transform�s en deux plans ou deux droites parall�les. Un cercle ou une sph�re sont transform�s en un cercle ou une sph�re, les rayons �tant conserv�s.</p><p>Mais un tri�dre est trans-</p><p>form� en un tri�dre dont</p><p>l�orientation n�est plus celle du tri�dre</p><p>: les deux tri�dres ne sont</p><p>pas �gaux (on ne peut les faire co�ncider). De fa�on g�n�rale, une figure est transform�e en une figure inversement �gale : seules les distances sont conserv�es. La sym�trie par rapport � un plan est un antid�placement.</p><p>PRODUITS DE DEUX SYM�TRIES PAR</p><p>RAPPORT � DEUX PLANS</p><p>Les deux plans sont s�cants (fig. 7). Le point M est transform� en un point M1</p><p>par la sym�trie SP, lequel est transform� en un point M&#x2032; par la sym�trie SP&#x2032; ; le point M est transform� en M&#x2032; par le produit SP&#x2032; &#x2218; SP. Les trois points M, M1 et M&#x2032; appartiennent au plan (&#x3C0;) passant par le point M et perpendiculaire � la droite (&#x394;) d�intersection des plans (P) et (P&#x2032;). Dans ce plan, on passe du point M au point M&#x2032; par la rotation de centre O et d�angle et</p><p>�tant deux axes arbitrairement choisis sur les traces (D) et (D&#x2032;) des plans (P) et (P&#x2032;) sur le plan (&#x3C0;). L�angle obtenu dans (&#x3C0;) est ind�pendant du point M</p><p>choisi. On retrouve le m�me angle si on part d�un point M non situ� dans (&#x3C0;) : c�est le rectiligne, ou angle plan, de l�un des di�dres orient�s form�s par les plans (P) et (P&#x2032;). Le produit SP &#x2218; SP</p><p>est une rotation dont l�angle est �gal � et dont l�axe, port�</p><p>par (&#x394;), a un sens convenable. Inversement, une rotation d�angle &#x3B1; autour d�un axe peut �tre d�compos�e</p><p>d�une infinit� de mani�res en un produit de deux sym�tries-plans dont les plans passent par l�axe , l�un des di�dres d�termin�s par ces plans ayant un rectiligne orient� de mesure</p><p>y Les plans sont parall�les (fig. 8). On passe du point M au point M&#x2032; par le produit SP&#x2032; &#x2218; SP, qui est ici une translation, dont le vecteur est</p><p>double de celui de la translation qui transforme le plan (P) en (P&#x2032;). Inversement, une translation de vecteur peut �tre d�compos�e d�une infinit� de fa�ons en un produit de deux sym�-</p><p>tries-plans dont les plans sont perpendiculaires � la direction du vecteur et dont l�un se d�duit de l�autre par la translation de vecteur</p><p>Dans les deux cas ci-dessus, on</p><p>obtient comme produit de deux sym�-</p><p>tries-plans un d�placement.</p><p>Sym�trie par rapport � une droite Cette transformation, appel�e aussi retournement (fig. 9), n�est autre que la rotation involutive d�axe port� par la droite (&#x394;), de sens arbitraire.</p><p>Une sym�trie par rapport � une droite dans l�espace est un d�placement.</p><p>Deux figures d�un m�me plan sym�-</p><p>triques par rapport � une droite (&#x394;) de ce plan sont inversement �gales dans ce plan (fig. 10), mais sont directement �gales dans l�espace. On passe de l�une � l�autre par le retournement d�axe (&#x394;).</p><p>PRODUIT DE DEUX RETOURNEMENTS</p><p>Les deux axes sont parall�les (fig. 11).</p><p>Les deux droites parall�les (&#x394;1) et (&#x394;2) d�terminent un plan (P). Soit (Q) et (R) les plans contenant respectivement les droites (&#x394;1) et (&#x394;2), perpendiculaires au plan (P). On peut d�composer les sym�-</p><p>tries par rapport aux deux droites (&#x394;1) et (&#x394;2) en produits de deux sym�tries-plans :</p><p>de sorte que</p><p>ou puisque</p><p>SP &#x2218; SP = I (identit�).</p><p>Or, le produit SR &#x2218; SQ est la translation de vecteur �tant le</p><p>vecteur de la translation transformant (Q) en (R).</p><p>Le produit de deux retournements d�axes parall�les est la translation de</p><p>vecteur double de celui qui transforme un axe en l�autre.</p><p>y Les deux axes sont concourants (fig. 12). Comme pr�c�demment, on d�compose chaque retournement en un produit de deux sym�tries par rapport � deux plans perpendiculaires d�o�</p><p>Or, le produit SR &#x2218; SQ de deux sym�-</p><p>tries par rapport � deux plans concourants est une rotation autour de la droite d�intersection de ces deux plans.</p><p>Le produit de deux retournements d�axes concourants est une rotation d�axe perpendiculaire au plan d�termin� par les deux axes, en leur point commun, l�angle de la rotation �tant le double de l�angle des deux axes.</p><p>downloadModeText.vue.download 615 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10570</p><p>Sym�trie par rapport � un point</p><p>Cette transformation associe � tout point M de l�espace le point M&#x2032; tel que O �tant un point</p><p>donn�. C�est aussi une homoth�tie de centre O et de rapport � 1, donc un antid�placement, puisque les distances sont conserv�es, mais les tri�dres sont remplac�s par des tri�dres de sens contraires.</p><p>1. Le produit de la sym�trie de centre O et de la sym�trie de centre O&#x2032; est la translation de vecteur</p><p>2. La sym�trie de centre O peut �tre remplac�e, dans un ordre quelconque, par le produit de la sym�trie par rapport � un plan (P) quelconque passant par le point O et du retournement d�axe (&#x394;) perpendiculaire au plan (P) en O ou par le produit de trois sym�tries par rapport � trois plans deux � deux perpendiculaires et passant par le point O.</p><p>Il r�sulte de ces propri�t�s que : 1o si une figure admet, parmi l�ensemble form� d�un plan, d�un point de ce plan et de la perpendiculaire en</p><p>ce point au plan, deux de ces �l�ments comme �l�ments de sym�trie, elle admet aussi le troisi�me ;</p><p>2o si une figure admet trois plans de sym�trie deux � deux perpendiculaires, elle admet leur point commun comme centre de sym�trie et les droites d�intersection des plans deux � deux, comme axes de sym�trie.</p><p>Groupe des isom�tries de</p><p>l�espace euclidien</p><p>L�ensemble des isom�tries de l�espace, c�est-�-dire des d�placements et des sym�tries par rapport � des points ou � des plans, est un groupe non commutatif pour la composition des transformations. L�ensemble form� des d�placements de l�espace est un sous-groupe du groupe des isom�tries.</p><p>Toute isom�trie de l�espace est</p><p>�gale soit � la transformation identique, soit � une sym�trie-plan, soit au produit de deux, de trois ou de quatre sym�tries-plans.</p><p>La sym�trie dans</p><p>le monde vivant</p><p>Les parties les plus r�guli�res des plantes (fleurs) ou des animaux aquatiques fix�s (polypes) ont souvent une sym�trie axiale d�ordre infini ou d�ordre d�fini : 3 ou 6 pour les plantes monocotyl�dones, 5 pour la plupart des plantes dicotyl�dones et pour les �chinodermes. 4, 6 ou 8 pour les Coelent�r�s. Une sym�trie bilat�rale peut, sous l�effet de l��volution, appara�tre en superposition (fleurs zygomorphes, Oursins dits</p><p>� irr�guliers �).</p><p>La sym�trie bilat�rale subsiste seule chez les animaux � d�placement rapide : Vert�br�s, Arthropodes, etc.</p><p>Le remplacement du plan primitif de la sym�trie par un plan qui lui est perpendiculaire s�observe chez de nombreux bivalves, dits � �quilat�raux in�quivalves �</p><p>(Coquille Saint-Jacques, Hu�tre), et chez les Poissons Pleuronectes (Sole, Turbot).</p><p>Une sym�trie de type sph�rique, r�p�titive autour d�un centre, ne s�observe gu�re que dans le squelette des �tres unicellu-</p><p>laires (Radiolaires).</p><p>La sym�trie des Ct�naires est unique en son genre : elle se fait autour de deux plans perpendiculaires, dont l�axe commun est ant�ropost�rieur.</p><p>Bien entendu, d�s qu�un �tre devient un peu compliqu�, certains de ses organes ont une sym�trie diff�rente de celle de l�ensemble : chez l�Homme, la sym�trie (approximative) des m�choires est perpendiculaire � celle du reste du corps, la sym�trie d�un globe oculaire est axiale, etc.</p><p>Notons, enfin, que la sym�trie externe recouvre souvent une dissym�trie interne (estomac � gauche, foie et appendice � droite...) et que la forme ext�rieure ellem�me peut subir une perte brutale de sym�trie d�origine g�n�tique (incisive gauche du Narval m�le).</p><p>H. F.</p><p>Sym�tries du cube</p><p>Une figure admet un axe de r�p�tition d�ordre n si elle est globalement invariante dans une rotation d�angle autour de cet axe.</p><p>Il en est ainsi, par exemple, de tout polygone r�gulier de n c�t�s, invariant dans toute rotation dont l�axe est la perpendiculaire au plan du polygone, en son centre, et dont l�angle est un multiple de Un axe d�ordre deux, ou binaire, est un axe de sym�trie. Un axe est ternaire, quaternaire, s�naire s�il correspond �</p><p>y Le cube a un centre de sym�trie, qui est le point de rencontre des diagonales.</p><p>y Le cube a trois axes de r�p�tition quaternaires, puisqu�il est de trois fa�ons diff�-</p><p>rentes un prisme droit dont la base est un carr� (un axe est OO&#x2032;). Ces axes sont deux � deux perpendiculaires.</p><p>y Le cube a quatre axes ternaires, qui sont les diagonales (telle BD&#x2032;), le cube �tant invariant par une rotation de autour</p><p>de chacune d�elles (pour BD&#x2032;, les triangles AB&#x2032;C et BA&#x2032;C&#x2032; sont �quilat�raux et d�axe BD&#x2032;).</p><p>y Le cube a six axes binaires, obtenus en joignant les milieux de deux ar�tes oppos�es, tel A&#x2033;C&#x2033;. En effet, (C, C&#x2032;), (A, A&#x2032;), (B&#x2032;, D&#x2032;), (D, B&#x2032;) sont quatre couples de points sym�triques par rapport � A&#x2033;C&#x2033;, qui est donc axe de sym�trie du cube.</p><p>y Le cube a trois plans de sym�trie, perpendiculaires aux axes quaternaires (aux couples de faces) et passant par le centre.</p><p>y Le cube a six plans de sym�trie, perpendiculaires aux axes binaires d�termin�s par les six couples d�ar�tes oppos�es ; ils passent par le centre.</p><p>Ces �l�ments de sym�trie sont aussi ceux de l�octa�dre r�gulier que l�on obtient en joignant deux � deux les centres de deux faces cons�cutives quelconques du cube, puisque, chaque fois que le cube se retrouve en co�ncidence avec lui-m�me, il en est de m�me de l�octa�dre.</p><p>E. S.</p><p>F Application / Espace euclidien de dimension trois / G�om�trie.</p><p>R. Deltheil et D. Caire, G�om�trie. Transformations coniques (Bailli�re, 1939 ; 2e �d., 1945) ; Compl�ments de g�om�trie, g�om�trie m�trique, g�om�trie projective, g�om�trie anallagmatique (Bailli�re, 1951). / D. Hilbert et S. Cohn-Vossen, Geometry and the Imagination (New York, 1952). / J. Lelong-Ferrand et J. M. Arnaudi�s, Cours de math�matiques, t. I : Alg�bre (Dunod, 1971).</p><p>sym�trie</p><p>[en physique]</p><p>F INVARIANCE.</p><p>symphonie</p><p>Composition musicale destin�e � un orchestre d�importance variable, la symphonie ob�it, dans son agencement classique, � un sch�ma structurel stable, � partir duquel sa d�finition g�n�rale de sonate pour orchestre a pu �tre �tablie.</p><p><strong>Introduction</strong></p><p>� peine parvenu � maturit�, ce prototype a subi de si nombreuses modifications de la part de ses utilisateurs les plus imaginatifs qu�il n�est plus aujourd�hui qu�un rep�re historique, dont certaines constantes subsistent n�anmoins. La forme symphonique</p><p>aurait-elle �t� �labor�e pour mieux �tre transgress�e ? Les compositeurs de symphonies paraissent avoir ressenti le besoin d�une architecture ordonn�e, m�me si leurs id�es cr�atrices les ont entra�n�s bien au-del� de ces lois.</p><p>Pour brosser le portrait de la symphonie, il est in�vitable d�en retracer l�historique, car la symphonie n�existe que par son histoire. Deux ph�no-m�nes en sont � l�origine : la curiosit� des musiciens pour les sonorit�s d�un orchestre d�lib�r�ment choisi et non plus r�uni au hasard des ressources en instrumentistes ; leur facult� croissante d�imaginer mentalement de nouvelles combinaisons d�instruments. Dans ce sens, les orchestres priv�s des cours et chapelles princi�res aux XVIIe et XVIIIe s.</p><p>ont servi de v�ritables laboratoires, o�, peu � peu, le r�le de la famille des cordes s�est confirm� et celui des vents arrach� � l�usage militaire. La ma�trise des effets d�orchestre et la recherche originale de couleurs sonores sp�-</p><p>cifiques ont abouti � l��vidence d�un style symphonique.</p><p>Encore adolescente, la symphonie, dont les fondements sont empiriques, a souffert d�une r�putation d�inf�-</p><p>riorit� � la musique vocale, peut-�tre en raison de son aspect savant, mais surtout en raison de son caract�re de musique pure priv�e de programme downloadModeText.vue.download 616 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10571</p><p>litt�raire. Elle a acquis cependant tr�s vite ses droits de cit� � la faveur des premiers concerts publics, en particulier le � Concert spirituel � de Paris.</p><p>Promue de bonne heure au rang de v�ritable institution dans la hi�rarchie des formes musicales, elle occupe encore actuellement une place essentielle dans les concerts, car elle offre aux or-</p><p>chestres, en deux si�cles de production, un r�pertoire extr�mement abondant et divers, o� se sont fix�es toutes les tendances cr�atrices.</p><p>Physionomie classique</p><p>et sources</p><p>Suivant les compositeurs et les</p><p>�poques, la symphonie a pu comporter de un � dix mouvements, mais, dans sa formulation classique, telle que Haydn l�a solidement propos�e � la fin du XVIIIe s., elle pr�sente quatre sections cr�ant un ensemble musicalement coh�rent et psychologiquement ordonn� : 1o un mouvement initial rapide (qui admet �ventuellement une introduction lente), con�u suivant le mod�le de l�all�gro de sonate et qui a pour mission de placer l�auditeur en situation d��veil et de r�ceptivit� ; 2o un mouvement lent, le plus souvent de forme � lied � en trois p�riodes, dont la fonction consiste � rel�cher les tensions pr�c�dentes ; 3o un mouvement chor�graphique du type � menuet �</p><p>avec un trio m�dian, qui a pour objet d�amener graduellement le mouvement final ; 4o le � finale �, qui emprunte sa construction soit au rondeau avec re-frain et couplets, soit au syst�me des variations sur un th�me, ou bien qui utilise le compromis de l�un de ces deux proc�d�s avec la forme-sonate.</p><p>Cette disposition quadripartite, statistiquement la plus nombreuse � la fin de l��re symphonique classique, a cependant connu des exceptions fr�quentes, telles que l�absence du menuet ou du finale et le bouleversement de l�ordre des mouvements � des fins d�expression inhabituelles.</p><p>Les origines de ce mod�le classique ainsi cern� sont confuses � cause de l�impr�cision du terme de symphonie et de la difficult� d�identifier la premi�re partition digne de ce nom. Au Moyen �ge, le mot a �t� d�finitivement d�chu de son sens �tymologique grec de � consonance des intervalles � pour d�signer un instrument, sorte de vielle � roue, appel�e par d�formation chifo-nie. Par la suite, il a servi � d�finir toute composition pour les instruments, par opposition � toute oeuvre destin�e aux voix, en s�enrichissant progressivement des �l�ments constitutifs du</p><p>concept classique. Dans l�ancienne suite instrumentale, qui peut �tre tenue pour la pr�histoire de la symphonie, se sont fondus deux genres musicaux d�int�r�t voisin, mais de nature esth�-</p><p>tique tr�s dissemblable : la sinfonia italienne en trois mouvements (fugato rapide � fugato lent � danse vive homophone), servant de pr�ambule � l�op�ra d�s le XVIIe s. ; l�ouverture � la fran�aise, �galement en trois sections (grave en valeurs rythmiques point�es � fugato rapide � retour au grave souvent tronqu�), compos�e, elle aussi, pour pr�c�der une repr�sentation d�op�ra, et ce d�s avant Lully.</p><p>La synth�se de ces trois structures � vocation symphonique s�est accomplie lentement au cours de la premi�re moiti� du XVIIIe s., � l�occasion d�une extraordinaire internationalisation des styles en Europe, contre laquelle les romantiques r�agiront assez vigoureusement.</p><p>C�est en Italie que les premiers �chantillons de v�ritables symphonies ont fait leur apparition. Alessandro Scarlatti* et Antonio Vivaldi* ont engag� la sinfonia dans deux directions nettement distinctes. � la premi�re voie de l�ouverture d�op�ra ont souscrit Jean-Baptiste Pergol�se (1710-1736), Baldassare Galuppi (1706-1785),</p><p>Niccolo Jommelli (1714-1774), puis Domenico Cimarosa*, Tomaso Traetta (1727-1779) et Antonio Sacchini</p><p>(1730-1786), tandis que la sinfonia de concert, cousine germaine du concerto grosso, s�imposait plus difficilement � la suite de Giovanni Battista Sammar-tini*, avec le Padre Martini*, Jean-Chr�tien Bach*, le Bach de Londres et Luigi Boccherini*.</p><p>Dans les autres centres musicaux d�Europe, la symphonie semble s��tre int�gr�e tr�s vite aux usages. � Paris, tr�s t�t d�solidaris�e de la suite de danses gr�ce � Michel Richard Dela-lande*, � Jean Joseph Mouret (1682-1738), � Jacques Aubert (1689-1753), � Gabriel Guillemain (1705-1770), � Charles Henri de Blainville (1711-1777), puis � J. Papavoine et � Andr� Gr�try*, elle a joui d�une immense faveur, au point que plus d�un millier de symphonies ont �t� identifi�es par Barry S. Brook entre 1730 et 1789. Le cr�ateur le plus avanc� et le plus atta-</p><p>chant reste Fran�ois Joseph Gossec*, dont la tardive Symphonie � dix-sept parties (1809) domine toute la production du XVIIIe s. fran�ais. Les concerts sous l�Ancien R�gime, dont Michel Brenet a �tudi� le fonctionnement et retrouv� les programmes, ont accueilli largement les partitions des musiciens de Mannheim*, que le prince-�lecteur du Palatinat Charles-Th�odore avait rassembl�s vers 1750 pour former l�un des meilleurs orchestres d�outre-Rhin.</p><p>Parmi ces instrumentistes et compositeurs figurent les noms de Johann et Carl Stamitz, de Franz Xaver Richter, d�Ignaz Holzbauer, de Johann Christian Cannabich, de Franz Beck et d�Anton Filtz, dont les symphonies ont d�finitivement consacr� des techniques de forme et d�instrumentation jusqu�alors facultatives. � Vienne, la capitale o� s��difia le grand art classique de la fin du XVIIIe s., Mozart a �t� imm�diatement pr�c�d� par des compositeurs fort prolifiques, tels Mathias Georg Monn (1717-1750), Georg</p><p>Christoph Wagenseil (1715-1777), Jan K&#x159;titel Va&#x148;hal (1739-1813), Carl Ditters von Dittersdorf (1739-1799) et Johann Michael Haydn*. Tous ces pionniers ont contribu� � asseoir la symphonie sur des bases stables : une forme s�re et assez souple pour recevoir une inspiration m�me d�bordante, des th�mes soigneusement profil�s en vue de d�veloppements intelligents et sensibles, une instrumentation banali-s�e, qui, si elle sacrifiait souvent � des imp�ratifs commerciaux bien compr�-</p><p>hensibles, n�en poss�dait pas moins des qualit�s incontestables.</p><p>Ainsi pr�par�s, Joseph Haydn* et Mozart* ont embelli l�art de la symphonie et l�ont port� � un tel �tat de perfection qu�apr�s eux d�autres itin�-</p><p>raires �taient imp�rativement � d�couvrir. Apr�s les sommets que repr�sentent les trois symphonies de 1788 de Mozart et les douze � londoniennes �</p><p>de Haydn (1791-1795), Beethoven* re-</p><p>�oit le r�le d�licat d��largir le dispositif symphonique classique pour y inscrire les �l�ments d�un nouveau langage.</p><p>Aboutissement ou point de d�part, les symphonies de Beethoven ont retenu, dans leur diversit�, l�exemple classique tout en ouvrant de larges br�ches dans l�avenir. Avec Haydn s�est �teinte la</p><p>race de ces puissants symphonistes qui �crivaient jusqu�� cent symphonies.</p><p>Beethoven et, � sa suite, les romantiques se contenteront de la dizaine en s�appliquant � donner � chacune d�elles une individualit� marqu�e. Ce changement radical de l�esprit de la symphonie s�est accompagn� d�une transformation des moyens d�expression. La division quadripartite s�est maintenue, mais le contenu de chaque mouvement s�est �toff� et l�instrumentation s�est amplement modifi�e. Les symphonies de Beethoven n�ont pas arr�t� les compositeurs dans leur �lan ; elles ont, au contraire, stimul� leur esprit cr�ateur.</p><p>Du tronc commun que constitue la trinit� Haydn-Mozart-Beethoven a jailli une double g�n�ration de musiciens. Dans la descendance directe du ma�tre de Bonn se situent Mendelssohn*, Bruckner* et Brahms*, Schubert* et Schumann* ayant �volu� hors circuit vers une formule propre. � cette lign�e se rattachent dans les nations de l�Europe du Nord et de l�Est Sibelius*</p><p>en Finlande, Dvo&#x159;�k* en Tch�coslovaquie et Tcha�kovski* en Russie.</p><p>Parall�lement et malgr� les vastes incursions de Berlioz* (Symphonie fantastique) et de Liszt* (Faust-Symphonie) dans le domaine de la symphonie � programme, la France a repris tardivement la tradition classique � son compte. � c�t� de Gounod*, de Bizet*, de Saint-Sa�ns* et de Lalo*, une nouvelle �cole symphonique fran�aise s�est cr��e sous l�impulsion g�niale de C�sar Franck*, qui a donn� naissance aux chefs-d�oeuvre d�Ernest Chausson (1855-1899), de Vincent d�Indy*, d�Alb�ric Magnard (1865-1914), de Dukas*, etc. Franck a imagin� une refonte totale des structures internes de la symphonie en les associant � une nouvelle conception des relations tonales. De 1890 � 1910, Gustav Mahler*</p><p>amplifia la symphonie en un ensemble � la fois gigantesque et composite, o� s�associent dans une polyphonie tentaculaire et un chromatisme harmonique �trangement proph�tique le choral allemand, le lied romantique, vocal ou instrumental, et l�esprit de la musique � programme, tout cela sous l��gide de la grande variation beethov�nienne.</p><p>Tandis que les compositeurs fran-</p><p>�ais du d�but du XXe s. d�laissaient la symphonie, la r�action aux immenses constructions mahl�riennes se manifestait dans la personne de A. Sch�nberg*, qui �crit en 1906 une symphonie de chambre pour quinze instruments solistes, o� la forme se contracte en un mouvement r�capitulatif. Ce resserrement de la formule symphonique n�a pas affect� r�ellement la d�marche cr�atrice des symphonistes du XXe s., qui se sont fray�s d�autres issues, tel Igor Stravinski* dont les symphonies d�instruments � vent et la Symphonie de psaumes n�offrent plus aucun rapport avec Haydn. Au travers des symphonies de Prokofiev*, de Honegger*, de Roussel*, de Milhaud*, de Hindemith*, de Nikola� Miaskovski (1881-1950), de Chostakovitch*, de Karl Amadeus Hartmann (1905-1963), on voit combien l�imagination symphonique se renouvelle et reste vivace, downloadModeText.vue.download 617 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10572</p><p>malgr� la fid�lit� de ces musiciens � des structures finalement assez conservatrices. Plus qu�une forme de pure imagination, ce qui importe, c�est une nouvelle mani�re de faire sonner l�orchestre.</p><p>�criture et</p><p>instrumentation</p><p>de la symphonie</p><p>Harmonique ou lin�aire, l��criture de la symphonie est �troitement li�e � l�instrumentation ; le choix de l�instrumentation pr�cise, colore et personnalise les lignes m�lodiques. Dans les premi�res symphonies r�pondant � cette appellation, l�orchestre s�appuyait essentiellement sur le quatuor � cordes � les contrebasses doublant les violoncelles � l�octave inf�rieure �, tandis que les bois (fl�tes ou hautbois et clarinettes) se limitaient � doubler les violons, et les cuivres (deux cors ad libitum) � affirmer les axes harmoniques. Avec Mozart et Haydn, on assiste � l��mancipation graduelle des vents en un groupe autonome et coh�-</p><p>rent. Beethoven fera de l�opposition cordes-vents le principe de sa musique.</p><p>Chez lui, on rencontre les premiers vrais exemples de � durchbrochene Arbeit �, c�est-�-dire la distribution successive d�un motif � tel ou tel instrument ou groupe d�instruments, et aussi le proc�d� du passage syst�matique d�un motif d�un registre � l�autre et dans l��ventail des sonorit�s.</p><p>L�art de l�orchestre a �t� codifi� principalement par Berlioz dans son Grand Trait� d�instrumentation et d�orchestration modernes (1844), qui fut r�ajust� par Richard Strauss et C. M. Widor. Pour objectives qu�elles soient, les r�gles de cet art n�acqui�rent de valeur que par celui qui les emploie.</p><p>Parfois, le g�nie de l�instrumentation pr�c�de ou sert � masquer un g�nie musical inexistant. Les romantiques ont tous �crit pour le m�me type d�orchestre : cordes, bois par paires, quatre cors, deux trompettes, trois trombones, timbales (�ventuellement triangle, grosse caisse et cymbales) ; ils en ont tir� des effets d�ensemble tr�s personnels, m�me lorsqu�on les a jug�s lourds (Schumann), �pais (Brahms) ou d�mesur�s (Berlioz). L�enrichissement de l�appareil orchestral, amorc� par Wagner, a re�u un compl�ment avec Mahler, qui pratiqua les bois par quatre, exigea au moins huit cors et renfor�a les percussions traditionnelles par un arsenal tr�s divers. Le d�veloppement num�rique des instrumentistes de l�orchestre a entra�n� la cr�ation du personnage capital qu�est le chef d�orchestre, le ma�tre d�oeuvre de l�orchestre de la symphonie. Une multitude de combinaisons ont �t� essay�es sur le support symphonique : cordes seules (Mendelssohn, Honegger), instruments � vent seuls (Richard Strauss, Hindemith, Milhaud) et tous les m�langes imaginables � partir d�une assise de cordes indispensable.</p><p>Pr�sent et avenir</p><p>de la symphonie</p><p>La symphonie a connu et conna�t</p><p>encore une heureuse fortune en Am�-</p><p>rique et en U. R. S. S. Dans les autres nations du monde, elle a subi un traitement parfois exotique, peu compatible avec sa vocation d�origine, elle a servi � retracer des id�aux r�volutionnaires ou bien � magnifier des grandes</p><p>c�l�brations folkloriques. Mais l� o� la musique se trouve la plus avanc�e, elle a perdu, semble-t-il, toute chance de survivre, car ses structures, en d�pit des libert�s avec lesquelles on en use, sont qualifi�es de � scl�rosantes �. �</p><p>un moment o� la recherche contemporaine aspire � d�autres r�gles et o� la distinction traditionnelle forme-fond appara�t priv�e de signification, elle ne correspond plus aux r�alit�s de la composition d�aujourd�hui. Elle c�de sa place � une musique de caract�re symphonique, h�rit�e des grands po�mes symphoniques postromantiques, dont on attend qu�elle ouvre sur un univers sonore in�dit. Cette remise en cause de la symphonie est effective depuis les ann�es 50. De brillantes exceptions ont �t� remarqu�es dans ce bilan : en France, les partitions magistrales d�un Dutilleux* et d�un Jolivet* ; en Allemagne, les six symphonies de Hans Werner Henze*.</p><p>R. J.</p><p>M. Brenet, Histoire de la symphonie � orchestre, depuis ses origines jusqu�� Beethoven inclusivement (Gauthier-Villars, 1882) ; les Concerts en France sous l�Ancien R�gime (Fischbacher, 1900). / F. Weingartner, Die Symphonie nach Beethoven (Berlin, 1898 ; trad. fr. la Symphonie apr�s Beethoven, Durand, 1900).</p><p>/ K. Nef, Geschichte der Sinfonie und der Suite (Leipzig, 1921). / L. Aubert et M. Landowski, l�Orchestre (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1951 ; 2e �d., 1960). / A. Carse, A Short History of the Symphony in the 18th Century (Londres, 1951).</p><p>/ E. Borrel, la Symphonie (Larousse, 1954). /</p><p>G. Mancini, Breve Storia della sinfonia (Milan, 1958). / B. S. Brook, la Symphonie fran�aise dans la seconde moiti� du XVIIIe si�cle (th�se, Paris, 1959 ; 4 vol.). / Le Monde de la symphonie (Polydor international G. M. B. H., Tours et Van de Velde, 1972). / R. Jacobs, la Symphonie (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1975). / C. Pierre, Histoire du Concert spirituel (Heugel, 1975).</p><p>sympt�me</p><p>Manifestation spontan�e d�une maladie pouvant �tre per�ue subjectivement par le malade lui-m�me (sympt�me subjectif) ou �tre constat�e par l�examen clinique (sympt�me objectif, appel� couramment signe).</p><p><strong>Introduction</strong></p><p>La symptomatologie d�une affection s�applique couramment � l�ensemble des sympt�mes subjectifs et objectifs qui la caract�rise, alors que la partie de la pathologie qui �tudie les sympt�mes et les signes est d�sign�e s�miologie ou s�m�iologie.</p><p>Les renseignements fournis par le patient ou par son entourage sur l�histoire et les d�tails de sa maladie (anamn�se) doivent tous �tre �cout�s et retenus par le praticien. � cette anamn�se se joint l��tude des faits ant�rieurs � la maladie actuelle et concernant l��tat de sant� du sujet examin� (ant�c�dents personnels), de sa famille (ant�c�-</p><p>dents familiaux). L�examen clinique compl�te l�interrogatoire : les signes physiques, objectifs, ne peuvent que renforcer la valeur des sympt�mes subjectifs, surtout lorsque ceux-ci sont confus ou absents. Ils sont fournis par l�inspection (examen par la vue du faci�s [aspect de la face], du tronc, des membres, du comportement), par la palpation des divers organes, par la percussion (m�thode qui consiste � provoquer des sons en frappant avec les doigts certaines r�gions du corps pour reconna�tre l��tat des parties sous-jacentes : une matit� sonore obtenue par percussion d�un organe plein s�oppose � la sonorit� obtenue par percussion d�un organe creux contenant de l�air), par l�auscultation* (�coute des sons qui se produisent � l�int�rieur de l�organisme), par les touchers (introduction d�un doigt, voire d�une main dans une cavit� naturelle que l�on veut explorer : touchers vaginal, rectal, buccal), par la prise du pouls et par des examens plus complets des diff�rents syst�mes et organes.</p><p>Ce n�est qu�apr�s avoir rassembl� tous les sympt�mes que les examens sp�cialis�s (radiologie, laboratoire) peuvent servir � fournir les informations suppl�mentaires n�cessaires au diagnostic d�une maladie.</p><p>Nous �tudierons successivement les sympt�mes fondamentaux que sont la douleur et les anomalies de la temp�-</p><p>rature corporelle, puis les diff�rents sympt�mes propres � chaque organe, ou appareil.</p><p>La douleur</p><p>C�est un des sympt�mes les plus pr�-</p><p>coces de l��tat de maladie que donne la nature. Pour r�soudre les probl�mes, souvent complexes, pos�s par la douleur, il convient de conna�tre la physiologie et l�aspect psychologique des m�-</p><p>canismes nerveux qui la conditionnent (v. douleur, sensibilit�).</p><p>Les douleurs ne sont pas toujours aigu�s et rebelles. Nombre d�entre elles, qu�il faudrait nommer � normales �, font partie de l�exp�rience sensitive quotidienne des individus en bonne sant� ; les fortes douleurs passag�res de la tempe en sont un exemple : br�ves, elles cessent comme elles sont apparues, de fa�on inexpliqu�e ; il faut, bien s�r, toujours les distinguer des douleurs pathologiques.</p><p>Les caract�res d�une douleur</p><p>doivent �tre �tudi�s avec soin afin d�essayer d�en d�terminer la cause et le m�canisme.</p><p>y La localisation. Les l�sions profondes engendrent des douleurs qu�il importe de localiser avec pr�cision, car celles-ci sont ressenties non pas comme provenant des organes profonds l�s�s, mais comme provenant, grossi�rement, du territoire cutan� innerv� par le segment de la moelle �pini�re correspondant.</p><p>y Les facteurs d�clenchant et sou-lageant la douleur. Ils permettent d�en comprendre le m�canisme. Les douleurs li�es � la respiration, � la d�glutition et � la d�f�cation attirent l�attention respectivement sur l�appareil respiratoire, l�oesophage ou le bas ventre. Une douleur survenant plusieurs heures apr�s les repas et soulag�e par l�ingestion d�un aliment ou d�une substance alcaline fait penser � une irritation de la muqueuse (rev�-</p><p>tement interne) de l�estomac ou du duod�num.</p><p>y Le type. Il est d�crit gr�ce � des adjectifs qui doivent �tre interpr�t�s en fonction du vocabulaire dont dispose le malade et de l�image qu�il se fait de ce qui se passe. La douleur de l�infarctus* du myocarde est souvent d�crite comme � constrictive � ou en</p><p>� �tau � ; elle peut, cependant, �tre downloadModeText.vue.download 618 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10573</p><p>ressentie comme une � explosion � ou une � br�lure �.</p><p>y Les rapports entre dur�e et intensit� de la douleur. Ils sont plus importants � consid�rer que son type. La douleur de l�ulc�re gastrique (de l�estomac), souvent d�crite comme une crampe, est mieux d�sign�e par son caract�re profond et sa persistance. Les termes de colique h�patique et de colique n�phr�tique d�signent des douleurs paroxystiques (qui pr�sentent des p�riodes aigu�s) dues � un spasme (contraction musculaire involontaire), � l�obstruction ou � la distension d�un visc�re creux (voies biliaires ou urinaires). Les douleurs profondes sont en g�n�ral sourdes, et leurs caract�res sont riches d�enseignements : une v�-</p><p>ritable douleur colique (de l�intestin, ou c�lon) r�cidivante et spasmodique fait penser � une l�sion par obstruction (v. occlusion).</p><p>y La dur�e. La douleur de l�ulc�re gastrique peut se prolonger pendant une heure, voire plus, alors que les douleurs des gastrites disparaissent assez rapidement.</p><p>y Le mode d�apparition. Il peut �voquer une d�chirure tissulaire lorsque la douleur atteint sa pleine intensit� presque imm�diatement apr�s son</p><p>apparition ; au contraire, l�apparition lente et progressive fait penser au d�but d�une inflammation.</p><p>y Le moment d�apparition. Il est particuli�rement important � conna�tre dans les affections digestives : ainsi il existe un espace de temps bien d�termin� entre la douleur ulc�reuse et le repas qui la pr�c�de.</p><p>Une douleur n�est g�n�ralement pas pleinement significative par une seule de ses caract�ristiques. Les indices les plus importants permettant de d�terminer sa cause et son, m�canisme sont g�n�ralement donn�s par la connais-</p><p>sance des moyens par lesquels on la provoque ou on la soulage.</p><p>Les c�phal�es</p><p>Le terme de c�phal�e recouvre �tymologiquement toutes les douleurs situ�es au niveau de la t�te, mais, dans le langage courant, il ne sert � d�signer que les sensations d�sagr�ables ressenties dans la bo�te cr�nienne.</p><p>Tr�s fr�quentes, les c�phal�es, ou</p><p>� maux de t�te �, peuvent signer une fatigue, une maladie mineure, un �tat de tension psychologique, un d�sordre m�tabolique (ur�e) ou, plus rarement, une affection grave des structures nerveuses intracr�niennes, qu�il ne faut pas m�conna�tre.</p><p>La c�phal�e peut �tre due � une infection des sinus ou des fosses nasales ; elle peut aussi �tre d�origine oculaire (trouble visuel, maladie de l�oeil). Des c�phal�es peuvent accompagner une atteinte des ligaments, des muscles et des articulations interapophysaires de la colonne vert�brale sup�rieure irra-diant du m�me c�t�, vers l�occiput. La c�phal�e due � une irritation des m�-</p><p>ninges (infectieuse ou h�morragique) s�accompagne d�une raideur du cou � la flexion. Une c�phal�e peut survenir � la suite d�une ponction lombaire et, �videmment, de toute intervention portant sur le cr�ne.</p><p>La c�phal�e chronique, r�cidivante et ne s�accompagnant pas d�autres sympt�mes importants, doit faire �voquer une migraine*, une maladie de Horton (c�phal�e nocturne paroxystique en rapport avec une art�rite temporale), une tension psychique excessive, un trouble circulatoire dans les vaisseaux intracr�niens, un traumatisme cr�nien ancien ou une tumeur c�r�brale en �volution. Enfin, l�hypertension art�rielle donne souvent, mais non toujours, des c�phal�es.</p><p>Les douleurs thoraciques</p><p>Elles posent le probl�me de leur organi-cit� (rapport avec une l�sion d�organe).</p><p>La douleur de l�angine de poitrine (v. coronaires [art�res]) est fortement oppressive ou constrictive ; elle se</p><p>manifeste surtout � la marche, apr�s les repas, quand il fait froid et elle oblige le sujet � s�arr�ter ou � ralentir. La douleur de l�infarctus du myocarde est plus intense et plus prolong�e. La douleur de la p�ricardite (inflammation du p�ricarde) est, en g�n�ral, augment�e par la toux et l�inspiration profonde, provoqu�e par la d�glutition ou un changement de position. La douleur de la pleur�sie (inflammation de la pl�vre), parfois semblable � celle de la p�ricardite, est plus aigu�, superficielle et s�aggrave � chaque respiration. La douleur de l�embolie pulmonaire (caillot sanguin obstruant une art�re pulmonaire) est caract�ris�e par la brutalit� de son d�but. Les douleurs thoraciques ant�rieures provenant d�une inflammation des articulations (des c�tes avec le sternum) sont tr�s fr�quentes : la palpation appuy�e reproduit la douleur spontan�e. Une douleur thoracique peut traduire aussi l�existence d�un pneumothorax (�panchement d�air dans la pl�vre), une infection ou une tumeur du poumon, une affection de l�oesophage, de l�estomac, du duod�num, du pancr�as, de la v�sicule biliaire : aussi r�clame-t-elle un examen complet.</p><p>Les douleurs abdominales</p><p>Tout malade souffrant d�une douleur abdominale aigu� ou prolong�e doit �tre examin� afin de poser un diagnostic et d�appliquer un traitement appropri�, parfois chirurgical et urgent.</p><p>L�inflammation du p�ritoine* (p�rito-nite) entra�ne une douleur profonde, sourde, toujours augment�e par la palpation ou les mouvements tels que la toux et l��ternuement. L�occlusion (ou obstruction) de l�intestin gr�le entra�ne une douleur � type de colique autour de l�ombilic (intestin gr�le) ou lat�ralement (gros intestin). La distension des voies biliaires entra�ne la douleur caract�ristique de la colique h�patique ou une douleur sourde sous les c�tes.</p><p>La douleur provoqu�e par la distension de l�uret�re, ou colique n�phr�tique, est variable suivant le si�ge de l�obstacle ; elle irradie toujours vers le bas.</p><p>Les douleurs dont l�origine si�ge dans la paroi abdominale elle-m�me sont constantes et sourdes, augment�es par les mouvements et la pression.</p><p>Une douleur abdominale peut traduire aussi une l�sion du thorax, de la colonne vert�brale, des organes g�nitaux, un trouble m�tabolique (colique de plomb, porphyrie, diab�te, etc.), un trouble neurologique.</p><p>Douleurs du dos et des r�gions</p><p>lombaire et sacr�e</p><p>Les principales affections responsables de douleurs dorsales ou lombo-sacr�es invalidantes sont les malformations cong�nitales de la colonne vert�brale (v. vert�bres), les l�sions lombaires traumatiques, l�arthrose (v. articulation), les l�sions vert�brales infectieuses (tuberculose), canc�reuses, m�taboliques (d�calcification). Certaines affections visc�rales provoquent des douleurs lombaires (notamment les affections du rein) ou sacr�es (cas des affections du bassin, des affections gyn�cologiques), dont le diagnostic est souvent difficile � faire avec les affections vert�brales.</p><p>Douleurs des extr�mit�s des</p><p>membres</p><p>Elles peuvent traduire des l�sions osseuses, articulaires, art�rielles, nerveuses ou provenir de l�sions profondes visc�rales, telle l�irradiation au bras de la douleur de l�angine de poitrine et de l�infarctus du myocarde, ou �tre simplement cons�cutives � une immobilit� trop prolong�e (crampes musculaires).</p><p>Alt�rations de</p><p>la temp�rature corporelle</p><p>En dehors de certaines affections du syst�me nerveux qui touchent les centres r�gulateurs de la temp�rature du corps (v. fi�vre et temp�rature), de nombreuses maladies s�accompagnent de fi�vre et parfois de frissons.</p><p>y Les maladies f�briles de courte dur�e (inf�rieure � 15 jours) sont repr�sent�es par les infections bact�riennes ou virales, les allergies, les embolies pulmonaires, les phl�bites, la goutte.</p><p>y Les fi�vres r�cidivantes et r�currentes se manifestent par de fortes</p><p>pouss�es de fi�vre � intervalles plus ou moins r�guliers ; elles caract�risent des affections bien d�termin�es, tels le paludisme, les fi�vres r�currentes, ou borrelioses.</p><p>y Les maladies f�briles prolong�es ont des origines tr�s vari�es ; il peut s�agir de processus infectieux (tuberculose, brucellose, etc.) ou parasitaires, des maladies o� existent des anomalies du collag�ne (v. conjonctif [tissu]) et des vaisseaux sanguins, d�affections rhumatismales ou de processus tumoraux (leuc�mies, certains cancers).</p><p>Atteintes du</p><p>syst�me nerveux</p><p>Une maladie du syst�me nerveux, dite aussi � neurologique �, est une affection dans laquelle il existe un trouble anatomique ou biochimique certain du tissu nerveux. Elle doit �tre distingu�e d�une affection psychiatrique, ou maladie mentale, dans laquelle il n�existe pas de modification anatomique des organes, pas de l�sion. Les sympt�mes neurologiques s�observent souvent dans les affections psychiatriques, et il appartient au m�decin de d�celer s�il s�agit alors de troubles survenant spontan�ment ou de sympt�mes simul�s. Les sympt�mes des maladies nerveuses sont fr�quemment observ�s, et leur interpr�tation est complexe.</p><p>y La fatigue*. Elle accompagne de nombreuses maladies.</p><p>y Les pertes de connaissance et les syncopes*. Elles sont parfois dues � une affection neurologique.</p><p>Les paralysies*. Elles peuvent rev�-</p><p>tir deux aspects diff�rents : la paralysie motrice est la perte de contraction volontaire des muscles ; l�apraxie est l�incapacit� d�ex�cuter certains gestes downloadModeText.vue.download 619 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10574</p><p>coordonn�s dans une situation donn�e, alors que les mouvements �l�mentaires permettant ces gestes sont normaux.</p><p>y Les anomalies du mouvement et de l�attitude. Chez le sujet normal, les activit�s posturales du syst�me moteur extrapyramidal (qui r�git les mouvements automatiques) sont indispensables aux mouvements volontaires r�gis par le syst�me pyramidal (motricit� volontaire). L�ex�cution des mouvements automatiques et</p><p>semi-volontaires est contr�l�e par le cervelet (�quilibre, coordination) et command�e par les voies motrices extrapyramidales, qui englobent les noyaux gris centraux du cerveau et certaines r�gions du cortex c�r�bral.</p><p>Les principaux sympt�mes int�ressant les mouvements automatiques et semi-volontaires sont l�akin�sie (diminution des mouvements spontan�s sans paralysie motrice), les troubles du tonus musculaire (souvent augmentation de la r�sistance des muscles � l�extension). Les mouvements involontaires ont en commun d��tre augment�s par les �motions et de dispara�tre pendant le sommeil : la chor�e d�signe des mouvements involontaires aryth-miques �tendus, rapides, de grande amplitude et �nergiques ; l�ath�tose est l�interruption de l�attitude de maintien par des mouvements continus, lents, sinueux, inappropri�s, qui sont souvent plus prononc�s au niveau des doigts ; le spasme de torsion diff�re de l�ath�tose par l�atteinte des muscles de la colonne vert�brale ; les myoclonies diff�rent de la chor�e par leur caract�re diffus ou localis�, leur rapidit� et leur dur�e plus grandes ; les tremblements consistent en des oscillations rythmiques plus ou moins r�guli�res d�une partie du corps autour d�un point fixe ; citons les tics, les contractures de la face et du cou.</p><p>Les troubles moteurs dus � des l�-</p><p>sions du cervelet sont domin�s par la d�marche titubante, l�ataxie c�r�bel-leuse (o� force, allure, direction des mouvements volontaires sont inappropri�es), l�adiadococin�sie (perturbation des actes n�cessitant une alternance rapide des mouvements) et le tremblement.</p><p>y Vertiges* et troubles de l��quilibre* et de la d�marche. Nous</p><p>n�envisagerons que les troubles de la d�marche dus � des perturbations du cervelet ou de la sensibilit� pro-</p><p>fonde. Lors des atteintes du cervelet, la d�marche est instable, irr�guli�re, titubante (diff�rente de la d�marche �brieuse des intoxications alcooliques, o� le sujet titube dans toutes les directions). La d�marche par atteinte des voies de la sensibilit� profonde est instable, irr�guli�re (les jambes sont lanc�es trop en avant ou lat�ralement) ; le sujet debout, pieds joints, les yeux clos, est en proie � une grande instabilit� qui peut entra�ner la chute (signe de Romberg).</p><p>y Troubles de la vision. V. c�cit�, oeil, vision.</p><p>y Troubles de l�audition. V. audiom�trie, oreille, surdit�.</p><p>y Troubles sensitifs. V. sensibilit�.</p><p>y Coma. V. coma.</p><p>y Troubles du sommeil. V. sommeil.</p><p>y Crises convulsives. V. �pilepsie.</p><p>y Troubles du langage. Ils sont variables suivant la structure nerveuse touch�e. L��cholalie est la r�p�tition, comme un perroquet, des mots et des syllabes que le patient entend.</p><p>L�aphasie* est la perte ou un trouble du langage o� les facult�s d��laborer des concepts ne sont pas perturb�es.</p><p>La dysarthie est un trouble de l�articulation des mots avec des fonctions mentales intactes, une compr�hension et une m�moire normales. Une affection du larynx peut entra�ner une diminution ou une perte de la voix (dysphonie ou aphonie).</p><p>Modifications</p><p>pathologiques des</p><p>fonctions cardiaques</p><p>et respiratoires</p><p>Les principaux sympt�mes en sont la dyspn�e*, la cyanose*, les oed�mes*, le choc*, l�hypotension et l�hypertension* art�rielles.</p><p>y Les palpitations. Elles constituent un ph�nom�ne subjectif d�sagr�able, qui se d�finit par le fait que l�on sent les battements de son coeur. Elles peuvent traduire un trouble du rythme</p><p>cardiaque, une h�morragie, mais elles sont le plus souvent en rapport avec l�anxi�t�.</p><p>y La toux. Une toux qui s�accom-</p><p>pagne d�une expectoration (s�cr�tions rejet�es hors de la poitrine) est une toux productive ou grasse. Une toux s�che (sans expectoration) et opini�tre, parfois un peu rauque, est dite</p><p>� f�line �. La toux peut survenir par acc�s parfois suffocants (coqueluche).</p><p>La toux chronique est fr�quente chez les fumeurs, dans la tuberculose pulmonaire, la dilatation des bronches, les infections pulmonaires.</p><p>y L�h�moptysie. C�est le rejet de sang provenant de l�appareil broncho-pulmonaire ; �mise au cours d�efforts de toux, elle s�accompagne d�une sensation de chaleur en arri�re du sternum. Quel que soit son type, c�est un sympt�me alarmant, dont les causes les plus fr�quentes sont le cancer, la tuberculose et l�embolie pulmonaires, l�oed�me aigu du poumon par insuffisance cardiaque.</p><p>Troubles des fonctions</p><p>gastro-intestinales</p><p>y Manifestations pathologiques au niveau de la bouche. V. bouche, dent, langue.</p><p>y La dysphagie. C�est une � difficult� � avaler �, sympt�me tr�s important, qui sugg�re l�existence d�une maladie et ne doit pas �tre pris a priori pour un trouble d�origine �motionnelle.</p><p>La dysphagie se manifeste le plus souvent par une sensation de blocage des aliments dans leur descente vers l�estomac. Elle peut s�accompagner de douleurs, de hoquet, de dysphonie, de dysarthrie ou �tre isol�e. Elle est soit d�origine bucco-pharyng�e (bouche et pharynx), soit d�origine oesophagienne, et le r�tr�cissement de l�oesophage par inflammation, tumeur, compression en est une cause fr�quente.</p><p>y Troubles de la digestion*. Le terme de mauvaise digestion souvent utilis� par les malades pour d�crire un grand nombre de sympt�mes consid�r�s</p><p>comme associ�s � la prise d�aliments</p><p>correspond � la dyspepsie. Lorsque ces troubles surviennent en dehors de toute cause d�celable, on parle de</p><p>� dyspepsie de type fonctionnel �.</p><p>y Manifestations douloureuses. La douleur abdominale de la dyspepsie est en g�n�ral sourde, impr�cise, bien diff�rente de la douleur aigu� lat�ralis�e constat�e dans un grand nombre d�affections abdominales organiques.</p><p>Les sympt�mes peuvent �tre</p><p>constants, intermittents ou saisonniers (maladie ulc�reuse). Ils surviennent pendant ou apr�s les repas, sont pr�-</p><p>coces ou tardifs.</p><p>y Le pyrosis. C�est une sensation de br�lure localis�e en arri�re du sternum ou haut situ�e dans l��pigastre.</p><p>y Autres sympt�mes. Une impres-</p><p>sion de ballonnement apr�s les repas, d�augmentation de la tension abdominale, soulag�e par les �ructations (rots dans le langage populaire), est souvent d�sign�e sous le terme d�a�ro-gastrie (ou dilatation de l�estomac par de l�air). Parfois, tout l�abdomen est distendu avec douleurs soulag�es par l��mission de gaz intestinaux : l�examen met en �vidence, dans ce cas, un tympanisme (sonorit� � timbre aigu) par la percussion de la paroi.</p><p>Signalons que des troubles de la digestion peuvent survenir lors d�affections qui ne touchent pas les organes intra-abdominaux (insuffisance cardiaque par exemple).</p><p>L�anorexie est la perte de l�app�tit*.</p><p>La naus�e, ou sensation d�une menace de vomissement ressentie � la gorge et � l��pigastre, pr�c�de souvent le vomissement*. Leurs causes sont identiques. Le vomissement est diff�-</p><p>rent de la r�gurgitation, qui correspond � l�expulsion d�aliments en l�absence de naus�es et sans contraction abdominale et diaphragmatique.</p><p>Perturbations des fonctions</p><p>du gros intestin, du rectum</p><p>et de l�anus</p><p>y L�incontinence anale. C�est l��mis-</p><p>sion involontaire de selles, qualifi�e encopr�sie si elle est inconsciente.</p><p>Elle est souvent accompagn�e d�une inaptitude � percevoir la consistance du contenu rectal.</p><p>y Troubles de la fonction colique.</p><p>La colique est une douleur li�e � un spasme et � une dilatation de l�intestin en amont. La distension abdominale est fr�quente dans les affections du c�lon. Des contractions d�sagr�ables et vives surviennent dans le bas ventre � gauche, avec un besoin imp�rieux d�aller � la selle, partiellement calm� par la d�f�cation. Une sensation de besoin de d�f�cation urgent est un sympt�me li� � une inflammation du rectum. La diarrh�e* et la constipa-tion* sont des sympt�mes fonctionnels essentiels du gros intestin.</p><p>y H�morragies digestives. L�h�mat�-</p><p>m�se est d�finie comme un vomissement de sang, le m�l�na (ou melaena) comme l��limination de selles noires d�aspect goudron (sang dig�r�). La rectorragie est l��limination de sang rouge vif pendant ou en dehors des selles. Ce sont des sympt�mes importants d�h�morragie gastro-intestinale.</p><p>y Ict�re ou jaunisse. V. ict�re.</p><p>y H�patom�galie. C�est l�augmen-</p><p>tation du volume du foie, appr�ci�e par la percussion et la palpation. Elle peut �tre ferme ou molle, r�guli�re ou nodulaire, s�accompagner d�un reflux de sang dans les veines jugulaires � la palpation du foie. Ses principales causes sont les cirrhoses hypertro-phiques, les h�patites, les tumeurs et la congestion vasculaire du foie (foie downloadModeText.vue.download 620 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10575</p><p>cardiaque), l�obstruction des voies biliaires.</p><p>Augmentation de volume</p><p>de l�abdomen et ascites</p><p>y L�augmentation de volume de l�abdomen, ou distension. Elle doit �tre diff�renci�e de la sensation subjective</p><p>souvent d�crite comme pl�nitude ou ballonnement, de la protrusion (pouss�e en avant) de l�abdomen accompagnant une ob�sit� ou une mauvaise attitude.</p><p>y L�ascite. C�est la pr�sence de liquide dans le p�ritoine. Elle entra�ne une distension de l�abdomen ou une simple matit� � la percussion des flancs. Elle traduit le plus souvent une cirrhose du foie, une insuffisance cardiaque ou r�nale, un cancer g�n�ralis�.</p><p>Modifications</p><p>du poids du corps</p><p>Une perte de poids sans rapport avec une restriction alimentaire impos�e est un sympt�me important traduisant une maladie. Une augmentation de poids peut �tre secondaire � une accumulation de tissu adipeux (v. ob�site) ou de liquides (oed�mes).</p><p>Troubles des fonctions</p><p>urinaires et g�nitales</p><p>Troubles de la miction</p><p>(�mission d�urines)</p><p>y La dysurie. C�est la difficult� ou la douleur � la miction. Elle peut s�accompagner de mictions imp�rieuses, de br�lures, de pollakiurie (fr�quence exag�r�e des mictions sans augmentation obligatoire du volume total des urines). Les l�sions inflammatoires de la vessie, de la prostate ou de l�ur�tre sont les causes les plus fr�quentes de dysurie. (V. urinaires [voies].) y L�incontinence urinaire. C�est l��mission involontaire d�urines.</p><p>L�incontinence paradoxale accompagnant la distension de la vessie provoqu�e par un obstacle � l��vacuation (les mictions se font par rengorgement) doit �tre distingu�e de l�incontinence urinaire v�ritable.</p><p>y L��nur�sie. Elle d�signe les mictions involontaires et inconscientes, en r�gle g�n�rale nocturnes, des enfants. Des anomalies organiques des voies urinaires sont rarement en cause ; le plus souvent, il s�agit de troubles d�origine neuropsychique.</p><p>y L�oligurie. C�est la diminution de la quantit� des urines s�cr�t�es par les reins ; on parle d�anurie lorsque la quantit� d�urines �mises par 24 heures est inf�rieure � 200 ml. La r�tention d�urine est l�impossibilit� d��mettre des urines s�cr�t�es et accumul�es dans la vessie.</p><p>y La polynurie. C�est la s�cr�tion d�urines en quantit� trop grande. Elle a pour principales causes les diff�-</p><p>rents diab�tes*.</p><p>y L�h�maturie. C�est la pr�sence de sang, venant des voies urinaires, dans les urines.</p><p>Elle doit �tre distingu�e de la contamination des urines par le sang venant des r�gles chez la femme et par divers colorants ou pigments.</p><p>Troubles des r�gles</p><p>y �ges de survenue et de disparition des r�gles. V. pubert� et m�nopause.</p><p>y Les m�trorragies. Ce sont des h�-</p><p>morragies d�origine ut�rine survenant en dehors des r�gles, alors que la m�-</p><p>norragie est l�exag�ration de l��coulement menstruel soit en quantit�, soit en dur�e (v. ut�rus).</p><p>y L�am�norrh�e (ou absence de flux menstruel). Elle est normale avant la pubert�, apr�s la m�nopause, pendant la grossesse et l�allaitement. En dehors de ces cas, elle est pathologique.</p><p>y La dysm�norrh�e (ou menstrua-</p><p>tion anormalement difficile et douloureuse). Elle est souvent marqu�e par des crampes abdominales basses � type de contractions ut�rines. Les causes en sont tr�s diverses : organiques ou psychiques.</p><p>Anomalies de l�appareil g�nital</p><p>et de la fonction sexuelle</p><p>V. g�nital et sexe.</p><p>Symptomatologie de</p><p>la peau et des phan�res</p><p>(cheveux, ongles, poils)</p><p>L�sions de la peau et troubles de la pigmentation</p><p>Le prurit* est le terme m�dical d�signant les d�mangeaisons. L�alop�cie*</p><p>est la perte des cheveux. L�hirsutisme se d�finit chez la femme comme l�existence d�un d�veloppement anormal du syst�me pileux � topographie masculine (v. poil).</p><p>Troubles de la sudation</p><p>L�hyperhidrose est l�exc�s de sudation ; l�anhidrose est l�incapacit� de s�cr�ter la sueur. Ces troubles peuvent �tre localis�s ou g�n�ralis�s (v. sueur).</p><p>Atteinte des fonctions</p><p>h�matologiques</p><p>Les principaux sympt�mes en sont : la p�leur, qui indique le plus souvent, mais pas n�cessairement, une an�mie* ; les h�morragies spontan�es, caus�es par trouble de l�h�mostase (processus qui arr�te l��coulement du sang � partir de vaisseaux l�s�s) ; les ad�nopathies (augmentation de volume d�un ou de plusieurs ganglions) ; la spl�nom�galie (augmentation de volume de la rate).</p><p>L�analyse pr�cise des sympt�mes est la base de tout diagnostic. La r�alit� de chaque sympt�me doit �tre v�rifi�e soigneusement, car il est essentiel de distinguer un sympt�me tangible de toutes les apparences qui peuvent le simuler. L�intensit� du sympt�me est �galement � estimer, et, en mati�re de ph�nom�nes douloureux, la mesure quantitative est particuli�rement d�licate et les comparaisons sont difficiles.</p><p>Enfin et surtout, c�est l��tude du groupement des sympt�mes qui permettra d�orienter le diagnostic, car il existe tr�s peu de signes pathognomo-niques, c�est-�-dire permettant, � eux seuls, de poser un diagnostic. Plusieurs sympt�mes group�s d�une fa�on significative constituent un syndrome.</p><p>Sympt�mes et syndromes cliniques ne permettent que rarement un diagnostic complet, et l�on fait alors appel aux signes biologiques fournis par les examens de laboratoires, aux signes</p><p>radiologiques et aux donn�es des examens sp�ciaux, telles les endoscopies.</p><p>La cause de l�affection �tant enfin connue, la surveillance des diff�rents sympt�mes permet de suivre l��volution de la maladie et d�appr�cier les effets de la th�rapeutique. Celle-ci s�efforce toujours d�atteindre la cause, mais, parfois, celle-ci �tant inconnue, inaccessible ou longue � supprimer, on oppose � la maladie un traitement dit</p><p>� symptomatique � dirig� contre ses effets.</p><p>C. V.</p><p>J. Gomez, Dictionnary of Symptoms (New York, 1968 ; trad. fr. Dictionnaire encyclop�-</p><p>dique des sympt�mes, Plan�te, 1970).</p><p>synchrocyclotron</p><p>et synchrotron</p><p>F ACC�L�RATEUR DE PARTICULES.</p><p>syncope</p><p>Perte de connaissance brusque due � une insuffisance d�irrigation c�r�brale.</p><p>Claude Bernard la d�finissait comme la � cessation momentan�e des fonctions c�r�brales par suite de l�interruption de l�arriv�e du sang art�riel dans le cerveau �.</p><p>Le d�but de la syncope est brutal, caract�ris� par une chute cons�cutive � la perte de connaissance, qui est de br�ve dur�e (de 1 � 3 minutes). La syncope s�accompagne d�une p�leur intense, d�une baisse tensionnelle, d�un pouls impalpable.</p><p>Sa fin est marqu�e par une rougeur du visage et la reprise de la conscience.</p><p>Une fois le diagnostic de syncope �tabli, il faut en rechercher la cause par un bilan clinique minutieux, compl�t� d�examens techniques comme l��lectrocardiogramme et souvent l��lectro-enc�phalogramme.</p><p>Les syncopes dues</p><p>aux maladies de coeur</p><p>Les causes cardiaques des syncopes m�ritent d��tre envisag�es en premier, car, pour beaucoup, � qui dit syncope dit maladie de coeur �. En fait, ces syn-</p><p>copes ne sont pas les plus fr�quentes, mais justifient tr�s souvent un traitement sp�cial.</p><p>y Les syncopes du syndrome</p><p>d�Adams-Stokes (pertes de conscience en rapport avec un pouls lent) sont tr�s caract�ristiques par leur brutalit� d�installation (� � l�emporte-pi�ce �) et leur bri�vet�. Elles occupent le premier rang en gravit� de toutes les syncopes. Dans l�intervalle des crises, on retrouve un pouls lent permanent d� � une bradycardie importante (ralentissement du rythme cardiaque). L��lectrocardiogramme repr�sente l�examen fondamental pour �tablir le diagnostic ; il montre un bloc auriculo-ventriculaire, c�est-�-dire une dissociation entre les oreillettes et les ventricules, qui luttent chacun pour leur propre compte, avec comme r�sultante un ralentissement de la cadence ventriculaire, donc finalement du coeur.</p><p>Dans la maladie d�Adams-Stokes, la syncope est due � une insuffisance d�irrigation c�r�brale par une bradycardie extr�me, voire par un arr�t du coeur.</p><p>Son pronostic spontan� est sombre, car il comporte le risque de mort subite, ce qui a conduit � entreprendre de grands efforts dans le domaine du traitement.</p><p>En p�riode de syncope et en l�absence downloadModeText.vue.download 621 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10576</p><p>de possibilit� de r�animation, il faut recourir � la technique du massage cardiaque � thorax ferm� (Kouwenho-ven). En fait, la solution id�ale est de transf�rer imm�diatement le malade en centre sp�cialis� pour y �tre plac� sous contr�le �lectronique (monitoring) afin d�en d�duire la th�rapeutique appropri�e, qui est le plus souvent l�entra�-</p><p>nement �lectrosystolique temporaire.</p><p>La pr�vention de ces syncopes repose essentiellement sur l�installation d�un stimulateur intracorporel (� pile cardiaque � ou � pacemaker �).</p><p>y Les syncopes d�effort surviennent �lectivement dans les r�tr�cissements de l�orifice aortique, souvent associ�s � une crise d�angine de poitrine</p><p>(v. aorte).</p><p>y D�autres maladies cardiaques</p><p>peuvent �tre � l�origine de syncopes.</p><p>C�est le cas de certaines tachycardies extr�mes, des � maladies bleues �, comme la t�tralogie de Fallot, et de l�insuffisance circulatoire c�r�brale d�origine ath�romateuse (�clipse c�r�brale).</p><p>Les syncopes d�origine</p><p>nerveuse ou r�flexe</p><p>y La syncope sinocarotidienne. Elle est provoqu�e chez les sujets pr�dispos�s par la pression externe du sinus carotidien (renflement correspondant � la bifurcation de la carotide primitive) : c�est le cas d�un col de chemise trop serr�, le passage du rasoir, voire parfois un brusque mouvement de</p><p>rotation de la t�te.</p><p>y La toux syncopale. Il s�agit d�une perte de connaissance brutale, tr�s br�ve, survenant au cours d�une</p><p>quinte de toux chez un porteur d�une bronchite chronique.</p><p>y La douleur syncopale. Toute douleur extr�mement violente peut entra�ner une syncope. C�est le cas dans la rupture de grossesse extra-ut�rine, dans les traumatismes avec �crasement, les sections des nerfs, etc. La syncope est alors le premier signe du choc*.</p><p>y L�hypotension orthostatique. Chute de la tension art�rielle en position debout, elle peut causer des pertes de connaissance brutales, notamment lors du lever brusque (surtout la nuit � l�occasion d�une miction) ou lors d�une station debout prolong�e. La syncope dispara�t d�s que le sujet est allong�. Certains m�dicaments peuvent favoriser une hypotension orthostatique ; c�est le cas de certains hypotenseurs (alpham�thyldopa), des inhibiteurs de la monoamine-oxydase.</p><p>Au d�cours de certaines interventions, comme la sympathectomie lombaire �tendue, on peut avoir de l�hypotension orthostatique.</p><p>y Les lipothymies. En fait, les pseudo-</p><p>syncopes, d�nomm�es lipothymies ou, plus commun�ment, �vanouissements, sont les plus fr�quentes, de pronostic b�nin. On les rencontre surtout chez les sujets �motifs ; survenant dans un contexte de p�leur, de sueurs, de troubles visuels, la perte de connaissance est en g�n�ral incompl�te, avec persistance de la respiration et de la circulation sanguine.</p><p>Il suffira de quelques gestes pour tout faire rentrer dans l�ordre : faire placer le sujet t�te basse, le ranimer par quelques gifles.</p><p>On le voit, les syncopes d�origine nerveuse, dites � r�flexes �, sont le plus souvent de bon pronostic et tr�s diff�rentes des syncopes dues � des maladies de coeur. Toutefois, il arrive exceptionnellement qu�une syncope, m�me � r�flexe � et survenant chez un sujet apparemment en bonne sant�, se termine par la mort : c�est la mort subite, dont la cause profonde est souvent difficile � �tablir, m�me par l�autopsie.</p><p>J. L. S.</p><p>W. Hirsch et K. Rust, Bewusstseinsverlust, Symptomatologie und dringliche Therapie (Leipzig, 1956 ; 2e �d., 1958).</p><p>syndicalisme</p><p>Mouvement qui tend � grouper, pour la d�fense de leurs int�r�ts communs, tous ceux qui veulent s�unir � cette fin.</p><p>En ce sens, son extension est virtuellement infinie : il peut exister ainsi des syndicats de locataires et des syndicats de contribuables. Mais c�est surtout dans le cadre des professions que le syndicalisme a atteint une grande puissance, aussi bien chez les employeurs que chez les travailleurs. En France, la loi de 1884 limite d�ailleurs le droit de se syndiquer aux membres des professions. Quand on parle de syndicalisme et d�organisations syndicales sans autre pr�cision, on veut, en g�n�-</p><p>ral, parler des travailleurs. C�est de ce point de vue, consacr� par l�usage, que nous nous placerons ici.</p><p>Les origines du</p><p>syndicalisme</p><p>En France, c�est entre 1860 et 1870, au d�but de l�Empire lib�ral, qu�apparaissent les premiers syndicats*.</p><p>Souvent ceux-ci portent alors le nom de chambres syndicales. Mais, avant eux, il a exist� d�autres organisations professionnelles : les corporations* et les compagnonnages*. Des uns et des autres aux syndicats peut-on �tablir une filiation ? Non. Dans le cadre d�un m�tier et d�une localit�, les corporations groupent employeurs et salari�s</p><p>� en ignorant leurs oppositions d�in-t�r�t ; les syndicats vont les grouper s�par�ment ; ils reposent sur des oppositions de classe que leur existence va souvent avoir pour cons�quence d�aggraver. Les compagnonnages, group�s en rites rivaux, ne pratiquent entre eux aucune solidarit� ; ils ont pour but de permettre dans leurs �coles de trait (dessin g�om�trique) et par le tour de France l�apprentissage du m�tier. En fait, les syndicats se forment contre eux et les combattent.</p><p>Les syndicats sont issus, par une lente �volution, d�organisations encore mal connues qui existaient d�j� au XVIIIe s. ; tant bien que mal, ces organisations traversent le crise r�volutionnaire et apparaissent, nombreuses et actives, sous la Restauration. Ce sont les mutuelles et les fraternelles, qui, dans le cadre d�un m�tier et d�une localit�, se proposent de couvrir pour leurs adh�rents les risques de maladie, d�accident, de vieillesse et de mort : par exemple la Mutuelle des charpentiers de Paris. La cotisation est �lev�e (en moyenne une journ�e de salaire par mois) ; l�adh�sion est strictement volontaire. Ces associations ne sont pas l�gales ; leur existence est contraire � la loi Le Chapelier, vot�e par la Constituante ; mais, tout en exer�ant sur elles une certaine surveillance pour s�assurer qu�elles ne font pas de politique, le pouvoir les tol�re.</p><p>� partir de 1840, nombre de mu-</p><p>tuelles se transforment en soci�t�s de r�sistance (r�sistance au patronat et � ses tentatives de baisse de salaires), qui soutiennent des gr�ves. Ces soci�t�s de r�sistance deviendront des chambres syndicales, en partie par imitation de ce qui s��tait pass� en Grande-Bretagne, o�, d�j� depuis plusieurs d�cennies, des trade-unions �taient apparues, et</p><p>� la suite du voyage qu�avaient fait � l�Exposition universelle de Londres de 1862 un certain nombre d�ouvriers envoy�s par l�empereur. Les travailleurs auraient souhait� recevoir le droit l�gal de s�organiser ; mais le pouvoir ne leur accordait qu�une tol�rance pr�caire, remise en question lorsque certains militants syndicalistes, comme Eug�ne Varlin (1839-1871), adh�raient � l�Association internationale des travailleurs et qu��clataient des gr�ves mena�ant l�ordre public.</p><p>D�j�, cependant, les syndicats qui se sont constitu�s tendent � s�organiser en f�d�rations nationales professionnelles de m�tier ou d�industrie et en unions locales ou d�partementales interpro-fessionnelles. Mais, dans l��volution qui s�amorce, la guerre de 1870-71, la Commune* et la r�pression introduisent une brutale coupure. Nombre de militants syndicalistes parisiens</p><p>� tel Varlin � disparaissent, tu�s au combat, condamn�s ou en fuite.</p><p>Il faut attendre plusieurs ann�es pour que le mouvement reprenne timidement et qu�un premier congr�s des chambres syndicales se tienne � Paris, salle d�Arras, en octobre 1876. � partir de 1887 s�acc�l�re le mouvement qui, � travers la France enti�re, constitue des Bourses du travail. Une Bourse du travail est un local mis � la disposition des syndicats d�une localit� par la municipalit�, qui les laisse l�administrer eux-m�mes. On compte 40 Bourses du travail en 1895 et 157 en 1908. Pendant un temps, on peut penser que c�est la F�d�ration des Bourses du travail, cr��e � Saint-�tienne en 1892, qui va constituer le groupement repr�sentatif de tous les syndicats de France. Mais des oppositions de personne et de tendance font qu�en 1895, � Limoges, la cr�ation de la Conf�d�ration g�n�rale du travail (C. G. T.) vient coiffer l�ensemble de l��difice, dont la F�d�ration des Bourses du travail n�est plus qu�un �tage. Pendant quelques ann�es, il subsiste entre la Conf�d�ration g�n�rale du travail et la F�d�ration des Bourses du travail une certaine rivalit�. Mais, � partir du congr�s de Montpellier (1902), la C. G. T. l�emporte.</p><p>Dans cette �volution, plusieurs traits</p><p>apparaissent : si le syndicalisme est issu de la r�volution industrielle, il n�en est pas la cons�quence m�canique. Car il a chemin� plus vite dans les m�tiers d�industries ayant conserv� longtemps une structure artisanale (chapellerie, imprimerie, b�timent, habillement) que dans les m�tiers boulevers�s par la technique nouvelle et la r�volution industrielle (textile, m�tallurgie, mines).</p><p>Tout se passe comme si la syndicalisation �tait alors moins le r�sultat de la prol�tarisation que d�un certain refus downloadModeText.vue.download 622 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10577</p><p>de la prol�tarisation au nom d�id�aux et d�habitudes ant�rieures.</p><p>Par ailleurs, � la diff�rence du socialisme*, qui a d�abord �t� pens� par un certain nombre d�hommes, cr�ant leurs syst�mes, avant de s�incarner en un mouvement collectif, le syndicalisme est apparu en premier lieu comme un mouvement que personne n�avait pens� au pr�alable, mais sur lequel sont venues se greffer apr�s coup un certain nombre d�id�ologies plus ou moins rivales, plus ou moins bien accept�es. M�me si ces id�ologies ont, � leur tour, agi sur le syndicalisme, celui-ci appara�t comme ayant conserv� un caract�re plus pragmatique que le socialisme, avec lequel il entretient, en France et � l��tranger, des relations complexes, oscillant entre la collaboration et la rivalit�.</p><p>Dans la p�riode d�avant 1914, deux lois tracent le cadre l�gal du syndicalisme. Celle de 1864, rapport�e par �mile Ollivier, supprime le caract�re d�lictueux de la gr�ve, que le pouvoir, depuis le XVIe s. et � travers les r�gimes successifs, n�a cess� de poursuivre ; mais il reste interdit de porter atteinte � la libert� du travail, et nul ne pense alors que la gr�ve puisse �tre le fait de fonctionnaires. La loi de 1884, que font voter Jules Ferry*, pr�sident du Conseil, et Waldeck-Rousseau*, ministre de l�Int�rieur, donne l�autorisation de se syndiquer aux personnes exer�ant la m�me profession ou des professions connexes ;</p><p>elle interdit au syndicat toute activit� religieuse ou politique. Comme les syndicats, les unions de syndicats sont autoris�es ; les f�d�rations seront donc tol�r�es comme unions. Mais le texte est muet quant aux conf�d�rations, qui n�existent pas alors. � partir de la Constitution de 1946, le droit syndical et le droit de gr�ve deviendront le droit commun de tous les Fran�ais.</p><p>De cette �volution, les militants syndicalistes ont retir� plus ou moins consciemment le sentiment que la loi ne fait que consacrer l��volution d�j� survenue dans la r�alit�. Leur aurait-on reconnu le droit de gr�ve s�ils n�avaient fait gr�ve avant d�en avoir le droit ? Leur aurait-on reconnu le droit syndical s�ils ne s��taient syndiqu�s avant d�en avoir le droit ? Il en r�sulte que la plupart des syndicalistes jugent normal, s�ils ont le sentiment que le rapport des forces leur est favorable, d�aller de l�avant sans s�occuper des textes, dans lesquels, s�ils sont, au contraire, en position de faiblesse, ils auront tendance � chercher un bouclier et un refuge.</p><p>De cette �poque �galement date le m�canisme de perception des cotisations syndicales. Le syndiqu� doit acheter une carte annuelle et douze timbres mensuels, qu�il appose sur les douze cases pr�vues � cet effet.</p><p>L��chelonnement des versements est donc possible pendant toute l�ann�e.</p><p>Mais nombre de syndiqu�s se</p><p>contentent de l�achat de quelques timbres. D�s lors, sur quelle base �valuer les effectifs ? Consid�rera-t-on comme syndiqu� quiconque poss�de une carte, m�me s�il n�a achet� qu�un timbre au lieu de douze ? Exigera-t-on douze timbres ? Ou bien acceptera-t-on de se contenter d�une moyenne qui pourrait se situer vers sept ou huit timbres ? Selon qu�on adopte telle ou telle r�ponse, les �valuations num�-</p><p>riques pourront varier du simple au double.</p><p>Les conceptions diverses</p><p>du syndicalisme</p><p>Il ne semble pas �tabli qu�en France ni dans les autres pays le syndicalisme, en</p><p>ses d�buts, se soit prononc� pour une transformation radicale de la soci�t�.</p><p>Son existence �tait trop pr�caire pour qu�il affich�t de telles ambitions, m�me s�il les avait nourries ; mais sans doute ne les nourrissait-il pas.</p><p>y Dans ces conditions, on pourrait soutenir que la premi�re attitude du syndicalisme est r�formiste, et elle le demeure dans divers pays, au moins pour la grande majorit� des syndiqu�s. Ce que veut ce syndicalisme r�formiste, c�est seulement, � l�int�-</p><p>rieur du r�gime capitaliste (dont il ne conteste pas le principe, mais seulement les modalit�s), agir pour que la condition des travailleurs soit sans cesse am�lior�e, par une augmentation de salaires, par une r�duction du temps de travail et par un r�seau de mesures protectrices (lois ou conventions) apportant quelque s�curit�.</p><p>C�est � ce syndicalisme que vont en France, avant la Premi�re Guerre mondiale, les sympathies des syndicats du livre et souvent des syndicats de mineurs. Auguste Keufer (1851-1924), secr�taire g�n�ral de la F�d�ration des travailleurs fran�ais du livre, d�fend ces conceptions non sans vigueur ni habilet� dans les congr�s de la C. G. T., o� l�atmosph�re ne lui est gu�re favorable. C�est �galement ce syndicalisme r�formiste que pratiquent les dirigeants des trade-unions britanniques ou de l�American F�d�ration of Labor (AFL), qui, � leurs d�buts du moins, reposent sur un syndicalisme de m�tier en mesure de faire jouer au profit des salaires ouvriers la loi de l�offre et de la demande, par une rar�faction volontaire de la main-d�oeuvre qualifi�e.</p><p>Un second type de syndicalisme est caract�ris� par l�alliance avec le parti socialiste � en Allemagne, dans les pays Scandinaves, en Suisse, en Belgique par exemple. Les dirigeants des syndicats adh�rent dans leur ensemble � la vision socialiste de la soci�t�.</p><p>Entre le parti et les syndicats s�op�re alors une division du travail : les syndicats m�nent les luttes ouvri�res et conseillent le parti en mati�re de l�gislation sociale ; ils le soutiennent dans les �lections. Le parti se fait le porte-parole des syndicats dans les Assem-</p><p>bl�es l�gislatives. Souvent, la pratique syndicale p�se sur le parti dans un sens r�formiste et l�am�ne � se d�tacher des vues th�oriques qu�on entretenait initialement.</p><p>y Plus ambitieuse est la concep-</p><p>tion syndicaliste r�volutionnaire qui domine la C. G. T. fran�aise d�avant 1914 et qui influence aussi les syndicats italiens et espagnols, voire, aux �tats-Unis, les Industrial Workers of the World (IWW). Pour les partisans de cette conception, le syndicalisme est le seul mouvement qui puisse r�aliser la r�volution n�cessaire. La transformation sociale ne peut venir ni du bulletin de vote, ni de l�insurrection ; elle surgira dans et par la gr�ve g�n�rale. Son r�sultat sera la remise de la direction des usines aux syndicats, � la mine aux mineurs �.</p><p>L�ind�pendance est le ma�tre mot du syndicalisme, qui doit se garder libre, farouchement, vis-�-vis du patronat, de l��tat, de tout �tat m�me prol�tarien et des partis politiques, m�me et surtout du parti socialiste. Jamais et nulle part ces conceptions n�ont �t� exprim�es avec autant de force que dans la � charte d�Amiens �, vot�e par le congr�s de la C. G. T. r�uni en 1906, quelques mois apr�s le congr�s d�unit� socialiste de 1905. L�action directe est alors le principe premier de l�action syndicale. Ce syndicalisme tend � apporter une conception globale de la soci�t�.</p><p>y � l�oppos� du syndicalisme r�formiste et du syndicalisme r�volutionnaire, L�nine �labore une conception de l�action syndicale fond�e sur un tout autre raisonnement et auquel l�avenir donnera � apr�s octobre 1917 � une tr�s grande importance.</p><p>Pour lui, le syndicalisme, s�il pr�tend se d�terminer lui-m�me, ne peut pas �chapper au d�viationnisme : d�viation trade-unioniste, il croit qu�il peut faire l��conomie de la r�volution et sombre alors dans le r�formisme ; d�-</p><p>viation anarcho-syndicaliste, il croit qu�il peut faire seul la r�volution et il n�y parvient pas. Le syndicat doit donc �tre dirig� par le parti communiste avant-garde du prol�tariat. Il ne peut �tre que l��cole primaire du communisme. Des non-communistes</p><p>peuvent et doivent �tre admis dans les syndicats, o� peu � peu se formera leur conscience politique. En r�gime capitaliste, le syndicalisme portera les revendications des masses � l��gard du pouvoir ; il sera facteur d�agitation revendicative. En r�gime socialiste, il aidera le pouvoir, sans se confondre avec lui, � discipliner les r�actions ouvri�res ; il sera �galement facteur de progr�s ; tout en permettant de r�agir contre certaines d�formations bureaucratiques, il n�a pas � g�rer les usines.</p><p>y � partir de 1880, en France et dans diff�rents pays se constitue un syndicalisme chr�tien. Parfois, comme en Allemagne, il est issu de scissions qui affectent les syndicats socialistes ; parfois, comme en France, il est d� � l�initiative de jeunes pr�tres qui vont de l�avant avec une audace qui inqui�te alors la hi�rarchie catholique.</p><p>� partir de 1891, l�encyclique Rerum novarum apporte un cadre doctrinal au syndicalisme chr�tien. Celui-ci r�pudie le mat�rialisme, la lutte de classes, la violence et essaye de mettre en place une soci�t� o� l�organisation professionnelle jouerait un r�le important en harmonisant les rapports entre employeurs et salari�s. Mais les progr�s du syndicalisme chr�tien sont lents, parfois limit�s � certains milieux proches des classes moyenn�s, comme celle des employ�s, ou aux professions o� la main-d�oeuvre f�minine est importante, comme le textile.</p><p>En France, il faut attendre 1919 pour que se constitue une Conf�d�ration fran�aise des travailleurs chr�tiens (C. F. T. C). Ainsi se trouve ruin� le monopole conf�d�ral dont b�n�ficiait la C. G. T. depuis 1895. Jusqu�� notre �poque, il n�a jamais �t� r�tabli. Dans l�histoire ouvri�re de la France, le pluralisme l�emporte sur l�unit�.</p><p>Le pluralisme</p><p>syndical en France</p><p>Dans le vocabulaire ouvrier, le pluralisme, c�est la coexistence de syndicats downloadModeText.vue.download 623 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10578</p><p>rivaux, entre lesquels le � syndicable �</p><p>virtuel peut choisir.</p><p>De 1921 � 1936, il a exist� en France trois conf�d�rations rivales :</p><p>� la C. G. T. r�formiste de L�on Jouhaux, Georges Dumoulin (1877-1962) et Ren� Belin ;</p><p>� la C. F. T. C. de Jules Zirnheld (1876-1940) et Gaston Tessier ;</p><p>� la C. G. T. U. (Conf�d�ration g�n�-</p><p>rale du travail unitaire), o� les communistes l�ont emport� sur les anarchistes, avec G. Monmousseau, Julien Raca-mond et Beno�t Frachon.</p><p>En 1934-1936, la C. G. T. U. et la C. G. T. fusionnent, les r�formistes conservant d�abord la majorit�.</p><p>Le Parti social fran�ais du colonel Fran�ois de La Rocque (1886-1946) aide � se constituer des syndicats professionnels fran�ais (S. P. F.).</p><p>Le gouvernement de Vichy dissout toutes les conf�d�rations et les syndicats de fonctionnaires. Mais il tol�re l�activit� des syndicats, des f�d�rations et m�me des unions, et, par la charte du travail d�octobre 1941, il essaie de cr�er un syndicalisme nouveau, unique, obligatoire et coiff� de comit�s sociaux.</p><p>De cette construction, la Lib�ration ne laisse rien subsister. En juillet 1944, sortant de la clandestinit�, o� elles s��taient reconstitu�es, la C. G. T. et la C. F. T. C. reparaissent au grand jour.</p><p>Mais ce bimonopole va �tre de courte dur�e.</p><p>Successivement on voit se cr�er :</p><p>� en 1944, la Conf�d�ration g�n�rale des cadres, qui ne veut grouper, au contraire des conf�d�rations ouvri�res, ouvertes � tous les salari�s, que du personnel d�encadrement ;</p><p>� en 1948, la Conf�d�ration g�-</p><p>n�rale du travail-Force ouvri�re (C. G. T-F. O.), n�e d�une scission de la C. G. T., � laquelle Jouhaux et ses amis reprochent d��tre sous contr�le communiste (la m�me ann�e, la F�-</p><p>d�ration de l��ducation nationale</p><p>[F. E. N.] quitte la C. G. T. et s�installe dans l�autonomie) ;</p><p>� � partir de 1948, diverses conf�d�-</p><p>rations de syndicats ind�pendants, d�o� se d�tache en 1959 une Conf�d�ration fran�aise du travail (C. F. T.), accus�e par ses rivales d��tre dans certaines entreprises l�instrument des directions.</p><p>En 1964, la C. F. T. C, � la majorit�, d�cide de changer son titre, qui devient Conf�d�ration fran�aise d�mocratique du travail (C. F. D. T.). Mais une partie des minoritaires refuse et continue la</p><p>� C. F. T. C. maintenue �.</p><p>Enfin, en 1969, la C. G. C. voit �galement se d�tacher d�elle une partie de ses adh�rents, qui cr�e l�Union des cadres et techniciens (U. C. T.).</p><p>Au lendemain de la Lib�ration, les pouvoirs publics, renouant avec une tradition qui avait �t� ouverte par l�Organisation internationale du travail, ont d�cid� de distinguer entre les organisations syndicales celles qui seraient dot�es de la repr�sentativit� nationale et les autres. Les premi�res ont divers avantages � notamment celui de pouvoir pr�senter partout des candidats aux �lections professionnelles, de pouvoir �tre repr�sent�es au Conseil �conomique et de pr�tendre aux subventions accord�es par l��tat aux organisations syndicales pour la formation de leurs militants. Pour acc�der � la repr�sentativit� nationale, il faut r�pondre � divers crit�res concernant le nombre des adh�rents, l�importance et la r�gularit� des cotisations vers�es, l�anciennet� de l�organisation (ou, � d�faut, les titres syndicaux des dirigeants), l�ind�pendance (surtout vis-�-vis du patronat) et � en 1946 � la participation � la r�sistance. Sont actuellement admises � la repr�sentativit� nationale la C. G. T., la C. F. D. T., la C. F. T. C., la C. G. T.-F. O., la C. G. C., la F. E. N.</p><p>(en ce qui la concerne) ; sont au contraire exclues, pour des raisons diff�rentes, la C. F. T. et l�U. C. T.</p><p>� diverses reprises, il a �t� question de renoncer � ces crit�res et � ces distinctions. Mais les organisations qui b�n�ficient de ce statut souhaitent en conserver les avantages. La C. G. T. de-</p><p>mande m�me que le statut soit r�serv� dans chaque secteur aux organisations faisant la preuve qu�elles b�n�ficient de 10 p. 100 des voix exprim�es aux consultations professionnelles, ce qui jouerait contre plusieurs de ses rivales.</p><p>Parmi les originalit�s du syndi-</p><p>calisme fran�ais des salari�s, il faut signaler l�importance du syndicalisme chez les fonctionnaires (depuis l�entre-deux-guerres) et chez les cadres (depuis 1944).</p><p>Unit� et pluralisme</p><p>syndical � l��tranger</p><p>En Italie comme en France, mais � un moindre degr�, le pluralisme syndical est la r�gle, avec quatre conf�d�rations rivales :</p><p>� la Confederazione generale italiana del lavoro (CGIL), � dominante communiste ;</p><p>� la Confederazione italiana sin-dacati lavorati (CISL), � dominante chr�tienne ;</p><p>� l�Unione italiana del lavoro (UIL), � dominante socialiste ;</p><p>� la Confederazione italiana sinda-cati nazionali lavorati (CISNAL), que ses adversaires assurent de nostalgie fasciste.</p><p>� partir de 1969, un mouvement unitaire a paru remettre en cause le pluralisme. Il a abouti � la constitution d�une F�d�ration unique de la m�tallurgie.</p><p>Mais, sur le plan conf�d�ral, le processus para�t bloqu� par les r�ticences de l�UIL et d�une partie de la CISL.</p><p>Dans des pays comme la Suisse, les Pays-Bas, la Belgique, le pluralisme existe aussi, mais moins accentu�. En Allemagne, malgr� l�existence d�un syndicalisme lib�ral et d�un syndicalisme catholique, le Deutscher Gewerkschaftsbund (DGB) exerce un monopole de fait. Il en est de m�me en Grande-Bretagne, o� le Trades Union Congress (TUC) rassemble l�immense majorit� des syndiqu�s.</p><p>La situation est plus complexe aux �tats-Unis. De 1935 � 1955, deux orga-</p><p>nisations se sont oppos�es : l�American Federation of Labor (AFL), qui groupait surtout des syndicats de m�tier, et le Congress of Industrial Organiza-tions (CIO), qui groupait surtout des syndicats d�industries. Elles sont aujourd�hui rassembl�es dans une seule organisation, l�AFLCIO. Mais en dehors d�elle subsistent des organisations qui sont rest�es autonomes ou qui le sont devenues : syndicats des cheminots, des mineurs, des routiers (exclus de l�AFLCIO), de l�automobile.</p><p>Dans les pays socialistes, le syndicalisme est n�cessairement unique : il ne peut en �tre autrement dans des �tats qui ne connaissent qu�un parti.</p><p>Pour la m�me raison, le syndicat est n�cessairement subordonn� au parti, conform�ment aux th�ories de L�-</p><p>nine. Mais, contrairement � ce qu�on pense � l�ordinaire, le syndicalisme n�est nullement obligatoire, bien qu�� divers �gards il soit plus avantageux d�y adh�rer. (En U. R. S. S., les prestations d�assurances sociales sont plus fortes pour les syndiqu�s que pour les non-syndiqu�s.)</p><p>Il est difficile de donner une id�e du syndicalisme dans les pays du tiers monde. La situation y est sensiblement diff�rente. Parfois, le syndicalisme est un syndicalisme d�encadrement contr�l� par le pouvoir (c�est le cas en Tunisie, en Alg�rie, au Br�sil). Parfois, il semble, au contraire, entretenir de bons rapports avec l�opposition (comme au Maroc).</p><p>Le record des adh�sions est battu par le syndicalisme de l�U. R. S. S.</p><p>(94 millions). Viennent ensuite les �tats-Unis (15 millions), la Grande-Bretagne (10 millions), l�Allemagne (10 millions). Mais peut-on comparer valablement des syndicalismes aussi diff�rents ?</p><p>Il est plus int�ressant, sans doute, de comparer dans les pays de structure analogue le taux de syndicalisation. On entend par l� le rapport du nombre des syndiqu�s au nombre des syndicables.</p><p>D�apr�s un document de la Commu-</p><p>naut� �conomique europ�enne, com-pl�t� pour les pays situ�s hors d�Europe, ce taux s��tablirait ainsi en 1971 :</p><p>Su�de, 70 p. 100 ; Belgique, 66 p. 100 ; Autriche, Danemark, Luxembourg,</p><p>50 p. 100 ; Grande-Bretagne, Norv�ge, Pays-Bas, 40 p. 100 ; Irlande, Italie, Japon, 30 p. 100 ; Allemagne f�d�rale, Suisse, 25 p. 100 ; �tats-Unis, France, 20 p. 100.</p><p>Mais il convient de signaler que cette moyenne est elle-m�me trompeuse, car, dans certains pays, comme la France, le taux de syndicalisation est �lev� dans la fonction publique, alors que, dans d�autres, il est faible. Un taux de syndicalisation ouvri�re placerait les �tats-Unis au-dessus de la France.</p><p>Dans divers pays et dans certains cas, la clause dite de la closed shop interdit � l�employeur d�embaucher des non-syndiqu�s. Elle peut �tre consid�r�e comme attentatoire � la libert� individuelle. Aussi a-t-elle �t� interdite aux �tats-Unis par la loi Taft-Hartley (1947). Mais cette loi autorise la clause dite de l�union shop, qui ne comporte pas l�affiliation obligatoire au pr�alable et lors de l�embauche, mais qui la prescrit au bout d�un certain nombre de mois. On revient donc � une obligation.</p><p>Le taux de syndicalisation �lev� dans l�industrie des �tats-Unis s�explique ainsi.</p><p>Syndicalisme et crise des</p><p>relations industrielles</p><p>Depuis un demi-si�cle, un nouvel ordre social paraissait en voie de se construire lentement, par des voies r�formistes, dans les soci�t�s occidentales, les syndicats acceptant d�assumer des responsabilit�s dans le cadre des conventions collectives librement sign�es par eux. Mais, � partir de 1965, une s�rie de mouvements d�origine diverse ont tout remis en question.</p><p>Dans les pays de syndicalisme pratiquement unique, comme dans les pays Scandinaves ou en Grande-Bretagne, downloadModeText.vue.download 624 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10579</p><p>on a vu surgir des gr�ves dites, chez les Britanniques, non officielles (en France</p><p>on parle de gr�ves sauvages), qui naissent et se d�veloppent en dehors du syndicat et parfois contre lui. Ces gr�ves sont souvent le fait de jeunes d�l�gu�s d�atelier, non permanents, qui protestent contre ce qu�ils appellent la scl�rose syndicale. Contestataire dans son principe, le syndicalisme se trouve ainsi contest� � son tour par certains de ses adh�rents ou par des inorganis�s.</p><p>(Les mao�stes sont en g�n�ral hostiles au principe de l�organisation syndicale ; les anarchistes le sont parfois ; les trotskistes ne le sont jamais.) Dans les pays de pluralisme syndical, ces mouvements, s�ils existent, ne demeurent pas longtemps � sauvages �</p><p>ou non officiels. Il se trouve presque toujours une organisation qui les prend en charge et les cautionne devant l�opinion publique. Mais le probl�me est le m�me dans les deux cas : reprendre en main le mouvement et le canaliser vers des objectifs r�alisables. C��tait d�j� le cas en France dans l�explosion sociale de mai-juin 1936 � comme ce fut le cas lors des gr�ves de mai-juin 1968.</p><p>Dans ce travail de � r�cup�ration �, les syndicats font preuve de plus ou moins d�autorit�. Les dirigeants des syndicats allemands et scandinaves sont peu dispos�s � pactiser avec l�indiscipline ; les riches caisses de gr�ve dont ils disposent leur fournissent d�ailleurs un moyen de pression. En France, la tendance est tout autre. La Belgique et la Grande-Bretagne sont � mi-chemin. La diversit� est telle qu�il est difficile de conclure � l�existence de deux grands types : un syndicalisme d�int�gration (Allemagne) et un syndicalisme conflictuel (France).</p><p>Une des nouveaut�s sociales de ce dernier quart de si�cle a �t� la mise en cause du syndicalisme dans les</p><p>� pays socialistes �, tout au moins dans diverses d�mocraties populaires : � Berlin-Est en 1953 ; � Pozna&#x144; et � Budapest en 1956 ; dans les chantiers navals de Pologne en 1970-71. Dans ces divers cas, les travailleurs de la base ont fait gr�ve malgr� les syndicats et ont protest� contre la tutelle exerc�e sur eux par le parti ; certaines revendications tendaient vers l�autogestion.</p><p>Mais soit par la r�pression, comme en Hongrie, soit par une tactique de lente</p><p>reprise en main, les syndicats et le parti sont parvenus � r�tablir leur autorit� au prix de changement d�hommes et de concessions qui n�ont �t� parfois que passag�res.</p><p>Autogestion,</p><p>nationalisation,</p><p>cogestion ?</p><p>Comme le syndicalisme de l�Ame-</p><p>rican Federation of Labor aux �tats-Unis, le syndicalisme fran�ais de la C. G. T.-F. O., celui de la C. F. T. C.</p><p>et celui de la C. G. C. se contentent de travailler dans le r�gime, sans le combattre ; ces trois organisations se gardent, en g�n�ral, de prendre des positions politiques, en particulier lors des consultations �lectorales. Au contraire, la C. G. T. et la C. F. D. T. se proclament, aujourd�hui, ouvertement socialistes. Mais elles ne con�oivent pas ce socialisme de la m�me mani�re.</p><p>Pour la C. G. T., la socialisation des moyens de production et d��change doit aboutir � la gestion de l�ensemble de l��conomie par l�ensemble des travailleurs. Pour la C. F. D. T., cette socialisation doit comporter � la fois une planification d�mocratique et l�autogestion. Syndicalistes de la C. G. T.</p><p>et syndicalistes de la C. F. D. T. se retrouvent d�accord pour juger insuffisantes les formules de cogestion, dont les syndicalistes allemands ont fait depuis vingt ans leur principale revendication et qui est appliqu�e dans les mines et les aci�ries de la Ruhr.</p><p>G. L.</p><p>F Conflit collectif du travail / Ouvri�re (question) / Professionnelles (organisations) / Syndicat</p><p>/ Trade-Unions.</p><p>E. Doll�ans, Histoire du mouvement ouvrier (A. Colin, 1936-1953 ; 3 vol.). / R. Marjolin, l��volution du syndicalisme aux �tats-Unis, de Washington � Roosevelt (Alcan, 1936). / G. Lefranc, le Syndicalisme dans le monde (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1949 ; 8e �d., 1971) ; les Ex-p�riences syndicales en France de 1939 � 1950</p><p>(Montaigne, 1950) ; les Exp�riences syndicales internationales des origines � nos jours (Montaigne, 1953) ; le Mouvement syndicat sous la IIIe R�publique de 1871 � 1940 (Payot, 1967) ; le Mouvement syndical de la Lib�ration aux �v�nements de mai-juin 1968 (Payot, 1969) ; Essais sur les probl�mes socialistes et syndicaux</p><p>(Payot, 1970). / G. Levard, Chances et p�rils du syndicalisme chr�tien (Fayard, 1955). / P. Monatte, Trois Scissions syndicales (�d. ouvri�res, 1958). / L. Rioux, le Syndicalisme (Buchet-Chastel, 1960). / J. Meynaud et A. Salah-Bey, le Syndicalisme africain (Payot, 1963). / G. Adam, la C. F. T. C, 1940-1958 (A. Colin, 1964) ; la C. G. T.-F. O. (Fondation nat. des sciences politiques, 1965). / A. Prost, la C. G. T. � l��poque du Front populaire 1934-1939 (A. Colin, 1964). /</p><p>J. D. Reynaud, les Syndicats en France (A. Colin, coll. � U �, 1964). / R. Talmy, le Syndicalisme chr�tien en France, 1871-1930 (Bloud et Gay, 1966). / J. Bruhat et M. Piolot, Esquisse d�une histoire de la C. G. T. (C. G. T., 1967). / B. Frachon, Au rythme du temps, 1944-1954 (�d. sociales, 1967) ; Au rythme des jours. R�trospective sur vingt ann�es de lutte de la C. G. T., 1955-1968</p><p>(�d. sociales, 1968). / A. Barjonet, la C. G. T. Histoire, structure, doctrine (�d. du Seuil, 1968).</p><p>/ H. Dubief, le Syndicalisme r�volutionnaire (A. Colin, 1969). / M. Chariot, le Syndicalisme en Grande-Bretagne (A. Colin, 1970). / A. Bergeron, Conf�d�ration Force ouvri�re (l��pi, 1971) ; Lettre ouverte � un syndiqu� (A. Michel, 1975).</p><p>/ G. Caire, les Syndicats ouvriers (P. U. F., 1971).</p><p>/ E. Descamps, Militer. Une vie pour un engagement collectif (Fayard, 1971). / T. Lowit, le Syndicalisme de type sovi�tique (A. Colin, 1971). /</p><p>La C. F. D. T. (�d. du Seuil, 1971). / M. Schiffes, la C. F. D. T. des militants (Stock, 1971). / G. S�guy, le Mai de la C. G. T. (Julliard, 1972). / E. Maire et J. Julliard, la C. F. D. T. aujourd�hui (�d. du Seuil, 1975). / J. D. Raynaud, les Syndicats en France (�d. du Seuil, 1975 ; 2 vol.).</p><p>Le syndicalisme patronal</p><p>jusqu�en 1919</p><p>L�histoire du syndicalisme patronal fran�ais se situe sur une trajectoire sensiblement diff�rente de celle du syndicalisme ouvrier.</p><p>L��difice constitu� par le droit du travail*</p><p>se r�v�le en effet, pendant presque tout le XIXe s., une construction dissym�trique, avantageant les employeurs au d�triment des salari�s. Les pouvoirs publics couvrent de leur accord tacite les organisations patronales pourtant prohib�es en droit par la l�gislation r�volutionnaire (v. professionnelles [organisations]), et, s�il faut attendre 1884 pourvoir le premier syndicalisme ouvrier officiel, le � syndicalisme � patronal voit le jour, lui, � une p�riode bien ant�-</p><p>rieure et pour des mobiles d�ailleurs diff�-</p><p>rents, m�me s�il se dissimule derri�re une �tiquette semblable.</p><p>Le syndicalisme patronal appara�t une n�cessit� du jour o� les employeurs prennent conscience que seul leur groupement permet logiquement d�atteindre un certain nombre d�objectifs : la protection douani�re et les questions fiscales, notamment, postulent un regroupement des chefs d�entreprise pour dialoguer avec l�Administration dans de meilleures conditions. Le syndicalisme patronal tend, avant tout, � constituer un groupe* de pression en vue d�atteindre des objectifs globaux de politique �conomique.</p><p>D�assez nombreuses associations patronales se forment ainsi d�s la premi�re r�volution industrielle, notamment dans trois secteurs, la m�tallurgie, le textile et les mines, pour lutter contre certains agissements des pouvoirs publics jug�s dangereux par les manufacturiers : le Comit� des filateurs de Lille, form� en 1824 (une sorte de cartel, d�ailleurs, plus qu�un syndicat), qui tend � imposer ses conditions au march� et �galement au monde des travailleurs ; le Comit� des industriels de l�Est, form� � Mulhouse en 1835, qui r�unit des industriels du textile ayant un objectif pr�cis : le maintien des droits de douane sur les fils et les tissus de coton ; un Comit� des int�r�ts m�tallurgiques, form� en 1840, qui comprend cinq membres, parmi lesquels Schneider (du Creusot), Jules Hochet (de Fourchambault), Denis Benoist d�Azy (d�Alais), tous trois repr�sentants des grandes entreprises ; une Union des constructeurs de machines (1840), o� l�on trouve Schneider au c�t� de Cail, tous deux constructeurs des premi�res locomotives fran�aises ; le Comit� des houill�res fran�aises, form� �galement vers 1840 ; l�Association pour la d�fense du travail national (1846), qui tend essentiellement � s�opposer � l�irruption des marchandises �trang�res sur notre territoire.</p><p>En 1864, le grand patronat cr�e le Comit� des Forges, dont l�existence est d�clar�e le 15 f�vrier. Il comprend dix membres, repr�sentant l�industrie lourde : notamment Benoist d�Azy pour le Gard, Hamoir pour la Sambre, Hochet pour le Berry, Schneider pour le Creusot et Wendel pour la sid�rurgie de l�Est.</p><p>Le � Comit� � �num�re ses buts : il est un organe d��tude des questions concernant la sid�rurgie en France et � l��tranger, et un organe de publication de documents que l�on r�unira sur ces questions ; il se veut</p><p>instrument de recherche de nouveaux d�bouch�s � l��tranger. Un bulletin mensuel est pr�vu : le premier para�t le 15 juillet 1864. 350 hauts fourneaux, sur 450 que compte alors la sid�rurgie fran�aise, sont repr�sent�s dans le nouveau � Comit� �, dont le poids sera consid�rable. Eug�ne Schneider (1805-1875) a �t� choisi pour pr�sident, le vice-pr�sident �tant Jules Hochet (lui-m�me membre du bureau de l�Association pour la d�fense du travail national). On retrouve donc les plus grands noms de l�industrie fran�aise au sommet de ce � syndicalisme � d�butant : cette pr�-</p><p>�minence impr�gnera les instances patronales jusqu�au milieu du XXe s.</p><p>Mais la r�alit� de ce syndicalisme d�employeurs se trouve ailleurs encore, dans une s�rie de grandes � chambres syndicales � qui se cr�ent peu � peu, anc�tres de celles qui, plus tard, se f�d�reront au sein de ce syndicat de syndicats que sera le C. N. P. F. : d�s 1859, l�Union g�n�rale du commerce et de l�industrie groupe des repr�sentants de diverses professions ; de nombreuses chambres s�organisent � Paris. D�s 1881, on peut compter quelque 138 chambres syndicales, groupant 15 000 employeurs. La m�tallurgie semble donner le ton au mouvement : la Chambre syndicale patronale des m�caniciens chau-dronniers et fondeurs (1861) et la Chambre syndicale des m�taux (1862) apparaissent ; le Comit� des Forges en 1902 cr�e l�Union des industries m�tallurgiques et mini�res, particuli�rement ax�e sur les questions du travail (le � Comit� � gardant surtout une vocation �conomique) et qui va rapidement f�d�rer 56 chambres syndicales.</p><p>D�autres chambres vont continuer d�appara�tre : Chambre du mat�riel ferroviaire (1899), Chambre des constructeurs de navires et machines marines (1899), Chambre des constructeurs d�automobiles (1913).</p><p>L�effectif des employeurs adh�rant � l�ensemble des chambres syndicales d�clar�es passe de 15 000 en 1881 � 100 000 en 1892, � 200 000 en 1903, � 400 000 en 1913.</p><p>Apr�s la guerre, le ministre du Commerce �tienne Cl�mentel (1864-1936) souhaite la cr�ation d�un grand organisme patronal contrebalan�ant la C. G. T. toute-puissante. Le grand �v�nement post�rieur au premier conflit mondial sera, en 1919, la cr�ation de la Conf�d�ration g�n�rale de la production fran�aise (C. G. P. F.). Cette derni�re se veut ind�pendante de l��tat et se structure avec soin. Elle s�assure l�accord</p><p>de l�Union des industries m�tallurgiques et mini�res et entretient d��troits rapports avec l�Association nationale d�expansion �conomique, qui f�d�re la presque totalit� downloadModeText.vue.download 625 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10580</p><p>des groupements patronaux de l�industrie et du commerce.</p><p>y Pour l�histoire du syndicalisme patronal � partir de 1919, v. patrons et patronat et professionnelles (organisations).</p><p>J. L.</p><p>H. W. Ehrmann, Organizal Business in France (Princeton, 1957 ; trad. fr. la Politique du patronat fran�ais, A. Colin, 1959). / R. Priouret, Origines du patronat fran�ais (Grasset, 1962).</p><p>/ J. Lambert, le Patron. De l�av�nement � la contestation (Bloud et Gay, 1969).</p><p>Les conf�d�rations</p><p>syndicales fran�aises</p><p>aujourd�hui</p><p>LA C. G. T.</p><p>La Conf�d�ration g�n�rale du travail (C. G. T.) demeure la plus forte num�riquement. Ses effectifs s��l�veraient, selon ses leaders, � 2 340 000 en 1973. Ses adversaires lui reprochent d��tre subordonn�e � la strat�gie politique du parti communiste fran�ais, en arguant du fait que les principaux dirigeants de la C. G. T. (Beno�t Frachon, pr�sident ; Georges S�guy, secr�taire g�n�ral) sont membres du bureau politique de ce parti. Les partisans de la C. G. T.</p><p>r�torquent qu�ils travaillent normalement � l�union des forces d�mocratiques. La C. G. T. ne croit pas que les r�formes aient une valeur en elles-m�mes, ni qu�il soit possible d��lever durablement le niveau de vie des ouvriers en r�gime capitaliste.</p><p>Elle conserve les yeux fix�s sur le mod�le socialiste de centralisme d�mocratique.</p><p>Son 37e congr�s a modifi� sensiblement l�article premier des statuts. La C. G. T., depuis novembre 1969, ne se propose plus comme but la � disparition du salariat et du patronat �, mais la � suppression de l�exploitation capitaliste, notamment par la socialisation des moyens de production et d��change �.</p><p>LA C. F. D. T.</p><p>Pour beaucoup d�observateurs, la Conf�-</p><p>d�ration fran�aise d�mocratique du travail (C. F. D. T.) est num�riquement la seconde des conf�d�rations (avec 780 000 adh�-</p><p>rents en 1973). Elle est issue de la Conf�d�-</p><p>ration fran�aise des travailleurs chr�tiens (C. F. T. C.) � la suite d�un congr�s, tenu en 1964. Ce congr�s n�a pas marqu� le terme d�un sensible glissement � gauche amorc� d�s 1945. La C. F. D. T. se prononce aujourd�hui pour un socialisme d�mocratique o� s�allient planification et autogestion. Elle semble parfois partag�e entre ceux qui acceptent une certaine union des forces de gauche, ceux qui voient dans le syndicalisme la seule force capable d�op�-</p><p>rer la rel�ve de partis politiques d�pass�s ou ceux qui veulent maintenir le syndicalisme hors de la politique. Elle se montre partisane de l�unit� d�action avec la C. G. T., mais entend garder son originalit� dans le mouvement syndical. Se sont succ�d� au secr�tariat g�n�ral Eug�ne Descamps et Edmond Maire.</p><p>LA C. G. T.-F. O.</p><p>La Conf�d�ration g�n�rale du travail-Force ouvri�re (C. G. T.-F. O.) est n�e au d�but de 1948 de la volont� de militants c�g�tistes refusant ce qui leur paraissait une �troite subordination de la C. G. T. au parti communiste. Les principaux leaders ont �t� L�on Jouhaux (pr�sident jusqu�� sa mort) et Robert Bothereau (n� en 1901), secr�-</p><p>taire g�n�ral, aujourd�hui remplac� par Andr� Bergeron. Se proclamant apolitique, elle se r�clame des techniques mises au point par la C. G. T. de 1914 � 1935 et les prolonge par le � paritarisme � : elle affirme qu�en l��tat actuel des choses l�intervention de l��tat est devenue souvent nocive et que, plut�t que de recourir � elle, il faut mettre sur pied des r�alisations g�r�es paritairement par les repr�sentants des employeurs et les repr�sentants des travailleurs, les uns et les autres d�l�gu�s des conf�d�rations. La C. G. T.-F. O. groupait environ 730 000 adh�rents en 1973.</p><p>LA C. F. T. C.</p><p>La Conf�d�ration fran�aise des travailleurs chr�tiens (C. F. T. C.) est, elle aussi, n�e d�une scission. Ceux qui, en 1964, n�ont pas voulu accepter l�abandon de l��pi-th�te � chr�tiens � ni la modification des</p><p>statuts ont d�cid� de prolonger l�ancienne C. F. T. C. D�o� l�expression � C. F. T. C. maintenue �, longtemps employ�e. Les effectifs de la C. F. T. C. sont sensiblement plus faibles que ceux des autres grandes centrales (environ 150 000 adh�rents). Mais elle s�enorgueillit de poss�der la F�d�ration des mineurs, qui, en 1963, d�clencha un grand mouvement revendicatif de plusieurs semaines. Jacques Tessier, fils de Gaston Tessier (qui fut de 1919 � sa mort l�un des animateurs de la C. F. T. C. d�autrefois), en est le pr�sident (il a succ�d� � Joseph Sauty) et Jean Bornard le secr�taire g�n�ral.</p><p>LA C. G. C.</p><p>La Conf�d�ration g�n�rale des cadres (C. G. C.), form�e au lendemain de la Lib�-</p><p>ration, a d� batailler pour se faire reconna�tre. Elle veut d�fendre les int�r�ts des ing�nieurs, des techniciens et des cadres, mais elle recrute aussi parmi les fonctionnaires qui s�apparentent aux classes moyennes. Elle regroupe environ 250 000</p><p>adh�rents. Elle a compt� parmi ses dirigeants, Roger Millot (1909-1973), Andr� Malterre (� 1975) et Yvan Charpenti�. La C. G. C. lutte en particulier contre l��crasement de la hi�rarchie des salaires et contre une fiscalit� qu�elle juge injuste, et pr�conise une plus grande responsabilit� du personnel d�encadrement dans la gestion des entreprises. Elle est concurrenc�e par les organisations de cadres affili�es � la C. G. T., � la C. F. D. T. et � la C. G. T.-F. O.</p><p>LA F. E. N.</p><p>La F�d�ration autonome de l��ducation nationale (F. E. N.) a �t� adh�rente de la C. G. T. jusqu�en 1948. Elle en est alors sortie, mais, au lieu de rejoindre F. O., elle a opt� pour une autonomie qu�elle croyait alors provisoire. Ses effectifs sont tr�s importants, en particulier parmi le personnel de l�enseignement primaire (S. N. I. [Syndicat national des instituteurs]) ; elle est concurrenc�e par le Syndicat g�n�ral de l��ducation nationale (S. G. E. N.-C. F. D. T.)</p><p>� dont les adh�rents sont cependant beaucoup moins nombreux � et par divers syndicats autonomes. Une tendance, anim�e en particulier par les communistes, fort active, a repris au P. S. U. la direction du Syndicat national de l�enseignement sup�rieur (S. N. E. S-Sup.) et conquis la direction du Syndicat national de l�ensei-</p><p>gnement du second degr� (S. N. E. S.) ; mais le Syndicat national des instituteurs lui �chappe et maintient la direction de la F. E. N. hors de la pr�pond�rance communiste. � James Marang�, secr�taire g�n�ral de 1956 � 1974, a succ�d� Andr� Henry.</p><p>Quelques grands</p><p>noms du syndicalisme</p><p>fran�ais</p><p>Andr� Bergeron (Suarce, Territoire de Belfort, 1922). Typographe, il gravit les �chelons des syndicats du livre ; en 1936, il adh�re � la F�d�ration du livre de la C. G. T., r�cemment r�unifi�e.</p><p>Secr�taire g�n�ral du syndicat typo-graphique C. G. T. de Belfort (1946), il devient, apr�s la scission de 1948, le secr�taire permanent de l�Union d�partementale C. G. T.-F. O. du territoire de Belfort. Secr�taire g�n�ral de la F�d�ration C. G. T.-F. O. du livre (1948), membre de la commission ex�cutive de la Conf�d�ration (1950), il acc�de en 1956 au bureau conf�d�-</p><p>ral ; en novembre 1963, il succ�de � Robert Bothereau (n� en 1901) � la t�te de la Conf�d�ration en qualit� de secr�taire g�n�ral. En toute occasion, il affirme l�ind�pendance du syndicalisme � l��gard des partis politiques et de l��tat.</p><p>Eug�ne Descamps (Lomme, Nord,</p><p>1922). Fils d�un cheminot, il commence � travailler � treize ans, pratiquant de nombreux m�tiers. Une formation professionnelle acc�l�r�e lui permet d�obtenir un dipl�me d�ajusteur et d�exercer ce m�tier dans la sid�rurgie, dans le Nord, puis en Lorraine. En m�me temps, E. Descamps milite � la Jeunesse ouvri�re chr�tienne fran�aise (J. O. C.), dont, d�s 1948, il est secr�-</p><p>taire g�n�ral. Il se voue ensuite au mouvement syndical : secr�taire de l�Union des syndicats de la sid�rurgie de l�Est (1950-1954), secr�taire g�n�ral de la F�d�ration de la m�tallurgie C. F. T. C.</p><p>(1954-1961), il est vice-pr�sident conf�d�ral de la C. F. T. C. en 1959 et acc�de au poste de secr�taire g�n�ral en 1961. Animateur, depuis des ann�es, de l�opposition de gauche au sein de la C. F. T. C, tenant d�un v�ritable socialisme d�mocratique, E. Descamps fait triompher ses id�es au congr�s de 1964, o� la C. F. T. C. � sauf une minorit� de 10 p. 100 � abandonne, sa</p><p>r�f�rence chr�tienne pour devenir la Conf�d�ration fran�aise d�mocratique du travail (C. F. D. T.). Mais le rapprochement avec la C. G. T.-F. O. n�aboutit pas ; par contre, en 1966, E. Descamps peut signer la plate-forme commune C. G. T.-C. F. D. T. En septembre 1971, il quitte son poste de secr�taire g�n�ral. Membre du parti socialiste, il enseigne l�histoire du syndicalisme � l�universit� de Paris-X (Nanterre).</p><p>Beno�t Frachon. V. COMMUNISME</p><p>Victor Griffuelhes (N�rac 1874 - Paris 1923). Ouvrier cordonnier, membre de la F�d�ration des cuirs et peaux, d�l�-</p><p>gu� au congr�s de Paris en 1900, il est appel� au secr�tariat g�n�ral de la C. G. T. apr�s le congr�s de Montpellier en 1902. Griffuelhes, qui a pass� par le socialisme blanquiste, n�est ni un organisateur ni un administrateur, mais � il poss�de du chef, avec le plan bien arr�-</p><p>t�, la constance dans l�opinion, la rapidit� de vision et l��nergie combative �</p><p>(G. Lefranc). Son r�le est d�terminant au 9e congr�s conf�d�ral de la C. G. T.</p><p>� Amiens, o� le 13 octobre 1906, est adopt�e, par 830 voix contre 8 (aux guesdistes), la � motion Griffuelhes �, appel�e � charte d�Amiens �, qui formule d�une mani�re d�cisive le caract�re apolitique du syndicalisme. En 1909, sous l�effet de critiques internes, Griffuelhes d�missionne : sur son initiative, c�est son ami L�on Jouhaux qui le remplace au secr�tariat g�n�ral de la C. G. T.</p><p>L�on Jouhaux (Paris 1879 - id. 1954).</p><p>Fils d�ouvrier, ouvrier lui-m�me, se-cr�taire de la F�d�ration nationale des ouvriers allumettiers, d�l�gu� au congr�s d�Amiens (1906), il devient en 1909 le premier secr�taire g�n�ral de la C. G. T. Expert � la Conf�rence de la paix, d�l�gu� � la Conf�rence internationale du travail � Washington (nov.</p><p>1919), membre du B. I. T., il rompt avec les communistes en 1921 et reste secr�-</p><p>taire g�n�ral de la C. G. T. apr�s la scission de la C. G. T. U. En mars 1936, il r�alise la r�unification syndicale et participe aux accords Matignon. Apr�s la dissolution de la C. G. T. (nov. 1940), L. Jouhaux est plac� en r�sidence surveill�e par le r�gime de Vichy. D�port� par les Allemands (1943), il est, aussi-</p><p>t�t apr�s sa lib�ration (1945), �lu vice-pr�sident de la F�d�ration syndicale mondiale. D�l�gu� � l�O. N. U., pr�sident du Conseil �conomique (1947), il dirige � partir d�avril 1948 la C. G. T.-</p><p>F. O., n�e de la scission de la C. G. T.</p><p>Pr�sident du Conseil international du mouvement europ�en, il obtient en 1951 le prix Nobel de la paix.</p><p>Edmond Maire (�pinay-sur-Seine</p><p>1931). Technicien chimiste, il est tr�s vile militant syndical. En 1958, il devient permanent � la section parisienne des travailleurs des industries downloadModeText.vue.download 626 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10581</p><p>chimiques de la C. F. T. C. Secr�taire g�n�ral, en 1964, de la F�d�ration C. F. T. C. des industries chimiques, il est l�un des plus chauds partisans de la la�cisation de la Conf�d�ration. En 1967, il entre au bureau conf�d�ral de la C. F. D. T. ; lors du congr�s d�Issy-les-Moulineaux en mai 1970, il livre et commente un document capital, qui d�-</p><p>finit une v�ritable strat�gie de lutte des classes en vue d�une transformation radicale de la soci�t� par l�autogestion, la propri�t� sociale des moyens de production et la planification d�mocratique. En 1971, E. Maire succ�de � E. Descamps comme secr�taire g�n�ral de la C. F. D. T.</p><p>Andr� Malterre (Corbeil 1909 -</p><p>Cannes 1975). Docteur en droit, dipl�-</p><p>m� des sciences politiques et de l��cole des hautes �tudes commerciales, il devient en 1941 directeur des services administratifs et juridiques d�une grande soci�t� de papeteries, soci�t� dont il est, depuis 1966, conseiller �conomique. Fondateur et pr�sident, en 1947, du Syndicat du papier (C. G. C.), il devient secr�taire g�n�ral (1950), puis pr�sident (1956) de la Conf�d�-</p><p>ration g�n�rale des cadres (C. G. C.) ; il d�missionne quelques jours avant sa mort inopin�e. Secr�taire g�n�ral (1951), pr�sident d�honneur (1960), puis pr�sident (1969-1972) de la Conf�d�ration internationale des cadres, il fut aussi membre du Conseil �conomique et social.</p><p>Pierre Monatte (Monlet, Haute-Loire, 1881 - Vanves 1960). Fils d�un mar�-</p><p>chal-ferrant, il fait des �tudes secondaires au coll�ge de Brioude. Correcteur d�imprimerie (1904), il adh�re au Syndicat des correcteurs. Influenc� par l�anarchisme, il entre au Comit� f�d�-</p><p>ral des Bourses du travail et devient l�un des espoirs du syndicalisme r�volutionnaire. En ao�t 1907, au congr�s anarchiste d�Amsterdam, il d�fend les th�ses syndicalistes ; deux ans plus tard, il fonde la revue la Vie ouvri�re.</p><p>Son opposition � la guerre (1914) fait de lui un militant connu ; de 1919 � 1922, il est l�un des principaux adversaires de L. Jouhaux. Il rejoint le P. C., mais en est exclu en 1924 et fonde en 1925 la revue R�volution prol�tarienne pour d�fendre le syndicalisme r�volutionnaire.</p><p>Fernand Pelloutier (Paris 1868 - S�vres 1901). D�une famille non conformiste, il rompt vite avec l��glise apr�s avoir pass� plusieurs ann�es au petit s�minaire de Gu�rande, entre en relation � Saint-Nazaire avec Aristide Briand, et anime avec lui des campagnes de presse dans la D�mocratie de l�Ouest, dont Briand est r�dacteur en chef. Un moment gagn� au guesdisme, il entre en contact, � Paris, avec les milieux anarchistes et fait sienne l�id�e de gr�ve g�n�rale. Secr�taire de la F�d�ration des Bourses du travail en 1895, F. Pelloutier lance (1897) une revue d��conomie sociale, l�Ouvrier des deux mondes, et r�dige une Histoire des Bourses du travail (qui para�tra en 1902), o� il d�finit sa conception de l�action syndicale, hors de toute influence politique, mais fond�e sur l�unit� f�d�rative des forces ouvri�res et sur une � �ducation morale � administrative et technique</p><p>� n�cessaire pour rendre viable une soci�t� d�hommes fr�res et libres �.</p><p>Joseph Sauty (Amen�s, Pas-de-Ca-</p><p>lais, 1906 - Lille 1970). Il commence � travailler � la mine � l��ge de treize ans. Secr�taire de la F�d�ration des mineurs de la C. F. T. C. en 1937, il joue un r�le capital lors des gr�ves de 1947 et de 1963. Administrateur, puis vice-pr�sident des houill�res du Nord et du Pas-de-Calais, il refuse, en 1964, d�abandonner les r�f�rences</p><p>chr�tiennes de sa famille syndicale.</p><p>Il devient alors pr�sident national de la � C. F. T. C. maintenue �. Sa mort donne lieu � une manifestation de sympathie et d�admiration d�une unanimit� rarement atteinte.</p><p>Georges S�guy (Toulouse 1927).</p><p>Apprenti typographe � Toulouse, militant communiste d�s l��ge de quinze ans, il participe � la fabrication de la presse clandestine et � la lutte des Francs-tireurs et partisans fran�ais contre l�occupant, ce qui lui vaut d��tre d�port� au camp de Mauthausen (f�vr.</p><p>1944). Entre dix-huit mois plus tard � la S. N. C. F. comme �lectricien, il se jette dans l�action syndicale. Il attire l�attention lors des gr�ves de 1947. Se-cr�taire (1949), puis secr�taire g�n�ral (1961) de la F�d�ration C. G. T. des cheminots, il entre en 1965 au bureau conf�d�ral de la C. G. T. Deux ans plus tard, il acc�de au poste de secr�taire g�n�ral. Il est par ailleurs membre du comit� central (depuis 1954) et du bureau politique (depuis 1956) du P. C. F. En mai 1968, G. S�guy participe aux n�gociations de Grenelle.</p><p>L�exp�rience de ces jours difficiles le renforce dans son refus de r�duire la primaut� du syndicalisme. � Faire pr�valoir la d�mocratie ouvri�re sur la d�mocratie syndicale, c�est l�anti-chambre de la spontan�it� �, �crit-il.</p><p>Son objectif reste le front syndical commun, ce qui l�am�ne � signer, � diverses reprises, des accords d�action avec la C. F. D. T. : les rapports entre les deux conf�d�rations sont marqu�s d�ailleurs par une alternance de rapprochement et de discorde. En 1970, G. S�guy est �lu membre du bureau ex�cutif de la F�d�ration syndicale mondiale.</p><p>Gaston Tessier (Paris 1887 - id. 1960).</p><p>�l�ve d�une �cole commerciale, il est tr�s influenc� par la lecture des ouvrages de sociologie de l�abb� L. Garriguet, o� l�auteur pr�conise des solutions ni lib�rales ni collectives.</p><p>Secr�taire adjoint du Syndicat des employ�s du commerce et de l�industrie, secr�taire de la F�d�ration des syndicats chr�tiens d�employ�s en 1919, il devient la m�me ann�e le premier secr�taire g�n�ral de la C. F. T. C., rassemblement interconfessionnel qui adh�re aux principes de justice</p><p>et de charit� tels qu�ils sont exprim�s dans l�encyclique Rerum novarum.</p><p>G. Tessier occupera ce poste jusqu�en 1953. Membre du Conseil sup�rieur du travail, d�l�gu� au B. I. T., il si�ge durant la Seconde Guerre mondiale au Conseil national de la R�sistance.</p><p>Membre de l�Assembl�e consultative provisoire (1944), pr�sident de la Conf�d�ration internationale des syndicats chr�tiens (1947), il termine sa vie, comme pr�sident d�honneur de la C. F. T. C. � Son fils Jacques (n� � Paris en 1914) deviendra secr�taire g�n�ral (1964), puis pr�sident (1970) de la � C. F. T. C. maintenue �.</p><p>P. P.</p><p>syndicat</p><p>Groupement de personnes exer�ant une m�me profession ou une profession similaire pour la d�fense d�int�r�ts communs.</p><p>Origine</p><p>C�est la loi du 21 mars 1884 qui, en France, donne au syndicat sa r�alit� juridique. La loi du 14-17 juin 1791</p><p>(loi Le Chapelier) se trouve pratiquement abrog�e par celle de 1884, et l�article 291 du Code p�nal est d�sormais inapplicable aux syndicats professionnels : patrons et ouvriers peuvent d�sormais se grouper sans autorisation pr�alable, sauf � faire conna�tre les statuts et les noms des dirigeants du syndicat. Les syndicats (mais non leurs unions) ont d�s 1884 la personnalit� civile. L�adh�sion au syndicat est libre et facultative : il s�agit encore, en 1884, d�une conception individualiste et lib�-</p><p>rale, celle de la libert� d�association*.</p><p>Plusieurs cons�quences en d�coulent : les actes des dirigeants du syndicat ne peuvent pas obliger les non-syndiqu�s, et il peut y avoir plusieurs syndicats dans la m�me profession.</p><p>La loi du 21 mars 1884 sera modifi�e par la loi du 12 mars 1920, qui �largira la capacit� civile des syndicats et reconna�tra � leurs unions la personnalit� morale. La loi du 25 f�vrier 1927 in-corporera les dispositions relatives au syndicat dans le Code du travail. Enfin, la loi du 27 d�cembre 1968 introduira</p><p>une modification fondamentale � la r�glementation du syndicat de travailleurs en en renfor�ant consid�rablement l�implantation dans l�entreprise.</p><p>Sous l�Ancien R�gime, les corps</p><p>professionnels �taient essentiellement mixtes ; ils r�unissaient les ma�tres, les compagnons et les apprentis exer�ant le m�me m�tier dans une m�me ville.</p><p>Depuis la loi de 1884, la � mixit� � du syndicat (patronat et travailleurs d�une m�me profession) demeure th�oriquement possible : le syndicat mixte fut passionn�ment d�sir� par certaines fractions des employeurs catholiques � la fin du XIXe s. En pratique, il s�est form� des syndicats s�par�s d�employeurs et de salari�s, sauf dans le syndicalisme agricole, qui demeura longtemps mixte, mais domin� par les exploitants (pour les syndicats d�employeurs, V. patrons et patronat, professionnelles [organisations], et syndicalisme).</p><p>Constitution du syndicat</p><p>La constitution du syndicat est libre, il n�est pas n�cessaire d�obtenir une autorisation administrative : le d�p�t � la mairie des statuts et de la liste des administrateurs, ainsi que le renouvellement de cette formalit� en cas de modification des statuts ou de changement d�administrateurs, sont les seules formalit�s exig�es. Les formateurs du syndicat peuvent r�diger des statuts dont le contenu est pratiquement laiss� � leur enti�re discr�tion : il y a quelques prohibitions, mais il n�y a pas � proprement parler de statuts types �dict�s par l�Administration.</p><p>Le Code du travail reconna�t le droit d�adh�rer, de ne pas adh�rer (ou de donner sa d�mission) � un syndicat, et la Constitution du 27 octobre 1946 fait r�f�rence � ce principe dans son pr�ambule, auquel la Constitution de 1958 se r�f�re � son tour.</p><p>Les �trangers peuvent faire partie d�un syndicat, comme les incapables (depuis la loi du 12 mars 1920) et la femme mari�e ; les mineurs peuvent y downloadModeText.vue.download 627 sur 627</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 18</p><p>10582</p><p>adh�rer � l��ge de seize ans (sauf opposition de leur p�re, m�re ou tuteur).</p><p>La repr�sentation</p><p>d�int�r�ts professionnels</p><p>L�exercice d�une profession est une condition fondamentale. On parle commun�ment de � syndicats � de propri�-</p><p>taires, de locataires, de p�cheurs � la ligne : il ne s�agit pas r�ellement de syndicats, mais, le plus souvent, d�� associations � de la loi de 1901. Il n�y a pas davantage de syndicalisme �tudiant au sens strict, l��tat d��tudiant n��tant pas une activit� professionnelle, mais celui, pratiquement, d�usager d�un service* public. La loi de 1884 a pr�vu l�usage du syndicat pour le commerce, l�industrie et l�agriculture, mais la loi du 12 mars 1920 a �tendu son emploi aux professions lib�rales, et les fonctionnaires ont acquis le droit syndical en 1946. Il s�agit donc d�activit�s professionnelles au sens le plus large du terme.</p><p>Un syndicat ne peut r�unir que des personnes exer�ant la m�me profession ou des professions similaires ou connexes : un syndicat interprofessionnel des commer�ants d�une ville serait ill�gal (seule une � union � interpro-fessionnelle de syndicats [distincts par nature de commerce] serait l�gale).</p><p>Les syndicats ne doivent ni s�adonner � des activit�s politiques, ni participer � des campagnes �lectorales, ni soumettre � une condition d�affiliation � un parti politique l�admission au syndicat. Les responsables du syndicat ne peuvent cumuler un mandat syndical et un mandat politique. La sanction de l�inobservation de ces r�gles peut aller jusqu�� la dissolution du syndicat.</p><p>Le syndicat doit avoir une activit� de d�fense des int�r�ts de la profession et ne pas exercer lui-m�me une activit� professionnelle. Les actes de commerce lui sont interdits. Mais la loi fran�aise reconna�t que les syndicats jouissent de la � personnalit� civile � ; ils estent en justice, acqui�rent, sans autorisation, � titre gratuit ou on�reux, des biens meubles ou immeubles. Leur</p><p>capacit� juridique est sensiblement plus large que celle des associations r�gies par la loi de 1901.</p><p>Les organes du syndicat</p><p>Les administrateurs du syndicat</p><p>doivent �tre membres du syndicat ; ils doivent �tre de nationalit�* fran�aise (il y a des tol�rances pour les habitants des anciens territoires d�outremer) ; ils doivent �tre capables d�exercer leurs droits et jouir de leurs droits civils et �lectoraux. Ils sont p�nalement responsables du fonctionnement irr�gulier ou de la constitution irr�guli�re de leur syndicat ; ils r�pondent �videmment des mises � l�index qu�ils auraient � tort prononc�es. Mais seuls les membres du</p><p>� bureau � du conseil d�administration du syndicat sont, en r�alit�, responsables des activit�s du syndicat.</p><p>Il faut que les organes du syndicat aient une autorit� sur les � syndiqu�s �</p><p>(il faut que l�ordre de gr�ve donn� par le syndicat ouvrier soit suivi ou que des consignes donn�es par un syndicat patronal de commer�ants soient mises en pratique). La loi �tant rest�e muette sur ce plan, il a fallu que la doctrine et la jurisprudence pallient cette lacune : il est admis que le syndicat a le pouvoir de r�glementer, pour ses membres, l�exercice de la profession. Lorsque les organes d�un syndicat de travailleurs concluent avec un syndicat patronal une convention collective, la convention fait la loi pour les syndiqu�s, et la loi du 11 f�vrier 1950 d�cide que les membres du syndicat sont de plein droit soumis � la convention.</p><p>Les syndicats � patronaux � (syndicats de commer�ants, d�industriels, d�agriculteurs) peuvent imposer � leurs membres des r�gles concernant la production, la vente, les prix, mais, si deux syndicats d�employeurs concluent entre eux des accords r�glant les rapports de leurs membres, les adh�rents peuvent se soustraire � ces r�gles en d�missionnant du syndicat.</p><p>Le syndicat</p><p>dans l�entreprise</p><p>La loi du 27 d�cembre 1968 renforce consid�rablement l�implantation du</p><p>syndicat dans l�entreprise. Les syndicats professionnels peuvent s�organiser librement dans toutes les entreprises conform�ment aux dispositions du Code du travail. (Les dispositions du texte s�appliquent � toute entreprise de plus de 50 salari�s et aux syndicats affili�s � une organisation � repr�sentative � sur le plan national.)</p><p>La � section syndicale � a pour</p><p>activit� d�assurer dans l�entreprise la repr�sentation des int�r�ts professionnels de ses membres. Les activit�s syndicales qui peuvent �tre librement assur�es dans l�entreprise sont la collecte des cotisations, l�affichage des informations syndicales (un panneau par section est mis � la disposition dans l�entreprise), la diffusion (aux heures d�entr�e et de sortie) des publications et des tracts syndicaux. Dans les entreprises ou les �tablissements ayant plus de 200 salari�s, la direction doit mettre � la disposition des sections un local destin� aux travaux de leurs membres.</p><p>Les adh�rents de chaque section syndicale peuvent se r�unir une fois par mois � l�int�rieur de l�entreprise dans le cadre d�accords avec le chef d�entreprise.</p><p>Depuis la m�me loi du 27 d�cembre 1968, chaque syndicat ayant constitu� une section syndicale d�entreprise d�signe un ou des d�l�gu�s syndicaux pour repr�senter le syndicat aupr�s du chef d�entreprise. Le nombre des d�l�gu�s varie selon le nombre de salari�s. Le d�l�gu� syndical peut, cumu-lativement, �tre d�l�gu� du personnel ou repr�sentant du personnel aupr�s du comit� d�entreprise (ou du comit� d��tablissement), ou repr�sentant syndical aupr�s du comit� d�entreprise (ou du comit� d��tablissement). Chaque d�l�gu� syndical dispose du temps n�-</p><p>cessaire � l�exercice de sa mission dans les limites, cependant, d�une dur�e qui (� moins d�accord pass� avec le chef d�entreprise) ne peut exc�der 10 heures par mois pour les entreprises de 150 � 300 salari�s et 15 heures pour les entreprises employant plus de 300 salari�s, ce temps �tant pay� comme un temps de travail.</p><p>Le licenciement d�un d�l�gu� syndical ne peut intervenir qu�apr�s l�avis</p><p>concordant de l�inspecteur du travail ou de l�autorit� qui en tient lieu ; en cas de faute grave, cependant, la mise � pied � provisoire � de l�int�ress� peut �tre d�cid�e par le chef d�entreprise.</p><p>Le repr�sentant syndical</p><p>au comit� d�entreprise (ou</p><p>d��tablissement)</p><p>Un repr�sentant syndical au comit� d�entreprise (ou au comit� d��tablissement) est pr�vu par l�article 5 de l�ordonnance du 22 f�vrier 1945.</p><p>Chaque organisation syndicale de travailleurs qui a �t� reconnue comme repr�-</p><p>sentative dans l�entreprise peut d�signer un repr�sentant du syndicat au comit�, qui assiste aux s�ances avec voix consultative.</p><p>L�implantation syndicale</p><p>dans les entreprises</p><p>fran�aises</p><p>Selon les statistiques du Minist�re du travail, en 1972, il y avait 11 655 entreprises o� il existait des sections syndicales sur un total de 39 272 entreprises assujetties et, en 1973, 13 969 entreprises sur un total de 34 291 entreprises assujetties (soit 40 p. 100). Le nombre de sections nouvelles est annuellement moindre parmi les petites entreprises que parmi les grandes (la p�n�tration syndicale est traditionnellement plus faible dans les petites entreprises). Les branches d�activit�s o� le plus grand nombre de sections syndicales ont �t� constitu�es sont la chimie, l�industrie du caoutchouc, la production et la transformation des m�taux, les constructions m�caniques et �lectriques, les professions lib�rales. La r�partition en fonction des diverses organisations syndicales donne les pourcentages suivants : C. G. T., 42,7 p. 100 ; C. F. D. T., 25,3 p. 100 ; F. O., 10,8 p. 100 ; C. G. C., 10,2 p. 100 ; C. F. T. C., 4,5 p. 100.</p><p>J. L.</p><p>F Entreprise / Professionnelles (organisations) /</p><p>Syndicalisme / Travail.</p><empty-line/></section></body><binary id="cover" 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